Shades of magic #1, Victoria E. Schwab.

Kell est l’un des derniers Visiteurs, des magiciens capables de voyager d’un monde à l’autre. Des mondes, il y en a quatre, dont Londres est le centre à chaque fois. Le nôtre est gris, sans magie d’aucune sorte. Celui de Kell, rouge, et on y respire le merveilleux avec chaque bouffée d’air. Le troisième est blanc : les sortilèges s’y font si rares qu’on s’y coupe la gorge pour voler la moindre incantation. Le dernier est noir, noir comme la mort qui s’y est répandue quand la magie a dévoré tout ce qui s’y trouvait, obligeant les trois autres à couper tout lien avec lui.
Depuis cette contagion, il est interdit de transporter un objet d’un monde à l’autre. C’est pourtant ce que va faire Kell, un chien fou tout juste sorti de l’adolescence, pour défier la famille royale qui l’a pourtant adopté comme son fils, et le prince Rhy, son frère, pour qui il donnerait pourtant sa vie sans hésiter. Et un jour, il commet l’irréparable…

Dès que j’ai entendu parler de la future parution de ce titre, j’ai eu envie de le découvrir : et je n’ai pas du tout été déçue ! J’ai volontairement raccourci le résumé car il s’écoule plusieurs chapitres avant que l’on n’en arrive au point décrit par le résumé officiel. Sachez seulement qu’après avoir commis la fameuse bêtise, Kell va avoir bien du pain sur la planche !

Dès le départ, on plonge dans un univers follement original : imaginez quatre mondes superposés, entre lesquels on passe grâce à des portes magiques, qui peuvent être seulement activées par les Antari… une sorte de magiciens dont il ne reste que deux représentants, Kell, attaché à la couronne du monde rouge, et Holland, attaché à la couronne du monde blanc. Dans le monde gris, pas besoin de magiciens car comme on ne croit pas à la magie chez nous, personne (ou presque) ne sait qu’on peut seulement sauter d’un monde à l’autre. Et en ce qui concerne le monde noir, il a disparu, dévoré par la magie. Chaque monde a donc ses particularités, qui contribuent à créer un univers incroyablement dense.

J’ai donc immédiatement accroché à l’histoire : on y entre par le biais de Kell, jeune magicien prodige adopté par la famille royale et… trafiquant d’objets magiques, ce qui est rigoureusement interdit et punissable de la peine de mort… Tout simplement ! En même temps, on comprend les peines du jeune homme : orphelin, il a du mal à trouver sa place dans la famille royale et compense ce manque par une légère addiction au danger – laquelle va, évidemment, causer tout ses problèmes.

L’intrigue est assez linéaire mais malgré l’absence de sous-intrigues, on ne s’ennuie pas une seule seconde, car l’histoire est vraiment dense.
Elles est littéralement portée par le duo principal, Kell et Lila, qui se complètent bien, que ce soit en termes de compétences, de caractère ou d’idéaux. Néanmoins, ils ne sont pas seuls et côtoient des personnages secondaires que l’on adore adorer (Rhy, Barron…) ou que l’on adore détester (Astrid, Athos…). Au vu des antagonistes, l’histoire peut sembler parfaitement manichéenne mais, heureusement, l’auteure évite cet écueil avec des personnages hyper ambivalents, aux motivations pas toujours claires et aux parcours particulièrement torturés… qu’on ne peut même pas condamner ! Et c’est ce qui permet au roman de n’être pas totalement binaire.
Le roman s’appuie sur un petit nombre de personnages (principaux et secondaires inclus) aux personnalités bien marquées, bien différenciés les uns des autres, et que l’on suit avec plaisir.

Le style est hyper fluide, ce qui n’aide pas à s’arrêter entre deux chapitres. À ce propos, ceux-ci sont assez conséquents, mais divisés en sous-chapitres très digestes et au rythme efficace. Puisque j’en suis aux chapitres, je vais vous parler des décorations des entrées de chapitres, qui reprennent les motifs de la couverture : c’est superbe !
L’autre point qui fait que l’on a du mal à s’arrêter, c’est le rythme de l’intrigue : dans les premiers chapitres, Victoria E. Schwab prend vraiment le temps d’installer les contours de son univers et de ses personnages, ce qui nous permet de bien saisir tous les tenants et aboutissants de l’histoire dans laquelle on plonge. De plus, Kell n’est pas le seul protagoniste de cette introduction ; Lila a, elle aussi, droit à son entrée en piste. Et si l’on sent que les deux risquent d’entrer en contact, ce n’est ni immédiatement, ni bâclé : c’est amené juste comme il faut.

