[2021] Petit bilan de mars

Carnet de lectures : rayon bulles.

Shirley #1, Kaoru Mori (Ki-oon).

À tout juste 13 ans, Shirley entre au service de Mme Bennett, populaire patronne d’un café londonien. La jeune fille semble avoir un lourd passé, mais la bonté naturelle de sa nouvelle maîtresse lui permet de retrouver le sourire, et parfois même des bribes d’enfance…
J’adore les mangas de Kaoru Mori, et j’ai lu avec beaucoup de plaisir ses séries Emma et Bride Stories (je fais d’ailleurs durer le plaisir et ne suis à jour dans aucune des deux).
Bref, j’ai donc emprunté le premier tome de Shirley à la médiathèque sur la bonne foi du nom de la mangaka ! Et si j’ai globalement apprécié, je dois reconnaître que l’ensemble m’a laissée quelque peu sur ma faim. On suit donc les aventures de Shirley, treize ans, qui devient femme de chambre chez une jeune femme de la bonne société londonienne. Les trois premiers chapitres détaillent leur vie quotidienne, sans vraiment mettre en place de fil rouge. Les deux derniers chapitres, quant à eux, mettent en scène deux autres femmes de chambre, employées ailleurs (et a priori n’ayant aucune connexion les unes avec les autres). L’ensemble est sympathique, mais hyper décousu. Si je mets la main sur le tome 2, je le lirai également pour voir de quoi il retourne, mais ce titre souffre vraiment de la comparaison avec les autres séries de l’autrice.

Les Cerisiers fleurissent malgré tout, Keiko Ichiguchi (Kana).

Keiko Ichiguchi est une mangaka japonaise qui vit en Italie avec son mari. Au début de ce manga, elle apprend par un coup de fil que l’impensable est arrivé au Japon : nous sommes en 2011. Le récit est donc clairement autobiographique : l’autrice y parle de son enfance, durant laquelle on lui a diagnostiqué une maladie, puis, plus tard, de la façon dont la catastrophe a traversé sa vie. Ce qui est intéressant, ici, c’est qu’on n’est pas au Japon, mais en Italie lorsque surviennent les événements. L’autrice raconte donc les heures d’angoisse (lorsqu’il est impossible de savoir qui a été touché, comment, etc.), l’envie de se mobiliser (mais pour faire quoi ? De quelle façon ?), sans négliger la façon dont est impactée sa vie personnelle en Italie. Avec cela, le graphisme épuré, délicat, plein de tendresse porte merveilleusement le récit. Je ne savais pas à quoi m’attendre en ouvrant ce manga, et j’en suis sortie charmée !

Carnet de lectures : rayon romans

Les Infectés, tome 1, Marc-André Pilon (éd. Kennes).

Zachary, Camille et Dilkaram vont au lycée à Cité-les-Jeunes et vivent une existence assez classique de lycéens. Débarque alors une vidéo virale dans laquelle on assiste à un meurtre bestial : réalité, ou montage ? Or, rapidement, la maladie qui semble avoir frappé l’agresseur… prend de l’ampleur et transforme les humains en monstres sanguinaires assoiffés de sang.
Je n’ai pas du tout été emballée par ce roman de zombies extrêmement classique. L’histoire s’attache au début et au développement de l’infection mais nous impose un récit extrêmement répétitif. Entre chaque chapitre consacré au trio de protagonistes, s’intercalent des interludes narrant (systématiquement) l’infection d’un personnage lambda sans aucun rapport avec les personnages (à une ou deux exceptions près). Globalement, c’est toujours la même chose, et c’est un peu lassant. Par ailleurs, le développement du récit n’apporte rien de neuf au genre (les persos sont séparés, tombent sur de l’aide qui finalement n’est pas si aidante, la fille manque de se faire violer, etc.), ce qui ne m’a pas aidée à m’impliquer dans ma lecture. J’ai trouvé que les personnages n’étaient pas suffisamment creusés, et que la fin était vraiment, vraiment trop expédiée. Seul point positif : Dilkaram fait partie de la communauté sikh, et j’ai trouvé que cela changeait un peu ! Bref, je ne lirai pas la suite et dans le même style, je conseillerais plutôt In the after.

Tops/Flops

Au rang des seconds, j’ai parlé ci-dessus des Infectés, sur lequel je ne reviens donc pas.
L’autre lecture en demi-teinte, ce mois-ci, a été Le Grand jeu, de Benjamin Lupu.
Autant j’ai aimé l’aspect steampunk et la débauche d’idées toutes plus originales les unes que les autres, autant la complexité de l’univers m’aura un peu perdue. L’intrigue présente plusieurs ramifications qui dessinent un schéma assez dense et à plusieurs reprises, j’ai manqué d’explications pour tout bien suivre.

A côté de cela, j’ai eu deux excellentes, excellentes découvertes !

Tout d’abord, le premier tome de La Machine, de Katia Lanero Zamora, qui nous plonge dans une fantasy largement inspirée de la guerre civile espagnole – une époque qui me passionne. Ici, pour ne rien gâcher, Katia Lanero Zamora dresse une fresque familiale, dans laquelle se mêlent conflits politiques et intenses questionnements personnels. C’est brillant ! J’ai dévoré le roman, j’ai hâte de lire le second volet !

Enfin, deuxième excellente découverte avec Derniers jours d’un monde oublié, le premier roman de Chris Vuklisevic – qui a remporté le concours du premier roman d’imaginaire de FolioSF, ce qui est quand même la grande classe. Et c’est amplement mérité ! Le roman raconte, via trois personnages, les douze derniers jours d’un monde en train de s’effondrer et c’est hyper prenant. J’attends avec impatience ses prochains titres !

Citations.

« La grêle carillonnait avec une violence redoublée sur son visage, lui bleuissant les pommettes de froid et d’hématomes. Qu’importe ! Contrairement au commun des mortels, elle avait un faible pour le temps abominable de son pays. Elle adorait le grondement de l’orage, la pluie lui dégoulinant dans les yeux, les frimas givrant ses cheveux, elle saisissait la neige à pleines mains pour la goûter du bout de la langue. Elle était une Funestrelle aguerrie, fille du froid et de la glaise, attachée comme jamais à la Rocaille. »
Rocaille, Pauline Sidre.

« Les étoiles des pentagrammes ont combien de branches, déjà ? Quatre ou six ?
– Cinq, voyons ! C’est dans leur nom ! Tu n’es pas censé être bon en maths ?
– Oh. Comme un pentagone à cinq côtés, approuva-t-il. Je n’avais jamais fait le rapprochement !
Polly roula des yeux au ciel. »
Fingus Malister #2, Ariel Holzl.

« On ne doit jamais confier à autrui ses crimes, sauf s’ils sont trop grands pour être dissimulés – et dans ce cas, on les qualifie de politiques ou de mesures d’État. »
Le Chant de l’épée, Bernard Cornwell.

« Le matin où les étrangers arrivèrent sur l’île, la Main de Sheltel fut la première à les voir.
Elle allait revêtir son masque quand, par la fenêtre, elle aperçut un point sombre à l’horizon. Un mirage, crut-elle ; un tremblement de la chaleur sur l’eau. La mer était vide, bien sûr. Rien ne venait jamais de l’océan.
Elle ne lança pas l’alerte. »
Derniers jours d’un monde oublié, Chris Vuklisevic.

