Brèves de comptoir #203

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

 

Lundi : les résultats du GpP !

Voilà, après une intense phase de vote, les Vénérables ont annoncé les résultats du Grand petit Prix de Bookenstock. Et voici le palmarès, du book d’or au book de bronze, en passant par le book d’argent :

SFFF :

Le Bâtard de Kosigan, Fabien Cerutti.
Les Jardins de la Lune, Steven Erikson.
Le Cycle de Syffe, tomes 1 et 2, Patrick K. Dewdney.

Thriller :

Toutes blessent, la dernière tue, Karine Giebel (Belfond)
Le Jour du chien et La Nuit de l’ogre, Patrick Bauwen (A. Michel)
La Saison des feux, Céleste Ng (Lizzie ; lu par Micky Sébastian).

Jeunesse et YA :

La Belle sauvage, Philip Pullmann.
La Magie de Paris, Olivier Gay.
Les Nuages de Magellan, Estelle Faye.

Félicitations à tous !

Lundi encore : SF et engagement !

Nicolas Martin a reçu Yannick Rumpala (maître de conférences en sciences politiques à l’université de Nice), Norbert Merjagnan (auteur de romans) et Natacha Vas-Deyre (chercheuse associée de l’université Bordeaux Montaigne, spécialiste de la littérature d’anticipation) pour un épisode de La Méthode scientifique, consacré aux liens entre SF et pensée politique.

Mardi : expo Michel Jeury !

La bibliothèque universitaire de Nîmes (site Vauban, rue du Dr Georges Salan) propose, du 19 février au 1er mars une exposition autour de Michel Jeury, intitulée Michel Jeury, entre futurs et terroirs. L’entrée est libre aux horaires d’ouverture de la BU.
Infos ici !

Mardi encore : premier teaser pour le biopic consacré à Tolkien !

Et on connaît même la date pour la sortie VF : le 19 juin !

En parallèle, Amazon Prime a publié une carte (explorable !) de la future adaptation en série à laquelle ils travaillent.

Mercredi : appel à textes Swiss Wars !

Issu d’une collaboration entre la Maison d’Ailleurs d’Yverdon-les-Bains et l’Université de Lausanne le Prix de l’Ailleurs (prix littéraire suisse 100% science-fiction) lance un appel à textes pour sa 2e édition. Thème : les métaphores de la guerre en terres helvétiques.

– les textes devront faire entre 15 000 et 30 000 signes, et sont à envoyer par email avant le 30 mars 2019, minuit, à : prix@ailleurs.ch
– le message devra comprendre les coordonnées (nom, prénom, adresse) dans le corps du mail (surtout pas dans le texte afin de garantir l’anonymat)
– les textes lauréats seront dotés et publiés dans la prochaine anthologie du Prix de l’Ailleurs (éditions Hélice Hélas, août 2019).

Toutes les infos ici.

Mercredi : la parole aux éditeurs !

Sur Elbakin, les interviews continuent. Cette semaine, ce sont Mathias Echenay qui parle de La Volte, Florian Lafani de Fleuve ou encore Davy Athuil de Mü !

Jeudi : des Pulp magazine en téléchargement gratuit !

Depuis l’année dernière, Internet Archive publie des archives de magazines pulps. Il y en a désormais quelques 12 000 de plus, parmi lesquels de la SF et de la fantasy, à consulter en ligne !

Jeudi encore : le retour de La Reine des neiges !

Tremblez, parents, car Anna et Elsa sont de retour sur grand écran ! Voici la bande-annonce :

Vendredi : des expos à Paris !

Star Wars : les fans contre-attaquent !

Le Centre Expo Lafayette Drouot (44, rue du faubourg Montmartre, Paris 9e) expose jusqu’au 10 mars Star Wars : les fans contre-attaquent, réalisée par le fan Daniel Prada. Au menu : de très nombreuses figurines et plusieurs pièces exceptionnelles comme Jabba Le Hutt à admirer à taille réelle avec ses 5m de long !

L’univers fantastique de Wojtek Siudmak.

Ses œuvres seront exposées à la Mairie du 17ème (16 rue des Batignolles, Paris 17e)  jusqu’au 29 mars.

 

Bon dimanche !

Publicités

Pour qui meurt Guernica ?, Sophie Doudet.

Espagne. Janvier 1937.
La guerre civile fait rage. Alors que les rebelles du général Franco ont conquis une grande partie du Pays basque, Maria est envoyée par ses parents dans la petite cité de Guernica, pour l’éloigner du danger. Or, l’inaction n’est pas du tout du goût de Maria, adolescente passionnée, qui a forgé sa conscience politique au feu républicain, qui ne rêve que de modernité et de progrès social, d’émancipation, et de liberté pour tous. L’arrivée dans le foyer très catholique et, de son point de vue, affreusement conservateur de Josepha et de Domenico se fait dans la douleur. D’autant qu’avec son accoutrement d’ouvrière, son écharpe rouge et sa manie de crier haut et fort ses idéaux, Maria fait un peu tache dans le paysage. Heureusement, la demeure est aussi celle de Tonio, 17 ans, un adolescent rêveur et poète à ses heures perdues, qui saura soutenir la réfugiée dans son épreuve. Malheureusement, il ne fait pas bon avoir 17 ans en 1937 à Guernica…

 

Vous ne serez sans doute pas surpris d’apprendre que j’étais assez impatiente de découvrir ce que cachait ce titre… et que j’ai été emballée par cette lecture ! Je ne déflore pas trop l’intrigue en vous annonçant d’ores et déjà que le bombardement de Guernica prend une part assez importante dans le récit. En même temps, un roman qui s’y déroule et qui débute trois mois avant la date fatidique, c’était à prévoir. Dans des conditions, le récit est évidemment assez linéaire et fortement marqué par un « avant » et un « après » bombardement. Et autant la première partie sert essentiellement à planter le décor (mais pas que, c’est vrai), autant la deuxième est plus portée sur la réflexion.

