La Fille qui avait bu la Lune, Kelly Barnhill.


Chaque année, les habitants du Protectorat abandonnent un bébé en sacrifice à la redoutée sorcière des bois. Ils espèrent ainsi détourner sa colère de leur ville prospère.
Chaque année, Xan, la sorcière des bois, se voit contrainte de sauver un bébé que ces fous du Protectorat abandonnent sans qu’elle ait jamais compris pourquoi. Elle s’emploie à faire adopter ces enfants par des familles accueillantes dans les royaumes voisins.
Mais cette année, le bébé en question est différent des autres : la petite a un lien étrange avec la lune et un potentiel magique sans précédent. Contre son gré, Xan se voit obligée de la ramener chez elle et de persuader ses amis réticents d’élever cette enfant pas comme les autres. Ils la baptiseront Luna et ne tarderont pas à en devenir gâteux. Xan a trouvé comment contenir la magie qui grandit à l’intérieur de la petite, mais bientôt approche son treizième anniversaire, et ses pouvoirs vont se révéler…

Voilà un roman que j’ai vu passer de loin en loin chez les copinautes et dont le titre m’intriguait au plus haut point. Et j’ai bien fait de céder à la tentation car, mes aïeux, quelle découverte !

Dès les premières pages, on plonge dans un univers très onirique, qui semble tout droit sorti d’un conte traditionnel. En même temps, l’univers répond aux critères d’un univers de fantasy assez classique, avec deux royaumes aux gouvernements bien différents (dictature autoritaire pour le Protectorat, royauté plus bienveillante pour les cités d’à-côté). Ça pourrait être manichéen mais, heureusement, l’auteure évite assez habilement cet écueil, puisque l’essentiel de l’histoire se déroule au fond des bois, là où la sorcière élève Luna. D’ailleurs, cet aspect contribue à renforcer l’impression que l’on lit un conte : imaginez les personnages coupés du monde ou presque, vivant dans une nature généreuse, encadrées de créatures surnaturelles mais néanmoins bienveillantes, avec lesquelles elles sont en harmonie. Là, Luna grandit peu à peu, comme sa magie qui, malheureusement, pourrait s’avérer dévastatrice.

La magie est, dans un premier temps, assez peu présente, Xan ayant bridé (par mesure de sécurité) tout ce qu’elle pouvait chez Luna. Il n’en demeure pas moins que l’univers en est totalement baigné, ce qui renforce vraiment le côté très onirique du récit initiatique (puisque, malgré tout, Luna grandit).
En nous narrant en parallèle ce qu’il se passe au fond des bois et ce qui se déroule sous le carcan du Protectorat, Kelly Barnhill maintient habilement le suspense. Évidemment, on se doute bien que les deux situations ne vont pas tarder à se télescoper et on voit même comment ; mais cela ne rend pas le récit moins palpitant, tant tout est mené avec brio. Parallèlement, on voit Luna grandir, Xan s’affaiblir, Glerk fondre mais aussi Antain s’interroger sur les pratiques du Protectorat et la mère de Luna sombrer de plus en plus. Aux côté de l’enfance enchanteresse de Luna se jouent donc des choses nettement plus dures : on n’ignore rien de ce que subissent les sujets du Protectorat et on voit progresser l’autoritarisme religieux à très grands pas. Ainsi, alors que l’histoire s’adresse vraiment à un public de jeunes lecteurs (9-12 ans), elle traite tout de même de sujets pas si faciles que cela à intégrer et nettement moins riants que ne le laisse présager la couverture – ce qui fait évidemment tout le charme du roman.

Autre gros point fort : le style. Tout jeunesse soit-il, le roman est éminemment poétique. Qu’il s’agisse des descriptions, des tournures de phrase ou des philosophies des personnages, la poésie est omniprésente dans le roman, ce qui sied à merveille à l’ambiance onirique dans laquelle on baigne. Glerk étant lui-même un fin poète, le texte est entrecoupé de brèves poésies toujours bien tournées – saluons d’ailleurs la traduction de Marie de Prémonville ! Alors certes, c’est sans doute un poil plus ardu qu’un texte plus classique, mais quel plaisir de lecture ! En plus, pour ne rien gâcher, le texte est vraiment plein d’humour, quelles que soient les circonstances, et sans jamais que ce soit trop lourd !

