L’Atelier des sorciers #1-2, Kamome Shirahama.

Coco a toujours été fascinée par la magie. Hélas, seuls les sorciers peuvent pratiquer cet art et les élus sont choisis dès la naissance. Un jour, Kieffrey, un sorcier, arrive dans le village de la jeune fille. En l’espionnant, Coco comprend alors la véritable nature de la magie et se rappelle d’un livre de magie et d’un encrier qu’elle a achetés à un mystérieux inconnu quand elle était enfant. Elle s’exerce alors en cachette. Mais, dans son ignorance, Coco commet un acte tragique !
Dès lors, elle devient la disciple de Kieffrey et va découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence !

Il y des petites découvertes enthousiasmantes, comme celle-ci, dont je ne me lasse pas ! J’ai attaqué ce manga car j’étais intriguée par la couverture et fort bien m’en a pris.
L’histoire est extrêmement bien menée : Coco, fascinée par la magie, ne rêve que de parvenir à pratiquer cet art si prisé et rarissime. Or, après avoir observé un mage à l’œuvre, elle reproduit ses gestes… et ensorcelle accidentellement sa mère, découvrant au passage (bien qu’elle n’en ait pas encore conscience), que l’on ment à la population : les pouvoirs magiques ne sont en rien innés, mais totalement acquis. J’imagine que ce point interviendra à nouveau plus tard dans l’intrigue.

L’univers dans lequel on plonge est riche et passionnant : on est clairement dans un univers de fantasy, avec petites maisonnettes biscornues, grandes cités fascinantes et campagnes romantiques à souhait. Coco, dès qu’elle intègre l’atelier de Maître Kieffrey, débute un apprentissage magique. Mais l’intrigue ne se limite à cet arc : Coco a été volontairement exposée à la magie et prédisposée lorsqu’elle était plus jeune, par une personne dont on ignore l’identité et les motivations : nul doute que cela aussi ressortira plus tard.
A l’intérieur de l’atelier, on est face à une quête d’apprentissage assez classique, Coco étant tiraillée entre son désir d’apprendre et ses redoutables lacunes en matière magique. De plus, elle est mise en concurrence avec d’autres apprenties magiciennes, dont certaines font preuve d’une ambition extraordinaire – et d’un machiavélisme tout aussi incroyable. Ainsi, dès ce premier tome, l’ennemie intime de Coco semble être Agathe et j’ai hâte de voir si la suite de la série fera s’affronter les deux apprenties.

Comme c’est un manga, on va toucher deux mots des illustrations, dont la richesse m’a laissée sans voix ! Les planches fourmillent de détails tous plus enthousiasmants les uns que les autres, qu’ils se glissent dans les vêtements des personnages, des objets ou des paysages.

Un premier tome splendide, qui donne follement envie de lire la suite !

L’Atelier des sorciers #1, Kamome Shirahama.
Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. Pika, mars 2018, 208 p.

On naît sorcier, on ne le devient pas. C’est la règle. Pourtant, Kieffrey a pris Coco sous son aile et a fait d’elle sa disciple : d’humaine normale, la voilà devenue apprentie sorcière ! Kieffrey, Coco et ses trois camarades se sont rendus à Carn, petite ville de sorciers, pour acheter des fournitures magiques. Mais soudain, les quatre fillettes tombent dans un piège tendu par un mystérieux sorcier encapuchonné : elles sont coincées dans une dimension parallèle et doivent échapper à un dragon !

C’était un plaisir de retrouver les personnages et l’univers de Kamome Shirahama !
L’intrigue, cette fois, est un peu plus sombre et commence très fort, nos quatre apprenties étant piégées dans une dimension parallèle, avec peu de chances de s’en sortir par leurs propres moyens.
Le complot dans lequel Coco a été trempée malgré elle se dévoile un peu plus cette fois avec l’apparition de la Confrérie du capuchon, dont les agissements sont assez mystérieux. Tout cela promet encore du suspens et des rebondissements dans les tomes à venir, d’autant qu’à l’issue de ce tome, les personnages n’ont pas progressé d’un iota dans le projet de sauver la mère de Coco !

