Rage, Orianne Charpentier.

Rage… C’est le surnom que son amie lui a donné.
C’est désormais ainsi qu »elle se nomme, pour oublier son prénom, ce nom d’avant, celui de son enfance, d’avant l’exil, la déchirure. Son pays d’origine, on ne le connaîtra pas.
Il nous suffit de deviner que Rage a eu affaire à la violence des hommes, de la guerre. Et voilà réfugiée en France, sans plus de repères, ni de famille. Telle une bête traquée, elle se méfie de tous. Mais un soir, sa route croise celle d’un chien – dangereux, blessé, visiblement maltraité. Désormais, sa propre survie passe par celle de l’animal…

Rage est un roman très court – tout juste une centaine de pages, menées par la protagoniste éponyme. Celle-ci en déborde, de rage, suite à son enfance fracassée, la fuite, l’exil, l’arrivée dans un nouveau pays dont elle ne maîtrise pas encore les codes et tellement éloignés de ce qu’elle a connu.

On est donc face à un personnage multi-traumatisé, qui a du mal à faire confiance à qui que ce soit — y compris à elle-même. Le parallèle avec la chienne blessée est donc plus que facile à faire.

Le récit est construit comme une tragédie (d’ailleurs, il en sera question au fil du texte) : l’intrigue tient sur une nuit, quasiment dans un seul lieu (les quelques kilomètres autour de la maison de Jean) et ne comporte qu’un fil d’intrigue : la reconstruction de Rage.
De celle-ci, on ignorera jusqu’à la fin le prénom, la langue et le pays d’origine, de même que l’année de son arrivée en France : le récit atteint donc très facilement un statut intemporel.

Côté style, la plume est vive et percutante mais j’ai été assez dérangée par le changement opéré aux deux tiers du récit : au départ, le texte fourmille de dialogues, qui viennent perturber le récit de Rage, celle-ci étant entourée des autres jeunes faisant la fête avec elle ; mais, lorsqu’elle se retrouve seule avec Jean et la chienne, c’est le discours indirect libre qui l’emporte. Or, j’ai trouvé cette partie-là nettement mieux écrite que la précédente, bien plus incisive et parlante à propos de l’état de la jeune femme. Les deux parties du livre m’ont donc semblé un peu déséquilibrées : je n’irai pas jusqu’à dire que je n’ai pas été intéressée par la première partie, mais seule la seconde m’a touchée, en raison de son intensité rare, et absolument passionnée.

Malgré tout, il m’a été très difficile d’arrêter ma lecture, tenue en haleine que j’étais par les événements qui s’enchaînent. Ceux-ci font d’ailleurs un douloureux écho à l’actualité : si la partie concernant les maltraitances sur animaux occupe la portion congrue, celle sur les réfugiés de guerre forcés d’immigrer et l’accueil qui leur est réservé dans les pays étrangers qui acceptent de les recevoir est absolument centrale – et on ne peut la lire sans penser à tout ce qu’il se passe en ce moment, bien évidemment. Le cas des mineurs isolés reste particulièrement tragique : coupés de tout lien familial, vivant avec des traumatismes difficiles à soigner, leur reconstruction est d’une difficulté extrême.

Avec Rage, Orianne Charpentier signe un roman court et particulièrement incisif qui fait écho à l’actualité en évoquant avec justesse les trajectoires ô combien dramatiques des mineurs isolés étrangers. L’histoire ne dure qu’une courte nuit, mais a l’intensité d’un cri primal, celui que l’on sent bouillonner dans les entrailles de Rage. Un court roman à recommander aux adolescents et qui s’avérera idéal pour une discussion autour de ce que vivent les jeunes de leur âge ailleurs dans le monde, dans des contrées moins riantes que les nôtres. 

Rage, Orianne Charpentier. Gallimard jeunesse, mars 2017, 112 p. 

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Chasseurs de livres #1, Jennifer Chambliss Bertman.

Un livre caché. Un message codé. La chasse peut commencer.
Émily est une passionnée de la Chasse aux livres, un jeu créé par son idole, le célèbre éditeur californien Garrison Griswold. Il s’agit de décrypter des messages codés pour trouver l’emplacement de livres cachés !
Mais lorsqu’elle emménage avec ses parents à San Francisco, patrie de la Chasse aux livres, elle est choquée d’apprendre que M. Griswold a été agressé alors même qu’il allait lancer une nouvelle quête livresque d’une ampleur inédite.
À elle et à ses amis de jouer !

Chasseurs de livres est un peu le mélange parfait pour les amateurs de lecture et de chasse au trésor : en effet, Émily est accro à Book Scavenger, un site qui répertorie des livres voyageurs que l’on ne peut trouver qu’en résolvant les énigmes laissées par ceux qui ont caché les livres. Vous, je ne sais pas, mais moi ça me vend du rêve.
De temps en temps, le créateur du jeu, Garrison Griswold, organise un jeu spécial dans sa ville, San Francisco. Ce qui est la seule raison pour laquelle Émily est, cette fois, contente de déménager — ses parents ayant en effet décidé d’avoir une maison dans chaque état des États-Unis, ils déménagent tous les ans, au grand dam de la jeune fille qui ne peut se lier d’amitié avec personne.

