La Nuit des cannibales, Gabriel Katz.

« Le réveil, déjà… Il est sept heures. Bizarre, j’aurais juré l’avoir réglé sur huit. Sous ma main, la table de nuit est plus basse que d’habitude. La radio gueule un truc qui ressemble à Madonna, ou Lady Gaga bref, ce n’est pas France Info. Je me lève dans le noir et me demande d’où vient cette infâme odeur de pieds. Je n’ai jamais senti des pieds de ma vie, et même si j’ai assez bu pour me réveiller dans un lit qui n’est pas le mien, ça n’a jamais fait puer personne. L’interrupteur, enfin, me tombe sous les doigts. J’allume.
Je regarde mon bras… qui n’est pas mon bras. Mon nez me paraît pointu, mes pommettes aussi. Putain, je ne suis pas moi. »
Lorsque Maxime de Retz, homme d’affaires de 43 ans, se réveille dans le corps d’un ado, la situation est pour le moins embarrassante. Mais, quand on essaie de l’assassiner, là, tout part carrément en vrille.

Si vous êtes familiers de ce blog, vous savez que Gabriel Katz fait partie des auteurs habitués. Évidemment, lorsque j’ai vu qu’il publiait un nouveau titre – quoique hors de son univers fantasy – j’ai eu envie de le découvrir, d’autant que son incursion dans le polar m’avait bien plu. D’ailleurs, j’ai retrouvé dans La Nuit des cannibales un ton et une efficacité similaires ! C’est exactement le genre de roman que j’aurais aimé lire cet été, non pas parce que c’est de la littérature de gare, mais parce qu’il était à la fois léger et particulièrement prenant : une bonne combinaison !

Dès le premier paragraphe, on est happé par le personnage de Max, qui nous raconte l’histoire d’un ton mi-désabusé, mi-sarcastique. Et on ne peut pas dire que ça commence bien pour lui : non seulement la soirée à laquelle il a assisté était nulle mais, en plus, c’était la dernière puisque dès le lendemain il est passé dans le corps d’un adolescent boutonneux répondant au doux prénom d’Aubert. Bref, si vous avez suivi, c’est la cata car non seulement Maxime n’est pas lui-même, mais il renoue avec les joies de l’adolescence, crises avec les parents et préparations du bac incluses.

Partant de là, on peut comprendre que Maxime fasse tout, absolument tout, pour se sortir de sa situation et ce avec d’autant plus de vigueur qu’il manque assez régulièrement de se faire canarder. Le roman prend assez vite des accents de thriller. Et, pour ce qui est du fantastique, le titre pouvait laisser deviner des vrais cannibales ou, à défaut, des zombies : finalement, on ne croisera ni l’un ni l’autre, du moins pas au sens premier du terme. Derrière ce vocable de cannibales, Gabriel Katz dissimule en fait un groupe actif de personnes aux talents… rares ! C’est donc là que le roman se pare d’atours hautement fantastiques car tout cela ne sera guère explicité, au profit d’une intrigue truffée d’action.

De fait, on n’a ni le temps de s’ennuyer, ni celui de souffler. On passe de guet-apens en stratégies de haute volée, de grandes réussites en trahisons douloureuses : les péripéties s’enchaînent à bon train et malmènent joyeusement les personnages.
C’est d’ailleurs sans doute la limite que j’ai trouvée à ce roman : j’ai eu l’impression que tout allait trop vite, que j’avais à peine le temps d’effleurer les choses avant de passer à autre chose. C’est sans doute dû à la forme du roman – qui ne relate rien moins qu’une gigantesque course-poursuite, finalement. Mais, voilà. J’en aurais voulu plus, ou plus calmement. Heureusement, la maîtrise du retournement de situation qu’a l’auteur fait rapidement oublier ces petites récriminations.

Et il faut également compter sur les personnages ! On suit essentiellement Maxime, bien sûr. Mais, rapidement, celui-ci va rencontrer d’autres personnages en butte aux mêmes problèmes que lui : s’ils ne vont pas immédiatement se serrer les coudes, il aura au moins un léger soutien. Car il est difficile de savoir sur qui on peut compter… et il est également difficile de savoir à quel jeu joue notre protagoniste : sur la corde raide quasiment de bout en bout, on se posera de nombreuses questions sur ses motivations, ses idéaux ou sur le bord auquel va sa loyauté !
Et cet entre-deux est là, lui aussi, pour maintenir le suspens, d’autant qu’on peut se demander, à plusieurs reprises, comment on aurait agi à la place de l’infortuné – et il n’est pas dit que l’on aurait mieux fait.