Malgré tout, les personnages évoluent et leurs relations avec. Agathe est toujours aussi ambitieuses et pas toujours réfléchie, Coco toujours un peu naïve mais le jeunes filles progressent indéniablement. De plus, l’apparition d’un autre sorcier, vivant lui aussi à l’atelier, amène un peu de sang neuf, de suspense et de questions.
On en apprend également un peu plus sur les lois de l’univers, au gré d’un rebondissement tout à fait palpitant, qui oblige les jeunes filles à se confronter aux réalités de la pratique de la magie. Or, tout ne tourne pas comme attendu… et le tome se conclut sur l’arrivée fracassante de la milice magique ce qui, évidemment, laisse les lecteurs sur des charbons particulièrement ardents. Heureusement que le tome 3 est annoncé pour octobre !

Ce deuxième tome s’avère un peu plus sombre que le premier, mais tout aussi palpitant, si ce n’est plus : on en découvre un peu plus sur l’univers, les personnages et la magie en général, et la conclusion donne extrêmement envie d’en savoir plus. Vivement la suite !

L’Atelier des sorciers #2, Kamome Shirahama.
Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. Pika, juin 2018, 192 p.

 

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Face au roi des Gobelins, Jack le Téméraire #2, Ben Hatke.

Maddy, la petite soeur de Jack, a été enlevée dans un autre monde par un ogre. Jack et Lilly poursuivent le ravisseur et passent le portail qui leur permet de se trouver sur la Terre des Géants, où ils seront séparés par le carrefour flottant entre les mondes. S’ensuit une course contre la montre pour sauver Maddy avec l’aide de Phelix et des lutins et combattre l’effrayant roi des Gobelins dans les égouts de l’enfer. Une lutte de pouvoir s’installe entre les mondes et les créatures. Des duels, des évasions, des sauvetages, des explosions, des trahisons et des lutins mignons !

J’avais adoré le premier tome de ce diptyque (car oui, malheureusement, c’est terminé !) et j’étais extrêmement curieuse de lire ce second tome, qui s’est avéré tout aussi entraînant.

Côté forme, Ben Hatke reste fidèle à sa ligne : le comic est épais, certes, mais les textes sont courts, voire inexistants. En effet, les illustrations sont très parlantes et on se passe volontiers d’explications supplémentaires, tant les dessins sont expressifs. On peut donc proposer le titre à d’assez jeunes lecteurs !

Du côté de l’intrigue, c’est à nouveau une histoire très entraînante. Plus de jardin maléfique, cette fois, mais un univers peu accueillant, dans lequel Jack et Lilly doivent lutter à la fois contre l’environnement et les créatures qui le peuplent (les gobelins au premier chef, donc). Comme nos deux héros sont vite séparés, on suit leurs trajectoires en parallèle, ce qui garantit un certain suspens – d’autant que leurs  réponses aux obstacles qu’ils rencontrent sont souvent originales, inventives et inattendues ! Jack et Lilly ont deux approches assez différentes : lui a tendance à foncer dans le tas, tandis qu’elle apprécie les plans mûrement réfléchis. Ce qui n’est pas plus mal, car le premier aura bien besoin d’une arrière-garde pour couvrir ses arrières dans les nombreuses batailles qu’ils mènent. Le rythme est donc nettement plus élevé que dans le premier volume, ce qui fait que j’ai lu ce tome avec une certaine avidité, curieuse de savoir comment les personnages allaient s’en sortir.

Petite cerise sur le gâteau : on retrouve la référence à Zita, la fille de l’espace car, à la fin du volume, celle-ci apparaît, accompagnée de Pipeau et Madrigal (qui étaient, pour leur part, déjà présents dans le premier tome)… ce qui laisse un espoir de voir paraître un jour un cross-over entre les deux séries ?

Quoi qu’il en soit, Ben Hatke a signé avec Jack le Maléfique un comic jeunesse de qualité, qui revisite le conte traditionnel de Jack et le haricot magique, le mâtinant de science-fiction et d’aventures hautes en couleurs. La brièveté des textes rend l’album accessible à de jeunes lecteurs – tout en laissant à des lecteurs plus âgés de quoi se mettre sous la dent.

◊ Dans la même série : Le Jardin maléfique (1) ;

Jack le Téméraire #2, Face au roi des Gobelins, Ben Hatke. Traduit de l’anglais par Fanny Soubiran.
Rue de Sèvres, 14 février 2018.

Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne.