Jennifer Chambliss Bertman nous dresse le portrait d’une jeune fille solitaire, qui n’ose pas se lier avec les autres en raison de ses constants déménagements. En quelques pages, elle nous croque un portrait particulièrement touchant. Et l’intrigue de fond démarre rapidement, Émily mettant assez vite la main sur ce qu’elle pense être le départ du nouveau jeu issu du génial cerveau de Garrison Griswold. Et ce qui est palpitant, c’est que l’histoire démarre sur les chapeaux de roue, et à tous les niveaux : Émily se lance à fond dans sa quête mais, en même temps, rencontre son voisin James, lui aussi fan des crytpogrammes et avec qui elle se lie rapidement d’amitié. Parallèlement, elle doit faire face au gouffre qui se creuse entre elle et son frère, leurs goûts changeant avec l’adolescence. Tout en gérant sa propre adolescence, son arrivée dans une énième nouvelle école inconnue et une nouvelle maison !
Ainsi, sous des dehors de roman d’aventure dynamique — ce qu’il est indéniablement ! — le roman évoque des sujets de société comme le déracinement, l’amitié, les relations familiales, l’angoisse d’une nouvelle école où l’on ne connaît personne, ou la crainte de ne pas être adoubé par la majorité. Autant de thèmes susceptibles de parler au plus grand nombre !

Mais ce que j’ai préféré, c’est évidemment la chasse au trésor à laquelle se livrent Émily et James. Le texte est bardé d’énigmes, cryptogrammes et autres messages codés à décrypter — pas de panique, toutes les solutions sont données. La chasse au livre et au trésor est particulièrement prenante, d’autant qu’Émily et James ont affaire à de sérieux opposants, qui ne reculent devant aucun coup bas. J’ai également aimé que celle-ci soit fondée sur l’œuvre d’Edgar Allan Poe, dont la production sert de supports aux indices de la chasse? On en apprend donc pas mal sur la littérature du XIXe siècle, mais aussi sur l’histoire littéraire, qui dissimule elle aussi son lot de petites énigmes et de grandes disputes. Et ça m’a même donné envie de remettre le nez dans les écrits d’Edgar Allan Poe — qui m’a terrifiée au point de m’infliger de longs mois de cauchemars avec son Double assassinat dans la rue Morgue, que je n’ai jamais fini ! Mais pas seulement, car il est aussi question des écrits de Dashiell Hammett, Jack Kerouac et de la Beat Generation : idéal pour en apprendre un peu !

J’ai donc éprouvé une tendresse particulière pour la jeune héroïne de Jennifer Chambliss Bertman : Emily doit faire face à de nombreux problèmes qui touchent les adolescents (mais pas que, car les adultes ont également droit à leurs histoires) : ainsi, il est question au fil des pages de déracinement, de la vie en société, de la découverte d’un nouvel environnement, d’amitié ou de relations familiales. Le tout servi sous couvert d’une passionnante chasse au livre, truffée d’énigmes et d’anecdotes liées à la vie littéraire du XIXe siècle. L’intrigue est dynamique, les personnages attachants et le tout s’est avéré particulièrement prenant. S’il devait y avoir une suite, je ne manquerai pas de la lire !

Chasseurs de livres #1, Jennifer Chambliss Bertram. Traduit de l’anglais par . R. Laffont, février 2017, 429 p.

Tuto n°1 : embrasser comme une déesse, Brianna R. Shrum.

Suite au remariage de son père avec une femme beaucoup plus jeune que lui, cinq ans plus tôt, Renley n’a quasiment plus aucun contact avec sa mère, partie vivre à New York. La jeune fille est une tête en math – bref, on ne peut pas dire que ce soit la plus cool des lycéennes – et entretient une relation platonique avec son voisin et meilleur ami, aux côtés duquel elle a grandi. Car même s’il est très amoureux, elle ne se voit pas du tout sortir avec lui. Pour un voyage de classe… à New York justement… Renley a besoin de réunir un peu d’argent et décide de lancer un blog qu’elle monétise. L’argument ? Des réponses d’expert, vécues de première main, aux questions que se posent les ados. Jalouse de son indépendance, elle préfère garder sa véritable identité secrète. C’est le début d’une quête qui va la transformer et changer le regard que les autres portent sur elle…

Renley, en seconde, n’a pas une vie très marrante : sa mère l’a abandonnée cinq ans plus tôt et, depuis qu’elle a été trompée par le père de Renley (qui l’a remplacée par Stacey, une femme bien plus jeune), elle ignore purement et simplement sa fille et a refait sa vie à New-York. Le voyage organisé par le club de maths est donc l’occasion ou jamais de renouer les liens avec sa mère disparue. Sauf que le plan brillant imaginé par Renley (créer un blog avec des tutos répondant aux grandes questions des adolescents) pourrait bien ne pas être aussi efficace que ce qu’elle avait imaginé…