En somme, si je suis restée un tantinet sur ma faim avec ce nouveau titre de Gabriel Katz, et que je ne suis pas certaine de m’en souvenir dans 10 ans, je dois reconnaître que je n’ai pas boudé mon plaisir et que j’ai passé un très bon moment avec ce roman. Sur les traces de Maxime de Retz, on enquête sur les cannibales et leurs redoutables capacités, dans une intrigue menée à un rythme implacable et au féroce retournement final.

La Nuit des cannibales, Gabriel Katz. Pygmalion, mars 2017, 375 p.
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Erased #6-8, Kei Sanbe.

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Grâce aux efforts conjugués de Satoru et Kenya, Kayo et Aya Nakanishi ont été sauvées ! Mais l’affaire n’est pas tout à fait réglée : Satoru est resté coincé, en 1988, dans son corps d’enfant. Et il y a toujours un tueur en série en goguette !

Il ne reste que deux tomes et autant dire que ce sixième volume laisse le lecteur sur des charbons ardents_ un peu comme le cinquième volume, qui s’achevait sur un redoutable cliffhanger.
Cette fois, plus aucun doute n’est permis sur l’identité du coupable et l’on se doute bien qu’il ne compte pas s’embarrasser d’un témoin gênant, fut-il un jeune enfant.
Finalement, c’est dans ce sixième volume que l’on prend enfin la mesure de l’intrigue uchronique : bon an mal an, on finit par revenir en 2006. Sauf que Satoru n’est plus du tout dans le même état qu’au début de l’histoire. Il est d’ailleurs presque absent de l’histoire, coincé qu’il est dans son coma, sur son lit d’hôpital. De plus, le suspense est maintenu jusqu’au bout. Si, dans un premier temps, Satoru est mis hors d’état de nuire, dans la suite, il est tout simplement privé de ses souvenirs… et donc bien moins utile que prévu !

C’est Sachiko, la mère de Satoru, qui a la part belle dans ce volume. On la découvre autrement que par les yeux de son fils et le portrait qu’en fait Kei Sanbe est riche et la montre bien plus présente que ne le pensait son fils. L’histoire, de plus, s’enrichit de nouveaux personnages qui apportent de nouvelles nuances.

Kei Sanbe mène son intrigue de main de maître et offre, à nouveau, un redoutable retournement de situation final, surprenant, qui laisse sur des charbons ardents pour la suite ! Heureusement qu’elle est annoncée pour juillet !

Erased #6, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, février 2016, 194 p.

Après 15 ans, Satoru est enfin sorti de son coma. Cependant, une lourde rééducation l’attend, et sa perte de mémoire le tourmente. En effet, le jeune homme semble avoir oublié qu’il possède la faculté de retourner dans le passé, et ne comprend donc pas d’où lui viennent toutes ses connaissances largement avancées pour un élève de primaire.
Bien que durant ces 15 ans, sa mère ait tout fait pour préserver le corps de son fils et qu’elle veuille désormais le protéger de son passé, elle décide de le laisser lire les dossiers que lui a laissés son ami Ken’ya, qui relatent l’affaire à laquelle les deux enfants s’intéressaient avant l’accident de Satoru. Cependant, ceux-ci ne font que semer davantage le doute dans l’esprit du jeune homme.
Airi pourrait-elle être la clef permettant de déverrouiller la porte dans son esprit ?

Vu qu’on approche dangereusement de la fin, le suspens est à son comble dans cet opus. Ici, ce que j’ai trouvé chouette, c’est que puisque que Satoru a réussi dans le passé, on est sur une nouvelle ligne temporelle : Kayo est toujours en vie, Satoru a un corps d’adulte à apprivoiser et… d’intempestifs flash-backs avec lesquels composer. C’est ainsi qu’il se rappelle nettement d’Airi… dont il va inopinément croiser la route. Peu à peu, tous les fils convergent.

Si la ligne temporelle a été modifiée, on reparle beaucoup de l’affaire sur laquelle enquêtait Satoru étant enfant. Kenya, son ami d’enfance, est devenu avocat et n’a jamais lâché l’affaire. D’autant que les meurtres semblent avoir repris – mais sans que l’on soit sûr de pouvoir vraiment tous les raccorder.

Le volume est centré sur la rééducation de Satoru mais le suspens est relancé lorsque l’on s’aperçoit qu’il est placé sous étroite surveillance – sans doute du tueur. Le tome est donc sous tension mais, paradoxalement, plus lent dans ses péripéties, ce qui peut parfois laisser l’impression qu’il ne s’y passe pas grand-chose.

