Les Enquêtes d’Enola Holmes #1-3, Nancy Springer et Serena Blasco.

J’avais lu le premier tome de la série de romans Enola Holmes de Nancy Springer il y a une éternité (sans doute vers sa parution, en 2007). Sans grande originalité, j’ai regardé l’adaptation mise en ligne par Netflix en fin d’année dernière, ce qui m’a donné envie de me replonger dans la série de BD de Serena Blasco (une autre adaptation de la même série de romans). C’est chose faite !

Enola Holmes #1 : La double disparition.

Quand Enola Holmes, sœur cadette du célèbre détective Sherlock Holmes, découvre que sa mère a disparu le jour de son anniversaire, en ne lui laissant pour mot qu’un recueil sur les fleurs, et un carnet de messages codés, elle se met rapidement à sa recherche. Elle va devoir recourir à son sens de la débrouille, ainsi qu’à d’ingénieuses techniques de déguisement afin de fuir le manoir familial alors que ses deux frères se sont mis en tête de l’envoyer en pension afin de faire d’elle une vraie « Lady ». Mais rien ne la prépare à ce qui l’attend. Son chemin la conduit rapidement dans les quartiers sombres et malfamés de Londres, et elle se retrouve impliquée dans le kidnapping d’un jeune marquis. Enola arrivera-t-elle à s’en sortir seule, et continuer de suivre la piste de sa mère tout en échappant à ses deux frères?

Ce premier tome est riche du point de vue de l’intrigue !
En effet, le récit présente trois axes : Enola souhaite retrouver sa mère, disparue sans explication le jour de ses quatorze ans ; elle doit également échapper aux griffes de ses frères, qui souhaitent la mettre au pensionnat – une carrière attendue pour toute jeune fille qui se respecte ; parallèlement, elle se trouve à enquêter sur la disparition du jeune vicomte Tewksbury de Basilwether, sur laquelle son illustre frère ne souhaite pas enquêter puisqu’il estime qu’il s’agit d’une simple fugue. D’ailleurs, il y a une petite compétition assez marrante entre Sherlock et Enola sur leurs enquêtes respectives.

« Sherlock a tout d’un héros. D’après ce Dr Watson, il est passé maître dans plusieurs domaines. Esprit cultivé et chimiste accompli, brillant violoniste, tireur d’élite expert en combat à la canne et à l’épée, un sens unique de l’observation et de déduction logique.
Comparons avec ma propre liste de talents. Je sais lire, écrire et compter (longue division incluse), repérer les nids d’oiseaux, déterrer des vers pour la pêche, et attraper du poisson, et… Mouais. En fait, c’est un peu démoralisant.
« 

Malgré cette triple intrigue, j’ai trouvé l’histoire très rapide, avec parfois des enchaînements un peu trop prompts, manquant un peu de logique. Je ne me souviens pas suffisamment du roman pour savoir si c’était pareil dans le roman, ou si c’est dû à l’adaptation en bande-dessinée (forcément moins longue en termes de pages).
Ceci étant dit, le récit fait la part belle aux codes et autre énigmes à décrypter, ce qui rend la lecture d’autant plus passionnante.

Côté personnages, j’ai apprécié le caractère espiègle et lumineux d’Enola. Mycroft et Sherlock, de leur côté, sont globalement odieux (surtout le premier), ce qui offre de bons antagonistes. Mais ils sont aussi de purs produits de leur époque (misogynes, donc).

« Laissez-la en paix, Mycroft. Elle est jeune et son crâne est trop petit pour sa taille. On ne peut pas trop lui en demander.« 

Cette petite perle est de Sherlock, donc.

La BD est complétée par le carnet secret d’Enola (qui occupe un bon cinquième de l’album). C’est un très bon complément, mais j’ai trouvé un peu dommage qu’il faille absolument le lire pour avoir le fin mot de l’histoire (puisqu’on y trouve la réponse codée de la maman).

Dernier point : les graphismes. Réalisées à l’aquarelle, dans des tons pastels, les illustrations sont vraiment magnifiques et portent parfaitement l’histoire !

Une bonne première découverte, donc.

Enola Holmes #1 : La double disparition, Serena Blasco. D’après les romans de Nancy Springer.
Jungle, septembre 2015. 58 p.

Enola Holmes #2 : L’Affaire Lady Alistair.

Londres, 1889. La jeune sœur du célèbre Sherlock Holmes, Enola Holmes, a décidé de vivre seule, suite à la disparition soudaine de sa mère. Après avoir échappée à la vigilance de ses frères, et sous couvert d’une fausse identité, elle ouvre un cabinet de « spécialiste en recherches, toutes disparitions ». Sa première enquête la conduit tout droit sur la piste de Lady Cecily Alistair, fille d’un baronnet et adolescente loin d’être bien comme il faut, qui a disparu dans les dangereux bas-fonds de Londres.

Nouvelle enquête pour Enola, qui cherche toujours à retrouver sa mère. Arrivée à Londres, elle doit toutefois subvenir à ses besoins. Elle monte donc le cabinet du Dr Ragostin, expert en disparitions et prend le rôle d’Ivy Meshle, la jeune assistante de l’enquêteur.
Or, justement, voilà que le Dr Watson vient la consulter concernant … la disparition d’Enola ! Cette « enquête » la met sur les traces de Lady Cecily, une jeune aristocrate qui a elle aussi disparu.

« Si une jeune fille fuit au bras d’un soupirant, elle sera vue comme sotte et naïve. Tandis qu’une lady qui lit Marx sera jugée comme dérangée et prête à n’importe quoi. »

Dans cet opus, on visite donc les bas-fonds de Londres, mais aussi les salons des ladys, les grands magasins… Ce tome est vraiment en phase avec l’époque : on y lit Das Kapital, des « agitateurs » essaient d’initier les travailleur à plus de droits sociaux ; on croise aussi des hypnotiseurs et autres charlatans.
L’intrigue colle assez à l’ambiance des enquêtes classiques de Sherlock. L’histoire tire un peu sur le glauque (on parle d’un homme qui séquestre et hypnotise une jeune lady, quand même !), tout en utilisant tous les artifices que l’on aime retrouver dans ces récits : ruses, déguisements, et autres personnages polymorphes sont donc de la partie.

