Les Écailles d’or, Yin et le Dragon #2, Richard Marazano et Xu Yao.

Yin et son grand-père se sont habitués à la présence du Dragon d’or, qui les aide dans leur pêche quotidienne. Mais la guerre fait rage à Shanghai : derrière les assauts de l’armée japonaise, qui donnent lieu au terrible massacre de Nankin, c’est le Dieu Xi Qong, maître des Dragons, qui s’exprime pour dominer le monde des hommes. Tandis que Yin et ses amis survivent tant bien que mal à l’invasion japonaise, le dragon d’or, qui s’est affranchi de Xi Qong, va tenter d’affronter son ancien maître. Mais sera-t-il assez puissant face à ces forces de l’ombre ?

Le premier tome dégageait une certaine douceur mais, cette fois, on est passés aux choses sérieuses et, dès le début de ce tome 2, on sent que l’ambiance s’est considérablement noircie.
Shanghai vit toujours sous occupation japonaise et on sent que les soldats ne sont pas là pour faire dans la dentelle. D’ailleurs, les auteurs évoquent sans détour le massacre de Nankin perpétré par les troupes japonaises à la même époque. La précision historique fait partie des bons points de cette bande-dessinée ; ceci étant, l’histoire est majoritairement narrée du point de vue de Yin, aussi reste-t-elle tout adaptée à un public jeunesse.

La partie fantastique, quant à elle, fait la part belle aux mythes chinois, notamment liés aux dragons. L’amour de la littérature du capitaine japonais nous apporte de précieux éléments sur ces fameux mythes — lesquels sont mis en scène sous forme de flashbacks. On découvre alors une sombre histoire de rivalités, qui alimente un violent désir de vengeance. Et c’est justement le pire qui guette la population : les Japonais sont certes un réel danger, mais la vengeance amoureusement préparée par Xi Qong va frapper vite et fort, et on se demande si Guang Xinshi saura enrayer la menace.

L’ambiance nettement plus sombre de l’intrigue se lit également dans le graphisme : on retrouve, comme dans le premier tome, les cases opposant des tons gris-bleutés aux ors lumineux du Dragon d’Or mais, maintenant, on trouve aussi des couleurs nettement plus sombres, liées à Xi Qong, le dragon maléfique : noirs, rouges et anthracites dominent les cases. Les contrastes sont clairement lisibles et le tout très réussi !

Malheureusement, je n’ai pu m’empêcher de me sentir un tantinet déçue ; alors que le premier tome installait une ambiance assez douce (mais néanmoins tendue), ici j’ai eu l’impression que tout était nettement survolé. Les événements s’enchaînent, c’est assez peu approfondi et, au final, on n’a pas vraiment l’impression d’avoir tout à fait suivi les événements.

Si Les Écailles d’or est clairement un tome de transition, il sert à installer une ambiance prenante, empreinte d’un réel suspense. Il annonce, au passage, un tome 3 qui mettra en scène la confrontation entre les deux dragons et qui s’annonce terrible ! Voilà une série de bande-dessinée mêlant Histoire et intrigue fantastique, qui plaira aux jeunes lecteurs, et dont j’ai hâte de lire la suite et fin. 

◊ Dans la même série : Créatures célestes (1) ;

Yin et le Dragon #2, Les Écailles d’or, Richard Marazano et Xu Yao.
Rue de Sèvres, avril 2017, 60 p.

Erased #6-8, Kei Sanbe.

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Grâce aux efforts conjugués de Satoru et Kenya, Kayo et Aya Nakanishi ont été sauvées ! Mais l’affaire n’est pas tout à fait réglée : Satoru est resté coincé, en 1988, dans son corps d’enfant. Et il y a toujours un tueur en série en goguette !

Il ne reste que deux tomes et autant dire que ce sixième volume laisse le lecteur sur des charbons ardents_ un peu comme le cinquième volume, qui s’achevait sur un redoutable cliffhanger.
Cette fois, plus aucun doute n’est permis sur l’identité du coupable et l’on se doute bien qu’il ne compte pas s’embarrasser d’un témoin gênant, fut-il un jeune enfant.
Finalement, c’est dans ce sixième volume que l’on prend enfin la mesure de l’intrigue uchronique : bon an mal an, on finit par revenir en 2006. Sauf que Satoru n’est plus du tout dans le même état qu’au début de l’histoire. Il est d’ailleurs presque absent de l’histoire, coincé qu’il est dans son coma, sur son lit d’hôpital. De plus, le suspense est maintenu jusqu’au bout. Si, dans un premier temps, Satoru est mis hors d’état de nuire, dans la suite, il est tout simplement privé de ses souvenirs… et donc bien moins utile que prévu !

C’est Sachiko, la mère de Satoru, qui a la part belle dans ce volume. On la découvre autrement que par les yeux de son fils et le portrait qu’en fait Kei Sanbe est riche et la montre bien plus présente que ne le pensait son fils. L’histoire, de plus, s’enrichit de nouveaux personnages qui apportent de nouvelles nuances.

Kei Sanbe mène son intrigue de main de maître et offre, à nouveau, un redoutable retournement de situation final, surprenant, qui laisse sur des charbons ardents pour la suite ! Heureusement qu’elle est annoncée pour juillet !

Erased #6, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, février 2016, 194 p.

