Le Monde des Premiers #1, Lucie Thomasson.

Loin des intrigues de cours, au fin fond du royaume des Eristène, l’Académie prépare l’éducation des futurs serviteurs des Premiers. Tous sont de pauvres Terciers, sans magie ni droit, la classe dont le labeur consiste à veiller au bien-être des puissants du Continent. Victoire, son frère adoptif, Guilhem, et leur ami Dimitri rêvent d’une place auprès des plus grands : la cérémonie de fin d’étude approche et bientôt, une mission leur sera attribuée pour la vie. Et si Dimitri se voit Jardinier, Guilhem, Majordome, Victoire, elle, a les griffons dans la peau : elle sera éleveuse de créatures magiques chez les Hamilcar. Ou rien.

Vous la voyez ma PAL de boulot ? Bah des fois il y a des trucs géniaux qui tombent dessus et ce titre en fait partie !

L’intrigue démarre alors que Guilhem, Victoire et Dimitri s’apprêtent à rejoindre leurs Familles respectives, après une cérémonie de fin d’étude au goût amer, une étudiante ayant été retrouvée assassinée. Cet événement va très souvent revenir dans le récit, comme un symptôme des tensions politiques qui règnent entre les grandes familles. Je n’ai pas eu l’impression que l’on mettait le paquet pour élucider cette mort suspecte, mais les personnages l’évoquant à plusieurs reprises tout au long du récit, elle hante la toile de fond, ce qui crée une ambiance très prenante, avec un léger malaise – et qui détourne allègrement notre attention de l’introduction à l’univers !

Car oui, ce roman a un aspect introductif important, mais qui malgré tout ne prend pas le pas sur le reste. Nos trois personnages, subitement parachutés dans des régions (des prévoyers) éloignées et au sein de Familles qu’ils ne connaissent qu’aux travers de leurs études, découvrent assez lentement les subtilités de l’univers dans lequel ils évoluent. Et c’est bien fait, car nous suivons leurs découvertes au même rythme ! Le récit évolue donc assez doucement, mais ce rythme posé est vraiment nécessaire à la bonne mise en place des différents rouages de la machination – que l’on découvre elle-même assez tard, et qui remet clairement du piquant ce que j’ai hautement apprécié.

De façon assez classique, la narration alterne les points de vue des trois protagonistes, entrecoupés d’extraits de généalogies, de l’encyclopédie expliquant les pouvoirs de chaque Familles de Premiers, ou des lignées de Second, ou encore d’articles de journaux. Classique, oui. Mais vraiment bien fait ! Car l’autrice a pris un soin tout particulier en écrivant les voix des personnages, ce qui fait que, bien que leurs noms respectifs soient systématiquement rappelés en début de chapitre, il n’est pas nécessaire de les regarder pour savoir qui parle : Victoire a un style assez soutenu ; Guilhem s’exprime comme un charretier ; Dimitri, quant à lui, se caractérise par un sens de l’observation très affuté et un style plus synthétique. On a donc trois personnalités et trois voix bien différentes, dont les caractéristiques vont influer sur la façon de raconter les événements, et dont la présence, ou l’absence, seront symptomatiques de ce qu’il se passe. Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu un roman à plusieurs voix faisant attention à ce genre de détails et cela m’a enchantée !

L’autre point qui m’a particulièrement plu, c’est la richesse de l’univers. Au départ, j’ai eu un peu de mal à me situer, car les informations fournies par les extraits de l’encyclopédie sont assez denses (et je n’avais pas lu le résumé, accessoirement). Mais plus j’avançais, plus j’étais ferrée. Déjà parce qu’une des trois protagonistes est là pour élever des griffons. Des griffons ! (Oui, c’est le côté fangirl qui parle). D’autre part, parce que j’ai vraiment apprécié le système de magie et ce qui en découle.
Chaque Famille a un pouvoir spécifique (entrevoir l’avenir, manipuler le temps ou les émotions, guérir, etc.) : ces familles sont celles des Premiers, les dirigeants des Prévoyers. A leurs côtés, les Seconds eux aussi détenteurs de pouvoirs spécifiques, quoique nettement moins spectaculaires. Enfin, les Terciers, les sans-pouvoirs, et donc globalement, la classe laborieuse.

« Ma première impression était fausse : les Premiers n’ignorent personne.
Ils choisissent qui existe en fonction du contexte. »

Le système de magie qui forme des castes est peut-être déjà-vu, notamment en littérature young-adult, mais ici, le système sert vraiment l’intrigue. Non seulement le complot politique s’y adosse complètement, mais cela amène en plus une petite dimension lutte des classes pas désagréable du tout. En plus de cela, tout cela est dans un premier temps relégué au second plan, dans le sens où les personnages par qui l’on discerne l’intrigue… n’en ont pas du tout conscience (disons que la conscience leur vient quand ils se retrouvent les deux pieds dans la mouise sans l’avoir cherché). C’est pourquoi je parlais de la révélation tardive de la machination, qui fonctionne comme un tiroir de l’intrigue ! Sur ce point précis, cela m’a un peu fait penser à la façon dont les éléments s’agencent dans La Passe-Miroir, quand on comprend enfin où on va. Bref : j’ai adoré.

Ce premier tome introduit un diptyque (qui devrait être suivi d’un tome compagnon), et quelle incroyable introduction ! On y suit des personnages soignés qui évoluent dans un univers bien construit et qui subissent une intrigue particulièrement bien menée. On signe où, pour le tome 2 ? Car vu la qualité du tome 1, j’ai hâte de rempiler pour la suite !

Le Monde des Premiers #1, Lucie Thomasson. Mnémos (Naos), 15 avril 2022, 304 p.

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Dune, Le Cycle de Dune #1, Frank Herbert.

Il n’y a pas, dans tout l’Empire, de planète plus inhospitalière que Dune. Partout des sables à perte de vue. Une seule richesse : l’épice de longue vie, née du désert, et que tout l’univers convoite.
Quand Leto Atréides reçoit Dune en fief, il flaire le piège. Il aura besoin des guerriers Fremen qui, réfugiés au fond du désert, se sont adaptés à une vie très dure en préservant leur liberté, leurs coutumes et leur foi. Ils rêvent du prophète qui proclamera la guerre sainte et changera le cours de l’Histoire.
Cependant les Révérendes Mères du Bene Gesserit poursuivent leur programme millénaire de sélection génétique : elles veulent créer un homme qui réunira tous les dons latents de l’espèce. Le Messie des Fremen est-il déjà né dans l’Empire ?