La Fille qui avait bu la Lune a donc été un découverte incroyable et un énorme coup de cœur – comme cela faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé dans la littérature adressée à cette tranche d’âge. J’ai adoré chaque instant passé en compagnie des personnages, dans cet univers onirique et enchanteur, qui déploie des trésors d’originalité. Le roman a tout d’un récit initiatique et, sous des dehors de conte empreint de fantastique, touche à des sujets plus profonds et merveilleusement traités comme le passage de l’enfance à l’âge adulte, le deuil, l’adoption, l’amour, l’amitié ou la quête des origines. Tout est passé subtilement, dans un texte d’une grande poésie qui, malgré tout, reste accessible à un public jeunesse. Bref : énorme coup de cœur !

La Fille qui avait bu la Lune, Kelly Barnhill. Traduit de l’anglais par Marie de Prémonville. Anne Carrière, 2017, 368 p.
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Le Calme et la Tempête, La Magie de Paris #2, Olivier Gay.


Après le désastre à la tour Eiffel, Thomas et Chloé sont en probation. Sur l’ordre de Mickael, David a rejoint leur classe afin de les protéger. Ou de les surveiller. Désormais, Chloé doit jongler entre préoccupations quotidiennes, combats contre les Goules… et une quête très personnelle. Car, maintenant qu’elle connaît sa condition, la jeune fille refuse de se lamenter sur son sort. Elle veut retrouver sa vie d’avant ! Et pour cela, elle n’hésitera pas à utiliser les rituels les plus anciens et les plus obscurs que Thomas pourra dénicher, même si cela mécontente quelques Mages au passage, même si cela implique d’aller au-devant du danger – et même si David risque de se dresser contre elle.

Suite des aventures pour Thomas, Chloé et David, après le désastre à la Tour Eiffel et la révélation fracassante de la fin du premier tome.

Ce tome 2 reprend les mêmes bons ingrédients que précédemment : de l’action, de l’humour et une intrigue qui progresse à grands pas. A tel point que le roman se lit en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, laissant une légère impression de rapidité.

Et pourtant, il s’en passe des choses ! On avance sur pas mal de points de l’intrigue, sans toutefois les résoudre totalement (j’imagine que ce sera pour le tome 3). Surtout, de nouvelles révélations quant à la condition de Chloé tombent, ajoutant au danger lié aux goules et autres Mages noirs un sentiment d’urgence assez prenant.
Concernant les goules, Olivier Gay creuse également un peu plus l’univers et il semblerait que les Mages aient caché quelques informations (ou aient fait preuve d’un orgueil confinant à la stupidité : l’affaire n’est pas encore tranchée).

Ceci étant dit, on n’échappe pas à la traditionnelle romance entre les personnages, qui tourne assez vite au triangle amoureux – et plus si affinités – point désormais obligatoire, manifestement, en littérature ado. Sauf qu’ici, le cliché est largement mis à mal ! En effet, nos ados ont une conscience assez aiguë de leurs sentiments unilatéraux et perçoivent tout le ridicule de la situation, qu’ils n’hésitent pas à tourner largement en dérision. De plus, le lien très spécial qui unit Thomas et Chloé (chacun ressentant les émotions de l’autre) donne aux relations entre personnages une tournure qui est loin d’être inintéressante, puisqu’il leur est impossible d’avoir des petits secrets l’un pour l’autre. Tout cela donne des scènes assez savoureuses, où pleuvent les remarques caustiques  !
D’ailleurs, cette question de sentiments pas toujours partagés est un thème susceptible de toucher un jeune lectorat et ce n’est pas le seul à être présent dans le roman. En effet, comme dans le premier tome, à côté de leurs penchants magiques, les personnages (notamment Chloé) ont des préoccupations plus quotidiennes : relations amicales, famille, école, on touche à des thèmes qui seront très familiers aux adolescents et qui viennent agréablement compléter l’intrigue plus purement magique.