Le scénario est assez linéaire, mais porté par les illustrations, qui sont toujours de splendides aquarelles.

Encore une fois, la BD se complète d’un large cahier bonus, dans lequel on trouve un récapitulatif des personnages, une table des déguisements favoris de Sherlock et Enola, mais aussi des dossiers plus documentaires sur l’histoire de Das Kapital, l’hypnose, le langage des fleurs, et un gros dossier sur les messages codés.

Ce tome 2 tient donc les promesses du premier volume en proposant une intrigue intéressante, soulignée par de très beaux graphismes.

Enola Holmes #2 : L’Affaire Lady Alistair, Serena Blasco. D’après les romans de Nancy Springer.
Jungle, mai 2016, 64 p.

Enola Holmes #3 : Le Mystère des Pavots Blancs

Londres, printemps 1889. Le Docteur Watson est introuvable !
Voici une nouvelle enquête qui intéresse aussi bien Enola Holmes que son frère Sherlock. Pour cela, Enola doit se construire un nouveau personnage, le dernier ayant été démasqué lors de sa dernière enquête. Cette fois-ci, point de vieille demoiselle ou de jeune fille ingénue, elle va se transformer en véritable lady, élégante et raffinée.
Rendant visite à Mrs Watson, elle aperçoit un bouquet étrange. Selon le langage des fleurs, le message qu’il transmet est « malchance », « mort », « vengeance ». Mauvais présage ?

J’avais aimé croiser le Dr Watson dans l’enquête précédente. J’étais donc ravie de le revoir de nouveau au centre de l’histoire – même s’il a disparu !

C’est le concept qui fait le charme de la série : on retrouve donc encore plein de codes à décrypter, notamment grâce au langage des fleurs. Ici, il est omniprésent, puisqu’Enola découvre un bouquet (moche) de pavot blanc (au lieu du rouge habituel), d’aubépine rouge (on croise plutôt de la blanche), de feuilles d’asperge et de liserons (qui ressemblent à des mauvaises herbes). Évidemment, c’est louche (en plus d’être hideux) et la signification fait froid dans le dos. D’ailleurs on se dit que le Dr Watson a bien de la chance que la jeune fille soit versée dans ce langage des fleurs, sans quoi il aurait sans doute attendu longtemps là où il était retenu !
Forcément, l’enquête met en concurrence Enola et son frère, qu’elle va s’ingénier à éviter (pas toujours avec succès). Cela ajoute à la tension générale !

Comme dans le tome précédent, l’enquête nous emmène dans les endroits les moins reluisants de Londres, puisqu’Enola va carrément s’introduire dans un asile d’aliénés – pas franchement un endroit qui fait rêver. On croise également des personnages angoissants, dont une femme défigurée qui fait vraiment flipper.

Cela fait donc deux tomes que je suis assez surprise par le contenu effrayant dans une BD plutôt destinée à la jeunesse. Cela contraste fortement avec les aquarelles – toujours aussi magnifiques – et cela m’a bien plu !
Côté graphismes, on ne change pas une équipe qui gagne : des aquarelles sublimes, un découpage original, qui servent parfaitement l’intrigue.

Une fois de plus, on a une intrigue vraiment en prise avec son époque, y compris sur la misogynie ambiante – vu son éducation, on comprend que cela fasse râler Enola !

« Comment font les femmes pour porter ça tous les jours? A croire qu’on leur demande de ne pas avoir d’existence propre en dehors de leurs « charmantes fanfreluches ». Si les hommes se sentent obligés de nous contraindre en nous emprisonnant dans des corsets, c’est qu’ils doivent être conscients que nous valons autant qu’eux !« 

Le cahier documentaire final contient un nouvel éclairage sur le langage des fleurs, mais aussi de solides dossiers historiques liés à l’intrigue, à savoir ici la lobotomie, ou l’Affaire Jack l’Éventreur. Là encore, le fin mot de l’histoire se situe dans le carnet final – même si cette fois, cela tient plus du clin d’oeil que de la véritable résolution. Petit point bous : le cahier propose aussi un herbier à compléter !

Arrivée à la moitié, j’apprécie toujours autant la série ! Je ne me souviens plus assez du roman pour juger l’adaptation, mais le format bande-dessinée est tout à fait convaincant. Bonne pioche !

Enola Holmes #3 : Le Mystère des pavots blancs, Serena Blasco. D’après les romans de Nancy Springer.
Jungle, 2016, 63 p.

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J’avais inscrit les tomes 2 et 3 de la série dans mon Cold Winter Challenge 2020, et ils m’ont permis de valider la catégorie Raclette !

Stand still, stay silent #1, Minna Sundberg.

90 ans se sont écoulés depuis l’époque de la grande maladie. Le vieux monde a été oublié et laissé à la merci des trolls, des bêtes et des géants. Une petite équipe d’explorateurs scandinaves est recrutée pour se lancer dans la première mission de recherche officielle.

Je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais en débutant cette grosse bande-dessinée et j’avoue avoir été un peu surprise, au début, lorsqu’il a rapidement été question d’épidémie (la rouille en l’occurrence)… puis de pandémie et de pays fermant leurs frontières. Un petit goût de déjà-vu…
Mais rapidement, le récit bascule 90 ans plus tard : la population mondiale a drastiquement chuté et il est temps de lancer une première mission de recherche officielle. C’est l’histoire que l’on va suivre !

