Akata Witch #1, Nnedi Okorafor.

Mon nom est Sunny Nwazue et je perturbe les gens. Je suis Nigériane de sang, Américaine de naissance et albinos de peau. Être albinos fait du soleil mon ennemi. C’est pour ça que je n’ai jamais pu jouer au foot, alors que je suis douée. Je ne pouvais le faire que la nuit. Bien sûr, tout ça, c’était avant cette fameuse après-midi avec Chichi et Orlu, quand tout a changé. Maintenant que je regarde en arrière, je vois bien qu’il y avait eu des signes avant-coureurs. Rien n’aurait pourtant pu me préparer à ma véritable nature de Léopard. Être un Léopard, c’est posséder d’immenses pouvoirs. Si j’avais su en les acceptant qu’il me faudrait sauver le monde, j’y aurais peut-être réfléchi à deux fois. Mais, ce que j’ignorais alors, c’est que je ne pouvais pas empêcher mon destin de s’accomplir.

Cela fait un moment que j’ai noté les romans de Nnedi Okorafor sur ma liste-à-lire. J’avoue que je pensais plutôt à Qui a peur de la mort ? pour attaquer son œuvre, mais c’est finalement par le rayon jeunesse que je l’ai découverte. Et avec beaucoup de plaisir, je dois dire !

L’autrice déploie ici un univers fourmillant d’idées que j’ai trouvé proprement fascinant ! Je n’ai pas eu l’impression d’être assommée de descriptions et pourtant, le roman m’a laissé de fortes impressions visuelles.
Il faut dire qu’elle met le paquet : entre le funky train, les sortilèges aux effets bœufs et les mille et une petites choses de la vie – magique ou civile – qui font partie de l’intrigue (comme les matchs de foot ou les découvertes des lieux réservés aux sorciers), il est extrêmement facile de s’immerger.
Le système de magie est vraiment intéressant, surtout la façon dont les Léopards (le peuple des sorciers) gagnent des chittims, la monnaie locale : pour cela, il leur suffit d’apprendre. Plus la leçon est importante, plus la somme gagnée l’est ! En plus de cela, la valeur des chittims est inversement proportionnelle à la matière dont ils sont faits. En gros, les chittims d’or, c’est la menue monnaie, les chittims de bronze, ce sont les grosses pièces. C’est peut-être un peu classique, mais j’ai trouvé ça vraiment sympa comme trouvaille.

– T’aimerais bien l’être, toi, affirma Chichi avec un petit sourire satisfait. Bref, Kehinde et Taiwo, les jumeaux, ont passé le dernier niveau et sont devenus « les érudits des liens ». Une vieille femme nommée Sugar Cream est la quatrième, c’est « l’érudite du dedans ». Elle vit la majorité du temps dans la bibliothèque Obi. C’est la plus âgée et la plus respectée de tous. C’est elle la bibliothécaire en chef.
– La bibliothécaire ? répéta Sunny en fronçant les sourcils. En quoi est-ce si import…
– Laisse-moi t’expliquer un truc que Chichi et Sasha ont du mal à intégrer, intervient Orlu en reposant sa fourchette. Les Léopards – partout dans le monde – ne sont pas comme les Agneaux. Les Agneaux pensent que l’argent et tout ce qui est matériel sont les choses les plus importantes dans la vie. Tu peux tricher, mentir, voler, tuer, être bête à bouffer du foin, mais si tu peux te targuer d’avoir du fric et de posséder des tas d’objets, et que tu te vantes à raison, tu peux tout faire. L’argent et les possessions matérielles font de toi un roi ou une reine au royaume des Agneaux. Rien de ce que tu fais alors n’est mal, tout t’est permis. Les hommes et femmes Léopards sont différents. La seule manière de gagner des chittims, c’est en apprenant. Plus tu apprends, plus tu en obtiens. La connaissance est au centre de tout. Le bibliothécaire en chef de la bibliothèque Obi est le gardien du plus grand gisement de connaissances de toute l’Afrique de l’Ouest.

Au début du roman, j’ai eu (je dois dire) l’impression que l’autrice nous enfilait quelques clichés. La société est discrètement séparée entre Léopards et Agneaux – les Moldus locaux -, il y a une école de magie cachée, on mange des plats exotiques assez étranges et les adultes ont une fâcheuse tendance à déléguer des tâches d’une importance capitale à des petits nouveaux pas formés. Cela vous rappelle quelque chose ? Eh bien pas de panique, car c’est surtout pour les côtés roman d’apprentissage magique, école cachée et univers follement original que l’on s’y retrouve ! En effet, Nnedi Okorafor avance ses pions avant de détourner complètement les tropes et de prendre des directions un peu moins attendues. Bref, c’est drôle et bien mené !

Le récit évoque aussi à merveille les sujets de la différence et de la difficulté à s’intégrer. Sunny a en effet bien du mal. Déjà parce qu’elle est albinos et qu’aux yeux de ses compatriotes, elle n’a ni la bonne couleur, ni la bonne nationalité (puisqu’elle a grandi aux États-Unis). La vie à l’école est hyper difficile, la vie à la maison l’est tout autant, elle a du mal à se faire des amis et vit la découverte de son identité de sorcière comme une libération. Et si la part du roman d’apprentissage est importante, elle s’efface presque devant l’originalité de l’intrigue et de l’univers, ce qui forme un ensemble bien équilibré.
Outre les inventions propres aux Léopards, l’univers s’appuie fortement sur la mythologie et les coutumes nigérianes, qui s’entremêlent fortement aux pratiques magiques. Franchement ? Cela change agréablement dans le paysage de l’imaginaire ! Le texte est d’ailleurs parsemé de caractères nsibidi, une langue idéogrammatique utilisée par les Léopards. J’ai hautement apprécié le glossaire très riche en fin de volume, qui éclaire les lecteurs non seulement sur les mots utilisés en nsibidi, mais aussi dans les autres langues pratiquées au Nigeria. Tout cela permet une excellente immersion dans l’univers !

Cerise sur le gâteau ? Eh bien Akata Witch propose une véritable conclusion. Bien sûr, l’intrigue appelle à une exploration plus poussée de l’univers (et ça tombe bien, car il existe un tome 2 !), mais en proposant une fin très satisfaisante. Donc c’était parfait !

En bref, j’ai adoré commencer l’œuvre de Nnedi Okorafor par ce roman jeunesse qui propose une fantasy vraiment originale. Le récit est hyper fluide, sait se tirer des clichés que l’on sent se profiler tout en proposant une aventure complète. Excellente pioche pour ma part, donc, et je compte bien lire le tome 2 cette année !

Akata Witch #1, Nnedi Okorafor. Traduit de l’anglais (Nigeria) par Anne Cohen-Beucher.
L’École des Loisirs, 15 janvier 2020, 362 p.

La Reine courtisane, Anna Triss.