Sans trop de surprises non plus, on a tout loisir de s’attacher aux personnages avant qu’il ne leur pleuve du métal sur le coin de la figure.
Sophie Doudet a d’ailleurs accordé un soin tout particulier à ses personnages, les faisant tout d’abord paraître assez caricaturaux, pour mieux les nuancer par la suite. Ainsi, au départ, il est difficile de ne pas blâmer la mollesse de Josepha, de s’indigner devant la tyrannie que fait régner Domenico. Avant de s’apercevoir que l’un comme l’autre ne sont peut-être pas aussi obtus que l’on pouvait le croire. Je dois d’ailleurs avouer tout net que Maria m’a parfois donné envie de lui coller des baffes : autant j’ai apprécié son côté jusque-boutiste aux idées bien arrêtées, autant je l’ai parfois trouvée bien difficile avec sa famille d’accueil. (Il faut bien que jeunesse se passe, j’imagine !).

Comme de juste, nos personnages sont assez largement traumatisés par ce qu’ils ont vécu. Qui ne le serait pas ? Mais là où l’autrice a fait très fort, c’est en embrassant l’affaire d’un point de vue très large, englobant la situation géopolitique de l’époque. Et si les personnages vivent des choses difficiles (guerre civile, exode, déracinement), ce n’est rien en comparaison des épreuves qui les attendent. Dans cette seconde partie, le roman propose en effet de nombreuses reproductions de documents d’époque qui viennent ponctuer les inter-chapitres et qui, mises bout à bout, montrent l’ampleur de la campagne de désinformation internationale qui a suivi le bombardement. Pour certains, le bombardement était un mythe, pour d’autres il avait été perpétré par les rebelles nationalistes directement. Et cela rend la question du titre particulièrement prégnante. À la lumière de ces éléments, on se demande bien pour qui est morte Guernica…
Le fait d’avoir intercalé ces documents induit une tension extraordinaire : en tant que lecteur, on comprend légèrement avant les personnages la situation dans laquelle ils se trouvent : perdus, orphelins, en plein exode… et soupçonnés de mentir. Au fil des chapitres, on comprend mieux pourquoi ce qui s’est passé à Guernica a pu rester (et semble toujours l’être !) si confidentiel, malgré l’acharnement et le soin qu’ont mis les nazis à ravager la cité. Et ce qui est intéressant, c’est que cette partie du récit suscite de nombreuses réflexions sur la résilience et l’acceptation, mais aussi sur la puissance (et les dangers) de la propagande étatique. Ce qui, évidemment, résonne encore très fort dans notre actualité…

Très bonne surprise donc, que ce roman historique de Sophie Doudet. Le fouillis de l’affaire géopolitique est clairement et bien exposé, ce qui la rend assez limpide. Les personnages, de plus, s’avèrent assez attachants, quelles que soient leurs réactions à ce qu’ils traversent. Un roman très percutant, à mettre entre toutes les mains !

Pour qui meurt Guernica ?, Sophie Doudet. Scrineo, 23 août 2018, 212 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

[2018] Petit bilan de novembre-décembre.

Oui, il est fort tard pour ce petit bilan de lectures mais, que voulez-vous, personne n’est parfait ! Petit coup d’œil, donc, dans un lointain rétro…

Carnet de lectures.

La Fille d’encre et d’étoiles, Kiran Milwood Hargrave (M. Lafon).
Des fois, même si la couv’ est sublime, ça ne veut pas. Et là, clairement, ça n’a pas voulu…
Alors qu’il est rigoureusement interdit de quitter l’île de Joya, Isabella rêve des contrées lointaines que son père a un jour visitées et cartographiées. Quand sa meilleure amie disparaît, la jeune fille est résolue à faire partie de l’équipe de recherches. Guidée par une carte ancienne, appartenant à sa famille depuis des générations, et par sa connaissance des étoiles, Isabella prend part à l’expédition et navigue dans les dangereux Territoires Oubliés. Mais sous leurs pas, un mythe féroce s’agite dans son sommeil…
L’histoire nous propulse dans une ambiance toute dystopique : imaginez une île dont le Gouverneur interdit de la quitter… ou même de l’explorer ! Sauf lorsque sa fille chérie disparaît, évidemment ! A partir de là, c’est le branle-bas de combat. Je ne saurais pas dire ce qui m’a pris tellement de temps pour lire ce court roman jeunesse : la maquette est superbe (les pages sont décorées comme de vieilles cartes de marine), l’histoire prometteuse mais le récit… se casse rapidement la gueule. Déjà, le tout manque de logique : on est dans un univers type médiéval alors, franchement, où sont les assassins ? De plus, le Gouverneur a interdit de quitter l’île, alors que lui-même vient d’un autre continent. Pourquoi ? Parce que. Bon, soit. Là où ça s’est franchement gâté, c’est durant la recherche de la fille du gouverneur, où Isabella se fait passer pour son défunt frère jumeau (alors que l’île a l’air aussi grande qu’un hameau en rase campagne et que tout le monde semble s’y connaître), et où l’on croise des créatures ressemblant à des zombies, mais aussi des renégats terrés dans les bois (ce qui expliquerait pourquoi il ne fallait pas y aller). L’ennui, c’est que les péripéties s’enchaînent sans queue ni tête (je vous fais grâce de la fin, façon Big Bang inversé), un peu comme si l’auteur avait déterminé une liste d’éléments à introduire dans le récit et qu’il les cochait au fur et à mesure. Le style, de plus, n’a rien d’extraordinaire, ce qui n’a pas contribué à rendre cette lecture plus passionnante… Mauvaise pioche, donc.

Comme toi, Lisa Jewell (Milady).
Un petit polar, de temps en temps, cela fait du bien !
Ellie, une brillante jeune fille, a disparu à l’âge de quinze ans. Sa mère n’a jamais réussi à faire son deuil, d’autant plus que la police n’a retrouvé ni le coupable ni le corps. Dix ans plus tard, cette femme brisée doit pourtant se résoudre à tourner la page. C’est alors qu’elle fait la connaissance de Floyd, un homme charmant, père célibataire, auquel elle se lie peu à peu. Mais lorsqu’elle rencontre la fille de celui-ci, Poppy, âgée de neuf ans, le passé la rattrape brutalement : cette fillette est le portrait craché de sa fille disparue…
Hallucination ? Complot ? L’histoire est sympa, mais on en devine très vite la solution : à la moitié du livre, les responsabilités sont établies. L’auteure joue sur un suspense psychologique assez intéressant, puisque l’on suit tour à tour les différents protagonistes de l’affaire mais qui, malgré tout, ne me restera pas des siècles en mémoire. Un bon moment de lecture, mais pas le polar de l’année, en somme.

