Chasseuse de fantômes, Cassidy Blake #1, Victoria E. Schwab.

Faites la connaissance de Cassidy, une adolescente presque comme les autres. Elle vit avec ses parents et son chat, aime prendre des photos et passe tout son temps libre avec son meilleur ami, Jacob… À ceci près que Jacob n’est autre qu’un fantôme : depuis un peu plus d’un an, Cass a le pouvoir de voir les morts et de parler avec eux ! Alors, lorsque ses parents lui annoncent que toute la famille part passer l’été à Édimbourg pour y tourner une émission de télévision consacrée aux spectres, Cassidy et Jacob embarquent pour un voyage… riche en péripéties !

Fantômes et Ecosse : deux thèmes pour me plaire ! Et ça n’a pas loupé !
Ce très court premier tome nous embarque pour une intrigue complète – premier bon point à mes yeux. Celle-ci est plutôt linéaire, et je mentirais en disant qu’elle était pleine de rebondissements inattendus, mais j’ai néanmoins passé un excellent moment aux côté de Cassidy.

Celle-ci est une adolescente banale. A ceci près que son meilleur ami est un fantôme, et qu’elle a tendance à passer le Voile par inadvertance. Là où cette nature est cocasse, c’est que ses propres parents sont des spécialistes des fantômes, qui animent une émission télévisée consacrée au sujet (l’une traite le sujet de façon historique, l’autre de façon plus scientifique). Évidemment, aucun des deux n’a les capacités de leur fille. Bon an mal an, l’adolescente fait avec ses capacités, discute avec Jacob, passe discrètement le voile, et assouvit sa passion des photos étranges en déclenchant son appareil de l’autre côté du Voile. Oui parce que le point original, c’est que Cassidy déteste sa capacité à voir les fantômes : les passages derrière le Voile ne lui sont guère agréables et, hormis y avoir gagné un meilleur ami, elle ne fait pas grand-chose de sa surnaturelle capacité. D’où son désespoir lorsque ses parents lui annoncent des vacances à Edimbourg, une ville riche en ectoplasmes.

Comme je le disais, l’intrigue est assez simple – et donc accessible aux jeunes lecteurs, dès 9 ans – mais pas moins effrayante pour autant. Car Cassidy va se frotter à la Corneille rouge, une fantôme antique et terrifiante. Soyons honnête, il y a quelques passages effrayants dans l’intrigue, car l’univers des fantômes n’est pas follement accueillant, et les visites de cryptes et autres cimetières hantés sont parfaitement décrites. Heureusement, l’histoire sait aussi être légère et pleine d’humour, ce qui équilibre parfaitement le roman. D’ailleurs, il faut noter que Victoria Schwab est de toute évidence hyperfan d’Harry Potter, car les allusions à la saga de J.K. Rowling sont légion !
Autre point que j’ai vraiment apprécié : l’autrice achève l’intrigue sur un retournement de situation bien trouvé et assez ironique, qui va sans doute changer la donne pour Cassidy – celle-ci n’ayant pas totalement pris conscience des responsabilités accompagnant son don. Rien que pour cela, ça me donne envie de lire la suite.

En somme, très bonne pioche au rayon jeunesse. J’ai trouvé l’histoire assez originale, alors que le thème semblait éculé. L’intrigue, simple et linéaire, est bien menée et dispose d’une vraie conclusion – ce qui ne l’empêche pas de donner envie d’en savoir plus. Le récit est bien équilibré entre humour, vie quotidienne, et scènes effrayantes avec des fantômes remontés. J’ai hâte d’en savoir plus !

Cassidy Blake #1 : Chasseuse de fantômes, Victoria E. Schwab. Traduit de l’anglais par Sarah Dali.
Lumen, janvier 2020, 304 p.

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Mers mortes, Aurélie Wellenstein.

Les humains ont massacré les mers et les océans. L’eau s’est évaporée ; les animaux sont morts. Quelques années plus tard, les mers et les océans reviennent. Ils déferlent sur le monde sous la forme de marées fantômes et déplacent des vagues de poissons spectraux, tous avides de vengeance. Les fantômes arrachent leurs âmes aux hommes et les dévorent. Bientôt, les humains eux aussi seront éteints… Leur dernier rempart face à la mort : les exorcistes. Caste indispensable à l’humanité, les exorcistes sont bien entendu très convoités. L’un d’eux, Oural, va se faire kidnapper par une bande de pirates qui navigue sur les mers mortes à bord d’un bateau fantôme. Voilà notre héros embarqué de force dans une quête sanglante et obligé, tôt ou tard, de se salir les mains…

Cette année, comme les deux années précédentes, j’ai la chance de participer avec mes collègues de compèt’ au Prix Imaginales des Bibliothécaires ; contrairement aux années précédentes, je vais tâcher de chroniquer ce que je lis, en commençant par Mers mortes (même si en réalité, c’est le deuxième titre que j’ai lu dans le cadre de ce prix ; le premier c’était Chevauche-Brumes).
Malgré l’engouement général autour de ce roman (si j’en crois les multiples nominations qu’il connaît à un tas de prix !), je dois dire que j’en suis ressortie plutôt mitigée.