Après des siècles de paix, les quatre Éléments-Clans de l’île Symbiose se livrent une guerre sans merci. Sylvan, le jeune roi Falune, guerrier cruel et impitoyable capable de contrôler la magie de Feu, asservit les trois autres royaumes de Symbiose en semant la mort et la terreur sur son passage.
Je suis la reine Alena du Clan Gelane affilié à la magie de l’Eau.
J’ai été capturée par mon pire ennemi lors du siège de ma cité. Je connais déjà le sort funeste qui m’attend ce soir. Comme les princesses des deux autres Éléments-Clans qui m’ont précédée, je suis destinée à devenir la nouvelle épouse du tyran Sylvan.
Et demain à l’aube… Je serai exécutée.
Mais reine ou esclave, je reste avant tout une Gelane. Je ferai honneur à notre devise ancestrale.
« Face à son ennemi, un Gelane ne verse aucune larme, et jamais il ne renonce à brandir ses armes. »

Après avoir tellement peiné sur Le Dernier Drae, autre titre de la sélection Fantasy du Prix Livraddict, je pensais être tirée d’affaire. Il ne pouvait pas y avoir deux titres qui me déplaisent profondément dans la même sélection, non ? Eh bah raté. Il y en avait un deuxième et j’ai nommé La Reine courtisane.

Avant d’attaquer les choses qui fâchent, parlons des bons points de ce roman – car oui, il y en avait !
L’intrigue se déroule intégralement sur l’île de Symbiose, elle-même sise dans l’univers déjà détaillé dans la série La Guilde des ombres. Si le statut de spin-off explique l’impression d’univers très complexe que l’on a en attaquant le roman, il n’est pas nécessaire d’avoir lu l’autre série pour tout comprendre.
L’île de Symbiose est répartie entre quatre Clans, dont les magies sont liées aux quatre éléments. A cela s’ajoute un cinquième clan, celui des Renégats, c’est-à-dire les habitants dépourvus de magie et envoyés en exil. Charmant, non ? Or, pour ne rien arranger, c’est la guerre sur l’île, menée par le clan du Feu, qui a déjà rétamé ceux de la Terre et de l’Air, et s’attaque désormais à celui de l’Eau. Le système de magie n’est pas particulièrement détaillé, mais chaque clan a la main-mise sur un des éléments, qu’il peut déchaîner à loisir. J’aurais bien aimé que ce soit un peu plus détaillé, d’ailleurs, de même que l’univers en général, car j’ai eu l’impression que l’on effleurait simplement du doigt les lieux arpentés (que ce soit en termes d’explications ou de descriptions).

Le résumé l’annonçait, le récit reprend quelque peu la trame des Mille et une Nuits, puisque la reine Gelane a bien vite l’idée de raconter des histoires pour obtenir un sursis. Or, les histoires qu’elle raconte semblent très liées à la situation qu’elle traverse… D’ailleurs, on s’aperçoit bien vite que l’on a affaire (du moins au tout début), à un narrateur non fiable. Ce qui est un peu dommage, c’est que c’est cousu de fil blanc… et donc qu’on s’en doute très fortement. De même, si j’ai aimé le procédé des histoires incluses dans l’histoire, j’ai trouvé qu’elles arrivaient un peu comme un cheveu sur la soupe, cassant parfois la narration et le suspense qui pouvait être en cours.
La narration, tiens, parlons-en ! La première moitié (grosso modo) du roman est intégralement narrée, à la première personne par Alena. Ce n’est vraiment pas le type de récit que je préfère (d’autant qu’elle est censée être illettrée et parle vraiment très très bien !), mais cela fonctionne très bien. J’ai donc été très gênée par le changement brutal de narration, dans la seconde partie, qui passe à une alternance entre Sylvan et Alena, toujours en première personne. Mais pourquoi, grands dieux ?! Sans surprise, on se retrouve donc avec des bouts de scènes racontés d’un côté, puis de l’autre, ce qui s’avère (souvent) répétitif (et très agaçant). D’autant qu’on se farcit encore plus de récits de pensée de part et d’autre, qui s’avèrent d’une affligeante niaiserie.
Du coup, j’ai trouvé le temps extrêmement long.

Il faut aussi dire que côté fantasy, ce n’est pas hyper original : les péripéties sont globalement assez convenues (on n’échappe ni à la prophétie, ni à la découverte de l’élu insoupçonné) et si c’est dans l’ensemble narré avec un minimum de rythme, on n’étouffe pas non plus sous le suspense. Heureusement que la plume de l’autrice est fluide, ce qui fait que ça se lit quand même !

Mais parlons plutôt du point qui fâche. La romance. Alors oui, c’est de la romantic fantasy, donc c’est un peu le principe du roman. Mais est-ce qu’on est vraiment obligés de subir plus de 400 pages de « je t’aime/moi non plus » dans une relation ô combien toxique ? Sylvan est un affreux connard qui mérite la prison à vie ou, mieux, le gibet – j’étais donc affreusement déçue qu’il ne finisse pas décapité. Mais on peut suivre des histoires avec des personnages que l’on n’apprécie guère, ce n’est pas gênant. Le vrai problème, là, c’est plutôt la façon dont est scénarisée la romance, dont le point culminant est rien moins qu’une scène de viol érotisée. En toute tranquillité. J’ai relu intégralement deux fois le chapitre pour être sûre que rien ne m’avait échappé, mais non. Et ça, très clairement, ça ne passe pas. D’autant que la narratrice voit ça comme le climax de sa relation avec son mari. Mari qui la viole pendant son sommeil, parce qu’apparemment, il n’a pas reçu le mémo de « partenaire endormi = pas de consentement ». De son côté, elle décrit un rapport non consenti avec des termes comme « douleur », « meurtrissure », mais qui lui procure beaucoup de joie car, quand même, il faut prendre en compte que son pauvre petit mari a beaucoup souffert quand son papa est mort, donc ça va. Euh, pardon ?! 

Bref, je me suis fait un point d’honneur d’aller au terme de ce roman malgré une intrigue passablement pénible et des personnages particulièrement tête à claques. Tout cela aurait pu se terminer sans plus de désagrément, s’il n’y avait eu cette scène de viol érotisé, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de mon exaspération. Il va sans dire que je ne voterai pas pour ce titre !

La Reine courtisane, Anna Triss. Black Ink, octobre 2019, 442 p.

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Et ce titre me permet de valider la catégorie Danse de la fée dragée du Cold Winter Challenge !

Stand still, stay silent #1, Minna Sundberg.

90 ans se sont écoulés depuis l’époque de la grande maladie. Le vieux monde a été oublié et laissé à la merci des trolls, des bêtes et des géants. Une petite équipe d’explorateurs scandinaves est recrutée pour se lancer dans la première mission de recherche officielle.

Je ne savais pas trop dans quoi je m’embarquais en débutant cette grosse bande-dessinée et j’avoue avoir été un peu surprise, au début, lorsqu’il a rapidement été question d’épidémie (la rouille en l’occurrence)… puis de pandémie et de pays fermant leurs frontières. Un petit goût de déjà-vu…
Mais rapidement, le récit bascule 90 ans plus tard : la population mondiale a drastiquement chuté et il est temps de lancer une première mission de recherche officielle. C’est l’histoire que l’on va suivre !

Celle-ci démarre et s’installe à petits pas : il m’a fallu quelques chapitres avant de m’immerger totalement dans le récit, car l’univers dans lequel il s’installe est assez trapu. Mais ce qui était vraiment bien, c’est que cette lente introduction n’est pas synonyme de longueurs : je ne me suis pas ennuyée une seconde (ni au début, ni par la suite) ! Il faut dire aussi qu’outre l’univers – qui mélange avec brio post-apocalyptique et mythologie nordique – vraiment prenant, on en prend plein les yeux.
Les graphismes sont absolument fabuleux !! Mais je dois avouer que ma seule récrimination touchera également ce point : j’ai trouvé que les protagonistes se ressemblaient parfois un peu trop, ce qui m’a posé quelques soucis de suivi du qui-fait-quoi sur certaines cases. Heureusement, ces confusions ne sont intervenues qu’à la marge. En dehors de ce point, j’avoue que j’ai bavé à chaque page. Les décors sont splendides (même lorsqu’il s’agit de cités en ruines) et les rêves de Lalli, le mage de l’équipe, offrent des scènes à se damner, dans des tons bleu-verts qui collent à merveille à l’ambiance très poétique de ces songes. J’ai également beaucoup aimé la représentation des créatures mythologiques (un brin de magie et pas mal de gore !), issus du folklore scandinave. Et l’intrigue est rythmée par des double-pages explicatives aussi superbes que le reste, avec lesquelles on se rince les yeux.

