Pepper Page sauve l’univers !, Landry Q. Walker & Eric Jones

Pepper Page, une jeune orpheline de 15 ans, n’aspire qu’à une chose : s’évader de son quotidien en trouvant refuge dans les bandes dessinées de son héroïne favorite, Supernova.
Une expérience scientifique aux résultats inattendus menée par le Professeur Killian, son enseignant en science, va la propulser dans la peau et dans l’univers de sa super-héroïne fétiche. Accompagnée de Mister McKittens, un chat qui part malencontreusement avec elle dans cet univers fantastique, Pepper va être confrontée à la vie pleine d’action, d’aventure et de mystère d’une vraie héroïne et comprendre par la même occasion que la réalité est parfois plus étrange que la fiction !

Et hop, encore un titre de ma PAL boulot avec lequel j’ai passé un très bon moment !
Ce comics nous plonge dans un univers futuriste : les voitures savent voler, les cours au lycée sont truffés de termes comme « transdimensionnel », « intergalactique », « interstellaire », voire « intertransdimensionnel »… et, pire !, on ne lit plus sur papier !
Sauf Pepper Page qui, en plus d’être une lectrice compulsive, a un faible pour les comics à l’ancienne, qu’elle chine et chérit de tout son cœur, tant ils sont un refuge pour elle. Elle lit notamment avec ferveur les aventures de Supernova, son héroïne fétiche, dont elle connaît si bien les aventures qu’elle est capable de citer le numéro, les illustrateurs, ou la couverture du volume dans lequel se déroulent les péripéties.

L’intrigue est assez classique du point de vue de l’évolution (un super-méchant, une super-héroïne qui s’ignore, des pouvoirs extraordinaires), mais l’ensemble tient vraiment bien la route. Le récit est hyper dynamique, et ponctué de touches d’humour qui m’ont vraiment plu. La narration alterne entre les aventures de Pepper, et les chapitres des comics qu’elle dévore sans cesse. Avec, de fait, deux styles graphiques bien marqués : pour les comics sur papier, beaucoup de petits points, des couleurs affadies, des traits chargés et des interactions en anglais (avec traductions en bas de page !). Pour les aventures de Pepper, on a une palette plus chaude, plus colorée, qui donne à l’ensemble un côté très gai. C’était très enthousiasmant à lire !

Malgré l’univers science-fictif, et les aventures survoltées de Pepper, le récit traite de sujets d’actualité qui parleront au lectorat (les préadolescents). Pepper est orpheline (dans un orphelinat robotisé), a des difficultés à l’école, et s’intéresse surtout à ses comics. Il est donc question de construction de soi, d’amitié, ou du besoin de trouver sa place. C’est justement traité, sans prendre le pas sur le reste des aventures. Bref : c’est bien fait !
En plus de cela, le comics rend un très bel hommage à la lecture en général, à celles des BD/Comics en particulier, alors je dois dire que j’étais heureuse comme tout !

Très bonne surprise avec ce comics jeunesse de science-fiction, donc ! C’est frais, c’est amusant, plein de gaieté, tout en proposant une aventure pleine de rebondissements, qui touche en plus à des thèmes d’actualité. Que demander de plus ? Le tome s’achève sur la mention « à suivre ? » et j’ai été bien en peine de trouver des infos sur une potentielle suite. Le récit a une vraie conclusion, mais j’avoue que je rempilerai sans problème pour une suite !

Pepper Page sauve l’univers, Landry Q. Walker et Eric Jones.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Delarbre. Rue de Sèvres, 15 juin 2022, 208 p.

Encens, Johanna Marines. #PLIB2022

Nouvelle Orléans, 1919. Alors que le tueur à la hache sème la terreur dans les rues et nargue les enquêteurs, le corps mutilé d’une jeune femme est découvert en ville. Que signifient ces notes de musique et ces marques de brûlures retrouvées sur sa peau et ces étranges plumes métalliques plantées dans son dos ?
Pour les inspecteurs Perkins et Bowie, une nouvelle enquête s’ouvre. Se pourrait-il qu’un deuxième meurtrier soit à l’œuvre ? Que faire quand deux tueurs en série rivalisent de cruauté et que la ville devient leur terrain de jeu ? Plongez au cœur des Bayous où le jazz est roi et prenez de la hauteur à bord du Mécanic Hall, un aérocabaret où les dancing-automates sont devenus des déesses de la fête. Découvrez le passé trouble de Grace, une intrépide cartomancienne et de sa chouette mécanique et sautez de toits en toits aux côtés des désembobineurs qui collectent l’électricité pour la New Orleans General Electric Company.

Encens est un des cinq romans nominés au PLIB 2022 et… malheureusement, on ne peut pas dire que j’ai franchement accroché à ce titre.
L’histoire se déroule à la Nouvelle-Orléans, dans les États-Désunis d’Amérique, en 1919. Dans cette réalité alternative, les automates sont légion, que ce soit parmi les humains ou les animaux. Par ailleurs, un tueur armé d’une hache sévit dans la cité, répandant la terreur. Pour cet aspect de l’intrigue, l’autrice a repris un véritable fait divers, qui a inspiré de nombreuses œuvres (dont l’excellent thriller Carnaval de Ray Celestin !), sans doute car l’identité réelle du tueur n’a jamais été découverte.

Le récit se concentre autour de trois personnages principaux (plus quelques autres, mais qui sont moins fouillés) : l’inspecteur William Perkins, en charge des deux affaires de tueurs en série ; Ian Cobb, un psychiatre tourmenté ; et Grace, la fille de l’inspecteur Perkins, qui vit seule, travaille dans un aérocabaret, porte des pantalons (so chocking !) et a été adoptée après la destruction totale de son orphelinat dans un incendie. De façon assez classique, le récit fait s’entrecroiser les points de vue et trajectoires des trois personnages, en les entrecoupant d’analepses, d’introspection des tueurs en série, de brefs passages chez les personnages secondaires, ou d’articles de journaux. Un schéma narratif qui a fait ses preuves et qui fonctionne ici parfaitement, donnant au récit un rythme très agréable – d’autant que celui-ci est mené d’une plume fluide et entraînante. L’enquête est menée sans répit : les changements de focale rapides, comme la façon dont s’entrecroisent les secrets des personnages (car évidemment ils sont tous liés !) rendent l’ensemble vraiment prenant.