2020 a été l’occasion d’enfin terminer Le Seigneur des Anneaux (non, toujours pas chroniqué), 2022 celle de d’enfin, enfin, s’attaquer à ce monument de la SF qu’est Dune. Aita, si tu passes par là : tu vois, fallait pas désespérer, j’ai fini par suivre tes conseils de lecture !

Première chose : l’univers ! Commencer Dune, c’est sauter dans un univers aussi immersif qu’étonnant. L’intrigue se déroule sur la planète Arrakis, plus familièrement nommée Dune, en raison des sables qui la recouvrent, de la chaleur infernale qui y règle et de la sécheresse permanente qui va avec (ce qui, aujourd’hui, a des petits accents angoissants en plus). Arrakis, c’est donc la planète sur laquelle le Duc Leto et sa famille sont expédiés – selon le bon vouloir de l’empereur. Un caillou qui, jusque-là, appartenait à la dynastie Harkonnen… cousins et ennemis jurés des Leto. Vous la voyez, la bonne ambiance ? Mais on y reviendra plus tard ! Sur Arrakis, les Leto – et les lecteurs – doivent se familiariser avec des us bien ancrés, pas toujours faciles à suivre, et majoritairement liés à l’eau (ou du moins à son absence). Le côté dépaysant fonctionne donc à plein.
J’ai été assez frappée par cet univers, qui présente un curieux mélange. D’un côté on est en plein dans un univers féodal : l’empereur fait ce qu’il veut de sa flopée de Ducs vassaux, il y a une Guilde surpuissante, et on nage dans les complots et intrigues des uns contre les autres. En face, on est résolument dans un univers très SF, avec force voyages interstellaires et technologies très avancées. Il y a donc un petit côté Moyen âge intergalactique, que j’ai trouvé surprenant et passionnant !

D’ailleurs, le récit n’a rien à envier aux formes favorites de la fantasy, avec ses prophéties obscures mais très présentes, cette figure d’élu appelé à régner (et dont on soupçonne qu’il pourrait s’agit de Paul), et les différents ordres quasi-mystiques qui se partagent la scène (parmi lesquels les mentats, les Bene Gesserit et, dans une certaine mesure, les Fremen). Ces derniers, nomades, règnent sur les plaines désertiques de la planète, grâce à leurs distilles (sortes d’armures intégrales permettant de récupérer et recycler l’eau issue de leurs sécrétions) et sont reconnaissables à leurs yeux très bleus, en raison de l’omniprésence de l’épice dans l’air qu’ils respirent. Le Bene Gesserit, de son côté, est un ordre matriarcal millénaire, aux motivations et aux actions obscures. Ses adeptes, les Sœurs, pratiquent l’eugénisme et œuvrent dans l’ombre afin que la politique corresponde à leurs aspirations et aux prophéties dont elles sont les gardiennes. En bref : la mystique est bien présente, ce qui fait que le roman oscille sans arrêt entre cet aspect et la science, accentuant l’effet « moyen-âge intergalactique » cité un peu plus haut.

Tout cela est donc bien trapu et, sans trop de surprises, la galerie de personnages est à l’avenant. Ils sont très nombreux (et il faut un peu de concentration au départ pour bien situer tout le monde), mais aussi très fouillés. Sans aller jusqu’à l’arc narratif personnel, ils ont des enjeux, des caractères qui leur sont liés – et c’est bien ce qui rend le roman si prenant. D’autant que s’ils sont nombreux dans la toile de fond, le récit ne tarde pas à se centrer sur quelques figures plus marquantes, dont on va suivre les différentes trajectoires (car, joie, le narrateur est omniscient, et c’est bien le mode que je préfère).
La première partie du roman est plutôt introductive et, soyons honnête, il faut bien ça pour intégrer non seulement les tenants et aboutissants du récit, mais aussi les relations entre les personnages. Comme je le disais plus haut, non seulement ils ont leurs enjeux personnels, mais il y a aussi différents « clans » (si l’on peut dire), qui complotent les uns contre les autres. Mais même si on sent l’introduction, ce n’est ni long ni pénible à lire, tant le suspense est présent. Évidemment, il y a la petite technique des annonces programmatiques qui fait beaucoup : chaque chapitre s’ouvre sur une citation d’un livre de référence concernant Muad’Dib (l’élu), écrit a posteriori par la princesse Irulan (une des filles de l’empereur). Chaque citation éclaire donc un aspect du récit… tout en annonçant la couleur de certains événements. Suspense garanti ! Mais l’autre élément qui fonctionne à plein, c’est la dimension tragique de l’ensemble. A plusieurs reprises, j’ai eu l’impression de lire une tragédie grecque, sur fond de conflit intergalactique. Il y a un côté implacable dans le récit, une sorte de fatalité qui s’abat sur les personnages et entraîne irrémédiablement l’intrigue… et c’est très prenant.

Pour finir, je dois préciser que je n’ai pas lu le roman (hanlala !) mais que je l’ai écouté, dans la version lue par Benjamin Jungers. C’est très bien lu même si, comme souvent lorsqu’il s’agit d’un lecteur, les voix de femmes ne sont pas terribles (elles ont toujours l’air d’être en train de geindre). Malgré ce petit bémol, je suis prête à signer pour la suite en audio-lecture !

Je ne vais pas révolutionner le monde de la chronique en écrivant que Dune est un chef-d’œuvre de la SF (d’ailleurs, l’encre a déjà beaucoup coulé sur ce roman et produit de nombreuses analyses passionnantes). J’ai adoré la plongée dans cet univers passionnant, qui mélange monde féodal et science-fiction la plus pointue. L’intrigue, très riche, s’est révélée passionnante, et m’a donné follement envie d’en savoir plus. J’ai longtemps repoussé cette découverte (peur du pavé et de la complexité) et aujourd’hui, j’ai du mal à comprendre ce qui m’a freinée, tant la lecture a été fluide et prenante !

