Olangar : Bans et Barricades 1/2, Clément Bouhélier.


Dix-sept ans ont passé depuis la bataille d’Oqananga, où la coalition entre les Elfes et les Hommes a repoussé les Orcs par-delà les frontières.
À l’approche des élections, Olangar est une capitale sous tension, véritable poudrière où seule manque l’étincelle. Tandis que les trois candidats noircissent les journaux de leurs promesses, les accidents se multiplient sur les chantiers navals ; les salaires se font attendre et la Confrérie des Nains menace d’engager un mouvement de grève d’une ampleur jamais vue. À leur tête, Baldek Istömin ira jusqu’au bout.
Au même moment, Evyna d’Enguerrand, fille d’un ancien seigneur de guerre, débarque en ville pour chercher la vérité sur la mort de son frère, soldat assassiné au Grand Mur dans d’étranges circonstances. Pour l’aider, elle fait sortir de prison Torgend Aersellson, un Elfe banni par les siens et vieil ami de son père. Ensemble, ils se lancent dans une enquête acharnée, qui les mènera des bas-fonds de la cité jusqu’aux couloirs de la Chancellerie et ses arcanes politiques.

Je connaissais Clément Bouhélier au rayon horreur, je le découvre au rayon fantasy avec autant de plaisir : attention, auteur à suivre !
Si l’histoire débute sur la fameuse bataille d’Oqananga : l’introduction est saisissante, car on partage le vécu des soldats se voyant dans l’obligation de donner un assaut qui semble d’ores et déjà voué à l’échec. Le roman s’ouvre sur une scène de violence et de désespoir qui prend littéralement aux tripes. Dès les premières pages, l’auteur nous met donc dans le bain : entre les humains, les nains, les elfes et les orcs, les fameuses Peaux Vertes, ce n’est pas le grand amour.
Puis, changement radical d’ambiance, puisque le récit reprend dix-sept ans plus tard, en centre-ville, dans une cité plus ou moins pacifiée, et va s’attacher à plusieurs personnages – que rien ne relie, du moins en apparence : Evyna, une jeune noble du Sud cherchant à faire la lumière sur la mort de son frère, Torgend, un Elfe déchu et Baldek, un nain menant le piquet de grève. Voilà pour les trois principaux, mais il faudrait également citer Mandrac, le truand qui règne sur les bas-fonds et dont les rets semblent s’étendre à l’infini.

Je savais plus ou moins à quoi m’attendre en attaquant le roman, car le « Mois de » Clément Bouhélier venait de s’achever sur Bookenstock et qu’on a pas mal évoqué ce titre ; ceci étant, j’avoue que le motif de la grève titillait entièrement ma curiosité, puisque ce n’est pas un thème que j’ai l’habitude de croiser en fantasy — plus en SF, à vrai dire. Et je dois dire qu’il s’y marie ici très bien !
Tout cela tient à l’univers que déploie l’auteur dans ce premier volume : Olangar est une cité très industrialisée, qui compte sur ses chantiers navals et sur ses mines… dans lesquels les conditions de travail sont plus que discutables. C’est un univers dans lequel on se déplace à cheval ou en carrosse, mais aussi en train ; on y livre des batailles héroïques, mais on y fait aussi grève, et assez sévèrement, avec ça.  Tout cela pourrait paraître contradictoire et anachronique, mais en fait cette fantasy industrielle fonctionne à merveille !

Et je crois que c’est aussi ce mélange des genres qui m’a tellement plu. Il y a tout d’abord le récit de fantasy classique, dans lequel on trouve un personnage qui cherche une sorte de vengeance, l’alliance entre la fougue de la jeunesse et l’amertume tenace du guerrier solitaire, qui pour beaucoup repose sur un conflit ancien qui ne semble pas près de se résoudre. Sa comparse de toujours, quant à elle, semble avoir tiré un trait sur ce passé et vivre selon ses propres règles (parfois conflictuelles avec son héritage, justement). Ce sont des schémas auxquels on est habitués en fantasy mais c’est comme pour l’univers, l’auteur les mêle à d’autres thèmes et/ou motifs plus inattendus. La quête des personnages prend assez vite les allures d’un véritable récit d’aventure, tendances roman de cape et d’épées mâtiné de western — et je ne dis pas cela seulement pour la fabuleuse scène de l’attaque du train à laquelle on assiste ! Il y a un souffle particulièrement épique dans ce roman, qui m’a à plusieurs reprises laissée pantoise devant les péripéties infligées aux personnages.
À côté de cet audacieux (mais génial !) mélange de fantasy, d’aventure et de western, il y a ce qui ressemble nettement plus à un roman noir, avec les petits trafics et complots que la pègre s’ingénie à pérenniser tout en les dissimulant. On visite donc en long, en large et en travers les bas-fonds, dont l’influence auprès des hautes sphères semble sans limite. Certains passages font froid dans le dos lorsque l’on pense aux conséquences au niveau national des petits trafics que l’on surprend…

Car en plus des trajectoires personnelles de chacun des protagonistes, c’est la destinée d’Olangar qui se joue elle-même, les élections étant en approche : cette échéance rapide vient rythmer le roman, tout en insufflant la sensation que tout ce petit monde se dirige vers le point de non-retour (mais lequel ?). Et c’est certainement avec cela que l’on quitte les rives de la fantasy classique pour rejoindre celles d’un autre genre hybride — au cas où les accents d’aventure, de western et de roman noir ne vous auraient pas comblés. Comme je l’ai dit au départ, l’univers est hyper industrialisé, ce qui fait que les personnages ont des préoccupations extrêmement modernes : les ouvriers se sont constitués en syndicats, ils luttent pour de meilleures rémunérations et primes, des conditions de travail décentes et, globalement, une politique transparente et honnête… Qui a dit « comme dans la vraie vie » ?! Car oui, comme dans la vraie vie, il sera question de financements privés occultes, des coulisses (pas nettes) d’une campagne électorale, de la façon de communiquer envers le « peuple », de mépris de classe, des enjeux que peuvent avoir une grève générale, ou encore des moyens (dégueulasses) que l’on utilise pour briser une grève. Bref, ça nous parle, c’est hyper rafraîchissant en fantasy et surtout, ce n’est pas moralisateur. Triple bon point !

L’intrigue étant assez dense, le roman s’avère très prenant : on n’est pas nécessairement à bout de souffle toutes les trois pages, mais il y a tellement d’enjeux différents qu’il est difficile de se sentir serein pour tous les personnages. Du coup… le roman se dévore plus qu’il ne se lit, il faut bien l’avouer ! Le mélange entre fantasy, aventure, roman noir et préoccupations sociales est aussi palpitant que saisissant, d’autant que le récit se fait volontiers épique. Évidemment, tout n’est pas résolu (pour cela, il faudra lire le deuxième volume du roman), mais on a déjà un assez net tableau des forces en présence, une idée des enjeux qui se disputent et, pour ma part… la féroce envie de savoir comment tout cela va se terminer !

