Enchantment of ravens, Margaret Rogerson.

Isobel est une jeune artiste peintre de grand talent, qui travaille pour des clients bien particuliers : les redoutables faés, des créatures immortelles capables de jeter de terribles sorts. Il y a néanmoins une chose que les faés envient terriblement aux humains : leur Art, car eux-mêmes sont incapables de tracer un trait de plume ou de faire cuire du pain sans tomber en poussière. Les tableaux d’Isobel sont très demandés, jusqu’à ce qu’elle reçoive la première commande exceptionnelle d’un membre de la famille royale, Corneille, le prince d’Automne.
En peignant son portrait, la jeune femme fait une grave erreur : elle le représente avec dans le regard l’éclat d’un chagrin tel qu’en éprouvent seulement les mortels. En trahissant ainsi ce qui est considéré comme une faiblesse chez les Faés, elle a mis Corneille dans une position difficile, qui pourrait lui coûter la vie. Furieux, le prince l’oblige à le suivre jusque dans son royaume pour comparaître devant un tribunal – mais en chemin, ils vont tous deux se retrouver cernés d’ennemis, et contraints de s’en remettre l’un à l’autre pour survivre…

Après la très bonne surprise que j’avais eue l’année dernière pour Sorcery of Thorns, j’étais curieuse de découvrir le premier roman de Margaret Rogerson. Et malheureusement… on ne peut pas dire que la sauce ait pris, cette fois-ci.

Pourtant, Enchantement of Ravens avait de quoi me plaire, car j’adore les histoires qui font intervenir des faés !
On y retrouve d’ailleurs le folklore adéquat dans ce genre d’histoire : les faés se présentent aux humains revêtus d’un glamour qui les rend sublimes, leur société est divisée en quatre cours suivant les saisons, et ils font preuve d’une cruauté et d’une inhumanité terribles (donc on est plus dans une ambiance façon Outrepasseurs que Marraine la Bonne Fée). Petite trouvaille sympa ici : les faés sont incapables de pratiquer la moindre forme d’Art, qu’il s’agisse de musique, peinture, ou de la simple cuisson d’un repas au feu de bois. J’ai trouvé ça original ! Cela explique pourquoi les faés entretiennent les humains de Bagatelle, un concentré d’artistes en toutes matières. Pour les payer, ils leur proposent des enchantements… qui peuvent se transformer en maléfices s’il y a la moindre ambiguïté dans la formulation de départ. Ce qui rend chaque tractation périlleuse !

Le point de départ de l’intrigue est vraiment intéressant : voulant bien faire, Isobel peint Corneille, le prince d’Automne, avec une émotion humaine sur le visage, ce que les faés interprètent comme une marque de faiblesse. Souhaitant protéger son trône, celui-ci demande des comptes à Isobel et souhaite l’entendre en procès au sein de sa cour. Tout cela partait plutôt bien, mais se gâte dès le début du périple des deux personnages. En effet, et à mon grand dam, toutes les péripéties de leur trajet à travers les cours faés, ne servent qu’à la romance entre les deux, qui manque de crédibilité, comme de subtilité. Evidemment, depuis le départ, on entend parler de la Bonne loi, qui interdit aux faés et aux humains d’entretenir des sentiments les uns pour les autres. Je n’ai donc pas été surprise que le récit tourne autour d’une romance interdite. Mais qu’elle arrive aussi vite et aussi inopinément ? Si ! Corneille tombe amoureux d’Isobel en un claquement de doigts. Isobel, de son côté, tergiverse tant et plus, ce qui impose de longues scènes d’introspection sur le mode « Il m’aime, moi non plus ». Après un long exposé sur le désamour profond qu’elle éprouve pour lui, la portraitiste change finalement d’avis, sans que l’on comprenne bien pourquoi. Ses sentiments arrivent comme une révélation, basée sur de biens maigres faits et indices, ce qui ne m’a pas aidée à me sentir particulièrement impliquée dans ses tribulations, d’autant que celles-ci, très longues, semblent servir surtout à délayer l’intrigue.

En plus de cela, les personnages sont assez lisses. Hormis Mai et Juin, les deux petites sœurs jumelles d’Isobel (à l’origine deux chevrettes transformées en fillettes par un faé facétieux), aucun ne se démarque vraiment. Pourtant, il y a du potentiel ! Les deux protagonistes, dans leur voyage, croisent à plusieurs reprises le chemin de Ciguë, une faé d’Hiver liée à la Chasse sauvage. Or, si l’on comprend bien que quelque chose cloche avec la fameuse Chasse, rien n’est vraiment creusé. De même, la figure du Roi des Aulnes est souvent convoquée (on le croise même à la fin), mais tout reste trop en surface. Et c’est très dommage.

Enchantment of Ravens est donc un roman à l’ambiance féérique parfaite, mais dont les personnages et le récit sont complètement écrasés par une romance aussi peu subtile que crédible. Dommage, car tout cela partait pourtant fort bien !

Enchantment of Ravens, Margaret Rogerson. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Vincent Basset.
Castelmore (Big Bang), 1er septembre 2021, 384 p.

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Émeraude, Gemme #1, Geneviève Boucher.

À la suite du décès de sa mère, Caroline Éthier est contrainte de déménager à Rivière-du-Loup pour sa dernière année du secondaire. Elle y fait plusieurs rencontres qui pimentent son quotidien.
Son voisin Jeremy Emilsson est terriblement séduisant, mais il ne fait rien pour déguiser l’antipathie qu’elle lui inspire, alors qu’ils se retrouvent malgré eux partenaires dans deux de leurs cours. De son côté, le beau Logan MacLean fait tout pour charmer. À l’opposé de Jeremy, il se révèle gentil, drôle et avenant.
Logan et Jeremy se détestent profondément, et c’est sans connaître la raison de cette hostilité que Caroline se retrouve prise entre ces deux jeunes hommes aux dons mystérieux. Le jour où elle découvre leur véritable visage, sa propre identité la foudroie comme un coup de poignard en plein cœur. Dans le tumulte de ces nouveautés, après avoir subi une terrible trahison, la jeune fille voit son destin à jamais bouleversé. Après tout, son père ne l’a pas emmenée si loin de Montréal sans raison…

Et voici un nouveau livre issu d’une pile-à-lire de travail. Et je dois reconnaître que j’ai passé un très bon moment avec ce roman… malgré – en toute objectivité – de grosses lacunes !

Le début nous plonge dans le quotidien de Caroline, un quotidien un peu gris : après le décès de sa mère, elle déménage à l’autre bout du Québec, abandonnant derrière elle ses meilleures amies, et un petit ami qu’elle a préféré quitter pour éviter une relation longue distance (même si elle prévoit de rentrer l’année suivante à Montréal pour ses études supérieures). Dès son arrivée à Rivière-du-Loup, Caroline tombe sous le charme du beau voisin, Jeremy Emilsson qui, comme tous ses copains d’origine suédoise, fait partie d’une bande très sélect qui ne laisse entrer personne. Malgré l’antipathie dont fait preuve Jeremy – Jay pour les intimes, à savoir Caroline et les lecteurs dès le chapitre 2… -, Caroline est forcée de collaborer avec lui… sur un projet scolaire. Son coeur balance donc entre le beau gosse malpoli et Logan, l’autre beau gosse, sympathique, lui, qui hante les couloirs du lycée.
Si, à ce stade, rien ne vous a rappelé un autre grand titre de la fantasy urbaine jeunesse, c’est que vous êtes peut-être passés à côté du phénomène Twilight !