En bref, un deuxième tome qui capitalise sur les bons points du premier. L’équilibre de l’intrigue est vraiment dû à cet inextricable mélange d’actions survoltées, d’humour, de références à la pop culture, de magie et de préoccupations quotidiennes. Le tout se lit vite et bien et donne diablement envie d’en savoir plus, ce qui ne saurait tarder !

◊ Dans la même série : Le Cœur et le Sabre (1) ;

La Magie de Paris #2, Le Calme et la Tempête, Olivier Gay. Castelmore, février 2018, 313 p.

Le Cœur et le Sabre, La Magie de Paris #1, Olivier Gay.

Chloé, élève en seconde, assiste un jour par hasard à un combat à l’épée entre Thomas, un élève d’une autre classe qu’elle connaît à peine, et une sorte de démon. L’adolescente tente d’intervenir mais est blessée et perd connaissance. À son réveil, la créature est morte et Thomas lui explique qu’il est un mage et que sa mission est de repérer et fermer les failles vers le monde des démons. Au passage, il a accidentellement fait de Chloé une sorte de super garde du corps, attachée à sa personne…

En voyant le résumé, je me suis demandé si La Magie de Paris serait une sorte de redite de l’excellente série Le Noir est ma couleur qu’Olivier Gay a publiée il y a quelques années. De fait, on retrouve des motifs similaires de l’une à l’autre : de la magie, des adolescents qui y sont confrontés et un univers résolument urbain. Et c’est à peu près tout !

Ici, c’est Chloé qui nous raconte l’histoire, dans un style assez oral et direct. Si l’intrigue est résolument empreinte de fantasy urbaine (on a quand même assez vite des mages en goguette dans Paris), elle cristallise aussi un certain nombre de sujets qui seront très familiers aux ados : le culte de l’apparence, les complexes divers et variés (notamment par rapport au corps), les – parfois houleuses – relations familiales, l’amitié, l’amour… Un petit condensé de ce que l’on rencontre au lycée qui est là comme en toile de fond, sans vraiment prendre le pas sur l’intrigue purement surnaturelle.

Celle-ci fait donc intervenir un univers de mages fort intéressant, occupés à lutter contre des démons qui utilisent des failles pour s’introduire dans notre univers, dans lequel la magie n’est pas uniformément présente. Il existe, en effet, un lien entre la population et la présence de la magie : celle-ci se concentre à l’endroit où sont les gens, donc il y en a plus dans les mégapoles qu’en rase campagne. Logique, non ? Raison pour laquelle Chloé est subitement mise en présence de magiciens, de démons et de magie pure.
J’ai beaucoup aimé les duos que sont obligés de former les Mages avec des Chevaliers, chargés de leur sécurité rapprochée : le mage se charge des attaques surnaturelles, le chevalier des attaques terrestres. Et donc c’est là que le bât blesse pour les Mages : ils ont besoin de Chevaliers, pas de … Chevalières — notez au passage que le féminin de chevalier, en bon français, ça désigne une bague. Comme quoi, on peut être un magicien investi d’une mission vitale et s’avérer être un bon petit misogyne. Car on découvre assez vite que le nouveau statut de Chloé fait grincer des dents au sein de la petite communauté magicienne. Heureusement, elle n’est pas du genre à se laisser abattre par un sexisme imbécile et cette combativité fait plaisir à voir !

Dès les premières pages, j’ai retrouvé avec un immense plaisir le style plein de gouaille d’Olivier Gay : le texte est truffé d’humour et de références à la culture populaire – mention incluse du huitième épisode de Star Wars, pas encore sorti au cinéma !
L’intrigue, quant à elle, est menée tambour battant et tient autant du roman de fantasy urbaine que du roman de cape et d’épées, le tout mâtiné (comme je le disais en début d’article) de préoccupations plus pragmatiques et assez fréquentes chez les jeunes (et moins jeunes). Difficile, donc, de s’ennuyer à la lecture de ce roman littéralement haletant.