Olangar : Bans et Barricades, volume 1, Clément Bouhélier. Critic, août 2018, 445 p.

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Brèves de comptoir #197

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

 

Lundi : l’Imaginaire, un mauvais genre à haut potentiel !

À l’approche du SLPJ, cet article de Manon Botticelli est à lire sur Culture Box !

Lundi encore : bientôt une boutique Harry Potter à Lille ?

Quatre amis fans de la saga ont décidé d’ouvrir une boutique de produits dérivés de la saga Harry Potter à Lyon, en 2019, en Presqu’île.
Pour ce faire, ils ont lancé un financement participatif, afin de réunir les fonds nécessaires au lancement du projet : il reste un petit mois pour récolter les 4 000 euros manquant encore à l’appel !
Quelques événements sont déjà annoncés, comme l’anniversaire de la Bataille au Manoir Malefoy, en mars, puis une rentrée en Poudlard Express à l’automne.
Pour suivre l’avancée du projet et les annonces événementielles, rendez-vous sur la page du projet !

Lundi toujours : concours de nouvelle de la bibliothèque Rilke !

Dans le cadre de la Nuit de la Lecture, qui a lieu le 19 janvier 2019, la bibliothèque Rainer Maria Rilke (88 ter bd de Port-Royal, Paris 5e) vous propose un concours de nouvelles fantastiques (maximum de 3 pages, Times New Roman, 12) sur le thème : Une nuit fantastique à la bibliothèque
L’idée:  les lire durant cette 3ème édition de la Nuit de la lecture et voter en direct pour vos préférées.

Règlement et bulletins de participation sont disponibles ici (et in situ à la banque de prêt).

Dépôt de vos nouvelles au plus tard le 12 janvier 2019.

Mardi : ciné & séries

La suite des Gardiens de la Galaxie ?

Steven Knight aurait été approché par les studios Marvel pour réaliser le troisième opus des Gardiens de la Galaxie. Affaire à suivre…

Du côté de Netflix

La plateforme, de son côté, annonce sa prochaine adaptation SF avec The One, tiré du roman Âmes sœurs de John Marrs (paru chez Hugo & cie). La série, en 10 épisodes, est écrite par Howard Overman, exécutée par Johnny Capps et Julian Murphy et produite par Urban Myth Films. Et voici le synopsis :

Futur proche, 10 ans après une découverte majeure concernant l’ADN. Les scientifiques sont maintenant en mesure de déterminer le parfait partenaire pour chaque individu grâce à un simple échantillon d’ADN. Plus besoin de se demander si l’herbe est plus verte ailleurs ou s’il y a vraiment quelqu’un pour nous sur Terre. Mais combien de ces couples “parfaits” le sont réellement ?

Nightflyers, des news

L’adaptation du roman de G.R.R. Martin, paru en France sous le titre Le Volcryn sera visible dès le 2 décembre prochain sur Syfy (et ultérieurement sur Netflix). En attendant, vous pouvez regarder les cinq premières minutes :

Mardi encore : Retour à l’anormal, cinquième !

Toujours au rayon ciné, le festival cinématographique de La Rochelle, Retour à l’anormale présente cette année sa cinquième édition. En programmant quelques 70 films de genre (SFFF mais aussi policiers, horreur), il ambitionne de rapprocher les lycéens (son public) de la production actuelle française et francophone de films de genres.
Cela se déroule du 3 au 7 décembre 2018, au Méga CGR (rue Henri Becquerel, La Rochelle). Plus d’infos sur le site ou la page du festival.

Mercredi : Demain, les robots ?

Le mardi 11 décembre 2018, de 18h30 à 20h30, Thierry Ménissier (professeur de philosophie) et Damien Pellier (maître de conférence et docteur en Intelligence Artificielle), sous la houlette de Gilles Grand donneront une conférence sur les robots et le futur, au Café des Arts de Grenoble (36, rue Saint-Laurent).
L’entrée est gratuite, la consommation bienvenue ! Toutes les informations ici !

Mercredi encore : les lauréats des Ignotus Awards !

Les Ignotus Awards sont l’équivalent espagnol du Prix Hugo : ils récompensent les meilleures œuvres publiées en Espagne l’année précédente ; ils sont remis par l’AEFCFT (Asociación Española de Fantasía, Ciencia Ficción y Terror). Voici le palmarès de l’année :

Roman : Las tres muertes de Fermín Salvochea, Jesús Cañadas (Roca).
Nouvelle : « 36 », Nieves Delgado Cerbero).
Conte : « Humo y espejos », Elia Barceló (in​​ Dark Fantasies​​, Sportula).
Recueil de nouvelles : La Ménagerie de papier, Ken Liu (Nouveaux millénaires).
Essai : Wonder Woman. El feminismo como superpoder, Elisa McCausland (Errata Naturae).
Article : « Javier Redal, en la eternidad », de Pablo Bueno (in​​ Sense of Wonder)
Illustration :​​ Cecilia G. F. pour la couverture de  CloroFilia, de Cecilia G. F. (ed. Cerbero)
Production audiovisuelle :​​ La cueva, Felicidad Martínez (chaîne Youtube)
Bande-dessinée :​​ Anatomía del caos, Manuel Amaro, Miguel Ángel Cáceres et Dr. Zonum (Apache libros)
Revue :​​ Supersonic​​ (sous la direction de Cristina Jurado)
Conte étranger :​​ « Trois tasses de deuil sous les étoiles », de Aliette de Bodard (in Contes pour Algernon, publié en français dans Galaxies n°45/87, janvier 2017), disponible en espagnol ici.
Site web :​​ La nave invisible
Roman étranger : Les Étoiles sont légion, Kameron Hurley (Albin Michel Imaginaire)

Les autres titres en sélection sont visibles ici.

Jeudi : 25 titres sélectionnés par Barnes & Nobles !

La librairie américaine vient de dévoiler sa liste de 25 titres de romans de l’imaginaire favoris. Elle est à découvrir ici !

Jeudi encore : les 21 titres en lice pour le #PLIB2019 !

