La Belle Sauvage, La Trilogie de la Poussière #1, Philip Pullman.

À l’auberge de la Truite, tenue par ses parents, Malcolm, onze ans, voit passer de nombreux visiteurs. Tous apportent leurs aventures et leur mystère dans ce lieu chaleureux. Certains sont étrangement intéressés par le bébé nommé Lyra et son dæmon Pantalaimon, gardés par les nonnes du prieuré tout proche. Qui est cette enfant ? Pourquoi est-elle ici ? Quels secrets, quelles menaces entourent son existence ? Pour la sauver, Malcolm et Alice, sa compagne d’équipée, doivent s’enfuir avec elle. Dans une nature déchaînée, le fragile trio embarque à bord de La Belle Sauvage, le bien le plus précieux de Malcolm. Tandis que despotisme totalitaire et liberté de penser s’affrontent autour de la Poussière, une particule mystérieuse, deux jeunes héros malgré eux, liés par leur amour indéfectible pour la petite Lyra, vivent une aventure qui les changera pour toujours.

Vingt ans après le premier tome des Royaumes du Nord, Philip Pullman revient à son univers, pour y tisser une préquelle qui se déroule une douzaine d’années avant les événements narrés dans le premier volume. Et retourner dans cet univers a été un véritable enchantement, bien que j’aie trouvé que les bases étaient un peu expédiées (les caractéristiques des dæmons m’ont semblé bien peu explicitées).

L’histoire commence tout en douceur : on découvre Malcom dans son quotidien, à l’école, à l’auberge, sur le fleuve dans son canoë – la fameuse Belle Sauvage du titre – au prieuré (qui accueille bien vite un très curieux nourrisson, la jeune Lyra, laquelle concentre déjà toutes les attentions). Pourtant, malgré ce démarrage assez doux, l’univers dévoile assez vite à quel point il est sombre. Ainsi, les enfants sont appelés à mentir et à s’ériger en censeurs des bonnes mœurs ultra-conservatrices de la ligue de Saint-Alexander. De même, le CDC, sans doute l’ancêtre du Conseil d’Oblation qui terrifiait les personnages dans La Croisée des mondes, est sans arrêt sur le dos des personnages, adultes, enfants, nonnes, scientifiques et explorateurs.
Cette omniprésence de la religion dans le roman m’a vraiment marquée, car c’est une forme de religion extrémiste, qui refuse toute avancée scientifique, comme toute pensée divergente de son dogme, et dont les foudres s’abattent sans coup férir sur les personnages. Cet aspect ne m’avait pas vraiment sauté aux yeux dans la précédente trilogie, mais j’étais beaucoup plus jeune en le lisant, ce qui explique que cela ait pu m’échapper.
Cet aspect plus sombre se ressent également dans les sujets qui transparaissent dans le récit. Au détour de celui-ci, il est question d’agressions sexuelles, de maltraitance, de pédophilie… des thèmes qui étaient déjà présents, en filigrane, avec le gang des Enfourneurs, mais qui ne m’avaient pas semblé si prégnants. On assiste ici à des scènes assez dures, qui recèlent une incroyable violence. Mais malgré cela, le texte reste à portée de jeunes lecteurs, car c’est d’un style très pudique que l’auteur évoque ces sujets. Il n’en reste pas moins que certaines scènes font littéralement frémir.

De plus, la narration est vraiment centrée autour de Malcolm, qui n’a qu’une douzaine d’années, donc le récit est très accessible. Et ce qui est génial avec Pullman, c’est que les enfants mis en scène font preuve d’une acuité d’esprit incroyable, tout en restant de vrais enfants. C’est particulièrement crédible et ça fait partie de ce qui rend le récit tellement palpitant !
Parmi les autres points qui le rendent palpitant, il faut citer l’ambiance générale du roman, qui démarre vraiment dans la seconde partie : en effet, la première est un peu plus lente et calme, Pullman campe le décor général et les personnages. Mais, dès que démarre la crue de la Tamise, l’ambiance se fait à la fois oppressante et envoûtante. Au fil du fleuve, Malcolm, Alice et Lyra vont faire des rencontres assez improbables, qui assument la partie fantasy du récit : divinités oubliées, créatures fantastiques et autres sorcières émaillent la route du petit trio.
Celle-ci est hyper linéaire (ils se déplacent, s’arrêtent, font une rencontre, repartent, font une nouvelle rencontre, etc.) mais, grâce à la part de merveilleux et au suspens très présent (ils ont en effet le CDC, Madame Coulter, un affreux bonhomme terrifiant et bien d’autres opposants au train), la quête est très prenante.

