Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.

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Paris, 1840. Louis Pasteur a 19 ans et il entre comme boursier à l’institution royale Saint-Louis pour suivre des études scientifiques. L’année scolaire sera loin d’être de tout repos. Certaines nuits, une mystérieuse menace rode dans les couloirs du pensionnat, mettant en danger étudiants et professeurs. Décidé à mener l’enquête, Louis fait équipe avec une lycéenne de l’école d’en face. Sous ses airs de jeune fille modèle, Constance se révèle une alliée intrépide et courageuse.
Entre loups-garous et complots, ils useront de vaccins autant que de coups d’épée pour sauver les élèves et même… le roi Louis-Philippe !

Louis Pasteur, fraîchement débarqué de sa campagne jurassienne, découvre les joies de la vie parisienne à l’Institution Saint-Louis, en tant qu’élève – boursier ! – de première année en sciences. De l’autre côté de la cour, l’établissement accueille quelques lycéennes qui font des études « longues » – jusqu’au baccalauréat – où on leur dispense cours de danse, de maintien, de broderie… on en passe et des meilleures.
Louis, donc, découvre avec curiosité et stupéfaction le snobisme parisien, un sexisme revendiqué, des professeurs plus en recherche de gloire personnelle que soucieux d’instruire les élèves, mais aussi… la gent féminine !

Flore Vesco ouvre chaque chapitre par sa composition chimique, laquelle reprend une partie des éléments chimiques qu’utilisera Louis au cours du récit ainsi que des éléments d’intrigue (disparition, duel d’escrime ou encore élevage de poules dans les combles). Cela crée un effet d’attente fort efficace car on se demande dans quelle mesure et comment vont apparaître les éléments cités. D’ailleurs, la façon dont tout cela s’articule est souvent assez drôle et inattendue !

Dès le départ, on plonge dans un récit d’aventures qui mêle agréablement histoire (notamment des sciences) et fantasy. Car Louis débarque plein d’idées et d’intuitions dans sa nouvelle école et va se dépêcher des les mettre en œuvre : de ce côté-là, on est servis, car Flore Vesco retrace le brillant et juvénile parcours scientifique du jeune homme. D’autre part, le mystère se pare des atours de la fantasy dès le chapitre 2, lorsqu’on commence à soupçonner la nature de la bête qui rôde dans les couloirs, laquelle a tout à voir avec celle du Gévaudan !
Au fil des pages, on revisite donc l’Histoire, sauce fantasy, dans un univers que l’on met peu de temps à apprivoiser : de sombres créatures rôdent, souvent dues aux humains et des sociétés secrètes s’affrontent pour les cantonner aux ténèbres ou tout simplement pour les éradiquer. D’ailleurs, et on ne peut que s’en réjouir, la suite des aventures de ces secrets sociétaires est déjà annoncée !

L’histoire est diablement prenante car le style de Flore Vesco est vif, enlevé et enjoué : usant d’un vocabulaire recherché et varié, elle nous entraîne à la suite de ses héros pour des aventures échevelées et pleines de suspens. Car si l’on soupçonne assez vite ce dont il est question, il faut toute la durée du roman aux personnages pour révéler l’ampleur du complot et toutes ses subtilités. Et c’est loin d’être simple, ce qui participe aussi du charme de l’histoire. D’ailleurs, dès que j’arrêtais de lire, je passais mon temps à espérer pouvoir reprendre ma lecture, tellement j’étais dedans !

Mais cela tient aussi et surtout aux personnages mis en scène, notamment à notre duo phare. Louis et Constance sont deux jeunes justiciers que l’on suit sans aucune difficulté tant ils sont attachants. Tous deux font montre d’une intelligence et d’une logique redoutables, leur permettant d’éliminer, l’un après les autres, les obstacles qui parsèment leurs routes. Et ce qui est bien, c’est que l’histoire mêle à la fantasy des histoires typiquement adolescentes. Un jeune homme poursuit donc de ses assiduités Constance – qui s’en passerait bien – et Louis, de son côté, découvre que la gent féminine peut ne pas être seulement purement décorative. En se mettant en duo, ils se découvrent également des compétences complémentaires : si notre jeune scientifique combat le mal à coup de formules chimiques et tubes à essai soigneusement mitonnés, Constance, elle, défend leurs intérêts à grands coups de fleuret, une arme pour laquelle elle s’est découvert une soudaine et brillante prédilection : une répartition des rôles vraiment intéressante et pas si courante – le plus bourrin des deux n’étant pas nécessairement celui auquel on pense spontanément !

Un duo de jeunes enquêteurs audacieux et attachants, une intrigue palpitante qui revisite Histoire, histoire des sciences et légendes du Gévaudan, un style enlevé et riche, une dose d’humour bienvenue, voilà les excellents ingrédients du roman de Flore Vesco – dont j’attends, il va sans dire très impatiemment, la suite annoncée !

Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.
Didier jeunesse, septembre 2016, 212 p. 

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Brèves de comptoir #132

brèvesTous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : première sélection pour le GPI !

Le GPI, qu’est-ce que c’est ? Le Grand Prix de l’Imaginaire (ou GPI) récompense, dans 12 catégories différentes, des œuvres de l’imaginaire depuis 1992 ; le prix existe en fait depuis 1974 mais se concentrait alors sur la SF.
Il est décerné durant le Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo (3-5 juin 2017). Et voici la très grosse liste des nominés :

1) Roman francophone

– Le Mur de Planck de Christophe Carpentier (P.O.L.)
– Chroniques de l’étrange, tomes 1 & 2 de Romain D’Huissier (Critic)
– Vostok de Laurent Kloetzer (Denoël)
– Sitrinjêta de Christian Léourier (Critic)
– Latium, tomes I & II de Romain Lucazeau (Denoël)
– Défaite des maîtres et possesseurs de Vincent Message (Seuil)
– Jardin d’hiver d’Olivier Paquet (L’Atalante)
– Métaquine, tomes 1 & 2 de François Rouiller (L’Atalante)

2) Roman étranger

– Mémoires, par lady Trent, tomes 1 & 2 de Marie Brennan (L’Atalante)
– L’Espace d’un an de Becky Chambers (L’Atalante)
– Le Problème à trois corps de Liu Cixin (Actes Sud)
– Les Chroniques du Radch, tomes 1 à 3 d’Ann Leckie (J’ai lu)
– Merfer de China Miéville (Fleuve)
– La Maison dans laquelle de Mariam Petrosyan (Monsieur Toussaint Louverture)
– L’Inclinaison de Christopher Priest (Denoël)
– Frankenstein à Bagdad d’Ahmed Saadawi (Piranha)
– Avec joie et docilité de Johanna Sinisalo (Actes Sud)
– Annihilation de Jeff Vandermeer (Au diable vauvert)
– Le Subtil changement, tomes 1 à 3 de Jo Walton (Denoël)

3) Nouvelle francophone

– « Le Syndrome Potemkine » d’Ayerdhal  (in Scintillements, Au diable vauvert)
– « Dragon » de Thomas Day (Bélial’)
– « La Cité des Lamentations » (recueil) de Paul Martin Gal (Nestiveqnen)
– « Pigeon, Canard et Patinette » de Frédérick Guichen (Le Passager Clandestin)
– « La Confirmation » de Laurent Kloetzer (in Bifrost n°83)
– « De si tendres adieux » de Romain Lucazeau (in Bifrost n°84)
– « L’Échelle de Dieu » de Brice Tarvel (in Galaxies n°44/86)
– « Celle que j’abrite » de Jean-Louis Trudel (in Galaxies n°39/81)

