Le couronnement de la Reine morte, Le Roi de paille #2, Isabelle Dethan.

Accompagnée de son demi-frère, Sennedjem, la princesse Neith a fui l’Égypte pour ne pas finir dans le lit de Pharaon, son père. Capturés par des marchands d’esclaves, les deux jeunes gens sont alors vendus à Nabù-kudduri-usur, le roi de Babylone.
Sennedjem est promis à un funeste destin : il est choisi pour incarner le « Roi de Paille ». Son rôle consistera à attirer sur lui la malédiction divine afin de la détourner du souverain de Babylone.
Neith, devenue la suivante de la concubine Shamhat, aimée du prince héritier Amel, va tenter l’impossible pour lui venir en aide… et parvient à le faire évader.

En 2020, j’étais une fangirl heureuse : Isabelle Dethan, une de mes autrices-illustratrices préférées, sortait une nouvelle série de BD dont l’intrigue se déroulait en Égypte. Et bien que j’aie écrit à ce moment-là que je mourais d’impatience de lire la suite, j’aurai bien fait attendre celle-ci – mais c’était pour mieux en profiter !

La fin du tome 1 nous laissait sur des charbons ardents, puisque le plan d’évasion de Neith et Senn réussissait à moitié : Senn était sauvé, Neith contrainte de retourner auprès du prince Amel, de sa concubine Shamhat, et de leurs délicieux enfants. Inutile donc de dire que l’on reprend la lecture de la série sous une certaine tension, d’autant que le sauveur venu sortir Neith et Sennedjem des griffes de leur geôlier n’est autre qu’un envoyé de Pharaon, chargé de ramener la jeune princesse tout droit dans la couche de son royal paternel.

Autant le récit de la première aventure était resserré en temps, autant celui-ci s’étale sur un temps quelque peu plus long (j’ai eu l’impression qu’on pouvait le compter en semaines, voire en mois). Plus encore que dans le premier tome, on est plongés dans la politique babylonienne, qu’il s’agisse de ses relations diplomatiques, notamment avec la nation Mède voisine, ou de sa mouvementée politique interne.
De fait, difficile de s’ennuyer dans cet opus, car les péripéties s’enchaînent à bon train – je vous l’ai dit, la politique babylonienne est mouvementée !

Rapidement, le récit quitte la cité babylonienne pour le désert, et l’on suit à la fois les parcours de Neith et Sennedjem, chacun de leur côté. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, et on va s’intéresser notamment à la concubine Shamhat, à Ladiocée, la jeune princesse Mède et au prince Amel. Tout cela est hyper intéressant et bien mené, ce qui explique que je me sois régalée.
Mais je dois quand même avouer que j’ai été un peu surprise par la rapidité de la fin : ça m’a laissé la même impression que la la fin de la série Sur les terres d’Horus (un énorme coup de cœur que je relis souvent et que je vous conseille vivement!). Comme si la série avait été prévue initialement avec un tome supplémentaire, et que finalement on s’arrêtait là. La conclusion donne une vraie fin à l’histoire mais il y a un je-ne-sais-quoi de rapidité qui laisse un sentiment d’inachevé !

Heureusement, les illustrations sublimes sont là pour en mettre plein les mirettes et faire oublier ce léger désappointement. Encore une fois, Isabelle Dethan a un vrai talent pour faire revivre l’Antiquité égyptienne dans toute sa splendeur et toutes ses caractéristiques. Les dessins sont splendides, les couleurs parfaites, et je trouve que les planches invitent à se perdre dans les décors et les détails, ce que j’adore dans ces bandes-dessinées.

En somme, j’ai encore une fois été conquise par la plume et les pinceaux d’Isabelle Dethan, dans ce récit qui nous emmène de nouveau dans l’Antiquité, mais plus du côté de Babylone que de l’Égypte, cette fois. Le récit, focalisé sur un jeune prince et une jeune princesse égyptienne soulève des enjeux personnels et politiques très prenants – au point que j’aurais volontiers signé pour un tome supplémentaire. Enfin, pour ne rien gâcher, les illustrations sublimes sont un vrai plaisir pour les yeux ! Je suis certaine de relire cette série régulièrement !

Dans la même série : La Fille de Pharaon (1).

Le Roi de paille #2, Le couronnement de la reine morte, Isabelle Dethan.
Dargaud, janvier 2021, 56 p.

Lost Lad London #1, Shima Shinya

Al, étudiant londonien d’origine asiatique, se sent à part dans sa famille d’adoption. Il préfère vivre en colocation, à distance de ses parents. Son ambition est d’obtenir son diplôme sans faire de vagues… Mais sa vie bascule lorsqu’il monte dans le métro où le maire de la ville est retrouvé assassiné !
Le meurtre fait sensation. Ellis, inspecteur bourru mais compétent, est chargé du cas malgré un bras et une jambe dans le plâtre. Hanté par le souvenir d’une enquête qui a mal tourné, il est bien décidé à ne plus jamais se tromper de coupable. Quand Al apprend la nouvelle, il ne se sent pas concerné : la veille, il est descendu à sa station comme d’habitude, sans rien soupçonner. Et pourtant, il découvre un couteau ensanglanté dans la poche de son manteau ! C’est le moment qu’Ellis choisit pour sonner à sa porte… Le jeune homme serait-il devenu à son insu le suspect numéro un ?