Je me suis vraiment attachée aux personnages. Malcolm, Alice et Lyra (et leurs dæmons respectifs) forment un trio atypique pour lequel j’ai ressenti une immédiate empathie. Mais les personnages adultes qui gravitent autour de Malcolm valent également le détour, qu’il s’agisse des sœurs ou de Hannah Relf, la professeure qui va éveiller Malcolm. Ceci dit, je dois reconnaître que je suis un peu restée sur ma faim avec ces personnages car si Malcom est parfaitement développé, les autres le sont un peu moins.

En revanche, il y a bien un détail auquel je n’ai pas réussi à me faire : l’époque. Alors que j’ai toujours vu les événements narrés dans La Croisée des mondes aux alentours des années 1910, ici il est clairement fait référence à des dates et à des technologies nous plaçant plutôt dans les années 1950. Ce qui fait que les aventures de Lyra se déroulent en fait plutôt entre 1965 et 1970. Je ne m’y fais toujours pas ! Mais il est vrai que dès que démarre la crue, on se laisse emporter et on oublie d’autant mieux que l’histoire se déroule si tard dans le XXème siècle.

Vraiment, cela valait le coup d’attendre autant de temps pour replonger dans l’univers de Philip Pullman. L’auteur sait y faire pour trousser des univers fouillés, un brin oniriques, dans lesquels on se fond sans aucune difficulté. Malgré sa linéarité et sa lenteur, l’intrigue s’est révélée palpitante, sans doute en raison du style littéralement envoûtant dont use Philip Pullman pour narrer les péripéties que rencontrent ses jeunes protagonistes. Vivement donc la suite !

La Trilogie de la Poussière #1, La Belle Sauvage, Philip Pullman. Traduit de l’anglais par Jean Esch.
Gallimard jeunesse, novembre 2017, 530 p.

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Au prix du monde, Saving paradise #2, Lise Syven.

Le ciel est ouvert à ceux qui ont des ailes…
Faustine se réveille à l’hôpital, certaine d’avoir entendu Chevalier l’appeler. La jeune femme est très inquiète de la disparition de l’ambassadrice de la Fondation du Griffon, d’autant qu’elle est la seule à la croire en danger.
Pendant ce temps, le professeur Mésanger met tout en œuvre afin de rendre le Tumorex inoffensif, et Imago sème des cadavres sur son passage devant des autorités impuissantes face aux forces surnaturelles en présence. Seule Chevalier pourrait arrêter ce monstre, du moins s’il ne la tue pas avant…
Faustine trouvera-t-elle la force de défendre le paradis promis ? Parviendra-t-elle à convaincre Nato de la suivre sur cette voie ? Ne risque-t-elle pas de se brûler les ailes ?

Dans le premier tome, on découvrait une Faustine au plan de carrière déjà presque tout tracé : de bonnes études, pas d’histoire d’amour, un futur bon boulot… Or là, on a presque l’impression d’avoir affaire à une nouvelle Faustine tant ses préoccupations ont changé : oubliées les études et les bonnes résolutions, place à la survie. Cela donne au récit un petit goût de quête un brin désespéré qui alimente à merveille la tension et le suspens, qui règnent en maître sur l’intrigue.

Celle-ci fait la part belle aux péripéties. L’histoire est palpitante de bout en bout et nous offre son lot de scènes d’action musclées, tout en ménageant quelques pauses réflexives. Celles-ci permettent (évidemment) de faire avancer l’enquête, mais aussi d’embrouiller le lecteur. On en vient à douter de tout et de tous, soupçonnant tour à tour tous les personnages d’être des traîtres à la solde d’Imago. Dans les deux premiers tiers, ce suspens-là est parfaitement entretenu, ce qui ne fait que rendre la lecture plus addictive.

Dans cet opus, j’ai eu l’impression que l’intrigue tournant autour des sciences était nettement plus présentes : manipulations génétiques, trafics de vaccins, théories scientifiques confiant à l’eugénisme se télescopent. C’est trapu, certes, mais passionnant. Et un peu flippant, car ce que décrit Lise Syven est affreusement réaliste et ne peut que faire frémir lorsque l’on pense aux conséquences que de telles manipulations pourraient engendrer.
Ceci étant, la partie fantastique n’est pas en reste, car Lise Syven étoffe sérieusement la mythologie des créatures fantastiques. À la fin du premier volume, je trouvais que tout cela restait un brin obscur mais là, tout est clair. C’est très original, inventif à souhait et tout se tient à merveille ! (Je n’en dis volontairement pas plus afin de ne pas gâcher de futures lectures).