Le tome 7 se maintient dans un bon équilibre : il y a plein de suspens mais, en même temps, l’accent est mis sur la rééducation de Satoru, sa vie nouvellement prise en main et sur ses relations avec ses amis. Du coup, on patiente, mais on trépigne encore !

Erased #7, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, juillet 2016, 194 p.

Après s’être réveillé d’un long coma, Satoru récupère peu à peu ses capacités et ses souvenirs. Néanmoins, le jeune homme ne se rappelle toujours pas de qui est le meurtrier, et ignore que celui-ci l’observe. Toutefois, avec l’aide de Kenya, Satoru va tenter d’attirer le meurtrier afin de l’arrêter en servant d’appât…

Voilà, c’est déjà le dernier tome de la série Erased et, si j’avais vraiment hâte de le lire, j’étais un peu triste de déjà arriver à la fin. Dans le tome précédent, j’avais été un peu frustrée, avec l’impression qu’il ne s’était pas passé grand-chose malgré l’intérêt apporté aux personnages. Du coup, on attaque le tome 8 en plein suspens puisque, désormais, Satoru est très très proche du but – et qu’on sait que la fin est proche.

Le voilà embarqué dans une sortie à l’étang des Camélias avec d’autres patients, sa mère, la jeune Kumi qu’il a rencontrée à l’hôpital et… le tueur.
Le suspens est augmenté par la façon dont Kei Sanbe nous donne à voir les minutieux préparatifs de Satoru et de la personne à qui il s’oppose. Assez vite, aux préparatifs succède l’affrontement entre les deux, qui occupe deux bons tiers du manga. Et, là aussi, le suspens est à son comble : on a déjà une idée assez précise des motivations du tueur et de comment les faits se sont déroulés, mais la confrontation est passionnante. De plus, le fait que la ligne temporelle ait été modifiée autant de fois alimente à merveille l’intrigue – vu que Satoru a des réminiscences de ses vies antérieures.
Le sujet, d’ailleurs, est éminemment casse-gueule, mais l’auteur s’en sort avec les honneurs !

Kei Sanbe apporte une vraie conclusion à son intrigue, mais je n’ai pas pu m’empêcher de la trouver un peu expédiée, sans doute parce que la traque s’est étalée sur sept tomes – et que j’ai adoré la série. Pas de feu d’artifice final, donc, mais une conclusion à l’image de la série, pleine de tension et qui apporte un beau point final. J’avais un peu peur, au vu des lignes temporelles bouleversées, que certains éléments de l’intrigue passent à la trappe (Airi, notamment), mais non, Kei Sanbe réussit à ramener tous les fils de l’histoire à la fin !

En somme, Erased fait partie de mes séries de manga favorites : le thème du voyage temporel, le thriller et tout ce que l’auteur développe autour des personnages m’a beaucoup plu ; le suspens ne se dément presque jamais tout au long de la série et j’avais vraiment hâte de savoir comment l’auteur s’en sortirait avec le thème choisi.
Si la série vous a plu, je vous recommande tout aussi chaudement la série animée parue l’année dernière – et j’attends maintenant avec impatience le film en préparation !

Erased #8, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, janvier 2017, 210 p.

 

Flow, Mikaël Thévenot.

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Josh, 16 ans, souffre d’épouvantables crises de migraine depuis son enfance. Son entrée au lycée le trouble bien plus qu’il s’y serait attendu : ses migraines, qui l’avaient épargné, reviennent de plus belle et lui provoquent de drôles d’effets.
Depuis toujours, Josh confie ses doutes et émois à son blog. Or, voilà qu’un inconnu le contacte pour lui demander de le mettre hors ligne. Si Josh a de si intenses migraines, c’est parce qu’il est capable de se connecter au flot de pensées de ses congénères. Et il vaut mieux pour lui le cacher… car ses capacités pourraient en intéresser plus d’un. Au premier chef, ceux qui sont responsables de la disparition de sa mère, alors qu’il n’était encore qu’un tout petit garçon.
Josh se lance alors à la poursuite de ces mystérieuses personnes prêtes à tout ; aidé d’Axel, son meilleur ami (et le seul doué en informatique du duo, les compétences de Josh étant, au mieux, inexistantes), Josh va tout faire pour découvrir les secrets de son don, de sa famille et l’identité de son mentor. Une quête qui le mènera aux États-Unis où, douze ans plus tôt, sa mère disparaissait…

Le roman  est court, mais quel suspens ! En effet, l’aventure de Josh est menée tambour battant : Mikaël Thévenot entre assez vite dans le vif du sujet, ce qui fait que l’on n’a pas à patienter trop longtemps avant de savoir de quoi il retourne. Mais, une fois qu’il est établi que Josh est doté d’un super-pouvoir lui permettant de lire dans les pensées, c’est l’avalanche de questions : qui est la personne qui communique avec Josh ? Comment apprivoiser son don sans faire fuir ses proches et sans finir à l’asile ? Qu’est-il arrivé à sa mère ?

