La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North.

Je m’appelle Hope Arden mais vous oublierez ce nom et jusqu’à mon existence. Nous nous sommes déjà rencontrés des milliers de fois. Je suis la fille dont personne ne se souvient. Tout a commencé quand j’avais seize ans. Un lent déclin, un isolement inéluctable. Mon père qui oublie de me conduire au lycée. Ma mère qui met la table pour trois, pas quatre. Un prof qui omet de demander un essai que je n’ai pas rendu. Un ami qui me regarde et voit une étrangère. Qu’importe ce que je fais, ce que je dis, les blessures que j’inflige, les crimes que je commets. Vous ne vous souviendrez jamais de moi. On ne peut pas dire que ça me facilite la vie, mais ça fait aussi de moi une personne dangereuse.

Quel roman étonnant, qui joue sur trois genres qui se mêlent parfaitement : anticipation, fantastique et thriller !

Hope Arden a le désagréable privilège d’être parfaitement oubliable. Dans les trente secondes après être sortie du champ de vision de ses interlocuteurs, elle disparaît purement et simplement de leur mémoire. Sa famille l’a oubliée, ses amis aussi, la société entière semble ne plus la calculer. Ce qui, dans la vie courante, peut s’avérer particulièrement handicapant.

« Choses difficiles à faire quand le monde vous oublie :
• Sortir avec quelqu’un
• Trouver un travail
• Recevoir des soins médicaux suivis
• Obtenir un prêt bancaire
• Obtenir un diplôme
• Obtenir des références
• Être servie au restaurant. »

La faculté de Hope n’est jamais vraiment explicitée. Pourquoi l’oublie-t-on ? Est-ce génétique ? Cela vient-il d’un virus ? Est-elle folle ? On ne saura jamais, ce qui donne au récit une petite touche fantastique assez intéressante.

La situation étant ce qu’elle est, Hope devient une cambrioleuse particulièrement douée et dont la méthode reste parfaitement opaque aux yeux des autorités (et on comprend bien pourquoi). Pourtant, celle-ci comporte des lacunes : parfois elle se fait voir par des caméras de sécurité, ou son utilisation du darknet laisse un peu à désirer en termes de sécurité. A force de larcins, Hope s’attaque à un gros poisson : Perfection.
Perfection est une sorte d’application de coaching ultra-gourmande en données personnelles. A chaque « bonne action » validée par Perfection, les usagers gagnent des points. Chaque point durement gagné permet d’obtenir des bons de réduction auprès de marques, des invitations à des événements sélects, etc. Peu à peu, l’application enregistre les mouvements des cartes de crédits et de fidélité, les restaurants et magasins fréquentés et, pire, les personnes rencontrées. Afin de rendre chaque utilisateur « parfait », elle suggère d’écarter définitivement untel, de modifier son alimentation, de quitter son travail pour un autre poste plus lucratif, ou de changer totalement de look. Tout cela à grands renforts de données personnelles qu’elle ingurgite et recrache à tout va. Voilà pour le côté anticipation.

Malgré sa redoutable faculté, la croisade de Hope n’est pas de tout repos : Interpol est sur ses traces, les gros bras de Perfection aussi et les capacités de la cambrioleuse intéressent du monde sur le darknet. Bon an mal an, ce qui n’aurait dû être qu’un hold-up de plus se transforme en traque forcenée, ce qui rend le roman extrêmement prenant.

Le récit est, avec ça, merveilleusement construit. Il alterne présent et passé, ce qui nous permet de suivre Hope dans ses pérégrinations, tout en comprenant comment elle s’est construite. C’est aussi ce qui le rend si addictif. De plus, la narration est régulièrement entrecoupée de réflexions de la narratrice, de définitions de choses diverses et variées, de listes d’observations qu’elle se fait, ou du mantra qu’elle se répète pour s’ancrer dans le réel. Cela ne casse pas le récit, mais lui donne plutôt des respirations, calées sur celles dont la narratrice a besoin lorsque sa situation menace de lui faire péter les plombs. C’est bien vu, parfaitement exécuté, et cela rend le tout très immersif !

« Qu’est-ce que la connaissance ? C’est l’inspiration. C’est un appel aux armes. C’est un rappel qu’il n’est rien qui ne puisse être accompli. C’est l’humanité sous toutes ses formes. »

Au fil des chapitres et de la traque, le roman nous invite à nous interroger sur nos pratiques numériques, notamment concernant les réseaux sociaux. Perfection n’est pas si éloignée de choses qui existent aujourd’hui et cela incite vraiment à réfléchir à la façon dont on consomme ces gadgets appréciés du public et dont la face cachée peut parfois échapper à ses utilisateurs. Mais il est aussi question d’amitié, d’amour, de solitude, ou du pouvoir de la connaissance. Tout cela est livré un peu en vrac, au fil des pensées de la narratrice, qui lance parfois de simples pistes de réflexion, ou propose sa propre vision des sujets en question.

J’ai adoré écouter ce roman. La narratrice est parfaite, et lit d’un ton presque clinique qui correspond parfaitement à la personnalité de la narratrice. Se sentant en-dehors du monde, elle raconte son histoire presque comme une observatrice, et la lectrice a rendu cette attitude merveilleusement bien. De plus, le travail effectué sur les dialogues entre personnages les rend très intelligibles. En jouant sur le volume sonore ou sur l’étouffement de la voix, on sait toujours qui est en train de parler à qui, impossible de s’y perdre. L’enregistrement est vraiment génial !

Voilà une lecture audio que j’ai adorée, et que je pense refaire dans quelque temps. Le récit, très prenant, mêle habilement fantastique, anticipation et thriller, dans un rythme bien mené. Même si je reconnais quelques longueurs dans le milieu du roman, j’ai trouvé l’intrigue palpitante. La lectrice met le ton parfait pour le récit, ce qui contribue à le rendre si prenant. Excellente découverte, donc, qui me donne très envie de lire d’autres titres de l’autrice !

La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North. Traduit de l’anglais par Isabelle Troin.
Hardigan, 2016, 840 min. Lu par Manon Jomain.

La Princesse au visage de nuit, David Bry. #PLIB2021

Dans les bois vit la princesse au visage de nuit ; ses yeux sont des étoiles et ses cheveux l’obscur.
Hugo, enfant violenté par ses parents, s’est enfui avec ses amis dans la forêt, à la recherche de la princesse au visage de nuit, qui exaucerait les vœux des enfants malheureux… Il est ressorti du bois seul et sans souvenirs, et a été placé dans une famille d’accueil.
Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout fait pour oublier son enfance, Hugo apprend la mort de ses parents. Mais, de retour dans le village de son enfance, il découvre que ses parents auraient été assassinés, et d’étranges événements se produisent. La petite voiture de son enfance réapparaît comme par magie. De mystérieuses lueurs brillent dans les bois. Les orages soufflent des prénoms dans le vent…

Double nomination pour ce titre, au Prix Imaginales des Bibliothécaires, mais aussi au PLIB2021, ce qui lui donnait deux très bonnes raisons d’atterrir sur ma pile à lire – sans compter qu’il se trouve dans mon challenge ABC. Et j’ai passé un très bon moment avec ce titre !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le récit commence très fort, avec l’enterrement des parents d’Hugo, qui a pour eux cette seule épitaphe : « Puissiez-vous brûler en enfer ». Au moins, c’est clair, le ton est donné !
L’affaire se corse un brin lorsqu’il s’avère que les freins de la voiture parentale ont été trafiqués. Et les empreintes… sont celles d’Hugo. Or, celui-ci avait, à onze ans, une excellente raison d’aller chercher la princesse au visage de nuit dans la forêt. La même qui l’a tenu éloigné de St-Cyr pendant vingt ans. Alors, que se passe-t-il réellement, de nos jours, dans ce petit village campagnard ?

