Young Elites #1, Marie Lu.

Adelina a survécu à l’épidémie qui a ravagé son pays.
D’autres enfants, comme elle, ont survécu, la maladie laissant sur leur corps d’étranges marques. Les cheveux d’Adelina sont passés de noir à argenté, ses cils sont devenus blancs et une cicatrice barre la moitié gauche de son visage. Son père voit en elle une malfetto, une abomination, une disgrâce pour son nom et sa famille, synonyme de malédiction. Mais la rumeur dit que les survivants ont gagné davantage que des cicatrices : ils auraient acquis de mystérieux super-pouvoirs. Et, bien que leur identité demeure secrète, ces survivants ont déjà un nom : les Elites.

J’avais adoré, que dis-je, littéralement englouti la trilogie Legend au rythme de sa parution. Fatalement, Young Elites ne pouvait que me faire de l’œil. Et… malheureusement, on ne peut pas dire que notre rencontre se soit déroulée sous les meilleurs auspices.

Au début du roman, on découvre la peu riante vie d’Adelina : dans son univers aux croyances quelque peu moyenâgeuses, toute personne un peu différente est mise au ban de la société. Adelina, en tant que malfetto n’a donc aucun avenir ou presque. Pire : dans l’espoir qu’elle ait quelque pouvoir, son père la maltraite allègrement afin de déclencher les-dits pouvoirs. Et c’est comme ça qu’il finit par mourir, dans un tragique accident. Adelina devient donc une double proie : pour l’Inquisition, et pour les Elites, qui aimeraient bien mettre ses pouvoirs de leurs côtés.

Du coup, il n’y a pas de mystères, l’histoire est hyper classique et un poil manichéenne : il y a les les petits rebelles d’un côté (les Elites) et le gouvernement de l’autre. Leur antagonisme ne peut qu’être violent. Et, sans surprise, ça se tatane gentiment la tronche au détour des ruelles. De ce point de vue-là, le suspens n’est pas folichon.
Pourtant, il y a de quoi faire. Car, contrairement aux clichés du genre, Adelina n’est pas exactement un protagoniste classique. En fait, elle a toutes les caractéristiques de l’antagoniste et elle met plus souvent des bâtons dans les roues aux Elites qu’elle ne les aide. L’ennui, c’est que cela se déroule souvent à son insu : elle est donc présentée comme fondamentalement mauvaise (ceci découlant de l’immense colère qui la ronge), mais ne l’est pas réellement, puisqu’elle agit la plupart du temps sans le faire exprès. De plus, sa profonde colère, ainsi que ses motivations parfois douteuses, nous sont rabâchées sans cesse, plutôt que montrées, ce qui donne à l’ensemble un petit côté un tantinet superficiel, qui m’a empêchée de vraiment adhérer  à l’univers.
Ceci dit, elle n’est pas la seule, car les motivations des uns et des autres m’ont souvent semblé plus que nébuleuses : leurs idées, leurs plans et leurs idéaux sont confus et malheureusement, l’intrigue s’en ressent. D’ailleurs, j’ai retrouvé un point qui m’avait un tantinet chagrinée dans Legend, mais que j’avais fini par outrepasser : l’âge des protagonistes. Ils sont jeunes (la quinzaine), agissent comme des personnes bien plus âgées (au moins de 5 ans : c’est pas énorme, mais ça change tout) et, du coup, il y a un décalage parfois assez dérangeant entre les niveaux de maturité affichés par les personnages, chacun agissant tantôt comme un enfant capricieux, tantôt comme un adulte hyper raisonnable. Ce que j’ai trouvé assez déstabilisant.

Du côté de l’univers, il y a un une indéniable originalité qui sert de toile de fond à Young Elites : on a l’impression de déambuler en pleine Renaissance italienne, dans une atmosphère de fêtes, de rites et de bals masqués assez réussie. D’autant que le tout est mixé avec des combats dignes d’affrontements de super-héros, ce qui donne une ambiance assez survoltée. Imaginez un peu, les X-men contre l’Inquisition, ça envoie du lourd.

Rencontre en demi-teinte avec Young Elites, donc : j’ai aimé les idées, notamment la lutte politique pour faire reconnaître que la différence n’est pas une tare, j’ai aimé le mélange d’ambiance qui fait tenir cette Renaissance revisitée sauce fantasy, mais les ambitions des personnages plus que flous et l’intrigue confuse ne m’auront pas emballée le moins du monde. 

Young Elites #1, Marie Lu. Traduit de l’anglais par Olivier Debernard.
Le Livre de Poche, avril 2017, 382 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

 

Je serai cet humain qui aime et qui navigue, Stéphane Girel et Franck Prévot.

Un bord de la mer, un air de vacances, un enfant et son grand-père, marin-pêcheur à la retraite : l’innocence du premier, l’assurance du second. Bientôt, un 3e personnage survient : un coquillage qui porte l’inscription «Écoute-moi ! ».
Tandis que le grand-père n’entend que la mer, l’enfant entend un poème. Un poème qu’il va se charger de traduire pour les oreilles de son grand-père. 

