Erased : Re, Kei Sanbe.

Avec l’aide de ses amis, Satoru a réussi à piéger le tueur d’enfants, qui s’apprêtait à prendre la petite Kumi pour cible ! La vie peut enfin reprendre pour celui que le temps avait oublié… et sa carrière de mangaka s’annonce plus prometteuse que lors de sa première existence, peu à peu effacée de sa mémoire.
Il reste cependant quelques zones d’ombre… Que faisaient ses proches quand Satoru était plongé dans le coma ? Quelle influence son long sommeil a-t-il eu sur leurs choix, leur destin ?

Erased aura été, dans l’ensemble, un gros coup de cœur. J’étais donc ravie de voir que, malgré la série menée à son terme, Kei Sanbe nous réservait encore un tome, sous forme de spin-off, et s’intéressant aux autres personnages de la série, et à leurs trajectoires durant le coma de Satoru.

Tour à tour, le manga s’intéresse à Kayo, que Satoru a sauvée, à Kenya, son meilleur ami, à Sachiko, sa mère et à Airi, sa collègue de la pizzeria et complice de début de cavale. Alors soyons clairs : la lecture de ce volume n’est clairement pas indispensable, puisque les deux derniers tomes nous ont appris ce qu’ils étaient devenus et qu’on les croise même au retour de Satoru à la vie. Mais, de fait, on n’avait pas tous les détails et, dans le cas de certains, il restait vraiment des questions en suspens. Par exemple : pourquoi diable, dans la scène finale, Airi semblait-elle retrouver Satoru avec plaisir, sous ce pont les abritant de la neige, alors même qu’elle ne peut pas se souvenir de lui dans cet arc temporel ? Eh bien Kei Sanbe m’a comblée en apportant à cette question une vraie réponse, dans ce qui est sans doute le chapitre le plus poétique de l’ensemble.

L’ambiance de ce volume est assez étrange : on retrouve les motifs du thriller, évidemment, puisqu’à ce moment-là de l’histoire, Satoru est toujours plongé dans le coma et le meurtrier toujours dehors. Si Sachiko et Kayo ont plutôt laissé tomber cet aspect de la chose, Kenya, que l’on suit un peu plus longuement, ne lâche en rien l’affaire et reprend l’enquête à son compte. Mais ce côté assez sombre est pallié par un sentiment assez prégnant de nostalgie et de poésie qui se dégage des récits – sans que j’aie su déterminer si cela venait du fait qu’on retrouve ces personnages dans des circonstances particulières, ou si cela tient plutôt des regards à la fois assez lucides et tendres (pas toujours, mais un peu quand même) qu’ils portent sur la vie et leur entourage. Malgré ces deux aspects, les histoires sont bien rythmées, donc on ne s’ennuie pas une seconde !

J’étais à la fois ravie de découvrir ce spin-off et un peu inquiète, car l’ensemble de la série a été une excellente découverte. Mais Kei Sanbe maîtrise son art et nous sert un tome certes pas indispensable, mais qui tourne la page avec élégance. Je n’ai pas boudé mon plaisir avec cette conclusion et je suis certaine que je relirai la série un jour !

◊ Dans la même série : tomes 1 à 3 ; tomes 4 et 5 ; tomes 6 à 8.

Erased : Re, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, août 2017, 194 p.
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Erased #6-8, Kei Sanbe.

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Grâce aux efforts conjugués de Satoru et Kenya, Kayo et Aya Nakanishi ont été sauvées ! Mais l’affaire n’est pas tout à fait réglée : Satoru est resté coincé, en 1988, dans son corps d’enfant. Et il y a toujours un tueur en série en goguette !

Il ne reste que deux tomes et autant dire que ce sixième volume laisse le lecteur sur des charbons ardents_ un peu comme le cinquième volume, qui s’achevait sur un redoutable cliffhanger.
Cette fois, plus aucun doute n’est permis sur l’identité du coupable et l’on se doute bien qu’il ne compte pas s’embarrasser d’un témoin gênant, fut-il un jeune enfant.
Finalement, c’est dans ce sixième volume que l’on prend enfin la mesure de l’intrigue uchronique : bon an mal an, on finit par revenir en 2006. Sauf que Satoru n’est plus du tout dans le même état qu’au début de l’histoire. Il est d’ailleurs presque absent de l’histoire, coincé qu’il est dans son coma, sur son lit d’hôpital. De plus, le suspense est maintenu jusqu’au bout. Si, dans un premier temps, Satoru est mis hors d’état de nuire, dans la suite, il est tout simplement privé de ses souvenirs… et donc bien moins utile que prévu !

C’est Sachiko, la mère de Satoru, qui a la part belle dans ce volume. On la découvre autrement que par les yeux de son fils et le portrait qu’en fait Kei Sanbe est riche et la montre bien plus présente que ne le pensait son fils. L’histoire, de plus, s’enrichit de nouveaux personnages qui apportent de nouvelles nuances.

