Pepper Page sauve l’univers !, Landry Q. Walker & Eric Jones

Pepper Page, une jeune orpheline de 15 ans, n’aspire qu’à une chose : s’évader de son quotidien en trouvant refuge dans les bandes dessinées de son héroïne favorite, Supernova.
Une expérience scientifique aux résultats inattendus menée par le Professeur Killian, son enseignant en science, va la propulser dans la peau et dans l’univers de sa super-héroïne fétiche. Accompagnée de Mister McKittens, un chat qui part malencontreusement avec elle dans cet univers fantastique, Pepper va être confrontée à la vie pleine d’action, d’aventure et de mystère d’une vraie héroïne et comprendre par la même occasion que la réalité est parfois plus étrange que la fiction !

Et hop, encore un titre de ma PAL boulot avec lequel j’ai passé un très bon moment !
Ce comics nous plonge dans un univers futuriste : les voitures savent voler, les cours au lycée sont truffés de termes comme « transdimensionnel », « intergalactique », « interstellaire », voire « intertransdimensionnel »… et, pire !, on ne lit plus sur papier !
Sauf Pepper Page qui, en plus d’être une lectrice compulsive, a un faible pour les comics à l’ancienne, qu’elle chine et chérit de tout son cœur, tant ils sont un refuge pour elle. Elle lit notamment avec ferveur les aventures de Supernova, son héroïne fétiche, dont elle connaît si bien les aventures qu’elle est capable de citer le numéro, les illustrateurs, ou la couverture du volume dans lequel se déroulent les péripéties.

L’intrigue est assez classique du point de vue de l’évolution (un super-méchant, une super-héroïne qui s’ignore, des pouvoirs extraordinaires), mais l’ensemble tient vraiment bien la route. Le récit est hyper dynamique, et ponctué de touches d’humour qui m’ont vraiment plu. La narration alterne entre les aventures de Pepper, et les chapitres des comics qu’elle dévore sans cesse. Avec, de fait, deux styles graphiques bien marqués : pour les comics sur papier, beaucoup de petits points, des couleurs affadies, des traits chargés et des interactions en anglais (avec traductions en bas de page !). Pour les aventures de Pepper, on a une palette plus chaude, plus colorée, qui donne à l’ensemble un côté très gai. C’était très enthousiasmant à lire !

Malgré l’univers science-fictif, et les aventures survoltées de Pepper, le récit traite de sujets d’actualité qui parleront au lectorat (les préadolescents). Pepper est orpheline (dans un orphelinat robotisé), a des difficultés à l’école, et s’intéresse surtout à ses comics. Il est donc question de construction de soi, d’amitié, ou du besoin de trouver sa place. C’est justement traité, sans prendre le pas sur le reste des aventures. Bref : c’est bien fait !
En plus de cela, le comics rend un très bel hommage à la lecture en général, à celles des BD/Comics en particulier, alors je dois dire que j’étais heureuse comme tout !

Très bonne surprise avec ce comics jeunesse de science-fiction, donc ! C’est frais, c’est amusant, plein de gaieté, tout en proposant une aventure pleine de rebondissements, qui touche en plus à des thèmes d’actualité. Que demander de plus ? Le tome s’achève sur la mention « à suivre ? » et j’ai été bien en peine de trouver des infos sur une potentielle suite. Le récit a une vraie conclusion, mais j’avoue que je rempilerai sans problème pour une suite !

Pepper Page sauve l’univers, Landry Q. Walker et Eric Jones.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Delarbre. Rue de Sèvres, 15 juin 2022, 208 p.

Bergère des fées, Le jardin des fées #1, Audrey Alwett & Nora Moretti.

Lucie est expédiée par sa mère (qu’elle ne voit jamais), auprès d’obscurs cousins vivant dans un immense manoir à la campagne. Sa mission : rendre compte à sa génitrice de tout ce qu’elle remarque de bizarre. Et du bizarre, il y en a, à commencer par les signes étranges qui fleurissent partout dans le manoir, ou encore ce jardin que personne ne semble voir à part elle… Ce que Lucie ignore, c’est que le jardin du manoir abrite une ruche de fées. Celles-ci sont au désespoir : leur reine se meurt et depuis la mort du grand-oncle, elles n’ont plus de protecteur. Pire : la famille de Lucie est en fait une lignée de chasseurs de fées…

On ne présente plus le duo Audrey Alwett/Nora Moretti ! (Ou si ? Allez, un seul titre : Princesse Sara). Et cette nouvelle série démarre sur les chapeaux de roue !

Ce premier tome réussit à mener de front l’exposition et une intrigue quasi complète. En effet, Lucie débarque chez ses cousins sans les connaître, avec d’obscures consignes de sa mère absente. Elle ne sait pas dans quoi elle met les pieds, le lecteur non plus, et c’est parfait : nous faisons les découvertes au même rythme.
Celui-ci sait d’ailleurs maintenir le suspense ! Si la présence des fées est rapidement révélée, le rôle du grand-oncle comme berger des fées, ou la machination du chasseur de fées (l’oncle) pour s’immiscer dans la famille (en épousant la tante) sont révélées pas-à-pas. En même temps, on touche à la vie quotidienne de Lucie, reléguée auprès d’une obscure gouvernante qui la bat par une mère autoritaire et absente, mais qui la fait rêver. Les portraits sont creusés, et cela donne une dimension très complète à l’histoire.
De fait, l’intrigue progresse avec constance, sans précipitation, mais sans longueurs non plus, avec une excellente alternance de scènes trépidantes, et d’autres scènes plus calmes, centrées sur la réflexion.

