Passé déterré, Clément Bouhélier.


Quelque part dans la campagne autour de Vernay, un car scolaire conduit par un chauffeur saoul s’écrase dans le fossé. Sept enfants périssent dans l’accident. Six ans plus tard, lorsque l’ancien conducteur du car est retrouvé assassiné chez lui, les souvenirs se réveillent. Marquée par la disparition de son fils, Estelle Baupin est aspirée dans le tourbillon de l’enquête. Elle comprend rapidement que des forces mystérieuses œuvrent dans l’ombre, bien décidées à faire payer les responsables du drame. Alors que les morts se multiplient, Estelle sait que pour les arrêter, elle doit découvrir le lourd secret qui pèse sur Vernay. Et faire face à son propre passé.

J’ai lu ce roman dans la semaine qui comprend les festivités d’Halloween/Samhain et dire que le thème collait pile poil au moment frise l’euphémisme. Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais. Du thriller, oui, sans doute un peu de fantastique, mais certainement pas à flipper autant ! À tel point que j’ai dû alterner avec un roman mettant moins en péril mon p’tit cœur (surtout le soir, histoire de dormir). Mais ça m’ennuyait quand même de ne pas savoir ce qu’il allait advenir des personnages. Bref, tout ça pour dire que Passé déterré m’a à la fois terrifiée et tenue en haleine, du début à la fin !

Le début nous plonge directement dans le vif du sujet avec une scène de meurtre assez glauque, mais peu explicite : qui agit ? Ou… quoi ? Le fait de changer, directement après le prologue, d’environnement, instaure donc dès le départ un climat de tension. Laquelle ne va pas redescendre avec la scène du fameux accident de bus, meurtrier s’il en est, et qui est le point de départ de tout. Lorsque l’on fait un nouveau bond dans le temps pour arriver six ans plus tard, où des événements énigmatiques commencent à se produire, on est déjà baignés par une ambiance des plus étranges.

Et c’est vraiment à quoi tient tout le roman. Car pour être honnête, au départ, il ne se passe pas grand-chose : on suit des familles endeuillées qui ont du mal à se relever, un village qui vit un peu replié sur lui-même… Rien que de très banal, somme toute, quand on pense au traumatisme subi. Sauf que derrière ces descriptions ordinaires, on sent planer un malaise certes diffus, mais bien prégnant, qui ne tarde pas à virer à la menace sourde. Là, il n’aura guère fallu plus que la mention de créatures errant dans les rues, les yeux rouges et à la recherche de sang frais (de préférence extrait violemment) pour me faire frémir ! C’est d’ailleurs par toutes petites touches subtiles que Clément Bouhélier installe l’ambiance fantastique et ces petits détails dynamisent incroyablement l’histoire. Et cela démarre tellement vite que je me suis retrouvée à attaquer la deuxième partie en ayant à peine vu passer la première – c’est dire si j’étais dedans.
De plus, on fait quelques allers-retours entre passé et présent, en retournant non pas à l’époque de l’accident, mais à la fin de l’Occupation, alors que Vernay était sous la coupe allemande. Et même si l’on ne voit pas, de prime abord, ce qui lie les deux époques, le récit distille suffisamment d’indices pour que l’on commence à se poser pas mal de questions – ce qui ne fait que le rendre plus prenant.

Il y un autre point qui a certainement joué dans le fait que j’ai autant accroché : les personnages. Parmi ceux-ci, celle qui se détache vraiment est Estelle, la mère d’une des victimes de l’accident. On la suit dans son quotidien de professeure de lettres, dans le marasme qu’est devenue son existence depuis la perte de son petit garçon. Évoquer le deuil, ce n’est jamais facile mais Clément Bouhélier est parvenu à trouver un excellent équilibre et ce pour chacun de ses personnages. On suit principalement Estelle, mais elle n’a pas été la seule à subir le drame et l’auteur montre combien on peut réagir différemment au traumatisme (et surtout qu’il n’y a pas de réponse toute faite, chacun fait comme il le peut). Ce choix collait vraiment bien à l’intrigue car, évidemment, on en vient à se demander s’ils ne sont pas tous fous (tout simplement), et que l’accident a causé bien plus de ravages que ce qu’on aurait pu penser. Avant que l’on ne bascule donc complètement dans le fantastique, il y a donc un léger entre-deux artistiquement maintenu, et qui a sans doute contribué au fait que j’aie tellement accroché à cette histoire.

Passé déterré m’a donc tenue en haleine du début à la fin, en plus de me faire hérisser les cheveux sur la tête à plusieurs reprises – et m’empêcher de dormir, soit dit en passant. L’intrigue vire très vite au fantastique, avec moult créatures sombres et attaques inexpliquées, qui ne font que faire piétiner l’enquête – pas mal cantonnée au point mort, il faut dire, ce qui n’empêche pas la tension de s’installer, ni de durer. J’étais tellement prise par le récit que la fin est même arrivée un brin trop vite à mon goût… Pour me laisser, en plus, sur un retournement de situation échevelé qui remet presque tout en question ! Voilà un auteur dont je note assurément le nom !

Passé déterré, Clément Bouhélier. Critic, octobre 2017, 380 p. 
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[2017] Petit bilan d’octobre.

Carnet de lectures.

Magnetic island, Fabrice Colin (Albin Michel).