Après 15 ans, Satoru est enfin sorti de son coma. Cependant, une lourde rééducation l’attend, et sa perte de mémoire le tourmente. En effet, le jeune homme semble avoir oublié qu’il possède la faculté de retourner dans le passé, et ne comprend donc pas d’où lui viennent toutes ses connaissances largement avancées pour un élève de primaire.
Bien que durant ces 15 ans, sa mère ait tout fait pour préserver le corps de son fils et qu’elle veuille désormais le protéger de son passé, elle décide de le laisser lire les dossiers que lui a laissés son ami Ken’ya, qui relatent l’affaire à laquelle les deux enfants s’intéressaient avant l’accident de Satoru. Cependant, ceux-ci ne font que semer davantage le doute dans l’esprit du jeune homme.
Airi pourrait-elle être la clef permettant de déverrouiller la porte dans son esprit ?

Vu qu’on approche dangereusement de la fin, le suspens est à son comble dans cet opus. Ici, ce que j’ai trouvé chouette, c’est que puisque que Satoru a réussi dans le passé, on est sur une nouvelle ligne temporelle : Kayo est toujours en vie, Satoru a un corps d’adulte à apprivoiser et… d’intempestifs flash-backs avec lesquels composer. C’est ainsi qu’il se rappelle nettement d’Airi… dont il va inopinément croiser la route. Peu à peu, tous les fils convergent.

Si la ligne temporelle a été modifiée, on reparle beaucoup de l’affaire sur laquelle enquêtait Satoru étant enfant. Kenya, son ami d’enfance, est devenu avocat et n’a jamais lâché l’affaire. D’autant que les meurtres semblent avoir repris – mais sans que l’on soit sûr de pouvoir vraiment tous les raccorder.

Le volume est centré sur la rééducation de Satoru mais le suspens est relancé lorsque l’on s’aperçoit qu’il est placé sous étroite surveillance – sans doute du tueur. Le tome est donc sous tension mais, paradoxalement, plus lent dans ses péripéties, ce qui peut parfois laisser l’impression qu’il ne s’y passe pas grand-chose.

Le tome 7 se maintient dans un bon équilibre : il y a plein de suspens mais, en même temps, l’accent est mis sur la rééducation de Satoru, sa vie nouvellement prise en main et sur ses relations avec ses amis. Du coup, on patiente, mais on trépigne encore !

Erased #7, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, juillet 2016, 194 p.

Après s’être réveillé d’un long coma, Satoru récupère peu à peu ses capacités et ses souvenirs. Néanmoins, le jeune homme ne se rappelle toujours pas de qui est le meurtrier, et ignore que celui-ci l’observe. Toutefois, avec l’aide de Kenya, Satoru va tenter d’attirer le meurtrier afin de l’arrêter en servant d’appât…

Voilà, c’est déjà le dernier tome de la série Erased et, si j’avais vraiment hâte de le lire, j’étais un peu triste de déjà arriver à la fin. Dans le tome précédent, j’avais été un peu frustrée, avec l’impression qu’il ne s’était pas passé grand-chose malgré l’intérêt apporté aux personnages. Du coup, on attaque le tome 8 en plein suspens puisque, désormais, Satoru est très très proche du but – et qu’on sait que la fin est proche.

Le voilà embarqué dans une sortie à l’étang des Camélias avec d’autres patients, sa mère, la jeune Kumi qu’il a rencontrée à l’hôpital et… le tueur.
Le suspens est augmenté par la façon dont Kei Sanbe nous donne à voir les minutieux préparatifs de Satoru et de la personne à qui il s’oppose. Assez vite, aux préparatifs succède l’affrontement entre les deux, qui occupe deux bons tiers du manga. Et, là aussi, le suspens est à son comble : on a déjà une idée assez précise des motivations du tueur et de comment les faits se sont déroulés, mais la confrontation est passionnante. De plus, le fait que la ligne temporelle ait été modifiée autant de fois alimente à merveille l’intrigue – vu que Satoru a des réminiscences de ses vies antérieures.
Le sujet, d’ailleurs, est éminemment casse-gueule, mais l’auteur s’en sort avec les honneurs !

Kei Sanbe apporte une vraie conclusion à son intrigue, mais je n’ai pas pu m’empêcher de la trouver un peu expédiée, sans doute parce que la traque s’est étalée sur sept tomes – et que j’ai adoré la série. Pas de feu d’artifice final, donc, mais une conclusion à l’image de la série, pleine de tension et qui apporte un beau point final. J’avais un peu peur, au vu des lignes temporelles bouleversées, que certains éléments de l’intrigue passent à la trappe (Airi, notamment), mais non, Kei Sanbe réussit à ramener tous les fils de l’histoire à la fin !

En somme, Erased fait partie de mes séries de manga favorites : le thème du voyage temporel, le thriller et tout ce que l’auteur développe autour des personnages m’a beaucoup plu ; le suspens ne se dément presque jamais tout au long de la série et j’avais vraiment hâte de savoir comment l’auteur s’en sortirait avec le thème choisi.
Si la série vous a plu, je vous recommande tout aussi chaudement la série animée parue l’année dernière – et j’attends maintenant avec impatience le film en préparation !

Erased #8, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, janvier 2017, 210 p.