L’alternance de passages du point de vue de Lucie et d’autres chez les fées concourt également à maintenir ce rythme, tout en permettant de découvrir l’univers dans lequel se déroule le récit. Les « chapitres » sont entrecoupés d’extraits du journal de Cottingley, le grand-oncle protecteur, qui apportent de nombreux éclairages tant sur l’écosystème berger-fées, que sur l’histoire de la famille (avec, au passage, une petite référence sympa à l’affaire éponyme !).

Côté graphismes, on profite de décors très fouillés, où le jardin et les fleurs sont mis à l’honneur (puisque c’est l’habitat principal des fées). Les extraits de journaux sont sublimes, les personnages expressifs et l’ensemble magnifique à regarder.

« Vous rentrez de plus en plus tard, jeune fétille.
– Bonsoir, reine Flore. J’ai dû aller loin pour ramoissonner du pollen pas malpourri. Ça touche maintenant grandpart du jardin.
– Et qu’avez-vous rapporté ? Encore du pollen de rose ?
– C’est tout ce qui restait ! Faudrait se carapafuir d’ici si on veut trouver autre chose !
– … J’y travaille, jeune fétille. Comme ceux que j’ai envoyés trouver un nouveau jardin. »

Mais je crois que mon plus gros coup de cœur dans cet album va au langage des fées. Truffé de mots-valises formés sur des synonymes, il crée une langue aussi poétique que symbolique, que j’ai eu envie de lire à voix haute pour pleinement profiter des sonorités !

Très bon début de saga donc, que ce Bergère des fées : j’ai adoré les graphismes, l’intrigue rondement menée et les inventions langagières si poétiques des fées ! Je suis donc très curieuse de lire la suite et fin de ce diptyque quand il paraîtra !

Le Jardin des fées #1, Bergère des fées, Audrey Alwett (scénario) et Nora Moretti (illustrations).
Drakoo (Fantasy), 1er juin 2022, 72 p.

La Fille de la mer, Molly Knox Ostertag.

Morgan, 15 ans, cache un secret : elle a hâte de quitter la parfaite petite île où elle vit. Elle est impatiente de terminer le lycée et de quitter sa mère, triste et divorcée, son petit frère lunatique, et plus que tout : son super groupe d’amies… qui ne la comprennent pas du tout. Parce qu’en fait, le plus grand secret de Morgan, c’est qu’elle en possède beaucoup, et l’un d’entre eux serait de donner un baiser à une autre fille. Une nuit, Morgan est sauvé de la noyade par Keltie, une mystérieuse fille. Elles deviennent amies et soudainement, la vie sur l’île ne semble plus aussi étouffante. Mais Keltie possède aussi ses secrets. Les filles commencent à s’attacher l’une à l’autre, et ce que chacune essaie de cacher va finir par se dévoiler… que Morgan y soit préparée ou non.

J’ai découvert Molly Knox Ostertag l’an dernier avec le premier tome de sa série Le Garçon sorcière et, depuis, j’ai bien l’intention de suivre ses publications !

Dans La Fille de la mer, changement radical d’univers, puisque l’histoire se déroule sur une petite île (au large du Canada), dans notre univers parfaitement rationnel. Morgan, 15 ans, s’y débat avec ses problèmes d’ado : son père est parti, son petit frère est insupportable, et son groupe d’amies, pourtant très soudé, ne lui ressemble plus du tout, car elle n’arrive pas à parler de ce qui la tourmente réellement. De fait, Morgan en a gros sur la patate, et ce n’est pas facile à verbaliser : alors qu’elle avait un coup de blues, elle a glissé des falaises sur lesquelles elle se promenait et a été sauvée in extremis de la noyade par une selkie, une jeune fille vivant sous une peau de phoque, qu’elle ne peut quitter que tous les sept ans… à condition de rencontrer l’amour. Même si Morgan a du mal à se l’avouer, le coup de foudre est réciproque, ce qui ne va rien arranger aux tourments qu’éprouvait déjà l’adolescente.