C’est aussi le cas du système de magie sur lequel repose le roman : les révélations sont faites par petites touches, ce qui laisse à la fois le temps de bien intégrer les modalités… et celui de vouloir en savoir bien plus ! La magie des Antari repose en partie sur le sang, les objets liés à leur monde d’origine et quelques formules dans la langue antari. Vu comme cela, ça paraît simple, mais il faut aussi être doué en dessin, choisir le bon objet et savoir faire preuve de conviction. Bref : c’est pas donné au premier venu de savoir se déplacer grâce à la magie. Celle-ci est donc source de convoitise (notamment dans le monde blanc, dans lequel on n’hésite pas à trancher la gorge de son prochain pour aspirer quelques gouttes de magie), ou de danger lorsqu’on s’en sert pour de mauvaises raisons et avec de mauvaises intentions

Voilà, en gros, pourquoi j’ai tellement apprécié ma lecture de ce premier tome de Shades of magic. J’ai plongé dans un univers hyper original et savouré les échanges – souvent caustiques ! – d’un duo bien pensé. L’intrigue, quoique linéaire, est très efficace et donne tout à fait envie d’en savoir plus, ce qui me donne vraiment très envie de lire la suite !

Shades of magic #1, Victoria E. Schwab. Traduit de l’anglais par Sarah Dali.
Lumen, 8 juin 2017, 505 p.

Carry on : grandeur et décadence de Simon Snow, Rainbow Rowell.

Simon Snow déteste cette rentrée. Sa petite amie rompt avec lui ; son professeur préféré l’évite ; et Baz, son insupportable colocataire et ennemi juré, a disparu. Qu’il se trouve à l’école de magie de Watford ne change pas grand-chose. Simon n’a rien, mais vraiment rien de l’Élu. Et pourtant, il faut avancer, car la vie continue…

Lorsque j’ai terminé Fangirl, je n’ai eu qu’une envie : ouvrir immédiatement Carry on, qui venait de sortir et qui est, en fait, le titre de la fanfiction qu’écrit Cath dans Fangirl. Lorsque Rainbow Rowell a mis le point final à Fangirl, elle s’est aperçue qu’elle avait un univers, des personnages et une histoire qui ne demandaient qu’à se déployer. Et voilà donc Carry on, un roman à la limite de l’ovni. On peut le prendre comme un pur roman de fantasy ; on peut le prendre comme la fanfic produite par Cath ; ou alors on peut le lire comme une fanfiction d’Harry PotterCar oui, indéniablement, Carry on est un hommage à l’univers de J.K. Rowling ! Et si la fanfiction vous intrigue, allez lire Fangirl 🙂

En débutant Carry on, on entre dans un univers déjà bien établi. Dans la chronologie des aventures de Simon Snow, le personnage central du roman, Carry on est le tome 8 de la série. Aussi débute-t-on dans un univers dont on découvre peu à peu les codes, au détour d’une phrase ou d’un dialogue. Le fait de débarquer en plein milieu de l’histoire, en quelque sorte, n’est pas franchement gênant car tous les détails nécessaires arrivent à point nommé. Et petit point bonus, il n’est pas nécessaire d’avoir lu Fangirl pour tout comprendre à Carry on !

On pourrait penser, au premier abord, que l’histoire met bien longtemps à démarrer : Simon est revenu à Watford, mais il angoisse car son ennemi juré et cothurne, Baz, est absent. Or, Simon, s’il est soulagé de ne pas craindre de mourir assassiné dans son sommeil, ne peut s’empêcher d’angoisser pour son camarade de chambre : va-t-il seulement bien ? D’un autre côté, c’est le moment où jamais pour lui d’essayer de recoller les morceaux avec Agatha, sa petite amie (ou ex-petite amie ?) qu’il a surprise, juste avant l’été… dans les bras de Baz. Heureusement, il peut compter sur Pénélope, sa meilleure amie et élève particulièrement douée, un de ses plus fervents soutiens.
En fait, l’histoire est vraiment centrée sur les personnages et leurs relations, tout en déployant une intrigue magique à la fois passionnante et bien troussée.