Si l’uchronie n’est vraiment pas poussée, on profite de cette esthétique chargée en dirigeables, automates, et créations électriques : le roman relève du dieselpunk, c’est-à-dire du steampunk, mais pas sous l’ère victorienne (plutôt l’entre-deux-guerres), et avec d’autres technologies que la seule vapeur. Cela change un peu, et j’ai trouvé cela très plaisant !

Mais alors, qu’est-ce qui ne l’a pas fait ?
Autant j’ai apprécié le rythme, autant l’alternance rapide des points de vue m’a parfois empêchée de m’attacher aux personnages, donc je suis restée en peu en dehors. Et alors que la tension ne faisait que monter, le retournement final m’a semblé faire tout retomber à plat, en introduisant des éléments pas du tout évoqués jusque-là et comme sortis du chapeau. Je n’ai pas trouvé la conclusion de l’enquête franchement crédible.
Par ailleurs, j’ai eu l’impression que le récit faisait intervenir trop de thèmes pour réussir à vraiment les traiter tous en même temps : outre l’enquête autour des deux meurtriers en série, il est question de la lutte sociale des automates pour leurs droits (que j’ai interprétée comme une relecture de la ségrégation), des conditions de vie (souvent désastreuses) des minorités (parmi lesquelles les homosexuels et les automates), des avancées technologiques (notamment autour de l’électricité et des automates), ou encore des progrès et des dérives de la médecine (toujours avec l’électricité, avec semble-t-il un clin d’œil aux travaux autour de la santé mentale qui faisaient fureur à l’époque).
Chacun d’entre eux est intéressant, mais on part un peu dans tous les sens, et on reste toujours un peu en surface ; cela ne m’a pas aidée à plonger dans ma lecture, car j’ai dû me remobiliser à chaque chapitre concernant l’enquête proprement dite.
Enfin, j’ai été particulièrement gênée par les coquilles et les tournures de phrase exotiques, qui m’ont sortie de ma lecture à de nombreuses reprises.

Une lecture en demi-teinte, donc. Si j’ai franchement apprécié le style fluide, comme l’idée de détourner un fait divers réel (et sordide !) dans une ambiance steampunk hyper réussie, l’accumulation de thèmes, comme les trop nombreuses coquilles, ont contribué à mon manque d’enthousiasme dans ma lecture.

Encens, Johanna Marines. Snag, juin 2021, 500 p.
#PLIB2022 #ISBN9782490151370

Une Terre nouvelle, Nous ne serons plus jamais les mêmes #1, Marc Cantin & Isabel.

Une tempête oblige Shanna et son frère à accoster la petite île de Pointe-au-Bec. Dans l’unique auberge, ils découvrent des habitants sidérés par l’annonce d’un désastre planétaire : une mousse bleue envahit les villes, étouffant tous les humains sur son passage… sans qu’on n’en connaisse la cause.
À terre, Noa, l’ex-petit ami de Shanna, tente d’échapper au fléau parmi des survivants prêts à tout et des ados emprisonnés qui espèrent profiter de la situation.
Shanna, elle, s’inquiète de plus en plus : reverra-t-elle sa famille un jour ?

Voilà longtemps que je n’avais pas lu un roman de survie qui m’emballe autant !
Le récit commence presque comme un roman de vacances : Shanna, son frère Aron, et le meilleur ami de ce dernier, tracent leur route à bord d’un voilier hyper performant. L’endroit idéal pour que Shanna se remette de sa peine de cœur – Noa, son petit ami, l’ayant laissée tomber quelques jours plus tôt pour une fille croisée dans la grande ville où il est parti étudier. Tout irait parfaitement si une mousse bleue n’avait pas commencé à se répandre partout dans les grandes villes.

C’est par la mention de cette mousse bleue que Marc Cantin et Isabel introduisent très rapidement, et très efficacement, une sensation de malaise durable. Or, celle-ci ne désarme pas avec la tempête qu’essuient les navigateurs… qui leur font prendre conscience que la fameuse mousse bleue n’est pas que décorative. Elle phagocyte en fait le béton (d’où son apparition dans les grandes cités) et ravage tout sur son passage, qu’il s’agisse d’un minéral, d’un végétal, ou d’un animal. On n’est donc pas dans un roman post-apo, ou pas tout à fait, puisque l’apocalypse, on y assiste en direct !

Ce contre-pied amène d’intéressantes perspectives, notamment en termes de réactions des personnages. On n’est d’ailleurs pas au bout de nos surprises, puisqu’il apparaît rapidement que l’apparition de la mousse… n’a rien de naturel. En plus, donc, de proposer une intrigue survitaminée, Marc Cantin et Isabel jouent parfaitement de l’ambiance de malaise qu’ils ont instaurée, en l’exploitant au maximum. Le parti-pris de la contamination de main humaine induit évidemment quelques dilemmes moraux chez les personnages, que le duo d’auteurs se garde bien de trancher. Cela donne beaucoup de profondeur au récit, et incite à réfléchir non seulement à ce que l’on ferait dans une situation similaire, mais aussi au bien-fondé de la contamination à la mousse.

« Aron aimait profondément le monde mais ne parvenait pas à y trouver sa place, surtout depuis le décès de son père. Ses rêves gelaient. Jamais satisfait, ici et ailleurs, il naufrageait dans un océan tourmenté. »

On sent bien que Shanna est le personnage principal, mais la narration saute de l’un à l’autre, s’intéressant tour à tour à Noa (son ex petit-ami qu’on aimerait détester mais qui nous réserve de bonnes surprises), à Aron (le frère aîné)… mais aussi à une bande d’adolescents incarcérés dans un pénitencier pour mineurs, sur une île, et qui profitent du chaos pour s’évader, dans l’espoir de profiter totalement de la situation mondiale. Cette variété dans les personnages et les situations permet à l’intrigue de mêler survie et préoccupations quotidiennes. En effet, les personnages traînent quelques casseroles derrière eux : il est donc question d’insertion sociale, de gestion du deuil d’un parent, des suites d’une rupture amoureuse, ou d’engagement. C’est riche, et cela cadre parfaitement avec le ton de l’intrigue, d’autant que l’alternance de points de vue est faite intelligemment, sans donner l’impression que le récit s’éparpille entre les différents personnages.
Couplée à l’ambiance du récit, à l’enchaînement maîtrisé des péripéties et aux questionnements qui sous-tendent l’histoire, elle rend l’ensemble particulièrement prenant, même si on sent que ce premier tome est introductif. J’étais donc plus que frustrée d’arriver à la fin, qui nous laisse très clairement sur des charbons ardents (heureusement, le tome 2 est prévu pour la fin d’année).

