Cet été, je lis des dystopies !

C’est l’été, pour certains ce sont même les vacances, et vous vous demandez quoi mettre dans vos valises. Voici une petite sélection de dystopies ado à déguster pendant vos vacances !

La dystopie, qu’est-ce que c’est ? 

À priori, si vous lisez pas mal de romans ados ou suivez l’actualité littéraire, vous avez dû entendre de ce nouveau phénomène de mode littéraire qu’est la dystopie. Mais, au final, c’est quoi une dystopie ?
Car il faut reconnaître que le terme est accrocheur, vendeur, mais qu’on y met un peu tout et n’importe quoi. L’ami Larousse n’ayant pas trop d’idée sur la question, on va reprendre la définition qu’en donne Babelio, et qui me semble tout à fait potable.

« Une dystopie – ou contre-utopie – est un récit de fiction peignant une société imaginaire, organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur, et contre l’avènement de laquelle l’auteur entend mettre en garde le lecteur. La dystopie s’oppose à l’utopie : au lieu de présenter un monde parfait, la dystopie propose le pire qui soit. La différentre entre dystopie et utopie tient moins au contenu (car après examen, nombre d’utopies positives peuvent se révéler effrayantes) qu’à la forme littéraire et à l’intention de son auteur.»

Si ça vous semble un peu aride, retenez qu’une dystopie met en scène une société généralement autoritaire et liberticide, et que l’auteur souhaite dénoncer.

Maintenant, il y a quelques subtilités. Une dystopie peut prendre place dans le futur, dans une société plus avancée technologiquement que la nôtre – c’est pourquoi, en ce moment, tout ce qui a vaguement l’air scientifique ou qui ressemble à un roman d’anticipation se retrouve aussitôt – à tort – qualifié de dystopie. Mettons-nous d’accord : la dystopie est certes un courant de la science-fiction, mais toute science-fiction n’est pas dystopique. Mission Nouvelle Terre d’Amy Kathleen Ryan, par exemple, ce n’est pas de la dystopie ; c’est de la science-fiction (sinon on pourrait aussi dire que c’est du space-opéra, vu qu’il y a des vaisseaux et une histoire de conquête spatiale).

La dystopie peut également prendre place dans un univers ayant souffert un fort traumatisme (guerre civile ou mondiale, épidémie, cataclysme…) : on parle alors d’univers post-apocalyptique. Mais ce n’est pas parce que c’est post-apocalyptique que c’est forcément dystopique et vice-versa. Veronica Roth, dans le premier tome de Divergent, présente un univers dystopique ayant subi une guerre meurtrière. En revanche, Apocalypse Zombie de Jonathan Maberry n’a rien d’une dystopie (pour ce titre, allez lire les très bonnes chroniques de Lelf, et Balckwolf), bien qu’il soit post-apocalyptique. Il en va de même pour la trilogie d’Amy Kathleen Ryan citée plus haut.

Voilà pour le décor. La dystopie, ce sont également des réflexions, généralement sur la société qui nous est présentée : les protagonistes ont à cœur de mettre à bas les régimes liberticides qu’ils subissent ou, à tout le moins, de les faire évoluer vers quelque chose de plus souple. Dans la plupart des romans, la réflexion peut être étendue à notre propre société, et c’est ce qui rend le genre si intéressant – et les romans si terrifiants, lorsqu’on lit sans problème le parallèle avec notre monde – et explique très probablement le succès du genre !

Et donc, vu que l’été est là et que vous allez peut-être avoir la chance d’avoir un peu plus de temps pour lire, je vous propose une petite sélection de quelques dystopies ado/jeune adulte qui m’ont marquées soit par l’univers et les personnages mis en scène, soit par le message que souhaitait faire passer l’auteur et qui, de mon point de vue, gagneraient à être connues – et qui ne sont pas, contrairement à beaucoup de dystopies actuelles, une bête romance sur vague fond de gouvernement autoritaire. Comme toujours, un petit clic sur la bannière pour accéder à la chronique entière.

 

◊ Une Planète dans la tête ◊ 
Sally Gardner.

