La Musique du silence, Patrick Rothfuss.

Rares sont ceux qui connaissent l’existence du Sous-Monde, une toile brisée d’anciennes galeries et de pièces laissées à l’abandon qui s’étend dans les profondeurs de l’Université.
Protégée par ce labyrinthe sinueux, confortablement installée au cœur même de ces lieux désolés, vit une étrange jeune femme.
Le silence et les ténèbres semblent être ses seuls compagnons sur le chemin qu’elle se fraie dans cet univers souterrain. À moins qu’elle ne perçoive autre chose. Comme une complainte des oubliés, mêlant douceur et amertume à son existence…
Son nom est Auri. Et sa vie est peuplée de mystères.
Parmi les nombreuses rencontres de Kvothe, la plus attachante est sans nul doute celle d’Auri. Cette jeune femme, au caractère à la fois sauvage, enfantin et précieux, reste voilée de mystère. Le regard qu’elle porte sur le monde semble percevoir bien plus que celui du commun des mortels. Bientôt elle reverra Kvothe et il faudra lui offrir un présent. Il est temps de se mettre en quête.

Lorsque j’ai terminé le premier tome de Chronique du tueur de roi, je me souviens très bien avoir traversé une brève période d’intense déprime livresque, sur le mode « Jamais plus je ne lirai un livre aussi bien ». Fatalement, j’étais donc assez curieuse de tout ce que pouvait publier l’auteur dans son univers, même si l’attente du troisième tome commence à se faire bien longue… Bref, quoi de mieux, pour patienter, qu’une petite incursion dans son spin-off consacré à Auri, un personnage secondaire pour lequel j’ai eu, dès le départ, une grande affection ?

Le roman débute par un avertissement de l’auteur au lecteur dans lequel il avance deux choses : d’une part, pour un lecteur qui n’aurait pas lu Chronique du tueur de roi, il déconseille la lecture de cette novella ; d’autre part, il avertit que ce n’est pas la peine d’attendre un texte sur Kvothe, car ce n’en est pas un. Et cet avertissement n’est pas superflu !

En effet, le seul personnage que l’on suit au fil des chapitres est Auri, qui erre et vit dans le Sous-Monde, sur le territoire de l’université. Le récit se déroule entre deux rencontres avec Kvothe, sur le monde du compte à rebours. En effet, Kvothe sera présent au septième jour, et Auri tient absolument à lui offrir un présent, un objet sans pareil. Cette échéance sans cesse rappelée rythme à merveille le récit.

Celui-ci est assez particulier, aussi bien en terme de récit, qu’en terme de fantasy. En effet, Patrick Rothfuss casse tous les codes : il n’y a qu’un seul personnage, Auri. Pas de dialogue, hormis les monologues intérieurs de la jeune femme. Et il y en a ! Car Auri semble souffrir d’une compulsion, qui la pousse à arpenter sans cesse le Sous-Monde, afin de trouver à chaque objet sa juste place. Cela peut sembler étrange et, d’une certaine manière, ça l’est. Mais une fois dans le Sous-Monde, il y a une vraie logique à ce qui se déroule. En tout cas, je me suis laissée complètement embarquer par les petites marottes d’Auri.

Si vous avez suivi, il n’y a donc pas non plus d’intrigue à proprement parler : pas d’enjeux supérieurs (hormis trouver un présent pour Kvothe), pas de complot, pas de grand plan à suivre. Pourtant il y a du suspense : au fil des chapitres, je me suis surprise à me demander si Auri allait trouver ce qu’elle cherchait, et si elle allait résoudre sa quête du lieu parfait pour ses objets.
Hormis cette incessante quête, il n’y a pas non plus d’action, hormis une épique scène de fabrication de savon, durant laquelle l’alchimie – que Kvothe étudie à l’université et qu’Auri a autrefois pratiquée – est brièvement citée. Donc on ne découvre absolument pas la jeunesse ou la vie d’Auri à l’université !

Malgré tout ce qu’on pourrait envisager comme des handicaps (pas d’intrigue, pas de magie, pas d’action), j’ai trouvé le récit fascinant. D’une part parce qu’il creuse un peu l’univers déployé dans Chronique du tueur de roi. D’autre part parce que Patrick Rothfuss change complètement de style d’écriture pour cette nouvelle voix. Plus centrée sur les détails, l’importance du moment présent, la voix d’Auri est aussi nettement plus poétique. C’est ce qui fait que je me suis laissée subjuguer par ce court récit.

Celui-ci est rythmé par des illustrations de Marc Simonetti, qui donne à voir le sous-monde, mais auxquelles la version numérique ne rend absolument pas justice.