D’abord, il m’a globalement manqué des éléments pour pleinement profiter de l’intrigue. Celle-ci fait évoluer les personnages dans un environnement aussi hostile qu’aride, puisque l’eau s’est évaporée, ce qui a entraîné la disparition de tous les animaux, notamment des animaux marins. Or, première vraie question : si l’eau s’est évaporée, comment les personnages peuvent-ils survivre ? On parle d’une situation qui dure depuis 10 ans. J’entends bien que l’on nous dit qu’il reste « quelques poches d’eau », mais l’explication n’est pas franchement convaincante (en tout cas, elle ne m’a pas suffi). De même, si l’eau est à ce point rationnée, que mangent les personnages (et les animaux qu’ils croisent ?). Globalement, la végétation est morte, et il est assez difficile d’imaginer ce qu’ils peuvent se mettre sous la dent. Mais on nous parle d’agrumes, de céréales… comment tout cela pousse-t-il ? Comment les personnages s’hydratent-ils ?
Toujours du côté de l’intrigue, j’ai trouvé la conclusion assez brouillonne. Attention, je spoile.
Certes, les personnages parviennent à résoudre le problème qui les occupait. Pourquoi ? Comment ? Mystère. Cette absence totale d’explication m’a clairement frustrée. Je sais pourtant qu’il s’agit d’un roman fantastique, et que c’est le concept du fantastique de ne pas expliquer les tenants et aboutissants. Mais j’aurais aimé un minimum d’explications, un peu plus que « ça marche, parce que c’était supposé marcher ». Ceci étant dit, c’est assez cohérent avec le début du roman : on pose comme pré-requis que l’eau s’est évaporée, mais sans aucune explication. Si elle a disparu, où est-elle passée ? En quoi s’est-elle transformée ? Comment toute cette masse a-t-elle pu disparaître si vite ? Mystère et boule de gomme.

Par ailleurs, difficile pour moi de m’accrocher aux personnages, malgré des idées intéressantes. Oural, le personnage principal, est exorciste. Ce qui signifie qu’à l’aide de ses pouvoirs, il est supposé repousser les marées fantômes. À bord du vaisseau des pirates qui l’ont enlevé, il fait de même. Franchement, ça claque, et il ne fallait pas plus pour faire mon bonheur. Sauf que. Oural est une vraie tête à claques (justement), qui jamais ne change. Ses décisions sont – au mieux – complètement idiotes et le pire, c’est quand même qu’il s’y enlise. Dans ses récits de pensées, il se la joue « mec qui a conscience de ses failles et travaille à s’améliorer », mais ce n’est jamais suivi d’effet, et cette attitude a tendance à m’agacer prodigieusement. Pour ne rien vous cacher, j’ai même souvent souhaité qu’il trépasse. Tout cela combiné a fait que j’ai eu de plus en plus de mal à m’accrocher.

D’autant que si le message est vraiment intéressant, je l’ai malheureusement trouvé hyper moralisateur. A tel point qu’il m’a semblé empiéter complètement sur l’intrigue, au détriment de celle-ci.  Et pourtant, il y a de vrais morceaux de bravoure dans le texte. Au cours de ses – nombreux – cauchemars, Oural rêve qu’il s’incarne dans des animaux marins décimés par la cruauté humaine (au cours de « traditions » inhumaines), par la surpêche, par la pollution, soit par l’effet final de la disparition des eaux. Ces passages, beaucoup plus violents que le reste du roman, s’avèrent aussi beaucoup plus prenants et finalement nettement plus percutants que les discours très moralisateurs de Bengale.

Sentiment mitigé dans cette lecture, donc. Autant j’ai adoré l’idée de départ des marées fantômes combattues par des exorcistes, autant le côté un peu superficiel de l’intrigue, supplantée par un message un peu trop présent – quoique VRAIMENT utile – m’auront fait décrocher. Et pourtant, je le répète, le concept est bien trouvé et s’attaque à un sujet d’envergure, raison pour laquelle je n’ai pas totalement détesté ma lecture. De plus, j’ai trouvé les personnages plutôt bien trouvés (même si j’avais envie de claquer Oural) et l’intrigue narrée dans un style fluide. Difficile de trancher, donc !

Mers mortes, Aurélie Wellenstein. Scrineo, mars 2019.

J’ai lu ce roman à coups de 5 chapitres avec Camille, qui a patiemment supporté mes soupirs !

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Le vent te prendra, Camille Brissot.

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Écrivain en quête d’inspiration, Locke Wood a loué un appartement au mystérieux Heathcliff dans une haute tour enveloppée de brume. Bientôt le fantôme d’une jeune femme aux cheveux noirs vient hanter ses nuits.
Lorsqu’il se confie à Heathcliff, ce dernier réagit si violemment que Locke, intrigué, se lance sur les traces de son passé…

Prise d’une envie subite de lecture légère, j’ai sorti cette courte romance de ma pile-à-lire. N’ayant qu’une connaissance assez parcellaire des Hauts de Hurlevent, je me fourvoyais totalement sur le compte de cette excellente réécriture !
Car, en effet, Le vent te prendra est une libre réécriture des Hauts de Hurlevent. Et, comme l’œuvre originale, c’est bien plus une œuvre romantique qu’une romance – ce qui, entre nous soit dit, est tout à fait pour me plaire – donc pas franchement « légère » – mais on y reviendra.

Dès le départ, Camille Brissot instaure une ambiance très sombre, due notamment à la ville : le paysage très vertical de Crosswind, barré de tours gigantesques (dont certaines sont délabrées), balayées par de puissantes rafales de vent glacial, marqué par l’exploitation de mines d’uranium, mérite à lui seul le statut de personnage.
Ceux-ci, de leur côté, n’allègent en rien l’ambiance générale. Locke ressemble, dès le départ, à un auteur tourmenté ; quant à Heathcliff, à qui il loue l’appartement dans la tour, « tourmenté » ne suffit pas à décrire l’état d’esprit de ce très curieux personnage. Mais là où les deux hommes s’opposent, c’est que Locke semble d’une grande naïveté et d’une grande fraîcheur, alors qu’Heatcliff semble, chapitre après chapitre, s’enfoncer plus bas dans la méchanceté gratuite. De plus, le premier est très ouvert, pose des questions, s’interroge et déterre le passé ; le second, en revanche, est tout en fermeture et en refus de communication. Du coup, c’est par toutes petites touches – et surtout par l’intermédiaire de Sarah – que l’histoire de Crosswind se dévoile.