« Était-ce elle qui attirait le bruit et la misère, ou le monde entier était-il fait uniquement de cris de détresse ? »
Derniers jours d’un monde oublié, Chris Vuklisevic.

Brèves de comptoir #264

Le dimanche, l’actu de l’imaginaire en bref !

Des podcasts

Le podcast de Tolkiendil

Laura Martin-Gomez y présente ses travaux de thèse, réalisée entre 2015 et 2020, et portant sur la réception de l’œuvre de J.R.R. Tolkien par ses fans aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France entre 1955 et 1992.

Red Team, la SF au rapport !

Nicolas Martin, dans La Méthode scientifique, a reçu les auteurs Laurent Genefort et Xavier Mauméjean, ainsi que Fabienne Casoli, présidente de l’Observatoire de Paris, pour parler de la Red Team, un groupe d’auteurs de SF recrutés par l’armée pour envisager les conflits du futur. A écouter ici !

Des appels à texte, des ateliers d’écriture !

Le Grand Prix 404 Factory

Pour la 5e année consécutive, la plateforme d’écriture collaborative 404 Factory organise le Grand Prix 404 Factory, créé en hommage à Lola Salines, en, en partenariat avec ActuSF, CNEWS et SYFY.
Voici le principe du concours :

  • 3 mois d’écriture
  • 8 genres littéraires possibles : apocalypse, fan fiction, fantasy, gaming, sci-fi, steampunk, super-héros et #LOL
  • 5 finalistes choisis par la team 404
  • 1 grand gagnant élu par un prestigieux jury
  • 1 publication papier et e-book avec un contrat d’auteur chez 404 éditions à gagner

Toutes les infos ici !

Réouverture des soumissions de manuscrits aux éditions du Petit Caveau !

La maison d’édition se consacre aux vampires et aux récits gothiques. Tous les genres sont acceptés en romans, feuilletons et novellas, à envoyer à l’adresse suivante : manuscrits[@]editionsdupetitcaveau.com (sans les crochets)
Toutes les infos ici !

Nuit virtuelle de l’Atelier d’Hettange !

Jean-Sébastien Guillermou organise, le samedi 29 mai, une nuit virtuelle de l’écriture.
A 20h, il révèlera sur sa page Facebook un thème imposé. Les participants auront alors quatre heures pour écrire le premier jet d’une nouvelle inspirée de ce thème, peu importe le style de l’auteur (roman noir, Science-Fiction, romance…). Cette nuit sera un prétexte pour écrire une histoire en intégralité, la session se terminera (officiellement…) à minuit. Plus de détails à venir courant mai et en attendant, toutes les infos ici.

Des interviews, des dossiers !

Les secrets d’écriture de Jean Krug

A l’occasion de la sortie du Chant des glaces, Jean Krug a répondu aux questions d’Actusf.

De la fantasy au Point Pop !

Claire Duvivier, David Meulemans et Guillaume Chamanadjian ont répondu aux questions du Point Pop à propos de la parution (prochaine) de La Tour de Garde aux Forges de Vulcain, « une grande saga de fantasy en train de naître », d’après Phalène de la Vallette et Lloyd Chéry ! L’article est à lire ici.

Entités titanesques et leur histoire !

Ce dossier thématique de Cinak évoque ces entités légendaires et fabuleuses tirées de mythes et légendes, récits de fantasy et autres histoires dans les étoiles. A lire sur SyFantasy !

Des événements !

La Science en BD

Raymond Poirier recevra Christian Quesnel, Richard Vallerand, Karine Gottot, Martin PM, Mathieu Lampron et la libraire Marie-Hélène Vaugeois pour parler de la Science en BD. La diffusion en live (dimanche 11 avril, 1h, UTC +2) se fera ici.

Rue des Livres

Le festival rennais a eu lieu fin mars ; vous pouvez revoir leurs cinq émissions thématiques (Ville, Jeunesse, Imaginaire, Voyage, histoires). A (re)voir ici !

Murder Party en ligne : le gâteau était presque parfait !

La médiathèque parisienne La Canopée La Fontaine organise une murder party, accessible du 11 au 17 avril. Voici le scénario :

Pour fêter ses 5 ans, la médiathèque a commandé un fabuleux gâteau à la célèbre pâtisserie primée « De Belles Manières ». Le jour J, le gâteau n’est pas livré et l’équipe de la Canopée commence à s’inquiéter. On apprend très rapidement qu’un drame est arrivé…
A vous de mener l’enquête ! Cette murder party en ligne est bilingue Français/ LSF.

Et ça se passe ici !

En vrac !

Avez-vous vu… la version russe (amateur) du Seigneur des Anneaux ?
Ce téléfilm d’une cinquantaine de minutes, tourné à tout petit budget et intitulé Khraniteli, a été diffusé en 1991 !
Pour en savoir plus, vous pouvez aussi lire l’article du Monde qui lui a été consacré.

Bon dimanche !

Le Grand jeu, Benjamin Lupu.

1885, Constantinople.
Le tsar est tombé depuis 60 ans et une nouvelle puissance s’est levée à l’est. Le Nouvel Empire russe est devenu la première dictature industrielle. Ses dirigeables géants, ses chars et ses exosquelettes à vapeur ont assis sa domination face à l’Alliance de l’Ouest. L’Empire ottoman survit dans une fragile neutralité et sa capitale est le théâtre d’un jeu d’espions sanglant.
Martina Krelinkova, aventurière et monte-en-l’air, débarque à Constantinople avec une réputation sulfureuse alors que le Primat Imperator russe s’apprête à restituer au sultan un diamant légendaire : le Shah. À peine arrivée, elle découvre que sa sœur a mystérieusement disparu.
Tandis qu’un jeu du chat et de la souris s’enclenche à un rythme effréné, les obstacles se multiplient pour la voleuse. Parviendra-t-elle à retrouver sa sœur et à s’emparer du Shah, tout en mettant au jour les sombres intrigues du Grand Jeu ?

Du steampunk, un peu d’uchronie, un cambriolage audacieux, de l’espionnage, le tout avec Constantinople en toile de fond ? Je signe avec enthousiasme !

Le Grand jeu regorge d’excellentes idées. Tout d’abord, l’auteur a pris soin de rebattre les cartes géopolitiques de l’époque. Le monde semble divisé entre deux grandes puissances : le Nouvel empire russe, une dictature industrielle qui a pris le pas sur le pays des tsars et l’Alliance de l’Ouest. Entre les deux, notre toile de fond : l’empire ottoman, qui tente de se faire tout petit tout en conservant sa neutralité.
C’est dans ce panorama politique à peine stable que débarque Martina, bien décidée à faire main basse sur une merveille de plus, tout en retrouvant sa sœur disparue.

On suit essentiellement le personnage de Martina (hormis quelques infidélités) : si elle est parfaitement campée, les autres personnages sont plus effacés, quasiment tous au même niveau de personnages secondaires.

À partir de là, l’intrigue alterne entre plusieurs fils narratifs : la préparation du casse, la traque de la sœur disparue, la montée en puissance de l’empire russe sur les terres ottomanes, et le parcours d’un homme infiltré au sein de la dictature industrielle. Tout cela contribue à créer une intrigue certes linéaire, mais néanmoins assez dense, car le début du récit accumule les scènes apparemment sans liens les unes avec les autres.
En effet, les intérêts sont multiples et il faut un long moment avant que l’on ne discerne le schéma général qui sous-tend le récit. De plus, l’univers est lui aussi assez complexe. L’auteur utilise un vocabulaire spécifique pour désigner les inventions et machines de l’empire russe qu’il faut rapidement assimiler. À cela s’ajoute de nombreux passages de dialogues, d’exclamations ou d’interjections en russe ou en turc… sans forcément de traduction. Tout cela est parfait du point de vue de l’immersion et de l’originalité du récit mais pour une raison qui m’échappe, cela m’a plus embrouillée qu’autre chose.