4) Nouvelle étrangère

– « Une brève histoire des formes à venir » d’Adam-Troy Castro (in Angle Mort n°11)
– « Les yeux de l’arc-en-ciel » de Greg Egan (in Bifrost n°81)
– « Fin de partie » de Lev Grossman (in Utopiales 2016, ActuSF)
– « Un Pont sur la brume » de Kij Johnson (Bélial’)
– « L’Homme qui mit fin à l’histoire » de Ken Liu (Bélial’)
– « Une brève histoire du Tunnel transpacifique » de Ken Liu (in Bifrost n° 83)
– « Le Choix » de Paul J. McAuley (Bélial’)
– « Honey Bear » de Sofia Samatar (in Angle Mort n°11)
– « L’après-vie » de Janna Silverstein (in Galaxies n° 42/84)
– Infinités (recueil) de Vandana Singh (Denoël)
– Au-delà du gouffre (recueil) de Peter Watts (Bélial’ & Quarante-Deux)

5) Roman jeunesse francophone

– Scorpi, tomes 1 à 3 de Roxane Dambre (Calmann-Lévy)
– L’Éveil, stade 1 de Jean-Baptiste De Panafieu (Gulf Stream)
La Voie des Oracles, tomes 1 à 3 d’Estelle Faye (Scrineo)
– Les Sous-vivants de Johan Heliot (Seuil Jeunesse)
– L’Œil de Chaac d’Emma Lanero (Gulf Stream)
– Jeunesse éternelle de Nathalie Le Gendre (Bayard)
 Cité 19, tomes 1 & 2 de Stéphane Michaka (Pocket Jeunesse)
– Le Dernier songe de Lord Scriven d’Éric Senabre (Didier Jeunesse)
– Ne ramenez jamais une fille du futur chez vous de Nathalie Stragier (Syros)
– Elia, la passeuse d’âmes de Marie Vareille (Pocket Jeunesse)
– Les Loups chantants d’Aurélie Wellenstein (Scrineo)

6) Roman jeunesse étranger

– La Partie infinie de James Dashner (Pocket Jeunesse)
– Forget Tomorrow de Pintip Dunn (Lumen)
– La Prophétie du Paladin, tomes 1 & 2 de Mark Frost (Pocket Jeunesse)
– Lady Helen – Le Club des mauvais jours d’Alison Goodman (Gallimard Jeunesse)
– Dreamology de Lucy Keating (Michel Lafon)
– L’Énigme : John Foggart de César Mallorqui (Bayard)
– La Malédiction Grimm, tomes 1 à 3 de Polly Shulman (Bayard)
– La Fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains & La fille qui tomba sous Féerie et y mena les festoiements de Catherynne M. Valente (Balivernes)

7) Prix Jacques Chambon de la traduction

Maxime Berrée pour Les Machines à désir infernales du Docteur Hoffman d’Angela Carter (L’Ogre)
Jacques Collin pour L’Inclinaison de Christopher Priest (Denoël)
Hélène Collon pour L’Exégèse de Philip K. Dick (J’ai lu)
Gérard De Chergé pour Station Eleven d’Emily St John Mandel (Rivages & Alto)
Gilles Goullet pour Le Choix de Paul J. McAuley (Bélial’), Annihilation de Jeff Vandermeer (Au diable vauvert) & Les Affinités de Robert Charles Wilson (Denoël)
Patrick Marcel pour Les Chroniques du Radch, tomes 1 à 3 d’Ann Leckie (J’ai lu)
Nathalie Mège pour Merfer de China Miéville (Fleuve)
France Meyer pour Frankenstein à Bagdad d’Ahmed Saadawi (Piranha)
Laurent Philibert-Caillat pour La Fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains & La fille qui tomba sous Féerie et y mena les festoiements de Catherynne M. Valente (Balivernes)

8) Prix Wojtek Siudmak du graphisme

Melchior Ascaride pour Les Cœurs enchaînés de Nicolas Le Breton et L’Homme qui traversa la Terre de Robert Darvel (Les moutons électriques)
Frédéric Coché pour Un chant de pierre d’Iain Banks (L’Œil d’or)
David Demaret pour Léviathan de Jack Campbell (L’Atalante)
Nicolas Fructus pour Gotland de Thomas Day & Nicolas Fructus (Bélial’)
Todd Lockwood pour Mémoires, par lady Trent, tomes 1 & 2 de Marie Brennan (L’Atalante)
Manchu pour Au-delà du gouffre (recueil) de Peter Watts (Bélial’ & Quarante-Deux)
Stéphane Perger pour Adar (Dystopia)
Aurélien Police pour L’Inclinaison de Christopher Priest (Denoël)
Hugo Varlez pour Galaxies n°41/83
Laura Vicédo, Marion et Philippe Aureille pour BOXing dolls de Pierre Bordage (Organic)

9) Essai

– Pour une histoire des possibles. Analyses contrefactuelles et futurs non advenus de Quentin Deluermoz & Pierre Singaravélou (Seuil)
– Les Ombres du fantastique de Claude Fierobe (Terre de Brume)
– Du yéti au calmar géant. Le bestiaire énigmatique de la cryptozoologie de Benoît Grison (Delachaux et Niestlé)
– Le Langage de la nuit. Essai sur la science-fiction et la fantasy d’Ursula Le Guin (Aux Forges de Vulcain)
– Cinema Hermetica de Pacôme Thiellement (Super 8)

10) Prix spécial

– Les éditions Alma pour la réédition des œuvres de Jean Ray
– Les éditions Armada pour leur collection « Carnets de croquis »
– Les éditions Aux Forges de Vulcain pour leur édition de La Source au bout du monde de William Morris, à l’identique de celle faite par l’auteur.
– Les éditions du Bélial’ pour leur collection de novellas « Une Heure-lumière »
– Hélène Collon et les éditions J’ai Lu pour la publication de L’Exégèse de Philip K. Dick
– Adar, ouvrage dirigé par Léo Henry, avec des textes non signés de Stéphane Beauverger, David Calvo, Alain Damasio, Mélanie Fazi, Vincent Gessler, Léo Henry, Sébastien Juillard, Laurent Kloetzer, luvan, Norbert Merjagnan, Anne-Sylvie Salzman et Mahéva Stephan-Bugni, sur des illustrations de Stéphane Perger (Dystopia)
– Le catalogue d’exposition Star Trek : 50 artistes, 50 ans (Bragelonne).

Lundi encore : Culture particulière, septième !

Et cette fois, il est question de jeu de rôle !

Mardi : la fantasy, un genre plein de clichés ?

Oui, tiens, en voilà une bonne question ! Et c’est Paul Beorn qui la pose – avec un tas de réponses très pertinentes.

Mardi encore : Vampire & Sorcières Awards !

C’est la sixième édition du prix des lecteurs du site Vampire & Sorcières.
Le 1er tour aura lieu du 13 février au 4 mars inclus. À l’issue des votes, les 5 premiers de chaque catégorie seront qualifiés pour le second tour. Il est possible de voter pour 3 livres par catégorie (maximum).

Et voici les titres en lice :

Fantasy :

Testament, tome 2, Alouettes, de Jeanne-A Debats (ActuSF).
Apostasie de Vincent Tassy
Darryl Ouvremonde d’Olivier Peru
La main de l’Empereur d’Olivier Gay (Bragelonne)
La part des ombres, tome 1, Gabriel Katz (Scrinéo)
Le Nibelung, tome 1, Le Carnaval aux corbeaux, d’Anthelme Hauchecorne
Le novice de Taran Matharu
Le porteur de mort, tome 1, L’apprenti de Angel Wrekin
Magie ex libris, tome 1 : Le bibliomancien de Jim C. Hines
Rebelle du désert de Alwyn Hamilton

Science-Fiction : 

Alive de Scott Sigler (Lumen)
Avec joie et docilité de Johanna Sinisalo
Bienvenue à Nightvale de Joseph Fink et Jeffrey Cranor (Bragelonne)
Chaos, tome 1, Ceux qui n’oublient pas de Clément Bouhelier (Critic)
Cookie monster de Vernor Vinge
Extinction game de Gary Gibson
L’Homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu
La trilogie du rempart sud, tome 1 : Annihilation de Jeff VanderMeer
Les Enfermés de John Scalzi
Techno Faerie de Sara Doke

Fantastique : 

