Galeux, Bruno Jacquin.

Au milieu des années 1980, en toute illégalité, ils ont fait régner la terreur dans les rangs des indépendantistes basques. On les appelait…. Galeux.
Qui étaient les « galeux », surnom donné aux membres des GAL, organisation paramilitaire financée par l’État espagnol pour lutter contre ETA, dans les années 1980 ?
Mai 2005. Casimiro Pozuelo, paisible retraité espagnol est victime d’un attentat au Pays basque français dont il réchappe miraculeusement. Avide de vérité, Inès cherche à comprendre pourquoi on en veut ainsi à son grand-père. Elle se penche alors sur son passé et découvre des informations terrifiantes qui la tirent du mensonge permanent dans lequel elle était maintenue depuis sa naissance.
Inspiré de faits réels,  Galeux  est une plongée à rebondissements, sans tabous, au cœur des années noires de la « guerre sale » (1983-1987) menée en France contre les indépendantistes basques.
Un scandale d’État dont la plaie n’est pas complètement refermée aujourd’hui encore.

Voilà un roman que j’ai piqué dans la bibli de mon père et que j’ai lu dans la foulée.
Le début nous présente Inès, jeune femme élevée par ses grands-parents suite au décès de ses deux parents (sa mère étant décédée à sa naissance, son père censément abattu durant un règlements de comptes entre terroristes de l’ETA) ; or, son grand-père est victime d’un attentat l’accusant d’avoir été un « Galeux ». Voilà qui remet donc ses (maigres) convictions en question, car Inès découvre vite que les Galeux n’ont pas très bonne presse.
Pour faire court pour ceux qui débarquent, les Galeux étaient membres des GAL – Groupes Antiterroristes de Libération – des groupes paramilitaires et parapoliciers franco-espagnols (qui ont touné entre 1983 et 1987 essentiellement au Pays basque nord, donc sur le sol français), avec pour objectif de lutter contre les indépendantistes basques (officiellement contre l’ETA, sachant que c’était assez facile d’y être associé), et ce avec l’aimable bénédiction des gouvernements français et espagnols. Du terrorisme d’état, quoi, un petit dispositif toujours pratique pour évincer les gens qui dérangent, quel que soit leur bord et quelle que soit l’époque. C’est ce qu’on a appelé la « guerre sale ».

Et pourtant, Bruno Jacquin ne fait pas un polar historique, puisque son intrigue débute en 2005 ! Néanmoins, il a pris soin d’utiliser une mine d’informations et de faits véridiques, permettant d’asseoir véritablement l’intrigue sur un socle fiable. Je m’en voudrais de spoiler, mais le nœud de l’affaire, par exemple, repose sur des faits qui se sont réellement déroulés et dont de nombreuses personnes – dont mon père – se souviennent très nettement. Un bon point pour le roman, donc !
Comme il s’agit d’un thriller politique, l’intrigue n’est pas truffée de rebondissements échevelés (quoique… !) : c’est plutôt réflexif, avec un tas d’investigations en eaux troubles, essentiellement menées par Inès, laquelle finit par comprendre que la police ne lui sera pas vraiment d’un grand secours. Mais n’allez pas croire que le roman souffre d’un manque de suspense : celui-ci est, au contraire, bien présent, et s’avère même souvent un brin glaçant.

Si l’intrigue use d’une base solide, j’ai tout de même déploré quelques faiblesses d’écriture et facilités de scénarios : rien de spécialement handicapant, certes, mais qui ont suffi à me sortir de ma lecture à plusieurs reprises.
Heureusement, le côté très documenté fait que l’ensemble se tient bien et que la découverte de l’ampleur du secret d’État dans lequel fouille Inès nous occupe bien assez.