Pourtant, le rythme est entraînant, et le mélange d’uchronie et d’espionnage vraiment bien trouvé. Il y a un côté roman d’aventures mâtiné de découvertes hyper sombres (notamment dans le camp russe !) qui fonctionne à merveille.

En bref, Le Grand Jeu est un roman d’aventures mêlant steampunk et uchronie sur une toile de fond originale et bien trouvée. L’intrigue, dense à souhait, joue sur plusieurs trames narratives qui se nourrissent les unes les autres, tout en dessinant un univers complexe.  C’est finalement lui qui m’aura empêchée de profiter à fond de ma lecture, me sentant un peu larguée dans les diverses ramifications de l’histoire.

Le Grand jeu, Benjamin Lupu. Bragelonne, février 2021, 360 p.

Brèves de comptoir #263

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

La Revue de presse

« Les fans contestent de plus en plus l’autorité des auteurs sur leurs œuvres »

Cet entretien entre Pablo Maillé et Anne Besson est à lire sur Usbek & Rica.

La Sélection de Xavier Dollo

L’auteur, libraire et éditeur, fin connaisseur (entre autres) des littératures de l’imaginaire, a livré à son tour sa liste des 10 livres (pas uniquement SFFF) de la décennie à Babelio. En avez-vous en commun ?

Reflets de lune est dans Numerama !

Le magazine numérique liste 4 bonnes raisons de lire le dernier roman d’Estelle Faye.

Des Prix

Prix Rosny aîné 2021 : il est temps de voter !

Depuis 1980, le prix Rosny aîné récompense des œuvres de science-fiction (romans et nouvelles) parues en langue française sur support papier au cours de l’année civile précédente.
Il est l’heure de voter et ça se passe ici. Vous pouvez voter pour cinq titres, et en proposer cinq autres qui ne seraient pas dans la liste si vous le souhaitez.

Des interviews, des conférences

Christophe Thill parle de la biographie de Lovecraft

Celle-ci, écrite par ST Joshi, a été traduite par Christophe Thill, qui en parle avec Jérôme Vincent. C’est à revoir/écouter ici.

Trois questions à Roland Lehoucq

L’auteur, invité de la 48 BlueCon (qui aura lieu du 13 au 22 août 2021), répond aux questions d’Ugo Bellagamba ! A revoir ici.

Des nouvelles du tome 3 de Chronique du Tueur de Roi !

Non, il n’est pas encore sorti ! Mais Patrick Rothfuss s’est exprimé à propos de son processus d’écriture dans une interview récente :

Des financements participatifs

La Quête d’Ewilan en animé !

Le studio Andarta travaille sur une adaptation animée du cycle Ewilan de Pierre Bottero et a lancé un financement participatif sur Kickstarter. Celui-ci a été complété en seulement 3 heures, mais si vous souhaitez soutenir le projet, il vous reste 12 jours pour le faire !

Lanfeust de Troy en version audio !

Blynd souhaite adapter en version audio la série de BD Lanfeust de Troy. Voici le trailer du projet :

Là encore, le projet est financé, mais il reste 13 jours pour participer !
Si vous êtes un peu dubitatifs sur la BD en version audio, vous pouvez écouter sur France Culture l’adaptation de La Zizanie d’Uderzo et Goscinny !

En vrac !

Dragons sur ArteTV

La série conçue par le conteur Nicolas Mezzalira et l’illustrateur John Howe est à (re)voir sur ArteTV !

Noob VS Démonistes : la partie de jeu de rôle

Le 31 mars à 21h30, Olivier Gay animera une partie de jeu de rôle sur Twitch dans l’univers de sa BD Démonistes (Drakoo), avec comme invités, les acteurs de la série Noob interprétant Gaea, OmegaZell, Sparadrap et Arteon.
Toutes les infos ici.

Bon dimanche !

Une pincée de magie #1, Michelle Harrison.

Chez les Widdershins, on compte trois sœurs : Fliss, l’aînée, sage et pondérée. Charlie, la petite dernière, espiègle et à la frimousse adorable. Et au milieu, il y a Betty, qui ne rêve que d’aventures et de voyages. Pourtant, elle n’a jamais quitté la petite île brumeuse de Crowstone où les trois sœurs vivent avec leur grand-mère, Bunny. Donc, en cette soirée d’Halloween, c’est décidé : Betty part à l’aventure. Oh, pas loin, dans un premier temps, juste sur le continent, séparé de Crowstone par un petit bras de mer.
Elle est loin de se douter qu’une terrible malédiction pèse sur les femmes de sa famille… condamnées à rester à Crowstone à tout jamais, sous peine de mourir dans les 24 heures. Heureusement, avec une pincée de magie et deux sœurs aussi fantastiques qu’agaçantes, rien n’est impossible !

Une bonne pioche dans ma PAL de boulot ! Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de fantasy pour préadolescents et j’étais assez contente de cette lecture, suffisamment pour être curieuse de lire la suite de la trilogie !

Première chose à savoir : bien qu’il s’agisse d’un premier tome, le récit propose une intrigue complète, avec une conclusion très satisfaisante.
Michelle Harrison installe son récit avec une ambiance à mi-chemin entre morose et carrément sombre. D’une part, le récit débute avec Halloween, sur un île entourée d’une brume opaque. Or, quel est LE point phare de cette île ? Sa prison. Tout à fait. On est donc assez loin de l’endroit où il fait bon vivre et où la population est hyper joyeuse. D’autant que les sœurs Widdershins sont non seulement assignées à résidence mais, en plus de cela, elles souffrent de l’absence de leur père, enfermé à la prison.

La première fois que Betty Widdershins entendit parler de la malédiction qui pesait sur sa famille, elle fêtait son treizième anniversaire. Treize est un nombre que certains considèrent comme maudit, mais pas Betty. Elle était bien trop rationnelle pour croire à cette superstition et, d’une manière générale, à la plupart des superstitions absurdes dont sa grand-mère raffolait.

Sur ces débuts ô combien riants, débarque donc l’histoire de malédiction – qui, je dois dire, m’a agréablement changée de la traditionnelle prophétie avec l’élue, même s’il y a tout de même un peu de ça ici. Et c’est en même temps que surgit la magie dont les fillettes ignoraient, jusque-là, l’existence et qui va, sans surprise, lancer l’intrigue.

Celle-ci est construite sur deux récits enchâssés. D’une part, l’histoire actuelle des sœurs Widdershins qui tentent de briser la malédiction et, d’autre part, l’histoire de Sorsha, la sorcière à l’origine de la malédiction et dont le destin semble inextricablement lié à celui des trois jeunes filles. Les deux récits sont menés à la première personne mais on sait toujours très vite dans quelle temporalité on se trouve, ce qui évite de se sentir perdu entre les deux narrations. Sans grande surprise, les chapitres alternent entre les deux récits, qui s’alimentent l’un l’autre et font grimper la tension. Les rebondissements sont dans l’ensemble bien amenés même s’ils ne sont pas toujours surprenants.

