Dry, Neal Shusterman.

Avez-vous déjà eu vraiment soif ?
La sécheresse s’éternise en Californie et le quotidien de chacun s’est transformé en une longue liste d’interdictions : ne pas arroser la pelouse, ne pas remplir sa piscine, limiter les douches…
Jusqu’à ce que les robinets se tarissent pour de bon. La paisible banlieue où vivent Alyssa et sa famille vire alors à la zone de guerre.
Soif et désespoir font se dresser les voisins les uns contre les autres. Le jour où ses parents ne donnent plus signe de vie et où son existence et celle de son petit frère sont menacées, Alyssa va devoir faire de terribles choix pour survivre au moins un jour de plus.

Si vous êtes familiers de ce blog, vous savez déjà que je suis très fan de Neal Shusterman : je ne pouvais donc pas passer à côté de ce roman-ci lorsque j’ai appris sa parution. J’avais un peu peur de l’effet « roman à quatre mains » mais, en fait, c’est très réussi !

Cette fois, pas de série : Dry est un one-shot et, vu le contexte et l’intrigue c’est aussi bien. Dès les premières pages, on sait qu’il n’y a plus d’eau, point de départ angoissant s’il en est (et d’actu). Or, l’info qu’on ignore, comme souvent dans un cas de coupure, c’est la durée de la coupure d’eau. Donc on peut encore espérer et, à l’instar des personnages, c’est ce que l’on fait. Mais, rapidement, il faut se rendre à l’évidence : c’est la panique à tous les niveaux et les aides promises par le gouvernement n’arriveront jamais – ou alors, trop tard. Et c’est là que le roman commence à être terrifiant car, effectivement, si personne n’a d’eau, il faut bien se dire que le gouvernement… n’en a pas non plus. Et c’est assez dur d’admettre que même les secours (sur lesquels on peut normalement se reposer) ne peuvent plus rien pour personne.
Le spectre de la mort par déshydratation plane donc sur le récit. Or, justement, les auteurs excellent à montrer les effets sur le corps du manque d’eau : outre la sensation de soif, on n’ignore rien des crampes, étourdissements et autres hallucinations que ne tardent pas à ressentir les personnages. Ces touches descriptives insufflent rythme et angoisse dans le récit !

Les premiers jours du Tap-Out, elles avaient de l’eau. Sa mère avait arraché un pack des mains de l’une de ses camarades de l’équipe de foot au Costco. « Qui va à la chasse perd sa place, avait lâché sa mère dans la file de la caisse. Que ça lui serve de leçon ! »
Mais il y avait visiblement cinq leçons que sa mère n’avait pas retenues. Comme : « Ne vous lavez pas les cheveux quand vous n’avez que de l’eau en bouteille. » Ou encore : « Ne faites pas de course à pied quand il faut éviter de transpirer. » Et peut-être la plus évidente de toutes : « N’arrosez pas vos plantes ; laissez-les mourir. »
Ce pack d’eau ne leur avait duré que deux jours.

Le récit suit un petit groupe de personnages assez variés : il y a deux adolescents de la banlieue privilégiée, leur voisin survivaliste, une ado des rues plutôt dure à cuire et un jeune garçon doué en affaires (et sans doute un peu mythomane). Les caractères sont donc variés et offrent une belle diversité.
Comme Shusterman en a l’habitude, le récit alterne entre les points de vue internes de ces différents personnages, certains prenant plus d’importance que d’autres. Là encore, le suspense est bien présent, d’autant que l’on s’aperçoit assez vite que leurs intérêts personnels peuvent diverger… voire les mettre en danger. D’ailleurs, il faut signaler que certains, parmi la troupe, sont de vraies têtes à claques et n’en ratent pas une. Non pas qu’ils soient bêtes à manger du foin, mais leur naïveté donne parfois follement envie d’aller leur mettre le pied au séant. Réfléchissez, enfin ! (Et puis ouvrez les yeux, quoi, zut à la fin. Évidemment que tout le monde n’est pas gentil !).

Plus l’intrigue avance, plus la situation se dégrade. Une des parties du roman s’intitule d’ailleurs « Trois jours de l’homme à l’animal » : c’est d’une justesse !! Plus le temps passe, plus les relations humaines se dégradent. Les auteurs montrent alors une variété des réactions extrêmes qui découlent de la situation. Et tout ce que l’on peut en dire, c’est que ce n’est guère engageant… Et en même temps, cela fait vraiment réfléchir car les personnages vivent des dilemmes assez prenants. Tel quartier a de l’eau : faut-il la rationner et la distribuer au prorata des membres de la famille ? Le chien compte-t-il ? Le bébé et les grands-parents, populations fragiles, ne devraient-ils pas avoir plus d’eau ? Et la voisine enceinte, alors ? Et si au terme de la distribution on n’a que 5cL par personne ? Cela fait partie des points qui m’ont fait ressentir ce roman comme particulièrement angoissant : la question est vitale (littéralement), mais difficile à résoudre. D’une part, j’étais donc ravie de ne pas être dans leur situation mais assez gênée, d’autre part, de ne pas trouver de solution satisfaisante (à mes yeux) à cette question. Car comme je l’ai dit au départ, le sujet est vraiment tout d’actualité…
Outre la situation traumatisante que vivent les personnages, il faut aussi compter avec la violence latente. La situation s’envenime, les esprits s’échauffent et certains sont prêts à aller jusqu’au pire pour parvenir à leurs fins. Cela accentue le côté parfois angoissant du roman : non seulement les personnages sont en urgence vitale, mais ils ne peuvent en plus pas vraiment trouver d’aide à côté.

Tandis qu’on s’éloigne du campement, je redescends brutalement sur terre. C’est la même planète que la semaine dernière, et pourtant, comment y croire ? Jamais je n’aurais imaginé que le si parfait Orange County partirait autant en vrille. C’est drôle quand même… Et dire qu’à une époque, je méprisais tant cet endroit que j’en étais venue à souhaiter que Dieu tout-puissant le maudisse, y envoie des sauterelles et des implants mammaires défectueux. Mais à présent que toute la Californie du Sud vit un cauchemar, je suis un peu déçue. Ce n’est pas que je veuille souffrir davantage, mais je suis déçue par les gens – leur faiblesse d’esprit et de caractère. Il aura suffi d’une pénurie d’eau pour tous les transformer en meurtriers barbares. Une chose est sûre, je ne veux pas me retrouver dans le même panier qu’eux.