Le début du récit met en scène une jeune fille peu populaire et surtout très malheureuse, bien qu’elle refuse de l’admettre. Mais, au fil des tutos qu’elle poste, Renley se met à prendre de plus en plus d’assurance, passant peu à peu de l’autre côté de la barrière – celle séparant les filles adulées et populaires des filles lambda. Or, ce qui devait arriver arriva : Renley finit par prendre la grosse tête et perd ses amis. Retour à la case départ, ne touchez pas les 20 000 € et perdez vos acquis. Alors, qu’on se rassure, l’histoire n’est pas totalement noire. En fait, on rit même beaucoup et ce à tous les chapitres. Car Brianna R. Shrum nous raconte le tout avec beaucoup d’humour. Quoiqu’assez dramatiques (on y reviendra), les aventures de Renley sont pour le moins cocasses… et on y prend goût !

Les chapitres sont nommés comme les tutos, ce qui induit un suspens pas désagréable – au fur et à mesure, on se demande en effet comment va se réaliser la prédiction du titre. Celui-ci est là soit parce que Renley travaille son sujet (par exemple : comment faire une tresse cascade, comment réussir un œil de biche, comment s’épiler le maillot, comment embrasser comme une déesse…), en bonne experte consciencieuse, soit parce qu’elle fait l’expérience d’une nouvelle facette de la vie d’ado.
Et si elle en expérimente les plus agréables (l’amitié, la popularité, l’amour), elle en teste également les plus sombres (addiction à cette même popularité, prises de risques inconscientes, harcèlement, etc.). L’auteur parle vraiment bien de la vie lycéenne, de l’adolescence et de ce que l’on peut traverser durant ces périodes. Le roman évoque également, en filigrane, quelques préoccupations de société : il est question de réseaux sociaux et, évidemment, de la place de plus en plus importante (et flippante ?) qu’ils prennent dans la vie des ados. Corollaire : le roman évoque également le slut-shaming (un sujet merveilleusement développé dans La Vérité sur Alice par Jennifer Mathieu) et le harcèlement – car on s’en doute au vu du titre, Renley quitte assez vite la sphère des tutos coiffure-maquillage pour attaquer les vraies questions d’ados.

En filigrane aussi : les relations familiales, les familles décomposées et recomposées et le ravage qu’une absence de communication peut avoir sur un adolescent. À ce titre, la mère de Renley remporte sans doute la palme de la mère indigne de la littérature jeunesse ! Heureusement, celle-ci peut se rattraper sur ses amis, au nombres desquels April, la meilleure amie (elle aussi au club de maths) et Drew, son voisin et meilleur ami depuis toujours. Avec l’un comme avec l’autre, Renley a des relations touchantes et a des échanges passionnants (profonds, houleux, émouvants, il y en a pour tous les goûts). Et la romance, dans tout ça ? Oui, le titre annonce clairement la couleur, le roman laisse une large part à l’histoire sentimentale – ce qui, ne nous mentons pas, est sans doute LA préoccupation majeure des adolescents. Mais dans sa quête monétaire et de renseignements de qualité, Renley va faire l’expérience des premiers émois amoureux et des questionnements qui leur sont inhérents. Et ce sans qu’on trouve le tout pénible, redondant ou déjà-vu. Ce qui, de mon point de vue, est excellent !

J’ai donc lu Tuto n°1 d’une traite, passionnée par la vie absolument chaotique et passionnante de Renley. Ses tribulations et questions existentielles, quoique courantes, ont parfois des conséquences assez dramatiques, néanmoins racontées avec beaucoup d’humour. On ne s’ennuie pas un instant et, de plus, Brianna R. Shrum dresse un très beau portrait de l’adolescence d’aujourd’hui !

Tuto n°1 :  embrasser comme une déesse, Brianna R. Shrum.
Traduit de l’anglais par Maud Ortalda. Lumen, 16 mars 2017, 373 p. 

 

Le Pari, Le Noir est ma couleur#1, Olivier Gay.

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Normalement, Alexandre le bad boy du lycée n’aurait jamais prêté attention à Manon l’intello du premier rang. Pourtant, à la suite d’un pari, il a décidé de la séduire.
Normalement, Manon n’aurait jamais toléré qu’Alexandre vole à son secours. Pourtant dans l’obscurité d’une ruelle, sa présence s’est révélée décisive.
Alexandre doit se rendre à l’évidence. Rien n’est normal dans cette histoire.
Manon acceptera-t-elle qu’il entre par effraction dans son univers ?

La fin de l’année 2016 et le début de 2017 ont donc été résolument marqués par la bibliographie d’Olivier Gay ; après avoir découvert Faux frère, vrai secret et La Main de l’empereur, me voilà donc ouvrant enfin – enfin !! – le premier volume du Noir est ma couleur, une série jeunesse encensée sur les blogs. Et à raison ! Et il faut dire que ce roman a fait commencer l’année très fort : première lecture, premier coup de cœur !

