Briser la glace, Julien Blanc-Gras.

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A 4h25 de Paris et à 3h15 du Pôle Nord : le Groenland, sa banquise (en train de fondre), ses petits villages semi-traditionnels, ses pisiniarfik vendant aussi bien des revolvers que de la lingerie et ses autochtones. Pour découvrir tout cela, un voilier brise-glaces, l’Atka et quatre marins : trois loups de mer (respectivement le Capitaine, le Second et le Peintre, un autre baroudeur) et un marin d’eau douce (notre auteur, donc) qui distingue à grand-peine bâbord de tribord. Une semaine de cabotage à quatre à la découverte de l’Arctique.  

De Julien Blanc-Gras, j’avais adoré, à la dernière rentrée littéraire, In utero, un autre genre de récit de voyage.
Cette fois, il nous embarque à la découverte de l’Arctique, et quelle découverte ! Déjà, c’est l’été, donc il a chaud. Et puis, il faut oublier les images d’Epinal que l’on a sur l’Arctique : les ours faméliques, au printemps, c’est normal, après tout un hiver passé à jeûner ou presque ; les kayaks, il faut oublier, les Inuits ont désormais des Zodiacs, des bateaux à moteur et des fusils à harpons automatiques, comme tout chasseur-pêcheur moderne qui se respecte. Et on ne parle pas du cliché du Groenlandais rond comme une queue de pelle du matin au soir et vice-versa, rongé par les affres de l’alcool apporté par la Civilisation. Non, le Groenland est à l’image des autres pays, on y a des smartphones, internet (certes par intermittences), des supermarchés… En bref, rien de neuf sous le soleil de la communauté de la mondialisation.

Réchauffement climatique ? Ha oui, en effet, difficile de pas l’évoquer alors que le pays n’est plus bloqué que 4 mois sur 12 au lieu des 8 habituels. Mais pour les Inuits, c’est plus la perspective d’une évolution qu’une fatalité – quoique ça ne fasse plaisir à personne, cela va de soi.

Au fil des pages, Julien Blanc-Gras nous dresse le portrait d’un Groenland bien différent de ce qu’en ont retenu les clichés. Le récit se construit jour après jour, au gré des pérégrinations maritimes des quatre hommes. L’équipage fait des rencontres humainement très enrichissantes et que l’auteur rapporte avec force détails. Jour après jour, ce sont également les splendeurs glacées de l’Arctique qui se déroulent sous nos yeux, y compris lorsque l’auteur cède devant la pauvreté du vocabulaire pour décrire les merveilles qu’il contemple.

Mais ce qui rend le récit si prenant, c’est le ton sur lequel Julien Blanc-Gras le fait. Il narre ses aventures avec humour et légèreté, n’omettant aucun détail : de ses désillusions quant au bœuf musqué (qui est en fait une chèvre) à ses difficultés à accéder à Internet, en passant par l’incompréhension avec les locaux (l’auteur ne maîtrisant le Groenlandais qu’à plus de 0.5 grammes d’alcool dans le sang), la difficile adaptation à la vie à bord (notamment au vocabulaire maritime) et à la chasse aux icebergs (tantôt façon cowboy, tantôt façon Don Quichotte). Le récit est donc à la fois hilarant et très profond, les descriptions s’émaillant de quelques réflexions sur la situation, intelligentes et poétiques.

Briser la glace dépoussière donc habilement le mythe de l’Arctique, sous la forme d’un journal de voyage aussi hilarant qu’intelligent. Un texte à glisser sous le sapin ! 

Briser la glace, Julien Blanc-Gras. Paulsen, septembre 2016, 190 p.

Les Terres de l’Est, Récits du Demi-Loup #2, Chloé Chevalier.

