L’Atelier des sorciers #1-2, Kamome Shirahama.

Coco a toujours été fascinée par la magie. Hélas, seuls les sorciers peuvent pratiquer cet art et les élus sont choisis dès la naissance. Un jour, Kieffrey, un sorcier, arrive dans le village de la jeune fille. En l’espionnant, Coco comprend alors la véritable nature de la magie et se rappelle d’un livre de magie et d’un encrier qu’elle a achetés à un mystérieux inconnu quand elle était enfant. Elle s’exerce alors en cachette. Mais, dans son ignorance, Coco commet un acte tragique !
Dès lors, elle devient la disciple de Kieffrey et va découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence !

Il y des petites découvertes enthousiasmantes, comme celle-ci, dont je ne me lasse pas ! J’ai attaqué ce manga car j’étais intriguée par la couverture et fort bien m’en a pris.
L’histoire est extrêmement bien menée : Coco, fascinée par la magie, ne rêve que de parvenir à pratiquer cet art si prisé et rarissime. Or, après avoir observé un mage à l’œuvre, elle reproduit ses gestes… et ensorcelle accidentellement sa mère, découvrant au passage (bien qu’elle n’en ait pas encore conscience), que l’on ment à la population : les pouvoirs magiques ne sont en rien innés, mais totalement acquis. J’imagine que ce point interviendra à nouveau plus tard dans l’intrigue.

L’univers dans lequel on plonge est riche et passionnant : on est clairement dans un univers de fantasy, avec petites maisonnettes biscornues, grandes cités fascinantes et campagnes romantiques à souhait. Coco, dès qu’elle intègre l’atelier de Maître Kieffrey, débute un apprentissage magique. Mais l’intrigue ne se limite à cet arc : Coco a été volontairement exposée à la magie et prédisposée lorsqu’elle était plus jeune, par une personne dont on ignore l’identité et les motivations : nul doute que cela aussi ressortira plus tard.
A l’intérieur de l’atelier, on est face à une quête d’apprentissage assez classique, Coco étant tiraillée entre son désir d’apprendre et ses redoutables lacunes en matière magique. De plus, elle est mise en concurrence avec d’autres apprenties magiciennes, dont certaines font preuve d’une ambition extraordinaire – et d’un machiavélisme tout aussi incroyable. Ainsi, dès ce premier tome, l’ennemie intime de Coco semble être Agathe et j’ai hâte de voir si la suite de la série fera s’affronter les deux apprenties.

Comme c’est un manga, on va toucher deux mots des illustrations, dont la richesse m’a laissée sans voix ! Les planches fourmillent de détails tous plus enthousiasmants les uns que les autres, qu’ils se glissent dans les vêtements des personnages, des objets ou des paysages.

Un premier tome splendide, qui donne follement envie de lire la suite !

L’Atelier des sorciers #1, Kamome Shirahama.
Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. Pika, mars 2018, 208 p.

On naît sorcier, on ne le devient pas. C’est la règle. Pourtant, Kieffrey a pris Coco sous son aile et a fait d’elle sa disciple : d’humaine normale, la voilà devenue apprentie sorcière ! Kieffrey, Coco et ses trois camarades se sont rendus à Carn, petite ville de sorciers, pour acheter des fournitures magiques. Mais soudain, les quatre fillettes tombent dans un piège tendu par un mystérieux sorcier encapuchonné : elles sont coincées dans une dimension parallèle et doivent échapper à un dragon !

C’était un plaisir de retrouver les personnages et l’univers de Kamome Shirahama !
L’intrigue, cette fois, est un peu plus sombre et commence très fort, nos quatre apprenties étant piégées dans une dimension parallèle, avec peu de chances de s’en sortir par leurs propres moyens.
Le complot dans lequel Coco a été trempée malgré elle se dévoile un peu plus cette fois avec l’apparition de la Confrérie du capuchon, dont les agissements sont assez mystérieux. Tout cela promet encore du suspens et des rebondissements dans les tomes à venir, d’autant qu’à l’issue de ce tome, les personnages n’ont pas progressé d’un iota dans le projet de sauver la mère de Coco !

Malgré tout, les personnages évoluent et leurs relations avec. Agathe est toujours aussi ambitieuses et pas toujours réfléchie, Coco toujours un peu naïve mais le jeunes filles progressent indéniablement. De plus, l’apparition d’un autre sorcier, vivant lui aussi à l’atelier, amène un peu de sang neuf, de suspense et de questions.
On en apprend également un peu plus sur les lois de l’univers, au gré d’un rebondissement tout à fait palpitant, qui oblige les jeunes filles à se confronter aux réalités de la pratique de la magie. Or, tout ne tourne pas comme attendu… et le tome se conclut sur l’arrivée fracassante de la milice magique ce qui, évidemment, laisse les lecteurs sur des charbons particulièrement ardents. Heureusement que le tome 3 est annoncé pour octobre !

Ce deuxième tome s’avère un peu plus sombre que le premier, mais tout aussi palpitant, si ce n’est plus : on en découvre un peu plus sur l’univers, les personnages et la magie en général, et la conclusion donne extrêmement envie d’en savoir plus. Vivement la suite !

L’Atelier des sorciers #2, Kamome Shirahama.
Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. Pika, juin 2018, 192 p.

 

Erased : Re, Kei Sanbe.

Avec l’aide de ses amis, Satoru a réussi à piéger le tueur d’enfants, qui s’apprêtait à prendre la petite Kumi pour cible ! La vie peut enfin reprendre pour celui que le temps avait oublié… et sa carrière de mangaka s’annonce plus prometteuse que lors de sa première existence, peu à peu effacée de sa mémoire.
Il reste cependant quelques zones d’ombre… Que faisaient ses proches quand Satoru était plongé dans le coma ? Quelle influence son long sommeil a-t-il eu sur leurs choix, leur destin ?

Erased aura été, dans l’ensemble, un gros coup de cœur. J’étais donc ravie de voir que, malgré la série menée à son terme, Kei Sanbe nous réservait encore un tome, sous forme de spin-off, et s’intéressant aux autres personnages de la série, et à leurs trajectoires durant le coma de Satoru.

Tour à tour, le manga s’intéresse à Kayo, que Satoru a sauvée, à Kenya, son meilleur ami, à Sachiko, sa mère et à Airi, sa collègue de la pizzeria et complice de début de cavale. Alors soyons clairs : la lecture de ce volume n’est clairement pas indispensable, puisque les deux derniers tomes nous ont appris ce qu’ils étaient devenus et qu’on les croise même au retour de Satoru à la vie. Mais, de fait, on n’avait pas tous les détails et, dans le cas de certains, il restait vraiment des questions en suspens. Par exemple : pourquoi diable, dans la scène finale, Airi semblait-elle retrouver Satoru avec plaisir, sous ce pont les abritant de la neige, alors même qu’elle ne peut pas se souvenir de lui dans cet arc temporel ? Eh bien Kei Sanbe m’a comblée en apportant à cette question une vraie réponse, dans ce qui est sans doute le chapitre le plus poétique de l’ensemble.

L’ambiance de ce volume est assez étrange : on retrouve les motifs du thriller, évidemment, puisqu’à ce moment-là de l’histoire, Satoru est toujours plongé dans le coma et le meurtrier toujours dehors. Si Sachiko et Kayo ont plutôt laissé tomber cet aspect de la chose, Kenya, que l’on suit un peu plus longuement, ne lâche en rien l’affaire et reprend l’enquête à son compte. Mais ce côté assez sombre est pallié par un sentiment assez prégnant de nostalgie et de poésie qui se dégage des récits – sans que j’aie su déterminer si cela venait du fait qu’on retrouve ces personnages dans des circonstances particulières, ou si cela tient plutôt des regards à la fois assez lucides et tendres (pas toujours, mais un peu quand même) qu’ils portent sur la vie et leur entourage. Malgré ces deux aspects, les histoires sont bien rythmées, donc on ne s’ennuie pas une seconde !