Si l’intrigue s’avère assez classique, ce sont vraiment le système de magie et les personnages qui m’ont le plus emballée dans ce roman.
La magie, donc. Elle est très peu fréquente et semble même cantonnée à la famille Widdershins. Mieux : elle est liée à trois objets (un sac à main qui permet de se téléporter, des poupées russes qui rendent invisibles, un miroir pour converser à distance), dont les pouvoirs répondent à une et une seule femme de la famille. Et je dois dire que j’ai trouvé ça plutôt original et bien trouvé !
Deuxième bon point, donc : les personnages, qui font preuve d’une belle complicité – malgré quelques chipotages, qui font partie des petits plaisirs entre frères et sœurs. J’ai aimé qu’elles n’hésitent pas à se mettre en quatre les unes pour les autres, en dépit des petits agacements qu’elles peuvent ressentir. C’est plein de tendresse ! La grand-mère, de son côté, n’est pas en reste : après une entrée en matière terrifiante (elle se téléporte sur le bateau sur lequel Betty essaie de fuir, alors qu’ils sont perdus dans la brume), et un côté très directif (très « grand-mère », quoi), elle laisse entrevoir un bon caractère, et vient compléter une chouette galerie de personnages.

J’ai donc passé un très bon moment avec Une pincée de magie, qui met en scène une sororité très attachante, luttant contre une malédiction ancestrale frappant leur famille. Si l’intrigue, qui fait intervenir deux récits enchâssés, est assez classique, l’univers, le système de magie et les personnages m’ont vraiment convaincue. Au point d’être curieuse de lire la suite, déjà parue en VO, bien que ce premier tome n’appelle pas vraiment à une suite !

Une pincée de magie #1, Michelle Harrison. Traduit de l’anglais par Elsa Whyte.
Seuil jeunesse, janvier 2021, 384 p.

Terminus, Tom Sweterlitsch.

Depuis le début des années 80, un programme ultrasecret de la marine américaine explore de multiples futurs potentiels. Lors de ces explorations, ses agents temporels ont situé le Terminus, la destruction de toute vie sur terre, au XXVIIe siècle.
En 1997, l’agent spécial Shannon Moss du NCIS reçoit au milieu de la nuit un appel du FBI : on la demande sur une scène de crime. Un homme aurait massacré sa famille avant de s’enfuir. Seule la fille aînée, Marian, 17 ans, serait vivante, mais reste portée disparue. Pourquoi contacter Moss ? Parce que le suspect, Patrick Mursult, a comme elle contemplé le Terminus… dont la date s’est brusquement rapprochée de plusieurs siècles.

J’avais comme une envie de SF en ce début d’année (car oui, cette lecture date de janvier) donc je me suis penchée sur Terminus (qui se trouvait être dans la sélection SF du Prix Livraddict, et dans ma PAL de Cold Winter Challenge, pour la catégorie « Fantômes du passé« ). Et c’était une très bonne découverte !

Le récit se déroule en cinq parties alternant entre 1997, le temps de l’enquête en cours de Shannon Moss, et 2015, la TFI (Trajectoire Future Inadmissible) dans laquelle enquête Shannon. Le principe de la TFI ? Avancer de 19 ans dans le futur pour voir quelles ont été les conclusions de l’enquête ou les indices qui se sont dégagés par la suite, voire aller directement interroger discrètement des proches de l’affaire à l’époque. Mais cette fois, ce n’est pas tout. Outre l’enquête sur l’assassinat de la famille Mursult, Shannon a un second objectif : contenir le Terminus et empêcher que le secret de son origine, comme de la réalité du Terminus, ne soient découverts (car alors, on pourrait l’enlever pour rendre cette trajectoire future certaine et réaliste, voire faire capoter la lutte contre le-dit Terminus). Les TFI peuvent énormément varier : des technologies auront été découvertes ou pas, des attentats se seront bien produits ou auront été déjoués, avec tout ce que cela suppose d’impacts sur les vies des personnages.
Comme toujours avec les histoires de voyage dans le temps, j’avais quelques appréhensions (est-ce que ça va être bien ficelé ? Est-ce que les explications vont tenir la route ?). Mais pas de panique : même si les concepts scientifiques de base sont assez trapus, l’auteur a vraiment bien expliqué et ficelé les boucles temporelles et les TFI (à propos desquelles j’ai beaucoup aimé l’image du fouet de cuisine utilisée pour expliquer l’espace-temps). J’ai trouvé le principe même du voyage dans le temps bien trouvé : il ne peut se faire que vers le futur. Le passé est immuable et le présent est qualifié de « terre ferme ». Tout cela entraîne l’utilisation d’un vocabulaire maritime assez prononcé (mais c’est assez logique puisque l’enquête se situe dans l’univers de la Navy). En tout cas, cela donne au récit une coloration particulière !

On suit Shannon comme personnage principal d’un bout à l’autre du roman, mais le récit présente tout de même quelques variations de narration. En effet, tout ce qui se déroule en 1997 est narré par un narrateur externe, alors que les parties qui se déroulent en 2015, sont en narration interne et menées par Shannon au présent de l’indicatif.

Contrairement à ce à quoi je m’attendais initialement, Terminus est plus un roman d’ambiance que d’enquête – c’est en tout cas l’impression que m’ont donné les deux premiers tiers. Mais c’est tout de même un roman très prenant, que j’ai vraiment eu du mal à lâcher en cours de lecture. Le temps que l’on passe dans chaque époque est assez long, ce qui permet le développement d’arcs narratifs secondaires intéressants et bien menés. Le récit se présente comme une intrigue à tiroirs, avec des liens entre les uns et les autres que j’ai parfois eu du mal à soupçonner, ce qui n’a fait qu’augmenter le côté très addictif du roman.
Il n’y a guère que dans la quatrième partie que j’ai trouvé quelques longueurs, entièrement dues à la mise en place d’un nouveau tiroir de l’intrigue et des explications, mais le tout se justifie par la suite (donc ça n’a été qu’un bref moment à passer).
Cette ambiance prenante tient sans doute au mélange très réussi entre SF et thriller, avec quelques scènes assez gores (que ce soit dans les découvertes de cadavres ou les descriptions apocalyptiques du Terminus). Le rythme imposé par l’approche rapide du Terminus donne au récit un aspect inéluctable qui renforce rythme et suspense, en même temps qu’un léger sentiment d’angoisse. Je ne m’attendais pas à un récit aussi sombre, mais c’est aussi ce qui fait le charme du roman !

J’ai trouvé la fin vraiment bien amenée (l’épilogue et ce qui le précède) : elle conclut logiquement l’ensemble, ce qui n’était pas forcément gagné dans un récit de boucle temporelle !

J’ai été bluffée par la maîtrise dont a fait preuve l’auteur dans cette intrigue qui tient aussi du thriller que de la SF. L’ambiance, très noire, est très réussie et les explications quant aux voyages temporels tiennent bien la route. Un récit dense et original !

Terminus, Tom Sweterlistch. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Michel Pagel.
Albin Michel (Imaginaire), avril 2019, 440 p.

La Honte de la galaxie, Alexis Brocas.