Eh bien, la routine pour un bled : un village plutôt isolé, qui semble n’avoir pas embrassé la modernité, où tout le monde se connaît. L’ambiance, d’ailleurs, est vraiment très réussie : on retrouve tout ce qui fait les petits villages de campagne, les bons comme les mauvais côté. Les petites habitudes bien ancrées, les secrets plus ou moins dérangeants, l’attachement à « l’ancien temps », l’entraide, mais aussi les petites rancœurs qui évoluent salement. Bref, on s’y croirait et cette ambiance très prenante m’a aidée à engloutir le roman en moins de deux !

Le récit alterne entre le temps présent et l’époque de la disparition des amis d’Hugo, lorsqu’ils avaient onze ans. Si dans le premier, Hugo enquête un peu sur la mort de ses parents, et beaucoup sur celle, plus ancienne, de ses amis, dans le second, on assiste aux quelques mois qui ont précédé la fameuse disparition. Dans les deux cas, un angoissant compte à rebours avant le solstice d’été vient donner du rythme à l’intrigue.
Celle-ci mélange donc enquête policière (avec moult interventions de la gendarmerie, puisque la gendarme en charge de l’affaire n’est autre que la petite sœur de l’amie disparue !) et ambiance pour le moins fantastique. L’auteur joue ainsi sur les images de la forêt potentiellement habitée par une créature mi-divine mi-terrifiante (et cela m’a fait penser à la série Zone blanche), sur le manoir « hanté » façon Jane Eyre, sur l’ambiance (tellement réussie) des villages de l’arrière-campagne et sur tout ce qui peut tourner autour des malédictions en général.
Résultat ? Eh bien tout cela s’avère très prenant et j’avoue que je me suis bien laissée prendre au jeu de cette ambiance légèrement fantastique, parfois effrayante, très intrigante. (D’autant qu’il ne me faut pas grand-chose pour me faire dresser les cheveux sur la tête). Ceci étant dit, j’ai trouvé la fin un peu rapide, d’ailleurs, quoiqu’assez poétique.

Dans les bois vit
La princesse au visage de nuit,
Ses yeux sont étoiles
Ses cheveux l’obscur.

Dans les bois gît
La princesse au visage de nuit,
Dans sa main pâle,
Meurent les cœurs purs.

L’autre côté très prenant du roman vient des thèmes que l’auteur a mêlés au récit d’enquête. Si on comprend assez vite que l’enfance d’Hugo a été plus que sombre, les détails de ce qu’il a vécu et de ce qu’ont subi ses petits camarades sont lentement distillés dans le récit. Enquêtant sur le passé, Hugo met également au jour les horreurs qui se jouent encore dans le village. Les sujets abordés, issus de la vie quotidienne et du réalisme le plus pur, sont vraiment durs. On parle de viol, de maltraitance sur enfants, de harcèlement… C’est hyper sombre !
Ces sujets arrivent aussi par la bande d’amis (actuels) d’Hugo, tous issus, comme lui, de l’aide sociale à l’enfance, et traînant moult casseroles derrière eux. Et, finalement, c’est là que le bât blesse un tantinet. Car ces personnages véhiculent des thématiques d’une importance capitale, et pas hyper développées – en même temps, ce n’est pas le sujet ici. Or, dans la mesure où ces personnages sont extrêmement présents (ils sont dans la quasi totalité des scènes du présent !), il y a un vrai décalage entre leurs apparitions et l’intérêt accordé aux sujets qui leur sont liés.

En bref, La Princesse au visage de nuit est un thriller fantastique à l’ambiance soignée et très prenante. Au détour des chapitres et de l’enquête, des sujets de société assez durs sont évoqués (et malheureusement pas toujours de façon assez creusée pour être honnête !). Le récit est porté par une plume fluide, qui se fait parfois poétique. Si j’ai trouvé la fin un peu trop rapide, j’ai apprécié l’ambiance générale du roman !

La Princesse au visage de nuit, David Bry. L’Homme sans nom, octobre 2020, 280 p.
#PLIB2021 #ISBN9782918541721

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

Au bal des absents, Catherine Dufour.

Claude a quarante ans, et elle les fait. Sa vie est un désert à tous points de vue, amoureux et professionnel ; au RSA, elle va être expulsée de son appartement. Aussi quand un mystérieux juriste américain la contacte sur Linkedin – et sur un malentendu – pour lui demander d’enquêter sur la disparition d’une famille moyennant un bon gros chèque, Claude n’hésite pas longtemps. Tout ce qu’elle a à faire c’est de louer la villa « isolée en pleine campagne au fond d’une région dépeuplée » où les disparus avaient séjourné un an plus tôt. Et d’ouvrir grands les yeux et les oreilles. Pourquoi se priver d’un toit gratuit, même pour quelques semaines ? Mais c’est sans doute un peu vite oublier qu’un homme et cinq enfants s’y sont évaporés du jour au lendemain, et sans doute pas pour rien.

Cette année encore, j’ai la chance de participer au Prix Imaginales des Bibliothécaires. La sélection m’emballe carrément, et c’est tant mieux, car j’ai malheureusement perdu mon équipe de collègues de choc des deux années précédentes. Malgré tout, nous revoilà au rendez-vous ! Réussirai-je, cette année, à chroniquer les cinq titres ? Nous verrons bien !

Trêve de blabla et attaquons plutôt le vif du sujet, à savoir ma première lecture : j’ai choisi d’attaquer par le roman de Catherine Dufour, Au bal des absents, qui m’intriguait grandement. Et résultat des courses ? Eh bien c’était une excellente lecture !

On suit donc Claude, la quarantaine, en fin de droits, et chargée de retrouver une famille d’Américains disparus alors qu’ils louaient le manoir de « Tante Colline ». Ambiance maison hantée, donc.
Car oui, si le roman zieute du côté du polar avec l’enquête de Claude, on verse aussi carrément dans l’horreur. Et cela commence dès la première nuit dans la bâtisse : après quelques premières heures plutôt tranquilles, la hantise commence. Et vous savez quoi ? J’aurais tenu nettement moins longtemps que Claude dans la-dite maison qui est, de toute évidence, hantée par quelque chose de beaucoup plus puissant qu’un fantôme.

« Le désespoir, c’est un luxe. Tu n’as pas les moyens. »

Or, voilà. Claude est au bout du rouleau, et cette maison, elle a vraiment besoin. Elle va donc se retrousser les manches et chercher à éradiquer la menace du manoir. Et commencer par aller se renseigner à la médiathèque, où elle va littéralement poncer tout ce que comprend le cinéma et la littérature d’horreur pour trouver comment se débarrasser de la créature.