J’étais à la fois ravie de découvrir ce spin-off et un peu inquiète, car l’ensemble de la série a été une excellente découverte. Mais Kei Sanbe maîtrise son art et nous sert un tome certes pas indispensable, mais qui tourne la page avec élégance. Je n’ai pas boudé mon plaisir avec cette conclusion et je suis certaine que je relirai la série un jour !

◊ Dans la même série : tomes 1 à 3 ; tomes 4 et 5 ; tomes 6 à 8.

Erased : Re, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, août 2017, 194 p.

Erased #6-8, Kei Sanbe.

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Grâce aux efforts conjugués de Satoru et Kenya, Kayo et Aya Nakanishi ont été sauvées ! Mais l’affaire n’est pas tout à fait réglée : Satoru est resté coincé, en 1988, dans son corps d’enfant. Et il y a toujours un tueur en série en goguette !

Il ne reste que deux tomes et autant dire que ce sixième volume laisse le lecteur sur des charbons ardents_ un peu comme le cinquième volume, qui s’achevait sur un redoutable cliffhanger.
Cette fois, plus aucun doute n’est permis sur l’identité du coupable et l’on se doute bien qu’il ne compte pas s’embarrasser d’un témoin gênant, fut-il un jeune enfant.
Finalement, c’est dans ce sixième volume que l’on prend enfin la mesure de l’intrigue uchronique : bon an mal an, on finit par revenir en 2006. Sauf que Satoru n’est plus du tout dans le même état qu’au début de l’histoire. Il est d’ailleurs presque absent de l’histoire, coincé qu’il est dans son coma, sur son lit d’hôpital. De plus, le suspense est maintenu jusqu’au bout. Si, dans un premier temps, Satoru est mis hors d’état de nuire, dans la suite, il est tout simplement privé de ses souvenirs… et donc bien moins utile que prévu !

C’est Sachiko, la mère de Satoru, qui a la part belle dans ce volume. On la découvre autrement que par les yeux de son fils et le portrait qu’en fait Kei Sanbe est riche et la montre bien plus présente que ne le pensait son fils. L’histoire, de plus, s’enrichit de nouveaux personnages qui apportent de nouvelles nuances.

Kei Sanbe mène son intrigue de main de maître et offre, à nouveau, un redoutable retournement de situation final, surprenant, qui laisse sur des charbons ardents pour la suite ! Heureusement qu’elle est annoncée pour juillet !

Erased #6, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, février 2016, 194 p.

Après 15 ans, Satoru est enfin sorti de son coma. Cependant, une lourde rééducation l’attend, et sa perte de mémoire le tourmente. En effet, le jeune homme semble avoir oublié qu’il possède la faculté de retourner dans le passé, et ne comprend donc pas d’où lui viennent toutes ses connaissances largement avancées pour un élève de primaire.
Bien que durant ces 15 ans, sa mère ait tout fait pour préserver le corps de son fils et qu’elle veuille désormais le protéger de son passé, elle décide de le laisser lire les dossiers que lui a laissés son ami Ken’ya, qui relatent l’affaire à laquelle les deux enfants s’intéressaient avant l’accident de Satoru. Cependant, ceux-ci ne font que semer davantage le doute dans l’esprit du jeune homme.
Airi pourrait-elle être la clef permettant de déverrouiller la porte dans son esprit ?

Vu qu’on approche dangereusement de la fin, le suspens est à son comble dans cet opus. Ici, ce que j’ai trouvé chouette, c’est que puisque que Satoru a réussi dans le passé, on est sur une nouvelle ligne temporelle : Kayo est toujours en vie, Satoru a un corps d’adulte à apprivoiser et… d’intempestifs flash-backs avec lesquels composer. C’est ainsi qu’il se rappelle nettement d’Airi… dont il va inopinément croiser la route. Peu à peu, tous les fils convergent.

Si la ligne temporelle a été modifiée, on reparle beaucoup de l’affaire sur laquelle enquêtait Satoru étant enfant. Kenya, son ami d’enfance, est devenu avocat et n’a jamais lâché l’affaire. D’autant que les meurtres semblent avoir repris – mais sans que l’on soit sûr de pouvoir vraiment tous les raccorder.

Le volume est centré sur la rééducation de Satoru mais le suspens est relancé lorsque l’on s’aperçoit qu’il est placé sous étroite surveillance – sans doute du tueur. Le tome est donc sous tension mais, paradoxalement, plus lent dans ses péripéties, ce qui peut parfois laisser l’impression qu’il ne s’y passe pas grand-chose.

Le tome 7 se maintient dans un bon équilibre : il y a plein de suspens mais, en même temps, l’accent est mis sur la rééducation de Satoru, sa vie nouvellement prise en main et sur ses relations avec ses amis. Du coup, on patiente, mais on trépigne encore !

Erased #7, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, juillet 2016, 194 p.

Après s’être réveillé d’un long coma, Satoru récupère peu à peu ses capacités et ses souvenirs. Néanmoins, le jeune homme ne se rappelle toujours pas de qui est le meurtrier, et ignore que celui-ci l’observe. Toutefois, avec l’aide de Kenya, Satoru va tenter d’attirer le meurtrier afin de l’arrêter en servant d’appât…

Voilà, c’est déjà le dernier tome de la série Erased et, si j’avais vraiment hâte de le lire, j’étais un peu triste de déjà arriver à la fin. Dans le tome précédent, j’avais été un peu frustrée, avec l’impression qu’il ne s’était pas passé grand-chose malgré l’intérêt apporté aux personnages. Du coup, on attaque le tome 8 en plein suspens puisque, désormais, Satoru est très très proche du but – et qu’on sait que la fin est proche.

Le voilà embarqué dans une sortie à l’étang des Camélias avec d’autres patients, sa mère, la jeune Kumi qu’il a rencontrée à l’hôpital et… le tueur.
Le suspens est augmenté par la façon dont Kei Sanbe nous donne à voir les minutieux préparatifs de Satoru et de la personne à qui il s’oppose. Assez vite, aux préparatifs succède l’affrontement entre les deux, qui occupe deux bons tiers du manga. Et, là aussi, le suspens est à son comble : on a déjà une idée assez précise des motivations du tueur et de comment les faits se sont déroulés, mais la confrontation est passionnante. De plus, le fait que la ligne temporelle ait été modifiée autant de fois alimente à merveille l’intrigue – vu que Satoru a des réminiscences de ses vies antérieures.
Le sujet, d’ailleurs, est éminemment casse-gueule, mais l’auteur s’en sort avec les honneurs !

Kei Sanbe apporte une vraie conclusion à son intrigue, mais je n’ai pas pu m’empêcher de la trouver un peu expédiée, sans doute parce que la traque s’est étalée sur sept tomes – et que j’ai adoré la série. Pas de feu d’artifice final, donc, mais une conclusion à l’image de la série, pleine de tension et qui apporte un beau point final. J’avais un peu peur, au vu des lignes temporelles bouleversées, que certains éléments de l’intrigue passent à la trappe (Airi, notamment), mais non, Kei Sanbe réussit à ramener tous les fils de l’histoire à la fin !

En somme, Erased fait partie de mes séries de manga favorites : le thème du voyage temporel, le thriller et tout ce que l’auteur développe autour des personnages m’a beaucoup plu ; le suspens ne se dément presque jamais tout au long de la série et j’avais vraiment hâte de savoir comment l’auteur s’en sortirait avec le thème choisi.
Si la série vous a plu, je vous recommande tout aussi chaudement la série animée parue l’année dernière – et j’attends maintenant avec impatience le film en préparation !

Erased #8, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, janvier 2017, 210 p.

 

Bungô stray dogs #1-2, Kafka Asagiri & Harukawa 35.

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Après avoir été expulsé de son centre d’accueil, Atsushi Nakajima se retrouve seul et à la rue… il rencontre alors un étrange jeune homme du nom d’Osamu Dazai. Ce dernier fait partie de l’Agence des Détectives armés, une troupe d’enquêteurs aux pouvoirs paranormaux, à la recherche d’un mystérieux tigre mangeur d’hommes. Atsushi semble avoir d’étroits liens avec ce tigre, et se retrouve enrôlé malgré lui parmi ces fameux Détectives sur l’initiative de Dazai. Action et batailles entre illustres écrivains à Yokohama !

