Ferenusia, Les Outrepasseurs #4, Cindy van Wilder.

« Qui étaient ces êtres, si semblables et pourtant si différents des hommes ? On ne pouvait pas nier leur peau grise, qui se détachait délicatement de la structure de fer à laquelle ils s’accrochaient avec toute l’aisance d’alpinistes chevronnés. Soudain, la caméra bascula sur le buste de la statue de la Liberté. En lettre majuscules, vert sombre, s’étalait le mot :  FERENUSIA »
Privé de la magie presque disparue, l’empire des Outrepasseurs se disloque de toutes parts. Seul survivants dans cette débâcle, les Ferreux, des fés réduits à l’esclavage, s’échappent de leurs prisons. Soutenus par Ferenusia, un réseau clandestin, ils n’ont qu’un seul objectif : obtenir les mêmes droits que les humains, dans un monde qui ignore tout de leur existence. Mais leurs anciens maîtres sont prêts à tout pour protéger leurs secrets, quitte à éliminer le moindre témoin de leurs forfaits passés…

Cette chronique est susceptible des contenir des révélations malheureuses sur la trilogie des Outrepasseurs

En débutant Ferenusia, on retrouve Peter, les Outrepasseurs et tous les autres personnages juste après la fin des événements narrés dans la trilogie initiale. La magie ayant disparu, l’empire patiemment mis en place par les Outrepasseurs part en fumée ; mais les Ferreux, après avoir été réduits en esclavage, ne vont pas se laisser faire.

Assez vite, le récit met donc en place une double intrigue. La première concerne Peter, qui a assez mal vécu la fin des événements narrés dans Le Libérateur : il n’est motivé que par l’idée de récupérer Arnault lequel, avec la disparition de la magie, se trouve en fort mauvaise posture. De l’autre, on suit les Ferreux, aux itinéraires troublés et marqués par des revendications d’importance. Ainsi, l’intrigue nous amène, d’Angleterre, en France, Belgique et même Australie.
Peter et Smokey, la jeune femme qui accueille les Ferreux, sont protagonistes de l’aventure. Mais l’on découvre (ou re-découvre) de nouveaux personnages. Ferus, l’Outrepasseur de la Maison de l’Ours, nous apparaît comme un vieil homme fatigué et presque prêt à se repentir pour les exactions commises ; Albane, son épouse, quant à elle, remplace aisément Noble en tant qu’opposant principal. Parmi les petits nouveaux, on peut citer d’éminents membres de Ferenusia, fermement engagés dans la reconnaissance des droits des Ferreux et dans celles de leurs droits.

En effet, avec Ferenusia, on quitte le « simple » sujet de lutte pour la domination magique (la magie ayant disparu) pour explorer le thème de l’identité, sous différentes formes. Il est donc question d’identité sexuelle, au travers d’un passionnant travail sur la langue (genrée ou non). Cela pourrait paraître un peu étrange mais en fait, cela colle à merveille au sujet de ce qui est mis en scène dans le roman. Car l’identité est vraiment au centre de l’histoire. Quelle est l’identité des Outrepasseurs ? Amis ou bourreaux ? La question a été plus ou moins résolue (pas pour tout le monde), dans la trilogie précédente ; maintenant, c’est l’identité des Ferreux qui est en jeu : sont-ils des terroristes ? Des miséreux avides de pouvoir ? Ou un peuple réduit en esclavage ? Difficile, pour cette population aux abois et pointée du doigt par les autorités du monde entier, de savoir qui elle est réellement. Sans compter que de nombreux Ferreux ou descendants de Ferreux (Smokey la première), sont à la recherche de leurs proches dispersés , perdus ou simplement inconnus.
Ce qui fait, finalement, de cet opus, un roman qui colle parfaitement à l’actualité : le débat sur l’identité (sexuelle, nationale…) fait rage, celui sur les familles d’immigrés déchirées par des événements traumatisants aussi.

Et de fait, l’arrivée de ces sujets assez neufs par rapport à la trilogie donne au récit une toute nouvelle saveur. Non seulement on a l’impression de redécouvrir l’univers sous un autre angle, mais en plus celle de profiter d’une suite qui tient aussi du spin-off. En bref : un tome spécial, à tous points de vue !

Par ailleurs, il contient également une nouvelle, « Tsimoka », initialement publiée dans l’anthologie Fées et automates des Imaginales 2016. Dans celle-ci, Cindy van Wilder revient sur la naissance de la première Ferreuse. La nouvelle mêle univers du cirque, féérie et ambiance délicieusement steampunk, dans un mélange si réussi que j’ai quasiment regretté que ça ne fasse pas l’objet d’un tome complet. C’est dire !

Replonger dans l’univers des Outrepasseurs a été comme une bouffée d’air fraîche : l’histoire principale était certes finie, mais il restait encore des détails à régler, ce que Cindy van Wilder fait à merveille ici, en proposant une conclusion particulièrement intéressante à la quête des Ferreux, toute d’actualité. Une raison de plus, si l’en fallait une, de découvrir cette série à la fois originale et pleine de bonnes réflexions. 