 

Bungô stray dogs #1-2, Kafka Asagiri & Harukawa 35.

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Après avoir été expulsé de son centre d’accueil, Atsushi Nakajima se retrouve seul et à la rue… il rencontre alors un étrange jeune homme du nom d’Osamu Dazai. Ce dernier fait partie de l’Agence des Détectives armés, une troupe d’enquêteurs aux pouvoirs paranormaux, à la recherche d’un mystérieux tigre mangeur d’hommes. Atsushi semble avoir d’étroits liens avec ce tigre, et se retrouve enrôlé malgré lui parmi ces fameux Détectives sur l’initiative de Dazai. Action et batailles entre illustres écrivains à Yokohama !

Lorsqu’Atsushi, jeune orphelin expulsé de son orphelinat pour raisons budgétaires, rencontre Dazai, celui-ci teste une nouvelle méthode de suicide – son objectif principal dans la vie. On peut dire que l’introduction ne manque ni de piquant, ni d’originalité.
Et la suite est à l’avenant !

Car si Atsushi est un jeune homme assez naïf, Dazai fait, lui partie, de l’Agence des Détectives Armés, qui regroupe des enquêteurs aux pouvoirs surnaturels, de fins limiers au service de la justice et de la vérité. D’ailleurs, cela tombe bien, car Dazai enquête sur un énorme tigre mangeur d’hommes qui sème la panique en ville et va requérir l’aide d’Atsushi.

Bien qu’il s’agisse du premier tome, le volume comprend pas moins de trois enquêtes, qui nous permettent de mieux comprendre l’univers dans lequel évoluent nos jeunes détectives. Les rebondissements s’enchaînent à bon rythme, jusqu’à la fin, gardant un suspens bien équilibré… jusqu’au retournement de situation final ! Question rythme, révélations et découverte de l’univers, ce premier tome est tout simplement excellent !

Côté personnages, on découvre une palette d’agents aux pouvoirs surnaturels aux noms… pas très évocateurs. Et c’est ce qui fait le sel des personnages : on a le nom du pouvoir (par exemple « Poète solitaire » !) et on attend de savoir, dans le feu de l’action, à quoi cela correspond. Cela crée un effet de suspense vraiment bienvenu !

Au dessin, Harukawa 35 fait merveille avec des traits très clairs et des scènes très lisibles, y compris dans les combats les plus échevelés (et il y en a !).

En somme, ce premier tome nous fait découvrir un univers peuplé de personnages aux pouvoirs tous plus surnaturels les uns que les autres, embarqués dans des enquêtes passionnantes et dans une opposition tout aussi intéressante avec la mafia !

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Après l’attaque d’Akutagawa et de sa subordonnée Higushi, Atsushi se réveille à l’Agence, qui est maintenant prise pour cible par la mafia dans le but de récupérer l’homme-tigre. Le jeune détective va alors devoir prendre une décision…

Maintenant qu’Atsushi est assuré d’avoir un avenir, on peut souffler ! Sauf que la mafia, elle, n’a pas dit son dernier mot.
Ce deuxième tome nous propose encore une fois son lot de rebondissements inattendues, palpitants et faisant monter la tension. Car l’antagonisme entre la mafia et l’Agence des détectives prend des tours et des formes inattendues. L’histoire n’est donc pas lassante le moins du monde.

Le gros point fort de cette série, que je n’ai pas encore invoqué, ce sont toutes les références liées aux personnages. En effet, l’Agence des Détectives Armés regroupe des avatars d’auteurs, poètes ou novellistes japonais. Vous n’êtes pas une pointure en littérature classique japonaise ? Pas de panique ! Les personnages sont décrits, avec leurs références littéraires, dans les inter-chapitres. Et voir comment les auteurs jouent sur les noms, les pouvoirs et les références est passionnant : car les pouvoirs des détectives sont, presque toujours, issus des œuvres des auteurs dont ils prennent les noms.  Voilà qui ajoute un côté original non négligeable à ce manga.

Dans ce tome-ci, les auteurs font à nouveau preuve de leur sens du rythme et de la lisibilité des scènes, ce qui fait qu’on arrive au bout de l’histoire quasiment sans s’en rendre compte.

Bungô stray dogs est donc un manga seinen extrêmement bien mené, passionnant de bout en bout, dont le rythme est tout simplement excellent. Il n’est pas difficile de s’attacher aux personnages, dont on cherche à découvrir et la teneur du pouvoir, et la référence littéraire qu’ils comportent. En somme, une excellente découverte et, au vu des révélations des deux premiers tomes, j’ai hâte de lire la suite !

Bungô stray dogs #1 et #2, Kafka Asagiri (scénario) et Harukawa 35 (illustrations).
Traduit du japonais par Nicolas Pujol. Ototo (Seinen), 4 février 2017, 192 p.

ReLIFE #1-3, Yayoiso.