Contes de la plaine et des bois de Jean-Claude Marguerite
Échos obscurs de Dennis Labbé
Good night Idaho de Keith Lee Morris
Je suis le sang de Ludovic Lamarque et Pierre Portrait
L’ombre noire de Jean-Pierre Favard
La Maison dans laquelle de Mariam Petrosyan
Le gardien de la source de Vanessa Terral
Notre-Dame de la mer de Rozenn Illiano
Sous le lierre de Léa Silhol
Wild Fell, Michael Rowe

Recueils et Anthologies : 

Âme ténébreuse cœur lumineux
Anthologie des Utopiales – Collectif et Jérôme Vincent
Antiqu’idées
Dangerous Women – partie 1 de George R. R. Martin et Gardner Dozois
Fêlures de Rozenn Illiano
Fidèle à ton pas balancé de Sylvie Lainé
Il sera une fois de Southeast Jones
Infinités de Vandana Singh
Le cercle d’Hécate de Cécile Guillot
Quantpunk

Graphique et Beau Livre : 

Alice de l’autre côté du miroir, de Benjamin Lacombe et Lewis Carroll
Cosmographia de Mathieu Guibé
Dans les bois de Emily Carroll
Épouvantable Peur d’Épiphanie Frayeur de Séverine Gauthier (Auteur) et Clément Lefevre (Illustrations)
Fées de Cottingley, de Sophie de la Villefromoit, Sébastien Pérez
L’Elféméride, le grand légendaire des saisons – Printemps de Pierre Dubois et René Hausman
La famille Addams de Chas Addams
Le Cabinet de Curiosités Hilda Alonso / Alexandra V. Bach
Les contes du suicidé de Lautaro Ortiz et Lucas Nine
Merveilles et Légendes des dragons de Séverine Pineaux et Patrick Jézéquel

Bande-dessinée : 

Batman Vampire – Kelley Jones et Doug Moench
La légèreté – Catherine Meurisse
Le cœur de l’ombre – Roberto Ricci, Marco Cosimo d’Amico et Laura Iorio
Le prendre pour le garder de Magali Villeneuve et Noémie Chevalier
Le rapport de Brobeck, tome 2, L’Indicible – Manu Larcenet et Philippe Claudel
Morgane – Stéphane Fert, Simon Kansara et Stéphane Fert
Paper Girls, tome 1 – Brian K. Vaughan et Cliff Chiang
Planetary, tome 1 – Phil Jimenez, John Cassaday et Warren Ellis
Puzzle – Frank Thilliez et Mig
Sweet Tooth, tomes 2 et 3 – Jeff Lemire

Couvertures :

Ce dont rêvent les ombres de Diane Özdamar
Fées et automates de Hélène Larbaigt
Homonculus d’Adèle Silly
Jardin d’hiver d’Aurélien Police
La maison des morts de de Anne-Claire Payet
Le Chrysanthème Noir de Elian Black’mor et Carine M.
Le Fleuve céleste de LERAF
Le golem et le djinn de Noëmie Chevalier
Le sang et l’or d’Alexandra V. Bach
Les Illusions de Sav-Loar de Magali Villeneuve

À vos votes !

Mercredi : une nouvelle trilogie pour Philip Pullman !

Et pas n’importe quelle trilogie ! Car l’auteur revient dans l’univers de La Croisée des mondes ! Book of Dust sera le premier tome d’une nouvelle trilogie qui ne sera ni une préquelle, ni une suite de la précédente, mais qui narrera des événements se déroulant en parallèle, à la même période – avec, fatalement, de nouveaux personnages. La parution VO est annoncée pour octobre !

Mercredi encore : les finalistes du prix Bob Morane !

Le prix Bob Morane récompense une œuvre de fiction publiée dans l’année civile du prix en cours ; il a été créé en 1999 par Marc Bailly, en hommage au personnage fictif d’Henri Vernes, créé en 1953, que vous connaissez peut-être par le biais des romans ou des bandes-dessinés dont il est le héros (à défaut, vous avez peut-être entendu la chanson d’Indochine). Comme Bob Morane a exploré tous les genres possibles et imaginables, la sélection est à son image. Voici les finalistes :

Romans francophones
Nous entrerons dans la lumière, Michèle Astrud (Aux Forges de Vulcain).
Vostock, Laurent Kloetzer (Denoël).
Manhattan Marilyn, Philippe Laguerre (Éditions Critic).
Royaume rêvé,  tome 1, Le chant des épines, Royaume rêvé T1, Adrien Tomas (Mnémos).
La stratégie des as, Damien Snyers (ActuSF).
Romans étrangers
Le problème à trois corps, Liu Cixin, traduit par Gwennaël Gaffric (Actes Sud).
Un pont sur la brume, Kij Johnson, traduit par Sylvie Denis (Le Bélial).
L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit par Pierre-Paul Durastanti (Le Bélial).
Les enfermés, John Scalzi, traduit par Mikael Cabon (L’Atalante)
La Trilogie du rempart sud, tome 1, Annihilation, Jeff Vandermeer , traduit par Gilles Goullet (Au Diable Vauvert).
Nouvelles
La Belgique Imaginaire T1 (Académia)
Il sera une fois, Southeast Jones Éditions Séma
«Une brève histoire du tunnel transpacifique», Ken Liu, in Bifrost n°83
Coup de cœur
L’exégèse de Philip K. Dick, Collectif (J’ai Lu).
Gotland, Nicolas Fructus et Thomas Day (Le Bélial).
L’ensemble des titres nominés est visible sur le site de Noosfère.

Jeudi : Pierre Bordage et Alain Damasio au CNL !

Le 9 janvier, Pierre Bordage et Alain Damasio donnaient, au Centre National du Livre, une conférence sur les littératures de l’imaginaire, animée par Stéphane Marsan.
Elle est désormais disponible gratuitement sur le site du CNL.

Jeudi encore : Lynks, nouvelle maison d’édition !

Lynks est une jeune maison d’édition spécialisée dans les littératures de l’imaginaire. Voici ce qu’en dit l’équipe éditoriale :

« À l’heure où la lecture est plus que jamais un passe-temps social, nous avons la certitude que les récits en marge de notre réalité auront l’opportunité d’être créateur de liens. Nous voyons Lynks comme un lieu d’expression pour les auteurs, un moment de plaisir pour les lecteurs, une invitation à la réflexion, au voyage et à la réunion. Des plumes talentueuses, profondément humaines. Des récits captivants et engagés, à destination des adolescents et des jeunes adultes. Des histoires qui nous lient. Aux autres. Au monde. Aux rêves. Aux possibles.
Notre collection regroupant des auteurs reconnus de l’imaginaire français sera dirigée par Charlotte Bousquet et les premiers titres sortiront au printemps. »

De fait, les deux premiers titres sortiront au printemps et voici les présentations :

  • Asynchrone, Fabien Clavel.

Je suis morte.
Cela ne fait rien, j’y étais prête depuis longtemps.
J’ignore ce qu’il s’est passé exactement. Sans doute mon cœur s’est-il arrêté. Je n’ai pas envie d’y réflchir maintenant. Simplement, j’aimerais profiter de ce moment de quiétude. Après seize années passées dans l’attente, je peux enfin me détendre, me reposer.
Mes sens sont éteints. Je n’entends plus rien, je ne vois plus rien, les parfums sont loin et mon corps a cessé d’exister. Je profite du silence.
Suis-je triste ? Un peu tout de même.
On a beau s’y préparer, la mort intervient toujours trop tôt. Il m’aurait fallu un moment de plus, un sursis, pour faire l’expérience de ce qui me manque encore.
J’avais toujours peur que mon cœur s’emballe et s’arrête définitivement. L’amour aurait pu me tuer…

  • Lena Wilder, carnet 1 : Sauvage, Johan Heliot.