En cela, le roman est terriblement angoissant (j’ai l’air d’insister, mais vraiment, c’est le cas). Car la situation que décrivent le père et le fils n’est pas si science-fictive. Les ressources en eau ne sont pas éternelles et leur disparition est moins qu’hypothétique. Or, lorsque l’on voit ce qui nous pend au nez et combien cela peut dégénérer… difficile de se sentir serein. Tout cela incite vraiment à réfléchir à sa consommation d’eau. Combien de verres d’eau consommez-vous par jour ? Combien de litres de douche ? Combien de gouttes gaspillées ? C’est un roman qui donne terriblement soif, lorsqu’on pense à la privation. Rien que d’écrire cette chronique et de repenser à ma lecture, j’ai soif.
En même temps, le roman de survie est hyper réussi et prenant. Les chapitres sont courts et assez cinématographiques : il y a juste assez de descriptions des lieux (et de la chaleur écrasante) pour s’y croire et l’action s’enchaîne à bon train. C’est là qu’il convient de préciser que Jarrod Shusterman est scénariste – et ça se sent un peu, tant le rythme est maîtrisé.

Les Shusterman père et fils signent donc un excellent roman apocalyptique, à l’ambiance et au rythme particulièrement prenants. Sans trop y toucher, car le roman est dépourvu de toute volonté moralisatrice, ils incitent aussi chacun à réfléchir à sa consommation d’eau. Et c’est bien le meilleur ! Votre première douche après le roman risque d’avoir une drôle de saveur…

Dry, Jarrod et Neal Shusterman. Traduit de l’anglais par Cécile Ardilly. R. Laffont (R), novembre 2018, 450 p.
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Brèves de comptoir #204

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : Dune sur Arte !

Jusqu’au 16 mars, vous pouvez voir le documentaire de Frank Pavich sur l’adaptation avortée du Dune de Frank Herbert par Alexandre Jodorowsky.

Lundi encore : Anne Besson dans Mauvais genres !

Anne Besson était au micro de François Angelier sur France Culture !

Mardi : conférence à réécouter !

Fin octobre, Jean-Gabriel Ganascia, Romain Lucazeau et Jean Bonnefoy étaient à la bibliothèque parisienne Marguerite Duras pour une conférence : l’intelligence artificielle, entre science et fiction. Leur allocution est à réécouter ici !

Mardi encore : festivals et salons en approche !

Les Intergalactiques.

Affiche de Timothée Mathelin !

Le festival lyonnais aura lieu du 25 au 30 avril 2019. Thème : Futurs post-apocalyptiques – miroirs (des peurs) du temps qui passe.  Pour en savoir plus, ça se passe !

Conventions nationales de SF.

Édition 2021 :

La date est un peu lointaine, certes. Mais sachez que l‘Association des Amis de Michel Jeury s’est portée candidate pour l’organisation de la 48e Convention nationale de SF 2021, qui aura lieu à Bergerac (Dordogne), du 19 au 22 août, sous le titre Cyrano 2021.

Édition 2019 :

Cette année, la convention aura lieu du 22 au 25 août, à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse, près d’Avignon). Infos ici !

Nice Fictions.

Le festival niçois aura lieu cette année du 7 au 9 juin 2019, sur le campus universitaire de Saint-Jean d’Angély. Thème retenu cette année : Rouge. Et au programme : littérature et BD ; ciné, (web)séries, youtubers ; peintures et illustrations exposées ; jeux de société ; théâtre et conte. Pour les infos, c’est là.

Mercredi : clap de fin pour Vade-Mecum !

Le site francophone de référence sur Pratchett et son œuvre ferme ses portes après 11 ans d’existence, suite à un souci d’ordre juridique – semble-t-il. Espérons que cette mine d’informations pourra renaître de ses cendres !

Jeudi : nouvelle série pour Neil Gaiman !

Alors qu’un teaser vient de sortir pour la saison 2 d’American Gods et que la date de parution de Good Omens vient d’être annoncée (31 mai), Neil Gaiman se lance dans un nouveau projet : une nouvelle adaptation de la série des années 1980 The Storyteller, Monts & Merveilles en français. La série originelle avait été créée par Jim Henson et montrait un mystérieux narrateur et son chien racontant des histoires. The Jim Henson Company, Neil Gaiman et Lisa Henson (la fille du précédent, donc, qui s’était fortement inspiré des travaux qu’elle menait sur le folklore et la mythologie) ont prévu une série s’intéressant aussi bien aux contes, qu’à la nature et au passé du narrateur. Affaire à suivre, donc !

Et voici un aperçu du matériau de base :

Vendredi : les nominés aux Nebula Awards !

Tous les ans, la Science Fiction & Fantasy Writters of America décerne le prix Nebula à l’œuvre de SF ou de fantasy jugée la plus novatrice. Vu l’organisme qui décerne ce prix, il n’y a que des auteurs américains primés, dans 4 catégories différentes (suivant la taille de leurs œuvres) : roman, novella, novelette, et nouvelle courte. La première édition, en 1965, a primé Dune de Frank Herbert, chef d’œuvre de la SF.
La liste étant un peu longue, je vous invite à la consulter ici.

 

Bon dimanche !

813, Maurice Leblanc.

Quelle mystérieuse entreprise amène à Paris Rudolf Kesselbach, le richissime et ambitieux roi du diamant sud-africain ? Que signifie ce nombre, 813, inscrit sur un coffret en sa possession ? De quel secret le nommé Pierre Leduc, qu’il recherche dans les bas-fonds de la capitale, est-il le détenteur ? Telles sont quelques-unes des questions autour desquelles s’affrontent la police – en l’occurrence un certain Lenormand, chef de la Sûreté –, l’impitoyable baron Altenheim et le gentleman-cambrioleur Arsène Lupin. Or, pour la première fois, Arsène Lupin commet l’irréparable, Arsène Lupin est coupable de meurtre ! À moins que… quelqu’un ne cherche à lui faire porter le chapeau ? En ce cas qui ? Et pourquoi ?

En ce début d’année, j’ai eu envie de me replonger dans les aventures d’Arsène Lupin, pour lesquelles j’entretiens un – gros – faible. Je me rappelais fort bien que 813 était de mes favorites, sans bien me rappeler pourquoi. Bref : le choix a donc été vite vu ! Et me voici replongée dans ce roman en deux parties, respectivement intitulées Les trois crimes d’Arsène Lupin et La double vie d’Arsène Lupin (lues dans une intégrale, donc chroniquées sous la même forme).