En bref, une excellente découverte. Et pourtant, on peut dire que le récit ne partait pas sous les meilleurs auspices, puisqu’il ne fait rien de ce qu’il était supposé faire. On n’apprend rien sur Auri ; il n’y a pas tellement d’intrigue, ou d’action, très peu de dialogues. Et pourtant, la novella s’avère extrêmement prenante, sans doute en raison de la poésie qui se dégage des pensées et du mode de vie d’Auri. Je ne regrette donc pas d’avoir enfin lu cette novella… et j’attends d’autant plus impatiemment le tome 3 de la série-mère !

◊ Dans le même univers : Le Nom du vent (1) ; La Peur du sage, première partie ; La Peur du sage, seconde partie ;

La Musique du silence, Patrick Rothfuss. Illustrations de Marc Simonetti.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Colette Carrière. Bragelonne, novembre 2014, 168 p.

Le Jardin des âmes, Les Brumes de Cendrelune #1, Georgia Caldera.

Dans le royaume de Cendrelune, les dieux épient les pensées des hommes, et leur Exécuteur, l’Ombre, veille à condamner tous ceux qui nourriraient des envies de rébellion.
Or, il semble que certaines failles existent. À l’âge de 17 ans, Céphise ne vit en effet que pour se venger. Depuis qu’on l’a amputée d’une partie d’elle-même et privée de sa famille, elle ne rêve plus que d’une chose : s’affranchir de la tyrannie du tout-puissant Orion, Dieu parmi les dieux. Et contre toute attente, il se pourrait qu’elle ne soit pas seule…

J’avais choisi ce livre pour le challenge Mois de la fantasy car sa sélection dans la shortlist du PLIB m’a rendue très curieuse. Et, malheureusement… je dois dire que ça ne l’a pas fait, malgré un univers vraiment charmant.

Il faut imaginer une terre post-apocalyptique, où le métal a remplacé, à peu près partout, la nature. Les personnages mangent d’ailleurs, pour la plupart, de la nourriture synthétique – la seule serre produisant de la verdure étant, comme il se doit, réservée au strict usage des dieux. La connaissance a disparu, et le peuple est quasiment analphabète.
Sans trop de surprise, à l’ambiance post-apo se mêle donc une dystopie assez classique, la société étant séparée en plusieurs castes, gouvernées par des dieux autoritaires, menés par Orion. Du côté des divinités, l’autrice a plutôt tapé dans la mythologie grecque, puisqu’aux côtés d’Orion on peut croiser Héphaïstos, Eurydice ou encore Rhadamanthe. Chacun possède des pouvoirs extraordinaires (mention spéciale à Verlaine), le plus grand étant bien entendu celui d’Orion, qui a donc celui de surveiller en permanence les pensées de chacune et chacun, prévenant ainsi quelque crime, ou « pensée déviante » (à son encontre) que ce soit. On parlait de dystopie ? Bienvenue dans Minority Report.

Bon, évidemment, ça ne se passe pas exactement comme dans Minority Report. Car Orion a beau faire tuer ses détracteurs et démonter puis remonter les plus jeunes d’entre eux afin d’avoir sur eux un parfait contrôle, ça ne fonctionne pas à merveille et certains commencent à développer de forts intéressants pouvoirs magiques, aussi bien trouvé que tournés. À ce titre, j’ai adoré le concept des Rapiécés, vraiment original, quoiqu’un peu glauque (soyons honnêtes). On est presque toujours dans ce mélange de fantasy et d’horreur, qui donne au roman une ambiance assez prenante.

L’intrigue est narrée du point de vue de différents narrateurs et alterne entre Céphise, la Rapiécée des bas-quartiers, et Verlaine, l’homme des dieux aux troubles missions. Ces chapitres-là sont écrits à la première personne. Car d’autres chapitres, à la troisième personne, eux, interviennent rapidement dans l’affaire, s’intéressant tour à tour à différents autres personnages (le meilleur ami de Céphise, un dieu, un enfant du quartier). Sans trop de surprise (pour moi), ce sont les chapitres que j’ai préférés, car c’est le style narratif qui me convient le mieux. L’alternance entre personnages et systèmes narratifs permet donc d’avoir, d’une part, une vision assez globale de ce qu’il se passe, mais aussi un rythme assez confortable, ce qui fait que le roman se lit assez vite.

