La mort s’invite à Pemberley, P.D. James.

Rien ne semble devoir troubler l’existence ordonnée et protégée de Pemberley, le domaine ancestral de la famille Darcy, dans le Derbyshire, ni perturber le bonheur conjugal de la maîtresse des lieux, Elizabeth Darcy. Elle est la mère de deux charmants bambins ; sa sœur préférée, Jane, et son mari, Bingley, habitent à moins de trente kilomètres de là ; et son père adulé, Mr Bennet, vient régulièrement en visite, attiré par l’imposante bibliothèque du château.
Mais cette félicité se trouve soudain menacée lorsque, à la veille du bal d’automne, un drame contraint les Darcy à recevoir sous leur toit la jeune sœur d’Elizabeth et son mari, que leurs frasques passées ont rendu indésirables à Pemberley. Avec eux s’invitent la mort, la suspicion et la résurgence de rancunes anciennes.

J’avais déjà écouté une première fois ce livre audio, mais en bricolant et sans faire preuve de la moindre attention, ce qui fait que je ne me souvenais ni de l’histoire, ni des personnages – donc il était tout indiqué pour une relecture si rapide (la précédente remontant à… l’été 2021 !).
Et si j’ai passé dans l’ensemble un bon moment de lecture, avec l’envie fréquente d’y revenir, je n’ai pas pu m’empêcher, à plusieurs reprises, de ressentir une pointe de violente frustration.

Parlons d’abord de l’histoire : le récit s’ouvre par un résumé très détaillé et commenté d’Orgueil et Préjugés, reliant chacune de ces deux caractéristiques à l’un des protagonistes du roman. Une fois fait ce rappel exhaustif de l’œuvre originale, l’autrice s’attache à présenter « son » Pemberley, où l’on se prépare à donner le traditionnel bal de Lady Anne, et à détailler les évolutions de personnages qu’elle a imaginées. On rentre donc doucement mais sûrement dans cette version alternative, et cela met l’eau à la bouche.
La tranquillité du cadre est brutalement interrompue par l’irruption de Lydia Wickham, qui hurle que son mari vient d’être abattu dans les bois. De fait, les hommes de la maison ne tardent pas à tomber sur le fameux Wickham, bien vivant, mais qui désespère devant le corps sans vie d’un de ses amis, le capitaine Denny et, cerise sur le gâteau, s’accusant d’avoir causé sa mort. Voilà qui fait tâche dans le décor…
Partant de là, l’autrice va donc dérouler l’enquête (assez succincte) et les réactions des divers personnages à cette horrible histoire.

J’aime bien le concept de reprendre un classique, d’en inventer la suite, en y ajoutant ici une dimension dramatique et des accents de polar – même si ceux-ci sont, somme toute, assez faibles, l’essentiel du récit se concentrant sur les réactions des uns et des autres à ce fait troublant. Si, dans l’ensemble, c’était une lecture assez agréable, je dois quand même dire que certains points m’ont laissée particulièrement dubitative.
Primo, les personnages. Je suis assez amatrice de pastiches littéraires mais je dois dire que là, la sauce a difficilement pris avec les personnages – ce qui fait que j’ai lu ce roman presque comme une œuvre indépendante. J’ai trouvé Elizabeth loin, très loin d’Elizabeth Bennett : elles partagent un nom, mais c’est à peu près tout. Certes, le contexte polar ne se prête peut-être pas au sarcasme acerbe, mais de là à en faire un personnage aussi falot, j’ai l’impression qu’il y avait un peu de marge…

Segundo, le roman souffre de longueurs assez pénibles, particulièrement dans la partie consacrée au procès. Mais que c’est long ! Et le pire, c’est que des éléments sont introduits, suscitant des questions, sans être résolus par la suite – il en va ainsi, par exemple, de la disparition de Mrs Younge, qui arrive comme un cheveu sur la soupe, entraînant des conséquences pour la suite, mais qu’on évacue en moins de deux. J’ai trouvé ça assez perturbant, et ça m’a laissé une impression de travail bâclé assez désagréable. Avec ça, le-dit procès qui m’a semblé s’éterniser pendant des plombes, se solde par un deus ex machina qui ne m’a paru particulièrement crédible : des aveux complets du véritable coupable – lequel est mort juste après les-dits aveux. C’est un peu trop pratique pour être honnête !
De plus, on a les explications en deux fois, mais en deux gros blocs et là encore, la crédibilité pêche : je n’ai pas trouvé que les dessous du mystère tenaient vraiment la route. Tout est justifié, entendons-nous bien, mais ce n’est pas le polar le plus finement exécuté que j’aie lu ! Quelque part, j’ai eu l’impression que tout cela tenait du fait que l’autrice respectait beaucoup trop le matériau d’origine pour s’en détacher totalement. Je ne saurais dire ce qui m’a lancée sur cette idée, mais elle m’est revenue en tête à plusieurs reprises au cours de ma lecture.

En somme, j’ai passé un bon moment de lecture, mais qui tient essentiellement, je pense, au talent de la lectrice – Guila Klara Kessous. Sans sa mise en voix, je ne sais pas si je serai allée au bout de ce pastiche littéraire sous forme de polar. Autant retrouver les personnages et Pemberley était plaisant, autant l’intrigue assez mal ficelée et les personnages, un peu fades, ont manqué d’un petit quelque chose pour réellement m’enthousiasmer. Ceci étant posé, comme je le disais en introduction, j’ai quand même (paradoxalement, peut-être ?) passé un bon moment, ayant hâte de m’y remettre entre deux lectures. Donc je le conseillerais à toute personne curieuse de cette forme de suite de l’œuvre de Jane Austen, sans toutefois s’attendre ni à un polar extraordinaire, ni à une réécriture audacieuse de l’œuvre d’origine !

La Mort s’invite à Pemberley, P.D. James. Traduit de l’anglais par Odile Demange.
Lu par Guila Klara Kessous. Audiolib, réédition 2013, 623 min.


Les huit coups de l’horloge, Maurice Leblanc

Une fois n’est pas coutume, Les huit coups de l’horloge n’est pas un roman, mais bien un recueil de nouvelles, mettant en scène le célébrissime gentleman-cambrioleur.

Au sommet de la tour :
Cette nouvelle liminaire est aussi celle qui connaît la plus longue exposition (puisqu’elle va servir à installer les personnages phares du recueil).
On y rencontre donc le Prince Rénine (qu’on imagine être Arsène Lupin, dont le titre Prince Sernine est un pseudonyme connu !) et Hortense Daniel. C’est justement elle qui est au centre du récit, puisqu’elle cherche à s’enfuir avec un homme (qu’elle n’aime pas) pour échapper à l’emprise de sa belle-famille.
Le récit est court mais fournit une aventure complète et assez trépidante, avec juste ce qu’il faut de mystère et de résolution d’énigmes insolubles par Lupin.
Même si le titre de la nouvelle ne l’indique pas, c’est elle qui donne son titre au recueil, puisqu’à l’issue, il est convenu qu’Hortense et Rénine vivront sept aventures de plus, en hommage aux huit coups de l’horloge qui ont permis de résoudra la première affaire. Ce qui est très malin, vu que ça va nous dispenser d’exposition des personnages dans les sept nouvelles suivantes !