Commence alors un merveilleusement mené, qui évoque tout autant l’amitié, la confiance, l’estime de soi, un premier amour, le coming-out, ou les relations familiales. Mais sous couvert de conte et de légende, le récit déploie également tout un enjeu écologique, la colonie de phoques de Keltie étant menacée par le projet touristique de paquebot mené par le magnat local. Tous ces fils d’intrigue sont talentueusement entretissés, l’autrice prenant le temps de développer les différents enjeux, leurs révélations et résolutions. Mieux : on passe fluidement de l’un à l’autre, sans avoir l’impression que le pas est pris par l’un ou l’autre des sujets, ce qui fait que le récit est très complet !
Évidemment, tout ne se fait pas en un tour de main, et j’ai trouvé que le ton de l’autrice était particulièrement juste pour évoquer les doutes que ressent Morgan – par rapport à ce qu’elle ressent pour Keltie, mais également dans sa relation à sa famille ou à ses amies. Molly Knox Ostertag dresse là un portrait d’ado particulièrement réussi !
L’intrigue qui tourne autour de l’écologie, quant à elle, arrive plutôt dans la seconde moitié, et redonne du rythme au récit, avec une dose d’aventure assez palpitante. L’action est plus présente, menée à bon train, ce qui rend le comics difficile à lâcher. Le folklore et les légendes autour des selkies sont vraiment bien utilisés dans le récit et nourrissent parfaitement l’intrigue.

Enfin, j’ai eu le même coup de cœur pour les graphismes que dans Le Garçon sorcière. On retrouve le trait rond, les couleurs majoritairement chaudes et claires, le côté épuré des arrières-plans qui m’avaient tellement charmée. Entre le style graphique et les thèmes, La Fille de la mer coche toutes les cases d’une excellente lecture au rayon ado !

Deuxième coup de cœur avec l’autrice donc ! La Fille de la mer m’a charmée de la première à la dernière page, grâce à un récit qui parvient à être à la fois moderne, juste et d’une incroyable bienveillance. L’intrigue mêle des enjeux assez différents (puisque l’on parle aussi bien d’écologie que d’acceptation de soi, de coming-out ou de relations familiales) mais qui se mêlent à merveille, dans une narration à la fois douce et palpitante. Voilà un comics que je vais très certainement relire à de nombreuses reprises !

La Fille de la mer, Molly Knox Ostertag. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Romain Galand.
Kinaye, 21 janvier 2022, 249 p.


BL Métamorphose #1, Kaori Tsurutani

 

À 75 ans, Yuki vit le quotidien réglé d’une petite mamie japonaise : mots-croisés deux fois par semaine, et cours de calligraphie aux enfants. En flânant un jour dans une librairie – dans laquelle elle n’est entrée que pour fuir la chaleur ! – elle craque pour un manga, intriguée par la couverture chatoyante et la chaude recommandation des libraires.
Or, ce n’est qu’en rentrant chez elle qu’elle s’aperçoit qu’elle a acheté un boy’s love, un yaoi, c’est-à-dire une romance entre garçons. Et contre toute attente, elle tombe littéralement sous le charme de ce récit dont elle n’a plus qu’une hâte : lire la suite.
C’est donc avec beaucoup de surprise qu’Urara, la jeune libraire qui a encaissé son achat la veille, voit revenir Yuki plus décidée que jamais à explorer ce segment littéraire en achetant la suite de la série, quitte à commander les tomes manquants. La jeune fille, timide, est justement accro au genre, mais ne trouve personne avec qui partager sa passion. La voici propulsée conseillère personnelle de la vieille dame en la matière. Au fil des chapitres et des lectures, le duo se fait de plus en plus complice !

Attention, alerte coup de cœur ! J’ai découvert  un peu par hasard cette série en 2019 (comme le temps passe !), très concrètement après qu’on m’ait mis le tome 1 entre les mains en me disant « Lis-le, tu vas voir, c’est extraordinaire ». Et de fait, ça l’est !

J’ai tout d’abord été happée par le dessin de Kaori Tsurutani. Son trait est simple, mais débordant de tendresse. Les planches sont plutôt dépouillées, puisque la mangaka ne dessine que le strict nécessaire, mais pas vides pour autant : le dessin est vraiment précis, ce qui rend l’immersion dans le quotidien des deux personnages vraiment facile. Bref, rien que pour ça, j’étais conquise. Mais il se trouve qu’en plus, l’histoire tient la route !

Celle-ci, donc, narre l’amitié naissante entre Yuki, notre vieille dame nouvellement amatrice de boy’s love et d’Urara, lycéenne et libraire. Sans trop de surprise, toutes deux se mettent assez vite à discuter de leur marotte : lectures en cours, découvertes, goûts personnels… Tout cela les change agréablement de leur solitude habituelle. Et c’est là que je trouve que le manga est génial. Oui, il y a évidemment un éloge discret mais vibrant au boy’s love, un genre hyper apprécié au Japon (en France aussi, je pense, mais peu visible dans la presse littéraire institutionnelle, comme toute les littératures de genre). Mais ce n’est pas tout ! Outre la superbe histoire d’amitié intergénérationnelle, l’autrice aborde quelques autres thèmes avec douceur et subtilité. Il est donc question de solitude (Urara a du mal à se lier d’amitié avec ses congénères, Yuki traverse doucement son veuvage en pensant qu’elle va, de toute façon, bientôt mourir), et de vieillesse (Yuki est en plein dedans et Urara se pose des questions sur le sujet à force de côtoyer la vieille dame). Mais le manga ne verse ni dans le pathos, ni dans la tristesse ! Bien au contraire ! Dialogues et situations sont bourrés d’humour, un humour fin et qui a fait mouche pour moi – ce qui, évidemment, n’a fait que me conquérir !