Bon, finalement, qu’est-ce qui ne l’a pas fait ? Malgré cet univers vraiment intéressant, j’ai eu un mal fou à me passionner pour les tribulations des personnages et leurs enjeux. Céphise est entièrement concentrée sur son projet de vengeance. Verlaine sur celui de s’en tirer. Les habitants de la Cathédrale d’Éternité ont leurs petites bisbilles divines et, pendant ce temps-là, la révolte s’installe doucement – mais assez sûrement – dans la Cité d’Acier. D’ailleurs, on ne peut même pas dire que l’unité soit d’actualité chez les dieux (puisqu’Héphaïstos et Proserpine manigancent dans leur coin). En soi, tout cela est très intéressant du point de vue de l’univers, mais aucun personnage, ou aucun enjeu, n’a réussi à m’embarquer. J’ai même trouvé certaines scènes ou péripéties un peu cliché, à mon grand dam, et quelques longueurs. En fait, une grande partie du roman repose sur les pensées des deux protagonistes et, comme depuis le départ, je me sentais assez indifférente à ce qui leur arrivait… eh bien ça ne s’est pas amélioré. Heureusement, la seconde partie, bien qu’à huis-clos, s’est avérée un peu plus prenante, et même intrigante pour la suite !

Malgré tout cela, impossible de dire que j’ai détesté ma lecture. Certes, les personnages ne m’ont fait ni chaud ni froid, non plus que leurs péripéties. Or, voilà : l’univers et l’idée de départ m’ont vraiment charmée. C’est hyper inventif. Original dans les pouvoirs et la mythologie locale. Et cela colle parfaitement au savant mélange de fantasy, d’horreur et de dystopie auquel on assiste. Au détour d’une phrase, on hume un petit air de steampunk, et l’intrigue fait la part belle à l’écologie. Bref, plein de bonnes idées !

Les Brumes de Cendrelune #1 : Le Jardin des âmes, Georgia Caldera. J’ai Lu, 2 octobre 2019, 349 p.

Brèves de comptoir #238

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : Dune, le Mook !

Les éditions L’Atalante, les éditions Leha et le podcast C’est plus que de la SF ont décidé de s’associer pour publier un mook (magazine-book), d’au moins 192 pages, entièrement dédié à ce monument littéraire.
Le projet est d’ores et déjà financé, mais il reste un mois pour participer si vous êtes intéressés !

Mardi : comment science et science-fiction peuvent éclairer ce que nous vivons ?

Cet épisode du podcast Autour de la question, mené par Caroline Lachowsky réunit autour de la question l’astrophysicien Roland Lehoucq, Yannick Rumpala, maître de conférence en Sciences politiques à l’Université de Nice, et Anne-Caroline Prévot, chercheuse CNRS au laboratoire Conservation des espèces, restauration et suivi des populations et biologiste de la conservation au Muséum d’histoire naturelle. C’est à écouter directement sur RFI !

Mercredi : le nouveau roman de J.K. Rowling !

L’autrice s’est lancée dans un nouveau titre The Ickabog, qu’elle publie sous forme d’épisodes, lisibles directement en ligne !

Jeudi : sélection du prix Halliennales 2020 !

Le salon de l’imaginaire se déroulera le 3 octobre prochain à Hallennes-Lez-Haubourdin (près de Lille). Thème : « Les fantaisies urbaines« . Le prix récompense un roman de l’imaginaire publié dans l’année.

La Chasse fantôme de Hermine Lefebvre (Scrineo)
Rouge de Pascaline Nolot (Gulf Stream)
Rozenn, tome 1 de Laëtitia Danae (J’ai Lu)
Cuits à point, d’Elodie Serrano (Actusf)
2105 Mémoire interdite d’Anouk Filippini (Auzou).

Vendredi : Grand Prix de l’Imaginaire 2020 !

Le GPI, qu’est-ce que c’est ? Le Grand Prix de l’Imaginaire (ou GPI) récompense, dans 12 catégories différentes, des œuvres de l’imaginaire depuis 1992 ; le prix existe en fait depuis 1974 mais se concentrait alors sur la SF. La remise du prix aura lieu, comme les années précédentes, dans la Maison de l’Imaginaire pendant le festival Saint-Malo Étonnants Voyageurs, le 20 mai 2018, vers 18 h.

Pas d’Étonnants Voyageurs cette année, mais le salon a tout de même tranché parmi les titres en lice au GPI 2020. Et voici les lauréats :

Romans francophones : Les Furtifs, Alain Damasio (La Volte)
Roman étranger : Vita Nostra, Sergueï et Marina Diatchenko (L’Atalante)
Nouvelle francophone : Helstrid, Christian Léourier (Le Bélial’)
Nouvelle étrangère : Les Meurtres de Molly Southbourne, Tade Thomspon (Le Bélial’)
Roman jeunesse francophone : L’Arrache-mots, Judith Bouilloc (Hachette)
♥ Roman jeunesse étranger : Le Glas, Neal Shusterman (R. Laffont)
Prix Jacques Chambon de la traduction : Michelle Charrier pour Trop semblable à l’éclair d’Ada Palmer (Le Bélial’).
Prix Wojtek Siudmak du graphisme : Philippe Aureille pour Les Îles noires de Sylvie Laîné (Organic).
Essai : Lovecraft, je suis Providence de S.T. Joshi (Actusf)
♥ Prix Spécial : la BnF pour l’expo Tolkien, voyage en Terre du Milieu

L’ensemble des titres nominés est visible ici.

