Chasseurs de livres #1, Jennifer Chambliss Bertman.

Un livre caché. Un message codé. La chasse peut commencer.
Émily est une passionnée de la Chasse aux livres, un jeu créé par son idole, le célèbre éditeur californien Garrison Griswold. Il s’agit de décrypter des messages codés pour trouver l’emplacement de livres cachés !
Mais lorsqu’elle emménage avec ses parents à San Francisco, patrie de la Chasse aux livres, elle est choquée d’apprendre que M. Griswold a été agressé alors même qu’il allait lancer une nouvelle quête livresque d’une ampleur inédite.
À elle et à ses amis de jouer !

Chasseurs de livres est un peu le mélange parfait pour les amateurs de lecture et de chasse au trésor : en effet, Émily est accro à Book Scavenger, un site qui répertorie des livres voyageurs que l’on ne peut trouver qu’en résolvant les énigmes laissées par ceux qui ont caché les livres. Vous, je ne sais pas, mais moi ça me vend du rêve.
De temps en temps, le créateur du jeu, Garrison Griswold, organise un jeu spécial dans sa ville, San Francisco. Ce qui est la seule raison pour laquelle Émily est, cette fois, contente de déménager — ses parents ayant en effet décidé d’avoir une maison dans chaque état des États-Unis, ils déménagent tous les ans, au grand dam de la jeune fille qui ne peut se lier d’amitié avec personne.

Jennifer Chambliss Bertman nous dresse le portrait d’une jeune fille solitaire, qui n’ose pas se lier avec les autres en raison de ses constants déménagements. En quelques pages, elle nous croque un portrait particulièrement touchant. Et l’intrigue de fond démarre rapidement, Émily mettant assez vite la main sur ce qu’elle pense être le départ du nouveau jeu issu du génial cerveau de Garrison Griswold. Et ce qui est palpitant, c’est que l’histoire démarre sur les chapeaux de roue, et à tous les niveaux : Émily se lance à fond dans sa quête mais, en même temps, rencontre son voisin James, lui aussi fan des crytpogrammes et avec qui elle se lie rapidement d’amitié. Parallèlement, elle doit faire face au gouffre qui se creuse entre elle et son frère, leurs goûts changeant avec l’adolescence. Tout en gérant sa propre adolescence, son arrivée dans une énième nouvelle école inconnue et une nouvelle maison !
Ainsi, sous des dehors de roman d’aventure dynamique — ce qu’il est indéniablement ! — le roman évoque des sujets de société comme le déracinement, l’amitié, les relations familiales, l’angoisse d’une nouvelle école où l’on ne connaît personne, ou la crainte de ne pas être adoubé par la majorité. Autant de thèmes susceptibles de parler au plus grand nombre !

Mais ce que j’ai préféré, c’est évidemment la chasse au trésor à laquelle se livrent Émily et James. Le texte est bardé d’énigmes, cryptogrammes et autres messages codés à décrypter — pas de panique, toutes les solutions sont données. La chasse au livre et au trésor est particulièrement prenante, d’autant qu’Émily et James ont affaire à de sérieux opposants, qui ne reculent devant aucun coup bas. J’ai également aimé que celle-ci soit fondée sur l’œuvre d’Edgar Allan Poe, dont la production sert de supports aux indices de la chasse? On en apprend donc pas mal sur la littérature du XIXe siècle, mais aussi sur l’histoire littéraire, qui dissimule elle aussi son lot de petites énigmes et de grandes disputes. Et ça m’a même donné envie de remettre le nez dans les écrits d’Edgar Allan Poe — qui m’a terrifiée au point de m’infliger de longs mois de cauchemars avec son Double assassinat dans la rue Morgue, que je n’ai jamais fini ! Mais pas seulement, car il est aussi question des écrits de Dashiell Hammett, Jack Kerouac et de la Beat Generation : idéal pour en apprendre un peu !