Le PLIB, Prix Littéraire de l’Imaginaire BooktubeursApp, vient de dévoiler les titres qui concourent pour le prix 2019. Les voici :

Dix jours avant la fin du monde, Manon Fargetton (Gallimard jeunesse).
A. I. : amis imaginaires, Betty Piccioli (Castelmore).
Au service de Sa Majesté la Mort, tome 1, L’Ordre des Revenants, Julien Hervieux (Castelmore).
Entre Troll et Ogre, Marie-Catherine Daniel (Actusf).
Erreur 404, Agnès Marot (Gulf Stream).
Comment le dire à la nuit, Vincent Tassy (Le Chat noir).
Interfeel, Antonin Atger (PKJ).
La Bête du bois perdu, Nina Gorlier (Magic Mirror).
La Fille qui tressait les nuages, Céline Chevet (Chat noir).
Le Dieu oiseau, Aurélie Wellenstein (Scrineo)
La Légende des 4, tome 1, Le Clan des Loups, Cassandra O’Donnell (Flammarion).
La Marque rouge, Ruberto Sanquer (Scrineo).
♥ Les Nuages de Magellan, Estelle Faye (Scrineo).
Le Bois sans songe, Laetitia Arnould (Magic Mirror).
Nox, Héloïse Tanghe (Chat noir).
Rozenn, tome 1, Laëtitia Danae (Plume Blanche).
Pandemonium, Aurélie Mendonça (Chat noir).
Le Passageur, tome 1, Le Coq et l’Enfant, Mel Andoryss (Lynks).
Rouille, Floriane Soulas (Scrineo).
Shâhra, tome 1, Les masques d’Azr’Khila, Charlotte Bousquet (Mnémos).
Terre de Brume, tome 1, Le Sanctuaire des Dieux, Cindy van Wilder (Rageot).

Vu les disparités de genres et de niveaux, cela va être coton aux jurés de voter mais si je devais voter, aujourd’hui, ce serait sans hésiter pour Les Nuages de Magellan d’Estelle Faye !

Vendredi : un atelier d’écriture !

La librairie bordelaise La Zone du Dehors vous invite à Fées Divers, un atelier d’écriture vous invitant à imaginer le journal collaboratif du Pays des Merveilles. L’atelier se déroulera le mercredi 28 novembre, de 19h à 20h30, au sein de la librairie (68, cours Victor Hugo, Bordeaux). Infos, renseignements, inscriptions ici !

Vendredi encore : vernissage de l’expo Beb-deum !

L’artiste qui a réalisé (entre autres) la dernière affiche des Utopiales expose ses oeuvres à Lasecu (26, rue Bourjembois, Lille), du 8 décembre au 19 janvier 2019. Le vernissage aura lieu le 7 décembre, dès 18h30. Infos et réservations ici.

Vendredi toujours : un documentaire sur Dracula !

Dracula l’Eternel, un documentaire réalisé sous la houlette de France 5, avec la participation de Jeanne-A. Debats, Barbara Sadoul et Jean Marigny sera prochainement diffusé sur France 5 aux dates suivantes :
– dimanche 16 décembre 2018 à 14h05 dans « La galerie France 5 »
– dimanche 23 décembre 2018 à 09h25
– mercredi 2 janvier 2019 à 15h00

 

Bon dimanche !

Mage de bataille #1, Peter A. Flannery

Falco Danté est un gringalet souffreteux, dans un monde médiéval en guerre, peu à peu conquis par l’infernale armée des Possédés. En plus de son état maladif, Falco est méprisé : son père, qui fut un immense mage de bataille, a sombré dans une folie meurtrière et tué beaucoup d’innocents. Depuis, Falco est assailli de cauchemars et assez mal vu par ses concitoyens, qui rejettent sur le fils la faute du père.
Mais l’heure n’est pas aux ruminations : Caer Dour, où vit Falco, est en liesse car un enfant du pays, fraîchement intronisé mage de bataille, revient. Objectifs : invoquer son dragon et stopper net l’avancée de l’armée démoniaque qui menace la cité. Or, Falco fait rater l’invocation… et met en péril toute la population. Ce qui n’arrange pas du tout sa réputation…

Mage de bataille fait partie du trio de lancements de la jeune collection Albin Michel Imaginaire, aux côtés d’un roman fantastique et d’un autre de science-fiction. Sans surprise, Mage de bataille fait donc partie du troisième genre gagnant : la fantasy.
J’ai volontairement raccourci le résumé officiel, que je trouvais un tantinet trop bavard et gâchant quelque peu le plaisir. Celui-ci ne fait donc qu’évoquer l’amorce du récit et ne reflète pas tout à fait ce que contient l’intrigue !
Celle-ci offre clairement deux parties. La première, très sombre, nous plonge dans un pur roman de fantasy héroïque : l’armée des démons est aux portes de la cité, la guerre est là et il ne reste pas vraiment d’autre solution que la lutte armée. Scènes de batailles épiques, fuites éperdues, solutions de dernières minutes et autres petites trahisons se succèdent donc à bon train et offrent au récit un rythme assez haletant. La seconde partie, quant à elle, joue plus sur les codes du récit initiatique, Falco étant obligé de se former, tout comme ses camarades – dont on imagine qu’ils tiendront tous la vedette dans le second tome. Là encore, on suit les grandes lignes du récit de fantasy avec mentor, formation, héros esseulé, forts opposants, découvertes de soi, surpassement, etc.

Ainsi, on ne peut pas vraiment dire que l’intrigue fasse preuve d’une folle originalité, ni dans sa structure, ni dans l’univers qui, pour plaisant qu’il soit, rappelle fortement l’Europe médiévale (déjà fort sollicitée en fantasy). Néanmoins, c’est un cadre que j’aime bien retrouver de temps en temps en fantasy et comme cela faisait un moment que je n’en avais plus lu puisant dans cette inspiration, cet aspect familier m’a bien plu. On le retrouve dans les mœurs, dans les noms et surtout dans les langues vernaculaires pratiquées par certains personnages – rien d’insurmontable, rassurez-vous, ces quelques lignes de dialogues sont assez transparentes.
L’autre point qui m’a plu, c’est la présence des dragons, ici utilisées comme montures de guerre. J’ai aimé toute la mythologie qui tourne autour et le mystère qui subsiste autour des dragons noirs – ceux qui deviennent fous. J’espère en apprendre plus dans la suite !

Du côté du style, il est indéniable que Peter A. Flannery maîtrise les codes du récit fantasy : tout est là où il faut, comme il faut et, si l’ensemble manque un peu de suspense, le récit est suffisamment fluide pour être entraînant.

En somme, un roman que je n’ai trouvé ni mauvais, ni génial, mais je pense que je n’étais pas tout à fait le cœur de cible ! Si j’ai un peu traîné sur ma lecture par manque de surprises, c’est un roman que je conseillerai volontiers aux lecteurs débutants ou peu aguerris dans le genre. L’univers est en effet clairement situé, les personnages nettement caractérisés (et parfois un peu clichés), le but bien établi et l’intrigue menée à rythme confortable. De plus, le mélange des récits héroïque et initiatique fonctionne fort bien, d’autant plus avec les dragons dans l’équation. Ce n’était pas la révélation de l’année, mais j’ai tout de même passé un bon moment avec ce titre !