En bref, voilà un premier tome de manga qui m’a touchée et qui m’a mise dans le même état que celui de Yuki, arrivée au terme des mangas publiés de sa série en cours : en manque ! J’avais envie de connaître immédiatement la suite de ce manga tendre, rafraîchissant, empreint d’une douceur et d’une bienveillance bien agréables !

BL Métamorphose #1, Kaori Tsurutani. Traduit du japonais par Géraldine Oudin. Ki-oon, juin 2019, 139 p.

Blue World #1, Yukinobu Hoshino.

Les “trous bleus” conduisant dans le passé sont bel et bien réels. Une expédition a prouvé l’existence de l’un d’eux, au large des Comores. Mais cette fois, un trou bleu menant au Jurassique est découvert au fond du loch Ness. Convoitant les ressources du monde préhistorique, le Royaume-Uni et les États-Unis mettent sur pied une ambitieuse mission d’exploration. Alors que l’équipe est sur le point de se mettre à l’œuvre, un étrange et terrible accident se produit, livrant les survivants à une nature aussi luxuriante que dangereuse…

Voilà un manga qui a atterri sur ma PAL de boulot, pour mon plus grand plaisir !
Blue World est un spin-off de la série Blue Hole, mais peut se lire indépendamment.

Le début nous plonge directement dans le dur du sujet, puisque après quelques pages introductives, arrivent les explications scientifiques, lesquelles sont à la fois concises, claires et précises, ce qui permet d’attaquer en ayant une bonne vision de ce qu’est un trou bleu (en gros : une baïne qui se comporte comme un trou noir, et qui crée un lien entre deux temporalités différentes).
Une fois les bases posées, l’intrigue se concentre sur les autres enjeux (assez nombreux !).

Tout débute alors que le journaliste américain Harry Steele et sa compagne débarquent en plein Jurassique, après être – frauduleusement – passés à travers le trou bleu du Loch Ness. Sur place, une expédition mi-scientifique, mi-militaire, conjointement menée par la Grande-Bretagne et les États-Unis, lesquels ont évidemment des vues sur les ressources naturelles inexploitées de cet univers vierge – ou presque.
Ce que j’ai trouvé particulièrement prenant, c’est que le récit mêle intérêts géopolitiques et intérêts personnels des différents personnages, lesquels sont assez variés. Du côté des militaires, on a quelques soupçons d’espionnage, puisque certains d’entre eux ont été chargés par leurs gouvernements respectifs de réaliser certains objectifs. Parmi ce bord, le personnage le plus développé est la lieutenante Jean Hart de la Royal Navy, un personnage de femme (mais oui !) que j’ai trouvé chouette et badass à souhait (notamment après le point de bascule du récit).
Du côté des scientifiques, le professeur Camelot est comme un enfant à Disneyland, ravi de pouvoir étudier le phénomène en direct. En même temps, il est lucide sur la dangerosité du monde dans lequel ils sont (il est quand même responsable de sa petite fille…) et sur l’aspect potentiellement éphémère des trous bleus (ce qui évidemment rajoute une excellente dose de suspense au récit).

Or donc, le terrible accident cité dans le résumé se produit et le récit, jusque-là assez centré sur la découverte, bascule méchamment dans la survie. Les scènes d’action sont donc plus trépidantes que jamais, et les enjeux tissés précédemment ajoutent pas mal de piquant à l’ensemble.

Et les dinosaures alors ? Eh bien on n’est pas déçus du voyage, puisque ce premier tome offre son lot de créatures – mais avec une attention plutôt concentrée sur les grandes bêtes dangereuses que sur les mignonnes. Les explications sur chaque espèce, ses habitudes, ses caractéristiques, sont précises et détaillées, ce qui ne gâche pas le plaisir.

En bref, Blue World est un seinen de hard SF qui m’a beaucoup, beaucoup plu et dont j’attends les deux tomes suivants avec beaucoup d’impatience. J’ai adoré le mélange (improbable mais tellement réussi) entre sciences, Rambo et Jurassik Park, qui fonctionne à plein. C’est sans doute dû aux personnages, qui portent les enjeux du récit et le rendent si prenant.
Bref, vivement la suite !

Blue World, #1, Yukinobu Hoshino. Traduit du japonais par Aurélien Estager.
Pika (Graphic), 26 janvier 2022, 332 pages.

Un héros improbable, Les Gardiennes d’Aether #1, Olivier Gay & Jonathan Aucomte.

Entre magie et technologie, l’Empire de Valania prospérait, jusqu’à ce qu’il soit envahi par des monstres quasi-invulnérables. Seule une étrange épée peut les blesser mais elle s’est liée à la première personne qui l’a touchée : un jeune serviteur du palais. Le destin du monde dépend désormais de lui.
Il a pour l’aider une princesse caractérielle aux puissants pouvoirs magiques ; son amie d’enfance, épéiste de renom ; et une dangereuse pirate aux motivations mystérieuses.
Lui, en revanche ? Non, il ne sert vraiment à rien…

Je connaissais Olivier Gay comme romancier, je le découvre ici comme scénariste. Et j’ai adoré ma découverte !

