[2017] Petit bilan de février.

Février aura été un mois plutôt faste, question lectures ! On en parle ci-dessous !

Carnet de lectures. 

En février, j’ai découvert la série de mangas Barakamon, un shonen de Satsuki Yoshino. Et si je n’ai lu que le premier volume, j’ai littéralement adoré ! Barakamon, c’est l’histoire de Seishû Handa, étoile montante de la calligraphie japonaise, qui collectionne les prix d’excellence pour son travail. Seishû est jeune, beau et talentueux, mais d’une arrogance sans bornes. Arrogance qui le pousse, un jour, à assommer un éminent conservateur (et membre du jury), qui a eu l’outrecuidance de juger son travail « formaté et sans saveur ». Pour expier son regrettable coup de sang, Seishû est expédié sur une petite île, au fin fond de la campagne, loin de toute civilisation. L’occasion idéale de pratiquer l’Art dans le plus grand calme, de méditer, de se ressourcer. Sauf que ça, ce sont les idées de citadin de Seishû : la réalité de la vie à la campagne est toute autre. Les voisins débarquent sans prévenir, les enfants du voisinage squattent en permanence et tout le monde se mêle de tout.
J’ai adoré parce que l’histoire est pleine de fraîcheur et fait s’opposer Seishû et ses idées un brin rigides (un parfait citadin arrogant) à la décontraction des villageois. Le premier tome nous fait découvrir un village où l’on vit essentiellement dehors, les uns chez les autres et les uns avec les autres – ce en quoi Seishû n’est pas hyper doué. Mention spéciale à Naru, la fillette qui semble avoir décidé que la maison de Seishû est aussi la sienne et qui parvient toujours à s’introduire chez le jeune homme – pour mettre un peu de bazar dans sa vie. Les personnages sont à la fois irritants (surtout notre cher calligraphe) et super attachants ! L’histoire, de son côté, est pleine de vie, de fantaisie et particulièrement prenante. Du coup, j’ai hâte de lire la suite 🙂

Côté ciné.

Eh bien, on reste au Japon avec le très très beau Garden of words, de Makoto Shinkai. Takao, qui rêve de devenir cordonnier (et créateur de chaussures), sèche les cours (de préférence les jours de pluie !) pour dessine des chaussures dans un jardin de style japonais. Il y fait la rencontre d’une mystérieuse femme, Yukino, qui est plus âgée que lui, et qui semble, elle aussi, passer beaucoup de temps dans ce parc. Peu à peu, les rencontres les jours de pluie se multiplient, sans qu’ils se soient concertés l’un et l’autre. À force de se côtoyer, tous deux vont lier connaissance.
La première chose qui marque dans Garden of words, c’est la beauté des images, d’une précision incroyable. Les rendus sont fabuleux, et on en prend plein les yeux. L’histoire, de son côté, est empreinte de silences et de poésie et narre une jolie rencontre. Le film est court (c’est un court-métrage d’environ 45 minutes), mais fiou, quelle claque !

Tops & Flops.

Ce mois-ci, il n’y a guère qu’une lecture qui ne m’ait pas des masses passionnée – que je n’ai pas encore chroniquée, mais ça ne va pas tarder.

Lock & Mori, d’Heather W. Petty, raconte la jeunesse de Sherlock Holmes et James Moriarty. Quitte à réécrire l’histoire, l’auteur a choisi de faire de James Moriarty une jeune fille. Evidemment, les deux ados ne vont pas se contenter de rester seulement amis. Et ce qui est dommage, c’est ce que tout cela finit par prendre le pas sur l’enquête, dont les conclusions ne sont guère difficiles à trouver. De plus, j’ai trouvé que l’ensemble (quoique prenant !) était un peu attendu. Donc c’était sympa, mais certainement pas inoubliable.

Heureusement, j’ai aussi fait quelques très chouettes découvertes.

Tout d’abord, il faut que je vous parle de l’album Je serai cet humain qui aime et qui navigue de Franck Prévot et Stéphane Girel (aux éditions HongFei, qui font vraiment de très belles choses). Là, l’album allie de superbes illustrations à l’aquarelle, lumineuses à souhait, et un texte éminemment poétique, qui évoque la transmission entre un grand-père un peu bourru et son petit-fils sensible. C’est superbe et c’est un album qui invite à plusieurs lectures !

Ensuite, j’ai découvert The Curse, de Marie Rutkoski, premier tome d’une trilogie. Je ne partais pas en confiance, d’autant qu’il y a pas mal de romance. Mais en fait, l’histoire était bien plus subtile et intéressante que ça et menée à un train d’enfer, qui fait que j’ai eu du mal à lâcher le roman. Je suis même très curieuse de lire la suite !

Je partais en totale confiance avec le nouveau titre de Neal Shusterman, La Faucheuseet j’ai bien fait, car ça a été un superbe coup de cœur ! J’y ai retrouvé le cynisme et l’art de conter de Shusterman, dans une histoire à la fois prenante et soulevant un tas de questions traitant de l’éthique et de la morale. Bref : encore un super roman de Neal Shusterman 🙂

Citations. 