Au fil du récit, la petite équipe progresse en exploration, donc, et en découvertes. D’autant qu’ils ont tous l’air ou borderline, ou pas tout à fait au point sur leurs missions, ce qui enlève un peu de crédibilité à leur expédition, mais assure aussi le côté humoristique de l’ensemble. (Soyons honnêtes : ce sont de vrais boulets !)
Le récit laisse aussi beaucoup de place à des petites tranches de vie et autres aperçus du quotidien des personnages. J’avoue que cela apporte beaucoup à l’histoire, permettant d’alléger quelques moments de tension, tout en octroyant une intéressante épaisseur aux personnages et à leurs échanges.
Il y a aussi tout un jeu sur les dialogues : les personnages ne pratiquent pas tous les mêmes langues, donc les bulles sont marquées du drapeau de la langue en question lorsqu’il y a des différences (ce qui met d’autant mieux en avant les quiproquos et autres incompréhensions entre les personnages).

Si l’univers est résolument post-apocalyptique, l’intrigue mêle des accents de fantasy. La mythologie est bien présente en raison des trolls et autres créatures, mais la magie ne semble pas bien loin – Lalli, après tout, est désigné comme mage de l’équipe. Le mélange des genres est parfaitement équilibré, et cela fait partie des éléments qui m’ont rendue totalement accro à la BD. J’ai hâte de lire la suite !

Énorme coup de cœur pour le premier tome de cette série, donc. L’intrigue, mêlant univers post-apocalyptique, fantasy, mythologies scandinaves et ambiance complètement foutraque se révèle particulièrement prenante. Les illustrations sont absolument sublimes, y compris dans les doubles-pages explicatives qui rythment le récit. Bref, j’ai adoré cette lecture, et j’ai hâte de découvrir les tomes suivants !

Stand still, stay silent #1, Minna Sundberg. Traduit de l’anglais par Diane Ranville.
Akileos, septembre 2018, 320 p.

Et voilà validée la catégorie Yule du Cold Winter Challenge !



Pacte de sang, Le Dernier Drae #1, Kelly St-Clare & Raye Wagner.

Plus que tout, c’est d’aventure dont j’ai besoin. Mais à Verald, un pays dévasté par la maladie, la vie est déjà toute tracée, comme les cercles hiérarchiques immuables de notre royaume.
Au cœur même de ces cercles règne notre cruel roi, avec un invincible dompteur de dragons, Lord Irrik, à ses côtés. Leur pouvoir empoisonne le pays et le peuple, et attise la rage d’ennemis toujours plus nombreux.
Mais tout va changer.
Quand la rébellion s’embrase, le roi riposte durement. Capturée par Lord Irrik, je suis soudain entraînée dans un jeu fatal. Un jeu dont je voudrais désespérément comprendre les règles.
Car je ne me bats pas seulement pour rester en vie… mais pour protéger un amour qui pourrait bien être la clef de ma liberté.

Deuxième lecture dans la liste Fantasy du Prix Livraddict !
Et bon.. on va faire comme avec les pansements, on va pas lambiner avant d’arracher !

Je ne peux pas franchement dire que j’ai apprécié cette lecture, même s’il y avait des idées intéressantes à l’intérieur.
L’histoire se déroule dans un royaume circulaire, dont les quartiers sont organisés en cercles concentriques : les quartiers riches au centre, les quartiers pauvres en périphérie. Dans ma tête, j’étais donc à mi-chemin entre Chromatopia et Hunger Games !
On découvre l’héroïne, Ryn, une jeune fille qui officie comme serveuse, puisqu’elle a la désagréable manie de faire mourir les plantes et ne peut donc plus travailler avec sa mère dont la main verte est réputée. Or, ce royaume connaît un vrai problème d’approvisionnement puisque le roi en place a fait tuer tous les druides, les phaetyns, tout simplement car leur sang pouvait lui assurer l’immortalité. Or, sans phaetyns, les récoltes sont difficiles, la famine menace (surtout dans les quartiers pauvres) et la rébellion gronde. Ryn se fourre bêtement dans les ennuis, se fait arrêter et torturer dans les cachots du roi.

Première chose qui m’a ennuyée dans ce roman : les nombreuses incohérences dans la narration ! Qu’il s’agisse de paniers de livraison qui se multiplient, de faux raccords, ou d’un chemin qui, parcouru à la même allure, prend soit une heure, soit dix minutes, on est servis.
De plus, le début est truffé de longueurs : Ryn s’ennuie, et il faut dire qu’on le ressent bien. Heureusement, la situation évolue quelque peu lorsqu’elle est capturée.

A partir de là, la jeune fille subit séances de tortures (dont une à base d’insectes foutrement bien décrite) sur séances d’interrogatoires. Mais hormis cette première scène pleine de détails, les autres sont rapidement résumées. D’une part, cela permet de lire sans rendre son petit déjeuner, et c’est parfait, mais tout va aussi un peu vite, ce qui rend le tout pas follement passionnant. D’autant que ces scènes sont amenées à se répéter longuement… ce qui nous ramène assez vite aux longueurs initiales.
Mais Ryn est dotée d’un solide sens de l’humour et même si ses vannes sont très potaches (et pas toujours hilarantes), elles viennent quelque peu alléger l’atmosphère et casser le rythme.

Mais … je dois reconnaître que Ryn fait aussi partie de ce qui m’a agacée. Pour une raison qui m’échappe, je pensais avoir affaire à une adulte au début du roman. De fait, non : elle a dix-sept ans. Âge parfait pour faire des bêtises ou se montrer immature. Ce qu’elle fait à profusion. Mais elle se présente aussi comme une personne très mature (les autres personnages font comme si également) alors que non, clairement, elle ne l’est pas. Attention, je spoile dans le paragraphe suivant.

Ainsi, elle est surprise par une révélation à propos de deux personnages qui se révèlent être la même personne. Ty, son compagnon de cellule, et Tyr, le type qui surgit miraculeusement et en silence après chaque séance de torture et la soigne. Vraiment ? Tu es surprise ? Je veux dire, les deux types ont le même nom à une lettre près et l’un des deux ne parle jamais. Je ne sais pas, ça ne te met pas la puce à l’oreille ? Bah non !

On peut toutefois porter au crédit du roman le fait que la romance n’est pas omniprésente – même s’il y en a. Toutefois, la romance naissante entre deux personnages les conduit à avoir de nombreux échanges particulièrement ridicules, ce qui fait que j’ai passé plus de temps à pouffer qu’à lire sérieusement.

Le Dernier Drae n’est donc clairement pas ma lecture de l’année. L’idée de départ, comme l’univers, sont vraiment intéressants, mais l’évolution hyper classique de l’intrigue, le style pas transcendant et les nombreuses incohérences dans le récit ont eu raison de ma patience !