Le roman commence comme un roman adolescent un peu classique : on découvre Alexandre, lycéen de 16 ans de son état, très occupé à agacer sa mère avant de rejoindre un lycée dans lequel il fait plutôt partie des gentils amuseurs de la classe que de l’élite étudiante. Au chapitre deux, on attaque de front la fantasy urbaine. Car on y découvre Manon, élève dans la même classe d’Alexandre, en proie à un problème d’eau chaude sous la douche… qu’elle règle spontanément d’un petit coup de magie. En toute simplicité !
Les chapitres sont consacrés en alternance à Alexandre et à Manon ; ceux du premier sont rédigés au présent, tandis que ceux de la seconde sont au passé – pas moyen de confondre les deux voix, donc. Et l’alternance des deux voix nous permet, d’une part, de voir les scènes sous différents angles (et de se rendre compte que les deux personnages n’ont pas toujours les mêmes objectifs ou avis) et, d’autre part, d’instaurer un certain suspens. Car lorsqu’ils sont séparés, on se demande bien ce qu’il est en train d’arriver à l’autre !

Dès le début, Olivier Gay s’attache à nous rendre les personnages proches et sympathiques : j’ai apprécié autant Alexandre la tête-brûlée que Manon la bonne-élève et le contraste entre les deux fonctionne à plein.
Ce qui a également très bien fonctionné pour moi, une fois n’est pas coutume, ce sont les lieux communs de la littérature young-adult. Je vous dis « beau gosse mal léché habitué aux conquêtes » versus « jolie fille qui s’ignore plutôt première de la classe », vous me dites ? Romance ? Mais oui !
Sauf que, pas tout à fait. Ou pas vraiment. Ou pas comme on aurait pu s’y attendre. Au fil des chapitres, Olivier Gay va ainsi recourir à plusieurs clichés qu’il détourne, pour nous proposer une aventure parfaitement ficelée. Car s’il y a rapprochement entre les deux, c’est par pure (ou presque) nécessité. De plus, les deux personnages, sous des dehors d’un classicisme absolu, s’en tirent vraiment bien : car loin de les avoir pensés puissants/très doués/imbattables, Olivier Gay a tissé deux adolescents qui réagissent tout naturellement à ce qui leur arrive (que ce soit dans les péripéties fantastiques ou dans la vie quotidienne). En gros, ce sont de vrais ados. Du coup, ils n’en sont que plus crédibles ! Et ce duo, aussi attachant que réaliste, est vraiment le point fort du roman. Et s’ils semblent un peu cliché sur le papier, ils s’avèrent finalement assez surprenants – d’ailleurs, le plus mignon n’est pas toujours celui que l’on croit, ce qui peut être parfois assez surprenant !

Côté magie, l’auteur s’appuie sur le Spectre des couleurs ; chacune des 7 couleurs de l’arc-en-ciel donne au mage qui les convoque un type de pouvoir différent. Et les mages des couleurs se collettent méchamment avec les mages… noirs, évidemment ! Les seuls à utiliser la 8e couleur, rigoureusement interdite, puisque liée aux forces des ténèbres. Si cette partie-là peut vous sembler un peu déjà vue, la façon dont les mages se gorgent de couleurs pour lancer leurs sortilèges est plutôt originales. Chaque petit détail, surprenant et original, vient constituer un univers à la fois complexe, original et dans lequel on se fond sans aucune difficulté. Dès le départ, j’ai eu l’impression d’évoluer dans un univers à la Pierre Bottero alors que, fondamentalement, les romans ont peut de chose en commun, hormis cette façon de se rendre immédiatement accessible et terriblement attrayants au lecteur. Du coup, c’en était même difficile de le quitter.

Avant de conclure, il faudrait que je parle aussi du style, qui est certainement pour beaucoup dans le fait que j’ai littéralement dévoré ce roman. Celui-ci est alerte, enlevé, volontiers enjoué ou plein d’humour et parvient à instaurer rythme et tensions d’un bout à l’autre du roman.

Le Pari est donc une formidable découverte, qui m’a tenue en haleine de la première à la dernière page. Surtout vu l’ampleur du retournement de situation sur lequel se clôt l’histoire – rebondissement qui donne, évidemment, follement envie de lire la suite. L’intrigue, l’univers à la fois familier et original, le duo attachant, le style, tout concourt à faire de ce premier tome une sacrée réussite, qui plaira autant aux jeunes lecteurs (disons dès 12 ans) qu’à leurs aînés.

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A Silent voice 5-7, Yoshitoki Oima.

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Après la sortie au parc d’attractions qui a regroupé plusieurs anciens camarades, Shoya est embarqué dans le projet de film de Tomohiro, qui le propulse assistant. Premier problème : alors que l’histoire du film s’inspire de la rencontre providentielle entre Tomohiro et Shoya, qui n’aurait jamais eu lieu sans Shoko, celle-ci ne fait pas partie de l’équipe et les participants semblent trouver normal de l’écarter en raison de sa surdité, ce qui ne plaît pas du tout à Shoya. Second problème : Tomohiro veut absolument tourner une scène dans une école. Il charge donc Shoya d’aller demander l’autorisation de filmer dans son ancien établissement. Pour des raisons évidentes, celui-ci n’a pas particulièrement envie de remettre les pieds là-bas, d’autant que Tomohiro convainc Shoko de l’accompagner. C’est finalement Satoshi, un jeune homme très critique envers les enfants cruels, qui accompagne Shoya.
Celui-ci éprouve des sueurs froides à l’idée que son secret soit révélé… ce qui ne manque pas, ravivant toutes les tensions qu’il avait, jusque-là, réussi à apaiser.