Histoire de bien alimenter le suspens, l’auteur alterne en plus entre passé et présent. On suit donc parallèlement l’histoire de Josh et celle de sa mère, Jenny, douze ans plus tôt, confrontée à des problématiques similaires. Et ce qui est vraiment chouette, c’est qu’outre ses aventures purement fantastiques, Josh vit aussi une vie d’ado normale (la rentrée, les copains, la gent féminine…). Du coup, il est assez facile de se sentir proche du jeune garçon car si l’on est loin de savoir ce que ça fait de lire dans les pensées des autres, on est tout à fait armés pour comprendre ses autres déboires.
Et j’ai apprécié que l’on ne s’intéresse pas qu’à Josh : les personnages secondaires sont loin d’être en reste ! D’ailleurs, au fil du texte, Mikaël Thévenot nous fait découvrir ces personnages de façon plus précises, en comparant notamment deux situations familiales assez différentes. Si Josh et Julia sont assez proches de Cosimo, leur père (mais pas au point, pour Josh, de tout lui révéler), ce n’est pas le cas d’Alex, qui a du mal à supporter l’ivrognerie et l’absence d’implication de son géniteur… Leurs histoires ne sont pas toujours rigolotes, mais l’auteur a su les rendre vraiment touchantes.
Et il faut parler du Marcheur, bien sûr ! Le Marcheur, c’est cet homme que Josh et Alex suivent depuis toujours, qui a alimenté leurs fantasmes d’espions et d’aventuriers en herbe et qui, aujourd’hui, semble croiser un peu trop souvent la route de l’enquête de Josh… Cet homme est un mystère à lui tout seul et apporte une part non négligeable de questions, tout en contribuant à l’ambiance un peu fantastico-flippante qui se dégage des pages où on le croise – imaginez un grand type au regard totalement halluciné qui erre sans fin et semble à peine avoir conscience de son entourage, le tout sur fond de bourrasques de vent et de cabane dans les bois. Ambiance garantie !

Du côté de l’enquête, comme je l’ai dit au début, pas moyen de s’ennuyer : que l’on soit en train de suivre les interrogations et progrès de Josh ou l’enquête qui piétine de l’agent Kyle du FBI, il y a du suspens à se mettre sous la dent. Et, plus l’on avance, plus l’on se dit que Josh est en train de se frotter à plus gros poisson que lui – sans hurler au complot, on perçoit assez vite les possibles manipulations malhonnêtes cachées derrière l’accident de la mère de Josh. Et plus l’on avance vers la fin du premier tome, plus les révélations se précipitent, jusqu’à l’ultime rebondissement, qui m’a clairement fait regretter de n’avoir pas la suite sous la main !

Un premier tome hyper efficace, donc, que j’ai lu d’une traite, tellement j’étais pressée de connaître la suite et fin des aventures de Josh. J’ai aimé que l’auteur nous livre une intrigue à la fois fantastique, policière et familiale, avec des thèmes maîtrisés qui se mêlent avec bonheur. De plus, le suspens ne se dément jamais et la fin nous offre un retournement de situation magistral !

Flow #1, Mikaël Thévenot. Didier jeunesse, juillet 2016, 187 p.

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De retour en France, Josh est encore sous le choc de la découverte qu’il a faite aux États-Unis. Avec l’aide de son ami Alex et celle de Kyle, un ancien agent du FBI, il va poursuivre son enquête à New-York. Mettant au service de sa mission ses pouvoirs de télépathe, il ne reculera pas devant les dangers qui l’attendent !

On ne change pas une recette qui gagne ! Comme le premier tome, celui-ci se déroule à toute vitesse et ne laisse aucun répit au lecteur.
L’alternance passé/présent reprend et, plus l’on avance dans le récit, plus les pièces du puzzle commencent à s’agencer. Mais avant qu’on ait toutes les réponses, il y a pas mal de suspens, et ce jusqu’aux dernières pages, ce qui pousse à lire le roman d’une traite.
Ceci dit, il y a quand même une question qui reste, jusqu’au bout, sans réponses : d’où vient le pouvoir de Josh et Jenny ? D’autres personnes le possèdent-elles ? Là-dessus, mystère !