Car l’univers de Simon est menacé par le Humdrum, une créature qui tue la magie à petit feu, laissant derrière elle des zones mortes, empêchant quiconque d’utiliser la magie dans ces endroits-là. Or, plus le temps passe, plus le Humdrum progresse. Et Simon, que l’on pressent pour l’arrêter, ne maîtrise pas le moins du monde sa magie. Du coup, l’histoire est très prenante car si l’on n’est pas en train d’enquêter avec Simon et ses amis sur les façons d’arrêter l’épidémie, on se passionne pour leurs relations, petites bisbilles et autres amourettes.

J’ai parlé en début d’article de l’hommage à Harry Potter : les similitudes ne sont pas franchement difficiles à déceler ! Simon a été élevé chez les humains et on ne lui a révélé ses pouvoirs que tardivement ; son mentor, le directeur de Watford, est assez décrié dans la communauté pour ses idées et a également une part très sombre qu’il cache bien (bien plus que Dumbledore) ; les anciennes familles, dont celle de Baz, qui a des petits airs de Malefoy, sont opposées à l’éducation magique d’enfants issus d’humains ; l’école est située dans un château… j’en passe ! Pourtant, Rainbow Rowell développe des thèmes qui n’apparaissaient pas dans l’oeuvre de J.K. Rowling, ou alors tellement en filigrane qu’on pouvait passer à côté. Ses héros sont matures, majeurs et parlent assez librement de leurs sentiments : sexualité, et notamment homosexualité, sont donc au programme. Et tout cela semble parfaitement naturel, preuve que l’intrigue magique n’accapare pas tout le devant de la scène et que Rainbow Rowell a vraiment soigné ses personnages : ce sont de vrais adolescents, très humains, certes aux prises avec un problème magique de taille, mais qui vivent en même temps des choses tout à fait de leur âge ! De fait, même si l’on vient bien les liens avec Harry Potter, les aventures de Simon Snow ont un petit goût d’inédit particulièrement rafraîchissant.

J’ai donc littéralement dévoré les aventures de Simon et Baz, subjuguée que j’étais par l’univers créé par Rainbow Rowell : l’intrigue est palpitante, que ce soit côté fantasy ou côté romance. Si palpitante que j’ai adoré la romance alors que c’est, habituellement, un genre que je n’apprécie guère. Replonger dans une atmosphère si saturée de magie m’a également replongée dans un de mes plus grands bonheurs de lectrice, ce qui était loin d’être désagréable. Une très belle découverte, donc !

Carry on : grandeur et décadence de Simon Snow, Rainbow Rowell.
Traduit de l’anglais par Catherine Nabokov. Pocket Jeunesse, janvier 2017, 585 p.

Le Pari, Le Noir est ma couleur#1, Olivier Gay.

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Normalement, Alexandre le bad boy du lycée n’aurait jamais prêté attention à Manon l’intello du premier rang. Pourtant, à la suite d’un pari, il a décidé de la séduire.
Normalement, Manon n’aurait jamais toléré qu’Alexandre vole à son secours. Pourtant dans l’obscurité d’une ruelle, sa présence s’est révélée décisive.
Alexandre doit se rendre à l’évidence. Rien n’est normal dans cette histoire.
Manon acceptera-t-elle qu’il entre par effraction dans son univers ?

La fin de l’année 2016 et le début de 2017 ont donc été résolument marqués par la bibliographie d’Olivier Gay ; après avoir découvert Faux frère, vrai secret et La Main de l’empereur, me voilà donc ouvrant enfin – enfin !! – le premier volume du Noir est ma couleur, une série jeunesse encensée sur les blogs. Et à raison ! Et il faut dire que ce roman a fait commencer l’année très fort : première lecture, premier coup de cœur !

Le roman commence comme un roman adolescent un peu classique : on découvre Alexandre, lycéen de 16 ans de son état, très occupé à agacer sa mère avant de rejoindre un lycée dans lequel il fait plutôt partie des gentils amuseurs de la classe que de l’élite étudiante. Au chapitre deux, on attaque de front la fantasy urbaine. Car on y découvre Manon, élève dans la même classe d’Alexandre, en proie à un problème d’eau chaude sous la douche… qu’elle règle spontanément d’un petit coup de magie. En toute simplicité !
Les chapitres sont consacrés en alternance à Alexandre et à Manon ; ceux du premier sont rédigés au présent, tandis que ceux de la seconde sont au passé – pas moyen de confondre les deux voix, donc. Et l’alternance des deux voix nous permet, d’une part, de voir les scènes sous différents angles (et de se rendre compte que les deux personnages n’ont pas toujours les mêmes objectifs ou avis) et, d’autre part, d’instaurer un certain suspens. Car lorsqu’ils sont séparés, on se demande bien ce qu’il est en train d’arriver à l’autre !