Le 2 juin dernier, le Français Thomas Pesquet, 38 ans, astronaute, rentrait sur Terre après avoir passé 6 mois dans la Station spatiale internationale. La réalisation d’un rêve d’enfant pour ce type hors-norme qui après avoir été sélectionné parmi 8413 candidats, suivit une formation intense pendant 7 ans, entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour? Dans cette bande dessinée de reportage, Marion Montaigne raconte avec humour ? sa marque de fabrique ? le parcours de ce héros depuis sa sélection, puis sa formation jusqu’à sa mission dans l’ISS et son retour sur Terre.

De Marion Montaigne, j’avais vaguement lu un Tu mourras moins bête : je me souviens que j’avais beaucoup ri et appris un tas de trucs. J’étais donc assez curieuse de lire sa bande-dessinée sur Thomas Pesquet, d’autant que le sujet me bottait carrément. Et je n’ai pas regretté une seconde !

On plonge dans une grosse bande-dessinée (de quelques 200 pages) dans laquelle Marion Montaigne retrace tout le parcours de l’astronaute français, de sa décision de participer au concours (avec quelques autres 8400 candidats) à son retour sur Terre.
Sous la plume et les crayons de Marion Montaigne, on découvre un parcours pour le moins complexe. Car le concours est suivi de 7 années de formation, durant laquelle Thomas Pesquet apprendra à gérer tous les aspects techniques de la station spatiale (pensez-y une seconde, pas de plombier ni d’électricien à bord !), à se laver les dents en apesanteur ou à réaliser des sorties extra-véhiculaires. C’est varié, c’est dense et le tout est mis en scène avec beaucoup d’humour.

En effet, Marion Montaigne a inséré de très nombreux gags, que ce soit dans les bulles, la narration ou dans les dessins qui viennent alléger le récit et, pour beaucoup, apporter une illustration concrète des explications scientifiques. L’objectif est donc parfaitement atteint : on se cultive tout en se divertissant. Je me suis marrée de bout en bout, ce qui m’a attiré quelques regards en coin de mes congénères, notamment dans les transports publics.

En quelques mots, Marion Montaigne signe une bande-dessinée absolument géniale : hilarante, hautement instructive, je vous la recommande plus que chaudement !

Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne. Dargaud, novembre 2017, 208 p.

Bergères guerrières #1, Jonathan Garnier & Amélie Fléchais.

Voilà maintenant dix ans que les hommes du village sont partis, mobilisés de force pour la Grande Guerre. Dix ans qu’ils ont laissé femmes, enfants et anciens pour un conflit loin de chez eux… La jeune Molly est heureuse car elle peut enfin commencer l’entrainement pour tenter d’entrer dans l’ordre prestigieux des Bergères guerrières : un groupe de femmes choisies parmi les plus braves, pour protéger les troupeaux mais aussi le village ! Pour faire face aux nombreuses épreuves qui l’attendent, Molly pourra compter, en plus de son courage, sur Barbe Noire, son bouc de combat, mais également sur l’amitié de Liam, le petit paysan qui rêve aussi de devenir Bergère guerrière même si ce n’est réservé qu’aux filles…Entre Dragons et Rebelle, Bergères guerrières raconte l’odyssée d’une jeune héroïne qui va vivre de grandes aventures dans un univers médiéval-fantastique inspiré des légendes celtiques. Une histoire attachante, tout public, qui fait la part belle aux liens familiaux et communautaires, portée par un graphisme chaleureux et un scénario riche en humour et en rebondissements.

Voilà une bande-dessinée jeunesse qui m’a été recommandée par ma collègue en charge des acquisitions. Et quelle découverte !

On plonge dès le départ dans un univers de fantasy assez classique, avec un village ressemblant à s’y méprendre à un petit village Celte (résistant encore et toujours à l’envahisseur). Bon, de fait, des envahisseurs, là, il n’y en a pas des masses, les hommes étant partis dix ans auparavant pour les repousser. Ce qui a motivé la création de l’Ordre des Bergères Guerrières, dans lequel Molly s’apprête à entrer.
Liam, son meilleur ami, en rêve aussi : malheureusement, les (rares) jeunes garçons ne sont pas autorisés dans l’Ordre et relégués à des tâches subalternes. Bref, dès le départ, on a une inversion des castes de notre société actuelle… et donc des clichés. Molly, d’ailleurs, regroupe tous les traits que l’on attribue habituellement aux jeunes héros : elle est hardie, bagarreuse, enthousiaste et tout sauf modeste ! Ce qui est intéressant, c’est que le duo ne déprécie pas Liam : lui aussi regorge de qualités et on voit toute l’absurdité de la situation. Il est le parfait pendant de Molly mais, pour une obscure raison de génétique, il n’aurait pas le droit d’être lui aussi un Berger Guerrier ? C’est un peu ridicule, comme argument… et c’est bien ce que s’attache à montrer la BD, avec d’autant plus de succès que le trait n’est pas forcé.