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Deux ans ont passé. La Preste Mort poursuit ses ravages et la scission entre les deux domaines du royaume, Véridienne et les Éponas, se creuse chaque jour davantage. Aux deux Suivantes, Lufthilde et Nersès, il revient d’œuvrer dans l’ombre de leurs reines pour éviter le pire. Ballottées entre la frivolité de Calvina, les lubies imprévisibles de Malvane et la colère grandissante des comtes et du peuple, l’une comme l’autre peinent à se montrer à la hauteur de la tâche.
Tandis que de vieilles querelles de jeunesse se muent peu à peu en dangereux jeux de pouvoir, à l’est, l’Empereur tourne son regard et ses légions vers le Demi-Loup. Pour Cathelle et Aldemor, la Suivante et le prince renégats, l’heure approche de sortir de l’ombre et, enfin, de prendre leur revanche.

L’an dernier, j’avais succombé au charme de Véridienne ; inutile de préciser que j’attendais Les Terres de l’Est avec une certaine impatience, largement récompensée. Dans le premier volume, on suivait essentiellement les tribulations des deux cousines, au travers des journaux de leurs trois Suivantes et du prince Aldemor. Cette fois, l’histoire se concentre bien plus sur Aldemor, le prince renégat et sur Cathelle, la Suivante déchue, qui a suivi Aldemor dans sa disgrâce.
Au travers des écrits d’Aldemor, on en apprend plus sur son passé à l’Est et cela éclaire à la fois sa personnalité et quelques événements du premier volume.

La situation politique ne cesse de se complexifier et il est intéressant de voir l’angle sous lequel Chloé Chevalier envisage la situation. Le Demi-Loup n’est, finalement, qu’un royaume de bouseux mal dégrossis, menacé par la proximité d’un immense empire bien plus brillant. Les échanges de Nersès et Lufthilde, à ce titre, sont particulièrement édifiants, et permettent de mieux saisir les évolutions sanitaires, politiques et sociales en marche – et il y a du boulot. Comme dans le premier volume, on ne voit jamais les deux reines, mais on les suit tout de même pas à pas. Ces longs échanges de lettres sont également l’occasion de revenir sur leurs erreurs de jeune fille et, si en lisant le premier tome on ne s’est pas arrêté sur certains détails, les implications de leurs petits conflits sont maintenant plus claires.

On passe aisément d’un narrateur à l’autre – mais je regretterai tout de même que les blasons, bien pratiques pour les identifier, n’apparaissent pas dans la version numérique – car Chloé Chevalier les a tous dotés d’une voix bien particulière. Et dès que l’on passe à un nouveau personnage, c’est pour regretter de ne pas suivre plus longtemps le précédent, preuve que l’auteur a su rendre leurs tribulations littéralement passionnantes.

Si, dans le premier tome, les querelles juvéniles des cinq filles donnait au roman de faux airs lents, le rythme est nettement plus soutenu dans ce deuxième tome. Entre ceux qui se lancent dans une quête vengeresse presque promise à échouer, ceux qui tentent vaille que vaille de résoudre les problèmes et celles qui décident qu’elles ont mieux à faire, une certaine tension s’installe.
Mais, parallèlement à cela, l’auteur écrit, encore une fois, un roman très humain, centré sur les relations des personnages et leurs quêtes personnelles, qui viennent nourrir l’intrigue générale. Sans en révéler de trop, les quêtes politiques se doublent de quêtes identitaires, en se nourrissant les unes les autres.

De plus, on a enfin quitté les murs glacés de Véridienne – qu’on ne retrouve plus que par l’entremise des échanges épistolaires entre Nersès et Lufthilde. On voyage beaucoup plus dans cet opus, passant des murailles de Véridienne à celles des Éponas, des Plaines Jaunes aux immenses cités de l’Est, des recoins les plus obscurs du Demi-Loup aux bourgades les plus étranges. Chloé Chevalier nous donne à voir un univers vaste, riche de coutumes, légendes et d’une histoire secouée, quel que soit l’endroit que l’on visite.

Véridienne était un excellent premier tome, Les Terres de l’Est poursuit sur sa très bonne lancée ! Chloé Chevalier signe une aventure très humaine, portée par un contexte géopolitique complexe à souhait. J’espère de tout cœur que la suite sera à la hauteur de ces deux premiers tomes ambitieux et fascinants !

◊ Dans la même série : Véridienne (1) ;

Récits du Demi-Loup #2, Les Terres de l’Est, Chloé Chevalier. Les Moutons électriques, 19 août 2016, 327 p. 