Kei Sanbe mène son intrigue de main de maître et offre, à nouveau, un redoutable retournement de situation final, surprenant, qui laisse sur des charbons ardents pour la suite ! Heureusement qu’elle est annoncée pour juillet !

Erased #6, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, février 2016, 194 p.

Après 15 ans, Satoru est enfin sorti de son coma. Cependant, une lourde rééducation l’attend, et sa perte de mémoire le tourmente. En effet, le jeune homme semble avoir oublié qu’il possède la faculté de retourner dans le passé, et ne comprend donc pas d’où lui viennent toutes ses connaissances largement avancées pour un élève de primaire.
Bien que durant ces 15 ans, sa mère ait tout fait pour préserver le corps de son fils et qu’elle veuille désormais le protéger de son passé, elle décide de le laisser lire les dossiers que lui a laissés son ami Ken’ya, qui relatent l’affaire à laquelle les deux enfants s’intéressaient avant l’accident de Satoru. Cependant, ceux-ci ne font que semer davantage le doute dans l’esprit du jeune homme.
Airi pourrait-elle être la clef permettant de déverrouiller la porte dans son esprit ?

Vu qu’on approche dangereusement de la fin, le suspens est à son comble dans cet opus. Ici, ce que j’ai trouvé chouette, c’est que puisque que Satoru a réussi dans le passé, on est sur une nouvelle ligne temporelle : Kayo est toujours en vie, Satoru a un corps d’adulte à apprivoiser et… d’intempestifs flash-backs avec lesquels composer. C’est ainsi qu’il se rappelle nettement d’Airi… dont il va inopinément croiser la route. Peu à peu, tous les fils convergent.

Si la ligne temporelle a été modifiée, on reparle beaucoup de l’affaire sur laquelle enquêtait Satoru étant enfant. Kenya, son ami d’enfance, est devenu avocat et n’a jamais lâché l’affaire. D’autant que les meurtres semblent avoir repris – mais sans que l’on soit sûr de pouvoir vraiment tous les raccorder.

Le volume est centré sur la rééducation de Satoru mais le suspens est relancé lorsque l’on s’aperçoit qu’il est placé sous étroite surveillance – sans doute du tueur. Le tome est donc sous tension mais, paradoxalement, plus lent dans ses péripéties, ce qui peut parfois laisser l’impression qu’il ne s’y passe pas grand-chose.

Le tome 7 se maintient dans un bon équilibre : il y a plein de suspens mais, en même temps, l’accent est mis sur la rééducation de Satoru, sa vie nouvellement prise en main et sur ses relations avec ses amis. Du coup, on patiente, mais on trépigne encore !

Erased #7, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, juillet 2016, 194 p.

Après s’être réveillé d’un long coma, Satoru récupère peu à peu ses capacités et ses souvenirs. Néanmoins, le jeune homme ne se rappelle toujours pas de qui est le meurtrier, et ignore que celui-ci l’observe. Toutefois, avec l’aide de Kenya, Satoru va tenter d’attirer le meurtrier afin de l’arrêter en servant d’appât…

Voilà, c’est déjà le dernier tome de la série Erased et, si j’avais vraiment hâte de le lire, j’étais un peu triste de déjà arriver à la fin. Dans le tome précédent, j’avais été un peu frustrée, avec l’impression qu’il ne s’était pas passé grand-chose malgré l’intérêt apporté aux personnages. Du coup, on attaque le tome 8 en plein suspens puisque, désormais, Satoru est très très proche du but – et qu’on sait que la fin est proche.

Le voilà embarqué dans une sortie à l’étang des Camélias avec d’autres patients, sa mère, la jeune Kumi qu’il a rencontrée à l’hôpital et… le tueur.
Le suspens est augmenté par la façon dont Kei Sanbe nous donne à voir les minutieux préparatifs de Satoru et de la personne à qui il s’oppose. Assez vite, aux préparatifs succède l’affrontement entre les deux, qui occupe deux bons tiers du manga. Et, là aussi, le suspens est à son comble : on a déjà une idée assez précise des motivations du tueur et de comment les faits se sont déroulés, mais la confrontation est passionnante. De plus, le fait que la ligne temporelle ait été modifiée autant de fois alimente à merveille l’intrigue – vu que Satoru a des réminiscences de ses vies antérieures.
Le sujet, d’ailleurs, est éminemment casse-gueule, mais l’auteur s’en sort avec les honneurs !

Kei Sanbe apporte une vraie conclusion à son intrigue, mais je n’ai pas pu m’empêcher de la trouver un peu expédiée, sans doute parce que la traque s’est étalée sur sept tomes – et que j’ai adoré la série. Pas de feu d’artifice final, donc, mais une conclusion à l’image de la série, pleine de tension et qui apporte un beau point final. J’avais un peu peur, au vu des lignes temporelles bouleversées, que certains éléments de l’intrigue passent à la trappe (Airi, notamment), mais non, Kei Sanbe réussit à ramener tous les fils de l’histoire à la fin !