An 300 000 et des poussières. Sur une planète sans loi aux confins de la Voie lactée. Meryma, 17 ans, se noie dans les drogues et la mélancolie pour oublier son passé tumultueux d’héroïne des guerres impériales – ainsi que le scandale qui a fait d’elle la honte de la Galaxie. Un matin, un convoi plein de ses ex-sœurs d’armes fait escale dans son ciel. Mission : explorer la zone inconnue de Nixte, qui abriterait les vestiges d’une civilisation extraterrestre depuis longtemps disparue, et où se produiraient des prodiges… Or, Meryma a toujours été fascinée par Nixte – c’est d’ailleurs ce pourquoi elle a trahi. Avec l’Orphelin, le petit voleur qu’elle a adopté sur Frontière, elle se débrouille pour intégrer le convoi, et se retrouve cuisinière sur un immense vaisseau qui cache bien des secrets dans ses soutes. Meryma va les lever un par un, tout en vivant mille aventures, avant d’affronter la plus grande énigme de ces 10 000 dernières années. Le mystère de Nixte.

Voilà un roman qui m’intriguait diablement et que je suis plus que ravie d’avoir lu !

Et pourtant… tout n’a pas débuté sous les meilleurs auspices. Car en effet, le roman s’ouvre sur un avertissement écrit par la protagoniste, Meryma, qui nous présente un épais dossier documentaire supposé nous introduire à son univers, et qu’elle nous invite à lire, ou à sauter pour débuter directement l’histoire. De mon côté, j’ai choisi de le lire immédiatement et peut-être n’aurais-je pas dû attaquer ce roman juste avant de me coucher, car je dois dire que j’ai trouvé le début quelque peu ardu (uniquement en raison de mon état de fatigue, je me dois quand même de le préciser !).
Mais j’ai trouvé ce début extrêmement original, d’autant que Meryma nous annonce dès le départ qu’elle a choisi de présenter, entre autres documents, l’avis du fondateur de la nation antagoniste, Patrie Bleue.

Après cette introduction originale, on plonge dans la découverte d’un univers vraiment, vraiment riche. Le fait de débuter le récit après la fin de la guerre est vraiment intéressant : pour ainsi dire, tous les enjeux stratégiques sont passés et il s’agit de vivre ensemble dans cet univers galactique. Cela change un peu dans le paysage du planet opera. Heureusement, il reste le mystère de Nixte à se mettre sous la dent, puisque dans ce système planétaire, outre les vestiges d’une antique civilisation, on trouve des phénomènes physiques vraiment étranges, que les scientifiques s’expliquent difficilement, ce pourquoi tout le monde veut aller voir de plus près ce qu’il s’y passe. Or, le voyage pour s’y rendre est semé d’embûches, ce qui fait que l’on retombe sur d’autres motifs auxquels nous a habitués le genre !

De fait, l’intrigue, à l’instar de l’univers, est extrêmement riche. Le roman est découpé en quatre grandes parties qui structurent parfaitement l’intrigue et lui permettent d’avancer à bon train. Les chapitres, à l’intérieur, sont assez courts, ce qui assure un rythme extrêmement prenant au texte. Et l’auteur a mis le paquet niveau péripéties car il se passe énormément, énormément de choses dans ce roman. A tel point qu’à la fin de ma lecture, j’ai eu l’impression d’avoir lu une trilogie complète ! Mais sans avoir l’impression d’avoir traîné sur un livre mal équilibré ou trop riche. Loin de là ! Le rythme, l’enchaînement des péripéties, révélations, rebondissements, tout est géré au poil et d’une main de maître, ce qui permet à l’intrigue de vraiment s’étaler sur la totalité du roman, sans se perdre en longueurs, et sans faire non plus l’impasse sur quoi que ce soit. C’est magistral !

Au fil des chapitres, on aborde aussi pas mal de sujets. Il y a évidemment l’addiction (puisque Meryma est complètement accro à la spéculine, une drogue qui permet de revivre ses souvenirs heureux), et les relations familiales (en raison de l’adoption de l’Orphelin par Meryma). Mais d’autres thèmes émergent dont certains sont vraiment liés au genre SF, comme le clonage, l’intelligence artificielle, l’humain augmenté ou la conquête spatiale. Évidemment, la guerre a aussi une place hyper importante dans l’histoire, avec ce qu’elle suppose de questionnements autour du positionnement (y a-t-il des gentils dans une guerre ?, par exemple), mais aussi autour de l’endoctrinement des troupes, des traumatismes et, avec eux, de la mémoire et des souvenirs. Bref : des thèmes riches, pour accompagner un univers complexe et une intrigue vraiment dense !
D’ailleurs, je n’en ai pas parlé plus tôt, mais j’ai vraiment adoré rencontrer des races extraterrestres originales (mention spéciale aux Ruby), avec des caractéristiques, des façons de penser et de communiquer bien différenciées et qu’on ne croise pas si souvent (il me semble).

En bref, La Honte de la galaxie a été une excellente, excellente découverte – et même le premier coup de cœur de l’année ! Alexis Brocas nous embarque dans une aventure extrêmement prenante, à la densité incroyable, menée d’un style particulièrement fluide. Les divers thèmes s’entremêlent à merveille au récit et le font encore gagner en richesse. Et pour ne rien gâcher, la fabrication est sublime, avec une couverture bleue brillante du plus bel effet !

La Honte de la galaxie, Alexis Brocas. Sarbacane (Exprim’), 6 janvier 2021, 486 p.

Brèves de comptoir #262

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Revue de presse

Le steampunk, engrenages et hauts de forme !

C’est un copieux dossier consacré au genre, à lire sur SyFantasy !

Un guide de lecture Ursula K. Le Guin !

Vert, de Nevertwhere, a publié un colossal guide de lecture consacré à l’autrice Ursula K. Le Guin !

Des prix

Les 5 finalistes du PLIB :

Le Prix Littéraire de l’Imaginaire BooktubersApp vient d’annoncer les 5 titres retenus en shortlist. Voici donc les cinq titres entre lesquels les jurés doivent trancher :

La Princesse au visage de nuit, David Bry (L’Homme sans nom).
La Ville sans vent, Éleonore Devillepoix (Hachette).
Steam Sailors #1, E.S. Green (Gulf Stream).
Rouge, Pascaline Nolot (Gulf Stream).
Rocaille, Pauline Sidre (Projets Sillex).

Pour une fois, je ne suis pas trop en retard dans mes lectures, j’en ai déjà lu trois !

Des podcasts, des rendez-vous !

La FAQ littéraire de Morgan of Glencoe !

Après un premier épisode, Morgan of Glencoe et Lionel Davoust reviennent pour une nouvelle FAQ littéraire. Elle aura lieu le vendredi 26 mars, à 20h30, sur la chaîne Twitch de l’autrice.

Alain Damasio : « Je voudrais être lanceur de pistes plutôt que lanceur d’alerte »

L’auteur était au micro de Lucile Commeaux, dans l’émission « Affaires culturelles » (sur France Culture) : il y est question de son parcours personnel et de ses romans !

Rencontre avec Jean-Claude Dunyach !

L’auteur était invité de Scientilivres, festival de découverte et de sensibilisation aux sciences et à la lecture. Évidemment, tout s’est déroulé à distance, ce pourquoi la rencontre avec Jean-Claude Dunyach est visible ici :

Il y a d’autres contenus à découvrir sur leur chaîne !

Le live ActuSF !

Six auteurices des éditions Actusf étaient invités à discuter du thème « J’ai déjà/J’ai jamais » dans l’univers de l’écriture et la littérature. Isabelle Bauthian, Célia Flaux, Anne-Sophie Devriese, Katia Lanero Zamora, Damien Snyers et Fabien Clavel étaient réunis sous la houlette de Gaëlle Giroulet et c’est à voir ici.

Bon dimanche !