Le Cycle de Dune #1, Dune, Frank Herbert. Traduit par Michel Demuth et lu par Benjamin
Jungers. Lizzie, 2019, 1080 et 420 minutes.

Fleurs d’Oko #1, Laëtitia Danae. #PLIB2022

À Sangaré, la magie, réservée aux hommes, se déploie en de multiples couleurs. Mais petite Oko est spéciale. Elle parle le Langage des fleurs.
Lorsque le murmure des griottes annonce la venue du puissant Soumaoro, envoûteur du royaume en quête d’un aspirant prêt à lui succéder, Oko prend sa décision. Elle quitte tout pour assouvir son besoin d’aventure et de reconnaissance.
Alors qu’aux portes de la capitale, la Brousse menace d’étendre son fléau, dans les dédales du palais d’Ivoire, Oko découvre un tout autre monde. Celui de la magie, telle qu’elle ne l’a jamais expérimentée, mais aussi les intrigues de la cour, les ruses et les coups bas. À qui peut-elle se fier ? Qui redouter ? Tant de questions, si peu de réponses. La concurrence est rude et les embûches parsèment le chemin de la jeune aspirante.
Et à travers ses épreuves, petite Oko deviendra grande.

Fleurs d’Oko faisant partie des cinq titres sélectionnés pour le PLIB, il a atterri sur ma PAL de l’été. Et en quelques mots comme en cent, c’était une lecture sympathique, mais clairement pas assez pour terminer en haut de ma liste de votes !

Après un démarrage en fanfare, le rythme du récit retombe rapidement, et se focalise presque entièrement sur Oko, seule (ou presque) dans le palais et attendant de rencontrer ses camarades de classe. C’est intéressant du point de vue de la construction de la protagoniste, mais j’ai trouvé que cela créait un ventre mou dans la narration – et durant lequel j’ai vraiment dû m’accrocher. Finalement, c’est sans doute un des deux points qui m’aura causé le plus de difficultés dans ce roman : le rythme ! Ce n’est pas tellement la lenteur (car j’aime les intrigues qui prennent leur temps), mais l’impression que ce rythme posé ne servait ni à la construction des personnages, ni à l’approfondissement de l’intrigue ou de l’univers.

Et c’est dommage, car l’univers dans lequel se déroule le récit est assez envoûtant. La société est globalement matriarcale (en tout cas les femmes dirigent), mais la magie est réservée aux hommes. Aussi la présence d’Oko (et d’Akissi, la seconde étudiante), est-elle assez mal perçue au début de l’intrigue. Et j’ai trouvé ça vraiment intéressant : l’aspect féministe de l’intrigue ne tient pas seulement à une inversion du paradigme habituel (en passant de société patriarcale à matriarcale), mais aussi au fait que l’autrice décrit des personnages féminins qui se prennent en main et font tout leur possible pour faire bouger les lignes (même si elles ne sont que deux et sont à couteaux tirés). A ce stade de la chronique, je me dois aussi d’avouer qu’après m’avoir royalement tapé sur le système, Oko m’a semblé manquer d’un peu de profondeur, tout comme ses camarades de classe, que j’ai trouvés un peu cliché (et c’est le second point qui m’aura vraiment gênée).
Côté construction de l’intrigue, mythes et légendes africaines imprègnent le récit, soit parce que Soumaoro, l’envoûteur, les raconte à ses étudiants, soit parce ce que des extraits ouvrent les chapitres ou émaillent le récit, ce qui crée une atmosphère prenante.

J’ai trouvé le système de magie à la fois intéressant et trop peu détaillé : il y a quatre types de magies différentes, chacun relevant d’une affinité particulière (avec les plantes, l’esprit, etc.) et étant désigné par une couleur. C’est une base vraiment intéressante, et j’étais frustrée de ne pas savoir comment les personnages sont à l’aise avec l’une plutôt que l’autre, comment on acquiert les autres types, etc. De même, la succession d’épreuves assure le rythme de la narration, mais cet aspect linéaire a aussi manqué, à mon goût, de quelques détails.

En définitive, j’ai apprécié l’univers dans lequel se déroule l’intrigue, tout comme celle-ci, notamment sur les enjeux qui seront sans doute détaillés dans le deuxième tome (la lutte contre la Brousse notamment), et ce malgré la lenteur générale de l’ensemble. En revanche, j’ai trouvé que les personnages manquaient un peu de profondeur, ce qui m’a empêchée de me passionner pleinement pour le récit. Malgré un roman fluide et assez sympa dans l’ensemble, je ne suis pas certaine de lire le tome 2 !

Fleurs d’Oko #1, Laëtitia Danae. Snag, mars 2021, 422 p. #PLIB2022 #ISBN9782490151264

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L’Étreinte des flammes, Mercy Thompson #9, Patricia Briggs.

La tension entre les faes et les humains est à son comble. Lorsque la meute est amenée à affronter un troll déchaîné, la présence d’Aiden, enfant humain enlevé il y a des siècles par les faes, pourrait bien être la seule chose susceptible d’empêcher la guerre qui s’annonce.
Prêts à le protéger coûte que coûte, Mercy, Adam et la meute devront défier le Marrok, les humains et les faes. Mais qui les protégera de celui qui a reçu l’étreinte des flammes ?

Voilà un roman que j’ai tiré de ma PAL pour avoir une lecture sympa pendant Partir en Livre. Et en fait… au bout du premier chapitre, je me suis aperçue que j’avais non seulement déjà lu ce tome, mais qu’en plus je n’en avais gardé aucun souvenir ! Pas bon signe, non ?

En tout cas, le récit démarre en fanfare avec une incroyable scène de combat sur un pont suspendu, opposant un troll enragé à Mercy et aux loups. C’est dantesque ! D’autant que cette entrée en matière particulièrement réussie débouche sur le gardiennage d’un enfant doté de pouvoirs magiques, et qui a longuement été retenue par En-Dessous. Cette organisation avec les loups lance la meute dans une guerre rangée contre les faes. Bref : des remous en perspective !