Mage de bataille, tome 1, Peter A. Flannery. Traduit de l’anglais par Patrice Louinet. Albin Michel (Imaginaire), septembre 2018, 537 p.

Brèves de comptoir #196

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : pourquoi les séries et films de genre français sont-ils si rares ?

Le podcast est à écouter sur le site d’Allociné !

Lundi encore : podcast Utopod à réécouter !

Les archives du podcast romand de l’imaginaire, réalisé par Marc Tiefenauer et Lucas Moreno sont disponibles sur le site de l’Association des Amis de la Maison de l’Ailleurs. L’émission avait été diffusée de 2007 à 2010.

Lundi toujours : décès de Stan Lee …

Le père de nombreux comics et super-héros américain est décédé ce 12 novembre, à Los Angeles, à l’âge de 96 ans.
Le Monde a fait une compilation de ses célèbres caméos dans les films Marvel :

France Culture lui consacre également un hommage.

Mardi : La Nuit des Temps dans Le Point Pop !

A l’occasion de l’édition du manuscrit de Barjavel, Le Point Pop nous parle de ce chef d’œuvre de la SF française !

Mardi encore : un prix pour Les Fiancés de l’Hiver !

Le roman de Christelle Dabos vient de remporter – dans sa traduction anglaise, A Winter’s Promise – le prix Amazon du meilleur roman de fantasy et de SF de l’année. Pour celles et ceux qui voudraient le lire en anglais, le tome 2, The Missing of Clairdelune, est prévu pour le 7 mai 2019.

Mercredi : de la fantasy dans Télérama !

Qui nous parle des récentes parutions du Dictionnaire de la fantasy dirigé par Anne Besson (Vendémiaire) et de La Fantasy pour les Nuls de Jean-Louis Fetjaine, dans un article qui se veut comparatif et presque enthousiaste… mais un poil méprisant quand même – c’est Télérama, faudrait voir à pas déconner non plus ! Malgré ce qu’annonce le titre – « Tout, vous saurez tout sur la fantasy ! » – on y apprend surtout qu’il n’y ont à peu près rien compris 😉

Mercredi : Wizards Unite prévu pour 2019 !

Le nouveau jeu de Niantic, basé sur l’univers de J.K. Rowling, se dévoile – un peu – dans un court trailer. Il devrait être disponible l’année prochaine !

Mercredi toujours : vie de l’édition !

Charlotte Volper, que l’on connaissait comme éditrice chez ActuSF vient remplacer Stéphane Desa à la tête de Pocket Imaginaire. Le changement ne concerne toutefois pas la collections OutreFleuve (département de Fleuve Editions). Affaire à suivre concernant les acquisitions du catalogue éditorial !

Jeudi : dédicaces en perspective à La Dimension Fantastique !

Bradley P. Beaulieu.

Lundi 19 novembre, Bradley P. Beaulieu sera à la librairie La Dimension Fantastique (106 rue La Fayette, Paris 10e), de 18h à 19h30. Infos ici.

Peter F. Hamilton.

Il sera présent aux Rencontres de l’Imaginaire de Sèvres, le samedi 24 novembre. Si vous ne pouvez pas y aller, la librairie vous propose un brunch avec l’auteur, le dimanche 25 novembre de 11h30 à 13h.
Inscription obligatoire !!

Jeudi encore : des expos !

Expo Yslaire à Paris.

L’auteur (notamment) de La Guerre des Sambre expose, du 5 décembre au 16 janvier 2019 l’intégralité des planches de Sambre VIII (à paraître le 28 novembre prochain), à la Galerie Glénat (22, rue de Picardie, Paris 3e).

Curiosités oniriques à Lyon.

L’artiste Senyphine expose quelques-uns de ses travaux dans l’expo Curiosités oniriques jusqu’au 10 janvier 2019 au salon de tatouage Vapeurs d’Encres (42, rue de la Claire, Lyon). Infos subsidiaires et petit aperçu ici !

Vendredi : R.I.P. William Goldman….

L’auteur du merveilleux Princess Bride, un roman aussi génial que délirant, qu’il avait porté à l’écran en 1987, est décédé ce vendredi 16 novembre, à l’âge de 87 ans. Si vous n’avez ni lu le roman, ni vu le film, je vous les recommande !

 

Bon dimanche !

Brèves de comptoir #195


Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : le prix Julia Verlanger 2018 !

Cette année, il revient à Patrick K. Dewdney pour L’Enfant de poussière, premier tome du Cycle de Syffe. Félicitations !

Lundi encore : les lauréats des prix ActuSF de l’uchronie !

Le prix Actusf de l’Uchronie récompense des œuvres d’horizons variés mettant à l’honneur l’uchronie. Placé sous la présidence d’Eric Henriet, spécialiste de l’uchronie, le jury est composé d’Étienne Barillier, Jean-Luc Rivera, Karine Gobled, Jean Rebillat, et Bertrand Campeis. Et voici les lauréats :

Prix littéraire : Rouille, Floriane Soulas (Scrineo)
Prix graphique : Le Visiteur du futur : La Brigade temporelle, Alexandre Desmasiass, François Descraques et Guillaume Lapeyre (Ankama).
Prix Spécial : Star Marx : Guide de l’aventurier des mondes imaginaires, Maximilien, La Moitié et David Cochard (Leha).

Les autres titres en lice sont visibles ici.

Lundi toujours : les Utos à la radio !

Avec de la SF dans Mauvais genres :

A l’occasion des Utopiales, François Angelier recevait Gilles Dumay (directeur de la jeune collection Albin Michel Imaginaire) et Robert Jackson Bennett, qui vient d’y publier American Elsewhere. Le podcast s’écoute ici !

Avec du blob dans La Conversation scientifique !

Etienne Klein a reçu Roland Lehoucq et Audrey Dussutour pour parler du blob !

Mardi : 117 titres en lice pour le PLIB 2019 !

Le PLIB, Prix Littéraire de l’Imaginaire BooktubeursApp, en est à sa phase de sélection des titres à départager. Ils sont actuellement 117 et les participants ont jusqu’au 15 novembre pour déterminer la liste des titres qui seront réellement en lice pour le prix.
Voici la présentation :

Pour les infos sur le règlement du prix et le déroulement, ça se passe ici.

Mardi encore : résultats des World Fantasy Awards 2018 !

