Les Plieurs de temps #1-2, Manon Fargetton.

Anthony est un Plieur de temps. Grâce à son horloge magique, il peut revenir 5 minutes en arrière. Mais un super-pouvoir peut-il rendre super-heureux ?

Manon Fargetton s’est lancée dans une nouvelle série autour d’un thème aussi sympathique que mystérieux : les voyages dans le temps. Les deux premiers tomes, Anthony : à cinq minutes près et Robin : à la dernière seconde, pouvaient se lire dans l’ordre que l’on souhaitait (j’imagine que les suivants nécessiteront tout de même d’avoir lu ou les aventures de Robin, ou celles d’Anthony – ou les deux). J’ai donc commencé par celles d’Anthony, puisque ce sont les premières qui me sont tombées sous la main.

Le roman est court, aussi ne se perd-on pas en détails inutiles. Malgré tout, Manon Fargetton dresse le portrait de personnages attachants et bien pensés. Mais revenons sur la question du personnage attachant car, dans le cas d’Anthony, ce n’était pas vraiment gagné : en effet, Anthony est le gros dur de la classe, celui qui a tendance ) asticoter ses petits camarades, pour le simple plaisir semble-t-il. Ce qui est intéressant, c’est que Manon Fargetton apporte des explications sensées à son comportement. Peu à peu, on en vient à comprendre ce gamin mal dans sa peau et qui se sent délaissé par ses parents, notamment son père, et cherche donc à asseoir son autorité. Toutefois, si elle trouve des explications à son comportement, elle ne l’excuse en aucun cas : ce n’est pas parce qu’il est sympa qu’il est en droit de terroriser ses petits camarades. Mieux : Anthony progresse au fil de l’intrigue, comprend en quoi son comportement n’est pas acceptable et se met à s’amender.

Au travers du personnage d’Anthony, Manon Fargetton évoque donc les thèmes du harcèlement scolaire, mais aussi (et surtout) des relations familiales et de l’amour filial : c’est très touchant !
Et tout cela s’inscrit dans une problématique un tantinet plus fantastique : celle du voyage dans le temps.
Dans le cas d’Anthony, le temps qu’il passe dans l’horloge magique de la cave lui permet de remonter en arrière de 5 minutes autant de fois que nécessaire (et dans la limite du temps engrangé). Un pouvoir bien pratique lorsqu’il s’agit de briller (momentanément) en classe, éviter une sanction, ou se décharger de ses mots noirs sans qu’il y ait de conséquence.
L’ennui, c’est qu’avoir un super-pouvoir ne fait pas forcément de vous quelqu’un de super-heureux et de bien dans ses bottes et Anthony va avoir quelques petites leçons du même acabit à apprendre. De fait, cela participe de son évolution, et c’est ce qui rend le roman si prenant.

S’il est si prenant, c’est aussi parce que l’action y est bien calibrée et que le style est très fluide. Résultat : on se retrouve à enchaîner les chapitres et à arriver à la fin quasiment sans s’en rendre compte. Le texte étant très accessible, c’est un roman qui devrait, en outre, plaire aux jeunes lecteurs (dès 9-10 ans).

Bonne première pioche, donc, que cette aventure d’Anthony. Je suis d’ailleurs ravie d’avoir attaqué par son aventure car, si je l’avais d’abord entraperçu par les yeux de Robin, je l’aurais sans doute moins apprécié (sans compter que la vue par les yeux de Robin aurait un tantinet gâché l’évolution du personnage). Ici, j’ai vraiment apprécié la façon dont Manon Fargetton nous dresse le portrait d’un jeune garçon très antipathique (il est même au-delà de l’anti-héros) qui, peu à peu, va s’amender, réfléchir et évoluer. Un très beau parcours ! Et ce d’autant qu’il est servi dans l’écrin d’une intrigue fantastique qui tient bien la route, tout en évoquant des sujets qui parleront sans aucun doute aux jeunes lecteurs. Voilà une série jeunesse que je suivrai sans aucun doute !

Les Plieurs de temps #1, Anthony : à cinq minutes près, Manon Fargetton. Illustrations de Noémie Chevalier. Rageot, mai 2017, 224 p.

Robin est un Plieur de temps. Grâce à son horloge magique, il peut arrêter le temps. Mais suffit-il d’avoir un super-pouvoir pour devenir un super-héros ?

Hop ! L’envers du décor, cette fois ! Je confirme que les deux romans peuvent se lire indépendamment ; toutefois, dans Anthony : à cinq minutes près, on assiste à une scène réunissant tous les protagonistes et Robin : à la dernière seconde s’arrête juste avant cette scène. Donc si vous les lisez dans le même ordre que moi, attendez-vous à un léger spoiler quant aux relations des enfants et quant à leurs histoires respectives (rien de dramatique, cependant, mais c’est bon à savoir).