Si l’on suit essentiellement la jeune femme, l’auteur lui a adjoint une galerie de personnages plus ou moins fouillés et attachants : il y a la meilleure amie qui va permettre à Inès de se sensibiliser au problème qui lui tombe dessus, le petit ami au passé un peu trouble et aux occupations encore moins nettes et tous les soutiens qu’Inès rencontrera dans sa quête, que ce soit en France ou à l’étranger. Et puis, bien sûr, il y a les grands-parents aimants qui ont élevé Inès comme leur fille – dans le duo, mention spéciale au grand-père, sans conteste le personnage auquel j’ai le plus accroché.

Autre point auquel j’ai vraiment accroché : l’absence de morale. Bruno Jacquin expose les faits et, si Inès déplore (à raison) à de nombreuses reprises le scandaleux traitement réservé aux affaires impliquant les GAL, l’auteur évite de sombrer dans la morale bien-pensante et forcément partiale. Il s’attache plutôt à montrer les torts des différents partis (sans trop en prendre, d’ailleurs) et ne banalise ni la violence, ni le terrorisme. La marche sur la corde raide n’était pas aisée, mais il s’en sort haut la main.

Avec Galeux, Bruno Jacquin signe un thriller politique qui tient la route : les fausses pistes sont légion et c’est avec une certaine lenteur bienvenue que l’on s’achemine vers la conclusion. En choisissant un personnage qui n’y connaît rien, ou presque, il permet au lecteur de mieux appréhender le contexte politique éminemment complexe qui encadre l’intrigue. De plus, il parvient à clore son histoire, sans nous imposer de morale penchant vers un bord ou l’autre, ce qui n’est pas négligeable !

Galeux, Bruno Jacquin. Cairn (Du Noir au Sud), 11 mai 2017, 272 p.

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Or et Nuit, Mathieu Rivero.

« Des mille et une histoires que j’ai pu conter, aucune n’est aussi fabuleuse que celle que je m’apprête à te narrer.
On y voyage de cités mortes en jardins luxuriants, de royaumes en déserts et de geôles en palais. On y croise djinns et ghûls, sultans et dragons, reines et démons, et les lignées maudites s’y affrontent autant que les passions se déchaînent. Vois-tu, elle recèle en son cœur une bien plus unique distinction. Cette histoire d’amour et de mort est vraie : je l’ai vécue. Parole de Shéhérazade. »

Quelques années après avoir calmé la folie meurtrière du Sultan d’Ulud, Shéhérazade en a eu assez de sa nouvelle vie de captivité et la voici donc sur les routes, à la recherche de matière pour ses histoires. Matière qu’elle va rencontrer un tantinet plus vite que prévu : en effet, l’histoire débute au moment où Shéhérazade, après plusieurs mois de voyage, est capturée par Tariq, un bandit de grand chemin, enchaînée au fond d’une grotte et… condamnée à raconter une histoire (choisie par le bandit) pour espérer sauver sa peau.

Le récit entremêle donc deux arcs narratifs : d’une part, Shéhérazade conte son histoire à Tariq tout en négociant sa libération et, d’autre part, il y a ce qu’elle lui raconte – et là où ça se complique, c’est qu’elle fait aussi partie de l’histoire. Les deux récits se répondent, s’enrichissent l’un l’autre et, peu à peu, forment un tout assez complexe (mais avec lequel on a tout le temps de se familiariser). Et si, au départ, l’histoire est centrée sur Tariq et sa captive, on ne tarde pas à rencontrer d’autres protagonistes. À ce titre, l’auteur a parfaitement réinvesti la figure de la célèbre conteuse, qui est fidèle à l’esprit du conte original (ou du moins à l’image que je m’en étais faite).

L’univers est – sans surprise ! – fortement imprégné des contes des Mille et une nuits. On retrouve donc tous les motifs des contes orientaux : il y a de la magie, des sultans, des princesses, des alliances parfois difficiles à nouer, des trahisons, des luttes sans merci, des djinns et des traditions ancestrales. C’est très réussi et il ne faut guère plus d’un ou deux chapitres pour avoir l’impression d’y être !
C’est sans doute aussi dû au rythme soigné du roman : il y a des batailles épiques, des rebondissements parfois à peine croyables (mais qui cadrent parfaitement avec l’histoire), des descriptions précises et bien dosées et du suspens. De plus, si le début m’a semblé un peu simple, la suite s’avère assez vite plus sombre et l’intrigue est nettement plus nouée que ce qu’on aurait pu penser au premier abord. Du coup, je ne me suis pas ennuyée un instant !

