Water Knife, Paolo Bacigalupi.

La guerre de l’or bleu fait rage autour du fleuve Colorado. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez coupe l’eau pour la Direction du Sud Nevada qui assure la survie de Las Vegas. Lorsque remonte à la surface la rumeur d’une nouvelle source, Angel gagne la ville dévastée de Phoenix avec une journaliste endurcie et une jeune migrante texane…
Quand l’eau est plus précieuse que l’or, une seule vérité régit le désert : un homme doit saigner pour qu’un homme boive.

De Paolo Bacigalupi, j’ai lu (et adoré) La Fabrique de doute et  La Fille-flûte ; d’ailleurs, une des nouvelles du recueil, « Le Chasseur de Tamaris », se déroule dans l’univers de Water Knife – mais nul besoin d’avoir lu le recueil pour apprécier ce roman.

Ici, Paolo Bacigalupi nous décrit une Amérique post-apocalyptique, ravagée par les canicules et la sécheresse. Le désert a gagné ses droits sur les villes, les unes après les autres, et seuls les plus riches peuvent se permettre de vivre dans les arcologies, qui leur offrent eau douce à volonté, air filtré et autres commodités de la vie moderne. À côté de cela, les autres doivent composer avec leurs masques filtrants, leurs lunettes de protection et les conditions très rudes qu’impose le désert, tant physiques que psychologiques.

Là-dedans, on va s’attacher aux pas de trois personnages : Angel travaille comme water knife pour le compte de Catherine Case, la femme qui a sauvé Las Vegas et règne sur le Colorado. Lucy, journaliste primée, couvre la déchéance lente mais certaine de Phoenix. Maria, de son côté, a immigré du Texas et tente par tous les moyens de s’en sortir, de préférence sans finir au fond d’une piscine vide avec une balle entre les deux yeux. À sa façon, chacun touche à des aspects différents de ce qu’entraînent canicule et sécheresse ; différents, mais toujours un tantinet dangereux, ce qui fait qu’on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer, le suspens étant constamment présent. Il y a toutefois une sorte de désespoir assez profond, parfois teinté de cruauté, qui se dégage de ce trio : d’une part parce que chacun est engagé sur un chemin plutôt malaisé (négociation des droits pour Angel, enquête difficile pour Lucy, survie pour Maria). Et cet univers semble déteindre sur eux : il y a un indéniable dureté dans ces caractères, qui pousse les personnages à tenter d’assurer leur survie, coûte que coûte – ou plutôt, peu importe ce que cela coûtera. Mais là où Paolo Bacigalupi fait très fort, c’est qu’il parvient tout de même à les nuancer suffisamment pour qu’on se laisse émouvoir par eux. Chapeau !

Outre le suspens qui rend l’intrigue tout à fait haletante, il est aussi beaucoup question (sans surprise !) d’écologie dans ce roman. L’accès à l’eau est devenu de plus en plus compliqué et, au fil des pages, on est obligé de se demander comment on survivrait dans des conditions similaires. De fait, l’intrigue fait froid dans le dos – ce qui montre à quel point l’anticipation est réussie. Celle-ci se mêle admirablement à l’enquête poisseuse menée par Angel. Dans le futur, on se bat  (et on tue !) pour d’obscurs droits sur l’eau charriée par les fleuves – ici, celle du fleuve Colorado. On assèche sans impunité certaines villes pour en irriguer d’autres, pendant que la société s’effondre doucement mais sûrement. Cet effondrement fait resurgir le pire de l’humanité : les États américains ont laissé la place à des cités-États se moquant du bien commun ; les quartiers sont dominés par les cartels ou par les entreprises richissimes : les uns comme les autres se chargeant de faire de l’argent sur le dos des pauvres, qui s’enfoncent dans la misère. Il n’y a pas à dire, l’univers futur ne fait pas vraiment rêver.

Mais, voilà : Paolo Bacigalupi nous décrit tout cela d’une plume précise et acérée, dans un style qui m’a complètement charmée et qui me faisait regretter les contingences temporelles m’obligeant à poser ma lecture – pour aller travailler, par exemple.