Vendredi encore : minute Harry Potter !

Le podcast ASPIC.

Pour son quinzième épisode, le podcast ASPIC s’est intéressé à la pédagogie à Poudlard. Des professeurs (moldus !) se sont intéressés à ces quelques questions :
Les attentes en matière d’autonomie des élèves sont-elles réalistes ?
Les punitions sont-elles respectueuses du bien-être des élèves ?
Les professeurs de Poudlard sont-ils réellement compétents ?
Est-il éthique de demander aux élèves de transformer une théière en tortue ?
La formation proposée aux élèves est-elle complètement archaïque ?
C’est à écouter ici !

Harry Potter à l’école des sorciers sur France Culture !

Le samedi 6 juin et dimanche 7 juin, de 14h à 18h, le comédien Bernard Giraudeau lira le premier tome de la saga Harry Potter à la radio.
Il y a vingt ans, pour célébrer la parution du tome 4, il avait déjà lu en direct, toute la nuit (8h d’affilée, tout de même !), ce premier tome. Toutes les infos sont ici !

Week-end : Mana & Plasma, 3e !

Le 3e épisode du podcast, consacré au post-apo, est en ligne !

 

Bon dimanche !

 

Week-end à mille, deuxième de l’année !

Le Week-end à 1000, quoi qu’est-ce ?

C’est un challenge trimestriel, organisé par Lilibouquine. Objectif : lire 1000 pages dans le week-end, du vendredi 19h au dimanche minuit, soit pour cette session-ci de ce soir (vendredi 29 mai) à dimanche (31 mai, donc).

J’ai déjà participé le mois dernier, en plein confinement, au Week-end à mille. Quelle n’a pas été ma surprise de constater qu’il y en avait de nouveau un, tout juste un mois après ! Un petit coup d’œil au calendrier m’a permis de voir qu’en fait, c’était désormais tous les mois. J’étais restée sur l’ancien rythme, avec 4 à 5 challenges par an maximum. Bref ! Encouragée par ma performance du mois dernier (550 pages, soit 50 de plus que mon quota habituel !), je me suis dit « Allez, pourquoi pas ».
Et donc, rebelote.
Toutefois, on va reprendre les bonnes vieilles habitudes, même si celles-ci datent de plusieurs années. Je travaille demain, donc je vais commencer le challenge en décalé, de samedi 19h, à lundi minuit.

Si vous souhaitez participer, les conditions sont toujours les mêmes : partager le challenge. Blog, réseaux sociaux, SMS, courrier, bouteille à la mer, toutes les options s’offrent à vous. Soyez inventifs !
Pour discuter avec les autres challengers sur les réseaux, pensez au hashtag #weekendàmille !
Et pour suivre l’avancée des autres tout en patinant dans la vôtre, ça se passe sur le groupe Facebook 🙂

Et voici ma PAL !

Le Dernier dragon sur Terre, Eoin Colfer (Pygmalion) : 416 pages.
Le Royaume de Naguerre, tome 1 : L’Élixir du bourreau, Isabelle Fabula (Fleurus) : 196 pages.
La fille qui pouvait voler, Victoria Forester (Lumen) : 376 pages.

Ce qui nous fait, si vous avez bien tout calculé, un total de 988 pages. Qu’ouïs-je ? Qu’entends-je ? On participe au WE à 1000 avec une PAL à laquelle il manque 12 pages ?
Alors déjà, sachez que je vise les 600 pages (soyons fou), un score déjà rarement atteint. Donc je pense que j’ai carrément 300 pages de trop. Mais, toutefois, au cas – improbable ! – où j’arriverais à bout de ces 988 pages, je me fais confiance pour dénicher une bande-dessinée, un manga, ou pour attaquer un nouveau roman de ma PAL dans les dernières heures !

Et vous, vous participez ? Qu’avez-vous prévu de lire ?

***

Comme les éditions précédentes, on se retrouve ici-même pour l’avancée de la lecture, ou sur les réseaux sociaux associés au blog.

Samedi 30 mai, 19h. Coup d’envoi ! Mais je ne lis pas : je geeke. Chaque chose en son temps.

21h20. Suis-je en train de lire ? Que nenni. Je regarde en direct le décollage de la capsule Crew Dragon ! Si vous voulez suivre le live de la NASA, ça se passe là. Bon, avec tout ça, on en est toujours à zéro pages.