En effet, tout dans ce roman est fait (semble-t-il) pour marcher dans les pas de la célèbre saga. On retrouve donc les mêmes éléments : une héroïne déracinée, un père absent, deux clans aux ascendances magiques qui s’affrontent, une héroïne dont le cœur balance entre les deux bad guy et qui va – évidemment – manifester des pouvoirs en relation avec la guerre qui oppose les deux clans. A ceci près que l’héroïne est une sorte de hors-caste qui ne devrait pas s’inscrire dans le paysage !
Heureusement, le récit se démarque de Twilight : pas de loup-garous ou de vampires ici, mais des clans de mages liés à une pierre, elle-même tirée de leurs mois de naissances respectifs, et que l’on appelle les Gemmes. Chaque pierre confère à ses descendants une couleur d’iris parfaitement reconnaissable. Caroline étant émeraude, elle a naturellement les yeux verts. Les Suédois étant améthystes, ils cachent leurs yeux violets sous des lentilles noires (ce qui, comme chacun le sait, est nettement plus discret). Tout cela est bien amené et bien trouvé, mais le système de magie souffre d’un manque flagrant d’explications sur son fonctionnement. La couleur de la pierre ne semble pas affecter outre mesure les capacités des personnages.

C’est sans doute parce que le récit se concentre presque exclusivement sur le triangle (voire le quadrilatère) entre les personnages. Évidemment, le cœur de Caroline balance entre les deux prétendants potentiels. Si l’un s’avère être réellement une personne peu recommandable, l’autre a juste des allures de bad boy. Pourtant, la narration s’obstine à nous le faire voir ainsi… comme si on ne pouvait QUE s’amouracher d’un bad boy – dont le plus terrible crime ici, est d’avoir les yeux noirs et d’être désagréable. Ce n’est pas crédible ! Par ailleurs, la société des Gemmes, très corsetée, prévoit des mariages entre enfants d’un même clan. Ceux-ci étant prévus dès la naissance, chaque Gemme sait à qui elle ou il est liée – et Caroline n’entre évidemment pas dans le schéma. Tout cela pour dire que oui, les interactions romantiques sont cousues de fil blanc et ne réussissent jamais à surprendre (ce qui est bien dommage).
Par ailleurs, les personnages sont affreusement manichéens. L’opposant est nécessairement un salopard égocentrique très très méchant, tandis que les alliés de Caroline sont tous très très très gentils, y compris la fille dont elle convoite le promis. Ce n’est pas très crédible non plus !

Ceci étant dit, le récit est entraînant, et alterne parfaitement péripéties échevelées, moments de pause, interrogations judicieuses des personnages et même un peu d’émotion. Ce qui rend la lecture indéniablement prenante ! J’ai toutefois été assez déçue par la fin, qui se termine sur un retournement majeur de situation… que l’on aurait mieux vu en fin de chapitre. Ici, cela donne juste l’impression que la totalité du texte a été sauvagement tronçonnée, sans chercher à créer un récit entièrement cohérent. C’est dommage !

En somme, Émeraude a été une lecture ambivalente : si j’ai profondément soufflé lors de ma lecture, tant les péripéties et développements manquaient de crédibilité ou de profondeur, l’aspect très entraînant du récit et une certaine nostalgie de Twilight ont rendu cette même lecture palpitante. Assez étonnant ! Si le roman est marqueté pour plaire à un lectorat adolescent, je pense qu’il plaira aussi aux nostalgiques de Bella & Edward !

Gemme #1 : Émeraude, Geneviève Boucher. Kennes, réédition septembre 2021, 432 p.

La Ville sans vent #1, Eléonore Devillepoix. #PLIB2021

À dix-neuf ans, Lastyanax termine sa formation de mage et s’attend à devoir gravir un à un les échelons du pouvoir, quand le mystérieux meurtre de son mentor le propulse au plus haut niveau d’Hyperborée.
Son chemin, semé d’embûches politiques, va croiser celui d ‘Arka, une jeune guerrière à peine arrivée en ville et dotée d’un certain talent pour se sortir de situations périlleuses. Cela tombe bien, elle a tendance à les déclencher…
Lui recherche l’assassin de son maître, elle le père qu’elle n’a jamais connu. Lui a un avenir. Elle un passé.
Pour déjouer les complots qui menacent la ville sans vent, ils vont devoir s’apprivoiser.

L’histoire commence très fort avec rien de moins qu’un meurtre (de l’avis de Lastyanax, du moins) : enquête au programme. Arka, parallèlement, cherche à retrouver son père, qu’elle n’a jamais connu, mais dont elle sait qu’il est Hyperboréen : double enquête au programme, donc. Qui, sans trop de surprises, vont s’entrecroiser au fil des chapitres !

Premiers problèmes : Lastyanax se retrouve confronté à l’indifférence de la classe politique (tant pour sa personne que pour l’assassinat de son mentor…), à laquelle il appartient pourtant ; Arka, quant à elle, est en butte à la mentalité hyperboréenne assez particulière.
En effet, Hyperborée, sise sous un dôme (d’où l’absence de vent qui donne le titre), est une cité particulièrement inégalitaire, construite sur plusieurs niveaux. Les niveaux les plus bas sont réservés à la plèbe, le niveau supérieur abrite les classes les plus riches, les instances politiques et l’école de magie. Entre les deux, des classes populaires à aisées, des marchands, des malfrats et toute la population que peut contenir une société de ce type. Pour passer d’un niveau à l’autre, il y a un péage, dont la valeur augmente non seulement à chaque niveau, mais additionne en plus les montants des niveaux précédents ! Une simple montée est donc exorbitante et hors d’atteinte de la plupart des bourses. D’ailleurs, le niveau d’origine a son importance : les transfuges de classe sont globalement mal vus par les riches qui cultivent l’entre-soi (toute ressemblance avec une situation réelle n’est sans doute pas fortuite). Et devinez quoi ? Lastyanax en est justement un, de transfuge (sans parler d’Arka qui a le bon goût d’être une fille, et une étrangère). C’est donc très ironiquement que Last hérite du poste de Ministre du Nivellement, chargé de réduire les inégalités entre les niveaux (ou de les cacher habilement, comme il le comprendra rapidement).
Cette question des inégalités traverse tout le récit : outre l’indifférence des puissants vers les concitoyens, les personnages – notamment Arka – sont confrontées à du bon vieux machisme comme on l’aime. Quoi ?! Une femme faisant de la magie ou de la politique ? Mais vous n’y pensez pas ! La question de la place des femmes est même le cheval de bataille de Pyrrha, une des rares magiciennes d’Hyperborée, qui n’entend pas se laisser cantonner à sa cuisine et à son futur mariage.