Bonne (nouvelle) pioche, donc, que le début de cette nouvelle série d’Olivier Gay. L’auteur mêle sujets de la vie quotidienne adolescente, fantasy urbaine et ambiance de cape et d’épées. Le texte est vif, souvent drôle et très prenant. Et ce n’est pas le retournement de situation final qui va faire retomber la pression. Au vu de cette révélation, j’ai follement hâte de lire la suite !

La Magie de Paris #1, Le Cœur et le Sabre, Olivier Gay. Castelmore, octobre 2017, 319 p.

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Morsure magique, Kate Daniels #1, Ilona Andrews.

À Atlanta deux réalités s’opposent : celle de la technologie et celle de la magie.
Pendant une vague magique, les mages sauvages lancent leurs sorts et des monstres apparaissent, les armes à feu refusent de fonctionner et les voitures ne démarrent plus. Puis la vague se retire aussi vite qu’elle est venue en laissant derrière elle toutes sortes de problèmes paranormaux. Nous vivons une époque dangereuse. Mais dans le cas contraire, je serais au chômage. Quand les gens ont des ennuis qui relèvent de l’occulte et que la police ne veut ou ne peut pas régler, on fait appel aux mercenaires de la magie comme moi.
Mais quand un nécromancien anéantit la seule famille qui me reste, je n’attends plus les ordres et je dégaine mon sabre.

On m’a plusieurs fois recommandé la série Kate Daniels et cet été, je m’y suis enfin mise. Et si je suis contente de la découverte que j’ai faite, j’ai tout de même un peu moins accroché que ce à quoi je m’attendais.

Ce premier tome présente un univers de fantasy urbaine comme je les aime : tout d’abord, la partie magique y est vraiment bien intégrée. D’ailleurs, ici, les vagues magiques et technologiques sont alternées : lorsque l’une est à son paroxysme, l’autre est au plus bas et inutilisable. Un courant alternatif qui peut donner du fil à retordre mais produit un univers original, dans lequel on peut aussi bien se déplacer en 4×4 qu’à cheval et qui a un petit côté post-apo fort sympathique.
La magie n’est donc pas cachée et les humains cohabitent (comme ils peuvent) avec des loups-garous, des vampires, des mages et un tas d’autres créatures tout aussi peu recommandables, qui constituent un univers complexe et vraiment bien fichu.
L’autre point que j’ai apprécié, c’est que bien que l’intrigue tourne autour d’une femme – la fameuse Kate Daniels – ses histoires de cœur ne sont pas au centre de l’histoire : celle-ci est vraiment centrée sur l’enquête que mène la mercenaire – et vu les standards de la fantasy urbaine avec une femme comme personnage central, ça change bien agréablement. Je ne vais pas dire qu’il n’y a aucune histoire de cœurs (il y en a), mais celles-ci ne sont pas prétexte à des scènes épicées n’apportant rien à l’intrigue.

Celle-ci présente plutôt une histoire de vengeance : on a touché à la famille de Kate et elle n’est pas prête à passer l’éponge. Assez vite, on comprend que Kate cache quelques secrets – dont certains sont dévoilés, sans trop en dire toutefois. Comme elle est mercenaire, Kate peut faire cavalier seule, tout en étant plus ou moins soutenue par sa troupe (financièrement, par exemple, ce qui la met à l’abri des problèmes d’argent). C’est une femme qui a du caractère, mais ce n’est pas seulement une bourrine armée d’une longue épée : les auteurs l’ont bien nuancée et proposent un personnage équilibré (qui a, en sus, le sens de l’humour, détail non négligeable).