En effet, l’auteur use d’un procédé original. Locke, celui par qui nous arrive l’histoire, n’en est pas réellement le protagoniste. Il en est, tout au plus, le rapporteur. L’histoire, elle, se joue entre Anna, Heathcliff, Sarah, Ellis… des années auparavant, au temps de leur prime jeunesse ; une époque qui resurgit, un peu par accident, et qui hante les personnages. Et comme il faut extirper la vérité des mots de chacun, c’est avec une certaine lenteur que l’on découvre les détails, une lenteur qui sied parfaitement à l’ambiance générale.

Celle-ci est donc fortement marquée par la présence de Crosswind : les hautes tours qui barrent le paysage, le spectre de la maladie qui court, les sifflements incessants des rafales de vent et les tombereaux de neige qui déferlent sur la cité embarquent le lecteur avec une grande efficacité. Cet isolement drastique est propice à la naissance de fantômes et des plus fantastiques histoires – et celle-ci l’est indéniablement. C’est d’autant plus étrange lorsque l’on s’aperçoit que nos personnages utilisent également des téléphones portables, des ordinateurs ou internet. De temps en temps, on se rappelle donc que l’on n’est pas réellement au XIXe siècle (comme pourrait le faire croire l’atmosphère) et cela joue considérablement sur l’ambiance à la fois oppressante et onirique qui baigne le récit.

S’inspirant des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, Camille Brissot signe un très bon pastiche, qui narre bien plus une histoire de douleur et de vengeance que d’amour. Elle s’est remarquablement approprié l’essence du roman initial pour en proposer une transposition totalement originale, qui fascine le lecteur autant qu’elle le laisse muet de stupéfaction devant les profonds tourments dans lesquels se placent les personnages. À découvrir !

Le Vent te prendra, Camille Brissot. Rageot (In Love), mars 2015, 176 p.

Alouettes, Testament #2, Jeanne-A. Debats.

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Je m’appelle Agnès, et je suis orpheline. Ah ! Et sorcière, aussi. Mon oncle m’a engagée dans son étude notariale. Ne croyez pas que le job soit ennuyeux, en fait, ce serait plutôt le contraire. En ce moment, tout l’AlterMonde est en émoi à cause d’une épidémie de Roméo et Juliette.
Imaginez : des zombies tombant amoureux de licornes, des vampires roucoulant avec des kitsune, des sirènes jurant un amour éternel à des garous. Et tout ce beau monde défile dans notre étude pour se passer la bague au doigt. Mais la situation commence à sérieusement agacer les hautes autorités. Et comme l’AlterMonde n’est pas Vérone, à nous de faire en sorte que cette fois l’histoire ne se termine pas dans un bain de sang…

Alouettes débute trois ans après la fin des événements narrés dans L’Héritière –  et, bonne nouvelle, on peut les lire indépendamment, les informations vitales étant rappelées dans ce deuxième tome. Et le récit débute en fanfare, Agnès étant en plein questionnement (sur sa vie sentimentale et sa sexualité) !
« Bit-lit » oblige, le roman offre son lot de galipettes et autres discussions sur la question mais, comme dans L’Héritière, le tout est fait avec autant de subtilité que d’intelligence et toujours pour servir l’intrigue, et non de façon gratuite ; les péripéties, de plus, servent une intéressante réflexion sur le féminisme et le statut des femmes dans la société – ce qui, ne nous le cachons pas, fait partie des gros points forts de ce texte. En effet, l’évolution d’Agnès est, ici, à l’honneur : de sorcière cloîtrée, elle devient une femme en possession de – presque – tous ses moyens. En un sens, elle est terriblement humaine (malgré sa nature sorcière), et c’est bien ce qui la rend si fabuleusement attachante.

 Mais il n’y a pas que ça ! Il y a avant tout l’intrigue. Car après avoir réglé la douteuse succession d’un Cénacle vampire, voilà qu’Agnès fait face à une épidémie de couples calamiteux, véritables Roméo et Juliette surnaturels. Imaginez un peu : un vampire et une kitsune, des loup-garous et des ondines, des dragons et des walkyries… on en passe et des meilleurs. Tout cela mettant, évidemment, les différents cercles surnaturels en émoi : l’affrontement général n’est guère loin. Charge à nos comparses de régler, en douceur et au mieux, le conflit larvé qui s’annonce.
L’intrigue est donc, naturellement, truffée d’allusions à la célèbre pièce de Shakespeare, ainsi qu’à d’autres grands titres de la littérature (classique ou imaginaire !) que l’on retrouve avec beaucoup de plaisir. La mythologie, de son côté, est particulièrement creusée et fait intervenir des mythologies de divers continents et traditions : le mélange est à la fois détonnant, original, et littéralement passionnant.

Comme dans le premier tome, l’intrigue est riche en péripéties et scènes d’actions décoiffantes – tel ce combat dantesque au centre Pompidou ! La tension monte de plus en plus au fil des chapitres jusqu’au paroxysme : impossible de s’ennuyer. De plus, la balade parisienne, abondamment décrite, permet de visiter un grand nombre de quartiers et d’apprendre une foule de choses sur la capitale.