Au prix du monde conclut un diptyque riche en aventures, en suspens et en questionnements intéressants. Le tout est porté par une mythologie et un univers inventifs à souhait. L’intrigue s’agence avec une incroyable netteté, ce qui fait qu’à la fin, on a la sensation qu’aucun détail, si minime soit-il n’a été négligé, pas même la très belle ouverture sur laquelle s’achève cet opus.

◊ Dans la même série : En proie au rêve (1).

Saving paradise #2, Au prix du monde, Lise Syven. Castelmore, novembre 2017, 311 p.

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Le Cœur et le Sabre, La Magie de Paris #1, Olivier Gay.

Chloé, élève en seconde, assiste un jour par hasard à un combat à l’épée entre Thomas, un élève d’une autre classe qu’elle connaît à peine, et une sorte de démon. L’adolescente tente d’intervenir mais est blessée et perd connaissance. À son réveil, la créature est morte et Thomas lui explique qu’il est un mage et que sa mission est de repérer et fermer les failles vers le monde des démons. Au passage, il a accidentellement fait de Chloé une sorte de super garde du corps, attachée à sa personne…

En voyant le résumé, je me suis demandé si La Magie de Paris serait une sorte de redite de l’excellente série Le Noir est ma couleur qu’Olivier Gay a publiée il y a quelques années. De fait, on retrouve des motifs similaires de l’une à l’autre : de la magie, des adolescents qui y sont confrontés et un univers résolument urbain. Et c’est à peu près tout !

Ici, c’est Chloé qui nous raconte l’histoire, dans un style assez oral et direct. Si l’intrigue est résolument empreinte de fantasy urbaine (on a quand même assez vite des mages en goguette dans Paris), elle cristallise aussi un certain nombre de sujets qui seront très familiers aux ados : le culte de l’apparence, les complexes divers et variés (notamment par rapport au corps), les – parfois houleuses – relations familiales, l’amitié, l’amour… Un petit condensé de ce que l’on rencontre au lycée qui est là comme en toile de fond, sans vraiment prendre le pas sur l’intrigue purement surnaturelle.

Celle-ci fait donc intervenir un univers de mages fort intéressant, occupés à lutter contre des démons qui utilisent des failles pour s’introduire dans notre univers, dans lequel la magie n’est pas uniformément présente. Il existe, en effet, un lien entre la population et la présence de la magie : celle-ci se concentre à l’endroit où sont les gens, donc il y en a plus dans les mégapoles qu’en rase campagne. Logique, non ? Raison pour laquelle Chloé est subitement mise en présence de magiciens, de démons et de magie pure.
J’ai beaucoup aimé les duos que sont obligés de former les Mages avec des Chevaliers, chargés de leur sécurité rapprochée : le mage se charge des attaques surnaturelles, le chevalier des attaques terrestres. Et donc c’est là que le bât blesse pour les Mages : ils ont besoin de Chevaliers, pas de … Chevalières — notez au passage que le féminin de chevalier, en bon français, ça désigne une bague. Comme quoi, on peut être un magicien investi d’une mission vitale et s’avérer être un bon petit misogyne. Car on découvre assez vite que le nouveau statut de Chloé fait grincer des dents au sein de la petite communauté magicienne. Heureusement, elle n’est pas du genre à se laisser abattre par un sexisme imbécile et cette combativité fait plaisir à voir !

Dès les premières pages, j’ai retrouvé avec un immense plaisir le style plein de gouaille d’Olivier Gay : le texte est truffé d’humour et de références à la culture populaire – mention incluse du huitième épisode de Star Wars, pas encore sorti au cinéma !
L’intrigue, quant à elle, est menée tambour battant et tient autant du roman de fantasy urbaine que du roman de cape et d’épées, le tout mâtiné (comme je le disais en début d’article) de préoccupations plus pragmatiques et assez fréquentes chez les jeunes (et moins jeunes). Difficile, donc, de s’ennuyer à la lecture de ce roman littéralement haletant.