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Brèves de comptoir #121

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Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : Entretien avec un vampire à la télé !

Après le film (réalisé en 1980 par Neil Jordan, avec Brad Pitt et Tom Cruise dans les rôles titres), le roman d’Anne Rice sera adaptée en série télévisée ; depuis que l’auteur en a récupéré les droits, elle a en effet annoncé qu’elle allait s’y atteler. Son fils Christopher Rice l’aidera pour la rédaction de l’épisode pilote. Voici ce qu’ils en disent :

« Les droits sont à nouveau dans mes mains, libres et clairs ! Je ne pouvais pas être plus excitée. J’ai dans l’idée de faire une série de haute qualité, c’est désormais mon rêve pour Lestat, Louis, Armand, Marius et toute la tribu. Dans ce nouvel âge d’or de la télévision, une telle série est la meilleure façon de laisser toute l’histoire se dérouler comme il faut. […] On a un plan détaillé pour une série ouverte, présentant fidèlement l’histoire de Lestat telle qu’elle est racontée dans les livres. Nous allons probablement commencer par « The Vampire Lestat » (le Tome 2) et voir à partir de là. Quand nous parlerons avec des producteurs, ce sera avec une vision complète du projet, qui aura Christopher comme producteur exécutif à la barre. »

Il y a peu d’informations pour l’instant, mais il se murmure déjà que Jared Leto pourrait incarner Lestat le vampire.

Mardi : les 5 nouvelles lois de la robotique !

74 ans après l’apparition des trois lois de la robotique d’Isaac Asimov, la directrice de la Silicon Valley Robotics (une association créée en 2010 et qui soutient l’innovation et le commerce des produits issus de la robotique), Andrea Keay, en a élaboré 5 nouvelles, pour apporter un cadre éthique plus complet et qui relève de l’intérêt général.
Voici ses cinq nouvelles lois :

1. Les robots ne doivent pas être utilisés comme des armes : nous ne pourrons pas éviter ce phénomène, mais nous devons tenter de le limiter.
2. Les robots doivent se conformer aux lois, notamment celles sur la protection de la vie privée.
3. Les robots sont des produits : en tant que tels, ils doivent être sûrs, fiables et donner une image exacte de leurs capacités.
4. Les robots sont des objets manufacturés : l’illusion créée ne doit pas être utilisée pour tromper les utilisateurs les plus vulnérables.
5. Il doit être possible de connaître le responsable de chaque robot.
Et, pour mémoire, voici celles d’Isaac Asimov :
1— Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, en restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
2— Un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
3— un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.

Mercredi : l’adaptation du Nom du vent par Lin-Manuel Miranda !

On en avait parlé dès que la nouvelle était apparue sur le net mais, cette fois, il semblerait que l’adaptation s’officialise ! Les studios Lionsgate ont annoncé la production d’un film ainsi que d’une série TV avec, en charge du projet Lin-Manuel Miranda, lui-même grand fan de la série. Voici ce qu’il dit du projet :

« I just love the world of @PatrickRothfuss and I want to spend time figuring out how to share it with you. So this is happening. »

L’intégralité de l’article est à lire ici.

Jeudi : Mythologica devient Imaginarock !

À partir du 2 janvier 2017, Mythologica change de nom et devient eMaginarock, un webzine sur les cultures alternatives.
L’équipe vous invite donc ce même jour, le 2 janvier, à partir de 15h, pour partager ce moment. Plus d’infos ici et !

Jeudi encore : premier tour du Prix Libr’à nous 2017 !