La carafe d’eau :
On a là une affaire bien emberlificotée et pleine de tension, un homme risquant d’être décapité en fin de compte ! On n’est pas en huis-clos mais presque, puisque l’affaire se déroule essentiellement dans un bâtiment au rez-de-chaussée duquel se trouve un restaurant.
On retrouve le talent d’Arsène Lupin pour les combats psychologiques entre lui et les personnes qu’il a dans le collimateur. Hortense est plus spectatrice qu’actrice dans cet opus.
Comme souvent dans ses aventures, Arsène Lupin se paie le luxe d’appeler la Sûreté pour qu’elle soit témoin de sa résolution de l’affaire (ça fait partie de son petit côté cabotin que j’apprécie). Là encore, la machination était bien ficelée et, contrairement à la première nouvelle, elle sera démontée à temps !

Thérèse et Germaine :
On quitte Paris pour Étretat (on retourne aux sources) et les premières lignes mentionnent nommément Arsène Lupin – Hortense et Rénine discutant de l’Aiguille Creuse. Le mystère est bien présent, puisque Rénine ambitionne d’empêcher un meurtre, dont il connaît le lieu et l’heure. Finalement, un autre meurtre est commis et c’est celui qu’il va tâcher de résoudre.
Comme dans le texte précédent, la tension réside essentiellement dans le combat psychologique qu’il livre contre ses adversaires. Le rythme est donc soutenu, bien qu’il n’y ait pas d’action – et Hortense est de nouveau complètement spectatrice.

Le film révélateur :
Nouvelle ambiance ! Rénine et Hortense, au cinéma, regardent évoluer la demi-sœur d’Hortense avec qui elle n’a plus de contact. Or, Arsène Lupin est certain que son partenaire à l’écran est un dangereux psychopathe, ce que semble confirmer la disparition soudaine de la jeune actrice.
J’ai trouvé cette nouvelle particulièrement moins prenante que les autres : c’est confus, et on ne s’interroge pas sur les délires de Lupin (qui, pour une fois, fait totalement fausse route). De plus, je dois dire que j’ai commencé à trouver le cliché de la damoiselle en détresse assez lassant à la longue (car oui, Hortense s’évanouit encore et c’est agaçant) !

Le cas de Jean-Louis :
Où l’on résout l’affaire d’un jeune homme qui a deux mères, car à la naissance simultanée de deux bambins, suivie immédiatement de la mort de l’un d’eux, on n’a plus su déterminer qui était la mère légitime.
Celle-ci, je l’ai trouvée à la fois rigolote (le point de départ est quand même salé) et à l’image du Lupin qui manipule son entourage en mode « la fin justifie les moyens », donc avec un aspect assez affreux (je vous laisse découvrir sa manigance). Le temps est assez resserré, donc pas le temps de souffler dans cette contre-enquête vraiment originale.

La dame à la hache :
Une sombre affaire de tueur en série qui enlève puis découpe des dames à la hache. Glauque, non ?
Si on passe sur le syndrome de la princesse à sauver (et oui, ENCORE cette pauvre Hortense), cette nouvelle-ci était assez plaisante. Je lui ai retrouvé le rythme hyper prenant de 813, par exemple, puisqu’ici aussi il y a une notion de compte à rebours qui rend tout très palpitant. De plus, Lupin est dans le noir, et ça change un peu des autres textes. Cela m’a réconciliée avec un recueil que je commençais à trouver un brin lassant !

Des pas sur la neige :
Cette fois, Hortense, en convalescence à la campagne, raconte par lettre une scène à laquelle elle a assisté et qui va titiller l’imagination de Rénine. Une seule chose à dire : le père, le fils, la bru, l’amant potentiel et une situation explosive au bout.
De nouveau, on renoue avec l’enquête ardue : tous les indices sont là, les témoins clés aussi, l’affaire est donc dans le sac ou presque, lorsque Lupin fait irruption dans l’enquête pour proposer une vue de côté… pas inintéressante ! J’étais de nouveau dans mon élément dans cette nouvelle, avec moult détails qui ne sautent pas aux yeux, une interprétation en apparence farfelue, mais logique, des faits et une résolution à l’avenant. Dois-je signaler qu’Hortense fait surtout potiche ? Non, je suis sûre que vous aviez deviné !

« Au dieu Mercure » :
Dernière nouvelle et qui offre deux histoires en une. De fait, au début des aventures, Hortense a mis Rénine au défit de lui retrouver une agrafe de corsage en cornaline qui avait disparu des années plus tôt. Ce à quoi il va s’employant, tout en essayant à toutes forces de faire succomber la jeune femme à son charme – en effet, au terme des sept aventures et des huit coups de l’horloge, il était entendu qu’il se passerait quelque chose.
La machination est, encore une fois, bien ficelée. Mais la conclusion ne m’a pas follement satisfaite car, si Hortense finit par succomber (après moult signes de faiblesse en cours de route, on ne change pas une équipe qui gagne), j’ai trouvé que c’était vraiment hyper rapide et mal amené (cela fait plusieurs nouvelles qu’elle lui dit assez clairement d’aller voir, quand même). Alors oui, ça colle à l’ambiance habituelle des Lupin mais cette fois-ci, je ne ressors pas totalement convaincue.


Cela faisait un moment que je n’avais plus lu de « nouvel » Arsène Lupin (même si je suis sûre qu’il m’en reste certains que je n’ai pas encore lus !), aussi étais-je très contente d’enfin lire ce recueil de nouvelles. Et si j’ai passé une agréable lecture dans l’ensemble, je dois avouer que ce n’est clairement pas mon titre préféré. Les nouvelles sont intéressantes et souvent originales, avec des plans machiavéliques bien troussés. Mais parfois on passe un peu vite sur les détails ou développements (format nouvelle oblige) et au bout de trois-quatre répétitions, le syndrome de la faible femme en détresse a commencé à me taper sur les nerfs (je sais que c’est l’époque, tout ça, mais au bout d’un moment : trop, c’est trop). Quoi qu’il en soit, j’ai retrouvé ce que j’apprécie dans les aventures du personnage : le verbe haut, une confiance excessive en soi, des batailles psychologiques acharnées, des raisonnements tortueux mais brillants et des récits bien tournés.

Les huit coups de l’horloge, Maurice Leblanc. Le Livre de Poche, 1966, 315 p.

Lost Lad London #1, Shima Shinya

Al, étudiant londonien d’origine asiatique, se sent à part dans sa famille d’adoption. Il préfère vivre en colocation, à distance de ses parents. Son ambition est d’obtenir son diplôme sans faire de vagues… Mais sa vie bascule lorsqu’il monte dans le métro où le maire de la ville est retrouvé assassiné !
Le meurtre fait sensation. Ellis, inspecteur bourru mais compétent, est chargé du cas malgré un bras et une jambe dans le plâtre. Hanté par le souvenir d’une enquête qui a mal tourné, il est bien décidé à ne plus jamais se tromper de coupable. Quand Al apprend la nouvelle, il ne se sent pas concerné : la veille, il est descendu à sa station comme d’habitude, sans rien soupçonner. Et pourtant, il découvre un couteau ensanglanté dans la poche de son manteau ! C’est le moment qu’Ellis choisit pour sonner à sa porte… Le jeune homme serait-il devenu à son insu le suspect numéro un ?