Celle-ci démarre et s’installe à petits pas : il m’a fallu quelques chapitres avant de m’immerger totalement dans le récit, car l’univers dans lequel il s’installe est assez trapu. Mais ce qui était vraiment bien, c’est que cette lente introduction n’est pas synonyme de longueurs : je ne me suis pas ennuyée une seconde (ni au début, ni par la suite) ! Il faut dire aussi qu’outre l’univers – qui mélange avec brio post-apocalyptique et mythologie nordique – vraiment prenant, on en prend plein les yeux.
Les graphismes sont absolument fabuleux !! Mais je dois avouer que ma seule récrimination touchera également ce point : j’ai trouvé que les protagonistes se ressemblaient parfois un peu trop, ce qui m’a posé quelques soucis de suivi du qui-fait-quoi sur certaines cases. Heureusement, ces confusions ne sont intervenues qu’à la marge. En dehors de ce point, j’avoue que j’ai bavé à chaque page. Les décors sont splendides (même lorsqu’il s’agit de cités en ruines) et les rêves de Lalli, le mage de l’équipe, offrent des scènes à se damner, dans des tons bleu-verts qui collent à merveille à l’ambiance très poétique de ces songes. J’ai également beaucoup aimé la représentation des créatures mythologiques (un brin de magie et pas mal de gore !), issus du folklore scandinave. Et l’intrigue est rythmée par des double-pages explicatives aussi superbes que le reste, avec lesquelles on se rince les yeux.

Au fil du récit, la petite équipe progresse en exploration, donc, et en découvertes. D’autant qu’ils ont tous l’air ou borderline, ou pas tout à fait au point sur leurs missions, ce qui enlève un peu de crédibilité à leur expédition, mais assure aussi le côté humoristique de l’ensemble. (Soyons honnêtes : ce sont de vrais boulets !)
Le récit laisse aussi beaucoup de place à des petites tranches de vie et autres aperçus du quotidien des personnages. J’avoue que cela apporte beaucoup à l’histoire, permettant d’alléger quelques moments de tension, tout en octroyant une intéressante épaisseur aux personnages et à leurs échanges.
Il y a aussi tout un jeu sur les dialogues : les personnages ne pratiquent pas tous les mêmes langues, donc les bulles sont marquées du drapeau de la langue en question lorsqu’il y a des différences (ce qui met d’autant mieux en avant les quiproquos et autres incompréhensions entre les personnages).

Si l’univers est résolument post-apocalyptique, l’intrigue mêle des accents de fantasy. La mythologie est bien présente en raison des trolls et autres créatures, mais la magie ne semble pas bien loin – Lalli, après tout, est désigné comme mage de l’équipe. Le mélange des genres est parfaitement équilibré, et cela fait partie des éléments qui m’ont rendue totalement accro à la BD. J’ai hâte de lire la suite !

Énorme coup de cœur pour le premier tome de cette série, donc. L’intrigue, mêlant univers post-apocalyptique, fantasy, mythologies scandinaves et ambiance complètement foutraque se révèle particulièrement prenante. Les illustrations sont absolument sublimes, y compris dans les doubles-pages explicatives qui rythment le récit. Bref, j’ai adoré cette lecture, et j’ai hâte de découvrir les tomes suivants !

Stand still, stay silent #1, Minna Sundberg. Traduit de l’anglais par Diane Ranville.
Akileos, septembre 2018, 320 p.

Et voilà validée la catégorie Yule du Cold Winter Challenge !



L’Atelier des sorciers #4-5, Kamome Shirahama.

Agathe s’est inscrite au deuxième examen du monde des sorciers qui lui permettra de pratiquer la magie en public. Kieffrey, Coco et les autres apprenties l’accompagnent sur place, mais la présence néfaste de la Confrérie du Capuchon va bientôt venir troubler le bon déroulement de l’épreuve…

J’adore cette série à la fois pour son histoire prenante, douce (mais pas que), son univers hyper chouette et, surtout, ses magnifiques graphismes ! Je me plonge dans chaque tome avec un immense plaisir, raison pour laquelle j’ai inscrit ces deux volumes dans mon Cold Winter Challenge – et à raison, car c’est ce qui se rapproche le plus, pour moi, de la lecture feel-good !

Ce tome quatre amène enfin un peu de rythme dans une intrigue jusque-là centrée sur l’apprentissage de Coco et la découverte de l’univers. Non pas que l’on s’ennuyait, mais cela fait enfin bouger un peu les choses, et c’est fort agréable. En effet, cet opus voit Agathe et Trice (inscrite par Kieffrey) passer leur deuxième examen de magie.
Cet examen est l’occasion d’introduire de nouveaux personnages, à commencer par Yinny, élève de Messire Cuckrow. Ce qui nous donne aussi un aperçu des différences éducatives dans la communauté des sorciers. Si Kieffrey prône un apprentissage basé sur la confiance en soi, la culture de ses points forts et l’identification bienveillante des points faibles, messire Cuckrow estime, lui, que ses élèves doivent progresser à coups d’insulte et d’indifférence. Le troisième personnage à apparaître est Dame Alyra, une sorcière amie de Kieffrey, chargée d’évaluer les trois adolescents.

L’évaluation est justement l’épisode qui va introduire de nouvelles informations sur l’univers et… du rythme ! Mais commençons par l’univers. Le tome est presque entièrement consacré au-dit examen des trois concurrents. On les voit donc pratiquer la magie en temps réel, tout en découvrant l’histoire de la magie – ici avec un empire antique, Romonon, qui a peu à peu basculé dans une recherche de la pureté et de l’utilité délétère. Le récit des origines (fait par Kieffrey à Coco et Tetia) s’intercale aux scènes de l’examen, qui met Agathe, Trice et Yinny en bute à quelques casse-têtes magiques. Cette alternance des temporalités introduit un rythme hyper confortable qui fait que les pages se dévorent toutes seules.

Et alors que l’on est bien installés dans ce petit rythme, une péripétie (pas incroyable, tout de même, mais bien amenée), nous fait basculer dans le suspense ! Car la Confrérie du Capuchon (opposant principal de cet univers) débarque avec perte et fracas.
Le découpage se fait alors beaucoup plus serré, plein de suspense et on se surprend à lire encore plus vite. D’autant plus que l’action se fait de plus en plus trépidante sur la fin, laquelle laisse les personnages dans une situation pour le moins critique (les uns comme les autres).

Comme toujours, Kamome Shirahama narre son histoire avec des graphismes absolument splendides. Les planches sont pleines de petits détails, les traits des personnages précis et détaillés, les costumes et les décors travaillés. C’est un régal pour les yeux !