L’intrigue, outre cet aspect purement sociétal, est bien menée : on suit l’entraînement des jeunes apprenties bergères guerrières et l’histoire installe en même temps la toile de fond. On découvre tour à tour quelques figures de l’ordre (la grand-mère et la tante de Molly, la cheffe du village, etc.) ainsi que les jeunes apprenties (les meilleures amies, les neutres, celles qui se détestent profondément). Il est donc autant question de la vie du village et des personnages que de l’intrigue purement fantasy. Entre les scènes d’action, l’histoire se montre même touchante : car si les adultes se souviennent bien des hommes disparus, ce n’est pas le cas des enfants, comme Molly et ses amis, qui ne les ont pour ainsi dire jamais vus… et sont en quête de réponses.
Ça peut paraître anecdotique, mais l’histoire fait également la part belle aux animaux : puisque les Bergères Guerrières utilisent, en effet, des ovins en guise de monture. À ce titre, mention spéciale à Barbe Noire, un bouc ô combien attachant, qui m’a vraiment rappelé Krokmou du film d’animation Dragons !

Excellente découverte, donc, que ce premier volume de la série Bergères Guerrières. J’avoue, j’étais au départ un peu dubitative mais j’ai vraiment bien fait de me plonger dedans tant la BD m’a plu. L’univers tient vraiment la route et offre son lot de bandits, sorciers et, bien sûr, guerriers valeureux ! En même temps, il possède ce petit côté original (surtout lié aux moutons et autres boucs que l’on découvre) qui fait le sel d’une bonne histoire de fantasy. Mais je dois avouer que ce qui m’a le plus emballée sont sans doute les propos égalitaires véhiculés par l’intrigue, qui font vraiment du bien à lire dans le genre. La fin, en plus, m’a laissée sur des charbons ardents et la tête pleine de questions ! Je suis très curieuse de lire la suite de cette série, qui m’a laissé l’impression de découvrir les aventures conjointes de Rebelle et Krokmou !

Bergères guerrières #1, Amélie Fléchais et Jonathan Garnier. Éditions Glénat, juin 2017, 72 p.

Erased : Re, Kei Sanbe.

Avec l’aide de ses amis, Satoru a réussi à piéger le tueur d’enfants, qui s’apprêtait à prendre la petite Kumi pour cible ! La vie peut enfin reprendre pour celui que le temps avait oublié… et sa carrière de mangaka s’annonce plus prometteuse que lors de sa première existence, peu à peu effacée de sa mémoire.
Il reste cependant quelques zones d’ombre… Que faisaient ses proches quand Satoru était plongé dans le coma ? Quelle influence son long sommeil a-t-il eu sur leurs choix, leur destin ?

Erased aura été, dans l’ensemble, un gros coup de cœur. J’étais donc ravie de voir que, malgré la série menée à son terme, Kei Sanbe nous réservait encore un tome, sous forme de spin-off, et s’intéressant aux autres personnages de la série, et à leurs trajectoires durant le coma de Satoru.

Tour à tour, le manga s’intéresse à Kayo, que Satoru a sauvée, à Kenya, son meilleur ami, à Sachiko, sa mère et à Airi, sa collègue de la pizzeria et complice de début de cavale. Alors soyons clairs : la lecture de ce volume n’est clairement pas indispensable, puisque les deux derniers tomes nous ont appris ce qu’ils étaient devenus et qu’on les croise même au retour de Satoru à la vie. Mais, de fait, on n’avait pas tous les détails et, dans le cas de certains, il restait vraiment des questions en suspens. Par exemple : pourquoi diable, dans la scène finale, Airi semblait-elle retrouver Satoru avec plaisir, sous ce pont les abritant de la neige, alors même qu’elle ne peut pas se souvenir de lui dans cet arc temporel ? Eh bien Kei Sanbe m’a comblée en apportant à cette question une vraie réponse, dans ce qui est sans doute le chapitre le plus poétique de l’ensemble.