Lost Lad London est une série courte (en trois tomes), dont l’intrigue se déroule à Londres. Le début nous plonge dans le quotidien d’Al, un étudiant qui rédige les dissertations (contre rémunération) de son ami et coloc, et qui préfère cette occupation à la compagnie de ses semblables. C’est par les journaux qu’il apprend le meurtre, peu de temps avant de trouver ce qui ressemble à s’y méprendre à l’arme du crime, dans sa propre poche. Lorsque l’inspecteur Ellis frappe à sa porte, le jeune homme, en toute bonne foi, lui montre sa découverte… ce qui amène Ellis à lui proposer de travailler avec lui sur l’enquête, plutôt que de se faire coffrer. Audacieux, mais parfaitement justifié vu les casseroles que se traîne l’inspecteur !

Le récit s’articule donc vraiment autour du duo assez original formé par l’inspecteur désabusé et l’étudiant pas plus enchanté que ça par ses congénères. D’ailleurs, l’autrice glisse ça et là des éléments sur l’un et sur l’autre, tisse peu à peu leur relation, et j’ai hâte de voir où tout cela va nous mener. De fait, le mélange des arcs narratifs est parfaitement dosé. L’enquête est évidemment au premier plan, mais il est tout autant question de la quête d’identité que mène Al : adopté par des parents blancs, il recherche sa mère et souhaite savoir pourquoi il a été abandonné. L’inspecteur Ellis est un peu moins creusé, mais on sent qu’il reste de la matière à découvrir dans la suite et l’autrice évite ainsi de surcharger le premier tome.
Tout cela fait que le récit, bien équilibré, se lit avec grand plaisir !

Avec ça, la narration est vraiment bien menée. Dans un premier temps, j’ai trouvé que l’autrice jouait bien sur le statut des personnages, et je me suis demandé si Al était bien aussi innocent qu’il semblait l’être. J’ai eu l’impression que les jeux de cadrages ou certains détails nous donnaient la sensation inverse, ce qui a rendu ma lecture très prenante.
On ne peut pas dire que le récit soit trépidant au sens où il se passerait quelque chose toutes les pages : on est plutôt sur un rythme posé, mais qui distille les découvertes et semi-révélations pour faire progresser insidieusement intrigue et soupçons. C’est vraiment un thriller bien mené, que j’ai eu du mal à lâcher en cours de route.
Pour ne rien gâcher, j’ai trouvé que le suspense ne faisait qu’aller crescendo : plus on avance dans l’intrigue, plus on a la sensation que tout cela est le fait d’une sombre machination. Donc je suis très impatiente de lire la suite !

J’ai également été servie côté dessins. Les décors sont assez simples et donnent un côté très épuré à l’ensemble. Les personnages, eux, assez anguleux, sont plus précis et détaillés. Il y a un aspect très cinématographique dans le dessin, comme dans le découpage et les cadrages, qui concourent parfaitement à l’ambiance du thriller !

J’étais très intriguée par ce titre et je ressors enchantée de cette lecture. L’autrice livre un début de thriller parfaitement équilibré, porté par un duo de personnages aussi original qu’attachant. Le récit mêle avec brio enquête et recherche autour des secrets de famille, ce qui le rend particulièrement prenant. Le style graphique, assez différent de ce que l’on peut voir habituellement en manga, sert parfaitement l’ambiance de ce thriller. J’ai hâte de lire la suite !

Lost Lad London #1, Shima Shinya. Traduit du japonais par Sébastien Ludmann.
Ki-oon, novembre 2022, 192 p.


Ce titre était dans la catégorie Patin à glaces de mon CWC !

La Valse des tulipes, Ane Cestero #1, Ibon Martín.

L’estuaire d’Urdaibai, poumon de la Biscaye au Pays Basque (déclaré réserve de la biosphère par l’Unesco), paradis qui vit au rythme des marées, voit soudain sa tranquillité mise à mal par le meurtre inexpliqué de plusieurs femmes, âgées d’une cinquantaine d’années. Ane, une jeune inspectrice de Bilbao, férue de rock énervé et de mythologie, est aux commandes d’une nouvelle unité d’élite, chargé des affaires sortant de l’ordinaire. Objectif : résoudre l’affaire avant que la presse ne fasse souffler un vent de panique sur toute la région.

J’avais envie de lire ce roman depuis que je l’ai acheté, à sa parution, pour la médiathèque. Je l’avais même mis dans mon Cold Winter Challenge l’an dernier ! (Et pas lu, mais je suis très contente d’avoir finalement emporté ce roman sur la plage cet été).

Bon, déjà, je dois avouer un truc : j’avais envie de lire ce roman parce que je connais bien la région dans laquelle il se situe, et que c’est un endroit que j’apprécie ! C’était de fait assez confortable de visualiser très précisément les endroits où se déroulent les péripéties (et ça m’a donné envie d’y retourner, tiens).

Le roman débute en fanfare avec une scène de meurtre très cinématographique, puisqu’une femme, ligotée à une chaise, est écrasée par le train régional… que conduisait son mari. Le tout retransmis en direct sur les réseaux sociaux. Bonne ambiance, non ?
Après ce début assez marquant, l’auteur revient à un rythme beaucoup plus calme, qui va permettre d’installer proprement les personnages. Ane Cestero, l’enquêtrice en charge de l’unité, va rejoindre des collègues issus d’autres commissariats de la communauté autonome (certains qu’elle apprécie, d’autre avec qui c’est plus compliqué…). C’est un peu lent, mais il faut bien ça pour camper les personnages (d’autant que l’auteur semble parti pour en faire une série).

Il faut aussi dire que les indices sont maigres, et que l’enquête peut sembler piétiner dans les premiers temps. Le récit se déroule donc avec une certaine lenteur, que je n’ai pourtant pas trouvée désagréable. En effet, l’auteur multiplie les arcs narratifs secondaires, notamment consacrés aux personnages, à leurs histoires personnelles, ou à leurs relations entre eux. Évidemment, la plupart de ces arcs narratifs viennent nourrir l’intrigue principale, par micro-touches, ou par grosses révélations. Malgré ce rythme un peu lent, l’ensemble est très efficace : les péripéties, les révélations et les meurtres se succèdent à une bonne cadence, ce qui maintient un suspense assez agréable.