Je fondais de grands espoirs sur cette lecture, que Paolo Bacigalupi n’a pas déçus : Water Knife est un thriller d’anticipation extrêmement (malheureusement, en un sens) réaliste, porté par une plume remarquable : sans fioritures, mais néanmoins avec force détails, il nous dépeint des personnages au bord du gouffre, malmenés par un univers à peine plus reluisant, mais qui se révèle curieusement fascinant. C’est donc un excellent roman que j’aimerais conseiller à tous, mais en premier lieu à tous ceux qui pensent encore que le gaspillage des ressources n’importe pas. Ce que Paolo Bacigalupi décrit ici a quitté le champ de la science-fiction pour entrer définitivement dans le champ, nettement plus proche temporellement, de l’anticipation.

Water Knife, Paolo Bacigalupi. Traduit de l’anglais par Sara Doke. Au Diable Vauvert, octobre 2016, 496 p.

La Faucheuse #1, Neal Shusterman.

Les commandements du Faucheur :     
Tu tueras.
Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.
Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.
Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté.

Dans le futur, le monde a fait de grandes avancées scientifiques. En 2042, le Cloud est devenu le Thunderhead, une super intelligence artificielle qui règle aussi bien les problèmes de gouvernement (il n’y en a plus un seul) que l’éducation des orphelins.
Dans un monde où on a vaincu la mort depuis des lustres, seuls les Faucheurs dûment ordonnés par la Communauté sont en droit et en capacité de glaner (le terme politiquement correct pour « tuer ») des gens, selon des quotas et des règles très stricts – tout contrevenant est censé être sévèrement discipliné. En tant que tels, les Faucheurs sont craints, mais aussi vénérés.
Le jour où Maître Faraday se présente à l’appartement de la famille Terranova, simplement pour prendre le dîner, selon ses dires, Citra s’inquiète et s’insurge devant la cruauté du traitement que le Faucheur inflige à sa famille (va-t-il glaner quelqu’un ? Si oui, qui ? Et pourquoi leur infliger sa présence ?). Quelques jours plus tard, le même Maître Faraday vient glaner un élève du lycée de Rowan Damish, un adolescent issu d’une famille tellement nombreuse que personne ne se soucie vraiment de lui. Mais Rowan s’interpose puis accompagne son camarade dans ses derniers instants, ce qui lui vaut de devenir le bouc émissaire du lycée, tout le monde le soupçonnant d’avoir, au mieux, exigé la mort de son camarade, au pire, des accointances avec les Faucheurs. Aussi, lorsque quelques mois plus tard Maître Faraday vient prendre en apprentissage Citra et Rowan, aucun ne voit son arrivée d’un très bon œil. Aucun des deux ne veut devenir un faucheur et c’est pour cela que Maître Faraday les a choisis pour les former. Pourtant, il reste un peu d’espoir à l’un d’eux. A l’issue de leur apprentissage, seul l’un d’entre eux deviendra faucheur ; le perdant retournera à sa vie d’avant. Mais la Communauté des Faucheurs ne voit pas cette mise en compétition d’un très bon œil…

Voilà pour un petit bout de résumé. Si vous êtes familiers du blog, vous savez déjà que Neal Shusterman a sa place parmi les auteurs chouchou des lieux. Aussi commencé-je le roman avec quelques appréhensions : serait-il aussi bon que Les Fragmentés  et La Trilogie des Illumières ? Verdict !

Dès les premières pages, Neal Shusterman nous offre une double plongée dans son univers avec, d’une part, le récit de ce qu’il s’y passe dans le présent et, d’autre part, des extraits des journaux de bord des différents faucheurs que l’on croisera (Dame Curie, Maîtres Faraday ou Goddard, ou d’autres encore). Par l’entremise de ces deux points de vue, on se fait donc assez rapidement une idée de ce dans quoi on met les pieds. Rapide mais, ceci dit, pas encore bien nette car l’univers dans lequel évoluent Citra et Rowan est truffé de faux-semblants et autres apparences trompeuses. Ainsi, Maître Faraday nous fait découvrir le microcosme des Faucheurs, leur art de vivre, leur philosophie, leurs règles et leurs mantras. L’ennui, c’est que cette organisation, qui semble — à tous points de vue ! — rodée et idéale, comporte ses outsiders et ses objecteurs de conscience. Ceux-ci sont menés par un Faucheur à l’extrême mauvais goût, qui dévoie sans aucune vergogne les principes maîtres de sa caste.