Le Prix Libr’à Nous est un mouvement spontané et libre de libraires, voulant mettre en avant leurs coups de cœur dans différentes catégories. Tous les libraires du monde entier peuvent participer, avec le même poids, qu’ils soient issus d’une librairie indépendante ou d’une chaîne culturelle ; pour cette troisième édition, 240 libraires de France, Belgique, Suisse, Maroc, Nouvelle Calédonie, Québec ont participé. Et ils viennent de dévoiler les titres sélectionnés au premier tour, dans les sept catégories du prix. Voici les titres sélectionnés pour la rubrique Imaginaire :
– La destinée, la Mort et moi, comment j’ai conjuré le sort, S.G. Browne, traduit de l’anglais par Morgane Saysana (Agullo).
– Le club des punks contre l’apocalypse zombie, Karim Berrouka (Actusf).
L’homme qui mit fin à l’histoire, Ken Liu, traduit de l’anglais par Pierre-Paul Durastanti (Le Bélial’).
– Phare 23, Hugh Howey, traduit de l’anglais par Estelle Roudet (Actes Sud).
Shakti, Stefan Platteau (Les Moutons Électriques).
– Une histoire naturelle des dragons, Marie Brennan, traduit de l’anglais par Sylvie Denis (L’Atalante).
– Dragon, Thomas Day (Le Bélial’).
– L’espace d’un an, Becky Chambers, traduit de l’anglais par Marie Surgers (L’Atalante).
– Water Knife, Paolo Bacigalupi, traduit de l’anglais par Sara Doke (Au Diable Vauvert).
– PariZ, Rodolphe Casso (CRITIC).
– Gotland Lovecraft, Thomas Day/ Nicolas Fructus (Le Bélial’).
Les autres titres sélectionnés pour le prix sont visibles ici.

Vendredi : Roland Lehoucq dans Science Freaktion !

Science Freaktion, c’est le titre de la nouvelle émission proposée par Jeuxvideo.com, dont le but est de confronter jeu vidéo et science.
Cette fois, c’est Roland Lehoucq (astrophysicien et président du festival des Utopiales de Nantes) qui débat des aspects scientifiques et techniques de la série Mass effect

Week-end : nouvelle newsletter pour Elbakin.net !

Si vous étiez abonné à l’ancienne, il faudra se réabonner à la nouvelle ; ça se passe !
A priori, elle devrait devenir mensuelle. À vos inscriptions !

Week-end encore : soirée Harry Potter au Meltdown Paris !

Save the date : le samedi 10 décembre, de 18h à 2h, le Meltdown (6, passage Thiéré, Paris 11e) se met aux couleurs de Poudlard. Déco revisitée aux couleurs des quatre maisons et chaque convive devra découvrir la sienne. Entrée via la voie 9 3/4 et tenues de sorciers de rigueur ! La carte des cocktails sera entièrement revisitée aux goûts sorciers et la soirée animée par de nombreuses animations. L’entrée est gratuite et toutes les infos adéquates sont .

Bon dimanche !

Je suis Adele Wolfe, Ryan Graudin.

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Germania, 1956. L’Axe domine le monde, suite à la victoire du IIIe Reich et du Japon. Depuis, les deux empires se sont partagé le monde. Afin de commémorer la victoire des forces de l’Axe sur les Alliés, Hitler et l’empereur Hirohito organisent chaque année une incroyable course de moto entre leurs deux continents : le Tour de l’Axe. Sur leurs Zündapp, les 20 candidats, japonais et allemands, rallient Berlin à Tokyo, via Le Caire et New Delhi. Le Führer fait une de ses exceptionnelles apparitions lors du bal de la Victoire.
Yael, une jeune survivante des camps, n’a qu’un objectif dans la vie : renverser le règne du Führer. Enfant, elle a été choisie par un médecin nazi pour subir des expériences visant à diminuer la création de mélanine. Résultat : Yael est désormais capable de métamorphose, pouvant prendre l’apparence d’à peu près n’importe quelle femme. Une capacité qui n’a, évidemment, pas échappé à l’œil de la Résistance, qui charge la jeune femme de mettre à bas Adolf Hitler.
Le moyen ? Prendre l’apparence d’Adele Wolfe, la seule femme à avoir jamais participé à la course et gagner à nouveau la course. 