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Arata a 27 ans et sa vie est loin, très loin d’être celle qu’il imaginait 10 ans plus tôt. Au chômage, célibataire, il n’a même pas le courage d’avouer à ses amis qu’il est sans emploi et se force à jouer la comédie – débarquant à leurs afterworks en costume trois pièces, comme s’il sortait lui aussi du bureau. Et comme il a démissionné de son premier emploi après seulement 3 mois, il n’est pas près de retrouver un poste… D’ailleurs les entretiens d’embauche se suivent et se ressemblent, se soldant tous par des échecs cuisants. Or, il n’a pas encore atteint le fond, ce qui ne tarde pas à arriver : sa mère lui annonce de but en blanc la fin du soutien financier parental … C’est alors que surgit le mystérieux Ryo Yoake, employé de l’institut de recherche ReLIFE, pour lui proposer de participer à une expérience de réinsertion sociale, réservée aux chômeurs, passant par… une année de retour au lycée ! Pour ce faire, Arata est prié d’avaler une simple pilule, lui redonnant l’apparence de ses 17 ans. Il reprend donc le chemin de la terminale… et c’est bien moins facile qu’il n’y paraît.

ReLife est un manga atypique. En effet, il est tout en couleurs, alors que traditionnellement, s’il y a des couleurs, seules les premières pages y ont droit. En effet, le manga a d’abord été publié en tant que web-série en couleurs et le passage au format papier a conservé ce caractère.

L’histoire de Yayoiso mêle donc allègrement science-fiction et tranches de vie adolescentes : car, si Arata retourne au lycée, il y découvre également Ryo, son « contrôleur de mission ». Ce retour en arrière est vraiment drôle : Arata cumule les bourdes et a bien du mal à se remettre dans le bain – franchement, j’ai compati.

L’histoire ne propose pas un suspens haletant, mais je me suis tout de même laissée emporter par ma lecture, parce que je voulais savoir si Arata réussirait à faire coïncider ses deux existences en cours ou pas.

Côté dessins, j’ai pleinement apprécié d’avoir un manga tout en couleurs, ce qui apporte un air nouveau. A ce titre, l’adaptation (du format vertical adapté à la lecture sur smartphones au format papier normal) est très réussie.

Une fois ce premier tome terminé, j’avais hâte de savoir comment Arata allait se débrouiller dans sa nouvelle existences adolescente. J’ai donc passé un bon moment avec les aventures de ce jeune homme, et je suis curieuse de lire la suite de ses aventures lycéennes. 

ReLIFE #1, Yayoiso. Ki-oon, mai 2016, 184 p.

 

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Pour Arata, pas facile de se remettre dans le bain! Les vieilles habitudes ont la vie dure, et le programme de terminale est bien loin…Bref, les premiers contrôles de l’année ne sont pas une réussite, sans compter le savon magistral que lui passe son professeur principal en trouvant des cigarettes dans son sac!
Heureusement, le jeune homme lie rapidement connaissance avec plusieurs élèves de sa classe, dont Kazuomi Oga, Rena Kariu et Chizuru Hishiro. Cette dernière, extrêmement timide, a beaucoup de mal à se faire des amis: notre « redoublant » décide alors de lui donner un coup de pouce, mais la tâche promet d’être ardue…

Eh non, la reprise n’est pas facile pour Arata. Après avoir obtenu des notes déplorables aux examens généraux, Arata se démet une épaule et s’écorche un genou en sport. ReLife est un programme destiné à favoriser la réinsertion des chômeurs mais, s’il donne aux participants l’apparence d’adolescents, il ne leur en donne pas les capacités physiques ! De même, Arata n’oublie pas qu’il a 27 ans et non 17 : tout cela contribue à conserver le décalage constant entre le jeune homme et ses camarades de classe.

Dans ce volume, l’accent est mis sur les relations entre eux, ce qui peut être un peu frustrant, vu que l’aspect ReLIFE est peu exploité. Arata est bien décidé à rendre service à Chizuru, laquelle semble particulièrement peu douée en relations sociales – ce qui est souvent assez comique, notamment lorsqu’elle tente de conquérir Rena à coups de sourires carnassiers, qui tiennent plus de la tête de psychopathe que de la future bonne copine.
L’histoire est vraiment centrée sur les histoires adolescentes, et moins sur le retour dans le passé d’Arata. Ceci-dit, les chapitres sont entrecoupés des rapports envoyés par Yoake à son responsable, qui nous rappellent de temps en temps que tout cela n’est qu’une expérience scientifique appelée à s’arrêter un an plus tard.

Côté dessins, c’est toujours aussi sympa d’avoir un manga tout en couleurs, cela change un peu de ce que l’on lit habituellement. Mais c’est parfois un peu difficile de différencier les garçons entre eux, qui se ressemblent un peu les uns les autres – ce qui est un peu dommage.

Ce deuxième tome est parvenu, lui aussi, à me tenir en haleine, alors même qu’il ne se passe pas grand-chose de trépidant – rien d’autre que les péripéties lycéennes d’une classe lambda. Mais rien qu’avec ça, Yayoiso réussit à nous installer une ambiance prenante, qui donne envie d’en savoir plus à la fin !

ReLIFE #2, Yayoiso. Ki-oon, août 2016,192 p.