J’ai donc éprouvé une tendresse particulière pour la jeune héroïne de Jennifer Chambliss Bertman : Emily doit faire face à de nombreux problèmes qui touchent les adolescents (mais pas que, car les adultes ont également droit à leurs histoires) : ainsi, il est question au fil des pages de déracinement, de la vie en société, de la découverte d’un nouvel environnement, d’amitié ou de relations familiales. Le tout servi sous couvert d’une passionnante chasse au livre, truffée d’énigmes et d’anecdotes liées à la vie littéraire du XIXe siècle. L’intrigue est dynamique, les personnages attachants et le tout s’est avéré particulièrement prenant. S’il devait y avoir une suite, je ne manquerai pas de la lire !

Chasseurs de livres #1, Jennifer Chambliss Bertram. Traduit de l’anglais par . R. Laffont, février 2017, 429 p.
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Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.

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Paris, 1840. Louis Pasteur a 19 ans et il entre comme boursier à l’institution royale Saint-Louis pour suivre des études scientifiques. L’année scolaire sera loin d’être de tout repos. Certaines nuits, une mystérieuse menace rode dans les couloirs du pensionnat, mettant en danger étudiants et professeurs. Décidé à mener l’enquête, Louis fait équipe avec une lycéenne de l’école d’en face. Sous ses airs de jeune fille modèle, Constance se révèle une alliée intrépide et courageuse.
Entre loups-garous et complots, ils useront de vaccins autant que de coups d’épée pour sauver les élèves et même… le roi Louis-Philippe !

Louis Pasteur, fraîchement débarqué de sa campagne jurassienne, découvre les joies de la vie parisienne à l’Institution Saint-Louis, en tant qu’élève – boursier ! – de première année en sciences. De l’autre côté de la cour, l’établissement accueille quelques lycéennes qui font des études « longues » – jusqu’au baccalauréat – où on leur dispense cours de danse, de maintien, de broderie… on en passe et des meilleures.
Louis, donc, découvre avec curiosité et stupéfaction le snobisme parisien, un sexisme revendiqué, des professeurs plus en recherche de gloire personnelle que soucieux d’instruire les élèves, mais aussi… la gent féminine !

Flore Vesco ouvre chaque chapitre par sa composition chimique, laquelle reprend une partie des éléments chimiques qu’utilisera Louis au cours du récit ainsi que des éléments d’intrigue (disparition, duel d’escrime ou encore élevage de poules dans les combles). Cela crée un effet d’attente fort efficace car on se demande dans quelle mesure et comment vont apparaître les éléments cités. D’ailleurs, la façon dont tout cela s’articule est souvent assez drôle et inattendue !

Dès le départ, on plonge dans un récit d’aventures qui mêle agréablement histoire (notamment des sciences) et fantasy. Car Louis débarque plein d’idées et d’intuitions dans sa nouvelle école et va se dépêcher des les mettre en œuvre : de ce côté-là, on est servis, car Flore Vesco retrace le brillant et juvénile parcours scientifique du jeune homme. D’autre part, le mystère se pare des atours de la fantasy dès le chapitre 2, lorsqu’on commence à soupçonner la nature de la bête qui rôde dans les couloirs, laquelle a tout à voir avec celle du Gévaudan !
Au fil des pages, on revisite donc l’Histoire, sauce fantasy, dans un univers que l’on met peu de temps à apprivoiser : de sombres créatures rôdent, souvent dues aux humains et des sociétés secrètes s’affrontent pour les cantonner aux ténèbres ou tout simplement pour les éradiquer. D’ailleurs, et on ne peut que s’en réjouir, la suite des aventures de ces secrets sociétaires est déjà annoncée !

L’histoire est diablement prenante car le style de Flore Vesco est vif, enlevé et enjoué : usant d’un vocabulaire recherché et varié, elle nous entraîne à la suite de ses héros pour des aventures échevelées et pleines de suspens. Car si l’on soupçonne assez vite ce dont il est question, il faut toute la durée du roman aux personnages pour révéler l’ampleur du complot et toutes ses subtilités. Et c’est loin d’être simple, ce qui participe aussi du charme de l’histoire. D’ailleurs, dès que j’arrêtais de lire, je passais mon temps à espérer pouvoir reprendre ma lecture, tellement j’étais dedans !