« Au loin se dressait Hyperborée, dont le dôme surgissait de la neige comme une gigantesque bulle dorée. Si Arka n’avait pas été affamée, elle aurait pu passer des heures à contempler la ville. Derrière la surface transparente où se reflétaient les nuages, une multitude de tours rondes, plus hautes les unes que les autres, frôlaient par endroits la paroi intérieure du dôme. Du vert, du bleu, de l’ocre, du rose : cette débauche de couleurs semblait irréelle au milieu des nuances grises de la lande, du ciel et de la montagne. »

L’univers dans lequel se déroule le récit m’a proprement enchantée. Hyperborée est décrite de façon hyper visuelle et regorge d’inventions aussi audacieuses qu’ingénieuses – la palme allant aux canaux qui relient les niveaux et que l’on arpente à dos de tortues. N’est-ce pas génial, comme idée ? Si le récit se déroule presque exclusivement au sein de la cité, on a quelques aperçus des autres contrées, au-delà du territoire glacial qui entoure la riche cité. Les Amazones, grand opposant politique, sont justement citées à de nombreuses reprises, tant elles terrorisent la population, qui ne les a pourtant plus vues depuis plusieurs siècles – là encore, des femmes en position de pouvoir, ça en chatouille plus d’un.
Un grand ennemi politique (même si on ne l’a plus vu depuis des lustres), un risque majeur (des femmes au pouvoir) agité sous le nez des vieux barbons, un souverain (le Basileus) en poste depuis deux siècles… Oui, tout cela sent bien le complot à plein nez et, justement, sur ce point, on est servis. L’intrigue, simple en apparence, repose en fait sur plusieurs couches de complots et de manipulations qui se révèlent au fur et à mesure. Le suspense est donc très présent, soutenu par un rythme mené de main de maître : non seulement il est impossible de s’ennuyer, mais j’avais en plus du mal à m’arrêter en fin de chapitres !

Le système de magie, de son côté, est original et bien pensé, surtout dans la façon dont on le neutralise, à l’aide d’une pierre, le vif azur, qui va justement se retrouver au sein du récit. C’est très ingénieux !
Le récit semble mélanger plein d’influences et en tirer systématiquement le meilleur : au vu des noms, des coutumes et des forces en présence, on pense évidemment à l’antiquité gréco-romaine mais le récit convoque aussi des références plus récentes comme Harry Potter (les personnages passant un temps considérable à faire des recherches à la bibliothèque !) ou Wonder Woman (forcément, les Amazones et l’iconographie qu’elles invoquent étant passée par là).

« C’est fermé à clé. Vous savez forcer une serrure, Maître ?
– Je suis mage.
– Y a rien d’incompatible.
« 

Autre excellent point : l’humour de l’ensemble. Oui, l’histoire est, par bien des aspects, éminemment tragique. Elle est aussi hautement palpitante et pleine d’une tension qui ne se dément jamais. Mais elle est aussi très drôle, que ce soit en raison des piques que s’échangent les personnages, un d’une narration qui ne dédaigne pas une petite dose de sarcasme bien dosé. Il faut également dire qu’Arka, brut de décoffrage et plus encline à distribuer des baffes qu’à faire preuve de finesse, est un régal à elle seule. Bref : c’est génial.

Si je ne m’étais pas (pour une fois !) astreinte à suivre notre rythme de lecture commune, La ville sans vent est un roman que j’aurais sans doute englouti en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tant j’ai été embarquée dans cet univers. Le récit est imaginatif, ingénieux, plein d’audace et m’a plongée dans un émerveillement constant. Coup de cœur amplement mérité, donc, et j’ai hâte de lire la suite (et fin) !

C’était ma dernière lecture dans le cadre du PLIB, et c’est pour ce titre que j’ai voté parmi les cinq finalistes !


La Ville sans vent #1, Eléonore Devillepoix. Hachette romans, juin 2020, 448 p.
#PLIB2021 #ISBN9782017108443

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L’Héliotrope, Steam Sailors #1, Ellie S. Green. #PLIB2021

Il fut un temps où les Alchimistes nourrissaient le Haut et Bas-Monde de leurs inventions merveilleuses, produits de magie et de science. Un temps de machines extraordinaires, de prodiges électriques et d’individus aux pouvoirs fantastiques. Une époque révolue depuis que les Industriels ont éradiqué les Alchimistes et leur formidable savoir. Pourtant, on raconte qu’à l’aube de leur disparition, ils auraient caché leur fabuleux trésor dans une cité secrète…Quatre siècles après la Grande-Fracture, les habitants du Bas-Monde traversent une ère obscure et rétrograde, tandis que le Haut-Monde, figé depuis l’extinction des Alchimistes, demeure inaccessible et fait l’objet de tous les fantasmes. Originaire du Bas-Monde, Prudence vit en paria car elle voit l’avenir en rêves. Une nuit, son village est attaqué par des pirates du ciel. Enlevée et enrôlée de force à bord de l’Héliotrope, un navire volant à la sinistre réputation, la jeune orpheline découvre un nouvel univers, celui du ciel et des pirates. Prudence fait la connaissance des membres de l’équipage, qui ne tardent pas à lui révéler leur secret : ils détiennent un indice, menant à une série de « clefs » disséminées dans le monde, qui permettait de retrouver la cité des Alchimistes…

Un univers fracturé, des pirates et des bateaux qui volent ? Mais je signe d’emblée !

Dès les premières pages, on plonge dans un univers original et intéressant : fracturé, il est divisé en deux entités irréconciliables. Comme si cela ne suffisait pas, les habitants eux-mêmes s’ostracisent entre eux, mettant de côté les personnes trop différentes, comme Prudence, notre héroïne, qui dispose d’un malheureux don de prémonition. Son avenir sombre change radicalement (sans forcément s’éclairer) lorsqu’elle embarque à bord de l’Héliotrope, un vaisseau truffé de pirates. Et côté pirates, on peut dire que l’autrice a réussi son coup, nous offrant un environnement plus que crédible. Entre cet aspect et l’univers décrit de façon très visuelle, j’ai été comblée !

J’ai d’ailleurs lu le roman assez rapidement, embarquée que j’étais pas l’intrigue palpitante. Toutefois, je dois reconnaître que je me suis réellement prise au jeu dans la deuxième partie, beaucoup plus rythmée et dynamique que la première. Celle-ci, au titre de l’exposition, est menée d’un rythme beaucoup plus posé, du à la nécessité de mettre en place les ressorts de l’intrigue, comme le positionnement des personnages. Mais ce n’est pas gênant, car l’histoire est aussi bien construite que menée, et la seconde partie mérite amplement cette première partie moins virevoltante !

De plus, la narration est menée habilement. L’autrice sait ménager ses effets, parsemer le récit d’humour, maintenir le suspense ou le doute chez le lecteur, ce qui a rendu ma lecture particulièrement prenante.