Sauf que… pas tellement. L’intrigue est lente à se mettre en place, lente à évoluer, lente à se dévoiler, malgré de nombreuses péripéties bien amenées. Habituellement, ce n’est pas gênant, car l’autrice profite de ces rythmes plus posés pour creuser l’univers ou les personnages. Mais cette fois, j’ai trouvé que ces paragraphes sentaient tous plus ou moins le réchauffé et n’apportaient que des éléments que l’on connaissait en fait déjà. Rien de neuf sous le soleil, donc… Heureusement, les relations politiques (notamment loups-faes) sont clairement approfondies dans cet opus, et j’avoue que c’est ce qui a sauvé ma lecture. Il en va de même pour la relation entre Mercy et Adam, qui a connu quelques remous au tome précédent et qui va être au cœur de quelques rebondissements ici.

« La mère d’Izzy utilisait les termes « naturel » et « végétal » pour tout ce qu’elle considérait comme bénéfique, tandis que « toxine » était pour elle synonyme de « néfaste ». A aucun moment elle ne nomma de toxine particulière, mais ma maison, ma nourriture et, apparemment, mon maquillage en étaient bourrés. […]
– Et voilà la partie que je préfère, souffla-t-elle en caressant du bout des doigts l’image travaillée. Les huiles essentielles.
Elle avait prononcé cette dernière phrase sur le ton qu’un dragon aurait employé pour dire « doublon espagnol ».

De plus, retrouver la plume fluide de l’autrice, les petites touches d’humour et les piques entre les personnages était vraiment très chouette !

J’ai apprécié, comme toujours, de retrouver Mercy, Jesse et la meute. Mais dans l’ensemble, j’ai eu l’impression de lire un tome de transition manquant clairement de rythme. J’espère que tout cela ira mieux au tome suivant !

Dans la même série : L’Appel de la lune (1) ; La Marque du fleuve (6) ; La Morsure du givre (7) ; La Faille de la nuit (8).

Mercy Thompson #9, L’Étreinte des flammes, Patricia Briggs.
Traduit de l’anglais par Sophie Barthélémy. Milady (Bit-lit), avril 2017, 380 p.

Les Filles de mai, Le Royaume de Pierre d’Angle #2, Pascale Quiviger.

Un voile sombre s’est posé sur le royaume de Pierre d’Angle et les douces années semblent déjà bien lointaines. Un hiver extrême, une épidémie, des complots et cette ombre qui ne quitte plus les yeux de la reine plongent le tout nouveau roi Thibault et l’ensemble de ses sujets dans l’inquiétude. Tout le monde pressent la même chose : de grands bouleversements approchent et nul n’en ressortira indemne.

J’ai terminé cette saga l’an dernier et elle s’est hissée dès le premier tome au rang de série-chouchoute-jusqu’à-la-fin-des-temps. Donc si vous n’avez toujours pas lu cette série, eh bien abandonnez séance tenante ce que vous faites, et allez attaquer le tome 1. Vraiment !
Je profite du coup d’une (re)lecture commune avec mes copines lectrices habituelles pour tenter de finir de chroniquer cette merveille.

Après un premier tome bouillonnant et bourré d’actions, Les Filles de mai propose un rythme un peu plus calme, l’essentiel du récit se situant dans ou aux alentours du palais royal. Plus calme côté actions, donc, mais pas plus posé, puisqu’on entre de plain-pied dans des intrigues savamment élaborées.
J’ai d’ailleurs trouvé que c’était subtilement mené. Ce volume a un indéniable petit côté de tome de transition mais, en même temps, il s’y passe beaucoup de choses (dont beaucoup de petites choses qui, sur le coup, n’ont l’air de rien, mais s’expliquent ensuite et qui, je le sais depuis que j’ai terminé la série, se révèleront bien plus tard dans toute leur ampleur).
Tout cela contribue à faire lentement mais sûrement monter la tension dramatique, que ce soit dans les scènes de la vie courante (mention spéciale à l’accouchement), ou dans les épisodes liés à l’intrigue principale. Résultat ? Même s’il s’agissait d’une relecture, j’ai eu du mal à m’astreindre aux dix chapitres que nous nous étions fixés avec les copines !

Assez bizarrement, le personnage de la messagère, introduit dans ce tome, m’avait laissé une très forte impression, alors qu’elle n’apparaît que dans le dernier quart ! C’est dire si Pascale Quiviger maîtrise l’art des personnages ! A ce propos, il m’a semblé que Thibaut et Ema s’effaçaient quelque peu aux profits des personnages secondaires. C’est aussi ce que j’aime dans cette série de romans : l’autrice accorde un soin particulier aux personnages, quel que soit leur rang d’importance dans le récit. Chacun a sa petite trajectoire, son histoire, son caractère et parmi les secondaires, ils sont très nombreux à être les protagonistes d’intrigues secondaires. Et celles-ci ne sont pas des intrigues de remplissage : elles nourrissent vraiment l’intrigue principale, souvent par des petits détails insignifiants au premier coup d’œil, et elles permettent d’enrichir la toile de fond du récit. D’ailleurs, dans la chronique du premier tome, je relevais le côté intrigant de Sidra : sans trop spoiler, elle est très présente dans cet opus et on en apprend beaucoup sur ce compte (ce qui n’a fait que la rendre plus intrigante à mes yeux !).

« Guillaume aurait tout donné pour disparaître sous terre. Un réflexe instinctif le poussa dans l’escalier, dans le fumoir, puis dans son hamac où il passa une nuit blanche à se répéter : « Je suis un idiot, je suis un idiot, je suis un idiot. »
De son côté, Élisabeth resta longtemps immobile au milieu de la bibliothèque, le nez plongé dans sa couverture. Il lui plaisait tellement, Guillaume Lebel. Ses cheveux gris, si surprenants, faisaient paraître son visage encore plus jeune et ses yeux noirs encore plus vifs. Quelle sorte d’homme parcourait ainsi le globe, devenait capitaine dans la fleur de l’âge, tutoyait le roi, le battait aux échecs, se remettait l’air de rien d’une quadruple fracture et bravait un froid polaire pour lire en pleine nuit ? Un véritable aventurier, sans aucun doute. Un dur à cuire. Un homme qu’elle ne méritait pas, elle qui vivait repliée dans son monde de lettres. »