En somme, Erased fait partie de mes séries de manga favorites : le thème du voyage temporel, le thriller et tout ce que l’auteur développe autour des personnages m’a beaucoup plu ; le suspens ne se dément presque jamais tout au long de la série et j’avais vraiment hâte de savoir comment l’auteur s’en sortirait avec le thème choisi.
Si la série vous a plu, je vous recommande tout aussi chaudement la série animée parue l’année dernière – et j’attends maintenant avec impatience le film en préparation !

Erased #8, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, janvier 2017, 210 p.

 

Bungô stray dogs #1-2, Kafka Asagiri & Harukawa 35.

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Après avoir été expulsé de son centre d’accueil, Atsushi Nakajima se retrouve seul et à la rue… il rencontre alors un étrange jeune homme du nom d’Osamu Dazai. Ce dernier fait partie de l’Agence des Détectives armés, une troupe d’enquêteurs aux pouvoirs paranormaux, à la recherche d’un mystérieux tigre mangeur d’hommes. Atsushi semble avoir d’étroits liens avec ce tigre, et se retrouve enrôlé malgré lui parmi ces fameux Détectives sur l’initiative de Dazai. Action et batailles entre illustres écrivains à Yokohama !

Lorsqu’Atsushi, jeune orphelin expulsé de son orphelinat pour raisons budgétaires, rencontre Dazai, celui-ci teste une nouvelle méthode de suicide – son objectif principal dans la vie. On peut dire que l’introduction ne manque ni de piquant, ni d’originalité.
Et la suite est à l’avenant !

Car si Atsushi est un jeune homme assez naïf, Dazai fait, lui partie, de l’Agence des Détectives Armés, qui regroupe des enquêteurs aux pouvoirs surnaturels, de fins limiers au service de la justice et de la vérité. D’ailleurs, cela tombe bien, car Dazai enquête sur un énorme tigre mangeur d’hommes qui sème la panique en ville et va requérir l’aide d’Atsushi.

Bien qu’il s’agisse du premier tome, le volume comprend pas moins de trois enquêtes, qui nous permettent de mieux comprendre l’univers dans lequel évoluent nos jeunes détectives. Les rebondissements s’enchaînent à bon rythme, jusqu’à la fin, gardant un suspens bien équilibré… jusqu’au retournement de situation final ! Question rythme, révélations et découverte de l’univers, ce premier tome est tout simplement excellent !

Côté personnages, on découvre une palette d’agents aux pouvoirs surnaturels aux noms… pas très évocateurs. Et c’est ce qui fait le sel des personnages : on a le nom du pouvoir (par exemple « Poète solitaire » !) et on attend de savoir, dans le feu de l’action, à quoi cela correspond. Cela crée un effet de suspense vraiment bienvenu !

Au dessin, Harukawa 35 fait merveille avec des traits très clairs et des scènes très lisibles, y compris dans les combats les plus échevelés (et il y en a !).

En somme, ce premier tome nous fait découvrir un univers peuplé de personnages aux pouvoirs tous plus surnaturels les uns que les autres, embarqués dans des enquêtes passionnantes et dans une opposition tout aussi intéressante avec la mafia !

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Après l’attaque d’Akutagawa et de sa subordonnée Higushi, Atsushi se réveille à l’Agence, qui est maintenant prise pour cible par la mafia dans le but de récupérer l’homme-tigre. Le jeune détective va alors devoir prendre une décision…

Maintenant qu’Atsushi est assuré d’avoir un avenir, on peut souffler ! Sauf que la mafia, elle, n’a pas dit son dernier mot.
Ce deuxième tome nous propose encore une fois son lot de rebondissements inattendues, palpitants et faisant monter la tension. Car l’antagonisme entre la mafia et l’Agence des détectives prend des tours et des formes inattendues. L’histoire n’est donc pas lassante le moins du monde.

Le gros point fort de cette série, que je n’ai pas encore invoqué, ce sont toutes les références liées aux personnages. En effet, l’Agence des Détectives Armés regroupe des avatars d’auteurs, poètes ou novellistes japonais. Vous n’êtes pas une pointure en littérature classique japonaise ? Pas de panique ! Les personnages sont décrits, avec leurs références littéraires, dans les inter-chapitres. Et voir comment les auteurs jouent sur les noms, les pouvoirs et les références est passionnant : car les pouvoirs des détectives sont, presque toujours, issus des œuvres des auteurs dont ils prennent les noms.  Voilà qui ajoute un côté original non négligeable à ce manga.

Dans ce tome-ci, les auteurs font à nouveau preuve de leur sens du rythme et de la lisibilité des scènes, ce qui fait qu’on arrive au bout de l’histoire quasiment sans s’en rendre compte.

Bungô stray dogs est donc un manga seinen extrêmement bien mené, passionnant de bout en bout, dont le rythme est tout simplement excellent. Il n’est pas difficile de s’attacher aux personnages, dont on cherche à découvrir et la teneur du pouvoir, et la référence littéraire qu’ils comportent. En somme, une excellente découverte et, au vu des révélations des deux premiers tomes, j’ai hâte de lire la suite !