Ainsi, comme souvent dans les romans de Shusterman, on part de petits points qui peuvent sembler banals mais qui, à l’usage, s’avèrent particulièrement révélateurs. L’intrigue bascule donc très vite sur un plan politique, avec moult échauffourées de Faucheurs aux points de vue diamétralement opposés à la clef. Les personnages qui portent l’intrigue sont d’ailleurs particulièrement réussis. Ils sont profonds et particulièrement touchants (pour la plupart) ; l’auteur leur fait se poser de bonnes questions en lien avec la profession qu’ils doivent exercer. Celles-ci tournent donc essentiellement autour de la mort, du deuil et de l’acte de tuer, avec tout ce qu’il implique. Alors, certes, c’est assez glauque, mais c’est aussi absolument passionnant.

Au premier abord, l’intrigue peut sembler linéaire mais Neal Shusterman maintient la tension constante grâce à des rebondissements plus échevelés et surprenants que les autres – mais néanmoins logiques dans l’histoire. L’histoire est tout simplement haletante et il est vraiment très difficile de s’arrêter entre deux chapitres.

J’ai ouvert le roman avec quelques attentes, qu’il a hautement comblées. J’y ai retrouvé tout ce que j’aime chez Shusterman : des personnages très humains, des questionnements profonds amenés par une intrigue soignée et particulièrement prenante et, comme souvent, un ton cynique particulièrement efficace. De plus, le roman a la double qualité de faire office de très bonne porte d’entrée sur l’univers des Faucheurs et d’excellent singleton : l’intrigue apporte une vraie conclusion – et, si l’univers a plu, la tenace envie d’en savoir plus. J’ai toutefois regretté le choix de traduction du titre qui gâche, à lui seul, une grosse partie de l’intrigue ; dommage que le titre VO n’ait pas été conservé ! 
Neal Shusterman nous fait découvrir, encore une fois, un futur peu enviable, mais qu’il questionne avec un grand talent : il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour avoir un énorme coup de cœur. 

La Faucheuse #1, Neal Shusterman. Traduit de l’anglais par Cécile Ardilly.
R. Laffont, février 2017, 493 p. 

La Maison des Reflets, Camille Brissot.

Depuis 2022, les Maisons de départ ressuscitent les morts grâce à des reflets en quatre dimensions qui reproduisent à la perfection le physique, le caractère, et le petit je-ne-sais-quoi qui appartient à chacun. Les visiteurs affluent dans les salons et le parc du manoir Edelweiss, la plus célèbre des Maisons de départ, pour passer du temps avec ceux qu’ils aimaient. Daniel a grandi entre ces murs, ses meilleurs amis sont des reflets. Jusqu’à ce qu’il rencontre Violette, une fille imprévisible et lumineuse… Bien vivante.

Daniel Edelweiss est appelé à travailler, un jour, dans la meilleure Maison de départ qui soit. Daniel vit seul avec son père (une sorte de doux rêveur), sa gouvernante, les deux employées de la Maison et, bien sûr, les milliers de Reflets abrités par les murs de la maison Edelweiss. Peu de vivants, donc – même si les reflets sont presque comme des vivants. D’ailleurs, les meilleurs amis de Daniel sont justement des reflets. Alors, le jour où il rencontre Violette, forcément, il est fasciné par la personnalité solaire de la jeune fille.

Parallèlement, le lecteur découvre Violette et Esther, les deux jumelles : si la première est aussi solaire que la seconde est renfermée et taciturne, les deux jeunes filles sont également menacées par la terrible épée de Damoclès qui pend au-dessus de la tête de Violette. Du coup, si on apprécie la rencontre aussi brève que touchante entre Daniel et Violette, on se doute bien que l’histoire ne va pas être aussi simple que prévue.

Néanmoins, entre les deux jeunes gens s’installe une correspondance hautement romanesque. Car Violette est issue d’une famille de forains et la fête va de ville en ville. Daniel doit donc charger des visiteurs de la maison Edelweiss issus des villes concernées des missives à sa douce, et vice-versa. Peut-on imaginer correspondance plus romantique ?