Lost Lad London est une série courte (en trois tomes), dont l’intrigue se déroule à Londres. Le début nous plonge dans le quotidien d’Al, un étudiant qui rédige les dissertations (contre rémunération) de son ami et coloc, et qui préfère cette occupation à la compagnie de ses semblables. C’est par les journaux qu’il apprend le meurtre, peu de temps avant de trouver ce qui ressemble à s’y méprendre à l’arme du crime, dans sa propre poche. Lorsque l’inspecteur Ellis frappe à sa porte, le jeune homme, en toute bonne foi, lui montre sa découverte… ce qui amène Ellis à lui proposer de travailler avec lui sur l’enquête, plutôt que de se faire coffrer. Audacieux, mais parfaitement justifié vu les casseroles que se traîne l’inspecteur !

Le récit s’articule donc vraiment autour du duo assez original formé par l’inspecteur désabusé et l’étudiant pas plus enchanté que ça par ses congénères. D’ailleurs, l’autrice glisse ça et là des éléments sur l’un et sur l’autre, tisse peu à peu leur relation, et j’ai hâte de voir où tout cela va nous mener. De fait, le mélange des arcs narratifs est parfaitement dosé. L’enquête est évidemment au premier plan, mais il est tout autant question de la quête d’identité que mène Al : adopté par des parents blancs, il recherche sa mère et souhaite savoir pourquoi il a été abandonné. L’inspecteur Ellis est un peu moins creusé, mais on sent qu’il reste de la matière à découvrir dans la suite et l’autrice évite ainsi de surcharger le premier tome.
Tout cela fait que le récit, bien équilibré, se lit avec grand plaisir !

Avec ça, la narration est vraiment bien menée. Dans un premier temps, j’ai trouvé que l’autrice jouait bien sur le statut des personnages, et je me suis demandé si Al était bien aussi innocent qu’il semblait l’être. J’ai eu l’impression que les jeux de cadrages ou certains détails nous donnaient la sensation inverse, ce qui a rendu ma lecture très prenante.
On ne peut pas dire que le récit soit trépidant au sens où il se passerait quelque chose toutes les pages : on est plutôt sur un rythme posé, mais qui distille les découvertes et semi-révélations pour faire progresser insidieusement intrigue et soupçons. C’est vraiment un thriller bien mené, que j’ai eu du mal à lâcher en cours de route.
Pour ne rien gâcher, j’ai trouvé que le suspense ne faisait qu’aller crescendo : plus on avance dans l’intrigue, plus on a la sensation que tout cela est le fait d’une sombre machination. Donc je suis très impatiente de lire la suite !

J’ai également été servie côté dessins. Les décors sont assez simples et donnent un côté très épuré à l’ensemble. Les personnages, eux, assez anguleux, sont plus précis et détaillés. Il y a un aspect très cinématographique dans le dessin, comme dans le découpage et les cadrages, qui concourent parfaitement à l’ambiance du thriller !

J’étais très intriguée par ce titre et je ressors enchantée de cette lecture. L’autrice livre un début de thriller parfaitement équilibré, porté par un duo de personnages aussi original qu’attachant. Le récit mêle avec brio enquête et recherche autour des secrets de famille, ce qui le rend particulièrement prenant. Le style graphique, assez différent de ce que l’on peut voir habituellement en manga, sert parfaitement l’ambiance de ce thriller. J’ai hâte de lire la suite !

Lost Lad London #1, Shima Shinya. Traduit du japonais par Sébastien Ludmann.
Ki-oon, novembre 2022, 192 p.


Ce titre était dans la catégorie Patin à glaces de mon CWC !

Blue World #3, Yukinobu Hoshino.

Arrivé au trou bleu de Tristan da Cunha, le groupe est frappé de désespoir : il est accueilli par d’incessantes éruptions et assailli de bombes volcaniques meurtrières. Résignés, ils reprennent leur traversée infernale vers le trou bleu des Açores… Mais ils doivent désormais parcourir plus de quatre mille kilomètres en une semaine ! L’ampleur absurde de leur tâche les plongera-t-elle tous dans une folie autodestructrice ? De l’autre côté du trou bleu, l’instabilité du passage rend ardu le sauvetage de l’expédition…

Changement radical d’ambiance pour le début de ce volume, puisque le récit est situé en Islande, de nos jours. La zone est sous le coup d’éruption volcaniques d’ampleur, tout comme celle des Açores (où les éruptions sont sous-marines), qui voit également se produire des aurores boréales. Suspicion des scientifiques : une méga-éruption volcanique (qui pourrait raser la Terre…) se prépare. Bref, c’est mal barré, autant pour les Terriens que pour l’expédition coincée au Jurassique.
Alors que l’abattement règne de part et d’autre de la faille, l’auteur introduit un rebondissement de taille : le père de Margie, magnat du pétrole, s’en mêle, aligne les dollars, et secoue les puces de tout ce petit monde pour ramener sa fille. Cette partie sans aucun dino à l’horizon occupe environ le premier 1/5e du manga ; il serait réducteur de penser qu’il n’y a pas de tension dans cette longue intro !

Mais il faut reconnaître que passé cette première partie, le rythme s’emballe nettement. Déjà parce que le groupe de Jean a cette terrible épée de Damoclès au-dessus de la tête. Mais aussi parce que les inimitiés déjà bien entamées précédemment se révèlent dans les grandes largeurs. Difficile de savoir qui, des dinosaures ou de Glock, le soldat américain, est le plus dangereux des prédateurs. Avec ça, les survivants commencent à avoir des comportements étranges, dont on ne sait s’ils relèvent de la folie, ou de l’adaptation à leur environnement. Le suspense est donc à son comble, et parfaitement servi par l’enchaînement des péripéties, qui se suivent sans coup férir.