[2021] Petit bilan de janvier-février

Carnet de lectures

Ce début d’année, j’ai lu encore plus de romans jeunesse que d’habitude ! (ça colle avec mon nouveau poste). Il y avait du bon, du moins bon, et voilà donc tout cela en vrac.

Les Papis contre-attaquent, Claire Renaud, illustré par Maurèen Poignonec (Pépix, Sarbacane).
Claire Renaud et Maurèen Poignonec ont signé, il y a deux ans, Les Mamies attaquent, que l’on peut considérer comme un diptyque, même s’il n’est pas nécessaire d’avoir lu les deux pour comprendre et profiter de sa lecture. Rien ne va plus dans l’équipe des Lascars, dont fait partie Gérard, le grand-père de Guenièvre. Léonard, le barreur historique de cette équipe d’aviron, est hospitalisé dans un EHPAD le temps de se remettre d’une vilaine fracture. Or, toute l’équipe est engagée dans une compétition qui a lieu en fin de semaine ! Ni une ni deux, les Lascars décident d’exfiltrer leur ami de sa prison maison de retraite, quitte à prendre tous les risques.
Généralement, je ne suis pas déçue avec cette collection et ce titre n’a pas démérité. Le roman aligne les stratagèmes aussi loufoques que désopilants pour tirer Léonard de son guêpier, pour le plus grand plaisir des lecteurs. À chaque nouveau plan, on ne peut s’empêcher de se demander s’il va aboutir : déménagement sauvage, infiltration en tenue (de mamie) de camouflage, cambriolage… Les trouvailles, comme les péripéties pour les faire échouer, sont toutes plus drôles les unes que les autres ! Je me suis bien amusée avec ce titre, qui m’a donné envie de lire le précédent pour voir à quoi il ressemble.

Témoins à abattre, Olivier Gay (Flash Fiction, Rageot).
Alors qu’ils font du vélo en montagne, Yan et Pauline sont témoins d’un meurtre. Pris en chasse par les tueurs, ils donnent tout ce qu’ils ont pour s’échapper !
Nouveau thriller dans la bibliographie d’Olivier Gay ! Le texte, très court, est tenu par un rythme très soutenu : l’ensemble de l’intrigue consiste en la course-poursuite dans la forêt, à la tombée de la nuit. Les chapitres, très courts, soulignent ce rythme. Le style, très simple, l’intrigue linaire, et les chapitres très courts, font que le roman est adapté aux lecteurs fâchés avec la lecture.

Prunelle, sorcière rebelle, #1, Agnès Laroche (Rageot).
Prunelle est une sorcerelle, qui pratique la magie douce. A Tendreval, la magie forte est réservée aux hommes. Sauf que Prunelle s’aperçoit qu’elle sait manipuler la magie forte, et qu’en plus elle apprécie cela. Or, son père est le chef du comté, et réputé pour sa sévérité. Donc, que faire ? Tout lui avouer, ou cacher la vérité ? Et comment ignorer l’appel de la magie ?
L’histoire se déroule dans un univers très clivé, vous vous en doutez, où hommes comme femmes ont des rôles hyper genrés : aux premiers la magie pour construire, détruire, se battre ; aux secondes les sortilèges d’embellissement, de déco, de confort domestique. C’est un premier tome, donc l’intrigue prend son temps pour s’installer et se dérouler. Évidemment, Prunelle ne tarde pas à tomber sur des gens qui, comme elle, questionnent cet univers très inégalitaire. L’intrigue, très linéaire, s’avère assez classique, mais menée à bon train, ce qui rend la lecture assez plaisante. J’ai beaucoup pensé à La Fille aux licornes en lisant ce titre !

Yoko, Jean-Luc Marcastel (Didier jeunesse).
Après ces premières bonnes découvertes, je dois dire qu’avec ce titre, ça ne l’a vraiment pas fait. En cause : des personnages féminins vraiment pas terribles. Alors oui, LA fille de l’histoire (car il n’y en a évidemment qu’une) est badass, sait se battre, sait plein de choses… Mais il ne suffit pas de mettre un perso féminin qui déchire pour dire que c’est bon, tout le taf est fait. D’ailleurs, ça ne loupe pas, elle est inconsciente quand les garçons la trouvent (et vas-y que ça lui paluche les seins pour vérifier qu’elle est toujours vivante………) et ensuite on oscille entre femme fatale, femme-trophée. C’est agaçant ! En plus de cela, l’intrigue (dans un univers post-apo hyper classique) met un temps infini à démarrer, à tel point que ça à peine débuté alors qu’on arrive à la fin. Vu que le roman fait tout juste 190 pages, pourquoi ne pas faire un seul gros livre ? Voilà un roman dont je ne lirai sans doute pas la suite !


Scarlett et Novak, Alain Damasio (Rageot).
Deuxième pioche dans le tas des découvertes pas follement emballantes avec ce titre de Damasio. Il s’agit d’une très courte nouvelle de thriller. Novak, un ado, se fait agresser par des personnes qui en ont après son téléphone, un modèle high-tech équipé de Scarlett, une intelligence artificielle très performante. Déjà, je craignais un peu vu la mention sur la couv « Le thriller qui déjoue la fascination du smartphone ». A qui ça donne envie de lire ça ?! Pas à moi ! Et de fait, le texte est à l’avenant. C’est clairement une incitation à décrocher de son téléphone et des applis toutes prêtes à rendre service afin de se débrouiller par soi-même. En soi, c’est louable, mais j’ai trouvé qu’on sentait beaucoup trop toutes ces bonnes intentions dans le texte, ce qui explique sans doute mon manque d’enthousiasme pour ce titre.

Et après tous ces romans, enfin des bulles !

Une sacrée mamie #1, Yoshichi Shimada & Saburô Ishikawa (Delcourt).
1958, Hiroshima. À cette époque au Japon, il est difficile pour une jeune femme d’élever seule ses deux fils. Acculée, Hikedo décide un jour de confier son plus jeune garçon, Akihiro, à sa mère qui vit à la campagne. Arrivé chez sa grand-mère, une vie complètement nouvelle va commencer pour Akihiro. Pas facile de quitter la ville pour la campagne quand on n’y est pas préparé ! Mais le petit garçon va vite s’habituer à sa nouvelle vie au grand air. Suivant l’exemple de sa super mamie débrouillarde, il apprend à s’adapter à toutes les situations…
Il était grand temps que je découvre enfin ce manga, dont j’ai beaucoup entendu parler. Et c’était une chouette découverte. Akihiro est assez marrant à suivre, avec un caractère très égal et une grande capacité d’adaptation. La vie avec sa grand-mère ne cache rien des difficultés financières qu’éprouve la petite famille. Si le contexte n’est pas tendre avec l’enfant (la séparation d’avec sa mère et son frère, les conditions de vie, etc.), le manga met en avant une relation chaleureuse et pleine de bienveillance entre la grand-mère et son petit-fils. Je vais attendre la suite à la bibli avec impatience !