Dès le premier chapitre, Maurice Leblanc instaure un climat de malaise : Rudolf Kesselbach se sent épié, traqué et ne sait mettre de mots sur cette indéfinissable angoisse. Qu’il ne simule pas, puisqu’il ne tarde pas à passer l’arme à gauche, de bien mystérieuse façon. S’engage alors une enquête de police qui, déjà, met au jour des indices des plus étranges – parmi lesquels le fameux nombre 813, qui nous tiendra en haleine quasiment jusqu’à la fin.
Et Lupin ? Eh bien Lupin commence fort ! S’il fait peu œuvre de cambriole dans cette première partie, les lecteurs les plus assidus le détecteront bien vite sous une de ses identités d’emprunt !

Contrairement aux autres aventures du gentleman-détrousseur (du moins celles que j’ai lues, et je dois admettre qu’il m’en manque encore quelques-unes), celle-ci est abordée sur un ton résolument sombre. D’une part car, dès le départ, il est question de meurtres, évidemment. Mais le roman touche aussi aux intérêts nationaux de la France : il est beaucoup question de l’Alsace-Lorraine et de la situation pas franchement tendue, mais pas franchement sereine non plus avec la voisine allemande à l’époque (le récit se déroulant juste avant la Première Guerre mondiale, et faisant fortement écho à la guerre de 1870). Dans le même temps, l’action est plus étirée qu’à l’accoutumée : on est plus dans la réflexion, dans la recherche que dans les péripéties échevelées, ce qui donne au roman un rythme nettement plus calme que ce à quoi on est habitués avec Lupin. En plus de cela, l’antagoniste reste très mystérieux jusqu’aux derniers chapitres, faisant planer un air de danger imminent sur le récit. Tout cela donne au roman de faux airs de roman d’espionnage pas désagréables du tout.
Et ce qui contribue sans doute à cette impression (tant de calme que d’espionnage), c’est que Lupin n’est pas totalement libre de ses mouvements – puisqu’il passe une grande partie de l’intrigue dans ses appartements de Santé-Palace. La prison, oui, elle-même. Si vous êtes adepte des romans policier hyper rythmés, pas de panique : les dialogues sont savoureux, les stratagèmes de Lupin également et on n’a absolument pas le temps de s’ennuyer.

L’autre point qui, je trouve, distingue 813 des autres romans de la série, est le caractère de l’ami Arsène. Arrêtez-moi si je me trompe, mais il ne me semble pas se montrer aussi imbuvable dans les autres aventures. Certes, on le connaît manipulateur et assez orgueilleux mais là, il faut dire qu’il atteint clairement le summum. Lui qui est habituellement si cabotin se fait ici très sombre, voire un brin inquiétant par moments. Rassurez-vous, ses piques et son caractère audacieux sont toujours bien présents, heureusement, et il faut lui reconnaître qu’il s’amende un peu sur la fin.
Tout cela s’explique peut-être par la présence d’un ennemi aussi invisible qu’implacable. Et il ne s’agit pas d’Herlock Sholmès, grand absent de cette intrigue : si le détective est bien mentionné à plusieurs reprises, on ne le croise pas une seule fois – et il ne nous inquiète pas non plus. En revanche, l’opposant principal se révèle parfaitement insaisissable, mystérieux, prêt à tout, en deux mots : parfaitement flippant. De plus, j’ai parlé rapidement de la dimension internationale du récit, mais c’est encore plus flagrant dans la seconde partie, où le patriotisme de Lupin revient au galop (si tant est qu’il avait un jour disparu). Au passage, ce volume est parfait pour réviser ses notions d’histoire et de géographie de l’Europe du début du XXe siècle (même s’ils sembleraient que les Grands-Ducs Hermann soient pure fiction).

Du côté de l’enquête, je dois dire que j’ai été servie. Certes, j’avais totalement oublié les différents ressorts de l’intrigue et la résolution du principal mystère. C’est donc presque comme une nouvelle découverte que j’ai attaqué ma relecture et, comme la première fois (il me semble), j’ai sagement attendu de voir révélés les secrets (à part des détails mineurs que j’avais bien retenus, sans me l’expliquer). Et je dois encore une fois saluer le génie de Maurice Leblanc pour les petites trouvailles, les détails de prime abord insignifiants qui s’avèrent capitaux, les différents codes à résoudre. J’en viens à regretter que ce monsieur n’ait pas conçu des escape-games, je suis certaine qu’il aurait été sensationnel !

Même après relecture, 813 reste une des aventures d’Arsène Lupin que je préfère, pour sa complexité, et pour l’heureux mélange qu’elle propose entre espionnage, enquête et lupinades audacieuses. L’intrigue est bien menée et Maurice Leblanc parvient à garder certains mystères quasi intacts jusqu’à la fin, tout en donnant régulièrement quelques indices (minces) pour les résoudre. Suspense garanti, donc ! Bien que le récit et le personnage soient plus sombres qu’à l’accoutumé, on retrouve avec plaisir les cabotinages d’Arsène, ses grands plans géniaux et son sens de la répartie. En bref : que des bonnes choses !

813, Maurice Leblanc. 1910. Réédition R. Laffont (Bouquins).

 

Il y a plein d’autres lectures lupinesques sur le challenge illimité orchestré par Mypianocanta !

Brèves de comptoir #203

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

 

Lundi : les résultats du GpP !

Voilà, après une intense phase de vote, les Vénérables ont annoncé les résultats du Grand petit Prix de Bookenstock. Et voici le palmarès, du book d’or au book de bronze, en passant par le book d’argent :

SFFF :

Le Bâtard de Kosigan, Fabien Cerutti.
Les Jardins de la Lune, Steven Erikson.
Le Cycle de Syffe, tomes 1 et 2, Patrick K. Dewdney.

Thriller :

Toutes blessent, la dernière tue, Karine Giebel (Belfond)
Le Jour du chien et La Nuit de l’ogre, Patrick Bauwen (A. Michel)
La Saison des feux, Céleste Ng (Lizzie ; lu par Micky Sébastian).

Jeunesse et YA :

La Belle sauvage, Philip Pullmann.
La Magie de Paris, Olivier Gay.
Les Nuages de Magellan, Estelle Faye.