Lorsqu’Atsushi, jeune orphelin expulsé de son orphelinat pour raisons budgétaires, rencontre Dazai, celui-ci teste une nouvelle méthode de suicide – son objectif principal dans la vie. On peut dire que l’introduction ne manque ni de piquant, ni d’originalité.
Et la suite est à l’avenant !

Car si Atsushi est un jeune homme assez naïf, Dazai fait, lui partie, de l’Agence des Détectives Armés, qui regroupe des enquêteurs aux pouvoirs surnaturels, de fins limiers au service de la justice et de la vérité. D’ailleurs, cela tombe bien, car Dazai enquête sur un énorme tigre mangeur d’hommes qui sème la panique en ville et va requérir l’aide d’Atsushi.

Bien qu’il s’agisse du premier tome, le volume comprend pas moins de trois enquêtes, qui nous permettent de mieux comprendre l’univers dans lequel évoluent nos jeunes détectives. Les rebondissements s’enchaînent à bon rythme, jusqu’à la fin, gardant un suspens bien équilibré… jusqu’au retournement de situation final ! Question rythme, révélations et découverte de l’univers, ce premier tome est tout simplement excellent !

Côté personnages, on découvre une palette d’agents aux pouvoirs surnaturels aux noms… pas très évocateurs. Et c’est ce qui fait le sel des personnages : on a le nom du pouvoir (par exemple « Poète solitaire » !) et on attend de savoir, dans le feu de l’action, à quoi cela correspond. Cela crée un effet de suspense vraiment bienvenu !

Au dessin, Harukawa 35 fait merveille avec des traits très clairs et des scènes très lisibles, y compris dans les combats les plus échevelés (et il y en a !).

En somme, ce premier tome nous fait découvrir un univers peuplé de personnages aux pouvoirs tous plus surnaturels les uns que les autres, embarqués dans des enquêtes passionnantes et dans une opposition tout aussi intéressante avec la mafia !

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Après l’attaque d’Akutagawa et de sa subordonnée Higushi, Atsushi se réveille à l’Agence, qui est maintenant prise pour cible par la mafia dans le but de récupérer l’homme-tigre. Le jeune détective va alors devoir prendre une décision…

Maintenant qu’Atsushi est assuré d’avoir un avenir, on peut souffler ! Sauf que la mafia, elle, n’a pas dit son dernier mot.
Ce deuxième tome nous propose encore une fois son lot de rebondissements inattendues, palpitants et faisant monter la tension. Car l’antagonisme entre la mafia et l’Agence des détectives prend des tours et des formes inattendues. L’histoire n’est donc pas lassante le moins du monde.

Le gros point fort de cette série, que je n’ai pas encore invoqué, ce sont toutes les références liées aux personnages. En effet, l’Agence des Détectives Armés regroupe des avatars d’auteurs, poètes ou novellistes japonais. Vous n’êtes pas une pointure en littérature classique japonaise ? Pas de panique ! Les personnages sont décrits, avec leurs références littéraires, dans les inter-chapitres. Et voir comment les auteurs jouent sur les noms, les pouvoirs et les références est passionnant : car les pouvoirs des détectives sont, presque toujours, issus des œuvres des auteurs dont ils prennent les noms.  Voilà qui ajoute un côté original non négligeable à ce manga.

Dans ce tome-ci, les auteurs font à nouveau preuve de leur sens du rythme et de la lisibilité des scènes, ce qui fait qu’on arrive au bout de l’histoire quasiment sans s’en rendre compte.

Bungô stray dogs est donc un manga seinen extrêmement bien mené, passionnant de bout en bout, dont le rythme est tout simplement excellent. Il n’est pas difficile de s’attacher aux personnages, dont on cherche à découvrir et la teneur du pouvoir, et la référence littéraire qu’ils comportent. En somme, une excellente découverte et, au vu des révélations des deux premiers tomes, j’ai hâte de lire la suite !

Bungô stray dogs #1 et #2, Kafka Asagiri (scénario) et Harukawa 35 (illustrations).
Traduit du japonais par Nicolas Pujol. Ototo (Seinen), 4 février 2017, 192 p.

ReLIFE #1-3, Yayoiso.

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Arata a 27 ans et sa vie est loin, très loin d’être celle qu’il imaginait 10 ans plus tôt. Au chômage, célibataire, il n’a même pas le courage d’avouer à ses amis qu’il est sans emploi et se force à jouer la comédie – débarquant à leurs afterworks en costume trois pièces, comme s’il sortait lui aussi du bureau. Et comme il a démissionné de son premier emploi après seulement 3 mois, il n’est pas près de retrouver un poste… D’ailleurs les entretiens d’embauche se suivent et se ressemblent, se soldant tous par des échecs cuisants. Or, il n’a pas encore atteint le fond, ce qui ne tarde pas à arriver : sa mère lui annonce de but en blanc la fin du soutien financier parental … C’est alors que surgit le mystérieux Ryo Yoake, employé de l’institut de recherche ReLIFE, pour lui proposer de participer à une expérience de réinsertion sociale, réservée aux chômeurs, passant par… une année de retour au lycée ! Pour ce faire, Arata est prié d’avaler une simple pilule, lui redonnant l’apparence de ses 17 ans. Il reprend donc le chemin de la terminale… et c’est bien moins facile qu’il n’y paraît.

ReLife est un manga atypique. En effet, il est tout en couleurs, alors que traditionnellement, s’il y a des couleurs, seules les premières pages y ont droit. En effet, le manga a d’abord été publié en tant que web-série en couleurs et le passage au format papier a conservé ce caractère.

L’histoire de Yayoiso mêle donc allègrement science-fiction et tranches de vie adolescentes : car, si Arata retourne au lycée, il y découvre également Ryo, son « contrôleur de mission ». Ce retour en arrière est vraiment drôle : Arata cumule les bourdes et a bien du mal à se remettre dans le bain – franchement, j’ai compati.

L’histoire ne propose pas un suspens haletant, mais je me suis tout de même laissée emporter par ma lecture, parce que je voulais savoir si Arata réussirait à faire coïncider ses deux existences en cours ou pas.

Côté dessins, j’ai pleinement apprécié d’avoir un manga tout en couleurs, ce qui apporte un air nouveau. A ce titre, l’adaptation (du format vertical adapté à la lecture sur smartphones au format papier normal) est très réussie.

Une fois ce premier tome terminé, j’avais hâte de savoir comment Arata allait se débrouiller dans sa nouvelle existences adolescente. J’ai donc passé un bon moment avec les aventures de ce jeune homme, et je suis curieuse de lire la suite de ses aventures lycéennes. 

ReLIFE #1, Yayoiso. Ki-oon, mai 2016, 184 p.

 

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Pour Arata, pas facile de se remettre dans le bain! Les vieilles habitudes ont la vie dure, et le programme de terminale est bien loin…Bref, les premiers contrôles de l’année ne sont pas une réussite, sans compter le savon magistral que lui passe son professeur principal en trouvant des cigarettes dans son sac!
Heureusement, le jeune homme lie rapidement connaissance avec plusieurs élèves de sa classe, dont Kazuomi Oga, Rena Kariu et Chizuru Hishiro. Cette dernière, extrêmement timide, a beaucoup de mal à se faire des amis: notre « redoublant » décide alors de lui donner un coup de pouce, mais la tâche promet d’être ardue…

Eh non, la reprise n’est pas facile pour Arata. Après avoir obtenu des notes déplorables aux examens généraux, Arata se démet une épaule et s’écorche un genou en sport. ReLife est un programme destiné à favoriser la réinsertion des chômeurs mais, s’il donne aux participants l’apparence d’adolescents, il ne leur en donne pas les capacités physiques ! De même, Arata n’oublie pas qu’il a 27 ans et non 17 : tout cela contribue à conserver le décalage constant entre le jeune homme et ses camarades de classe.