Dès le début, Olivier Gay s’attache à nous rendre les personnages proches et sympathiques : j’ai apprécié autant Alexandre la tête-brûlée que Manon la bonne-élève et le contraste entre les deux fonctionne à plein.
Ce qui a également très bien fonctionné pour moi, une fois n’est pas coutume, ce sont les lieux communs de la littérature young-adult. Je vous dis « beau gosse mal léché habitué aux conquêtes » versus « jolie fille qui s’ignore plutôt première de la classe », vous me dites ? Romance ? Mais oui !
Sauf que, pas tout à fait. Ou pas vraiment. Ou pas comme on aurait pu s’y attendre. Au fil des chapitres, Olivier Gay va ainsi recourir à plusieurs clichés qu’il détourne, pour nous proposer une aventure parfaitement ficelée. Car s’il y a rapprochement entre les deux, c’est par pure (ou presque) nécessité. De plus, les deux personnages, sous des dehors d’un classicisme absolu, s’en tirent vraiment bien : car loin de les avoir pensés puissants/très doués/imbattables, Olivier Gay a tissé deux adolescents qui réagissent tout naturellement à ce qui leur arrive (que ce soit dans les péripéties fantastiques ou dans la vie quotidienne). En gros, ce sont de vrais ados. Du coup, ils n’en sont que plus crédibles ! Et ce duo, aussi attachant que réaliste, est vraiment le point fort du roman. Et s’ils semblent un peu cliché sur le papier, ils s’avèrent finalement assez surprenants – d’ailleurs, le plus mignon n’est pas toujours celui que l’on croit, ce qui peut être parfois assez surprenant !

Côté magie, l’auteur s’appuie sur le Spectre des couleurs ; chacune des 7 couleurs de l’arc-en-ciel donne au mage qui les convoque un type de pouvoir différent. Et les mages des couleurs se collettent méchamment avec les mages… noirs, évidemment ! Les seuls à utiliser la 8e couleur, rigoureusement interdite, puisque liée aux forces des ténèbres. Si cette partie-là peut vous sembler un peu déjà vue, la façon dont les mages se gorgent de couleurs pour lancer leurs sortilèges est plutôt originales. Chaque petit détail, surprenant et original, vient constituer un univers à la fois complexe, original et dans lequel on se fond sans aucune difficulté. Dès le départ, j’ai eu l’impression d’évoluer dans un univers à la Pierre Bottero alors que, fondamentalement, les romans ont peut de chose en commun, hormis cette façon de se rendre immédiatement accessible et terriblement attrayants au lecteur. Du coup, c’en était même difficile de le quitter.

Avant de conclure, il faudrait que je parle aussi du style, qui est certainement pour beaucoup dans le fait que j’ai littéralement dévoré ce roman. Celui-ci est alerte, enlevé, volontiers enjoué ou plein d’humour et parvient à instaurer rythme et tensions d’un bout à l’autre du roman.

Le Pari est donc une formidable découverte, qui m’a tenue en haleine de la première à la dernière page. Surtout vu l’ampleur du retournement de situation sur lequel se clôt l’histoire – rebondissement qui donne, évidemment, follement envie de lire la suite. L’intrigue, l’univers à la fois familier et original, le duo attachant, le style, tout concourt à faire de ce premier tome une sacrée réussite, qui plaira autant aux jeunes lecteurs (disons dès 12 ans) qu’à leurs aînés.

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Le Ballet des ombres, Les Chroniques de Hallow #1, Marika Gallman.

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Abby possède le pouvoir d’absorber l’énergie des personnes qui l’entourent. Un don dont elle ignore presque tout et dont elle se sert surtout pour dévaliser des galeries d’arts. Jusqu’au jour où elle fait la connaissance d’un policier qui semble porter en lui la capacité d’annuler son pouvoir… Leur rencontre va tous les deux les propulser dans un univers qui les dépasse et leur dévoiler la face cachée de Hallow, une métropole où même les ombres peuvent vous tuer.