Le prix World Fantasy Award, créé en 1957, récompense des oeuvres de fantasy. Les lauréats sont annoncés au cours de la World Fantasy Convention, dont les participants établissent la liste des nominations, dans laquelle tranche un jury renouvelé tous les ans. Jusqu’en 2015, la récompense était une sculpture de Gahan Wilson représentant l’écrivain H.P. Lovecraft ; en raison du caractère raciste de certains de ses écrits, le trophée a été renouvelé en 2016 – et représente désormais un arbre enserrant un globe.
Voici les récompensés pour 2018 :

Meilleur roman (ex aequo) : The Changeling de Victor LaValle et Jade City de Fonda Lee
Meilleure novella : Passing Strange d’Ellen Klage (à paraître en français chez ActuSF).
Meilleure nouvelle : The Birding : A Fairy Tale de Natalia Theodoridou
Meilleure anthologie : The New Voices of Fantasy de Peter S. Beagle & Jacob Weisman
Meilleure série : The Emerald Circus de Jane Yolen
Meilleur artiste : Gregory Manchess
Récompense professionnelle spéciale : Harry Brockway, Patrick McGrath, et Danel Olson, pour Writing Madness
Récompense spéciale hors profession : Justina Ireland & Troy L. Wiggins, pour FIYAH.

Mercredi : avant-première pour Dragons !

Trois épisodes de la série documentaire Dragons (qui comporte 4 épisodes de 26 minutes) seront diffusés en avant-première au cinéma strasbourgeois St Exupéry (18, rue du 22 Novembre à Strasbourg), à 19h45, en présence de John Howe et de l’équipe de réalisation.
L’entrée est libre dans la limite des places disponibles ; la réservation est obligatoire et se fait par email, à cette adresse : cerigo@yahoo.fr
Infos subsidiaires ici.

La diffusion, quant à elle, se fera sur Arte, les dimanches 2, 9 et 16 décembre à 19h.

Mercredi encore : des appels à textes !

Concours de nouvelles Visions du Futur 2019.

Présences d’Esprit lance son concours de nouvelles Visions du Futur 2019. Les textes soumis devront être inédits et s’inspirer d’un (seulement un) thème parmi les suivants :

  • « Si vous trouvez ce monde mauvais, vous devriez en voir quelques autres… » Philip K. Dick
  • « La terre frémit, le sol fume, / Au milieu de la grande nuit. » Louise Michel
  • « On avait surpris le garçon à commettre un acte répugnant […]. Âgé de huit ans, il faisait ça depuis déjà plusieurs années. ». Théodore Sturgeon
  • Le vent se lève.

Deadline : dimanche 7 avril, minuit. Le règlement et toutes les modalités sont disponibles ici.

Appel à textes des éditions Arkuiris.

Les éditions Arkuiris recherchent des textes pour leur future anthologie, sur le thème En situation de handicap… dans le futur. Le-la protagoniste sera porteur-se d’un handicap.
Les textes devront êtres inédits et faire 25 000 signes maximum (espaces comprises).
Deadline : dimanche 3 mars, minuit. Règlement et modalités ici.

Jeudi : Zombie Walk à Nantes !

Jeudi 15 novembre, Nantes accueille une Zombie Walk, à partir de 17h. Toutes les informations ici !

Jeudi encore : du steampunk en Belgique !

Le dimanche 2 décembre, la ville belge de Frameries accueille la 3e édition du festival steampunk Uchronicité, de 10h à 19h (Le Pass, rue de Mons 3, 7080 Frameries). Au menu : des auteurs, des illustrateurs, des animations, une conférence d’Arthur Morgan, et les traditionnels duels de thé et d’ombrelles ! L’entrée est à 3€.

Vendredi : l’expo Tolkien à la BnF !

Je vous parlais rapidement de cette expo ici ; voici enfin les dates précises !
L’énorme expo consacrée à l’œuvre de J.R.R. Tolkien sera visible à la Bibliothèque nationale de France (quai François Mauriac, Paris 6e), du 21 octobre 2019 à janvier 2020.
Y seront présentées plus de 200 pièces (dont la moitié inédites), sur une surface annoncée de 1000 mètres carré.

 

 

 

Bon dimanche !

[2018] Petit bilan d’octobre.

Carnet de lectures.

Minute, papillon ! Aurélie Valognes.
J’étais assez curieuse de découvrir ce titre, car on en entend pas mal parler sur le net mais je dois dire que j’ai été assez déçue.
On suit l’histoire de Rose, 36 ans, heureuse maman de son grand ado de fils, Baptiste, 18 ans. Malheureusement, Rose joue de malchance car non seulement ses employeurs déménagent et la voilà qui perd son poste de nounou. Mais, en plus de cela, Baptiste lui annonce de but en blanc qu’il quitte la maison, qu’il va s’installer chez sa copine et que celle-ci est en plus enceinte et ne va plus tarder à accoucher. C’est le drame ! C’est dans ces circonstances que Rose accepte le poste que lui propose Véronique : s’occuper de Colette, sa vieille mère esseulée. La vieille dame excentrique et agoraphobe pourrait bien changer sa vie.
Alors, par où commencer ? Je crois que je vais attaquer avec l’intrigue tellement cousue de fil blanc que je me suis demandé où la dégringolade allait s’arrêter (bien trop tard à mon goût). C’est truffé de bon sentiments et jamais surprenant, à tel point que je me suis copieusement ennuyée. J’aurais adoré pouvoir me raccrocher au style, mais il est d’une sévère platitude, donc autant dire que j’ai été ravie de voir arriver la fin (heureusement, c’est court). Je ne sais pas si c’est le feel-good qui ne me convient pas mais ce qui est sûr, c’est que ça ne l’a pas fait avec ce titre !

Terminus Elicius, Karine Giebel.
Première incursion dans l’œuvre de Karine Giebel, avec son premier polar.
Jeanne effectue tous les jours l’aller-retour Istres-Marseille, entre son quotidien de secrétaire au commissariat de police et la maison qu’elle partage avec son dragon de mère. La cité phocéenne est troublée par un tueur en série qui s’attaque aux jeunes femmes. Or, voilà justement que celui qui se fait appeler Elicius écrit des lettres à Jeanne, qu’il glisse près de son siège préféré dans le train. Des lettres extrêmement troublantes qui, peu à peu, font oublier à Jeanne que son mystérieux soupirant est un tueur en cavale…
L’idée de départ est vraiment chouette, mais le roman a les défauts… d’un premier roman ! L’intrigue est quelque peu prévisible et les personnages pas tout à fait assez creusés, mais l’ensemble est malgré tout très prenant. Ce qui me donne envie de lire les autres romans de Karine Giebel !