Le Dernier Drae #1 : Pacte de sang, Kelly St Clare et Raye Wagner. Traduit de l’anglais par Julie Demoulin.
MxM Bookmark ( Infinity ; Onirique), juillet 2019, 363 p.


La Tour du Freux, Ann Leckie

Depuis des siècles, l’Iradène est protégé par son dieu tutélaire, le Freux. Mais alors qu’un usurpateur s’est emparé du trône, que des envahisseurs soutenus par un dieu hostile se massent aux frontières, le Freux reste désespérément muet. C’est en ces temps troublés qu’Éolo, l’aide de camp de l’héritier légitime du trône, découvre un sombre secret dans les fondations même de la tour du Freux… Un secret qui pourrait bien rayer l’Iradène des cartes pour toujours.

J’étais très curieuse de découvrir cette autrice, qui a reçu une flopée de prix pour sa saga de SF Les Chroniques du Radch. Et… peut-être aurais-je mieux fait de commencer par cette saga plutôt que par cette incursion en fantasy, qui m’a laissé un sentiment assez mitigé.

Pourtant, cela démarrait vraiment bien ! On découvre une société très tournée vers ses divinités. Justement, le pays qui nous intéresse, l’Iradène, est entièrement dévoué à son dieu tutélaire, le Freux, représenté sur terre par un humain qu’on appelle le Bail, et dont le destin est de mourir lorsque le dieu change d’incarnation (aka l’Instrument). Son Héritier monte alors sur le trône et perpétue la tradition. Le début du roman nous plonge donc dans une situation tendue : le Bail en place a disparu et le trône a été usurpé par un membre de sa famille, qui n’avait pas l’heur d’être son héritier. Si on ajoute à cela une petite guerre aux frontières qui menace, l’ambiance de départ, un peu tendue, est très prenante.

De plus, le système narratif est vraiment original. La scène d’ouverture est introduite par un narrateur dont on ignore tout, et qui s’adresse à Éolo, l’aide de camp du véritable Héritier du Bail. Tout est donc rédigé à la deuxième personne du singulier, avec de très nombreuses adresses à ce personnage – qui semble tout ignorer du narrateur, comme le lecteur, du reste. Cela donne au récit un ton incantatoire pas désagréable du tout.
Le récit change de temps en temps de point de vue, pour s’intéresser au développement d’une divinité… qui se trouve être une pierre, plantée sur une colline, et qui nous raconte comment l’humanité a commencé à se développer autour d’elle. On oscille donc en permanence entre le récit adressé à Éolo, et l’histoire du dieu posé sur la colline, qui reprend le récit des origines. Or, si tout cela est très surprenant, et apporte une véritable originalité au récit, il faut aussi reconnaître que cela occasionne d’incroyables longueurs. La genèse de l’univers est certes intéressante, mais a un petit côté encyclopédique qui s’avère parfois assommant.
De l’autre côté, le récit adressé à Éolo, s’il s’avère au départ suffisamment mystérieux pour être intrigant… se révèle rapidement un poil trop mystérieux. Car il faut attendre une grosse moitié du récit avant qu’il ne se passe enfin quelque chose d’intéressant !

C’est arrivé à cette moitié de récit que tout s’enchaîne subitement – enfin !
L’intrigue prend un tour géopolitique vraiment intéressant, puisque tous les petites fils semés jusque-là s’assemblent en un véritable écheveau. Les troubles aux frontières, la situation compliquée à Vastaï, mais aussi le récit des origines de la divinité de la colline s’imbriquent.
Malheureusement, les longueurs du début ont vraiment bien préparé le terrain. Ce qui fait qu’il n’est guère difficile d’additionner les indices récoltés et de deviner ce vers quoi l’on va. Le suspense n’est donc clairement pas le point fort de ce récit. Malgré cela, l’enchaînement des péripéties, révélations et retournements de situation est vraiment bon dans cette seconde partie, ce qui la rend malgré tout plus palpitante que la première.

Un autre point qui m’a gênée se situe dans les dialogues. L’un des protagonistes, un Xuhlanais, parle excessivement mal la langue locale. Ses phrases sont truffées d’approximations lexicales, d’accumulations de verbes à l’infinitif et autres inventions langagières. Si cela aide à l’immersion, cela complique aussi grandement la lecture, les propos du personnage étant quelque peu ardus à déchiffrer. Or, il se trouve qu’il a une palanquée de dialogues et qu’il s’avère central pour le récit ! On n’est donc pas au bout de ses peines…

Première incursion mitigée dans l’œuvre d’Ann Leckie, donc. En cause surtout une première partie qui accumule les longueurs, en raison du système narratif choisi qui fait alterner les récits de deux époques différentes. Pourtant, c’est ce même système narratif qui fait tout le sel du roman. En choisissant la deuxième personne du singulier, l’autrice propose un récit qui se démarque vraiment, tout en restant parfaitement lisible. Son style fluide, sa façon d’amener les péripéties, rendent en plus la seconde partie nettement plus prenante que la première, malgré la globale absence de suspense.

 

La Tour du Freux, Ann Leckie. Traduit de l’anglais par Patrick Marcel.
J’ai Lu (Nouveaux Millénaires), septembre 2020, 406 p.

 

L’Attrape-malheur #1 : Entre la meule et les couteaux, Fabrice Hadjadj

Jakob Traum est un garçon comme les autres, et pourtant…
Il est doté d’un étrange pouvoir qui peut le rendre invincible comme extrêmement vulnérable. Forcé de quitter son village natal, il part sur les routes avec un groupe de forains. Alors qu’une guerre éclate entre l’empereur Altemore et Ragar le rebelle, le don du jeune homme éveille l’intérêt des deux clans et, avec eux, celui d’un inquiétant individu au visage dissimulé par une sombre capuche.

Un nouveau roman de ma pile-à-lire boulot (dont vous aurez sans doute compris que je ne choisis pas toujours le contenu !) qui s’est révélé une très très bonne surprise.
Entre la meule et les couteaux est le premier tome d’une trilogie de fantasy qui démarre donc très bien.

L’histoire s’installe très tranquillement et il faut attendre quelques chapitres avant de voir débarquer l’élément perturbateur, à savoir la découverte du pouvoir de Jakob. Alors que dans les canons du genre, c’est le moment qui révèle le héros, ici c’est ce qui va venir irrémédiablement gâcher la vie de Jakob et lui faire prendre un virage radical. De fait, on bascule d’une introduction douce et bienveillante à un développement nettement plus sombre.

L’auteur joue à merveille avec les sentiments tout au long de la lecture. L’intrigue parvient à être à la fois légère, parfois porteuse d’humour, et excessivement sombre deux pages plus loin (sont notamment impliquées des scènes de torture physique ou psychologique, voire une décapitation. En toute simplicité). Le récit nous plonge donc dans une ambiance de conte hyper sombre, ce qui le rend très prenant.

L’intrigue est linéaire et suit le schéma assez classique du roman d’initiation. Jakob découvre l’univers familial du moulin, vit dans un petit patelin de paysans et artisans, puis part sur les routes avec le cirque Barnoves, avec lequel il découvre les autres contrées alentour. Il n’y a pas de carte au début du livre et si cela a frustré l’adoratrice de cartes en moi, je n’ai pas trouvé que cela manquait. Au contraire, cela renforce la sensation que l’on est en train de lire un conte à l’ancienne.
L’univers est un mélange entre notre Moyen-âge avec villes fortifiées, seigneurs locaux, et une certaine industrialisation, puisque l’on croise aussi des cités d’artisans, de paysans-soldats, d’artistes, etc. Bref : un univers qui colle parfaitement à l’ambiance contes.