Je me suis assise sur un banc à l’ombre des frondaisons d’un grand chêne, en retrait des allées gravillonnées. Je préférais rester discrète. Inutile de me faire arrêter pour vagabondage par les flics locaux.
Un haut-le-cœur m’a soudain pliée en deux. J’ai étouffé un cri. Mon front s’est couvert d’une pellicule de sueur. Un feu sournois me brûlait les entrailles. Je craignais de renvoyer mon petit déjeuner mais rien de tel ne s’est produit. J’ai laissé filer une poignée de secondes, les paupières closes, le temps d’éloigner la nausée. L’alerte passée, j’ai rouvert les yeux et c’est alors que je les ai vus.
Ils étaient deux, parfaitement identiques en apparence, et traversaient la rue à hauteur de l’entrée principale du parc…

Pour en savoir plus et ne rien rater des news, ça se passe .

Vendredi : expo Terry Pratchett !

Le musée Salisbury (Angleterre) accueille, du 16 septembre 2017 au 13 janvier 2018, l’exposition Terry Pratchett HisWorld, qui révèlera certain des secrets de l’auteur et exposera (parfois pour la première fois !) des objets lui ayant appartenu.
Plus d’informations ici.

Vendredi encore : musiques de l’Outre-monde !

C’est le titre de l’appel à textes des éditions Arkuiris, pour une anthologie qui sera coordonnée par Éric Lysøe. Les textes ne devront pas excéder 50 000 signes (espaces incluses), et devront être mis en forme en Times New Roman, corps 12, interligne simple, avec marges de 2 cm.
Les participations sont limitées à un texte par auteur et devront comporter, au début du texte les prénom et nom de l’auteur, titre de la nouvelle, nombre de signes (espaces compris) et adresse mail.
Toutes les infos sur leur site !

Bon dimanche !

Flow, Mikaël Thévenot.

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Josh, 16 ans, souffre d’épouvantables crises de migraine depuis son enfance. Son entrée au lycée le trouble bien plus qu’il s’y serait attendu : ses migraines, qui l’avaient épargné, reviennent de plus belle et lui provoquent de drôles d’effets.
Depuis toujours, Josh confie ses doutes et émois à son blog. Or, voilà qu’un inconnu le contacte pour lui demander de le mettre hors ligne. Si Josh a de si intenses migraines, c’est parce qu’il est capable de se connecter au flot de pensées de ses congénères. Et il vaut mieux pour lui le cacher… car ses capacités pourraient en intéresser plus d’un. Au premier chef, ceux qui sont responsables de la disparition de sa mère, alors qu’il n’était encore qu’un tout petit garçon.
Josh se lance alors à la poursuite de ces mystérieuses personnes prêtes à tout ; aidé d’Axel, son meilleur ami (et le seul doué en informatique du duo, les compétences de Josh étant, au mieux, inexistantes), Josh va tout faire pour découvrir les secrets de son don, de sa famille et l’identité de son mentor. Une quête qui le mènera aux États-Unis où, douze ans plus tôt, sa mère disparaissait…

Le roman  est court, mais quel suspens ! En effet, l’aventure de Josh est menée tambour battant : Mikaël Thévenot entre assez vite dans le vif du sujet, ce qui fait que l’on n’a pas à patienter trop longtemps avant de savoir de quoi il retourne. Mais, une fois qu’il est établi que Josh est doté d’un super-pouvoir lui permettant de lire dans les pensées, c’est l’avalanche de questions : qui est la personne qui communique avec Josh ? Comment apprivoiser son don sans faire fuir ses proches et sans finir à l’asile ? Qu’est-il arrivé à sa mère ?

Histoire de bien alimenter le suspens, l’auteur alterne en plus entre passé et présent. On suit donc parallèlement l’histoire de Josh et celle de sa mère, Jenny, douze ans plus tôt, confrontée à des problématiques similaires. Et ce qui est vraiment chouette, c’est qu’outre ses aventures purement fantastiques, Josh vit aussi une vie d’ado normale (la rentrée, les copains, la gent féminine…). Du coup, il est assez facile de se sentir proche du jeune garçon car si l’on est loin de savoir ce que ça fait de lire dans les pensées des autres, on est tout à fait armés pour comprendre ses autres déboires.
Et j’ai apprécié que l’on ne s’intéresse pas qu’à Josh : les personnages secondaires sont loin d’être en reste ! D’ailleurs, au fil du texte, Mikaël Thévenot nous fait découvrir ces personnages de façon plus précises, en comparant notamment deux situations familiales assez différentes. Si Josh et Julia sont assez proches de Cosimo, leur père (mais pas au point, pour Josh, de tout lui révéler), ce n’est pas le cas d’Alex, qui a du mal à supporter l’ivrognerie et l’absence d’implication de son géniteur… Leurs histoires ne sont pas toujours rigolotes, mais l’auteur a su les rendre vraiment touchantes.
Et il faut parler du Marcheur, bien sûr ! Le Marcheur, c’est cet homme que Josh et Alex suivent depuis toujours, qui a alimenté leurs fantasmes d’espions et d’aventuriers en herbe et qui, aujourd’hui, semble croiser un peu trop souvent la route de l’enquête de Josh… Cet homme est un mystère à lui tout seul et apporte une part non négligeable de questions, tout en contribuant à l’ambiance un peu fantastico-flippante qui se dégage des pages où on le croise – imaginez un grand type au regard totalement halluciné qui erre sans fin et semble à peine avoir conscience de son entourage, le tout sur fond de bourrasques de vent et de cabane dans les bois. Ambiance garantie !

Du côté de l’enquête, comme je l’ai dit au début, pas moyen de s’ennuyer : que l’on soit en train de suivre les interrogations et progrès de Josh ou l’enquête qui piétine de l’agent Kyle du FBI, il y a du suspens à se mettre sous la dent. Et, plus l’on avance, plus l’on se dit que Josh est en train de se frotter à plus gros poisson que lui – sans hurler au complot, on perçoit assez vite les possibles manipulations malhonnêtes cachées derrière l’accident de la mère de Josh. Et plus l’on avance vers la fin du premier tome, plus les révélations se précipitent, jusqu’à l’ultime rebondissement, qui m’a clairement fait regretter de n’avoir pas la suite sous la main !

Un premier tome hyper efficace, donc, que j’ai lu d’une traite, tellement j’étais pressée de connaître la suite et fin des aventures de Josh. J’ai aimé que l’auteur nous livre une intrigue à la fois fantastique, policière et familiale, avec des thèmes maîtrisés qui se mêlent avec bonheur. De plus, le suspens ne se dément jamais et la fin nous offre un retournement de situation magistral !

Flow #1, Mikaël Thévenot. Didier jeunesse, juillet 2016, 187 p.

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De retour en France, Josh est encore sous le choc de la découverte qu’il a faite aux États-Unis. Avec l’aide de son ami Alex et celle de Kyle, un ancien agent du FBI, il va poursuivre son enquête à New-York. Mettant au service de sa mission ses pouvoirs de télépathe, il ne reculera pas devant les dangers qui l’attendent !

On ne change pas une recette qui gagne ! Comme le premier tome, celui-ci se déroule à toute vitesse et ne laisse aucun répit au lecteur.
L’alternance passé/présent reprend et, plus l’on avance dans le récit, plus les pièces du puzzle commencent à s’agencer. Mais avant qu’on ait toutes les réponses, il y a pas mal de suspens, et ce jusqu’aux dernières pages, ce qui pousse à lire le roman d’une traite.
Ceci dit, il y a quand même une question qui reste, jusqu’au bout, sans réponses : d’où vient le pouvoir de Josh et Jenny ? D’autres personnes le possèdent-elles ? Là-dessus, mystère !

Avec cette seconde partie de sa quête, Josh parvient à faire se rejoindre les trames du passé et du présent ; du coup, et c’est intéressant, on découvre des personnages qui, jusque-là, étaient confinés au passé – et aux États-Unis, soit dit en passant. Après les avoir vus agir avec 12 ans de décalage, on se retrouve enfin avec Leonard Cooper et l’agent Kyle du FBI, dans le présent. Cela apporte du sang-neuf et de nouvelles compétences ! À ce titre, Alex gagne l’appui non négligeable d’Héléna, brillante hackeuse de son état.
Tout cela contribue à rendre l’histoire et les personnages crédibles : Josh est une quiche en informatique et a besoin d’Alex ; lui-même n’est pas omnipotent et a besoin de l’assistance d’Héléna. Et, si les deux garçons partent bille en tête pour enquêter aux States, une fois arrivés sur place, il faut être réalistes : ils n’ont que 16 ans et ont besoin d’aide – celle de Kyle, donc, qui apporte un soutien logistique et stratégique non négligeable.