Ce cinquième volume fait office de pause dans l’intrigue car il met de côté l’histoire entre Shoko et Shoya pour étudier les conséquences de l’odieux comportement de Shoya lorsqu’il était enfant.

Si la mère de Shoko l’exècre toujours au plus haut point, ses camarades de classe qu’il vient de retrouver semblent avoir passé l’éponge, ce qui ne lasse pas d’étonner un Shoya en quête de rédemption. Pire : lorsqu’il retourne dans son école, son ancien professeur semble suggérer que le problème venait de Shoko elle-même ! Ajouté au fait que l’ensemble de ses camarades participant au film semble trouver normal d’écarter Shoko en raison de son handicap, Shoya comprend qu’il y a encore un long chemin à parcourir pour atteindre la tolérance – chemin qu’il n’a, lui-même, pas fini de parcourir.
Comme le volume développe plusieurs arcs narratifs, il semble un peu plus lent que les autres. Parallèlement, Yoshitoki Oima évoque la réalisation du film, la relation amicale (mise à mal) entre Shoya et Tomohiro et, de façon plus générale, entre Shoya et ses camarades, l’étrange relation qui unit Shoya à Shoko (laquelle continue de penser qu’elle est la cause de tous les maux), ainsi que la perception du handicap dans la société (qui aurait bien besoin de progresser).
Les rumeurs allant bon train, Shoya est de nouveau au centre de toute l’attention, ce dont il se serait bien passé. À nouveau, le suspense psychologique est très fort, puisqu’on se demande si Shoya va réussir, cette fois encore, à s’en sortir.
C’est, finalement, sur les toutes dernières pages que se concentre toute l’action : les derniers événements changent beaucoup de choses, amènent encore plus de questions et, surtout, laissent le lecteur sur des charbons ardents !

Malgré une petite baisse de rythme, voilà encore un tome passionnant et qui donne de plus en plus envie de lire la suite !

A Silent voice, tome 5, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, octobre 2015, 192 p.

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A l’issue du volume précédent, Shoya sauvait in extremis Shoko d’une chute mortelle. Et c’est finalement lui qui se retrouve branché à une machine, coincé sur un lit d’hôpital…

Voilà un opus bien différent des précédents ! En effet, l’histoire tourne, généralement, autour de Shoya. Or, là, il en est totalement absent, puisque dans le coma. Cela laisse toute latitude à Yoshitoki Oima pour développer les autres personnages, comme les familles respectives de Shoya et Shoko, que l’on voit, finalement, assez peu dans le reste du manga. Ce que l’on découvre sur l’une et l’autre est vraiment intéressant et permet de remettre pas mal de choses en perspective, notamment du côté de Shoko.
Et, alors que la petite bande d’amis semble de plus en plus soudée, l’odieuse Naoka contine de représenter la frange qui pense que les personnes handicapées ne sont qu’un poids mort pour la société. Yoshitoki Oima procède à un examen des mentalités assez poussé, tout en laissant entrevoir une possible amélioration de ces mêmes mentalités.

Bon an mal an, le tome se déroule sur un rythme que l’on pourrait presque trouver monotone comparé à ce qui s’est passé avant. Mais c’est aussi l’occasion pour les personnages de se remettre en question – et il y en a à qui ça ne fait vraiment pas de mal !

Tout cela aboutit à une scène de conclusion relançant immédiatement les interrogations ! Sachant qu’il ne reste qu’un tome, on se demande comment l’auteur va parvenir à conclure cette émouvante histoire. 

A Silent voice #6, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, janvier 2016, 
192 p.

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Et voici venue la conclusion tant attendue de la série phénomène de Yoshitoki Oima !

Et, au vu des six premiers tomes, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir une légère pointe de déception à la lecture de celui-ci. En effet, cette conclusion a un petit goût d’inachevé, comme si l’auteur n’était pas allée vraiment au bout des choses au vu des pions qu’elle avait avancés.
Bon, il faut nuancer un peu : toutes les intrigues trouvent une conclusion ici et on assiste même à l’entrée de Shoko et Shoya dans la vie adulte, main dans la main, ce qui est bien agréable quand on voit d’où ils sont partis. Mais voilà, peut-être la part de midinette qui, manifestement, se terre quelque part en moi, en espérait-elle un peu plus.

Malgré cela, A Silent voice est une série qui vaut vraiment le détour. Yoshitoki Oima signe une série lumineuse, émouvante, pleine d’émotions, qui traite avec intelligence et subtilité le thème du handicap – aujourd’hui toujours tabou et ce, quel que soit le pays dont on parle.
Elle brasse, ainsi, de nombreux thèmes, tous creusés : harcèlement scolaire, amitié, amour, adolescence. C’est une série très émouvante, mais aussi riche d’enseignements , à mettre entre toutes les mains ! 