Ici on a donc un personnage qui, au premier abord, est moins torturé que ne l’était Anthony. Pourtant, sous des dehors de bon élève, Robin a lui aussi quelques complexes. Si son histoire est moins torturée que celle de son camarade de classe, elle balaie elle aussi quelques questionnements qui peuvent traverser la tête d’enfants de son âge : placement dans la fratrie, définition du courage, volonté d’être juste et d’être un bon ami…

L’histoire est, à nouveau, bien menée et mêle vraiment bien la partie fantastique à la partie vie quotidienne.
Le texte est fluide, les péripéties s’enchaînent à bon train, entre quelques pauses plus réflexives : on ne voit pas la lecture passer ! Et, point bonus, le langage est assez soutenu (tout en restant accessible). Les illustrations de Noémie Chevalier, de leur côté, viennent souligner et aérer la lecture !

Avec ces deux titres, Manon Fargetton initie une série fantastique à la fois divertissante et évoquant avec justesse la vie quotidienne des jeunes enfants, ce qui fait qu’elle devrait plaire aux plus jeunes lecteurs, dès 9 ans. Tout le mystère n’a pas encore été levé autour des deux horloges, ce qui fait qu’à l’issue des deux premiers volumes, je suis très curieuse de découvrir la suite !

Les Plieurs de Temps #2 : Robin : à la dernière seconde, Manon Fargetton. Illustrations de Noémie Chevalier.
Rageot, mai 2017, 224 p.
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Brèves de comptoir #157

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !


Lundi : appel à textes chez Rivière Blanche !

L’éditeur prévoit une anthologie Dimension Uchronie, à paraître fin 2018, dirigée par Bertrand Campeis.
Les nouvelles devront être originales et ne s’inscrire dans aucun univers existant. Elles devront être envoyées avant fin juin 2018 à campeisbertrand@yahoo.fr (avec la mention Dimension Uchronie dans l’objet du mail). Infos complémentaires ici !

Mardi : le lauréat du Prix Lire en Poche Imaginaire !

Les Prix Lire en Poche ont été remis durant le festival Lire en Poche de Gradignan (33). Le Prix Imaginaire a été remis à J. R. R. Tolkien pour l’ensemble de son œuvre.

Vous pouvez noter, au passage, qu’à l’occasion de la parution française de Beren et Lúthien (éditions Christian Bourgois), Alan Lee sera en dédicace en France, aux dates suivantes :
– 25 octobre à la Fnac du Forum des Halles (Paris, 1er)
– 26 octobre à la Librairie de Paris (Paris)
– 27 octobre à la Librairie Kléber Salle Blanche (Strasbourg)
– 28 octobre au Hall Du Livre (Nancy).

Mercredi : Nanar Wars, l’expo !

Du 26 octobre au 25 novembre, la French Paper Gallery (51, rue Volta, Paris 3e) expose une série d’affiches originales et de documents rares, qui vous permettront de découvrir enfin un tas de contrefaçons du cinéma, d’Indiana Jones polonais au Harry Potter mexicain, en passant par le Star Wars turc.
Cette exposition va de pair avec la parution de l’anthologie Nanar Wars : quand les grands succès d’Hollywood se font plagier, d’Emmanuel Vincenot et Emmanuelle Prelle (aux Nouvelles Éditions Wombat).

Jeudi : nouvelle web-série SF !

Les Évadés du temps est une web-série française écrite par Charlène Dautais et Maud Davy-Zeller. Voici le synopsis :

Emma, voleuse internationale, et Simon, agent du gouvernement, se retrouvent malgré eux à faire un voyage dans le temps. Ils vont devoir apprendre à faire équipe s’ils veulent survivre ! L’Histoire est à réécrire…

Il y a déjà plusieurs épisodes en ligne !

Jeudi encore : conférence Harry Potter aux Aventuriales !

Et c’est Silène Edgar qui décortique la saga !

Vendredi : SF au menu de France Culture !

Alain Damasio était l’invité de la station de radio. Thème : La SF, c’était mieux demain !

Vendredi encore : Procrastination, saison 2, épisode 3 !

Cette fois-ci, Lionel Davoust, Mélanie Fazi et Laurent Genefort se penchent sur la façon dont on écrit l’idéologie. Le podcast est à écouter sur Elbakin.net !

 

Bon dimanche !

A Good girl, Amanda K. Morgan.