« Prudence laissa échapper un cri de surprise lorsqu’un troupeau de dragons sortit à son tour de la brume. Il s’agissait en fait d’embarcations dont la carlingue avait été forgée de façon à donner cette illusion. Longs de trente pieds environ, ces dragons balançaient gracieusement leur tête et leur queue dans le vent, donnant un mouvement naturel aux animaux mécaniques. Le réalisme était encore accentué par leurs yeux luisants et les volutes de vapeur qui s’échappaient de leur gueule. Sur les flancs des machines volantes, de costauds boucliers de bois avaient été alignés et leur chevauchement formait une rangée d’écailles colorées. Les cavaliers des hippoléoptères pointaient des arbalètes pourvues de gros barillets sur les pirates, tandis que les dragons mécaniques avaient chacun un canon sortant de leur ventre prêt à faire feu sur le pont de l’Héliotrope.
– Baissez vos armes ! répéta Mousquet à ses hommes, qui s’exécutèrent enfin.
Aussitôt les visiteurs firent de même et les canons se replièrent à l’intérieur des dragons dans un raclement sourd.
L’un des hippoléoptères se posa lourdement sur le navire, soulevant un nuage de neige poudreuse. Son cavalier sauta lestement sur le pont.
D’une voix étouffée par le col de sa cape, il s’adressa au capitaine :
– Afevis din idenotit, netop dine henasigter.
– Venner ! Venner, at spise venner, répondit Mousquet, pataugeant dans les deux mots de nordish qu’il connaissait.
Le nouveau venu hésita. En effet, le capitaine venait de lui proposer de manger ses amis, ce qui n’était évidemment pas dans ses intentions.
« 

Au final, mon seul point de regret tiendra aux personnages, que j’ai trouvés un peu lisses : Prudence, comme l’équipage sont attachants, mais aucun ne s’est vraiment détaché à mes yeux (et plusieurs mois après ma lecture, je crois que je serais bien en peine de citer ne serait-ce qu’un nom !).

Malgré des personnages pas toujours assez creusés à mon goût, j’ai passé un bon moment de lecture avec L’Héliotrope, qui conjugue pirates et steampunk, dans une intrigue palpitante menée d’un style fluide. Une bonne pioche au rayon jeunesse !


Steam Sailors #1, L’Héliotrope, Ellie S. Green. Gulf Stream, 26 mars 2020, 277 p.
#PLIB2021 #ISBN9782354887759

Les Abîmes d’Autremer, l’intégrale, Danielle Martinigol.

Suite et fin de cette relecture, avec le troisième et dernier tome de la série des Abîmes d’Autremer (celui des trois que j’ai le moins relu, et qui m’a donc réservé le plus de nouvelles re-surprises !).

L’Appel des Abîmes

Dix ans ont passé depuis L’Envol de l’Abîme. Aëla Maguelonne est désormais une fougueuse jeune femme de dix-neuf ans qui pilote avec audace son majestueux Abîme Noir, le redoutable Jang-al. Mais celui-ci porte à sa perl un amour possessif qui va le rendre rapidement incontrôlable.
Nièce du directeur de MGTCom, une puissante chaîne de cosmovision ennemie jurée des Autremeriens, Chaddy est une jeune reporter surdouée de quinze ans qui, avec sa biocam, traque le scoop, et tout particulièrement les excès d’Aëla. Mais pourquoi est-elle ainsi fascinée par la famille Maguelonne ? Lorsque Aëla rencontre de mystérieux Abîmes venant d’une autre galaxie, pilotés par des extraterrestres, MGTCom se répand en délires xénophobes. Entre Autremer et sa famille, dans quel camp Chaddy va-t-elle se ranger ?

Et hop, de nouveau un bon dans le temps, de dix ans cette fois-ci.
Les Maguelonne sont toujours présents, évidemment, et on suit de nouveau le trio Corian, Aëla, Djem. Le premier est devenu représentant d’Autremer à la CCME, le dernier un journaliste émérite enseignant dans une école de journalisme très prisée. Quant à Aëla… son osmose précoce avec Jang-al a certes contribué à renforcer sa réputation de « petite fée des Abîmes », mais ne suffit pas à couvrir toutes les frasques du duo infernal (pour le plus grand désespoir de ses parents).

L’intrigue, cette fois, s’articule autour de deux axes. D’un côté, un voyage spatial en perspective pour chercher l’origine des Abîmes extraterrestres qui croisent au large (l’occasion, pourquoi pas, de retourner voir l’autre planète aux Abîmes trouvée dans le tome précédent). De l’autre, le vieil antagonisme entre le clan Meretta, possesseur de la chaîne MGTCom, et les Autremeriens. Varsos, le patriarche, n’a jamais pardonné aux Maguelonne sa destitution de la présidence de la CCME. Myto Meretta, le fils (le bien-nommé), a une dent contre Sandiane, à la fois comme journaliste et comme Perl. Et l’héritage familial est entre de bonnes mains car Chaddy, la nièce du précédent, a de bonnes raisons d’en avoir après les Maguelonne, ce qui la pousse à traquer Aëla et à filmer ses nombreuses infractions. Si Sandiane avait fini par s’amender, on retrouve en Chaddy son aplomb absolu, son côté rentre-dedans et son mépris pour la vie privée (qui doit s’effacer, selon elle, devant la nécessité d’informer).

De fait, le poids des média est plus que jamais au centre de l’intrigue, Myto Meretta ne reculant devant rien pour atteindre ses fins (y compris le mensonge), à savoir la mise à terre non seulement du clan Maguelonne, mais aussi des Abîmes en général.
L’écologie, la conquête spatiale et la relation avec une espèce extraterrestre reviennent elles aussi au centre du récit. J’ai d’ailleurs trouvé qu’on renouait avec le côté très poétique qu’il y avait dans le premier tome, et qui avait un peu disparu du tome intermédiaire. Le côté politique qui m’avait un peu manqué dans le premier tome est ici beaucoup plus présent puisque la découverte faite par les Autremeriens va avoir des impacts sur l’ensemble des planètes colonisées. D’ailleurs, c’est aussi ce qui fait tellement monter le suspense, puisqu’Autremer est directement menacée (par les autres planètes des Cent Mondes, et non par les découvertes extraterrestres qui sont faites).

Les bonds dans le temps sont vraiment intéressants, car on suit l’évolution des personnages, dont les centres d’intérêt évoluent légèrement au fil des tomes. Ainsi, Corian, Djem et Aëla qui s’entendaient comme larrons en foire dans le tome précédent, se sont séparés au fil des ans à force de non-dits et petits désaccords, chacun ayant sa vision des choses concernant les Abîmes ou les relations humaines. Si l’intrigue est portée par les axes cités un peu plus haut, les relations humaines en sont vraiment le moteur, car elles alimentent à la perfection péripéties et rebondissements – et c’est sans doute ce qui donne à cette série cet aspect si humaniste.

Ce dernier tome est mené tambour battant : entre l’enquête sur les Abîmes, la lutte contre les Meretta, les dissensions au sein de la galaxie et les frasques d’Aëla, impossible de s’ennuyer. Il faut aussi dire que le style extrêmement fluide de Danielle Martinigol rend la lecture particulièrement aisée et incite à avaler les chapitres !

Si vous lisez le roman dans la version intégrale, vous trouverez en fin de volume une nouvelle additionnelle : « L’Enfant et l’Abîme ». Pas de grande surprise dans ce texte, dont l’histoire a été résumée par Madery à Sandiane dans le premier opus. On y découvre la vie des tous premiers colons sur Autremer, leur découverte des Abîmes et la première osmose – entraînée par un Abîme ! – entre un enfant et une de ces nefs vivantes. Le texte clôt joliment la boucle.