Très bonne surprise donc que ce premier tome de Nous ne serons plus jamais les mêmes. Ce récit (post)-apocalyptique a des petits airs de huis-clos (dus à la catastrophe écologique en cours), pas désagréables du coup, qui amènent de la tension dans le récit. L’intrigue mêle parfaitement enjeux de survie et préoccupations plus quotidiennes des personnages, ce qui rend le récit particulièrement prenant. Malgré le caractère introductif de ce tome, les péripéties sont parfaitement maîtrisées, et c’est dans un état de frustration extrême que j’ai atteint la fin ! Je suis donc assez impatiente de lire la suite de ce récit très réussi !

Nous ne serons plus jamais les mêmes #1, Une Terre nouvelle, Marc Cantin & Isabel.
Rageot, 23 février 2022, 256 p.

Blue World #1, Yukinobu Hoshino.

Les “trous bleus” conduisant dans le passé sont bel et bien réels. Une expédition a prouvé l’existence de l’un d’eux, au large des Comores. Mais cette fois, un trou bleu menant au Jurassique est découvert au fond du loch Ness. Convoitant les ressources du monde préhistorique, le Royaume-Uni et les États-Unis mettent sur pied une ambitieuse mission d’exploration. Alors que l’équipe est sur le point de se mettre à l’œuvre, un étrange et terrible accident se produit, livrant les survivants à une nature aussi luxuriante que dangereuse…

Voilà un manga qui a atterri sur ma PAL de boulot, pour mon plus grand plaisir !
Blue World est un spin-off de la série Blue Hole, mais peut se lire indépendamment.

Le début nous plonge directement dans le dur du sujet, puisque après quelques pages introductives, arrivent les explications scientifiques, lesquelles sont à la fois concises, claires et précises, ce qui permet d’attaquer en ayant une bonne vision de ce qu’est un trou bleu (en gros : une baïne qui se comporte comme un trou noir, et qui crée un lien entre deux temporalités différentes).
Une fois les bases posées, l’intrigue se concentre sur les autres enjeux (assez nombreux !).

Tout débute alors que le journaliste américain Harry Steele et sa compagne débarquent en plein Jurassique, après être – frauduleusement – passés à travers le trou bleu du Loch Ness. Sur place, une expédition mi-scientifique, mi-militaire, conjointement menée par la Grande-Bretagne et les États-Unis, lesquels ont évidemment des vues sur les ressources naturelles inexploitées de cet univers vierge – ou presque.
Ce que j’ai trouvé particulièrement prenant, c’est que le récit mêle intérêts géopolitiques et intérêts personnels des différents personnages, lesquels sont assez variés. Du côté des militaires, on a quelques soupçons d’espionnage, puisque certains d’entre eux ont été chargés par leurs gouvernements respectifs de réaliser certains objectifs. Parmi ce bord, le personnage le plus développé est la lieutenante Jean Hart de la Royal Navy, un personnage de femme (mais oui !) que j’ai trouvé chouette et badass à souhait (notamment après le point de bascule du récit).
Du côté des scientifiques, le professeur Camelot est comme un enfant à Disneyland, ravi de pouvoir étudier le phénomène en direct. En même temps, il est lucide sur la dangerosité du monde dans lequel ils sont (il est quand même responsable de sa petite fille…) et sur l’aspect potentiellement éphémère des trous bleus (ce qui évidemment rajoute une excellente dose de suspense au récit).

Or donc, le terrible accident cité dans le résumé se produit et le récit, jusque-là assez centré sur la découverte, bascule méchamment dans la survie. Les scènes d’action sont donc plus trépidantes que jamais, et les enjeux tissés précédemment ajoutent pas mal de piquant à l’ensemble.

Et les dinosaures alors ? Eh bien on n’est pas déçus du voyage, puisque ce premier tome offre son lot de créatures – mais avec une attention plutôt concentrée sur les grandes bêtes dangereuses que sur les mignonnes. Les explications sur chaque espèce, ses habitudes, ses caractéristiques, sont précises et détaillées, ce qui ne gâche pas le plaisir.

En bref, Blue World est un seinen de hard SF qui m’a beaucoup, beaucoup plu et dont j’attends les deux tomes suivants avec beaucoup d’impatience. J’ai adoré le mélange (improbable mais tellement réussi) entre sciences, Rambo et Jurassik Park, qui fonctionne à plein. C’est sans doute dû aux personnages, qui portent les enjeux du récit et le rendent si prenant.
Bref, vivement la suite !

Blue World, #1, Yukinobu Hoshino. Traduit du japonais par Aurélien Estager.
Pika (Graphic), 26 janvier 2022, 332 pages.

La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North.

Je m’appelle Hope Arden mais vous oublierez ce nom et jusqu’à mon existence. Nous nous sommes déjà rencontrés des milliers de fois. Je suis la fille dont personne ne se souvient. Tout a commencé quand j’avais seize ans. Un lent déclin, un isolement inéluctable. Mon père qui oublie de me conduire au lycée. Ma mère qui met la table pour trois, pas quatre. Un prof qui omet de demander un essai que je n’ai pas rendu. Un ami qui me regarde et voit une étrangère. Qu’importe ce que je fais, ce que je dis, les blessures que j’inflige, les crimes que je commets. Vous ne vous souviendrez jamais de moi. On ne peut pas dire que ça me facilite la vie, mais ça fait aussi de moi une personne dangereuse.

Quel roman étonnant, qui joue sur trois genres qui se mêlent parfaitement : anticipation, fantastique et thriller !

Hope Arden a le désagréable privilège d’être parfaitement oubliable. Dans les trente secondes après être sortie du champ de vision de ses interlocuteurs, elle disparaît purement et simplement de leur mémoire. Sa famille l’a oubliée, ses amis aussi, la société entière semble ne plus la calculer. Ce qui, dans la vie courante, peut s’avérer particulièrement handicapant.