23h15. Regardé-je la fusée passer en direct dans le ciel ? Non, car la visibilité est mauvaise. J’ai quand même un peu les boules d’apprendre que Saint-Jean de Luz est, en gros, LE spot pour admirer ce passage. Pourquoi je ne suis pas à la maison, déjà ? Heureusement, Super Papa est sur le pont et m’envoie une vidéo. Du coup j’ai commencé ma lecture avec Le Dernier dragon sur Terre d’Eoin Colfer, mais je ne vais pas bien loin et je m’arrête au score – pas brillant – de 28 pages. A demain !

Dimanche 31 mai, 9h15. On s’y remet, autour d’un café. Et la matinée est productive, puisque je boucle (à midi) avec 141 pages lues ! Ce n’est pas encore le top, mais au moins ça avance.

15h45. Huum, on dirait que quelqu’un a piqué du nez sur son livre. Mais avant ça, j’avais pas mal avancé, puisque me voici à 242 pages lues (oui, on est loin des mille, mais c’est encore jouable).

Minuit. Mes yeux piquent, mais je ne dors toujours pas. Nouba d’enfer chez les voisins (basses, hurlements et tout ce qui sied à une fête). Du coup… j’avance un peu, mais je m’écroule autour des 263 pages. Bénies soient les boules quiès !

Lundi 1er juin, 11h30. J’ai terminé Le Dernier dragon sur Terre ! Et j’en suis donc à 416 pages lues ! Pour les mille, cela me semble assez mal embranché, mais c’est jouable pour les 600 que je vise !

17h. J’ai finalement attaqué La Fille qui pouvait voler et lu les 90 premières pages. Me voilà donc à 506 pages. Plus que 100 et j’aurais atteint l’objectif que je m’étais fixé 🙂

Le Vol de la Sigillaire, Les Artilleuses #1, Pierre Pevel & Étienne Willem.

Aventurières et hors-la-loi, elles sont trois : Lady Remington, Miss Winchester et Mam’zelle Gatling. N’hésitant jamais à faire parler la poudre, elles sont connues de toutes les polices d’Europe. Ce coup, cependant, pourrait bien être leur dernier. Car le vol d’une mystérieuse relique – la Sigillaire – leur vaut d’être pourchassées non seulement par les Brigades du Tigre, mais également par les redoutables services secrets du Kaiser…

Cette bande-dessinée se déroule dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, mais est lisible tout à fait indépendamment de sa trilogie – donc pas de panique si vous ne l’avez pas lue.

L’histoire se déroule donc à Paris, en 1911. L’Outremonde a révélé son existence (et certains couloirs du métro permettent même d’y accéder) : humains et petit peuple se côtoient au quotidien. D’ailleurs, la reine Méliane prévoit de célébrer son jubilé à Paris ! Devant les façades haussmanniennes, il est donc possible de croiser des fées, des dragons de petites tailles, des trolls, des dirigeables ou encore des drones au look résolument steampunk.
L’intrigue débute avec le braquage des Artilleuses, nos trois héroïnes : Lady Remington, aristocrate anglaise, est également une redoutable magicienne ; Mam’zelle Gatling est en fait une fée artificière, spécialiste en explosions ; Miss Winchester, enfin, est une pilote et tireuse d’élite américaine. Toutes trois ont écumé les bons coups, mais ont vivement besoin d’argent. Le braquage de la Sigillaire se fait donc dès les premières pages et donne le ton : l’action est bien présente.

La récit, truffé de péripéties (et de batailles rangées) est donc mené à un rythme trépidant. Or, bizarrement, on ne sort jamais de l’impression de lire une assez longue introduction à l’univers. Car les véritables enjeux de l’intrigue n’apparaissent finalement que dans les deux dernières pages… Ce qui inscrit bien cet opus comme le premier tome de la trilogie annoncée. Ce n’est pas désagréable, car ainsi l’univers est bien installé, mais c’est un peu frustrant. D’autant que les personnages sont assez rapidement caractérisés (réduits à un ou deux traits de caractères). J’attends donc la suite avec impatience pour savoir comment tout cela va évoluer !

Côté graphismes, Étienne Willem use d’un découpage assez classique et d’un style cartoonesques qui colle vraiment bien à l’univers comme à l’histoire. Et la mise en couleurs de Tanja Wenish est efficace.

Après cette longue introduction à l’univers et aux enjeux, je suis curieuse de savoir de quoi il va être question au juste dans cette trilogie. Ce premier tome fait une très bonne mise en bouche au contexte, mais s’avère un peu frustrant du point de vue de l’intrigue en elle-même, tant on a l’impression de l’effleurer. J’ai donc hâte de lire le tome suivant, car celui-ci a titillé ma curiosité !

Les Artilleuses #1 : Le Vol de la Sigillaire, Pierre Pevel (scénario), Étienne Willem (illustrations), Tanja Wenish (couleurs).
Drakoo, mars 2020, 48 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

Rouge, Pascaline Nolot.