A Silent voice #7, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, avril 2016, 192 p.

◊ Dans la même sérieA Silent voice (1-2) ; A Silent voice (3-4).

Le Temps des mitaines, Loïc Clément & Anne Montel.

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Arthur vient d’emménager dans le village des Mitaines. Dès son premier jour dans la nouvelle école, il apprend qu’un élève a mystérieusement disparu. Sa curiosité est piquée, et avec l’aide de ses nouveaux amis, l’amusante Pélagie, l’intrigante Kitsu, le génie de la bande Gonzague et son fidèle compagnon Willo, il se met en tête de trouver le coupable !

Je vous ai parlé il y a peu du deuxième volume de cette série ; cette fois, ça y est, j’ai lu le premier et ça en valait vraiment la peine !

L’histoire s’ouvre sur la double inquiétude d’Arthur : non seulement il entre dans une nouvelle école où il ne connaît personne mais, en plus, son pouvoir magique ne s’est pas encore révélé et il craint que tous les autres n’aient déjà le leur. A cette double angoisse vient bientôt s’en ajouter une troisième : alors que ses camarades sont plutôt sympa et l’école pas si terrifiante, la petite communauté des Mitaines est frappée par des enlèvements inexpliqués. Bientôt, l’angoisse s’installe sur tout le village.

« Du coup, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle…
– C’est quoi la bonne ?
– Je ne crois pas que les élèves se soient fait enlever.
– Super ! Et la mauvaise ?
– Je pense qu’ils se sont fait DÉVORER ! »

Le lecteur est très vite plongé dans l’ambiance bucolique et agréable des Mitaines. Mais, au fil des pages, celle-ci s’assombrit nettement. Au fil des chapitres et de l’enquête – pas toujours discrète – menée par Arthur et ses amis, le suspens monte : sont-ils en danger ou vont-ils trouver le fin mot de l’histoire avant les adultes ? Ceux-ci, empêtrés dans des problèmes d’adultes (faut-il fermer l’école et créer un mouvement de panique ?), ont d’ailleurs bien de la chance d’avoir des enfants aussi perspicaces pour les seconder.
Le petit groupe d’amis est varié et on les suit avec plaisir : il y a Gonzague, l’escargot aux phrases alambiquées et incompréhensibles ;  Willo, la luciole qui n’éclaire jamais aussi fort que lorsqu’il est terrifié ; Pélagie, la souricette tête-en-l’air et déjantée ; Arthur, l’ourson fraîchement débarqué ; et, last but not least, Kitsu, l’énigmatique renarde solitaire. On s’attache très vite à ce petit groupe disparate qui sait mettre de côté les différences des uns et des autres et promeut entraide et solidarité.
Les auteurs parviennent à mêler petites intrigues personnelles et scolaires à l’enquête plus générale dans un ensemble harmonieux. Résultat, l’histoire est très rythmée et on ne s’ennuie pas une minute. De plus, le ton est plein d’humour : malgré l’aspect très sombre de l’histoire, on rit donc beaucoup aux blagues potaches des uns et aux sorties sans queue ni tête de Pélagie.

« Si faut se déguiser en tabouret en rotin pour enquêter dans l’ombre. J’suis votre homme !
– T’es une fille. Pélagie !
– C’est pas grave je ferai la chaise ! »

Il faut, enfin, évoquer le dessin. Les aquarelles dans des tons pastel offrent un univers doux et harmonieux, avec un côté bucolique et enfantin. Mais Anne Montel sait jouer sur les traits et les couleurs pour faire monter tension et angoisse. Le dessin porte l’histoire à merveille et vient en souligner tous les épisodes. En somme : c’est excellent !

Ce premier tome réussit à poser l’univers, les personnages et l’ambiance des Mitaines, tout en proposant une intrigue complète et complexe. Le récit est rythmé et souligné par un graphisme saisissant. Excellent début de série, donc !

« Ah parce que t’as un copain, toi ?
– Roh mais tu suis rien, je viens de te le dire : c’est Arthur !
– Et il est au courant, ton « copain » ?
– Au courant de quoi ?
– Bien que c’est ton copain !
– J’pense que c’est un détail, ça, non ?
– Je vois… »

Le Temps des mitaines, Loïc Clément & Anne Montel. Didier Jeunesse, 2014, 115 p.

 

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C’est l’été au village des Mitaines et l’ambiance n’est plus ce qu’elle était. Il faut dire qu’en découvrant son super pouvoir le candide Arthur est devenu très imbu de lui-même. Personne ne peut plus le supporter, surtout Kitsu, la jolie renarde, avec qui il fait son stage chez des horticulteurs, au bord de la faillite. Réussiront-ils à les sauver ?