◊ Dans la même série : Les Héritiers (1) ; La Reine des neiges (2) ; Le Libérateur (3).

Les Outrepasseurs #4, Ferenusia, Cindy van Wilder. Gulf Stream, 4 mai 2017, 382 p. 

Brèves de comptoir #140

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : avez-vous vu le tout nouveau site des Imaginales ?

Il a fait peau neuve ! Le programme commence à se remplir doucement mais sûrement !
Tant qu’on y est, vous pouvez jeter un œil à la vidéo de présentation du festival :

Mardi : J.K. Rowling dévoile des news sur son œuvre !

Au cours d’un chat avec ses fans, J.K. Rowling a fait quelques révélations sur les dessous de sa série.

Mercredi : shortlist du Prix Arthur C. Clarke !

Le Prix Arthur C. Clarke récompense chaque année le meilleur livre de science-fiction qui a été publié en Grande-Bretagne (mais l’auteur n’est pas nécessairement anglais). Voici la shortlist de l’année :

A Closed and Common Orbit, Becky Chambers (Hodder & Stoughton)
Ninefox Gambit, Yoon Ha Lee (Solaris)
After Atlas, Emma Newman (Roc)
Occupy Me, Tricia Sullivan (Gollancz)
Central Station, Lavie Tidhar (PS Publishing)
The Underground Railroad, Colson Whitehead (Fleet).

Mercredi encore : appel à textes ImaJ’nère !

L’appel à textes pour l’anthologie 2018 est lancé ! Et voici le thème : Yeux pédoculés, tentacules, tueurs fous et autres monstres cachés :

« Sous le lit, dans les placards, au coin de la rue d’un quartier sordide, au fond des abysses, tombé du ciel ou surgissant des entrailles de la terre, depuis votre plus tendre enfance, le monstre vous guette. S’agit-il de cet être humain assoiffé de meurtre et de sang dont la littérature policière se repaît ? Est-ce l’innommable ou l’indicible évoqué par Lovecraft, ou, au contraire, apparaît-il parfaitement descriptible ? A-t-il l’intention de vous dépecer comme Jack l’éventreur en son temps, de vous dévorer, de boire votre âme, de sucer votre cerveau ou de se repaître de votre intelligence ? Ou désire-t-il tout simplement vous saluer du bout de ses ventouses et de ses pseudopodes ?

Cette année, vous allez nous proposer votre monstre dans le cadre d’une enquête policière ou d’un récit de SFFF (Science-fiction, Fantastique, Fantasy). Comme toujours, faites preuve d’originalité. Les exemples sont nombreux dans la littérature, mais un bel avenir s’offre encore au monstre caché.
Si vous choisissez l’option polar, étonnez-nous par la qualité de votre intrigue, de votre enquête, de votre monstre, qu’il soit homme, femme ou autre.
Si vous choisissez l’option SFFF, sortez des sentiers battus : il n’y a pas que les extraterrestres dans la vie (mais ce n’est pas interdit)
Dans les deux cas, n’oubliez pas de peaufiner l’ambiance sans laquelle le monstre ne serait rien. Il ne s’agit pas de produire une simple description qui n’aurait pour but que d’effrayer le lecteur. Vous n’avez pas besoin de nous expliquer votre monstre : il vous suffit de le faire vivre (ou mourir) pour nous. »

Les nouvelles soumises devront être inédites, libres de droits, et faire 25 000 signes maximum. Vous pouvez les envoyer jusqu’au 31 octobre 2017 à psoncarrieu@gmail.com (avec en objet : Concours imaJn’ère 2018 + Polar ou SFFF – selon le thème choisi- + titre de la nouvelle).
Les détails, consignes et autres sont à lire ici.

Jeudi : Actusf au Dépôt imaginaire de Lyon !

Le 13 mai, le Dépôt imaginaire (320, rue Garibaldi, Lyon) organise une rencontre avec les éditions Actusf, de 10h à 18h.

Seront notamment présents les auteurs Sylvie Laîné, Jean-Laurent Del Socorro, Jérôme Vincent & Zariel, qui a illustré Lovecraft, au cœur du cauchemar.

A 19h, il y aura également le vernissage de l’exposition de Zariel !
Infos subsidiaires ici ou .

Vendredi : scandale littéraire : des pages manquantes dans La Horde du Contrevent !

Mais oui, imaginez-vous, c’est visible dès la première page : il manque du texte dans les exemplaires numériques et papiers de La Horde du ContreventOu pas en fait.
C’est un article passionnant à lire sur Actualitté !

Vendredi encore : portes ouvertes chez Bragelonne !

Le lundi 22 mai 2017, Bragelonne vous offre un petit air d’Imaginales et vous propose de rencontrer ses auteurs dans ses locaux (60-62 rue d’Hauteville, Paris 10e), de 18h à 20h.