Comme dans les deux tomes précédents, du contenu documentaire est intégré au récit, cette fois centré sur les champs et flux magnétiques. C’est un peu trapu mais comme précédemment, c’est vraiment bien expliqué !

Passé un certain point du manga, j’ai commencé à vraiment craindre que les personnages n’atteignent jamais leur cible, tant ils sont ralentis par de multiples embûches. Mais l’auteur propose d’ingénieux retournements de situation, parmi lesquels une technique de vol artisanale que j’ai trouvée vraiment très astucieuse !
J’ai beaucoup aimé le chapitre final. D’une part parce qu’on est au comble de la tension, d’autre part parce qu’il clôt parfaitement l’intrigue, en proposant une fin bien menée et ingénieuse. Surtout, il amène son lot d’explications sur l’histoire spatio-temporelle, et je dois dire que j’ai trouvée celle-ci scientifiquement très bien ficelée. Cela m’a donné envie de lire Blue Hole, du coup !

Avec ce tome 3, Yukinobu Hoshino clôture parfaitement sa série Blue world. Non seulement il offre une intrigue particulièrement prenante et riche en suspense, mais qui amène en plus de cela des explications scientifiques parfaitement ficelées quant au voyage spatio-temporel. Bref : que du bon !

Dans la même série : Blue World (1) ; Blue World (2).

Blue World #3, Yukinobu Hoshino. Traduit du japonais par Aurélien Estager.
Pika (Graphic), 24 août 2022, 332 p.

Blue World #2, Yukinobu Hoshino.

L’expédition devant explorer le Jurassique est bloquée à l’ère des dinosaures à la suite de la disparition du trou bleu ! Pour rejoindre le monde moderne, les survivants n’ont d’autre choix que d’emprunter un autre trou bleu, dont ils ignorent la position exacte. Commence alors un long et périlleux voyage à travers le Gondwana pour rechercher le portail spatio-temporel. Les attaques perpétuelles des dinosaures carnivores et l’hostilité de leur environnement mettra à rude épreuve l’humanité du groupe tout au long du trajet…

Après ma découverte du premier tome, j’avais super hâte de lire la suite de ce manga de hard-SF vraiment chouette. Et la suite n’a pas démérité !

L’intrigue est fatalement assez linéaire, puisque notre équipe se dirige à marche forcée vers le deuxième trou bleu, celui de Tristan da Cunha (puisque le précédent s’était fermé sous leurs yeux). Mais malgré cette linéarité, le récit est plein de suspense, déjà parce que l’échéance se rapproche de plus en plus, et parce qu’on sait que les trous ne sont pas totalement stables. De fait, les péripéties s’enchaînent à bon train, avec notamment des scènes de combat toujours plus prenantes (on arrose à la mitraillette, on se tatane les dinos à coups de bidons d’essence enflammés, et j’en passe).
Mais ce n’est pas tout. Vers la moitié du récit, la rivalité entre les membres américains et britanniques revient de plein fouet… le capitaine américain ne faisant pas mystère de son objectif de survie personnel, au diable le groupe qui le ralentit. Ce qui instaure un sentiment de malaise très présent ! L’enjeu de la survie est d’autant plus présent qu’au fil des péripéties et des zones traversées, le groupe s’amenuise peu à peu (ce qui, évidemment, ne fait qu’augmenter le suspense !).
Malgré cette tension omniprésente, l’auteur ne dédaigne pas des touches d’humour dans les dialogues, qui sont toujours les bienvenues.

« Qu’est-ce qu’on mange, ce soir ?
— Comme ce midi, ma chère, un steak d’amphibien à la Jurassique.
— Chouette, mon plat préféré… »

Comme dans le tome précédent, des passages narratifs, comme donnés par une voix off entrecoupent le contenu plus documentaire – sans toutefois être lourds ou prendre trop de place. Les explications sont agrémentées de dessins détaillés de différentes espèces de dinosaures, de schémas, de définitions précises ou de frises chronologiques. Les sujets majoritairement abordés ici sont le volcanisme, la tectonique des plaques et les extinctions de masse, notamment au Jurassique. C’est bien intégré, et cela permet de mieux cerner les enjeux du récit !

Cet opus est évidemment l’occasion de creuser les personnages, d’affiner leurs caractères. Si Glock semble tirer de plus en plus vers le super-méchant (qui manquerait un brin de nuance), Jean, quant à elle, est plus Rambo que jamais (mais avec un gilet tactique qui fait brassière et décolleté, faut pas oublier de flatter l’oeil du lectorat ciblé). J’étais un peu déçue de voir que l’entraide entre elle et Margie (la compagne d’Harry, le journaliste) est inexistante et que si la première est présentée comme super-badass, la seconde semble faire office de pécore du coin (avec un tee-shirt qui s’amenuise dangereusement au fil des chapitres), qui se fait sans cesse rabrouer par Jean. Il faut certes replacer le manga dans son contexte (la parution VO datant de 1997) mais même à cette époque-là, c’était un peu revu comme schéma !