Cela fait maintenant plusieurs mois que j’ai découvert cette petite merveille – au mois de février, pour être exacte – mais, comme toujours, avec les coups de cœur, il m’a fallu un peu de temps pour rédiger cette note de lecture.

La première chose qui m’a fait fondre pour l’album, ce sont les illustrations de Stéphane Girel : claires, lumineuses, aux teintes pastel, elles ont un petit air de voyage, d’évasion, de vacances, et nous invitent à la découverte. Vers la fin de l’album, il y a une merveilleuse double-page que l’on peut déployer vers l’extérieur : avec un peu d’attention, on s’aperçoit que l’illustration se suit sur plusieurs pages, créant une fresque absolument magnifique.

L’album est un pur régal pour les yeux, mais aussi pour les oreilles.

Tanni koseb yasa kana dija sebar

C’est le premier vers du poème qu’entend l’enfant dans le coquillage. Inlassablement, il porte le coquillage à son oreille, écoute le poème, fasciné par ses sonorités et la musicalité qu’il dégage – et ce bien qu’il n’en comprenne pas immédiatement les paroles. Preuve, s’il en était besoin, que la poésie se passe de langage.
Toutefois, il y a un point d’achoppement : si l’enfant est fasciné, le poème laisse le grand-père dubitatif, voire carrément indifférent. Et c’est ce qui pousse l’enfant à la créativité : pour toucher son grand-père, il va se mettre à traduire les émotions qu’il ressent à l’écoute du poème et offre à son grand-père une version qui évoque L’Albatros, son bateau, son épouse venue de l’autre bout du monde et désormais disparue, la vie au grand large. Peu à peu, un trait d’union se crée entre eux deux, forgé autour de la rêverie, du voyage et de l’ouverture à l’autre.

Au fil des pages, le poème est traduit de bien des façons – on reconnaît, d’ailleurs, ça et là, les inflexions de poèmes célèbres tirés du corpus classique ! Et à l’instar du jeune homme, chaque lecteur est invité à traduire le poème ; les versions qui seront envoyées à l’éditeur viendront enrichir le corpus des poèmes déjà traduits !

Voilà pourquoi Je serai cet humain qui aime et qui navigue a été un tel coup de cœur : au travers des pages merveilleusement illustrés, ce grand et sublime album célèbre la poésie, le voyage (physique ou spirituel), l’ouverture aux autres et la transmission entre les générations. À lire et à relire sans modération, que l’on soit petit ou grand !

Je serai cet humain qui aime et qui navigue, Stéphane Girel (illustrations) et Franck Prévot (texte).
HongFei Cultures, 2016, 42 p.

Brèves de comptoir #146

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : ActuSF cherche son/sa stagiaire pour l’automne !

Et voici leur annonce :

Lundi encore : The Boy who lived a 20 ans !

Eh oui. Déjà ! Le 26 juin 1997 paraissait The Boy who lived, premier tome de la série Harry Potter, de J.K. Rowling.
Pour l’occasion, Shopalike a publié une étude sur l’univers, qui devrait vous rappeler de bons souvenirs.

Évidemment, chaque journal – ou presque – y est allé de sa petite analyse (pas toujours bienveillante, et avec des analyses parfois discutables). Si vous voulez en lire quelques-unes, je vous laisse celle de France Culture (avec un bon gros cliché sur la fantasy), ou celle de Télérama (avec une analyse binaire). Une chose est sûre, même après avoir été traduit dans quelques 70 langues, on vous ressortira que Le Petit Prince l’est dans 400 ; après avoir été vendu à plus de 450k exemplaires et avoir mis des milliers de jeunes lecteurs à la lecture, on vous dira que c’est purement commercial. Les littératures jeunesse et de l’imaginaire, ces éternelles incomprises ?

Pour vous remonter le moral, vous pouvez toujours aller tester vos connaissances sur ces quelques questions un peu pointues !

Lundi toujours : les finalistes du prix Européen des Utopiales !

Tous les ans, le festival nantais dédié à la science-fiction récompense des auteurs européens des littératures de l’imaginaire. Le prix récompense un roman ou un recueil paru en langue française durant l’année précédente, et dont l’auteur est ressortissant de la communauté européenne.
Le prix sera remis durant les Utopiales 2017, qui auront lieu du 1er au 6 novembre 2017, à Nantes.
La sélection jeunesse est visible dans les brèves de la semaine dernière !

Voici les titres en lice :

Luna de Ian McDonald aux éditions Denoël, collection Lunes d’encre.
L’Installation de la peur de Rui Zink aux éditions Agullo.
Merfer de China Mieville aux éditions Fleuve, collection Outrefleuve.
Mes vrais enfants de Jo Walton aux éditions Denoël, collection Lunes d’encre.
Spire de Laurent Genefort aux éditions Critic.

Mardi : le mois de Chloé Chevalier sur Bookenstock !

Comme tous les mois, Dup & Phooka, de Bookenstock, accueillent un auteur. Et au mois de septembre, ce sera au tour de

Chloé Chevalier !