Mais cela tient aussi et surtout aux personnages mis en scène, notamment à notre duo phare. Louis et Constance sont deux jeunes justiciers que l’on suit sans aucune difficulté tant ils sont attachants. Tous deux font montre d’une intelligence et d’une logique redoutables, leur permettant d’éliminer, l’un après les autres, les obstacles qui parsèment leurs routes. Et ce qui est bien, c’est que l’histoire mêle à la fantasy des histoires typiquement adolescentes. Un jeune homme poursuit donc de ses assiduités Constance – qui s’en passerait bien – et Louis, de son côté, découvre que la gent féminine peut ne pas être seulement purement décorative. En se mettant en duo, ils se découvrent également des compétences complémentaires : si notre jeune scientifique combat le mal à coup de formules chimiques et tubes à essai soigneusement mitonnés, Constance, elle, défend leurs intérêts à grands coups de fleuret, une arme pour laquelle elle s’est découvert une soudaine et brillante prédilection : une répartition des rôles vraiment intéressante et pas si courante – le plus bourrin des deux n’étant pas nécessairement celui auquel on pense spontanément !

Un duo de jeunes enquêteurs audacieux et attachants, une intrigue palpitante qui revisite Histoire, histoire des sciences et légendes du Gévaudan, un style enlevé et riche, une dose d’humour bienvenue, voilà les excellents ingrédients du roman de Flore Vesco – dont j’attends, il va sans dire très impatiemment, la suite annoncée !

Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.
Didier jeunesse, septembre 2016, 212 p. 

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L’Assassin qui rêvait d’une place au paradis, Jonas Jonasson.

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Après trente ans de prison, Johan Andersson, alias Dédé le Meurtrier, est enfin libre. Mais ses vieux démons le rattrapent vite : il s’associe à Per Persson, réceptionniste sans le sou, et à Johanna Kjellander, pasteur défroqué, pour monter une agence de châtiments corporels. Des criminels ont besoin d’un homme de main ? Dédé accourt ! Per et Johanna, eux, amassent les billets. Alors, le jour où Dédé découvre la Bible et renonce à la violence, ses deux acolytes décident de prendre les choses en main et de le détourner du droit chemin…

Il semblerait que l’adage selon lequel les plaisanteries les plus courtes soient les meilleures prenne ici tout son sens. Autant j’avais adoré Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire et se fit la malle, autant cet opus-ci m’a laissée de marbre.
Ceci étant dit, il faut reconnaître à l’auteur son aisance marquée dans le style du polar burlesque. Ce qui blesse, c’est finalement la désagréable impression de ne lire que du réchauffé.
De fait, l’histoire est loin d’être originale vu que le même schéma se répète sans arrêt (mise en place d’une arnaque, découverte du pot-aux-roses, échappée-belle et reprise à zéro ailleurs et sous une forme sensiblement différente). Une fois, passe encore, deux, cela commence déjà à faire trop…

À cette intrigue assez peu consistante vient s’ajouter un style pauvre et des répliques manquant vraiment de mordant : le roman n’est donc ni cocasse, ni prenant.
On pourrait espérer se consoler avec les personnages mais, là encore, on fait chou blanc. Le trio n’est pourtant pas inintéressant : l’auteur y oppose le dégoût blasé pour le monde entier que ressentent Per et Johanna (et qui préside à leurs multiples arnaques) à la bêtise crasse et souvent comique d’un Dédé plus que naïf. Hormis cela… rien. Les personnages sont réduits à leurs seules fonctions, ce qui n’est guère passionnant. Du côté des personnages secondaires, pas mieux, car les opposants sont rapidement interchangeables.

Bref, on peut donc dire que la sauce n’a pas pris avec ce nouveau roman de Jonas Jonasson, qui s’avère assez décevant.  

L’Assassin qui rêvait d’une place au paradis, Jonas Jonasson. Traduit du suédois par Laurence Mennerich.  Presses de la Cité, 2016, 381 p.