Cyan, 16 ans, est le fils d’Artus Fisher, célèbre réalisateur. Il vit en Australie, dans la villa de son père plantée en face de Magnetic Island, en compagnie de Senior, son grand-père, et de Divine, sa grande sœur de 18 ans. La vie de Cyan, en dépit des apparences, est loin d’être idyllique. Sa sœur jumelle, Holly, a disparu sur Magnetic Island alors qu’elle n’avait que 12 ans. Sa mère, France, a quitté son père trois ans auparavant et vit désormais avec son avocat. Senior est devenu un gros consommateur de drogues à la mort de son épouse. Artus n’est jamais là, et cela fait cinq ans qu’il essaie de boucler un film de SF pour lequel son studio a déjà dépensé des millions de dollars.
Alors, quand Divine disparaît, elle aussi, Cyan décide de tout faire pour la retrouver. Il n’a qu’une crainte, c’est qu’elle subisse le même sort que Holly, dont personne ne parle jamais et dont toutes les photos ont été arrachées des albums de famille. Dans sa quête de la vérité, Cyan découvrira bien des secrets de famille, dont certains, de fil en aiguille, l’orienteront vers la piste de celui qui a enlevé sa sœur. Et peut-être bien aussi sur la piste du secret qui entoure la disparition d’Holly…
Vraiment, ça partait bien. Et puis je ne sais pas si c’est l’ambiance ou les personnages, mais quelque-chose ne l’a finalement pas fait. Toute l’histoire nous est racontée par Cyan, qui vit dans une famille plus que brisée et dont chaque membre semble vivre sur sa propre planète. La disparition de Divine cristallise toutes les angoisses du jeune homme, déjà marqué par la disparition, 4 ans plus tôt, de sa sœur jumelle Holly – dont tout le monde semble se foutre royalement. Et donc il commence à creuser et à trouver un tas de trucs.
Le roman est court et fluide, oui, mais brasse tellement de sujets qu’ils ne sont, finalement, qu’effleurés et c’est bien dommage. Du coup, en vrac, il y a des secrets de famille, la question des liens familiaux ou fraternels, l’homosexualité, les violences conjugales, la folie, la fin de l’enfance, l’amour, l’amitié, l’addiction… Le portrait de cet ado qui sombre n’est franchement pas inintéressant. Mais trop de tout, c’est trop, et c’est un peu dommage. Même le twist final (pas si déconcertant que cela, au final), n’a su renverser la vapeur. Rencontre ratée, du coup.

Le Mystère du gang masqué, Ken Follett (Robert Laffont – R jeunesse).

Voilà un roman jeunesse que j’étais très curieuse de découvrir, puisqu’il a été écrit par Ken Follett… en 1976 ! (C’est sa première traduction en français.) Et ça a été une très bonne surprise !
On y suit Mick et Randy, environ une dizaine d’années, qui découvrent un accès aux studios de cinéma désaffectés près de l’immeuble de Mick. Celui-ci doit justement être abattu, comme les studios de cinéma, pour être remplacés par un luxueux hôtel, ce qui ne plaît guère à toute une partie de la population (des gens plutôt aisés comme le père de Randy, lui-même producteur de cinéma ou des gens modestes comme la mère de Mick et leurs voisins, qui vont être expulsés). Or, les deux garçons ne sont pas les seuls à traîner au cinéma : des hommes plutôt louches y ont aussi leurs entrées… des hommes qui pourraient bien être ces malfaiteurs qui cambriolent des banques ! Mick et Randy ne laissent pas passer une aussi belle occasion d’enquêter et se mettent en tête de démasquer les voleurs… bien qu’il s’agisse de très dangereux criminels activement recherchés.
Franchement, je n’ai pas boudé mon plaisir avec ce titre. J’ai retrouvé l’énergie qu’il y avait dans les aventures du Club des Cinq, au sens où il se passe toujours un truc : les péripéties s’enchaînent et, mieux, elles sont hyper crédibles ! Cela signifie donc que Mick et Randy, du haut de leurs 10 ans et quelques, ne règlent pas du tout en deux coups de cuiller à pot (il leur arrive même quelques bricoles). Le style est simple et fluide, sans être simpliste, ce qui était hautement agréable – et en plus de cela, le texte n’était pas vieillot pour deux sous. Un roman d’aventure vraiment chouette que je recommanderai sans aucun doute à de jeunes lecteurs (disons à partir de 9 ans).

Les oublis de septembre :

Je sais qu’en septembre j’ai dit que j’allais tout chroniquer mais, je vais me rendre à l’évidence : pour certains titres, je n’ai soit pas grand-chose à dire, soit une partie des détails s’est déjà enfouie dans les limbes de ma mémoire défaillante (ce qui va être le cas du deuxième titre que je présente, le premier relevant plutôt du premier cas de figure).

Marie et Bronia, Natacha Henry (Albin Michel).

Il y a deux ans, pendant la rentrée littéraire, j’avais lu Marie Curie prend un amant, un biopic d’Irène Frain, fondé sur l’étude des comptes de Marie Curie : et c’était passionnant ! Du coup, lorsque j’ai vu arriver la parution de Marie et Bronia, j’étais assez curieuse (d’autant que Natacha Henry est spécialiste de l’histoire des deux sœurs, auxquelles elle a également consacré une biographie).
J’ai beaucoup aimé qu’elle parle autant de Marie que de Bronia, sa soeur aînée, qui est (me semble-t-il) moins connue, et à tort. Elle est devenue médecin, sage-femme, a fondé avec son mari un sanatorium très en avance sur son temps en Pologne, a créé l’Institut du Radium… entre autres choses. Le roman s’intéresse aux deux femmes dès leur prime enfance : de fait, leurs brillants parcours scientifiques sont assez rapidement évoqués. C’est leur parcours avant leurs grandes réussites, ou les événements peu connus qui ont jalonné leur vie qui comptent le plus. Le roman fourmille donc d’anecdotes sur leur formation, leurs caractères, leurs vies privées. C’est passionnant. Néanmoins, j’ai trouvé que la narration était parfois un peu froide et distanciée, peut-être parce que les informations personnelles sur les deux femmes ne sont pas légion. Quoi qu’il en soit, c’était un roman jeunesse prenant et que j’ai trouvé très intéressant !