« Choses difficiles à faire quand le monde vous oublie :
• Sortir avec quelqu’un
• Trouver un travail
• Recevoir des soins médicaux suivis
• Obtenir un prêt bancaire
• Obtenir un diplôme
• Obtenir des références
• Être servie au restaurant. »

La faculté de Hope n’est jamais vraiment explicitée. Pourquoi l’oublie-t-on ? Est-ce génétique ? Cela vient-il d’un virus ? Est-elle folle ? On ne saura jamais, ce qui donne au récit une petite touche fantastique assez intéressante.

La situation étant ce qu’elle est, Hope devient une cambrioleuse particulièrement douée et dont la méthode reste parfaitement opaque aux yeux des autorités (et on comprend bien pourquoi). Pourtant, celle-ci comporte des lacunes : parfois elle se fait voir par des caméras de sécurité, ou son utilisation du darknet laisse un peu à désirer en termes de sécurité. A force de larcins, Hope s’attaque à un gros poisson : Perfection.
Perfection est une sorte d’application de coaching ultra-gourmande en données personnelles. A chaque « bonne action » validée par Perfection, les usagers gagnent des points. Chaque point durement gagné permet d’obtenir des bons de réduction auprès de marques, des invitations à des événements sélects, etc. Peu à peu, l’application enregistre les mouvements des cartes de crédits et de fidélité, les restaurants et magasins fréquentés et, pire, les personnes rencontrées. Afin de rendre chaque utilisateur « parfait », elle suggère d’écarter définitivement untel, de modifier son alimentation, de quitter son travail pour un autre poste plus lucratif, ou de changer totalement de look. Tout cela à grands renforts de données personnelles qu’elle ingurgite et recrache à tout va. Voilà pour le côté anticipation.

Malgré sa redoutable faculté, la croisade de Hope n’est pas de tout repos : Interpol est sur ses traces, les gros bras de Perfection aussi et les capacités de la cambrioleuse intéressent du monde sur le darknet. Bon an mal an, ce qui n’aurait dû être qu’un hold-up de plus se transforme en traque forcenée, ce qui rend le roman extrêmement prenant.

Le récit est, avec ça, merveilleusement construit. Il alterne présent et passé, ce qui nous permet de suivre Hope dans ses pérégrinations, tout en comprenant comment elle s’est construite. C’est aussi ce qui le rend si addictif. De plus, la narration est régulièrement entrecoupée de réflexions de la narratrice, de définitions de choses diverses et variées, de listes d’observations qu’elle se fait, ou du mantra qu’elle se répète pour s’ancrer dans le réel. Cela ne casse pas le récit, mais lui donne plutôt des respirations, calées sur celles dont la narratrice a besoin lorsque sa situation menace de lui faire péter les plombs. C’est bien vu, parfaitement exécuté, et cela rend le tout très immersif !

« Qu’est-ce que la connaissance ? C’est l’inspiration. C’est un appel aux armes. C’est un rappel qu’il n’est rien qui ne puisse être accompli. C’est l’humanité sous toutes ses formes. »

Au fil des chapitres et de la traque, le roman nous invite à nous interroger sur nos pratiques numériques, notamment concernant les réseaux sociaux. Perfection n’est pas si éloignée de choses qui existent aujourd’hui et cela incite vraiment à réfléchir à la façon dont on consomme ces gadgets appréciés du public et dont la face cachée peut parfois échapper à ses utilisateurs. Mais il est aussi question d’amitié, d’amour, de solitude, ou du pouvoir de la connaissance. Tout cela est livré un peu en vrac, au fil des pensées de la narratrice, qui lance parfois de simples pistes de réflexion, ou propose sa propre vision des sujets en question.

J’ai adoré écouter ce roman. La narratrice est parfaite, et lit d’un ton presque clinique qui correspond parfaitement à la personnalité de la narratrice. Se sentant en-dehors du monde, elle raconte son histoire presque comme une observatrice, et la lectrice a rendu cette attitude merveilleusement bien. De plus, le travail effectué sur les dialogues entre personnages les rend très intelligibles. En jouant sur le volume sonore ou sur l’étouffement de la voix, on sait toujours qui est en train de parler à qui, impossible de s’y perdre. L’enregistrement est vraiment génial !

Voilà une lecture audio que j’ai adorée, et que je pense refaire dans quelque temps. Le récit, très prenant, mêle habilement fantastique, anticipation et thriller, dans un rythme bien mené. Même si je reconnais quelques longueurs dans le milieu du roman, j’ai trouvé l’intrigue palpitante. La lectrice met le ton parfait pour le récit, ce qui contribue à le rendre si prenant. Excellente découverte, donc, qui me donne très envie de lire d’autres titres de l’autrice !

La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North. Traduit de l’anglais par Isabelle Troin.
Hardigan, 2016, 840 min. Lu par Manon Jomain.

Les Chimères de Vénus #1, Alain Ayroles et Étienne Jung.

1873, tandis que les empires terrestres s’affrontent pour la maîtrise du système solaire, l’actrice Hélène Martin embarque pour Vénus à la recherche de son fiancé, prisonnier des bagnes de Napoléon III.

Quand j’ai vu qu’un spin-off du Château des Étoiles était annoncé, j’ai évidemment été hyper intriguée. Donc quand je l’ai vu repasser à la médiathèque, ni une ni deux, je l’ai emprunté !

L’histoire prend place (du moins en ai-je eu l’impression), au moment où Séraphin et consorts sont en train de batailler ferme sur Mars contre les troupes prussiennes (tomes 3 et 4 donc). Et loin de la Lune ou de Mars, place ici à Vénus et sa colonie franco-britannique aux accents résolument steampunk. Nouvel univers, nouveaux décors, et on découvre une planète plutôt hostile, dont la découverte ressemble à s’y méprendre à une balade cauchemardesque dans Jurassic Park. Rien de moins !

L’intrigue reprend les mêmes motifs politiques que la série-mère (la lutte à la conquête spatiale), en ajoutant un arc narratif qui a tout du polar, cette fois. En effet, l’héroïne, si elle est venue aux bras d’un magnat de la conquête spatiale, s’intéresse uniquement au sort réservé à son fiancé, malheureusement déporté dans le bagne justement situé sur Vénus. L’intrigue nous fait donc voir tour à tour ce que vivent Hélène, les gens qui voyagent avec elle, et les bagnards – avec ce qu’il faut de mystère et de suspense à la clef. Il y a un côté girl-power vraiment sympa, le duo formé par Hélène et sa camériste ne s’en laissant pas compter.