Comme dans le premier tome, le récit est mené d’une plume à la fois fluide, poétique, ciselée à souhait. Il y a des phrases que j’avais envie de lire à voix haute juste pour les entendre sonner, d’autres que j’ai relues pour relever les sous-entendus qui s’y cachaient. Car l’autrice maîtrise l’art de la métaphore à la perfection, et sait s’y prendre pour dissimuler des double-sens dans son phrasé. Les annonces programmatiques que j’avais tant appréciées dans le premier volume sont de nouveau présentes. D’un côté, cela casse un peu le suspense en annonçant la couleur tragique qui s’annonce mais, paradoxalement, j’ai trouvé qu’elles faisaient méchamment monter la tension. Car certaines des annonces faites dans le premier tome… n’ont toujours pas été résolues ici ! Donc j’ai terminé sur des charbons ardents (à la première lecture, comme à la suivante).
En plus, avec ça, elle parsème son texte notes d’humour (souvent caustiques), que j’ai trouvées bien agréables.

« Pensif, il regagna sa suite verte à travers les dédales du château où chaque merveille se doublait d’un secret et chaque pierre rose d’une ombre noire. »

En bref, le premier tome était très bon, et l’autrice transforme clairement l’essai avec celui-ci. L’intrigue progresse, notamment grâce aux arcs narratifs secondaires, et un soin tout particulier est accordé aux personnages, notamment les personnages secondaires. Même s’il s’agit pour moi d’une relecture, je me retrouve dans le même état d’excitation et d’attente après le retournement final, avec l’envie irrépressible de lire la suite !

Le Royaume de Pierre d’Angle #2, Les Filles de mai, Pascale Quiviger.
Le Rouergue (Epik), 18 septembre 2019, 460 p.

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L’Exposition interplanétaire de 1875, Le Château des Étoiles #6, Alex Alice.

Après avoir visité la Lune et Mars, Les Chevaliers de l’Ether semblent tristement cloués au sol depuis l’échec de leur tentative visant à convaincre l’Empereur Napoléon III de secourir les Martiaux. Le jeune Séraphin a été jeté en prison, et la Princesse de Mars est détenue pour être exhibée lors de l’Exposition Interplanétaire qui doit s’ouvrir à Paris, le 25 avril 1875 en présence de leurs Majestés les Empereurs de France et d’Allemagne.
Afin de pousser les dirigeants du monde à dénoncer les crimes commis par la Prusse sur Mars, nos héros vont donc devoir libérer la princesse, ou tout au moins ses fabuleux pouvoirs mentaux.
Et ainsi, au nom de la concorde entre les peuples, Hans, Sophie et Séraphin, aidés de Loïc, du capitaine Schneidig et de la journaliste Jocaste Daumier n’ont plus le choix : ils doivent braquer l’Exposition ! Mais à quel prix ?

Ce tome conclut le troisième diptyque du cycle Le Château des Étoiles ; je pensais que c’était aussi la fin de la série, mais vu la conclusion et l’annonce de retrouvailles à venir, finalement, j’en doute !
Vu qu’il s’agit de la conclusion (même partielle !), l’auteur tâche de donner un point final à tous les arcs narratif. Et c’est réussi ! Mais dans le même temps, j’ai eu l’impression que les planches étaient nettement plus bavardes qu’à l’accoutumée : ce n’est pas gênant, car c’est surtout dans la première partie, mais on profite moins des graphismes, du coup. Ceci étant dit, on a largement le temps de se rincer l’œil par la suite, notamment grâce à cette triple page qui s’ouvre à l’italienne et qui donne un fabuleux aperçu sur l’exposition ! Superbe !

Pour ne rien gâcher, l’intrigue est hyper prenante avec, au programme, évasions spectaculaires, plan finement monté et enjeux politiques trapus. Il y a une petite ambiance casse de haute volée couplée aux enjeux internationaux vraiment pas désagréable. Il faut dire que l’Exposition attire toutes les têtes couronnées du moment, donc on est servis côté géopolitique ! J’étais d’ailleurs ravie de retrouver Sissi, l’impératrice d’Autriche, qui était assez présente dans les deux premiers tomes et qui revient dans cette conclusion.

Comme à l’accoutumée, je pensais lire une bande-dessinée mêlant planet opera et steampunk : si le second thème est bien présent, je dois dire que le premier est assez effacé et ne revient que dans les toutes dernières pages. L’essentiel de l’intrigue se déroule en effet à Paris, au cours de l’exposition interplanétaire – sorte d’exposition universelle, donc, mais avec deux pavillons consacrés respectivement à Mars et Vénus. On retrouve le thème du voyage spatial dans les dernières pages (et dans la suite qui semble annoncée). A ce titre, j’étais ravie d’avoir déjà lu Les Chimères de Vénus, puisque la faune vénusienne prend une part important dans ce récit et que le cross-over entre les deux séries est vraiment important ici (mais l’intrigue est parfaitement compréhensible si on ne l’a pas encore lu !).

Ce tome conclut donc en beauté le cycle dont il fait partie (et les deux précédents, au passage). L’auteur parvient à rassembler tous les fils narratifs, ne néglige pas ses personnages et prépare habilement non seulement le cross-over avec la série d’Alain Ayroles et Étienne Jung, mais également l’éventuelle suite de la série-mère (que j’ai évidemment hâte de découvrir !). Voilà une série que je relirai sans aucun doute !

Le Château des Étoiles #6, L’Exposition interplanétaire de 1875, Alex Alice.
Rue de Sèvres, 29 septembre 2021, 64 p.

La Sorcière secrète, Le Garçon sorcière #2, Molly Knox Ostertag.

Les parents d’Aster ont finalement accepté que leur fils devienne une sorcière et non un métamorphe, contrairement aux autres garçons de leur famille. Aster suit des cours avec sa grand-mère qui lui demande en retour de veiller sur son grand-oncle dont les pouvoirs ont presque détruit la famille.
Pendant ce temps, Charlie, l’amie d’Aster est aux prises avec de sérieux ennuis… Quelqu’un tente de lui jeter un sort! Avec l’aide d’Aster, elle réussit à échapper à la malédiction, mais tous deux doivent maintenant trouver le responsable avant que d’autres soient victimes du malfaiteur.