Avec cette seconde partie de sa quête, Josh parvient à faire se rejoindre les trames du passé et du présent ; du coup, et c’est intéressant, on découvre des personnages qui, jusque-là, étaient confinés au passé – et aux États-Unis, soit dit en passant. Après les avoir vus agir avec 12 ans de décalage, on se retrouve enfin avec Leonard Cooper et l’agent Kyle du FBI, dans le présent. Cela apporte du sang-neuf et de nouvelles compétences ! À ce titre, Alex gagne l’appui non négligeable d’Héléna, brillante hackeuse de son état.
Tout cela contribue à rendre l’histoire et les personnages crédibles : Josh est une quiche en informatique et a besoin d’Alex ; lui-même n’est pas omnipotent et a besoin de l’assistance d’Héléna. Et, si les deux garçons partent bille en tête pour enquêter aux States, une fois arrivés sur place, il faut être réalistes : ils n’ont que 16 ans et ont besoin d’aide – celle de Kyle, donc, qui apporte un soutien logistique et stratégique non négligeable.

Dans cette succession très prenante de péripéties survoltées, une chose m’a quand même un peu gênée : les dialogues. Dès l’instant où l’on se trouve aux États-Unis, les deux-trois premières répliques de chaque dialogue sont tout en anglais, et non traduites, bien sûr. Alors, certes, cela permet de se mettre dans l’ambiance, au moins jusqu’à ce que l’on repasse au français. Au final, c’est plus agaçant qu’autre chose et, pour tout lecteur non armé en anglais, cela peut s’avérer un tantinet ardu à lire.
Heureusement, le dynamisme de l’histoire fait que l’on passe rapidement outre ces difficultés.

En somme, Mikaël Thévenot propose un diptyque diablement efficace et prenant qui flirte avec le thriller et le fantastique – les pouvoirs de Josh n’étant pas explicités. Tout au long de l’histoire, l’auteur évoque, en filigrane, les relations parents-enfants et montre que, définitivement, la fin ne justifie pas toujours les moyens. Entre passé et présent, Poitiers et les États-Unis, on suit une quête haletante et souvent émouvante, qui tient en deux tomes courts et prenants. 

Flow #2, Mikaël Thévenot. Didier Jeunesse, septembre 2016, 219 p.

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En proie au rêve, Saving paradise #1, Lise Syven.

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Faustine Mésanger ne croit pas à grand-chose, sinon au travail. Déterminée à réussir sa vie, la jeune étudiante a déjà presque tout prévu : l’amour, on verra plus tard, priorité à sa carrière qu’elle se charge de construire. Build the future !, c’est justement le slogan fondateur de la Fondation du Griffon, pour laquelle son chercheur de père officie. Cette ONG a pour objectif de rendre le monde meilleur. Charles Mésanger travaille donc d’arrache-pied sur le Tumorex, un vaccin contre le cancer, dont les essais cliniques vont bientôt débuter. Or, il semblerait que la Fondation dérange quelqu’un. En effet, le laboratoire du professeur Mésanger est la cible d’un attentat.
Dès lors, la vie de Faustine bascule : alors qu’elle est emmenée de l’université, elle frôle la mort. La voilà, dès lors, privée de partiels, emmenée à l’abri avec son père au Château de la Griffe Bleue, en Gironde, et mise sous la protection directe et rapprochée de Nato Braye, dont l’exotique charme ne la laisse pas franchement indifférente. Autre problème : Faustine croit entendre sans cesse la voix magnétique de l’homme qui les traque et qui se fait appeler Imago. Stress post-traumatique ? Hallucinations ? … Folie ? L’étrangeté de Chevalier, coordinatrice de la Fondation et propriétaire de la Griffe Bleue, n’arrange rien au problème. Tout le monde est sur les dents, Faustine la première. Et d’autant plus lorsqu’elle comprend que le brillant avenir qu’elle a projeté  est plus que menacé.

Il ne faut pas plus de quelques pages à Lise Syven pour nous installer dans un climat de tension extrême : après avoir appris que son père a survécu à un attentat contre son laboratoire, Faustine est extraite de l’université, mise à l’abri et manque elle-même de se faire tuer. Le récit nous place au même niveau que la jeune femme : on ne sait pas de quoi il retourne, ni comment elle s’inscrit dans la situation. Et ça ne s’arrange pas ! Car non seulement Faustine nage en plein brouillard mais, en plus, l’auteur parvient à nous faire douter de sa santé mentale. Le récit étant opéré à la troisième personne, on en vient à se demander très sérieusement quelle est la part d’hallucinations dans ce que Faustine voit et ressent…. De fait, le suspens est constamment présent.