La narration joue sur une alternance entre le présent (la majorité des chapitres), et le passé, dans des chapitres assez courts, montrant l’enfance (affreuse) d’un inconnu au bataillon – que l’on soupçonne assez vite d’être le meurtrier. Plus l’on avance dans le récit, plus les indices sur son identité se multiplient donc… et nous embrouillent, car son passé (enfant solitaire, pêcheur, amateur de radio, etc.) correspond à celui de beaucoup d’hommes de la région (et donc de personnages du récit). La construction est classique, mais j’ai trouvé qu’elle était bien utilisée ici, et qu’elle servait vraiment bien le récit !
De plus, les allers-retours présent/passé sont loin d’être artificiels, puisque l’intrigue puise ses sources dans le passé (parfois chaotique) de l’Espagne. Rapidement, les enquêteurs trouvent sur leur piste un couvent important de la région, dans les affaires duquel il est difficile de fouiller. Sans trop spoiler, je peux vous dire que le passé franquiste ultra-catholique de l’Espagne remonte à la surface, entraînant à sa suite quelques vilains secrets de famille que les gens pensaient bien enfouis.
Le rythme s’accélère nettement à la fin, rompant le rythme assez lent instauré jusque-là. Ce n’est pas précipité, mais c’est bien plus trépidant que dans les chapitres précédents ! J’ai été assez surprise par certains rebondissements finaux : l’enquête est bouclée, mais on ne peut pas vraiment parler de happy end… J’ai trouvé ça agréablement surprenant !

J’ai trouvé que le roman était aussi très en prise avec notre époque. Ibon Martín campe deux héroïnes célibataires et libres, et toute une partie du récit tourne autour du féminisme. Évidemment, la question des droits des femmes est au centre du récit avec toute l’intrigue tournant autour du couvent, mais on parle aussi beaucoup de violences faites aux femmes (avec notamment l’évocation du délit de violence de genre).

Enfin, et c’est un point non négligeable, parlons de l’immersion ! Ibon Martín a commencé sa carrière en écrivant des guides touristiques du Pays basque… et cela se sent. Le récit met vraiment la région d’Urdaibai à l’honneur, avec moult descriptions détaillées (pas trop longues, et bien réparties dans le récit). Quel que soit l’endroit visité, il n’est pas difficile de le visualiser, tant l’auteur s’attache aux lieux. On s’y croirait ! Côté immersion, le texte utilise aussi de nombreux mot en basque (tous repris dans un glossaire final, donc pas panique). D’ailleurs, je me suis demandé si les ertzaina (police basque) travaillaient en basque, ou bien en espagnol ? (Je ne sais même pas si le roman en VO répond à cette question).

Excellente découverte pour ma part, donc, que ce polar espagnol, qui nous emmène en bord de mer. Si l’intrigue peut sembler lente à se déployer, j’ai apprécié l’immersion dans les lieux et dans les histoires des personnages. Je les retrouverai d’ailleurs avec plaisir dans les tomes suivants !

La valse des tulipes, Ibon Martín. Traduit de l’espagnol par Claude Bleton.
Babel (noir), réédition mai 2022, 624 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

Rendez-vous avec le crime, Les Détectives du Yorkshire #1, Julia Chapman.

Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson – et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

Cela faisait un moment que je n’avais pas écouté un roman policier et celui-ci étant dans ma PAL depuis un moment (depuis qu’on n’arrêtait pas de me demander ce titre quand je bossais au rayon polar à la bibli, précisément), il était grand temps que je m’y mette. Et la découverte a été très bonne !

On est plus dans du cosy mystery que dans du polar à l’anglaise façon Agatha Christie, mais l’intrigue fonctionne quand même très bien. Dès le départ, on est plongés dans l’ambiance de Bruncliffe, petit village typique du Yorkshire, avec ses petites histoires, ses ragots, ses inimitiés. Attention, le début est un peu ardu, car il y a énormément de personnages qui sont cités !
L’intrigue purement policière ne démarre d’ailleurs pas immédiatement : c’est le premier tome, on a un petit temps d’exposition. Mais comme celui-ci est entièrement accaparé par la série de déconvenues de Delilah, qui permet au passage de présenter des personnages et de situer les principaux enjeux personnels, je n’ai pas eu cette impression de remplissage que peuvent avoir certains incipits. Donc cela démarrait plutôt bien. D’autant que l’enquête commence assez doucement, Samson étant recruté par une mère qui l’enjoint d’enquêter sur la mort suspecte de son fils, classée en suicide (ce qui ne lui convient pas), et sur laquelle il n’a que peu, voire pas du tout d’indice. Il faut laisser à l’intrigue le temps de démarrer, ce qui peut donner l’impression qu’il y a des longueurs dans la première partie du récit. De mon côté, j’étais suffisamment intéressée par les bisbilles du village pour ne pas souffrir de ce rythme tranquille !

Le récit mêle vraiment l’enquête aux trajectoires personnelles des personnages. En effet, en s’intéressant tour à tour aux deux personnages phare, à savoir Delilah et Samson, on a un aperçu direct de la vie du village et des connexions entre les différents personnages. Surtout, on en apprend plus sur le gros différent entre les Metcalfe et Samson, qui vient agréablement nourrir l’intrigue. Après l’apparente lenteur du départ, celle-ci progresse ainsi sur un rythme très confortable, qui aligne révélations, retournements de situations et scènes de la vie quotidienne au village, non dénuées d’humour. C’est du cosy mystery, quand même ! Pas de scène gore à l’horizon donc, mais un petit aspect comédie pas désagréable du tout. Ce qui n’empêche pas le récit de connaître des moments de tension : à ce titre, j’ai trouvé la scène finale vraiment bien menée et prenante, comme la tension subtile qui court tout du long de l’ouvrage, et qui concerne le mystérieux passé de Samson (dont j’espère connaître plus de détails dans la suite). Ceci étant dit, j’ai quelque peu regretté qu’on ait si peu d’indices pour découvrir de nous-mêmes qui était le coupable : on ne réunit les éléments que quelques instants avant que celui-ci ne soit confondu !

Je le disais au départ, les personnages sont très nombreux, ce qui assure un constant renouvellement des sources d’information et de péripéties – c’est d’onc le moment où je confesse m’être souvent perdue dans la nombreuse famille Metcalfe.
Tous les personnages ne sont pas aussi creusés que Samson et Delilah, mais parmi les personnages secondaires, ma préférence va tout doit à Ida Capstick, la femme de ménage à la langue acérée et à l’œil affûté, dont j’ai bien apprécié le caractère piquant ! J’espère la retrouver dans les tomes suivants !

Ce premier tome de la série des Détectives du Yorkshire est donc une très bonne découverte. J’ai passé un bon moment avec ce cosy mystery, qui allie mystère, vie mouvementée à la campagne et humour, un mélange auquel j’ai du mal à résister. Même si l’enquête est longue à démarrer, j’ai passé un très bon moment avec cette intrigue, qui sait ménager les scènes de comédie et les moments de tension plus prenants. Avec ça, la lecture d’Odile Cohen est parfaite, expressive comme il le faut ! J’ai donc hâte de poursuivre ma découverte de cette série, et toujours en audio !

Les Détectives du Yorkshire #1 : Rendez-vous avec le crime, Julia Chapman.
Traduit de l’anglais par Dominique Haas. Lizzie, réédition 2020, 720 min. Lu par Odile Cohen.

Oscar Goupil : a London mystery, Camille Guénot.