Après l’excellente découverte du premier tome, j’étais curieuse de lire la suite de cette trilogie de comics. Et le deuxième tome a clairement été à la hauteur !

L’été est terminé, et Charlie a retrouvé les bancs du lycée. Aster… aussi, puisqu’il est enfin admis aux cours de sorcellerie normalement dispensés aux jeunes filles de sa famille, pour son plus grand plaisir (mais pas pour celui de toutes les femmes de sa famille). Ce tome poursuit donc tranquillement l’arc narratif autour de la construction de soi et de l’importance de trouver sa place amorcé dans le précédent volume. Car l’exemple d’Aster a fait des émules ! Sedge, son cousin, est terrorisé à l’idée de perdre de nouveau le contrôle de sa métamorphose et ne souhaite qu’une chose : avoir une scolarité normale, dans un établissement général (ce qui ne risque pas d’être du goût de l’ensemble de la famille !).

Mais ce n’est pas tout ! L’autrice renouvelle vraiment son univers en introduisant un nouveau personnage, Ariel, une nouvelle élève venant d’arriver et qui a déjà subi du harcèlement scolaire. Parallèlement, il s’avère que Charlie est poursuivie par une sombre malédiction contre laquelle Aster va l’aider à lutter, dans la mesure de ses moyens.
De fait, l’intrigue est riche en rebondissements et on ne s’ennuie pas un seul instant, tant Molly Knox Ostertag sait conjuguer péripéties et sujets personnels, sans oublier quelques touches d’humour, ce qui ne gâche rien.

« Alors… c’est comment ? Aller à l’école, vivre en ville et tout ça ?
– C’est normal. Bon, j’imagine que pour toi, ça n’a rien de « normal ». Je monte dans un gros bus jaune avec un tas d’autres enfants pour me rendre dans un bâtiment en briques où on mange de la nourriture dégueu et où on apprend les maths.
– ça paraît pas trop mal…
– Tu sous-estimes à quel point la nourriture est mauvaise. »

A nouveau, au fil des pages, des sujets profonds sont traités en douceur, sans que l’on sente la volonté de l’autrice de faire passer ses messages. Ainsi, par le biais d’Ariel, elle montre subtilement les ravages du harcèlement et de la haine sur soi comme sur les autres, comme l’importance du soutien (de la famille, comme des amis). De même, il est question des relations familiales, de la difficulté de changer, comme d’accepter l’autre et d’ouverture d’esprit – tout comme dans le premier opus. Même si l’ensemble se déroule dans un univers résolument fantasy, le traitement de ces sujets est bien fait, et particulièrement réaliste. Ce qui n’a fait que me rendre cette lecture plus passionnante encore !

« C’est la spirale de la haine… au début, ça fait du bien et ça paraît juste. Tu as été blessé et donc tu blesses les autres. Le mal s’infiltre en toi et tu ne peux pas l’arrêter, et un jour, tu réalises qu’il n’y a pas de différence entre lui et toi. »

Comme dans le premier tome, les graphismes simples et clairs, les couleurs chaudes, sont un régal. A nouveau, il y a une vraie diversité dans les personnages représentés : cela ne sert pas l’intrigue nécessairement, c’est simplement présent en toile de fond. Cela change agréablement de la production actuelle !

J’ai adoré le premier tome, je persiste et signe avec celui-ci. L’intrigue est idéalement renouvelée, les personnages creusés, tout comme l’univers. Des messages forts et bien traités émaillent le texte, ce qui rend l’ensemble très prenant. Et encore une fois, le récit complet et appréciable… tout en donnant très envie de lire le troisième et dernier tome !

◊ Dans la même série : Le Garçon sorcière (1) ;

Le Garçon sorcière #2, La sorcière secrète, Molly Knox Ostertag.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Romain Galand. Kinaye (Graphic Kids), 3 juillet 2020, 207 p.

L’Atelier des sorciers #8-9, Kamome Shirahama.

Après avoir réussi leur examen à l’Académie, Coco et les autres apprenties sorcières sont de retour à l’Atelier. C’est alors qu’arrive Tarta, qui propose à Coco et à ses amies de l’aider à tenir un stand lors du grand festival annuel des sorciers, la Fête de la Nuit d’argent. Excitées comme des puces à l’idée de prendre part à ces festivités, les petites sorcières entament les préparatifs. Alors que Coco accompagne Tarta voir son grand-père à l’hôpital, elle recroise le chemin de Kustas, le petit garçon qui s’était blessé lors de l’incident près de la rivière…

Ce tome-ci, comme l’annonce la couverture, est centré sur Tarta, le jeune apprenti de la boutique d’objets magiques, et ami de Coco.
Comme la jeune fille, Tarta questionne beaucoup la magie et sa pratique, puisqu’il y est venu sur le tard, sans y être prédestiné. C’est un personnage qui apporte un regard rafraîchissant sur le monde de la magie dans lequel baigne l’univers !
De fait, le jeune garçon se passionne pour l’herboristerie, qu’il apprend en secret à l’hôpital… une occasion de questionner la dualité magie/science existant dans l’univers. En effet, les sorciers ne peuvent pratiquer la médecine, et vice-versa, selon des lois ancestrales (les mêmes qui régissent l’existence des sorciers dans l’univers). Or, cette restriction ne semble pas toujours bien justifiée (surtout lorsque Tarta évoque sa vision de la magie et de la science, qui sont pleines de bon sens) et pousse à réfléchir !

Dans l’ensemble, ce tome amène son lot de questionnements. Car s’il est question des rapports entre magie et médecine, la place des personnes handicapées est longuement évoquée, et ce par le biais de Kustas, que Coco a sauvé lors de l’incident de la rivière au tout début de la série (à ce titre, un petit rappel dans le texte n’aurait pas été inutile !). Et c’est intéressant de voir comment l’autrice parvient à mêler à son intrigue de fantasy des thématiques très actuelles, et bien traitées.