Vous ne me voyez pas mais, en écrivant ces mots, je trépigne littéralement de joie ! J’ai adoré les deux premiers volumes de ses Récits du Demi-LoupVéridienne et Les Terres de l’Est et je vais me faire un plaisir de lire le tome 3 – puisqu’il vient de paraître !

Pour en savoir plus, ça se passe   !

Mardi encore :  shortlist du prix Planète SF des blogueurs !

Le Prix Planète SF des blogueurs récompense chaque année le meilleur ouvrage (roman ou recueil de nouvelles) SF, fantasy, ou fantastique, publié dans l’année écoulée et est décerné par un jury de lecteurs-blogueurs. La shortlist est désormais connue, la voici :

Les blogueurs et forumeurs votants ont voté sans présélection et choisi :

  • Mes vrais enfants, Jo Walton (trad. Florence Dolisi), Denoël Lunes d’Encre

Les membres du jury ont voté sans présélection et choisi :

  • Infinités, Vandana Singh (trad. Jean-Daniel Brèque), Denoël Lunes d’Encre
  • Luna 1, Ian McDonald (trad. Gilles Goullet), Denoël Lunes d’Encre
  • Planetfall, Emma Newman (trad. Racquel Jemint), J’ai Lu Nouveaux Millénaires.

Toutes les informations subsidiaires ici.

Mardi toujours : « Des héros pour les ados ! De l’importance de l’imaginaire en littérature jeunesse » !

La conférence donnée le lundi 19 juin au CNL par Manon Fargetton, Timothée de Fombelle et Marie-Aude Murail, animée par Maya Michalon, est désormais disponible en podcast, sur le site du Centre National du Livre. 
Les participants planchaient sur le sujet cité en titre.

Mercredi : J’aime pas la SF !

Avouez-le, en tant que lectrice ou lecteur de SFFF, vous avez forcément entendu cette phrase un jour. Qu’y répondre ? Nexus VI y a consacré une vidéo, sur sa chaîne Youtube !

Mercredi encore : actu Tolkien !

Connaissez-vous la chaîne Le Savoir des Anneaux ? Le Youtubeur y évoque l’oeuvre de Tolkien, l’histoire des personnages, des événements, que ce soit en Terre du Milieu ou ailleurs. Sa dernière vidéo en date est consacrée aux Drúedain.

Un crowdfunding par et pour les fans !

Sébastien Sigaut se propose de créer un documentaire sur ceux qui ont continué à faire vivre Tolkien après son décès en 1973 : la famille, bien sûr, les acteurs, les producteurs, mais aussi les fans !
Pour ce faire, un financement participatif vient d’être lancé. Il reste 24 jours pour rassembler les quelques 12 000 € manquants.

Jeudi : les prix Locus 2017 !

Chaque année depuis 1971, le prix Locus récompense  les meilleures œuvres de science-fiction, de fantasy ou d’horreur ; il est décerné par les lecteurs de la revue américaine Locus, qui représentent un électorat au moins aussi grand que celui des Hugos : il est donc le prix qui reflète sans doute le mieux les goûts du public. Il a été créé par l’éditeur de Locus, Charles N. Brown.

SF : Death’s End, Cixin Liu (Tor ; Head of Zeus)
Fantasy : All the Birds in the Sky, Charlie Jane Anders (Tor ; Titan)
 Horreur : The Fireman, Joe Hill (Morrow)
 Young adult : Revenger, Alastair Reynolds (Gollancz ; Orbit US ’17)
 Premier roman : Ninefox Gambit, Yoon Ha Lee (Solaris US ; Solaris UK)
 Novella : Every Heart a Doorway, Seanan McGuire (Tor.com Publishing)
 Novelette : You’ll Surely Drown Here If You Stay, Alyssa Wong (Uncanny 5-6/16)
 Nouvelle : “Seasons of Glass and Iron”, Amal El-Mohtar (The Starlit Wood)
 Anthology : The Big Book of Science Fiction, Ann & Jeff VanderMeer, eds. (Vintage)
Recueil : The Paper Menagerie and Other Stories, Ken Liu (Saga ; Head of Zeus ; Le Bélial’)
 Magazine : Tor.com
 Maison d’édition : Tor
 Éditrice : Ellen Datlow
 Artiste : Julie Dillon
 Non-Fiction : The Geek Feminist Revolution, Kameron Hurley (Tor)
 Art-Book : Walking Through the Landscape of Faerie, Charles Vess (Faerie Magazine).
Les titres arrivés en finale sont visibles ici.

Jeudi encore : les couvertures de La Belle Sauvage !

Philip Pulmann écrit une nouvelle trilogie, dans le même univers que A la croisée des mondes et qui s’intitulera The Book of dust. Le premier tome se déroulera dix ans avant les événements vécus par Lyra et Will ; les deux suivants, vingt ans après. Conclusion : si la trilogie est un peu nébuleuse dans votre tête, vous avez le temps de la relire, la sortie française étant prévue au pour le 16 novembre, chez Gallimard.
Les couvertures des éditions anglaise et américaine, toutes deux de Chris Wormell, viennent d’être dévoilées :

    
La sortie en langue anglaise est fixée au 19 octobre !