La Lectrice, Traci Chee.

Eh oui, je l’ai oublié. En même temps, j’ai abandonné, donc je n’ai noté ce titre nulle part, ceci explique cela.
Je suis partie dans ce roman pleine d’enthousiasme car, vraiment, le synopsis me bottait : c’est l’histoire de Sefia, qui a perdu ses parents, puis sa tante Nin dans des circonstances assez glauques, à cause d’un pauvre objet rectangulaire. Un livre. Or, si Sefia ne sait pas ce que c’est, c’est à juste titre : dans son monde, personne ne sait lire. La voilà donc lancée sur les routes à la recherche de ceux qui ont ruiné sa famille, en quête d’informations qui pourraient faire sens, de vérité et, évidemment, de vengeance. Honnêtement, il ne m’en fallait pas plus pour être appâtée : et j’étais même plutôt agréablement surprise de voir que tout cela tenait plus de la fantasy que de la SF (dont j’avais imaginé que le roman relèverait, pour je ne sais quelle obscure raison). Sauf que, rapidement, j’ai dû me rendre l’évidence : je m’ennuyais sec. C’est long et les péripéties sont loin d’être trépidantes. En plus, la narration laisse couver l’idée, quelque part, que cette pauvre Sefia a un traumatisme caché : on en parle à mots couverts, on tourne autour, et ce n’est jamais très loin. L’ennui, c’est que c’est Sefia la narratrice donc ses tergiversations n’ont pas vraiment de sens : elles en auraient eu si la narration avait été assumée par quelqu’un d’autre mais là ça faisait vraiment faussement mystérieux pour essayer d’attirer le lecteur, et avec moi ça n’a pas pris. Si j’ajoute à cela que j’ai trouvé l’ensemble extrêmement cliché (des prophéties, des bad guys vraiment méchants, des gentils vraiment gentils etc, etc.) et l’alternance entre le récit de Sefia et le récit qu’elle lit dans le livre (oui, parce qu’en plus, elle apprend à lire seule en deux deux) pas du tout équilibrée, vous aurez compris que rien n’est venu rattraper ma première appréciation. Sans compter que j’ai rapidement trouvé le récit d’aventures contenu dans le Livre nettement plus intéressant que les pérégrinations de Sefia et ce bien qu’on nous en livre des scènes au petit bonheur la chance et pas toujours liées entre elles. Dommage, non ?

Rayon bulles.

Super sourde,  Cece Bell (Les Arènes).

Au rayon BD, ce mois-ci, j’ai découvert avec un immense plaisir la BD autobiographique Super sourde, de Cece Bell. A l’âge de 4 ans, Cece est victime d’une méningite qui la laisse sourde. Quelques années plus tard, la voici prête à entrer à l’école, un événement qui peut être angoissant, qui plus est lorsqu’on est un enfant un peu différent (Cece porte en effet un amplificateur à écouteurs, relié à un micro que ses professeurs portent autour du cou). Du coup, la voici lancée sur une mission : se faire une véritable amie. Pas facile facile…
La BD est hyper touchante ! Cece est pleine de bonne volonté et, sourde ou pas, fait parfois des boulettes. En même temps, elle raconte ses aventures avec beaucoup d’humour, faisant appel autant de fois que nécessaire à Super Sourde, son alter ego super-héroïne qui la tire de toutes les situations problématiques dans lesquelles elle peut se fourrer. Le dessin est très coloré et l’histoire est pleine de tendresse. Gros coup de cœur pour cette petite BD vraiment bien tournée !

Côté ciné.

Blade Runner 2049 — Denis Villeneuve.

Difficile de passer à côté : la suite du Blade Runner de Ridley Scott vient de sortir, sous la houlette de Denis Villeneuve. Et, double bon point : si le film constitue une très belle suite au premier opus, il n’est pas absolument nécessaire d’avoir vu le premier pour suivre l’histoire, celle-ci étant brièvement résumée au début du film !
En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…
J’étais un peu anxieuse en entrant dans la salle (j’avais peur que mes souvenirs du premier ne soient trop flous) et finalement j’en suis ressortie absolument enchantée ! Le film est assez long (2h43) mais je ne me suis pas pour autant ennuyée. Au contraire : c’est une histoire qui prend son temps pour se déployer, mais qui s’avère à la fois soigneuse et rythmée. Car si K sait à peu près où et comment chercher, les indices ne se révèlent pas toujours d’eux-mêmes et les personnes qu’il rencontre ne sont pas toujours de la meilleure volonté. Du coup, le film a un indéniable aspect de film noir mâtiné de scènes de baston pour le moins enthousiasmantes (même si elles sont peu nombreuses). Mais j’avoue que ce n’est pas ce qui m’a le plus emballée dans le film. Non, je citerais plutôt cette esthétique de fin du monde, ô combien réussie : ça fleure bon le désespoir et la désolation, que l’on soit un réplicant ou un humain – et peut-être même surtout si l’on est de ceux-là. On traverse des décors aussi sordides que grandioses et on ne peut pas franchement dire que le futur ait rendu l’humanité meilleure (je crois qu’on voit plus de gens dans la misère la plus profonde que de réplicants, c’est dire). J’ai également trouvé que l’histoire était éminemment poétique, ce qui m’a agréablement surprise. K se retrouve embarqué dans une quête qui va, assez vite, tourner à la quête des origines. Or, c’est un réplicant, donc vous imaginez bien que cela va remuer l’ami K, et pas forcément de la meilleure des manières. Mais, justement, l’obstination qu’il met à retrouver celui qu’il cherche, sans se perdre lui-même, est très touchante. À cela il faut ajouter un aspect du film qui m’a bien plus enthousiasmée que je l’aurais imaginé de prime abord : les questions sans réponses. Ah, des questions, avec ce film, on s’en pose des TONNES. Untel est-il un réplicant ? Telle autre est-elle une pure IA ou bien une IA consciencieuse ? La fin annonce-t-elle une suite ? Quid de l’avenir de tel ou tel personnage, plus qu’incertains ? Bon, je ne vais pas détailler trop plus, car mon énumération frise déjà le spoiler. Mais ce côté flou artistique, doublé de la fin très ouverte était vraiment très réussi.
À dire vrai, j’irais bien le revoir au ciné, tellement il m’a plu – fait suffisamment rare pour être noté.