Les Nouvelles aventures d’Arsène Lupin #1, Les Héritiers, Benoît Abtey & Pierre Deschodt.

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Qui est-il? D’où vient-il? Nul ne le sait. Arsène Lupin est partout mais personne ne connaît son véritable visage. Il est le plus célèbre malfaiteur de son temps, le plus distingué aussi. Seulement, on ne s’en prend pas aux puissants de la terre sans subir leur colère…
En 1897, au lendemain de l’incendie du Bazar de la Charité – temple de la bonne société parisienne – Lupin disparaît. On le rend responsable du drame. Athéna, surtout, l’amour de sa vie, meurt dans le brasier. Plus rien, désormais, ne compte à ses yeux.
Dix ans plus tard, un scandale éclate et le ressuscite. Lupin, changé en monstre, serait-il passé à l’ennemi? Un quotidien, le Patriote, l’accuse d’avoir dérobé des secrets militaires pour les vendre à l’Allemagne ! La guerre est imminente.
Lupin va-t-il enfin sortir de son silence?

Si vous êtes familiers de ce blog, vous savez qu’Arsène Lupin est un des rares personnages à être entré dans mon Panthéon personnel. Aussi un pastiche le mettant en scène ne pouvait-il que m’interpeller !

Une chose est sûre, Benoît Abtey et Pierre Deschodt maîtrisent leur sujet et s’y connaissent en lupineries. Tout y est ! On trouve dans cette nouvelle aventure un contexte géopolitique à la mesure des aventures de notre gentleman-cambrioleur préféré : la guerre est proche, les nations s’entre-déchirent et le climat social n’est guère au beau fixe. De plus, les auteurs investissent quelques faits divers qui ont fait les gros titres à l’époque, comme l’incendie du Bazar de la Charité (dont Gaëlle Nohant a tiré un fabuleux roman, La Part des flammes, soit dit en passant), en y plaçant judicieusement Lupin et ses relations.
Les péripéties sont nombreuses et variées : on a à peine le temps de souffler et le roman est, de ce point de vue, extrêmement divertissant.

Malheureusement, il y en a un peu trop pour être honnête. Les auteurs ont repris tous les codes des romans de Lupin et les ont tous réutilisés : Lupin disparaît, semble mourir mais renaît toujours de ses cendres, se coule dans les déguisements les plus improbables, usurpe des identités, manigance, parvient à ses fins et rencontre – bien sûr – des ennemis coriaces avec de solides raisons de lui en vouloir. L’ennui, c’est que les auteurs abusent de ces stratagèmes alambiqués et grand spectacle. Qu’on en ait un, voire deux par roman, pourquoi pas. Au-delà, cela devient franchement lassant et tue le suspens dans l’œuf. On ne s’inquiète donc guère pour l’ami Arsène, qui bénéficie ici d’une chance insolente et s’en sort toujours haut la main.
L’épilogue m’a, par ailleurs, laissée dubitative. Soit j’ai décroché pour les raisons citées ci-dessus et loupé une étape, soit les auteurs font intervenir un personnage bel et bien décédé depuis longtemps, sans aucune cohérence ni raison valable. Les dernières pages m’ont donc laissée franchement perplexe.

Malgré tout, j’ai passé un moment plutôt sympa car, comme je l’ai dit en ouverture, les auteurs savent s’y prendre et proposent, dans l’ensemble une bonne aventure d’Arsène Lupin, avec tous les ingrédients qu’il faut pour contenter le lecteur – suffisamment pour me donner envie de tenter une autre potentielle aventure de Lupin sous la plume de Benoît Abtey et Pierre Deschodt, malgré ce qui m’a chagrinée dans celle-ci. 

Les Nouvelles aventures d’Arsène Lupin #1, Les Héritiers, Benoît Abtey & Pierre Deschodt.
XO Éditions, mars 2016, 351 p.

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Le Retour de Zita ; Zita, la fille de l’espace #3, Ben Hatke.