Mais revenons au récit initiatique de Jakob. Celui-ci est riche en péripéties, qu’elles soient physiques ou morales. Jakob passe par un tas de moments extrêmement marquants (pour lui, comme pour le lecteur), qui viennent rythmer le récit. Il y a donc dans celui-ci une vraie tension qui tient en haleine – et qui tient aussi, il faut l’avouer, aux montagnes russes que nous fait faire l’auteur, entre sommets de douceur et abysses de noirceur.
Au fil des péripéties, on en vient à réfléchir à un tas de thèmes comme l’amour filial, la différence, le malheur (évidemment), la dialectique bonté/méchanceté et, en filigrane, la guerre.
Car si cet aspect est encore assez lointain, le titre annoncé du tome 3 contient le mot « batailles », ce qui me laisse supposer que la guerre qui semble se profiler entre Altemore et Ragar le rebelle va bien finir par dégénérer.

Mais ce qui m’a vraiment vraiment complètement ferrée dans ce roman, c’est le style de Fabrice Hadjadj. Celui-ci joue sur les sonorités, la polysémie, multiplie les jeux de mots, ce qui m’a donné follement envie de lire le texte à voix haute pour pleinement profiter de sa beauté et de sa musicalité. Les jeux de mots sont eux aussi très évocateurs, et ouvrent la réflexion sur les thèmes cités plus haut. Cela donne un roman un aspect à la fois poétique et philosophique, tout ça sans en faire des caisses, ce qui est hyper agréable.

Les illustrations de Tom Tirabosco, tout en noir et blanc, collent parfaitement à l’ambiance avec leur aspect très envoûtant et viennent rythmer le récit pile comme il faut. Sur la fin, une certaine illustration m’a même donné des ailes tant j’ai été inquiète de ce que je découvrais en image !

A ce stade, vous aurez sans doute compris que j’ai adoré ma lecture, de la première à la dernière page. Fabrice Hadjadj propose une introduction extraordinaire à sa trilogie de fantasy, qui renoue avec les aspects les plus sombres des contes. Après cet excellente entrée en matière, j’attends avec impatience les tomes suivants !

L’Attrape-malheur #1 : Entre la meule et les couteaux, Fabrice Hadjadj.
La Joie de Lire, 30 septembre 2020, 280 p.

Héritages, Gardiens des Cités perdues #8, Shannon Messenger.

Sophie n’en peut plus de vivre dans le mensonge et l’illusion : cette fois, il lui faut des réponses. Mais la vérité n’est pas toujours bonne à entendre, surtout quand elle apporte son lot de nouvelles responsabilités… Et que la jeune fille n’est pas la seule concernée. Car le passé trouble de certains de ses amis n’a rien d’un hasard. Beaucoup sont porteurs d’un destin qui les dépasse, qui se joue d’eux et de leurs principes.Commence alors un jeu de pistes dangereux, où la fidélité de chacun se voit remise en cause. Et si les indices s’accumulent, le doute, lui, s’insinue dans le petit groupe à mesure que la frontière entre le bien et le mal se trouble. Une question occupe désormais tous les esprits : qui est véritablement digne de confiance ?À force de creuser pour découvrir ce que cachent les mystères qui l’entourent, Sophie Foster se retrouve dans ce huitième tome de Gardiens des Cités perdues face à elle-même et à ses illusions perdues. L’heure de vérité a sonné. Il ne reste plus qu’à savoir si notre héroïne et ses amis sont prêts à l’affronter…

Gardiens des Cités perdues est une série que j’apprécie, et ce depuis le début, malgré le caractère impossible de Sophie (disons que si vous n’aimez pas les premières de la classe parfaites, passez votre chemin).

Mais là… cette fois, la magie n’a pas du tout pris. J’ai peiné sur chacune des pages de cet interminable pavé (qui pèse plus de 760 pages, quand même !).

Déjà, dès le départ, quelque chose a coincé : le fait que l’on investisse Sophie de nouvelles responsabilités. Je trouvais déjà dans les tomes précédents qu’il y en avait un peu trop, mais là, on dépasse vraiment les bornes. Que font donc les adultes dans cet univers ?! Même Dumbledore n’a pas autant osé charger la mule, et pourtant on sait qu’il n’a pas lésiné quand il s’agissait de confier de lourdes responsabilités à des gamins à peine pubères.
Bref. Sophie se retrouve assortie d’une nouvelle mission, d’un nouveau titre (Régente, donc elle intègre la Noblesse sans passer par la case « Niveaux d’élite de Foxfire ») et d’un tas de nouvelles choses à faire. J’ai donc eu énormément de mal à adhérer à cette partie de l’intrigue, d’autant qu’il y avait déjà fort à faire avec TOUT ce qui est en suspens depuis le début (et il y en a !).

Sans surprise, tout cela vient alourdir une intrigue déjà bien embourbée. J’ai trouvé le roman terriblement long et mou. Les rares révélations ne surprennent que les personnages tant tout m’a semblé téléphoné, qu’il s’agisse de la situation avec les nains, ou la recherche de Sophie sur ses parents biologiques. Tout cela me semblait tellement évident ! En plus, cela prend complètement le pas sur la recherche de l’héritage de Keefe, qui était supposé être au centre de l’intrigue.
Dès lors, difficile de se passionner pour les péripéties (nombreuses) qui accablent (il n’y a pas d’autre mot) nos personnages.

Pour ne rien arranger, j’ai trouvé que tout traînait en longueur. Les dialogues sont excessivement longs, soit qu’on nous ressasse des informations que l’on connaît déjà / qui ne méritent pas autant d’explications, soit que le suspense est manifestement poussé au maximum sur des révélations qui, malheureusement, ne sont pas surprenantes tant elles ont été bien amenées. Du coup, on peut noter ce point positif : tout se tient, tout a été (peut-être trop) bien préparé en amont. J’avoue tout net que j’ai parcouru en diagonale certains de ces dialogues justement conçus pour « faire monter le suspense », tant j’étais à deux doigts de m’endormir dessus.
L’autre point qui m’a fortement agacée, c’est la façon dont sont résolues les péripéties. C’est quoi cette insolente facilité ? On nous répète depuis le départ combien c’est difficile, combien la situation est tendue (limite désespérée) et les personnages s’en sortent haut la main sans déplacer une mèche de leur brushing ? Mais ce n’est pas crédible !

Parlons maintenant des personnages. Dans le tome précédent, je regrettais que l’on intègre encore de nouveaux personnages à la cohorte déjà en présence. Cette fois, heureusement, pas de nouvelle tête : Stina Heks (la meilleure ennemie) est certes intégrée à la Brigade Prodigieuse souhaitée par le Conseil, mais il s’agit d’une tête déjà connue. Malgré cela, j’ai encore trouvé qu’on avait du mal à naviguer entre les très (trop !) nombreux protagonistes. Tous sont importants, et c’est assez difficile de s’intéresser tour à tour à chacun. Ils se retrouvent donc généralement réduits à leur capacité principale, ce qui les rend tous légèrement monolithiques (et c’est bien dommage).
Est-ce qu’on parle de l’arc narratif dévolu à la romance ? Allez, le triangle amoureux nous tient tout de même en haleine depuis le premier volume ! Ici, rien de neuf, hormis que Fitz glisse de plus en plus sur la (dangereuse) pente du pervers narcissique. Pourquoi personne ne lui met deux claques ? Il les mérite amplement ! Je sais qu’au départ de la saga, ma préférence allait à Fitz dans le triangle reliant Sophie, Fitz et Keefe, mais ma préférence va désormais à ce dernier (ou à aucun des deux, tiens, ce serait très bien aussi).