Personnage et univers m’ont charmée ; mes réticences viennent, finalement, de l’intrigue. Si celle-ci se tient de bout en bout et propose moult péripéties endiablées, j’ai parfois eu du mal à suivre. Le texte connaît, en effet, des ellipses qui ne sont pas franchement matérialisées dans la narration (pas de saut de ligne ou de paragraphe). Du coup, c’est parfois un peu ardu à suivre, car on passe du coq-à-l’âne, et qu’il faut un peu de temps pour se remettre vraiment dans le bain. D’autre part, les phrases sont parfois hachées ; j’ai du mal à savoir si cela vient du texte ou de la traduction – mais celle-ci étant assurée par Sara Doke, j’ai quelques doutes, car ses traductions sont habituellement soignées. Bref, tout cela pour dire que c’est LE point qui m’a un peu chagrinée dans ce roman. Ceci étant dit, j’avais un peu le même genre de réserves avec Dresden, et au final, je me suis accrochée et c’est une de mes séries favorites, désormais. Raison pour laquelle je continuerai la lecture de Kate Daniels !

Si le style m’a parfois fait grimacer à la lecture de Morsure magique, j’ai tout de même apprécié l’univers et les personnages mis en place par Ilona Andrews. L’intrigue est fournie et bien menée et l’univers de fantasy urbaine tient parfaitement la route. Voilà donc une série que je suivrai sans aucun doute. 

Kate Daniels #1, Morsure magique, Ilona Andrews. Traduit de l’anglais par Sara Doke. Milady, 2009, 341 p.

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La Menace, Le Noir est ma couleur #2, Olivier Gay.

Alexandre a beau aimer se battre, il ne se souvient pas comment il s’est retrouvé sur ce lit d’hôpital, ni qui est cette Manon qui l’obsède. Effrayée par ses nouveaux pouvoirs, Manon ignore comment les cacher à ses parents, les apprivoiser… et éviter Alexandre. Quand les Ombres passent à l’attaque et qu’un nouvel élève arrive au lycée, la menace se précise. Manon et Alexandre se rapprocheront-ils ou s’éloigneront-ils ?

Le roman reprend là où nous laissions nos personnages : Manon reprend les cours ; Alexandre, quant à lui, n’a aucun souvenir de la semaine passée, et encore moins de Manon elle-même – ne parlons donc pas de tout ce qu’ils ont traversé.
Du coup, c’est d’autant plus drôle de les voir se rencontrer à nouveau, sous des angles différents : le lecteur et Manon savent comment ont tourné les précédentes éditions et cette étrange deuxième chance est assez amusante.

Il n’y a pas que la relation entre les deux adolescents qui a changé : Manon a, elle aussi, beaucoup changé. Alors, entendons-nous bien, elle ne change pas fondamentalement de caractère : elle reste une jeune fille affirmée et qui, sous des dehors de bonne élève timide, n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis. L’ennui, c’est que la dernière fois, cela s’est terminé par ce qu’elle redoutait le plus et qu’elle doit vivre, désormais, avec la boule au ventre et la peur de déclencher involontairement un cataclysme. À ce suspens rampant s’ajoute celui lié aux Ombres qui reviennent, plus fortes que jamais.

Et il faut également parler de ce nouvel élève, Jordan, fraîchement débarqué des États-Unis et dont le charme exotique ne laisse aucune fille indifférente. Manon incluse. Là, j’avoue, j’ai cru qu’on se dirigeait allègrement vers ce que je déteste (peut-être bien par-dessus tout) en littérature, notamment jeunesse : le triangle amoureux.
Sauf qu’Olivier Gay a eu la riche idée de le détourner, de le réinterpréter habilement, pour lui donner une tournure nettement plus intéressante et qui promet, à elle seule, un tome trois riche en émotions.

Côté style, la recette est la même que dans le tome précédent : les chapitres sont narrés en alternance par Manon et Alexandre, l’une usant du passé, l’autre du présent. S’ils vivent une scène commune, la fin en est reprise par le narrateur suivant, nous offrant ainsi un autre point de vue sur les événements. L’alternance donne un bon rythme à l’aventure, car chaque chapitre est en plus assez court. Mais ce système de changement de voix peut s’avérer être une pure torture ! Notamment lorsque l’on laisse subitement un personnage, ou lorsque la réaction attendue est amputée par le changement de voix. Tout cela contribue à rendre le roman particulièrement prenant.