Vendredi : des promos numériques !

Walrus à 0.99€ !
L’éditeur propose une large sélection de ses titres, à 0.99€.

Notez par ailleurs que la #GrosseOP de Bragelonne est prolongée tout au long du week-end.

Vendredi encore : les éditions Voy’el sont sauvées !

La campagne Ulule est arrivée à son terme et l’argent nécessaire au sauvetage de la maison d’édition a été réuni ; vous pouvez en apprendre plus sur la page de l’éditeur !

 

Bon dimanche ! 

Shades of magic #1, Victoria E. Schwab.

Kell est l’un des derniers Visiteurs, des magiciens capables de voyager d’un monde à l’autre. Des mondes, il y en a quatre, dont Londres est le centre à chaque fois. Le nôtre est gris, sans magie d’aucune sorte. Celui de Kell, rouge, et on y respire le merveilleux avec chaque bouffée d’air. Le troisième est blanc : les sortilèges s’y font si rares qu’on s’y coupe la gorge pour voler la moindre incantation. Le dernier est noir, noir comme la mort qui s’y est répandue quand la magie a dévoré tout ce qui s’y trouvait, obligeant les trois autres à couper tout lien avec lui.
Depuis cette contagion, il est interdit de transporter un objet d’un monde à l’autre. C’est pourtant ce que va faire Kell, un chien fou tout juste sorti de l’adolescence, pour défier la famille royale qui l’a pourtant adopté comme son fils, et le prince Rhy, son frère, pour qui il donnerait pourtant sa vie sans hésiter. Et un jour, il commet l’irréparable…

Dès que j’ai entendu parler de la future parution de ce titre, j’ai eu envie de le découvrir : et je n’ai pas du tout été déçue ! J’ai volontairement raccourci le résumé car il s’écoule plusieurs chapitres avant que l’on n’en arrive au point décrit par le résumé officiel. Sachez seulement qu’après avoir commis la fameuse bêtise, Kell va avoir bien du pain sur la planche !

Dès le départ, on plonge dans un univers follement original : imaginez quatre mondes superposés, entre lesquels on passe grâce à des portes magiques, qui peuvent être seulement activées par les Antari… une sorte de magiciens dont il ne reste que deux représentants, Kell, attaché à la couronne du monde rouge, et Holland, attaché à la couronne du monde blanc. Dans le monde gris, pas besoin de magiciens car comme on ne croit pas à la magie chez nous, personne (ou presque) ne sait qu’on peut seulement sauter d’un monde à l’autre. Et en ce qui concerne le monde noir, il a disparu, dévoré par la magie. Chaque monde a donc ses particularités, qui contribuent à créer un univers incroyablement dense.

J’ai donc immédiatement accroché à l’histoire : on y entre par le biais de Kell, jeune magicien prodige adopté par la famille royale et… trafiquant d’objets magiques, ce qui est rigoureusement interdit et punissable de la peine de mort… Tout simplement ! En même temps, on comprend les peines du jeune homme : orphelin, il a du mal à trouver sa place dans la famille royale et compense ce manque par une légère addiction au danger – laquelle va, évidemment, causer tout ses problèmes.

L’intrigue est assez linéaire mais malgré l’absence de sous-intrigues, on ne s’ennuie pas une seule seconde, car l’histoire est vraiment dense.
Elles est littéralement portée par le duo principal, Kell et Lila, qui se complètent bien, que ce soit en termes de compétences, de caractère ou d’idéaux. Néanmoins, ils ne sont pas seuls et côtoient des personnages secondaires que l’on adore adorer (Rhy, Barron…) ou que l’on adore détester (Astrid, Athos…). Au vu des antagonistes, l’histoire peut sembler parfaitement manichéenne mais, heureusement, l’auteure évite cet écueil avec des personnages hyper ambivalents, aux motivations pas toujours claires et aux parcours particulièrement torturés… qu’on ne peut même pas condamner ! Et c’est ce qui permet au roman de n’être pas totalement binaire.
Le roman s’appuie sur un petit nombre de personnages (principaux et secondaires inclus) aux personnalités bien marquées, bien différenciés les uns des autres, et que l’on suit avec plaisir.

Le style est hyper fluide, ce qui n’aide pas à s’arrêter entre deux chapitres. À ce propos, ceux-ci sont assez conséquents, mais divisés en sous-chapitres très digestes et au rythme efficace. Puisque j’en suis aux chapitres, je vais vous parler des décorations des entrées de chapitres, qui reprennent les motifs de la couverture : c’est superbe !
L’autre point qui fait que l’on a du mal à s’arrêter, c’est le rythme de l’intrigue : dans les premiers chapitres, Victoria E. Schwab prend vraiment le temps d’installer les contours de son univers et de ses personnages, ce qui nous permet de bien saisir tous les tenants et aboutissants de l’histoire dans laquelle on plonge. De plus, Kell n’est pas le seul protagoniste de cette introduction ; Lila a, elle aussi, droit à son entrée en piste. Et si l’on sent que les deux risquent d’entrer en contact, ce n’est ni immédiatement, ni bâclé : c’est amené juste comme il faut.