Félicitations à tous !

Lundi encore : SF et engagement !

Nicolas Martin a reçu Yannick Rumpala (maître de conférences en sciences politiques à l’université de Nice), Norbert Merjagnan (auteur de romans) et Natacha Vas-Deyre (chercheuse associée de l’université Bordeaux Montaigne, spécialiste de la littérature d’anticipation) pour un épisode de La Méthode scientifique, consacré aux liens entre SF et pensée politique.

Mardi : expo Michel Jeury !

La bibliothèque universitaire de Nîmes (site Vauban, rue du Dr Georges Salan) propose, du 19 février au 1er mars une exposition autour de Michel Jeury, intitulée Michel Jeury, entre futurs et terroirs. L’entrée est libre aux horaires d’ouverture de la BU.
Infos ici !

Mardi encore : premier teaser pour le biopic consacré à Tolkien !

Et on connaît même la date pour la sortie VF : le 19 juin !

En parallèle, Amazon Prime a publié une carte (explorable !) de la future adaptation en série à laquelle ils travaillent.

Mercredi : appel à textes Swiss Wars !

Issu d’une collaboration entre la Maison d’Ailleurs d’Yverdon-les-Bains et l’Université de Lausanne le Prix de l’Ailleurs (prix littéraire suisse 100% science-fiction) lance un appel à textes pour sa 2e édition. Thème : les métaphores de la guerre en terres helvétiques.

– les textes devront faire entre 15 000 et 30 000 signes, et sont à envoyer par email avant le 30 mars 2019, minuit, à : prix@ailleurs.ch
– le message devra comprendre les coordonnées (nom, prénom, adresse) dans le corps du mail (surtout pas dans le texte afin de garantir l’anonymat)
– les textes lauréats seront dotés et publiés dans la prochaine anthologie du Prix de l’Ailleurs (éditions Hélice Hélas, août 2019).

Toutes les infos ici.

Mercredi : la parole aux éditeurs !

Sur Elbakin, les interviews continuent. Cette semaine, ce sont Mathias Echenay qui parle de La Volte, Florian Lafani de Fleuve ou encore Davy Athuil de Mü !

Jeudi : des Pulp magazine en téléchargement gratuit !

Depuis l’année dernière, Internet Archive publie des archives de magazines pulps. Il y en a désormais quelques 12 000 de plus, parmi lesquels de la SF et de la fantasy, à consulter en ligne !

Jeudi encore : le retour de La Reine des neiges !

Tremblez, parents, car Anna et Elsa sont de retour sur grand écran ! Voici la bande-annonce :

Vendredi : des expos à Paris !

Star Wars : les fans contre-attaquent !

Le Centre Expo Lafayette Drouot (44, rue du faubourg Montmartre, Paris 9e) expose jusqu’au 10 mars Star Wars : les fans contre-attaquent, réalisée par le fan Daniel Prada. Au menu : de très nombreuses figurines et plusieurs pièces exceptionnelles comme Jabba Le Hutt à admirer à taille réelle avec ses 5m de long !

L’univers fantastique de Wojtek Siudmak.

Ses œuvres seront exposées à la Mairie du 17ème (16 rue des Batignolles, Paris 17e)  jusqu’au 29 mars.

 

Bon dimanche !

Pour qui meurt Guernica ?, Sophie Doudet.

Espagne. Janvier 1937.
La guerre civile fait rage. Alors que les rebelles du général Franco ont conquis une grande partie du Pays basque, Maria est envoyée par ses parents dans la petite cité de Guernica, pour l’éloigner du danger. Or, l’inaction n’est pas du tout du goût de Maria, adolescente passionnée, qui a forgé sa conscience politique au feu républicain, qui ne rêve que de modernité et de progrès social, d’émancipation, et de liberté pour tous. L’arrivée dans le foyer très catholique et, de son point de vue, affreusement conservateur de Josepha et de Domenico se fait dans la douleur. D’autant qu’avec son accoutrement d’ouvrière, son écharpe rouge et sa manie de crier haut et fort ses idéaux, Maria fait un peu tache dans le paysage. Heureusement, la demeure est aussi celle de Tonio, 17 ans, un adolescent rêveur et poète à ses heures perdues, qui saura soutenir la réfugiée dans son épreuve. Malheureusement, il ne fait pas bon avoir 17 ans en 1937 à Guernica…

 

Vous ne serez sans doute pas surpris d’apprendre que j’étais assez impatiente de découvrir ce que cachait ce titre… et que j’ai été emballée par cette lecture ! Je ne déflore pas trop l’intrigue en vous annonçant d’ores et déjà que le bombardement de Guernica prend une part assez importante dans le récit. En même temps, un roman qui s’y déroule et qui débute trois mois avant la date fatidique, c’était à prévoir. Dans des conditions, le récit est évidemment assez linéaire et fortement marqué par un « avant » et un « après » bombardement. Et autant la première partie sert essentiellement à planter le décor (mais pas que, c’est vrai), autant la deuxième est plus portée sur la réflexion.

Sans trop de surprises non plus, on a tout loisir de s’attacher aux personnages avant qu’il ne leur pleuve du métal sur le coin de la figure.
Sophie Doudet a d’ailleurs accordé un soin tout particulier à ses personnages, les faisant tout d’abord paraître assez caricaturaux, pour mieux les nuancer par la suite. Ainsi, au départ, il est difficile de ne pas blâmer la mollesse de Josepha, de s’indigner devant la tyrannie que fait régner Domenico. Avant de s’apercevoir que l’un comme l’autre ne sont peut-être pas aussi obtus que l’on pouvait le croire. Je dois d’ailleurs avouer tout net que Maria m’a parfois donné envie de lui coller des baffes : autant j’ai apprécié son côté jusque-boutiste aux idées bien arrêtées, autant je l’ai parfois trouvée bien difficile avec sa famille d’accueil. (Il faut bien que jeunesse se passe, j’imagine !).