Il serait cependant réducteur de croire que le roman se limite à la seule découverte des sentiments de deux adolescents esseulés et marqués par la tragédie. Loin de là ! Au fil des pages, de ses recherches pour son nouveau décor et pour son futur travail, Daniel est confronté à différents points de vue quant à l’héritage de sa Maison. Les Reflets sont une fantastique invention, destinée à éviter un deuil trop brutal et trop éprouvant aux vivants. Mais le travail de deuil est, malheureusement, nécessaire. Et c’est notre rapport au deuil et à la mort qui est questionné dans ce roman. Au fil des pages, on s’interroge, évidemment. Je n’ai pas pu m’empêcher, dans un premier temps, d’être séduite par l’idée de ces maisons de départ, avant de revenir à de meilleurs sentiments : preuve, à mon avis, que le roman est réussi.
Il faut aussi parler de l’ambiance un brin fantastique qui règne sur l’histoire. Entre la maison de départ, que l’on imagine parcourue de fantômes errant dans des décors tous plus fabuleux les uns que les autres et l’ambiance un peu plus bohème et fascinante de la fête foraine, on est servis. De fait, La Maison des Reflets est un roman de science-fiction, mais dans lequel plane une atmosphère un peu désuète, un brin mélancolique, qui introduit d’intéressants décalages entre la technologie à laquelle les personnages ont accès et l’idée que l’on se fait du milieu — un décalage que j’avais déjà grandement apprécié dans Le Vent te prendra.

En bref, La Maison des reflets propose une intrigue et une ambiance originales, alliant science-fiction, poésie et questionnements profonds. Au fil des pages, c’est notre rapport à la mort, au deuil et aux héritages familiaux qui est questionné, avec subtilité et bon sens. Malgré le sujet parfois un peu douloureux, c’est un roman proprement lumineux !

La Maison des Reflets, Camille Brissot. Syros, 2017, 345 p. 

New Earth Project, David Moitet.

En 2125, la majorité de la population est pauvre et parquée dans des bidonvilles, tandis que l’élite profite d’une vie confortable sous le Dôme. Sur Terre, les meilleurs élèves cotoient la même école. C’est ainsi qu’Isis rencontre Orion, le fils du dirigeant du NEP et qu’elle lui ouvre les yeux sur son monde. Le jour où Isis est tirée au sort avec sa famille pour partir sur la Nouvelle Terre, Orion va mener son enquête sur le fonctionnement du NEP… et faire de terribles découvertes.

Dire que j’ai dévoré ce court roman de science-fiction ne serait pas tout à fait exact : il a fait l’affaire de pas même une journée !
La narration alternée nous fait découvrir les aventures d’Isis Mukeba (Immaculée-Sissy, de son petit prénom… véridique !) et d’Orion Parker. Si le second est le fils du multimilliardaire qui a mis sur pieds le projet NEP, la première survit avec ses parents au sein du bidonville flottant, et fréquente l’école dans l’espoir d’un avenir meilleur.
La société que l’on découvre a donc toutes les caractéristiques d’une dystopie, opposant les riches (très très riches) aux pauvres (très très pauvres, dans leur cas, et surnommés les Gris).

Et c’est grâce à un TP social qu’Isis va pouvoir ouvrir les yeux de nantis d’Orion, en lui faisant découvrir les réalités de son bidonville et en lui montrant que les Gris ont de la ressource à revendre – contrairement à ce que pensent les élites. Et ce qui est intéressant, c’est que l’on voit évoluer le jeune homme (contrairement à sa peste de camarade Miranda), tout comme Isis, qui cesse de penser que tous les riches sont à jeter. Leur découverte progressive des rouages de leur univers est l’occasion d’évoquer l’écologie (la Terre a été irrémédiablement abîmée par des générations d’humains peu scrupuleux) : partage des ressources, techniques d’agriculture novatrices (comme l’aquaponie et la permaculture), gestion durable des stocks et ressources, le panorama est large et c’est vraiment passionnant.

Autre point qui fait que l’on lit sans s’arrêter : la tension du récit. Le rythme se tient d’un bout à l’autre et, lorsque l’on pense que l’intrigue principale est résolue, un rebondissement vient relancer la tension. D’ailleurs, à partir de ce second élément perturbateur, le roman prend des accents de polar aussi réussis qu’efficaces.

En somme, New Earth Project est un roman de science-fiction très court, mais hautement efficace. L’intrigue, en plus d’être prenante, évoque des sujets d’importance : inégalités sociales (et pire si affinités), écologie, protection de l’environnement, le tout venant nourrir l’intrigue, sans imposer de discours se voulant bien-pensant ou moralisateur. Résultat ? Un roman palpitant qui se dévore littéralement !