Ses amis la pensent parfaite, et pourtant…
Ce qu’il faut savoir sur Riley Stone :

1. Riley Stone est la perfection incarnée (Demandez autour de vous.)
2. Elle a un faible pour son prof de franc¸ais, Alex Belrose. (Qu’elle soupc¸onne ne pas être indifférent à son charme.)
3. La vie entière de Riley est déjà planifiée. (Ce n’est pas négociable.)
4. Elle a toujours su préserver ses petits secrets. (Toujours.)
5. Riley est persuadée que sa vie est sur la bonne voie. (Et rien ne pourra y changer quoi que ce soit.)
6. Elle n’a rien d’une adolescente ordinaire. (Et ne s’en cache d’ailleurs absolument pas.)
7. Les petits jeux, ce n’est pas vraiment son truc. (Mais s’il faut s’y prêter, elle gagne toujours.)
L’un de ces jeux est sur le point de commencer, elle le sent… Sauf que Riley a un plan. Et elle compte bien l’emporter. Car elle ne perd jamais.

En toute honnêteté, le premier sentiment que m’a laissé ce roman, une fois que je l’ai eu terminé, ressemblait fortement à de la déstabilisation. A Good girl mériterait même une deuxième lecture, pour ne rater aucun détail !

Car le roman s’appuie sur un procédé narratif auquel je ne suis guère habituée : celui du narrateur non fiable.
Celui-ci raconte l’histoire, mais elle est à prendre avec des pincettes (à peu près autant que le récit que vous ferait un inconnu, dans la rue, d’un événement auquel vous n’avez pas assisté). Dans le cas d’une narration à la première personne (comme c’est le cas ici), cela remet complètement en cause le pacte de lecture qui se noue tacitement entre le lecteur et le narrateur, ici Riley : comme elle raconte son histoire, on va d’emblée lui faire confiance.
À tort.

De fait, on sait dès le départ que Riley cache un secret qui, s’il venait à être connu, viendrait ruiner sa réputation de fille sage et parfaite. Dans un premier temps, j’ai tout de même trouvé que le titre était un tantinet usurpé, car le secret n’est pas si énorme, ni franchement surprenant. J’ai donc passé un long moment dans l’expectative : à quel point Riley allait-elle se montrer si imparfaite ? L’histoire suit son cours assez tranquillement, mais les péripéties viennent ajouter de petites touches de malaise à l’ambiance déjà pas si légère. C’est vraiment à petits coups de trois fois rien qu’Amanda K. Morgan ajuste cette ambiance quand même un brin malsaine. Malsaine mais, en même temps, assez étrange, car il n’est pas si facile de mettre le doigt sur ce qui cloche. Est-ce dû au sentiment assez prégnant que Riley est sans doute sous la coupe d’un pervers narcissique, plus âgé et en position de supériorité par rapport à elle ? Est-ce dû à l’impression qu’elle est totalement transparente aux yeux de ses parents, ce qui la rend d’autant plus assidue au travail ? Cela vient-il du décalage que l’on sent entre Riley et ses deux meilleures amies ? Celles-ci sont plus extraverties et insouciantes que Riley, qui tente de s’accorder aux comportements lycéens de ses amies, mais parfois avec une certaine maladresse – dont on ne sait s’il faut l’imputer à une supposée timidité ou à une méconnaissance des codes sociaux.

Car ce qui occupe le roman est essentiellement une chronique adolescente : Riley et ses amies se demandent dans quelle université elles vont aller, ce qu’elles vont faire plus tard ou à quel jeune éphèbe du lycée elles vont succomber. On suit de loin en loin leur vie familiale (surtout celle de Riley, à vrai dire), ce qui vient compléter l’impression de roman tranche de vie. À ceci près que l’ambiance, comme je le disais, est loin d’être chaleureuse, sans qu’ils soit aisé de trouver d’où vient cette sensation.

Alors, évidemment, une fois que l’on a compris que Riley n’était pas un narrateur fiable, le faisceau de preuves s’assemble et donne au titre toute sa légitimité. Les indices, car il y en a, ne sont finalement pas à chercher dans la narration – celle-ci étant très soigneusement biaisée par Riley. Il faut plutôt s’intéresser aux listes à puces présentes en fins de chapitres, manifestement établies par un narrateur omniscient et extradiégétique, sobrement intitulées « Ce qu’il faut savoir sur Riley Stone ».
Là encore, ce sont souvent de petits détails semblant anodins mais qui, mis bout à bout, viennent nuancer (quand ce n’est pas contredire carrément) ce que donne à voir Riley. Et c’est bien là tout le sel du roman.