Chouette découverte donc, que cette réinterprétation de l’univers des Mille et une nuits : Mathieu Rivero propose un roman très prenant, associant à une intrigue palpitante un univers riche. Son style, très fluide, sait se faire tantôt sombre, tantôt poétique et colle tout à fait au propos. J’étais tellement dedans que je n’aurais pas été contre un ou deux chapitres de plus à la fin !

Or et Nuit, Mathieu Rivero. Les Moutons électriques, avril 2015, 250 p.

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The Memory Book, Lara Avery.

On me dit que ma mémoire ne sera plus jamais la même, que je vais commencer à oublier des choses. Au début juste quelques-unes, mais ensuite beaucoup plus. Alors je t’écris, cher futur moi, pour que tu te souviennes !

Sam a toujours eu un plan : sortir première du lycée et filer vivre à New York. Rien ne l’en empêchera – pas même une anomalie génétique rare qui, lentement, va commencer à lui voler ses souvenirs, puis sa santé. Désormais, ce qu’il lui faut, c’est un nouveau plan.
C’est ainsi que naît son journal : ce sont les notes qu’elle s’envoie à elle-même dans le futur, la trace des heures, petites et grandes, qu’elle vit. C’est là qu’elle consignera chaque détail proche de la perfection de son premier rendez-vous avec son amour de toujours, Stuart. Le but ? Contre toute ttente, contre vents et marées : ne rien oublier.

Il était grand temps que je vous parle de ce roman, pour lequel j’ai eu un énorme coup de cœur lorsque je l’ai lu. L’été dernier.
Mieux vaut tard que jamais, non ?
Depuis Nos Étoiles contraires, la sick-litt (ou littérature de malades) a le vent en poupe. Là-dedans, il y a des textes de qualité différente et j’avoue avoir été très agréablement surprise par celui de Lara Avery – mais j’imagine que vous l’aviez deviné.

Le texte emprunte l’apparence du journal intime : celui que Sam adresse à son futur elle amnésique, dont la mémoire aura été rongée par le syndrome de Niemann Pick. Alors, oui, c’est un peu triste – et il est possible que vous soyez obligés de sortir un mouchoir de temps à autres – mais Sam a suffisamment d’humour pour que l’on ne passe pas tout son temps à sangloter.
Au fil des pages, c’est un portrait assez touchant de la jeune fille qui se dessine. Car, malgré tout, Sam est une adolescente tout à fait lambda : elle participe au club de débat de son lycée, a quelques problèmes de sociabilité et des vues sur un jeune homme de son âge. À ce titre, j’ai eu un peu peur en voyant se profiler un triangle amoureux mais finalement, c’était plus fin que prévu et vraiment réaliste. Comme je l’ai dit, Sam est une adolescente tout ce qu’il y a de plus normal (hormis sa maladie, s’entend), qui vit de grands émois adolescents… et fait aussi quelques erreurs, dont quelques-unes cuisantes, qu’elle ne minimise pas.
Sam a une analyse assez fine de son entourage et, même si elle essaie parfois de se cacher derrière sa maladie, elle reste assez lucide sur ce qui peut heurter ses proches. De fait, le roman est loin d’être guimauve : on est loin de l’intrigue pleine de bons sentiments sur la maladie. Sam est une battante, mais elle n’a pas la science infuse – elle tente néanmoins d’emprunter la voie de la sagesse, ce qui la rend éminemment attachante.