Bungô stray dogs #1 et #2, Kafka Asagiri (scénario) et Harukawa 35 (illustrations).
Traduit du japonais par Nicolas Pujol. Ototo (Seinen), 4 février 2017, 192 p.

Poison City, Tetsuya Tsutsui.

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Tokyo, 2019. À mois d’un an de l’ouverture des Jeux Olympiques, le Japon est bien décidé à faire place nette avant de recevoir les athlètes du monde entier. Une vague de puritanisme exacerbé s’abat dans tout le pays, cristallisée par la multiplication de mouvements autoproclamés de vigilance citoyenne. Littérature, cinéma, jeu vidéo, bande dessinée : aucun mode d’expression n’est épargné. C’est dans ce climat suffocant que Mikio Hibino, jeune auteur de 32 ans, se lance un peu naïvement dans la publication d’un manga d’horreur ultra réaliste, Dark Walker. Une démarche aux conséquences funestes qui va précipiter l’auteur et son éditeur dans l’œil du cyclone…

Avant de parler du manga, un peu d’actus. La réputation de mangaka de Tetsuya Tsutsui n’est plus à faire. Mais en 2013, il découvre inopinément que son polar Manhole est censuré au Japon, par la section des affaires sociales et de la santé du département de Nagasaki, en raison d’une « incitation considérable à la violence et à la cruauté chez les jeunes ». Résultat : son manga est retiré des librairies et bibliothèques du département. Il n’en a jamais été officiellement averti. Or les œuvres incriminées (comme il s’en aperçoit en assistant à une réunion du comité d’études) sont passées « au crible » en 35 minutes… à raison de 33 mangas par séance ! Le jugement, incomplet et aberrant, n’est fondé que sur l’appréciation visuelle et subjective des œuvres. De plus, les auteurs ne peuvent faire appel (ils le peuvent, mais c’est classé sans suite).  Aujourd’hui, Tetsuya Tsutsui lutte toujours pour réhabiliter son titre ainsi que pour la liberté d’expression. L’auteur ayant pour habitude de s’inspirer de l’actualité et de son expérience personnelle, Poison City, son dernier manga, aborde lui aussi la question des dangers de la censure.

Poison City met donc en scène Mikio Hibino, jeune auteur de 32 ans, se lançant dans la publication de Dark Walker, un manga d’horreur hyperréaliste, dont l’intrigue se déroule dans une univers post-apocalyptique infesté par un virus, qui pousse les humains à dévorer des cadavres. Tôru Kiritani ayant servi de cobaye dans un labo, il est porteur du virus mais ne perd pas la tête. Sa compagne, Haruka Sakazaki, cobaye elle aussi, est totalement immunisée, mais doit porter un masque à gaz en raison d’une hypersensibilité aux produits chimiques. Ensemble, ils essaient de sauver l’humanité et, surtout, de survivre ! Ce que Mikio Hibino ignore, c’est que la publication de son manga va avoir des conséquences pour le moins funestes.

Poison City joue sur deux fils narratifs : Dark Walker et l’histoire personnelle de Mikio. Celui-ci vit dans un univers assez liberticide : dès le premier chapitre, il est confronté à la censure, empêché d’acheter un film de zombies interdit aux jeunes, sous prétexte qu’il n’a pas ses papiers sur lui ; dans la foulée, il assiste au démantèlement d’une petite statue irrévérencieuse (façon Manneken Pis), au motif qu’elle contrevient aux lois sur la pornographie infantile ! Dès l’intro, on assiste aux réunions, prises de décision et actions de la fameuse commission de censure qui officie à grandes coupes claires dans le patrimoine culturel, le tout arrosé de quelques chapitres sous haute tension de Dark Walker.

Et la construction est vraiment brillante ! Car on fait sans cesse le parallèle entre l’histoire de Tetsuya Tsutsui et celle qu’il met en scène. Au fil des réunions éditoriales, Mikio s’entend dire comment corriger son manga : ici en supprimant les cannibales (remplacés par des zombies), ici en passant sous silence un détail ou un bout de scène… La censure, peu à peu, assure sa main-mise sur la production artistique et culturelle, sans que certains y trouvent quoi que ce soit à redire… Et c’est terrifiant.

L’histoire permet également de découvrir les dessous de la censure des comics aux États-Unis : en faisant le parallèle avec le passé, Tetsuya Tsutsui rend l’histoire d’autant plus prenante et percutante. En notant les similitudes avec notre univers, on ne peut que s’inquiéter pour la liberté d’expression – dans notre réalité, et dans celle de Mikio.

Voilà un manga à découvrir absolument ! En évoquant les dérives de la commissions de censure japonaise, Tetsuya Tsutsui parle à merveille de notre propre univers, toujours plus craintif quant à la valeur de la parole. Il nous rappelle, au passage, que la liberté d’expression doit toujours être défendue et que la parole ne doit surtout pas être réduite à ce qu’une toute petite minorité souhaite entendre. Un rappel plus que jamais indispensable !