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Zita a déjà sauvé des planètes, parcouru la galaxie, a triomphé de monstres… Mais dans ce tome 3 elle va affronter son plus grand défi. Prisonnière sur une planète-bagne, Zita devra redoubler d’audace et d’ingéniosité pour réussir à s’échapper de ce lieu infernal, dirigé par le Maître des Oubliettes, un triste sire aux ambitions de conquête interstellaire… D’autant que cette fois, c’est la Terre qui est l’objet de ses convoitises ! Heureusement qu’un mystérieux justicier masqué semble décidé à aider Zita… Comment rejoindra-t-elle sa bande d’amis ? Retrouvera-t-elle enfin le chemin de la Terre ?

Troisième (et dernière ?) aventure de Zita, la fille de l’espace. Après avoir sauvé Scriptorius, être devenue une star interplanétaire, s’être fait voler son identité, Zita est devenue une hors-la-loi. Direction, la prison. Inutile, donc, de préciser que le début de ce troisième volume est nettement moins marrant que les précédents. Malgré sa persévérance, Zita ne parvient pas à quitter sa geôle. C’en est désespérant et on craint pour la jeune fille.

Heureusement, sa combativité n’a pas complètement disparu… et ses amis non plus. Ben Hatke propose à nouveau une intrigue extrêmement riche en péripéties, sentiments et retournements de situation in extremis. Ce tome 3 réunit tous les personnages croisés jusque-là : Pipeau, Madrigall, Mulot, Gros Costaud, Glissando, N°1, N°4 et Joseph ! Côté opposants, on franchit encore un cran par rapport à ceux qu’on avait jusque-là : ce n’est pas pour rien que ce tome est bien plus sombre que les précédents.

Comme dans les deux premiers tomes, le comics laisse la part belle aux dessins : c’est une série idéale pour les jeunes lecteurs, non seulement parce qu’elle s’adresse à eux, mais aussi parce que le texte n’est pas trop imposant – ça ne fait donc pas peur. De plus, le style est léger et plein d’humour, y compris dans les situations les plus dramatiques : en témoignent les compagnons de geôle de Zita, un tas de chiffon et un squelette parlants, qui permettent de dédramatiser la situation catastrophique.

Ben Hatke reste fidèle à ce qu’il a mis en avant jusque-là : cette dernière aventure de Zita est, à nouveau, une riche aventure humaine, qui met en avant l’amitié, l’entraide et la persévérance. Que demander de plus ?
Il se paye même le luxe de nous offrir une fausse fin, dynamitée par la conclusion ouverte, un véritable appel au rêve et à l’aventure : une fin parfaite, à l’image de l’ensemble de la série – et qui laisse un peu d’espoir pour une suite potentielle, rêvons un peu.

En commençant Zita, la fille de l’espace, je m’attendais à un comics jeunesse mignon et j’y ai trouvé bien plus que cela : c’est mignon, certes, mais c’est aussi et surtout une aventure riche en réflexion et souvent émouvante, qui plaira sans aucun doute aux jeunes lecteurs (d’autant que le texte n’est pas omniprésent), mais aussi aux lecteurs plus âgés. Ce dernier tome, un peu plus sombre que les précédents, vient conclure une série dynamique, originale, inventive, qui réussit en outre à être intelligente, souvent drôle et émouvante. Qu’attendez-vous pour la lire ?

◊ Dans la même série : Zita, la fille de l’espace (1) ; La légende de Zita (2) ;

Zita, la fille de l’espace #3, Le Retour de Zita, Ben Hatke. Traduit de l’anglais par Basile Bèguerie. Rue de Sèvres, 2014, 235 p.

 

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L’Aviatrice, Paula McLain.