Vous pourrez y rencontrer Manon Fargetton, Bradley P. Beaulieu, Méropée Malo et Scott Lynch et y faire dédicacer vos livres (achetés sur place ou non), autour d’une collation.
Pour pouvoir assister à l’événement, pensez à vous inscrire avant le 17 mai à cette adresse : 22mai@bragelonne.fr.

 

 Bon dimanche !

 

Carry on : grandeur et décadence de Simon Snow, Rainbow Rowell.

Simon Snow déteste cette rentrée. Sa petite amie rompt avec lui ; son professeur préféré l’évite ; et Baz, son insupportable colocataire et ennemi juré, a disparu. Qu’il se trouve à l’école de magie de Watford ne change pas grand-chose. Simon n’a rien, mais vraiment rien de l’Élu. Et pourtant, il faut avancer, car la vie continue…

Lorsque j’ai terminé Fangirl, je n’ai eu qu’une envie : ouvrir immédiatement Carry on, qui venait de sortir et qui est, en fait, le titre de la fanfiction qu’écrit Cath dans Fangirl. Lorsque Rainbow Rowell a mis le point final à Fangirl, elle s’est aperçue qu’elle avait un univers, des personnages et une histoire qui ne demandaient qu’à se déployer. Et voilà donc Carry on, un roman à la limite de l’ovni. On peut le prendre comme un pur roman de fantasy ; on peut le prendre comme la fanfic produite par Cath ; ou alors on peut le lire comme une fanfiction d’Harry PotterCar oui, indéniablement, Carry on est un hommage à l’univers de J.K. Rowling ! Et si la fanfiction vous intrigue, allez lire Fangirl 🙂

En débutant Carry on, on entre dans un univers déjà bien établi. Dans la chronologie des aventures de Simon Snow, le personnage central du roman, Carry on est le tome 8 de la série. Aussi débute-t-on dans un univers dont on découvre peu à peu les codes, au détour d’une phrase ou d’un dialogue. Le fait de débarquer en plein milieu de l’histoire, en quelque sorte, n’est pas franchement gênant car tous les détails nécessaires arrivent à point nommé. Et petit point bonus, il n’est pas nécessaire d’avoir lu Fangirl pour tout comprendre à Carry on !

On pourrait penser, au premier abord, que l’histoire met bien longtemps à démarrer : Simon est revenu à Watford, mais il angoisse car son ennemi juré et cothurne, Baz, est absent. Or, Simon, s’il est soulagé de ne pas craindre de mourir assassiné dans son sommeil, ne peut s’empêcher d’angoisser pour son camarade de chambre : va-t-il seulement bien ? D’un autre côté, c’est le moment où jamais pour lui d’essayer de recoller les morceaux avec Agatha, sa petite amie (ou ex-petite amie ?) qu’il a surprise, juste avant l’été… dans les bras de Baz. Heureusement, il peut compter sur Pénélope, sa meilleure amie et élève particulièrement douée, un de ses plus fervents soutiens.
En fait, l’histoire est vraiment centrée sur les personnages et leurs relations, tout en déployant une intrigue magique à la fois passionnante et bien troussée.

Car l’univers de Simon est menacé par le Humdrum, une créature qui tue la magie à petit feu, laissant derrière elle des zones mortes, empêchant quiconque d’utiliser la magie dans ces endroits-là. Or, plus le temps passe, plus le Humdrum progresse. Et Simon, que l’on pressent pour l’arrêter, ne maîtrise pas le moins du monde sa magie. Du coup, l’histoire est très prenante car si l’on n’est pas en train d’enquêter avec Simon et ses amis sur les façons d’arrêter l’épidémie, on se passionne pour leurs relations, petites bisbilles et autres amourettes.

J’ai parlé en début d’article de l’hommage à Harry Potter : les similitudes ne sont pas franchement difficiles à déceler ! Simon a été élevé chez les humains et on ne lui a révélé ses pouvoirs que tardivement ; son mentor, le directeur de Watford, est assez décrié dans la communauté pour ses idées et a également une part très sombre qu’il cache bien (bien plus que Dumbledore) ; les anciennes familles, dont celle de Baz, qui a des petits airs de Malefoy, sont opposées à l’éducation magique d’enfants issus d’humains ; l’école est située dans un château… j’en passe ! Pourtant, Rainbow Rowell développe des thèmes qui n’apparaissaient pas dans l’oeuvre de J.K. Rowling, ou alors tellement en filigrane qu’on pouvait passer à côté. Ses héros sont matures, majeurs et parlent assez librement de leurs sentiments : sexualité, et notamment homosexualité, sont donc au programme. Et tout cela semble parfaitement naturel, preuve que l’intrigue magique n’accapare pas tout le devant de la scène et que Rainbow Rowell a vraiment soigné ses personnages : ce sont de vrais adolescents, très humains, certes aux prises avec un problème magique de taille, mais qui vivent en même temps des choses tout à fait de leur âge ! De fait, même si l’on vient bien les liens avec Harry Potter, les aventures de Simon Snow ont un petit goût d’inédit particulièrement rafraîchissant.