D’autant que la situation s’y prête vraiment bien : il y a le problème lié à l’attentat, mais aussi les petites bisbilles entre chercheurs (le père de Faustine chapeautant la jeune Marianne, scientifique de génie et quelque peu accaparante), les interrogations de Faustine, le sentiment d’urgence qu’elle place autour de ses partiels et ses sentiments troubles envers son garde du corps – dont la fonction pourrait être à prendre au sens le plus littéral du terme.
Ce mélange de préoccupations est vraiment très réussi et entretient le suspens de bout en bout. En effet, le mystère est maintenu jusqu’à la fin, tant les motivations des uns et des autres restent obscures. Et, au-delà des motivations, on s’interroge aussi sur la nature des protagonistes en présence : à vrai dire, sont-ils bien tous… humains ?

Peu à peu, l’auteur instaure doucement un climat doucement fantastique parfaitement maîtrisé : on doute, on subodore, on revient sur nos hypothèses pour en échafauder de nouvelles et la solution n’est pas clairement annoncée jusqu’à la fin, qui nous laisse avec un demi-milliard de questions en tête et la tenace envie d’en savoir plus !

Côté personnages, Lise Syven a choisi une galerie vraiment intéressante. Faustine, personnage central, n’a aucun pouvoir, ni même quoi que ce soit de particulier. Sa seule raison d’être impliquée est qu’elle est la fille d’un chercheur visé par les opposants. Elle n’a donc aucun pouvoir, ni aucun talent mobilisable dans l’enquête en cours – car elle a d’autres talents ! Cela change des romans habituels où le personnage central est aussi celui qui concentre le talent indispensable. Nato, quant à lui, offre un contrepoint intéressant, notamment en raison de ses ascendances haïtiennes, qui instillent non seulement un peu d’exotisme dans l’histoire, mais aussi un terrain propice à l’installation d’un climat fantastique.

En somme, voilà un premier tome que l’on lit avec toujours plus de questions en tête. Et, si la fin apporte quelques réponses non négligeables, il reste encore plus de points sans réponses, ce qui fait que l’on attend beaucoup de la suite – que j’ai, il va sans dire, hâte de lire !

Saving paradise #1, En proie au rêve, Lise Syven. Castelmore, octobre 2016, 319 p.

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Memorex, Cindy van Wilder.

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2022. La vie de Réha a basculé depuis un an. Un an que sa mère est morte dans un attentat contre sa fondation, Breathe, qui promeut un art contemporain et engagé. Cela fait aussi un an que son père, un scientifique de génie, ne quitte plus Star Island, l’île familiale, afin de travailler sur les projets de recherche de Memorex, sa multinationale pharmaceutique, qui mène des expérimentations sur la mémoire. Un an également qu’Aïki, le jumeau de Réha, son complice de toujours, s’est muré dans une indifférence qui fait souffrir tant et plus la jeune fille.
Or, voilà. En ce mois de novembre, tous trois vont se retrouver sur Star Island pour commémorer le triste anniversaire de leur mère et épouse. Réha a bien l’intention de forcer la conversation, de lever les tabous et les mystères, de se débarrasser de ce qui la hante, de retrouver les siens et de tourner la page sur ce qu’elle ressasse depuis un an. Mais entre les rancœurs familiales, les non-dits, et les convoitises que génère Memorex, les vacances ne vont pas être de tout repos.

Virage à 180° pour Cindy van Wilder ! Après la fantasy urbaine, la voilà qui explore le genre du thriller haletant.
Dès les premières pages de Memorex, on plonge dans une ambiance pleine de tensions : Rhéa va mal et, si on ne connaît pas encore toutes les raisons de son malaise, on ne tarde pas à avoir quelques informations, qui soulèvent une multitude de questions : qui a tué la mère des jumeaux ? Pourquoi Magali, leur tante, a-t-elle jugé utile de se répandre en calomnies dans la presse ? Pourquoi leur père fait-il autant de mystères autour du Memorex, le vaccin sur lequel il travaille et sur les circonstances exactes du décès de leur mère ? Pourquoi Aïki, le jumeau de Rhéa, semble-t-il s’être si bien remis du deuil et ignore-t-il à présent totalement sa sœur ? Et quelle mouche l’a donc piqué pour qu’il fasse entrer une étrangère dans leur sanctuaire, sans en parler à qui que ce soit ?
Vraiment, la situation est incroyablement complexe et pleine de suspens.