Tops & Flops.

Je n’ai eu que des chouettes découvertes, ce mois-ci, ce qui est bien agréable 🙂
Les voici par ordre de lecture :

Pays rouge de Joe Abercrombie. C’était mon premier roman d’Abercrombie (bien que j’aie La Première Loi depuis des plombes) et j’ai vraiment vraiment adoré ce roman mêlant fantasy et western de la meilleure des façons. C’est âpre, violent, sombre, mais l’auteur tisse des personnages et une intrigue extraordinaires. Je lirai d’autres romans de l’auteur, c’est certain !

Premier coup de cœur du mois pour la bande-dessinée Bergères Guerrières du duo Amélie Fléchais et Jonathan Garnier. J’étais dubitative au départ, je l’avoue. Mais finalement, la BD m’a énormément plu avec son cadre fantasy original, ses jeunes filles qui tentent d’entrer dans l’ordre prestigieux des bergères guerrières… et ces jeunes garçons luttant pour l’égalité des droits !

 

Et deuxième coup de cœur (sans surprise ?) pour Les Libérés, quatrième et dernier tome de la série Les Fragmentés de Neal Shusterman. Ce dernier tome est tout aussi extraordinaire que les trois précédents : l’auteur trousse une dystopie post-apocalyptique extrêmement bien ficelée et qui a le mérite de poser d’excellentes questions sur notre société actuelle. J’ai attendu un long moment avant de finir la série, qui s’achève en beauté !

Citations.

« Être en vie, c’est avoir mal. Le reste est une grâce. »
Magnetic Island, Fabrice Colin.

***

« De l’autre côté de la table, Neta me lance un clin d’oeil. Je résiste à la tentation de lever les yeux au ciel – comme si je ne savais pas flirter… ça n’a rien de difficile, pourtant. Il suffit de jouer sur les trois cordes sensibles des garçons ivres en soirée :
1) de la bière
2) du sport (quel qu’il soit)
3) une bonne dose de sensualité
Et voilà, c’est plié.
Ce n’est pas sorcier, ça ne s’apparente même pas à un défi. Et soyons honnête… ce n’est pas franchement palpitant. »
A Good girl, Amanda K. Morgan.

***

« Vous vous connaissez à peine tous deux, mais vous vous détestez déjà. Si vous aviez enconné la même catin, nul doute que vous chercheriez à savoir lequel la besogna en premier, lequel lui donna meilleur plaisir, lequel la paya le plus grassement et lequel la ramona le plus longuement avant de la lustrer de son huile de rein. »

« L’obscurité est une absence de lumière. La mort une absence de vie. L’ignorance est une absence de savoir. La solitude, une absence d’autrui. Ce qui ronge l’homme ce n’est pas le Mal. C’est le Néant. »

« Et j’sais pas quel est le plus dangereux en définitive : un félon ou un fidèle abruti ? »
Sénéchal, Grégory da Rosa.

***

« J’appuie ma réponse d’un sourire pour être sûr qu’ils me laissent tranquille. Ça rassure toujours les adultes, un sourire, c’est comme si, dans leur tête, un enfant devait en permanence être joyeux et ne se préoccuper de rien. Dès qu’ils nous voient réfléchir ou rêver, ils s’inquiètent, persuadés qu’on prépare une bêtise. Bon, il faut avouer que c’est parfois le cas. »
Robin : à la dernière seconde, Manon Fargetton.

***

« Je ne trouve pas que tu aies l’air d’un tank.
– Merci, soufflai-je.
– Ou alors un petit tank, avec une petite tourelle, tu sais, un truc mignon. »

« C’était super*, résuma Célia en sortant de la séance.

* L’auteur précise qu’au moment où il écrit ces lignes, l’épisode VIII de Star Wars n’est pas encore sorti et qu’il s’agit donc d’une supposition basée sur la bande-annonce. Si ça se trouve, ce sera nul, auquel cas on partira du principe que les héroïnes ont mauvais goût. »
Le Cœur et le Sabre, Olivier Gay.

Brèves de comptoir #159

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : quid du féminisme dans les blockbusters ?

L’article n’est pas récent, puisqu’il a été publié au mois de juin, sur le site de France Culture (mais il est passé sous mon radar). Pierre Ropert s’y interroge sur le féminisme dans les films à grand budget, relevant des genres SFFF.

Mardi : 20 conseils d’éditeurs pour publier son roman de l’imaginaire !