La Vraie vie, Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste).
Comme ça, on ne pourra pas dire que j’ai snobé la rentrée littéraire, parce que j’ai pris ce qui est sans doute LE roman de cette rentrée, tant j’ai l’impression que tout le monde en a parlé (il est même passé à La Grande Librairie, c’est dire s’il a fait l’unanimité).
ça se passe dans un quartier de banlieue tout moche, où toute les baraques se ressemblent, sauf que la sienne a un petit truc particulier : il y a quatre chambres, celle des parents, la sienne, celle de Gilles, le petit frère, et celle des cadavres, le père étant chasseur de gros gibier. Un soir, les deux enfants assistent à la mort violente du glacier ambulant et, si elle réussit à rationnaliser la chose, Gilles se referme comme une coquille, arrête de sourire, devient un enfant cruel et sadique, à la botte de son bourreau de père. Du haut de ses 10 ans, la gamine (dont on ignorera le nom jusqu’au bout) décrète qu’elle est sur la branche ratée de sa vie et qu’il faut rétablir le cours des choses, en remontant le temps – ce qui demande quelques compétences techniques et scientifiques qu’elle va se faire fort d’acquérir.
Alors ce qu’on ne peut pas enlever à ce texte, c’est qu’il fait dans le sordide, le banalement trash et réaliste, ce qui en fait une histoire assez forte. La jeune fille, que l’on suit de ses dix à ses quinze ans, fait preuve d’une belle force de caractère, que l’on souhaiterait à tous les enfants qui vivent de telles situations de violences familiales (sans surprise, le père bat la mère, puis la fille, dresse le fils à être un bon petit macho pervers amateur de cruauté et s’avère d’une bêtise sans bornes). Malheureusement, c’est cette banalité qui aura eu raison de ma patience car, en dehors de l’extrême sordidité de l’intrigue, je n’ai pas franchement été marquée par le style, ni par les péripéties que j’ai vues venir d’assez loin (au point que la fin ne m’a pas du tout surprise). Par ailleurs, j’ai été assez gênée par les repères temporels qui m’ont paru parfois contradictoires (ou alors je n’étais déjà plus assez attentives, ce qui est plus que possible). L’histoire est rythmée par les étés, c’est ce qui permet de déduire l’âge des personnages, mais comme ils ne changent pas des masses, j’ai trouvé ça parfois un poil confus. Malgré tout, je dois dire que l’ambiance a fini par me ferrer, aux alentours du dernier tiers. Le titre ne me restera clairement pas en tête comme LA révélation de l’année, mais plutôt comme un bon premier roman, noir et sordide à souhait.

À la rechercher de la Serena, Anne Vantal (Actes Sud junior).
Damien surprend le mot « Serena » lors d’un très mystérieux rendez-vous organisé au journal (un hebdomadaire de reportages à sensation) où il effectue un stage. Ses antennes de futur journaliste d’investigation se mettent en mouvement. Aidé par Victoria, sa jumelle férue de recherches historiques, il apprend l’histoire d’un navire de Croisade ? La Serena – coulé au début du XIII° siècle dans les eaux grecques et qui aurait chargé un butin précieux volé à Constantinople. Il soupçonne un ancien militaire aventurier d’avoir mis au jour le fameux trésor. Pour en avoir le cœur net, frère et sœur suivent sa piste et mettent le cap sur la Grèce. Légende ? Fausse rumeur ou vrai scoop ?
Voilà un roman d’aventure jeunesse comme je les aime ! J’ai adoré le côté chasse au trésor/roman d’actualité de ce roman, qui déployait finalement des sujets nettement plus surprenants que prévu, puisque les trafics d’armes extorquées à des familles étant obligées de partir en exil à cause des guerres en Moyen-Orient s’invitent subitement dans l’intrigue. Surprenant, mais vraiment intéressant ! Avec cela, Anne Vantal balaye l’histoire médiévale de la région et le roman aligne ses espions, chasseurs de trésor sans foi ni loi, jeunes aventureux et, bien sûr, un fabuleux trésor de Croisés. L’histoire est assez prenante, mais j’ai tout de même un poil râlé devant quelques phrases bizarrement montées. Bref, un roman à proposer aux fans d’Indiana Jones !

Rayon bulles.

Dreams factory, tome 1, La Neige et l’Acier, Jérôme Hamon, Suheb Zako et Lena Sayaphoum (Soleil).
Dreams Factory est un diptyque steampunk, qui joue sur des ambiances rappelant des grands classiques comme Oliver Twist ou Hansel & Gretel. En effet, l’histoire se déroule à Londres, en 1892, dans une cité recouverte de neige. Indira, comme la plupart des enfants de la cité ouvrière, descend chaque jour dans la mine de charbon, sans protester. Un jour, alors qu’elle est trop malade pour se lever, son petit frère Eliott se porte volontaire à sa place… et disparaît. Elle se lance alors dans une quête désespérée pour le retrouver et s’aperçoit qu’en fait, les disparitions d’enfants sont extrêmement nombreuses : trop pour être honnêtes. Il se murmure que la richissime propriétaire des mines, Cathleen Sachs, n’est pas étrangère à ces disparitions et entretient un véritable petit réseau. Pourquoi ?
Alors, indéniablement, c’est une très belle BD. Les graphismes sont hyper soignés, on se met d’emblée dans l’ambiance qui mêle steampunk, chronique sociale et enquête pleine de danger. Malheureusement, c’est du côté de l’intrigue que le bât blesse : tout va extrêmement vite, les personnages ou situations sont à peine esquissés (je n’évoque même pas un quelconque développement) et l’intrigue, cousue de fil blanc, est constituée d’un nombre extrêmement réduit de péripéties. Pire, certains personnages sont introduits assez tard, comme si le lecteur savait depuis longtemps de qui il s’agissait, ce qui donne l’impression qu’ils tombent comme un cheveu sur la soupe. C’est un peu dommage, car cela ne rend pas l’ensemble plus crédible ni plus passionnant. De plus, la pseudo-intrigue autour du sortilège d’amnésie arrive elle aussi sans qu’on comprenne vraiment d’où elle sort, sans doute pour tenter un effet de manche censé relancer le suspense (raté). Comme je me suis passablement ennuyée, je pense que je me dispenserai du tome 2…

Couleur de peau : Miel, tome 1, Jung.
Oui oui, je rattrape mon retard sur les classiques ! Dans cette bande-dessinée autobiographique, Jung explore le sujet de l’adoption, notamment l’adoption massive d’enfants Coréens après la guerre de Corée (et encore maintenant). Ce premier tome narre comment Jung est arrivé en Belgique, vers l’âge de cinq ans, et toute la difficile intégration qui s’en est suivie. Pas tellement parce que les Belges l’ont rejeté, mais parce que lui a éprouvé quelques difficultés que l’on comprend aisément. Les illustrations, en noir et blanc, sont pleines de douceur et vont super bien avec l’histoire que j’ai trouvée extrêmement touchante. En plus de cela, le récit explique vraiment bien la situation en Corée, factuellement et sans juger, et j’ai trouvé que c’était bien intégré au récit de souvenirs de l’auteur. Il me reste trois tomes (si je ne me trompe pas) pour en apprendre encore un peu plus !