Rayon bulles.

Riverdale présente Jughead, Chip Zdarsky, Erica Henderson et Andre Szymanowicz (Glénat).
Il y a quelques mois, je vous parlais de Riverdale présente Archie, comics dérivé de la série et de la série originelle des Archie comics. Retour à Riverdale High, sur les traces de Jughead, qui s’avère être narcoleptique et prêt à lutter contre toutes les injustices. Justement, le nouveau proviseur du lycée prépare un sale coup et semble vouloir transformer l’établissement en centre d’entraînement de l’armée. Pire, il supprime la cantine et inflige un infâme porridge ! Il n’en faut pas plus à Jug’ pour partir en chasse !
Si vous n’aimez pas l’absurde, abstenez-vous ! Car dès que Jughead pique un petit somme, le récit prend une toute nouvelle tournure : fantasy, SF, combat de super-héros, Jug’ endosse les rôles avec beaucoup de naturel, quitte à perdre parfois le lecteur. En effet, rien ne nous signale qu’il est désormais en train de piquer un petit roupillon, ce qui peut parfois laisser l’impression que l’on passe du coq à l’âne… Par ailleurs, les réparties sont truffées d’humour absurde, parfois un peu abscons. Je soupçonne d’ailleurs la BD de multiplier les références à la série originelle : cela parlera donc aux lecteurs familiers de la série, pas tellement aux autres. Ceci étant, c’est sympa de voir cette autre facette de ce que montre la série télévisée.

In one’s last moment, Kentarô Fukuda (Soleil – Seinen).
Mamoru Kaname, 16 ans, peut voir la mort de ceux qu’il touche, ce qui lui vaut le surnom de « Dieu de la mort ». Un jour, il découvre comment Kana Shiraishi doit mourir. Il s’engage alors dans une lutte sans fin pour changer le destin de celle qu’il aime…
Cette fois, c’est une énorme déception. Autant j’ai apprécié le fait que le manga soit un tome unique, autant j’ai franchement regretté le manque de développements de l’intrigue. Aucune info ou presque sur l’univers des dieux de la mort et une intrigue affligeante. Mamoru décide subitement que Kana est la femme de sa vie, ce qui motive ses sauvetages à répétition. Kana, évidemment, n’intervient jamais dans le récit, son rôle se résumant à ne rien faire en attendant que Mamoru lui évite les petits tracas de la vie. Pire : on croise une autre jeune femme affublée des mêmes talents que Mamoru qui, elle non plus, n’a aucun rôle à jouer. Là-dessus, le manga s’achève sur une conclusion d’une mièvrerie navrante. Le style graphique n’est pas particulièrement remarquable non plus. En somme : un titre que j’oublierai sans délai.

Côté ciné.

Les Animaux Fantastiques 2 : Les Crimes de Grindelwald (David Yates).

Évidemment, c’était LA sortie de novembre et je n’ai pas résisté à la tentation d’aller voir ce film au cinéma. Et si la séance a globalement comblé mon petit cœur de fan, je ne peux pas dire que j’aie eu un réel coup de foudre pour ce nouvel opus des Animaux fantastiques – qui auraient peut-être mieux fait d’être titrés Les Chroniques de Poudlard au vu du peu d’importance que semblent avoir les créatures dans la série. Et voilà déjà pour un premier point à améliorer car, en effet, à part quelques créatures de-ci de-là qui n’apparaissent guère plus qu’en arrière-plan, on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Et l’ennui, c’est que cette critique est extensible à l’ensemble du film : il ne s’y rien de follement trépidant et on a parfois l’impression de régresser (Queenie, si tu m’entends…). De plus, le récit joue sur des révélations fracassantes, qu’on a du mal à considérer comme vraiment crédibles. Donc oui, c’est surprenant, mais ça ne tient pas nécessairement la route (ou alors J.K. Rowling est en train de renier ce qu’elle a fait jusque-là… et ce serait dommage). D’ailleurs, au chapitre des choses quelque peu incohérentes, on pourrait citer à peu près tout ce qui se déroule à Poudlard : on croise une McGonagall qui ne peut être la seule, l’unique (elle naît en 1935 et l’intrigue du film se déroule en 1926) et Dumbledore n’y donne pas les bons cours.
Pire, peut-être : bien que David Yates soit toujours à la réalisation, je trouve que le film a clairement perdu le charme de la série. Exit la magie et la poésie des plans, bonjour au scénario et à la façon très américaine, avec beaucoup de vide pendant deux heures et une grosse baston finale graphiquement léchée, mais pas bien consistante. Malgré tout, ai-je détesté ? Non, parce que comme je l’ai dit, j’avais encore 12 ans alors que j’étais dans la salle ; c’est plutôt en sortant que j’ai commencé à râler un peu !

Le Retour de Mary Poppins (Rob Marshall).

Là encore, je suis restée sur ma faim… La famille Banks est de nouveau en difficulté et Mary Poppins revient s’occuper des enfants (je vous la fais courte). Comme dans le premier opus, on retrouve le mélange entre film et images d’animation (en 2D, dessinées à la main). Évidemment, le charme n’est pas le même car, de nos jours, cela ne relève plus vraiment de la prouesse technique. Côté chansons, les aficionados des mélodies Disney seront servis, le film en étant truffé (peut-être même un peu trop). Pour ma part, j’ai trouvé qu’elles manquaient singulièrement d’émotion…
Premier point qui m’a un peu déçue, quoique superficiel : PAS de Supercalifragilisticexpialidocious, alors que c’était clairement un des gros atouts du film original. Non, là, on se traîne un pauvre « luminomagie fantastique » tellement transparent qu’il en est à pleurer. Et c’est là qu’on arrive au gros reproche que j’ai à l’encontre de ce film : où est la magie ? C’est plat, c’est fade, cela manque clairement d’inventivité. Pire, alors que le premier film véhiculait des valeurs inédites chez Disney, là on se retrouve avec une bonne vieille apologie du capitalisme (puisqu’ils s’en sortent grâce à la banque). Pour ne rien gâcher, les filles ont droit aux accessoires roses. Bref : une suite qu’il aurait mieux valu laisser au stade de projet.