Le premier tome avait été une excellente découverte et celui-ci est un véritable coup de cœur ! Jeanne-A. Debats propose un univers extrêmement riche, faisant appel à diverses mythologies qui se mêlent avec bonheur. L’intrigue est riche en péripéties, mais aussi en réflexions intelligentes. Et le tout est mené sur un ton caustique particulièrement réjouissant ! J’ai hâte de découvrir la suite des aventures d’Agnès !

◊ Dans la même série : L’Héritière (1) ;

Testament #2, Alouettes, Jeanne-A. Debats. ActuSF, mars 2016, 440 p. 

L’Escalier hurleur, Lockwood & co. #1, Jonathan Stroud.

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Un terrible fardeau s’abat sur Londres : des fantômes envahissent les rues de la ville, s’introduisent dans les maisons et terrorisent leurs occupants… La jeune et talentueuse Lucy Carlyle, promise à une grande carrière de chasseuse de spectres, vient d’intégrer la modeste agence du déjanté Anthony Lockwood et du discret George Cubbin. Mais leurs affaires vont mal. Les agences d’extermination de fantômes fleurissent et la concurrence est rude. Impossible de refuser le moindre contrat, même si la mission s’avère des plus dangereuses… C’est ainsi que Lockwood, George et Lucy se retrouvent en pleine nuit dans la terrifiante demeure de la famille Hope, à traquer le fantôme du sanguinaire duc rouge. Un escalier hurlant, une chambre de torture, des squelettes derrière toutes les portes… un seul mot d’ordre : ressortir vivants !

Eh bien, voilà un roman à ne pas lire la nuit, surtout si on est du style à sursauter au moindre craquement suspect ! Et ce d’autant plus que le roman commence sournoisement tout en douceur …
C’est même avec une certaine lenteur que Jonathan Stroud débute son récit : cette lenteur concocte une merveilleuse ambiance qui sied tout à fait à l’intrigue. D’ailleurs, n’attendez pas immédiatement l’escalier hurleur, il n’intervient que dans les tous derniers chapitres.

On profite donc des premiers chapitres pour découvrir un Londres alternatif, peuplé de fantômes et autres apparitions ectoplasmiques que ne perçoivent que les enfants et adolescents. Les agences les emploient donc à tour de bras. Sauf chez Lockwood où, au grand dam des autorités, ils s’emploient eux-mêmes, sous la houlette du très spécial Anthony Lockwood. À ses côtés, le très calme et organisé George Cubbins et Lucy Carlile, qui nous raconte l’histoire.

On perçoit, très vite, la dynamique (souvent bancale) qui sous-tend l’agence Lockwood et l’incomparable talent qu’a notre petit trio pour, systématiquement, prendre des décisions au mieux, irréfléchies, au pire, fâcheuses. De fait, les missions sont de plus en plus catastrophiques. On est donc dans un fort effet d’attente au moment où intervient celle, fameuse, de l’escalier hurleur. Jonathan Stroud fait monter la pression crescendo, en nous montrant la lente mais ferme déchéance de l’agence, ajoutée à un mystère qui ne cesse de s’épaissir.
Pourtant, difficile de compatir vraiment sérieusement tant le récit des mésaventures du trio est fait avec un humour décapant. Humour pince-sans-rire tout britannique et réparties acerbes fusent de toutes parts !

Ce qui est intéressant et très prenant, c’est qu’il y a autant de scènes dévolues aux enquêtes qu’aux relations qui unissent – ou désunissent, selon les cas – nos trois protagonistes. Lucy débarque dans cette agence et va devoir jouer des coudes pour se faire sa place, comprendre qui sont ses acolytes et découvrir le passé de l’agence. Ainsi, la psychologie des personnages et du trio est creusée et apportent une consistance bien agréable à l’histoire générale.

Voilà donc un excellent début de saga. Jonathan Stroud y présente trois personnages creusés, aux relations complexes et qui sont sans doute appelées à évoluer. Si l’histoire débute lentement, c’est pour mieux surprendre le lecteur et atteindre, dans les derniers chapitres, des paroxysmes d’angoisse ! Rythmé, amusant, enlevé jusqu’au bout : j’attends impatiemment la suite !

Lockwood & co.,tome 1, L’Escalier hurleur, Jonathan Stroud. Traduit de l’anglais par Jean Esch. 
Le Livre de Poche, 24 février 2016, 443 p.

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L’Héritière, Testament #1, Jeanne-A. Debats.

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« Je m’appelle Agnès Cleyre et je suis orpheline. De ma mère sorcière, j’ai hérité du don de voir les fantômes. Plutôt une malédiction qui m’a obligée à vivre recluse, à l’abri de la violence des sentiments des morts. Mais depuis le jour où mon oncle notaire m’a prise sous son aile, ma vie a changé. Contrairement aux apparences, le quotidien de l’étude qu’il dirige n’est pas de tout repos : vampires, loups-garous, sirènes… À croire que tout l’AlterMonde a une succession à gérer ! Moi qui voulais de l’action, je ne suis pas déçue. Et le beau Navarre n’y est peut-être pas étranger. »

La fantasy urbaine, couramment renommée – à tort ! –  bit-lit, a depuis quelques années le vent en poupe. Les auteurs anglo-saxons dominent d’ailleurs le marché et les romans se déroulant dans les immensités urbaines américaines sont légion.
En France, et par un auteur français, c’est tout de même plus rare. Autant dire que L’Héritière, de Jeanne-A. Debats, premier tome de la série Testament se fait donc immédiatement remarquer par sa seule origine. Et lorsque que le contenu est apte à aller se faire rhabiller les grands noms du genre, une seule chose à dire : foncez !