C’est aussi le cas du système de magie sur lequel repose le roman : les révélations sont faites par petites touches, ce qui laisse à la fois le temps de bien intégrer les modalités… et celui de vouloir en savoir bien plus ! La magie des Antari repose en partie sur le sang, les objets liés à leur monde d’origine et quelques formules dans la langue antari. Vu comme cela, ça paraît simple, mais il faut aussi être doué en dessin, choisir le bon objet et savoir faire preuve de conviction. Bref : c’est pas donné au premier venu de savoir se déplacer grâce à la magie. Celle-ci est donc source de convoitise (notamment dans le monde blanc, dans lequel on n’hésite pas à trancher la gorge de son prochain pour aspirer quelques gouttes de magie), ou de danger lorsqu’on s’en sert pour de mauvaises raisons et avec de mauvaises intentions

Voilà, en gros, pourquoi j’ai tellement apprécié ma lecture de ce premier tome de Shades of magic. J’ai plongé dans un univers hyper original et savouré les échanges – souvent caustiques ! – d’un duo bien pensé. L’intrigue, quoique linéaire, est très efficace et donne tout à fait envie d’en savoir plus, ce qui me donne vraiment très envie de lire la suite !

Shades of magic #1, Victoria E. Schwab. Traduit de l’anglais par Sarah Dali.
Lumen, 8 juin 2017, 505 p.

2017 – Challenge de l’été

Le challenge de l’été, donc. Voilà comment ça se déroule :

– Le challenge commence officiellement le 21 Juin et se termine le 21 septembre (jour de l’automne).
– Chacun fait une liste des livres qu’il veut lire cet été sans limite de nombre.
– On peut s’ajouter des défis personnels comme lire un titre en VO ou finir les séries en cours.
– Vous pouvez modifier votre liste à loisir durant la période du challenge, l’agrandir, la rétrécir. Tout est permis !
– Si possible partagez votre avancement dans le groupe Facebook, sur Livraddict ou même ici par commentaires.
– Le fait d’avoir un blog et/ou de poster des chroniques n’est pas obligatoire. Quiconque est intéressé peut participer.

Les nouveautés :

Saefiel propose cette année une liste de mini challenges au choix pour obtenir un trophée supplémentaire ! Ils peuvent se superposer aux défis personnels et si vous en remplissez trois ou plus, vous gagnez un nouveau trophée (celui du Challenger des sables). Il y a également une LC géante avec Au fond de l’eau de Paula Hawkins. Voici les mini-challenges :

  • Lire un livre de plus de 1000 pages
  • Lire une antiquité de la PAL (dans la PAL depuis un an ou plus)
  • Lire un livre dans une langue étrangère
  • Finir une série
  • Faire une lecture commune avec un autre membre OU participer à la lecture commune géante sur Au fond de l’eau de Paula Hawkins.

Les médailles :

  • 10 livres lus : Trophée des orteils en éventail
  • 20 livres lus : Trophée du surfeur livresque
  • 30 livres lus et plus : Trophée de la tong en or
  • 40 livres lus et plus : Trophée de la sirène de diamant
  • 3 challenges remplis ou plus : Trophée du challenger des sables

Passons à la liste, qui s’élève à l’heure de notre bouclage à 11 titres. Ouais, c’est pas énorme. Mais là, ce sont les 9 romans que j’ai envie-de-lire-là-maintenant-tout-de-suite : pour la suite, je n’en sais encore rien !

Progression : 1/10

La Mémoire de Babel, La Passe-miroir #3, Christelle Dabos (Gallimard Jeunesse).
Les Sœurs du feu, Le Sang et l’Or #2, Kim Wilkins (Bragelonne).
 Les Flammes du destin, The Effigies #1, Sarah Raughley (Lumen).
– Aimez-moi, Le Jardin des Épitaphes #2, Taï-Marc Le Thanh (Didier Jeunesse).
– Roslend, Nathalie Somers (Didier Jeunesse).
Je suis Adele Wolfe #2, Ryan Graudin (MsK).
– Alone #3, Scott Sigler (Lumen).
– Strada zambila, Fanny Chartres (L’Ecole des Loisirs).
– La Mythologie viking, Neil Gaiman (Au Diable Vauvert).
– Green mechanic #1, Yami Shin (Ki-oon).
– Les Mers brumeuses, Les Récits du Demi-Loup #3, Chloé Chevalier.

Brèves de comptoir #145

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : genres et sous-genres de la SF !

Apophis continue son panorama des littératures de l’imaginaire et, aujourd’hui, vous explique comment différencier les sous-genres de la SF.

Lundi encore : l’adaptation musicale de La Horde du contrevent !