Les petites cartes secrètes, Cyrielle et Anaïs Vachez (Delcourt).
Le monde de Tom et Lili s’écroule le jour où leurs parents divorcent. Et il y a pire que ça : ils vont eux aussi être séparés. Lili va vivre chez sa mère et Tom chez son père. Ne supportant pas cette séparation, les deux enfants vont entamer une correspondance par cartes postales et échafauder des plans naïfs, improbables (faire semblant de tomber malades pour obliger leurs parents à se parler) et parfois cruels (faire tomber la belle-mère enceinte dans les escaliers pour provoquer une fausse-couche…) pour qu’à nouveau ils soient tous réunis.
Je dois avouer que cette BD m’a laissée quelque peu dubitative. J’ai beaucoup aimé le principe, mais je n’ai pas du tout adhéré aux personnages. C’est quoi ces adultes irresponsables qui maltraitent leurs enfants respectifs, m’enfin ?! Et la belle-mère qui pratique ce qui ressemble à de la torture psychologique ? Appelez les services sociaux ! Je ne parle même pas de la gestion de la rupture désastreuse, d’un côté comme de l’autre, et de l’absence totale d’explications aux-dits enfants ! Je sais bien qu’être parent, c’est pas de la tarte mais, je sais pas… un poil de bon sens, les gars ?
Cela n’enlève rien à la BD, car si je n’ai pas apprécié, c’est surtout pour cause de désaccord total avec les choix des personnages ! Parce que le principe des cartes postales des enfants intercalées aux récit est assez sympa, avec des textes assez touchants – sauf quand ils prévoient de faire tomber la belle-mère dans les escaliers ! Je peux comprendre que la petite, en CP, ait du mal à comprendre ce qu’elle fait, mais le frère aîné devrait être en âge de savoir que c’est une abyssale connerie. Enfin, le dessin de Cyrielle est très chouette, car la BD se déroule dans un décor des années 90 hyper soigné. Je pensais que c’était une BD jeunesse, mais finalement elle s’adresse plutôt à des trentenaires !

Côté ciné.

J’ai occupé une après-midi grise, venteuse, et fraîche à souhait en allant voir Le Jeu, de Fred Cavayé, un remake d’un film italien qui n’a (malheureusement) jamais été distribué en France (Perfetti sconosciuti, de Paolo Genovese, paru en 2016).
C’est l’histoire d’une petite bande de 7 amis, 3 couples et l’un venu en célibataire (sa moitié étant malade), qui se retrouvent pour un dîner, qui semble être leur traditionnel rendez-vous. L’hôtesse a subitement une histoire pour le moins étrange qu’elle présente comme un jeu : chacun est invité à déposer son téléphone au milieu de la table et, dès lors, chaque message, chaque notification, chaque courriel sera lu à haute voix.
Assez vite, l’ambiance du huis-clos prend, car il ne faut pas longtemps pour comprendre que chacun (ou presque) a des choses à cacher, choses qui tournent de préférence entre les genoux et la ceinture et que les moitiés respectives préfèreraient (sans doute) ignorer. Le rythme est plutôt bon car, avant de passer aux choses très sérieuses, il y a quelques effet d’annonces, des gags et des réparties bien placées. En effet, le film joue sur les tons tragiques et comiques à la fois, un mélange qui est plutôt réussi. Car, aux vannes des amis, viennent assez vite s’ajouter quelques sujets plus lourds, comme le désir d’enfant, les difficultés à communiquer, l’homophobie ou l’importance d’être soi. Évidemment, ce n’est pas très original, mais c’est plutôt bien traité dans l’ensemble. J’ai toutefois regretté que certains personnages soient si cliché (la maman psy coincée qui ne comprend rien à son ado de fille, par exemple) et une petite pointe de sexisme manifestement parfaitement assumée dans les premières minutes (avis à la production : oui, les hommes ont le droit de prendre soin d’eux. Grrr !). Malgré cela et quelques longueurs (le film aurait gagné à être amputé d’une dizaine de minutes), j’ai passé un bon moment. Quoique je n’arrive pas à savoir si j’ai trouvé la pirouette finale génialissime ou décevante (mon cœur balance très franchement entre ces deux options, aussi bizarre cela puisse-t-il paraître). Bref, un film sérieux traité sauce vaudeville, pas d’une originalité folle, mais avec lequel je me suis bien amusée tout de même !

Tops & Flops.

Dans les rendez-vous manqués ce mois-ci, il y avait indéniablement mon premier roman d’Aurélie Valognes, Minute, papillon !, que j’ai trouvé long, pénible, trop cousu de fil blanc, et pas toujours bien écrit – entre autres. Je note tout de même que ce n’est pas du tout mon genre de lecture de prédilection, ceci explique donc peut-être cela !
Je ne peux pas dire non plus que j’ai été particulièrement emballée par La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné ; là encore, ce n’est pas ma came habituelle et, si je dois reconnaître avoir été très accrochée sur le dernier tiers de ma lecture, le reste ne m’a pas passionnée, tant j’ai trouvé le style et le récit plats. Si c’est la révélation de la rentrée littéraire, ce n’est certainement pas la mienne (mais il faut bien sortir de sa zone de confort de temps en temps !).
Enfin, au rayon BD, je n’ai été convaincue ni par Dreams Factory, ni par Les Petites cartes secrètes, et c’est un peu dommage, car les deux titres étaient assez prometteurs. Mauvaise pioche dans les deux cas !

Côté belles découvertes, il y a également une bande-dessinée, j’ai nommé Phoolan Devi, reine des bandits, une bande-dessinée biographique de Claire Fauvel, consacrée à Phoolan Devi, donc, une Indienne dont le parcours plus qu’horrible est passé de victime à bandit à députée (excusez du peu). Évidement, c’est hyper trash (parce que sa vie l’a été, malheureusement) mais c’est hyper bien mené, très documenté, porté par de très beaux graphismes. Super instructif (mais révoltant) et beau, j’aime !

Citations.

« Toute magie engendre la Brume. C’est une loi immuable de Mitar. Dans les premiers temps personne ne se souciait vraiment de ce déchet évanescent, rejeté aussitôt dans l’air une fois l’opération magique terminée. Mais, après des années de ce régime, certains prêtres constatèrent des altérations dans la trame de l’univers. Ils décidèrent alors que la Brume devait être contenue et créèrent les premiers réservoirs. »
Le Sanctuaire des Dieux, Cindy van Wilder.

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« Nous devrions remercier grand’ma Holt d’avoir crée des orphelinats, des hôpitaux, de nous avoir trouvé des familles… et pourtant… Pourtant, à l’heure actuelle, je ne sais toujours pas si je dois la remercier ou la détester. Nous sommes deux cent mille Coréens adoptés à travers le monde. C’est beaucoup trop. »
Couleur de peau : Miel, tome 1, Jung.