L’Héritière, c’est l’histoire d’Agnès Cleyre, sorcière et orpheline de son état. Pour elle, la peine est double : non seulement elle vient de perdre toute sa famille mais, en plus, son talent de sorcière ressemble plus à une malédiction qu’autre chose. En effet, elle a le maudit talent de percevoir les fantômes, mais s’avère incapable de s’en débarrasser, d’autant moins lorsque ceux-ci se montrent agressifs. Or, Agnès aimerait bien aller fleurir la tombe de ses parents, au Père-Lachaise. Qu’à cela ne tienne. Le roman s’ouvre donc sur une scène quasi ubuesque d’une Agnès en jupe droite et talons de 10 cm, bourrée comme un coing pour repousser les fantômes, en train d’escalader les grilles du fameux cimetière. Inutile de dire qu’il faut moins de deux pages pour plonger dans l’ambiance.

Et cela continue dans la même veine ! Agnès est rapidement recruté par Géraud – dont la nature magique est indéniable – son oncle, avocat spécialiste de l’Altermonde. Évidemment, le cabinet ne traite que des affaires ayant trait aux vampires, loups-garous et autres sorciers. D’ailleurs, l’associé de Géraud est une sirène, leur collaboratrice une roussalka. Quant à leur homme de main, il s’agit de Navarre, un vampire qui a déjà officié pour le Vatican – et dont les aventures sont narrées dans l’excellent Métaphysique du vampire, de la même auteure.

Avec L’Héritière, Jeanne-A. Debats quitte donc son genre de prédilection – la SF – pour la fantasy urbaine et la transition est parfaitement maîtrisée. Elle déploie, dans ce premier tome, une intrigue savamment menée et aux nombreuses ramifications. On s’en doute, les successions et autres querelles chez les surnaturels sont encore plus compliquées que chez les commun des simples mortels, les premiers ayant eu plus que des lustres pour ruminer leurs griefs. Jeanne-A. Debats réinvestit le folklore mythologique européen et dresse une galerie de personnages aussi complexes qu’attachants. À travers eux, on (re)découvre les spécificités propres à chaque créature et une Histoire séculaire pour le moins mouvementée. Inquisition, successions royales, mouvements populaires et sociaux, scandales financiers, il semblerait que vampires, garous et éternels soient de toutes les parties. Mine de rien, le roman apporte son lot de précisions et anecdotes historiques : le travail de recherche est fourni et vient alimenter  l’intrigue générale.
Là-dessus se greffe donc une intrigue complexe, qui va occasionner son lot de complots, trahisons, recherches alambiquées et autres batailles rangées. Impossible de s’ennuyer tant l’intrigue se marie à merveille avec ce folklore réinvesti. De plus, le suspense est au rendez-vous, qu’il s’agisse de l’affaire en cours, des affaires du cabinet, ou de celles de cœur d’Agnès.

À ce propos, si vous suivez ce blog, vous savez que la fameuse bit-lit n’est vraiment pas ma tasse de thé. Non, les héroïnes faussement badass qui se pâment dès qu’apparaît à un coin de pages des pecs assaisonnés à la testostérone, ce n’est franchement pas ma tasse de thé. Mais j’aime la fantasy urbaine, qui fait intervenir toutes ces créatures surnaturelles, dans un environnement urbain – et qui peut ne pas dédaigner une sous-intrigue plus sensuelle. Heureusement, donc, L’Héritière tient plus de la seconde que de la première : ce qui se passe dans le lit d’Agnès a certes de l’importance, mais a le bon goût de ne pas prendre le pas sur le reste de l’histoire. De plus, la-dite Agnès ne jette pas aux orties sa personnalité pour les beaux yeux du premier mec qui passe. Et ça, c’est quand même assez rare dans le genre pour être signalé !

Avec L’Héritière, Jeanne-A. Debats parvient à coller aux meilleurs topoï du genre tout en proposant une intrigue, des personnages et un univers originaux : chapeau ! Tout ça d’une plume fluide, alliant paragraphes acérés et gouaille plus légère, dans un style qui se marie à toutes les émotions. En d’autres termes : j’ai adoré !

Testament #1, L’Héritière, Jeanne-A. Debats. ActuSF, octobre 2014, 392 p.

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Martyrs #2, Oliver Peru.

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Où l’on retrouve Irmine, Helbrand et Kassis. Dans un royaume en proie aux plus vives tensions, chacun va devoir jouer serré pour tirer son épingle du jeu. Alors qu’Alerssen a été envahie par les troupes du Reycorax, il faut aussi compter sur les Arserkers d’Allena prêts à en découdre… 

Le premier tome de Martyrs m’avait beaucoup plu ; ce second opus est même un cran au-dessus ! (Je ne résume volontairement pas plus l’intrigue afin de ne pas vous gâcher l’énorme cliffhanger final de Martyrs 1.)

L’intrigue alterne entre passé et présent ; on découvre, pas à pas, l’itinéraire du fameux borgne qui a causé tant d’inquiétudes dans le premier volume et qui est ici au centre de l’histoire. Saërn (notre borgne, donc) est un personnage pour le moins complexe, passionnant à découvrir, surtout quand on pense aux implications de sa présence. Lui dont on pensait avoir fait le tour – un spadassin comme tant d’autres – s’avère profondément touchant.