A Good girl, c’est donc l’histoire d’une adolescente bien sous tous rapports, mais qui cache une noirceur et un cynisme proprement glaçants. Amanda K. Morgan signe là un thriller psychologique bien tourné, qui mériterait une seconde lecture, à la lumière de ce que l’on découvre au cours de la première.

A Good girl, Amanda K. Morgan. Traduit de l’anglais par Mathilde Montier. Lumen, octobre 2017, 372 p.

Pays rouge, Joe Abercrombie.

Farouche Sud aurait aimé oublier son passé une fois pour toutes.
Mais lorsque son frère et sa sœur sont enlevés et sa ferme réduite en cendres par une bande de hors-la-loi, il est temps pour elle de reprendre ses anciennes habitudes. En compagnie du vieux Nordique qui l’a adoptée, un homme lui aussi marqué par ses démons, Farouche entame un long voyage à travers les plaines désertiques. Un voyage qui les emmène jusqu’aux bas-fonds d’une ville cauchemardesque, frappée par la ruée vers l’or, puis dans les montages inexplorées, qu’on dit hantées. Sur leur chemin, règlements de compte, alliances douteuses et trahisons amères se succèdent à la vitesse d’une flèche de barbare.
Car même lorsqu’on croit avoir tout perdu, au Pays Lointain le passé ne reste jamais enterré…

Pays rouge s’inscrit dans la suite formée par Les Héros et Servir froid, mais peut être lu totalement indépendamment – ce que j’ai fait. Et pour une première découverte d’Abercrombie, je suis ravie !

Je ne sais pas exactement à quoi je m’attendais en attaquant ce roman, mais sans doute pas à un mélange aussi dense de dark fantasy et de western – mélange que j’ai, soit dit en passant, hautement apprécié. Si la magie est quasiment absente de l’univers (on nous en parle vite fait mais on ne la voit pas directement à l’œuvre), on retrouve ici tous les codes du western : on a des héros solitaires, des gens sans foi ni loi, des pionniers qui cherchent des terres où s’établir, des prospecteurs avides, des gens en quête de vengeance et, bien sûr, l’équivalent local des Indiens – ici appelés des Fantômes.

Le roman s’ouvre sur une scène sans doute banale au Far West : Farouche Sud, fermière de son état, est venue vendre une partie de sa récolte, en compagnie de Placide, son taciturne et très pacifique compagnon d’infortune, qu’elle rabroue sans cesse. Tout se gâte lorsqu’ils retrouvent la ferme réduite en cendres et qu’ils se lancent à la poursuite des enfants enlevés.
S’ouvre alors une longue quête, menée au pas tranquille des animaux de bât. Mais, si le roman est assez long et qu’il faut vraiment attendre les dernières pages pour une complète résolution de l’intrigue, je ne me suis pas ennuyée pour autant. Car le récit est vif, alternant péripéties endiablées et moments de tension extrême. Il y a quantité de combats, que ce soit contre les éléments ou contre des personnes moins bien intentionnées. Ils viennent entrecouper le voyage, lui-même assez ardu. Du coup, il se passe presque toujours quelque chose !

Par ailleurs, il n’y a pas que la quête de Farouche et Placide en jeu. Assez vite, on comprend que les vastes pays qu’ils traversent sont sous la coupe d’une lutte géopolitique certes lointaine, mais qui risque d’impacter assez vite leur quotidien : l’Union, comme l’Empire, lorgnent sur ces territoires. Et si les uns ont dépêché leurs meilleures troupes, les autres ont envoyé l’Inquisition, assortie d’une bande de mercenaires que rien n’arrête. En sous-main, on a aussi des rebelles qui tentent d’empêcher leur territoire d’être complètement englouti par l’Union et qui sont donc activement recherchés par le grand Inquisiteur, qui finit par les soupçonner de se cacher dans la colonne de pionniers qu’ont rejoint Farouche et Placide. Ainsi, les différents protagonistes finissent-ils par converger vers le petit village de Fronce, au pied des montagnes de la Sokwaya, se cherchant les uns et les autres, mais en ayant toutefois des motivations bien différentes. Or, comme on suit tour à tour ce qui se passe chez les uns et les autres, on ne tarde pas à flairer les catastrophes lorsqu’elles se profilent, ce qui donne un suspens bien agréable à l’ensemble du roman.