J’ai donc littéralement dévoré les aventures de Simon et Baz, subjuguée que j’étais par l’univers créé par Rainbow Rowell : l’intrigue est palpitante, que ce soit côté fantasy ou côté romance. Si palpitante que j’ai adoré la romance alors que c’est, habituellement, un genre que je n’apprécie guère. Replonger dans une atmosphère si saturée de magie m’a également replongée dans un de mes plus grands bonheurs de lectrice, ce qui était loin d’être désagréable. Une très belle découverte, donc !

Carry on : grandeur et décadence de Simon Snow, Rainbow Rowell.
Traduit de l’anglais par Catherine Nabokov. Pocket Jeunesse, janvier 2017, 585 p.

La Faucheuse #1, Neal Shusterman.

Les commandements du Faucheur :     
Tu tueras.
Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.
Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.
Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté.

Dans le futur, le monde a fait de grandes avancées scientifiques. En 2042, le Cloud est devenu le Thunderhead, une super intelligence artificielle qui règle aussi bien les problèmes de gouvernement (il n’y en a plus un seul) que l’éducation des orphelins.
Dans un monde où on a vaincu la mort depuis des lustres, seuls les Faucheurs dûment ordonnés par la Communauté sont en droit et en capacité de glaner (le terme politiquement correct pour « tuer ») des gens, selon des quotas et des règles très stricts – tout contrevenant est censé être sévèrement discipliné. En tant que tels, les Faucheurs sont craints, mais aussi vénérés.
Le jour où Maître Faraday se présente à l’appartement de la famille Terranova, simplement pour prendre le dîner, selon ses dires, Citra s’inquiète et s’insurge devant la cruauté du traitement que le Faucheur inflige à sa famille (va-t-il glaner quelqu’un ? Si oui, qui ? Et pourquoi leur infliger sa présence ?). Quelques jours plus tard, le même Maître Faraday vient glaner un élève du lycée de Rowan Damish, un adolescent issu d’une famille tellement nombreuse que personne ne se soucie vraiment de lui. Mais Rowan s’interpose puis accompagne son camarade dans ses derniers instants, ce qui lui vaut de devenir le bouc émissaire du lycée, tout le monde le soupçonnant d’avoir, au mieux, exigé la mort de son camarade, au pire, des accointances avec les Faucheurs. Aussi, lorsque quelques mois plus tard Maître Faraday vient prendre en apprentissage Citra et Rowan, aucun ne voit son arrivée d’un très bon œil. Aucun des deux ne veut devenir un faucheur et c’est pour cela que Maître Faraday les a choisis pour les former. Pourtant, il reste un peu d’espoir à l’un d’eux. A l’issue de leur apprentissage, seul l’un d’entre eux deviendra faucheur ; le perdant retournera à sa vie d’avant. Mais la Communauté des Faucheurs ne voit pas cette mise en compétition d’un très bon œil…

Voilà pour un petit bout de résumé. Si vous êtes familiers du blog, vous savez déjà que Neal Shusterman a sa place parmi les auteurs chouchou des lieux. Aussi commencé-je le roman avec quelques appréhensions : serait-il aussi bon que Les Fragmentés  et La Trilogie des Illumières ? Verdict !

Dès les premières pages, Neal Shusterman nous offre une double plongée dans son univers avec, d’une part, le récit de ce qu’il s’y passe dans le présent et, d’autre part, des extraits des journaux de bord des différents faucheurs que l’on croisera (Dame Curie, Maîtres Faraday ou Goddard, ou d’autres encore). Par l’entremise de ces deux points de vue, on se fait donc assez rapidement une idée de ce dans quoi on met les pieds. Rapide mais, ceci dit, pas encore bien nette car l’univers dans lequel évoluent Citra et Rowan est truffé de faux-semblants et autres apparences trompeuses. Ainsi, Maître Faraday nous fait découvrir le microcosme des Faucheurs, leur art de vivre, leur philosophie, leurs règles et leurs mantras. L’ennui, c’est que cette organisation, qui semble — à tous points de vue ! — rodée et idéale, comporte ses outsiders et ses objecteurs de conscience. Ceux-ci sont menés par un Faucheur à l’extrême mauvais goût, qui dévoie sans aucune vergogne les principes maîtres de sa caste.

Ainsi, comme souvent dans les romans de Shusterman, on part de petits points qui peuvent sembler banals mais qui, à l’usage, s’avèrent particulièrement révélateurs. L’intrigue bascule donc très vite sur un plan politique, avec moult échauffourées de Faucheurs aux points de vue diamétralement opposés à la clef. Les personnages qui portent l’intrigue sont d’ailleurs particulièrement réussis. Ils sont profonds et particulièrement touchants (pour la plupart) ; l’auteur leur fait se poser de bonnes questions en lien avec la profession qu’ils doivent exercer. Celles-ci tournent donc essentiellement autour de la mort, du deuil et de l’acte de tuer, avec tout ce qu’il implique. Alors, certes, c’est assez glauque, mais c’est aussi absolument passionnant.