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Beryl Markham a quatre ans lorsque sa famille s’installe au Kenya en 1904. Très vite abandonnée par sa mère, qui rentre en Angleterre avec son fils aîné sous le bras, elle est élevée par son père – entraîneur de chevaux de course – et par les natifs de la tribu Kipsigi, qui vivent sur les terres paternelles. Cette éducation non-conventionnelle pour quelqu’un de son rang fait d’elle une jeune femme audacieuse et farouche, qui voue un amour sans bornes à la nature sauvage et se moque de la bienséance. De mariages ratés en liaisons contrariées – elle tombe éperdument amoureuse de Denys Finch Hatton, l’amant de l’auteure Karen Blixen, laquelle vit à deux pas –, Beryl va peu à peu s’imposer comme l’une des femmes les plus singulières de son temps. Elle sera la première femme entraîneuse de chevaux, mais aussi la première aviatrice à accomplir un vol transatlantique en solitaire d’est en ouest…

De Beryl Markham, j’ignorais tout avant d’entamer cette biographie romancée ; à vrai dire, les mots « fermière » et « Kenya », dans la même phrase, ne m’évoquaient guère que Karen Blixen – que l’on croisera d’ailleurs souvent dans la vie de Beryl Markham.

Au boulot !

Beryl Markham, donc. Sacré personnage. Si elle reste seule avec son père, celui-ci est un peu désemparé : comment élève-t-on une fillette au Kenya, seul, en 1904 ? Réponse : on la laisse courir à moitié nue dans la savane avec Kibi, son meilleur ami et fils du chef de la tribu Kipsigi. Evidemment, ce n’est pas particulièrement convenable. Père engage donc une… gouvernante, Emma – qui, en fait, s’avérera être sa bonne amie, mais ce n’est pas encore la question. Or, Beryl est un tantinet rétive. Soucieuse de ne pas envenimer la situation, Emma fait venir différentes préceptrices que Beryl choie : odieuse, désobéissante, elle n’hésite pas à glisser un cadavre de mamba noir dans le lit de l’une d’elles. C’en est trop : ce sera la pension.  Là encore, échec fracassant. A même pas 15 ans, Beryl revient au domaine et, ô bonheur, travaille avec son père. En fait, précisément là où elle voulait être depuis le départ.

Car notre aventurière est une forte tête, un trait de caractère qui lui sera, par la suite, bien utile. Après avoir décidé – un peu vite et pas pour les bonnes raisons – de se marier à 17 ans avec un voisin, Beryl (Mme Purves, à l’époque)… quitte le domaine conjugal. Pour aller travailler. En 1919, parfaitement, messieurs-dames. Ah et puis, au passage, elle devient la première femme entraîneuse de chevaux de course, domaine dans lequel elle se taille assez vite une bonne réputation. Mais le meilleur, c’est que ce n’est pas pour cela qu’elle est passée à la postérité, puisqu’on se souvient d’elle comme étant la première aviatrice à avoir traverser l’Atlantique d’est en ouest, en 1936.
Si c’est l’aviation qui vous botte, sachez qu’elle n’occupe que la portion congrue de l’ouvrage : l’intro et rapidement un chapitre à la fin.

Beryl Markham à bord de son avion.

Mais ce n’est franchement pas dramatique tant Beryl Markham a semblé vivre mille autre vies avant cela. De ses combats pour exister en tant que femme et mener la vie qu’elle souhaitait à ses grands élans d’enthousiasme, en passant par toutes les désillusions (nombreuses) qu’elle a pu connaître, elle a eu une vie très riche. On sent que Paula McLain a effectué de nombreuses recherches pour réaliser cette biographie : sous sa plume, c’est toute la colonie qui resurgit, dans ses petites gloires et travers. Il n’est aucunement difficile de se figurer tant les paysages que Beryl traverse que l’ambiance qui règne sur ce petit bout de Kenya aux débuts du XXe siècle. De fait, ce sont plutôt les premiers que la seconde qui donnent envie d’aller visiter, soyons honnête. Car la mentalité d’esprit d’une colonie anglaise de l’époque est malheureusement aussi étroite que ce à quoi on pouvait s’attendre.

Gros coup de cœur, donc, pour cette biographie savamment romancée de Beryl Markham, pionnière du XXe siècle. J’ai été charmée par ses aventures aussi modernes qu’exotiques, son caractère volontiers frondeur et son tempérament fonceur. Paula McLain nous rend les personnages très vivants, très proches et on s’immerge totalement dans l’aventure, d’autant que sa plume est aussi fluide qu’évocatrice. C’était une lecture littéralement fascinante !