De Ryan Graudin, j’avais beaucoup aimé Fuir la citadelleun roman bourré d’adrénaline, un trait que l’on retrouve dans Je suis Adele Wolfe.
L’intrigue débute très vite : on sait que Yael est une drôle de survivante des camps, capable de se métamorphoser à loisir ou presque, suite aux expériences nazies qu’elle a subies. Dès le début, elle a sa mission en tête et n’en démord pas : prendre l’apparence d’Adele et gagner la course.
Le récit alterne entre ce présent plein de suspens et le passé trouble de la jeune femme, de ses années de captivité et de torture, à sa formation d’agent spécial de la rébellion. On comprend donc bien mieux comment Yael est devenue cette Walkyrie prête à tout pour venger son peuple.

L’intrigue est menée tambour battant, au rythme des étapes harassantes de la course. Harassantes, car il s’agit d’un effort physique incroyable, mais aussi parce que Yael est soumise à une forte pression. Le jour du départ, elle s’aperçoit en effet que le frère jumeau d’Adele, Felix (dont Adele avait usurpé l’identité l’année précédente), a lui aussi pris le départ. Pire, elle doit affronter Luka, un autre concurrent, dont il semblerait qu’un secret qu’elle ignore le lie à Adele. Et c’est sans compter sur les autres candidats, allemands comme japonais, pour qui la championne est l’ennemi à abattre. Et c’est d’autant plus prenant que l’auteur sait nous surprendre au gré des péripéties et retournements de situation. C’est un roman qui fleure bon le cuir, la pluie, le sable, la sueur et le diesel et qui se lit avec autant d’urgence que d’appétit.

Côté genres, Ryan Graudin joue sur ceux de l’uchronie et de la science-fiction (teintée de fantastique). En effet, si les métamorphoses de Yael ont une explication toute scientifique, elles restent surprenantes et inédites. Celles-ci, de plus, sont souvent imparfaites, Yael n’ayant pas toujours le temps d’étudier ses cibles : voilà qui change agréablement des personnages métamorphes tout-puissants !
De son côté, l’uchronie fonctionne à plein et fait littéralement froid dans le dos. La fin est bien amenée et reprend, en le détournant légèrement, un véritable épisode de l’histoire du IIIe Reich.

Excellente découverte uchronique que Je suis Adele Wolfe. L’intrigue est menée sur les chapeaux de roues et ne laisse aucun répit, ni aux personnages, ni au lecteur. La fin, très ouverte, laisse toute latitude à un deuxième volume, que je lirai bien volontiers s’il paraît !

Je suis Adele Wolfe, Ryan Graudin. Traduit de l’anglais par Marie Cambolieu. MsK, septembre 2016, 338 p.

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Memorex, Cindy van Wilder.

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2022. La vie de Réha a basculé depuis un an. Un an que sa mère est morte dans un attentat contre sa fondation, Breathe, qui promeut un art contemporain et engagé. Cela fait aussi un an que son père, un scientifique de génie, ne quitte plus Star Island, l’île familiale, afin de travailler sur les projets de recherche de Memorex, sa multinationale pharmaceutique, qui mène des expérimentations sur la mémoire. Un an également qu’Aïki, le jumeau de Réha, son complice de toujours, s’est muré dans une indifférence qui fait souffrir tant et plus la jeune fille.
Or, voilà. En ce mois de novembre, tous trois vont se retrouver sur Star Island pour commémorer le triste anniversaire de leur mère et épouse. Réha a bien l’intention de forcer la conversation, de lever les tabous et les mystères, de se débarrasser de ce qui la hante, de retrouver les siens et de tourner la page sur ce qu’elle ressasse depuis un an. Mais entre les rancœurs familiales, les non-dits, et les convoitises que génère Memorex, les vacances ne vont pas être de tout repos.

Virage à 180° pour Cindy van Wilder ! Après la fantasy urbaine, la voilà qui explore le genre du thriller haletant.
Dès les premières pages de Memorex, on plonge dans une ambiance pleine de tensions : Rhéa va mal et, si on ne connaît pas encore toutes les raisons de son malaise, on ne tarde pas à avoir quelques informations, qui soulèvent une multitude de questions : qui a tué la mère des jumeaux ? Pourquoi Magali, leur tante, a-t-elle jugé utile de se répandre en calomnies dans la presse ? Pourquoi leur père fait-il autant de mystères autour du Memorex, le vaccin sur lequel il travaille et sur les circonstances exactes du décès de leur mère ? Pourquoi Aïki, le jumeau de Rhéa, semble-t-il s’être si bien remis du deuil et ignore-t-il à présent totalement sa sœur ? Et quelle mouche l’a donc piqué pour qu’il fasse entrer une étrangère dans leur sanctuaire, sans en parler à qui que ce soit ?
Vraiment, la situation est incroyablement complexe et pleine de suspens.