Dans le premier tome, j’avais été frappée par le réalisme des personnages. Là encore, c’est très visible : leurs réactions sont criantes de vérité et parfois d’une telle justesse qu’on ne peut s’empêcher d’avoir un petit coup au cœur – notamment à la fin, qui est particulièrement réussie…

Sans surprise, j’ai donc englouti ce tome deux aussi vite que le précédent, charmée par l’univers dans lequel évoluent nos deux adolescents – et qui s’assombrit nettement ici. L’intrigue est très rythmée et offre quelques retournements de situations inattendus. Si l’auteur semble foncer tête baissée dans les clichés, c’est pour mieux les contourner, comme dans le premier volume. En somme, j’ai à nouveau été séduite par la série et je suis très curieuse de lire la suite !

◊ Dans la même série : Le Pari (1) ;

Le Noir est ma couleur #2, La Menace, Olivier Gay. Rageot, octobre 2014, 300 p.

Shades of magic #1, Victoria E. Schwab.

Kell est l’un des derniers Visiteurs, des magiciens capables de voyager d’un monde à l’autre. Des mondes, il y en a quatre, dont Londres est le centre à chaque fois. Le nôtre est gris, sans magie d’aucune sorte. Celui de Kell, rouge, et on y respire le merveilleux avec chaque bouffée d’air. Le troisième est blanc : les sortilèges s’y font si rares qu’on s’y coupe la gorge pour voler la moindre incantation. Le dernier est noir, noir comme la mort qui s’y est répandue quand la magie a dévoré tout ce qui s’y trouvait, obligeant les trois autres à couper tout lien avec lui.
Depuis cette contagion, il est interdit de transporter un objet d’un monde à l’autre. C’est pourtant ce que va faire Kell, un chien fou tout juste sorti de l’adolescence, pour défier la famille royale qui l’a pourtant adopté comme son fils, et le prince Rhy, son frère, pour qui il donnerait pourtant sa vie sans hésiter. Et un jour, il commet l’irréparable…

Dès que j’ai entendu parler de la future parution de ce titre, j’ai eu envie de le découvrir : et je n’ai pas du tout été déçue ! J’ai volontairement raccourci le résumé car il s’écoule plusieurs chapitres avant que l’on n’en arrive au point décrit par le résumé officiel. Sachez seulement qu’après avoir commis la fameuse bêtise, Kell va avoir bien du pain sur la planche !

Dès le départ, on plonge dans un univers follement original : imaginez quatre mondes superposés, entre lesquels on passe grâce à des portes magiques, qui peuvent être seulement activées par les Antari… une sorte de magiciens dont il ne reste que deux représentants, Kell, attaché à la couronne du monde rouge, et Holland, attaché à la couronne du monde blanc. Dans le monde gris, pas besoin de magiciens car comme on ne croit pas à la magie chez nous, personne (ou presque) ne sait qu’on peut seulement sauter d’un monde à l’autre. Et en ce qui concerne le monde noir, il a disparu, dévoré par la magie. Chaque monde a donc ses particularités, qui contribuent à créer un univers incroyablement dense.

J’ai donc immédiatement accroché à l’histoire : on y entre par le biais de Kell, jeune magicien prodige adopté par la famille royale et… trafiquant d’objets magiques, ce qui est rigoureusement interdit et punissable de la peine de mort… Tout simplement ! En même temps, on comprend les peines du jeune homme : orphelin, il a du mal à trouver sa place dans la famille royale et compense ce manque par une légère addiction au danger – laquelle va, évidemment, causer tout ses problèmes.

L’intrigue est assez linéaire mais malgré l’absence de sous-intrigues, on ne s’ennuie pas une seule seconde, car l’histoire est vraiment dense.
Elles est littéralement portée par le duo principal, Kell et Lila, qui se complètent bien, que ce soit en termes de compétences, de caractère ou d’idéaux. Néanmoins, ils ne sont pas seuls et côtoient des personnages secondaires que l’on adore adorer (Rhy, Barron…) ou que l’on adore détester (Astrid, Athos…). Au vu des antagonistes, l’histoire peut sembler parfaitement manichéenne mais, heureusement, l’auteure évite cet écueil avec des personnages hyper ambivalents, aux motivations pas toujours claires et aux parcours particulièrement torturés… qu’on ne peut même pas condamner ! Et c’est ce qui permet au roman de n’être pas totalement binaire.
Le roman s’appuie sur un petit nombre de personnages (principaux et secondaires inclus) aux personnalités bien marquées, bien différenciés les uns des autres, et que l’on suit avec plaisir.