On peut donc dire que ce tome a été une intense déception. Je suis même déçue d’avoir été déçue, car j’apprécie vraiment la série (du moins, jusque-là). Malgré le côté entraînant de l’intrigue, en raison des multiples péripéties, difficile d’être complètement passionnée par le récit, qui était paradoxalement mou et lent. Au vu de la densité de retournement de situation aux cent pages, c’en est même étonnant !
J’espère donc vivement que ce tome était une petite baisse de rythme dans l’économie générale de la saga, et que celle-ci repartira d’un meilleur pied dans le prochain opus.

◊ Dans la même série : Gardiens des cités perdues (1) ; Exil (2) ; Le Grand Brasier (3) ; Les Invisibles (4) ; Projet Polaris (5) ; Nocturna (6) ; Réminiscences (7) ;

Gardiens des Cités perdues #8, Héritages, Shannon Messenger.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Tamae-Bouhon et Laureline Chaplain.
Lumen, novembre 2019, 763 p.

Vow of thieves, Dance of thieves #2, Mary E. Pearson.

La première fois que Kazi s’est rendue au Guet de Tor, c’était sur ordre de la reine de Venda. Mais sa mission l’a poussée dans les bras de Jase, héritier des Ballenger, un clan dissident, et ses sentiments pour lui ont failli lui coûter très cher.
Désormais, c’est avec la bénédiction de la reine que Kazi et Jase retournent au Guet de Tor. Et le fief des Ballenger sera un royaume à part entière.
Mais à leur arrivée, la forteresse a visiblement été attaquée… Jaze est blessé par un groupe d’hommes armés et Kazi est enlevée.
Qui sont ces hommes et que veulent-ils ? Et surtout : Jase a-t-il survécu ?
Kazi est à nouveau prête au combat. Rien ni personne ne lui arrachera son amour.

Pendant le confinement (version 1), j’ai découvert le premier tome de la série Dance of thieves, que j’ai attaqué avec pas mal de réticences… Et qui s’est avéré une très bonne surprise ! J’étais donc assez curieuse de lire la suite de ce diptyque.

Première chose à savoir : je l’ai littéralement engloutie. Déjà, j’étais hyper curieuse de savoir ce qu’il advenait de Kazi, Jase, et de la foule de personnages qui gravitaient autour – d’autant que la fin du premier tome ne laissait pas présager du meilleur. Heureusement, d’ailleurs, parce que le début de ce tome n’est pas particulièrement entraînant : ils sont ensemble, ils s’aiment, ils rentrent à la maison. Mais… pour mon plus grand plaisir, cela a vite changé !
Et si ce deuxième tome s’est révélé globalement très prenant, j’aurais (peu ou prou) les mêmes reproches à lui faire que pour le premier opus.

Encore une fois, j’ai regretté l’absence de carte. Car cette fois, la géopolitique est nettement plus prégnante que dans le premier tome et les pays voisins ont de forts intérêts à tourner leurs regards vers le Guet de Tor. J’avoue que j’ai parfois été quelque peu perdue sur la réalité des distances entre chaque territoire, le positionnement géographique et la taille des uns et des autres, ce qui ne m’a pas toujours aidée dans la compréhension de l’intrigue. J’ai donc plus que jamais envie de lire la série originelle, en croisant les doigts pour que la présentation de l’univers soit un peu plus claire que dans le spin-off !

Dans le premier tome, j’avais apprécié que la romance passe assez vite au second plan. Cette fois, elle nettement plus présente dans le récit, ce qui a souvent introduit des longueurs assez pesantes dans l’intrigue.
En effet, l’autrice a gardé le choix de l’alternance narrative entre Kazi et Jase. Donc, il y a forcément des redondances entre les deux narrateurs, que ce soit dans les événements qu’ils nous racontent, ou dans leurs réflexions personnelles. Heureusement, ils ne tardent pas à être séparés, ce qui rend la lecture un peu plus vivante (d’autant qu’on ne sait pas immédiatement dans quel état se trouve le second narrateur). Néanmoins, on doit encore passer de très (très !) nombreux récits de pensée qui tournent en rond (« je l’aime, il/elle me manque, comment défaire l’ennemi à nos portes »). Sincèrement, je pense que l’histoire aurait pu être amputée d’une grosse centaine de pages sans dommages !

Alors, que reste-t-il ? Eh bien il reste malgré tout une intrigue entraînante, pleine de suspenses et bien menée. L’autrice sait ménager ses effets et doser ses révélations. Certaines sont attendues (mais néanmoins bien amenées !), d’autres beaucoup moins. Le récit s’enchaîne à bon train : il n’y a pas de temps morts, mais pas non plus l’impression qu’il y a trop de rebondissements. Ce rythme maîtrisé a vraiment contribué à me scotcher au texte !
De plus, la situation géopolitique s’est nettement corsée, il y a donc beaucoup plus de retournements de situation à base de traîtrises insoupçonnées, découvertes d’alliés improbables, ou scènes particulièrement prenantes. Il y avait quelques indices dans le premier tome mais… j’étais passée à côté, je dois dire !
Par ailleurs, Kazi adore les énigmes : celles-ci émaillent le récit… et demandent parfois de bien se creuser la tête pour trouver les réponses !

Bien que le récit alterne sans arrêt (ou presque) entre la narration par Kazi et celle par Jase, le fait de multiplier les personnages (sans qu’on s’y perde, c’est bon à noter), enrichit grandement l’intrigue, car tous sont vraiment bien campés, avec parfois même des arcs narratifs secondaires. C’est vraiment ce qui fait que j’ai tellement apprécié ma lecture !

Très bonne surprise que ce diptyque, en fin de compte, alors qu’il ne partait pas gagnant. Évidemment, j’ai trouvé la romance et les doutes des personnages principaux un peu trop présents (mais c’est juste une affaire de goût). Le vrai reproche que l’on peut faire au roman est son flou artistique total sur l’univers… et il n’y est pour rien ! Pour cela, il aurait fallu lire d’abord la trilogie initiale. Bonne surprise, donc, que ce spin-off qui mêle espionnage, complots, trahison, un soupçon d’humour et des personnages parfaitement campés !

◊ Dans la même série : Dance of thieves (1).

Dance of thieves #2, Vow of thieves, Mary E. Pearson. Traduit de l’anglais par Isabelle Troin.
De La Martinière jeunesse, septembre 2020, 528 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

Rose de sang, Wyld #2, Nicholas Eames.

Tam Hashford en a assez de travailler dans la taverne de son quartier, de servir à boire à des mercenaires connus dans tout Grandual et d’écouter les bardes chanter de glorieuses épopées à mille lieues de sa petite bourgade perdue.
Alors quand Rose de Sang arrive en ville à la tête de sa redoutable bande et qu’on propose à Tam de devenir leur barde, la jeune fille n’hésite pas longtemps. Elle veut de l’aventure, eh bien ! elle va en avoir. Avec le reste du groupe, elle s’engage dans une quête qui ne pourra se terminer que de deux manières : la mort ou la gloire.
Il est temps d’aller faire un tour du côté du Wyld…

En fin d’année dernière, j’avais adoré le premier tome de cette série, La Mort ou la Gloire. Autant dire que j’étais assez emballée à l’idée de lire cette suite. Une fois la dernière page tournée, mon enthousiasme n’a pas décru !