L’Appel des Abîmes est donc dans la parfaite lignée des deux tomes précédents : on y retrouve tout ce que l’on a aimé précédemment, dans une intrigue qui ne fait pas de redite et sait encore une fois se renouveler intelligemment.

Dans la même série : L’élue (1) ; L’Envol (2).

Les Abîmes d’Autremer #3 : L’Appel des Abîmes, Danielle Martinigol. Mango (Autres Mondes), 2005, 195 p.

Les Abîmes d’Autremer est sans doute mon plus gros coup de cœur SFFF de jeunesse (pour être tout à fait honnête, mon cœur balance avec Le Royaume de la rivière mais les styles sont tellement différents qu’on va dire qu’ils coexistent). Et cette énième relecture ne m’a pas déçue, une fois de plus, tant l’intrigue est palpitante. Non seulement les aspects planet-opera et space-opera sont très réussis, mais en plus l’autrice parvient à aborder plusieurs thèmes forts, sans rien laisser de côté. Au fil des chapitres s’invitent donc des réflexions bien menées autour de l’écologie, des relations humaines, de la place et du poids des média dans la société ou encore de la rencontre avec l’autre. Le traitement de l’intrigue, ni simpliste, ni trop obscur, rend la série accessible aux jeunes lecteurs, comme aux adultes (pour peu qu’ils ne soient pas allergiques aux romans dédiés à la jeunesse). En bref, je recommande chaudement cette saga familiale de SF aux accents humanistes et poétiques, qui nous plonge dans un univers aussi original qu’enchanteur.

Les Abîmes d’Autremer, l’intégrale, Danielle Martinigol. Actusf (Naos), réédition janvier 2017, 504 p.

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Une autre saga de SF coup de cœur de jeunesse !

Les Abîmes d’Autremer, l’intégrale, Danielle Martinigol

Je mets à profit mes vacances pour relire la saga Les Abîmes d’Autremer de Danielle Martinigol, un coup de cœur d’adolescence. Comme l’article avec les trois tomes était un brin long, j’ai préféré couper en trois parties, chacune correspondant aux tomes initialement édités séparément (dans un temps que les moins de quinze ans ne peuvent pas connaître). Bref, aujourd’hui, on parle du tome 2 !

L’Envol de l’Abîme

Corian est un exclu, un adolescent anonyme parmi les milliards d’individus qui peuplent les Cent Mondes colonisés par les humains. Il mène une vie effroyable sur l’hostile planète Djauze. Rien ne le destine à échapper à son triste sort. Sauf que Corian a un rêve, devenir perl, c’est-à-dire pilote d’Abîme, ces extraordinaires vaisseaux vivants de la planète Autremer ! Il réussit à participer aux sélections de l’émission de cosmovision « Les Vainqueurs de l’impossible ». Arrivé sur Autremer, tout se complique lorsqu’un Abîme sauvage apparaît dans les cieux. D’où vient-il ? Dans quelle intention ? Aux côtés d’Aëla,  » la petite fée des Abîmes « , Corian découvrira le secret du vaisseau-animal. Mais saura-t-il le préserver face à la corruption médiatique qui fait rage ?

Première surprise en ouvrant (et en rouvrant, car j’avais surtout gardé souvenir du tome 1 !!) ce roman : l’intrigue se déroule quinze ans après celle narrée dans le premier tome.
On retrouve malgré tout les personnages phares du premier tome, un peu plus âgés (pas toujours plus sage) : Sandiane et Mel sont désormais mariés et parents d’une jeune Aëla, le clan Maguelonne gravite toujours autour d’eux (pour ma part j’étais ravie de revoir le patriarche, Madery !) et on reprend peu ou prou les mêmes amis et ennemis parmi les journalistes. A cela s’ajoute une nouvelle brochette de personnage adolescents parmi lesquels Aëla, Corian, l’aspirant perl issu de Djauze, et son ami Djem, fils d’un ministre djauzan.

J’ai beaucoup aimé la façon dont l’autrice renouvelle l’intrigue tout en gardant les mêmes bases que précédemment. Côté renouveau, elle implante dans l’univers déjà décrit une émission de téléréalité dont l’objectif est de filmer quelques candidats (voyants et tapageurs) à l’osmose avec des Abîmes, parmi lesquels Corian, qui ne rêve que de ça depuis sa prime enfance. L’ouverture forcée au monde d’Autremer, quinze ans plus tôt, et l’osmose précoce entre Sandiane et Mané-jeï, ont forcé les autremeriens à intégrer des perls venant de toute la galaxie. Il ne manquait donc plus qu’un petit pas pour que cette nouveauté soit intégralement filmée, ce que l’émission « Les Vainqueurs de l’Impossible » se propose de faire.

Et c’est là que l’on retombe sur nos pattes côté bases de l’intrigue. Vous le voyez venir : Autremer est de nouveau sous les feux des projecteurs et, de nouveau, cela suscitera des frictions avec ses opposants, tout comme des interrogations bien menées sur le poids des media, et sur leur rapport à la vérité. Bien sûr, la machine médiatique va de nouveau menacer la vie autremerienne, les querelles du tome 1 n’étant pas toutes soldées.
A nouveau, l’intrigue politique se déroule presque en filigrane : elle est un brin plus présente que précédemment, puisque Sandiane et Mel sont plus âgés et donc plus à même d’y prendre part (Mel étant par ailleurs président de l’union des perls d’Autremer) mais les personnages centraux sont de nouveau les adolescents, Aëla, Corian et Djem, donc pas nécessairement passionnés par la chose politique. Et comme dans le premier tome : cela fonctionne très bien ainsi !

Et on aurait tort de penser que les découvertes de l’univers dans lequel se déroule l’histoire sont terminées. Pas du tout ! L’arrivée d’un Abîme sauvage, sans perl (inimaginable, donc !), enclenche de nouvelles révélations et un voyage spatial vers les confins de la galaxie, ce qui occasionne quelques pages enchanteresses.

Comme dans le premier tome, les relations familiales sont au centre du récit : Sandiane a pesté tout ce qu’elle savait contre ses parents et se retrouve à son tour confrontée à quelques difficultés relationnelles avec sa fille… autour de la question des Abîmes. L’une souhaitant voir l’autre devenir perl, la concernée préférant plutôt traîner des pieds. Le poids des attentes des parents est donc au centre du récit (les deux autres ados en présence ayant aussi de lourdes attentes pesant sur leurs épaules) et vraiment bien traité.

En bref, ce tome 2 sait renouveler l’intrigue, tout en gardant ce qui faisait le charme du premier tome. Essai parfaitement transformé, donc, puisqu’on ne sent même pas l’effet « transition » !

Dans la même série : L’élue (1) ; L’Appel des Abîmes (3).

Les Abîmes d’Autremer #2 : L’Envol de l’Abîme, Danielle Martinigol. Mango (Autres Mondes), 2004, 216 p.

Les Abîmes d’Autremer, l’intégrale, Danielle Martinigol.

Dans la Confédération des Cent Mondes, Sandiane Ravna, fille d’un grand reporter peu scrupuleux, marche sur les traces de son père à la recherche du scoop à tout prix. Quand elle doit la vie sauve à un Abîme d’Autremer, l’un des mystérieux vaisseaux spatiaux de la planète-océan, elle se met au défi de filmer en action un perl, un pilote d’Abîme. Mais elle se heurte à Mel Maguelonne, futur pilote lui-même et farouche adversaire des médias comme tous les Autremeriens. Le début d’une folle aventure qui va bouleverser sa vie, comme celle des milliards d’habitants de la Confédération.