Le style est hyper fluide, ce qui n’aide pas à s’arrêter entre deux chapitres. À ce propos, ceux-ci sont assez conséquents, mais divisés en sous-chapitres très digestes et au rythme efficace. Puisque j’en suis aux chapitres, je vais vous parler des décorations des entrées de chapitres, qui reprennent les motifs de la couverture : c’est superbe !
L’autre point qui fait que l’on a du mal à s’arrêter, c’est le rythme de l’intrigue : dans les premiers chapitres, Victoria E. Schwab prend vraiment le temps d’installer les contours de son univers et de ses personnages, ce qui nous permet de bien saisir tous les tenants et aboutissants de l’histoire dans laquelle on plonge. De plus, Kell n’est pas le seul protagoniste de cette introduction ; Lila a, elle aussi, droit à son entrée en piste. Et si l’on sent que les deux risquent d’entrer en contact, ce n’est ni immédiatement, ni bâclé : c’est amené juste comme il faut.

C’est aussi le cas du système de magie sur lequel repose le roman : les révélations sont faites par petites touches, ce qui laisse à la fois le temps de bien intégrer les modalités… et celui de vouloir en savoir bien plus ! La magie des Antari repose en partie sur le sang, les objets liés à leur monde d’origine et quelques formules dans la langue antari. Vu comme cela, ça paraît simple, mais il faut aussi être doué en dessin, choisir le bon objet et savoir faire preuve de conviction. Bref : c’est pas donné au premier venu de savoir se déplacer grâce à la magie. Celle-ci est donc source de convoitise (notamment dans le monde blanc, dans lequel on n’hésite pas à trancher la gorge de son prochain pour aspirer quelques gouttes de magie), ou de danger lorsqu’on s’en sert pour de mauvaises raisons et avec de mauvaises intentions

Voilà, en gros, pourquoi j’ai tellement apprécié ma lecture de ce premier tome de Shades of magic. J’ai plongé dans un univers hyper original et savouré les échanges – souvent caustiques ! – d’un duo bien pensé. L’intrigue, quoique linéaire, est très efficace et donne tout à fait envie d’en savoir plus, ce qui me donne vraiment très envie de lire la suite !

Shades of magic #1, Victoria E. Schwab. Traduit de l’anglais par Sarah Dali.
Lumen, 8 juin 2017, 505 p.

Carry on : grandeur et décadence de Simon Snow, Rainbow Rowell.

Simon Snow déteste cette rentrée. Sa petite amie rompt avec lui ; son professeur préféré l’évite ; et Baz, son insupportable colocataire et ennemi juré, a disparu. Qu’il se trouve à l’école de magie de Watford ne change pas grand-chose. Simon n’a rien, mais vraiment rien de l’Élu. Et pourtant, il faut avancer, car la vie continue…

Lorsque j’ai terminé Fangirl, je n’ai eu qu’une envie : ouvrir immédiatement Carry on, qui venait de sortir et qui est, en fait, le titre de la fanfiction qu’écrit Cath dans Fangirl. Lorsque Rainbow Rowell a mis le point final à Fangirl, elle s’est aperçue qu’elle avait un univers, des personnages et une histoire qui ne demandaient qu’à se déployer. Et voilà donc Carry on, un roman à la limite de l’ovni. On peut le prendre comme un pur roman de fantasy ; on peut le prendre comme la fanfic produite par Cath ; ou alors on peut le lire comme une fanfiction d’Harry PotterCar oui, indéniablement, Carry on est un hommage à l’univers de J.K. Rowling ! Et si la fanfiction vous intrigue, allez lire Fangirl 🙂

En débutant Carry on, on entre dans un univers déjà bien établi. Dans la chronologie des aventures de Simon Snow, le personnage central du roman, Carry on est le tome 8 de la série. Aussi débute-t-on dans un univers dont on découvre peu à peu les codes, au détour d’une phrase ou d’un dialogue. Le fait de débarquer en plein milieu de l’histoire, en quelque sorte, n’est pas franchement gênant car tous les détails nécessaires arrivent à point nommé. Et petit point bonus, il n’est pas nécessaire d’avoir lu Fangirl pour tout comprendre à Carry on !