Le Mois de l’Imaginaire touchait à sa fin mardi et Le Point vous propose un récapitulatif des conseils de 20 maisons d’édition spécialisées, dans le but de publier votre roman de l’imaginaire. À lire sur le site du périodique !

Mardi encore : MOOC SF en vue !

Après 3 ans de MOOC fantasy, l’Université d’Artois propose un nouveau MOOC, cette fois dédié à la science-fiction. Il aura lieu du 8 mai au 26 juin sur la plateforme Fun-MOOC : stay tuned !
La page Facebook est d’ailleurs déjà en ligne.

Mercredi : une conférence TED de Nnedi Okorafor !

Et elle est à regarder ici !

Mercredi encore : les trois sélections trimestrielles du prix Masterton !

Créé en 2000 par Marc Bailly, le prix Masterton rend hommage à l’auteur Graham Masterton, qui a marqué la littérature fantastique depuis les années 70 avec d’excellents textes, en récompensant des œuvres relevant du fantastique. Le prix propose trois catégories : meilleur roman francophone, meilleur roman traduit, meilleure nouvelle.
Comme je ne retrouve pas trace, dans mes brèves précédentes, des deux premières sélections, on va faire une brève un peu copieuse avec l’ensemble des nominés. Que voici :

Romans francophones

  • Marjorie Burbaud : Bellezza, La dernière nymphe T1, Rebelle Éditions
  • Darren Bryte : Angry, Éditions Terra Nova
  • Denis Labbé : Genèse, Les marcheurs T1, Rebelle Éditions
  • Gab Stael : Egrégore, Rebelle Éditions
  • Matt Verdier : Le septième prophète, Les Indés
  • Barbara Cordier : La belle contre l’angelet, Éditions Luciférine
  • Raphaël Eymery : Pornarina : la prostituée-à-tête-de-cheval, Denoël
  • Michael Fenris : Aaverhelyon, Auto édition
  • Cédric Gorré : Je suis celui qui suit, Éditions Vents Salés
  • Gwenn Aël : Ahriman, Lune Écarlate
  • J.B. Leblanc et Frédéric Livyns : Le miroir du damné, Sema édition
  • Johann Moulin : In purgatorii, Aconitum
  • Sire Cédric : Du feu de l’enfer, Presses de la Cité

Romans traduits

  • Alan Moore : Jérusalem, Éditions Inculte (traduit par Claro).
  • Lars Kepler : Playground, Actes Sud (traduit par Lena Grumbach)
  • Mats Standberg : Le ferry, Bragelonnne (traduit par Hélène Hervieu)

Nouvelles

  • Frédéric Livyns : The Dark Gates of Terror, Séma Éditions
  • Pascal Malosse : Contes de la vodka, Éditions Malpertuis
  • Danny Mienski : Les temps maudits, Éditions Ex Aequo

Pour retrouver les trois sélections dans l’ordre, vous pouvez consulter le site du prix !

Jeudi : interview de Christelle Dabos !

Elle a répondu aux questions de Bernard Utz pour Ricochet !

Au passage, notez qu’elle sera à la Dimension fantastique (106 rue Lafayette, Paris 10e), le samedi 2 décembre, pour une séance de dédicace, à partir de 14h30. Il est possible de réserver un livre par mail ou par MP !

Jeudi encore : portrait de Neil Gaiman !

Il est signé Hubert Prolongeau et il est à lire sur Télérama !

Vendredi : une tranche d’Utos !

Les Utopiales se déroulent en ce moment-même au Palais des Congrès, à Nantes. Pour ceux qui n’ont pas pu s’y rendre, voici deux interviews de Pierre Bordage et Xavier Mauméjean, à lire sur Sciences & Avenir.

Vendredi encore : bientôt plus de SFFF dans les bibliothèques scolaires américaines ?

Républicains et démocrates semblent s’accorder sur ce point : la magie n’a rien à faire dans les bibliothèques scolaires. L’article est à lire sur Actualitté.

Vendredi toujours : une adaptation pour Tobie Lolness ?

L’info est à prendre avec des pincettes car elle a été annoncée par un blogueur, et pas encore confirmée (par l’auteur lui-même, son éditeur, ou l’équipe de production). Mais il semblerait (si ça n’est pas une mauvaise blague) que la série de Timothée de Fombelle aura droit à une adaptation en série animée, en 13 épisodes de 52 minutes. Aucune date n’a été annoncée pour l’instant et la seule chose que je peux vous montrer, est l’image partagée par le blogueur (le nom du dessinateur ou de la dessinatrice n’est pas connu à ce jour) :

Week-end : une série TV pour Le Seigneur des Anneaux ?

C’est donc la série des brèves à prendre avec des pincettes. Warner Bros. a annoncé faire le tour des studios pour proposer une adaptation pour le petit écran du Seigneur des Anneaux (maintenant qu’ils ont fini de régler leurs litiges avec le Tolkien Estate). Les droits (qui s’élèveraient à une somme entre 200 et 250 millions de dollars !) n’ont pas encore été achetés, donc la série n’est pas pour demain (sans compter qu’il faut également prévoir le budget de la série en elle-même, qu’il s’agisse du scénario, des équipes techniques, des acteurs ou des décors et costumes). HBO aurait décliné, mais Netflix et Amazon seraient toujours en lice.
Ce n’est pas pour demain, donc comme pour Tobie Lolness : affaire à suivre !

Bon dimanche !

Les Libérés, Les Fragmentés #4, Neal Shusterman.

