Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne.

Le 2 juin dernier, le Français Thomas Pesquet, 38 ans, astronaute, rentrait sur Terre après avoir passé 6 mois dans la Station spatiale internationale. La réalisation d’un rêve d’enfant pour ce type hors-norme qui après avoir été sélectionné parmi 8413 candidats, suivit une formation intense pendant 7 ans, entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour? Dans cette bande dessinée de reportage, Marion Montaigne raconte avec humour ? sa marque de fabrique ? le parcours de ce héros depuis sa sélection, puis sa formation jusqu’à sa mission dans l’ISS et son retour sur Terre.

De Marion Montaigne, j’avais vaguement lu un Tu mourras moins bête : je me souviens que j’avais beaucoup ri et appris un tas de trucs. J’étais donc assez curieuse de lire sa bande-dessinée sur Thomas Pesquet, d’autant que le sujet me bottait carrément. Et je n’ai pas regretté une seconde !

On plonge dans une grosse bande-dessinée (de quelques 200 pages) dans laquelle Marion Montaigne retrace tout le parcours de l’astronaute français, de sa décision de participer au concours (avec quelques autres 8400 candidats) à son retour sur Terre.
Sous la plume et les crayons de Marion Montaigne, on découvre un parcours pour le moins complexe. Car le concours est suivi de 7 années de formation, durant laquelle Thomas Pesquet apprendra à gérer tous les aspects techniques de la station spatiale (pensez-y une seconde, pas de plombier ni d’électricien à bord !), à se laver les dents en apesanteur ou à réaliser des sorties extra-véhiculaires. C’est varié, c’est dense et le tout est mis en scène avec beaucoup d’humour.

En effet, Marion Montaigne a inséré de très nombreux gags, que ce soit dans les bulles, la narration ou dans les dessins qui viennent alléger le récit et, pour beaucoup, apporter une illustration concrète des explications scientifiques. L’objectif est donc parfaitement atteint : on se cultive tout en se divertissant. Je me suis marrée de bout en bout, ce qui m’a attiré quelques regards en coin de mes congénères, notamment dans les transports publics.

En quelques mots, Marion Montaigne signe une bande-dessinée absolument géniale : hilarante, hautement instructive, je vous la recommande plus que chaudement !

Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne. Dargaud, novembre 2017, 208 p.

Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.

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Paris, 1840. Louis Pasteur a 19 ans et il entre comme boursier à l’institution royale Saint-Louis pour suivre des études scientifiques. L’année scolaire sera loin d’être de tout repos. Certaines nuits, une mystérieuse menace rode dans les couloirs du pensionnat, mettant en danger étudiants et professeurs. Décidé à mener l’enquête, Louis fait équipe avec une lycéenne de l’école d’en face. Sous ses airs de jeune fille modèle, Constance se révèle une alliée intrépide et courageuse.
Entre loups-garous et complots, ils useront de vaccins autant que de coups d’épée pour sauver les élèves et même… le roi Louis-Philippe !

Louis Pasteur, fraîchement débarqué de sa campagne jurassienne, découvre les joies de la vie parisienne à l’Institution Saint-Louis, en tant qu’élève – boursier ! – de première année en sciences. De l’autre côté de la cour, l’établissement accueille quelques lycéennes qui font des études « longues » – jusqu’au baccalauréat – où on leur dispense cours de danse, de maintien, de broderie… on en passe et des meilleures.
Louis, donc, découvre avec curiosité et stupéfaction le snobisme parisien, un sexisme revendiqué, des professeurs plus en recherche de gloire personnelle que soucieux d’instruire les élèves, mais aussi… la gent féminine !

Flore Vesco ouvre chaque chapitre par sa composition chimique, laquelle reprend une partie des éléments chimiques qu’utilisera Louis au cours du récit ainsi que des éléments d’intrigue (disparition, duel d’escrime ou encore élevage de poules dans les combles). Cela crée un effet d’attente fort efficace car on se demande dans quelle mesure et comment vont apparaître les éléments cités. D’ailleurs, la façon dont tout cela s’articule est souvent assez drôle et inattendue !