Dans ce volume, l’accent est mis sur les relations entre eux, ce qui peut être un peu frustrant, vu que l’aspect ReLIFE est peu exploité. Arata est bien décidé à rendre service à Chizuru, laquelle semble particulièrement peu douée en relations sociales – ce qui est souvent assez comique, notamment lorsqu’elle tente de conquérir Rena à coups de sourires carnassiers, qui tiennent plus de la tête de psychopathe que de la future bonne copine.
L’histoire est vraiment centrée sur les histoires adolescentes, et moins sur le retour dans le passé d’Arata. Ceci-dit, les chapitres sont entrecoupés des rapports envoyés par Yoake à son responsable, qui nous rappellent de temps en temps que tout cela n’est qu’une expérience scientifique appelée à s’arrêter un an plus tard.

Côté dessins, c’est toujours aussi sympa d’avoir un manga tout en couleurs, cela change un peu de ce que l’on lit habituellement. Mais c’est parfois un peu difficile de différencier les garçons entre eux, qui se ressemblent un peu les uns les autres – ce qui est un peu dommage.

Ce deuxième tome est parvenu, lui aussi, à me tenir en haleine, alors même qu’il ne se passe pas grand-chose de trépidant – rien d’autre que les péripéties lycéennes d’une classe lambda. Mais rien qu’avec ça, Yayoiso réussit à nous installer une ambiance prenante, qui donne envie d’en savoir plus à la fin !

ReLIFE #2, Yayoiso. Ki-oon, août 2016,192 p.

 

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Devant les notes désastreuses d’Arata, Kazuomi lui propose de l’aider à réviser pour les rattrapages… An se joint à eux, et la petite bande commence à se lier d’amitié, même si les résultats scolaires de notre cobaye sont toujours au plus bas !
Mais Chizuru se débrouille beaucoup moins bien : convaincue que Rena l’apprécie, elle ne se rend pas compte qu’elle excite au contraire la jalousie de sa camarade. Lorsque celle-ci vole son sac sur un coup de tête, Arata la prend en flagrant délit et tombe avec elle dans les escaliers ! À son réveil, il décide de tout dire à Chizuru…

Le tome 3 reprend sur les querelles et amitiés lycéennes et, de ce point de vue-là, il y a fort à faire. Et si c’est intéressant, c’est un peu frustrant du point de vue du concept de la ReLIFE.
Heureusement, le ton change vite et Arata se retrouve confronté à une situation aussi inédite qu’embarrassante, tant pour son avenir au lycée que pour la réussite de sa ReLIFE. Suspense et tensions garantis dans la deuxième moitié du tome, avec moult révélations à la clef ! Du coup, le rythme est vraiment bien maintenu et ce jusqu’à la fin !

Côté révélations, on en apprend un peu plus sur le contrôleur de mission, le très très discret Ryo Yoake. Mais aussi sur le passé d’Arata en tant qu’employé ! Toutes les zones d’ombre ne sont pas encore levées mais on commence à entrevoir pour quelles raisons il a bien pu démissionner au bout de seulement trois mois de travail.

D’ailleurs, la série commence à faire montre d’une double lecture assez intéressante. Sous des dehors de comédie scolaire, il est aussi question de l’attirance (parfois involontaire) d’Arata pour ses très jeunes camarades, mais aussi des manipulations un rien sordides auxquelles se livrent les adultes entre eux. Sur ce point, les révélations de la fin du tome ne font qu’épaissir le mystère autour de l’expérience ReLIFE… et pousser le lecteur à relire le début de la série.

Après une petite baisse de rythme, le tome 3 vient relancer tout l’intérêt pour l’histoire. C’est à la fois drôle, plein de suspens et bien plus complexe qu’il n’y paraît ! Du coup, j’attends impatiemment le tome 4 !

ReLIFE #3, Yayoiso. Ki-oon, août 2016,192 p.

A Silent voice 5-7, Yoshitoki Oima.

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Après la sortie au parc d’attractions qui a regroupé plusieurs anciens camarades, Shoya est embarqué dans le projet de film de Tomohiro, qui le propulse assistant. Premier problème : alors que l’histoire du film s’inspire de la rencontre providentielle entre Tomohiro et Shoya, qui n’aurait jamais eu lieu sans Shoko, celle-ci ne fait pas partie de l’équipe et les participants semblent trouver normal de l’écarter en raison de sa surdité, ce qui ne plaît pas du tout à Shoya. Second problème : Tomohiro veut absolument tourner une scène dans une école. Il charge donc Shoya d’aller demander l’autorisation de filmer dans son ancien établissement. Pour des raisons évidentes, celui-ci n’a pas particulièrement envie de remettre les pieds là-bas, d’autant que Tomohiro convainc Shoko de l’accompagner. C’est finalement Satoshi, un jeune homme très critique envers les enfants cruels, qui accompagne Shoya.
Celui-ci éprouve des sueurs froides à l’idée que son secret soit révélé… ce qui ne manque pas, ravivant toutes les tensions qu’il avait, jusque-là, réussi à apaiser.

Ce cinquième volume fait office de pause dans l’intrigue car il met de côté l’histoire entre Shoko et Shoya pour étudier les conséquences de l’odieux comportement de Shoya lorsqu’il était enfant.

Si la mère de Shoko l’exècre toujours au plus haut point, ses camarades de classe qu’il vient de retrouver semblent avoir passé l’éponge, ce qui ne lasse pas d’étonner un Shoya en quête de rédemption. Pire : lorsqu’il retourne dans son école, son ancien professeur semble suggérer que le problème venait de Shoko elle-même ! Ajouté au fait que l’ensemble de ses camarades participant au film semble trouver normal d’écarter Shoko en raison de son handicap, Shoya comprend qu’il y a encore un long chemin à parcourir pour atteindre la tolérance – chemin qu’il n’a, lui-même, pas fini de parcourir.
Comme le volume développe plusieurs arcs narratifs, il semble un peu plus lent que les autres. Parallèlement, Yoshitoki Oima évoque la réalisation du film, la relation amicale (mise à mal) entre Shoya et Tomohiro et, de façon plus générale, entre Shoya et ses camarades, l’étrange relation qui unit Shoya à Shoko (laquelle continue de penser qu’elle est la cause de tous les maux), ainsi que la perception du handicap dans la société (qui aurait bien besoin de progresser).
Les rumeurs allant bon train, Shoya est de nouveau au centre de toute l’attention, ce dont il se serait bien passé. À nouveau, le suspense psychologique est très fort, puisqu’on se demande si Shoya va réussir, cette fois encore, à s’en sortir.
C’est, finalement, sur les toutes dernières pages que se concentre toute l’action : les derniers événements changent beaucoup de choses, amènent encore plus de questions et, surtout, laissent le lecteur sur des charbons ardents !

Malgré une petite baisse de rythme, voilà encore un tome passionnant et qui donne de plus en plus envie de lire la suite !

A Silent voice, tome 5, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, octobre 2015, 192 p.

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A l’issue du volume précédent, Shoya sauvait in extremis Shoko d’une chute mortelle. Et c’est finalement lui qui se retrouve branché à une machine, coincé sur un lit d’hôpital…

Voilà un opus bien différent des précédents ! En effet, l’histoire tourne, généralement, autour de Shoya. Or, là, il en est totalement absent, puisque dans le coma. Cela laisse toute latitude à Yoshitoki Oima pour développer les autres personnages, comme les familles respectives de Shoya et Shoko, que l’on voit, finalement, assez peu dans le reste du manga. Ce que l’on découvre sur l’une et l’autre est vraiment intéressant et permet de remettre pas mal de choses en perspective, notamment du côté de Shoko.
Et, alors que la petite bande d’amis semble de plus en plus soudée, l’odieuse Naoka contine de représenter la frange qui pense que les personnes handicapées ne sont qu’un poids mort pour la société. Yoshitoki Oima procède à un examen des mentalités assez poussé, tout en laissant entrevoir une possible amélioration de ces mêmes mentalités.