J’étais assez surprise, à la fin (mais en même temps, pouvait-il en être autrement ?), de voir que le tome s’achevait sur un échec total de la mission… reportée illico presto sur le trou bleu des Açores, le troisième et dernier disponible au Jurassique. Vu le temps restant aux personnages, cela promet un tome 3 du tonnerre !

Au final, cet opus s’est avéré être un très bon tome de transition : l’intrigue a un peu progressé, tout en préparant un tome 3 qui s’annonce palpitant. Les relations entre les personnages ont notamment été creusées, induisant un suspense très prenant. Suite et fin au prochain épisode !

Dans la même série : Blue World (1) ;

Blue World #2, Yukinobu Hoshino. Traduit du japonais par Aurélien Estager.
Pika (Graphic), avril 2022, 336 p.

L’Exposition interplanétaire de 1875, Le Château des Étoiles #6, Alex Alice.

Après avoir visité la Lune et Mars, Les Chevaliers de l’Ether semblent tristement cloués au sol depuis l’échec de leur tentative visant à convaincre l’Empereur Napoléon III de secourir les Martiaux. Le jeune Séraphin a été jeté en prison, et la Princesse de Mars est détenue pour être exhibée lors de l’Exposition Interplanétaire qui doit s’ouvrir à Paris, le 25 avril 1875 en présence de leurs Majestés les Empereurs de France et d’Allemagne.
Afin de pousser les dirigeants du monde à dénoncer les crimes commis par la Prusse sur Mars, nos héros vont donc devoir libérer la princesse, ou tout au moins ses fabuleux pouvoirs mentaux.
Et ainsi, au nom de la concorde entre les peuples, Hans, Sophie et Séraphin, aidés de Loïc, du capitaine Schneidig et de la journaliste Jocaste Daumier n’ont plus le choix : ils doivent braquer l’Exposition ! Mais à quel prix ?

Ce tome conclut le troisième diptyque du cycle Le Château des Étoiles ; je pensais que c’était aussi la fin de la série, mais vu la conclusion et l’annonce de retrouvailles à venir, finalement, j’en doute !
Vu qu’il s’agit de la conclusion (même partielle !), l’auteur tâche de donner un point final à tous les arcs narratif. Et c’est réussi ! Mais dans le même temps, j’ai eu l’impression que les planches étaient nettement plus bavardes qu’à l’accoutumée : ce n’est pas gênant, car c’est surtout dans la première partie, mais on profite moins des graphismes, du coup. Ceci étant dit, on a largement le temps de se rincer l’œil par la suite, notamment grâce à cette triple page qui s’ouvre à l’italienne et qui donne un fabuleux aperçu sur l’exposition ! Superbe !

Pour ne rien gâcher, l’intrigue est hyper prenante avec, au programme, évasions spectaculaires, plan finement monté et enjeux politiques trapus. Il y a une petite ambiance casse de haute volée couplée aux enjeux internationaux vraiment pas désagréable. Il faut dire que l’Exposition attire toutes les têtes couronnées du moment, donc on est servis côté géopolitique ! J’étais d’ailleurs ravie de retrouver Sissi, l’impératrice d’Autriche, qui était assez présente dans les deux premiers tomes et qui revient dans cette conclusion.

Comme à l’accoutumée, je pensais lire une bande-dessinée mêlant planet opera et steampunk : si le second thème est bien présent, je dois dire que le premier est assez effacé et ne revient que dans les toutes dernières pages. L’essentiel de l’intrigue se déroule en effet à Paris, au cours de l’exposition interplanétaire – sorte d’exposition universelle, donc, mais avec deux pavillons consacrés respectivement à Mars et Vénus. On retrouve le thème du voyage spatial dans les dernières pages (et dans la suite qui semble annoncée). A ce titre, j’étais ravie d’avoir déjà lu Les Chimères de Vénus, puisque la faune vénusienne prend une part important dans ce récit et que le cross-over entre les deux séries est vraiment important ici (mais l’intrigue est parfaitement compréhensible si on ne l’a pas encore lu !).

Ce tome conclut donc en beauté le cycle dont il fait partie (et les deux précédents, au passage). L’auteur parvient à rassembler tous les fils narratifs, ne néglige pas ses personnages et prépare habilement non seulement le cross-over avec la série d’Alain Ayroles et Étienne Jung, mais également l’éventuelle suite de la série-mère (que j’ai évidemment hâte de découvrir !). Voilà une série que je relirai sans aucun doute !

Le Château des Étoiles #6, L’Exposition interplanétaire de 1875, Alex Alice.
Rue de Sèvres, 29 septembre 2021, 64 p.

La Sorcière secrète, Le Garçon sorcière #2, Molly Knox Ostertag.

Les parents d’Aster ont finalement accepté que leur fils devienne une sorcière et non un métamorphe, contrairement aux autres garçons de leur famille. Aster suit des cours avec sa grand-mère qui lui demande en retour de veiller sur son grand-oncle dont les pouvoirs ont presque détruit la famille.
Pendant ce temps, Charlie, l’amie d’Aster est aux prises avec de sérieux ennuis… Quelqu’un tente de lui jeter un sort! Avec l’aide d’Aster, elle réussit à échapper à la malédiction, mais tous deux doivent maintenant trouver le responsable avant que d’autres soient victimes du malfaiteur.

Après l’excellente découverte du premier tome, j’étais curieuse de lire la suite de cette trilogie de comics. Et le deuxième tome a clairement été à la hauteur !