New Earth Project, David Moitet. Didier Jeunesse, février 2017, 217 p.

Alight, The Generations #2, Scott Sigler.

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Échappés de leurs cercueils, M. Savage, surnommée Em, et ses compagnons ont parcouru des kilomètres de couloirs envahis d’ossements, affronté la faim et la soif, combattu un redoutable ennemi, les Adultes, avant de pouvoir enfin se sortir du piège dont ils étaient prisonniers. Mais arrivés sur Omeyocan, le monde qui leur est destiné, les jeunes survivants déchantent vite…
Pour protéger et nourrir son peuple, à présent constitué de centaines d’enfants, Em va devoir explorer une cité dévastée, perdue au cœur d’une jungle habitée par de terribles créatures et, semble-t-il, d’autres êtres humains. Mais le danger qui guette la troupe ne vient pas seulement de l’extérieur. À mesure que le passé rattrape les adolescents, des clans se forment, des luttes intestines menacent la cohésion du groupe, l’adorateur d’un dieu assoiffé de sang est même prêt à tout pour renverser la jeune Savage…
Jusqu’où Em ira-t-elle pour conserver sa place de chef ? Entre la survie de tous et le pouvoir, que choisira-t-elle ?

Malgré des personnages qui m’ont semblé suprêmement agaçants, j’avais apprécié l’efficacité du premier tome, Alive.
Le début de ce deuxième tome nous emmène sur Omeyocan, la planète destinée à l’installation des nouveaux colons. Et… pas de chance. J’ai trouvé le début de l’histoire d’une incroyable longueur et, disons-le tout net, pas franchement passionnante. Ceci sur un bon tiers du roman, dont le départ m’a semblé poussif et peu intéressant. Heureusement, lorsque les personnages sont enfin capables de dépasser leurs petites préoccupations personnelles, cela devient nettement plus intéressant.

Et curieusement, c’est aussi grâce à leurs bisbilles que l’histoire reprend de l’intérêt. Em s’aperçoit que le rôle de leader n’est pas le plus folichon, lorsqu’Aramovski, ayant rallié à sa cause (mystico-religieuse) la quasi-totalité des enfants présents sur le vaisseau, s’attache à récupérer le rôle de chef de la communauté. Pire, il s’avère que les symboles sur le front de chacun dessinent, en fait, un vieux système de castes… que certains ont vraiment à cœur de remettre en place, d’autant que les cercles vides (comme Em), sont en fait les esclaves des autres. La découverte remet totalement en perspective les disputes qui éclatent entre les enfants et les intérêts que certains défendent et cela apporte à l’intrigue un souffle nouveau.

L’autre point très intéressant, c’est l’univers que l’on découvre sur Omeyocan, clairement inspiré de l’Empire aztèque, de sa mythologie, de son esthétique. Couplé à l’aspect science-fiction (découverte et conquête spatiale, recherche d’immortalité), cela crée un univers très original. L’histoire prend alors un nouveau tournant avec les découvertes que font les personnages sur Omeyocan, dont certaines vont les laisser sans voix.

Au fil des chapitres, de nombreux sujets sont évoqués, comme la vie en collectivité (pas toujours facile), la lutte des classes, la découverte de l’Autre et leurs penchants plus négatifs, comme le racisme, l’asservissement des autres, l’intolérance. Finalement, pas besoin de voyager à des milliers d’années-lumières, on retrouve toujours les travers d’une société humaine.

Passé ce premier tiers un peu poussif, on découvre une histoire très prenante, aux péripéties variées et qui tiennent vraiment en haleine. Les débats qui opposent les jeunes colons sont passionnants et permettent de poser une multitude de questions. Les révélations, de leur côté, réussissent à surprendre le lecteur – et ce n’est pas le retournement de situation final qui calmera son rythme cardiaque !

◊ Dans la même série : Alive (1) ;

The Generations #2,  Alight, Scott Sigler. Traduit de l’anglais par .
Lumen, septembre 2016, 568 p.

Boneshaker, Le Siècle mécanique #1, Cherie Priest.