Au premier abord, l’intrigue peut sembler linéaire mais Neal Shusterman maintient la tension constante grâce à des rebondissements plus échevelés et surprenants que les autres – mais néanmoins logiques dans l’histoire. L’histoire est tout simplement haletante et il est vraiment très difficile de s’arrêter entre deux chapitres.

J’ai ouvert le roman avec quelques attentes, qu’il a hautement comblées. J’y ai retrouvé tout ce que j’aime chez Shusterman : des personnages très humains, des questionnements profonds amenés par une intrigue soignée et particulièrement prenante et, comme souvent, un ton cynique particulièrement efficace. De plus, le roman a la double qualité de faire office de très bonne porte d’entrée sur l’univers des Faucheurs et d’excellent singleton : l’intrigue apporte une vraie conclusion – et, si l’univers a plu, la tenace envie d’en savoir plus. J’ai toutefois regretté le choix de traduction du titre qui gâche, à lui seul, une grosse partie de l’intrigue ; dommage que le titre VO n’ait pas été conservé ! 
Neal Shusterman nous fait découvrir, encore une fois, un futur peu enviable, mais qu’il questionne avec un grand talent : il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour avoir un énorme coup de cœur. 

La Faucheuse #1, Neal Shusterman. Traduit de l’anglais par Cécile Ardilly.
R. Laffont, février 2017, 493 p. 

Brèves de comptoir #139

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : 24h de SF au Québec !

Le festival québécois 24h de Science se déroulera les 12 et 13 mai prochains avec, comme thème, Sciences et fiction. iciAnimations scientifiques et ludiques sont prévues partout ; le programme est consultable .

Lundi encore : devenez juré d’un prix de lecteurs !

La librairie toulousaine Série B fête ses 5 ans, occasion pour laquelle elle décernera un prix aux meilleurs romans policiers, SF et fantasy de l’année. Les lecteurs sont invités à suivre les sélections (bimestrielles) des librairies, afin de voter pour leur roman préféré.
Toutes les informations sur leur site.

Mardi : les conférences du Festival des Mondes Imaginaires sont en ligne !

Le festival s’est tenu à Montrouge les 8 et 9 avril 2017 ; les conférences ont été enregistrées par ActuSF et sont audibles sur leur site.

Mardi encore : chef d’œuvre cinématographique soviétique en approche !

Dans les années 1960, le régime soviétique avait commandé au réalisateur tchécoslovaque l’adaptation cinématographique de The Magellanic Cloud, un roman de l’écrivain polonais Stanislaw Lem, qui y narrait le voyage spatial d’une équipe de scientifiques vers la constellation Alpha du Centaure, dans le but de découvrir une vie extraterrestre. En 1963 sortait Ikarie XB 1. Comme il s’agissait d’un film de propagande – pour marquer les réussites spatiales soviétiques – il avait bénéficié d’un budget plus que conséquent à l’époque. Aujourd’hui, il arrive en France, dans une version restaurée.
 Un petit extrait ici :

Mercredi : « la France a un problème avec l’imaginaire » !

Entretien avec Stéphane Marsan, co-fondateur des éditions Bragelonne, à lire chez Actualitté.

Mercredi encore : Harry Potter : motion VS History, par Nota Bene !

Vous le savez peut-être, Nota Bene est une chaîne Youtube que j’aime d’amour. Ben, le tenancier, produit une série intitulée Motion VS History, qui s’attache aux influences historiques et littéraires de grands films. Cette fois, il officie en duo avec Cali, de la chaîne Calidoscope.

Mercredi toujours : interview de Marie-Lorna Vasconsin !

Marie-Lorna Vasconsin est l’auteur de Projet Starpoint, fraîchement sorti à la Belle Colère – dont j’ai lu le début et qui m’a donné bien envie de lire la suite !
Elle était au micro de la librairie bordelaise Mollat :

Jeudi : apprenez le Dothraki à l’université !

C’est, en effet, ce que propose cet été l’université californienne de Berkeley avec un stage d’apprentissage intensif de la langue issue du Trône de Fer, signé G.R.R. Martin.
Elle a été développée, en mêlant espagnol et arabe, pour H.B.O., par David J. Peterson, un linguiste issu de la même université.
La stage, prévu sur 6 semaines, sera dispensé par David J. Peterson lui-même : il apprendra aux étudiants les bases du Dothraki, mais aussi le processus de création de nouveaux langages. les étudiants se pencheront sur les sons, le sens des mots et la grammaire des langages pour voir comment ils ont évolué à travers le temps. Pour David J. Peterson, l’idée est de «chercher pourquoi les gens ont dû créer des langues nouvelles, et comment ils le faisaient». Pour lui, le Dothraki serait comme un mode d’emploi sur lequel s’appuyer pour appréhender la création linguistique.
Le linguiste n’en est pas à son coup d’essai pour la création de langues dans le domaine des séries : il a travaillé sur ceux de Defiance (SyFy), Les chroniques de Shannara (MTV), The 100 (CW), Thor (Marvel), ou Emerald City (NBC).