Mes parents m’avaient laissé une lettre : je passerais mes vacances de fin d’année chez ma grand-tante Léonie, à Londres. Pas vraiment un cadeau, vu sa réputation. Et le train partait dans une heure. « Délicieusement excentriques » ? Complètement irresponsables, je dirais. Heureusement que je me débrouille en anglais. Je me demande maintenant à quoi ressemblerait ma vie si j’avais raté ce train, si je n’avais pas été obligé d’aller dans ce musée, la National Gallery, si je n’avais pas découvert… Disons juste que la magie n’est pas toujours là où on s’y attend.

On continue avec la (bonne) série de ma PAL de travail. Un titre mystérieux, une autrice que je ne connaissais pas et, résultat : un titre à un cheveu du coup de cœur !

L’intrigue débute au soir des vacances de Noël, où Oscar découvre que ses adorables parents l’ont tout simplement abandonné, en lui laissant un billet de train et la consigne d’aller crécher chez sa grande-tante Léonie, qu’il connaît à peine (laquelle est moins que ravie de l’accueillir, étant en froid avec sa nièce, la mère d’Oscar.). Avec ça, Léonie a elle aussi prévu de se débarrasser d’Oscar, qui est expédié à la National Gallery, pour y travailler durant ses vacances. Bref : excellente ambiance en famille (esprit de Noël, tout ça tout ça).

« Le seul espace où je me sentais chez moi était ma chambre. Une immense bibliothèque en bois, à laquelle je grimpais à l’aide d’une échelle coulissante, couvrait un mur entier, et des piles de romans, de bandes dessinées et de mangas s’entassaient au petit bonheur autour d’un matelas à même le sol.
Une baie vitrée inondait mon lit de lumière et, en ce mois de décembre, dévoilait les branches couvertes de givre des tilleuls de la place Martin-Nadaud. Ici, rien ne pouvait m’atteindre du monde extérieur. Je ne connaissais pas plus grand bien-être que de griffonner sur mes carnets dans un coin de soleil ou de me blottir sous ma couette après la classe avec un saucisson, une part de tarte aux noix de pécan – oh, bonheur suprême ! – et d’ouvrir un livre. J’étais entouré d’amis silencieux – Harry, Katniss, Ophélie, Nicolas, Blacksad, Lyra, Enid… – avec qui je vivais, du fond de mon lit, des aventures extraordinaires. Pourquoi irais-je me confronter aux autres quand, avec eux, je pouvais frissonner, rire, pleurer et surtout rester moi-même ? Avec eux, j’avais le droit d’être très ennuyeux ou complètement fou, cela ne changeait rien, et j’aimais cette constance par-dessus tout. »

Rapidement, l’intrigue bascule dans un mélange très réussi d’enquête policière (les sept artistes contemporains invités au musée, dont la mère d’Oscar !, disparaissant mystérieusement) et de fantastique (Oscar se découvrant un pouvoir avec les tableaux, pouvoir qui est à peine explicité). Les deux aspects du récit s’entremêlent à la perfection, l’aspect fantastique nourrissant l’enquête et vice-versa.
De fait, le suspense est bien présent, puisqu’Oscar, livré à lui-même, se retrouve à chercher à la fois des informations et des solutions sur son pouvoir, et le problème de la disparition.

« Mes yeux s’ouvrirent tout grands: un peu plus loin, dans le tableau près de l’escalier, une femme me regardait.
–Tu as interrompu ma lecture, se plaignit-elle, en s’éventant d’un air agacé.
Était-ce un écran de télévision, une illusion d’optique ? Je clignai des yeux mais, rien à faire, la femme agitait toujours son livre. […]
– Et je suis experte en drames familiaux, voyez-vous, ajouta-t-elle pour se justifier. Ce roman m’a tout appris. Il faut dire que je le lis depuis cent cinquante ans !
Elle me montra fièrement la couverture du livre qu’elle tenait sur ses genoux. Je dus plisser les yeux pour en déchiffrer le titre. C’était Tom Sawyer de Mark Twain.
– Moi aussi, j’adore lire. Harry Potter est mon roman préféré. Vous connaissez ? C’est drôle parce que les tableaux parlent aussi.
– Bien sûr qu’ils parlent ! Son autrice, Mrs J. K. Rowling, a pris conseil auprès de Wallis pour que tout soit conforme.
– Wallis ?
– Wallis Simpson, enfin, la duchesse de Windsor ! Elle est à la Portrait Gallery, mais nous avons été voisines de rénovation pendant quelque temps. La malheureuse avait la peau du cou toute fripée! Ce n’est pas parce qu’on est l’épouse du roi que…
– Attendez ! Vous voulez dire que les autres tableaux… parlent aussi ?
Je me sentis défaillir. Mark Twain, J. K. Rowling, Wallis machin-chose… je n’y comprenais rien.
– Cher ami, je vais finir par croire que vous êtes sot ! Évidemment que nous parlons ! C’est le miracle de l’art ! »

L’art est donc au centre du récit : la quasi-totalité des scènes se déroulent au sein de la National Gallery, qu’Oscar arpente donc de long en large, en regardant les tableaux (voire en discutant directement avec eux). Cela m’a donné d’une part très envie de découvrir ses tableaux et, d’autre part, d’aller visiter ce fameux musée. Par ailleurs, il y a une vraie tension entre art classique et contemporain : l’événement proposé par le musée consiste à laisser carte blanche à sept artistes contemporains pour des installations au sein même des galeries très classiques de la National Gallery. Il y a donc une vraie polémique au sein du monde de l’art, les uns arguant que cet événement va redonner de l’élan au musée, les autres estimant qu’il s’agit d’un non-sens total. La réflexion sur la beauté est donc très intéressante, bien menée, et la conclusion est laissée à la libre appréciation du lecteur.
Le roman évoque aussi les relations familiales : la famille d’Oscar peut se révéler un peu étrange (parents démissionnaires, secrets de famille, etc.), ce qui suscite quelques réflexions intéressantes.

J’ai trouvé le roman très original : le pouvoir lié aux tableaux est bien mis en scène, la tension entre art classique et contemporain parfaitement intégrée au récit et dès que l’on bascule dans les tableaux, il y a un côté baroque et loufoque qui m’a éminemment plu (notamment les chevaux magiques de la duchesse de Windsor !). Avec ça, l’autrice n’oublie pas de glisser des touches d’humour bienvenues dans le texte, que ce soit dans les descriptions, dans les dialogues, ou dans les notes de bas de page (qui sont utilisées à très bon escient). Londres oblige, les dialogues sont également mâtinés de quelques touches d’anglais (faciles d’accès), qui concourent à créer l’ambiance très british de l’ensemble.

En bref, j’ai adoré cette lecture. L’intrigue est très originale, mêle avec brio enquête et fantastique, tout en proposant d’intéressants sujets de réflexion. Surtout, elle donne très envie d’aller au musée, voir les tableaux cités (mais pas que) et de s’intéresser à l’art en général ! Très bonne pioche, donc, et je guetterai la suite des œuvres de l’autrice, que je ne connaissais pas.