Dès le départ, on plonge dans un récit d’aventures qui mêle agréablement histoire (notamment des sciences) et fantasy. Car Louis débarque plein d’idées et d’intuitions dans sa nouvelle école et va se dépêcher des les mettre en œuvre : de ce côté-là, on est servis, car Flore Vesco retrace le brillant et juvénile parcours scientifique du jeune homme. D’autre part, le mystère se pare des atours de la fantasy dès le chapitre 2, lorsqu’on commence à soupçonner la nature de la bête qui rôde dans les couloirs, laquelle a tout à voir avec celle du Gévaudan !
Au fil des pages, on revisite donc l’Histoire, sauce fantasy, dans un univers que l’on met peu de temps à apprivoiser : de sombres créatures rôdent, souvent dues aux humains et des sociétés secrètes s’affrontent pour les cantonner aux ténèbres ou tout simplement pour les éradiquer. D’ailleurs, et on ne peut que s’en réjouir, la suite des aventures de ces secrets sociétaires est déjà annoncée !

L’histoire est diablement prenante car le style de Flore Vesco est vif, enlevé et enjoué : usant d’un vocabulaire recherché et varié, elle nous entraîne à la suite de ses héros pour des aventures échevelées et pleines de suspens. Car si l’on soupçonne assez vite ce dont il est question, il faut toute la durée du roman aux personnages pour révéler l’ampleur du complot et toutes ses subtilités. Et c’est loin d’être simple, ce qui participe aussi du charme de l’histoire. D’ailleurs, dès que j’arrêtais de lire, je passais mon temps à espérer pouvoir reprendre ma lecture, tellement j’étais dedans !

Mais cela tient aussi et surtout aux personnages mis en scène, notamment à notre duo phare. Louis et Constance sont deux jeunes justiciers que l’on suit sans aucune difficulté tant ils sont attachants. Tous deux font montre d’une intelligence et d’une logique redoutables, leur permettant d’éliminer, l’un après les autres, les obstacles qui parsèment leurs routes. Et ce qui est bien, c’est que l’histoire mêle à la fantasy des histoires typiquement adolescentes. Un jeune homme poursuit donc de ses assiduités Constance – qui s’en passerait bien – et Louis, de son côté, découvre que la gent féminine peut ne pas être seulement purement décorative. En se mettant en duo, ils se découvrent également des compétences complémentaires : si notre jeune scientifique combat le mal à coup de formules chimiques et tubes à essai soigneusement mitonnés, Constance, elle, défend leurs intérêts à grands coups de fleuret, une arme pour laquelle elle s’est découvert une soudaine et brillante prédilection : une répartition des rôles vraiment intéressante et pas si courante – le plus bourrin des deux n’étant pas nécessairement celui auquel on pense spontanément !

Un duo de jeunes enquêteurs audacieux et attachants, une intrigue palpitante qui revisite Histoire, histoire des sciences et légendes du Gévaudan, un style enlevé et riche, une dose d’humour bienvenue, voilà les excellents ingrédients du roman de Flore Vesco – dont j’attends, il va sans dire très impatiemment, la suite annoncée !

Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.
Didier jeunesse, septembre 2016, 212 p. 

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En proie au rêve, Saving paradise #1, Lise Syven.