« Dis, monsieur… Est-ce que tu es un boys band ?
– Quoi ?
– Naru, sois polie…
– Miwa, elle dit que les beaux mecs, c’est tous de boys band ! Et toi, tu es canon ! Donc tu en es un, c’est forcé !
– Belles capacités de déduction, mais en fait, ce monsieur est maître calligraphe…
– Ok, chef ! J’ai capté ! C’est un boys band qui sait écrire ! »
Barakamon #1, Satsuki Yoshino.

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« La malédiction du vainqueur, c’est l’emporter à la fin, mais uniquement au prix fort. Payer si cher qu’on regrette la victoire. »

« Le bonheur se nourrit de la liberté, disait souvent son père, et la liberté de courage. »
The Curse, Marie Rutkoski.

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« En gros, pendant qu’on était en train de faire nos courses, vous pensiez à votre future victime ? dit Rowan.
– J’ai de la peine pour vous, fit remarquer Citra. Même quand vous faites votre shopping, la mort se cache derrière le pack de lait. »

« Tu vois au-delà des apparences de ce monde, Citra Terranova. Tu ferais une bonne faucheuse.
La jeune fille tressaillit.
— Jamais je ne voudrais en devenir une.
— C’est justement la première condition.
Sur ces mots, il sortit et s’en alla tuer leur voisine. »
La Faucheuse, Neal Shusterman.

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« Le chagrin consume, et rien ne brûle sans combustible. Il emporte quelque chose de vous. »
La Maison des Reflets, Camille Brissot. 

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Brèves de comptoir #135

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : l’adaptation live d’Erased !

Après l’excellente adaptation animée (sur Wakanim), et le film sorti en mars 2016, Erased sera adapté en série par Netflix. La série est prévue pour être diffusée dans 190 pays dès l’hiver prochain ! Dire que j’ai hâte frise l’euphémisme 🙂

Lundi encore : la traduction vue par Neil Gaiman !

L’auteur s’exprime, sur son blog, sur l’art difficile de la traduction.

Mardi : le Neko Light Orchestra et le volume 2 des Uchronies musicales !

Les Uchronies musicales, qu’est-ce que c’est ? Chaque semaine (et ce durant 10 semaines), les participants proposent des univers en rapport avec les mondes de l’imaginaire (issus de romans, de films, etc.). Ensuite, ils sont invités à voter pour ceux qu’ils préfèrent. Une fois passée cette étape,  The Neko Light Orchestra, un collectif de musiciens passionnés par les univers geeks, arrange une partition et crée un morceau inspiré de l’univers (ou réarrange l’existant dans des medleys). Cette année, les votes se tiennent du 10 avril au 10 juillet.
Pour en savoir plus et voter, ça se passe  ; pour découvrir leur travail, ça se passe !

Mardi encore : affiches rétrofuturistes pour la NASA !

Il y a quelques années, la NASA a lancé le projet Visions du Futur, qui présente des vues d’artistes autour de planètes et de satellites, façon tourisme spatial. La découverte, il y a quelques semaines, de Trappist-1 et de son système planétaire (à 39 années-lumières de nous) a été l’occasion d’ajouter une nouvelle affiche à la galerie.

Mercredi : ImaJ’nère, 7e !

Pour la septième édition, le salon ImaJ’nère se tiendra à Angers (salons Cournonsky, 6 place Maurice Sailland) les 8 et 9 avril 2017. Parmi les invités annoncés, il y a déjà Dominique Forma, Simon Sanahujas, Thomas Geha, Julien Blondel, Erik L’Homme et Danielle Thiéry. L’invité d’honneur, quant à lui, est Jean-Marc Ligny.

Toutes les infos subsidiaires sur la page de l’événement.

Jeudi : exposition Gilles Barbier !

L’artiste contemporain, notamment connu pour L’Hospice, une installation mettant en scène des super-héros vieillissants, fait l’objet d’une exposition à la galerie Georges Philippe et Nathalie Vallois (33 et 36, rue de Seine, Paris 6e), jusqu’au 22 avril 2017.le site de la galerie. Vous pourrez  y voir ses illustrations fantasques. Toutes les infos, ainsi qu’une interview, sur le site de la galerie.

Jeudi encore : colloque du héros !

À l’occasion des Intergalactiques de Lyon (cf. ci-dessus), et en partenariat avec La Faquinade, la deuxième édition du Colloque du Héros, lancé par Vil Faquin himself, aura lieu du 29 avril 14h au 30 avril 16h à Lyon, à la MJC Monplaisir Le Karbone (25, avenue des Frères Lumière, Lyon 8e). La première avait eu lieu à la librairie Trollune, au mois d’avril de l’année dernière.
Le Colloque du Héros proposera un ensemble de conférences et de discussions autour du thème du héros dans l’imaginaire (quelque soit la forme de culture populaire) et verra intervenir des spécialistes comme Laurent Aknin, Raphaël Colson, Patrice Louinet, Stefan Platteau, Alex Nikolavitch ou bien Gaël Régnier.

Voici le programme :

Samedi 29 avril, de 14 à 19 heures (en comptant large) :
. Introduction : Lancelot & Fils. (Vil Faquin)
. Laurent Aknin : Jim Hawkins et Mr. Hyde.
. Patrice Louinet : Conan, un héros (trop ?) canonisé.
. Stefan Platteau : Genèse des héros épiques contemporains.
. Conclusion de mi-journée. (Vil Faquin)

Dimanche 30 avril, de 11 à 16 heures (idem)
. Résumé de la veille. (Vil Faquin)
. Raphaël Colson : Généalogie du héros post-apocalyptique.
. Gaël Régner : Myazaki et le héros en devenir.
. Alex Nikolavitch : Us et abus du voyage héroïque.
. Conclusion (Vil Faquin)

Retrouvez toutes les informations sur la page Facebook de l’événement.