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1880. La Guerre Civile américaine fait rage depuis deux décennies, poussant les avancées technologiques dans d’étranges directions. Dans les Territoires de l’Ouest, les villes baignent dans des gaz mortels, alors que la terre est vidée de ses ressources. Sur la frontière entre le Nord et le Sud, les espions fomentent leurs complots et les trafiquants font plus d’argent que leur gouvernement.
C’est dans ce monde que vivent Briar Wilkes et son fils. Elle est la veuve de l’infâme Dr. Blue, créateur du Boneshaker, la machine qui détruisit Seattle, perçant accidentellement une poche de gaz qui transforma les vivants en non-morts. Mais quand son fils décide de franchir le mur qui cerne Seattle en ruine dans l’espoir de réécrire l’histoire, elle doit le retrouver au plus vite avant qu’il ne lui arrive malheur. Sa quête la conduira dans une ville grouillant de morts-vivants affamés, de pirates de l’air, de seigneurs criminels et de réfugiés armés jusqu’aux dents. Seule Briar peut le ramener vivant.

Il va sans doute être assez difficile de parler avec justesse de cette petite brique fort enthousiasmante qu’est Boneshaker, mais on va tenter de faire au mieux. Boneshaker est la porte d’entrée d’un univers steampunk à la fois complexe, enthousiasmant et au sein duquel on s’ennuie très difficilement tant il y a à voir et à faire dans l’histoire — en fait, il y a d’autres tomes dans la série mais, si j’ai bien suivi, ils ne mettent pas en scène tout à fait les mêmes personnages.

Au départ, l’histoire peut sembler un peu lente mais c’est parce qu’il faut à l’auteur plusieurs chapitres pour présenter son univers dans tous ses détails — et encore de nombreux autres pour que l’on saisisse les tenants et aboutissants de l’histoire. Mais on ne s’ennuie pas une minute, car cette présentation détaillée amène des nuances, des précisions, au fil des pages. Du coup, c’est lent, certes, mais jamais on ne s’ennuie.
Cela permet, de plus, de construire des personnages auxquels on croit et on s’attache. Et c’est nécessaire, car il y a des enjeux remontant à plusieurs années avant le début de l’histoire et il faut bien plusieurs chapitres pour comprendre comment l’ex-mari de Briar lui pourrit définitivement la vie, comment son défunt père (héros pour certains, délinquant pour d’autres), va lui aussi interférer avec son existence et comment Zeke, enfin, ne peut qu’être qu’avide d’informations sur ces deux figures tutélaires qui influent si fortement sur sa propre vie d’adolescent.
L’histoire se construit donc peu à peu autour de ce drôle de quatuor familial (dont deux membres, sans doute les plus importants, sont pourtant décédés !) et d’une galerie de personnages eux aussi hauts en couleurs. Que l’on pense au Capitaine Cly (et à ses camarades pirates et contrebandiers du ciel), à l’angoissant et terrible Dr. Minnericht (apte à vous faire faire des cauchemars !), à Lucy la tenancière du bar, à Swakhammer ou encore à la princesse, il n’y a que des figures passionnantes auxquelles on s’attache — même les pires ordures, c’est dire !

Tout cela ne serait sans doute rien sans l’univers d’une incroyable richesse et résolument steampunk. J’ai déjà un peu vendu la mèche, mais il y a des pirates et contrebandiers de l’air qui volent sur des dirigeables armés jusqu’à la passerelle, des Chinois (venus lors d’une grande vague migratoire et malheureusement en butte aux mêmes préjugés racistes débiles que de nos jours) en charge des soufflets de la ville, des scientifiques proprement géniaux (et souvent monstrueux), des gens qui essaient juste de survivre et, bien sûr, des zombies (qu’on appelle des Pourris dans cet univers) assoiffés de chair humaine. Et il va sans dire que chaque petite groupe — voire chaque personne — a ses idées, ses buts et objectifs cachés, ce qui occasionne son lot de relations tendues, de complots, de bisbilles, le tout sur fond de vapeurs, de fumées délétères et de graisse à fusils. Évidemment, c’est palpitant à souhait !

Il faudrait aussi parler du style fluide et enlevé de Cherie Priest, qui nous fait adhérer instantanément à la quête de Briar. Celle-ci est particulièrement touchante, tout comme celle de Zeke. Mère et fils se cherchent, se perdent, font des rencontres incroyables, enrichissantes ou dangereuses et c’est ce qui fait tout le sel du récit. Autre bon point : alors qu’en général les protagonistes ne rêvent que de changer leur monde, ici ils sont embarqués dans leur quête toute personnelle, ce qui change agréablement des clichés du genre.