Si vous voulez en savoir plus, vous pouvez visionner cette vidéo de David J. Peterson :

Jeudi encore : Hommage collatéral, le podcast !

Hommage collatéral est un podcast tout nouveau tout beau, qui s’intéresse aux personnalités intrigantes dont les podcasters ont apprécié l’art ou la personnalité Les 3h30 de ce premier podcast s’intéressent à Neil Gaiman !

Jeudi toujours : des prix !

Les lauréats des Tolkien Society Awards 2017 :

Le prix récompense chaque année ceux qui travaillent dans le fandom mais aussi dans l’éducation et la promotion de l’œuvre de J.R.R. Tolkien.
Meilleur artwork : Maglor, par Elena Kukanova.
Meilleur article : How J.R.R. Tolkien Found Mordor on the Western Front”, par Joseph Loconte.
Meilleur livre : A Secret Vice, J.R.R. Tolkien, edité par Dimitra Fimi & Andy Higgins.
 Contribution exceptionnelle : John Garth.
La liste des nominés est lisible ici.
Et en écho aux travaux primés de Joseph Loconte et John Garth, vous pouvez regarder cette vidéo de la chaîne youtube Analepse, consacrée à la fiction et à l’histoire, et qui évoque les travaux de Tolkien.

La shortlist des Gemmell Awards :

Les Gemmell Awards sont consultatifs ; vous pouvez donc voter pour les prix, et ce jusqu’au 2 juin 2017.
Legend Award (meilleur roman de Fantasy)
Wrath, John Gwynne (Tor)
Nevernight, Jay Kristoff (Harper Voyager)
The Wheel of Osheim, Mark Lawrence (Harper Voyager)
The Bands of Mourning, Brandon Sanderson (Gollancz)
Warbeast, Gav Thorpe (Black Library)
 
Morningstar Award (meilleur premier roman fantasy)
 Infernal, Mark de Jager (Del Rey UK)
Duskfall, Christopher Husberg (Titan)
Steal the Sky, Megan E. O’Keefe (Angry Robot)
Snakewood, Adrian Selby (Orbit)
Hope and Red, Jon Skovron (Orbit ; Bragelonne).
Ravenheart Award (meilleure couverture)
 Alessandro Baldaserroni pour Black Rift de Josh Reynolds (Black Library)
Jason Chan pour The Wheel of Osheim de Mark Lawrence (Harper Voyager)
Sam Green pour The Bands of Mourning de Brandon Sanderson (Gollancz)
Kerby Rosannes pour Nevernight de Jay Kristoff (Harper Voyager)
Paul Young pour Wrath de John Gwynne (Tor).

Vendredi : exposition John Howe !

Elle aura lieu à la galerie L’Arludik (12, rue Saint-Louis en l’Île, Paris 4e), du 11 mai au 8 juillet.
Toutes les infos sur leur site.

Vendredi encore : une foule d’adaptations prévues !

La Faucheuse, Neal Shusterman.

Universal a acheté les droits l’année dernière ; Josh Campbell et Matt Stuecken, scénaristes de 10 Cloverfield Lane, seront aux commandes. Vu que j’ai adoré le roman (la chronique est programmée pour cette semaine), j’espère vivement que le projet verra le jour !

Fahrenheit 451, Ray Bradubury.

Cette fois, ce sera chez HBO avec, aux commandes, Ramin Bahrani (en tant que réalisateur) ; on y retrouvera Michael B. Jordan et Michael Shannon.

La Roue du Temps, Robert Jordan – achevée par Brandon Sanderson.

C’est Sony qui se chargera de l’adaptation du cycle complet (14 tomes). Si on ne sait pas encore sur quelle chaîne le programme sera diffusé, on sait déjà que Rafe Judkins est prévu comme producteur exécutif.

The City and the City, China Miéville.

Tony Grisoni (qui a déjà réalisé  The Young Pope) adaptera le roman de China Miéville pour la BBC, en une série en 4 épisodes. David Morrissey y interprétera l’inspecteur Tyador Borlú.

La Compagnie noire, Glen Cook.

Les droits viennent d’être achetés ; la série sera produite par David S. Goyer et Eliza Dushku. Aucune date n’a été annoncée pour l’instant.

Bon dimanche !

Hope & Red, L’Empire des tempêtes #1, Jon Skovron.