Les Citoyens Proactifs, l’entreprise tentaculaire à l’origine de la création du premier formaté, s’est alliée avec l’armée américaine. Leur but : créer un bataillon de formatés, l’équipe mosaïque. Pire encore, ils ont pris soin de dissimuler une découverte scientifique capitale qui rendrait la fragmentation inutile.
Alors que Connor, Risa et Lev tentent de les arrêter, des adolescents marchent sur Washington pour demander la fin de la fragmentation. Tout pourrait bientôt changer, mais chacun doit conquérir sa propre liberté.

Si vous êtes familiers de ce blog, vous savez à quel point j’apprécie les romans de Shusterman et plus particulièrement sa série Les Fragmentés, qui restera sans aucun doute au sommet du podium des dystopies que j’ai pu lire. Raison pour laquelle j’ai autant attendu avant de lire ce quatrième et dernier tome : j’étais à la fois hyper pressée de savoir la suite et, en même temps, hyper craintive à l’idée de le terminer. Mais ces craintes étaient infondées : Neal Shusterman clôt la série en beauté !

Le début de l’histoire nous fait retrouver Connor et Risa, cachés dans une cave avec d’autres fragmentés et surtout… l’imprimante d’organes. Lev, quant à lui, est dans la Réserve du Peuple d’Argent et tente de leur faire accepter de devenir terre d’asile pour tous les déserteurs: plus facile à dire qu’à faire.
Dehors, c’est toujours la foire : l’armée crée des formatés dans le même genre que Cam (mais moins soignés, uniquement pour créer de la chair à canon), les Frags sont de sortie, les trafiquants de chair aussi, et même au sein des déserteurs, ce n’est pas le nirvana. En effet, Rufus Starkey, qui dirige la Brigade des Refusés, à force de tueries de masse (certes en libérant des camps de fragmentation !) est en train de retourner encore un peu plus, et si c’était possible, la population contre les adolescents. L’occasion de montrer, si c’était nécessaire, que la violence aveugle et le terrorisme sont rarement des réponses adéquates aux problèmes que l’on rencontre.

Comme on est dans le dernier tome, tous les fils d’intrigue se nouent ou se dénouent et nous amènent inexorablement vers une fin qu’on a du mal à discerner en amont. Le suspense est donc à son comble d’un bout à l’autre du roman et ce d’autant que Neal Shusterman n’est pas avare en péripéties échevelées ou autres rebondissements de dernière minute.
J’ai bien cru, à plusieurs reprises, que j’allais défaillir à la lecture du roman, tant j’ai été mise à rude épreuve. Je peux vous avouer tout net que les derniers chapitres m’ont vraiment mise dans tous mes états. (À ce titre, si vous êtes une âme sensible, attendez-vous à quelques scènes hardcores qui ne laissent pas indifférents).

Ici, Neal Shusterman a repris la formule fort efficace du tome précédent : le récit est entrecoupé de publicités diverses et variées, venant des différents partis politiques en lice pour les élections (qui sont de plus en plus proches). De même, entre les chapitres, on retrouve des extraits d’articles de presse évoquant des progrès médicaux en termes de greffe, des faits divers sordides ayant trait avec le trafic d’organes, ou des lois nouvellement promulguées. C’est passionnant. Mais aussi terrifiant. Car tous ces articles ne sont pas du fait de journalistes fictifs, mais ont bel et bien été publiés dans des périodiques qui existent pour de bon (et vous pouvez d’ailleurs les lire directement sur internet, sur les sites des journaux respectifs). Ainsi, l’intrigue n’est plus si science-fictive, et tout juste se pare-t-elle des atours de l’anticipation. Ce qui ne la rend que d’autant plus efficace.

C’est presque à regrets que j’ai tourné la dernière page de cette série qui, comme je le disais, entre au Panthéon de mes séries favorites – et restera ma dystopie de référence. C’est en beauté que Shusterman clôt une tétralogie d’une efficacité redoutable qui interroge les limites de la science, du progrès scientifique et de l’éthique. Le tout est, de plus, extrêmement bien écrit et prenant, ce qui ne gâche rien. Voilà donc une dystopie absolument passionnante que je recommanderai encore et encore !

◊ Dans la même série : Les Fragmentés (1); Les Déconnectés (2) ; Les Éclairés (3).

Les Fragmentés #4, Les Libérés, Neal Shusterman. Traduit de l’anglais par Sébastiens Guillot.
MsK, octobre 2015, 498 p.

La loi du Phajaan, Jean-François Chabas.

Dans la famille de Kiet, on est dresseur d’éléphants de père en fils. Le jour de ses dix ans, Kiet part avec son père et des chasseurs pour capturer son premier éléphanteau. Pendant plusieurs jours, l’enfant participe au « Phajaan », une méthode de dressage traditionnelle particulièrement cruelle qui marquera à jamais le jeune garçon…

On change de registre aujourd’hui et on parle roman jeunesse, témoignage et droits des animaux. Jean-François Chabas est un grand nom de la littérature jeunesse (du moins dans mes tablettes), donc je partais assez confiante sur ce roman – et à raison.
Le récit nous est entièrement narré par Kiet, qui est assez âgé, tout comme Sura, son éléphant, au début de l’histoire. On sait donc dès le départ qu’ils ont survécu… On ignore encore à quel prix et c’est ce que va s’attacher à nous expliquer Kiet, qui va revenir sur la façon dont la relation qu’il a avec son éléphant s’est nouée. Spoiler : dans la douleur.