C’est aussi l’occasion de développer les personnages ; si on pensait, à l’issue du tome 1, les avoir tous plus ou moins cernés, on s’aperçoit ici qu’Oliver Peru nous réservait encore bien des surprises – et on en vient à se demander si on les a d’ailleurs toutes éclusées. En fait, on a quasiment l’impression d’avoir à faire à de nouveaux personnages tant les évolutions ont été surprenantes. En même temps qu’il dévoile les nouveaux caractères, il nous en apprend plus sur certains épisodes de leur passé (pensez au Père Carnage, par exemple), qui ne font que renforcer des personnages déjà très fouillés. Certains se révèlent bien différents de ce qu’on avait dans le premier tome ; on en vient à apprécier ceux que l’on détestait, et à se sentir mitigé par ceux qui nous plaisaient. C’est le monde à l’envers !

Et l’intrigue est à l’avenant. Maintenant que les diverses alliances, traîtrises et autres masques astucieux sont éventés, place au déploiement de l’intrigue. Celle-ci ressemble furieusement à une redoutable partie d’échecs, les coups pouvant se jouer plusieurs années à l’avance. Le roman comporte son lot d’actions et rebondissements inattendus, mais c’est surtout la politique qui est importante dans cet opus. Du coup, l’intrigue semble un poil moins trépidante que dans le premier tome… mais, curieusement, elle est tout aussi prenante. À côté des grandes manœuvres politiques, il y a les petites combines personnelles, et les destins plus insignifiants qui se mêlent à la trame générale. Tout cela s’organise brillamment et constituent une histoire de plus en plus complexe – mais dans laquelle on ne se perd jamais.
Par ailleurs, l’intrigue, en gagnant en complexité, est aussi devenue bien plus sombre : tous les coup bas sont permis et l’auteur n’hésite pas à sacrifier quelques pions de son échiquier, au grand dam du lecteur…
Cet opus est donc un savant mélange entre actions, complots, retournements de situations, et réflexions plus calmes. Comme dans le premier volume, l’histoire est maîtrisée en tous points, et le suspens au rendez-vous. Résultat ? Des chapitres qui s’avalent presque tout seuls, et une extrême difficulté à lâcher le roman…

Mais là où cela devient génial, c’est qu’à plusieurs reprises, l’intrigue bascule dans des directions totalement inattendues. La fin du premier tome annonçait déjà la couleur et faisait prendre à l’histoire un tour des plus originaux ; la source est loin d’être tarie, quand on voit la qualité et l’originalité de ces nouveaux rebondissements – et donc on s’attend à un tome tout aussi explosif par la suite.
La fin, pleine de poésie et de magie, donne à nouveau furieusement envie d’avoir la suite !

Bref, Martyrs II, c’est du grand art. Et à propos d’art, le roman est illustré de portraits des personnages, et de cartes de tarot. Sublimes ! On regrette juste de les avoir en noir et blanc, car ça ne leur rend pas totalement justice…

Martyrs continue donc de me subjuguer et je trépigne évidemment d’impatience en attendant le troisième volume. L’intrigue est tout bonnement géniale, et file vers des horizons tout à fait inattendus, mais parfaitement amenés. C’est passionnant car la situation politique a été soigneusement fignolée ; on se croirait en pleine partie d’échec et on ne s’ennuie pas un seul instant. Voilà de l’excellente fantasy (française, en plus !) à côté de laquelle il serait extrêmement dommage de passer !

Info bonus : le premier volume sort en poche le 13 mai 2015… à temps pour les Imaginales, donc 🙂

◊ Dans la même série : Martyrs (1) ;

Martyrs, livre II, Oliver Peru. J’ai Lu, 2014, 637 p. 

Lecture commune ! Ils l’ont également lu :  Solessor, DarkToy, erine6, Vashta NeradaLa tête dans les livres, yuya46, Altaira, angelebb, Camille7 et Mypianocanta.

ABC Imaginaire 2015

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Les Rivières de Londres, Le Dernier apprenti sorcier #1, Ben Aaronovitch

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Peter est à deux doigts de terminer sa formation lorsqu’il s’aperçoit que les fantômes existent, et qu’il peut leur parler. Ce qui est plutôt pratique lorsque le seul témoin du meurtre sur lequel on enquête est mort depuis un siècle. Et Peter n’est pas au bout de ses surprises. Car, au lieu d’intégrer la police criminelle comme il le voulait, il est recruté par le très étrange inspecteur Nightingale, l’inspecteur chargé du non moins étrange bureau des affaires surnaturelles de la police londonienne. Au menu, traquer vampires, sorcières, et autres créatures de la nuit ; faire respecter les divers accords des forces occultes ; réconcilier les divinités qui se partagent la Tamise et les rivières de la cité ; et, bien sûr, apprendre le latin, le grec ancien, et une montagne d’incantations diverses et variées. Peter a fort à faire, car selon un accord très ancien, il s’apprête à devenir le dernier sorcier de Londres… et policier émérite ! 