Une fois de plus, une excellente lecture ! Kamome Shirahama continue l’exposition de son univers, tout en introduisant un peu plus précisément les opposants, ce qui fait de ce tome un opus haut en couleurs et bourré de péripéties… qui donne évidemment très envie de lire la suite !

L’Atelier des sorciers #4, Kamome Shirahama. Traduit du japonais par Fédoua Lamodière.
Pika, avril 2019, 192 p.

En plein second examen de sorcellerie, Agathe, Trice et le timide Yinny se font attaquer par un sorcier renégat de la Confrérie du Capuchon. Celui-ci utilise un sort interdit pour transformer Yinny en bête sauvage…
Coco, Tetia et Kieffrey sont eux aussi dans une bien triste posture : ils sont encerclés par les anciens habitants de Romonon, qui semblent vouer une haine farouche aux sorciers. Comble de malheur, Kieffrey est gravement blessé… Comment vont-ils s’en sortir ?

Ce tome est vraiment la suite et fin du précédent puisque l’on y assiste à la fin de la bataille entre nos sorciers et la Confrérie du Capuchon.
C’est donc un tome haut en couleurs et péripéties ! Le rythme et le suspense sont au rendez-vous et le manga m’a donné l’impression d’être mené tambour battant. Comme à chaque opus, une des apprenties se détache un peu plus que les autres : le tome 4 était celui de Trice et sa magie délicate, celui-ci est celui de Tetia (même si l’arc consacré à Trice est également conclu).

Alors que je trouvais, dans les premiers tomes, que cela manquait un peu de batailles magiques, ici j’ai été ser-vie ! L’examen des adolescents, mal embouché dans le tome précédent, continue sur sa lancée et oblige Agathe et Trice à unir leurs forces pour, d’une part, sauver Yinny (transformé en loup écailleux) et, d’autre part, se débarrasser des deux sorciers au capuchon. Astuce, sortilèges et camaraderie seront leurs maîtres-mots. C’est classique, mais cela fonctionne du tonnerre.
De l’autre côté, Kieffrey, Coco et Tetia sont attaqués par les anciens habitants de Romonon et le maître sorcier est plus que mal en point. On assiste donc en parallèle à deux combats épiques, à grands renforts de sortilèges.

Le découpage est de nouveau hyper dynamique, et j’ai l’impression d’avoir englouti ce tome en moins de deux. Outre le rythme, le récit est de nouveau porté par des illustrations absolument sublimes. A ce titre, gros coup de cœur pour le loup écailleux qu’est devenu Yinny car l’animal est absolument sublime !

Mais le gros point fort de ce volume, ce sont les informations qu’il apporte sur l’univers. On en découvre enfin un peu plus sur les plans de la Confrérie (obliger Coco à utiliser des sortilèges interdits dans de bonnes intentions afin de réhabiliter toutes formes de magie) et sur les personnes qui la composent, puisque le visage de l’un des sorciers est révélé. Une chose est sûre : celui-ci ne passera jamais inaperçu avec la tête qu’il a, et quand on la découvre, on comprend pourquoi certains sortilèges ne doivent pas être utilisés ! De plus, la milice magique est de nouveau impliquée dans l’histoire – mais au vu de la conclusion, je suppose qu’on la reverra dans le tome suivant – et nous rappelle que Coco… n’est pas tout à fait tirée d’affaire suite à sa pratique de la magie devant un jeune garçon ! Suspense, suspense….
Mieux, et j’ai vraiment aimé découvrir cela, il semblerait que maître Kieffrey ait de petits secrets… et je suis terriblement curieuse de découvrir de quoi il s’agit !!

Enfin, la série met toujours à l’honneur la réflexion sur la façon d’agir pour faire le bien : faut-il jeter l’éthique aux orties si la fin le nécessite, ou bien faut-il faire preuve d’un peu de morale ? Et se couper d’une part de puissance ? La réflexion est vraiment intelligemment menée, sans vraiment donner de réponse (du moins pour l’instant) et c’est parfait ainsi ! Trice amène aussi toute une réflexion sur la construction de soi : doit-elle obéir aux consignes des adultes, et prendre le risque de se perdre au passage ? Doit-elle au contraire perdre un peu d’elle-même pour réellement s’accomplir ? Tout cela est traité assez finement, et c’est aussi ce qui fait le sel de la série !

J’avais eu un petit coup de mou au tome 3, mais ces deux volumes ont clairement relancé mon enthousiasme. La série est intelligemment menée, pose une base de réflexion hyper intéressante, mais sans occulter l’aventure et le rythme du récit. Les graphismes sont un pur régal pour les yeux, tant chaque planche fourmille de petits détails dans les coins. C’est splendide ! J’ai hâte de pouvoir lire la suite !

L’Atelier des sorciers, tome 5, Kamome Shirahama. Traduit du japonais par Fédoua Lamodière.
Pika, octobre 2019, 192 p.

Et hop ! Menu Under the misteltoe du Cold Winter Challenge validé ! A moi la suite !

Le Vol de la Sigillaire, Les Artilleuses #1, Pierre Pevel & Étienne Willem.

Aventurières et hors-la-loi, elles sont trois : Lady Remington, Miss Winchester et Mam’zelle Gatling. N’hésitant jamais à faire parler la poudre, elles sont connues de toutes les polices d’Europe. Ce coup, cependant, pourrait bien être leur dernier. Car le vol d’une mystérieuse relique – la Sigillaire – leur vaut d’être pourchassées non seulement par les Brigades du Tigre, mais également par les redoutables services secrets du Kaiser…

Cette bande-dessinée se déroule dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, mais est lisible tout à fait indépendamment de sa trilogie – donc pas de panique si vous ne l’avez pas lue.