Forcément, après ça, l’histoire est complètement dingue. Car Claude procède à la fois méthodiquement (elle trouve un petit boulot, va s’équiper à la grande surface du coin, trouve un autre logement provisoire pour mieux s’attaquer au monstre…) et dans un joyeux bordel : elle mélange toutes les techniques qu’elle a lues/vues, et débarque chez Tante Colline équipée de gros sel, de sauge, d’encens, d’une voiture bardée de signes religieux en tous genres, d’eau bénite, d’ail, d’une binette et d’incantations sacrées mâtinées de bordées de jurons les plus grossiers qui soient. Ce qui donne évidemment des scènes extrêmement réjouissantes… mais aussi proprement terrifiantes.

Tout le roman est construit sur sur cette étrange dualité. D’ailleurs, le ton est donné dès le départ, puisque Claude rebaptise la créature démoniaque… du nom d’une ex-conseillère Pôle Emploi – Colombe – qui l’a plus enfoncée qu’elle ne l’a aidée !

« Claude ne pouvait cependant pas s’empêcher de sourire comme une miraculée. Ah ! Le pouvoir de l’agent. Elle choisit un Campanile à 61 euros, vue sur jardin, articles de toilette, chambre antiallergies et bouilloire électrique. L’argent, c’est la vie. »

En même temps que l’enquête et l’horreur, le roman dresse une critique sociale assez féroce. Claude est très clairement une cassée du système, dont la chute a été assez terrible. Sa situation précaire l’oblige à compter chaque sou, peser le pour et le contre de chaque achat, à anticiper au maximum son emploi du temps afin de préserver ses maigres ressources, à choisir les lieux où elle passes ses journées en fonction des commodités à disposition (et vive les médiathèques).
Plus que les fantômes chez Tante Colline, c’est le spectre de la pauvreté qui hante ce récit. A se demander, d’ailleurs, qui, de la violence sociale ou de la violence fantomatique est la pire ! (Spoiler : pas la seconde).
Sans trop de surprise, le combat de Claude contre Colombe et ses petits copains devient à la fois la métaphore et l’exutoire de son combat contre la société.

Et, assez paradoxalement, cela donne au roman une petite note feel-good. Peut-être pas au sens strict du terme, mais la pugnacité de Claude et son sens de la débrouillardise rendent le tout curieusement assez réjouissant. C’est sans doute également dû à la plume féroce de l’autrice, qui ne rate rien, et saupoudre son récit de petites incises pleines d’humour – noir, de préférence.

« Elle consulta la section « lieux hantés » de Wikipédia, puis visita chaque lien des deux premières pages de résultats, en commençant par maisonhantee.com et en finissant par « top 10 des biens immobiliers les plus flippants ». Elle fit défiler les images correspondant à ses mots-clefs : toutes ressemblaient assez au logement de tante Colline, en plus décaties, avec parfois des éclairs et toujours de la brume.
Étrange, quand même, que les hantises touchent des châteaux, jamais des HLM. »

Première lecture pour le Prix Imaginales des Bibliothécaires, et excellente découverte, donc ! Catherine Dufour mêle roman noir, roman d’horreur et critique sociale assez féroce, dans un récit que j’ai trouvé extrêmement prenant. Le récit est énergique, parfois drôle, souvent terrifiant et met en scène une femme franchement badass, quel que soit le niveau de terreur qu’elle ressent. La fin, que je n’avais pas vue venir, m’a beaucoup plu !

Au bal des absents, Catherine Dufour. Seuil (Cadre noir), septembre 2020, 224 p.

Les Enquêtes d’Enola Holmes #1-3, Nancy Springer et Serena Blasco.

J’avais lu le premier tome de la série de romans Enola Holmes de Nancy Springer il y a une éternité (sans doute vers sa parution, en 2007). Sans grande originalité, j’ai regardé l’adaptation mise en ligne par Netflix en fin d’année dernière, ce qui m’a donné envie de me replonger dans la série de BD de Serena Blasco (une autre adaptation de la même série de romans). C’est chose faite !

Enola Holmes #1 : La double disparition.

Quand Enola Holmes, sœur cadette du célèbre détective Sherlock Holmes, découvre que sa mère a disparu le jour de son anniversaire, en ne lui laissant pour mot qu’un recueil sur les fleurs, et un carnet de messages codés, elle se met rapidement à sa recherche. Elle va devoir recourir à son sens de la débrouille, ainsi qu’à d’ingénieuses techniques de déguisement afin de fuir le manoir familial alors que ses deux frères se sont mis en tête de l’envoyer en pension afin de faire d’elle une vraie « Lady ». Mais rien ne la prépare à ce qui l’attend. Son chemin la conduit rapidement dans les quartiers sombres et malfamés de Londres, et elle se retrouve impliquée dans le kidnapping d’un jeune marquis. Enola arrivera-t-elle à s’en sortir seule, et continuer de suivre la piste de sa mère tout en échappant à ses deux frères?

Ce premier tome est riche du point de vue de l’intrigue !
En effet, le récit présente trois axes : Enola souhaite retrouver sa mère, disparue sans explication le jour de ses quatorze ans ; elle doit également échapper aux griffes de ses frères, qui souhaitent la mettre au pensionnat – une carrière attendue pour toute jeune fille qui se respecte ; parallèlement, elle se trouve à enquêter sur la disparition du jeune vicomte Tewksbury de Basilwether, sur laquelle son illustre frère ne souhaite pas enquêter puisqu’il estime qu’il s’agit d’une simple fugue. D’ailleurs, il y a une petite compétition assez marrante entre Sherlock et Enola sur leurs enquêtes respectives.

« Sherlock a tout d’un héros. D’après ce Dr Watson, il est passé maître dans plusieurs domaines. Esprit cultivé et chimiste accompli, brillant violoniste, tireur d’élite expert en combat à la canne et à l’épée, un sens unique de l’observation et de déduction logique.
Comparons avec ma propre liste de talents. Je sais lire, écrire et compter (longue division incluse), repérer les nids d’oiseaux, déterrer des vers pour la pêche, et attraper du poisson, et… Mouais. En fait, c’est un peu démoralisant.
« 

Malgré cette triple intrigue, j’ai trouvé l’histoire très rapide, avec parfois des enchaînements un peu trop prompts, manquant un peu de logique. Je ne me souviens pas suffisamment du roman pour savoir si c’était pareil dans le roman, ou si c’est dû à l’adaptation en bande-dessinée (forcément moins longue en termes de pages).
Ceci étant dit, le récit fait la part belle aux codes et autre énigmes à décrypter, ce qui rend la lecture d’autant plus passionnante.

Côté personnages, j’ai apprécié le caractère espiègle et lumineux d’Enola. Mycroft et Sherlock, de leur côté, sont globalement odieux (surtout le premier), ce qui offre de bons antagonistes. Mais ils sont aussi de purs produits de leur époque (misogynes, donc).

« Laissez-la en paix, Mycroft. Elle est jeune et son crâne est trop petit pour sa taille. On ne peut pas trop lui en demander.« 

Cette petite perle est de Sherlock, donc.