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La planète dans la tête, c’est celle à laquelle rêve Standish, un jeune garçon dyslexique de la Zone 7 – une zone sous surveillance constante. Cette planète imaginaire, il l’a inventée avec l’aide d’Hector, son meilleur ami, «disparu» au début du roman (comprendre : probablement enlevé et supprimé par le gouvernement). Du système politique, on ne saura pas grand chose, car c’est Standish qui raconte l’histoire, et lui-même n’en sait trop rien. Mais entre les lignes des pensées oniriques et de l’imaginaire poétique du jeune garçon, on perçoit un régime totalitaire, qui n’est pas sans rappeler certaines des heures les plus noires de notre histoire. Ici, point d’univers fouillé, mais une angoisse sous-jacente, qui amène à réfléchir, et à tirer les conclusions qui s’imposent, le tout avec beaucoup de poésie. Ce n’est peut-être pas le titre qui plaira le plus aux amateurs d’univers fouillés, mais peut-être que son côté très poétique et, en même temps, très censé, vous plaira !

 ◊ Dualed
Elsie Chapman.

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À Kersh, chaque enfant est issu d’une manipulation génétique qui lui a donné un jumeau, en tous points identique. Pour devenir un citoyen de Kersh, chaque adolescent doit faire la preuve de sa valeur en se débarrassant de son double. Pour cela, il a 30 jours, ni plus ni moins.
Dans cet univers ô combien sympathique, on va suivre West, une ado frappée par un deuil assez lourd à porter, mais néanmoins courageuse et prête à survivre. Du moins, c’est ce qu’elle croit. Car le jour J, elle est incapable de faire face à ses responsabilités, et va passer plus de temps à tenter de les fuir qu’à leur faire face.
Dans Dualed, l’intérêt réside dans la psychologie du personnage de West, qui est loin d’incarner l’héroïne parfaite et dure au mal auxquelles la dystopie nous a habitué. Elle doute profondément, ce qui lui fait faire tout un tas de bêtises plus grosses les unes que les autres. En confrontant West à ses démons, l’aute
ur pousse le lecteur dans ses retranchements
. La narration fait en sorte que l’on s’identifie à West (le récit est mené au présent à et la première personne du singulier) mais l’intérêt réside bien dans l’exploration des penchants les plus noirs et des démons du personnage, qui est à l’image de sa société déliquescente.

 1984
George Orwell.

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Faut-il encore présenter 1984 ? Allez, oui.
1984 est donc un roman d’anticipation illustrant une contre-utopie… donc une dystopie (le renouvellement du langage étant ce qu’il est – thème également traité dans le roman, au passage). Dans 1984, on suit Winston, qui travaille pour le gouvernement (évidemment) et est en charge de réécrire l’Histoire. Dans la société de Winston, tout est extrêmement contrôlé par Big Brother (expression désormais passée dans le langage courant). 1984 a été publié en 1948. Et pourtant, c’est un texte terriblement actuel. Tellement actuel qu’il en est tout simplement terrifiant. Car à la lecture, on ne peut s’empêcher de penser à la censure des médias, aux manipulations de l’information et des foules, et on ne peut que se dire qu’Orwell a vu… très juste. En bref, une dystopie redoutable, et dont la lecture intéressera très certainement les fans du genre ! (Et ce n’est pas parce que c’est un classique de la SF qu’il faut s’imaginer que c’est très difficile à lire, bien au contraire !)

◊ Zen City ◊ 
Grégoire Hervier.

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Si vous avez aimé 1984, lisez Zen City, qui en est assez proche – quoique un peu moins poussé que le premier. Dans Zen City, on suit un quidam lambda qui signe pour un programme de vie clefs en main, et s’installe dans une communauté extrêmement sécurisée et aseptisée, quasiment coupée du monde extérieur. Le roman va jouer sur les codes du journal intime (qui est assez drôle), du thriller, du roman d’espionnage. Ce dont parle Grégoire Hervier, ici, c’est de l’emprise de la société de consommation sur nos vies, et le contrôle accru exercé par les autorités sur la population via les technologies de la communication. Saisissant, mais réaliste car on voit nettement comment la population glisse doucement dans un univers extrêmement contrôlé et liberticide. Un peu moins puissant que 1984, mais un bon cru tout de même !

 Legend ◊ 
Marie Lu.