L’histoire se déroule donc à Paris, en 1911. L’Outremonde a révélé son existence (et certains couloirs du métro permettent même d’y accéder) : humains et petit peuple se côtoient au quotidien. D’ailleurs, la reine Méliane prévoit de célébrer son jubilé à Paris ! Devant les façades haussmanniennes, il est donc possible de croiser des fées, des dragons de petites tailles, des trolls, des dirigeables ou encore des drones au look résolument steampunk.
L’intrigue débute avec le braquage des Artilleuses, nos trois héroïnes : Lady Remington, aristocrate anglaise, est également une redoutable magicienne ; Mam’zelle Gatling est en fait une fée artificière, spécialiste en explosions ; Miss Winchester, enfin, est une pilote et tireuse d’élite américaine. Toutes trois ont écumé les bons coups, mais ont vivement besoin d’argent. Le braquage de la Sigillaire se fait donc dès les premières pages et donne le ton : l’action est bien présente.

La récit, truffé de péripéties (et de batailles rangées) est donc mené à un rythme trépidant. Or, bizarrement, on ne sort jamais de l’impression de lire une assez longue introduction à l’univers. Car les véritables enjeux de l’intrigue n’apparaissent finalement que dans les deux dernières pages… Ce qui inscrit bien cet opus comme le premier tome de la trilogie annoncée. Ce n’est pas désagréable, car ainsi l’univers est bien installé, mais c’est un peu frustrant. D’autant que les personnages sont assez rapidement caractérisés (réduits à un ou deux traits de caractères). J’attends donc la suite avec impatience pour savoir comment tout cela va évoluer !

Côté graphismes, Étienne Willem use d’un découpage assez classique et d’un style cartoonesques qui colle vraiment bien à l’univers comme à l’histoire. Et la mise en couleurs de Tanja Wenish est efficace.

Après cette longue introduction à l’univers et aux enjeux, je suis curieuse de savoir de quoi il va être question au juste dans cette trilogie. Ce premier tome fait une très bonne mise en bouche au contexte, mais s’avère un peu frustrant du point de vue de l’intrigue en elle-même, tant on a l’impression de l’effleurer. J’ai donc hâte de lire le tome suivant, car celui-ci a titillé ma curiosité !

Les Artilleuses #1 : Le Vol de la Sigillaire, Pierre Pevel (scénario), Étienne Willem (illustrations), Tanja Wenish (couleurs).
Drakoo, mars 2020, 48 p.

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La Fille de Pharaon, Le Roi de Paille #1, Isabelle Dethan.

Dans la ville de Saïs, en Égypte, la jeune Neith, fille de Pharaon, est remarquée par son père lors de sa danse pour un rituel sacré. Et contre toute attente, c’est elle qu’il choisit pour effectuer la danse de la purification. L’une de ses sœurs la met aussitôt en garde : il vaut mieux qu’elle échoue dans sa prestation si elle ne veut pas finir dans la couche de leur père…… Incapable de se ridiculiser devant tant de monde, Neith n’a plus d’autre choix que de s’échapper avec Sennedjem, son demi-frère, qui compte quitter discrètement le Palais.
Mais leur fuite s’avère de courte durée. Capturés par des marchands d’esclaves, ils sont amenés auprès de leur ennemi, Nabù-kudduri-usur, roi de Babylone. Le rang social de Neith et Sennedjem est rapidement percé à jour et le roi y voit là une occasion en or. Tout laisse à penser qu’il a trouvé son roi de paille, ce substitut royal destiné à tromper les dieux durant la période prédite comme néfaste… avant d’être sacrifié pour conjurer le mauvais sort !

J’ai découvert Isabelle Dethan au collègue avec sa série Sur les Terres d’Horus et elle reste, à ce jour, parmi mes autrices illustratrices favorites ! Je crois que j’ai carrément sautillé de joie en découvrant la parution de cette nouvelle BD !

Cette nouvelle série est annoncée en deux tomes – et vu le premier, j’ai hâte que le second paraisse – avec des personnages phares un peu plus jeunes que dans Les Terres d’Horus. 
Comme dans la série précédemment mentionnée, le récit se déroule durant l’Antiquité, et en Egypte dans un premier temps. On y (re)découvre cette charmante coutume consistant, pour les pharaons, à épouser leurs propres filles… Raison pour laquelle le récit bascule bien vite à Babylone, nation concurrente de l’Egypte. Le récit est donc prétexte à la découverte de la civilisation babylonienne, notamment au travers du rituel du roi de paille, qui donne son titre à l’album. Mais on découvre également la géopolitique de l’époque, et les charmantes relations qui unissent les égyptiens et les babyloniens – dans la mesure où le roi babylonien décide de sacrifier ce prince égyptien opportunément tombé sous sa main, je vous laisse imaginer… L’intrigue est vraiment bien menée : la charge documentaire passe complètement dans le récit, sans que l’on sente la leçon d’histoire. On découvre sous un autre jour la vie des enfants royaux – égyptiens comme babyloniens – certes privilégiés, mais aussi fortement contraints par leurs statuts. Le suspense est bien présent, malgré la brièveté de l’album – que voulez-vous, 56 pages, quand on aime, cela paraît toujours trop court ! Et la fin laisse sur des charbons ardents !!

Côté graphismes, c’est un régal. Les aquarelles sont sublimes et fourmillent de détails à tous les niveaux : l’architecture est précise, les personnages hyper soignés, les décors léchés… Il n’y a rien à redire !

La Fille de Pharaon est mon premier coup de coeur de 2020, mais quel coup de coeur ! J’ai retrouvé tout ce que j’aime dans les bandes-dessinées d’Isabelle Dethan : un récit hyper bien mené et rigoureusement documenté sans être lourd, et des graphismes à faire se damner un saint. Il va sans dire que j’attends très impatiemment la suite !

Le Roi de paille #1 : La fille de Pharaon, Isabelle Dethan. Dargaud, janvier 2020, 56 p.

L’Atelier des sorciers #1-2, Kamome Shirahama.

Coco a toujours été fascinée par la magie. Hélas, seuls les sorciers peuvent pratiquer cet art et les élus sont choisis dès la naissance. Un jour, Kieffrey, un sorcier, arrive dans le village de la jeune fille. En l’espionnant, Coco comprend alors la véritable nature de la magie et se rappelle d’un livre de magie et d’un encrier qu’elle a achetés à un mystérieux inconnu quand elle était enfant. Elle s’exerce alors en cachette. Mais, dans son ignorance, Coco commet un acte tragique !
Dès lors, elle devient la disciple de Kieffrey et va découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence !

Il y des petites découvertes enthousiasmantes, comme celle-ci, dont je ne me lasse pas ! J’ai attaqué ce manga car j’étais intriguée par la couverture et fort bien m’en a pris.
L’histoire est extrêmement bien menée : Coco, fascinée par la magie, ne rêve que de parvenir à pratiquer cet art si prisé et rarissime. Or, après avoir observé un mage à l’œuvre, elle reproduit ses gestes… et ensorcelle accidentellement sa mère, découvrant au passage (bien qu’elle n’en ait pas encore conscience), que l’on ment à la population : les pouvoirs magiques ne sont en rien innés, mais totalement acquis. J’imagine que ce point interviendra à nouveau plus tard dans l’intrigue.

L’univers dans lequel on plonge est riche et passionnant : on est clairement dans un univers de fantasy, avec petites maisonnettes biscornues, grandes cités fascinantes et campagnes romantiques à souhait. Coco, dès qu’elle intègre l’atelier de Maître Kieffrey, débute un apprentissage magique. Mais l’intrigue ne se limite à cet arc : Coco a été volontairement exposée à la magie et prédisposée lorsqu’elle était plus jeune, par une personne dont on ignore l’identité et les motivations : nul doute que cela aussi ressortira plus tard.
A l’intérieur de l’atelier, on est face à une quête d’apprentissage assez classique, Coco étant tiraillée entre son désir d’apprendre et ses redoutables lacunes en matière magique. De plus, elle est mise en concurrence avec d’autres apprenties magiciennes, dont certaines font preuve d’une ambition extraordinaire – et d’un machiavélisme tout aussi incroyable. Ainsi, dès ce premier tome, l’ennemie intime de Coco semble être Agathe et j’ai hâte de voir si la suite de la série fera s’affronter les deux apprenties.

Comme c’est un manga, on va toucher deux mots des illustrations, dont la richesse m’a laissée sans voix ! Les planches fourmillent de détails tous plus enthousiasmants les uns que les autres, qu’ils se glissent dans les vêtements des personnages, des objets ou des paysages.

Un premier tome splendide, qui donne follement envie de lire la suite !

L’Atelier des sorciers #1, Kamome Shirahama.
Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. Pika, mars 2018, 208 p.

On naît sorcier, on ne le devient pas. C’est la règle. Pourtant, Kieffrey a pris Coco sous son aile et a fait d’elle sa disciple : d’humaine normale, la voilà devenue apprentie sorcière ! Kieffrey, Coco et ses trois camarades se sont rendus à Carn, petite ville de sorciers, pour acheter des fournitures magiques. Mais soudain, les quatre fillettes tombent dans un piège tendu par un mystérieux sorcier encapuchonné : elles sont coincées dans une dimension parallèle et doivent échapper à un dragon !

C’était un plaisir de retrouver les personnages et l’univers de Kamome Shirahama !
L’intrigue, cette fois, est un peu plus sombre et commence très fort, nos quatre apprenties étant piégées dans une dimension parallèle, avec peu de chances de s’en sortir par leurs propres moyens.
Le complot dans lequel Coco a été trempée malgré elle se dévoile un peu plus cette fois avec l’apparition de la Confrérie du capuchon, dont les agissements sont assez mystérieux. Tout cela promet encore du suspens et des rebondissements dans les tomes à venir, d’autant qu’à l’issue de ce tome, les personnages n’ont pas progressé d’un iota dans le projet de sauver la mère de Coco !

Malgré tout, les personnages évoluent et leurs relations avec. Agathe est toujours aussi ambitieuses et pas toujours réfléchie, Coco toujours un peu naïve mais le jeunes filles progressent indéniablement. De plus, l’apparition d’un autre sorcier, vivant lui aussi à l’atelier, amène un peu de sang neuf, de suspense et de questions.
On en apprend également un peu plus sur les lois de l’univers, au gré d’un rebondissement tout à fait palpitant, qui oblige les jeunes filles à se confronter aux réalités de la pratique de la magie. Or, tout ne tourne pas comme attendu… et le tome se conclut sur l’arrivée fracassante de la milice magique ce qui, évidemment, laisse les lecteurs sur des charbons particulièrement ardents. Heureusement que le tome 3 est annoncé pour octobre !

Ce deuxième tome s’avère un peu plus sombre que le premier, mais tout aussi palpitant, si ce n’est plus : on en découvre un peu plus sur l’univers, les personnages et la magie en général, et la conclusion donne extrêmement envie d’en savoir plus. Vivement la suite !

L’Atelier des sorciers #2, Kamome Shirahama.
Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. Pika, juin 2018, 192 p.

 

Face au roi des Gobelins, Jack le Téméraire #2, Ben Hatke.

Maddy, la petite soeur de Jack, a été enlevée dans un autre monde par un ogre. Jack et Lilly poursuivent le ravisseur et passent le portail qui leur permet de se trouver sur la Terre des Géants, où ils seront séparés par le carrefour flottant entre les mondes. S’ensuit une course contre la montre pour sauver Maddy avec l’aide de Phelix et des lutins et combattre l’effrayant roi des Gobelins dans les égouts de l’enfer. Une lutte de pouvoir s’installe entre les mondes et les créatures. Des duels, des évasions, des sauvetages, des explosions, des trahisons et des lutins mignons !

J’avais adoré le premier tome de ce diptyque (car oui, malheureusement, c’est terminé !) et j’étais extrêmement curieuse de lire ce second tome, qui s’est avéré tout aussi entraînant.

Côté forme, Ben Hatke reste fidèle à sa ligne : le comic est épais, certes, mais les textes sont courts, voire inexistants. En effet, les illustrations sont très parlantes et on se passe volontiers d’explications supplémentaires, tant les dessins sont expressifs. On peut donc proposer le titre à d’assez jeunes lecteurs !