Car ce qui occupe la majeure partie du récit de Kiet est le terrible Phajaan qu’on subi l’enfant et l’éléphanteau. Cette méthode de dressage traditionnelle consiste à briser l’esprit de l’éléphant, dans les quelques jours suivant sa capture (et l’assassinat de sa meute). Kiet, alors âgé de 10 ans, résiste autant qu’il peut à son père, chef de l’expédition. On assiste donc en même temps à sa lutte pour sauver Sura et à sa lutte contre cette figure paternelle terrifiante, en laquelle il ne se reconnaît pas le moins du monde.
Alors, autant le dire tout de suite : âmes sensibles, s’abstenir. Ce n’est pas parce que le roman est tout petit et que c’est adressé aux adolescents qu’il est pour autant facile à lire. Loin de là. Les scènes du Phajaan (et certaines autres de la vie de Kiet et Sura) sont d’une cruauté difficilement soutenable car les tortures que l’on fait subir aux éléphants y sont dépeintes avec forces détails. C’est gore, il n’y a pas d’autre mot. Et c’est d’autant plus terrible que les choses se font toujours, de nos jours, de cette façon. C’est proprement inhumain !

Le récit de Kiet, d’ailleurs, s’attache à montrer comment ces traditions perdurent discrètement et comment l’industrie du tourisme de masse, malheureusement, ne fait que les perpétrer. Car en utilisant ces éléphants soi-disant domestiqués pour des promenades, les touristes mettent (pas nécessairement volontairement) la main à la pâte pour faire perdurer le système. Et c’est bien ce qui est dramatique.

Heureusement, le roman est aussi plein d’espoir. Car au fil des pages, Kiet raconte la relation étroite et pleine de tendresse qu’il a nouée avec Sura, qui semble bien le lui rendre. Et, rien que pour ça, on a envie de croire qu’un meilleur avenir est possible pour ces grands bêtes (même si de sauvages, il en reste de moins en moins).

Jean-François Chabas signe un texte très émouvant, qui dresse le portrait d’une belle relation entre un homme et son éléphant. C’est aussi un texte très dur, avec de nombreuses scènes de torture dont la cruauté est parfois difficile à supporter. Le texte est néanmoins très accessible, Jean-François Chabas étant resté très factuel dans sa narration, qui invite à une vie tenant plus compte de son environnement. Un texte à lire et à faire lire sans modération !

La Loi du Phajaan, Jean-François Chabas. Didier jeunesse, septembre 2017, 128 p.

◊ En bonus : si la question de la relation entre un éléphant et son cornac vous intéresse, Daniel Fiéver y a consacré un épisode de son émission Le Temps d’un bivouac, que vous pouvez réécouter sur le site de France Inter – mais il n’y est presque pas fait mention du Phajaan.

Brèves de comptoir #158

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : les 40 ans de Star Wars !

Eh oui, déjà ! Pour l’occasion, le site Planète Star Wars propose un documentaire inédit de 50 minutes, consacré à la saga.

Lundi encore : la chaîne Youtube du Mois de l’Imaginaire !

Pour accompagner les festivités d’octobre, ou pour les prolonger, vous pouvez aller regarder et écouter les vidéos sur la chaîne Youtube du Mois de l’imaginaire.

Mardi : les 20 ans d’Harry Potter !

Et cette fois c’est la BBC qui propose un documentaire inédit, intitulé A History of magic et qui accompagne l’exposition homonyme (visible depuis le 20 octobre et jusqu’au 28 février.
Le documentaire a été diffusé hier soir sur BBC2 : surveillez les rediffusions sur leur site!

Mardi encore : un documentaire pour The Witcher !

La franchise issue de la saga d’Andrzej Sapkowski fête ses 10 ans cette année. La chaîne Youtube Noclip, spécialisée dans les documentaires portant sur les jeux vidéo lui a consacré un documentaire en 6 parties, désormais toutes visible.

Vous pouvez également regarder ce documentaire, en polonais (et sous-titré en anglais) consacré à la saga.

Mercredi : pourquoi s’évader dans les mondes imaginaires quand le réel propose déjà tant de possibilités ?

C’est la question qu’a posée Pierre Bordage et il y répond dans les colonnes du Huffington Post !

Jeudi : Guy Gavriel Kay à la Dimension fantastique !

L’auteur sera présent aux Utopiales de Nantes, mais aussi à la librairie La Dimension fantastique (106 rue Lafayette, Paris 10e) le mardi 7 novembre 2017, de 18h à 20h.

Jeudi encore : le live de Full Metal Alchemist !

Le manga d’Hiromu Arakawa est adapté au cinéma, en version live, réalisée par Fumihiko Sori. Il sortira le 1er décembre au Japon ; aucune date n’a encore été annoncée pour l’Europe, mais on sait que 190 pays sont concernés.
En attendant de découvrir le film, vous pouvez voir l’affiche et des vidéos qui présentent les personnages.

Jeudi toujours : l’adaptation du  Nom du vent en bonne voie !

Au départ, il était question d’une adaptation pour petit et grand écran ; finalement, il semblerait qu’on se dirige vers une série chez Showtime, sous la houlette de John Rogers. Patrick Rothfuss et Lin-Manuel Miranda seront les producteurs exécutifs avec Rogers, Jennifer Court et Robert Lawrence. Le projet de long-métrage n’est a priori pas abandonné, mais aucun nouveau détail n’a filtré dessus.
Mais l’info croustillante concernant la série est que, finalement, il ne s’agira pas d’une adaptation de la trilogie, les événements de la série se déroulant une génération avant ceux des romans. Reste à savoir, maintenant, qui de la préquelle ou du troisième tome paraîtra en premier !

Vendredi : entretien avec Hélène Collon !