La BD est complétée par le carnet secret d’Enola (qui occupe un bon cinquième de l’album). C’est un très bon complément, mais j’ai trouvé un peu dommage qu’il faille absolument le lire pour avoir le fin mot de l’histoire (puisqu’on y trouve la réponse codée de la maman).

Dernier point : les graphismes. Réalisées à l’aquarelle, dans des tons pastels, les illustrations sont vraiment magnifiques et portent parfaitement l’histoire !

Une bonne première découverte, donc.

Enola Holmes #1 : La double disparition, Serena Blasco. D’après les romans de Nancy Springer.
Jungle, septembre 2015. 58 p.

Enola Holmes #2 : L’Affaire Lady Alistair.

Londres, 1889. La jeune sœur du célèbre Sherlock Holmes, Enola Holmes, a décidé de vivre seule, suite à la disparition soudaine de sa mère. Après avoir échappée à la vigilance de ses frères, et sous couvert d’une fausse identité, elle ouvre un cabinet de « spécialiste en recherches, toutes disparitions ». Sa première enquête la conduit tout droit sur la piste de Lady Cecily Alistair, fille d’un baronnet et adolescente loin d’être bien comme il faut, qui a disparu dans les dangereux bas-fonds de Londres.

Nouvelle enquête pour Enola, qui cherche toujours à retrouver sa mère. Arrivée à Londres, elle doit toutefois subvenir à ses besoins. Elle monte donc le cabinet du Dr Ragostin, expert en disparitions et prend le rôle d’Ivy Meshle, la jeune assistante de l’enquêteur.
Or, justement, voilà que le Dr Watson vient la consulter concernant … la disparition d’Enola ! Cette « enquête » la met sur les traces de Lady Cecily, une jeune aristocrate qui a elle aussi disparu.

« Si une jeune fille fuit au bras d’un soupirant, elle sera vue comme sotte et naïve. Tandis qu’une lady qui lit Marx sera jugée comme dérangée et prête à n’importe quoi. »

Dans cet opus, on visite donc les bas-fonds de Londres, mais aussi les salons des ladys, les grands magasins… Ce tome est vraiment en phase avec l’époque : on y lit Das Kapital, des « agitateurs » essaient d’initier les travailleur à plus de droits sociaux ; on croise aussi des hypnotiseurs et autres charlatans.
L’intrigue colle assez à l’ambiance des enquêtes classiques de Sherlock. L’histoire tire un peu sur le glauque (on parle d’un homme qui séquestre et hypnotise une jeune lady, quand même !), tout en utilisant tous les artifices que l’on aime retrouver dans ces récits : ruses, déguisements, et autres personnages polymorphes sont donc de la partie.

Le scénario est assez linéaire, mais porté par les illustrations, qui sont toujours de splendides aquarelles.

Encore une fois, la BD se complète d’un large cahier bonus, dans lequel on trouve un récapitulatif des personnages, une table des déguisements favoris de Sherlock et Enola, mais aussi des dossiers plus documentaires sur l’histoire de Das Kapital, l’hypnose, le langage des fleurs, et un gros dossier sur les messages codés.

Ce tome 2 tient donc les promesses du premier volume en proposant une intrigue intéressante, soulignée par de très beaux graphismes.

Enola Holmes #2 : L’Affaire Lady Alistair, Serena Blasco. D’après les romans de Nancy Springer.
Jungle, mai 2016, 64 p.

Enola Holmes #3 : Le Mystère des Pavots Blancs

Londres, printemps 1889. Le Docteur Watson est introuvable !
Voici une nouvelle enquête qui intéresse aussi bien Enola Holmes que son frère Sherlock. Pour cela, Enola doit se construire un nouveau personnage, le dernier ayant été démasqué lors de sa dernière enquête. Cette fois-ci, point de vieille demoiselle ou de jeune fille ingénue, elle va se transformer en véritable lady, élégante et raffinée.
Rendant visite à Mrs Watson, elle aperçoit un bouquet étrange. Selon le langage des fleurs, le message qu’il transmet est « malchance », « mort », « vengeance ». Mauvais présage ?

J’avais aimé croiser le Dr Watson dans l’enquête précédente. J’étais donc ravie de le revoir de nouveau au centre de l’histoire – même s’il a disparu !

C’est le concept qui fait le charme de la série : on retrouve donc encore plein de codes à décrypter, notamment grâce au langage des fleurs. Ici, il est omniprésent, puisqu’Enola découvre un bouquet (moche) de pavot blanc (au lieu du rouge habituel), d’aubépine rouge (on croise plutôt de la blanche), de feuilles d’asperge et de liserons (qui ressemblent à des mauvaises herbes). Évidemment, c’est louche (en plus d’être hideux) et la signification fait froid dans le dos. D’ailleurs on se dit que le Dr Watson a bien de la chance que la jeune fille soit versée dans ce langage des fleurs, sans quoi il aurait sans doute attendu longtemps là où il était retenu !
Forcément, l’enquête met en concurrence Enola et son frère, qu’elle va s’ingénier à éviter (pas toujours avec succès). Cela ajoute à la tension générale !

Comme dans le tome précédent, l’enquête nous emmène dans les endroits les moins reluisants de Londres, puisqu’Enola va carrément s’introduire dans un asile d’aliénés – pas franchement un endroit qui fait rêver. On croise également des personnages angoissants, dont une femme défigurée qui fait vraiment flipper.

Cela fait donc deux tomes que je suis assez surprise par le contenu effrayant dans une BD plutôt destinée à la jeunesse. Cela contraste fortement avec les aquarelles – toujours aussi magnifiques – et cela m’a bien plu !
Côté graphismes, on ne change pas une équipe qui gagne : des aquarelles sublimes, un découpage original, qui servent parfaitement l’intrigue.

Une fois de plus, on a une intrigue vraiment en prise avec son époque, y compris sur la misogynie ambiante – vu son éducation, on comprend que cela fasse râler Enola !

« Comment font les femmes pour porter ça tous les jours? A croire qu’on leur demande de ne pas avoir d’existence propre en dehors de leurs « charmantes fanfreluches ». Si les hommes se sentent obligés de nous contraindre en nous emprisonnant dans des corsets, c’est qu’ils doivent être conscients que nous valons autant qu’eux !« 

Le cahier documentaire final contient un nouvel éclairage sur le langage des fleurs, mais aussi de solides dossiers historiques liés à l’intrigue, à savoir ici la lobotomie, ou l’Affaire Jack l’Éventreur. Là encore, le fin mot de l’histoire se situe dans le carnet final – même si cette fois, cela tient plus du clin d’oeil que de la véritable résolution. Petit point bous : le cahier propose aussi un herbier à compléter !

Arrivée à la moitié, j’apprécie toujours autant la série ! Je ne me souviens plus assez du roman pour juger l’adaptation, mais le format bande-dessinée est tout à fait convaincant. Bonne pioche !

Enola Holmes #3 : Le Mystère des pavots blancs, Serena Blasco. D’après les romans de Nancy Springer.
Jungle, 2016, 63 p.

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J’avais inscrit les tomes 2 et 3 de la série dans mon Cold Winter Challenge 2020, et ils m’ont permis de valider la catégorie Raclette !