Du côté de l’intrigue, c’est à nouveau une histoire très entraînante. Plus de jardin maléfique, cette fois, mais un univers peu accueillant, dans lequel Jack et Lilly doivent lutter à la fois contre l’environnement et les créatures qui le peuplent (les gobelins au premier chef, donc). Comme nos deux héros sont vite séparés, on suit leurs trajectoires en parallèle, ce qui garantit un certain suspens – d’autant que leurs  réponses aux obstacles qu’ils rencontrent sont souvent originales, inventives et inattendues ! Jack et Lilly ont deux approches assez différentes : lui a tendance à foncer dans le tas, tandis qu’elle apprécie les plans mûrement réfléchis. Ce qui n’est pas plus mal, car le premier aura bien besoin d’une arrière-garde pour couvrir ses arrières dans les nombreuses batailles qu’ils mènent. Le rythme est donc nettement plus élevé que dans le premier volume, ce qui fait que j’ai lu ce tome avec une certaine avidité, curieuse de savoir comment les personnages allaient s’en sortir.

Petite cerise sur le gâteau : on retrouve la référence à Zita, la fille de l’espace car, à la fin du volume, celle-ci apparaît, accompagnée de Pipeau et Madrigal (qui étaient, pour leur part, déjà présents dans le premier tome)… ce qui laisse un espoir de voir paraître un jour un cross-over entre les deux séries ?

Quoi qu’il en soit, Ben Hatke a signé avec Jack le Maléfique un comic jeunesse de qualité, qui revisite le conte traditionnel de Jack et le haricot magique, le mâtinant de science-fiction et d’aventures hautes en couleurs. La brièveté des textes rend l’album accessible à de jeunes lecteurs – tout en laissant à des lecteurs plus âgés de quoi se mettre sous la dent.

◊ Dans la même série : Le Jardin maléfique (1) ;

Jack le Téméraire #2, Face au roi des Gobelins, Ben Hatke. Traduit de l’anglais par Fanny Soubiran.
Rue de Sèvres, 14 février 2018.

Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne.

Le 2 juin dernier, le Français Thomas Pesquet, 38 ans, astronaute, rentrait sur Terre après avoir passé 6 mois dans la Station spatiale internationale. La réalisation d’un rêve d’enfant pour ce type hors-norme qui après avoir été sélectionné parmi 8413 candidats, suivit une formation intense pendant 7 ans, entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour? Dans cette bande dessinée de reportage, Marion Montaigne raconte avec humour ? sa marque de fabrique ? le parcours de ce héros depuis sa sélection, puis sa formation jusqu’à sa mission dans l’ISS et son retour sur Terre.

De Marion Montaigne, j’avais vaguement lu un Tu mourras moins bête : je me souviens que j’avais beaucoup ri et appris un tas de trucs. J’étais donc assez curieuse de lire sa bande-dessinée sur Thomas Pesquet, d’autant que le sujet me bottait carrément. Et je n’ai pas regretté une seconde !

On plonge dans une grosse bande-dessinée (de quelques 200 pages) dans laquelle Marion Montaigne retrace tout le parcours de l’astronaute français, de sa décision de participer au concours (avec quelques autres 8400 candidats) à son retour sur Terre.
Sous la plume et les crayons de Marion Montaigne, on découvre un parcours pour le moins complexe. Car le concours est suivi de 7 années de formation, durant laquelle Thomas Pesquet apprendra à gérer tous les aspects techniques de la station spatiale (pensez-y une seconde, pas de plombier ni d’électricien à bord !), à se laver les dents en apesanteur ou à réaliser des sorties extra-véhiculaires. C’est varié, c’est dense et le tout est mis en scène avec beaucoup d’humour.

En effet, Marion Montaigne a inséré de très nombreux gags, que ce soit dans les bulles, la narration ou dans les dessins qui viennent alléger le récit et, pour beaucoup, apporter une illustration concrète des explications scientifiques. L’objectif est donc parfaitement atteint : on se cultive tout en se divertissant. Je me suis marrée de bout en bout, ce qui m’a attiré quelques regards en coin de mes congénères, notamment dans les transports publics.

En quelques mots, Marion Montaigne signe une bande-dessinée absolument géniale : hilarante, hautement instructive, je vous la recommande plus que chaudement !

Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne. Dargaud, novembre 2017, 208 p.

Bergères guerrières #1, Jonathan Garnier & Amélie Fléchais.

Voilà maintenant dix ans que les hommes du village sont partis, mobilisés de force pour la Grande Guerre. Dix ans qu’ils ont laissé femmes, enfants et anciens pour un conflit loin de chez eux… La jeune Molly est heureuse car elle peut enfin commencer l’entrainement pour tenter d’entrer dans l’ordre prestigieux des Bergères guerrières : un groupe de femmes choisies parmi les plus braves, pour protéger les troupeaux mais aussi le village ! Pour faire face aux nombreuses épreuves qui l’attendent, Molly pourra compter, en plus de son courage, sur Barbe Noire, son bouc de combat, mais également sur l’amitié de Liam, le petit paysan qui rêve aussi de devenir Bergère guerrière même si ce n’est réservé qu’aux filles…Entre Dragons et Rebelle, Bergères guerrières raconte l’odyssée d’une jeune héroïne qui va vivre de grandes aventures dans un univers médiéval-fantastique inspiré des légendes celtiques. Une histoire attachante, tout public, qui fait la part belle aux liens familiaux et communautaires, portée par un graphisme chaleureux et un scénario riche en humour et en rebondissements.

Voilà une bande-dessinée jeunesse qui m’a été recommandée par ma collègue en charge des acquisitions. Et quelle découverte !