Dès le début du roman, Marika Gallman donne le ton : le récit est plein d’une ironie mordante. En effet, l’histoire débute un lundi matin et, comme chacun sait (et Abby plus que les autres), il se ne passe traditionnellement rien les lundis matins. Or, le concentré d’actions qui déboule dès le chapitre 2 lui donne immédiatement tort !

Marika Gallman ne laisse aucun répit à son personnage, ni à son lecteur : l’histoire est bourrée d’action, trépidante, prenante à souhait, car l’intrigue est plutôt dense. Il y a cette histoire de bijou qu’Abby, son père et son frère (cambrioleurs assermentés) sont chargés de dérober et qui s’avère être un leurre ; il y a l’incapacité d’Abby à voler l’énergie de ce policier à qui elle tente de dérober son portefeuille ; il y a, enfin, cette entité sombre qui semble vouloir prendre le contrôle de Hallow et qui va réunir ensemble tous les fils d’intrigue. Ainsi, entre les histoires de famille, les histoires de cœur et la mission de super-héros qui, subitement, échoit à Abby, on a non seulement une intrigue consistante et variée, mais aussi un rythme  palpitant.

De plus, Marika Gallman campe une galerie de personnages vraiment intéressants. Abby n’est pas une de ces mijaurées auxquelles nous a habituées la bit-lit de bas étage. C’est une jeune femme accomplie et réfléchie, que l’on suit avec un immense plaisir dans ses pérégrinations (amoureuses ou personnelles). Chris, de son côté, ne lasse pas d’étonner avec le mystère qu’il promène derrière lui – et qui n’est pas résolu en fin de roman, laissant toute latitude pour la suite ! Mais mon coup de cœur va aux personnages secondaires que son les proches d’Abby : entre son père et son frère (qui tentent de la materner mais pas trop !), aussi drôles qu’atypiques, on est servis. Et que dire de Lupita, l’employée d’Abby, sorte de condensé entre la mégère et la belle-mère horriblement autoritaire mais débordant d’un amour qui ne sait s’exprimer ? C’est, sans aucun doute, mon personnage favori du récit !

Par ailleurs, l’histoire prend place dans un univers vraiment palpitant : Hallow est une cité assez glauque, mais on arrive à percevoir l’amour que ressent Abby pour sa ville – ça a un petit côté Daredevil, avec l’amour que porte ce dernier à Hell’s Kitchen. Côté magie, les personnages qui en sont porteurs sont tous, au lieux, hautement intrigants. Le pouvoir d’Abby est déjà hyper intéressant, mais elle n’est pas la seule à être dotée de capacités spéciales. Or, tout n’étant pas expliqué, la suite promet des révélations hautes en couleurs.

En somme, voilà une série qui démarre fort bien et qui entre direct dans mon top 5 des séries de fantasy urbaine ! De plus, si ce premier tome peut se lire comme un singleton, la fin, très ouverte, promet une suite haute en couleurs – si toutefois il s’y déroule bien ce qui semble se profiler. Nul doute que je mettrai mon nez dedans à la sortie !

Les Chroniques de Hallow #1, Le Ballet des ombres, Marika Gallman. Milady, 2016, 471 p.

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L’Architective : les reliques perdues, Mel Andoryss.

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Je sais, je suis bizarre…
Armand, 15 ans, est architective, tout comme son père.
Imaginez : vous entrez dans un bâtiment et, en retenant votre respiration, vous avez accès à son âme, à toute sa mémoire, à ses souvenirs et à ses blessures, à ses pièces cachées et à ses moindres secrets. Les murs ont des oreilles, les murs se souviennent, et ils racontent leur histoire à ceux qui savent écouter…
Entre deux enquêtes pour le compte de son père, architective lui aussi, Armand essaie de mener la vie normale d’un adolescent parisien de 15 ans qui entre au lycée…

Dire que j’avais hâte de lire ce nouveau roman de Mel Andoryss frise l’euphémisme. Et la lecture a été à la hauteur des attentes placées sur ce titre, vraiment très bon !

L’histoire se déroule sur une seule petite semaine aussi les péripéties s’enchaînent-elles à bon rythme. De plus, le mystère est épais à souhait : alors que l’on découvre un personnage aux pouvoirs extrêmement mystérieux (les parents d’Armand étant avares en confidence, lui-même patauge tant et plus), il est plongé dans un mystère qui le dépasse complètement. Or, une chose est sûre, si on le cherche, on va le trouver. De fait, l’histoire propose son lot de courses-poursuites (réalistes ou magiques), petits stratagèmes, plans-catastrophes et retournements de situations acrobatiques. Impossible de s’ennuyer !