Où l’on retrouve la fine équipe ! Cette fois, pas d’enquête policière, mais un problème très humain. Arthur a pris la grosse tête depuis leurs exploits précédents et il est devenu imbuvable. Pas de chance pour la très peu patiente Kitsu, qui doit réaliser son stage avec son camarade…

Comme dans le premier volume, on retrouve le dessin plein de douceur d’Anne Montel, allié au scénario efficace truffé de répliques drôles ou pleines de bon sens. Au travers des problèmes rencontrés par les horticulteurs chez qui Arthur et Kitsu font leur stage, les auteurs sensibilisent les jeunes lecteurs à l’écologie et à l’économie solidaire, tout en les enjoignant à se battre pour ce qu’ils pensent être juste. L’histoire met aussi en avant de belles valeurs comme l’amitié, l’entraide et la solidarité – toutes choses que l’on a tendance à oublier, ces derniers temps – le tout dans une intrigue menée avec efficacité.

Si cet opus est plus court que le premier, on y retrouve l’ambiance douce et poétique qui séduisait dans le premier volume, ainsi qu’un récit efficace, prenant et mettant en avant de belles valeurs ! À découvrir !

Le Temps des mitaines #2, Cœur de renard, Anne Montel & Loïc Clément. Didier Jeunesse, 2016, 62 p.

Nos âmes rebelles, Samantha Bailly.

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Lou et Sonia sont désormais en terminale, et sur le chemin des rêves, espoirs, désillusions et embûches sont à venir.
Sonia finit son premier roman, Lou prépare le concours d’entrée des Gobelins. Car si toutes les deux passent le bac, elles ne rêvent que de partir à Paris étudier. D’ici là, elles développent ensemble leur blog BD, Trames jumelles, dont l’audience ne cesse de croître. Côté cœur, Sonia craque pour Gabriel tandis que Lou se demande ce qu’elle éprouve vraiment pour Vittore…

Où l’on retrouve Sonia et Lou, cette fois en terminale. Pour ceux qui débarquent, pas de panique : les deux tomes peuvent se lire indépendamment l’un de l’autre !
La terminale, donc. Une année décisive pour tant de choses ! Si Sonia hésite à suivre la voie recommandée par son grand-père – la prépa littéraire – et zieute du côté de la fac, Lou est bien décidée à intégrer l’école des Gobelins, malgré le désir de sa mère de la voir mener des études scientifiques. Parallèlement, les deux filles continuent, d’une part, de travailler sur leur grand-œuvre et, d’autre part, d’alimenter leur blog faisant état de leur vie quotidienne en petites bandes-dessinées. Et on constate combien elles ont grandi et évolué depuis le premier volume !

L’histoire est narrée, au fil des mois, alternativement par Sonia et Lou, qui offrent une chronique très bienveillante de la vie adolescente : celle-ci s’expose dans ses désillusions, angoisses et autres tourments, mais aussi dans ses émois et grandes joies.
La vision est bienveillante, mais aussi très réaliste. L’auteur ne verse pas dans le sentimentalisme et ne rosit pas le tableau. De fait, les filles connaissent de grands moments d’exaltation, vite tempérés par la réalité. L’une découvre ainsi que premier amour ne rime pas souvent avec toujours, tandis que l’autre s’aperçoit que les rêves dépassent parfois la réalité.

De nombreuses thématiques sont ainsi abordées, en rapport avec l’amour : il est question de coup de foudre, de palpitations, d’amoureux pas raccords, de rupture, mais aussi d’orientation sexuelle. Comme dans le premier volume, les thèmes sont intelligemment traités, mais la brièveté de l’ensemble laisse l’impression que tout est un peu court.
Ce qui est intéressant, c’est que Samantha Bailly ne se concentre pas seulement sur les adolescentes : les adultes ont également leur part d’intrigue ! Il est donc beaucoup question de la nouvelle vie amoureuse de la mère de Lou et, par ricochet, de la façon dont on s’accommode d’une nouvelle famille recomposée – que l’on soit un enfant, un parent, ou la pièce rapportée du couple. Et, parallèlement à tout cela, il est évidemment question de création. Les deux filles se battent pour émerger dans un milieu très concurrentiel, font des projets, remportent des petites victoires, ou échouent – là, encore, le réalisme fonctionne à plein ! Mais le plus important, c’est que le roman montre qu’il ne faut pas baisser les bras et qu’il encourage les lecteurs (adolescents ou non) à s’engager dans leurs projets, aussi fous puissent-ils paraître. On referme donc le roman avec du baume au cœur.

C’est avec plaisir que l’on retrouve Sonia et Lou dans la suite de leurs pérégrinations. Les deux jeunes filles ont grandi, mûri, mais découvrent que la vie n’est pas toujours aussi rose que ne le laissent penser romans, mangas et autres films. Si le tome semble bien court, c’est que la vie des deux jeunes filles, leurs découvertes, sont absolument passionnantes : un troisième tome ne serait pas de refus ! 

◊ Dans la même série : Nos âmes jumelles (1) ;

Nos âmes rebelles #2, Samantha Bailly. Rageot, février 2016, 280 p.

Rencontre avec Samantha Bailly, dans les locaux de Rageot. 