Poison City #1, Tetsuya Tsutsui. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, mars 2015, 232 p.

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Dans ce second tome, Mikio Hibino, notre jeune mangaka, est de nouveau confronté à la stigmatisation de son manga d’horreur hyperréaliste, Dark Walker, supposé trop violent.  Son éditeur lui suggère alors de faire ce que souhaite la commission, à savoir modifier le contenu : en effet, c’est le nombre de pages violentes sur l’ensemble qui détermine le degré de dangerosité du manga. Or, en regroupant toutes les séquences violentes, on peut diminuer le nombre de pages incriminées, ramenant le total à un nombre acceptable. Mikio s’arrache donc les cheveux, recombine ses chapitres, réarrange son histoire et abandonne : céder signifie dénaturer son manga et il n’en a absolument pas l’intention. Il poursuit donc et la commission le poursuit de ses foudres,  lui imposant alors une audience publique.

Comme dans le premier volume, l’intrigue alterne deux fils narratifs : la vie de Mikio et les extraits de Dark Walker – lesquels sont toutefois moins nombreux que dans le tome précédent – que l’on attend presque avec impatience tant la tension est omniprésente ! Le manga compare à nouveau la situation au Japon et la situation des comics aux États-Unis : c’est donc avec anxiété que Mikio arrive à l’audience, échaudé par l’histoire d’un auteur de comics déclaré nocif et retiré du marché éditorial…

Plus que la censure des média, Tetsuya Tsutsui met en évidence l’hypocrisie d’une société – qui ressemble à s’y méprendre à la nôtre, finalement… – qui préfère trouver un bouc-émissaire facile (les mangas, les films, les romans policier, le metal, les jeux vidéos – rayez la mention inutile !), plutôt que d’analyser ses travers et erreurs et de se remettre en question. On pourrait, dans un premier temps, penser que l’auteur nous offrirait une conclusion positive mais raté. La tension va croissante et Tetsuya Tsutsui termine sur un point d’orgue terrifiant. Difficile, une fois la dernière page tournée, de ne pas se demander ce qui pourrait nous arriver. D’ailleurs, on peut se demander si le manga ne flirte pas avec le récit d’anticipation.

Ce second volume vient clore un manga exceptionnel, qui évoque la censure et la liberté d’expression et qui nous rappelle combien il est important de lutter avant que la première n’étouffe la seconde. Et cela demande une vigilance de tous les instants !

Poison City #2, Tetsuya Tsutsui. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, décembre 2015, 200 p.

Bride Stories #6-7, Kaoru Mori

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La vie poursuit son cours. Mais le clan d’Amir n’a toujours pas renoncé à récupérer la jeune femme. Voilà que sa famille s’allie au clan Berdan, lui-même allié des Russes, afin de raser le village… et récupérer Amir afin de la remarier. Azher, le frère d’Amir et Joruk, son cousin, sont chargés d’une partie des opérations…

Voilà un tome bien plus sombre ! En effet, la famille d’Amir refait son apparition suite à l’enlèvement raté. Cette fois, ils ont sorti l’artillerie lourde et sont bien décidés à raser le village des Eyhon. Après la pause légère et pleine d’humour du cinquième tome, on reprend les choses sérieuses. D’autant que la situation est critique : les Berdan sont associés aux Russes et lourdement armés. Chez les Hargal, la décision ne fait pas consensus. Azher, le frère aîné d’Amir (et potentiel héritier) n’approuve pas la manœuvre de son père. Aidé des cousins Joruk et Baimat, il va tenter d’inverser la tendance.

L’intrigue développée ici ré-inscrit la série dans le contexte géopolitique de l’époque, dont quelques mots avaient été touchés précédemment – puisque l’on sait que certains clans ont été approchés par des Russes gourmands de territoires. De plus, malgré une apparente entente cordiale, on s’aperçoit assez vite que les clans sont tous à couteaux tirés – ce que les Hargal apprennent à leurs dépens. Et comme l’essentiel de l’intrigue consiste en batailles épiques contre l’envahisseur, adrénaline et suspens sont au rendez-vous !

Le dessin fait donc la part belle aux actions, cavalcades en tous sens, avec un souci du détail toujours aussi appréciable. C’est superbe !

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Cette fois, on quitte le village des Eyhon et l’on reprend la route avec Smith. Celui-ci est en Perse (actuel Irak) et fait étape dans la demeure d’un riche jeune homme. Smith est un peu surpris… Leur hôte est marié… mais son épouse parfaitement invisible. Ali lui explique que les femmes ne se montrent pas en dehors de leur famille.
Anis, l’épouse, mène de son côté une vie assez solitaire, s’occupant de son jeune fils, de son jardin, de ses quelques animaux domestiques. La nourrice, Mahfi, finit par l’emmener au hammam public… de nouveaux horizons s’ouvrent pour Anis !