Les caractères des personnages sont aussi là pour alimenter le suspens : on en sait (au départ) peu sur eux et, peu à peu, les apparences tombent pour révéler les véritables personnalités. Farouche semble vouloir tourner le dos à un passé peu glorieux dont on sent qu’il est près à ressortir. Elle tacle sans arrêt Placide, qui se révèle, finalement, aux antipodes (voire au-delà) de son sobriquet. Les transformations sont vraiment bien menées, mais tout de même assez terrifiantes, quand on y réfléchit. Mais je crois que c’est surtout l’ambiance qui m’a aussi bien ferrée. Joe Abercrombie dépeint des personnages qui sont allés au bout du bout et qui, pour la plupart, n’ont plus grand chose à perdre. Ça donne à leurs trajectoires une sorte de désespoir un peu poisseux mais qui fournit un souffle incroyable au roman : on sait que tous les coups sont permis, surtout les plus bas et que personne ne reculera. Une attitude tout à fait conforme à l’environnement plus que difficile dans lequel se déroule l’aventure.

C’était donc ma première découverte d’Abercrombie et j’ai été servie. Je me suis régalée avec ce western dense et sombre à souhait, qui fait la part belle aux personnages abîmés et aux quêtes un brin désespérées. L’histoire en elle-même m’a captivée et j’ai adoré sentir que, tout autour, l’univers avait encore de belles surprises sous le coude. Voilà un roman que je relirai sans aucun doute !

Pays rouge, Joe Abercrombie. Traduit de l’anglais par Juliette Parichet. Milady, septembre 2017, 720 p.

Brèves de comptoir #156

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : Prix de l’Imaginaire Booktubers App !

Le règlement est lisible ici et le document d’inscription est déjà en ligne, à cette adresse.

Lundi encore : interview du collectif L’Appel de l’Imaginaire !

Celui se compose des 8 éditeurs indépendants ayant lancé un appel à la défense des genres de l’imaginaire. Vous pouvez lire leur interview sur Elbakin.

Mardi : prix Halliennalles 2017 !

Le festival s’est tenu le week-end dernier et a distingué Clément Bouhelier pour son titre Chaos, tome 1 : Ceux qui n’oublient pas, publié cette année chez Critic. Félicitations !

Mardi encore : les nominés au Prix ActuSF de l’Uchronie !

Le prix Actusf de l’Uchronie récompense des œuvres d’horizons variés mettant à l’honneur l’uchronie. Placé sous la présidence d’Eric Henriet, spécialiste de l’uchronie, le jury est composé d’Étienne Barillier, Jean-Luc Rivera, Karine Gobled, Jean Rebillat, et Bertrand Campeis. Résultats mi-novembre !
Et voici les nominés :

Prix Littéraire :
Latium, Romain Lucazeau (Denoël – Lunes d’encre)
La chute de la maison aux flèches d’argent, Aliette de Bodard (Fleuve)
Mes vrais enfants, Jo Walton (Denoël – Lunes d’Encre)
L’Empire électrique, Victor Fleury (Bragelonne)
Semper Lupa, Meddy Ligner  (Armada)
Le Baron Noir Année 1864, Olivier Gechter (Mnémos).

Prix Graphique :
Reconquêtes, Sylvain Runberg (Scénario) et François Miville-Deschênes (Dessin) (Le Lombard).
Erased, Kei Sanbe (Ki-oon)
Le Château des étoiles, tome 3, Alex Alice (Rue de Sèvres)
Le Voyage extraordinaire, tome 5, Denis-Pierre Filippi (Scénario) et Silvio Camboni (Dessin) (Vent d’Ouest).

Prix Spécial
– La série La longue terre, Terry Pratchett et Stephen Baxter (L’Atalante)
– La trilogie Les Brillants, Marcus Sakey (Gallimard – collection Série Noire)
– Philippe Éthuin pour son travail aux éditions Publie.net

Mardi toujours : NooSFere fait peau neuve !

NooSFere est une association ayant pour but de promouvoir la SF parue en langue française ; son site est une référence des littératures de l’imaginaire. Et en ce mois d’octobre, il vient de faire peau neuve, avec une recherche simplifiée,  un design plus léger et un habillage adapté à la consultation sur smartphone !

Mercredi : des prix Imaginales !

Le Prix Imaginales des Collégiens.

Créé en 2009, le Prix Imaginales des Collégiens, PIC pour les intimes, a pour but de promouvoir les littératures de l’imaginaire auprès du jeune public, en lui proposant des sélections riches et variées. Tous les ans, les collégiens sont appelés à voter pour leur titre préféré, qui se voit attribuer la prestigieuse récompense au cours des Imaginales (Épinal).

Le PIC vient donc de dévoiler sa sélection pour l’année 2018 :

Dans la peau de Sam, Camille Brissot (Syros)
Meurtres dans l’espace, Christophe Lambert (Syros)
Yanabosse et le Brahima-shatam-Ô-bktatou, Yann Rambaud (Hachette).