Dans cette succession très prenante de péripéties survoltées, une chose m’a quand même un peu gênée : les dialogues. Dès l’instant où l’on se trouve aux États-Unis, les deux-trois premières répliques de chaque dialogue sont tout en anglais, et non traduites, bien sûr. Alors, certes, cela permet de se mettre dans l’ambiance, au moins jusqu’à ce que l’on repasse au français. Au final, c’est plus agaçant qu’autre chose et, pour tout lecteur non armé en anglais, cela peut s’avérer un tantinet ardu à lire.
Heureusement, le dynamisme de l’histoire fait que l’on passe rapidement outre ces difficultés.

En somme, Mikaël Thévenot propose un diptyque diablement efficace et prenant qui flirte avec le thriller et le fantastique – les pouvoirs de Josh n’étant pas explicités. Tout au long de l’histoire, l’auteur évoque, en filigrane, les relations parents-enfants et montre que, définitivement, la fin ne justifie pas toujours les moyens. Entre passé et présent, Poitiers et les États-Unis, on suit une quête haletante et souvent émouvante, qui tient en deux tomes courts et prenants. 

Flow #2, Mikaël Thévenot. Didier Jeunesse, septembre 2016, 219 p.

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Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

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[2017] Petit bilan de janvier.

Si le mois m’a semblé des plus chaotiques, il y a bien un point dont la régularité m’a étonnée : les coups de cœur ! Pas moins de trois ce mois-ci, du jamais vu !

Carnet de lectures.

Rayon essais.

Nota Bene : les pires batailles de l’Histoire, Benjamin Brillaud , illustré par Arcady Picardi.

Nota Bene, vous connaissez ? C’est une de mes chaînes Youtube préférées ! Benjamin Brillaud, son créateur, y explicite l’Histoire, à grands renforts d’anecdotes aussi intéressantes qu’amusantes. Le voilà donc qui passe au format papier et avec réussite. Dans cet essai, il nous détaille 15 batailles épiques qui ont changé le cours de l’Histoire. Décisions hasardeuses, coïncidences heureuses et autres bons choix qui tombent à pic truffent les pages de l’Histoire, on s’en aperçoit à la lecture. De la bataille de Tyr à celle des Thermopyles, en passant par celle de Gravelines, le choix est vaste et nous fait passer par les quatre coins du monde. Pour chaque bataille, l’auteur nous explique les enjeux du conflit, en détaille les péripéties et en aborde les conséquences. Chaque chapitre présente également un court passage romancé pour nous permettre de mieux percevoir l’ambiance du moment. Arcady Picardi, de son côté, a mis les batailles en images (mais celles-ci tiennent plus à la partie romancée que purement historique).
Comme pour les vidéos de la chaîne, les textes sont vifs, bien écrits et mêlent précision historique et humour léger. De leur côté, les parties romancées tiennent en haleine, mais sont de style inégal – alors que les chapitres d’essai sont tous très bons. De fait, l’essai se lit avec plaisir et sans difficultés aucune, car l’auteur évite le jargon et sait nous rendre son essai accessible. Point bonus : chaque chapitre se clôt par un paragraphe intitulé « Pendant ce temps-là dans le reste du monde », qui nous permet de mettre en perspective ce que l’on vient de lire et de décrypter le puzzle mondial.
Une bonne découverte au rayon essais historiques, donc !

Rayon bulles.

Les Fleurs du mal, tomes 1 & 2, Shūzō Oshimi.

 

               

Une ville de province banale, un collège banal, un quotidien banal. Takao, élève moyen et timide, se sent enfermé dans ce monde étroit. Il n’a qu’une échappatoire : la lecture. Il est surtout fasciné par l’étrangeté des Fleurs du mal de Baudelaire. Ce recueil est devenu son livre de chevet, tout autant que son moyen de se différencier dans un monde gris où tout le monde se ressemble.  Il existe pourtant un élément de surprise incontrôlable dans son univers : Sawa, assise derrière lui en classe, refuse toute autorité en bloc. « Cafards ! », « Larves ! » : elle ne rate pas une occasion d’exprimer sa haine et son mépris, même envers ses professeurs. Crainte de tous, elle est l’élément déviant de la classe.
Takao n’en a cure et préfère se concentrer sur la populaire Nanako. Il ne lui a jamais parlé et se contente de la regarder de loin. Alors quand il trouve abandonnés dans la salle de classe les vêtements de sport de l’objet de ses fantasmes, il ne peut s’empêcher de les ramasser… Surpris par du bruit dans le couloir, il s’enfuit en emportant les affaires de Nanako. Pas de chance pour lui, Sawa l’a surpris en plein forfait… Avec un grand sourire, elle commence à le faire chanter : s’il ne veut pas qu’elle le dénonce, il doit obéir à ses ordres, même les plus fous – et les plus trash !
Croyant, à tort, lire une adaptation des authentiques Fleurs du Mal, je me suis lancé avec enthousiasme dans cette lecture… Enthousiasme qui a été vite douché par la tournure que prennent les événements. Plus que de poésie, c’est de harcèlement scolaire qu’il est question. Mais, là où A Silent voice proposait une réflexion intéressante et bien menée, Les Fleurs du Mal semble plus être destiné à évoquer toutes sortes de comportements au mieux glauques, au pire, carrément déviants. Difficile de ne pas se dire que Sawa est clairement dérangée – et que Takao devrait aller la dénoncer immédiatement. Au fond, qu’importe qu’il ait emporté les vêtements de Nanako ? Les actes de Sawa sont nettement plus répréhensibles. L’ambiance, au fil des pages, devient donc de plus en plus tendue et malsaine, et même assez difficile à supporter. Associé au fait que j’ai eu un mal fou à voir où voulait en venir l’auteur (je n’ai toujours pas trouvé), cela ne m’incite guère à en lire plus.

Côté ciné.

Bienvenue au Paradis.

La série, intitulée The Paradise en anglais, compte deux saisons d’environ 16 épisodes et a été produite par la BBC et PBS. Inspirée du roman de Zola Au bonheur des dames, la série dévoile les coulisses d’un grand magasin situé au nord de l’Angleterre et nommé The Paradise. John Moray, le propriétaire, veuf et fils de marchands de tissus, a développé ce qui était une petite boutique en véritable supermarché (mais plus type Bazar de l’Hôtel de Ville que Carrefour !), au détriment du maillage de petits commerçants de la grande rue. Denise Lovett, fraîchement débarquée de Peebles, et dont l’oncle lutte justement pour la survie de son petit commerce, est embauchée au rayon Confection Dames du Paradise. Bientôt, ses idées commencent à plaire à John Moray, au grand dam de Mademoiselle Audrey, la responsable du rayon, de Clara, une de ses collègues, et de Katherine Glendenning, la fille de Lord Glendenning, et fiancée de John Moray. Voilà pour un résumé très bref.
La série, tout en costumes, évidemment, est particulièrement prenante et les péripéties qui agitent le Paradise menées avec efficacité. On se passionne pour les petites bisbilles des vendeurs et vendeuses, pour les plans sur la comète de John Moray, ou tout simplement pour l’ambiance générale de la série – à tel point qu’on ne voit pas passer les deux saisons. Je recommande !

Tops & Flops.

Les Fleurs du Mal
Au rang des seconds, j’ai déjà cité ci-dessus Les Fleurs du Mal dont, décidément, l’ambiance particulièrement malsaine ne m’a pas branchée plus que cela, même après la lecture du deuxième tome. Une affaire que je ne suivrai sans doute pas !