Vendredi : Tolkien à l’honneur !

Du 23 mars au 30 avril, le festival Terres de paroles se déroulera en Seine-Maritime et Normandie. Sera mise à l’honneur la lecture avec des textes contemporains ou plus anciens et ce sous diverses formes.
Cette année, le festival sera plus particulièrement centré sur la Galaxie Tolkien avec des ateliers d’écriture, des projections vidéo, des cours d’elfique, des jeux grandeur nature ou bien des lectures musicales de l’œuvre de J.R.R. Tolkien.
Pour en savoir plus, direction le site du festival !

Et ne manquez pas le Tolkien Reading Day, le 25 mars 2017 (indépendant du précédent) ! Les informations sur les actions dans les différentes villes sur le site de Tolkiendil.

Vendredi encore : Yoss dans le prochain Galaxies !

L’auteur cubain sera à l’honneur du prochain numéro estival de Galaxies, dont la couverture sera réalisée par Burda. Si vous ne connaissez pas l’auteur, je vous recommande très chaudement son roman Planète à louer.

 

 Bon dimanche !

New Earth Project, David Moitet.

En 2125, la majorité de la population est pauvre et parquée dans des bidonvilles, tandis que l’élite profite d’une vie confortable sous le Dôme. Sur Terre, les meilleurs élèves cotoient la même école. C’est ainsi qu’Isis rencontre Orion, le fils du dirigeant du NEP et qu’elle lui ouvre les yeux sur son monde. Le jour où Isis est tirée au sort avec sa famille pour partir sur la Nouvelle Terre, Orion va mener son enquête sur le fonctionnement du NEP… et faire de terribles découvertes.

Dire que j’ai dévoré ce court roman de science-fiction ne serait pas tout à fait exact : il a fait l’affaire de pas même une journée !
La narration alternée nous fait découvrir les aventures d’Isis Mukeba (Immaculée-Sissy, de son petit prénom… véridique !) et d’Orion Parker. Si le second est le fils du multimilliardaire qui a mis sur pieds le projet NEP, la première survit avec ses parents au sein du bidonville flottant, et fréquente l’école dans l’espoir d’un avenir meilleur.
La société que l’on découvre a donc toutes les caractéristiques d’une dystopie, opposant les riches (très très riches) aux pauvres (très très pauvres, dans leur cas, et surnommés les Gris).

Et c’est grâce à un TP social qu’Isis va pouvoir ouvrir les yeux de nantis d’Orion, en lui faisant découvrir les réalités de son bidonville et en lui montrant que les Gris ont de la ressource à revendre – contrairement à ce que pensent les élites. Et ce qui est intéressant, c’est que l’on voit évoluer le jeune homme (contrairement à sa peste de camarade Miranda), tout comme Isis, qui cesse de penser que tous les riches sont à jeter. Leur découverte progressive des rouages de leur univers est l’occasion d’évoquer l’écologie (la Terre a été irrémédiablement abîmée par des générations d’humains peu scrupuleux) : partage des ressources, techniques d’agriculture novatrices (comme l’aquaponie et la permaculture), gestion durable des stocks et ressources, le panorama est large et c’est vraiment passionnant.

Autre point qui fait que l’on lit sans s’arrêter : la tension du récit. Le rythme se tient d’un bout à l’autre et, lorsque l’on pense que l’intrigue principale est résolue, un rebondissement vient relancer la tension. D’ailleurs, à partir de ce second élément perturbateur, le roman prend des accents de polar aussi réussis qu’efficaces.

En somme, New Earth Project est un roman de science-fiction très court, mais hautement efficace. L’intrigue, en plus d’être prenante, évoque des sujets d’importance : inégalités sociales (et pire si affinités), écologie, protection de l’environnement, le tout venant nourrir l’intrigue, sans imposer de discours se voulant bien-pensant ou moralisateur. Résultat ? Un roman palpitant qui se dévore littéralement !

New Earth Project, David Moitet. Didier Jeunesse, février 2017, 217 p.

Bungô stray dogs #1-2, Kafka Asagiri & Harukawa 35.

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Après avoir été expulsé de son centre d’accueil, Atsushi Nakajima se retrouve seul et à la rue… il rencontre alors un étrange jeune homme du nom d’Osamu Dazai. Ce dernier fait partie de l’Agence des Détectives armés, une troupe d’enquêteurs aux pouvoirs paranormaux, à la recherche d’un mystérieux tigre mangeur d’hommes. Atsushi semble avoir d’étroits liens avec ce tigre, et se retrouve enrôlé malgré lui parmi ces fameux Détectives sur l’initiative de Dazai. Action et batailles entre illustres écrivains à Yokohama !

Lorsqu’Atsushi, jeune orphelin expulsé de son orphelinat pour raisons budgétaires, rencontre Dazai, celui-ci teste une nouvelle méthode de suicide – son objectif principal dans la vie. On peut dire que l’introduction ne manque ni de piquant, ni d’originalité.
Et la suite est à l’avenant !