On plonge dès le départ dans un univers de fantasy assez classique, avec un village ressemblant à s’y méprendre à un petit village Celte (résistant encore et toujours à l’envahisseur). Bon, de fait, des envahisseurs, là, il n’y en a pas des masses, les hommes étant partis dix ans auparavant pour les repousser. Ce qui a motivé la création de l’Ordre des Bergères Guerrières, dans lequel Molly s’apprête à entrer.
Liam, son meilleur ami, en rêve aussi : malheureusement, les (rares) jeunes garçons ne sont pas autorisés dans l’Ordre et relégués à des tâches subalternes. Bref, dès le départ, on a une inversion des castes de notre société actuelle… et donc des clichés. Molly, d’ailleurs, regroupe tous les traits que l’on attribue habituellement aux jeunes héros : elle est hardie, bagarreuse, enthousiaste et tout sauf modeste ! Ce qui est intéressant, c’est que le duo ne déprécie pas Liam : lui aussi regorge de qualités et on voit toute l’absurdité de la situation. Il est le parfait pendant de Molly mais, pour une obscure raison de génétique, il n’aurait pas le droit d’être lui aussi un Berger Guerrier ? C’est un peu ridicule, comme argument… et c’est bien ce que s’attache à montrer la BD, avec d’autant plus de succès que le trait n’est pas forcé.

L’intrigue, outre cet aspect purement sociétal, est bien menée : on suit l’entraînement des jeunes apprenties bergères guerrières et l’histoire installe en même temps la toile de fond. On découvre tour à tour quelques figures de l’ordre (la grand-mère et la tante de Molly, la cheffe du village, etc.) ainsi que les jeunes apprenties (les meilleures amies, les neutres, celles qui se détestent profondément). Il est donc autant question de la vie du village et des personnages que de l’intrigue purement fantasy. Entre les scènes d’action, l’histoire se montre même touchante : car si les adultes se souviennent bien des hommes disparus, ce n’est pas le cas des enfants, comme Molly et ses amis, qui ne les ont pour ainsi dire jamais vus… et sont en quête de réponses.
Ça peut paraître anecdotique, mais l’histoire fait également la part belle aux animaux : puisque les Bergères Guerrières utilisent, en effet, des ovins en guise de monture. À ce titre, mention spéciale à Barbe Noire, un bouc ô combien attachant, qui m’a vraiment rappelé Krokmou du film d’animation Dragons !

Excellente découverte, donc, que ce premier volume de la série Bergères Guerrières. J’avoue, j’étais au départ un peu dubitative mais j’ai vraiment bien fait de me plonger dedans tant la BD m’a plu. L’univers tient vraiment la route et offre son lot de bandits, sorciers et, bien sûr, guerriers valeureux ! En même temps, il possède ce petit côté original (surtout lié aux moutons et autres boucs que l’on découvre) qui fait le sel d’une bonne histoire de fantasy. Mais je dois avouer que ce qui m’a le plus emballée sont sans doute les propos égalitaires véhiculés par l’intrigue, qui font vraiment du bien à lire dans le genre. La fin, en plus, m’a laissée sur des charbons ardents et la tête pleine de questions ! Je suis très curieuse de lire la suite de cette série, qui m’a laissé l’impression de découvrir les aventures conjointes de Rebelle et Krokmou !

Bergères guerrières #1, Amélie Fléchais et Jonathan Garnier. Éditions Glénat, juin 2017, 72 p.

Erased : Re, Kei Sanbe.

Avec l’aide de ses amis, Satoru a réussi à piéger le tueur d’enfants, qui s’apprêtait à prendre la petite Kumi pour cible ! La vie peut enfin reprendre pour celui que le temps avait oublié… et sa carrière de mangaka s’annonce plus prometteuse que lors de sa première existence, peu à peu effacée de sa mémoire.
Il reste cependant quelques zones d’ombre… Que faisaient ses proches quand Satoru était plongé dans le coma ? Quelle influence son long sommeil a-t-il eu sur leurs choix, leur destin ?

Erased aura été, dans l’ensemble, un gros coup de cœur. J’étais donc ravie de voir que, malgré la série menée à son terme, Kei Sanbe nous réservait encore un tome, sous forme de spin-off, et s’intéressant aux autres personnages de la série, et à leurs trajectoires durant le coma de Satoru.

Tour à tour, le manga s’intéresse à Kayo, que Satoru a sauvée, à Kenya, son meilleur ami, à Sachiko, sa mère et à Airi, sa collègue de la pizzeria et complice de début de cavale. Alors soyons clairs : la lecture de ce volume n’est clairement pas indispensable, puisque les deux derniers tomes nous ont appris ce qu’ils étaient devenus et qu’on les croise même au retour de Satoru à la vie. Mais, de fait, on n’avait pas tous les détails et, dans le cas de certains, il restait vraiment des questions en suspens. Par exemple : pourquoi diable, dans la scène finale, Airi semblait-elle retrouver Satoru avec plaisir, sous ce pont les abritant de la neige, alors même qu’elle ne peut pas se souvenir de lui dans cet arc temporel ? Eh bien Kei Sanbe m’a comblée en apportant à cette question une vraie réponse, dans ce qui est sans doute le chapitre le plus poétique de l’ensemble.

L’ambiance de ce volume est assez étrange : on retrouve les motifs du thriller, évidemment, puisqu’à ce moment-là de l’histoire, Satoru est toujours plongé dans le coma et le meurtrier toujours dehors. Si Sachiko et Kayo ont plutôt laissé tomber cet aspect de la chose, Kenya, que l’on suit un peu plus longuement, ne lâche en rien l’affaire et reprend l’enquête à son compte. Mais ce côté assez sombre est pallié par un sentiment assez prégnant de nostalgie et de poésie qui se dégage des récits – sans que j’aie su déterminer si cela venait du fait qu’on retrouve ces personnages dans des circonstances particulières, ou si cela tient plutôt des regards à la fois assez lucides et tendres (pas toujours, mais un peu quand même) qu’ils portent sur la vie et leur entourage. Malgré ces deux aspects, les histoires sont bien rythmées, donc on ne s’ennuie pas une seconde !

J’étais à la fois ravie de découvrir ce spin-off et un peu inquiète, car l’ensemble de la série a été une excellente découverte. Mais Kei Sanbe maîtrise son art et nous sert un tome certes pas indispensable, mais qui tourne la page avec élégance. Je n’ai pas boudé mon plaisir avec cette conclusion et je suis certaine que je relirai la série un jour !

◊ Dans la même série : tomes 1 à 3 ; tomes 4 et 5 ; tomes 6 à 8.

Erased : Re, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, août 2017, 194 p.