Oscar Goupil : a London mystery, Camille Guénot. L’École des Loisirs, 26 octobre 2022, 233 p.

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Un autre roman très original qui se déroule dans l'univers fascinant des tableaux !

Encens, Johanna Marines.

Nouvelle Orléans, 1919. Alors que le tueur à la hache sème la terreur dans les rues et nargue les enquêteurs, le corps mutilé d’une jeune femme est découvert en ville. Que signifient ces notes de musique et ces marques de brûlures retrouvées sur sa peau et ces étranges plumes métalliques plantées dans son dos ?
Pour les inspecteurs Perkins et Bowie, une nouvelle enquête s’ouvre. Se pourrait-il qu’un deuxième meurtrier soit à l’œuvre ? Que faire quand deux tueurs en série rivalisent de cruauté et que la ville devient leur terrain de jeu ? Plongez au cœur des Bayous où le jazz est roi et prenez de la hauteur à bord du Mécanic Hall, un aérocabaret où les dancing-automates sont devenus des déesses de la fête. Découvrez le passé trouble de Grace, une intrépide cartomancienne et de sa chouette mécanique et sautez de toits en toits aux côtés des désembobineurs qui collectent l’électricité pour la New Orleans General Electric Company.

Encens est un des cinq romans nominés au PLIB 2022 et… malheureusement, on ne peut pas dire que j’ai franchement accroché à ce titre.
L’histoire se déroule à la Nouvelle-Orléans, dans les États-Désunis d’Amérique, en 1919. Dans cette réalité alternative, les automates sont légion, que ce soit parmi les humains ou les animaux. Par ailleurs, un tueur armé d’une hache sévit dans la cité, répandant la terreur. Pour cet aspect de l’intrigue, l’autrice a repris un véritable fait divers, qui a inspiré de nombreuses œuvres (dont l’excellent thriller Carnaval de Ray Celestin !), sans doute car l’identité réelle du tueur n’a jamais été découverte.

Le récit se concentre autour de trois personnages principaux (plus quelques autres, mais qui sont moins fouillés) : l’inspecteur William Perkins, en charge des deux affaires de tueurs en série ; Ian Cobb, un psychiatre tourmenté ; et Grace, la fille de l’inspecteur Perkins, qui vit seule, travaille dans un aérocabaret, porte des pantalons (so chocking !) et a été adoptée après la destruction totale de son orphelinat dans un incendie. De façon assez classique, le récit fait s’entrecroiser les points de vue et trajectoires des trois personnages, en les entrecoupant d’analepses, d’introspection des tueurs en série, de brefs passages chez les personnages secondaires, ou d’articles de journaux. Un schéma narratif qui a fait ses preuves et qui fonctionne ici parfaitement, donnant au récit un rythme très agréable – d’autant que celui-ci est mené d’une plume fluide et entraînante. L’enquête est menée sans répit : les changements de focale rapides, comme la façon dont s’entrecroisent les secrets des personnages (car évidemment ils sont tous liés !) rendent l’ensemble vraiment prenant.

Si l’uchronie n’est vraiment pas poussée, on profite de cette esthétique chargée en dirigeables, automates, et créations électriques : le roman relève du dieselpunk, c’est-à-dire du steampunk, mais pas sous l’ère victorienne (plutôt l’entre-deux-guerres), et avec d’autres technologies que la seule vapeur. Cela change un peu, et j’ai trouvé cela très plaisant !

Mais alors, qu’est-ce qui ne l’a pas fait ?
Autant j’ai apprécié le rythme, autant l’alternance rapide des points de vue m’a parfois empêchée de m’attacher aux personnages, donc je suis restée en peu en dehors. Et alors que la tension ne faisait que monter, le retournement final m’a semblé faire tout retomber à plat, en introduisant des éléments pas du tout évoqués jusque-là et comme sortis du chapeau. Je n’ai pas trouvé la conclusion de l’enquête franchement crédible.
Par ailleurs, j’ai eu l’impression que le récit faisait intervenir trop de thèmes pour réussir à vraiment les traiter tous en même temps : outre l’enquête autour des deux meurtriers en série, il est question de la lutte sociale des automates pour leurs droits (que j’ai interprétée comme une relecture de la ségrégation), des conditions de vie (souvent désastreuses) des minorités (parmi lesquelles les homosexuels et les automates), des avancées technologiques (notamment autour de l’électricité et des automates), ou encore des progrès et des dérives de la médecine (toujours avec l’électricité, avec semble-t-il un clin d’œil aux travaux autour de la santé mentale qui faisaient fureur à l’époque).
Chacun d’entre eux est intéressant, mais on part un peu dans tous les sens, et on reste toujours un peu en surface ; cela ne m’a pas aidée à plonger dans ma lecture, car j’ai dû me remobiliser à chaque chapitre concernant l’enquête proprement dite.
Enfin, j’ai été particulièrement gênée par les coquilles et les tournures de phrase exotiques, qui m’ont sortie de ma lecture à de nombreuses reprises.

Une lecture en demi-teinte, donc. Si j’ai franchement apprécié le style fluide, comme l’idée de détourner un fait divers réel (et sordide !) dans une ambiance steampunk hyper réussie, l’accumulation de thèmes, comme les trop nombreuses coquilles, ont contribué à mon manque d’enthousiasme dans ma lecture.

Encens, Johanna Marines. Snag, juin 2021, 500 p.
#PLIB2022 #ISBN9782490151370

Le second visage d’Arsène Lupin, Boileau-Narcejac.


Arsène Lupin a légué au Musée du Louvre les trésors de l’Aiguille creuse et a tiré sa révérence. Finis les cambriolages effectués d’une main de maître, les évasions pleines de panache, les billets d’excuse adressées aux victimes… La Griffe a pris le relais et ne fait pas de quartiers : cambriolages avec effraction, enlèvements, brutalité, et meurtres. Arsène Lupin ne peut pas laisser cet individu entacher la profession et semer la terreur. D’autant plus que La Griffe le défie avec insolence. Lupin doit contre-attaquer. Il est certes cambrioleur, mais gentleman avant tout !

En 2019 (je pensais pourtant que c’était l’an dernier !!), j’ai lu avec un immense plaisir La Poudrière, deuxième épisode (sur cinq) du pastiche d’Arsène Lupin écrit par le duo Boileau-Narcejac. Comme j’ai passé un excellent moment, je me suis offert la suite (on verra plus tard pour le tome 1, donc !), avec Le second visage d’Arsène Lupin.

Avant même de commencer, j’étais hyper emballée (déjà par la perspective d’un nouveau pastiche), mais aussi parce que mes deux titres préférés de la série originelle (La double vie d’Arsène Lupin et La femme aux deux sourires) comportent l’idée de dualité dans leur titre. Je me suis donc dit que c’était de bon augure !

Comme dans La Poudrière, Arsène Lupin va endosser son costume d’enquêteur, plutôt que celui de cambrioleur, même si sa vraie nature ne va pas tarder à revenir sur le premier plan de la scène. Car en effet, un autre cambrioleur de génie ose le défier et s’en prendre directement à sa réputation ! Cela mérite de sortir de sa retraite !