Et ce n’est pas le rythme qui vient calmer tout cela. Aux questions sans réponses succèdent une avalanche d’événements imprévus et de révélations fracassantes. L’auteur multiplie les fausses pistes pour mieux perdre le lecteur et, malgré quelques points que l’on voit venir, l’ensemble est aussi prenant qu’efficace. De plus, le fait que l’action se déroule sur une île et sur à peine quelques jours, renforce les sentiments d’urgence et de pression.

Rhéa est un personnage passionnant à suivre : elle est déterminée, courageuse, mais aussi profondément blessée et traumatisée et cela vient souligner à point nommé le récit. Celui-ci opère des allers-retours entre présent et passé, ainsi qu’entre les pensées des divers personnages, ce qui permet au lecteur de se construire peu à peu une vision plus globale et complète de la situation.

Mais là où cela devient extrêmement prenant, c’est lorsqu’on examine un peu mieux les questions qui sous-tendent l’intrigue. Sans en révéler de trop, sous le Memorex et l’accident de la mère de jumeaux, ce sont des questions scientifiques et éthiques toutes d’actualité qui apparaissent. À quel prix fait-on avancer la science ? Jusqu’où un esprit obsédé est-il prêt à aller ?
La figure du savant fou est intelligemment utilisée et le tout est d’autant plus réaliste que l’intrigue se déroule en 2022 – autant dire demain.

En somme, voilà un roman que j’ai lu d’une traite – dans le train ! – sans jamais sentir l’intérêt faiblir. L’intrigue est rondement menée et soulève des questions intéressantes, autour de l’éthique scientifique ou de la famille. Le thriller flirte avec l’anticipation, sur fond de drame familial et c’est littéralement passionnant. À ne pas manquer !

Memorex, Cindy van Wilder.  Gulf Stream (Electrogène), mai 2016, 403 p.

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N’oublie pas, Expérience Noa Torson #3, Michelle Gagnon.

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Fuir, c’est vivre. S’arrêter, c’est mourir.
Quatre. Ils ne sont plus que quatre : l’Armée de Persefone a été décimée. Noa, Peter et les autres sont traqués, dévastés, épuisés… Mais où qu’ils aillent, quoi qu’ils fassent, leurs ennemis parviennent toujours à les retrouver, et l’étau se resserre. Pourtant, ils n’abandonnent pas. Ils veulent affronter l’homme qui a créé le monstrueux Projet Perséphone.
Quitte à se jeter dans la gueule du loup. Après tout, ils n’ont plus rien à perdre.

Fin des aventures pour Noa et l’Armée de Perséphone ! Et, il faut le dire, si Michelle Gagnon a de nouveau signé un page-turner, c’est au détriment de la consistance de l’intrigue – paradoxe, s’il en est.

De l’Armée de Perséphone, il ne reste que 4 personnes : Noa, Peter, Téo et Daisy. Les autres sont, au mieux, portés disparus, au pire, morts. Autant dire que le mouvement ne va pas très bien. Noa non plus, d’ailleurs. Alors qu’elle semblait être une véritable machine n’ayant besoin ni de sommeil ni de nourriture, voilà qu’elle a des absences la clouant au lit, que la nourriture la dégoûte et qu’elle ne cicatrise plus. Autant de points fort inquiétants. À cela s’ajoute le fait que les sbires de Pike semblent débusquer nos quatre adolescents quoi qu’ils fassent en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.

Ainsi, la majeure partie du roman est constituée d’une course-poursuite dont les causes et conséquences se répètent inlassablement. Même lorsque de nouveaux personnages sont introduits, on ne change guère de direction. Pourtant, malgré l’effet répétitif, il faut reconnaître que le tout est hautement efficace. Les péripéties s’enchaînent, on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le point qui fâche, c’est que cela semble vraiment très mécanique, ni très vivant ni très passionnant.

Côté personnages, ce n’est pas mieux : dans le deuxième volume, l’auteur s’embourbait dans les relations amoureuses des uns et des autres. Sujet qui, une nouvelle fois, va prendre une place folle dans l’intrigue. Peter est toujours nostalgique d’Amanda – désormais clouée sur un lit d’hôpital depuis qu’elle a contracté la PEMA – mais en pince aussi et sans aucun doute pour Noa, celle-ci n’a pas fait le deuil de Zeke et Téo et Daisy n’ont d’œil que l’un pour l’autre. Bon sang que c’est long et superficiel ! Car, en effet, les interrogations ne sont pas bien profondes et on reste sans cesse en surface des choses.