 

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Devant les notes désastreuses d’Arata, Kazuomi lui propose de l’aider à réviser pour les rattrapages… An se joint à eux, et la petite bande commence à se lier d’amitié, même si les résultats scolaires de notre cobaye sont toujours au plus bas !
Mais Chizuru se débrouille beaucoup moins bien : convaincue que Rena l’apprécie, elle ne se rend pas compte qu’elle excite au contraire la jalousie de sa camarade. Lorsque celle-ci vole son sac sur un coup de tête, Arata la prend en flagrant délit et tombe avec elle dans les escaliers ! À son réveil, il décide de tout dire à Chizuru…

Le tome 3 reprend sur les querelles et amitiés lycéennes et, de ce point de vue-là, il y a fort à faire. Et si c’est intéressant, c’est un peu frustrant du point de vue du concept de la ReLIFE.
Heureusement, le ton change vite et Arata se retrouve confronté à une situation aussi inédite qu’embarrassante, tant pour son avenir au lycée que pour la réussite de sa ReLIFE. Suspense et tensions garantis dans la deuxième moitié du tome, avec moult révélations à la clef ! Du coup, le rythme est vraiment bien maintenu et ce jusqu’à la fin !

Côté révélations, on en apprend un peu plus sur le contrôleur de mission, le très très discret Ryo Yoake. Mais aussi sur le passé d’Arata en tant qu’employé ! Toutes les zones d’ombre ne sont pas encore levées mais on commence à entrevoir pour quelles raisons il a bien pu démissionner au bout de seulement trois mois de travail.

D’ailleurs, la série commence à faire montre d’une double lecture assez intéressante. Sous des dehors de comédie scolaire, il est aussi question de l’attirance (parfois involontaire) d’Arata pour ses très jeunes camarades, mais aussi des manipulations un rien sordides auxquelles se livrent les adultes entre eux. Sur ce point, les révélations de la fin du tome ne font qu’épaissir le mystère autour de l’expérience ReLIFE… et pousser le lecteur à relire le début de la série.

Après une petite baisse de rythme, le tome 3 vient relancer tout l’intérêt pour l’histoire. C’est à la fois drôle, plein de suspens et bien plus complexe qu’il n’y paraît ! Du coup, j’attends impatiemment le tome 4 !

ReLIFE #3, Yayoiso. Ki-oon, août 2016,192 p.

A Silent voice 5-7, Yoshitoki Oima.

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Après la sortie au parc d’attractions qui a regroupé plusieurs anciens camarades, Shoya est embarqué dans le projet de film de Tomohiro, qui le propulse assistant. Premier problème : alors que l’histoire du film s’inspire de la rencontre providentielle entre Tomohiro et Shoya, qui n’aurait jamais eu lieu sans Shoko, celle-ci ne fait pas partie de l’équipe et les participants semblent trouver normal de l’écarter en raison de sa surdité, ce qui ne plaît pas du tout à Shoya. Second problème : Tomohiro veut absolument tourner une scène dans une école. Il charge donc Shoya d’aller demander l’autorisation de filmer dans son ancien établissement. Pour des raisons évidentes, celui-ci n’a pas particulièrement envie de remettre les pieds là-bas, d’autant que Tomohiro convainc Shoko de l’accompagner. C’est finalement Satoshi, un jeune homme très critique envers les enfants cruels, qui accompagne Shoya.
Celui-ci éprouve des sueurs froides à l’idée que son secret soit révélé… ce qui ne manque pas, ravivant toutes les tensions qu’il avait, jusque-là, réussi à apaiser.

Ce cinquième volume fait office de pause dans l’intrigue car il met de côté l’histoire entre Shoko et Shoya pour étudier les conséquences de l’odieux comportement de Shoya lorsqu’il était enfant.

Si la mère de Shoko l’exècre toujours au plus haut point, ses camarades de classe qu’il vient de retrouver semblent avoir passé l’éponge, ce qui ne lasse pas d’étonner un Shoya en quête de rédemption. Pire : lorsqu’il retourne dans son école, son ancien professeur semble suggérer que le problème venait de Shoko elle-même ! Ajouté au fait que l’ensemble de ses camarades participant au film semble trouver normal d’écarter Shoko en raison de son handicap, Shoya comprend qu’il y a encore un long chemin à parcourir pour atteindre la tolérance – chemin qu’il n’a, lui-même, pas fini de parcourir.
Comme le volume développe plusieurs arcs narratifs, il semble un peu plus lent que les autres. Parallèlement, Yoshitoki Oima évoque la réalisation du film, la relation amicale (mise à mal) entre Shoya et Tomohiro et, de façon plus générale, entre Shoya et ses camarades, l’étrange relation qui unit Shoya à Shoko (laquelle continue de penser qu’elle est la cause de tous les maux), ainsi que la perception du handicap dans la société (qui aurait bien besoin de progresser).
Les rumeurs allant bon train, Shoya est de nouveau au centre de toute l’attention, ce dont il se serait bien passé. À nouveau, le suspense psychologique est très fort, puisqu’on se demande si Shoya va réussir, cette fois encore, à s’en sortir.
C’est, finalement, sur les toutes dernières pages que se concentre toute l’action : les derniers événements changent beaucoup de choses, amènent encore plus de questions et, surtout, laissent le lecteur sur des charbons ardents !

Malgré une petite baisse de rythme, voilà encore un tome passionnant et qui donne de plus en plus envie de lire la suite !

A Silent voice, tome 5, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, octobre 2015, 192 p.