Accroché au versant du mont Gris et cerné par Bois-Sombre se trouve Malombre, hameau battu par les vents et la complainte des loups. C’est là que survit Rouge, rejetée à cause d’une particularité physique. Rares sont ceux qui, comme le père François, éprouvent de la compassion à son égard. Car on raconte qu’il ne faut en aucun cas toucher la jeune fille sous peine de finir comme elle : marqué par le Mal.
Lorsque survient son premier sang, les villageois sont soulagés de la voir partir, conformément au pacte maudit qui pèse sur eux. Comme tant d’autres jeunes filles de Malombre avant elle, celle que tous surnomment la Cramoisie doit s’engager dans les bois afin d’y rejoindre l’inquiétante Grand-Mère. Est-ce son salut ou un sort pire que la mort qui attend Rouge ? Nul ne s’en préoccupe et nul ne le sait, car aucune bannie n’est jamais revenue…

Lecture plutôt mitigée avec ce titre… et j’en étais la première déçue, car l’ensemble partait vraiment très bien !

Premier bon point : l’univers. Pascaline Nolot situe son roman aux alentours du Mont Gris, soit en pleine pampa non identifiée. Au vu des mœurs et des mentalités, on pourrait être dans un bon vieux XIXe siècle mais, là encore, nous n’avons pas de précisions particulières. Et cela fonctionne parfaitement ainsi !
Dès le début, l’intrigue s’attache à Rouge, une jeune fille défigurée par une tache de naissance sur le visage, qui fait craindre à ses congénères qu’elle ne soit marquée par le Diable. Il faut dire que sa mère a sombré dans la folie peu avant sa naissance, ce qui suffit aux villageois pour être terrorisés. On s’en doute, la jeune fille ne vit donc pas une existence pacifique et radieuse, alors même qu’elle ne demande qu’un peu de considération. Ce qui induit une intéressante réflexion autour de la différence et de l’apparence.
Il se trouve par ailleurs que les jeunes filles du village sont toutes promises à la Grand-Mère, une maléfique sorcière vivant au fond des bois.

Cependant, Rouge n’avait pas chuté dans le puits sans fonds de la haine et de la cruauté. Elle n’aspirait plus qu’au bien et excluait d’office d’apprendre les noirs maléfices.
Quitte, pour conséquence de cette résolution, à ne jamais être libérée de cette laideur. Une laideur dont elle s’accomodait de mieux en mieux, du reste. En fait, même si cela paraissait simpliste, presque bête, elle avait réalisé qu’il était bien plus aisé de s’accepter quand personne ne passait ses journées à se moquer de vous et à vous humilier. Il finissait même par vous venir des moments d’optimisme insoupçonné, à songer que peut-être vous n’étiez pas si défigurée, juste un brin tachetée, le sourcil à peine boursouflé…

Le récit mêle donc plusieurs ambiances, et ce avec brio. Évidemment, la fantasy se mêle aux contes, d’une part dans la façon dont sont présentés les événements (pas de lieu ni de temporalité précis, des thèmes universels), d’autre part dans la réécriture, puisque Rouge est une libre réinterprétation du Petit Chaperon rouge (ce que je n’ai fini par percuter qu’aux alentours… de la moitié !). À tout cela se mêle un brin d’horreur du plus bel effet, qui peut venir soit des créatures qui peuplent la forêt, soit des épreuves auxquelles Rouge est soumise.

À ce stade, je dois préciser que j’ai attaqué ce roman sans en relire le résumé, donc je dois dire la partie « jeunes filles bannies auprès de la sorcière » avait totalement échappé à ma mémoire. Et ce qui est bien, c’est que l’autrice prend vraiment le temps d’installer l’intrigue et l’univers, avant qu’il soit temps, pour Rouge, de rejoindre la sorcière dans les bois. Cette menace de la sorcière monte en puissance au fil des pages, et contribue grandement à l’ambiance très sombre du début du roman. Celui-ci, d’ailleurs, n’épargne en rien la jeune fille. Or, la suite est à l’avenant, et elle doit encore surmonter de très nombreuses épreuves, qui proposent une certaine surenchère dans la violence – pas toujours très utile.