Tops et Flops.

Je ne vais pas revenir sur In one’s last moment, ni sur La Fille d’Encres et d’Étoiles, qui ne m’ont guère convaincue.
À mon grand regret, je dois avouer que je n’ai pas non plus accroché à Dix jours avant la fin du monde,de Manon Fargetton, alors qu’il avait tout pour me plaire. Il s’agit d’un récit situé tout pile 10 jours avant la destruction annoncée de la Terre et qui s’attache à suivre quelques personnages dans ce bref intervalle qui leur reste. J’ai beaucoup aimé le sujet mais, paradoxalement, j’ai trouvé que le récit traînait en longueur, et je n’ai pas du tout accroché au double niveau de lecture (il y a un phénomène de récit dans le récit). Bref : pas un roman pour moi !

Comme je le disais plus haut, j’ai passé dans l’ensemble un bon moment avec  Comme toi, de Lisa Jewell, sans toutefois le garder en tête comme le polar de l’année. Mais parfait à lire dans les transports ou entre deux pavés !

Heureusement, j’ai aussi fait d’excellentes découvertes ! – à tel point qu’il va être difficile de n’en garder que trois !

Tout d’abord, je dois vous parler des Nuages de Magellan, d’Estelle Faye, car ça a été un énoooooorme coup de cœur ! Dans cette histoire, il est question de pirates, de rebelles, de galaxies lointaines, de voyages spatiaux contrôlés par des consortiums marchands, et de libertés individuelles. Le récit cumule les bons points des romans d’aventure (pirates, bastons, courses-poursuites, trésors) et ceux de la SF (voyages spatiaux, donc, mais aussi réflexions sur la société), dans un récit extrêmement prenant. Et en plus c’est un singleton, donc une excellentissime raison de craquer !

Deuxième coup de cœur (d’affilée, car j’en enchaîné ces lectures) avec Olangar : Bans et Barricades 1/2 de Clément Bouhélier. Là encore, j’ai adoré le savant mélange entre roman d’aventures sauce Far-West (attaque du train incluse), polar (avec enquête sur une mort en eaux troubles), lutte des classes (avec des nains grévistes syndiqués jusqu’au bout de la barbe) dans un univers de fantasy (avec nains, donc, mais aussi elfes, humanoïdes et autres orcs vindicatifs) extrêmement bien troussé. Fa-bu-leux !

En dernier, je vais vous parler du Vallon du sommeil sans fin, d’Eric Senabre, la suite (mais lisible indépendamment) du Dernier songe de Lord Scriven. J’ai adoré retrouver Banerjee et Christopher, dans une nouvelle enquête somnambulique aux accents fantastico-horrifiques. Oui, le début fait carrément flipper. Et c’était très chouette de se demander de quoi il retournait au juste !

Citations.

« J’ai remarqué que les Occidentaux ont l’habitude d’associer l’idée de « bien » à celle de « quantité ». Plus on accumule d’argent, de récompenses, que sais-je encore, plus on devrait être heureux. Et vous faites la même chose avec les jours de votre vie : plus on accumule de jours, plus notre bonheur devrait être grand. Devenir vieux, le plus vieux possible, est une fin en soi. Or, je ne pense pas en ces termes : la vie doit être belle et agréable, bien avant d’être longue. Et le risque peut certes contribuer à la raccourcir, mais bien souvent, il permet de l’embellir. Peu importe si c’est pour une période que vous jugez trop courte. »

« Mr. Carandini, reprit-il de manière plus franche, dans mon pays, il n’est pas coutume de tourner autour du pot. Loin de moi l’idée de remettre en doute les méthodes de Mr Banerjee, mais… le fait est que, pour le moment, elles ne se sont pas montrées très concluantes. Alors j’obéis à la loi du marché, et me vois en devoir de vous…
– … congédier ? complétai-je avec une pointe d’agacement.
Le colonel sourit.
– Pas tout à fait. Je dirais plutôt : de vous mettre en concurrence. N’est-ce pas la démarche la plus honnête ?
Je ne pouvais blâmer Garfield. Nous autres, les Anglais, avions inventé deux choses terribles : le capitalisme et les Américains. Nous avions à nous en prendre qu’à nous seuls si nos créatures se retournaient aujourd’hui contre leur créateur. »

« L’endroit n’avait rien de luxueux, mais il y régnait cette atmosphère douillette propre aux maisons familiales anglaises, dans laquelle chaque infime touche de mauvais goût contribuait à ce que l’on s’y sente bien. »
Le Vallon du sommeil sans fin, Eric Senabre.

***

« Que je sois toujours Duncan Turner, c’est normal ! Je vais croiser des connaissances…
Il s’arrêta et Elizabeth crut l’entendre grogner.
– … mais pourquoi suis-je le médecin personnel d’Elizabeth, devenue « Lady Black de Westport, Irlande » ?
Beatrix fit un clin d’oeil à Elizabeth avant de se pencher pour apercevoir Turner et lui lancer d’un ton amusé :
– Il fallait bien une noble pour aller à une soirée d’aristocrates. Quel est le problème, docteur Turner ? On n’a pas envie d’être commandé par une femme en public ?
Il y eut un autre grognement, et tout ce que Turner entendit en retour fut deux rires joyeux montant du paravent. »
L’Ordre des revenants, Julien Hervieux.

***

« C’était un samedi après-midi de mai, une semaine avant les examens. Ils faisaient une pause dans leurs révisions dans la chambre d’Ellie. Dehors, le soleil brillait. Teddy Bear était allongé à leurs côtés et l’air était chargé de pollen et d’espoir. La mère d’Ellie disait que le mois de mai était le vendredi soir de l’été, un aperçu chaud et lumineux de tous les bons moments à venir, une invitation à vivre. »

« Demain, je pose pour un cours de dessin.
– Super ! C’est habillé ou…
– C’est nu. Il n’y a pas de honte à vieillir, pour reprendre tes mots, et je crois qu’il n’y a pas de honte à être nu non plus. A mon sens, si on ne peut pas interdire les burkinis sur les plages, il me semble naturel qu’on ne puisse pas non plus interdire la nudité. Qui décide quelle partie du corps peut ou ne peut pas être exposée en public ? Si, légalement, une femme doit se couvrir les seins et le sexe, pourquoi est-ce qu’une autre femme ne pourrait pas se couvrir les jambes et les bras ? ça ne fait aucun sens.
Laurel hoche la tête et sourit.
– C’est vrai, je n’y avais pas pensé comme ça.
– Personne ne pense aux choses correctement de nos jours. Les gens croient ce que Twitter leur dicte. C’est de la propagande déguisée en pensée libérale. Nous sommes tous des moutons. »
Comme toi, Lisa Jewell.