Phobos : origines, Victor Dixen.phobos-origines-victor-dixen
A défaut de me mettre le troisième tome de la série martienne sous la dent, j’ai lu le recueil de nouvelles. Qui m’a quelque peu déçue. Déjà, m’apercevoir que les nouvelles ne concernaient que les garçons (et qu’il faudrait donc sans doute attendre un autre opus pour les filles), n’était pas la meilleure des surprises. Mais, par la suite, j’ai trouvé à ce recueil des défauts similaires au tome 1, et c’était un peu dommage.

Bon, à côté de ça, il y a également eu de très chouettes découvertes avec pas moins de trois coups de cœur ! Incroyable !

George d’Alex Gino.
george-alex-ginoTout d’abord, il fallait absolument que je vous parle de George, un roman d’Alex Gino. Un roman, que dis-je ?! Non, une véritable petite pépite !! Car l’auteur s’attaque à la transsexualité et aux enfants transgenres, un sujet tabou (s’il en est) et qu’il était urgent d’aborder – surtout avec autant de talent.

Le Noir est ma couleur, Olivier Gay. le-noir-est-ma-couleur-1-le-pari-olivier-gay
Premier livre lu de 2017 et hop, premier coup de cœur ! Décidément, Olivier Gay a l’art et la manière de proposer des titres prenants et très agréables à lire. D’ailleurs, j’ai terminé celui-ci avec un intense sentiment de frustration et l’envie de lire la suite assez vite !

le-septieme-guerrier-mage-paul-beornLe Septième guerrier-mage,
Paul Beorn.
Et bam, troisième coup de cœur de janvier ! C’est rare qu’ils s’enchaînent aussi vite. De Paul Beorn, je n’avais lu que 14-14, écrit à deux mains avec Silène Edgar (et que j’avais bien aimé). Ce one-shot de fantasy est tout aussi bon et tient haleine jusqu’aux dernières pages ! J’ai adoré !

Citations.

« Elle regarde son frère. Son frère la regarde. Ils regardent mes liens. La machine à laver les regarde. »

« Les mages existent, ils sont parmi nous, et personne ne s’en est jamais rendu compte. Pas étonnant, s’ils font profils bas comme ses parents. Sa mère est bibliothécaire … bibliothécaire ! D’accord elle aime les livres, mais quand même. Si j’avais possédé des pouvoirs, je serais au moins devenu, je ne sais pas, roi du monde ou un truc comme ça.
En tout cas, je ne resterai pas derrière un bureau trente-cinq heures par semaine.»
Sache, jeune Padawan, que d’une part, on fait plus que 35 heures et que, d’autre part, c’est rarement assis derrière un bureau ^^ 

« Quoi, pas de suppliques pour épargner votre vie ?
– Ça changerait quelque chose ?
– Hélas, non.
– Alors, je te crache à la gueule. »
Le Noir est ma couleur, tome 1, Le Pari, Olivier Gay.

***

« Tu m’as l’air drôlement calé en astronomie, dit Bea en entraînant Marcus à l’autre bout du buffet. Tu connais aussi bien les étoiles du ciel que celles de Hollywood !
– C’est un peu la même chose, répond-il. Des cendres qui se transforment en diamants. A Hollywood, les vies humaines se condensent pour donner des légendes. Dans le ciel, la poussière cosmique se contracte pour créer des astres. J’ai lu ça à la bibliothèque publique. Il y a même un mot pour ce phénomène, la stellogenèse : la naissance des étoiles. »
Phobos : origines, Victor Dixen. 

***

« George regardait par la fenêtre arrière et comptait les poteaux électriques. Quand elle était petite, son grand-père lui avait dit que si elle comptait cent poteaux de suite, un fée électrique exaucerait son premier vœu. Elle ne croyait plus à la fée électrique et ne savait pas au juste quel était son vœu, mais elle continuait à les compter par habitude. »
George, Alex Gino.

***

« Écoutez ! dis-je sans élever la voix. Moi, la parlotte, ce n’est pas mon fort, alors je vais vous expliquer les choses autrement. Approchez, approchez. Je vais vous dire une bonne chose : le roi de Skavie se fout pas mal de votre petite vie, c’est clair ? Dieu a bien trop de boulot pour s’occuper de vous, et les sept saints sont tous morts depuis belle lurette. Alors votre vallée, si vous ne vous battez pas pour elle, personne d’autre ne le fera. Si vous attendez que d’autres le fassent à votre place, c’est que vous n’avez rien compris à la façon dont tourne le monde.
Un hurlement de douleur lointain me coupe la parole.
– Vous les entendez, vos maris et vos fils ? Vous croyez qu’ils ont besoin de gentilles mamans pour porter les enfants et s’occuper de la ferme, en ce moment ? Non, pas aujourd’hui ! Ils ont besoin de furies, de harpies, ouais, de femmes prêtes à bouffer de la chair humaine et qui n’ont peur de rien ! »

« Mais… commença Keerik-da, nous ne sommes que des femmes !
J’en reste sans voix.
– Et alors ? s’écrie dame Rikken. Vous n’êtes pas concernées, peut-être ?
– Ma dame, nous… nous portons les enfants, nous travaillons à la ferme, mais nous ne sommes pas faites pour la guerre.
Elle vient à peine d’éclater le crâne d’un homme à grands coups de caillasse ! Elle se paie ma tête ou quoi ? Non, même pas. Dans son esprit bien rangé de Skavienne, la réalité des faits ne pèse pas bien lourd face aux préjugés de toute une vie.
– Parce que tu crois peut-être que les hommes, eux, sont faits, pour la guerre ? Tu crois que je suis venu au monde avec un fléau d’armes entre les mains, juste pour étriper de pauvres gens, hein ? Tu crois que ça me fait plaisir de me balader sur des champs de bataille pour briser des os et trancher des veines ? »

« Il y a tout un tas d’histoires à ce sujet, souviens-toi de la légende de Karl-le-Golem… Tous les membres de son cercle étaient des hommes, ils étaient ses amants et amants entre eux.
– Entre hommes ?
– Bon Dieu, Jal, l’homosexualité, ça existe ! Tu es au courant, non ? En tout cas, le cercle était tellement solide que Karl n’a jamais été vaincu en combat. Jusqu’au jour où l’un de ses membres lui a tranché la gorge dans son sommeil – par jalousie.
– Je croyais que Karl-le-Golem avait été empoisonné par le démon Eela ?
Il glousse un peu.
– Tu ne sais pas que les contes ont toujours une double lecture ? Le démon Eela représente la jalousie. Tu es naïf, c’est mignon. Parfois, on dirait un vrai bébé. »
Le Septième Guerrier-mage, Paul Beorn. 

***

Brèves de comptoir #131

brèves

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !


Lundi : 18 romans young-adult bientôt portés à l’écran !

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Pour la plupart, il n’y a pas encore de dates annoncées et ce ne sont que des rumeurs mais, dans certains cas, les choses seraient bien parties. Et il y a des romans de l’imaginaire dans la liste (15/18 si je ne me suis pas trompée) !