Dès le début, la bande-dessinée annonce la couleur : ce sera marrant. En effet, la narration nous indique que l’intrigue se déroule dans une contrée prospère… mais que la paix ne durera que le temps de deux pages. Dont acte. Car à l’issue des deux pages, le royaume est attaqué par d’horribles scarabées géants indestructibles. De là débute pour nos personnages une fuite éperdue, à la recherche de soutiens et d’un moyen d’en réchapper.

L’intrigue est hyper dynamique : autant les scènes d’action et les passages plus calmes sont bien dosés, autant il est difficile de s’ennuyer vu le rythme du récit. L’humour joue énormément sur le comique de situation et de répétition, sur les répliques salées et les annotations incongrues et, si c’est parfois un peu répétitif, je me suis rarement autant bidonnée en lisant une bande-dessinée !

Ce sont vraiment les personnages qui font tout le sel de la BD. J’ai été très surprise, au début de ma lecture, de m’apercevoir qu’Aether était un personnage, et non un lieu, un trésor, ou un pouvoir, comme je l’avais d’abord pensé à la lecture du titre. Et celui-ci, Un héros improbable, est tout justifié : Aether est décoratif, sympa, mais clairement inutile ! Ce sont ses trois compagnes qui portent le récit, et le sauvetage à bout de bras. L’inversion est super bien réalisée, car avec ça, les auteurs n’en font pas des caisses sur le héros inutile versus ses compagnes badass. Les personnages sont faussement archétypiques, et c’est ce qui en fait tout l’intérêt. Évidemment, un triangle (un quadrilatère !) amoureux glisse le bout du nez, mais tourné de telle façon que l’on ne peut qu’en rire – Aether étant de toute évidence imperméable à toute tentative de séduction.
C’est bien mené, et suggéré autant par la narration, que par les graphismes.

Ceux-ci, très colorés, avec un joli trait rond, donnent vie à un décor fabuleux, mi-fantasy, mi-steampunk, qui accorde autant d’importance à la magie qu’à la science, et dans lequel je me suis plongée avec plaisir. Les expressions des personnages sont bien rendues, et la BD était aussi plaisante à lire qu’à regarder !

Très bonne pioche, donc, que ce premier tome des Gardiennes d’Aether : l’intrigue est prenante, l’univers intéressant, les personnages impayables et l’humour, aussi répétitif soit-il, très efficace (du moins dans mon cas). A tel point que j’ai vraiment hâte de lire la suite !

Les Gardiennes d’Aether #1 : Un héros improbable, Olivier Gay (scénario) et Jonathan Aucomte (illustrations).
Drakoo, 1er septembre 2021, 48p.


Et hop ! Catégorie Baba-yaga du Cold Winter Challenge validée !


Spy x Family, #1-2, Tatsuya Endo

Twilight, le plus grand espion du monde, doit pour sa nouvelle mission créer une famille de toutes pièces afin de pouvoir s’introduire dans la plus prestigieuse école de l’aristocratie. Totalement dépourvu d’expérience familiale, il va adopter une petite fille en ignorant qu’elle est télépathe, et s’associer à une jeune femme timide, sans se douter qu’elle est une redoutable tueuse à gages. Ce trio atypique va devoir composer pour passer inaperçu, tout en découvrant les vraies valeurs d’une famille unie et aimante.

J’avais vraiment hâte de découvrir cette série de manga et quelle découverte ! J’ai adoré ces deux premiers tomes !
Twilight est un agent infiltré de Westalis, déployé en Ostania, dans la métropole de Berlint. Sa mission ? Maintenir la paix entre l’Est et l’Ouest. Si les noms ont été (légèrement) modifiés, il est évident que l’histoire reprend les codes et les grandes lignes de la guerre froide et que l’on est manifestement dans une reprise de l’Allemagne avant la chute du Mur. Ambiance complots et espionnages à tous les étages, donc, d’autant que Twilight est un as du déguisement.

Pour sa nouvelle mission, le voici chargé de se monter une fausse famille, dont l’enfant devra intégrer la prestigieuse école Éden, afin d’approcher un haut responsable politique. Parmi toutes les personnes possibles… Twilight adopte une fillette télépathe et conclut un mariage arrangé avec une tueuse à gages. Sans compter qu’il n’a aucune expérience en relations familiales (encore moins dans l’éducation d’un enfant. Bref : c’est mal embouché.

A l’espionnage se mêle donc une forte part d’humour, Spy x Family lorgnant plus du côté de la comédie que du récit d’espionnage classique et c’est un des points qui m’ont tellement plu dans cette lecture. Malgré l’aspect loufoque, le suspense est hyper présent, car l’histoire mêle trois intérêts pas forcément convergents : Twilight doit accomplir ses missions ; Anya, la fillette, est bien décidée à rester dans cette famille coûte que coûte ; Yor, la mère adoptive, doit conserver sa couverture (les vieilles filles ont tendance à être arrêtées par la Gestapo locale) pour poursuivre ses missions d’assassinat. Le récit mêle donc assez joyeusement préoccupations familiales très mignonnes à la violence la plus sauvage, le tout parsemé d’un humour qui fait mouche. L’espionnage (avec tous ses enjeux au niveau relations internationales) et les scènes de la vie quotidienne offrent un mélange complètement décalé, mais qui m’a donné follement envie de poursuivre cette histoire.