***

« Tandis qu’on s’éloigne du campement, je redescends brutalement sur terre. C’est la même planète que la semaine dernière, et pourtant, comment y croire ? Jamais je n’aurais imaginé que le si parfait Orange County partirait autant en vrille. C’est drôle quand même… Et dire qu’à une époque, je méprisais tant cet endroit que j’en étais venue à souhaiter que Dieu tout-puissant le maudisse, y envoie des sauterelles et des implants mammaires défectueux. Mais à présent que toute la Californie du Sud vit un cauchemar, je suis un peu déçue. Ce n’est pas que je veuille souffrir davantage, mais je suis déçue par les gens – leur faiblesse d’esprit et de caractère. Il aura suffi d’une pénurie d’eau pour tous les transformer en meurtriers barbares. Une chose est sûre, je ne veux pas me retrouver dans le même panier qu’eux. »

« Les premiers jours du Tap-Out, elles avaient de l’eau. Sa mère avait arraché un pack des mains de l’une de ses camarades de l’équipe de foot au Costco. « Qui va à la chasse perd sa place, avait lâché sa mère dans la file de la caisse. Que ça lui serve de leçon ! »
Mais il y avait visiblement cinq leçons que sa mère n’avait pas retenues. Comme : « Ne vous lavez pas les cheveux quand vous n’avez que de l’eau en bouteille. » Ou encore : « Ne faites pas de course à pied quand il faut éviter de transpirer. » Et peut-être la plus évidente de toutes : « N’arrosez pas vos plantes ; laissez-les mourir. »
Ce pack d’eau ne leur avait duré que deux jours. »
Dry, Jarrod et Neal Shusterman.

***

« Puis vient Miss Guéridon, la spirite du soir.
Plus jeune que Gervenche, mais incontestablement vieille fille vu sa tenue digne d’une bibliothécaire sous vœu célibat, cette dernière marmonne face à un jeu de tarot. »
Note à Mr. Holzl : sachez que je proteste vivement face à ce cliché sur les bibliothécaires !

« Je me retrouve seule sur la terrasse.
C’est mieux ainsi… Moi-même, je ne comprends pas très bien la scène que nous venons de jouer. Le contrecoup de l’excitation causée par ma nouvelle paire d’escarpins, peut-être ?
Oui, ce n’était que cela…
Ma passade s’estompe déjà, comme un accès de fièvre.
Aucun regret, vraiment : ce rendez-vous aura tenu toutes ses promesses. L’équilibre idéal entre manger une brioche et poignarder quelqu’un. »
Belle de gris, Ariel Holzl.

Dix jours avant la fin du monde, Manon Fargetton.

France, dans les années 2010. Deux lignes d’explosions frappent et ravagent la Terre. Leur origine en est inconnue, mais lorsque les deux lignes se rejoindront au large de la Bretagne, le monde sera détruit. Alors que les routes sont encombrées de fugitifs tentant vainement d’échapper au cataclysme, six hommes et femmes sont réunis par les aléas du voyage. Ensemble, il leur reste dix jours à vivre avant la fin du monde…

Des fois… ça le fait pas. Et là, clairement, ça l’a pas fait, malgré toutes les bonnes choses que propose le roman.
Assez vite au début, on est plongés dans le bain : des explosions ravagent la Terre, les gens meurent, on ne sait pas ce qu’il se passe et, en gros, tout le monde va y passer. Ambiance apocalyptique soignée ! Le stress, l’angoisse et un terrible sentiment d’inéluctabilité nous assaillent et donnent au début du roman un côté particulièrement prenant.

On découvre quasiment dans la foulée les six personnages qui vont porter l’histoire. Brahim, chauffeur de taxi qui accepte de convoyer tout le monde jusqu’en Bretagne ; Gwenaël, auteur de romans fantastique avec une étrange acuité ; Sara, sa compagne, qui aimerait pouvoir fonder une famille (oui, malgré la situation) ; Valentin, trentenaire un peu paumé qui a dédié sa vie à sa mère ; et Lou-Ann, étudiante en arts, dont les parents sont bloqués au Japon. À l’autre bout de la route, en Bretagne, il y a Béatrice, commandante de police au grand cœur.
Les chapitres, assez courts, alternent entre ces protagonistes, qui ont chacun des objectifs assez différents en tête. Des objectifs très adultes, aussi, entre ceux qui essaient de concevoir un enfant, celui qui tente de trouver sa véritable identité, ou bien ceux qui se demandent si la vie aurait pu leur réserver de belles surprises. On alterne finalement entre des questionnements qui parleront peut-être plus aux lecteurs adultes qu’aux adolescents.
Et c’est peut-être ces questions, justement, qui ont fait que j’ai, peu à peu, décroché. En effet, j’ai eu l’impression que les personnages étaient entièrement contenus dans ces préoccupations, sans réelle existence en-dehors de celles-ci, ce qui m’a semblé parfois un brin réducteur. Pour autant, cela convient parfaitement à l’ambiance : c’est la fin du monde, et j’imagine difficilement comment on peut se concentrer sur autre chose que sur la survie et les questions qui nous taraudent (et qu’on occultait peut-être jusque-là). Par ailleurs, tout cela est bien amené dans le récit, mais induit quelques longueurs difficilement inévitables, qui expliquent sans doute pourquoi, peu à peu, j’ai cessé de me sentir aussi impliquée pour les personnages et leurs pérégrinations.