Bonne (nouvelle) pioche, donc, que le début de cette nouvelle série d’Olivier Gay. L’auteur mêle sujets de la vie quotidienne adolescente, fantasy urbaine et ambiance de cape et d’épées. Le texte est vif, souvent drôle et très prenant. Et ce n’est pas le retournement de situation final qui va faire retomber la pression. Au vu de cette révélation, j’ai follement hâte de lire la suite !

La Magie de Paris #1, Le Cœur et le Sabre, Olivier Gay. Castelmore, octobre 2017, 319 p.

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Sans cœur, Le Protectorat de l’ombrelle #4, Gail Carriger.

Lady Alexia Maccon a de nouveau des problèmes. Sauf que cette fois elle n’y est vraiment pour rien. Un fantôme fou menace la reine ! Alexia est sur l’affaire et suit une piste qui la conduit droit dans le passé de son époux. Mais la coupe est pleine quand sa sœur rejoint le mouvement des suffragettes – choquant !, avec la dernière invention mécanique de Madame Lefoux et une invasion de porcs-épics zombies… Avec tout ça, Alexia a à peine le temps de se souvenir qu’elle est enceinte de huit mois ! Découvrira-t-elle qui tente d’assassiner la reine Victoria avant qu’il soit trop tard ? Les vampires sont-ils encore coupables, ou un traître se cache-t-il parmi eux ? Et qui ou quoi, exactement, a élu résidence dans le deuxième dressing préféré de Lord Akeldama ?

Le Protectorat de l’ombrelle est une série que j’apprécie énormément et que, par conséquent, je déguste à toutes petites doses – et s’il ne me reste qu’un tome, je sais que je peux retrouver la plume de Gail Carriger dans les aventures de Sophronia et celles de Prudence.
Donc, cet été, j’ai pris Sans cœur (en guise de compensation à la fin des vacances) et, une fois de plus, j’ai vraiment bien fait, car j’ai vraiment eu la sensation de lire le meilleur tome de la série jusque-là.

L’histoire reprend assez vite après la fin de l’opus précédent : Alexia est toujours enceinte et les vampires toujours de mauvaise humeur. D’ailleurs, elle subit une tentative de meurtre dans les tous premiers chapitres du roman, rien de moins. À partir de là, on sombre dans une enquête pour le moins ardue et hautement originale, puisque sont impliqués les vampires, les loups-garous (et plus précisément la meute de Kingair, l’ancienne meute de lord Maccon, que l’on a visitée dans le tome 2), des fantômes qui ont des dépositions extrêmement étranges à faire et les inventions de Madame Lefoux – et pas seulement ses chapeaux les plus audacieux, ceux qu’affectionne particulièrement Ivy.
L’enquête proprement dite met un peu de temps à démarrer, mais c’est surtout parce qu’on est assaillis par un tas de problèmes qui s’ajoutent les uns aux autres : il y a la tentative de meurtre, évidemment, la grossesse d’Alexia (qui est pénible surtout pour les autres, semble-t-il), le débarquement de Félicité chez les Maccon (après avoir rejoint les suffragettes, imaginez un peu !) et les problèmes de Biffy (lequel est passé d’aspirant vampire à loup-garou confirmé, un vrai bouleversement) à régler. Du coup, dans un premier temps, les fantômes n’occupent que le second rang. Jusqu’au moment où l’on met bout à bout le faisceau d’indices récoltés et qu’on s’aperçoit qu’en fait… eh bien il se passe plus de choses qu’on ne pourrait le croire au premier abord.

Cette apparente lenteur n’est pas un frein car elle permet de soigner les personnages. Ainsi, Félicité, quasiment inexistante jusque-là, prend une certaine ampleur. C’est également le cas des membres de la meute de Kingsley : le tour que prend l’enquête d’Alexia permettra à certains d’entre eux, traditionnellement dans l’ombre, d’arriver enfin sous les feux des projecteurs, ce qui n’est pas désagréable du tout.

Comme dans les tomes précédents, l’intrigue est truffée d’humour : qu’il s’agisse d’une attaque de porcs-épics zombies ou des réparties cinglantes des uns et des autres, on s’amuse beaucoup dans ce récit – et ce malgré les aspects parfois dramatiques de l’histoire.

En bref, ce tome 4 était (et je n’en doutais pas), une excellente découverte ! L’intrigue est palpitante, merveilleusement menée et permet de découvrir un peu mieux les rouages des meutes et des ruches. Le suspens est à son comble et l’enquête offre à la fois des scènes d’action démentielles, comme des dialogues savoureux. Une fois de plus, l’originalité est au rendez-vous ! Rendez-vous au cinquième et dernier tome, donc.