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Faustine Mésanger ne croit pas à grand-chose, sinon au travail. Déterminée à réussir sa vie, la jeune étudiante a déjà presque tout prévu : l’amour, on verra plus tard, priorité à sa carrière qu’elle se charge de construire. Build the future !, c’est justement le slogan fondateur de la Fondation du Griffon, pour laquelle son chercheur de père officie. Cette ONG a pour objectif de rendre le monde meilleur. Charles Mésanger travaille donc d’arrache-pied sur le Tumorex, un vaccin contre le cancer, dont les essais cliniques vont bientôt débuter. Or, il semblerait que la Fondation dérange quelqu’un. En effet, le laboratoire du professeur Mésanger est la cible d’un attentat.
Dès lors, la vie de Faustine bascule : alors qu’elle est emmenée de l’université, elle frôle la mort. La voilà, dès lors, privée de partiels, emmenée à l’abri avec son père au Château de la Griffe Bleue, en Gironde, et mise sous la protection directe et rapprochée de Nato Braye, dont l’exotique charme ne la laisse pas franchement indifférente. Autre problème : Faustine croit entendre sans cesse la voix magnétique de l’homme qui les traque et qui se fait appeler Imago. Stress post-traumatique ? Hallucinations ? … Folie ? L’étrangeté de Chevalier, coordinatrice de la Fondation et propriétaire de la Griffe Bleue, n’arrange rien au problème. Tout le monde est sur les dents, Faustine la première. Et d’autant plus lorsqu’elle comprend que le brillant avenir qu’elle a projeté  est plus que menacé.

Il ne faut pas plus de quelques pages à Lise Syven pour nous installer dans un climat de tension extrême : après avoir appris que son père a survécu à un attentat contre son laboratoire, Faustine est extraite de l’université, mise à l’abri et manque elle-même de se faire tuer. Le récit nous place au même niveau que la jeune femme : on ne sait pas de quoi il retourne, ni comment elle s’inscrit dans la situation. Et ça ne s’arrange pas ! Car non seulement Faustine nage en plein brouillard mais, en plus, l’auteur parvient à nous faire douter de sa santé mentale. Le récit étant opéré à la troisième personne, on en vient à se demander très sérieusement quelle est la part d’hallucinations dans ce que Faustine voit et ressent…. De fait, le suspens est constamment présent.

D’autant que la situation s’y prête vraiment bien : il y a le problème lié à l’attentat, mais aussi les petites bisbilles entre chercheurs (le père de Faustine chapeautant la jeune Marianne, scientifique de génie et quelque peu accaparante), les interrogations de Faustine, le sentiment d’urgence qu’elle place autour de ses partiels et ses sentiments troubles envers son garde du corps – dont la fonction pourrait être à prendre au sens le plus littéral du terme.
Ce mélange de préoccupations est vraiment très réussi et entretient le suspens de bout en bout. En effet, le mystère est maintenu jusqu’à la fin, tant les motivations des uns et des autres restent obscures. Et, au-delà des motivations, on s’interroge aussi sur la nature des protagonistes en présence : à vrai dire, sont-ils bien tous… humains ?

Peu à peu, l’auteur instaure doucement un climat doucement fantastique parfaitement maîtrisé : on doute, on subodore, on revient sur nos hypothèses pour en échafauder de nouvelles et la solution n’est pas clairement annoncée jusqu’à la fin, qui nous laisse avec un demi-milliard de questions en tête et la tenace envie d’en savoir plus !

Côté personnages, Lise Syven a choisi une galerie vraiment intéressante. Faustine, personnage central, n’a aucun pouvoir, ni même quoi que ce soit de particulier. Sa seule raison d’être impliquée est qu’elle est la fille d’un chercheur visé par les opposants. Elle n’a donc aucun pouvoir, ni aucun talent mobilisable dans l’enquête en cours – car elle a d’autres talents ! Cela change des romans habituels où le personnage central est aussi celui qui concentre le talent indispensable. Nato, quant à lui, offre un contrepoint intéressant, notamment en raison de ses ascendances haïtiennes, qui instillent non seulement un peu d’exotisme dans l’histoire, mais aussi un terrain propice à l’installation d’un climat fantastique.

En somme, voilà un premier tome que l’on lit avec toujours plus de questions en tête. Et, si la fin apporte quelques réponses non négligeables, il reste encore plus de points sans réponses, ce qui fait que l’on attend beaucoup de la suite – que j’ai, il va sans dire, hâte de lire !

Saving paradise #1, En proie au rêve, Lise Syven. Castelmore, octobre 2016, 319 p.

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