Je vous ai parlé de ce projet musical d’une dizaine d’heures, porté par la compagnie IF, il y a quelques semaines. La prochaine représentation aura lieu le dimanche 9 juillet, à partir de 13h, dans le cadre du Festival de la Cité de Lausanne, à la Cathédrale (le festival se déroule donc à Lausanne, Suisse, dans le quartier de la Cité.) Pour en savoir plus sur le festival, ça se passe ici.

Mardi : les 20 ans d’Harry Potter !

Eh oui, cela fait déjà 20 ans qu’Harry Potter a été publié en version originale – la version française fêtera ses 20 ans en novembre 2018. Il y a des tas de célébrations partout au Royaume-Uni, et même en France, puisque la bibliothèque Rainer Maria Rilke (Paris) fête aussi la série.
La British Library prépare une exposition, visible à partir du 20 octobre prochain, consacrée à la saga : Harry Potter : A History of magic. Elle reviendra sur l’histoire de la magie, présentera des livres, manuscrits et autres objets liés à la magie, de même que du matériel tiré des archives de Bloomsbury (la maison d’édition en VO), ou des objets appartenant à J.K. Rowling.

Ceci dit, comme le marketing ne s’arrête jamais, notez également qu’une nouvelle édition voit le jour, différenciée par Maisons de Poudlard.

Toujours au rayon Harry Potter, le site Pottermore vient d’ouvrir un club de lecture, baptisé Wizarding World Book Club ; apparemment, il permettrait aux participants d’accéder progressivement à du contenu relatif à chaque tome de la série ; des thèmes de discussion seront donnés et laisseront tout loisir aux participants d’échanger leurs idées.

Mardi encore : Dracula à la télévision !

Le célèbre vampire revient sur le petit écran, cette fois dans une adaptation de la BBC. Au scénario, Mark Gatiss et Steven Moffat (à qui l’on doit notamment la série Sherlock). Le duo faisant d’ailleurs ce qu’il sait faire, Dracula prendra la même forme que Sherlock, soit des mini-saisons avec des épisodes assez longs. Aucune autre information n’a encore filtré !

Mercredi : un parc Ghibli au Japon !

La ville de Nagoya accueillera bientôt un parc thématique Ghibli, en périphérie de la ville. A priori, ce Ghibli Park s’inspirera plus précisément du film Mon voisin Totoro, grâce auquel la région accueille déjà une réplique de la maison de Satsuki et Mei, construite lors de l’exposition internationale de 2005 (et toujours visible aujourd’hui).
L’ouverture de ce parc, qui fera la part belle aux fleurs, aux arbres, à Totoro et la nature, devrait ouvrir début 2020.

Mercredi encore : La Servante écarlate cachée par Emma Watson à Paris !

La comédienne britannique, venue ce mercredi à Paris, a caché une centaine d’exemplaires de La Servante écarlate de Margaret Atwood. Quelques exemplaires ont déjà été trouvés, mais il doit en rester encore !

Le livre est une dystopie, dont voici le résumé :

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Jeudi : flopée de prix remis et en préparation !

Sélection des Utopiales :

Tous les ans, le festival nantais dédié à la science-fiction récompense des auteurs européens des littératures de l’imaginaire. Le prix récompense un roman ou un recueil paru en langue française durant l’année précédente, et dont l’auteur est ressortissant de la communauté européenne. Voici la sélection en littérature jeunesse pour cette année :

Les prix remis à l’Eurocon 2017 :

Il s’agit de deux prix remis par la Société européenne de science-fiction (remis le 17 juin 2017 à la 39e Eurocon, à Dortmund, en Allemagne).

Romain Lucazeau s’y est vu remettre le prix Chrysalide pour Latium.
Aurélien Police, lui, a remporté le Prix Hall of Fame du meilleur artiste, à égalité avec Judith Cluth.

Je ne vous cite que les deux primés français, mais sachez qu’il y a eu une flopée d’autres récompensés, visibles ici.

Les Slatterpunk Awards :

Il s’agit d’un nouveau prix, créé par Brian Keen et Wrath James Withe, qui récompensera les grandes réussites en SplatterPunk et Extreme Horror fiction. Le jury de 2018 se compose de Tod Clark, Gerard Houarner, Mike Lombardo, Monica J. O’Rourke et David J. Schow.
Le slatterpunk est un sous-genre de l’horreur, dont la caractéristique est que le récit s’inscrit dans le réel.

Prix de la paix :

La Börsenverein des Deutschen Buchhandels (L’association des libraires et éditeurs allemands) l’a remis à Margaret Atwood pour The heart goes last.