Heureusement que les interrogations éthiques autour des actions de Charles Pike suscitent un peu plus d’intérêt ! Au fil des découvertes, les personnages s’interrogent en effet sur la nécessité de mettre tout en oeuvre pour faire avancer la science : où s’arrête la recherche et où commencent les délits ? Si les questions de fonds soulevées ne sont pas traitées avec autant de sérieux et de profondeur que dans La Fabrique de doute de Paolo Bacigalupi, le roman permet tout de même de s’interroger.

Le blurb d’Harlan Coben en couverture (« Un thriller palpitant ») n’est donc pas tout à fait exact : si Michelle Gagnon signe un page-turner très efficace et suscitant une saine interrogation sur les limites entre science et crimes, le côté trop mécanique et superficiel de l’ensemble pêche quelque peu. On reste donc sur notre faim avec la fin de la trilogie. 

◊ Dans la même série : Ne t’arrête pas (1) ;  Ne regarde pas (2).

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Germania, Harald Gilbers.

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Berlin, été 1944. De jeunes femmes sont retrouvées mortes, nues et mutilées, devant des monuments aux morts de la Première Guerre mondiale. Contre toute attente, le SS-Hauptsturmführer Vogler fait appel à Richard Oppenheimer, l’ancien enquêteur star. Pourtant Oppenheimer est juif et donc officiellement interdit d’exercer… Tiraillé entre son quotidien misérable dans une  » maison juive  » et le confort que lui offre son nouveau statut, Oppenheimer est de plus en plus inquiet. Tous les indices pointent vers un assassin appartenant à l’élite nazie, si Oppenheimer échoue, son destin est scellé. Mais n’est-il pas encore plus dangereux de démasquer le coupable ? Pendant les derniers jours du Reich, les tensions sont à leur comble…

Germania a reçu, en Allemagne, un prestigieux prix de littérature policière et il faut reconnaître que c’est mérité !
Il ne faut d’ailleurs que quelques pages à l’auteur pour installer l’ambiance : 1944 à Berlin, des femmes retrouvées sauvagement assassinées devant des monuments de la Première Guerre mondiale et un ex-commissaire de police juif tiré de sa retraite forcée par rien moins que l’enquêteur nazi chargé d’élucider le dossier.

Voilà qui est pour le moins original : des polars historiques se déroulant durant la Deuxième Guerre mondiale, il y en a des tas, mais à Berlin pendant la même époque, c’est plus rare ! De fait, l’ambiance tendue vient de plusieurs points. Tout d’abord, Oppenheimer, notre enquêteur : s’il est content de reprendre du service, il s’inquiète tout de même foncièrement. Est-il en sécurité ? Qu’en est-il de son épouse, Lisa, une aryenne ? Pire : ses premières conclusions semblent pointer vers une huile du parti nazi… Est-il bien raisonnable, dans sa position, d’accuser un collègue de son employeur ?
L’autre facteur de tension vient du choix du cadre : à Berlin, en 1944, la population est abreuvée de propagande nazie, qui traite le Débarquement de broutille et affirme que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, sans tenir compte un instant de la multiplication des raids aériens et autres bombardements subis par la capitale. L’auteur nous donne à voir le quotidien des berlinois à l’époque : la terreur des alertes, les changements d’adresse forcés simplement signalés par une petite feuille sur les ruines, la tentative de maintenir, malgré tout, une vie sociale – malgré les filatures de la Gestapo et autres empêcheurs de tourner en rond. C’est extrêmement riche et cela vient, de temps en temps, se substituer à l’enquête, sans toutefois donner l’impression que tout cela traîne de trop en longueur.

L’auteur prend en effet son temps pour dérouler son intrigue : elle est complexe, alimentée par quelques sous-intrigues et cela laisse au lecteur le loisir de se creuser les méninges. L’auteur en profite pour aborder différents sujets relatifs à la période. Tour à tour, il sera donc question des Lebensborn, des bisbilles terribles entre S.S., S.D. et S.A. (différentes sections nazies), des prostituées-agents secrets des bordels berlinois ou encore des visées architecturales du parti nazi. C’est varié, et tout cela vient nourrir une intrigue déjà assez documentée.

Germania est donc un très bon thriller historique : on y trouve une intrigue complexe et originale, un contexte historique soigné, des personnages intéressants et creusés, quel que soit leur bord. Si l’histoire prend un rythme plutôt lent, on ne s’ennuie pas : intrigue dense et ambiance travaillée s’équilibrent à merveille.

Germania, Harald Gilbers. Traduit de l’allemand par Joël Falcoz.
10/18, mars 2016, 480 p.

 

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