Car si Atsushi est un jeune homme assez naïf, Dazai fait, lui partie, de l’Agence des Détectives Armés, qui regroupe des enquêteurs aux pouvoirs surnaturels, de fins limiers au service de la justice et de la vérité. D’ailleurs, cela tombe bien, car Dazai enquête sur un énorme tigre mangeur d’hommes qui sème la panique en ville et va requérir l’aide d’Atsushi.

Bien qu’il s’agisse du premier tome, le volume comprend pas moins de trois enquêtes, qui nous permettent de mieux comprendre l’univers dans lequel évoluent nos jeunes détectives. Les rebondissements s’enchaînent à bon rythme, jusqu’à la fin, gardant un suspens bien équilibré… jusqu’au retournement de situation final ! Question rythme, révélations et découverte de l’univers, ce premier tome est tout simplement excellent !

Côté personnages, on découvre une palette d’agents aux pouvoirs surnaturels aux noms… pas très évocateurs. Et c’est ce qui fait le sel des personnages : on a le nom du pouvoir (par exemple « Poète solitaire » !) et on attend de savoir, dans le feu de l’action, à quoi cela correspond. Cela crée un effet de suspense vraiment bienvenu !

Au dessin, Harukawa 35 fait merveille avec des traits très clairs et des scènes très lisibles, y compris dans les combats les plus échevelés (et il y en a !).

En somme, ce premier tome nous fait découvrir un univers peuplé de personnages aux pouvoirs tous plus surnaturels les uns que les autres, embarqués dans des enquêtes passionnantes et dans une opposition tout aussi intéressante avec la mafia !

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Après l’attaque d’Akutagawa et de sa subordonnée Higushi, Atsushi se réveille à l’Agence, qui est maintenant prise pour cible par la mafia dans le but de récupérer l’homme-tigre. Le jeune détective va alors devoir prendre une décision…

Maintenant qu’Atsushi est assuré d’avoir un avenir, on peut souffler ! Sauf que la mafia, elle, n’a pas dit son dernier mot.
Ce deuxième tome nous propose encore une fois son lot de rebondissements inattendues, palpitants et faisant monter la tension. Car l’antagonisme entre la mafia et l’Agence des détectives prend des tours et des formes inattendues. L’histoire n’est donc pas lassante le moins du monde.

Le gros point fort de cette série, que je n’ai pas encore invoqué, ce sont toutes les références liées aux personnages. En effet, l’Agence des Détectives Armés regroupe des avatars d’auteurs, poètes ou novellistes japonais. Vous n’êtes pas une pointure en littérature classique japonaise ? Pas de panique ! Les personnages sont décrits, avec leurs références littéraires, dans les inter-chapitres. Et voir comment les auteurs jouent sur les noms, les pouvoirs et les références est passionnant : car les pouvoirs des détectives sont, presque toujours, issus des œuvres des auteurs dont ils prennent les noms.  Voilà qui ajoute un côté original non négligeable à ce manga.

Dans ce tome-ci, les auteurs font à nouveau preuve de leur sens du rythme et de la lisibilité des scènes, ce qui fait qu’on arrive au bout de l’histoire quasiment sans s’en rendre compte.

Bungô stray dogs est donc un manga seinen extrêmement bien mené, passionnant de bout en bout, dont le rythme est tout simplement excellent. Il n’est pas difficile de s’attacher aux personnages, dont on cherche à découvrir et la teneur du pouvoir, et la référence littéraire qu’ils comportent. En somme, une excellente découverte et, au vu des révélations des deux premiers tomes, j’ai hâte de lire la suite !

Bungô stray dogs #1 et #2, Kafka Asagiri (scénario) et Harukawa 35 (illustrations).
Traduit du japonais par Nicolas Pujol. Ototo (Seinen), 4 février 2017, 192 p.

Brèves de comptoir #134

brèves

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : sexisme ordinaire et Harry Potter !

La Gazette du Sorcier reprend un article de Bustle, qui s’est penché sur cinq occurrences de sexisme ordinaire dans Harry Potter. 

Lundi encore : documentaire pour American Gods !

L’adaptation du roman de Neil Gaiman sera diffusée à partir du 30 avril aux Etats-Unis. Et l’auteur vient d’annoncer un documentaire consacré à la genèse de son roman.
Le documentaire, intitulé American Gods : Origins, suivra l’écrivain en Islande. En effet, c’est au cours d’un séjour à Reykjavik que l’auteur, observant la maquette d’une colonie viking en Amérique du Nord, s’est fait la réflexion suivante : si les Vikings ont emporté leurs dieux avec eux lors de leur expédition, ont-ils laissés ces mêmes dieux derrière eux lorsqu’ils sont repartis ? Et voilà ! Il y explique également que le roman se nourrit aussi de son expérience personnelle d’immigrant (il est arrivé aux Etats-Unis en 1992). La date de diffusion n’a pas encore été communiquée, mais voici un trailer :

Mardi : Roland C. Wagner sur Fréquence 8 !

La radio Fréquence 8 propose d’écouter, chaque semaine, une personne de Montfort parler d’un livre (et si vous ratez le live, il y a une rediffusion). Du 13 au 17 mars, Ma P’tite Librairie, librairie d’occasion à Montfort, vous fait découvrir l’univers de Roland C. Wagner, avec son livre Cette crédile qui nous ronge.