Terminus, Tom Sweterlitsch.

Depuis le début des années 80, un programme ultrasecret de la marine américaine explore de multiples futurs potentiels. Lors de ces explorations, ses agents temporels ont situé le Terminus, la destruction de toute vie sur terre, au XXVIIe siècle.
En 1997, l’agent spécial Shannon Moss du NCIS reçoit au milieu de la nuit un appel du FBI : on la demande sur une scène de crime. Un homme aurait massacré sa famille avant de s’enfuir. Seule la fille aînée, Marian, 17 ans, serait vivante, mais reste portée disparue. Pourquoi contacter Moss ? Parce que le suspect, Patrick Mursult, a comme elle contemplé le Terminus… dont la date s’est brusquement rapprochée de plusieurs siècles.

J’avais comme une envie de SF en ce début d’année (car oui, cette lecture date de janvier) donc je me suis penchée sur Terminus (qui se trouvait être dans la sélection SF du Prix Livraddict, et dans ma PAL de Cold Winter Challenge, pour la catégorie « Fantômes du passé« ). Et c’était une très bonne découverte !

Le récit se déroule en cinq parties alternant entre 1997, le temps de l’enquête en cours de Shannon Moss, et 2015, la TFI (Trajectoire Future Inadmissible) dans laquelle enquête Shannon. Le principe de la TFI ? Avancer de 19 ans dans le futur pour voir quelles ont été les conclusions de l’enquête ou les indices qui se sont dégagés par la suite, voire aller directement interroger discrètement des proches de l’affaire à l’époque. Mais cette fois, ce n’est pas tout. Outre l’enquête sur l’assassinat de la famille Mursult, Shannon a un second objectif : contenir le Terminus et empêcher que le secret de son origine, comme de la réalité du Terminus, ne soient découverts (car alors, on pourrait l’enlever pour rendre cette trajectoire future certaine et réaliste, voire faire capoter la lutte contre le-dit Terminus). Les TFI peuvent énormément varier : des technologies auront été découvertes ou pas, des attentats se seront bien produits ou auront été déjoués, avec tout ce que cela suppose d’impacts sur les vies des personnages.
Comme toujours avec les histoires de voyage dans le temps, j’avais quelques appréhensions (est-ce que ça va être bien ficelé ? Est-ce que les explications vont tenir la route ?). Mais pas de panique : même si les concepts scientifiques de base sont assez trapus, l’auteur a vraiment bien expliqué et ficelé les boucles temporelles et les TFI (à propos desquelles j’ai beaucoup aimé l’image du fouet de cuisine utilisée pour expliquer l’espace-temps). J’ai trouvé le principe même du voyage dans le temps bien trouvé : il ne peut se faire que vers le futur. Le passé est immuable et le présent est qualifié de « terre ferme ». Tout cela entraîne l’utilisation d’un vocabulaire maritime assez prononcé (mais c’est assez logique puisque l’enquête se situe dans l’univers de la Navy). En tout cas, cela donne au récit une coloration particulière !

On suit Shannon comme personnage principal d’un bout à l’autre du roman, mais le récit présente tout de même quelques variations de narration. En effet, tout ce qui se déroule en 1997 est narré par un narrateur externe, alors que les parties qui se déroulent en 2015, sont en narration interne et menées par Shannon au présent de l’indicatif.

Contrairement à ce à quoi je m’attendais initialement, Terminus est plus un roman d’ambiance que d’enquête – c’est en tout cas l’impression que m’ont donné les deux premiers tiers. Mais c’est tout de même un roman très prenant, que j’ai vraiment eu du mal à lâcher en cours de lecture. Le temps que l’on passe dans chaque époque est assez long, ce qui permet le développement d’arcs narratifs secondaires intéressants et bien menés. Le récit se présente comme une intrigue à tiroirs, avec des liens entre les uns et les autres que j’ai parfois eu du mal à soupçonner, ce qui n’a fait qu’augmenter le côté très addictif du roman.
Il n’y a guère que dans la quatrième partie que j’ai trouvé quelques longueurs, entièrement dues à la mise en place d’un nouveau tiroir de l’intrigue et des explications, mais le tout se justifie par la suite (donc ça n’a été qu’un bref moment à passer).
Cette ambiance prenante tient sans doute au mélange très réussi entre SF et thriller, avec quelques scènes assez gores (que ce soit dans les découvertes de cadavres ou les descriptions apocalyptiques du Terminus). Le rythme imposé par l’approche rapide du Terminus donne au récit un aspect inéluctable qui renforce rythme et suspense, en même temps qu’un léger sentiment d’angoisse. Je ne m’attendais pas à un récit aussi sombre, mais c’est aussi ce qui fait le charme du roman !

J’ai trouvé la fin vraiment bien amenée (l’épilogue et ce qui le précède) : elle conclut logiquement l’ensemble, ce qui n’était pas forcément gagné dans un récit de boucle temporelle !

J’ai été bluffée par la maîtrise dont a fait preuve l’auteur dans cette intrigue qui tient aussi du thriller que de la SF. L’ambiance, très noire, est très réussie et les explications quant aux voyages temporels tiennent bien la route. Un récit dense et original !

Terminus, Tom Sweterlistch. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Michel Pagel.
Albin Michel (Imaginaire), avril 2019, 440 p.

Plein gris, Marion Brunet.

Qui a tué le leader de la bande ? Sur le voilier pris dans la tempête, chacun suspecte l’autre…
Lorsqu’Élise et Victor découvrent le corps de Clarence, noyé près de la coque de leur voilier, Emma comprend que leur croisière a définitivement viré au cauchemar. Avec la disparition de son leader charismatique, ce sont tous les secrets de la bande qui remontent à la surface, les rancœurs et les lâchetés qui régissent toujours un groupe. Et quand une tempête terrifiante s’annonce, les émotions et les angoisses se cristallisent dans une atmosphère implacable…

L’an dernier, j’avais plus qu’adoré Sans foi ni loi de Marion Brunet (que je n’ai pas chroniqué, mais que je vous recommande très chaudement). Donc j’étais très curieuse de lire son petit dernier en littérature jeunesse (je ne l’ai pas encore lue en adulte) avec Plein gris ! Et… et bah j’ai a-do-ré !

Une petite mise en garde si vous vous renseignez sur ce titre : bien que je l’ai catégorisé en « polar » sur mon blog (par défaut), ceci est un pur roman noir ! Pas d’enquête, pas de recherche du coupable ici, mais un portrait psychologique très fin des personnages.

Le récit est intégralement mené par Emma, une des jeunes navigatrices, et commence très fort puisque dès la première ligne, on assiste à la découverte du corps de Clarence flottant près du voilier. Or, ce n’est pas le problème le plus important auquel sont confrontés les personnages, si l’on peut dire, puisqu’il y a aussi cette  tempête qui va bientôt s’abattre sur eux et qui s’annonce dévastatrice. Cette terrible échéance amène un suspense incroyable au roman : on est tellement pris par l’ambiance cataclysmique du récit qu’on s’interroge à peine sur le pourquoi du comment on en est arrivés là.