Les personnages ne sont pas en reste. Tatsuya Endo a troussé des personnages convaincants, qui sont souvent en décalage avec le récit ou les situations qu’ils vivent (et c’est drôle), ce qui les rend très attachants.

En bref : un excellent premier tome, qui m’a donné très très envie de lire la suite. J’ai été plus que convaincue par ce mélange (improbable mais efficace) entre espionnage, vie quotidienne et comédie, porté par des personnages vraiment bien campés. Une excellente découverte !

Spy x Family #1, Tatsuya Endo. Traduit par Satoko Fujimoto.
Kurokawa, 10 septembre 2020, 207 p.

Accompagné d’Anya, sa (fausse) fille adoptive, et de Yor, sa (fausse) épouse et vraie tueuse, Twilight alias Loid Forger doit approcher le chef du parti Nation Unifiée. Le plan consiste à faire admettre la petite Anya à la prestigieuse école Éden, où se retrouvent les enfants de l’élite d’Ostania, puis de la faire figurer parmi les meilleurs élèves de l’école. Un objectif qui relève de l’impossible, à moins de déployer des trésors de ruse et d’ingéniosité… Mais n’est-ce pas là, justement, le cœur du métier d’espion ?

La mission STRIX continue… et se corse. Car si Anya a intégré Éden, voilà qu’elle doit rejoindre l’élite suprême des élèves, afin de permettre à Twilight d’accéder au saint des saints. Or, & la fillette récolte un mauvais point dès la visite de rentrée scolaire, car les relations sociales ne sont pas sont fort…

On retrouve dans ce tome 2 le mélange improbable, mais ô combien efficace, du tome 1 : espionnage, personnages barrés, comique de situation, rebondissements à foison sont de la partie. Impossible de s’ennuyer !
D’autant que parallèlement à la mission STRIX, Twilight croule sous les missions d’infiltration, toutes plus loufoques les unes que les autres (mention spéciale à la récupération du microfilm caché dans un pingouin, quand même). L’ajout de ces missions (justifiées par un manque de personnel drastique dans l’organisation), empêche qu’une quelconque routine s’installe dans la narration, et c’est bien ce qui rend le manga si prenant.

Il s’attache également à creuser un peu ses personnages. Anya, évidemment, est au centre du récit, puisque c’est son parcours (chaotique !) que l’on suit à l’école. La télépathie ne l’aide pas, bien au contraire, car elle saisit aussi bien les attentes de son faux père adoptif, que les pensées de ses petits camarades, sans toujours tout bien comprendre. Ce qui donne lieu à toutes sortes de quiproquos, plus drôles les uns que les autres !
Yor est également importante dans le récit, puisque son petit frère, à cause duquel elle a demandé à Twilight de jouer les conjoints, vient enfin lui rendre visite, sans lui annoncer qu’il fait partie de la police secrète de l’état : un statut qui annonce d’intéressants développements dans la suite, que j’ai d’ores et déjà hâte de lire !

Je me suis encore plus amusée avec ce tome qu’avec le précédent ! L’humour est tordant, et le mélange entre les situations très sombres, l’histoire d’espionnage bien troussée et cet aspect comédie parfaitement dosé. Excellente pioche au rayon manga, dont j’ai hâte de lire les tomes suivants !

Spy x Family #2, Tatsuya Endo. Traduit par Satoko Fujimoto.
Kurokawa, novembre 2020, 192 p.

Piments zoizos : les enfants oubliés de la Réunion, Téhem.

Des personnages fictifs, une histoire vraie, un récit documenté sur un chapitre peu reluisant de l’histoire de la Ve République : les enfants de la Creuse.
Entre 1962 et 1984, quelque 2 000 mineurs de La Réunion sont séparés de leur famille et envoyés en France où leur est promise une vie meilleure.
Jean n’échappe pas à ce destin. Éloigné de sa petite sœur, il est transplanté en Creuse. De foyers en familles d’accueil, il fait la rencontre d’autres enfants réunionnais dans la même situation que lui. Une vie durant, entre errances et recherches, il tentera de comprendre pourquoi…

J’ai découvert cette BD dans un vlog de Paper Palace, qui m’avait bien intriguée, donc j’ai sauté dessus dès son arrivée à la bibliothèque. Et grand bien m’en a pris !

Le récit débute à Saint-Denis de la Réunion, de nos jours. Seulement armé d’un dossier partiellement brûlé et de quelques souvenirs ténus, Jean est sur les traces de la famille qu’il a quittée en 1965 (contre son gré), alors qu’il était tout jeune. Ce jour-là, une assistante sociale de la DDASS était venue les chercher, lui et sa petite sœur Didi, pour les emmener loin de leur mère, les séparer et, à terme, les déporter vers le continent. Était-ce parce qu’il avait crevé un ballon afin de voir ce qui le faisait rebondir à l’intérieur ? En tout cas c’est ce qu’il va croire pendant des années.