– Cinder, Marissa Meyer (PKJ). D’après le site de l’auteur, les droits ont été acquis et une ébauche de scénario est en cours.
– Love letters to the dead, Ava Dellaira (Michel Lafon). Les droits ont été achetés par Fox 2000 et Temple Hill ; les producteurs Wyck Godfrey et Marty Bowen (qui ont travaillé sur Nos étoiles contraires) travaillent dessus.
– Inaccessible, Jessica Brody (Au Diable Vauvert). Les droits du premier tome ont été achetés par Reliance Entertainment et Kintop Pictures.
– Monument 14, Emmy Laybourne (Hachette). Reel FX et Strange Weather possèdent les droits et ont annoncé (en 2016) que Sandy Widyanata était aux commandes du projet.
– La Reine du Tearling, Erika Johansen (JC Lattès). Avant même que le roman ne paraisse, il avait été annoncé que la Warner Bros avait acheté les droits, que David Heyman (qui a travaillé sur Harry Potter) produirait le film et qu’Emma Watson serait à la fois productrice exécutive du film et actrice.
– Red Rising, Pierce Brown (Hachette). L’année dernière, l’auteur a annoncé que le film était en cours de développement, avec Marc Forster (World War Z) comme directeur.
– La Sélection, Kiera Cass (R. Laffont). En 2012, The CW possédait les droits, mais le pilote n’a pas été retenu. Les droits ont été acquis en 2015 par Warner Bros., qui a annoncé l’année suivante qu’un film était en route.
– Insaisissable, Tahereh Mafi (Michel Lafon). En 2015, l’auteur tweetait : « Thrilled to say that ABC Signature Studios has optioned Shatter me for TV, and that I’ll be a consulting producer for the show.» Fin 2016, elle publiait une mise à jour : « Everything is very good! just slow! (a quiet cue: as long as the #shattermetv tweet is pinned to my timeline the project is still alive.» Il faudra attendre encore un peu pour voir arriver la sérié télévisée.
– Qui es-tu Alaska ?, John Green (Gallimard). En 2015, John Green annonçait (par Twitter) que Becca Thomas dirigeait le projet d’adaptation ; mais en 2016, il précisait que la Paramount possédait les droits et refusait de les vendre, ce qui fait qu’on peut se demander si c’est positif ou pas pour le film.
– Red Queen, Victoria Aveyard (MsK). En 2015, il était annoncé qu’Elizabeth Banks dirigerait l’adaptation ; depuis, on attend des nouvelles.
– Le Ciel est partout, Jandy Nekson (Gallimard). En 2015, il a été annoncé que les droits avaient été acquis… c’est toujours en attente !
– Illuminae, Amie Kaufman & Jay Kristoff (Casterman). Toujours en 2015, on a su que Warner Bros. et Plan B Entertainment avaient une option sur les droits, avec Brad Pitt aux commandes.
– Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens, Becky Albertalli (Hachette). Fox 2000 est sur le coup et le casting a déjà été attaqué !
– Keleana, Sarah J. Maas (de la Martinière). On sait depuis l’année dernière qu’Hulu travaille sur une adaptation en série.

Les « ça-fait-longtemps-qu’on-en-parle-mais-on-n’a-encore-rien-vu-venir » :

– Grisha, Leigh Bardugo (Castelmore). Les droits ont été vendus à Dreamworks et David Heyman (le même) devrait le produire. L’info date de 2012, mais on peut toujours espérer !
– Uglies, Scott Westerfeld. Cette fois, rien d’annoncé, si ce n’est le tweet cryptique de Scott Westerfeld : « To all asking about the Uglies movie: Yes there will be news! But not today. (And, oddly, bugging me doesn’t speed up the contract process.) ». Là encore, l’info est assez ancienne (elle date de février 2014).
– Legend, de Marie Lu (Castelmore). En 2013, ils cherchaient un directeur de production. Patience, patience !
– Promise, Allie Condie (Gallimard Jeunesse). Fin 2012, il avait été annoncé que Disney travaillait sur l’adaptation.

Lundi encore : Mois du Cuivre, saison 5 !

Cette année, il y aura encore des intégrales papier et des livres numériques, pour que chacun puisse redécouvrir les classiques du genre. Et voici les titres au programme :
– La Machine de Lord Kelvin, James P. Baylock.
– L’Empire électrique, Victor Fleury.
– La Trilogie steampunk, Paul Di Filippo.
– Dishonored : l’homme corrodé, Adam Christopher.

Du 1er février au 4 mars, Bragelonne propose également à la vente des intégrales numériques (à 9.99€) :
– Le Paris des Merveilles, Pierre Pevel.
– New victoria, Lia Habel.
– Arcadia, Fabrice Colin.
– Burton & Swinburne, Mark Hodder.

Pour en savoir plus (découvrir les couvertures et les résumés), ça se passe .

Mardi : le point de Patrick Rothfuss !

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L’auteur du Nom du vent a évoqué l’avenir de sa saga, sans toutefois annoncer de date de parution pour le tome 3, The Doors of Stone. Concernant celui-ci, l’auteur a invoqué sa méthode de travail comme étant la source de son retard, car il corrige et reprend sans arrêt son texte, n’hésitant pas à en supprimer entièrement certains passages. On sait cependant que ce tome 3 ne sera pas plus long que La Peur du sage (édité en deux volumes en France). Et, bonne nouvelle : si le tome 3 conclura bien la série, ce ne sera pas le dernier roman de Rothfuss dans l’univers !
Par ailleurs, les 10 ans du Nom du vent seront fêtés (aux États-Unis) avec une édition anniversaire, laquelle contiendra des notes de l’auteur, des appendices, un guide de prononciation, une meilleure carte et des illustrations.
Enfin, il annonce qu’il ne faudra voir la série et les films que comme des interprétations et non comme des adaptations précises de son œuvre. S’il ne se chargera pas du casting, il pourra éventuellement faire un cameo. 

L’intégralité de la session de Questions-Réponses se consulte ici.

Mardi encore : les nouvelles éligibles au Prix Rosny aîné !

Et voici la liste des nouvelles, parues en 2016, éligibles au prix 2017.

Mercredi : interview de Brandon Sanderson !

Et ça se passe sur Les lectures de Bouch !

Mercredi encore : des possibles origines historiques du post-apocalyptique !

La conférence (ici un peu raccourcie), intitulée « L’imaginaire de l’Effondrement dans la culture populaire : regards croisés », a été donnée durant la convention Octogônes 2016 avec, au micro, Zippo Officiel, Elvire Bornand, Raphaël Colson, Nicolas Bideau et le Vil Faquin en tant que modérateur.

Jeudi : SF, faits alternatifs de Trump et résistance !

Ou comment la SF nous donne quelques clefs pour continuer à résister !

Jeudi : prix Les Petits Mots des Libraires !

Je vous parlais de ce prix il y a quelques semaines. Voici les résultats pour les catégories de l’imaginaire :

Prix Imaginaire : Le Choix, Paul J. Mc Auley (Le Bélial’).
Prix Imaginaire découverte :La Pierre d’Isis, Dorian Lake (Lune Écarlate).
L’ensemble des lauréats est à découvrir ici !

Jeudi encore : les Oniriques de Meyzieu !

La 3e édition du festival aura lieu du 10 au 12 mars 2017, à Meyzieu (près de Lyon) et sur le thème « Méta&Morphoses ». En attendant d’en savoir plus, voici l’affiche, signée Ciro Tota :

Infos subsidiaires ici !

Vendredi : la revue Fantasy & Art Studies recrute !

La revue, bilingue, publie des nouvelles inédites ainsi que des articles de recherche et se consacre aux littératures de l’imaginaire.
En ce moment, la revue recrute de nouveaux membres pour son comité de lecture ; si vous êtes intéressé, voici l’adresse à contacter : fantasyartandstudies@outlook.com

Vendredi encore : création d’un syndicat des littératures de l’imaginaire !

Ce syndicat est à l’initiative de quatre maisons d’édition : Armada, Malpertuis, Le Peuple de Mü et Walrus – elles invitent les autres maisons d’édition à participer à ce projet.
Objectif : soutenir la création contemporaine francophone dans les littératures de l’imaginaire.
Pour ce faire, le syndicat envisage de créer une plateforme collaborative qui faciliterait les « échanges et le partage d’idées dans la volonté de de formuler des propositions communes ».
Cela leur permettrait également d’être plus visibles dans le paysage éditorial, d’être mieux représentés et de limiter les frais des plus petites structures éditoriales afin de ne pas trop impacter sur la rémunération des artistes et des correcteurs.

Pour en savoir plus, ça se passe .

Vendredi toujours : expo DC Comics !