Le Dernier apprenti sorcier est une série d’urban fantasy au premier tome bien ficelé : entre l’enquête toute policière, les diverses recherches via Internet et logiciels spécialisés, on croise fantômes, vampires, et autres créatures surnaturelles. Sous la houlette de Nightingale, son supérieur direct, Peter apprend tout ce qui est nécessaire à un apprenti sorcier.
Quelques pages pour nous situer le contexte de l’enquête policière, et l’auteur nous propulse dans les méandres surnaturels de l’affaire. Comme notre héros, on découvre donc avec stupeur que Londres n’est pas habité que par des humains en bonne et due forme, et qu’il faut parfois donner de sa personne pour gérer toute l’affaire, lorsqu’on est un policier-sorcier.
Le mélange entre surnaturel et enquête policière est très réussi : d’une part, on adhère sans souci à l’univers fantastique et, d’autre part, la précision des recherches rend l’enquête très authentique. D’autant que Peter et Nightingale ne résolvent pas tous leurs problèmes à coups de sortilèges. Rien de tel qu’une grenade au phosphore et l’intervention des pompiers pour se débarrasser d’un foyer vampirique, par exemple…

L’univers n’est pas, en lui-même, très original : il y a des fantômes, des divinités, des vampires, des sorciers… mais, voilà, Ben Aaronovitch apporte à tous cela ses petites touches personnelles. Les fantômes se différencient des spectres, les vampires, comme on l’a vu, se chassent à coups de grenades, les différentes rivières de Londres sont gouvernées par des dieux et déesses parfois susceptibles, et qu’il faut calmer à de nombreuses reprises. Il y a, bien sûr, les différents sortilèges tirés du latin, les techniques issues des travaux de Newton.

Peter, le personnage principal, mène l’enquête… comme il peut. Le roman est plein d’un humour très britannique, pince-sans-rire, souvent du au décalage entre l’action et les réflexions de Peter, ou ses balbutiements magiques. L’apprentissage s’intercale avec l’enquête, ou les histoires des personnages. Ainsi, on suit avec plaisir les échanges entre Peter et Lesley, sa très efficace – mais distante – collègue. Nightingale, un peu vieux jeu, remplit son rôle de vieux mentor. Et les personnages secondaires sont tout aussi travaillés; de Molly, la gouvernante, aux différentes rivières de Londres, on navigue entre des personnages complexes et bien dessinés.

Ce premier tome du Dernier apprenti sorcier est donc très convaincant : l’univers urban fantasy est extrêmement bien construit et mis en scène, les personnages complexes, l’intrigue très travaillée. L’auteur, dans un univers assez classique, insuffle suffisamment de petits détails originaux et particuliers pour créer une ambiance inédite. Il mêle si bien enquête et vie privée des personnages que l’on lit autant pour connaître le fin mot de l’histoire, que pour savoir comment les relations des personnages vont tourner : le suspens est donc au rendez-vous sur tous les tableaux. De plus, le texte est pétri d’un humour tout britannique, qui amène souvent le lecteur à sourire. 
En somme, c’est une série d’urban fantasy qui démarre extrêmement bien, et dont je lirai très certainement la suite !

 

Le Dernier apprenti sorcier #1, Les Rivières de Londres, Ben Aaronovitch. Traduit de l’anglais par Benoît Domis. J’ai Lu (Nouveaux Millénaires), 2012, 380 p.

 

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Et puis après ? Katie Williams

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Il a suffi d’un rien pour que Paige meure. Depuis ce fatal cours de physique, durant lequel elle est tombée du toit, Paige est coincée dans son lycée, comme une sorte de fantôme. Invisible aux yeux des autres, elle observe, attend, écoute… jusqu’au jour où Paige surprend une rumeur. On dit qu’elle s’est suicidée. Il faut absolument qu’elle rétablisse la vérité. Qu’elle leur dise, à tous, aux vivants, que ce n’est pas vrai. Mais comment se faire entendre quand on est… morte ?

Que se passe-t-il quand on est mort ? Dans l’univers de Kate Williams, on hante son lieu de mort, sans pouvoir le quitter. Paige est décédée au lycée, et son fantôme est condamné à suivre indéfiniment la routine lycéenne. Dans son malheur, elle a de la chance : il y a déjà eu deux adolescents morts au lycée. Ethan, dont le fantôme hante les murs depuis un temps indéterminé, et Brooke, décédée d’une overdose dans les toilettes quelques semaines à peine après Paige. Le fantôme de Paige souffre de voir ses amis souffrir mais, le jour où Kelsey, la peste de service, claironne que Paige s’est volontairement jetée du toit, la jeune fantôme voit rouge et cela motive son envie de faire changer les choses. Et elle finit par trouver un moyen de, peut-être, redorer son blason : un combat de longue haleine commence.

Et puis après ? pourrait être un roman se déroulant dans le cadre d’un lycée, si ce n’est que Paige est un fantôme. Elle ne peut pas quitter les lieux, mais on se rend compte assez vite qu’elle continue de se comporter comme une ado normale : elle va en cours (pas tous), elle piste ses amis, récolte les potins, traîne à la bibliothèque, et discute avec ses compatriotes fantômes. Paige est une lycéenne lambda, avec des histoires et des problèmes d’ado, qui nous parlent. Mais, en même temps, c’est un fantôme : de ce point de vue-là, l’auteur a vraiment très bien mêlé les deux univers, et c’est ce qui fait tout l’intérêt du roman. De plus, Paige est une héroïne que l’on suit avec plaisir : c’est une battante, elle prend le taureau par les cornes et ne passe pas la moitié du roman à s’apitoyer sur son triste sort.

On suit ses investigations en se posant les mêmes questions qu’elle : pourquoi et surtout comment est-elle morte, puisqu’elle ne s’est pas suicidée ? Comment Brooke est-elle morte, elle aussi ? Depuis combien de temps Ethan est-il là ? Comment faire pour que son souvenir ne s’évapore pas tout bêtement de l’esprit des gens ? L’intrigue progresse assez lentement, révélant le stratagème de Paige par petites touches. La fin, en revanche, est un peu rapide : on devine le nœud de l’intrigue, et la chute semble se régler en deux temps trois mouvements, en regard de la préparation.