L’été est terminé, et Charlie a retrouvé les bancs du lycée. Aster… aussi, puisqu’il est enfin admis aux cours de sorcellerie normalement dispensés aux jeunes filles de sa famille, pour son plus grand plaisir (mais pas pour celui de toutes les femmes de sa famille). Ce tome poursuit donc tranquillement l’arc narratif autour de la construction de soi et de l’importance de trouver sa place amorcé dans le précédent volume. Car l’exemple d’Aster a fait des émules ! Sedge, son cousin, est terrorisé à l’idée de perdre de nouveau le contrôle de sa métamorphose et ne souhaite qu’une chose : avoir une scolarité normale, dans un établissement général (ce qui ne risque pas d’être du goût de l’ensemble de la famille !).

Mais ce n’est pas tout ! L’autrice renouvelle vraiment son univers en introduisant un nouveau personnage, Ariel, une nouvelle élève venant d’arriver et qui a déjà subi du harcèlement scolaire. Parallèlement, il s’avère que Charlie est poursuivie par une sombre malédiction contre laquelle Aster va l’aider à lutter, dans la mesure de ses moyens.
De fait, l’intrigue est riche en rebondissements et on ne s’ennuie pas un seul instant, tant Molly Knox Ostertag sait conjuguer péripéties et sujets personnels, sans oublier quelques touches d’humour, ce qui ne gâche rien.

« Alors… c’est comment ? Aller à l’école, vivre en ville et tout ça ?
– C’est normal. Bon, j’imagine que pour toi, ça n’a rien de « normal ». Je monte dans un gros bus jaune avec un tas d’autres enfants pour me rendre dans un bâtiment en briques où on mange de la nourriture dégueu et où on apprend les maths.
– ça paraît pas trop mal…
– Tu sous-estimes à quel point la nourriture est mauvaise. »

A nouveau, au fil des pages, des sujets profonds sont traités en douceur, sans que l’on sente la volonté de l’autrice de faire passer ses messages. Ainsi, par le biais d’Ariel, elle montre subtilement les ravages du harcèlement et de la haine sur soi comme sur les autres, comme l’importance du soutien (de la famille, comme des amis). De même, il est question des relations familiales, de la difficulté de changer, comme d’accepter l’autre et d’ouverture d’esprit – tout comme dans le premier opus. Même si l’ensemble se déroule dans un univers résolument fantasy, le traitement de ces sujets est bien fait, et particulièrement réaliste. Ce qui n’a fait que me rendre cette lecture plus passionnante encore !

« C’est la spirale de la haine… au début, ça fait du bien et ça paraît juste. Tu as été blessé et donc tu blesses les autres. Le mal s’infiltre en toi et tu ne peux pas l’arrêter, et un jour, tu réalises qu’il n’y a pas de différence entre lui et toi. »

Comme dans le premier tome, les graphismes simples et clairs, les couleurs chaudes, sont un régal. A nouveau, il y a une vraie diversité dans les personnages représentés : cela ne sert pas l’intrigue nécessairement, c’est simplement présent en toile de fond. Cela change agréablement de la production actuelle !

J’ai adoré le premier tome, je persiste et signe avec celui-ci. L’intrigue est idéalement renouvelée, les personnages creusés, tout comme l’univers. Des messages forts et bien traités émaillent le texte, ce qui rend l’ensemble très prenant. Et encore une fois, le récit complet et appréciable… tout en donnant très envie de lire le troisième et dernier tome !

◊ Dans la même série : Le Garçon sorcière (1) ;

Le Garçon sorcière #2, La sorcière secrète, Molly Knox Ostertag.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Romain Galand. Kinaye (Graphic Kids), 3 juillet 2020, 207 p.

L’Atelier des sorciers #8-9, Kamome Shirahama.

Après avoir réussi leur examen à l’Académie, Coco et les autres apprenties sorcières sont de retour à l’Atelier. C’est alors qu’arrive Tarta, qui propose à Coco et à ses amies de l’aider à tenir un stand lors du grand festival annuel des sorciers, la Fête de la Nuit d’argent. Excitées comme des puces à l’idée de prendre part à ces festivités, les petites sorcières entament les préparatifs. Alors que Coco accompagne Tarta voir son grand-père à l’hôpital, elle recroise le chemin de Kustas, le petit garçon qui s’était blessé lors de l’incident près de la rivière…

Ce tome-ci, comme l’annonce la couverture, est centré sur Tarta, le jeune apprenti de la boutique d’objets magiques, et ami de Coco.
Comme la jeune fille, Tarta questionne beaucoup la magie et sa pratique, puisqu’il y est venu sur le tard, sans y être prédestiné. C’est un personnage qui apporte un regard rafraîchissant sur le monde de la magie dans lequel baigne l’univers !
De fait, le jeune garçon se passionne pour l’herboristerie, qu’il apprend en secret à l’hôpital… une occasion de questionner la dualité magie/science existant dans l’univers. En effet, les sorciers ne peuvent pratiquer la médecine, et vice-versa, selon des lois ancestrales (les mêmes qui régissent l’existence des sorciers dans l’univers). Or, cette restriction ne semble pas toujours bien justifiée (surtout lorsque Tarta évoque sa vision de la magie et de la science, qui sont pleines de bon sens) et pousse à réfléchir !