◊ Dans la même série : Sans âme (1) ; Sans forme (2) ; Sans honte (3).

Le Protectorat de l’ombrelle #4, Sans cœur, Gail Carriger. Traduit de l’anglais par Sylvie Denis. Le Livre de Poche, mars 2014, 445 p.

Morsure magique, Kate Daniels #1, Ilona Andrews.

À Atlanta deux réalités s’opposent : celle de la technologie et celle de la magie.
Pendant une vague magique, les mages sauvages lancent leurs sorts et des monstres apparaissent, les armes à feu refusent de fonctionner et les voitures ne démarrent plus. Puis la vague se retire aussi vite qu’elle est venue en laissant derrière elle toutes sortes de problèmes paranormaux. Nous vivons une époque dangereuse. Mais dans le cas contraire, je serais au chômage. Quand les gens ont des ennuis qui relèvent de l’occulte et que la police ne veut ou ne peut pas régler, on fait appel aux mercenaires de la magie comme moi.
Mais quand un nécromancien anéantit la seule famille qui me reste, je n’attends plus les ordres et je dégaine mon sabre.

On m’a plusieurs fois recommandé la série Kate Daniels et cet été, je m’y suis enfin mise. Et si je suis contente de la découverte que j’ai faite, j’ai tout de même un peu moins accroché que ce à quoi je m’attendais.

Ce premier tome présente un univers de fantasy urbaine comme je les aime : tout d’abord, la partie magique y est vraiment bien intégrée. D’ailleurs, ici, les vagues magiques et technologiques sont alternées : lorsque l’une est à son paroxysme, l’autre est au plus bas et inutilisable. Un courant alternatif qui peut donner du fil à retordre mais produit un univers original, dans lequel on peut aussi bien se déplacer en 4×4 qu’à cheval et qui a un petit côté post-apo fort sympathique.
La magie n’est donc pas cachée et les humains cohabitent (comme ils peuvent) avec des loups-garous, des vampires, des mages et un tas d’autres créatures tout aussi peu recommandables, qui constituent un univers complexe et vraiment bien fichu.
L’autre point que j’ai apprécié, c’est que bien que l’intrigue tourne autour d’une femme – la fameuse Kate Daniels – ses histoires de cœur ne sont pas au centre de l’histoire : celle-ci est vraiment centrée sur l’enquête que mène la mercenaire – et vu les standards de la fantasy urbaine avec une femme comme personnage central, ça change bien agréablement. Je ne vais pas dire qu’il n’y a aucune histoire de cœurs (il y en a), mais celles-ci ne sont pas prétexte à des scènes épicées n’apportant rien à l’intrigue.

Celle-ci présente plutôt une histoire de vengeance : on a touché à la famille de Kate et elle n’est pas prête à passer l’éponge. Assez vite, on comprend que Kate cache quelques secrets – dont certains sont dévoilés, sans trop en dire toutefois. Comme elle est mercenaire, Kate peut faire cavalier seule, tout en étant plus ou moins soutenue par sa troupe (financièrement, par exemple, ce qui la met à l’abri des problèmes d’argent). C’est une femme qui a du caractère, mais ce n’est pas seulement une bourrine armée d’une longue épée : les auteurs l’ont bien nuancée et proposent un personnage équilibré (qui a, en sus, le sens de l’humour, détail non négligeable).

Personnage et univers m’ont charmée ; mes réticences viennent, finalement, de l’intrigue. Si celle-ci se tient de bout en bout et propose moult péripéties endiablées, j’ai parfois eu du mal à suivre. Le texte connaît, en effet, des ellipses qui ne sont pas franchement matérialisées dans la narration (pas de saut de ligne ou de paragraphe). Du coup, c’est parfois un peu ardu à suivre, car on passe du coq-à-l’âne, et qu’il faut un peu de temps pour se remettre vraiment dans le bain. D’autre part, les phrases sont parfois hachées ; j’ai du mal à savoir si cela vient du texte ou de la traduction – mais celle-ci étant assurée par Sara Doke, j’ai quelques doutes, car ses traductions sont habituellement soignées. Bref, tout cela pour dire que c’est LE point qui m’a un peu chagrinée dans ce roman. Ceci étant dit, j’avais un peu le même genre de réserves avec Dresden, et au final, je me suis accrochée et c’est une de mes séries favorites, désormais. Raison pour laquelle je continuerai la lecture de Kate Daniels !