Ce premier tome vise vraiment à planter le décor, donc j’attends vraiment de lire la suite pour voir ce qui va en sortir. En effet, l’histoire est rondement menée et ouvre pas mal de possibilités. Les péripéties sont rapidement réglées, ce qui donne au récit un rythme très confortable. Bref : tout cela a grandement attisé ma curiosité.

Côté graphismes, on retrouve un découpage bien pensé, alternant les illustrations pleine page (ou presque) et des cases plus resserrées. Évidemment, le style graphique est bien différent, avec un style qui ressemble plus à un film d’animation que dans les autres tomes. Cela colle bien à l’intrigue, plus divertissante et dynamique, moins romantique et scientifique que celle de la série-mère. J’apprécie nettement moins ce style graphique, mais l’album m’a fait passer un très bon moment de lecture !

Les Chimères de Vénus propose donc un nouvel univers, de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue, dans l’univers du Château des étoiles. On retrouve les points forts de la série-mère (steampunk, époque victorienne et conquête spatiale), et plein de nouveautés très alléchantes. L’intrigue est rondement menée et ouvre plein de pistes pour la suite, qu’il me tarde donc de découvrir.

Dans le même univers : Le Château des étoiles, 1869 : la conquête de l’espace (1) ; Le Château des étoiles, 1869 : la conquête de l’espace (2).

Les Abîmes d’Autremer, l’intégrale, Danielle Martinigol.

Suite et fin de cette relecture, avec le troisième et dernier tome de la série des Abîmes d’Autremer (celui des trois que j’ai le moins relu, et qui m’a donc réservé le plus de nouvelles re-surprises !).

L’Appel des Abîmes

Dix ans ont passé depuis L’Envol de l’Abîme. Aëla Maguelonne est désormais une fougueuse jeune femme de dix-neuf ans qui pilote avec audace son majestueux Abîme Noir, le redoutable Jang-al. Mais celui-ci porte à sa perl un amour possessif qui va le rendre rapidement incontrôlable.
Nièce du directeur de MGTCom, une puissante chaîne de cosmovision ennemie jurée des Autremeriens, Chaddy est une jeune reporter surdouée de quinze ans qui, avec sa biocam, traque le scoop, et tout particulièrement les excès d’Aëla. Mais pourquoi est-elle ainsi fascinée par la famille Maguelonne ? Lorsque Aëla rencontre de mystérieux Abîmes venant d’une autre galaxie, pilotés par des extraterrestres, MGTCom se répand en délires xénophobes. Entre Autremer et sa famille, dans quel camp Chaddy va-t-elle se ranger ?

Et hop, de nouveau un bon dans le temps, de dix ans cette fois-ci.
Les Maguelonne sont toujours présents, évidemment, et on suit de nouveau le trio Corian, Aëla, Djem. Le premier est devenu représentant d’Autremer à la CCME, le dernier un journaliste émérite enseignant dans une école de journalisme très prisée. Quant à Aëla… son osmose précoce avec Jang-al a certes contribué à renforcer sa réputation de « petite fée des Abîmes », mais ne suffit pas à couvrir toutes les frasques du duo infernal (pour le plus grand désespoir de ses parents).

L’intrigue, cette fois, s’articule autour de deux axes. D’un côté, un voyage spatial en perspective pour chercher l’origine des Abîmes extraterrestres qui croisent au large (l’occasion, pourquoi pas, de retourner voir l’autre planète aux Abîmes trouvée dans le tome précédent). De l’autre, le vieil antagonisme entre le clan Meretta, possesseur de la chaîne MGTCom, et les Autremeriens. Varsos, le patriarche, n’a jamais pardonné aux Maguelonne sa destitution de la présidence de la CCME. Myto Meretta, le fils (le bien-nommé), a une dent contre Sandiane, à la fois comme journaliste et comme Perl. Et l’héritage familial est entre de bonnes mains car Chaddy, la nièce du précédent, a de bonnes raisons d’en avoir après les Maguelonne, ce qui la pousse à traquer Aëla et à filmer ses nombreuses infractions. Si Sandiane avait fini par s’amender, on retrouve en Chaddy son aplomb absolu, son côté rentre-dedans et son mépris pour la vie privée (qui doit s’effacer, selon elle, devant la nécessité d’informer).

De fait, le poids des média est plus que jamais au centre de l’intrigue, Myto Meretta ne reculant devant rien pour atteindre ses fins (y compris le mensonge), à savoir la mise à terre non seulement du clan Maguelonne, mais aussi des Abîmes en général.
L’écologie, la conquête spatiale et la relation avec une espèce extraterrestre reviennent elles aussi au centre du récit. J’ai d’ailleurs trouvé qu’on renouait avec le côté très poétique qu’il y avait dans le premier tome, et qui avait un peu disparu du tome intermédiaire. Le côté politique qui m’avait un peu manqué dans le premier tome est ici beaucoup plus présent puisque la découverte faite par les Autremeriens va avoir des impacts sur l’ensemble des planètes colonisées. D’ailleurs, c’est aussi ce qui fait tellement monter le suspense, puisqu’Autremer est directement menacée (par les autres planètes des Cent Mondes, et non par les découvertes extraterrestres qui sont faites).

Les bonds dans le temps sont vraiment intéressants, car on suit l’évolution des personnages, dont les centres d’intérêt évoluent légèrement au fil des tomes. Ainsi, Corian, Djem et Aëla qui s’entendaient comme larrons en foire dans le tome précédent, se sont séparés au fil des ans à force de non-dits et petits désaccords, chacun ayant sa vision des choses concernant les Abîmes ou les relations humaines. Si l’intrigue est portée par les axes cités un peu plus haut, les relations humaines en sont vraiment le moteur, car elles alimentent à la perfection péripéties et rebondissements – et c’est sans doute ce qui donne à cette série cet aspect si humaniste.

Ce dernier tome est mené tambour battant : entre l’enquête sur les Abîmes, la lutte contre les Meretta, les dissensions au sein de la galaxie et les frasques d’Aëla, impossible de s’ennuyer. Il faut aussi dire que le style extrêmement fluide de Danielle Martinigol rend la lecture particulièrement aisée et incite à avaler les chapitres !

Si vous lisez le roman dans la version intégrale, vous trouverez en fin de volume une nouvelle additionnelle : « L’Enfant et l’Abîme ». Pas de grande surprise dans ce texte, dont l’histoire a été résumée par Madery à Sandiane dans le premier opus. On y découvre la vie des tous premiers colons sur Autremer, leur découverte des Abîmes et la première osmose – entraînée par un Abîme ! – entre un enfant et une de ces nefs vivantes. Le texte clôt joliment la boucle.