Le récit alterne les passages dans le présent, où l’on suit l’enquête de Jean, et les passages dans le passé avec deux fils narratifs différents. D’une part, la vie de Jean après qu’il a été arraché à sa famille, trimballé de foyer en foyer et, d’autre part, le quotidien de Lucien Hérant, agent du BUMIDOM fraîchement débarqué à La Réunion et qui découvre, peu à peu, l’ampleur du programme de placement des enfants.
Le BUMIDOM était le bureau chargé d’envoyer des travailleurs vers la métropole, le pendant adulte du programme mis en place par la DDASS (à ceci près que les travailleurs étaient majeurs et donc mieux informés du dispositif). Lucien n’est pas directement impliqué dans le programme, mais y participe de temps en temps. C’est vraiment intéressant d’avoir choisi cette alternance de point de vue car cela montre comment l’entreprise était d’une part, bien installée dans le paysage administratif français et, d’autre part, pas du tout perçue à sa juste valeur. On voit comment tous ces gens impliqués étaient persuadés de faire quelque chose de bien, tant pour la population qui restait sur l’île, que pour les enfants arrachés à leurs familles. Et, parallèlement, on voit les ravages qu’ils ont réellement causés.
Le récit de Téhem est donc extrêmement bien documenté et montre toutes les implications de ce scandale. En même temps, il évite l’écueil du reportage indigeste, en se focalisant sur des personnages qu’il s’attache à creuser, à nuancer. Si on suit essentiellement Jean, Téhem s’intéresse aussi à certains de ses camarades, que l’on suit de loin en loin, et qui nous permettent d’avoir une vue globale de ce que vivaient ces enfants (et on ne va pas se mentir, c’est terrible). Les chapitres sont entrecoupés d’extraits de presse, qui apportent l’éclairage technique et documentaire nécessaire. On découvre ainsi qu’on appelle aujourd’hui ces enfants « de la Creuse », alors qu’en fait ils ont été déportés vers de nombreux autres départements français.
C’est vraiment bien construit ainsi : c’est clair, didactique sans être pesant, et cela laisse toute latitude au lecteur pour s’imprégner du sujet.

Côté graphismes, j’ai adoré le trait crayonné et les ambiances monochromes. J’ai trouvé ça un peu surprenant au départ, mais cela colle parfaitement au thème, comme à la structure du récit.

Bref, voilà une BD que je vous recommande plus que chaudement. Téhem y expose clairement le scandale de la déportation massive d’enfants réunionnais vers le continent, en s’attachant aux trajectoires particulières de personnages qu’il creuse un peu plus. Le choix narratif donne un aperçu très global de l’affaire et permet d’en mieux comprendre toutes les implications, sans juger, juste en exposant les faits (mais cela suffit pour qu’on en saisisse toute l’horreur).


Piments zoizos : les enfants oubliés de la Réunion, Téhem. Sous la supervision historique de Gilles Gauvin.
Steinkis, 2020, 159 p.

Le hasard a voulu que, juste après avoir terminé cette BD, mon appli de podcast lance l’épisode d’Affaires sensibles consacré au sujet. A écouter ici !

Le Garçon sorcière #1, Molly Knox Ostertag.

Dans la culture du jeune Aster, treize ans, toutes les filles sont élevées pour devenir des sorcières et les garçons, des métamorphes. Toute personne qui ose contrevenir à cette tradition est exclue. Malheureusement pour Aster, il demeure incapable de se métamorphoser… et il est toujours aussi fasciné par la sorcellerie, bien qu’elle lui soit formellement interdite.Lorsqu’un danger mystérieux menace les autres garçons, Aster sait qu’il peut aider… avec la sorcellerie. Avec les encouragements d’une nouvelle amie excentrique, Charlie, Aster se laisse enfin convaincre d’exercer ses talents de sorcière. Mais il aura besoin d’encore plus de courage pour sauver sa famille… et en réalité, se sauver lui-même.

Cela faisait un moment (plus d’un an !) que j’avais noté ce comics dans un coin d’une liste-à-lire-un-jour. C’est enfin fait et quel régal ! Je suis tombée sous le charme du trait et de l’histoire créée par Molly Knox Ostertag – et vu l’excellente découverte, j’ai bien l’intention de poursuivre avec le reste de son œuvre.

Le garçon sorcière nous plonge dans un univers de fantasy, qui pourrait se situer de nos jours. Aster vit dans une grande famille dotée de pouvoirs magiques. Toutes ses tantes, sœurs, cousines sont des sorcières. Et lui, comme tous les mâles de la famille, est voué à devenir un métamorphe, destiné à protéger les sorcières et à se battre contre les démons. Au cas où cela vous titillerait : oui, c’est hyper genré et cliché. Mais justement ! Aster préfère pratiquer (discrètement) la sorcellerie et la métamorphose ne lui est vraiment pas innée. Cela le rend carrément malade rien que d’y penser. La mission qu’il se fixe contre le démon qui kidnappe ses camarades va lui permettre d’utiliser ses pouvoirs de sorcière pour faire quelque chose d’utile.