Comme de juste, nos personnages sont assez largement traumatisés par ce qu’ils ont vécu. Qui ne le serait pas ? Mais là où l’autrice a fait très fort, c’est en embrassant l’affaire d’un point de vue très large, englobant la situation géopolitique de l’époque. Et si les personnages vivent des choses difficiles (guerre civile, exode, déracinement), ce n’est rien en comparaison des épreuves qui les attendent. Dans cette seconde partie, le roman propose en effet de nombreuses reproductions de documents d’époque qui viennent ponctuer les inter-chapitres et qui, mises bout à bout, montrent l’ampleur de la campagne de désinformation internationale qui a suivi le bombardement. Pour certains, le bombardement était un mythe, pour d’autres il avait été perpétré par les rebelles nationalistes directement. Et cela rend la question du titre particulièrement prégnante. À la lumière de ces éléments, on se demande bien pour qui est morte Guernica…
Le fait d’avoir intercalé ces documents induit une tension extraordinaire : en tant que lecteur, on comprend légèrement avant les personnages la situation dans laquelle ils se trouvent : perdus, orphelins, en plein exode… et soupçonnés de mentir. Au fil des chapitres, on comprend mieux pourquoi ce qui s’est passé à Guernica a pu rester (et semble toujours l’être !) si confidentiel, malgré l’acharnement et le soin qu’ont mis les nazis à ravager la cité. Et ce qui est intéressant, c’est que cette partie du récit suscite de nombreuses réflexions sur la résilience et l’acceptation, mais aussi sur la puissance (et les dangers) de la propagande étatique. Ce qui, évidemment, résonne encore très fort dans notre actualité…

Très bonne surprise donc, que ce roman historique de Sophie Doudet. Le fouillis de l’affaire géopolitique est clairement et bien exposé, ce qui la rend assez limpide. Les personnages, de plus, s’avèrent assez attachants, quelles que soient leurs réactions à ce qu’ils traversent. Un roman très percutant, à mettre entre toutes les mains !

Pour qui meurt Guernica ?, Sophie Doudet. Scrineo, 23 août 2018, 212 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

[2018] Petit bilan de novembre-décembre.

Oui, il est fort tard pour ce petit bilan de lectures mais, que voulez-vous, personne n’est parfait ! Petit coup d’œil, donc, dans un lointain rétro…

Carnet de lectures.

La Fille d’encre et d’étoiles, Kiran Milwood Hargrave (M. Lafon).
Des fois, même si la couv’ est sublime, ça ne veut pas. Et là, clairement, ça n’a pas voulu…
Alors qu’il est rigoureusement interdit de quitter l’île de Joya, Isabella rêve des contrées lointaines que son père a un jour visitées et cartographiées. Quand sa meilleure amie disparaît, la jeune fille est résolue à faire partie de l’équipe de recherches. Guidée par une carte ancienne, appartenant à sa famille depuis des générations, et par sa connaissance des étoiles, Isabella prend part à l’expédition et navigue dans les dangereux Territoires Oubliés. Mais sous leurs pas, un mythe féroce s’agite dans son sommeil…
L’histoire nous propulse dans une ambiance toute dystopique : imaginez une île dont le Gouverneur interdit de la quitter… ou même de l’explorer ! Sauf lorsque sa fille chérie disparaît, évidemment ! A partir de là, c’est le branle-bas de combat. Je ne saurais pas dire ce qui m’a pris tellement de temps pour lire ce court roman jeunesse : la maquette est superbe (les pages sont décorées comme de vieilles cartes de marine), l’histoire prometteuse mais le récit… se casse rapidement la gueule. Déjà, le tout manque de logique : on est dans un univers type médiéval alors, franchement, où sont les assassins ? De plus, le Gouverneur a interdit de quitter l’île, alors que lui-même vient d’un autre continent. Pourquoi ? Parce que. Bon, soit. Là où ça s’est franchement gâté, c’est durant la recherche de la fille du gouverneur, où Isabella se fait passer pour son défunt frère jumeau (alors que l’île a l’air aussi grande qu’un hameau en rase campagne et que tout le monde semble s’y connaître), et où l’on croise des créatures ressemblant à des zombies, mais aussi des renégats terrés dans les bois (ce qui expliquerait pourquoi il ne fallait pas y aller). L’ennui, c’est que les péripéties s’enchaînent sans queue ni tête (je vous fais grâce de la fin, façon Big Bang inversé), un peu comme si l’auteur avait déterminé une liste d’éléments à introduire dans le récit et qu’il les cochait au fur et à mesure. Le style, de plus, n’a rien d’extraordinaire, ce qui n’a pas contribué à rendre cette lecture plus passionnante… Mauvaise pioche, donc.

Comme toi, Lisa Jewell (Milady).
Un petit polar, de temps en temps, cela fait du bien !
Ellie, une brillante jeune fille, a disparu à l’âge de quinze ans. Sa mère n’a jamais réussi à faire son deuil, d’autant plus que la police n’a retrouvé ni le coupable ni le corps. Dix ans plus tard, cette femme brisée doit pourtant se résoudre à tourner la page. C’est alors qu’elle fait la connaissance de Floyd, un homme charmant, père célibataire, auquel elle se lie peu à peu. Mais lorsqu’elle rencontre la fille de celui-ci, Poppy, âgée de neuf ans, le passé la rattrape brutalement : cette fillette est le portrait craché de sa fille disparue…
Hallucination ? Complot ? L’histoire est sympa, mais on en devine très vite la solution : à la moitié du livre, les responsabilités sont établies. L’auteure joue sur un suspense psychologique assez intéressant, puisque l’on suit tour à tour les différents protagonistes de l’affaire mais qui, malgré tout, ne me restera pas des siècles en mémoire. Un bon moment de lecture, mais pas le polar de l’année, en somme.

Rayon bulles.

Riverdale présente Jughead, Chip Zdarsky, Erica Henderson et Andre Szymanowicz (Glénat).
Il y a quelques mois, je vous parlais de Riverdale présente Archie, comics dérivé de la série et de la série originelle des Archie comics. Retour à Riverdale High, sur les traces de Jughead, qui s’avère être narcoleptique et prêt à lutter contre toutes les injustices. Justement, le nouveau proviseur du lycée prépare un sale coup et semble vouloir transformer l’établissement en centre d’entraînement de l’armée. Pire, il supprime la cantine et inflige un infâme porridge ! Il n’en faut pas plus à Jug’ pour partir en chasse !
Si vous n’aimez pas l’absurde, abstenez-vous ! Car dès que Jughead pique un petit somme, le récit prend une toute nouvelle tournure : fantasy, SF, combat de super-héros, Jug’ endosse les rôles avec beaucoup de naturel, quitte à perdre parfois le lecteur. En effet, rien ne nous signale qu’il est désormais en train de piquer un petit roupillon, ce qui peut parfois laisser l’impression que l’on passe du coq à l’âne… Par ailleurs, les réparties sont truffées d’humour absurde, parfois un peu abscons. Je soupçonne d’ailleurs la BD de multiplier les références à la série originelle : cela parlera donc aux lecteurs familiers de la série, pas tellement aux autres. Ceci étant, c’est sympa de voir cette autre facette de ce que montre la série télévisée.