Voilà, en somme, un roman adolescent mêlant thèmes propres à la vie lycéenne et fantastique avec art. Malgré une fin rapide, on profite de l’histoire, et de l’énergie déployée par la protagoniste. Bien que les personnages principaux soient des morts et que la mort soit au cœur du récit, c’est surtout de la vie que parle Et puis après ? et avec une certaine justesse. Le roman est bien mené, divertissant, et plein de tendresse. En bref, si vous cherchiez un singleton pour de bonnes vacances, voilà un titre à noter !

Et puis après ? Katie Williams. Milan (Macadam), juin 2014, 214 p.
7,5 /10

 

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La Cité des âmes, La Trilogie des Illumières #3, Neal Shusterman.

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Tout a changé dans l’Éternéant. Mary est impuissante ; Allie-la-sans-Caste a été capturée par les Illumières et les corpsbrioleurs de Mary et attachée en guise de figure de proue sur leur train fantomatique faisant route vers l’Ouest, selon les volontés de Mary. Mais ces troupes ne sont pas les seules de l’Éternéant. Il y a cet étrange roi maya dont Jix, l’émissaire, corpsbriole les grands félins. Il y a aussi l’armée des Fluos, dont l’agressivité est sans égale. 

Et puis, bien sûr, il y a l’Ogre en chocolat. Sans parler du terrible spectre balafré. 

Voilà ce qu’on appelle une fin en beauté. Les deux premiers tomes de la Trilogie des Illumières étaient très bons, ce dernier est tout simplement excellent : on y retrouve tout ce qui avait fait le charme du début de la série, et ce volume tient toutes les promesses du second tome.

On retrouve les personnages qu’on avait quittés : Mikey, Allie, Nick, sont plus touchants que jamais. Mary, de son côté, reste (malheureusement) fidèle à elle-même. Les nouveaux personnages (Jix en tête) sont intéressants à découvrir, et mettent en lumière de nouveaux aspects de l’univers. De plus, Shusterman fait tourner ses personnages : ce ne sont pas toujours les mêmes qui tiennent la tête d’affiche, et c’est vraiment bien. Non seulement cela éclaire sur l’avenir de tel ou tel personnage qu’on avait perdu de vue, mais cela permet en plus de donner une meilleure vision des éléments, tout en entretenant un bon suspens : le procédé est parfait, et met aussi bien en valeur protagonistes et opposants. Mais ce qu’il y a de bien avec Shusterman, c’est que même les personnages les plus détestables peuvent avoir des bons côtés, bien développés ; c’est le cas de Milos, par exemple : aussi désagréable soit-il, ses diverses mésaventures rendent le personnage très touchant. Tout cela forme d’intéressantes réflexions sur les notions de bien et de mal, de bien commun, ou de raison du plus fort. Comme dans sa série Les Fragmentés, l’histoire n’est pas gratuite : Neal Shusterman parsème ses aventures de dilemmes quasi-cornéliens aboutissant à des choix (pas toujours déchirants), de réflexions philosophiques, et de cheminements de pensées à méditer. Ce qui fait que, à l’instar des autres, ce roman est certes divertissant, mais comporte en plus un fond de réflexion passionnant. Rien que pour ça, ça le rend difficile à lâcher.

Il faut également compter sur le récit très maîtrisé : le rythme est soutenu, le suspens présent et, lorsque l’on pense que la situation est réglée, ou que la tension tend à retomber, l’auteur place habilement un effet d’annonce ou une subtile relance des événements : c’est tout bonnement infernal, au sens où le lecteur n’a pas une minute de répit. On s’angoisse, on se triture le cerveau, on se pose des questions existentielles et, pire que tout, on veut savoir comment cela va se finir.
Cette fin, justement, est tout simplement parfaite : pas de happy end à la Disney, pas de conclusion déchirante digne d’une pièce romantique, mais un juste milieu qui, par certains aspects, laisse le lecteur avec le cœur gros, alors que par d’autres il le comble de félicité. Du grand art, on vous dit.

D’autant que l’auteur continue d’étoffer son univers, déjà bien entamé dans les deux premiers tomes : caractéristiques physiques, légendes urbaines, créatures, fonctionnement, on en apprend plus sur quasiment tous les points, ce qui donne l’impression que l’on connaît l’Éternéant du mieux possible – tout en imaginant bien qu’il peut encore nous réserver des découvertes.

La Cité des âmes est donc une conclusion à la hauteur du début de la série, et une fin magnifique. Le style est vif, c’est prenant, palpitant, et c’est avec beaucoup de regrets que l’on quitte cet univers onirique et poétique. L’auteur a su conserver l’originalité et les découvertes jusqu’au bout, et ses personnages ont su évoluer tout en restant fidèles à leurs convictions. L’intrigue achève de se déployer, et se révèle dans toute son ampleur : ce dernier opus est tout simplement époustouflant ; comme le volume précédent, c’est un gros coup de cœur, et c’est avec une légère tristesse que j’ai quitté cet incroyable univers. Alors si vous cherchez une lecture palpitante, portée par des personnages intelligents et bien construits, dans un univers original, le tout parsemé d’un soupçon de fantaisie et de poésie, arrêtez-vous là : les Illumières sont faits pour vous !

 

◊ Dans la même série : [L’Éternéant] (1).
Le Voyage des âmes perdues (2).

 

La Trilogie des Illumières #3, La Cité des âmes, Neal Shusterman. Editions du Masque (MsK), janvier 2014, 506 p.
9,5 / 10. 

 

 

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