Le Prix Imaginales des Bibliothécaires.

Cette année, les Imaginales lancent leur 4e prix de lecteurs : après le prix des lycéens, celui des collégiens, celui des écoliers, voici venu l’heure du prix des bibliothécaires. Sous la houlette du comité de sélection (composé de Stéphanie Nicot, 6 bibliothécaires référents et deux responsables éditoriales de Premier Chapitre), les bibliothécaires liront les 5 titres de la sélection, qu’ils classeront à l’issue de la période de lecture (de janvier à avril). Le titre récoltant le maximum de voix sera donc élu !
Chaque bibliothèque peut mandater un bibliothécaire, qui se charge d’organiser un comité de lecture en interne dans sa structure (ou qui travaille seul, au choix). Vous êtes bibliothécaire et vous voulez vous inscrire ? Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 31 décembre 2017 et toutes les infos sont lisibles ici.

Mercredi : expo Manchu !

Du 14 au 29 novembre, la médiathèque de La Ferté-Bernard (5, rue Alfred Marchand, 74200) accueille une exposition de 15 œuvres de Manchu.
Dans le cadre de cette exposition, la médiathèque abritera également une rencontre, le samedi 18 novembre, à 11h, sur le thème : La science-fiction, la dystopie, la fantasy, le fantastique… Pourquoi ces genres plaisent-ils ? Comment les reconnaît-on ?
Celle-ci sera suivie, de 15h à 17h30, par une dédicace de Pierre Bordage.
Infos subsidiaires ici.

Jeudi : des festivals !

Les Utopiales.

Elles se tiendront à Nantes, du 1er au 6 novembre.
Les organisateurs vous proposent de participer au prochain colloque international d’Atlantys, qui aura lieu du 2 au 4 novembre (et en partenariat avec le festival). Il s’agit d’un programme de recherches interdisciplinaire et international, qui s’attache à associer différentes questions comme la relation des populations avec leur environnement naturel et leur réaction face aux désastres ou catastrophes de grande ampleur qui émaillent leur histoire. Au programme de cette 3e édition :
– 1ère partie  : Théories de la fin du monde
– 2ème partie : Récits et représentations d’apocalypses
Attention, l’inscription est obligatoire !

Le reste du programme des Utos est disponible sur leur site !

Notez par ailleurs que le festival organise à nouveau un match d’écriture le mercredi 1er novembre 2017, de 10h à 13h, au Palais des Congrès (salle Club de l’Atlantique). Les inscriptions sont ouvertes !

Festival de la BiLA (Bibliothèque des Littératures d’Aventure).

La troisième édition de ce festival, qui met en avant l’imaginaire sous toutes ses formes, aura lieu durant tout le mois de novembre 2017 sur le thème Robots et extra-terrestres, dans l’ensemble de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le quartier-général du festival sera à Chaudfontaine, à Source O Rama, le dimanche 12 novembre 2017.
N’hésitez pas à consulter le programme !

Les Rencontres de l’Imaginaire de Sèvres.

Elles auront lieu à Sèvres (92), le samedi 25 novembre.
Voici l’affiche, signée Benjamin Carré. Les infos seront disponibles ici.

Festival Uchronicité.

Uchronicité est un festival steampunk et victorien : il se tiendra le dimanche 3 décembre, à Frameries (près de Mons, Belgique). Artisans, auteurs, illustrateurs, artistes et autres exposants vous proposeront une journée rétro-futuriste, dont le programme est visible ici.

Jeudi encore : Star Wars !

L’épisode 8 sortira le 13 décembre et il dévoile son affiche, ainsi qu’une nouvelle bande-annonce vient de paraître.

En attendant la sortie officielle, vous pouvez réécouter la conférence donnée pendant les dernières Utopiales par Roland Lehoucq, Davidé Fabbri et Denis Bajram sur les vaisseaux spatiaux et les robots dans Star Wars.

Ou bien vous pouvez aller à la Maison d’Ailleurs (14, place Pestalozzi, Yverdon-les-Bains, Suisse) qui, du 10 décembre au 14 octobre 2018 exposera Je suis ton père !, une exposition sur la thématique des mythologies contemporaines. Le contenu n’est pas encore connu, mais manifestement Star Wars y aura une petite place.

 

Vendredi : les lauréats du concours de podcast France Culture !

France Culture organisait cet été son premier concours de podcast de fiction mettant à l’honneur la SF, le polar et le récit historique. Les 7 lauréats, tous de jeunes auteurs, ont été choisis et leurs feuilletons seront diffusés à partir de janvier 2018 sur le site de France Culture. À surveiller, donc !