J’ai aimé que le journal laisse aussi la place aux sentiments des autres personnages : plus l’on galope vers la fin, moins la parole de Sam est fiable (à cause des attaques), aussi certains de ses proches prennent-ils la plume. Au vu du sujet, j’imagine que c’était inévitable, mais cela nous donne un bon aperçu. De plus, cela permet de nuancer parfois la personnalité de Sam. Au premier abord, celle-ci n’est pas des plus sympathiques mais, plus cela va, plus l’on découvre ses petites failles (que ce soit par sa voix ou celle des autres), ainsi que les trésors que recèlent sa personnalité volontaire.

Il faudrait encore que je vous dise que j’ai lu ce roman en moins de 24h – en semaine, donc j’ai dézingué le roman en un tour de bus – ce qui ne m’arrive plus si fréquemment que ça maintenant. Il faudrait encore que je vous parle du style ô combien fluide de Lara Avery, qui donne voix à Sam, même lorsque celle-ci éprouve les pires difficultés à écrire et à former des pensées cohérentes. 
Il faudrait surtout que je vous dise que ce roman, loin de n’évoquer que la douleur qu’entraîne la maladie, avec son collège de pertes et de deuil, est en fait un roman plein d’énergie, qui donne furieusement envie de croquer la vie à pleines dents. 

The Memory Book, Lara Avery. Traduit de l’anglais par Julie Lafon. Lumen, mai 2016, 442 p. 

Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro.

Angleterre, an I. Après la Gaule, l’Empire romain entend se rendre maître de l’île de Bretagne. Pourtant la révolte gronde parmi les Celtes, avec à leur tête Boudicca, la chef du clan icène. Qui est cette reine qui va raser Londres et faire trembler l’empire des aigles jusqu’à Rome ?

De Jean-Laurent Del Socorro, j’avais lu (et bien apprécié) Royaume de vents et de colères. Lorsque j’ai vu qu’il publiait un nouveau roman de fantasy historique, je n’ai donc pas vraiment hésité, d’autant qu’il se consacrait à une reine dont je ne connaissais à peu près rien, mais qui m’intéressait tout particulièrement.
Boudicca n’a pas été que la reine des Icènes, mais a eu plusieurs vies entremêlées : enfant têtue, mère, guerrière, amante, Jean-Laurent Del Socorro nous dresse un portrait très complet du personnage, partant de son enfance pas toujours facile aux différents combats qu’elle a menés.

Malgré une vie de lutte, le roman n’est paradoxalement pas truffé de grandes scènes de batailles. Il y en a, évidemment, et le roman n’est pas dépourvu d’une dimension épique, mais ce que l’auteur met vraiment en avant, c’est la personnalité de Boudicca et la façon dont elle a géré les événements qui ont traversé son existence.
C’est d’ailleurs l’aspect qui m’a le plus plu dans le roman : alors que les informations dont on dispose sur la reine icène sont rares, Jean-Laurent Del Socorro parvient à en dresser un portrait particulièrement réussi – et extrêmement documenté, en témoigne la conséquente bibliographie présentée en fin d’ouvrage.

La fantasy est assez discrète : en effet, on évolue dans la Grande-Bretagne du Ier siècle, qui fait la part belle aux druides et aux rites magiques. Mais finalement, comme l’image semble assez indissociable de la période, cela tient quasiment plus du roman historique que de la fantasy. De plus, le récit est intégralement au présent, ce qui m’a souvent empêchée de prendre fait et cause pour les personnages, que j’avais l’impression de contempler avec beaucoup trop de distance. Ces deux aspects expliquent peut-être que j’ai un peu moins accroché au roman que ce à quoi je m’attendais. J’y ai appris plein de choses, tant sur les personnages que sur la période, mais j’ai eu du mal à réellement me passionner pour les pérégrinations des icènes.

Le roman comporte, à la fin, une nouvelle plus ou moins indépendante, comme c’est souvent le cas chez ActuSF. Et là, énorme surprise ! On a quitté les icènes et on se retrouve à Boston, en 1773. Mais, finalement, il s’avère que l’histoire est aussi celle de personnes qui ne souhaitent plus s’acquitter des impôts incroyablement élevés qu’on leur réclame – un peu comme les icènes de Boudicca. J’ai été un peu déstabilisée au départ mais, en fait, la nouvelle a toute sa place dans la continuité de l’histoire de Boudicca !