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A l’issue du volume précédent, Shoya sauvait in extremis Shoko d’une chute mortelle. Et c’est finalement lui qui se retrouve branché à une machine, coincé sur un lit d’hôpital…

Voilà un opus bien différent des précédents ! En effet, l’histoire tourne, généralement, autour de Shoya. Or, là, il en est totalement absent, puisque dans le coma. Cela laisse toute latitude à Yoshitoki Oima pour développer les autres personnages, comme les familles respectives de Shoya et Shoko, que l’on voit, finalement, assez peu dans le reste du manga. Ce que l’on découvre sur l’une et l’autre est vraiment intéressant et permet de remettre pas mal de choses en perspective, notamment du côté de Shoko.
Et, alors que la petite bande d’amis semble de plus en plus soudée, l’odieuse Naoka contine de représenter la frange qui pense que les personnes handicapées ne sont qu’un poids mort pour la société. Yoshitoki Oima procède à un examen des mentalités assez poussé, tout en laissant entrevoir une possible amélioration de ces mêmes mentalités.

Bon an mal an, le tome se déroule sur un rythme que l’on pourrait presque trouver monotone comparé à ce qui s’est passé avant. Mais c’est aussi l’occasion pour les personnages de se remettre en question – et il y en a à qui ça ne fait vraiment pas de mal !

Tout cela aboutit à une scène de conclusion relançant immédiatement les interrogations ! Sachant qu’il ne reste qu’un tome, on se demande comment l’auteur va parvenir à conclure cette émouvante histoire. 

A Silent voice #6, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, janvier 2016, 
192 p.

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Et voici venue la conclusion tant attendue de la série phénomène de Yoshitoki Oima !

Et, au vu des six premiers tomes, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir une légère pointe de déception à la lecture de celui-ci. En effet, cette conclusion a un petit goût d’inachevé, comme si l’auteur n’était pas allée vraiment au bout des choses au vu des pions qu’elle avait avancés.
Bon, il faut nuancer un peu : toutes les intrigues trouvent une conclusion ici et on assiste même à l’entrée de Shoko et Shoya dans la vie adulte, main dans la main, ce qui est bien agréable quand on voit d’où ils sont partis. Mais voilà, peut-être la part de midinette qui, manifestement, se terre quelque part en moi, en espérait-elle un peu plus.

Malgré cela, A Silent voice est une série qui vaut vraiment le détour. Yoshitoki Oima signe une série lumineuse, émouvante, pleine d’émotions, qui traite avec intelligence et subtilité le thème du handicap – aujourd’hui toujours tabou et ce, quel que soit le pays dont on parle.
Elle brasse, ainsi, de nombreux thèmes, tous creusés : harcèlement scolaire, amitié, amour, adolescence. C’est une série très émouvante, mais aussi riche d’enseignements , à mettre entre toutes les mains ! 

A Silent voice #7, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, avril 2016, 192 p.

◊ Dans la même sérieA Silent voice (1-2) ; A Silent voice (3-4).

Le Temps des mitaines, Loïc Clément & Anne Montel.

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Arthur vient d’emménager dans le village des Mitaines. Dès son premier jour dans la nouvelle école, il apprend qu’un élève a mystérieusement disparu. Sa curiosité est piquée, et avec l’aide de ses nouveaux amis, l’amusante Pélagie, l’intrigante Kitsu, le génie de la bande Gonzague et son fidèle compagnon Willo, il se met en tête de trouver le coupable !

Je vous ai parlé il y a peu du deuxième volume de cette série ; cette fois, ça y est, j’ai lu le premier et ça en valait vraiment la peine !

L’histoire s’ouvre sur la double inquiétude d’Arthur : non seulement il entre dans une nouvelle école où il ne connaît personne mais, en plus, son pouvoir magique ne s’est pas encore révélé et il craint que tous les autres n’aient déjà le leur. A cette double angoisse vient bientôt s’en ajouter une troisième : alors que ses camarades sont plutôt sympa et l’école pas si terrifiante, la petite communauté des Mitaines est frappée par des enlèvements inexpliqués. Bientôt, l’angoisse s’installe sur tout le village.

« Du coup, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle…
– C’est quoi la bonne ?
– Je ne crois pas que les élèves se soient fait enlever.
– Super ! Et la mauvaise ?
– Je pense qu’ils se sont fait DÉVORER ! »

Le lecteur est très vite plongé dans l’ambiance bucolique et agréable des Mitaines. Mais, au fil des pages, celle-ci s’assombrit nettement. Au fil des chapitres et de l’enquête – pas toujours discrète – menée par Arthur et ses amis, le suspens monte : sont-ils en danger ou vont-ils trouver le fin mot de l’histoire avant les adultes ? Ceux-ci, empêtrés dans des problèmes d’adultes (faut-il fermer l’école et créer un mouvement de panique ?), ont d’ailleurs bien de la chance d’avoir des enfants aussi perspicaces pour les seconder.
Le petit groupe d’amis est varié et on les suit avec plaisir : il y a Gonzague, l’escargot aux phrases alambiquées et incompréhensibles ;  Willo, la luciole qui n’éclaire jamais aussi fort que lorsqu’il est terrifié ; Pélagie, la souricette tête-en-l’air et déjantée ; Arthur, l’ourson fraîchement débarqué ; et, last but not least, Kitsu, l’énigmatique renarde solitaire. On s’attache très vite à ce petit groupe disparate qui sait mettre de côté les différences des uns et des autres et promeut entraide et solidarité.
Les auteurs parviennent à mêler petites intrigues personnelles et scolaires à l’enquête plus générale dans un ensemble harmonieux. Résultat, l’histoire est très rythmée et on ne s’ennuie pas une minute. De plus, le ton est plein d’humour : malgré l’aspect très sombre de l’histoire, on rit donc beaucoup aux blagues potaches des uns et aux sorties sans queue ni tête de Pélagie.