Dans l’ensemble, ce tome amène son lot de questionnements. Car s’il est question des rapports entre magie et médecine, la place des personnes handicapées est longuement évoquée, et ce par le biais de Kustas, que Coco a sauvé lors de l’incident de la rivière au tout début de la série (à ce titre, un petit rappel dans le texte n’aurait pas été inutile !). Et c’est intéressant de voir comment l’autrice parvient à mêler à son intrigue de fantasy des thématiques très actuelles, et bien traitées.

Le rythme est nettement plus calme que dans les tomes précédents. J’ai d’ailleurs eu l’impression que le tome fonctionnait en binôme avec le suivant, tant l’intrigue semble avoir été coupée en deux (puisque c’est dans le tome 9 qu’ils vont enfin à la foire). De fait, l’amitié entre Tarta, Coco et Kustas occupe vraiment le premier plan, nettement plus que la magie ou l’apprentissage des élèves de Kieffrey. Je pensais donc avoir affaire à un tome offrant une pause dans l’intrigue liée à la Confrérie du capuchon. Erreur ! Car le chapitre final amène une soudaine explosion de violence qui rappelle que les tomes précédents étaient à la fois légers et très sombres. On dirait bien que cet aspect nous a rattrapés sur la fin !

L’autrice continue d’étoffer et son univers, et ses personnages. La pause est agréable dans le récit, mais j’avoue que j’ai préféré l’allure des tomes précédents, qui mêlaient préoccupations des adultes à celles des enfants, tout en tissant des intrigues à plusieurs niveaux de lecture. J’espère que la fin explosive de ce volume nous ramène vers quelque chose de similaire dans le tome 9 !

L’Atelier des sorciers, #8, Kamome Shirahama. Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. Pika (Seinen), 2 juin 2021, 154 p.

Emportant chacune un objet magique de sa confection, Coco et ses amies partent pour l’île-cité d’Esrest, afin de participer à la Fête de la Nuit d’argent. Au milieu des stands et de la foule de visiteurs, la ville est plus animée que jamais. Il y flotte une atmosphère festive ! Mais parmi les convives se cachent aussi des invités indésirables. Sorciers, milice, nobles, sages… Beaucoup de forces se croisent et les contours de ce monde se dessinent peu à peu. Entre lumière et ténèbres, le rideau se lève enfin sur le grand festival des sorciers.

Et voilà, les personnages vont enfin à la foire de la Nuit d’argent !
J’ai trouvé à ce tome un rythme très posé, puis l’intrigue concerne d’une part la présence de l’atelier à la foire et, d’autre part, un chapitre consacré aux activités de la milice, ce qui occasionne un flashback dans la vie de la milicienne Lulucy.
J’étais un peu surprise de voir un trigger warning à l’ouverture de ce chapitre, mais c’était plutôt pas mal d’avertir sur le-dit contenu, puisqu’il est question d’agression sexuelle. Celle-ci n’est pas représentée, puisque l’on s’attarde plutôt sur les conséquences et la suite, avec un message très fort, que l’on aimerait voir plus souvent !

De fait, on retrouve une ambiance festive et colorée conjuguée à une noirceur vraiment très présente. Ce chapitre en est l’image même, mais ce n’est pas le seul. En effet, les personnages sont à la foire, où ils passent un très bon moment, alors qu’en coulisses se déroulent des événements assez sombres. Le dernier chapitre, notamment, annonce une suite nettement moins gaie et enthousiaste, puisque la Confrérie du capuchon a réussi à circonscrire deux personnages très proches de l’atelier et qui ont bien l’intention de s’en prendre à Coco et ses amis.

Celle-ci, par ailleurs, est toujours aux prises avec ses questionnements sur la magie, ses règles, et les raisons d’être de celles-ci.

Bref, ces deux tomes marquent une légère pause dans le récit, grâce à un rythme posé et très maîtrisé. Kamome Shirahama la met à profit pour approfondir les caractères de ses personnages, comme les aspects plus politiques de son univers. Mais sans perdre de vue l’intrigue principale, comme le prouve le retour en force de la Confrérie du capuchon dans le dernier chapitre ! Le dixième tome est annoncé pour début septembre en VF, et vu qu’un opposant apparaît sur la couverture, je suis très très curieuse de le lire !

L’Atelier des sorciers #9, Kamome Shirahama. Traduit du japonais par Fédoua Lamodière.
Pika (Seinen), 10 novembre 2021, 174 p.

Pepper Page sauve l’univers !, Landry Q. Walker & Eric Jones

Pepper Page, une jeune orpheline de 15 ans, n’aspire qu’à une chose : s’évader de son quotidien en trouvant refuge dans les bandes dessinées de son héroïne favorite, Supernova.
Une expérience scientifique aux résultats inattendus menée par le Professeur Killian, son enseignant en science, va la propulser dans la peau et dans l’univers de sa super-héroïne fétiche. Accompagnée de Mister McKittens, un chat qui part malencontreusement avec elle dans cet univers fantastique, Pepper va être confrontée à la vie pleine d’action, d’aventure et de mystère d’une vraie héroïne et comprendre par la même occasion que la réalité est parfois plus étrange que la fiction !

Et hop, encore un titre de ma PAL boulot avec lequel j’ai passé un très bon moment !
Ce comics nous plonge dans un univers futuriste : les voitures savent voler, les cours au lycée sont truffés de termes comme « transdimensionnel », « intergalactique », « interstellaire », voire « intertransdimensionnel »… et, pire !, on ne lit plus sur papier !
Sauf Pepper Page qui, en plus d’être une lectrice compulsive, a un faible pour les comics à l’ancienne, qu’elle chine et chérit de tout son cœur, tant ils sont un refuge pour elle. Elle lit notamment avec ferveur les aventures de Supernova, son héroïne fétiche, dont elle connaît si bien les aventures qu’elle est capable de citer le numéro, les illustrateurs, ou la couverture du volume dans lequel se déroulent les péripéties.