En somme Boudicca nous dresse un portrait très complet de la mystérieuse reine des Icènes, en explorant toutes les facettes du personnage. L’intrigue est bien ancrée dans la période historique – le Ier siècle – et met à l’honneur les tribus celtes, les druides et leurs antagonistes romains. Si le récit m’a parfois laissée de marbre, la découverte historique était excellente !

Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro. ActuSF, avril 2017, 280 p.

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[Concours-Résultats] Une bougie de plus !

Je me suis laissé dire que cette année, on fêtait la sixième bougie du blog – alors que j’ai l’impression de l’avoir ouvert hier ou presque !
Comme toujours, je vais te remercier, toi le lecteur du blog, qui prend le temps de laisser un petit mot ou bien qui en parcours les pages de façon anonyme : si je tiens toujours mon blog comme un journal de lecture, c’est aussi grâce aux lecteurs croisés sur la toile qu’il vit. Alors mille fois merci !
Et pour vous remercier, je vous propose la possibilité de remporter un titre parmi mes coups de cœurs récents ! (Scrolle si tu veux voir la suite).


Comment participer ?

Le concours est ouvert du 21 août au 3 septembre 2017 minuit, à la France. Une seule participation par foyer (même nom, même adresse). Vous pouvez miser sur tous les lots mais, si le sort vous est favorable, vous ne pourrez en gagner qu’un 🙂
Il vous suffit de remplir le formulaire correspondant au(x) lot(s) visé(s), en indiquant bien vos coordonnées complètes (qui seront supprimées à l’issue du concours).
Si vous n’indiquez pas de pseudonyme, vous acceptez que votre nom soit cité à l’affichage des résultats. 

Il va sans dire que les participations incomplètes ne seront pas prises en compte.
Vous trouverez des indices – pour ne pas dire les réponses – sur le blog.

Comment sait-on qu’on a gagné – ou perdu ?

Les résultats seront annoncés à partir du 04/09/2017, sur le blog et la page Facebook du blog, avec le prénom et l’initiale du nom des gagnants, lesquels seront tirés au sort parmi les bonnes réponses (si vous souhaitez apparaître sous pseudonyme, précisez-le dans le formulaire, avec le pseudonyme choisi).
Les lots seront envoyés dans la foulée par mes soins (et j’en profite pour signaler qu’une quelconque faille postale ne saurait m’être imputée).

Voilà, vous savez tout, il ne vous reste qu’à scroller pour découvrir ce qu’il y a à gagner !

*Lot n°1 : Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye*


Je vais vous raconter comment l’Empire est mort.
L’Empire de Bohen, le plus puissant jamais connu, qui tirait sa richesse du lirium, ce métal aux reflets d’étoile, que les nomades de ma steppe appellent le sang blanc du monde. Un Empire fort de dix siècles d’existence, qui dans son aveuglement se croyait éternel.
J’évoquerai pour vous les héros qui provoquèrent sa chute. Vous ne trouverez parmi eux ni grands seigneurs, ni sages conseillers, ni splendides princesses, ni nobles chevaliers… Non, je vais vous narrer les hauts faits de Sainte-Étoile, l’escrimeur errant au passé trouble, persuadé de porter un monstre dans son crâne. De Maëve la morguenne, la sorcière des ports des Havres, qui voulait libérer les océans. De Wens, le clerc de notaire, condamné à l’enfer des mines et qui dans les ténèbres découvrit une nouvelle voie… Et de tant d’autres encore, de ceux dont le monde n’attendait rien, mais qui malgré cela y laissèrent leur empreinte.
Et le vent emportera mes mots sur la steppe. Le vent, au-delà, les murmurera dans Bohen. Avec un peu de chance, le monde se souviendra.