Mardi encore : 10 nouveaux auteurs présentés par ActuSF !

Les littératures de l’imaginaire accueillent plein de nouveaux auteurs tous les mois, au fil des parutions ; ActuSF vous en présente 10 !

Mercredi : Ursula K. Le Guin à l’American Academy of Arts & Letters !

Ursula K. Le Guin fait partie des 14 nouveaux membres accueillis cette année par l’institution, créée sur le modèle de l’Académie française et comptant 250 membres issus du monde des arts et des lettres et élus à vie. Belle reconnaissance pour l’imaginaire !

Mercredi encore : les lauréats du Prix Bob Morane !

Le prix Bob Morane récompense une œuvre de fiction publiée dans l’année civile du prix en cours ; il a été créé en 1999 par Marc Bailly, en hommage au personnage fictif d’Henri Vernes, créé en 1953, que vous connaissez peut-être par le biais des romans ou des bandes-dessinés dont il est le héros (à défaut, vous avez peut-être entendu la chanson d’Indochine). Comme Bob Morane a exploré tous les genres possibles et imaginables, la sélection est à son image.
Il y a quelques semaines, je vous annonçais la liste des finalistes et les lauréats viennent d’être annoncés. Voici les heureux élus :

Roman francophone : Manhattan Marilyn, Philippe Laguerre (Critic).
Roman traduit : Les Enfermés, John Scalzi, traduit par Mikael Cabon (L’Atalante).
Nouvelles : Il sera une fois, Southeast Jones (Séma).
Coup de cœur : L’Exégèse de Philip K. Dick., Collectif (J’ai Lu).

Mercredi toujours : les finalistes du prix Vampires & Sorcières !

Fantasy  :
Le Porteur de mort, tome 1, L’Apprenti, Angel Arekin (Plume blanches). – Apostasie, Vincent Tassy (Éditions du Chat Noir)
La part des ombres, tome 1, Gabriel Katz (Scrinéo).
Le Carnaval au corbeaux, Le Nibelung tome 1, Anthelme Hauchecorne (Éditions du Chat Noir).
La Main de l’Empereur, tome 1, Olivier Gay (Bragelonne).
Science-fiction :
Techno Faërie, Sara Doke (Les Moutons électriques).
L’Homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu (Le Bélial’).
Alive, Scott Sigler (Lumen).
Chaos, tome 1, Ceux qui n’oublient pas, Clément Bouhélier (Critic).
Cookie monster, Vernon Vinge (Critic).
Fantastique :
Le Gardien de la source, Vanessa Terral (Pygmalion).
Échos obscurs, Denis Labbé (Éditions du Petit Caveau).
Notre-Dame de la mer, Rozenn Illiano (OniroProds).
Sous le lierre, Léa Silhol (Nitchevo).
Contes de la plaine et des bois, Jean-Claude Marguerite (Les Moutons électriques).
Les autres titres nominés sont visibles ici (et c’est également là que vous pouvez voter !).

Jeudi : Lionel Davoust en conférence à Paris !

L’auteur donnera une conférence sur les littératures de l’imaginaire à l’école d’écriture Les Mots  (4, rue Dante, Paris 5e) les 24 et 25 mars, à partir de 20h. L’inscription est conseillée ! Et voici le sujet de la conférence :

Les littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantasy, fantastique) descendent en droite ligne des grands récits mythiques de l’humanité, de Gilgamesh à l’Odyssée, et offrent de nos jours les succès les plus retentissants de la narration, du Seigneur des Anneaux à Star Wars en passant par Harry Potter.
Pourtant, elles restent décriées par ignorance et paresse intellectuelle, alors qu’au-delà de l’aventure et de l’évasion, elles offrent un laboratoire unique de réflexion sur l’humanité, sa vision du monde et les questions fondamentales qui l’animent.
Auteur de trente nouvelles et de plusieurs romans, finaliste et lauréat de nombreux prix reconnus dans le domaine des littératures de l’imaginaire, Lionel Davoust propose un tour d’horizon des genres qui composent ce champ, des techniques de création qui le caractérisent, et comment leur usage peut enrichir de façon unique le travail d’écriture.

Jeudi encore : visitez Lyon avec Nicolas Le Breton !

L’auteur et conférencier, en partenariat avec l’établissement culturel Le Sémaphore – Théâtre Irignyorganise une balade de découverte de la ville de Lyon, pour découvrir ses lieux secrets tout en en dressant un panorama historique. La balade aura lieu le 14 mars, à partir de 18h. Toutes les infos sur la page.

Jeudi toujours : un parc d’attractions Pandora !

Avatar avait été un succès phénoménal au cinéma. Son parc d’attraction vient de voir le jour, sous la houlette des studios Disney ; il est situé à Orlando (Floride), dans l’enceinte de Disney World. L’ouverture est prévue le 27 mai mais vous pouvez déjà visiter le site officiel du parc. L’attraction se situera à Disney World à Orlando en Floride.

Vendredi : la science dans la fiction dans Dune !

La chaîne Youtube La Science dans la Fiction vulgarise les sciences grâce au cinéma. Pour son dernier épisode, la chaîne s’est penchée sur Dune.

Vendredi encore : Paul Verhoeven à l’honneur !