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« Bénédiction accordée, dit-elle. Partez avec la lumière de notre amour dans vos cœurs.
L’émissaire s’inclina et elle s’adressa à lui sur un ton plus intime.
– Penses-tu que le jour viendra où toi et moi ne serons pas entravés par les chaînes du devoir et de l’honneur ?
– Le devoir et l’honneur dominent peut-être nos vies, répondit Sir William. Mais mon cœur est toujours libre de vous aimer. »

« Falco sourit, mais il n’écoutait pas vraiment. Il pensait à ce que le laniste Magnus lui avait dit. Il ne s’était jamais considéré comme un meneur d’hommes. Il trouvait même l’idée terrifiante. Des gens qui allaient risquer leur vie en se fiant à son jugement ? Il ne savait pas comment la reine pouvait le supporter.
Il avait pris la parole car il lui avait semblé que ne pas le faire aurait été une erreur. Il ne se rendait pas compte que se porter volontaire et assumer les responsabilités de ses actes était justement ce qui définissait un meneur d’hommes. S’il l’avait compris plus tôt, il aurait peut-être tenu sa langue. »
Mage de bataille, Peter Flannery.

Le Sanctuaire des Dieux, Terre de Brume #1, Cindy van Wilder

Depuis le Bouleversement, cataclysme qui a recouvert son monde d’une brume toxique en ne laissant que de rares survivants, Héra vit à Taho dans le Sanctuaire des Prêtres de l’eau, où elle apprend à maîtriser la magie pour devenir guerrière. Au cours d’une mission, elle rencontre Intissar, une Sœur de Feu capable de communiquer avec les esprits. Intissar a bravé sa propre communauté pour venir avertir les habitants de Taho d’un terrible danger. Mais il est déjà trop tard : une vague de Brume, peuplée de créatures ni mortes ni vivantes, s’est levée… et frappe le Sanctuaire. Et elle frappera encore. Héra et Intissar s’allient afin d’empêcher leur monde de sombrer dans l’oubli, mais en est-il encore temps ?

Sans grande surprise, je guettais cette nouvelle parution de Cindy van Wilder aussi, lorsque Solessor a annoncé l’avoir dans ses prochaines lectures, je n’ai pas été longue à sauter sur l’occasion pour quémander une petite lecture commune !
Avec Terre de brume, l’autrice retourne à la fantasy, post-apocalyptique de surcroît : le monde a été noyé sous une brume toxique et quasi dépourvu de ses ressources en eau, ce qui rend la vie des habitants pour le moins difficile, d’autant que la brume commence à se comporter d’étrange manière. Vu d’ici, cela semble juste être du post-apo, mais il faut ajouter que certains personnages maîtrisent les éléments et sont capables d’utiliser la magie, d’où la mention de la fantasy. Et ce mélange des genres fonctionne plutôt bien.

Si on résume l’intrigue à ses grandes lignes, elle n’est pas follement originale et on retombe sur une trame fantasy assez classique (mais qui a prouvé son efficacité) : deux personnages que tout oppose vont se retrouver à faire front commun pour atteindre un but supérieur (la survie de leurs clans respectifs) ; la société est hyper clivée, et les clans ne se mélangent absolument pas, chacun étant persuadé d’être supérieur ; les opposants, quant à eux, ont une vraie dent contre cette société et entendent bien fomenter leurs petites vengeances dans leur coin. J’en conviens, vu comme ça, l’ensemble pourrait paraître assez cliché et, s’il est vrai que je n’ai pas été toujours très surprise par les péripéties, je dois avouer que l’univers m’a malgré tout emballée, sans doute à cause des petits à-côtés !

Avec, au premier chef, l’imprégnation antique du monde dans lequel on évolue. Difficile, en lisant le roman, de ne pas visualiser les personnages vêtus de longues toges blanches et se gavant d’olives du matin au soir – si tant est qu’ils en aient eu. Les noms des personnages, des lieux, des mythes, ou les descriptions fleurent bon l’Antiquité grecque ce qui, d’un côté, colle à merveille avec la magie fondée sur les quatre éléments et, de l’autre, induit un décalage avec l’aspect post-apo. Le système de magie, quant à lui, s’appuie sur les quatre éléments : Eau, Feu, Air, Terre, quoique le dernier soit quasiment absent de ce premier tome – mais la fin laisse à penser qu’on va savoir de quoi sont capables les Semeurs dans la suite, ce que j’ai évidemment hâte de découvrir.

Par ailleurs, l’intrigue repose sur un arc écologique qui m’a beaucoup plu. En effet, la brume n’est ni plus ni moins qu’un déchet généré par l’utilisation de la magie et qu’aucune génération n’a, jusque-là, pris la peine de stocker/neutraliser/recycler correctement, ce qui fait que leur monde est désormais littéralement englouti par ces déchets irréductibles. Toute ressemblance avec une situation bien connue me semble tout sauf fortuite ! Avec ça, le discours n’est pas moralisateur, car cet aspect n’est vraiment là qu’en toile de fond !

Enfin, dernier point qui m’a plu, et non des moindres : les personnages ! Le récit présente successivement les points de vue d’Héra et Intissar, deux adolescentes, donc. Pas de garçons puissant à l’horizon, je répète, pas de héros dans la place ! Voilà qui change de l’ordinaire ! Encore une fois, le récit n’est absolument pas vindicatif ni militant – façon « Girl-power-forever-ces-hommes-tous-des-nazes » : non, on a juste deux personnages aux caractères bien trempés, qui portent l’intrigue, et il se trouve que ce sont des filles. (J’ai l’air d’insister un peu, mais je trouve ça suffisamment rare pour être souligné). Ha et puis, autre bon point : pas de romance ! Du moins dans ce premier tome, car j’ai peut-être totalement surinterprété ce que j’ai lu, mais j’ai l’impression d’avoir décelé quelques indices qui iraient en ce sens. Verdict au moment de la suite, donc ! En tout cas, j’ai apprécié que, contrairement à leurs camarades de papier (en général), nos deux héroïnes se concentrent exclusivement sur leur quête et non sur leurs hormones. Cela rend l’histoire plus prenante et plus crédible, ce qui a sans doute contribué à mon rythme (élevé) de lecture sur ce titre.

En somme, j’ai vraiment apprécié ce début de trilogie, même si je dois avouer que le côté très classique de l’intrigue m’a un tantinet effrayée au départ. Finalement, cet aspect est plutôt bien contrebalancé par l’originalité des personnages et de l’univers, et les messages positifs que véhicule l’intrigue. Même si l’on voit assez vite comment vont tourner les choses, il reste du suspense quant à la suite de l’histoire, ce que le rebondissement final ne dément pas. Je suis donc assez curieuse de lire la suite, dont je guetterai sans aucun doute la parution !

Livre lu en commun avec Solessor !

Terre de brume #1, Le Sanctuaire des Dieux, Cindy van Wilder. Rageot, 12 septembre 2018.