Mon premier point de regret viendra finalement de ce qu’il se passe dans la forêt, chez la Grand-Mère, qui est nettement moins accueillante que dans la version de Perrault. L’autrice fait d’ailleurs appel à d’autres motifs de contes dans l’histoire de ce personnage (la jalousie des parents, le meurtre, le lien à l’objet magique, la malédiction…). Au fil des chapitres faisant monter le suspense autour de ce qu’il se passe réellement dans la forêt, je pense que je me suis forgé un horizon d’attente complètement erroné, ce qui explique sans doute que la révélation m’a laissée sur ma faim. J’imaginais quelque chose d’à la fois plus sombre, et sans doute plus « girl power ». Or, finalement, les motivations de la sorcière m’ont semblé un peu faible et j’ai également trouvé que Rouge triomphait, finalement, assez facilement de ce qui se présentait à elle (le tir à l’arc et la magie en premiers chefs). De plus, cette partie du récit fait appel à de nombreuses ellipses, que j’ai trouvées assez frustrantes. Les états d’âme de Rouge sont largement détaillés, et je pense que je m’attendais à un peu plus d’action dans cette partie. D’autant que lorsque celle-ci arrive enfin, l’autrice s’ingénie à faire tomber à l’eau les plans de sa protagoniste. Narrativement, c’est vraiment très bien fait et c’est même intéressant du point de vue de la construction du personnage mais… mais cela ne m’a pas aidée à me passionner pour cette seconde partie. De même, j’ai trouvé le retournement de situation final parfaitement amené et maîtrisé… mais peut-être un poil tardif. Alors que j’ai trouvé que le récit manquait d’enjeux clairs (hormis le désir de vengeance de Rouge, que j’ai trouvé, à la longue, un peu agaçant), en voilà un qui arrive sur un plateau d’argent mais vraiment dans les dernières pages. Tout cela m’a laissé une désagréable impression d’intrigue un peu confuse.

Avant de conclure, il me faut encore parler du style. L’autrice a choisi un style assez soutenu, qui fait intervenir pas mal de vocabulaire un peu ancien. Pas de panique, la plupart sont dotés d’une note de bas de page (et sinon, on comprend avec le contexte). Là encore, je ne sais sur quel pied danser : j’ai aimé pour la l’immersion totale dans l’ambiance (car il faut avouer que c’est un style qui colle parfaitement au conte), mais j’ai trouvé que cela alourdissait inutilement certaines phrases et rendait parfois le récit un peu indigeste. Ce qui, je dois quand même le préciser, ne m’a pas empêchée de lire ce roman en quelques petits jours !

Rouge est donc une réécriture du Petit Chaperon rouge, avec options magie, ambiance légèrement horrifique et vengeance à accomplir. Si le début était vraiment très chouette, la seconde partie m’a nettement moins passionnée. J’ai trouvé l’intrigue parfois brouillonne et reposant sur des motivations un peu faibles. De plus, si le style colle à merveille à l’ambiance du roman, il m’a parfois semblé un peu artificiel. Ceci étant dit, la réécriture du conte originel fourmille de bonnes idées et propose une intéressante réflexion autour de la différence.

Rouge, Pascaline Nolot. Gulf Stream, avril 2020, 312 p.

Brèves de comptoir #237

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Mardi : titres en lice pour le prix Babelio 2020 !

Le prix Babelio récompense 10 titres, dans 10 catégories différentes, parus entre octobre de l’année précédente et mai de l’année en cours. Le jury se compose des utilisateurs du site ; chaque catégorie présente les 10 titres les plus populaires sur Babelio (soit les dix livres les plus ajoutés dans des bibliothèques de lecteurs). Les votes sont ouverts jusqu’au 2 juin et les lauréats seront annoncés le 19.

Voici les titres en lice pour les catégories Imaginaire et Jeunes adultes (car il y a pas mal d’imaginaire dedans). Les autres titres sont visibles ici.

Imaginaire :

Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro (Actusf)
Les Chroniques de St-Mary, tome 4 : Une trace dans le temps, Jodi Taylor (HC Editions)
Nécropolitains, Rodolphe Casso (Critic)
Les Miracles du Bazar Namiya, Keigo Higashino (Actes Sud)
Les Livres d’Emmett Farmer, Bridget Collins (Lattès)
Journal d’un AssaSynth, tome 4 : Stratégie de sortie, Martha Wells (L’Atalante)
La Piste de cendres, Emmanuel Chastellière (Critic)
Vita Nostra, tome 1 : Les Métamorphoses, Marina et Sergueï Diatchenko (L’Atalante)
Rois du Monde, tome 5 : Chasse royale partie 4, Curée chaude, Jean-Philippe Jaworski (Les Moutons électriques)
Jardins de poussière, Ken Liu (Le Bélial’).

Jeunes adultes :

Les Brumes de Cendrelune, tome 1 : Le Jardin des âmes, Georgia Caldera (J’ai Lu)
Aurora squad, tome 1, Amie Kaufman
Et le désert disparaîtra, Marie Pavlenko (Flammarion)
Romance, Arnaud Cathrine (R. Laffont)
Falalalala, Emilie Chazerand (Sarbacane)
Heartstopper, tome 1 : Deux garçons. Une rencontre, Alice Oseman (Hachette)
Chronique des Cinq Trônes, tome 1 : Moitiés d’âme, Anthelme Hauchecorne (Gulf Stream).
Extincta, Victor Dixen (R. Laffont)
Killing november, tome 1, Adriana Mather (Pocket jeunesse).
La Faucheuse, tome 3 : Le Glas, Neal Shusterman (R. Laffont).