Bon an mal an, le tome se déroule sur un rythme que l’on pourrait presque trouver monotone comparé à ce qui s’est passé avant. Mais c’est aussi l’occasion pour les personnages de se remettre en question – et il y en a à qui ça ne fait vraiment pas de mal !

Tout cela aboutit à une scène de conclusion relançant immédiatement les interrogations ! Sachant qu’il ne reste qu’un tome, on se demande comment l’auteur va parvenir à conclure cette émouvante histoire. 

A Silent voice #6, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, janvier 2016, 
192 p.

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Et voici venue la conclusion tant attendue de la série phénomène de Yoshitoki Oima !

Et, au vu des six premiers tomes, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir une légère pointe de déception à la lecture de celui-ci. En effet, cette conclusion a un petit goût d’inachevé, comme si l’auteur n’était pas allée vraiment au bout des choses au vu des pions qu’elle avait avancés.
Bon, il faut nuancer un peu : toutes les intrigues trouvent une conclusion ici et on assiste même à l’entrée de Shoko et Shoya dans la vie adulte, main dans la main, ce qui est bien agréable quand on voit d’où ils sont partis. Mais voilà, peut-être la part de midinette qui, manifestement, se terre quelque part en moi, en espérait-elle un peu plus.

Malgré cela, A Silent voice est une série qui vaut vraiment le détour. Yoshitoki Oima signe une série lumineuse, émouvante, pleine d’émotions, qui traite avec intelligence et subtilité le thème du handicap – aujourd’hui toujours tabou et ce, quel que soit le pays dont on parle.
Elle brasse, ainsi, de nombreux thèmes, tous creusés : harcèlement scolaire, amitié, amour, adolescence. C’est une série très émouvante, mais aussi riche d’enseignements , à mettre entre toutes les mains ! 

A Silent voice #7, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, avril 2016, 192 p.

◊ Dans la même sérieA Silent voice (1-2) ; A Silent voice (3-4).

Poison City, Tetsuya Tsutsui.

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Tokyo, 2019. À mois d’un an de l’ouverture des Jeux Olympiques, le Japon est bien décidé à faire place nette avant de recevoir les athlètes du monde entier. Une vague de puritanisme exacerbé s’abat dans tout le pays, cristallisée par la multiplication de mouvements autoproclamés de vigilance citoyenne. Littérature, cinéma, jeu vidéo, bande dessinée : aucun mode d’expression n’est épargné. C’est dans ce climat suffocant que Mikio Hibino, jeune auteur de 32 ans, se lance un peu naïvement dans la publication d’un manga d’horreur ultra réaliste, Dark Walker. Une démarche aux conséquences funestes qui va précipiter l’auteur et son éditeur dans l’œil du cyclone…

Avant de parler du manga, un peu d’actus. La réputation de mangaka de Tetsuya Tsutsui n’est plus à faire. Mais en 2013, il découvre inopinément que son polar Manhole est censuré au Japon, par la section des affaires sociales et de la santé du département de Nagasaki, en raison d’une « incitation considérable à la violence et à la cruauté chez les jeunes ». Résultat : son manga est retiré des librairies et bibliothèques du département. Il n’en a jamais été officiellement averti. Or les œuvres incriminées (comme il s’en aperçoit en assistant à une réunion du comité d’études) sont passées « au crible » en 35 minutes… à raison de 33 mangas par séance ! Le jugement, incomplet et aberrant, n’est fondé que sur l’appréciation visuelle et subjective des œuvres. De plus, les auteurs ne peuvent faire appel (ils le peuvent, mais c’est classé sans suite).  Aujourd’hui, Tetsuya Tsutsui lutte toujours pour réhabiliter son titre ainsi que pour la liberté d’expression. L’auteur ayant pour habitude de s’inspirer de l’actualité et de son expérience personnelle, Poison City, son dernier manga, aborde lui aussi la question des dangers de la censure.

Poison City met donc en scène Mikio Hibino, jeune auteur de 32 ans, se lançant dans la publication de Dark Walker, un manga d’horreur hyperréaliste, dont l’intrigue se déroule dans une univers post-apocalyptique infesté par un virus, qui pousse les humains à dévorer des cadavres. Tôru Kiritani ayant servi de cobaye dans un labo, il est porteur du virus mais ne perd pas la tête. Sa compagne, Haruka Sakazaki, cobaye elle aussi, est totalement immunisée, mais doit porter un masque à gaz en raison d’une hypersensibilité aux produits chimiques. Ensemble, ils essaient de sauver l’humanité et, surtout, de survivre ! Ce que Mikio Hibino ignore, c’est que la publication de son manga va avoir des conséquences pour le moins funestes.

Poison City joue sur deux fils narratifs : Dark Walker et l’histoire personnelle de Mikio. Celui-ci vit dans un univers assez liberticide : dès le premier chapitre, il est confronté à la censure, empêché d’acheter un film de zombies interdit aux jeunes, sous prétexte qu’il n’a pas ses papiers sur lui ; dans la foulée, il assiste au démantèlement d’une petite statue irrévérencieuse (façon Manneken Pis), au motif qu’elle contrevient aux lois sur la pornographie infantile ! Dès l’intro, on assiste aux réunions, prises de décision et actions de la fameuse commission de censure qui officie à grandes coupes claires dans le patrimoine culturel, le tout arrosé de quelques chapitres sous haute tension de Dark Walker.

Et la construction est vraiment brillante ! Car on fait sans cesse le parallèle entre l’histoire de Tetsuya Tsutsui et celle qu’il met en scène. Au fil des réunions éditoriales, Mikio s’entend dire comment corriger son manga : ici en supprimant les cannibales (remplacés par des zombies), ici en passant sous silence un détail ou un bout de scène… La censure, peu à peu, assure sa main-mise sur la production artistique et culturelle, sans que certains y trouvent quoi que ce soit à redire… Et c’est terrifiant.

L’histoire permet également de découvrir les dessous de la censure des comics aux États-Unis : en faisant le parallèle avec le passé, Tetsuya Tsutsui rend l’histoire d’autant plus prenante et percutante. En notant les similitudes avec notre univers, on ne peut que s’inquiéter pour la liberté d’expression – dans notre réalité, et dans celle de Mikio.

Voilà un manga à découvrir absolument ! En évoquant les dérives de la commissions de censure japonaise, Tetsuya Tsutsui parle à merveille de notre propre univers, toujours plus craintif quant à la valeur de la parole. Il nous rappelle, au passage, que la liberté d’expression doit toujours être défendue et que la parole ne doit surtout pas être réduite à ce qu’une toute petite minorité souhaite entendre. Un rappel plus que jamais indispensable !

Poison City #1, Tetsuya Tsutsui. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, mars 2015, 232 p.

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Dans ce second tome, Mikio Hibino, notre jeune mangaka, est de nouveau confronté à la stigmatisation de son manga d’horreur hyperréaliste, Dark Walker, supposé trop violent.  Son éditeur lui suggère alors de faire ce que souhaite la commission, à savoir modifier le contenu : en effet, c’est le nombre de pages violentes sur l’ensemble qui détermine le degré de dangerosité du manga. Or, en regroupant toutes les séquences violentes, on peut diminuer le nombre de pages incriminées, ramenant le total à un nombre acceptable. Mikio s’arrache donc les cheveux, recombine ses chapitres, réarrange son histoire et abandonne : céder signifie dénaturer son manga et il n’en a absolument pas l’intention. Il poursuit donc et la commission le poursuit de ses foudres,  lui imposant alors une audience publique.