L’intrigue se déroule en fait juste après L’Aiguille creuse. Au vu de la fin, Arsène Lupin est tout simplement en train de cuver sa dépression et a complètement raccroché les gants. J’ai trouvé vraiment intéressant que les auteurs se glissent dans les interstices de la chronologie du personnage, et qu’ils exploitent les éléments des romans d’origine. Là, on est face à un Lupin au fond du seau, plus torturé que jamais et, comme dans le tome précédent, parfaitement écrit. Contrairement au tome précédent, il est aussi assez seul : son organisation a été dissoute et il se retrouve quasiment sans appui. Or, dès qu’il se lance dans la bagarre, cela peut jouer en sa défaveur… ce qui ajoute grandement au suspense général de l’intrigue.

Celle-ci reprend les codes que j’apprécie dans les Arsène Lupin : des opposants déterminés, des faux-semblants, des machinations menées de main de maître et des déguisements, beaucoup de déguisements ! D’ailleurs, il y a un côté très amusant quand on songe à la Griffe, qui se grime en Arsène, ce qui fait un peu pastiche dans le pastiche. Donc on est dans un vrai (ou presque !) Arsène Lupin, avec ce que cela comporte de moments de tension, mais avec en plus un petit côté comédie parodique bien agréable.
Comme je le disais un peu plus haut, l’intrigue est particulièrement prenante. J’avais deviné l’identité de l’opposant avant la fin (je pense que j’ai lu trop d’Arsène Lupin, maintenant, cela joue en ma défaveur), mais j’ai quand même passé un excellent moment de lecture avec ce titre. Je suis même carrément déçue de savoir qu’il ne m’en reste plus que trois à lire !

Encore une excellente pioche donc, dans la série de pastiche commise par le duo Boileau-Narcejac. Le style est impeccable et, s’ils se sont parfaitement approprié l’œuvre originelle, ils proposent une intrigue complètement originale, mais aussi particulièrement prenante, qui m’a tenue en haleine (et ce malgré le fait que j’aie deviné la fin). Je suis donc très, très curieuse de lire les trois tomes de la série qu’il me reste à découvrir !

Arsène Lupin : le second visage d’Arsène Lupin, Boileau-Narcejac.
Éditions du Masque, réédition 2013, 217 p.

La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North.

Je m’appelle Hope Arden mais vous oublierez ce nom et jusqu’à mon existence. Nous nous sommes déjà rencontrés des milliers de fois. Je suis la fille dont personne ne se souvient. Tout a commencé quand j’avais seize ans. Un lent déclin, un isolement inéluctable. Mon père qui oublie de me conduire au lycée. Ma mère qui met la table pour trois, pas quatre. Un prof qui omet de demander un essai que je n’ai pas rendu. Un ami qui me regarde et voit une étrangère. Qu’importe ce que je fais, ce que je dis, les blessures que j’inflige, les crimes que je commets. Vous ne vous souviendrez jamais de moi. On ne peut pas dire que ça me facilite la vie, mais ça fait aussi de moi une personne dangereuse.

Quel roman étonnant, qui joue sur trois genres qui se mêlent parfaitement : anticipation, fantastique et thriller !

Hope Arden a le désagréable privilège d’être parfaitement oubliable. Dans les trente secondes après être sortie du champ de vision de ses interlocuteurs, elle disparaît purement et simplement de leur mémoire. Sa famille l’a oubliée, ses amis aussi, la société entière semble ne plus la calculer. Ce qui, dans la vie courante, peut s’avérer particulièrement handicapant.

« Choses difficiles à faire quand le monde vous oublie :
• Sortir avec quelqu’un
• Trouver un travail
• Recevoir des soins médicaux suivis
• Obtenir un prêt bancaire
• Obtenir un diplôme
• Obtenir des références
• Être servie au restaurant. »

La faculté de Hope n’est jamais vraiment explicitée. Pourquoi l’oublie-t-on ? Est-ce génétique ? Cela vient-il d’un virus ? Est-elle folle ? On ne saura jamais, ce qui donne au récit une petite touche fantastique assez intéressante.

La situation étant ce qu’elle est, Hope devient une cambrioleuse particulièrement douée et dont la méthode reste parfaitement opaque aux yeux des autorités (et on comprend bien pourquoi). Pourtant, celle-ci comporte des lacunes : parfois elle se fait voir par des caméras de sécurité, ou son utilisation du darknet laisse un peu à désirer en termes de sécurité. A force de larcins, Hope s’attaque à un gros poisson : Perfection.
Perfection est une sorte d’application de coaching ultra-gourmande en données personnelles. A chaque « bonne action » validée par Perfection, les usagers gagnent des points. Chaque point durement gagné permet d’obtenir des bons de réduction auprès de marques, des invitations à des événements sélects, etc. Peu à peu, l’application enregistre les mouvements des cartes de crédits et de fidélité, les restaurants et magasins fréquentés et, pire, les personnes rencontrées. Afin de rendre chaque utilisateur « parfait », elle suggère d’écarter définitivement untel, de modifier son alimentation, de quitter son travail pour un autre poste plus lucratif, ou de changer totalement de look. Tout cela à grands renforts de données personnelles qu’elle ingurgite et recrache à tout va. Voilà pour le côté anticipation.

Malgré sa redoutable faculté, la croisade de Hope n’est pas de tout repos : Interpol est sur ses traces, les gros bras de Perfection aussi et les capacités de la cambrioleuse intéressent du monde sur le darknet. Bon an mal an, ce qui n’aurait dû être qu’un hold-up de plus se transforme en traque forcenée, ce qui rend le roman extrêmement prenant.

Le récit est, avec ça, merveilleusement construit. Il alterne présent et passé, ce qui nous permet de suivre Hope dans ses pérégrinations, tout en comprenant comment elle s’est construite. C’est aussi ce qui le rend si addictif. De plus, la narration est régulièrement entrecoupée de réflexions de la narratrice, de définitions de choses diverses et variées, de listes d’observations qu’elle se fait, ou du mantra qu’elle se répète pour s’ancrer dans le réel. Cela ne casse pas le récit, mais lui donne plutôt des respirations, calées sur celles dont la narratrice a besoin lorsque sa situation menace de lui faire péter les plombs. C’est bien vu, parfaitement exécuté, et cela rend le tout très immersif !

« Qu’est-ce que la connaissance ? C’est l’inspiration. C’est un appel aux armes. C’est un rappel qu’il n’est rien qui ne puisse être accompli. C’est l’humanité sous toutes ses formes. »

Au fil des chapitres et de la traque, le roman nous invite à nous interroger sur nos pratiques numériques, notamment concernant les réseaux sociaux. Perfection n’est pas si éloignée de choses qui existent aujourd’hui et cela incite vraiment à réfléchir à la façon dont on consomme ces gadgets appréciés du public et dont la face cachée peut parfois échapper à ses utilisateurs. Mais il est aussi question d’amitié, d’amour, de solitude, ou du pouvoir de la connaissance. Tout cela est livré un peu en vrac, au fil des pensées de la narratrice, qui lance parfois de simples pistes de réflexion, ou propose sa propre vision des sujets en question.