L’ambiance de ce volume est assez étrange : on retrouve les motifs du thriller, évidemment, puisqu’à ce moment-là de l’histoire, Satoru est toujours plongé dans le coma et le meurtrier toujours dehors. Si Sachiko et Kayo ont plutôt laissé tomber cet aspect de la chose, Kenya, que l’on suit un peu plus longuement, ne lâche en rien l’affaire et reprend l’enquête à son compte. Mais ce côté assez sombre est pallié par un sentiment assez prégnant de nostalgie et de poésie qui se dégage des récits – sans que j’aie su déterminer si cela venait du fait qu’on retrouve ces personnages dans des circonstances particulières, ou si cela tient plutôt des regards à la fois assez lucides et tendres (pas toujours, mais un peu quand même) qu’ils portent sur la vie et leur entourage. Malgré ces deux aspects, les histoires sont bien rythmées, donc on ne s’ennuie pas une seconde !

J’étais à la fois ravie de découvrir ce spin-off et un peu inquiète, car l’ensemble de la série a été une excellente découverte. Mais Kei Sanbe maîtrise son art et nous sert un tome certes pas indispensable, mais qui tourne la page avec élégance. Je n’ai pas boudé mon plaisir avec cette conclusion et je suis certaine que je relirai la série un jour !

◊ Dans la même série : tomes 1 à 3 ; tomes 4 et 5 ; tomes 6 à 8.

Erased : Re, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, août 2017, 194 p.

Dans les griffes du jardin maléfique, Jack le Téméraire #1, Ben Hatke.


Quand arrive l’été, Jack doit rester à la maison pour s’occuper de sa petite sœur Maddy. Ce n’est pas toujours amusant car elle ne dit pas un mot. Du moins, le croit-il… Voilà qu’un jour, au marché, elle se met à parler pour demander à Jack d’échanger la voiture de leur mère contre un boite de mystérieuses graines à planter. Il accepte et commet ainsi la plus belle erreur de sa vie. Le jardin se transforme en une jungle sauvage peuplée de drôles de créatures : des bébés oignons et citrouilles animées de plus en plus inquiétants au fil des jours. Jusqu’à une nuit de pleine lune où surgit un dragon… Dès lors, plus rien ne sera comme avant.

De Ben Hatke, j’ai lu et adoré la série Zita, la fille de l’espace, une série qui s’adresse aux plus jeunes lecteurs. Évidemment, lorsque j’ai su qu’il publiait un nouveau titre, qui plus est dans la même veine, je me suis jetée dessus ! Passée la petite déception de ne pas retrouver Zita (dont j’aurais bien lu une quatrième aventure), je me suis délectée des aventures de Jack.

Première chose qui m’a sautée aux yeux : le parallèle avec le conte traditionnel de Jack et le haricot magique. Entre l’échange pas franchement équivalent qui lui attire les foudres maternelles et ses aventures dans un jardin luxuriant et terrifiant, notre Jack a quelques similitudes avec son célèbre homonyme et on s’amuse assez vite des parallèles entre les deux histoires.
Puisque j’en suis aux similitudes, on va évacuer celles avec Zita. Sur la forme, d’abord : comme dans le précédent comics, le dessin prime sur le texte. Le premier est très expressif et le second sait parfois se faire oublier : idéal pour de jeunes lecteurs, donc !
Et sur le fond, il y a également des parallèles à établir : car les malfaiteurs à qui Jack échange les clefs de la voiture contre les graines, ne sont autres que Pipeau et Madrigal ! Du coup, on peut peut-être espérer croiser d’autres personnages – et pourquoi pas Zita elle-même ?

Mais revenons à cette histoire de jardin maléfique. Au départ, l’aspect maléfique annoncé dans le titre n’est pas vraiment perceptible. Mieux : le jardin semble agir comme une vraie thérapie, pour Maddy, qui s’ouvre un peu plus au fil du temps qu’elle y passe. L’ennui, c’est que celui-ci gagne en puissances maléfiques aussi et que celles-ci guettent dans l’ombre. Finalement, l’angoisse s’installe assez insidieusement, à coups d’une feuille aux reflets étranges ou à une paire d’yeux qui guette discrètement dans l’ombre. Ceci dit, pas de panique, c’est un peu effrayant, mais pas non plus à trembler comme une feuille sous sa couette : c’est vraiment adapté aux plus jeunes lecteurs !