Le rythme est nettement plus calme que dans les tomes précédents. J’ai d’ailleurs eu l’impression que le tome fonctionnait en binôme avec le suivant, tant l’intrigue semble avoir été coupée en deux (puisque c’est dans le tome 9 qu’ils vont enfin à la foire). De fait, l’amitié entre Tarta, Coco et Kustas occupe vraiment le premier plan, nettement plus que la magie ou l’apprentissage des élèves de Kieffrey. Je pensais donc avoir affaire à un tome offrant une pause dans l’intrigue liée à la Confrérie du capuchon. Erreur ! Car le chapitre final amène une soudaine explosion de violence qui rappelle que les tomes précédents étaient à la fois légers et très sombres. On dirait bien que cet aspect nous a rattrapés sur la fin !

L’autrice continue d’étoffer et son univers, et ses personnages. La pause est agréable dans le récit, mais j’avoue que j’ai préféré l’allure des tomes précédents, qui mêlaient préoccupations des adultes à celles des enfants, tout en tissant des intrigues à plusieurs niveaux de lecture. J’espère que la fin explosive de ce volume nous ramène vers quelque chose de similaire dans le tome 9 !

L’Atelier des sorciers, #8, Kamome Shirahama. Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. Pika (Seinen), 2 juin 2021, 154 p.

Emportant chacune un objet magique de sa confection, Coco et ses amies partent pour l’île-cité d’Esrest, afin de participer à la Fête de la Nuit d’argent. Au milieu des stands et de la foule de visiteurs, la ville est plus animée que jamais. Il y flotte une atmosphère festive ! Mais parmi les convives se cachent aussi des invités indésirables. Sorciers, milice, nobles, sages… Beaucoup de forces se croisent et les contours de ce monde se dessinent peu à peu. Entre lumière et ténèbres, le rideau se lève enfin sur le grand festival des sorciers.

Et voilà, les personnages vont enfin à la foire de la Nuit d’argent !
J’ai trouvé à ce tome un rythme très posé, puis l’intrigue concerne d’une part la présence de l’atelier à la foire et, d’autre part, un chapitre consacré aux activités de la milice, ce qui occasionne un flashback dans la vie de la milicienne Lulucy.
J’étais un peu surprise de voir un trigger warning à l’ouverture de ce chapitre, mais c’était plutôt pas mal d’avertir sur le-dit contenu, puisqu’il est question d’agression sexuelle. Celle-ci n’est pas représentée, puisque l’on s’attarde plutôt sur les conséquences et la suite, avec un message très fort, que l’on aimerait voir plus souvent !

De fait, on retrouve une ambiance festive et colorée conjuguée à une noirceur vraiment très présente. Ce chapitre en est l’image même, mais ce n’est pas le seul. En effet, les personnages sont à la foire, où ils passent un très bon moment, alors qu’en coulisses se déroulent des événements assez sombres. Le dernier chapitre, notamment, annonce une suite nettement moins gaie et enthousiaste, puisque la Confrérie du capuchon a réussi à circonscrire deux personnages très proches de l’atelier et qui ont bien l’intention de s’en prendre à Coco et ses amis.

Celle-ci, par ailleurs, est toujours aux prises avec ses questionnements sur la magie, ses règles, et les raisons d’être de celles-ci.

Bref, ces deux tomes marquent une légère pause dans le récit, grâce à un rythme posé et très maîtrisé. Kamome Shirahama la met à profit pour approfondir les caractères de ses personnages, comme les aspects plus politiques de son univers. Mais sans perdre de vue l’intrigue principale, comme le prouve le retour en force de la Confrérie du capuchon dans le dernier chapitre ! Le dixième tome est annoncé pour début septembre en VF, et vu qu’un opposant apparaît sur la couverture, je suis très très curieuse de le lire !

L’Atelier des sorciers #9, Kamome Shirahama. Traduit du japonais par Fédoua Lamodière.
Pika (Seinen), 10 novembre 2021, 174 p.

Pepper Page sauve l’univers !, Landry Q. Walker & Eric Jones

Pepper Page, une jeune orpheline de 15 ans, n’aspire qu’à une chose : s’évader de son quotidien en trouvant refuge dans les bandes dessinées de son héroïne favorite, Supernova.
Une expérience scientifique aux résultats inattendus menée par le Professeur Killian, son enseignant en science, va la propulser dans la peau et dans l’univers de sa super-héroïne fétiche. Accompagnée de Mister McKittens, un chat qui part malencontreusement avec elle dans cet univers fantastique, Pepper va être confrontée à la vie pleine d’action, d’aventure et de mystère d’une vraie héroïne et comprendre par la même occasion que la réalité est parfois plus étrange que la fiction !

Et hop, encore un titre de ma PAL boulot avec lequel j’ai passé un très bon moment !
Ce comics nous plonge dans un univers futuriste : les voitures savent voler, les cours au lycée sont truffés de termes comme « transdimensionnel », « intergalactique », « interstellaire », voire « intertransdimensionnel »… et, pire !, on ne lit plus sur papier !
Sauf Pepper Page qui, en plus d’être une lectrice compulsive, a un faible pour les comics à l’ancienne, qu’elle chine et chérit de tout son cœur, tant ils sont un refuge pour elle. Elle lit notamment avec ferveur les aventures de Supernova, son héroïne fétiche, dont elle connaît si bien les aventures qu’elle est capable de citer le numéro, les illustrateurs, ou la couverture du volume dans lequel se déroulent les péripéties.

L’intrigue est assez classique du point de vue de l’évolution (un super-méchant, une super-héroïne qui s’ignore, des pouvoirs extraordinaires), mais l’ensemble tient vraiment bien la route. Le récit est hyper dynamique, et ponctué de touches d’humour qui m’ont vraiment plu. La narration alterne entre les aventures de Pepper, et les chapitres des comics qu’elle dévore sans cesse. Avec, de fait, deux styles graphiques bien marqués : pour les comics sur papier, beaucoup de petits points, des couleurs affadies, des traits chargés et des interactions en anglais (avec traductions en bas de page !). Pour les aventures de Pepper, on a une palette plus chaude, plus colorée, qui donne à l’ensemble un côté très gai. C’était très enthousiasmant à lire !