L’intrigue est assez classique du point de vue de l’évolution (un super-méchant, une super-héroïne qui s’ignore, des pouvoirs extraordinaires), mais l’ensemble tient vraiment bien la route. Le récit est hyper dynamique, et ponctué de touches d’humour qui m’ont vraiment plu. La narration alterne entre les aventures de Pepper, et les chapitres des comics qu’elle dévore sans cesse. Avec, de fait, deux styles graphiques bien marqués : pour les comics sur papier, beaucoup de petits points, des couleurs affadies, des traits chargés et des interactions en anglais (avec traductions en bas de page !). Pour les aventures de Pepper, on a une palette plus chaude, plus colorée, qui donne à l’ensemble un côté très gai. C’était très enthousiasmant à lire !

Malgré l’univers science-fictif, et les aventures survoltées de Pepper, le récit traite de sujets d’actualité qui parleront au lectorat (les préadolescents). Pepper est orpheline (dans un orphelinat robotisé), a des difficultés à l’école, et s’intéresse surtout à ses comics. Il est donc question de construction de soi, d’amitié, ou du besoin de trouver sa place. C’est justement traité, sans prendre le pas sur le reste des aventures. Bref : c’est bien fait !
En plus de cela, le comics rend un très bel hommage à la lecture en général, à celles des BD/Comics en particulier, alors je dois dire que j’étais heureuse comme tout !

Très bonne surprise avec ce comics jeunesse de science-fiction, donc ! C’est frais, c’est amusant, plein de gaieté, tout en proposant une aventure pleine de rebondissements, qui touche en plus à des thèmes d’actualité. Que demander de plus ? Le tome s’achève sur la mention « à suivre ? » et j’ai été bien en peine de trouver des infos sur une potentielle suite. Le récit a une vraie conclusion, mais j’avoue que je rempilerai sans problème pour une suite !

Pepper Page sauve l’univers, Landry Q. Walker et Eric Jones.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Delarbre. Rue de Sèvres, 15 juin 2022, 208 p.

Bergère des fées, Le jardin des fées #1, Audrey Alwett & Nora Moretti.

Lucie est expédiée par sa mère (qu’elle ne voit jamais), auprès d’obscurs cousins vivant dans un immense manoir à la campagne. Sa mission : rendre compte à sa génitrice de tout ce qu’elle remarque de bizarre. Et du bizarre, il y en a, à commencer par les signes étranges qui fleurissent partout dans le manoir, ou encore ce jardin que personne ne semble voir à part elle… Ce que Lucie ignore, c’est que le jardin du manoir abrite une ruche de fées. Celles-ci sont au désespoir : leur reine se meurt et depuis la mort du grand-oncle, elles n’ont plus de protecteur. Pire : la famille de Lucie est en fait une lignée de chasseurs de fées…

On ne présente plus le duo Audrey Alwett/Nora Moretti ! (Ou si ? Allez, un seul titre : Princesse Sara). Et cette nouvelle série démarre sur les chapeaux de roue !

Ce premier tome réussit à mener de front l’exposition et une intrigue quasi complète. En effet, Lucie débarque chez ses cousins sans les connaître, avec d’obscures consignes de sa mère absente. Elle ne sait pas dans quoi elle met les pieds, le lecteur non plus, et c’est parfait : nous faisons les découvertes au même rythme.
Celui-ci sait d’ailleurs maintenir le suspense ! Si la présence des fées est rapidement révélée, le rôle du grand-oncle comme berger des fées, ou la machination du chasseur de fées (l’oncle) pour s’immiscer dans la famille (en épousant la tante) sont révélées pas-à-pas. En même temps, on touche à la vie quotidienne de Lucie, reléguée auprès d’une obscure gouvernante qui la bat par une mère autoritaire et absente, mais qui la fait rêver. Les portraits sont creusés, et cela donne une dimension très complète à l’histoire.
De fait, l’intrigue progresse avec constance, sans précipitation, mais sans longueurs non plus, avec une excellente alternance de scènes trépidantes, et d’autres scènes plus calmes, centrées sur la réflexion.

L’alternance de passages du point de vue de Lucie et d’autres chez les fées concourt également à maintenir ce rythme, tout en permettant de découvrir l’univers dans lequel se déroule le récit. Les « chapitres » sont entrecoupés d’extraits du journal de Cottingley, le grand-oncle protecteur, qui apportent de nombreux éclairages tant sur l’écosystème berger-fées, que sur l’histoire de la famille (avec, au passage, une petite référence sympa à l’affaire éponyme !).

Côté graphismes, on profite de décors très fouillés, où le jardin et les fleurs sont mis à l’honneur (puisque c’est l’habitat principal des fées). Les extraits de journaux sont sublimes, les personnages expressifs et l’ensemble magnifique à regarder.