Outre l’aspect fantastique de l’intrigue, les personnages font le charme de l’histoire. Jack est un jeune garçon solitaire, soutenu dans l’adversité par une Maddy silencieuse et une sympathique voisine, qui a en outre le bon goût de pratiquer les armes médiévales à ses heures perdues. Au fil des péripéties dans le jardin, c’est un trio attachant qui se dessine. D’autant que Jack et Lilly sont assez grands pour prendre leurs propres décisions… et assez grands pour faire quelques bêtises, parfois regrettables, mais dont ils sortiront grandis.

Ce que j’aime dans les histoires de Ben Hatke, c’est qu’il parle de sujets susceptibles de toucher les jeunes lecteurs (mais aussi les grands) : ici, au centre, l’amour (filial et fraternel, notamment) et l’amitié. Jack se pose une foule de questions sur lui-même, sa famille, ses relations aux autres : l’aventure ne les lui apportera pas toutes, mais l’adversité l’aidera à trouver quelques réponses.

Encore une fois, Ben Hatke signe une bande-dessinée romanesque et épique en diable, faisant la part belle aux aventures à la fois fantastiques et familiales. Le dessin est particulièrement expressif, plein de vie et permet à l’intrigue une intéressante économie de dialogues – ce qui rend le comics très accessible aux plus jeunes lecteurs. Comme à la fin d’une aventure de Zita, je n’ai qu’une hâte : pouvoir lire la suite !

Jack le Téméraire #1, Dans les griffes du jardin maléfique, Ben Hatke. Traduit de l’anglais par Fanny Soubiran.
Rue de Sèvres, juin 2017, 207 p.

Outlaw Players #1, Shonen.

Dans Thera, jeu en ligne révolutionnaire ultra-réaliste et à l’univers quasi-infini, chacun peut devenir ce qu’il désire, et vivre d’incroyables aventures !
Mais pour Sakuu, la première immersion tourne au cauchemar : incapable de se déconnecter, il se retrouve prisonnier d’un monde virtuel peuplé de créatures assoiffées de sang ! Sans accès aux interfaces de jeu ou aux items de soins, qui sait ce qu’il adviendra de lui s’il perd la vie dans Thera… Et il n’est pas le seul : sa route croise celle d’autres joueurs victimes du même problème. Pour ces « Outlaw Players », le game over n’est pas une option. Quelle que soit la cause du bug, Sakuu et ses compagnons n’ont pas le choix : ils doivent s’endurcir, explorer, apprendre, et surtout … survivre !

C’est Nekotenshi qui m’a parlé de cette série, l’année dernière, à la Japan Expo ; série réalisée par un mangaka français ce qui, forcément, m’a hautement intriguée.

Et dès les premières pages, on plonge dans un univers de fantasy épique assez riche. L’auteur s’appuie sur les codes du genre, auxquels il mêle ceux du jeu vidéo. On n’échappe donc pas à l’explication des arbres de talent des personnages, de leurs compétences et de la façon dont ils doivent progresser : l’auteur garde un bon équilibre sur cette partie-là, en mettant juste ce qu’il faut pour qu’un néophyte s’y retrouve, mais pas trop pour qu’un habitué ne se lasse des explications.
Côté intrigue, ce qui est intéressant, c’est que les personnages se doivent de progresser dans le jeu pour éviter le game-over : la quête est donc plutôt palpitante et offre son lot de combats acharnés contre les créatures générées par l’environnement.

Parallèlement, l’histoire est assez angoissante car, comme dans Sword Art Online, les personnages risquent la mort réelle dès qu’ils sont morts dans le jeu. On se demande donc à chaque chapitre s’ils vont s’en sortir et comment, d’autant que Sakuu ne tarde pas à rencontrer d’autres personnes dans le même cas que lui.

Côté dessins, Shonen offre des planches riches en détails de toutes sortes ; le trait est anguleux et l’encrage très foncé renforce le côté un peu sombre de l’histoire.

Bref, la découverte était vraiment chouette ; l’histoire est prenante et offre un cadre fantasy vraiment convaincant. Assez pour me donner envie de lire la suite !

Outlaw players #1, Shonen. Ki-oon, juillet 2016, 192 p.