Malgré l’univers science-fictif, et les aventures survoltées de Pepper, le récit traite de sujets d’actualité qui parleront au lectorat (les préadolescents). Pepper est orpheline (dans un orphelinat robotisé), a des difficultés à l’école, et s’intéresse surtout à ses comics. Il est donc question de construction de soi, d’amitié, ou du besoin de trouver sa place. C’est justement traité, sans prendre le pas sur le reste des aventures. Bref : c’est bien fait !
En plus de cela, le comics rend un très bel hommage à la lecture en général, à celles des BD/Comics en particulier, alors je dois dire que j’étais heureuse comme tout !

Très bonne surprise avec ce comics jeunesse de science-fiction, donc ! C’est frais, c’est amusant, plein de gaieté, tout en proposant une aventure pleine de rebondissements, qui touche en plus à des thèmes d’actualité. Que demander de plus ? Le tome s’achève sur la mention « à suivre ? » et j’ai été bien en peine de trouver des infos sur une potentielle suite. Le récit a une vraie conclusion, mais j’avoue que je rempilerai sans problème pour une suite !

Pepper Page sauve l’univers, Landry Q. Walker et Eric Jones.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Delarbre. Rue de Sèvres, 15 juin 2022, 208 p.

Encens, Johanna Marines. #PLIB2022

Nouvelle Orléans, 1919. Alors que le tueur à la hache sème la terreur dans les rues et nargue les enquêteurs, le corps mutilé d’une jeune femme est découvert en ville. Que signifient ces notes de musique et ces marques de brûlures retrouvées sur sa peau et ces étranges plumes métalliques plantées dans son dos ?
Pour les inspecteurs Perkins et Bowie, une nouvelle enquête s’ouvre. Se pourrait-il qu’un deuxième meurtrier soit à l’œuvre ? Que faire quand deux tueurs en série rivalisent de cruauté et que la ville devient leur terrain de jeu ? Plongez au cœur des Bayous où le jazz est roi et prenez de la hauteur à bord du Mécanic Hall, un aérocabaret où les dancing-automates sont devenus des déesses de la fête. Découvrez le passé trouble de Grace, une intrépide cartomancienne et de sa chouette mécanique et sautez de toits en toits aux côtés des désembobineurs qui collectent l’électricité pour la New Orleans General Electric Company.

Encens est un des cinq romans nominés au PLIB 2022 et… malheureusement, on ne peut pas dire que j’ai franchement accroché à ce titre.
L’histoire se déroule à la Nouvelle-Orléans, dans les États-Désunis d’Amérique, en 1919. Dans cette réalité alternative, les automates sont légion, que ce soit parmi les humains ou les animaux. Par ailleurs, un tueur armé d’une hache sévit dans la cité, répandant la terreur. Pour cet aspect de l’intrigue, l’autrice a repris un véritable fait divers, qui a inspiré de nombreuses œuvres (dont l’excellent thriller Carnaval de Ray Celestin !), sans doute car l’identité réelle du tueur n’a jamais été découverte.

Le récit se concentre autour de trois personnages principaux (plus quelques autres, mais qui sont moins fouillés) : l’inspecteur William Perkins, en charge des deux affaires de tueurs en série ; Ian Cobb, un psychiatre tourmenté ; et Grace, la fille de l’inspecteur Perkins, qui vit seule, travaille dans un aérocabaret, porte des pantalons (so chocking !) et a été adoptée après la destruction totale de son orphelinat dans un incendie. De façon assez classique, le récit fait s’entrecroiser les points de vue et trajectoires des trois personnages, en les entrecoupant d’analepses, d’introspection des tueurs en série, de brefs passages chez les personnages secondaires, ou d’articles de journaux. Un schéma narratif qui a fait ses preuves et qui fonctionne ici parfaitement, donnant au récit un rythme très agréable – d’autant que celui-ci est mené d’une plume fluide et entraînante. L’enquête est menée sans répit : les changements de focale rapides, comme la façon dont s’entrecroisent les secrets des personnages (car évidemment ils sont tous liés !) rendent l’ensemble vraiment prenant.

Si l’uchronie n’est vraiment pas poussée, on profite de cette esthétique chargée en dirigeables, automates, et créations électriques : le roman relève du dieselpunk, c’est-à-dire du steampunk, mais pas sous l’ère victorienne (plutôt l’entre-deux-guerres), et avec d’autres technologies que la seule vapeur. Cela change un peu, et j’ai trouvé cela très plaisant !

Mais alors, qu’est-ce qui ne l’a pas fait ?
Autant j’ai apprécié le rythme, autant l’alternance rapide des points de vue m’a parfois empêchée de m’attacher aux personnages, donc je suis restée en peu en dehors. Et alors que la tension ne faisait que monter, le retournement final m’a semblé faire tout retomber à plat, en introduisant des éléments pas du tout évoqués jusque-là et comme sortis du chapeau. Je n’ai pas trouvé la conclusion de l’enquête franchement crédible.
Par ailleurs, j’ai eu l’impression que le récit faisait intervenir trop de thèmes pour réussir à vraiment les traiter tous en même temps : outre l’enquête autour des deux meurtriers en série, il est question de la lutte sociale des automates pour leurs droits (que j’ai interprétée comme une relecture de la ségrégation), des conditions de vie (souvent désastreuses) des minorités (parmi lesquelles les homosexuels et les automates), des avancées technologiques (notamment autour de l’électricité et des automates), ou encore des progrès et des dérives de la médecine (toujours avec l’électricité, avec semble-t-il un clin d’œil aux travaux autour de la santé mentale qui faisaient fureur à l’époque).
Chacun d’entre eux est intéressant, mais on part un peu dans tous les sens, et on reste toujours un peu en surface ; cela ne m’a pas aidée à plonger dans ma lecture, car j’ai dû me remobiliser à chaque chapitre concernant l’enquête proprement dite.
Enfin, j’ai été particulièrement gênée par les coquilles et les tournures de phrase exotiques, qui m’ont sortie de ma lecture à de nombreuses reprises.

Une lecture en demi-teinte, donc. Si j’ai franchement apprécié le style fluide, comme l’idée de détourner un fait divers réel (et sordide !) dans une ambiance steampunk hyper réussie, l’accumulation de thèmes, comme les trop nombreuses coquilles, ont contribué à mon manque d’enthousiasme dans ma lecture.

Encens, Johanna Marines. Snag, juin 2021, 500 p.
#PLIB2022 #ISBN9782490151370