En refermant Boneshaker, j’ai eu la nette impression d’avoir mis le nez dans un monument du steampunk. Malgré l’épaisseur, il ne m’a guère fallu plus de quelques jours pour venir à bout de ce roman palpitant, qui donne sacrément envie de se plonger dans le reste du Siècle mécanique !

Le Siècle mécanique #1, Boneshaker, Cherie Priest. Traduit de l’anglais par Agnès Bousteau.
Le Livre de Poche, août 2016, 640 p.

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Phobos : origines, Victor Dixen.

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Ils incarnent l’avenir de l’Humanité.
Six garçons doivent être sélectionnés pour le programme Genesis, l’émission de speed-dating la plus folle de l’Histoire, destinée à fonder la première colonie humaine sur Mars.
Les élus seront choisis parmi des millions de candidats pour leurs compétences, leur courage et, bien sûr, leur potentiel de séduction.
Ils dissimulent un lourd passé.
Le courage suffit-il pour partir en aller simple vers un monde inconnu ?
La peur, la culpabilité ou la folie ne sont-elles pas plus puissantes encore ?
Le programme Genesis a-t-il dit toute la vérité aux spectateurs sur les « héros de l’espace » ?
Ils doivent faire le choix de leur vie, avant qu’il ne soit trop tard.

En attendant de découvrir la suite des aventures des colons martiens de Genesis – qui se fait attendre, la série étant passée des deux tomes prévus à plutôt quatre… – j’ai lu ce recueil de nouvelles consacré aux origines des candidats.
Et, première petite déception, le recueil ne concerne en fait que les six garçons… pour les filles, il va donc falloir attendre encore un peu… Mais bon, on passe outre et on découvre les aventures des futurs Martiens, avant qu’ils ne montent dans la navette. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il leur en arrive de bien bonnes !

Comme pour les romans, l’auteur découpe les scènes suivant les caméras – en l’occurrence, On et Off, en fonction de ce que font les caméras. En On, ce sont les scènes qui se déroulent dans les locaux de Genesis ; en Off, c’est la vie privée des jeunes hommes. Chacun, à sa manière, vit dans des conditions précaires ou subit de grandes difficultés, ce que l’on avait commencé à soupçonner à la lecture des deux premiers tomes, au fur et à mesure que se révélaient les secrets de quelques-uns d’entre eux.

Les nouvelles nous montrent comment ils en sont arrivés à postuler pour Genesis, comment ils ont passé les épreuves, leurs conditions de vie et, à terme, comment ils ont appris à cohabiter durant l’année d’entraînement. On assiste même au décollage de la navette, vu cette fois du point de vue du module des garçons.

Ce n’est pas inintéressant, mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser, à la lecture, que j’aurais préféré avoir tout cela condensé dans le roman, plutôt que de découvrir les tenants et aboutissants de l’histoire après coup. Car les nouvelles nous permettent en effet de mieux comprendre ce qui s’est joué dans les coulisses de Genesis mais, comme on en connaît déjà la plus grosse part, il ne reste pas grand-chose à découvrir.
De plus, le recueil souffre des mêmes faiblesses que le tome 1 : le style est trop didactique ! Ainsi, les comploteurs ont la désagréable manie de se ré-expliquer ou de se re-démontrer par A+B les différentes étapes du complot, en citant les noms, prénoms et fonctions des participants… y compris en leur présence. Du coup, ça ne sonne pas très naturel et ce n’est pas non plus très vraisemblable : un comploteur bien au fait a-t-il réellement besoin qu’on lui refasse l’historique de ce dans quoi il trempe ? Non.

En somme, le recueil de nouvelles apporte des éclaircissements indispensables à la série initiale car les textes viennent combler quelques lacunes du texte. On découvre les origines des garçons, leurs histoires et comment et pourquoi ils en sont arrivés à postuler au programme Genesis. Si on découvre tout cela avec plaisir, j’ai un peu regretté que ces éléments ne soient pas inclus normalement dans la série et que l’on soit obligé d’en passer par un, voire deux recueils de nouvelles annexes.

 

◊ Dans la même série : Phobos (1)Phobos (2).

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