In one’s last moment, Kentarô Fukuda (Soleil – Seinen).
Mamoru Kaname, 16 ans, peut voir la mort de ceux qu’il touche, ce qui lui vaut le surnom de « Dieu de la mort ». Un jour, il découvre comment Kana Shiraishi doit mourir. Il s’engage alors dans une lutte sans fin pour changer le destin de celle qu’il aime…
Cette fois, c’est une énorme déception. Autant j’ai apprécié le fait que le manga soit un tome unique, autant j’ai franchement regretté le manque de développements de l’intrigue. Aucune info ou presque sur l’univers des dieux de la mort et une intrigue affligeante. Mamoru décide subitement que Kana est la femme de sa vie, ce qui motive ses sauvetages à répétition. Kana, évidemment, n’intervient jamais dans le récit, son rôle se résumant à ne rien faire en attendant que Mamoru lui évite les petits tracas de la vie. Pire : on croise une autre jeune femme affublée des mêmes talents que Mamoru qui, elle non plus, n’a aucun rôle à jouer. Là-dessus, le manga s’achève sur une conclusion d’une mièvrerie navrante. Le style graphique n’est pas particulièrement remarquable non plus. En somme : un titre que j’oublierai sans délai.

Côté ciné.

Les Animaux Fantastiques 2 : Les Crimes de Grindelwald (David Yates).

Évidemment, c’était LA sortie de novembre et je n’ai pas résisté à la tentation d’aller voir ce film au cinéma. Et si la séance a globalement comblé mon petit cœur de fan, je ne peux pas dire que j’aie eu un réel coup de foudre pour ce nouvel opus des Animaux fantastiques – qui auraient peut-être mieux fait d’être titrés Les Chroniques de Poudlard au vu du peu d’importance que semblent avoir les créatures dans la série. Et voilà déjà pour un premier point à améliorer car, en effet, à part quelques créatures de-ci de-là qui n’apparaissent guère plus qu’en arrière-plan, on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Et l’ennui, c’est que cette critique est extensible à l’ensemble du film : il ne s’y rien de follement trépidant et on a parfois l’impression de régresser (Queenie, si tu m’entends…). De plus, le récit joue sur des révélations fracassantes, qu’on a du mal à considérer comme vraiment crédibles. Donc oui, c’est surprenant, mais ça ne tient pas nécessairement la route (ou alors J.K. Rowling est en train de renier ce qu’elle a fait jusque-là… et ce serait dommage). D’ailleurs, au chapitre des choses quelque peu incohérentes, on pourrait citer à peu près tout ce qui se déroule à Poudlard : on croise une McGonagall qui ne peut être la seule, l’unique (elle naît en 1935 et l’intrigue du film se déroule en 1926) et Dumbledore n’y donne pas les bons cours.
Pire, peut-être : bien que David Yates soit toujours à la réalisation, je trouve que le film a clairement perdu le charme de la série. Exit la magie et la poésie des plans, bonjour au scénario et à la façon très américaine, avec beaucoup de vide pendant deux heures et une grosse baston finale graphiquement léchée, mais pas bien consistante. Malgré tout, ai-je détesté ? Non, parce que comme je l’ai dit, j’avais encore 12 ans alors que j’étais dans la salle ; c’est plutôt en sortant que j’ai commencé à râler un peu !

Le Retour de Mary Poppins (Rob Marshall).

Là encore, je suis restée sur ma faim… La famille Banks est de nouveau en difficulté et Mary Poppins revient s’occuper des enfants (je vous la fais courte). Comme dans le premier opus, on retrouve le mélange entre film et images d’animation (en 2D, dessinées à la main). Évidemment, le charme n’est pas le même car, de nos jours, cela ne relève plus vraiment de la prouesse technique. Côté chansons, les aficionados des mélodies Disney seront servis, le film en étant truffé (peut-être même un peu trop). Pour ma part, j’ai trouvé qu’elles manquaient singulièrement d’émotion…
Premier point qui m’a un peu déçue, quoique superficiel : PAS de Supercalifragilisticexpialidocious, alors que c’était clairement un des gros atouts du film original. Non, là, on se traîne un pauvre « luminomagie fantastique » tellement transparent qu’il en est à pleurer. Et c’est là qu’on arrive au gros reproche que j’ai à l’encontre de ce film : où est la magie ? C’est plat, c’est fade, cela manque clairement d’inventivité. Pire, alors que le premier film véhiculait des valeurs inédites chez Disney, là on se retrouve avec une bonne vieille apologie du capitalisme (puisqu’ils s’en sortent grâce à la banque). Pour ne rien gâcher, les filles ont droit aux accessoires roses. Bref : une suite qu’il aurait mieux valu laisser au stade de projet.

Tops et Flops.

Je ne vais pas revenir sur In one’s last moment, ni sur La Fille d’Encres et d’Étoiles, qui ne m’ont guère convaincue.
À mon grand regret, je dois avouer que je n’ai pas non plus accroché à Dix jours avant la fin du monde,de Manon Fargetton, alors qu’il avait tout pour me plaire. Il s’agit d’un récit situé tout pile 10 jours avant la destruction annoncée de la Terre et qui s’attache à suivre quelques personnages dans ce bref intervalle qui leur reste. J’ai beaucoup aimé le sujet mais, paradoxalement, j’ai trouvé que le récit traînait en longueur, et je n’ai pas du tout accroché au double niveau de lecture (il y a un phénomène de récit dans le récit). Bref : pas un roman pour moi !

Comme je le disais plus haut, j’ai passé dans l’ensemble un bon moment avec  Comme toi, de Lisa Jewell, sans toutefois le garder en tête comme le polar de l’année. Mais parfait à lire dans les transports ou entre deux pavés !

Heureusement, j’ai aussi fait d’excellentes découvertes ! – à tel point qu’il va être difficile de n’en garder que trois !