Vendredi encore : Philip K. Dick à l’honneur !

Au cas où vous l’auriez raté, Blade Runner 2049, la suite de Blade Runner, lui-même adapté du roman Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques, de Philip K. Dick est en salles.
Pour l’occasion, France Culture a dédié à l’auteur un podcast : Le Réplicant court toujours.

Le 18 octobre, le Dernier Bar avant la fin du Monde (Paris, 1er) propose une table ronde consacrée à l’auteur, de 19h30 à 21h30. Sylvain Bonnet (auteur et chroniqueur du site ActuSF), François Vertraete (chroniqueur spécialisé cinéma Pariscilaculture) et Hélène Collon y présenteront Ubik et Le Maître du Haut-Château.

Notez également qu’Amazon lui consacre une nouvelle série de 10 épisodes indépendants : Les rêves électriques de Philip K. Dick. La série est diffusée depuis le 17 septembre sur la chaîne américaine Channel 4. Voici son trailer :

Enfin, l’auteur a droit à son propre festival de cinéma : Le Festival Européen du film de science-fiction Philip K. Dick aura lieu du les 2 et 3 novembre à Lille (cinéma L’Hybride, 18 rue Gosselet) sur le thème Humanité : Transcendance ou Extinction – Un choix.
Les infos quant à la programmation sont disponibles ici.

 

Bon dimanche !

Erased : Re, Kei Sanbe.

Avec l’aide de ses amis, Satoru a réussi à piéger le tueur d’enfants, qui s’apprêtait à prendre la petite Kumi pour cible ! La vie peut enfin reprendre pour celui que le temps avait oublié… et sa carrière de mangaka s’annonce plus prometteuse que lors de sa première existence, peu à peu effacée de sa mémoire.
Il reste cependant quelques zones d’ombre… Que faisaient ses proches quand Satoru était plongé dans le coma ? Quelle influence son long sommeil a-t-il eu sur leurs choix, leur destin ?

Erased aura été, dans l’ensemble, un gros coup de cœur. J’étais donc ravie de voir que, malgré la série menée à son terme, Kei Sanbe nous réservait encore un tome, sous forme de spin-off, et s’intéressant aux autres personnages de la série, et à leurs trajectoires durant le coma de Satoru.

Tour à tour, le manga s’intéresse à Kayo, que Satoru a sauvée, à Kenya, son meilleur ami, à Sachiko, sa mère et à Airi, sa collègue de la pizzeria et complice de début de cavale. Alors soyons clairs : la lecture de ce volume n’est clairement pas indispensable, puisque les deux derniers tomes nous ont appris ce qu’ils étaient devenus et qu’on les croise même au retour de Satoru à la vie. Mais, de fait, on n’avait pas tous les détails et, dans le cas de certains, il restait vraiment des questions en suspens. Par exemple : pourquoi diable, dans la scène finale, Airi semblait-elle retrouver Satoru avec plaisir, sous ce pont les abritant de la neige, alors même qu’elle ne peut pas se souvenir de lui dans cet arc temporel ? Eh bien Kei Sanbe m’a comblée en apportant à cette question une vraie réponse, dans ce qui est sans doute le chapitre le plus poétique de l’ensemble.

L’ambiance de ce volume est assez étrange : on retrouve les motifs du thriller, évidemment, puisqu’à ce moment-là de l’histoire, Satoru est toujours plongé dans le coma et le meurtrier toujours dehors. Si Sachiko et Kayo ont plutôt laissé tomber cet aspect de la chose, Kenya, que l’on suit un peu plus longuement, ne lâche en rien l’affaire et reprend l’enquête à son compte. Mais ce côté assez sombre est pallié par un sentiment assez prégnant de nostalgie et de poésie qui se dégage des récits – sans que j’aie su déterminer si cela venait du fait qu’on retrouve ces personnages dans des circonstances particulières, ou si cela tient plutôt des regards à la fois assez lucides et tendres (pas toujours, mais un peu quand même) qu’ils portent sur la vie et leur entourage. Malgré ces deux aspects, les histoires sont bien rythmées, donc on ne s’ennuie pas une seconde !

J’étais à la fois ravie de découvrir ce spin-off et un peu inquiète, car l’ensemble de la série a été une excellente découverte. Mais Kei Sanbe maîtrise son art et nous sert un tome certes pas indispensable, mais qui tourne la page avec élégance. Je n’ai pas boudé mon plaisir avec cette conclusion et je suis certaine que je relirai la série un jour !

◊ Dans la même série : tomes 1 à 3 ; tomes 4 et 5 ; tomes 6 à 8.

Erased : Re, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, août 2017, 194 p.