Il faut dire que le récit fait alterner des scènes sur le bateau (avec nos quatre matelots pris dans la tourmente) et des flashbacks de leur rencontre, de leur amour (ou désamour) pour la voile, de leurs relations pas toujours apaisées avec Clarence, le disparu, charismatique leader s’il en était.
Au fil des pages, Marion Brunet tisse un très beau portrait de l’adolescence et des ado en pleine construction d’eux-mêmes (par eux-mêmes, par rapport à leurs amis, au sein d’un groupe…). Très vite dans leur jeunesse, les protagonistes se sont trouvés et ont formé un petit groupe très fermé, évoluant indépendamment de leurs congénères lycéens. Toujours sous la houlette de Clarence, qui fait la pluie et le beau temps sur leurs relations ! En creux, on découvre aussi un portrait de l’amitié toxique, hyper bien mené. Si les premiers chapitres restent en surface du sujet, l’autrice nous plonge de plus en plus loin dans les sombres abysses des relations du petit groupe. C’est aussi ce qui fait que l’on est happé par le récit, et plus tellement centrés sur le décès : ce qui s’est tramé dans le passé est aussi palpitant (si ce n’est plus !) que ce qui se déroule dans le présent.

Tout cela est mené d’une plume maîtrisée, qui ne laisse rien au hasard. L’effet cinématographique très fort des scènes sur le bateau vient aussi d’un champ lexical maritime très riche. Alors évidemment, si vous ne connaissez pas tous les termes techniques, certains vous laisseront peut-être un peu de côté. Est-ce gênant ? Pas du tout. Parce que même si certains termes semblent obscurs, le rythme, la précision de la plume, la poésie de certains extraits balaient tout sur leur passage.

En bref, Marion Brunet signe un roman noir à l’ambiance aussi prenante qu’angoissante. Le récit rythmé, porté par de courts chapitres alternant présent et flashbacks, laisse monter doucement la tension de ce huis-clos assez particulier. En même temps, l’autrice brosse un très beau portrait de l’adolescence et de l’amitié toxique. Excellente découverte pour ma part !

Plein gris, Marion Brunet. Pocket jeunesse (PKJ), 14 janvier 2020, 208 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

L’île aux trente cercueils, Maurice Leblanc.

Autour de l’île de Sarek en Bretagne, cette île mystérieuse qui terrifie la population du continent, se trouvent trente cercueils. La légende dit que trente personnes doivent mourir sur l’île, dont quatre femmes en croix.
C’est dans cette ambiance que Véronique d’Hergemont, venue chercher son fils après quatorze ans d’absence, a la désagréable surprise de voir ses initiales sur les bornes, sur les portes des chapelles et son visage sur un dessin de femme crucifiée !… et quel rapport avec la légende de la « Pierre-Dieu qui donne mort ou vie » ?

J’ai lu ce roman quand j’étais à la fac (ou à la fin du lycée, je ne sais plus) et j’en ai gardé l’impression d’un roman assez angoissant !
L’heure fatidique des tâches administratives fastidieuses ayant sonné, j’ai décidé de le relire, sous forme de livre audio. Et ce format était un excellent choix !

La version audio est lue par Philippe Colin, qui accompagne merveilleusement ce texte : la narration est excellente et les voix très bien interprétées (mêmes les femmes). La piste audio est, en plus, truffée d’effets sonores du plus bel effet : bruits de rames ou de cordages aux moments adéquats, ou effets musicaux qui viennent souligner la tension du récit (voire me faire sursauter alors que je fermais seule la bibliothèque un soir !).

L’intrigue est hyper mystérieuse. Je crois que c’est le tome le plus mystérieux et étrange d’Arsène Lupin que j’aie lu. Le récit joue vraiment sur l’ambiance sombre, un peu glauque, voire légèrement fantastique. En effet, la mort des habitants de l’île, les 30 cercueils, les quatre femmes en croix… Tout est surplombé par une très ancienne prophétie à laquelle croit toute la région. A tout cela s’ajoute la sombre histoire de Véronique d’Hergemont, la protagoniste du roman : enlevée alors qu’elle était jeune, elle finit par épouser son ravisseur, avec qui elle a un enfant (Leblanc n’est pas très clair là-dessus, mais ça n’a pas l’air particulièrement consenti…). Or le bébé est enlevé à son tour par le grand-père et tous deux périssent en mer. Et la même Véronique voit son monogramme et sa signature de jeune fille absolument partout depuis son arrivée en Bretagne, qui forment un macabre jeu de piste (elle trouve quand même un cadavre en suivant la piste, même si celui disparaît par la suite).

L’arrivée sur l’île m’a vraiment fait penser à Ils étaient dix d’Agatha Christie, surtout dans la partie où on a vraiment le décompte des survivants, alors que les personnages sont abattus les uns après les autres sans qu’on s’explique vraiment comment.
Je dois quand même avouer qu’à un moment, je suis allée repêcher la jaquette du CD en me disant « Mais c’est vraiment un Arsène Lupin, celui-là ? ». De fait, oui. Mais Arsène apparaît hyper tard dans l’intrigue – dans les cinq derniers chapitres, peut-être ! Plus le récit avançait, plus j’attendais et, comme je ne me souvenais pas trop bien de l’intrigue, j’ai tiré (un peu vite) des plans sur la comète. En effet, à peine arrivée en vue de l’île, Véronique croise une vieille dame appelée Honorine. Or, si ma mémoire est bonne, c’est le nom de la vieille nourrice d’Arsène Lupin. (Rien à voir, puisque vérification faite, la vieille nourrice s’appelle en fait Victoire.) Ce qui fait que j’ai essayé de le reconnaître sous les traits de chaque personnage rencontré, alors qu’il intervient fort tard.

Mais quelle intervention ! Maurice Leblanc s’est surpassé côté déguisements, cette fois ! Comme toujours, Arsène Lupin use de stratagèmes savants – qui nous sont dévoilés à la fin, façon Hercule Poirot. Mais face à lui, la machination est proprement machiavélique. J’ai beaucoup aimé que le grand plan des opposants, précisément monté, fasse appel aux légendes locales – les druides des celtes ont une grande importance dans l’histoire. C’est aussi ce qui donne au récit cette aura légèrement fantastique pas désagréable !

Bref, une très bonne redécouverte et je suis ravie d’avoir testé l’audio pour Arsène Lupin (je vais donc continuer). Cet épisode présente à la fois les caractéristiques d’un bon roman de la série (grands stratagèmes, humour, aventures échevelées), et une ambiance oppressante teintée de surnaturel très originale et qui renouvelle agréablement la saga.

L’Île aux trente cercueils, Maurice Leblanc. Première édition : 1919.
Version audio lue par Philippe Colin.
La compagnie du savoir, 2014, 658 min.

Le dernier dragon sur Terre, Eoin Colfer.


Autrefois, il était connu sous le nom de Wyvern, Seigneur du Haut Feu, et son ombre terrifiait les masses. Aujourd’hui, il n’est que Vern, vautré dans le bayou où il se cache, matant Netflix non-stop en tee-shirt Flashdance et sifflant de la vodka à longueur de journée. Mais, contrairement aux autres membres de son espèce, il a survécu. Malheureusement, aucune quantité d’alcool ne peut combler son immense solitude.
C’est alors que le hasard lui propose une alliance inattendue… Aboutira-t-elle à l’extinction de sa race ou au retour de ses jours de gloire ?