De plus, le système de double récit ne m’a pas totalement convaincue. L’un des personnages, auteur de son état, est obsédé par le roman qu’il est en train d’écrire et qui se superpose de plus en plus à la réalité, tant il a des fulgurances sur la situation en cours. Or, peu à peu, cela finit par prendre le pas sur le récit en cours et, si le côté science-fictif et allégorique est vraiment bien trouvé, là encore, je me suis de plus en plus sentie étrangère à ce qu’il traversait – et ses camarades avec lui. Le cercle vicieux étant ce qu’il est, j’ai également eu du mal à me sentir impliquée dans ce qu’ils vivaient et plus ça allait… eh bien moins ça allait, justement.
Pour autant, le roman est loin d’être ennuyeux car l’alternance entre les différents personnages et le rappel perpétuel du terrible ultimatum assurent un certain rythme.

Et je dois préciser que si leurs préoccupations personnelles, tout comme le récit parallèle, m’ont plus souvent qu’à leur tour laissée de marbre, j’ai en revanche apprécié le portrait ô combien apocalyptique que tisse Manon Fargetton. Elle explore toutes les facettes de la réaction humaine à l’annonce de la fin du monde, en passant par toutes les approches. Ce qui incite à se demander parmi quelle frange on se rangerait dans une situation similaire… (et bien malin qui parviendrait, d’ores et déjà, à trancher). Et j’ai adoré la fin ! Autant sur le coup il est possible qu’elle m’ait tiré une petite exclamation outrée (façon « Qu’est-ce que *** de QUOI ??! ») autant, tout bien réfléchi, cela ne pouvait pas terminer autrement.

En somme, un récit apocalyptique assez prenant et qui suscite pas mal de questions (tant en cours de lecture qu’à la fin) ; je regrette toutefois de n’y avoir pas été aussi sensible qu’il l’aurait sans doute mérité.

Dix jours avant la fin du monde, Manon Fargetton. Gallimard, 18 octobre 2018, 464 p.

Réminiscences, Gardiens des Cités perdues #7, Shannon Messenger.

Sophie Foster ne sais plus qui, ou même quoi, croire. Dans un conflit où les forces en présence sont si nombreuses, la pire erreur serait de se tromper d’ennemi.
Mais quand les Invisibles démontrent, sans doute possible, que la jeune fille est bien plus vulnérable qu’elle ne se l’était jamais imaginé, elle comprend qu’il est temps de changer de tactique. Ses pouvoirs, même immenses, ne peuvent la protéger que jusqu’à un certain point. Pour affronter des adversaires dénués du moindre scrupule, elle doit apprendre à se battre… Malheureusement, tous les entraînements au combat du monde ne peuvent rien pour alléger le fardeau d’un ami cher qui affronte un danger bien plus grand encore… Ce n’est pas en lançant des étoiles gobelines qu’elle pourra aider Fitz à surmonter le drame familial qui se joue chez les Vacker. La seule solution ? Prendre un risque encore plus grand que ceux que Sophie et ses camarades ont jamais couru. Mais c’est peut-être précisément ce qu’attendait l’ennemi depuis le début ! Il est temps de laisser se brouiller les frontières entre le passé et le présent !

Enfin une petite pause dans une série habituellement menée tambour battant ! Alors, certes, on a de l’action, mais pour une fois ce n’est pas à tous les coins de pages. Car dans un premier temps, Sophie se trouve dans une mauvaise posture qui la contraint au calme. La majeure partie du roman se déroule donc dans une ambiance feutrée, réflexive, très posée et fort loin de l’effervescence habituelle. Si cela peut donner l’impression que le tome est un peu déséquilibré (toute l’action se concentrant sur la fin), j’ai apprécié que les tenants et aboutissants de l’intrigue soient si posément exposés. Cela change un peu de l’ordinaire !

Toutefois, je dois avouer que je suis un peu restée sur ma faim sur certains points : si le tome permet à nouveau d’étoffer l’univers, c’est en introduisant une nouvelle espèce (les trolls) et… un tas de nouveaux personnages. Là encore, ils sont soignés, bien caractérisés et chacun possède sa petite histoire personnelle mais je commence à trouver qu’ils sont un peu trop nombreux à évoluer dans l’univers. Avec autant de monde, j’ai du mal à me sentir impliquée pour chaque personnage, et c’est un peu dommage (oui : je suis monotâche, je le confesse). D’autant que certains ont tendance à se volatiliser ! Dex, où étais-tu dans ce tome-ci ?!

Heureusement, l’ensemble est suffisamment chouette et enthousiasmant pour reléguer aux oubliettes ces petites finasseries. Comme je le disais, l’intrigue est vraiment bien posée, les enjeux très clairs et les sous-intrigues assez détaillées. L’intrigue générale tourne autour des souvenirs : Sophie et ses amis sont toujours à la recherche des véritables caches (et du moyen de les ouvrir), mais il faut aussi restaurer la mémoire endommagée de Keefe (dont la propre mère fait partie des bad guys) et déterminer si Alvar, le frère renégat de Fitz et Biana, est bien victime d’une amnésie totale… ou s’il s’agit d’une nouvelle ruse des Invisibles. Par ailleurs, la question des souvenirs tronqués de Sophie est toujours là en toile de fond.
Comme celle de ses parents génétiques, d’ailleurs ! Si l’importance du Colibri est quelque peu mise de côté dans le gros du roman, la question de l’héritage génétique de Sophie revient de plein fouet dans les dernières pages — et alimente d’ailleurs un rebondissement final certes peu surprenant, mais encore une fois extrêmement bien amené ! Globalement, Shannon Messenger parvient à rappeler les différentes sous-intrigues qui courent sans perdre le lecteur dans la masse des infos : et vu l’épaisseur du roman d’un côté, la complexité de son univers de l’autre, ce n’était pas gagné. J’ai été ravie, ainsi, de retrouver Silveny, dont la présence dans ce volume, particulièrement importante, amène de nouveaux développements très inventifs !