Et nous revoilà avec un tome de transition, un petit hors-série dans l’histoire de Karluk et Amir, l’occasion de découvrir encore une nouvelle coutume autour du mariage en Asie Mineure. Il y a plusieurs choses abordées dans ce tome. D’une part, le statut des femmes, qui correspond ici bien plus à ce que l’on connaît des états du Moyen-Orient : la femme reste cachée au sein de la maison ou sous un voile intégral. Kaoru Mori perce le mystère féminin et nous fait découvrir un haut lieu de socialisation pour les femmes : le hammam, où elles sont libres de dire et faire ce qu’elles veulent, loin du regard inquisiteur des hommes – qui sont tout de même présentés sous un très bon jour dans cette aventure, il faut le reconnaître !
Au hammam, Anis va faire la rencontre d’une autre jeune mère, Shirin, dont elle souhaite rapidement devenir la sœur conjointe. Les sœurs conjointes étaient, en somme, les meilleures et plus proches amies du monde. A ceci près que la relation était entérinée par une cérémonie similaire à un mariage, entre les deux femmes, tenues à des droits et des devoirs envers leur conjointe. Le volume est extrêmement instructif et les relations entre les personnages (entre Anis et Shirin, ou entre Anis et son mari), mises en scène de façon très touchante.

Côté dessin, le trait de Kaoru Mori s’est un peu affiné – en témoigne la silhouette longiligne d’Anis qui s’affiche sur la couverture mais l’ensemble est toujours aussi fouillé. Le cadre est également très reposant : on passe des jardins  d’Anis au hamman, extrêmement détaillés. C’est tout simplement sublime !
Et le rythme n’est pas en reste : il y a du suspens, l’histoire est dynamique et les rebondissements surprenants. Impossible de s’ennuyer !

Le dernier tome en date de Bride Stories nous propose une petite parenthèse enchantée dans l’histoire d’Amir et Karluk… qu’on a évidemment hâte de retrouver !

 

◊ Dans la même série : tomes 1 à 3 ; tomes 4 et 5 ;

Bride Stories #6 et #7, Kaoru Mori. Traduit du japonais par Yohan Leclerc. 
Ki-oon, mars 2014, 190 p. et août 2015, 191 p.

Erased #4-5, Kei Sanbe

Bienvenue en thriller ! Dans cet opus, on nage dans une ambiance extrêmement pesante et un suspens hallucinant ! Car comme on sait déjà comment cela peut mal finir, on s’angoisse fortement pour Kayo, Satoru et sa mère !
L’intrigue devient de plus en plus complexe (et sombre) : en effet, Satoru ne lésine pas sur les moyens et met un place un stratagème plus qu’alambiqué pour sauver la vie de Kayo. Or, il doit poursuivre un double objectif : sauver Kayo, sa mère et se préserver de la police à son retour en 2006. Pas facile, donc… et l’attente est très forte !

Les personnages adultes ont la part belle dans cet opus : la mère de Satoru s’implique de plus en plus (et malgré ses récriminations initiales contre elle, elle apparaît de plus en plus comme la super-maman par excellence) ; celle de Kayo refait surface (pas forcément pour le meilleur, d’ailleurs) ; l’instituteur, de son côté, sort enfin de sa réserve et montre à Satoru qu’il peut compter sur lui. Par ailleurs, les camarades de Satoru prennent de plus en plus d’ampleur (Kenya, notamment) et semblent prêts à s’entraider.

Côté intrigue, on a l’impression à la fois l’impression de commencer à toucher du doigt la clef et celle de nager en plein cirage ! C’est dire si l’ensemble est prenant et haletant ! De plus, le découpage serré, les cases assez petites et les tons très sombres augmentent l’impression de suspens haletant.
Dans toute cette noirceur surnagent des passages vraiment comiques, lorsque la personnalité adulte de Satoru entre en conflit avec l’enfant qu’il était, lui faisant commettre quelques petites bourdes : c’est drôle et savoureux !
Le volume se terminer sur une note à la fois poétique et mélancolique… et sur une foule de questions.

Erased, #4, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré.
Ki-oon, 2015, 194 pages.

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Kayo a été sauvée, mais Satoru est toujours en 1988… Or il se rappelle subitement que deux autres enfants ont été victimes du tueur en série. Justement, il connaît Aya Nakanishi, une fillette qui reste souvent seule au parc et qui avait également disparu. Pour éviter un nouveau drame, Satoru embarque ses camarades dans une drôle d’aventure : il leur propose un jeu de détectives, dans lequel les enfants sont chargés de sortir de leur isolement les enfants de leur entourage, ce qui arrange tout le monde. Les enfants sont ravis de se faire de nouveaux amis, les adultes sont aux anges de voir cette initiative. Satoru, de son côté, est assuré d’empêcher qui que ce soit de se faire enlever. Il s’aperçoit justement que Misato, une fillette de sa propre classe, est très isolée. Or, voilà que de nouveaux indices sur le tueur surgissent… Satoru se sent pousser des ailes !