La cinéaste hollandaisPaul Verhoeven, à qui l’on doit de nombreux classiques de la science-fiction, fera l’objet d’une soirée organisée par l’institut Lumière (25, rue du Premier-film, Lyon 8e), le samedi 8 avril.
Seront diffusés : Robocop, Total Recall, Showgirls et Starship Troopers.
Infos et achats des places ici.

Vendredi toujours : une couverture de livre, combien ça coûte ?

Cela ne concerne pas que l’imaginaire, mais la littérature en général. Savez-vous combien coûte une couverture de livre ? Article à destinations des jeunes auteurs et graphistes, mais aussi des autres !

 

Bon dimanche !

Alight, The Generations #2, Scott Sigler.

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Échappés de leurs cercueils, M. Savage, surnommée Em, et ses compagnons ont parcouru des kilomètres de couloirs envahis d’ossements, affronté la faim et la soif, combattu un redoutable ennemi, les Adultes, avant de pouvoir enfin se sortir du piège dont ils étaient prisonniers. Mais arrivés sur Omeyocan, le monde qui leur est destiné, les jeunes survivants déchantent vite…
Pour protéger et nourrir son peuple, à présent constitué de centaines d’enfants, Em va devoir explorer une cité dévastée, perdue au cœur d’une jungle habitée par de terribles créatures et, semble-t-il, d’autres êtres humains. Mais le danger qui guette la troupe ne vient pas seulement de l’extérieur. À mesure que le passé rattrape les adolescents, des clans se forment, des luttes intestines menacent la cohésion du groupe, l’adorateur d’un dieu assoiffé de sang est même prêt à tout pour renverser la jeune Savage…
Jusqu’où Em ira-t-elle pour conserver sa place de chef ? Entre la survie de tous et le pouvoir, que choisira-t-elle ?

Malgré des personnages qui m’ont semblé suprêmement agaçants, j’avais apprécié l’efficacité du premier tome, Alive.
Le début de ce deuxième tome nous emmène sur Omeyocan, la planète destinée à l’installation des nouveaux colons. Et… pas de chance. J’ai trouvé le début de l’histoire d’une incroyable longueur et, disons-le tout net, pas franchement passionnante. Ceci sur un bon tiers du roman, dont le départ m’a semblé poussif et peu intéressant. Heureusement, lorsque les personnages sont enfin capables de dépasser leurs petites préoccupations personnelles, cela devient nettement plus intéressant.

Et curieusement, c’est aussi grâce à leurs bisbilles que l’histoire reprend de l’intérêt. Em s’aperçoit que le rôle de leader n’est pas le plus folichon, lorsqu’Aramovski, ayant rallié à sa cause (mystico-religieuse) la quasi-totalité des enfants présents sur le vaisseau, s’attache à récupérer le rôle de chef de la communauté. Pire, il s’avère que les symboles sur le front de chacun dessinent, en fait, un vieux système de castes… que certains ont vraiment à cœur de remettre en place, d’autant que les cercles vides (comme Em), sont en fait les esclaves des autres. La découverte remet totalement en perspective les disputes qui éclatent entre les enfants et les intérêts que certains défendent et cela apporte à l’intrigue un souffle nouveau.

L’autre point très intéressant, c’est l’univers que l’on découvre sur Omeyocan, clairement inspiré de l’Empire aztèque, de sa mythologie, de son esthétique. Couplé à l’aspect science-fiction (découverte et conquête spatiale, recherche d’immortalité), cela crée un univers très original. L’histoire prend alors un nouveau tournant avec les découvertes que font les personnages sur Omeyocan, dont certaines vont les laisser sans voix.

Au fil des chapitres, de nombreux sujets sont évoqués, comme la vie en collectivité (pas toujours facile), la lutte des classes, la découverte de l’Autre et leurs penchants plus négatifs, comme le racisme, l’asservissement des autres, l’intolérance. Finalement, pas besoin de voyager à des milliers d’années-lumières, on retrouve toujours les travers d’une société humaine.

Passé ce premier tiers un peu poussif, on découvre une histoire très prenante, aux péripéties variées et qui tiennent vraiment en haleine. Les débats qui opposent les jeunes colons sont passionnants et permettent de poser une multitude de questions. Les révélations, de leur côté, réussissent à surprendre le lecteur – et ce n’est pas le retournement de situation final qui calmera son rythme cardiaque !

◊ Dans la même série : Alive (1) ;

The Generations #2,  Alight, Scott Sigler. Traduit de l’anglais par .
Lumen, septembre 2016, 568 p.

T.T.T. #13 : 10 héroïnes à suivre.