Comme dans le premier volume, l’intrigue alterne deux fils narratifs : la vie de Mikio et les extraits de Dark Walker – lesquels sont toutefois moins nombreux que dans le tome précédent – que l’on attend presque avec impatience tant la tension est omniprésente ! Le manga compare à nouveau la situation au Japon et la situation des comics aux États-Unis : c’est donc avec anxiété que Mikio arrive à l’audience, échaudé par l’histoire d’un auteur de comics déclaré nocif et retiré du marché éditorial…

Plus que la censure des média, Tetsuya Tsutsui met en évidence l’hypocrisie d’une société – qui ressemble à s’y méprendre à la nôtre, finalement… – qui préfère trouver un bouc-émissaire facile (les mangas, les films, les romans policier, le metal, les jeux vidéos – rayez la mention inutile !), plutôt que d’analyser ses travers et erreurs et de se remettre en question. On pourrait, dans un premier temps, penser que l’auteur nous offrirait une conclusion positive mais raté. La tension va croissante et Tetsuya Tsutsui termine sur un point d’orgue terrifiant. Difficile, une fois la dernière page tournée, de ne pas se demander ce qui pourrait nous arriver. D’ailleurs, on peut se demander si le manga ne flirte pas avec le récit d’anticipation.

Ce second volume vient clore un manga exceptionnel, qui évoque la censure et la liberté d’expression et qui nous rappelle combien il est important de lutter avant que la première n’étouffe la seconde. Et cela demande une vigilance de tous les instants !

Poison City #2, Tetsuya Tsutsui. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, décembre 2015, 200 p.

Bride Stories #6-7, Kaoru Mori

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La vie poursuit son cours. Mais le clan d’Amir n’a toujours pas renoncé à récupérer la jeune femme. Voilà que sa famille s’allie au clan Berdan, lui-même allié des Russes, afin de raser le village… et récupérer Amir afin de la remarier. Azher, le frère d’Amir et Joruk, son cousin, sont chargés d’une partie des opérations…

Voilà un tome bien plus sombre ! En effet, la famille d’Amir refait son apparition suite à l’enlèvement raté. Cette fois, ils ont sorti l’artillerie lourde et sont bien décidés à raser le village des Eyhon. Après la pause légère et pleine d’humour du cinquième tome, on reprend les choses sérieuses. D’autant que la situation est critique : les Berdan sont associés aux Russes et lourdement armés. Chez les Hargal, la décision ne fait pas consensus. Azher, le frère aîné d’Amir (et potentiel héritier) n’approuve pas la manœuvre de son père. Aidé des cousins Joruk et Baimat, il va tenter d’inverser la tendance.

L’intrigue développée ici ré-inscrit la série dans le contexte géopolitique de l’époque, dont quelques mots avaient été touchés précédemment – puisque l’on sait que certains clans ont été approchés par des Russes gourmands de territoires. De plus, malgré une apparente entente cordiale, on s’aperçoit assez vite que les clans sont tous à couteaux tirés – ce que les Hargal apprennent à leurs dépens. Et comme l’essentiel de l’intrigue consiste en batailles épiques contre l’envahisseur, adrénaline et suspens sont au rendez-vous !

Le dessin fait donc la part belle aux actions, cavalcades en tous sens, avec un souci du détail toujours aussi appréciable. C’est superbe !

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Cette fois, on quitte le village des Eyhon et l’on reprend la route avec Smith. Celui-ci est en Perse (actuel Irak) et fait étape dans la demeure d’un riche jeune homme. Smith est un peu surpris… Leur hôte est marié… mais son épouse parfaitement invisible. Ali lui explique que les femmes ne se montrent pas en dehors de leur famille.
Anis, l’épouse, mène de son côté une vie assez solitaire, s’occupant de son jeune fils, de son jardin, de ses quelques animaux domestiques. La nourrice, Mahfi, finit par l’emmener au hammam public… de nouveaux horizons s’ouvrent pour Anis !

Et nous revoilà avec un tome de transition, un petit hors-série dans l’histoire de Karluk et Amir, l’occasion de découvrir encore une nouvelle coutume autour du mariage en Asie Mineure. Il y a plusieurs choses abordées dans ce tome. D’une part, le statut des femmes, qui correspond ici bien plus à ce que l’on connaît des états du Moyen-Orient : la femme reste cachée au sein de la maison ou sous un voile intégral. Kaoru Mori perce le mystère féminin et nous fait découvrir un haut lieu de socialisation pour les femmes : le hammam, où elles sont libres de dire et faire ce qu’elles veulent, loin du regard inquisiteur des hommes – qui sont tout de même présentés sous un très bon jour dans cette aventure, il faut le reconnaître !
Au hammam, Anis va faire la rencontre d’une autre jeune mère, Shirin, dont elle souhaite rapidement devenir la sœur conjointe. Les sœurs conjointes étaient, en somme, les meilleures et plus proches amies du monde. A ceci près que la relation était entérinée par une cérémonie similaire à un mariage, entre les deux femmes, tenues à des droits et des devoirs envers leur conjointe. Le volume est extrêmement instructif et les relations entre les personnages (entre Anis et Shirin, ou entre Anis et son mari), mises en scène de façon très touchante.

Côté dessin, le trait de Kaoru Mori s’est un peu affiné – en témoigne la silhouette longiligne d’Anis qui s’affiche sur la couverture mais l’ensemble est toujours aussi fouillé. Le cadre est également très reposant : on passe des jardins  d’Anis au hamman, extrêmement détaillés. C’est tout simplement sublime !
Et le rythme n’est pas en reste : il y a du suspens, l’histoire est dynamique et les rebondissements surprenants. Impossible de s’ennuyer !

Le dernier tome en date de Bride Stories nous propose une petite parenthèse enchantée dans l’histoire d’Amir et Karluk… qu’on a évidemment hâte de retrouver !

 

◊ Dans la même série : tomes 1 à 3 ; tomes 4 et 5 ;

Bride Stories #6 et #7, Kaoru Mori. Traduit du japonais par Yohan Leclerc. 
Ki-oon, mars 2014, 190 p. et août 2015, 191 p.

Erased #4-5, Kei Sanbe

Bienvenue en thriller ! Dans cet opus, on nage dans une ambiance extrêmement pesante et un suspens hallucinant ! Car comme on sait déjà comment cela peut mal finir, on s’angoisse fortement pour Kayo, Satoru et sa mère !
L’intrigue devient de plus en plus complexe (et sombre) : en effet, Satoru ne lésine pas sur les moyens et met un place un stratagème plus qu’alambiqué pour sauver la vie de Kayo. Or, il doit poursuivre un double objectif : sauver Kayo, sa mère et se préserver de la police à son retour en 2006. Pas facile, donc… et l’attente est très forte !

Les personnages adultes ont la part belle dans cet opus : la mère de Satoru s’implique de plus en plus (et malgré ses récriminations initiales contre elle, elle apparaît de plus en plus comme la super-maman par excellence) ; celle de Kayo refait surface (pas forcément pour le meilleur, d’ailleurs) ; l’instituteur, de son côté, sort enfin de sa réserve et montre à Satoru qu’il peut compter sur lui. Par ailleurs, les camarades de Satoru prennent de plus en plus d’ampleur (Kenya, notamment) et semblent prêts à s’entraider.

Côté intrigue, on a l’impression à la fois l’impression de commencer à toucher du doigt la clef et celle de nager en plein cirage ! C’est dire si l’ensemble est prenant et haletant ! De plus, le découpage serré, les cases assez petites et les tons très sombres augmentent l’impression de suspens haletant.
Dans toute cette noirceur surnagent des passages vraiment comiques, lorsque la personnalité adulte de Satoru entre en conflit avec l’enfant qu’il était, lui faisant commettre quelques petites bourdes : c’est drôle et savoureux !
Le volume se terminer sur une note à la fois poétique et mélancolique… et sur une foule de questions.

Erased, #4, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré.
Ki-oon, 2015, 194 pages.

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Kayo a été sauvée, mais Satoru est toujours en 1988… Or il se rappelle subitement que deux autres enfants ont été victimes du tueur en série. Justement, il connaît Aya Nakanishi, une fillette qui reste souvent seule au parc et qui avait également disparu. Pour éviter un nouveau drame, Satoru embarque ses camarades dans une drôle d’aventure : il leur propose un jeu de détectives, dans lequel les enfants sont chargés de sortir de leur isolement les enfants de leur entourage, ce qui arrange tout le monde. Les enfants sont ravis de se faire de nouveaux amis, les adultes sont aux anges de voir cette initiative. Satoru, de son côté, est assuré d’empêcher qui que ce soit de se faire enlever. Il s’aperçoit justement que Misato, une fillette de sa propre classe, est très isolée. Or, voilà que de nouveaux indices sur le tueur surgissent… Satoru se sent pousser des ailes !