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Dans cette série, Marie Lu oppose deux personnages : Day, l’ennemi public numéro 1 et June, petit prodige de la nation, chargée de capturer le premier. Le tome initial n’est pas mal, mais reste encore un peu faible ; ce sont vraiment les deux derniers tomes qui proposent les meilleurs points. Dans cette dystopie, l’auteur présente des personnages avec un grand recul sur leur pays, ce qui est assez rare. Généralement, les personnages veulent renverser le système ; ici, ils ont conscience que tout n’est pas à jeter, mais que quelques améliorations pourraient suffire… et ils vont s’y employer, ce qui change agréablement des rébellions tout feu tout flammes. Évidemment, si l’auteur avait choisi des protagonistes un poil plus vieux (ils n’ont que 15 ans au début du récit), ce serait plus crédible mais, dans l’ensemble, l’histoire fonctionne bien telle qu’elle est.  D’autant que les personnages sont extrêmement humains, et très crédibles dans leurs réactions. Via cette série, l’auteur encourage à réfléchir à notre condition pour l’améliorer, plutôt que vouloir systématiquement faire table rase de l’existant. Un bon point de départ !

◊ Hunger Games 
Suzanne Collins.

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Dans Hunger Games, on va trouver un système à la Battle Royale : les candidats d’un jeu télévisé sont obligés de s’entre-tuer jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un seul survivant. Des trois tomes, c’est le dernier qui est le plus efficace, car il va développer des thèmes propres à la dystopie (qui sont, évidemment, présents dès le début : répression, contrôle des médias, chantages… mais qui se révèlent réellement dans le dernier tome). Il sera donc question de manipulations psychologiques par le contrôle des média, mais surtout une profonde réflexion sur la guerre et ses désastreuses conséquences, tant du point de vue physique que psychologique. La fin, notamment, établit un douloureux parallèle avec ce que l’on connaît, et propose une conclusion très pertinente.

◊ Aussi libres qu’un rêve
Manon Fargetton.

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Fin du XXIe : les dates de naissance déterminent les métiers auxquels vous avez droit. Début d’année : métier côté ; fin d’année : dommage, ce sera un métier dont personne ne veut. Silnöa et Silnëi sont jumelles : l’une est née le 31 décembre, et l’autre le 1er janvier. Toutes deux tentent de lutter contre la tyrannie des Dates de naissance, un combat dans lequel elles vont trouver quelques alliés.
Ce roman date de 2006, et est donc paru avant la déferlante des dystopies actuelle. Dans Aussi libres qu’un rêve, Manon Fargetton met en scène des jeunes actifs dans l’évolution de leur société, tentant de combattre une tyrannie très crédible et cohérente avec l’univers mis en place et que l’on imagine sans peine. Bonus : c’est aussi original que bien écrit, et c’est plein de suspens. Bien que cette lecture date quelque peu, j’ai encore en mémoire la fin, extrêmement marquante, qui classe ce roman dans les premiers rangs des mes dystopies favorites.

◊ Les Fragmentés
Neal Shusterman.

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Et en dernier lieu, je vais vous parler de la série Les Fragmentés de Neal Shusterman – si vous êtes familiers de ce blog, vous savez déjà que c’est ma série de dystopie favorite ; si je ne devais en citer qu’une, ce serait celle-là. Dans Les Fragmentés, Neal Shusterman met en scène un univers en déliquescence : le système scolaire s’est effondré, libérant des milliers d’adolescents, perçus comme des menaces. Une loi permet donc de « résilier » ses enfants, entre 13 et 18 ans, les réduisant à une somme d’organes disponibles pour toutes sortes de chirurgie, pour la plus grande joie des adultes (qui peuvent désormais changer de nez à volonté) et au plus grand désarroi des adolescents concernés. Dans ce monde un peu gore (il faut l’avouer), Shusterman nous parle – entre autres – de responsabilité parentale, de quête identitaire, d’éthique et, bien sûr, de manipulation des masses. L’univers de Shusterman est glauque à souhait, mais l’histoire affreusement prenante, car l’auteur crée un lien extrêmement étroit entre sa fiction et notre univers, notamment en citant des articles… réellement publiés. Glaçant mais extrêmement percutant. Une des meilleures séries du genre !

Et voilà pour cette petite sélection de dystopies (que vous pouvez, évidemment, lire également en hiver), parmi mes titres favoris, qui m’ont marquée pour différentes raisons.
Avant de vous laisser vous ruer en librairie, une petite demande : j’ai chipé la silhouette utilisée sur la bannière des Fragmentés sur Booknode mais impossible de lire le nom de l’artiste. Donc si quelqu’un a des yeux d’aigle, j’aimerais le connaître !

Bonnes lectures !

 

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10 commentaires sur “Cet été, je lis des dystopies !

  1. Solessor dit :

    Valentin W. 😉 Quelques séries que j’ai déjà en cours, dont une grâce à toi, d’autres qui me font bien envie… Les dystopies l’été, ça me plait bien aussi !