L’autre point qui, cette fois, prend une place considérable, est l’âge de Sophie. Désormais à la tête de quinze bougies, la jeune fille devient une véritable adolescente. Qui doit donc, comme tout elfe qui se respecte, envisager de déposer sa candidature chez les Entremetteurs, si elle souhaite pouvoir être appariée avec un autre elfe. Pratique barbare qu’elle renie de toutes ses forces… mais qui la travaille tout de même. Tout comme, on s’en doute, ses sentiments. Il est beaucoup question du jeune elfe qui fait battre son cœur avec tout ce qu’on peut en attendre : cœur qui bat la chamade, mains moites, hésitations, regards énamourés de part et d’autre, discussions gênantes (mais hilarantes) avec les parents, etc. Heureusement, cette romance se mêle assez bien à l’intrigue plus magique et ne prend pas trop le pas (sans quoi j’aurais sans doute lâché l’affaire. Bon, et ils sont très mignons, il faut en convenir). Quoi qu’il en soit, cela va sans aucun doute alimenter le débat sans fin des Team Fitz/Team Keefe (et sans vous spoiler sur les péripéties, je dois tout de même avouer que j’ai définitivement changé d’équipe. Allez Sophie, ouvre les yeux !!).

Si le début peut donner l’impression qu’on est arrivé au bout de ce que proposait l’univers, la suite prouve au contraire combien Shannon Messenger maîtrise et son univers et son intrigue. Encore une fois, elle étoffe le tout de nouvelles coutumes fort intéressantes, tout en révélant juste le nécessaire sur le conflit larvé entre les elfes et les Invisibles. D’une part, l’intrigue progresse mais, d’autre part, on en garde suffisamment sous le coude pour alimenter les prochains tomes – dont j’espère qu’ils seront toujours aussi palpitants. Les personnages sont étoffés peu à peu et révèlent qui des bonnes choses, qui des traits de caractères que l’on aurait préféré ignorer… Et cela aussi, cela ajoute du suspense quant à la suite. 

♦ Dans la même série : Gardiens des cités perdues (1) ; Exil (2) ; Le Grand Brasier (3) ; Les Invisibles (4) ; Projet Polaris (5) ; Nocturna (6).

Gardiens des cités perdues #7, Réminiscences, Shannon Messenger.
Traduit de l’anglais par Mathilde Tamae-Bouhon. Lumen, 15 novembre 2018, 770 p.

Brèves de comptoir #202

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : les 30 ans de l’Atalante dans La Méthode scientifique !

Nicolas Martin a reçu Mireille Rivalland, la directrice littéraire de la maison d’édition et Catherine Dufour, une autrice pas tout à fait débutante, mais qui vient de débarquer chez l’éditeur nantais. C’est à (ré)écouter ici !

Lundi encore : les faux raccords de Game of Thrones !

Michel et Michel se sont penchés sur les petites bavures et grosses boulettes des saisons 3 à 6 de la série Game of Thrones :

Mardi : rencontrez Carbone !

L’équipe de la revue lyonnaise de pop culture sera à la bibliothèque municipale de Lyon – la Part-Dieu (30, bd Marius Vivier Merle, Lyon 3e ; espace Miwam au rez-de-chaussée), le mardi 12 février, de 12h30 à 13h30. La rencontre sera animée par Laurent Burlet, journaliste à Rue89 Lyon. Toutes les infos ici.

Et pour les curieux qui ne pourraient pas s’y rendre, François Angelier a consacré un épisode de Mauvais genres (sur France Culture) à la revue.

Mercredi : shortlist des Prometheus Hall of Fame Awards 2019 !

Le prix Prometheus, décerné par la Libertarian Futurist Society (LFS) récompense la meilleure œuvre de science-fiction d’esprit libertarien. Le vote final a lieu à la mi-2019 ; le/la lauréat-e sera présenté-e à Dublin lors de la Irish Worldcon 2019 (qui a lieu du 15 au 19 août 2019).
Et voici les finalistes :

– « Sam Hall », Poul Anderson (Astounding 8/53 ; in Le Chant du Barde, Le Bélial’).
– « As Easy as A.B.C. » = « Aussi simple que BAC » , Rudyard Kipling (London 3-4/1912, in Le Chant des morts, U.G.E.)
– « Conquest by Default », Vernor Vinge (Analog 5/68)
– « Harrison Bergeron » = « Pauvre surhomme », Kurt Vonnegut (F&SF 10/61)
Schrödinger’s Cat : The Universe Next Door , Robert Anton Wilson.

Mercredi encore : les lauréats du prix des lecteurs du Bélial’ !

Il s’agit pour l’année 2018 de « Comment c’est là-haut ? » de Edmond Hamilton et « Brumes fantômes » de Thierry Di Rollo. Les deux nouvelles sont disponibles au téléchargement gratuit jusqu’à la fin du mois de février sur le site de l’éditeur.

Jeudi : la billetterie de Trolls & Légendes !

Elle est ouverte ! Pour rappel, le festival a lieu du 13 au 21 avril à Mons, en Belgique. Pour les tickets et les infos, ça se passe !

Jeudi encore : PIFFFCast n°53 !

Le PIFFFCast est le podcast du Paris International Fantastic Film Festival, consacré au cinéma de genre. Pour son 53e n°, l’équipe s’est intéressée à l’Apocalypse. Il s’écoute ici !

Jeudi toujours : le podcast d’Elbakin.net !

Ce 72e numéro est consacré au bilan 2018 et aux perspectives 2019. Il s’écoute ici !

Vendredi : la masterclass numérique de Neil Gaiman !

Intitulée The Art of Story telling, cette masterclass de 19 leçons, proposée par Neil Gaiman, est accessible en ligne (au tarif de 200€ l’année). Toutes les infos ici.

Vendredi encore : un mod Oblivion partiellement scénarisé par Terry Pratchett !

L’auteur, féru de jeux vidéo, s’était intéressé à un mod d’Oblivion développé par Emma, une joueuse de The Elder Scrolls. Dans celui-ci, elle avait développé pour son personnage une compagne alchimiste norde, Vilja. Terry Pratchett a longtemps correspondu avec Emma et Charles Coopey, un autre moddeur, à propos de ces développements, a fait quelques suggestions et même écrit quelques dialogues pour le personnage. L’histoire (en anglais) est à lire ici !

Vendredi toujours : la nuit Harry Potter !

Comme tous les ans, début février voit être célébrée la nuit des romans Harry Potter. Et cette année c’est la nuit du 7 février qui est consacrée, sur le thème de l’école des sorciers Poudlard ! À vos livres ! Gallimard a dressé une liste (sans doute pas exhaustive) des événements prévus ce jour-là.

 

Bon dimanche !

La longue marche des dindes, Kathleen Karr.