Les Mythopoeic Awards :

Les Mythopoeic Fantasy Award for Adulte Literature récompensent un roman de fantasy (one-shot ou série) paru dans l’année précédente et qui répondent le mieux à « l’esprit des Inklings ». Les livres sont éligibles jusqu’à deux ans après leur publication s’ils n’ont pas été sélectionnés dans les finalistes l’année de leur éligibilité (et si c’est une série, elle est éligible dans son ensemble l’année de parution du dernier volume).
En littérature jeunesse, les Mythopoeic Fantasy Award for Children’s Literaturerécompensent des romans jeunesse (des albums aux romans YA) dans la tradition duHobbit ou des Chroniques de Narnia, selon les mêmes critères que les romans adultes.
Il y a également deux catégories consacrées aux essais, les Mythopoeic Scholarship Award in Inklings Studies et les Mythopoeic Scholarship Award in Myth and Fantasy Studies qui récompensent respectivement des essais consacrés à Tolkien, Lewis et/ou Williams apportant une contribution significative à l’étude des Inklings (publiés dans les trois années précédent le prix) et des livres scolaires portant sur les autres auteurs issus de la tradition des Inklings ou bien sur l’étude des mythes et de la fantasy.
Les lauréats seront annoncés par la Mythopoeic Society, durant la Mythcon du 5 au 8 août 2016, qui se tiendra à l’Omni San Antonio Hotel de San Antonio.

La liste des primés étant un peu longue, je vous invite à la consulter directement sur le site du magazine Locus.

Jeudi encore : la convention nationale de SF de Grenoble !

Pour rappel, elle aura lieu du 13 au 16 juillet 2017. Le programme a été mis en ligne ; sachez que les États généraux de l’imaginaire s’y tiendront également.

Vendredi : des promos numériques !

Pygmalion 

L’éditeur met le premier tome de L’Assassin royal, L’Apprenti assassin, de Robin Hobb gratuitement à disposition jusqu’au 26 juin. Si vous hésitiez à attaquer la série, c’est le moment !

Il y a également une promotion pour L’Œuf du dragon, un recueil de nouvelles se déroulant dans l’univers du Trône de fer, mais 90 ans avant les événements de la série événement.

Les Indés de l’imaginaire :

L’éditeur propose des nouvelles gratuites de Jeanne-A Debats, Damien Snyers, Jean-Laurent Del Socorro, Karim Berrouka et Jean-Philippe Jaworski, ainsi que leur guide, tout récemment sorti, pour (re)découvrir la fantasy.

Et tout cela se trouve dans toutes les bonnes librairies numériques, comme ici 🙂

Bragelonne : le retour de la Grosse OP !

Du 26 au 30 juin, Bragelonne proposera 500 titres (à raison de 100 par jour) à 0.99€, pendant 24 heures seulement.

Vendredi encore : Un Éditeur – la chaîne Youtube !

Cette chaîne vient d’être lancée par Le Peuple de Mü, une maison d’édition indépendante spécialisée dans les littératures de l’imaginaire. Objectif : faire appréhender à tout un chacun le fonctionnement d’une maison d’édition indépendante ! L’épisode 0 est déjà en ligne.

 

Bon dimanche !

La Fille aux cheveux rouges, Le Projet Starpoint #1, Marie-Lorna Vaconsin.

Pythagore Luchon a 15 ans. Il habite dans la ville de Loiret-en-Retz et s’apprête à entrer en seconde pou rune année scolaire sans surprise : travailler – un peu –, écouter de la musique – souvent –, draguer les filles autant que cela lui sera possible. Il ne se fait aucune illusion sur les railleries qu’il devra endurer au sujet de sa mère – prof de maths au lycée –, ni sur la peine que lui causeront ses passages à l’hôpital pour rendre visite à son père – brillant chercheur en physique quantique, plongé dans le coma à la suite d’une agression. Toutefois, une chose le réjouit : il va bientôt retrouver Louise, sa meilleure amie, la fille du gardien du lycée. Mais le jour de la rentrée, Pythagore découvre que Louise a apparemment décidé de se passer de leur amitié. Elle s’est liée à une nouvelle élève du nom de Foresta Erivan, dont la présence à ses côtés est d’autant plus intrigante que les deux filles n’ont rien en commun. Louise est une geek passionnée de sciences et d’ingénierie, tandis que la nouvelle élève affiche un look d’un autre genre : elle a les cheveux rouges, s’habille toujours en noir, souvent en cuir, et distribue des gifles à ceux dont elle n’apprécie pas le comportement. À son contact, Louise s’isole de ses anciens amis, se désintéresse de son travail et commence à sécher les cours. Pythagore déplore silencieusement la présence de cette nouvelle élève qui l’irrite autant qu’elle l’attire, jusqu’à ce qu’elle débarque chez lui en pleine nuit pour lui annoncer la disparition de Louise… et lui demander son aide.

Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir terminé ce roman (et même y avoir un peu réfléchi), j’ai toujours autant de mal à trouver l’adjectif adéquat pour le décrire : original ne suffit pas, inventif est un peu faible, complètement fou légèrement mensonger, et surprenant pas tout à fait assez fort. Je crois qu’il faudra faire avec « extraordinaire », dans le sens premier du terme !

J’ai accroché dès le départ, peut-être à cause du prénom du personnage principal, Pythagore, peut-être aussi à cause des problèmes qui se posent à lui : sa mère est prof de maths (dans son lycée et dans sa classe), son père est dans le coma et sa meilleure amie se détourne complètement de lui pour fricoter avec la nouvelle, tellement différente de ce qu’elle est, le tout sans jamais lui adresser la parole. Accessoirement, la fille qui l’a embrassé avant l’été lui préfère désormais le mec populaire de la classe, Maxence… bref : on ne peut pas dire que sa rentrée se déroule sous les meilleurs auspices. Voilà, ça commence comme une chronique adolescente, ce qui n’étais pas pour me déplaire, jusqu’au moment où Pythagore ingère ce drôle d’agrume bleu que lui présente Foresta Erivan (la nouvelle, donc)… et qu’il passe, via l’angle mort, dans une autre dimension.