Hélène Collon a traduit L’Exégèse de Philip K. Dick, qui regroupe des notes, des entrées de son journal, des travaux préparatoires et autres lettres. Elle était au micro de Babelio et c’est à lire sur le site !

Vendredi encore : un dictionnaire de fantasy chez Vendémiaire !

L’éditeur est coutumier des essais spécialisés ambitieux. Après un Dictionnaire du western et un Dictionnaire du cinéma fantastique et de science-fiction, voilà qu’il prépare un dictionnaire de la fantasy. Au menu : des articles copieux, une grande variété d’auteurs participants et une couverture thématique assez large (avec quelques 120 entrées). Les noms des auteurs concernés n’ont pas encore filtré, mais on sait qu’Elbakin.net fournit des forces vives au projet, dont la version papier est prévue pour 2018, si tout va bien.
Affaire à suivre, donc !

Bon dimanche !

Bergères guerrières #1, Jonathan Garnier & Amélie Fléchais.

Voilà maintenant dix ans que les hommes du village sont partis, mobilisés de force pour la Grande Guerre. Dix ans qu’ils ont laissé femmes, enfants et anciens pour un conflit loin de chez eux… La jeune Molly est heureuse car elle peut enfin commencer l’entrainement pour tenter d’entrer dans l’ordre prestigieux des Bergères guerrières : un groupe de femmes choisies parmi les plus braves, pour protéger les troupeaux mais aussi le village ! Pour faire face aux nombreuses épreuves qui l’attendent, Molly pourra compter, en plus de son courage, sur Barbe Noire, son bouc de combat, mais également sur l’amitié de Liam, le petit paysan qui rêve aussi de devenir Bergère guerrière même si ce n’est réservé qu’aux filles…Entre Dragons et Rebelle, Bergères guerrières raconte l’odyssée d’une jeune héroïne qui va vivre de grandes aventures dans un univers médiéval-fantastique inspiré des légendes celtiques. Une histoire attachante, tout public, qui fait la part belle aux liens familiaux et communautaires, portée par un graphisme chaleureux et un scénario riche en humour et en rebondissements.

Voilà une bande-dessinée jeunesse qui m’a été recommandée par ma collègue en charge des acquisitions. Et quelle découverte !

On plonge dès le départ dans un univers de fantasy assez classique, avec un village ressemblant à s’y méprendre à un petit village Celte (résistant encore et toujours à l’envahisseur). Bon, de fait, des envahisseurs, là, il n’y en a pas des masses, les hommes étant partis dix ans auparavant pour les repousser. Ce qui a motivé la création de l’Ordre des Bergères Guerrières, dans lequel Molly s’apprête à entrer.
Liam, son meilleur ami, en rêve aussi : malheureusement, les (rares) jeunes garçons ne sont pas autorisés dans l’Ordre et relégués à des tâches subalternes. Bref, dès le départ, on a une inversion des castes de notre société actuelle… et donc des clichés. Molly, d’ailleurs, regroupe tous les traits que l’on attribue habituellement aux jeunes héros : elle est hardie, bagarreuse, enthousiaste et tout sauf modeste ! Ce qui est intéressant, c’est que le duo ne déprécie pas Liam : lui aussi regorge de qualités et on voit toute l’absurdité de la situation. Il est le parfait pendant de Molly mais, pour une obscure raison de génétique, il n’aurait pas le droit d’être lui aussi un Berger Guerrier ? C’est un peu ridicule, comme argument… et c’est bien ce que s’attache à montrer la BD, avec d’autant plus de succès que le trait n’est pas forcé.

L’intrigue, outre cet aspect purement sociétal, est bien menée : on suit l’entraînement des jeunes apprenties bergères guerrières et l’histoire installe en même temps la toile de fond. On découvre tour à tour quelques figures de l’ordre (la grand-mère et la tante de Molly, la cheffe du village, etc.) ainsi que les jeunes apprenties (les meilleures amies, les neutres, celles qui se détestent profondément). Il est donc autant question de la vie du village et des personnages que de l’intrigue purement fantasy. Entre les scènes d’action, l’histoire se montre même touchante : car si les adultes se souviennent bien des hommes disparus, ce n’est pas le cas des enfants, comme Molly et ses amis, qui ne les ont pour ainsi dire jamais vus… et sont en quête de réponses.
Ça peut paraître anecdotique, mais l’histoire fait également la part belle aux animaux : puisque les Bergères Guerrières utilisent, en effet, des ovins en guise de monture. À ce titre, mention spéciale à Barbe Noire, un bouc ô combien attachant, qui m’a vraiment rappelé Krokmou du film d’animation Dragons !

Excellente découverte, donc, que ce premier volume de la série Bergères Guerrières. J’avoue, j’étais au départ un peu dubitative mais j’ai vraiment bien fait de me plonger dedans tant la BD m’a plu. L’univers tient vraiment la route et offre son lot de bandits, sorciers et, bien sûr, guerriers valeureux ! En même temps, il possède ce petit côté original (surtout lié aux moutons et autres boucs que l’on découvre) qui fait le sel d’une bonne histoire de fantasy. Mais je dois avouer que ce qui m’a le plus emballée sont sans doute les propos égalitaires véhiculés par l’intrigue, qui font vraiment du bien à lire dans le genre. La fin, en plus, m’a laissée sur des charbons ardents et la tête pleine de questions ! Je suis très curieuse de lire la suite de cette série, qui m’a laissé l’impression de découvrir les aventures conjointes de Rebelle et Krokmou !

Bergères guerrières #1, Amélie Fléchais et Jonathan Garnier. Éditions Glénat, juin 2017, 72 p.