Ma première lecture de l’année était un manga, et un boy’s love ! Incroyable, mais vrai ! J’ai donc découvert Everyday is a good day, un oneshot de Noeko Nishi (éditions Akata). Elle y raconte l’histoire d’un jeune homme, Toki, dévasté par la perte de sa sœur jumelle, un an plus tôt. Son neveu Asahi, quatre ans, traumatisé par la perte de ses parents, ne décroche plus un mot. Pour permettre à ses parents de partir en croisière, Toki propose d’accueillir Asahi pour plusieurs mois – oubliant qu’il n’a pas la moindre idée de comment on gère un enfant. Parallèlement, sa rencontre avec Chihiro (petit frère d’un ami d’enfance) provoque chez les deux jeunes hommes de troubles sentiments. Pas facile de gérer en même temps un début de romance et un enfant traumatisé !
Ce manga était une très bonne surprise. Je n’ai pas l’habitude du boy’s love, et ce titre était impeccable pour commencer (même s’il n’est peut-être pas très représentatif du genre). La romance entre Toki et Chihiro est là vraiment en arrière-plan et le récit se concentre plutôt sur la vie quotidienne de ce drôle de trio. C’est léger et rafraîchissant, avec parfois un peu d’humour, et en même temps des sujets profonds évoqués de façon sensible. Au fil des pages, il est question d’amour, de deuil, de relations familiales et c’est très prenant. Les graphismes sont à l’avenant : doux et sensibles. Bref, voilà un titre plein de sensibilité et de bienveillance ; je guetterai les prochains titres de l’autrice !

Tops/Flops

J’ai présenté ci-dessus suffisamment de lectures en demi-teinte, donc je vais me concentrer sur les bonnes découvertes de ce début d’année – et il y en a eu ! J’ai même eu du mal à choisir ! Donc allons-y pour un petit top 3 🙂

Top 1 : La Honte de la galaxie, Alexis Brocas (Sarbacane).
Énorme coup de cœur pour ce récit de SF hyper prenant, dense à souhait et qui m’a embarquée dans une intrigue et un univers particulièrement originaux. Je recommande chaudement la lecture de ce titre !

Top 2 : Il était une fangirl #1 : Cendrillon 2.0, Ashley Poston (Lumen).
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce mélange annoncé entre réécriture de conte et fandom d’une série SF à succès et j’ai été bluffée par la maîtrise de l’intrigue, qui marie à merveille les deux tableaux. Très très bonne pioche !

Top 3 : Plein gris, Marion Brunet (PKJ)
Après un énorme coup de cœur pour Sans foi ni loi, j’étais curieuse de lire le nouveau roman de Marion Brunet, et ça a été une très bonne pioche ; elle nous embarque dans une croisière pleine de tension et de non-dits, à l’ambiance apocalyptique très réussie !

Citations.

« Je sors à pas lents de la loge, dont je referme la porte derrière moi sans bruit. J’effleure, sur mes lèvres, la plaie que les dents de la Ventouse ont laissée. Mark a peut-être raison. Peut-être ai-je vraiment besoin d’un agent capable de tenir les fans à distance et de jouer les gros bras au cas où…
Aussitôt, j’essaie de me raisonner :
– Non, arrête. Tu fais confiance aux autres. Tu aimes tes fans. Tu es sympa, drôle et cool. Rappelle-toi, tu es Jennifer Lawrence. »
Cendrillon 2.0, Ashley Poston (Lumen).

« Désolée, Na’ya est en retard. Les fées coiffeuses l’ont abandonnée en plein milieu de ses tresses.
– QUOIIII ?! Mais je leur avais apporté des gâteaux ! Elles sont déjà parties ?
– Non non, c’est juste que… j’ai voulu les payer et leur expliquer le concept de conditions de travail correctes… Du coup, elles sont en train de se syndiquer dans le placard. Je suis tellement fières d’elles. N’oubliez pas de réclamer un congé parentalité !! »
Grimoires & Sorcières, Svetlana Chmakova (Jungle).

« J’avais envie de découvrir l’Underground au lieu de prendre un cab. Père en serait scandalisé, car la bonne société londonienne n’emprunte pas ce mode de transport, mais les conventions sociales m’ennuient. En intégrant la Garde royale, j’ai fui la demeure familiale pour gagner ma liberté. Les représentants de Sa Majesté suivent leurs propres règles, ce qui me permet de défier allègrement l’autorité paternelle.
Clement m’adresse un sourire amusé depuis le banc d’en face. J’avoue que notre élégance détonne au milieu des pantalons informes et des robes sombres. Les autres passagers, ouvriers et domestiques pour la plupart, n’ont pas l’habitude des hauts-de-forme et des jupes à tournure. La mienne me rappelle la couleur des feuilles en automne, un brun roux qui réchauffe la pâleur de mon teint. Quand je vérifie dans la glace qu’une mèche rousse ne s’échappe de mon chignon, mes prunelles écarlates s’y reflètent.
– Vous êtes parfaite, déclare mon dena.
Sa gentillesse se répand en moi comme une douce chaleur. J’aimerais effleurer son visage d’ange en retour, mais les bonnes mœurs l’interdisent en public. Nous sommes tous esclaves de la politesse. »
Anergique, Célia Flaux (Actusf).

« Tout est écrit, ici, remarqua Ragnar. Tout. Sais-tu lire ?
– Je sais lire et écrire.
– Est-ce utile ? demanda-t-il, impressionné.
– A moi, cela ne l’a jamais été, admis-je.
– Alors pourquoi le faire ? s’étonna mon ami.
– Leur religion est écrite, expliquai-je. La nôtre, non.
– Une religion écrite ?
– Ils ont un livre où tout est écrit.
– Pourquoi ont-ils besoin qu’elle soit écrite ?
– Je l’ignore. C’est ainsi. Et bien sûr, ils écrivent les lois. Alfred adore en faire de nouvelles, et toutes doivent être consignées dans des livres.
– Si un homme ne peut se rappeler les lois, c’est qu’il en a de trop nombreuses. »
Les Seigneurs du Nord, Bernard Cornwell.

« En riant, il lui avait décrit les parties qu’il organisait pour Mr Watkins. Les chiens qui pistaient, levaient le gibier, le ramassaient une fois tué, bref, faisaient presque tout le travail. La tripotée de domestiques qui suivait, portant les poires à poudre, les sacs de plombs, les fusils de rechange et les carniers, et même un petit siège pliant car Mr Watkins, qui allait léger comme un pinson, fatiguait vite.
– Et encore, Mr Watkins vaut mieux que ces jeunes nobles qui chassent en bande, parce que lui, au moins, il suit mes conseils. Avec moi, il est à bonne école. Il ne tire pas les hases pleines, il ne tarabuste pas la moindre compagnie de grouses qui lève sous ses yeux en tirant dans le tas, il n’enfume pas les terriers. Sadima écouta son père pester après les gentlemen bruyants qui saccageaient les fourrés, qui ne savaient pas viser avec leurs fusils dernier cri.
– Ils sont incapables de prendre le temps. Ils ne veulent que tirer leur coup. Tout ça pour se retrouver après entre eux et se raconter leurs exploits.
Le père avait marqué une pause.
– En fait, c’est exactement comme quand ils sont avec une…
Et, baissant les yeux sur sa petite fille de sept ans qui l’écoutait avec attention:
– Bref. Qu’importe. Je vais donc t’apprendre à chasser. »
D’Or et d’Oreillers, Flore Vesco.

D’Or et d’Oreillers, Flore Vesco.