Plus les tomes avancent et plus la tension augmente ! On pensait l’histoire bouclée avec le sauvetage de Kayo mais l’histoire n’est pas terminée, puisque Satoru n’est pas revenu en 2006 (ce qui est tout de même l’objectif). Cette petite aventure de détectives va permettre d’approfondir un peu plus les enfants et adultes qui gravitent autour de Satoru, ainsi que leurs relations. Le décalage entre les deux personnalités de Satoru est toujours aussi comique et apporte une petite touche de fraîcheur dans un univers de plus en plus sombre.

Dans ce volume, l’uchronie refait surface avec force : si les enfants attaqués ne sont pas décédés… cela met tous les enfants en danger ! La tension est donc à son comble, puisque le danger semble pouvoir surgir de partout et à tout instant.

Et ce n’est pas le redoutable cliffhanger final qui va la faire retomber. Alors que l’enquête de Satoru fait un énorme pas en avant et que l’on commence à comprendre des éléments, voilà que l’on se met subitement à douter d’un personnage…. Le tout dans les quelques dernières pages, évidemment, ce qui laisse le lecteur sur des charbons ardents – d’autant plus que le tome 6 vient tout juste de sortir au Japon ! Quelle fin !

Ces deux tomes donnent l’impression que l’on dénoue plein de fils sur l’intrigue principale, tout en la complexifiant de plus en plus. La tension ne fait qu’augmenter au fil des pages et le cinquième volume s’achève en apothéose sur un cliffhanger haletant ! Vivement la suite !

◊ Dans la même série : Erased #1-3 ;

 

Erased, #5, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré.
Ki-oon, 2015, 200 pages.

 

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Erased #1-3, Kei Sanbe

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2006. Aspirant mangaka dont la carrière peine à décoller, Satoru Fujinuma travaille comme livreur de pizzas pour joindre les deux bouts. Effacé et peu enclin à s’ouvrir aux autres, il observe le monde qui l’entoure sans vraiment y prendre part. Pourtant, Satoru possède un don exceptionnel : à chaque fois qu’un incident ou une tragédie se déroule près de lui, il est projeté quelques minutes dans le passé pour trouver ce qui cloche et empêcher l’inévitable avant qu’il se produise…

Cette anomalie de l’espace-temps lui vaut un séjour à l’hôpital le jour où, pour rattraper le conducteur d’un camion fou, il est percuté par un autre véhicule de plein fouet. Après l’accident, petit à petit, les souvenirs effacés de l’enfance traumatisante de Satoru resurgissent…

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 Le premier volume est essentiellement un tome introductif. On y découvre Satoru, son petit job de livreur de pizzas et… son don. Les premières pages sont un peu confuses, car les scènes se répètent (après tout, c’est la base du don de Satoru), avec quelques détails présentés sous un angle différent, ce qui fait que la chronologie n’est pas toujours instinctive.
Et cette impression va se poursuivre : l’accident de Satoru, la répétition d’épisodes de retour en arrière, et l’arrivée de sa mère vont faire resurgir des souvenirs d’enfance que Satoru avait préféré enfouir. Cette fois, l’impression de confusion ne vient plus du fait qu’il y a des répétitions que l’on a du mal à bien comprendre, mais plutôt de l’histoire morcelée qui commence à prendre forme. Et, si le départ pouvait sembler quelque peu ardu, la suite met carrément l’eau à la bouche. Il y a sans aucun doute une histoire assez sombre dans le passé de Satoru, et on a hâte de savoir comment son passé va s’articuler avec son présent, et son don particulier.

Le premier volume tourne autour de 3 personnages : Satoru âgé de 28 ans, sa mère – qui, elle, sait ce qu’il y a dans le passé de son fils – et Airi, une lycéenne qui travaille avec Satoru. Si, bien sûr, c’est Satoru qui a le rôle titre, il est intéressant de voir que les deux figures féminines ne sont pas délaissées ; Satoru n’est pas particulièrement sympathique mais, curieusement, c’est bien pour cela qu’on s’intéresse à ses aventures. Car malgré un côté asocial très prononcé, ses réflexions ne manquent pas d’intérêt, et ses préoccupations non plus !
Côté graphismes, les tons plutôt sombres et les décors urbains fouillés viennent souligner l’ambiance assez prenante du thriller, mais on regrettera que les visages ne soient pas toujours très soignés (notamment celui de la mère de Satoru).

Impossible d’évoquer ce premier tome d’Erased sans parler de la fin… le suspens prend doucement mais, une fois qu’il s’installe, il ne quitte plus le lecteur. Le volume s’achève en apothéose, sur un retournement de situation aussi brutal qu’inattendu ! Au vu de la fin, on ne peut qu’avoir envie d’en savoir plus !

Erased #1, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 200 p.

Attention, ce qui suit contient des spoilers sur la fin du premier volume.