Dans un empire fragmenté qui s’étend au-delà des Mers sauvages, deux êtres rebelles se découvrent une cause commune…
Hope est l’unique survivante du massacre de son village par les Biomanciens, les serviteurs mystiques de l’empereur. Recueillie par un soldat vinchen, elle a suivi un entraînement secret, faisant d’elle une guerrière qui ne vit que pour la vengeance.
Red est un orphelin adopté par une ancienne mercenaire issue de la pègre. Il est devenu un voleur et un escroc au talent inégalé.
Quand un chef de bande sanguinaire passe un marché avec les Biomanciens pour contrôler les bas-fonds de la cité de Laven, les destins de Hope et de Red se croisent. Et leur alliance improbable va les conduire bien plus loin qu’ils l’auraient imaginé…

Apparemment, j’ai de la chance question fantasy en ce moment, tout ce que je lis me plaît infiniment. Je n’ai fait d’Hope & Red qu’une seule bouchée !

Au départ, Jon Skovron nous narre, à tour de rôle, les enfances (assez désastreuses, il faut le dire) de Red et Hope, le tout de façon aussi fluide qu’efficace jusqu’au fameux moment de leur rencontre, après laquelle vont débuter des aventures épiques à souhait. Au vu de la configuration, il ne faudrait pas croire qu’il ne se passe rien du tout jusqu’à leur rencontre – car c’est loin d’être le cas ! Au contraire, les épisodes de leurs enfances sont passionnants et très utiles pour comprendre comment se sont formés les caractères (ô combien affirmés) des deux protagonistes et comment ils en sont arrivés à leur quête de vengeance.

Ce qui est intéressant, c’est que celle-ci, quoique centrale, n’est pas vraiment au premier plan. Certes, c’est le moteur de l’intrigue et nos deux personnages y pensent sans arrêt. Mais pour assouvir leur besoin de vengeance, Hope et Red doivent passer par diverses étapes cruciales auxquelles ils se soumettent volontiers – d’ailleurs, la quête de vengeance est loin d’être terminée à la fin du premier tome. Du coup, cela change agréablement des poncifs du genre.
À ce titre, l’auteur balaie des sujets assez inhabituels en fantasy ce qui, là aussi, change agréablement. Ainsi, il est question de transsexualité, de droits de femmes ou encore de sexisme. Ceci étant, ces sujets ne constituent pas le fonds du roman ; pour la plupart, ils sont évoqués en passant, mais c’est assez inhabituel dans le genre pour être noté – du moins, assez inhabituel dans ce que j’ai l’habitude de lire.

Autre point qui m’a éminemment plu : l’univers. On déambule dans un univers foncièrement maritime où îles, archipels et autres chapelets d’îlets sont légion. De fait, on se déplace beaucoup en bateaux et, donnée corollaire, on essaie d’y éviter autant que faire se peut les pirates de tous poils qui infestent les eaux. Attendez-vous donc à un bon paquet de batailles navales, qui ne laissent, bien souvent, aucun répit au lecteur – et qui font partie des raisons pour lesquelles j’ai autant apprécié cette lecture.

Lorsqu’ils ne sont pas en mer, nos personnages arpentent Laven-la-Nouvelle et, plus précisément, ses bas-fonds. Hope et Red ne font pas exactement partie des classes privilégiées, aussi fréquente-t-on de préférence la pègre (voire la pègre de la pègre dans certains cas). La société décrite par Jon Skovron fonctionne sur un système de classes sociales parfaitement hermétiques : les riches exploitent les pauvres et ces derniers sont également menacés par les biomanciens (sortes de mélange entre scientifique fou et magicien maléfique) envoyés par les forces impériales. Vous avez dit manichéen ? Oui, vu comme ça, on pourrait le penser, c’est vrai. Mais l’auteur tire son épingle du jeu et parvient à mettre en place un système assez nuancé et loin de se décliner en seules nuances de blanc et de noir.

Enfin, il faut parler du style ! Jon Skovron utilise un langage fleuri et qui fait la part belle aux inventions stylistiques et de vocabulaire. C’est riche, coloré, particulièrement inventif et pousse le réalisme à fond. C’est assez drôle et, cerise sur le gâteau, il n’est pas nécessaire d’être un crack en linguistique pour comprendre et profiter à fond de toute les inventions dont regorge le texte. Mais si vous paniquez tout de même, sachez que le roman comprend un lexique répertorié et documenté par un aristocrate curieux – ses définitions et observations valent, à elles seules, le détour !

Avec Hope & Red, j’ai mis les pieds dans un univers qui m’a littéralement passionnée, que ce soit par les différends qui opposent les classes sociales, par la géographie ou par les quêtes des personnages. Le roman est à la fois épique, plein de suspens et souvent drôle. Le style, efficace et original, fait de son côté une grosse partie du sel du roman. Il va donc sans dire que j’ai hâte de lire la suite !

L’Empire des tempêtes #1, Hope & Red, Jon Skovron. Traduit de l’anglais par Olivier Debernard.
Bragelonne, mars 2017, 432 p.