Tout d’abord, je dois vous parler des Nuages de Magellan, d’Estelle Faye, car ça a été un énoooooorme coup de cœur ! Dans cette histoire, il est question de pirates, de rebelles, de galaxies lointaines, de voyages spatiaux contrôlés par des consortiums marchands, et de libertés individuelles. Le récit cumule les bons points des romans d’aventure (pirates, bastons, courses-poursuites, trésors) et ceux de la SF (voyages spatiaux, donc, mais aussi réflexions sur la société), dans un récit extrêmement prenant. Et en plus c’est un singleton, donc une excellentissime raison de craquer !

Deuxième coup de cœur (d’affilée, car j’en enchaîné ces lectures) avec Olangar : Bans et Barricades 1/2 de Clément Bouhélier. Là encore, j’ai adoré le savant mélange entre roman d’aventures sauce Far-West (attaque du train incluse), polar (avec enquête sur une mort en eaux troubles), lutte des classes (avec des nains grévistes syndiqués jusqu’au bout de la barbe) dans un univers de fantasy (avec nains, donc, mais aussi elfes, humanoïdes et autres orcs vindicatifs) extrêmement bien troussé. Fa-bu-leux !

En dernier, je vais vous parler du Vallon du sommeil sans fin, d’Eric Senabre, la suite (mais lisible indépendamment) du Dernier songe de Lord Scriven. J’ai adoré retrouver Banerjee et Christopher, dans une nouvelle enquête somnambulique aux accents fantastico-horrifiques. Oui, le début fait carrément flipper. Et c’était très chouette de se demander de quoi il retournait au juste !

Citations.

« J’ai remarqué que les Occidentaux ont l’habitude d’associer l’idée de « bien » à celle de « quantité ». Plus on accumule d’argent, de récompenses, que sais-je encore, plus on devrait être heureux. Et vous faites la même chose avec les jours de votre vie : plus on accumule de jours, plus notre bonheur devrait être grand. Devenir vieux, le plus vieux possible, est une fin en soi. Or, je ne pense pas en ces termes : la vie doit être belle et agréable, bien avant d’être longue. Et le risque peut certes contribuer à la raccourcir, mais bien souvent, il permet de l’embellir. Peu importe si c’est pour une période que vous jugez trop courte. »

« Mr. Carandini, reprit-il de manière plus franche, dans mon pays, il n’est pas coutume de tourner autour du pot. Loin de moi l’idée de remettre en doute les méthodes de Mr Banerjee, mais… le fait est que, pour le moment, elles ne se sont pas montrées très concluantes. Alors j’obéis à la loi du marché, et me vois en devoir de vous…
– … congédier ? complétai-je avec une pointe d’agacement.
Le colonel sourit.
– Pas tout à fait. Je dirais plutôt : de vous mettre en concurrence. N’est-ce pas la démarche la plus honnête ?
Je ne pouvais blâmer Garfield. Nous autres, les Anglais, avions inventé deux choses terribles : le capitalisme et les Américains. Nous avions à nous en prendre qu’à nous seuls si nos créatures se retournaient aujourd’hui contre leur créateur. »

« L’endroit n’avait rien de luxueux, mais il y régnait cette atmosphère douillette propre aux maisons familiales anglaises, dans laquelle chaque infime touche de mauvais goût contribuait à ce que l’on s’y sente bien. »
Le Vallon du sommeil sans fin, Eric Senabre.

***

« Que je sois toujours Duncan Turner, c’est normal ! Je vais croiser des connaissances…
Il s’arrêta et Elizabeth crut l’entendre grogner.
– … mais pourquoi suis-je le médecin personnel d’Elizabeth, devenue « Lady Black de Westport, Irlande » ?
Beatrix fit un clin d’oeil à Elizabeth avant de se pencher pour apercevoir Turner et lui lancer d’un ton amusé :
– Il fallait bien une noble pour aller à une soirée d’aristocrates. Quel est le problème, docteur Turner ? On n’a pas envie d’être commandé par une femme en public ?
Il y eut un autre grognement, et tout ce que Turner entendit en retour fut deux rires joyeux montant du paravent. »
L’Ordre des revenants, Julien Hervieux.

***

« C’était un samedi après-midi de mai, une semaine avant les examens. Ils faisaient une pause dans leurs révisions dans la chambre d’Ellie. Dehors, le soleil brillait. Teddy Bear était allongé à leurs côtés et l’air était chargé de pollen et d’espoir. La mère d’Ellie disait que le mois de mai était le vendredi soir de l’été, un aperçu chaud et lumineux de tous les bons moments à venir, une invitation à vivre. »

« Demain, je pose pour un cours de dessin.
– Super ! C’est habillé ou…
– C’est nu. Il n’y a pas de honte à vieillir, pour reprendre tes mots, et je crois qu’il n’y a pas de honte à être nu non plus. A mon sens, si on ne peut pas interdire les burkinis sur les plages, il me semble naturel qu’on ne puisse pas non plus interdire la nudité. Qui décide quelle partie du corps peut ou ne peut pas être exposée en public ? Si, légalement, une femme doit se couvrir les seins et le sexe, pourquoi est-ce qu’une autre femme ne pourrait pas se couvrir les jambes et les bras ? ça ne fait aucun sens.
Laurel hoche la tête et sourit.
– C’est vrai, je n’y avais pas pensé comme ça.
– Personne ne pense aux choses correctement de nos jours. Les gens croient ce que Twitter leur dicte. C’est de la propagande déguisée en pensée libérale. Nous sommes tous des moutons. »
Comme toi, Lisa Jewell.

***

« Tandis qu’on s’éloigne du campement, je redescends brutalement sur terre. C’est la même planète que la semaine dernière, et pourtant, comment y croire ? Jamais je n’aurais imaginé que le si parfait Orange County partirait autant en vrille. C’est drôle quand même… Et dire qu’à une époque, je méprisais tant cet endroit que j’en étais venue à souhaiter que Dieu tout-puissant le maudisse, y envoie des sauterelles et des implants mammaires défectueux. Mais à présent que toute la Californie du Sud vit un cauchemar, je suis un peu déçue. Ce n’est pas que je veuille souffrir davantage, mais je suis déçue par les gens – leur faiblesse d’esprit et de caractère. Il aura suffi d’une pénurie d’eau pour tous les transformer en meurtriers barbares. Une chose est sûre, je ne veux pas me retrouver dans le même panier qu’eux. »

« Les premiers jours du Tap-Out, elles avaient de l’eau. Sa mère avait arraché un pack des mains de l’une de ses camarades de l’équipe de foot au Costco. « Qui va à la chasse perd sa place, avait lâché sa mère dans la file de la caisse. Que ça lui serve de leçon ! »
Mais il y avait visiblement cinq leçons que sa mère n’avait pas retenues. Comme : « Ne vous lavez pas les cheveux quand vous n’avez que de l’eau en bouteille. » Ou encore : « Ne faites pas de course à pied quand il faut éviter de transpirer. » Et peut-être la plus évidente de toutes : « N’arrosez pas vos plantes ; laissez-les mourir. »
Ce pack d’eau ne leur avait duré que deux jours. »
Dry, Jarrod et Neal Shusterman.