Contrairement à ce que je pensais, le récit, qui se déroule six ans après la fin du premier, n’est pas centré sur Rose. Elle est présente, bien sûr, elle est même au premier rang des protagonistes, mais le récit est plutôt vu par les yeux de Tam, une jeune femme rêvant d’aventure et désespérant de servir des bières à la taverne du coin, et qui s’enrôle en tant que barde dans la roquebande de Rose, Fable – car elle maîtrise le luth, une chance. Malgré le taux de mortalité très élevé des bardes dans les roquebandes, Tam part donc avec enthousiasme. Direction : le lieu de villégiature d’un monstre légendaire pour une mission grassement payée – alors que toutes les roquebandes du pays se dirigent, elles, vers la horde du Wyld qui menace de passer les frontières. De fait, l’intrigue semble au départ extrêmement similaire à celle du premier tome (les monstres sont sur le point de déferler) – mais cela change après.

J’ai été un peu surprise par le changement de ton du roman. Le premier était extrêmement drôle et c’est un point que j’avais adoré. Celui-ci l’est également, mais nettement moins que l’opus précédent, et porte des réflexions beaucoup plus profondes (et donc surprenantes).
Ainsi, le thème qui traverse toute l’intrigue, cette fois, est celui de la parentalité. Surprenant en fantasy, non ? Mais si l’on récapitule, tous les personnages ou presque ont une sous-intrigue qui tourne autour de ce thème. Il y a ceux qui voudraient sortir de l’ombre de leurs augustes parents (Rose, bien sûr, mais Tam aussi, dont le père était mercenaire, et la mère une légendaire barde) et des rôles qu’on leur a assignés. Celui de la princesse en détresse pour Rose, notamment. Car malgré ses exploits à Castria, c’est toujours ainsi qu’on la voit : la fille dont le papa a traversé le pays et la horde d’envahisseurs pour la sauver. Mais c’est aussi une problématique pour Nuage Libre et Brune, dont les pères ont toujours une forte emprise sur eux, bien qu’ils soient tous plus que majeurs et vaccinés !
Il y a aussi ceux qui portent des questionnements sur l’autre versant de la parentalité : comment, après avoir été un héros aux épiques combats, on devient un parent avec d’autres types de responsabilités ? (Réponse : c’est pas évident. Comme dans la vraie vie, quoi.). D’ailleurs, j’ai aimé que Rose soit une mère qui n’apprécie pas son rôle… et que ce ne soit pas écrit de façon culpabilisante. Voilà qui change !
Bref, j’ai aimé cette question de l’héritage parental : elle est parfaitement déclinée, sans empiéter sur l’intrigue plus purement fantasy. Cela vient plutôt l’appuyer, lui donner du corps, tout en proposant d’intéressantes réflexions.
Autre sujet phare : celui du monstre, qui est abordé sous deux angles. Tout d’abord, à travers la figure de Roderick, le manager du groupe, qui se trouve être un satyre – et donc à peine mieux considéré que les monstres du Wyld par un bon nombre d’aventuriers. Le thème est également présent en raison des combats dans les arènes. Souvenez-vous, dans le premier volume, les aventuriers ne partaient déjà quasiment plus à l’assaut du Wyld pour se castagner avec des monstres. Non, ils allaient tranquillement les affronter dans des arènes. Or, ici, on découvre les dessous de ces arrangements : des « monstres » sont capturés, drogués, jetés en pâture à des aventuriers bien nourris et surexcités, et tout à fait prêts à en découdre. Alors ? Qui est le véritable monstre ?

Les personnages sont vraiment bien caractérisés et développés, avec des arcs narratifs qui leur sont propres. On ne perd jamais de vue le récit principal, mais l’auteur offre plusieurs incursions vraiment passionnantes dans les histoires personnelles de chacun. (Mention spéciale pour l’histoire de Brune, d’ailleurs).
Et, point qui change radicalement par rapport au premier tome : il y a des protagonistes féminines ! Plein ! (Plus que des hommes d’ailleurs). Et elles sont hyper réussies, avec ça. Je retire donc toutes mes râleries sur ce point contre le premier opus. Alors que le cliché de la princesse en détresse était au centre de l’intrigue du premier volume, ici il est largement piétiné (Rose se bat bien assez contre cela, d’ailleurs). Et cela aussi, cela fait du bien !

Mon début de lecture ne s’est pourtant pas fait sous les meilleurs auspices. J’ai trouvé que les premiers chapitres étaient terriblement lents et quelque peu répétitifs par rapport à la situation du premier roman. Mais cela a changé assez vite – pour se conclure d’ailleurs en apothéose, pour mon plus grand plaisir. C’est avec le même sentiment que j’ai retrouvé l’hommage au rock perceptible dans le premier tome. Je trouve ça toujours aussi original !

J’avais adoré le premier tome, et ce deuxième tome vient confirmer ma première impression. J’ai été assez surprise au départ de changer de personnages, mais cela apportait un renouveau vraiment intéressant à l’intrigue, comme à l’univers. J’ai également trouvé ce tome nettement plus riche en réflexions et en émotions que le premier. Sans toutefois oublier les bastons épiques et un suspense très prenant. Bref : que du bon !
Je terminerai en disant que les deux romans sont lisibles indépendamment (en raison du changement de personnages et de l’ellipse temporelle), mais qu’il est quand même mieux d’avoir lu le premier tome si on veut profiter pleinement de celui-ci.

◊ Dans la même série : La Mort ou la gloire (1) ;

Wyld #2 : Rose de sang, Nicholas Eames. Traduit de l’anglais (Canada) par Olivier Debernard.
Bragelonne, janvier 2020, 544 p.

 

L’Art du naufrage, Le Royaume de Pierre d’Angle #1, Pascale Quiviger.

Après deux années à sillonner les mers avec son équipage, le prince Thibault décide de rentrer sur sa bienheureuse île natale, où l’attend son père le roi pour qu’il prenne sa succession. Mais le retour est semé d’embûches : outre les inévitables tempêtes, Thibault ne tarde pas à découvrir à son bord une passagère clandestine. Ema, une jeune esclave en fuite, n’a pas l’intention de débarquer, au grand dam de l’amiral et de l’équipage. Or, un œil neuf ne sera pas de trop à Thibault : car Pierre d’Angle ne s’est pas arrêtée de vivre en l’absence de Thibault. Son demi-frère, le prince Jacquard, a finement manœuvré en sous-main pour s’assurer la succession. Et il faut également compter avec l’inavouable secret sur lequel repose la prospérité de Pierre d’Angle et qui ne va pas tarder à faire de nouveau parler de lui…

Ce roman m’a été chaudement recommandé par Camille – qui est toujours d’excellent conseil. Et ça n’a pas raté, le conseil était extra !
Pourtant, pour une raison inexplicable, j’ai eu du mal à m’y mettre, alors même que l’introduction du roman nous offre une scène maritime parfaitement troussée, comme je les aime. Sans doute manquais-je de concentration ! Quoi qu’il en soit, une fois que j’ai eu réussi à m’y mettre, on ne m’arrêtait plus.