Et ce n’est pas le rythme qui vient calmer tout cela. Aux questions sans réponses succèdent une avalanche d’événements imprévus et de révélations fracassantes. L’auteur multiplie les fausses pistes pour mieux perdre le lecteur et, malgré quelques points que l’on voit venir, l’ensemble est aussi prenant qu’efficace. De plus, le fait que l’action se déroule sur une île et sur à peine quelques jours, renforce les sentiments d’urgence et de pression.

Rhéa est un personnage passionnant à suivre : elle est déterminée, courageuse, mais aussi profondément blessée et traumatisée et cela vient souligner à point nommé le récit. Celui-ci opère des allers-retours entre présent et passé, ainsi qu’entre les pensées des divers personnages, ce qui permet au lecteur de se construire peu à peu une vision plus globale et complète de la situation.

Mais là où cela devient extrêmement prenant, c’est lorsqu’on examine un peu mieux les questions qui sous-tendent l’intrigue. Sans en révéler de trop, sous le Memorex et l’accident de la mère de jumeaux, ce sont des questions scientifiques et éthiques toutes d’actualité qui apparaissent. À quel prix fait-on avancer la science ? Jusqu’où un esprit obsédé est-il prêt à aller ?
La figure du savant fou est intelligemment utilisée et le tout est d’autant plus réaliste que l’intrigue se déroule en 2022 – autant dire demain.

En somme, voilà un roman que j’ai lu d’une traite – dans le train ! – sans jamais sentir l’intérêt faiblir. L’intrigue est rondement menée et soulève des questions intéressantes, autour de l’éthique scientifique ou de la famille. Le thriller flirte avec l’anticipation, sur fond de drame familial et c’est littéralement passionnant. À ne pas manquer !

Memorex, Cindy van Wilder.  Gulf Stream (Electrogène), mai 2016, 403 p.

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Brèves de comptoir #120

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Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : le final de Noob au grand écran !

Ce final aura lieu le 5 février 2017, au Grand Rex (1, bd Poissonnière, Paris 2e), de 13h30 à 23h. Voici le programme :

« Une dernière occasion de faire une méga fête en présence de l’équipe pour la sortie d’une saison inédite de NOOB ! On a hâte de vous diffuser le final de la trilogie, mais aussi de la web-série toute entière après 8 saisons d’aventures inoubliables ! Ce sera la fin d’un long chapitre de près de 9 ans et le début d’un nouveau avec d’autres cycles (Noob Reroll, WarpZone Rebirth, Néogicia, le Blog de Gaea, etc…).
En marge du film 3, nous présenterons notre avenir transmédia et comme les deux dernières fois, nous vous proposerons un show interactif en live sur la scène, des bonus vidéo, des guests, une exposition, un sac avec des cadeaux, des photos, des dédicaces et une conférence, entre autres surprises liées à nos futures productions (vous aurez la primeur de quelques avant-avant-avant-premières niveau 100). Bref ! Une ambiance de folie pour le grand final de NOOB après une aventure de plus de huit ans ! Avec tous les Haut faits que vous connaissez déjà : Précurseur transmédia made in Internet, record d’Europe de Crowdfunding, web-série la plus vue en France avec 75 millions de vues, Awards de la meilleure web-série internationale 2014 décerné par les Streamy d’Hollywood, etc… Un parcours totalement fou grâce à vous !!!! Il faut fêter ça avec une conclusion à la hauteur !!!! »

Les billets sont d’ores et déjà disponibles.

Lundi encore : appel à textes pour les éditions Oneiroi !