Haa Les Abîmes d’Autremer ! Probablement la saga de SF qui m’a le plus marquée à l’adolescence puisque, depuis, je l’ai déjà relue ! Évidemment, lorsqu’Actusf avait annoncé la publication en intégrale de la trilogie, il n’a pas fallu me pousser beaucoup pour que je me précipite dessus (d’autant que, jusque-là, toutes mes lectures de la série provenaient de la médiathèque). Il était donc grand temps que j’en parle ici !

Les Abîmes d’Autremer : L’Élue

Sandiane est l’assistante de son père, grand reporter à Main World Net. Tous deux sillonnent le cosmos à la recherche de scoops. Ils décident d’aller enquêter sur la planète-océan Autremer, réputée pour ses astronefs mythiques : les mystérieux Abîmes. Mais là, Sandiane et son père se heurtent à la résistance farouche des habitants, et tout particulièrement à celle de Mel et de son oncle, guides-pilotes de safaris sous-marins. Quel secret dissimulent les eaux de la planète Autremer ? Lorsque Sandiane découvrira l’incroyable vérité, osera-t-elle la diffuser dans toute la galaxie, au risque de détruire la civilisation autremerienne ?

Le roman commence en fanfare, avec rien de moins que la scène d’un vaisseau en pleine autodestruction… au fin fond de l’espace. Mais pas de panique pour la postérité : la scène est dûment documentée par les Ravna père et fille, des journalistes qui semblent vivre la volcam chevillée au corps.
Au menu de ce roman, donc : immensité de l’espace et questionnements autour des média !

Après cette introduction magistrale, on plonge dans le planet opera, puisque les Ravna débarquent très rapidement sur Autremer, la si discrète planète maritime, dont ils vont tenter de débusquer tous les petits secrets – lesquels sont nombreux.
Contrairement au souvenir que m’avait laissé ma lecture adolescente, LE gros secret est assez rapidement révélé – a minima, il y a de GROS indices laissés ça et là dans la narration ou les dialogues, permettant de comprendre assez vite de quoi il retourne. Mais malgré cette révélation qui arrive assez tôt dans le récit, l’autrice parvient à lever doucement le voile sur tous les aspects du secret, et à en garder sous la pédale dans les chapitres suivants. Ce qui assure au roman un rythme très confortable !

Si les révélations sont amenées de façon progressive, j’ai trouvé que le récit était tout de même extrêmement bref : les revirements des personnages (même s’ils sont bienvenus et crédibles !) sont assez rapides, de même que les relations qui se nouent entre eux. Et alors que la fin est très bien trouvée, elle semble arriver de façon presque abrupte. C’est une réflexion que je me fais aujourd’hui à la relecture mais je n’avais pas du tout ressenti cela à la première lecture, prise que j’étais par le récit.

L’univers y était sans doute aussi pour quelque chose. Danielle Martinigol déploie un univers particulièrement enchanteur. La planète Autremer, essentiellement composée d’eau, étale des paysages que l’on imagine idylliques (chapelets d’îles volcaniques, atolls, abysses et bord de mer…), même s’ils sont ponctués de quelques créatures peu appétissantes (le merlion en tête). Alors que les autres planètes se sont énormément urbanisées, Autremer est fermée au monde extérieur : elle accueille très peu de touristes et uniquement sur des itinéraires très balisés, elle ne communique pas tellement sur ses particularités et utilise même ses propres réseaux.
Sans trop de surprise, un des thèmes phares de cette trilogie est l’écologie, tout comme le rapport de l’homme à la nature, et aux animaux qui la peuplent. Les thèmes se mêlent vraiment bien au récit, puisqu’au fil des chapitres, il est aussi question de la place des media et du rapport qu’ils peuvent avoir avec la vérité. Mais il est aussi beaucoup question des relations familiales, lesquelles s’avèrent assez désastreuses du côté des Ravna.

J’ai été assez surprise de voir que le côté technologique, présent sans être trop voyant, est resté assez moderne. Les inventions mentionnées sont toujours à créer chez nous, ce qui ne rend pas la lecture anachronique.
Pour désigner tout cela, l’autrice crée des néologismes très bien trouvés comme volcam, plasverre ou encore autograv. D’ailleurs, le vocabulaire en général est très soigné dans le roman : je pense notamment aux délicieuses bordées de jurons tout maritimes qu’affectionnent les autremeriens, et qui sont tous très bien trouvés !

Au final, le seul point qui m’aura un peu déçue, dans cette relecture, est que la politique de l’univers est esquissée, racontée presque en filigrane. On comprend assez vite que le mode de vie autremerien semble presque extraterrestre aux habitants des autres planètes et que c’est essentiellement ce sur quoi ils vont s’opposer (ça, plus le secret que je ne révèlerai pas). Le père de Sandiane, comme beaucoup d’autres personnes, est adepte du jeunisme, qui pousse à parquer (littéralement) les personnes âgées (plus de cinquante ans !!) dans des réserves qui leur sont dédiées. Si quelques scènes à la Chambre des Cents Mondes sont évoquées (lesquelles m’ont fortement fait penser aux scènes tournées au Sénat dans la prélogie Star Wars), toute la partie politique se déroule en coulisses, tout simplement parce que ce n’est pas le propos ici. Du coup, tout fonctionne à la perfection, mais je dois dire que je me suis sentie un peu frustrée (peut-être aussi parce que c’est une série que j’ai tellement portée aux nues, que je me suis créé mon propre horizon d’attente complètement surréaliste).

Les Abîmes d’Autremer ouvre donc avec brio la trilogie éponyme. On y trouve tout ce qui fait un bon roman de SF jeunesse : un univers original et enchanteur, des péripéties (même si tout se résout très vite) bien menées, un secret poétique et vraiment chouette, des inventions qui n’ont pas vieilli, des thèmes bien intégrés au récit, lequel est mené d’un style très fluide. Bref : un coup de cœur !

Dans la même série : L’Envol (2) ; L’Appel des Abîmes (3).

Les Abîmes d’Autremer #1 : L’Élue, Danielle Martinigol. Mango (Autres Mondes), 2001, 216 p.


A Silent voice, Yoko Kurahashi & Yoshitoki Oima.

Shoko est malentendante depuis la naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations et à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya, le leader de la classe.
Tour à tour intrigué, fasciné puis, pour finir, exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas s’exprimer comme tout le monde, le garçon décide de lui rendre la vie impossible par tous les moyens. Psychologiques puis physiques, les agressions se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko et l’intervention du directeur de l’école. C’est alors que tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas, eux non plus, une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable…
En terminale, le jeune homme, devenu à son tour un paria, prend son courage à deux mains et décide de retourner voir Shoko. Mais leurs retrouvailles ne se déroulent absolument pas comme il les avait imaginées.

Lorsque j’ai vu que la série de manga éponyme était adaptée en light novel – après l’avoir été en version anime ! – j’étais ravie ! L’adaptation serait-elle à la hauteur du manga d’origine ?