Le 8 mars, c’est la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Je vais insister un poil sur le titre. De Lutte pour les Droits des femmes et non pas de « la femme ».
Non parce que sinon, ça veut dire que les 364.25 autres jours de l’année seraient des Journées du mâle et comme c’est déjà un peu le cas H24, on va pas non plus insister de trop. La journée existe, sous ce titre, depuis 1977. Mais en fait, la toute première a eu lieu aux États-Unis, en 1909. Donc, au mieux, cela fait 40 ans, au pire 108, qu’on estime qu’il est important de célébrer les droits des femmes et de rappeler qu’on lutte pour qu’elles en aient. Comment ? Qu’ouïs-je ? Qu’entends-je ? Quelqu’un parle de société patriarcale ? Mais non, ma bonne dame, enfin, jamais de la vie. Pas de ça chez nous.
Bon, 108 ans, quand même, hein. J’dis ça comme ça.
Heureusement, à défaut de compter sur nos concitoyens (et j’te parle même pas de nos élus, cela va sans dire, surtout à l’heure où un député européen justifie les écarts de salaires !!), on peut compter sur la littérature (notamment jeunesse, et c’est une chance) pour nous offrir de beaux exemples à suivre, même si elles n’œuvrent pas toujours seules.
Parce que lutter pour les droits des femmes, ce n’est pas vouloir nier la présence des mâles, les diaboliser ou les rayer de la surface de la Terre ; ce n’est pas dire « une paire d’ovaires surpasse une paire de testicules » et ce n’est pas non plus vouloir inverser les rôles en instaurant une société définitivement matriarcale (même si, des fois, c’est quand même tentant de vous rendre la monnaie de votre pièce). Lutter pour les droits des femmes, c’est juste arriver à faire reconnaître que tous, mâles ou femelles, nous sommes des êtres humains. Et comme chacun le sait, Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits ». Facile, non ?

Alors, comme tout ça doit aussi passer par une sérieuse déconstruction des clichés, voilà un petit tour d’horizon des héroïnes inspirantes qu’il fait bon de suivre, même si c’est seulement entre les pages d’un roman.

10 héroïnes à suivre 

• Constance. 

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Constance fait des études « longues » à l’Institution Saint-Louis, jusqu’au baccalauréat, où elle apprend… la danse, les cours de tapisserie (dans tous les sens du terme) et les bonnes manières. Bienvenue à Paris en 1840 ! Sauf qu’un jour, Constance est mise en présence d’un fleuret, d’un cours d’escrime, d’un jeune scientifique un peu rêveur et qui n’a pas froid aux yeux et qu’elle va finalement trouver son compte dans des aventures pas tout à fait débridées, mais certes échevelées. Et, spoiler alert ! C’est plutôt Constance qui assure les arrières de Louis, que l’inverse. Alors, c’est qui la patronne ?
Louis Pasteur contre les loups-garousFlore Vessco. 

• Ascane.

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Ascane n’a qu’un rêve : devenir licornière royale. Dans un univers où on n’a encore vu aucune fille accéder à ce statut, et où « licornier royal » rime forcément avec « mâle », dur dur. Mais ce n’est pas un souci. Ascane va tout supporter : la mauvaise humeur et la méchanceté bassement sexiste de Séber, le maître licornier, les conditions difficiles de l’apprentissage et les moult péripéties rencontrées. Aucun problème. Ascane relève les défis avec plaisir et talent et, mieux !, fait des émules dans son sillage. Il ne sera pas dit qu’un vulgaire a priori sexiste empêchera Ascane de faire ce qu’elle veut, ni les autres femmes du royaume !
La Fille aux licornesLenia Major. 

• Beryl Markham.

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Bon, là, j’avoue, je triche un peu, car Beryl Markham a vraiment existé et arpenté notre Terre. Et avec classe, avec ça ! Car Beryl Markham est devenue une entraîneuse de chevaux particulièrement réputée, et la première femme à le devenir, dans les années 1920. À ce moment-là, elle était d’ailleurs séparée de son mari et travaillait pour subsister.  Et elle n’avait pas 20 ans. Absolument. Vous en voulez plus ? Ce n’est même pas pour ça qu’elle est passée à la postérité. Non. On la connaît parce qu’elle est la première aviatrice à avoir traversé l’Atlantique, en 1936. Qui a dit qu’on ne peut pas vivre selon ses rêves et qu’on était obligés de vivre selon les carcans de son époque ?
L’AviatricePaula McLain.

• Sophie.

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Au début de l’histoire, Sophie (qui doit avoir entre 15 et 19 ans, pas plus), reprend la chapellerie de son père (alors décédé). Après ça, elle est maudite par une sombre crétine sorcière et transformée en vieille femme pour une obscure histoire de rancœur amoureuse à laquelle Sophie ne comprend rien. Là voilà qui part alors pour le château de Hurle, un dangereux magicien, parce qu’elle pense qu’il est le seul à pouvoir l’aider. Mais… en fait… c’est peut-être plutôt Sophie qui va aider Hurler et trouver, au passage, comment se débarrasser de leurs malédictions – car du côté de Hurle, c’pas top non plus. Ce ne sont pas quelques rides et des rhumatismes qui vont l’empêcher de continuer à régenter son monde – car quand Sophie a une idée, elle va au bout des choses ! La volonté n’est pas l’apanage de la jeunesse !
Le Château de HurleDiana W. Jones. 

• Lyra Belacqua.

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Alors là, on touche à la découverte historique, ou presque ! Parce que lorsque le premier tome de la trilogie de Philip Pullman paraît, en 1995, on ne peut pas dire que la littérature jeunesse regorge de nanas prêtes à en découdre et d’histoires prônant une approche un brin égalitaire des deux sexes. Lyra, justement, se moque des règles qu’on lui a inculquées. Rester sagement à sa place (en cuisine ou se taisant) ? Jamais de la vie ! Ne pas partir à l’aventure toute seule, avec son couteau et sa boussole, parce que c’est un truc de mecs ?  Oubliez ! Et vous savez quoi ? Ce roman avait un sacré goût d’aventure, de liberté et de transgression des valeurs machistes établies !
Les Royaumes du NordPhilip Pullman. 