L’Aviatrice, Paula McLain. Traduit de l’anglais par Isabelle Chapman. Presses de la Cité, octobre 2015, 400 p.

 

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Par bonheur, le lait, Neil Gaiman.

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Ce matin-là, c’est le drame. Un frère et sa sœur s’aperçoivent qu’il n’y a plus de lait à mettre dans leurs céréales. Maman étant partie en voyage d’affaires, c’est Papa qui est chargé de courir à la supérette – ce qui ne serait jamais arrivé, soit dit en passant, s’il avait fait correctement les courses. Seulement voilà. A peine sorti de la maison, il se fait enlever par des extraterrestres. Et son aventure ne s’arrête pas là ! Dans un désordre indescriptible, il croise des pirates sanguinaires, des poneys d’une intelligence suprême, des vampires spéciaux et… un scientifique stégosaure en montgolfière. 
Jamais course de dernière urgence à la supérette n’a été plus mouvementée et imaginative. 

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Alors, j’avoue. Quand je vois écrit « Neil Gaiman » sur la couverture, il s’opère une sorte de court-circuit. Que voulez-vous, on est fan ou on ne l’est pas. J’étais toutefois un peu dubitative quant aux illustrations. Si j’aime beaucoup ce que fait Boulet par ailleurs, un léger a-priori me tenaillait : son style allait-il vraiment s’adapter au texte de Gaiman (que je pressentais onirique et poétique comme il sait le faire) ?

Eh bien force est de constater que, oui, ça colle tout à fait. Non seulement ça colle bien mais, en plus, le style de Boulet semble le plus adapté qui soit pour souligner cette drôle d’histoire ! Texte et images (en noir et blanc) se répondent et l’illustrateur a vraiment soigné tous les détails.
Il ne faut guère plus de quelques pages pour que l’histoire se mette à dégénérer en beauté, façon Neil Gaiman. À vrai dire, le père a à peine franchi le seuil de sa maison qu’il tombe sur des extraterrestres en maraude. Et alors là, on glisse dans un joyeux bazar. Des extraterrestres, on passe à des vampires un peu spéciaux, on croise des poneys suprêmement intelligents et, cerise sur le gâteau, un stégosaure scientifique embarqué sur un ballon.

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Par bonheur, le lait est – presque – toujours à l’abri des vicissitudes du voyage. Rendez-vous compte : kidnapping, vol sauvage, voyages dans le temps, rien n’est épargné à cette pauvre bouteille. De fait, rythme et suspens sont au rendez-vous. On n’a guère le temps de s’ennuyer !

L’histoire est loufoque, déjanté, drôle, complètement folle. Et elle s’adresse aussi bien aux petits qu’aux grands ! Au-delà de l’histoire truffée d’imaginations, Neil Gaiman dresse un bel hommage aux papas, aux enfants, aux histoires et à l’imagination… mais aussi à cet instant sacré qu’est le petit-déjeuner. Comme souvent avec Neil Gaiman, on oscille sur le fil entre imaginaire et réalité, en se demandant de quel côté l’on se trouve. Et, alors que la fin semble laisser sur une délicieuse ambiguïté (les plus rationnels pouvant se rassurer d’un « Ah, ouf, ce n’était qu’une histoire inventée ! »), la dernière vignette retourne totalement la situation, offrant une merveilleuse chute au conte !

Par bonheur, le lait, est donc un conte intergénérationnel extrêmement réussi. Si les enfants y apprécieront l’imagination débordante qui tisse une aventure trépidante, les lecteurs plus âgés apprécieront le très bel hommage aux parents, aux enfants et à la puissance de l’imaginaire que l’on devine entre les lignes. 

 

Par bonheur, le lait, Neil Gaiman et Boulet (illustrations). Traduit de l’anglais par Patrick Marcel. 
Au Diable Vauvert, 2015, 126 p.