Intriguée par ce qui semble être une tentative de kidnapping, la mère de Satoru commence àerased-2-kei-sanbe se poser des questions sur la série de meurtres qui a secoué Hokkaidô 18 ans plus tôt. Et si la justice ne tenait pas le vrai coupable ? Mais celui-ci l’a reconnue : avant qu’elle ait pu mener l’enquête, elle est assassinée. Satoru, arrivé sur les lieux juste après le drame, se retrouve alors propulsé à l’époque de son enfance, quelques jours avant la disparition tragique d’une de ses camarades de classe ! Désormais convaincu que les meurtres sont liés, il va tout faire pour changer le cours des choses…

 

Ce second volume exploite un peu plus le pouvoir de Satoru, puisque celui-ci est projeté 18 ans auparavant, dans son corps d’enfant, avec la certitude qu’il doit empêcher la disparition de sa petite camarade de classe, Kayo.
Le grand intérêt du volume, c’est de voir comment Satoru va tenter, par tous les moyens à sa disposition, d’infléchir le destin de Kayo, parfois en changeant carrément les événements… et parfois, en arrivant exactement aux mêmes résultats (à son grand désespoir).

L’histoire va permettre de questionner les souvenirs d’enfance : Satoru a complètement oublié certains événements de sa jeunesse, alors que d’autres points sont beaucoup plus marquants. C’était déjà amorcé dans le premier tome, évidemment, puisque Satoru redécouvrait totalement cette affaire occultée. Mais là, en étant confronté de nouveau à sa vie d’enfant, Satoru va pouvoir comparer les souvenirs qu’il a, avec ceux qui remontent à sa mémoire.
Ce retour permet également de nuancer les personnages : présentée comme une sorte de mégère dans le premier volume, la mère s’humanise nettement ici. Satoru, de son côté, est nettement plus sympathique ! Le décalage entre son personnage d’enfant et ses réactions d’adulte ne manque pas de piquant, et occasionne quelques passages assez drôles – dans une ambiance plutôt tendue.

Par rapport au premier tome, celui-ci est nettement plus calme et posé, on est toujours dans la lignée du volume introductif. Mais ce n’est pas long pour autant ! L’intrigue est fournie, on cherche comment Satoru va débloquer la situation, et on s’attache aux personnages. De plus, les graphismes semblent plus soignés que dans le premier tome.
Le volume s’achève, encore une fois, en apothéose. L’auteur termine ce tome sur un sentiment de plénitude bien agréable. Avant de replonger le lecteur dans l’angoisse, et ce seulement en deux pages. La conclusion est magistrale et… on veut savoir la suite ! La bonne découverte du tome 1 se confirme donc !

Erased #2, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 192 p.

 

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Aidé par ses camarades de classe, Satoru réussit à se rapprocher de Kayo. Et la fillette survit au 1er mars !

Mais Satoru crie victoire trop vite. Kayo disparaît le 3 mars… et celui-ci est à nouveau projeté dans le présent, en 2006, alors qu’il est en cavale. Pourquoi la rediffusion l’a-t-elle projeté 18 ans plus tôt ? Pourquoi a-t-elle échoué ?

 

Retour au présent et, cette-fois, on nage en plein thriller, Satoru étant recherché pour le meurtre qui clôt le premier volume. Une seule certitude, le meurtrier est à Chiba, et Satoru l’a probablement déjà croisé.
Avec la complicité d’Airi, il tente de le débusquer, et s’enferre peu à peu dans la clandestinité.

La tension est palpable de bout en bout ; autant, dans le tome précédent, on était tenus par l’envie de savoir ce qui allait se passer pour Kayo, autant là c’est du suspens pur. L’ambiance est même un tantinet angoissante : les scènes de fuite, de course-poursuite ou d’esquive sont nombreuses et bien menées, et le découpage des pages souligne ce suspens très prenant.

Les décors sont, à nouveau, très soignés, et accentuent l’atmosphère angoissante qui se dégage des pages. L’enquête progresse nettement, on sent qu’on touche presque au but… et la fin, encore une fois, offre un rebondissement maîtrisé et qui laisse le lecteur plein de questions !

Erased #3, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 190 p.

Voilà une série vraiment prenante ! Le thème du voyage dans le temps est assez léger, mais donne lieu à une intrigue passionnante : l’enquête est bien menée, le suspens est au rendez-vous dans les trois tomes, et on termine chaque volume avec l’envie de savoir comment tout cela se goupille. Le trait de Kei Sanbe est maîtrisé, mais ses visages d’adultes semblent moins réussis que ses personnages enfants. Les décors, de leurs côtés, sont splendides ! Dans ces trois tomes hautement prenants et efficaces, je note une petite préférence pour le second, à l’atmosphère délicieusement mélancolique, tandis que Satoru revisite son enfance. Le tome 4 sort en février, et il va sans dire que j’attends de pied ferme la suite de cette série uchronique !

◊ Dans la même série : tomes 4 et 5 ;