Mel Andoryss plante une galerie de personnages bien équilibrée, qui tourne autour d’un trio fort. Armand – qui ressemble à s’y méprendre à Jasper ! – possède un sens de l’humour et du courage à toute épreuve. Mais il peut, bien heureusement, compter sur Malaurie, son caractère de cochon et ses facultés incroyables, ainsi que sur Cédric, son meilleur ami et spécialiste des idées de génie à mettre en œuvre en dernier recours. Le trio est particulièrement dynamique et dégage une énergie très communicative.
À travers eux, Mel Andoryss met aussi en balance trois systèmes familiaux très différents, qui soulèvent pas mal de questions (tant chez le lecteur que chez Armand) : la réflexion est intéressante et pousse à réfléchir, tout en s’inscrivant fort bien dans l’intrigue générale.

Comme dans Evernightc’est aussi l’univers original qui fait le sel de L’Architective. D’une part, on déambule en terrain connu, l’intrigue se déroulant en région parisienne. Mais, d’autre part, le pouvoir d’Armand change totalement la donne : il est capable de pénétrer l’âme et les souvenirs des bâtiments, parvenant à voir les architectures passées des lieux, les particularités et les petits secrets des lieux qu’il visite. Ainsi, on visite la cathédrale de Meaux et la Sainte-Chapelle, leur donnant un tout autre visage que celui que l’on connaît ! Comme, de plus, le roman est très documenté (tant des points de vue historique, topologique, que religieux), on apprend une foule de choses sans même y penser : le roman est donc particulièrement enrichissant.

Excellente découverte donc, que cette aventure d’architective ! Le roman est à la fois court et dense et présente un univers résolument original, ainsi qu’une galerie de personnages bien pensée. De plus, l’histoire se conclue en fin de roman, ce qui est hautement appréciable, tout en laissant les coudées franches pour une éventuelle nouvelle aventure. Que je lirai avec grand plaisir, évidemment, si toutefois il est prévu qu’elle paraisse !

L’Architective : les reliques perdues, Mel Andoryss. Castelmore, juin 2016, 320 p.

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Le Temps des mitaines, Loïc Clément & Anne Montel.

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Arthur vient d’emménager dans le village des Mitaines. Dès son premier jour dans la nouvelle école, il apprend qu’un élève a mystérieusement disparu. Sa curiosité est piquée, et avec l’aide de ses nouveaux amis, l’amusante Pélagie, l’intrigante Kitsu, le génie de la bande Gonzague et son fidèle compagnon Willo, il se met en tête de trouver le coupable !

Je vous ai parlé il y a peu du deuxième volume de cette série ; cette fois, ça y est, j’ai lu le premier et ça en valait vraiment la peine !

L’histoire s’ouvre sur la double inquiétude d’Arthur : non seulement il entre dans une nouvelle école où il ne connaît personne mais, en plus, son pouvoir magique ne s’est pas encore révélé et il craint que tous les autres n’aient déjà le leur. A cette double angoisse vient bientôt s’en ajouter une troisième : alors que ses camarades sont plutôt sympa et l’école pas si terrifiante, la petite communauté des Mitaines est frappée par des enlèvements inexpliqués. Bientôt, l’angoisse s’installe sur tout le village.

« Du coup, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle…
– C’est quoi la bonne ?
– Je ne crois pas que les élèves se soient fait enlever.
– Super ! Et la mauvaise ?
– Je pense qu’ils se sont fait DÉVORER ! »