Samantha Bailly et l’éditeur nous avaient conviées afin d’évoquer la chaîne du livre et le métier d’auteur – puisque Samantha Bailly vit désormais de sa plume. La discussion a été passionnante – pour preuve, elle a bien duré 3 heures ! – et hautement enrichissante, que je vais résumer.

Muriel Couëlan, directrice de Rageot, nous a parlé de la façon dont on édite un roman, qu’il soit d’un auteur français ou étranger. Chez Rageot, celui-ci occupe une place centrale. L’auteur français permet aux équipes d’effectuer un véritable travail éditorial (un auteur étranger nécessitant surtout une traduction), puisqu’il est possible d’accompagner un auteur français sur un temps de travail bien plus long. Ainsi, Nos âmes rebelles vient tout juste d’être publié, alors que le manuscrit est terminé… depuis un an !

Un fois terminé, le manuscrit passe dans les mains des éditeurs et de leurs assistants : même si le texte est convaincant, il reste du travail à faire. Le comité de lecture livre donc de conséquentes fiches de lecture. Guilain, l’éditeur assistant, en réalise de substantielles fiches de synthèse, qui reprennent les annotations et pointent ce qu’il faudrait retravailler – sachant que l’auteur reste seul maître de son manuscrit, trie les suggestions et recommandations et retravaille le texte.

Les fiches de lecture et de synthèse de Nos âmes rebelles.

Vient ensuite l’étape des placards : les premières épreuves du texte sont coulées dans les gabarits, selon les chemins de fer préétablis, et mis en page avec les polices définitives. C’est le moment de corriger les dernières imperfections. Le texte est nettoyée, la ponctuation lissée.

Les placards édités pour Nos âmes rebelles.

Ensuite, le livre passe à la correction dans les mains de l’éditeur.
Les images, s’il y en a, sont insérées après les corrections.

C’est le moment où l’éditeur communique au fabricant le nombre de pages du livre, lequel détermine le prix de vente.

Le département de communication, quant à lui, communique, cinq à six mois avant la parution les informations adéquates – titre définitif, caractéristiques, résumé – aux représentants – qui se chargent de vendre le titre aux libraires.

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Dans ces délais, les services de graphisme et de marketing réfléchissent à la couverture qui ornera le roman. Les shootings sont très rares ; l’image est, généralement, choisie sur une banque d’images et sera, éventuellement, retouchée par la suite. Pour Nos âmes rebelles, cette seule étape de recherches a demandé pas moins de 4 jours, afin de sélectionner celle qui collerait le mieux à l’esprit du roman. Ensuite, il faut choisir la typographie, en accord avec le sujet du livre. Dans le cas de Nos âmes rebelles, le choix de typographie a été assez long car il fallait choisir les typographies des chapitres (Lou et Sonia ayant chacune la leur) et autres insertions (SMS, emails et autres conversations virtuelles). Or, certaines ne sont pas libres de droit – celle de Facebook, par exemple.
Chez Rageot, l’auteur n’intervient pas dans le choix de la couverture – mais est toujours libre de faire valoir son avis.
Toute cette charge de travail n’aboutit pas nécessairement : le succès est en effet aléatoire !

Mais à l’origine de cette longue liste, il y a le travail solitaire et méconnu de l’auteur. Samantha Bailly nous a donc parlé plus précisément de tout ce qui se dissimule derrière un métier auréolé d’un halo romanesque, mais souvent assez éloigné de la réalité.

Le livre est un objet particulier : objet culturel, écrit avec les tripes, il devient un objet économique dès le contrat signé. Le nerf de la guerre consiste donc à allier travail et créativité. Or, il reste des inégalités dans cette chaîne, notamment concernant les parts touchés par les uns et les autres et la rémunération des auteurs (ouh le vilain mot !). Manifestement, l’auteur étant un créatif, son travail ne mérite pas toujours salaire. Pour preuve : un auteur de littérature adulte générale sera mieux rémunéré qu’un auteur de littérature jeunesse. Et on n’évoque même pas le statut des scénaristes et illustrateurs de bande-dessinée dont la colère gronde ces derniers temps.
De fait, Samantha Bailly a fait de la reconnaissance du travail de l’auteur et de son statut son cheval de bataille. Elle a récemment pris un agent littéraire – qui défend ses intérêts au mieux auprès des éditeurs pas toujours scrupuleux. Si la pratique est courante et reconnue chez les anglosaxons, elle ne l’est pas encore en France et entraîne quelques désagréables frictions. Pourtant, reconnaître le statut de l’auteur, le rémunérer lors de ses interventions est nécessaire : ne pas le faire revient à nier sa part de travail et la reconnaissance de ce qu’il accomplit (l’auteur n’est pas, malheureusement, un pur esprit que l’on peut nourrir de littérature et d’eau fraîche. Il a aussi des besoins terrestres !).

Si les dessous du métier d’auteur vous intéressent, Samantha Bailly vient d’ouvrir sa propre chaîne YouTube afin de mieux vous en parler : elle y mêle instantanés de la vie d’auteur (coulisses de festivals et de dédicaces), conseils d’écriture et révélations sur le métier.

Merci à l’équipe de Rageot et à Samantha Bailly pour cette rencontre !