« Vous rentrez de plus en plus tard, jeune fétille.
– Bonsoir, reine Flore. J’ai dû aller loin pour ramoissonner du pollen pas malpourri. Ça touche maintenant grandpart du jardin.
– Et qu’avez-vous rapporté ? Encore du pollen de rose ?
– C’est tout ce qui restait ! Faudrait se carapafuir d’ici si on veut trouver autre chose !
– … J’y travaille, jeune fétille. Comme ceux que j’ai envoyés trouver un nouveau jardin. »

Mais je crois que mon plus gros coup de cœur dans cet album va au langage des fées. Truffé de mots-valises formés sur des synonymes, il crée une langue aussi poétique que symbolique, que j’ai eu envie de lire à voix haute pour pleinement profiter des sonorités !

Très bon début de saga donc, que ce Bergère des fées : j’ai adoré les graphismes, l’intrigue rondement menée et les inventions langagières si poétiques des fées ! Je suis donc très curieuse de lire la suite et fin de ce diptyque quand il paraîtra !

Le Jardin des fées #1, Bergère des fées, Audrey Alwett (scénario) et Nora Moretti (illustrations).
Drakoo (Fantasy), 1er juin 2022, 72 p.

La Fille de la mer, Molly Knox Ostertag.

Morgan, 15 ans, cache un secret : elle a hâte de quitter la parfaite petite île où elle vit. Elle est impatiente de terminer le lycée et de quitter sa mère, triste et divorcée, son petit frère lunatique, et plus que tout : son super groupe d’amies… qui ne la comprennent pas du tout. Parce qu’en fait, le plus grand secret de Morgan, c’est qu’elle en possède beaucoup, et l’un d’entre eux serait de donner un baiser à une autre fille. Une nuit, Morgan est sauvé de la noyade par Keltie, une mystérieuse fille. Elles deviennent amies et soudainement, la vie sur l’île ne semble plus aussi étouffante. Mais Keltie possède aussi ses secrets. Les filles commencent à s’attacher l’une à l’autre, et ce que chacune essaie de cacher va finir par se dévoiler… que Morgan y soit préparée ou non.

J’ai découvert Molly Knox Ostertag l’an dernier avec le premier tome de sa série Le Garçon sorcière et, depuis, j’ai bien l’intention de suivre ses publications !

Dans La Fille de la mer, changement radical d’univers, puisque l’histoire se déroule sur une petite île (au large du Canada), dans notre univers parfaitement rationnel. Morgan, 15 ans, s’y débat avec ses problèmes d’ado : son père est parti, son petit frère est insupportable, et son groupe d’amies, pourtant très soudé, ne lui ressemble plus du tout, car elle n’arrive pas à parler de ce qui la tourmente réellement. De fait, Morgan en a gros sur la patate, et ce n’est pas facile à verbaliser : alors qu’elle avait un coup de blues, elle a glissé des falaises sur lesquelles elle se promenait et a été sauvée in extremis de la noyade par une selkie, une jeune fille vivant sous une peau de phoque, qu’elle ne peut quitter que tous les sept ans… à condition de rencontrer l’amour. Même si Morgan a du mal à se l’avouer, le coup de foudre est réciproque, ce qui ne va rien arranger aux tourments qu’éprouvait déjà l’adolescente.

Commence alors un merveilleusement mené, qui évoque tout autant l’amitié, la confiance, l’estime de soi, un premier amour, le coming-out, ou les relations familiales. Mais sous couvert de conte et de légende, le récit déploie également tout un enjeu écologique, la colonie de phoques de Keltie étant menacée par le projet touristique de paquebot mené par le magnat local. Tous ces fils d’intrigue sont talentueusement entretissés, l’autrice prenant le temps de développer les différents enjeux, leurs révélations et résolutions. Mieux : on passe fluidement de l’un à l’autre, sans avoir l’impression que le pas est pris par l’un ou l’autre des sujets, ce qui fait que le récit est très complet !
Évidemment, tout ne se fait pas en un tour de main, et j’ai trouvé que le ton de l’autrice était particulièrement juste pour évoquer les doutes que ressent Morgan – par rapport à ce qu’elle ressent pour Keltie, mais également dans sa relation à sa famille ou à ses amies. Molly Knox Ostertag dresse là un portrait d’ado particulièrement réussi !
L’intrigue qui tourne autour de l’écologie, quant à elle, arrive plutôt dans la seconde moitié, et redonne du rythme au récit, avec une dose d’aventure assez palpitante. L’action est plus présente, menée à bon train, ce qui rend le comics difficile à lâcher. Le folklore et les légendes autour des selkies sont vraiment bien utilisés dans le récit et nourrissent parfaitement l’intrigue.

Enfin, j’ai eu le même coup de cœur pour les graphismes que dans Le Garçon sorcière. On retrouve le trait rond, les couleurs majoritairement chaudes et claires, le côté épuré des arrières-plans qui m’avaient tellement charmée. Entre le style graphique et les thèmes, La Fille de la mer coche toutes les cases d’une excellente lecture au rayon ado !

Deuxième coup de cœur avec l’autrice donc ! La Fille de la mer m’a charmée de la première à la dernière page, grâce à un récit qui parvient à être à la fois moderne, juste et d’une incroyable bienveillance. L’intrigue mêle des enjeux assez différents (puisque l’on parle aussi bien d’écologie que d’acceptation de soi, de coming-out ou de relations familiales) mais qui se mêlent à merveille, dans une narration à la fois douce et palpitante. Voilà un comics que je vais très certainement relire à de nombreuses reprises !

La Fille de la mer, Molly Knox Ostertag. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Romain Galand.
Kinaye, 21 janvier 2022, 249 p.