[2017] Petit bilan de septembre.

Je n’ai pas été très assidue sur les chroniques, en septembre, mais j’ai pas mal lu – et je pense que je vais tout chroniquer, donc pas de carnet de lectures pour cette fois-ci !

Côté ciné.

Barry Seal.

Alors j’avoue, j’étais pas hyper hyper partante pour ce film, parce que je ne suis pas super fan de Tom Cruise. Mais il n’y avait pas grand-chose d’autre au ciné donc, zou, Barry Seal. Et j’ai pas regretté une seconde !
Donc c’est l’histoire de Barry Seal, Adler Berriman Seal, de son vrai nom. Car, oui, Barry Seal est un biopic, consacré à un pilote un brin casse-cou et trafiquant chevronné, travaillant également pour la CIA – en toute simplicité.
Le film dure à peine deux heures, mais ce sont deux petites heures bien remplies : les péripéties foutraques suivent des rebondissements échevelés et viennent tisser une intrigue qui aurait sans aucun doute ressemblé à du grand nawak si seulement ça n’avait pas été adapté d’une histoire vraie. J’ai donc regardé le film avec une sorte d’émerveillement totalement incrédule, me demandant jusqu’où ça allait aller (réponse : assez loin, quand même). Mais ça fonctionne, et c’est tout ce que je demandais. En plus de ça, Tom Cruise fait bien le job, donc ça ne gâche rien – les rôles de fondu du bulbe un poil casse-cou, il maîtrise. Bref, c’était une bonne surprise, je ne me suis pas ennuyée une minute, j’ai même ri à plusieurs reprises. Bon, je vais quand même râler un brin : pourquoi n’avoir pas traduit les parties en espagnol, hormis cette pauvre phrase qui ne changeait rien au schmilblick ? Mystère. Mais à part ça, c’était du fun du début à la fin !

Tops & flops.

Pas de flops ce mois-ci, mais un tas de découvertes hyper chouettes !

On commence avec Sans cœur, le quatrième (et avant-dernier :S) tome de la série Le Protectorat de l’ombrelle, de Gail Carriger qui était aussi drôle et loufoque que ce à quoi je m’attendais – et qui contenait un tas de bonnes nouvelles quant à l’univers, mais que je ne vais pas spoiler ici.

Ensuite j’ai lu The Crime, la suite de The Curse et, si j’ai eu un poil peur de la façon dont les choses avaient l’air de vouloir tourner au départ, Marie Rutkoski est vite revenue à la stratégie et à la politique, ce qui me plaisait nettement plus ! Et ce d’autant que ce tome était, comme le précédent, particulièrement riche en émotions.

Enfin, j’ai lu Erased : Re, le spin-off de la série Erased de Kei Sanbe qui vient clore la série de thriller uchronique sur une note à la fois mélancolique et poétique qui était du plus bel effet. Il n’est pas indispensable de le lire, mais c’était vraiment chouette de tourner ainsi la page de la série.

Citations.

« La voix de la comtesse Nadasdy était aussi chaude que du beurre et tout aussi onctueuse. Elle aurait pu faire rissoler des gens avec, si elle l’avait voulu. »
Sans cœur, Gail Carriger.

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« Êtes-vous l’un de mes prétendants ? lui demanda-t-elle en le regardant droit dans les yeux.
Il lui rendit son regard. A quoi bon mentir, maintenant ?
– Lady Maria, je combattrais des dragons, je marcherais sur des charbons ardents, je traverserais la Vallée de la Mort, si je pensais avoir la moindre chance de conquérir votre cœur.
Cette déclaration la laissa sans voix. Elle avait grandi dans un monde différent du sien et était habituée aux discours fleuris, pas aux tirades passionnées. Elle comprenait à présent qu’elle avait fait naître chez cet homme droit un sentiment puissant, qui dépassait son contrôle. Il l’aimait de tout son être. »
Belgravia, Julian Fellowes.

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« En 1900, il y avait trois cent mille éléphants sauvages dans notre pays, et cent mille captifs.
Aujourd’hui, il en reste deux mille toujours libres, et quatre mille sont nos prisonniers.
Combien faudra-t’il de temps pour qu’on ne voie plus une seule grande bête ailleurs que dans les zoos, et puis nulle part, nulle part que dans nos souvenirs ? »
La Loi du Phajaan.

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« À la guerre, disait son père, les meilleures feintes sont celles qui n’en sont pas. Si tu veux distraire l’ennemi, l’empêcher de remarquer le piège que tu lui tends, les artifices que tu emploies, pour être efficaces, doivent être réels. »
The Crime, Marie Rutkoski.