Plus personne ne peut vous dire comment les bons élèves de cette école de campagne du Missouri ont occupé leurs vacances d’été 1860. Non. Le seul qui soit resté dans l’Histoire, c’est Simon Green, le cancre, celui qui avait quadruplé son CE1. Cette année-là, les dindes avaient pondu comme des lapins. Beaucoup trop. Valaient des clopinettes. Cette année-là, à Denver, à mille kilomètres d’ici, on bâtissait à tour de bras, et rien à se mettre sous la dent. Là-bas, ils étaient prêts à payer une dinde cinq dollars. C’est bien simple, Simon, à peine sorti de l’école, il a fait ses comptes. A emprunté toutes ses économies à l’institutrice. A acheté mille dindes. A embauché comme charretier Bidwell Peece, le plus grand ivrogne du pays devant l’Éternel. Et s’est juré de faire fortune à la fin de l’été. L’oncle Lucas lui a fourgué en héritage son chariot le plus pourri. Et vogue la galère ! Ils n’étaient pas nombreux, ceux qui auraient parié sur un attelage pareil : l’ex-ivrogne repenti, le cancre indécrottable et les mille dindes réclamant chacune ses cinq litres d’eau par jour. D’autant que, très vite, ils ont été rejoints par Jabeth, un esclave noir en cavale qui rêvait du pays de la liberté. Et comme si ça ne suffisait pas, des types à dos de chameau se sont mis à les poursuivre. Parole, à dos de chameau ! Avec des fusils partout. Et les Indiens Potawatomis et leur chef John Prairie d’hiver les ont arrêtés sur leur territoire sacré. Et il y a eu aussi la fille qui piquait sa crise de nerfs dans la prairie maudite, et la cavalerie qui n’avait pas cavalé depuis si longtemps qu’elle prétendait faire un carton sur les dindes, et… Enfin, de quoi créer des liens entre Simon, l’orphelin, Bidwell, le vieil ivrogne bon à rien, et Jabeth, l’esclave en fuite. Et faire d’eux des héros inoubliables. Au point de vous donner furieusement envie d’être cancre, dans le Missouri, en 1860.

Kathleen Karr a marqué ma vie de lectrice ; j’ai découvert avec un immense plaisir La Caverne lorsque j’étais au collège et je m’en souviens encore — d’ailleurs je vous en parlais pour mon premier Ray’s Day. Donc, l’an passé (oui, car cette chronique traîne en brouillon depuis des lustres), lorsque j’ai vu passer ce roman jeunesse, il m’a été difficile de résister — et bien que le texte ait été écrit dans les années 1990, il n’a pas pris une ride !

Dès les premières lignes, on plonge dans un Far West parfaitement remis en scène, jusque dans l’accent des personnages. Nous suivons les traces de Simon, qui passe pour l’idiot du village — et entre nous soit dit, il peut se montrer gentiment benêt. Pourtant, le jeune homme a d’indéniables talents poétiques et… mathématiques !
Simon est un personnage extrêmement touchant, souvent terre-à-terre, mais avec des fulgurances incroyables. Et qui sont d’autant plus percutantes que les autres personnages les prennent, généralement, pour purs traits de sa légendaire bêtise — avant de s’apercevoir que c’est plutôt l’expression de son génie !

Ces fulgurances ponctuent une route pour le moins éprouvante. Car dans le Far West de 1860, on peut vivre mille aventures en autant de kilomètres et c’est presque ce qui arrive à Simon et à ses acolytes. Attaque d’indiens, esclavagistes en goguette et esclave en fuite, véritable troupe de cirque, escrocs en tous genres, pionniers à la dérive et famille acharnée, on est servis !
Les péripéties s’enchaînent à bon train, tout en ménageant un rythme équilibré à l’intrigue. Celle-ci n’est ni survoltée, ni trop indolente ; Kathleen Karr a trouvé un parfait dosage entre les différents éléments, ce qui rend la lecture absolument palpitante. Le vocabulaire, de son côté, est très accessible dans la narration, mais parfois un peu plus ardu dans les dialogues, lorsque les personnages dévoilent leur plus bel argot.
Au fil des pages, c’est un extraordinaire portrait sur le vif des États-Unis qui se dévoile. Si l’actualité économique n’est là qu’en toile de fond à l’aventure, des réflexions plus profondes sur la famille, l’amitié, l’esclavage ou le vivre-ensemble traversent les pages. Là encore, Simon aborde tout cela avec un mélange d’ingénuité et de sagacité qui fait vraiment plaisir à voir. D’autant que les autres personnages ne sont pas en reste et font preuve, eux aussi, d’une belle présence d’esprit. Surtout, et malgré les sujets parfois difficiles, le roman est extrêmement drôle ! Que l’on parle du décalage entre le ton très policé de John Prairie d’Hiver et les clichés sur les Indiens sanguinaires, ou le pragmatisme avec lequel Simon accueille un jeune esclave en fuite qui s’attend à être lynché, les dialogues sont toujours très savoureux.
Cela vient sans aucun doute du fait que les personnages sont vraiment bien étudiés. Évidemment, on s’en doute dès le départ, aucun d’eux n’est vraiment ce qu’il semble être : Bidwell Peece n’est pas qu’un ivrogne bon à rien, de même que Simon n’est pas bête à manger du foin. C’est sans doute le fait que les personnages partent de très très loin qui les rend si attachants, et qui fait de ce texte un roman d’aventure si prenant !

Si vous cherchez un bon roman d’aventure jeunesse (lisible dès 10 ans, en plus), arrêtez-vous : La longue marche des dindes est exactement ce qu’il vous faut. Kathleen Karr y ressuscite un Far-West haut en couleurs, encore pétri de préjugés racistes ou de classes, et sillonné par de véritables canailles (cachées sous des défroques d’escroc… ou institutionnelles). C’est un western avec tout ce qu’il faut dedans, de l’attaque des Indiens à l’arrivée de la cavalerie, avec le passage du cirque en prime. Et qui a, avec ça, le bon goût d’être prenant, drôle et intelligent !

 

La longue marche des dindes, Kathleen Karr. Traduit de l’anglais par Hélène Misserly.
L’École des Loisirs, 2018 (réédition), 251 p.