Plus les tomes avancent et plus la tension augmente ! On pensait l’histoire bouclée avec le sauvetage de Kayo mais l’histoire n’est pas terminée, puisque Satoru n’est pas revenu en 2006 (ce qui est tout de même l’objectif). Cette petite aventure de détectives va permettre d’approfondir un peu plus les enfants et adultes qui gravitent autour de Satoru, ainsi que leurs relations. Le décalage entre les deux personnalités de Satoru est toujours aussi comique et apporte une petite touche de fraîcheur dans un univers de plus en plus sombre.

Dans ce volume, l’uchronie refait surface avec force : si les enfants attaqués ne sont pas décédés… cela met tous les enfants en danger ! La tension est donc à son comble, puisque le danger semble pouvoir surgir de partout et à tout instant.

Et ce n’est pas le redoutable cliffhanger final qui va la faire retomber. Alors que l’enquête de Satoru fait un énorme pas en avant et que l’on commence à comprendre des éléments, voilà que l’on se met subitement à douter d’un personnage…. Le tout dans les quelques dernières pages, évidemment, ce qui laisse le lecteur sur des charbons ardents – d’autant plus que le tome 6 vient tout juste de sortir au Japon ! Quelle fin !

Ces deux tomes donnent l’impression que l’on dénoue plein de fils sur l’intrigue principale, tout en la complexifiant de plus en plus. La tension ne fait qu’augmenter au fil des pages et le cinquième volume s’achève en apothéose sur un cliffhanger haletant ! Vivement la suite !

◊ Dans la même série : Erased #1-3 ;

 

Erased, #5, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré.
Ki-oon, 2015, 200 pages.

 

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[2015] Petit bilan de juillet

Et hop, on a terminé juillet, sa canicule, ses insupportables problèmes de transport et ses lectures presque estivales. Au menu de ce mois-ci, un week-end à mille, des chroniques, des brèves, une sélection d’albums jeunesse

Carnet de lectures.

Rayon bulles.

Ce mois-ci, j’ai  lu le premier volume du comic Lazarus, Pour la famille, signé Greg Rucka, Michael Lark et Santiago Arcas.

C’est l’histoire de Forever, qui est la cinquième d’une fratrie et, surtout, le lazare de sa famille, les Carlyle. Le lazare est élu pour subir un entraînement intensif et obtenir le meilleur de ce que l’argent et la technologie peuvent offrir ; elle est donc la gardienne du clan Carlyle, la main armée et le bouclier protecteur.
Dans ce futur assez proche (et salement dystopique !), c’est la richesse qui dirige tout. Une poignée de riches familles s’est départagé le territoire et seuls les gens de même catégorie sociale compte. Les autres ne valent guère mieux que des déchets (dystopie, on a dit !).
Les Carlyle ont justement une famille qui leur fait de l’ombre et Forever est envoyée négocier. Sauf que… pas mal de monde voudrait la voir morte et, si on y regarde bien, peut-être même au sein de sa propre famille.
J’ai beaucoup aimé le dessin un peu anguleux, dans des tonalités sombres, qui cadre tout à fait avec l’univers mis en place. L’histoire est pleine de mystère : il y a plein d’allusions comme quoi Forever n’est pas (ou pas seulement ?) humaine, mais rien n’est jamais clairement dit (ou alors les pistes sont brouillées !). De plus, les inimitiés qui se dessinent dans le clan Carlyle laissent présager le pire. Ce premier volume a suffi pour me mettre l’eau à la bouche, je lirai volontiers la suite !

Côté mangas, j’ai lu le premier tome de The Ancient magus bride (première lecture du WE à mille).

Chise a le pouvoir de voir des choses que d’autres ne peuvent voir : c’est une Slay Vega. Elle est achetée par un magicien très étrange (dont la tête est un crâne animal !), qui souhaite en faire son apprentie magicienne, dès son retour en Angleterre. Ce premier volume m’a laissé un avis très mitigé. D’une part, j’ai bien aimé l’univers, où un magicien à crâne d’équidé (?) à corne peut prendre le joli minois d’un prêtre (chargé de l’envoyer enquêter sur des faits fantastiques et inquiétants de préférence), où les fées sont visibles pour certains et peuvent jouer des tours et où magiciens et sorciers se disputent la vedette (les uns faisant appel à la science, les autres au côté obscur de la force). Le dessin est assez intéressant et donne à voir cet univers prolifique. Je ne sais pas exactement ce qui m’a dérangée. Peut-être une certaine mollesse dans l’installation de l’intrigue et un faux suspens sur la romance plus qu’agaçant : le magicien annonce à la donzelle qu’elle sera sa femme, celle-ci n’est point trop d’accord, mais s’ensuivent moult scènes où l’on est censé comprendre, manifestement, qu’une étincelle jaillit. Mais ce n’est pas vraiment justifié ou creusé. De plus, le fil rouge n’est pas complètement installé, donc tout cela semble relativement light. En fait, je pense faire l’économie de la suite !

Et j’ai testé la forme gazette de la série Le Château des Étoiles d’Alex Alice, avec le numéro 4 (qui correspond au début du tome 2) : Les Naufragés des étoiles !

Bon, je ne vais pas m’étendre sur le dessin, qui est toujours aussi sublime, vu que je ne ferais que répéter ce que j’écrivais ici.
Je vais plutôt parler du format ! Premier point : la gazette est imprimée sur du beau papier (journal, mais beau quand même). Ensuite, il faut s’assurer d’avoir de la place pour la déplier, car le format est plus grand que celui de la B.D. On ne profite que mieux des illustrations, donc 🙂 Enfin, petit point de détail vraiment sympa : les articles ‘ »façon gazette » qui évoquent l’actualité en lien avec l’histoire ! C’est très riche et cela permet de prolonger l’expérience. Allez, il y a quand même un petit bémol… C’est bien court, j’ai envie de lire la suite !

 

Côté romans. 

L’an dernier, j’ai découvert avec plaisir La Dynamique des fluides, de Mathieu Tazo et, cette année, j’ai rempilé avec son deuxième roman, Un caillou dans la chaussure. C’est l’histoire de Samuel Marion, obscur fonctionnaire du Secrétaire des Droits de l’Homme, qui fait une boulette et se fait virer. En plus, son père décède le même jour, ce qui est franchement pas de bol. Il a alors l’idée de retourner à Barjance, le village de l’arrière-pays varois où ses parents ont une maison (pas de loyer donc !) et où il a eu un grand amour de jeunesse pour une jeune femme dénommée Sonia. Objectif avoué : devenir maire de la commune – et vu le maire en poste, ce n’est pas difficile. Objectif non avoué : revoir la-dite Sonia, malgré l’amour qu’il porte à son épouse et à sa fille. Aussitôt dit, aussitôt fait ! Le déménagement est acté, la campagne sur les rails et, en moins de temps qu’il n’en faut pour dire Barjance Samuel est maire. Sauf que. 25 ans plus tôt, Samuel a tué le gendarme Bardan, une brute épaisse. Quatre personnes seulement sont au courant, les ex-meilleurs amis du monde : Georges, qui vient de reprendre l’usine de lavande locale, Patrick, un gars pas toujours bien vu et… Sonia, bien sûr. Et pendant sa campagne, Samuel a imprudemment promis au fils Bardan qu’il pourrait mener son enquête… Voilà le caillou dans la chaussure.
Or, on sait dès le départ qu’il y a du rififi, puisque Samuel Marion ouvre le roman en nous disant que tout est fini. Mais hormis le fait qu’il s’en sort – presque – indemne, mystère… Le suspens est donc au rendez-vous !
Le premier roman avait des allures de road-trip vengeur ; celui-ci ressemble à une chronique sociale, avec tout ce que cela suppose de mesquineries villageoises, de petits secrets sordides cachés et de machinations bien huilées ! Sous des dehors assez acidulés, c’est un véritable roman noir !
La narration réserve sa part de sarcasmes : le Samuel qui narre l’histoire a plus de recul que le Samuel qui la vit… et fait quantité de mauvais choix ! On a d’ailleurs souvent envie de le secouer. L’ensemble est assez grinçant, mais l’auteur ne sombre pas dans la surenchère : c’est noir, c’est aussi drôle et c’est surtout très réaliste. Comme, en plus, on a une partie des éléments en attaquant la lecture mais que l’affaire est assez opaque, le suspens est au rendez-vous. Un mélange assez réjouissant entre polar et chronique sociale – mais pour être tout à fait honnête, j’ai préféré son autre titre.