J’ai eu un gros coup de cœur pour l’univers, les personnages et l’histoire tissée par Estelle Faye, aussi aimerais-je vous faire découvrir ce fabuleux roman épique !

Félicitations à Acr0 !

*Lot n°2 : Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.*

Paris, 1840. Louis Pasteur a 19 ans et il entre comme boursier à l’institution royale Saint-Louis pour suivre des études scientifiques. L’année scolaire sera loin d’être de tout repos. Certaines nuits, une mystérieuse menace rode dans les couloirs du pensionnat, mettant en danger étudiants et professeurs. Décidé à mener l’enquête, Louis fait équipe avec une lycéenne de l’école d’en face. Sous ses airs de jeune fille modèle, Constance se révèle une alliée intrépide et courageuse.
Entre loups-garous et complots, ils useront de vaccins autant que de coups d’épée pour sauver les élèves et même… le roi Louis-Philippe !

Ici aussi, énorme coup de cœur et ce n’est pas parce que ce roman est estampillé jeunesse qu’il ne peut être lu par des adultes !
Et j’en profite pour remercier Didier jeunesse qui offre l’exemplaire : merci !

Félicitations à Coralie D. (75) !

*Lot n°3 : The Curse, Marie Rutkoski.*

Fille du plus célèbre général d’un empire conquérant, Kestrel n’a que deux choix devant elle : s’enrôler dans l’armée ou se marier. Mais à dix-sept ans à peine, elle n’est pas prête à se fermer ainsi tous les horizons. Un jour, au marché, elle cède à une impulsion et acquiert pour une petite fortune un esclave rebelle à qui elle espère éviter la mort. Bientôt, toute la ville ne parle plus que de son coup de folie. Kestrel vient de succomber à la  » malédiction du vainqueur  » : celui qui remporte une enchère achète forcément pour un prix trop élevé l’objet de sa convoitise.
Et, de fait, elle ignore encore qu’elle est loin, bien loin, d’avoir fini de payer son geste. Joueuse hors pair, stratège confirmée, elle a la réputation de toujours savoir quand on lui ment. Elle croit donc deviner une partie du passé tourmenté de l’esclave, Arin, et comprend qu’il n’est pas qui il paraît… Mais ce qu’elle soupçonne n’est qu’une infime partie de la vérité, une vérité qui pourrait bien lui coûter la vie, à elle et à tout son entourage.

Je m’attendais au pire et ce roman a été une excellente découverte, une excellente raison de faire partie du palmarès du jour !

Félicitations à Solessor !

 

À vous de jouer !

[Ray’s Day] Saison 4 !

Cette année, comme les trois précédentes, le 22 août sera le jour du Ray’s Day (petit clic sur le mot-clef en pied de page pour voir ce que j’avais fait les autres années).
L’initiative a été lancée par Neil Jomunsi pour célébrer la mémoire de Ray Bradbury (qui aurait fêté un nouvel anniversaire ce jour-là), mais surtout pour célébrer la lecture, les lecteurs, les livres et leurs auteurs, informellement mais toujours avec passion.

Vous avez envie de participer mais vous manquez d’idées ? Allez en piocher quelques-unes ici.
Vous voulez participer ? Identifiez vos participations sur les réseaux avec le hashtag #RaysDay !

Cet été, je suis de nouveau opportunément en vacances chez moi, aussi vais-je (comme tous les ans ou presque), déposer quelques livres voyageurs à Saint-Jean de Luz (64).
J’avoue que la version parisienne de l’an passé ne m’a pas laissé un souvenir impérissable – je n’ai pu repasser aux lieux de dépôt qu’une semaine plus tard et, le repérage n’était pas optimal. Là, je maîtrise mieux le terrain et c’est en général plus amusant.

Comment ça se passe ?

Cette année, les livres sont répertoriés sur le site Bookcrossing.com – ce qui, avec un peu de chance, me permettra de savoir ce qu’ils  deviennent une fois libérés dans la nature. Pour ce faire, chacun portera donc une étiquette de suivi avec un numéro – que les personnes devront entrer sur le site pour signaler leur trouvaille. Je ne sais pas trop si c’est efficace, mais on va tester.