L’intrigue tient donc sur deux univers parallèles qui partagent, semble-t-il, un lac chargé de plancton luminescent : on y passe au moyen d’angles morts, obtenus en mettant en parallèle deux miroirs, et qui emmènent de-ci de-là. Je n’en dirai pas plus sur l’univers, pour ne déflorer ni l’intrigue, ni les surprises incroyables qui nous sont réservées par le monde que l’on découvre (et quand je dis incroyable, je frise l’euphémisme : imaginez que même la gravité est différente !). Sachez juste que j’ai volé de surprise en découvertes, écarquillant les yeux au fil de ma lecture, et ce pour mon plus grand plaisir.

Tout cela a évidemment un petit côté Alice au pays des merveilles (peut-être juste à cause des miroirs) mais ce n’est pas le texte qui traverse le plus le roman. Non, celui auquel on se réfère très souvent, c’est plutôt… Barbe-Bleue. Et j’avoue que j’ai été, là encore, agréablement surprise !
Tout cela commence avec la localisation de l’intrigue : Pythagore habite en effet au Loiret-en-Retz, une commune imaginaire des Pays de la Loire, dont un des plus célèbres habitants fut le fameux Gilles de Rais (ou de Retz, les deux graphies sont acceptées). Sa descendance n’est d’ailleurs pas étrangère à l’histoire ! Mais on croise des avatars plus facilement identifiables de Barbe-Bleue, dans les deux univers, notamment via un cabinet secret truffé de miroirs, qui n’est pas sans rappeler le funeste cabinet du conte et quelques personnages qui voient leur pilosité changer de couleur, pour adopter celles des nuées. Évidemment, quand on connaît le conte initial, ces références ne peuvent qu’instaurer un horizon plein d’attentes… qui n’est pas déçu, même si ce n’est pas nécessairement de la façon qu’on aurait imaginée !

Il faut aussi parler des personnages, qui font à eux seul une grosse partie du sel du roman. Pythagore, outre sa mère prof de maths, son père dans le coma et un prénom peu commun, est perchiste et amateur de musique (DJ à ses heures perdues) et Louise veut devenir mécano-ingénieure. Et surtout, ils ont vraiment quinze ans, que ce soit dans leurs réactions, leurs questionnements ou leurs réactions – ce qui est bien agréable. Foresta, de son côté, irradie le récit tant elle est flamboyante – et pas uniquement à cause de ses cheveux et de sa veste militaire rouges. De fait, elle semble donc plus âgée que le duo lycéen, car ses préoccupations sont un tantinet différentes – un brin plus politiques. D’ailleurs, si Pythagore est le protagoniste que l’on suit tout au long du roman, il ne faut pas s’y tromper : le personnage principal, en témoigne le titre, est bien Foresta !
Tous trois forment un trio vraiment intéressant et qui fonctionne malgré l’absence d’un des trois membres de la petite équipe la majeure partie du récit : mais comme ce personnage est souvent évoqué, caractérisé par les autres, c’est un peu comme s’il était là en même temps.

Il ne me reste qu’à évoquer le rythme du récit : le départ est assez tranquille mais, très vite, les événements se précipitent ; jusqu’à la fin, le récit est hyper rythmé et, surtout, tellement inventif ! L’univers, je l’ai dit, est particulièrement original mais, en plus, les péripéties tournent assez rarement de la façon à laquelle on s’attend, ce qui est particulièrement emballant. Malgré tout, le récit suit la structure assez formelle du récit initiatique puisque les personnages iront de découvertes en découvertes au fil du récit et se formeront sur tout un tas de sujets.
Mais il restera tout de même un grand mystère. Le Projet Starpoint. Qui, si vous avez bien suivi, donne son titre au roman. Eh bien du projet Starpoint, il sera assez peu question, somme toute : il est évoqué à demi-mot, en passant, assez nettement à l’arrière-plan. Ceci étant, la suite devrait lui laisser une place un peu plus large, comme à la science-fiction qu’il semble charrier dans son sillage (et qui, jusque-là, était assez discrète).

En somme, j’ai fait une excellente découverte avec La Fille aux cheveux rouges, que j’ai dévoré quasi d’une traite en revenant des Imaginales. J’en ai adoré l’univers d’une originalité incroyable, le récit mené tambour battant et souvent surprenant, ainsi que les personnages hauts en couleurs. Une lecture qui a été palpitante de bout en bout, et dont j’ai grandement — mais alors grandement ! — hâte de lire la suite !

Le Projet Starpoint #1, La Fille aux cheveux rouges, Marie-Lorna Vaconsin.
La Belle Colère, mars 2017, 374 p.

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