Et laissons-les parler eux-mêmes :

« Citoyennes, citoyens des mondes imaginaires ! Les éditions Oneiroi vont bientôt ouvrir leurs portes ! Pour cela nous avons besoin de vous et de vos talents de narrateurs ! Que vous soyez scribe, ménestrel ou conteur de rêves, vous pouvez dès maintenant nous envoyer vos manuscrits de romans de fantasy, de steampunk ou de polar fantasy. Oneiroi vous propose des contrats à compte d’éditeur et une diffusion nationale, rien de moins ! À vos plumes !
Pour nous contacter : editionsoneiroi@gmail.com »

Toutes les infos sur leur page Facebook.

Mardi : les éditions Voy’el en difficulté !

Malheureusement, les semaines passent et se ressemblent. Après les éditions du Riez, c’est au tour des éditions Voy’el de conter leurs déboires.
Comme pour les précédentes, vous pouvez les aider, en achetant leurs ouvrages (papier ou numérique), directement sur leur site !

Mardi encore : cinq minutes pour reconnaître une dystopie !

La vidéo est proposée par Alex Gendler.

Mercredi : peut-on écrire trop ?

C’est le titre du très intéressant article de Mel Andoryss, en ces derniers jours de NaNoWriMo !

Jeudi : les coups de cœur 2016 des Bibliothèques de la Ville de Paris !

Les Bibliothèques de la Ville de Paris ont constitué, au sein de leur réseau de 60 établissements, 11 comités de lecture en littérature adulte et 5 comités pour la littérature jeunesse. Et voici, pour 2016, les coups de cœur du comité SFF :

Coups de cœur SF :

Mondocane, Jacques Barbéri (La Volte).
Résonances, Pierre Bordage (Nouveaux Millénaires).
Futu.re, Dmitry Glukhovsky (L’Atalante)
La Justice de l’Ancillaire, Ann Leckie (Nouveaux Millénaires).
Semences, Jean-Marc Ligny (L’Atalante)
L’Homme qui mit fin à l’Histoire, Ken Liu (Le Bélial’)
Métaquine, François Rouiller (L’Atalante)
Les Enfermés, John Scalzi (L’Atalante)
Membrane, Chi Ta-Wei (L’Asiathèque)
The End of the world running club, Adrian J. Walker (Hugo Roman).

Coups de cœur Fantasy :

Une histoire naturelle des dragons, Marie Brennan.
Feuillets de cuivre, Fabien Clavel.
Les Chroniques de Hallow, tome 1, Le Ballet des ombres, Marika Gallman.
La Femme d’argile et l’Homme de feu, Hélène Wecker.

Les coups de cœur argumentés sont à lire ici.

Jeudi encore : un square pour C.S. Lewis !

Cette semaine, on fêtait l’anniversaire de la mort de l’auteur (le 22 novembre 1963). Pour ce faire, la ville de Belfast (Irlande du Nord), où il est né, lui a rendu hommage en nommant un square en son honneur, qui comporte sept statues s’inspirant des personnages du Lion, la sorcière blanche et l’armoire magiqueparmi lesquelles Maugrim, Aslan et la sorcière elle-même. Le beau-fils de C.S. Lewis, Douglas Gresham a déclaré pour l’occasion : « Je pense qu’il aurait été très heureux de voir les personnages de Narnia prendre vie en bronze. Le secret, bien sûr, c’est que par une nuit étoilée, si Aslan est dans le coin ils pourraient vraiment prendre vie

Vendredi : trailer pour Emerald City !

Adaptée du grand classique de la littérature américaine Le Magicien d’Oz (de L. F. Baum), la nouvelle série de NBC prend l’adaptation un ton plus sombre que ne l’est le roman – du moins d’après le trailer, dont l’ambiance est plus Game of Thrones que Narnia. Dorothy (incarnée par Adria Arjona), semble déjà adolescente lorsqu’elle arrive à Oz, prélevée par une tornade au Kansas, en compagnie de son fidèle chien Toto – ici un berger allemand de la police, semble-t-il. Mais le trailer tient en haleine !
La saison 1 comptera 10 épisodes de 42 minutes, et sera diffusée à partir du 6 janvier 2017.

Vendredi encore : écrire de la fantasy en une minute !