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La Guerre des Fleurs, Jane Thynne

Août 1938. Dans le cadre d’un tournage, Clara Vine est en tournage à Paris, ville qui ressent plus que jamais les tensions liées à la guerre imminente. Clara, elle aussi, est sous tension. Elle sait qu’elle est dans le collimateur de Joseph Goebbels, le ministre de la Propagande, de plus en plus soupçonneux à son égard. Inquiétude doublée par la purge qui semble être en cours parmi les actrices proches du ministre et de sa famille, celui-ci n’étant plus vraiment en odeur de sainteté.
Là-dessus, Clara est approchée par Guy Hamilton, un agent anglais infiltré, qui lui confie une mission de la plus haute importance : se lier d’amitié avec Eva Braün, en apprendre plus sur les plans du Führer et transmettre aux services secrets britanniques tout ce qu’elle pourra apprendre sur elle. Une expérience qui ne sera pas sans danger mais dont Clara sait qu’elle est absolument vitale…

Depuis le premier tome, cinq ans ont passé et Clara a cessé de regarder Berlin avec de grands yeux énamourés, ce qui se ressent dans l’intrigue de ce tome, plus sombre que la précédente. A tel point qu’on ressent son stress et son malaise à la simple lecture. Clara est manifestement sous la surveillance constante de la Gestapo, ce qui suffirait à n’importe qui pour avoir peur de son ombre. Si l’on ajoute à cela qu’elle s’inquiète beaucoup pour Erich, son filleul, cela donne un premier panorama de la situation. Celui-ci, justement, demande à Clara d’enquêter sur une jeune femme décédée durant la croisière qu’il a faite avec le KdF et qu’il soupçonne d’avoir été assassinée. Soucieuse de ne pas se mettre à dos l’ombrageux adolescent, Clara tâche de se renseigner, le plus discrètement possible : en effet, poser des questions gênantes, sous le IIIe Reich, n’est pas exactement l’activité la plus saine qui soit – surtout quand on se rapproche d’Eva Braün et donc, par extension, d’Hitler.

Par cette entremise, Jane Thynne nous fait entrer dans l’intimité de la jeune maîtresse du Führer – à ce moment de l’Histoire, Eva est un des secrets d’états les mieux gardés. Confinée dans ses appartements, raillée pour ses passions jugées frivoles (le cinéma, la création de parfums, la mode…), interdite d’écrire un journal intime, la jeune femme a une vie bien grise (elle fera d’ailleurs deux tentatives de suicide). Et Clara ne peut s’empêcher de compatir à la situation de la jeune femme, tout en percevant l’importance qu’elle prend dans le contexte national.
Car, parallèlement aux petits déboires domestiques d’Eva Braün, Jane Thynne nous dresse un panorama assez complet (et complexe) de la situation internationale : collusion de certains grands noms, plus particulièrement dans les milieux artistiques que fréquente Clara (on croise notamment Coco Chanel et son amant nazi), hésitation grandissante des chefs d’état-major adverses allant jusqu’à la fascination totale, aveuglement inhérent des ministres divers et variés. Clara étant britannique, la visite de Chamberlain au Berghof et la signature des accords de Munich résonnent assez fortement sur sa vie et l’inquiètent grandement – à raison.  Même si l’on maîtrise son Histoire sur le bout des doigts, la situation semble particulièrement complexe.

J’ai évoqué, au début de cet article, l’ambiance très sombre qui se dégage des pages. Jane Thynne nous donne à voir la situation internationale, certes, mais s’attache aussi à dresser un panorama aussi précis que possible de l’Allemagne en 1938. Les Juifs sont spoliés dans l’indifférence générale, traqués, expulsés, au mieux. Mais ils ne sont pas les seules cibles du régime nazi. Les personnes handicapées, dont les goûts ou les opinions ne plaisent pas le sont également. On suit notamment le parcours d’une famille dont le fils, peut-être un peu plus rêveur que ses camarades, va justement se retrouver sur la sellette. C’est un des aspects que j’aime dans cette série : Jane Thynne glisse une histoire d’espionnage tout à fait convaincante dans les interstices de l’Histoire, mais elle s’attache aussi à ceux qui ont traversé ces périodes sans forcément les marquer ou avoir maille à partir avec les autorités. Et c’est diablement efficace.

J’ai donc beaucoup aimé ce troisième tome. En raison de la situation de plus en plus dangereuse, l’espionnage auquel se livre Clara peut sembler plus ténu que dans les deux tomes précédents, mais l’on étouffe littéralement sous la pression. Du coup, j’ai eu du mal à m’arrêter entre deux chapitres – bien que je connaisse l’orientation tragique de l’Histoire : je pense que cela prouve toute la maîtrise de Jane Thynne ! De plus, elle conclut ce tome sur un rebondissement assez inattendu et qui me laisse penser que la suite (s’il devait y en avoir une), serait tout aussi prenante ! 

◊ Dans la même série Les Roses noires (1) ; Le Jardin d’hiver (2) ;

Clara Vine #3, La Guerre des Fleurs, Jane Thynne. Traduit de l’anglais par Sophie Bastide-Foltz.
JC Lattès, février 2017.