Du 31 mars au 10 septembre 2017, le Musée Art Ludique (Paris, 13e) propose l’exposition « L’Art de DC – L’Aube des Super-Héros », en collaboration avec DC Entertainment et avec la participation de Warner Bros. Consumer Products.
Au programme, quelques 250 planches originales historiques, plus de 300 œuvres de recherches pour le cinéma et de nombreux costumes et accessoires utilisés dans les films.
Plus d’infos ici.

Bon dimanche ! 

L’Enfant du Cerf, Shikanoko #1, Lian Hearn.

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Laissé pour mort dans la montagne, le jeune Shikanoko trouve refuge chez un sorcier qui lui fabrique un masque aux immenses pouvoirs magiques. Il devient «l’Enfant du Cerf». Il parlera aux fantômes et aux esprits protecteurs, il apprendra des hommes et des femmes les plus puissants, il connaîtra le raffinement, l’amour et les sentiments les plus purs, mais aussi la bestialité, la cruauté et les machinations politiques…

Il y a quinze ans, je découvrais avec un immense plaisir la série Le Clan des Otori de Lian Hearn. Et, cette année, la voici qui revient aux sources avec une nouvelle tétralogie se déroulant dans le même univers, mais des années avant les événements narrés dans Le Clan des Otori. 

On y découvre deux frères poussés à la mésentente définitive par leur père et un jeune garçon laissé pour mort, à qui un sorcier offre un masque magique, créé à partir d’un crâne de cerf – et les pouvoirs divinatoires qui vont avec. À partir de là, les ennuis de celui que l’on appelle désormais Shikanoko ne font que commencer, car il sera (à terme) pris dans la guerre fratricide des deux frères qui ouvraient le récit.
Celui-ci est marqué par une grande variété de personnages – mais non un grand nombre ! Ne vous laissez pas effrayer par l’index des personnages en début d’ouvrage, qui s’étale sur pas moins de quatre pages : en effet, il présente les personnages de l’ensemble de la tétralogie – évitez, d’ailleurs, de tout lire, car cet index contient de méchants spoilers !
Mais revenons aux personnages. On s’attache, tour à tour, à certains d’entre eux, même si Shikanoko nous occupe la plupart du temps.

Et, grâce à eux, on découvre un univers perclus de petits clans qui se font la guerre pour reprendre des terres, des demeures, assurer l’honneur d’une famille à laquelle on est vaguement apparié par mariage (et sans tenir compte de l’avis de la femme qui amène le domaine dans sa dot, évidemment) ou tout simplement par ambition politique. Un univers également empreint de magie, de pouvoirs incroyables et d’histoires tout aussi fantastique. On croise donc moult sorciers et devineresses, et les puissants n’hésitent pas à avoir recours à la magie pour asseoir leur position. Fantasy et Japon médiéval se marient à merveille dans ce récit.

Pour ceux qui s’inquiéteraient de n’avoir pas lu Le Clan des Otori, pas de panique : comme il s’agit d’une préquelle, on n’est jamais perdus. De fait, les seuls points communs (jusque-là), sont les noms de lieux : ainsi, on cite une fois la famille Maruyama, un des piliers de l’autre série, mais c’est à peu près tout.
Si le départ de l’histoire peut sembler un peu long, c’est parce que l’ambiance vient s’installer doucement mais tranquillement. Une ambiance faite de magie, donc, mais aussi de complots politiques et personnels. Ce qui fait que l’on ne s’ennuie guère à la lecture du récit ! Et plus l’on court vers la fin, plus la tension grimpe dangereusement. D’ailleurs, le roman s’achève sur une conclusion au goût plutôt amer et de nombreuses questions : la suite est donc d’ores et déjà attendue avec impatience !

Si L’Enfant du Cerf est une préquelle à l’histoire des Otori, elle est lisible tout à fait indépendamment de l’autre série. Pourtant, comme dans Le Clan des Otori, Lian Hearn nous embarque dans un univers épique, empreint de magie et de poésie, que l’on redécouvre avec grand plaisir, en cédant à la fascination qu’exercent sur nous récit et personnages. Une excellente découverte !

 Shikanoko #1, L’Enfant du Cerf, Lian Hearn. Traduit de l’anglais par Philippe Giraudon.
Gallimard (Jeunesse), janvier 2017, 336 p.

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Le vent te prendra, Camille Brissot.

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Écrivain en quête d’inspiration, Locke Wood a loué un appartement au mystérieux Heathcliff dans une haute tour enveloppée de brume. Bientôt le fantôme d’une jeune femme aux cheveux noirs vient hanter ses nuits.
Lorsqu’il se confie à Heathcliff, ce dernier réagit si violemment que Locke, intrigué, se lance sur les traces de son passé…

Prise d’une envie subite de lecture légère, j’ai sorti cette courte romance de ma pile-à-lire. N’ayant qu’une connaissance assez parcellaire des Hauts de Hurlevent, je me fourvoyais totalement sur le compte de cette excellente réécriture !
Car, en effet, Le vent te prendra est une libre réécriture des Hauts de Hurlevent. Et, comme l’œuvre originale, c’est bien plus une œuvre romantique qu’une romance – ce qui, entre nous soit dit, est tout à fait pour me plaire – donc pas franchement « légère » – mais on y reviendra.

Dès le départ, Camille Brissot instaure une ambiance très sombre, due notamment à la ville : le paysage très vertical de Crosswind, barré de tours gigantesques (dont certaines sont délabrées), balayées par de puissantes rafales de vent glacial, marqué par l’exploitation de mines d’uranium, mérite à lui seul le statut de personnage.
Ceux-ci, de leur côté, n’allègent en rien l’ambiance générale. Locke ressemble, dès le départ, à un auteur tourmenté ; quant à Heathcliff, à qui il loue l’appartement dans la tour, « tourmenté » ne suffit pas à décrire l’état d’esprit de ce très curieux personnage. Mais là où les deux hommes s’opposent, c’est que Locke semble d’une grande naïveté et d’une grande fraîcheur, alors qu’Heatcliff semble, chapitre après chapitre, s’enfoncer plus bas dans la méchanceté gratuite. De plus, le premier est très ouvert, pose des questions, s’interroge et déterre le passé ; le second, en revanche, est tout en fermeture et en refus de communication. Du coup, c’est par toutes petites touches – et surtout par l’intermédiaire de Sarah – que l’histoire de Crosswind se dévoile.

En effet, l’auteur use d’un procédé original. Locke, celui par qui nous arrive l’histoire, n’en est pas réellement le protagoniste. Il en est, tout au plus, le rapporteur. L’histoire, elle, se joue entre Anna, Heathcliff, Sarah, Ellis… des années auparavant, au temps de leur prime jeunesse ; une époque qui resurgit, un peu par accident, et qui hante les personnages. Et comme il faut extirper la vérité des mots de chacun, c’est avec une certaine lenteur que l’on découvre les détails, une lenteur qui sied parfaitement à l’ambiance générale.

Celle-ci est donc fortement marquée par la présence de Crosswind : les hautes tours qui barrent le paysage, le spectre de la maladie qui court, les sifflements incessants des rafales de vent et les tombereaux de neige qui déferlent sur la cité embarquent le lecteur avec une grande efficacité. Cet isolement drastique est propice à la naissance de fantômes et des plus fantastiques histoires – et celle-ci l’est indéniablement. C’est d’autant plus étrange lorsque l’on s’aperçoit que nos personnages utilisent également des téléphones portables, des ordinateurs ou internet. De temps en temps, on se rappelle donc que l’on n’est pas réellement au XIXe siècle (comme pourrait le faire croire l’atmosphère) et cela joue considérablement sur l’ambiance à la fois oppressante et onirique qui baigne le récit.

S’inspirant des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, Camille Brissot signe un très bon pastiche, qui narre bien plus une histoire de douleur et de vengeance que d’amour. Elle s’est remarquablement approprié l’essence du roman initial pour en proposer une transposition totalement originale, qui fascine le lecteur autant qu’elle le laisse muet de stupéfaction devant les profonds tourments dans lesquels se placent les personnages. À découvrir !

Le Vent te prendra, Camille Brissot. Rageot (In Love), mars 2015, 176 p.