L’Appel des Abîmes est donc dans la parfaite lignée des deux tomes précédents : on y retrouve tout ce que l’on a aimé précédemment, dans une intrigue qui ne fait pas de redite et sait encore une fois se renouveler intelligemment.

Dans la même série : L’élue (1) ; L’Envol (2).

Les Abîmes d’Autremer #3 : L’Appel des Abîmes, Danielle Martinigol. Mango (Autres Mondes), 2005, 195 p.

Les Abîmes d’Autremer est sans doute mon plus gros coup de cœur SFFF de jeunesse (pour être tout à fait honnête, mon cœur balance avec Le Royaume de la rivière mais les styles sont tellement différents qu’on va dire qu’ils coexistent). Et cette énième relecture ne m’a pas déçue, une fois de plus, tant l’intrigue est palpitante. Non seulement les aspects planet-opera et space-opera sont très réussis, mais en plus l’autrice parvient à aborder plusieurs thèmes forts, sans rien laisser de côté. Au fil des chapitres s’invitent donc des réflexions bien menées autour de l’écologie, des relations humaines, de la place et du poids des média dans la société ou encore de la rencontre avec l’autre. Le traitement de l’intrigue, ni simpliste, ni trop obscur, rend la série accessible aux jeunes lecteurs, comme aux adultes (pour peu qu’ils ne soient pas allergiques aux romans dédiés à la jeunesse). En bref, je recommande chaudement cette saga familiale de SF aux accents humanistes et poétiques, qui nous plonge dans un univers aussi original qu’enchanteur.

Les Abîmes d’Autremer, l’intégrale, Danielle Martinigol. Actusf (Naos), réédition janvier 2017, 504 p.

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Une autre saga de SF coup de cœur de jeunesse !

Les Abîmes d’Autremer, l’intégrale, Danielle Martinigol

Je mets à profit mes vacances pour relire la saga Les Abîmes d’Autremer de Danielle Martinigol, un coup de cœur d’adolescence. Comme l’article avec les trois tomes était un brin long, j’ai préféré couper en trois parties, chacune correspondant aux tomes initialement édités séparément (dans un temps que les moins de quinze ans ne peuvent pas connaître). Bref, aujourd’hui, on parle du tome 2 !

L’Envol de l’Abîme

Corian est un exclu, un adolescent anonyme parmi les milliards d’individus qui peuplent les Cent Mondes colonisés par les humains. Il mène une vie effroyable sur l’hostile planète Djauze. Rien ne le destine à échapper à son triste sort. Sauf que Corian a un rêve, devenir perl, c’est-à-dire pilote d’Abîme, ces extraordinaires vaisseaux vivants de la planète Autremer ! Il réussit à participer aux sélections de l’émission de cosmovision « Les Vainqueurs de l’impossible ». Arrivé sur Autremer, tout se complique lorsqu’un Abîme sauvage apparaît dans les cieux. D’où vient-il ? Dans quelle intention ? Aux côtés d’Aëla,  » la petite fée des Abîmes « , Corian découvrira le secret du vaisseau-animal. Mais saura-t-il le préserver face à la corruption médiatique qui fait rage ?

Première surprise en ouvrant (et en rouvrant, car j’avais surtout gardé souvenir du tome 1 !!) ce roman : l’intrigue se déroule quinze ans après celle narrée dans le premier tome.
On retrouve malgré tout les personnages phares du premier tome, un peu plus âgés (pas toujours plus sage) : Sandiane et Mel sont désormais mariés et parents d’une jeune Aëla, le clan Maguelonne gravite toujours autour d’eux (pour ma part j’étais ravie de revoir le patriarche, Madery !) et on reprend peu ou prou les mêmes amis et ennemis parmi les journalistes. A cela s’ajoute une nouvelle brochette de personnage adolescents parmi lesquels Aëla, Corian, l’aspirant perl issu de Djauze, et son ami Djem, fils d’un ministre djauzan.

J’ai beaucoup aimé la façon dont l’autrice renouvelle l’intrigue tout en gardant les mêmes bases que précédemment. Côté renouveau, elle implante dans l’univers déjà décrit une émission de téléréalité dont l’objectif est de filmer quelques candidats (voyants et tapageurs) à l’osmose avec des Abîmes, parmi lesquels Corian, qui ne rêve que de ça depuis sa prime enfance. L’ouverture forcée au monde d’Autremer, quinze ans plus tôt, et l’osmose précoce entre Sandiane et Mané-jeï, ont forcé les autremeriens à intégrer des perls venant de toute la galaxie. Il ne manquait donc plus qu’un petit pas pour que cette nouveauté soit intégralement filmée, ce que l’émission « Les Vainqueurs de l’Impossible » se propose de faire.

Et c’est là que l’on retombe sur nos pattes côté bases de l’intrigue. Vous le voyez venir : Autremer est de nouveau sous les feux des projecteurs et, de nouveau, cela suscitera des frictions avec ses opposants, tout comme des interrogations bien menées sur le poids des media, et sur leur rapport à la vérité. Bien sûr, la machine médiatique va de nouveau menacer la vie autremerienne, les querelles du tome 1 n’étant pas toutes soldées.
A nouveau, l’intrigue politique se déroule presque en filigrane : elle est un brin plus présente que précédemment, puisque Sandiane et Mel sont plus âgés et donc plus à même d’y prendre part (Mel étant par ailleurs président de l’union des perls d’Autremer) mais les personnages centraux sont de nouveau les adolescents, Aëla, Corian et Djem, donc pas nécessairement passionnés par la chose politique. Et comme dans le premier tome : cela fonctionne très bien ainsi !

Et on aurait tort de penser que les découvertes de l’univers dans lequel se déroule l’histoire sont terminées. Pas du tout ! L’arrivée d’un Abîme sauvage, sans perl (inimaginable, donc !), enclenche de nouvelles révélations et un voyage spatial vers les confins de la galaxie, ce qui occasionne quelques pages enchanteresses.