C’est un lit vertigineux, sur lequel on a empilé une dizaine de matelas. Il trône au centre de la chambre qui accueille les prétendantes de lord Handerson. Le riche héritier a conçu un test pour choisir au mieux sa future épouse. Chaque candidate est invitée à passer une nuit à Blenkinsop Castle, seule, sans parent, ni chaperon, dans ce lit d’une hauteur invraisemblable. Pour l’heure, les prétendantes, toutes filles de bonne famille, ont été renvoyées chez elles au petit matin, sans aucune explication.
Mais voici que lord Handerson propose à Sadima de passer l’épreuve. Robuste et vaillante, simple femme de chambre, Sadima n’a pourtant rien d’une princesse au petit pois ! Et c’est tant mieux, car nous ne sommes pas dans un conte de fées mais dans une histoire d’amour et de sorcellerie où l’on apprend ce que les jeunes filles font en secret, la nuit, dans leur lit…

Un nouveau roman de Flore Vesco ! Ai-je vraiment hésité avec de me jeter dessus comme la misère sur le monde ? Absolument pas !
Vous le sentez venir, l’objectivité ne sera peut-être pas au rendez-vous de cette chronique, car j’ai adoré chaque instant de ma lecture, qui m’a plongée dans un délicieux mélange entre roman austenien (avec l’obsession de bien marier ses enfants, de préférence avec quelqu’un de fortuné), réécriture de contes (La Princesse au Petit Pois, mais pas que) et de fantasy un brin dark aux entournures.

« Mrs Watkins tira sur sa jupe, tapota son chignon, sonna pour le thé, s’assit, prit une longue inspiration. Quand le majordome annonça Mrs Barrett, elle affichait le détachement le plus distingué.
–Linda! Quel plaisir! dit-elle, et dans ces trois mots elle parvint à insuffler à la fois la surprise et l’enthousiasme.
–Ma chère! dit Mrs Barrett, qui de son côté n’insuffla rien, étant très essoufflée.
Mrs Watkins versa le thé, offrit un biscuit et toutes les petites phrases d’usage. Elle s’en débarrassa aussi vite qu’il était acceptable : platitudes sur les confitures préparées par sa cuisinière, les camélias qui égayaient les parterres en hiver, le dernier bal qui datait de si loin.
Enfin, Mrs Barrett reposa sa tasse, poussa un soupir et sembla prête à lâcher le morceau. Mrs Watkins se pencha en avant. Elle était presque tendue, ce qui était une véritable gageure dans ce corps tout en mollesse : chignon tremblotant, lèvres affaissées, cou plissé, épaules tombantes, ventre coulant. Les chairs flasques de Mrs Watkins ne tenaient ensemble que par une volonté de fer. Cette énergie brûlait dans un unique but : bien marier ses trois filles.
Les boucles de Mrs Barrett s’agitaient sous son bonnet, tant elle brûlait de parler.
–Ce biscuit est délicieux, dit-elle. Vous féliciterez la cuisinière pour moi.
Mrs Watkins, sur les charbons ardents, la remercia.
–Mais j’oubliais! Bien sûr, vous avez appris la nouvelle? ajouta Mrs Barrett.
Mrs Watkins secoua impatiemment la tête. Même le majordome, debout dans un coin du salon, inclina une oreille.
–Vraiment? Vous ne savez donc pas?
Mrs Watkins était sur le point d’imploser. Heureusement, Mrs Barrett ne pouvait contenir plus longtemps sa révélation.
–On raconte que le fils de lord Handerson se cherche une épouse! s’écria-t-elle.
–Comment?
Mrs Watkins faillit en lâcher sa tasse. Comme la nouvelle était proprement révolutionnaire, elle répéta: «Comment?» encore une ou deux fois, sous le regard satisfait de Mrs Barrett.
–Mais je croyais Blenkinsop Castle déserté! dit-elle enfin. Le domaine est à l’abandon! Son fils? Mais oui, il avait pourtant un fils! Il y a si longtemps… Je le pensais, peut-être, parti à Londres, chez un grand-oncle… ou dans les colonies… qui donc se souvient de lui? Tout cela est si loin!
Mrs Watkins en perdait sa syntaxe. Mrs Barrett, étant passée par la même commotion quelques minutes plus tôt, opinait vigoureusement. »

Le début de l’histoire semble se profiler comme une réécriture de La Princesse au Petit pois, puisqu’il est dès le départ question de faire dormir les prétendantes sur un lit incroyablement haut, doté de multiples matelas empilés. Mais rapidement, on quitte la pure réécriture : cela commence par de discrètes allusions à d’autres contes, ou à des motifs récurrents du genre (qui sont très amusants à débusquer), et cela continue par un récit qui bifurque très nettement vers une intrigue tout à fait originale, qui m’a surprise à de nombreuses reprises, notamment par le mélange de thèmes très forts et que je n’aurais pas forcément imaginés ensemble.

Au premier chef desquels la sensualité. Eh oui, rappelez-vous, dans La Princesse au Petit pois, l’épreuve du lit servait à déterminer si oui ou non la princesse était bonne à marier. Ici, c’est un peu le même principe (même s’il n’y a pas de princesse à marier) : l’épreuve, première d’une série de trois, toutes plus exigeantes et inquiétantes les unes que les autres, consiste à connaître les impressions (et les actions) de la candidate dans le fameux lit. Évidemment, le questionnement titille, mais on n’entre pas frontalement dans le sujet. De fait, les épreuves ne s’enchaînent pas en deux jours, ce qui laisse tout loisir à Sadima et lord Handerson de vivre ensemble dans le manoir, puis de se découvrir, se connaître de mieux en mieux… et de découvrir leurs propres sensualités.
Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains, alors ? Eh bien si ! Car comme dans les précédents romans de Flore Vesco, l’histoire est portée par un style riche et poétique, qui donne particulièrement envie de tout lire à voix haute afin d’en mieux profiter. L’autrice joue sur un style hautement métaphorique, parfaitement transparent pour les plus âgés des lecteurs, mais sans doute un peu opaque pour les plus jeunes. Les métaphores, les images, les jeux stylistiques créent une vraie distance par rapport au sujet. À titre d’exemple, je décerne une mention spéciale à la scène qui décrit le plaisir féminin via une métaphore filée impliquant la stylistique et tous les signes de ponctuation imaginales. En trois mots : c’est génial !

L’autre thème très fort qui surgit, c’est l’horreur. Plus l’on avance dans l’histoire, et dans les couloirs du manoir, plus l’on passe d’une ambiance fascinante à quelque chose de nettement plus inquiétant. À tel point que j’ai trouvé que certaines scènes étaient carrément horrifiques, même si cette ambiance s’installe très subtilement. Régulièrement, l’humour dont font preuve les personnages vient alléger quelque peu l’atmosphère, ce qui permet aux lecteurs de souffler un peu.
Encore une fois, c’est vraiment le style qui fait tout : le récit se fait tour à tour caressant, fascinant, poétique, angoissant, au détour d’une tournure de phrase ou deux et d’un choix extrêmement judicieux de vocabulaire. Outre ces jeux stylistiques, les anagrammes, palindromes et anacycliques ont une immense importance dans le récit, ce qui le rend encore plus brillant. Bref : c’est un immense plaisir de lecture !

Avec D’or et d’oreillers, Flore Vesco signe un conte que j’ai lu avec un immense plaisir. Elle reprend les motifs traditionnels du genre pour les transformer en une intrigue particulièrement riche et original, qui joue sur la sensualité et la fantasy légèrement horrifique. Le récit est porté par une plume riche, souvent poétique, parfois piquante et pleine d’humour, que j’ai parfois lue à voix haute pour en profiter pleinement. Bref : une immense réussite !

D’or et d’oreillers, Flore Vesco. L’École des Loisirs, 3 mars 2021, 240 p.