Eh bien oui… et non. Commençons par les bons points !

L’adaptation est incroyablement fidèle. Les chapitres du roman collent à la perfection à ceux du manga, et aux différents épisodes narrés dans l’œuvre originelle. Pas d’ajouts, pas de manques non plus : l’adaptation est presque littérale. Donc si vous l’avez lu en manga, il n’y a pas de nouveauté à découvrir, les personnages étant identiques à ceux du manga ; mais si vous ne l’avez pas lu, vous ne passerez à côté d’aucun détail, tout étant parfaitement relaté.

Mais c’est justement là que le bât blesse : l’adaptation est peut-être trop fidèle. Je m’explique : l’autrice a calqué l’alternance des scènes, le développement des fils narratifs secondaires et les apparitions des personnages. Or, ce qui peut vraiment fonctionner en version dessinée, puisque le cadrage aide aux transitions, ne fonctionne pas nécessairement en version entièrement narrée. Et justement, ici, on ne peut pas dire que la forme soit particulièrement efficace.
De fait, les transitions entre chapitres, voire entre paragraphes, sont extrêmement abruptes. Dans les derniers chapitres, on a même des paragraphes introduits par le prénom du personnage au centre du récit à ce moment-là. Procédé extrêmement étrange, dans la mesure où la narration s’intéresse, depuis le premier tiers, à différents personnages… sans utiliser l’artifice de nous donner le prénom du personnage concerné. Étrange, non ?

Ceci vient sans doute du système narratif choisi. Au départ, l’histoire est majoritairement centrée sur Shoya, multipliant les adresses au lecteur (ou tentatives de), les commentaires en aparté, et le discours indirect libre. Mais, dès le départ, le narrateur oscille aussi sans arrêt entre focalisation interne et focalisation externe, tentant de donner des informations sur les personnages, l’univers, les enjeux de l’intrigue… Ce qui donne régulièrement des impressions de récit brouillon, qui hésite sans arrêt.
De plus, le récit est terriblement descriptif : les pensées, les réactions des personnages sont intégralement narrées, mais jamais montrées. Résultat ? Eh bien on l’impression de lire une histoire aussi plate que scolaire, qui peine à nous passionner pour les personnages – ce qui est bien dommage.

Car ainsi, j’ai trouvé qu’on passait un peu à côté des enjeux du récit. Normalement, il y est question de harcèlement scolaire et justement, du double point de vue des enfants harcelés, comme des harceleurs. Et dans les grandes largeurs, puisque l’idée du suicide caresse plusieurs fois les personnages. Mais cette fois, difficile de décrypter tous les enjeux, comme de s’attacher aux personnages. En effet, le style descriptif à souhait n’encourage aucune implication, puisque l’on ne ressent aucunement les doutes, interrogations ou cheminements de pensée des personnages. Et c’est bien dommage. Difficile, donc, d’adhérer au récit de l’amitié naissante des personnages, comme au cheminement intérieur de Shoya ! De même, alors que le manga parvenait à rendre les scènes où les personnages signent à la fois touchantes et intéressantes, le passage à la narration les gomment totalement – puisqu’elles sont présentées comme du dialogue, simplement portées en italique, et pas toujours introduites.

J’avais beaucoup aimé le manga initial et l’adaptation animée, mais on peut dire que l’adaptation en roman aura été une déception. Et celle-ci n’est pas due à l’adaptation en elle-même, qui s’avère extrêmement fidèle, mais plutôt à la forme qu’elle prend. Le récit suit pas à pas les épisodes du manga, sans tenter de créer un fil narratif cohérent ; de plus, le style plat et scolaire rend l’implication assez difficile. Bien dommage !

A Silent voice, Yoko Kurahashi. Illustrations de Yoshitoki Oima. Lumen, juin 2021, 412 p.


Une pincée de magie #1, Michelle Harrison.

Chez les Widdershins, on compte trois sœurs : Fliss, l’aînée, sage et pondérée. Charlie, la petite dernière, espiègle et à la frimousse adorable. Et au milieu, il y a Betty, qui ne rêve que d’aventures et de voyages. Pourtant, elle n’a jamais quitté la petite île brumeuse de Crowstone où les trois sœurs vivent avec leur grand-mère, Bunny. Donc, en cette soirée d’Halloween, c’est décidé : Betty part à l’aventure. Oh, pas loin, dans un premier temps, juste sur le continent, séparé de Crowstone par un petit bras de mer.
Elle est loin de se douter qu’une terrible malédiction pèse sur les femmes de sa famille… condamnées à rester à Crowstone à tout jamais, sous peine de mourir dans les 24 heures. Heureusement, avec une pincée de magie et deux sœurs aussi fantastiques qu’agaçantes, rien n’est impossible !

Une bonne pioche dans ma PAL de boulot ! Cela faisait un moment que je n’avais pas lu de fantasy pour préadolescents et j’étais assez contente de cette lecture, suffisamment pour être curieuse de lire la suite de la trilogie !

Première chose à savoir : bien qu’il s’agisse d’un premier tome, le récit propose une intrigue complète, avec une conclusion très satisfaisante.
Michelle Harrison installe son récit avec une ambiance à mi-chemin entre morose et carrément sombre. D’une part, le récit débute avec Halloween, sur un île entourée d’une brume opaque. Or, quel est LE point phare de cette île ? Sa prison. Tout à fait. On est donc assez loin de l’endroit où il fait bon vivre et où la population est hyper joyeuse. D’autant que les sœurs Widdershins sont non seulement assignées à résidence mais, en plus de cela, elles souffrent de l’absence de leur père, enfermé à la prison.

La première fois que Betty Widdershins entendit parler de la malédiction qui pesait sur sa famille, elle fêtait son treizième anniversaire. Treize est un nombre que certains considèrent comme maudit, mais pas Betty. Elle était bien trop rationnelle pour croire à cette superstition et, d’une manière générale, à la plupart des superstitions absurdes dont sa grand-mère raffolait.

Sur ces débuts ô combien riants, débarque donc l’histoire de malédiction – qui, je dois dire, m’a agréablement changée de la traditionnelle prophétie avec l’élue, même s’il y a tout de même un peu de ça ici. Et c’est en même temps que surgit la magie dont les fillettes ignoraient, jusque-là, l’existence et qui va, sans surprise, lancer l’intrigue.

Celle-ci est construite sur deux récits enchâssés. D’une part, l’histoire actuelle des sœurs Widdershins qui tentent de briser la malédiction et, d’autre part, l’histoire de Sorsha, la sorcière à l’origine de la malédiction et dont le destin semble inextricablement lié à celui des trois jeunes filles. Les deux récits sont menés à la première personne mais on sait toujours très vite dans quelle temporalité on se trouve, ce qui évite de se sentir perdu entre les deux narrations. Sans grande surprise, les chapitres alternent entre les deux récits, qui s’alimentent l’un l’autre et font grimper la tension. Les rebondissements sont dans l’ensemble bien amenés même s’ils ne sont pas toujours surprenants.