Comme dans le premier tome, les relations familiales sont au centre du récit : Sandiane a pesté tout ce qu’elle savait contre ses parents et se retrouve à son tour confrontée à quelques difficultés relationnelles avec sa fille… autour de la question des Abîmes. L’une souhaitant voir l’autre devenir perl, la concernée préférant plutôt traîner des pieds. Le poids des attentes des parents est donc au centre du récit (les deux autres ados en présence ayant aussi de lourdes attentes pesant sur leurs épaules) et vraiment bien traité.

En bref, ce tome 2 sait renouveler l’intrigue, tout en gardant ce qui faisait le charme du premier tome. Essai parfaitement transformé, donc, puisqu’on ne sent même pas l’effet « transition » !

Dans la même série : L’élue (1) ; L’Appel des Abîmes (3).

Les Abîmes d’Autremer #2 : L’Envol de l’Abîme, Danielle Martinigol. Mango (Autres Mondes), 2004, 216 p.

Les Naufragés de Velloa, Romain Benassaya.

XXVIIIe siècle. Suite à la destruction de la Terre, Mars et Vénus régentent le système solaire et protègent jalousement leur surface des milliards de réfugiés condamnés à l’errance et la précarité.
Quand l’agent martien Mark Slaska découvre la preuve que l’Embrun 17, un vaisseau de naufragés à qui Vénus a refusé l’asile, a rejoint l’étoile Sigma Draconis quatre cents ans plus tôt, une vive stupéfaction s’empare des deux planètes-forteresses. Comment un appareil à peine capable de franchir la distance Terre-Vénus a-t-il pu parcourir une distance de près de 20 années-lumière de manière quasi-instantanée ? Existe-t-il une force, dans l’orbite de l’étoile, qui les y aurait invités ?
Martiens et Vénusiens décident d’organiser une mission conjointe vers le système de Sigma Draconis. Mais, derrière l’entente de façade, les représentants des deux peuples sont bien décidés à découvrir la force mystérieuse qui se cache dans l’orbite de l’étoile, et s’en emparer pour assoir la domination de leur camp.

Dans un futur proche et post-apocalyptique (de plus en plus crédible), la Terre est devenue inhabitable. Quelques petits chanceux ont fondé des colonies sur Mars et sur Vénus et continué de prospérer, tout en empêchant les autres (c’est-à-dire la majorité des humains ayant survécu) d’accéder au même confort. L’humanité est donc essentiellement dispersée dans des endroits peu habitables, comme les satellites de Jupiter. Alors que les Naufragés – les Blattes, comme disent les Martiens et Vénusiens – survivent à grand peine, les deux autres planètes prospèrent et développent des technologies : intelligence artificielle pour les Martiens, qui disposent de processeurs quantiques intégrés, réenveloppement pour les Vénusiens, virtuellement immortels, pour peu qu’une sauvegarde existe. La mention d’une potentielle planète habitable, aux confins de l’univers, leur ayant échappé mais ayant été trouvée par des Naufragés lance donc Martiens et Vénusiens dans une nouvelle conquête spatiale (pusiqu’on a bien compris que c’était deux peuples tout à fait bienveillants et respectables).

Le roman débute donc comme du space-opera, avec le voyage de Mark, l’agent Martien, et Karen, l’héritière Vénusienne, vers cette fameuse planète. Cette première partie pose le décor, et instaure d’ores et déjà un bon suspense. En effet, on découvre que Mark a subi un “réenveloppement”  chez les Vénusiens mais qu’il ne se souvient pas très bien des circonstances de son décès. Hormis que celui-ci… avait tout à voir avec la mission en cours. Cet élément introduit dès le départ un intéressant suspense. 

Or, celui-ci ne diminue pas à l’arrivée sur Velloa, cette planète de cauchemar sur laquelle s’est implantée l’humanité. Les conditions climatiques y sont plus qu’hostiles. En réponse à cet environnement très difficile, et dans l’idée de pallier leur faible nombre, les humains de Velloa ont instauré une société religieuse très stricte, dominée par le culte de la déesse Adrastée. Au programme : esclavage, mariages forcés, malformations génétiques et autres joyeusetés. C’est là qu’intervient un nouveau protagoniste : Dayani, une jeune femme qui a la ferme intention d’échapper au destin qui l’attend. 

Rapidement, l’intrigue tourne autour de quatre personnages : Mark, Dayani, Karen et Línea, la garde du corps de la précédente. Or, si chacun essaie de survivre, on s’aperçoit assez vite que leurs intérêts ne convergent pas nécessairement. A la découverte cauchemardesque de Velloa et à l’enquête sur les circonstances plus qu’étranges de l’arrivée des Naufragés, vient donc se mêler un brin d’espionnage tout à fait passionnant.
D’autant que plus l’on avance, plus les circonstances du décès de Mark deviennent intrigantes. Le récit alterne entre ce qu’il se déroule dans le présent, sur Velloa, et des flashbacks de ce qu’il a vécu avant d’en arriver là, le puzzle se reconstituant peu à peu.
L’intrigue, de fait, est très riche et nourrie de nombreux et prenants rebondissements. Si certains d’entre eux semblent relever du deus ex machina, j’avoue que je n’ai pas boudé mon plaisir et englouti le roman sans jamais rechigner !

Au fil des chapitres et de l’enquête menée par les personnages, des thèmes forts sont évoqués et suscitent d’intéressantes réflexions : fanatisme religieux (notamment sur Velloa), écologie, réfugiés et questions autour du pouvoir politique émaillent le récit. Des thèmes très actuels, somme toutes, vraiment bien traités et qui résonnent (malheureusement) avec l’actualité.

Les Naufragés de Velloa est donc un page-turner très efficace mêlant space opera, planet opera, espionnage et réflexions très actuelles sur des sujets forts. L’intrigue, bourrée d’actions et de rebondissements, et le style, très fluide, font que l’on dévore les pages sans même s’en rendre compte. Excellente pioche, donc, qui m’a donné plus qu’envie de lire d’autres titres de l’auteur !

Les Naufragés de Velloa, Romain Benassaya. Pocket, réédition mai 2021, 553 p.

 


 

Les Abîmes d’Autremer, l’intégrale, Danielle Martinigol.

Dans la Confédération des Cent Mondes, Sandiane Ravna, fille d’un grand reporter peu scrupuleux, marche sur les traces de son père à la recherche du scoop à tout prix. Quand elle doit la vie sauve à un Abîme d’Autremer, l’un des mystérieux vaisseaux spatiaux de la planète-océan, elle se met au défi de filmer en action un perl, un pilote d’Abîme. Mais elle se heurte à Mel Maguelonne, futur pilote lui-même et farouche adversaire des médias comme tous les Autremeriens. Le début d’une folle aventure qui va bouleverser sa vie, comme celle des milliards d’habitants de la Confédération.