« Si faut se déguiser en tabouret en rotin pour enquêter dans l’ombre. J’suis votre homme !
– T’es une fille. Pélagie !
– C’est pas grave je ferai la chaise ! »

Il faut, enfin, évoquer le dessin. Les aquarelles dans des tons pastel offrent un univers doux et harmonieux, avec un côté bucolique et enfantin. Mais Anne Montel sait jouer sur les traits et les couleurs pour faire monter tension et angoisse. Le dessin porte l’histoire à merveille et vient en souligner tous les épisodes. En somme : c’est excellent !

Ce premier tome réussit à poser l’univers, les personnages et l’ambiance des Mitaines, tout en proposant une intrigue complète et complexe. Le récit est rythmé et souligné par un graphisme saisissant. Excellent début de série, donc !

« Ah parce que t’as un copain, toi ?
– Roh mais tu suis rien, je viens de te le dire : c’est Arthur !
– Et il est au courant, ton « copain » ?
– Au courant de quoi ?
– Bien que c’est ton copain !
– J’pense que c’est un détail, ça, non ?
– Je vois… »

Le Temps des mitaines, Loïc Clément & Anne Montel. Didier Jeunesse, 2014, 115 p.

 

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C’est l’été au village des Mitaines et l’ambiance n’est plus ce qu’elle était. Il faut dire qu’en découvrant son super pouvoir le candide Arthur est devenu très imbu de lui-même. Personne ne peut plus le supporter, surtout Kitsu, la jolie renarde, avec qui il fait son stage chez des horticulteurs, au bord de la faillite. Réussiront-ils à les sauver ?

Où l’on retrouve la fine équipe ! Cette fois, pas d’enquête policière, mais un problème très humain. Arthur a pris la grosse tête depuis leurs exploits précédents et il est devenu imbuvable. Pas de chance pour la très peu patiente Kitsu, qui doit réaliser son stage avec son camarade…

Comme dans le premier volume, on retrouve le dessin plein de douceur d’Anne Montel, allié au scénario efficace truffé de répliques drôles ou pleines de bon sens. Au travers des problèmes rencontrés par les horticulteurs chez qui Arthur et Kitsu font leur stage, les auteurs sensibilisent les jeunes lecteurs à l’écologie et à l’économie solidaire, tout en les enjoignant à se battre pour ce qu’ils pensent être juste. L’histoire met aussi en avant de belles valeurs comme l’amitié, l’entraide et la solidarité – toutes choses que l’on a tendance à oublier, ces derniers temps – le tout dans une intrigue menée avec efficacité.

Si cet opus est plus court que le premier, on y retrouve l’ambiance douce et poétique qui séduisait dans le premier volume, ainsi qu’un récit efficace, prenant et mettant en avant de belles valeurs ! À découvrir !

Le Temps des mitaines #2, Cœur de renard, Anne Montel & Loïc Clément. Didier Jeunesse, 2016, 62 p.

Poison City, Tetsuya Tsutsui.

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Tokyo, 2019. À mois d’un an de l’ouverture des Jeux Olympiques, le Japon est bien décidé à faire place nette avant de recevoir les athlètes du monde entier. Une vague de puritanisme exacerbé s’abat dans tout le pays, cristallisée par la multiplication de mouvements autoproclamés de vigilance citoyenne. Littérature, cinéma, jeu vidéo, bande dessinée : aucun mode d’expression n’est épargné. C’est dans ce climat suffocant que Mikio Hibino, jeune auteur de 32 ans, se lance un peu naïvement dans la publication d’un manga d’horreur ultra réaliste, Dark Walker. Une démarche aux conséquences funestes qui va précipiter l’auteur et son éditeur dans l’œil du cyclone…

Avant de parler du manga, un peu d’actus. La réputation de mangaka de Tetsuya Tsutsui n’est plus à faire. Mais en 2013, il découvre inopinément que son polar Manhole est censuré au Japon, par la section des affaires sociales et de la santé du département de Nagasaki, en raison d’une « incitation considérable à la violence et à la cruauté chez les jeunes ». Résultat : son manga est retiré des librairies et bibliothèques du département. Il n’en a jamais été officiellement averti. Or les œuvres incriminées (comme il s’en aperçoit en assistant à une réunion du comité d’études) sont passées « au crible » en 35 minutes… à raison de 33 mangas par séance ! Le jugement, incomplet et aberrant, n’est fondé que sur l’appréciation visuelle et subjective des œuvres. De plus, les auteurs ne peuvent faire appel (ils le peuvent, mais c’est classé sans suite).  Aujourd’hui, Tetsuya Tsutsui lutte toujours pour réhabiliter son titre ainsi que pour la liberté d’expression. L’auteur ayant pour habitude de s’inspirer de l’actualité et de son expérience personnelle, Poison City, son dernier manga, aborde lui aussi la question des dangers de la censure.