Le lecteur est très vite plongé dans l’ambiance bucolique et agréable des Mitaines. Mais, au fil des pages, celle-ci s’assombrit nettement. Au fil des chapitres et de l’enquête – pas toujours discrète – menée par Arthur et ses amis, le suspens monte : sont-ils en danger ou vont-ils trouver le fin mot de l’histoire avant les adultes ? Ceux-ci, empêtrés dans des problèmes d’adultes (faut-il fermer l’école et créer un mouvement de panique ?), ont d’ailleurs bien de la chance d’avoir des enfants aussi perspicaces pour les seconder.
Le petit groupe d’amis est varié et on les suit avec plaisir : il y a Gonzague, l’escargot aux phrases alambiquées et incompréhensibles ;  Willo, la luciole qui n’éclaire jamais aussi fort que lorsqu’il est terrifié ; Pélagie, la souricette tête-en-l’air et déjantée ; Arthur, l’ourson fraîchement débarqué ; et, last but not least, Kitsu, l’énigmatique renarde solitaire. On s’attache très vite à ce petit groupe disparate qui sait mettre de côté les différences des uns et des autres et promeut entraide et solidarité.
Les auteurs parviennent à mêler petites intrigues personnelles et scolaires à l’enquête plus générale dans un ensemble harmonieux. Résultat, l’histoire est très rythmée et on ne s’ennuie pas une minute. De plus, le ton est plein d’humour : malgré l’aspect très sombre de l’histoire, on rit donc beaucoup aux blagues potaches des uns et aux sorties sans queue ni tête de Pélagie.

« Si faut se déguiser en tabouret en rotin pour enquêter dans l’ombre. J’suis votre homme !
– T’es une fille. Pélagie !
– C’est pas grave je ferai la chaise ! »

Il faut, enfin, évoquer le dessin. Les aquarelles dans des tons pastel offrent un univers doux et harmonieux, avec un côté bucolique et enfantin. Mais Anne Montel sait jouer sur les traits et les couleurs pour faire monter tension et angoisse. Le dessin porte l’histoire à merveille et vient en souligner tous les épisodes. En somme : c’est excellent !

Ce premier tome réussit à poser l’univers, les personnages et l’ambiance des Mitaines, tout en proposant une intrigue complète et complexe. Le récit est rythmé et souligné par un graphisme saisissant. Excellent début de série, donc !

« Ah parce que t’as un copain, toi ?
– Roh mais tu suis rien, je viens de te le dire : c’est Arthur !
– Et il est au courant, ton « copain » ?
– Au courant de quoi ?
– Bien que c’est ton copain !
– J’pense que c’est un détail, ça, non ?
– Je vois… »

Le Temps des mitaines, Loïc Clément & Anne Montel. Didier Jeunesse, 2014, 115 p.

 

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C’est l’été au village des Mitaines et l’ambiance n’est plus ce qu’elle était. Il faut dire qu’en découvrant son super pouvoir le candide Arthur est devenu très imbu de lui-même. Personne ne peut plus le supporter, surtout Kitsu, la jolie renarde, avec qui il fait son stage chez des horticulteurs, au bord de la faillite. Réussiront-ils à les sauver ?

Où l’on retrouve la fine équipe ! Cette fois, pas d’enquête policière, mais un problème très humain. Arthur a pris la grosse tête depuis leurs exploits précédents et il est devenu imbuvable. Pas de chance pour la très peu patiente Kitsu, qui doit réaliser son stage avec son camarade…

Comme dans le premier volume, on retrouve le dessin plein de douceur d’Anne Montel, allié au scénario efficace truffé de répliques drôles ou pleines de bon sens. Au travers des problèmes rencontrés par les horticulteurs chez qui Arthur et Kitsu font leur stage, les auteurs sensibilisent les jeunes lecteurs à l’écologie et à l’économie solidaire, tout en les enjoignant à se battre pour ce qu’ils pensent être juste. L’histoire met aussi en avant de belles valeurs comme l’amitié, l’entraide et la solidarité – toutes choses que l’on a tendance à oublier, ces derniers temps – le tout dans une intrigue menée avec efficacité.

Si cet opus est plus court que le premier, on y retrouve l’ambiance douce et poétique qui séduisait dans le premier volume, ainsi qu’un récit efficace, prenant et mettant en avant de belles valeurs ! À découvrir !

Le Temps des mitaines #2, Cœur de renard, Anne Montel & Loïc Clément. Didier Jeunesse, 2016, 62 p.

La Voleuse de secrets, Library Jumpers #1, Brenda Drake.