Si l’intrigue s’avère assez classique, ce sont vraiment le système de magie et les personnages qui m’ont le plus emballée dans ce roman.
La magie, donc. Elle est très peu fréquente et semble même cantonnée à la famille Widdershins. Mieux : elle est liée à trois objets (un sac à main qui permet de se téléporter, des poupées russes qui rendent invisibles, un miroir pour converser à distance), dont les pouvoirs répondent à une et une seule femme de la famille. Et je dois dire que j’ai trouvé ça plutôt original et bien trouvé !
Deuxième bon point, donc : les personnages, qui font preuve d’une belle complicité – malgré quelques chipotages, qui font partie des petits plaisirs entre frères et sœurs. J’ai aimé qu’elles n’hésitent pas à se mettre en quatre les unes pour les autres, en dépit des petits agacements qu’elles peuvent ressentir. C’est plein de tendresse ! La grand-mère, de son côté, n’est pas en reste : après une entrée en matière terrifiante (elle se téléporte sur le bateau sur lequel Betty essaie de fuir, alors qu’ils sont perdus dans la brume), et un côté très directif (très « grand-mère », quoi), elle laisse entrevoir un bon caractère, et vient compléter une chouette galerie de personnages.

J’ai donc passé un très bon moment avec Une pincée de magie, qui met en scène une sororité très attachante, luttant contre une malédiction ancestrale frappant leur famille. Si l’intrigue, qui fait intervenir deux récits enchâssés, est assez classique, l’univers, le système de magie et les personnages m’ont vraiment convaincue. Au point d’être curieuse de lire la suite, déjà parue en VO, bien que ce premier tome n’appelle pas vraiment à une suite !

Une pincée de magie #1, Michelle Harrison. Traduit de l’anglais par Elsa Whyte.
Seuil jeunesse, janvier 2021, 384 p.

Cendrillon 2.0, Ashley Poston.

Ellie Wittimer, geek de son état, ne vit que pour Starfield, le grand classique de science-fiction dont son père était, lui aussi, un grand fan avant sa mort. Alors, quand le reboot de la mythique saga est annoncé au cinéma, elle croit devenir folle de joie. Sauf que c’est Darien Freeman, acteur de séries légères pour adolescents, qui décroche le rôle principal. Et ça, aux yeux d’Ellie et de milliers de fans historiques du chef-d’œuvre, c’est intolérable. Martyrisée par sa belle-mère et ses deux demi-sœurs qui mènent la grande vie et la prennent pour leur domestique, elle a hâte de voler enfin de ses propres ailes après sa dernière année de lycée. En attendant, elle assassine le pauvre Darien à longueur de posts sur son blog – s’assurant, à sa grande surprise, une audience de plus en plus large sur les réseaux sociaux. Alors, quand le tournage du film commence pour le jeune comédien, les difficultés aussi ! D’autant qu’il doit apparaître à la plus grosse convention du pays, autrefois fondée par le père d’Ellie en personne…

Une réécriture de Cendrillon version geek ? Voilà qui a eu le mérite de titiller ma curiosité ! Et quitte à divulgâcher le contenu de ma chronique, je préfère prévenir de suite : j’ai adoré !

Ellie Wittimer ne vit que pour une chose : la série Starfield (qui ressemble follement à Star Trek), dont son père était également un fan assidu. Malheureusement, Ellie a perdu ses deux parents, et se retrouve forcée de vivre dans sa maison d’enfance, coincée entre sa belle-mère et les deux horribles filles de celle-ci, qui la prennent toutes pour la bonniche de service. Heureusement, Ellie peut compter sur sa passion, son blog, Rebelgunner et les Stargunners (les autres fans de Starfield) pour s’évader quelque peu – et ce même si elle est horriblement déçue d’apprendre que le reboot de la série a mis Darien Freeman, un acteur pour midinettes, dans le costume du prince Carmindor.
Darien Freeman, de son côté, n’en peut plus de joie : même s’il le cache à ses collègues et aux tabloïds, il est fan depuis toujours de Starfield et extrêmement heureux d’interpréter le rôle du personnage principal, le prince Carmindor. Même si tout le monde pense qu’il n’a eu le rôle que par copinage, et que la communauté de fans est plus que mitigée – comme le montrent les articles plus que désobligeants que publie le blog Rebelgunner.

Assez classiquement, le roman alterne donc les chapitres, se concentrant tour à tour sur l’un ou l’autre des deux protagonistes avec, pour point commun, le tournage du film Starfield en cours, ce qui nous donne un assez bon aperçu de l’univers de la fameuse série. Par un hasard totalement rocambolesque, mais plutôt bien trouvé et bien mis en scène, Darien et Ellie se retrouvent à communiquer par sms… et à évoquer leur passion commune pour Starfield. Et d’un côté comme de l’autre… on ne peut pas dire que la situation fasse rêver. Darien est sous la coupe de son père et manager qui organise sa carrière, mais aussi sa vie privée, d’une main de fer. Du côté d’Ellie, pas de mystère… sa trajectoire suit parfaitement celle du conte de Cendrillon, mais sauce XXIe siècle. J’avoue m’être régulièrement demandé ce que pouvaient bien faire les services sociaux !!

Ce qui m’amène au point majeur du roman : la réécriture de Cendrillon. Que j’ai trouvée excellente ! Ashley Poston a intégré à son roman tous les épisodes du conte classique, réinterprétés dans une ambiance très moderne, et avec les préoccupation d’Ellie concernant Starfield et le concours de cosplay qu’elle a en ligne de mire. Et tout ce qui pouvait difficilement s’intégrer ? Eh bien cela a été délicieusement adapté. Ellie, ainsi, travaille dans un food-truck customisé en citrouille – dans lequel elle vend des beignets de citrouille, donc, avec sa collègue Sage. Et ce que j’ai trouvé vraiment génial, c’est que cette trame est bien présente, tout en sachant se faire oublier. Si bien que j’ai été surprise par l’arrivée de certains épisodes (alors qu’il est quand même assez aisé de suivre les péripéties du conte initial !). C’est dire si le mélange des genres a été réussi. Point bonus : on peut même lire le scénario du dernier épisode de Starfield (central dans le récit) à la fin du roman.

Sans trop de surprise, les échanges entre Darien et Ellie débouchent sur une relation un peu plus prononcée (c’est Cendrillon, quand même !), mais qui démarre doucement et s’installe subtilement – ce que j’ai trouvé hautement agréable.

Très bonne pioche avec ce titre, donc ! Ashley Poston propose un mélange détonnant mais parfaitement réussi entre les thèmes de Cendrillon et un univers de science-fiction. Les pratiques « de geek » (conventions, fanfictions, cosplay, etc) sont vraiment mises à l’honneur avec beaucoup de bienveillance (et ça donne même envie de s’y remettre). L’alternance des chapitres, si elle est assez classique, permet d’entretenir le suspense et de laisser l’intrigue progresser de façon équilibrée. De plus, l’autrice développe quelques arcs narratifs secondaires bien menés et que j’ai suivis avec plaisir.
J’ai donc passé un très bon moment avec ce roman (que j’ai lu en à peine deux jours !), et suis curieuse de lire le tome suivant – même s’il s’intéressera à d’autres personnages, le récit autour d’Ellie et Darien étant totalement fini.

Il était une fangirl #1, Cendrillon 2.0, Ashley Poston.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sarah Dali et Ombeline Marchon.
Lumen, février 2021, 556 p.