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    • Sia dit :

      Ah merci ! J’ai zoomé, dézommé, traficoté, impossible de le lire. Je vais rajouter ça ! L’été tombe tout à fait fortuitement, c’est juste que j’avais un peu de temps xD 

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  2. Acr0 dit :

    Je trouve qu’il n’est pas facile parfois, de déterminer si c’est une utopie ou une dystopie (sans prendre en compte l’effet de mode de ce dernier). L’auteur présente un monde parfait pour le bonheur des personnages, mais c’est le pire qui soit (et inversement) comme tu le dis 🙂

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    • Sia dit :

      Oui, comme tu dis, c’est parfois difficile de discerner utopie et dystopie. Parce que dans pas mal de séries, l’univers est effectivement « idéal » – sauf pour les principaux intéressés, comme dans les Fragmentés. J’avais étudié Le Meilleur des mondes comme une utopie…, or je le classerais plus comme « utopie effarante », comme 1984. La formule n’est pas de moi, mais je ne sais plus où je l’ai lue). 

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  3. Camille dit :

    Ah! Le Manon Fargetton est dans ma liste d’envie depuis un moment! Une bonne petite liste de livres et une bonne définition! J’aime bien les articles comme ça! ça change! 🙂 Quelques uns sont allés dans ma wish list mais bon ça c’est le symptome que cause ton blog en général! Merci de rappeler qu’on peut les lire en hiver! ça m’a bien fait rire! XD

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    • Sia dit :

      Liiiiiiis-le !!! Je l’ai lu quand il est sorti et j’avais littéralement adoré (je m’en souviens encore alors que je serais plus du genre poisson rouge). Attends, tu veux du lourd niveau anecode ? (Tu vas l’avoir même si t’en veux pas, de tte façon !) : j’avais créé les persos dans mon quartiers des Sims spécial « univers livresques ». Et j’y mettais que mes bouquins préférés ! J’avais créé l’article vu que c’est l’été mais après je me suis dit que le titre était vraiment naze, parce qu’on pouvait les lire tout le temps, doooonc… voilà (j’ai aussi pensé à ma gargantuesque liste de trucs à lire-là-maintenant-de-suite qui ne désemplit pas). PS : j’aime les symptômes que cause mon blog =D 

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  4. Tesrathilde dit :

    Ah cool tu sembles savoir de quoi tu parles ! 🙂 (si, si, ceci est un compliment malgré sa forme retenue :p) Je me demandais justement ce qui se faisait de « juste » actuellement, parmi toutes les séries qui reprennent ce terme de dystopie, et je suis contente de voir Une Planète dans la tête en tête de liste. En termes de « YA » je n’ai pour ainsi dire rien lu sauf les Hunger Games, que j’ai beaucoup plus aimé que prévu, car le livre est en fait bien plus sérieux que ce à quoi je m’attendais, il y a véritablement un univers derrière le simple district je sais plus combien… et j’en attends beaucoup du dernier tome que je n’ai pas encore lu. Je piocherai dans ta liste à l’occasion !

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    • Sia dit :

      Merci ! En fait je suis très agacée par la mode dystopie qui nous pond des romans sans aucun fond, ou qui assimile des romans post-apo à la dystopie (Mission Nouvelle Terre en est le parfait exemple !). Pour Hunger Games, c’est vraiment le tome 3 qui m’a fait me rendre compte à quel point le sujet était sérieux et bien traité, il y a vraiment de la consistance là-dedans !
      Si tu cherches de la bonne dystopie YA, je ne peux que te conseiller Les Fragmentés, de Neal Shusterman, c’est – à mon avis – un des meilleurs titres du genre !

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      • Tesrathilde dit :

        Oh oui c’est tout à fait mon sentiment également, on met un vernis de sérieuseté sur tout et n’importe quoi et au final les romans « ados » me paraissent – non, certains sont vraiment carrément moins bien travaillés que certains jeunesse, et on passera sur la comparaison avec 1984… J’ai proposé de manière tout à fait personnelle la création d’un terme genre « néo-dystopie », ou « romance dystopique » mais personne ne m’écoute :p Je note Shusterman au cas où je tombe dessus.

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      • Sia dit :

        Je vote (les deux mains levées) pour romance dystopique!! Vu que c’est le parfait reflet de mon sentiment ! (Je ne parle de la déception profonde à chaque fois que je me rends compte que non, ce n’est pas une vraie dystopie au bon sens du terme !). Je crois même que je vais adopter le terme et l’utiliser en tag, tiens !

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