Car Pascale Quiviger maîtrise parfaitement l’art du récit. L’intrigue se compose de deux parties assez distinctes : la première, pleine d’allant et d’aventures, sur le bateau, est assez divertissante, alors que la seconde, plus consacrée aux complots politiques et aux désillusions quant à Pierre d’Angle, est nettement plus sombre.
Évidemment, des traces de la seconde partie affleuraient déjà dans la première, car on sait dès le départ à quel point le demi-frère de Thibault peut s’avérer manipulateur, ce qui pimente indéniablement l’histoire. De plus, l’autrice jalonne son récit d’effets d’annonce tous plus sombres les uns que les autres, ce qui rend le suspense particulièrement présent – et ce avec excessivement peu de retournements de situation de fin de chapitres.  Résultat ? C’est extrêmement prenant ! Car le narrateur omniscient glisse très régulièrement des allusions au futur funeste des personnages, ce qui empêche très clairement de s’arrêter à la fin du chapitre, comme on se l’était pourtant promis – en tout cas, c’est ce qui m’est arrivé.

« Ema était déjà profondément endormie. Ses boucles éparpillées autour d’elle, sa respiration profonde et régulière rassurait Thibault, mais la dague l’empêchait de se détendre. Il ne comprenait rien à sa propre anxiété. Il se sentait comme un pèlerin en visite sur les lieux d’une tragédie. Il avait l’impression de recevoir des indices sur la nature de son propre destin sans avoir la capacité de les déchiffrer. De fait, il aurait dû se méfier de ce que cachait le manoir d’Ys. Il aurait dû se méfier du bourdonnement inexplicable de la grotte de Frenelles, de sa constellation fossilisée et de l’étoile qui brillait plus fort que toutes les autres. Il aurait dû se méfier du gel précoce et des cartes colorées de son vieux précepteur. Mais il n’avait aucun moyen de le savoir puisque tous les morceaux ne tomberaient en place que bien plus tard.»

Cela tient sans doute également à la galerie de personnages que l’on croise. Ils sont assez nombreux et pourtant, et pourtant ! L’autrice parvient à rendre chacun d’entre eux intéressant, consistant. Malgré cela, c’est à propos des personnages que viendra mon seul point noir du roman : pourquoi s’acharner autant sur Félix ? Certes, il présente un caractère plutôt traditionnellement (et de façon pour le moins sexiste) attribué à une femme, mais ces traits ne sont justement pas réservés aux femmes ! Je trouve donc dommage de s’appesantir autant dessus, alors que tous les autres personnages sont si soignés, et que le récit se paie même le luxe d’afficher un couple parfaitement égalitaire.
Ce point mis à part, il faut reconnaître que les personnages sont un des atouts majeurs de ce roman. Alors qu’ils sont nombreux, l’autrice parvient à nous les brosser en quelques coups de pinceaux, à leur attribuer personnalités et caractères particuliers, à nous les rendre attachants ou détestables. A ce propos, le prince Jacquard est particulièrement réussi (en odieux méchant que l’on adore détester !), mais je suis certaine qu’il se révélera un peu plus dans les tomes suivants . Outre cet empêcheur de tourner en rond, on navigue entre l’équipage de Thibault, le personnel du château, et quelques figures notables – comme celle de la reine-mère, Sidra, que je trouve follement intrigante. Et est-ce que l’on s’y perd ? Que nenni ! C’est même confondant de fluidité, la preuve que l’on peut maintenir une histoire avec une foultitude de personnages.

Peut-être cela vient-il aussi du style de l’autrice. Sa plume est riche, parsemée de quelques québécismes (assez rares, il faut dire), mais surtout d’une incroyable poésie ! Il y a dans ce roman un choix de métaphores assez élevé, ce qui ne rend la lecture que plus agréable. Si vous êtes réfractaires à la poésie, pas de panique, car le récit est tout à fait accessible, ce qui ne gâche rien.

« Un instant plus tard, les beaux étalons de l’écurie royale chevauchaient à travers bois au pas lent des chevaux de labour. Impatient d’arriver et impatient de revenir, Thibault n’avait qu’une seule envie, la même qu’Épinal : parcourir la distance au galop. Mais les troncs resserraient le sentier. Seulement des pins noirs, d’abord, puis aussi des érables, des ormes, des peupliers et des bouleaux grinçants. Le verglas qui, la veille au soir, les avait transformés en poème, venait de passer la nuit à déchirer leur écorce et à massacrer leurs bourgeons. »

Et puis, l’air de rien, le roman aborde un tas de sujets avec beaucoup de tact – et ça non plus, ça ne gâche rien.
Car Ema, notre protagoniste, est noire, ce qui paraît ô combien étrange aux habitants de Pierre d’Angle – qui, rappelons-le, est une île de bouseux perdue dans les confins Nord de l’univers que l’on arpente. Cela ouvre toute une réflexion autour de la différence et du racisme, plutôt intelligemment traitée. J’espère toutefois qu’Ema prendre plus de place dans le tome 2, car je me suis parfois sentie frustrée par l’écrasante présence de Thibaut à ses côtés, alors même qu’Ema est un personnage hyper fort.

L’univers semble de prime abord assez classique. Si on résume, Pierre d’Angle est une île, assez vaste, située au nord. Le climat y est tempéré, l’agriculture bien présente, le paysage découpé en ports, villes, villages, champs et forêts. Une forêt, plutôt, LA forêt, que l’on sent maléfique. Au fil des chapitres sont évoquées des légendes, parfois à demi-mot, parfois plus longuement. Des légendes dont certaines ont un impact très fort sur le récit, ce qui contribue d’une part au suspense de l’intrigue et, d’autre part, à donner de la consistance au territoire que l’on arpente. J’ai adoré cette façon de faire, parce que c’est subtil et vraiment bien fait.

Malgré l’épaisseur du roman, je l’ai englouti d’une traite cet été l’été dernier, pour mon plus grand bonheur. L’autrice a réussi un parfait mélange entre fantasy, aventure et récit initiatique dans un décor qui fait la part belle à une nature pour le moins hostile – voire carrément maléfique. La plume de l’autrice est extraordinaire : soignée sans être ampoulée, riche en métaphores et petites allusions poétiques, c’est un vrai bonheur de lecture. Le récit, de son côté, est épique à souhait. Raison pour laquelle ce roman a été un énooorme coup de cœur (confirmé par le tome 2 lu cet été), que je vous conseille très très chaudement !

Le Royaume de Pierre d’Angle, tome 1, L’Art du naufrage, Pascale Quiviger.
Le Rouergue (Épik), avril 2019, 483 p.

Citation pour la route :

« Thibault l’avait suivie.
– J’aimerais que tu sois sa femme de chambre, Madeleine, si tu veux bien, annonça-t-il en refermant la porte.
– Moi ? La femme de chambre de la princesse ? Moi, sire, vous êtes certain ?
C’était une promotion subite, inattendue, injustifiée. Mais Thibault avait réfléchi que Madeleine, naïve et bien intentionnée, ne représentait aucun danger pour Ema. La preuve : elle adorait le lait chaud à la vanille. C’était peut-être un préjugé, mais Thibault ne s’attendait à aucune activité politique de la part d’une personne qui aime le lait chaud à la vanille. Les chances que Madeleine ait trempé dans les magouilles de Jacquard étaient pratiquement nulles. »