• Mercy Thompson.

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Mercy n’a pas eu une enfance facile-facile. Seule changeforme (coyote) élevée dans une meute de loups-garous, elle a dû développer un certain caractère rétif et une solide indépendance pour s’en sortir – le loup-garou étant, par essence, assez moyenâgeux sur les relations hommes-femmes. Toute ressemblance avec le mâle moyen est évidemment tout sauf fortuite. Et ce qui est bien dans cette série, c’est que Mercy (même si on l’aide régulièrement), est une grande fille qui n’a pas besoin que le chevalier arrive au galop sur son poney blanc pour la sauver au moindre signe d’action. Et Patricia Briggs fait ça avec talent : sa série est tout sauf sexiste, que ce soit dans un sens ou dans l’autre (honnêtement, il ne s’agirait pas de tomber dans le travers inverse, et de se retrouver encore dans du sexisme), Mercy étant capable d’appeler à l’aide quand, clairement, le problème excède ses compétences. Autre bon point : Mercy montre qu’il n’est pas obligatoire de vivre selon les clichés que l’on a déterminés pour vous. C’est une femme, mais elle est mécanicienne (métier traditionnellement affecté aux hommes) et, dans son univers, les femmes devraient n’être que de petites choses fragiles que l’on protège. En fait, c’est plutôt elle qui castagne du loup-garou à tour de bras – comme quoi, faut pas toujours se fier aux apparences.
Mercy Thompson, Patricia Briggs. 

• Hermione & Ginny.

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J’imagine que vous les avez vues venir, ces deux-là ! Comme Lyra, Hermione et Ginny seront bientôt des vieilles routardes des héroïnes badass que rien n’arrête. D’ailleurs, toutes deux sont exposées au sexisme ordinaire durant leurs aventures et, notamment, à du slut-shaming, particulièrement de la part de Ron (sale gosse) (si tu ignores ce qu’est le slut-shaming, je te recommande très vivement la lecture de La Vérité sur Alice).
Aparté mis-à-part, Hermione et Ginny sont deux jeunes filles qui, en général, n’ont pas besoin qu’on vienne sans arrêt les mettre en position d’infériorité. Si on y réfléchit, d’ailleurs, sans Hermione, l’ami Harry n’aurait pas dépassé le premier tome. Pas terrible en termes de longévité littéraire.
Ginny, de son côté, est décrite assez vite comme une sorcière très puissante qu’il vaut mieux éviter de se mettre à dos.
Mieux ? Car oui, il y a mieux ! Au-delà de ces aventures magiques, et comme Lyra, les deux filles déconstruisent les clichés et les codes de conduite moralo-religieux qu’on inculque depuis trop longtemps aux filles – mais pas aux garçons. En d’autres termes : elles vivent leur vie, notamment amoureuse, et n’ont pas besoin de l’autorisation de qui que ce soit et surtout pas d’un mec qui serait leur caution morale. Alors, oui, n’en déplaise à Ron, Hermione a eu des aventures avant lui (avec Viktor Krum, notamment) et Ginny papillonne. Et c’est NORMAL. D’ailleurs, personne ne reproche à Ron ou à Harry de sortir avec d’autres filles avant de rencontrer la sorcière de leurs vies. Et ça, cette différence de traitement, définitivement, ça n’est pas normal.
Harry PotterJ. K. Rowling.

• Katniss.

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Avec Katniss, on change encore de paradigme. Si, certes, elle fait ce qu’elle veut, elle montre aussi que les grandes batailles ne sont pas réservées au sexe dit fort et que les grandes causes (comme les petites) valent qu’on se battent pour elles. Lire les aventures de cette rebelle désignée volontaire, c’est se rappeler qu’il ne faut jamais baisser les bras et qu’il faut y croire encore, même quand on a l’impression que ça n’en vaut plus la peine et même quand la société tend à laisser croire que se battre, c’est pour les mecs. Et ça, c’est sans doute ce qui importe le plus.
Hunger GamesSuzanne Collins.

• Ellana & Shaé.

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Les héroïnes, chez Pierre Bottero, sont, en général, badass et un peu bourrines, chacune à sa façon (même Ewilan peut se montrer barbare sur les bords, quand on la titille un peu). De fait, Ellana comme Shaé vont condenser des traits de caractères évoqués pour les autres, car elles aussi sont de grandes filles indépendantes qui ont l’habitude de se débrouiller seules.
Avec Shaé, l’auteur nous rappelle que chacun est libre de ses choix et qu’il est important que cela le reste – je ne vais pas développer beaucoup plus, mais vous renvoyer à l’excellente vidéo de Studio Placard sur le sujet.
Ellana, de son côté, a un petit côté Mercy Thompson : elle incite à ne pas suivre les voies tracées par la société bien-pensante et à tailler sa propre voie, en conservant son indépendance d’esprit et sa liberté. A l’instar des autres, c’est un message qu’on ne répétera sans doute jamais assez.
Ellana et L’Autre, Pierre Bottero.

Et c’est sur ce dernier binôme que s’achève ce bref (très bref aperçu !) d’héroïnes inspirantes, qui changent des clichés et dont on suivra les aventures avec grand plaisir !