Lorsque j’ai vu qu’Eoin Colfer, dont j’ai adoré les romans jeunesse, publiait un titre en fantasy adulte, j’étais aux anges ! Et cet état d’esprit n’a pas bougé au cours de ma lecture, que je suis ravie d’avoir faite.

Je ne sais pas si c’est un genre qu’il affectionne particulièrement, mais nous voici de nouveau dans de la fantasy urbaine, comme dans Artemis Fowl. À ceci près qu’il n’y a ici ni univers parallèle, ni magie dans le monde – sauf évidemment des dragons. Un, du moins : Wyvern, Seigneur du Haut-Feu, qui se fait plus modestement appeler Vern.
Mais Vern est loin de l’image habituelle que l’on a des dragons. Vern coule des jours tranquilles et heureux sur sa petite île cachée au milieu du bayou, boit comme un trou, et végète devant Netflix en révérant sa sacrosainte tranquillité. Une tranquillité brutalement chamboulée par Everett Moreau – dit Squib – jeune branleur local rendu là pour faire du trafic et pris dans les explosions provoquées par un petit règlement de compte mafieux impliquant un flic ripoux. Lequel se trouve être follement amoureux – à sens unique – de la mère de Squib, qu’il harcèle sexuellement avec une grande constance.
Partant de là, Squib et Vern se retrouvent, bon an mal an, à devoir faire équipe, le premier dans l’idée de survivre aux ennuis qui lui tombent sur le coin de la figure, le second dans l’objectif de retourner à sa petite vie tranquille, impliquant le moins d’humains (et de caméras de smartphones) possible.

« Squib plissa les paupières en les fermant presque. Il pensait que le blanc de ses yeux pouvait trahir sa présence. Hooke lui racontait-il des conneries ? Avait-il seulement attaché son bateau ?
Sans doute pas.
Il n’avait pas véritablement prévu la dernière partie de cette mission. Aussi se retrouvait-il bloqué sur cette putain d’île en compagnie des sangliers et des couguars et peut-être même d’une bande de fourmis rouges, alignées dans une file bien ordonnée, qui viendraient lui dévorer la bite. Et s’il essayait de s’enfuir en courant, Hooke lui enverrait une grenade au cul, comme un cornet de glace à réaction.
Quelle nuit délicieuse !
Everett Connard Moreau : organisateur de génie.
Comme ce petit Français qui aimait bien les grandes femmes pour se prouver quelque chose. Napoléon.
Mais pas du tout comme lui, en fait, sauf que tous les deux avaient fini coincés sur une île, s’il se souvenait bien de ses leçons d’histoire. Ou peut-être était-ce Huckleberry Finn qui s’était retrouvé en rade sur son île.
En tout cas, en cette belle soirée, c’était lui, l’imbécile bloqué sur une étendue de terre entourée d’eau
. »

Ça vous semble mal barré ? En effet, ça l’est. Car à partir de ce moment-là, c’est dans les ennuis jusqu’au cou que se retrouve Squib et, par extension, Vern.
À la fantasy urbaine se mêle donc le thriller, puisque l’on est rapidement environnés de tout ce que compte comme malfrats la pègre locale, avec en premier chef le flic ripou sus-nommé. J’étais d’ailleurs assez surprise de lire autant de scènes glauques – de torture, notamment – sans doute parce que je m’attendais à de la fantasy urbaine plus légère. Mais c’est ce qui fait le sel du roman !

Ça, et le cynisme des personnages. Vern, notamment, n’a pas sa langue dans sa poche et n’en rate pas une. Ses réparties saillantes m’ont souvent fait rire, comme son usage acharné du langage de charretier – oreilles sensibles s’abstenir, donc.
Les personnages tiennent d’ailleurs plus des antihéros que des héros. Entre leur langage résolument ordurier et leur conception assez floue du bien, du mal, et de la morale, il y a de quoi faire. Vern n’est pas contre un petit barbeuk d’humains de temps en temps. Squib ne voit aucun mal à traficoter par-ci par-là. Quant à Hooke, les concepts de consentement, harcèlement sexuel et bienséance lui sont de toute évidence tout à fait étrangers.

Le roman présente donc un parfait mélange entre ambiance hyper glauque et humour noir, au travers d’une intrigue qui sait de temps en temps s’alléger. Celle-ci n’est pas menée tambour battant, mais semble coller au rythme lent du fleuve qui irrigue le bayou. De fait, l’ambiance un peu poisseuse colle aussi parfaitement à la géographie des lieux.

Bonne découverte, donc, que ce nouveau roman d’Eoin Colfer avec lequel j’ai beaucoup ri. Il nous embarque dans une histoire un peu foutraque, un peu glauque, menée avec beaucoup de légèreté.

Le Dernier dragon sur Terre, Eoin Colfer. Traduit de l’anglais (Irlande) par Jean-François Ménard.
Pygmalion, août 2020, 416 p.

Code Ezkutu : longue portée, John Etxebeltz.

2017. Le Pays basque, devenu indépendant, est le pays le plus riche du monde grâce au sensum, trouvé dans les vieilles mines jadis exploitées par les Romains. Ce métal doté de propriétés extraordinaires permet à l’humanité de régler la plupart de ses problèmes.
Quand Kemen Otsoa est retrouvé par les services secrets de la nouvelle Euskadi, cet ancien tireur d’élite passé à la clandestinité, pense qu’il va finir en prison pour le restant de sa vie… Contre toute attente, on lui propose d’intégrer la gade rapprochée de la Lehendakari, la présidente de la Confédération des Sept Provinces Basques Unies, une femme de tête qui compte faire de son petit pays le plus influent et le plus bienveillant du monde nouveau. Kemen accepte et découvre ses nouveaux compagnons d’armes, tous dévoués et rompus à la protection de leur chef vertueuse.
Cependant, les choses dérapent très vite. Car le sensum attire les convoitises, et notamment celles de Strydom, le corrupteur le plus riche du monde qui a uni toutes les mafias pour acheter les hommes politiques, piller la planète, et exploiter ses habitants. Il ne compte pas s’arrêter aux frontières des Sept Provinces Basques Unies…

Et hop, encore un livre piqué dans la bibliothèque paternelle ! Je crois bien que je le lui avais offert, en plus. J’avoue que j’étais hyper intriguée par le mélange anticipation/espionnage/roman du terroir. Et s’il y a de bonnes idées, j’avoue que je ressors un peu mitigée de cette lecture.

Mais commençons par les bons points !
J’ai vraiment adoré le point de départ de l’histoire : il faut avouer que l’idée est géniale pour un roman mêlant uchronie et anticipation.
D’ailleurs, le roman surfe sur plusieurs genres : uchronie et anticipation sont à l’honneur, bien sûr, mais se mêlent aussi à des brins de thriller et d’espionnage qui ne déparent en rien dans le récit. Les scènes d’action sont trépidantes, et l’enchaînement des révélations et/ou retournement de situation assure un confortable rythme de lecture.