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Fervente lectrice, passionnée d’escrime, Gianna a perdu sa mère à l’âge de quatre ans. Elle visite pour la première fois l’Athenæum, l’une des plus anciennes bibliothèques de Boston, accompagnée de ses deux meilleurs amis, quand elle remarque le comportement étrange d’un mystérieux jeune homme. L’inconnu finit même par se volatiliser presque sous ses yeux, penché sur un volume des Plus Belles Bibliothèques du monde. Lorsque Gia s’approche à son tour de l’ouvrage, elle se retrouve transportée de l’autre côté du globe, à Paris, dans une magnifique salle de lecture de la BnF, dont une bête menaçante arpente les rayons, comme elle ne tarde pas à le réaliser avec un frisson…
La jeune fille vient de mettre le doigt dans un terrible engrenage : une poignée de bibliothèques anciennes mène en effet vers un monde où magiciens, sorcières et créatures surnaturelles s’affrontent depuis des siècles pour éviter que le peuple des hommes ne découvre leur existence. Gia apprend qu’elle est l’une des Sentinelles chargées de protéger cette société secrète. Pire encore, qu’elle est la fille de deux de ces guerriers d’exception – une union interdite – et que sa naissance n’est autre que le présage de la fin du monde. Une malédiction qui va, désormais, grandement lui empoisonner l’existence…

Une confrérie secrète qui se déplace dans le monde via des bou11quins poussiéreux et des bibliothèques fabuleuses ?! Mais je prends ! Avant d’aller plus, loin, un petit aperçu de la fameuse bibliothèque de l’Athenæum :

Malheureusement, on peut dire que la sauce n’a pas vraiment pris, malgré un ensemble vraiment sympathique.
Commençons par évoquer les personnages. Gia se découvre inopinément comme étant une Sentinelle dotée de pouvoirs magiques, chargée d’empêcher l’univers magique de déborder sur l’univers humain. Tout cela s’accompagne – forcément – d’une prophétie et d’une malédiction ancestrales.
Le roman comporte un certain nombre de clichés qui – malheureusement – semblent désormais inhérents aux romans de fantasy young-adults. Outre cette prophétie, Gia est sous le coup d’une interdiction sentimentale (interdiction de fricoter avec une autre sentinelle). Et que se passe-t-il ? Elle s’amourache évidemment de son protecteur. De fait, la romance intervient avec tellement peu de subtilités qu’il est difficile de faire mine d’être surpris par la tournure des événements… D’ailleurs, Gia, comme toutes ses collègues littéraires, succombe à l’étincelle des sentiments avec une facilité et une rapidité déconcertantes. Mais enfin, mesdemoiselles, offrez un peu de résistance, histoire qu’il y ait du challenge !

C’est vrai, Gia ne résiste pas beaucoup. Et cela vaut pour tout. Elle a des pouvoirs magiques ? OK. Elle est une Sentinelle ? OK. On lui révèle l’identité top secrète de son père et la nature magique d’un membre de sa famille ? OK. Elle a un don rare ? OK. Pas de problèmes. Pourtant, tout cela semble assez surréaliste : on s’attendrait d’une personne normalement constituée, a minima, qu’elle s’étonne ! De plus, elle a l’immense chance d’être très douée. Avouez tout de même que c’est fort pratique quand on doit sauver le monde. Mais, là encore, le cliché du personnage surpuissant et – évidemment – doté d’un pouvoir aussi rare que puissant, commence à être utilisé un peu trop souvent.

Vu comme cela, on pourrait penser que tout était à jeter dans ce roman. Mais pas du tout ! Car, aussi cliché soit-il, c’était une lecture aussi prenante qu’efficace !
Premier bon point : ce n’est pas parce que Gia passe dans un univers parallèle avec des responsabilités  qu’elle abandonne ses amis. Ceux-ci font même partie des personnages principaux : Gia fera tout pour les protéger et les intègre à ses aventures. Cela change et c’est bien agréable.
Autre bon point : l’univers. Brenda Drake nous présente un univers extrêmement original et bien creusé. On y croise de multiples créatures dont les relations sont régies par des lois, des légendes, des us et une mythologies fouillés. De plus, si la structure semble assez simple (et elle l’est), l’auteur sait ménager le suspens quant aux spécificités de son univers, qui s’avère très original – ne serait-ce que par son système de voyage interbibliothèques !

Par ailleurs, malgré certains aspects convenus, il faut reconnaître à l’intrigue son dynamisme qui ne se dément jamais. L’histoire a un côté hyper dynamique et très prenant qui fait qu’on a du mal à lâcher le roman malgré tout !

En somme, voilà un roman paradoxal. Je l’ai trouvé affreusement cliché sur certains points (les talents de Gia, la structure, certains rebondissements) mais aussi diablement original (du point de vue l’univers) et hautement efficace (malgré les aspects plus convenus). Je ressors donc de cette lecture quelque peu mitigée, avec la curiosité de savoir dans quoi nous embarquera l’auteur dans la suite. 

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