***

« Puis vient Miss Guéridon, la spirite du soir.
Plus jeune que Gervenche, mais incontestablement vieille fille vu sa tenue digne d’une bibliothécaire sous vœu célibat, cette dernière marmonne face à un jeu de tarot. »
Note à Mr. Holzl : sachez que je proteste vivement face à ce cliché sur les bibliothécaires !

« Je me retrouve seule sur la terrasse.
C’est mieux ainsi… Moi-même, je ne comprends pas très bien la scène que nous venons de jouer. Le contrecoup de l’excitation causée par ma nouvelle paire d’escarpins, peut-être ?
Oui, ce n’était que cela…
Ma passade s’estompe déjà, comme un accès de fièvre.
Aucun regret, vraiment : ce rendez-vous aura tenu toutes ses promesses. L’équilibre idéal entre manger une brioche et poignarder quelqu’un. »
Belle de gris, Ariel Holzl.

Dix jours avant la fin du monde, Manon Fargetton.

France, dans les années 2010. Deux lignes d’explosions frappent et ravagent la Terre. Leur origine en est inconnue, mais lorsque les deux lignes se rejoindront au large de la Bretagne, le monde sera détruit. Alors que les routes sont encombrées de fugitifs tentant vainement d’échapper au cataclysme, six hommes et femmes sont réunis par les aléas du voyage. Ensemble, il leur reste dix jours à vivre avant la fin du monde…

Des fois… ça le fait pas. Et là, clairement, ça l’a pas fait, malgré toutes les bonnes choses que propose le roman.
Assez vite au début, on est plongés dans le bain : des explosions ravagent la Terre, les gens meurent, on ne sait pas ce qu’il se passe et, en gros, tout le monde va y passer. Ambiance apocalyptique soignée ! Le stress, l’angoisse et un terrible sentiment d’inéluctabilité nous assaillent et donnent au début du roman un côté particulièrement prenant.

On découvre quasiment dans la foulée les six personnages qui vont porter l’histoire. Brahim, chauffeur de taxi qui accepte de convoyer tout le monde jusqu’en Bretagne ; Gwenaël, auteur de romans fantastique avec une étrange acuité ; Sara, sa compagne, qui aimerait pouvoir fonder une famille (oui, malgré la situation) ; Valentin, trentenaire un peu paumé qui a dédié sa vie à sa mère ; et Lou-Ann, étudiante en arts, dont les parents sont bloqués au Japon. À l’autre bout de la route, en Bretagne, il y a Béatrice, commandante de police au grand cœur.
Les chapitres, assez courts, alternent entre ces protagonistes, qui ont chacun des objectifs assez différents en tête. Des objectifs très adultes, aussi, entre ceux qui essaient de concevoir un enfant, celui qui tente de trouver sa véritable identité, ou bien ceux qui se demandent si la vie aurait pu leur réserver de belles surprises. On alterne finalement entre des questionnements qui parleront peut-être plus aux lecteurs adultes qu’aux adolescents.
Et c’est peut-être ces questions, justement, qui ont fait que j’ai, peu à peu, décroché. En effet, j’ai eu l’impression que les personnages étaient entièrement contenus dans ces préoccupations, sans réelle existence en-dehors de celles-ci, ce qui m’a semblé parfois un brin réducteur. Pour autant, cela convient parfaitement à l’ambiance : c’est la fin du monde, et j’imagine difficilement comment on peut se concentrer sur autre chose que sur la survie et les questions qui nous taraudent (et qu’on occultait peut-être jusque-là). Par ailleurs, tout cela est bien amené dans le récit, mais induit quelques longueurs difficilement inévitables, qui expliquent sans doute pourquoi, peu à peu, j’ai cessé de me sentir aussi impliquée pour les personnages et leurs pérégrinations.

De plus, le système de double récit ne m’a pas totalement convaincue. L’un des personnages, auteur de son état, est obsédé par le roman qu’il est en train d’écrire et qui se superpose de plus en plus à la réalité, tant il a des fulgurances sur la situation en cours. Or, peu à peu, cela finit par prendre le pas sur le récit en cours et, si le côté science-fictif et allégorique est vraiment bien trouvé, là encore, je me suis de plus en plus sentie étrangère à ce qu’il traversait – et ses camarades avec lui. Le cercle vicieux étant ce qu’il est, j’ai également eu du mal à me sentir impliquée dans ce qu’ils vivaient et plus ça allait… eh bien moins ça allait, justement.
Pour autant, le roman est loin d’être ennuyeux car l’alternance entre les différents personnages et le rappel perpétuel du terrible ultimatum assurent un certain rythme.

Et je dois préciser que si leurs préoccupations personnelles, tout comme le récit parallèle, m’ont plus souvent qu’à leur tour laissée de marbre, j’ai en revanche apprécié le portrait ô combien apocalyptique que tisse Manon Fargetton. Elle explore toutes les facettes de la réaction humaine à l’annonce de la fin du monde, en passant par toutes les approches. Ce qui incite à se demander parmi quelle frange on se rangerait dans une situation similaire… (et bien malin qui parviendrait, d’ores et déjà, à trancher). Et j’ai adoré la fin ! Autant sur le coup il est possible qu’elle m’ait tiré une petite exclamation outrée (façon « Qu’est-ce que *** de QUOI ??! ») autant, tout bien réfléchi, cela ne pouvait pas terminer autrement.

En somme, un récit apocalyptique assez prenant et qui suscite pas mal de questions (tant en cours de lecture qu’à la fin) ; je regrette toutefois de n’y avoir pas été aussi sensible qu’il l’aurait sans doute mérité.

Dix jours avant la fin du monde, Manon Fargetton. Gallimard, 18 octobre 2018, 464 p.