Ce qui rend le récit intrigant, c’est qu’il s’appuie fortement sur le contexte mythologique et historique local. L’auteur récupère quelques faits historiques bien connus, comme la bataille de Roncevaux, ou l’Occupation nazie. Il brode un peu sur ces réalités, inventant ici une confrérie de Protecteurs, là une cache aussi séculaire que secrète bien cachée dans les montagnes. Ajoutez à cela une pincée de légendes locales bien ancrées, et voilà une intrigue palpitante qui ressemblerait presque à celle d’un thriller ésotérique. D’ailleurs… le roman propose une fin très ouverte, avec plein de questions ou développements en suspens, exactement comme dans un thriller ésotérique !

Bref, tout cela partait bien. Malheureusement, je dois dire que j’ai à de trop nombreuses reprises levé les yeux au ciel et soufflé en tournant les pages.
Alors que le récit partait bien avec une Présidente des Provinces Unies et quelques femmes dans la société secrète, j’ai dû me rendre à l’évidence : elles sont toutes hyper stéréotypées – évidemment canon et douces, et évidemment à protéger. Même les soldates ! Heureusement, il y a (malgré tout) une certaine égalité de traitement. Car les hommes ne sont pas mieux écrits, et sont cliché en tous points. Particulièrement le personnage principal, un soldat au passé évidemment douloureux et tortueux, forcément hyper-vertueux parce que c’est un mec bien, et plus musclé et badass qu’un bodybuilder allaité aux anabolisants – ce qui lui permet donc d’aller sauver de la gonzesse en boucle. Pfff !

Alors que le récit propose un intéressant mélange de genres et donc de possibilités de retournements, ceux-ci sont soit hyper convenus (et donc peu surprenants), soit arrivent comme un cheveu sur la soupe. Ainsi en est-il de l’identité réelle du protagoniste qui nous est révélée un peu gratuitement : non seulement elle n’apporte rien de palpitant à l’intrigue, mais en plus elle fait très « Gary Stu ». À ce stade, j’avoue que j’ai laissé échapper un petit rire nerveux devant autant de lieux communs !

Ceci étant dit, ce n’est pas le seul épisode à souffrir de ce traitement un peu artificiel. En effet, si l’intrigue est tenue par ce fil rouge de la protection du pays, elle est surtout constituée d’épisodes brefs qui semblent déconnectés les uns des autres et tombent d’un coup, donnant l’impression que c’est un peu gratuit. D’un côté, j’ai apprécié le suspense qui en découlait, mais j’en ai vraiment regretté l’aspect hyper artificiel. En fait, l’auteur ne nous raconte QUE les épisodes vitaux au déroulement de l’intrigue. Vous me direz que c’est un peu la base et c’est ce qui rend le récit efficace, mais celui-ci manque de fait clairement de corps, de profondeur politique, ou même de contexte. Le style n’étant en plus pas toujours folichon, c’était un peu dommage.

En somme, John Etxebeltz signe un roman qui regorge de bonnes idées (sur l’intrigue, le contexte socio-politique), mais dont le récit s’avère à la fois convenu et quelque peu superficiel. Néanmoins, les bonnes idées le sont suffisamment pour faire accrocher à l’intrigue et permettre une lecture assez prenante, pour peu que l’on mette de côté le style pas toujours extraordinaire, et l’absence générale de surprise.

Code Ezkutu : longue portée, John Etxebeltz. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Franck Sallaberry.
Aïtamatxi, mars 2009, 342 p.

Cartes sur table, Agatha Christie.

Mr Shaitana est un bien étrange personnage : longue figure, moustache cosmétiquée et sourcils en accents circonflexes qui accentuent son air de Méphisto. Et Mr Shaitana, qui est véritablement diabolique, s’est plu, ce soir-là, à convier à dîner huit hôtes triés sur le volet : quatre spécialistes du crime et quatre personnes qui seraient – à ses dires – des criminels assez habiles pour ne s’être jamais fait pincer. Il ne faut pas trop jouer avec le feu, fût-on le diable ou peu s’en faut. Au cours de la partie de bridge qui prolonge cette extravagante soirée, le rictus démoniaque s’effacera définitivement de la longue face de Mr Shaitana. Tout simplement parce que l’un de ses invités lui a donné un coup de poignard bien placé…

J’ai continué sur ma lancée télétravail et livre audio avec Cartes sur table d’Agatha Christie – dont j’ai dû voir l’adaptation une douzaine de fois, ce qui ne m’a pas empêchée d’écouter avec attention et passion !

C’est un roman à la fois classique dans la bibliographie d’Agatha Christie, puisque l’intrigue se déroule dans un univers très feutré, quasiment à huis-clos, et en même temps très étonnant, puisqu’on assiste à une joute d’enquêteurs. En effet, dès l’instant où il est certain que le meurtre a été commis, les quatre spécialistes du crime se retrouvent en compétition pour les résoudre.
Chacun y va donc de sa petite enquête et de ses méthodes : le colonel Race et le superintendant Battle façon « enquête classique », Mrs Ariadne Oliver en utilisant son intuition et son sens de l’observation, et Hercule Poirot, comme d’habitude, en utilisant ses « petites cellules grises ». Les deux premiers ne sont pas très présents dans l’intrigue, dont la résolution est vraiment menée par Hercule Poirot et Mrs Oliver. Celle-ci, autrice de romans policiers, ponctue son enquête de remarques sur l’écriture, les personnages, la création d’une intrigue, ou la réception d’un roman par ses lecteurs. Le tout avec beaucoup d’ironie – et sans doute d’autodérision de la part d’Agatha Christie, dont c’est clairement l’avatar.

L’enquête est assez complexe et, comme souvent, repose sur de très petits détails (comme les annonces du jeu de bridge qui était en cours au moment du meurtre), qui font tout son sel. L’émulation entre les enquêteurs est vraiment très prenante. Et ce qui ajoute ici du suspense, c’est que les quatre suspects ont déjà été soupçonnés dans d’autres affaires, dont les échos viennent se mêler à l’enquête en cours. Alors, meurtriers, ou pas ? Évidemment, on attend de savoir qui a vraiment fait le coup (puisqu’ils en avaient tous l’opportunité), mais on se passionne assez vite également pour leurs passés respectifs. Le tout est vraiment bien mené et monté. La preuve, bien que j’aie vu plusieurs fois l’adaptation, je n’ai pas trouvé le coupable avant d’avoir bien avancé dans mon audiolecture !

Cerise sur le gâteau, Denis Podalydès lit ce roman avec beaucoup de talent, ce qui ajoute au côté très prenant de l’histoire.

Agatha Christie est une valeur sûre, et elle me l’a encore prouvé avec Cartes sur table. J’ai adoré redécouvrir cette histoire en version audio et me suis totalement laissée porter par le rythme des péripéties, comme par la voix du lecteur. J’ai aimé la petite compétition entre les enquêteurs et le récit rondement mené. Bref, une réussite. J’ai d’autres titres d’Agatha Christie à écouter et j’ai hâte de m’y mettre !

Cartes sur table, Agatha Christie.
Traduit de l’anglais par Alexis Champon. Lu par Denis Podalydès.
Thélème, 2004, 200 minutes.