Poison City met donc en scène Mikio Hibino, jeune auteur de 32 ans, se lançant dans la publication de Dark Walker, un manga d’horreur hyperréaliste, dont l’intrigue se déroule dans une univers post-apocalyptique infesté par un virus, qui pousse les humains à dévorer des cadavres. Tôru Kiritani ayant servi de cobaye dans un labo, il est porteur du virus mais ne perd pas la tête. Sa compagne, Haruka Sakazaki, cobaye elle aussi, est totalement immunisée, mais doit porter un masque à gaz en raison d’une hypersensibilité aux produits chimiques. Ensemble, ils essaient de sauver l’humanité et, surtout, de survivre ! Ce que Mikio Hibino ignore, c’est que la publication de son manga va avoir des conséquences pour le moins funestes.

Poison City joue sur deux fils narratifs : Dark Walker et l’histoire personnelle de Mikio. Celui-ci vit dans un univers assez liberticide : dès le premier chapitre, il est confronté à la censure, empêché d’acheter un film de zombies interdit aux jeunes, sous prétexte qu’il n’a pas ses papiers sur lui ; dans la foulée, il assiste au démantèlement d’une petite statue irrévérencieuse (façon Manneken Pis), au motif qu’elle contrevient aux lois sur la pornographie infantile ! Dès l’intro, on assiste aux réunions, prises de décision et actions de la fameuse commission de censure qui officie à grandes coupes claires dans le patrimoine culturel, le tout arrosé de quelques chapitres sous haute tension de Dark Walker.

Et la construction est vraiment brillante ! Car on fait sans cesse le parallèle entre l’histoire de Tetsuya Tsutsui et celle qu’il met en scène. Au fil des réunions éditoriales, Mikio s’entend dire comment corriger son manga : ici en supprimant les cannibales (remplacés par des zombies), ici en passant sous silence un détail ou un bout de scène… La censure, peu à peu, assure sa main-mise sur la production artistique et culturelle, sans que certains y trouvent quoi que ce soit à redire… Et c’est terrifiant.

L’histoire permet également de découvrir les dessous de la censure des comics aux États-Unis : en faisant le parallèle avec le passé, Tetsuya Tsutsui rend l’histoire d’autant plus prenante et percutante. En notant les similitudes avec notre univers, on ne peut que s’inquiéter pour la liberté d’expression – dans notre réalité, et dans celle de Mikio.

Voilà un manga à découvrir absolument ! En évoquant les dérives de la commissions de censure japonaise, Tetsuya Tsutsui parle à merveille de notre propre univers, toujours plus craintif quant à la valeur de la parole. Il nous rappelle, au passage, que la liberté d’expression doit toujours être défendue et que la parole ne doit surtout pas être réduite à ce qu’une toute petite minorité souhaite entendre. Un rappel plus que jamais indispensable !

Poison City #1, Tetsuya Tsutsui. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, mars 2015, 232 p.

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Dans ce second tome, Mikio Hibino, notre jeune mangaka, est de nouveau confronté à la stigmatisation de son manga d’horreur hyperréaliste, Dark Walker, supposé trop violent.  Son éditeur lui suggère alors de faire ce que souhaite la commission, à savoir modifier le contenu : en effet, c’est le nombre de pages violentes sur l’ensemble qui détermine le degré de dangerosité du manga. Or, en regroupant toutes les séquences violentes, on peut diminuer le nombre de pages incriminées, ramenant le total à un nombre acceptable. Mikio s’arrache donc les cheveux, recombine ses chapitres, réarrange son histoire et abandonne : céder signifie dénaturer son manga et il n’en a absolument pas l’intention. Il poursuit donc et la commission le poursuit de ses foudres,  lui imposant alors une audience publique.

Comme dans le premier volume, l’intrigue alterne deux fils narratifs : la vie de Mikio et les extraits de Dark Walker – lesquels sont toutefois moins nombreux que dans le tome précédent – que l’on attend presque avec impatience tant la tension est omniprésente ! Le manga compare à nouveau la situation au Japon et la situation des comics aux États-Unis : c’est donc avec anxiété que Mikio arrive à l’audience, échaudé par l’histoire d’un auteur de comics déclaré nocif et retiré du marché éditorial…

Plus que la censure des média, Tetsuya Tsutsui met en évidence l’hypocrisie d’une société – qui ressemble à s’y méprendre à la nôtre, finalement… – qui préfère trouver un bouc-émissaire facile (les mangas, les films, les romans policier, le metal, les jeux vidéos – rayez la mention inutile !), plutôt que d’analyser ses travers et erreurs et de se remettre en question. On pourrait, dans un premier temps, penser que l’auteur nous offrirait une conclusion positive mais raté. La tension va croissante et Tetsuya Tsutsui termine sur un point d’orgue terrifiant. Difficile, une fois la dernière page tournée, de ne pas se demander ce qui pourrait nous arriver. D’ailleurs, on peut se demander si le manga ne flirte pas avec le récit d’anticipation.

Ce second volume vient clore un manga exceptionnel, qui évoque la censure et la liberté d’expression et qui nous rappelle combien il est important de lutter avant que la première n’étouffe la seconde. Et cela demande une vigilance de tous les instants !

Poison City #2, Tetsuya Tsutsui. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, décembre 2015, 200 p.