Eh oui, Olivier Gay a encore frappé et voici sa nouvelle vidéo, avec quelques conseils d’écriture :


Bon dimanche !

Soléane, Muriel Zürcher.

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2540. Voilà 400 ans que le Coracle, une île artificielle portant les survivants d’une épidémie planétaire, erre sur les Océans. Soléane, 16 ans, y vit avec sa mère et son petit frère nouveau-né, Saméo. Herbières toutes les deux, elles sont fréquemment appelées au chevet des malades de l’île qu’elles soignent à grands renforts de plantes. Mais Soléane rêve de liberté : elle se dépêche donc de se faire émanciper. Or, le jour où elle est déclarée saine et donc apte à fonder une famille et à vivre sa propre vie, sa mère, accusée d’avoir fomenté plusieurs années plus tôt, un coup d’Etat, arrêtée par les traqueurs, lui confie une mystérieuse pierre. Un cristal, une pierre de Terre, l’élément qui pourrait sauver le Coracle et qu’elle lui ordonne de remettre non pas aux autorités de l’Arche – l’Eglise officielle du Coracle – mais aux insoumis, cette communauté rebelle qui contredit le discours officiel et prétend pouvoir sauver réellement l’île à la dérive. Désormais fugitive, Soléane doit trouver des alliés, laver l’honneur de sa mère et sauver sa peau. Ses croyances et convictions vont être rudement mises à l’épreuve…

Soléane est une jeune fille un peu naïve, pressée de grandir, pressée d’être adulte, raison pour laquelle elle demande l’émancipation, qui va faire voler en éclats sont petit monde tranquille.
Rapidement, on découvre un univers gangrené par la religion – mais ce n’est pas immédiatement perceptible pour la population. En effet, l’Empera, la plus haute autorité, étant quelque peu défaillante, c’est l’Arche, l’autorité religieuse, qui a pris le contrôle du Coracle. A partir de là, on comprend très vite qu’il ne peut en ressortir rien de bon. Et, de fait, l’Arche profite allègrement de l’absence de l’Empera pour faire régner sa loi et la terreur.

Après quelques errements (car elle a du mal à croire aux turpitudes des autorités), Soléane découvre les rebelles, avec lesquels elle devrait pouvoir faire front commun. Car l’auteur ne fait pas de son personnage l’égérie de la rébellion, non, elle est plutôt là en parallèle. D’ailleurs, il lui faut un long moment avant de trouver de l’aide, ce qui fait qu’on peut parfois avoir l’impression que le récit traîne en longueur.

Heureusement, l’histoire est suffisamment riche pour faire oublier ce bémol. En effet, le récit mêle aventures (avec moult courses-poursuites et fuites, en compagnie ou seule), mystères (qu’est-il réellement arrivé à l’Empera ?), réflexions sur la politique, la religion, la famille ou encore l’écologie. Il y a également pas mal de questions qui alimentent le suspens, notamment quant à l’identité réelle de Soléane – sur laquelle on peut douter dès la scène d’introduction, mais sur laquelle toute la lumière n’est faite qu’à la toute fin du livre. Et, de plus, il y a plusieurs personnages qui se cherchent sans se connaître, n’arrêtent pas de se croiser, et c’est avec un intérêt grandissant que l’on assiste à cet étrange ballet.
Le contexte post-apocalyptique (le Coracle dérive depuis 400 ans, suite à une catastrophe humanitaire et perd peu à peu son intégrité, mettant à nouveau sa population en péril), apporte au récit une dimension toute dramatique : on sent bien l’urgence qui sous-tend les actions de l’Arche, comme celles des rebelles et toute la pression que cela induit.

Soléane est un roman post-apocalyptique qui se lit vraiment bien, malgré quelques longueurs. La réflexion autour du mélange détonnant qu’offrent politique et religion, ainsi que sur la rébellion face à un pouvoir totalitaire, sont aussi intéressantes que prenantes. Soléane, dans son extrême et persistante naïveté, montre à quel point il est important de toujours affûter son esprit critique et de s’informer !

Soléane, Muriel Zürcher. Didier jeunesse, juin 2016, 424 p.

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