On pourrait penser, au premier abord, que l’histoire met bien longtemps à démarrer : Simon est revenu à Watford, mais il angoisse car son ennemi juré et cothurne, Baz, est absent. Or, Simon, s’il est soulagé de ne pas craindre de mourir assassiné dans son sommeil, ne peut s’empêcher d’angoisser pour son camarade de chambre : va-t-il seulement bien ? D’un autre côté, c’est le moment où jamais pour lui d’essayer de recoller les morceaux avec Agatha, sa petite amie (ou ex-petite amie ?) qu’il a surprise, juste avant l’été… dans les bras de Baz. Heureusement, il peut compter sur Pénélope, sa meilleure amie et élève particulièrement douée, un de ses plus fervents soutiens.
En fait, l’histoire est vraiment centrée sur les personnages et leurs relations, tout en déployant une intrigue magique à la fois passionnante et bien troussée.

Car l’univers de Simon est menacé par le Humdrum, une créature qui tue la magie à petit feu, laissant derrière elle des zones mortes, empêchant quiconque d’utiliser la magie dans ces endroits-là. Or, plus le temps passe, plus le Humdrum progresse. Et Simon, que l’on pressent pour l’arrêter, ne maîtrise pas le moins du monde sa magie. Du coup, l’histoire est très prenante car si l’on n’est pas en train d’enquêter avec Simon et ses amis sur les façons d’arrêter l’épidémie, on se passionne pour leurs relations, petites bisbilles et autres amourettes.

J’ai parlé en début d’article de l’hommage à Harry Potter : les similitudes ne sont pas franchement difficiles à déceler ! Simon a été élevé chez les humains et on ne lui a révélé ses pouvoirs que tardivement ; son mentor, le directeur de Watford, est assez décrié dans la communauté pour ses idées et a également une part très sombre qu’il cache bien (bien plus que Dumbledore) ; les anciennes familles, dont celle de Baz, qui a des petits airs de Malefoy, sont opposées à l’éducation magique d’enfants issus d’humains ; l’école est située dans un château… j’en passe ! Pourtant, Rainbow Rowell développe des thèmes qui n’apparaissaient pas dans l’oeuvre de J.K. Rowling, ou alors tellement en filigrane qu’on pouvait passer à côté. Ses héros sont matures, majeurs et parlent assez librement de leurs sentiments : sexualité, et notamment homosexualité, sont donc au programme. Et tout cela semble parfaitement naturel, preuve que l’intrigue magique n’accapare pas tout le devant de la scène et que Rainbow Rowell a vraiment soigné ses personnages : ce sont de vrais adolescents, très humains, certes aux prises avec un problème magique de taille, mais qui vivent en même temps des choses tout à fait de leur âge ! De fait, même si l’on vient bien les liens avec Harry Potter, les aventures de Simon Snow ont un petit goût d’inédit particulièrement rafraîchissant.

J’ai donc littéralement dévoré les aventures de Simon et Baz, subjuguée que j’étais par l’univers créé par Rainbow Rowell : l’intrigue est palpitante, que ce soit côté fantasy ou côté romance. Si palpitante que j’ai adoré la romance alors que c’est, habituellement, un genre que je n’apprécie guère. Replonger dans une atmosphère si saturée de magie m’a également replongée dans un de mes plus grands bonheurs de lectrice, ce qui était loin d’être désagréable. Une très belle découverte, donc !

Carry on : grandeur et décadence de Simon Snow, Rainbow Rowell.
Traduit de l’anglais par Catherine Nabokov. Pocket Jeunesse, janvier 2017, 585 p.