Pour voir les titres en lice pour toutes les autres catégories, c’est ici !

Mardi encore : la SF, une littérature intelligente !

Jeanne Gosselin signe sur Daily Geek Show un article en faveur de la science-fiction, intitulé La Science-fiction, une littérature intelligente, loin des clichés qui lui sont attribués. C’est à lire ici !

Mercredi : les finalistes du prix Bob Morane !

Le prix Bob Morane récompense une œuvre de fiction publiée dans l’année du prix en cours (en pratique : du 1er avril au 31 mars de l’année suivante) ; il a été créé en 1999 par Marc Bailly, en hommage au personnage fictif d’Henri Vernes, créé en 1953, que vous connaissez peut-être par le biais des romans ou des bandes-dessinés dont il est le héros (à défaut, vous avez peut-être entendu la chanson d’Indochine). Comme Bob Morane a exploré tous les genres possibles et imaginables, la sélection est à son image.
Et voici les finalistes de cette année !

Romans francophones :

Gwenn Ael : Les Mutilés, Évidence Éditions
Barbéri Jacques : L’Enfer des masques, La Volte
Serge Brussolo : Anatomik, Bragelonne
Sandrine Destombes : Madame B, Hugo
Catherine Dufour : Danse avec les lutins, L’Atalante
Karine Giebel : Ce que tu as fait de moi, Belfond

Romans traduits :

Katherine Arden : L’Ours et le rossignol, Éditions Denoël (traduit par Jacques Collin)
Robert Anson Heinlein : Waldo, Le Belial’ (traduit par Pierre-Paul Durastanti)
Stephen King : L’Outsider, Albin Michel (traduit par Jean Esch)
Kim Stanley Robinson : Aurora, Bragelonne (traduit par Florence Dolisi)
Martha Wells : Journal d’un assasynth, l’Atalante (traduit par Mathilde Montier)

Nouvelles :

Christophe Corthouts-Collins : Mémoires vivaces, Évidence Éditions
Lionel Davoust : Contes hybrides, Éditions Mille Cent Quinze
Bruno Pochesci : L’Espace, le temps et au-delà, Flatland
Tade Thompson : Les Meurtres de Molly Southbourne, Le Bélial’

Coup de cœur :

Jean-Pierre Andrevon : Anthologie des dystopies, les mondes indésirables de la littérature et du cinéma, Vendémiaire
Xavier Maumejean & Didier Graffet : Effluvium, Bragelonne
♥ Tolkien, voyage en Terre du milieu, le catalogue de l’exposition publié par la BNF

Pour retrouver les présélections successives, ça se passe là.

Mercredi encore : antidépresseur ou personnage tolkinien ?

À vous de jouer ici pour tester votre connaissance des personnages de Tolkien (ou de la pharmacopée) ! J’ai réussi à afficher un score de 19/24 au premier essai, je n’étais pas peu fière 😀

Jeudi : dans les coulisses des Imaginales 2020 !

En raison de la crise sanitaire, du confinement, et autres joyeusetés, il n’y a pas eu d’Imaginales cette année (à mon grand dam, car je ne suis pas sûre de pouvoir y être l’année prochaine). L’équipe d’Elbakin s’est entretenue avec Stéphane Wieser, le directeur du festival, à propos de cette édition fantôme.

Vendredi : concours de scénarios de JDR !

L’association Nickel organise son deuxième concours de scénario de JDR. Thème : Mettez en avant une légende locale autour des créatures de la nuit. Vampire, Loup-Garou, Fantôme, Sorcière, Mort-Vivant ou encore Chasseur de monstres, plongez les joueurs au cœur de la Légende !
Deadline : 4 septembre 2020. Le règlement complet est lisible ici, les informations autour du concours ici.

Vendredi encore : les lauréats du prix BSFA 2020 !

Le prix British Science Fiction est un prix littéraire créé en 1970 par la British Science Fiction Association et récompensant des œuvres de science-fiction. Les prix sont décernés chaque année lors des conventions nationales de science-fiction britanniques (Eastercon) suite aux votes des membres de l’association. Voici les lauréats pour l’année 2020 :

Meilleur roman :  Children of Ruin, Adrian Tchaikovsky (Tor).
Meilleure nouvelle :  This is How You Lose the Time War, Amal El-Mohtar & Max Gladstone (Jo Fletcher).
Meilleure non-fiction :  The Pleasant Profession of Robert A. Heinlein, Farah Mendlesohn (Unbound).
Meilleure illustration : Couverture du livre Wourism and Other Stories by Ian Whates, Chris Baker (Luna).

Les autres titres en lice sont visibles ici.

 

Bon dimanche !