Là encore, l’histoire pourrait sembler cliché (les pouvoirs inattendus, la quête, la figure de l’élu, etc.), mais pas du tout. Molly Knox Ostertag utilise plutôt ce point de départ pour livrer une ode à la différence, à la quête et à l’acceptation de soi. Dans cette épreuve, Aster est aidé par une amie (totalement humaine), Charlie, qui elle aussi se sent obligée de faire ses preuves dans la société dans laquelle elle vit. Les deux amis s’entraident et nouent une belle relation d’amitié, malgré tout ce qui pouvait sembler les séparer. Charlie encourage vivement Aster à vivre pleinement qui il est, peu importe ce qu’on lui a inculqué !
Le récit incite donc à se questionner sur la société genrée dans laquelle on vit. Mais c’est fait subtilement et sans gros sabots, ce qui rend le comics d’autant plus délicieux !

De même, l’histoire prend place au sein d’une famille assez nombreuse (dont l’arbre généalogique est donné dès le départ), qui aligne pléthore de cousins. Et mine de rien, cette famille est diversifiée que ce soit en termes de couples, modes de vie ou couleurs de peau. Cela ne sert pas l’intrigue, ni un propos sous-jacent, c’est juste comme cela dans le paysage, de façon très naturelle. Et cela change agréablement de ce que l’on peut voir en BD jeunesse !

Côté graphismes, j’ai fondu dès les premières pages pour les dessins à la fois simples et clairs, aux couleurs chaudes et agréables. C’est beau ! Les scènes représentant la magie sont particulièrement réussies.

Excellente découverte donc, que ce premier tome du Garçon sorcière. J’ai adoré l’intrigue, les graphismes, comme les messages portés par le texte. Même si ce volume propose un récit complet, j’ai hâte de lire les deux tomes suivants tant j’ai apprécié ma découverte !

Le Garçon sorcière #1, Molly Knox Ostertag. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Romain Garland.
Kinaye, 24 janvier 2020, 224 p.

Les Chimères de Vénus #1, Alain Ayroles et Étienne Jung.

1873, tandis que les empires terrestres s’affrontent pour la maîtrise du système solaire, l’actrice Hélène Martin embarque pour Vénus à la recherche de son fiancé, prisonnier des bagnes de Napoléon III.

Quand j’ai vu qu’un spin-off du Château des Étoiles était annoncé, j’ai évidemment été hyper intriguée. Donc quand je l’ai vu repasser à la médiathèque, ni une ni deux, je l’ai emprunté !

L’histoire prend place (du moins en ai-je eu l’impression), au moment où Séraphin et consorts sont en train de batailler ferme sur Mars contre les troupes prussiennes (tomes 3 et 4 donc). Et loin de la Lune ou de Mars, place ici à Vénus et sa colonie franco-britannique aux accents résolument steampunk. Nouvel univers, nouveaux décors, et on découvre une planète plutôt hostile, dont la découverte ressemble à s’y méprendre à une balade cauchemardesque dans Jurassic Park. Rien de moins !

L’intrigue reprend les mêmes motifs politiques que la série-mère (la lutte à la conquête spatiale), en ajoutant un arc narratif qui a tout du polar, cette fois. En effet, l’héroïne, si elle est venue aux bras d’un magnat de la conquête spatiale, s’intéresse uniquement au sort réservé à son fiancé, malheureusement déporté dans le bagne justement situé sur Vénus. L’intrigue nous fait donc voir tour à tour ce que vivent Hélène, les gens qui voyagent avec elle, et les bagnards – avec ce qu’il faut de mystère et de suspense à la clef. Il y a un côté girl-power vraiment sympa, le duo formé par Hélène et sa camériste ne s’en laissant pas compter.

Ce premier tome vise vraiment à planter le décor, donc j’attends vraiment de lire la suite pour voir ce qui va en sortir. En effet, l’histoire est rondement menée et ouvre pas mal de possibilités. Les péripéties sont rapidement réglées, ce qui donne au récit un rythme très confortable. Bref : tout cela a grandement attisé ma curiosité.

Côté graphismes, on retrouve un découpage bien pensé, alternant les illustrations pleine page (ou presque) et des cases plus resserrées. Évidemment, le style graphique est bien différent, avec un style qui ressemble plus à un film d’animation que dans les autres tomes. Cela colle bien à l’intrigue, plus divertissante et dynamique, moins romantique et scientifique que celle de la série-mère. J’apprécie nettement moins ce style graphique, mais l’album m’a fait passer un très bon moment de lecture !

Les Chimères de Vénus propose donc un nouvel univers, de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue, dans l’univers du Château des étoiles. On retrouve les points forts de la série-mère (steampunk, époque victorienne et conquête spatiale), et plein de nouveautés très alléchantes. L’intrigue est rondement menée et ouvre plein de pistes pour la suite, qu’il me tarde donc de découvrir.

Dans le même univers : Le Château des étoiles, 1869 : la conquête de l’espace (1) ; Le Château des étoiles, 1869 : la conquête de l’espace (2).