Les livres seront identifiés par un bandeau, comme l’an dernier, qui comprendra une brève description du roman, la mention « Livre Voyageur » sur le dos et un marque-page créé par mes soins pour évoquer l’opération.
Comme l’an dernier, je noterai mon adresse e-mail pour laisser aux gens qui trouveraient mes livres la possibilité de me contacter (jusque-là, ça n’est arrivé que deux fois).

Une partie des livres en partance :

Bref : à vous de jouer !

Aimez-moi, Le Jardin des Epitaphes #2, Taï-Marc Le Thanh.

Le road trip continue sur le sol américain. Hypothénuse, héros protecteur et attachant, va sans s’en douter entraîner son frère et sa soeur dans un piège fatal. Une histoire à la Mad Max écrit par un auteur qui confirme son talent et qui renouvelle profondément le genre en mêlant tendresse, action et sens de la parodie.

Alors, on prend les mêmes, et on recommence, sauf que cette fois, on a traversé l’Atlantique et qu’on arpente le Far West.
Oui, le Far West, rien de moins, revenu plus ou moins à l’état sauvage post-apocalyptique, avec son lot de zombies, bikers, cow-boys en tous genres et même Indiens farouches.
Si le premier tome rendait hommage aux grands chefs d’œuvre cinématographiques de la SF, ici l’auteur glisse quelque clins d’œil aux grands films de western. Et sans surprise, le mélange détonnant fonctionne à plein.

Dès le premier chapitre, on replonge donc dans l’ambiance survoltée et nerveuse à souhait du road-trip d’Hypothénuse, Poisson-Pilote et Double-Peine. À la quête de leurs parents s’ajoute cette fois la quête personnelle d’Hypothénuse, toujours à la recherche de ses souvenirs envolés. Et plus l’on avance, plus l’on pressent que ceux-ci cachent un secret assez moche. Taï-Marc Le Thanh réussit le tour de force de nous garder sur des charbons ardents jusqu’à la fin : la révélation n’intervient réellement que dans les dernières pages, alors que le lecteur marine depuis un bon moment !

Et avant qu’on en arrive enfin à cette révélation, il y a un assaut de péripéties échevelées, de retournements de situations endiablées et de révélations fracassantes. On ne souffle pas une seconde tant le rythme est soutenu — sans être inconfortable ou donner le sentiment que l’intrigue est bâclée, ce qui est bien agréable. D’autant que l’auteur s’y entend pour nous faire passer du rire aux larmes, de l’angoisse à la poésie. Le texte est à nouveau souligné par une playlist rock’n’roll – que l’on peut tout à fait écouter en même temps – qui aide à se glisser dans l’ambiance.

Taï-Marc Le Thanh clôt un road-trip spectaculaire : l’histoire, extrêmement rythmée, fait la part belle aux péripéties, comme au développement des personnages. Alors que l’on suit notre trio depuis la première page, on arrive encore à avoir quelques révélations sur leurs personnalités, aspirations et trajectoires. L’auteur se joue allègrement du suspens et des attentes du lecteur : on pense avoir compris, mais il nous ressort tel petit détail insignifiant qui, en fait, avait toute son importance, pour modifier à nouveau toutes nos perspectives. C’est bluffant de maîtrise ! De plus, il glisse un bel hommage aux récits du genre, en gardant uniquement les meilleurs morceaux. Résultat ? Un dyptique extrêmement dynamique, avec lequel on ne s’ennuie pas un seul instant, mais qui sait également garder ses parts de mystère et de poésie. Sans aucun doute le meilleur road-trip post-apocalyptique qu’il m’ait été donné de lire !

◊ Dans la même série : Celui qui est resté debout (1) ;

Le Jardin des Épitaphes, #2, Aimez-moi, Taï-Marc Le Thanh. Didier jeunesse, avril 2017, 316 p.