Côté séries. 

Début juillet a été marqué par un marathon Le Visiteur du Futur. On s’est avalé les quatre saisons sur un petit week-end – ce qui vous donne d’ores et déjà un aperçu de l’appréciation !
La série a démarré sur le web, avant d’être diffusée sur la chaîne Nolife ; les deux dernières saisons sont coproduites par Ankama et France TV Nouvelles Écritures.

De quoi ça parle ?
De nos jours. Raph est un jeune homme tout à fait banal. Mais voilà : il est littéralement harcelé par un fou furieux au visage constamment tuméfié et bizarrement vêtu, qui affirme être un voyageur du Futur… et venir de 2550. Le Visiteur passe sa vie à pourrir celle de Raph, l’empêchant de jeter une canette près d’une poubelle ou d’engloutir sa pizza au motif que cela pourrait engendrer – à terme ! – une catastrophe anéantissant la Terre. Le Visiteur tente, en outre, d’échapper à la redoutable Brigade Temporelle qui le pourchasse et qui va d’ailleurs bientôt s’intéresser à Raph de près, de très près… Je ne vais pas résumer plus parce que, d’une part, ayant regardé toutes les saisons à la suite, je risquerais de vous spoiler bêtement en mélangeant la chronologie et, d’autre part, c’est bien plus sympa de découvrir comment tout va dégénérer. Sachez juste que, dans la saison 4, on découvre un petit côté steampunk fort sympathique.
La série est hyper dynamique et on n’a pas le temps de s’ennuyer, que l’on suive les déboires des personnages face à la Brigade Temporelle ou sur Terre en 2550, rasée et infestée de zombies. Au départ, j’ai été un peu déstabilisée par les premiers épisodes, très brefs, qui ressemblent plutôt à des sketchs. Jusqu’à ce que la sauce prenne et qu’on se retrouve embarqués dans l’histoire – ceci s’explique par le fait qu’au départ, il n’y avait que 3 épisodes ; devant l’engouement, François Descraques a réalisé une première saison de 22 épisodes.  Si vous avez bien suivi, il s’agit donc d’une web-série amateur, au début : mais le rendu de la première saison est très pro et le jeu des acteurs bien dosé ! On est assez loin de la web-série qui peine à passionner – en plus, la réalisation ne fait qu’évoluer. Le scénario est super dense : à chaque saison, quelque chose de nouveau fait son apparition dans l’histoire et l’ensemble est super bien ficelé : voyages et paradoxes temporels, ambiance post-apo, zombies, baston, mystère, sentiments, il y a de tout. En plus, la psychologie des personnages est particulièrement soignée et ne fait qu’évoluer. Avec ça, la tension est maintenue jusqu’à la fin – pas tellement sur l’arc narratif principal, mais sur plusieurs petits points restés en suspens. Bref : du très très bon. En fait j’aurais volontiers signé pour une ou deux saisons de plus, vu la qualité de la série !
La totalité de la série est visible sur leur site, mais vous pouvez également vous procurer les DVD !

Top & Flops. 

On ne change pas les bonnes habitudes et on attaque par les seconds.

J’ai lu, pendant le WE à 1000, le premier volume de la série The Ancient Magus Bride, dont j’ai apprécié les graphismes, mais dont le sujet ne m’a pas franchement passionnée. Je ne ferai pas d’autre chronique donc je vais résumer ici : l’univers dans lequel on plonge est assez complexe, ce qui est plutôt chouette, mais l’agréable densité est desservie par une intrigue que j’ai trouvée plate à souhait, la faute à trop de répétitions (comme l’obsession du magicien envers Chise, le personnage principal) et à des lieux communs. Je ne continuerai donc pas la série.

J’avais beaucoup aimé La Dynamique des fluides, mais le deuxième roman de Mathieu Tazo, Un caillou dans la chaussure, m’a un peu déçue. Je ne saurais dire si c’est l’aspect furieusement tête-à-claques du personnage principal qui m’a agacée ou les sarcasmes – pourtant bien dosés ! – qui m’ont laissée de marbre, mais le fait est que je me suis un peu moins amusée dans ce roman noir que dans le précédent. De l’art de ne pas comparer les différents titres d’un même auteur ?

Passons aux réjouissances, maintenant !

la-voie-des-rois-1-les-archives-de-roshar-brandon-sandersonOn attaque avec la nouvelle série de Brandon Sanderson, Les Archives de Roshar : ce premier volume (qui n’est, en fait, que la moitié du tome 1 !) est énorme, mais se lit super bien. Comme souvent (j’ai l’impression) chez Sanderson, c’est l’étendue et la complexité de l’univers qui étonne et fascine. Impossible de ne pas se figurer les habits, bâtiments, plats ou coutumes des différents royaumes traversés tant tout est précisément détaillé ici. Et malgré la redoutable épaisseur, jamais on n’a l’impression de se traîner dans l’histoire. Génial !

En fait, cette lecture était tellement géniale qu’elle a salement éclipsé toutes les autres – pourtant il y avait de super découvertes mais, parfois, c’est dur de rivaliser !

Heureusement, il y a un manga qui m’a laissée sur des charbons ardents : le volume 5 d’Erased. Mais c’est QUOIerased-5-kei-sanbe cette fin ??!! Quand, en plus, je lis que le volume 6 vient SEULEMENT de sortir au Japon, je me dis que je ne suis pas sortie de l’auberge. Mais pourquoi tant de haine, franchement ? Bref, un tome bourré de révélations, j’ai adoré.

 

 

 Citations. 

«Sur l’écran, les yeux mordorés de la fille-soleil sont grands ouverts, ourlés de cils que le mascara Rosier allonge infiniment : « Un soleil ?… Marcus a dit ça de moi ?… »
Kenji : « Oui. Il est responsable Planétologie, il sait de quoi il parle. Il a dit que tu étais comme une géante rouge – tu sais, ces étoiles en fin de vie qui s’enflamment, qui rougissent, et qui brûlent tout leur système solaire autour d’elles en mourant ?»
Phobos, Victor Dixen.

«Culsans et Dionysos étaient les seuls à voir le jour se lever, les seuls à entendre les oiseaux saluer le soleil. Le dieu étrusque fit un pas vers l’estrade.
– Nous sommes seuls, lui confia-t-il. Tous orphelins d’un monde mort, d’un passé dont la mémoire s’étiole peu à peu. Ce n’est pas en épuisant nos ultimes fidèles que nous changerons cela. La trame du destin se tisse quoi qu’il advienne, et nul ne peut la défaire, nul ne peut revenir en arrière, ni les humains ni les dieux.»
Enoch, Estelle Faye.

«- Est-ce Jasnah Kholin qui vous a enseigné ce talent au crayon ?
– Non, ardent, dit-elle, encore debout.
– Toujours aussi cérémonieuse, dit-il en lui souriant. Dites-moi, suis-je donc si intimidant?
– On m’a appris à témoigner du respect aux ardents.
– Eh bien, je trouve pour ma part que ce respect est semblable au fumier. Utilisez-le où c’est nécessaire, et les cultures s’épanouiront. Répandez-le en trop grande quantité, et les choses se mettront simplement à empester. […]

– Vous avez appris ça, dit Kabsal en élevant son dessin de Jasnah, dans un livre.
– Heu … oui ?
Il regarda de nouveau le portrait.
– Il faut que je lise davantage.»
La Voie des rois, partie 1, Brandon Sanderson.