J’ai adoré écouter ce roman. La narratrice est parfaite, et lit d’un ton presque clinique qui correspond parfaitement à la personnalité de la narratrice. Se sentant en-dehors du monde, elle raconte son histoire presque comme une observatrice, et la lectrice a rendu cette attitude merveilleusement bien. De plus, le travail effectué sur les dialogues entre personnages les rend très intelligibles. En jouant sur le volume sonore ou sur l’étouffement de la voix, on sait toujours qui est en train de parler à qui, impossible de s’y perdre. L’enregistrement est vraiment génial !

Voilà une lecture audio que j’ai adorée, et que je pense refaire dans quelque temps. Le récit, très prenant, mêle habilement fantastique, anticipation et thriller, dans un rythme bien mené. Même si je reconnais quelques longueurs dans le milieu du roman, j’ai trouvé l’intrigue palpitante. La lectrice met le ton parfait pour le récit, ce qui contribue à le rendre si prenant. Excellente découverte, donc, qui me donne très envie de lire d’autres titres de l’autrice !

La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North. Traduit de l’anglais par Isabelle Troin.
Hardigan, 2016, 840 min. Lu par Manon Jomain.

La Princesse au visage de nuit, David Bry.

Dans les bois vit la princesse au visage de nuit ; ses yeux sont des étoiles et ses cheveux l’obscur.
Hugo, enfant violenté par ses parents, s’est enfui avec ses amis dans la forêt, à la recherche de la princesse au visage de nuit, qui exaucerait les vœux des enfants malheureux… Il est ressorti du bois seul et sans souvenirs, et a été placé dans une famille d’accueil.
Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout fait pour oublier son enfance, Hugo apprend la mort de ses parents. Mais, de retour dans le village de son enfance, il découvre que ses parents auraient été assassinés, et d’étranges événements se produisent. La petite voiture de son enfance réapparaît comme par magie. De mystérieuses lueurs brillent dans les bois. Les orages soufflent des prénoms dans le vent…

Double nomination pour ce titre, au Prix Imaginales des Bibliothécaires, mais aussi au PLIB2021, ce qui lui donnait deux très bonnes raisons d’atterrir sur ma pile à lire – sans compter qu’il se trouve dans mon challenge ABC. Et j’ai passé un très bon moment avec ce titre !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le récit commence très fort, avec l’enterrement des parents d’Hugo, qui a pour eux cette seule épitaphe : « Puissiez-vous brûler en enfer ». Au moins, c’est clair, le ton est donné !
L’affaire se corse un brin lorsqu’il s’avère que les freins de la voiture parentale ont été trafiqués. Et les empreintes… sont celles d’Hugo. Or, celui-ci avait, à onze ans, une excellente raison d’aller chercher la princesse au visage de nuit dans la forêt. La même qui l’a tenu éloigné de St-Cyr pendant vingt ans. Alors, que se passe-t-il réellement, de nos jours, dans ce petit village campagnard ?

Eh bien, la routine pour un bled : un village plutôt isolé, qui semble n’avoir pas embrassé la modernité, où tout le monde se connaît. L’ambiance, d’ailleurs, est vraiment très réussie : on retrouve tout ce qui fait les petits villages de campagne, les bons comme les mauvais côté. Les petites habitudes bien ancrées, les secrets plus ou moins dérangeants, l’attachement à « l’ancien temps », l’entraide, mais aussi les petites rancœurs qui évoluent salement. Bref, on s’y croirait et cette ambiance très prenante m’a aidée à engloutir le roman en moins de deux !

Le récit alterne entre le temps présent et l’époque de la disparition des amis d’Hugo, lorsqu’ils avaient onze ans. Si dans le premier, Hugo enquête un peu sur la mort de ses parents, et beaucoup sur celle, plus ancienne, de ses amis, dans le second, on assiste aux quelques mois qui ont précédé la fameuse disparition. Dans les deux cas, un angoissant compte à rebours avant le solstice d’été vient donner du rythme à l’intrigue.
Celle-ci mélange donc enquête policière (avec moult interventions de la gendarmerie, puisque la gendarme en charge de l’affaire n’est autre que la petite sœur de l’amie disparue !) et ambiance pour le moins fantastique. L’auteur joue ainsi sur les images de la forêt potentiellement habitée par une créature mi-divine mi-terrifiante (et cela m’a fait penser à la série Zone blanche), sur le manoir « hanté » façon Jane Eyre, sur l’ambiance (tellement réussie) des villages de l’arrière-campagne et sur tout ce qui peut tourner autour des malédictions en général.
Résultat ? Eh bien tout cela s’avère très prenant et j’avoue que je me suis bien laissée prendre au jeu de cette ambiance légèrement fantastique, parfois effrayante, très intrigante. (D’autant qu’il ne me faut pas grand-chose pour me faire dresser les cheveux sur la tête). Ceci étant dit, j’ai trouvé la fin un peu rapide, d’ailleurs, quoiqu’assez poétique.

Dans les bois vit
La princesse au visage de nuit,
Ses yeux sont étoiles
Ses cheveux l’obscur.

Dans les bois gît
La princesse au visage de nuit,
Dans sa main pâle,
Meurent les cœurs purs.

L’autre côté très prenant du roman vient des thèmes que l’auteur a mêlés au récit d’enquête. Si on comprend assez vite que l’enfance d’Hugo a été plus que sombre, les détails de ce qu’il a vécu et de ce qu’ont subi ses petits camarades sont lentement distillés dans le récit. Enquêtant sur le passé, Hugo met également au jour les horreurs qui se jouent encore dans le village. Les sujets abordés, issus de la vie quotidienne et du réalisme le plus pur, sont vraiment durs. On parle de viol, de maltraitance sur enfants, de harcèlement… C’est hyper sombre !
Ces sujets arrivent aussi par la bande d’amis (actuels) d’Hugo, tous issus, comme lui, de l’aide sociale à l’enfance, et traînant moult casseroles derrière eux. Et, finalement, c’est là que le bât blesse un tantinet. Car ces personnages véhiculent des thématiques d’une importance capitale, et pas hyper développées – en même temps, ce n’est pas le sujet ici. Or, dans la mesure où ces personnages sont extrêmement présents (ils sont dans la quasi totalité des scènes du présent !), il y a un vrai décalage entre leurs apparitions et l’intérêt accordé aux sujets qui leur sont liés.

En bref, La Princesse au visage de nuit est un thriller fantastique à l’ambiance soignée et très prenante. Au détour des chapitres et de l’enquête, des sujets de société assez durs sont évoqués (et malheureusement pas toujours de façon assez creusée pour être honnête !). Le récit est porté par une plume fluide, qui se fait parfois poétique. Si j’ai trouvé la fin un peu trop rapide, j’ai apprécié l’ambiance générale du roman !

La Princesse au visage de nuit, David Bry. L’Homme sans nom, octobre 2020, 280 p.
#PLIB2021 #ISBN9782918541721

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