Haa Les Abîmes d’Autremer ! Probablement la saga de SF qui m’a le plus marquée à l’adolescence puisque, depuis, je l’ai déjà relue ! Évidemment, lorsqu’Actusf avait annoncé la publication en intégrale de la trilogie, il n’a pas fallu me pousser beaucoup pour que je me précipite dessus (d’autant que, jusque-là, toutes mes lectures de la série provenaient de la médiathèque). Il était donc grand temps que j’en parle ici !

Les Abîmes d’Autremer : L’Élue

Sandiane est l’assistante de son père, grand reporter à Main World Net. Tous deux sillonnent le cosmos à la recherche de scoops. Ils décident d’aller enquêter sur la planète-océan Autremer, réputée pour ses astronefs mythiques : les mystérieux Abîmes. Mais là, Sandiane et son père se heurtent à la résistance farouche des habitants, et tout particulièrement à celle de Mel et de son oncle, guides-pilotes de safaris sous-marins. Quel secret dissimulent les eaux de la planète Autremer ? Lorsque Sandiane découvrira l’incroyable vérité, osera-t-elle la diffuser dans toute la galaxie, au risque de détruire la civilisation autremerienne ?

Le roman commence en fanfare, avec rien de moins que la scène d’un vaisseau en pleine autodestruction… au fin fond de l’espace. Mais pas de panique pour la postérité : la scène est dûment documentée par les Ravna père et fille, des journalistes qui semblent vivre la volcam chevillée au corps.
Au menu de ce roman, donc : immensité de l’espace et questionnements autour des média !

Après cette introduction magistrale, on plonge dans le planet opera, puisque les Ravna débarquent très rapidement sur Autremer, la si discrète planète maritime, dont ils vont tenter de débusquer tous les petits secrets – lesquels sont nombreux.
Contrairement au souvenir que m’avait laissé ma lecture adolescente, LE gros secret est assez rapidement révélé – a minima, il y a de GROS indices laissés ça et là dans la narration ou les dialogues, permettant de comprendre assez vite de quoi il retourne. Mais malgré cette révélation qui arrive assez tôt dans le récit, l’autrice parvient à lever doucement le voile sur tous les aspects du secret, et à en garder sous la pédale dans les chapitres suivants. Ce qui assure au roman un rythme très confortable !

Si les révélations sont amenées de façon progressive, j’ai trouvé que le récit était tout de même extrêmement bref : les revirements des personnages (même s’ils sont bienvenus et crédibles !) sont assez rapides, de même que les relations qui se nouent entre eux. Et alors que la fin est très bien trouvée, elle semble arriver de façon presque abrupte. C’est une réflexion que je me fais aujourd’hui à la relecture mais je n’avais pas du tout ressenti cela à la première lecture, prise que j’étais par le récit.

L’univers y était sans doute aussi pour quelque chose. Danielle Martinigol déploie un univers particulièrement enchanteur. La planète Autremer, essentiellement composée d’eau, étale des paysages que l’on imagine idylliques (chapelets d’îles volcaniques, atolls, abysses et bord de mer…), même s’ils sont ponctués de quelques créatures peu appétissantes (le merlion en tête). Alors que les autres planètes se sont énormément urbanisées, Autremer est fermée au monde extérieur : elle accueille très peu de touristes et uniquement sur des itinéraires très balisés, elle ne communique pas tellement sur ses particularités et utilise même ses propres réseaux.
Sans trop de surprise, un des thèmes phares de cette trilogie est l’écologie, tout comme le rapport de l’homme à la nature, et aux animaux qui la peuplent. Les thèmes se mêlent vraiment bien au récit, puisqu’au fil des chapitres, il est aussi question de la place des media et du rapport qu’ils peuvent avoir avec la vérité. Mais il est aussi beaucoup question des relations familiales, lesquelles s’avèrent assez désastreuses du côté des Ravna.

J’ai été assez surprise de voir que le côté technologique, présent sans être trop voyant, est resté assez moderne. Les inventions mentionnées sont toujours à créer chez nous, ce qui ne rend pas la lecture anachronique.
Pour désigner tout cela, l’autrice crée des néologismes très bien trouvés comme volcam, plasverre ou encore autograv. D’ailleurs, le vocabulaire en général est très soigné dans le roman : je pense notamment aux délicieuses bordées de jurons tout maritimes qu’affectionnent les autremeriens, et qui sont tous très bien trouvés !

Au final, le seul point qui m’aura un peu déçue, dans cette relecture, est que la politique de l’univers est esquissée, racontée presque en filigrane. On comprend assez vite que le mode de vie autremerien semble presque extraterrestre aux habitants des autres planètes et que c’est essentiellement ce sur quoi ils vont s’opposer (ça, plus le secret que je ne révèlerai pas). Le père de Sandiane, comme beaucoup d’autres personnes, est adepte du jeunisme, qui pousse à parquer (littéralement) les personnes âgées (plus de cinquante ans !!) dans des réserves qui leur sont dédiées. Si quelques scènes à la Chambre des Cents Mondes sont évoquées (lesquelles m’ont fortement fait penser aux scènes tournées au Sénat dans la prélogie Star Wars), toute la partie politique se déroule en coulisses, tout simplement parce que ce n’est pas le propos ici. Du coup, tout fonctionne à la perfection, mais je dois dire que je me suis sentie un peu frustrée (peut-être aussi parce que c’est une série que j’ai tellement portée aux nues, que je me suis créé mon propre horizon d’attente complètement surréaliste).

Les Abîmes d’Autremer ouvre donc avec brio la trilogie éponyme. On y trouve tout ce qui fait un bon roman de SF jeunesse : un univers original et enchanteur, des péripéties (même si tout se résout très vite) bien menées, un secret poétique et vraiment chouette, des inventions qui n’ont pas vieilli, des thèmes bien intégrés au récit, lequel est mené d’un style très fluide. Bref : un coup de cœur !

Dans la même série : L’Envol (2) ; L’Appel des Abîmes (3).

Les Abîmes d’Autremer #1 : L’Élue, Danielle Martinigol. Mango (Autres Mondes), 2001, 216 p.