Si le style m’a parfois fait grimacer à la lecture de Morsure magique, j’ai tout de même apprécié l’univers et les personnages mis en place par Ilona Andrews. L’intrigue est fournie et bien menée et l’univers de fantasy urbaine tient parfaitement la route. Voilà donc une série que je suivrai sans aucun doute. 

Kate Daniels #1, Morsure magique, Ilona Andrews. Traduit de l’anglais par Sara Doke. Milady, 2009, 341 p.

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Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.

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Paris, 1840. Louis Pasteur a 19 ans et il entre comme boursier à l’institution royale Saint-Louis pour suivre des études scientifiques. L’année scolaire sera loin d’être de tout repos. Certaines nuits, une mystérieuse menace rode dans les couloirs du pensionnat, mettant en danger étudiants et professeurs. Décidé à mener l’enquête, Louis fait équipe avec une lycéenne de l’école d’en face. Sous ses airs de jeune fille modèle, Constance se révèle une alliée intrépide et courageuse.
Entre loups-garous et complots, ils useront de vaccins autant que de coups d’épée pour sauver les élèves et même… le roi Louis-Philippe !

Louis Pasteur, fraîchement débarqué de sa campagne jurassienne, découvre les joies de la vie parisienne à l’Institution Saint-Louis, en tant qu’élève – boursier ! – de première année en sciences. De l’autre côté de la cour, l’établissement accueille quelques lycéennes qui font des études « longues » – jusqu’au baccalauréat – où on leur dispense cours de danse, de maintien, de broderie… on en passe et des meilleures.
Louis, donc, découvre avec curiosité et stupéfaction le snobisme parisien, un sexisme revendiqué, des professeurs plus en recherche de gloire personnelle que soucieux d’instruire les élèves, mais aussi… la gent féminine !

Flore Vesco ouvre chaque chapitre par sa composition chimique, laquelle reprend une partie des éléments chimiques qu’utilisera Louis au cours du récit ainsi que des éléments d’intrigue (disparition, duel d’escrime ou encore élevage de poules dans les combles). Cela crée un effet d’attente fort efficace car on se demande dans quelle mesure et comment vont apparaître les éléments cités. D’ailleurs, la façon dont tout cela s’articule est souvent assez drôle et inattendue !

Dès le départ, on plonge dans un récit d’aventures qui mêle agréablement histoire (notamment des sciences) et fantasy. Car Louis débarque plein d’idées et d’intuitions dans sa nouvelle école et va se dépêcher des les mettre en œuvre : de ce côté-là, on est servis, car Flore Vesco retrace le brillant et juvénile parcours scientifique du jeune homme. D’autre part, le mystère se pare des atours de la fantasy dès le chapitre 2, lorsqu’on commence à soupçonner la nature de la bête qui rôde dans les couloirs, laquelle a tout à voir avec celle du Gévaudan !
Au fil des pages, on revisite donc l’Histoire, sauce fantasy, dans un univers que l’on met peu de temps à apprivoiser : de sombres créatures rôdent, souvent dues aux humains et des sociétés secrètes s’affrontent pour les cantonner aux ténèbres ou tout simplement pour les éradiquer. D’ailleurs, et on ne peut que s’en réjouir, la suite des aventures de ces secrets sociétaires est déjà annoncée !

L’histoire est diablement prenante car le style de Flore Vesco est vif, enlevé et enjoué : usant d’un vocabulaire recherché et varié, elle nous entraîne à la suite de ses héros pour des aventures échevelées et pleines de suspens. Car si l’on soupçonne assez vite ce dont il est question, il faut toute la durée du roman aux personnages pour révéler l’ampleur du complot et toutes ses subtilités. Et c’est loin d’être simple, ce qui participe aussi du charme de l’histoire. D’ailleurs, dès que j’arrêtais de lire, je passais mon temps à espérer pouvoir reprendre ma lecture, tellement j’étais dedans !

Mais cela tient aussi et surtout aux personnages mis en scène, notamment à notre duo phare. Louis et Constance sont deux jeunes justiciers que l’on suit sans aucune difficulté tant ils sont attachants. Tous deux font montre d’une intelligence et d’une logique redoutables, leur permettant d’éliminer, l’un après les autres, les obstacles qui parsèment leurs routes. Et ce qui est bien, c’est que l’histoire mêle à la fantasy des histoires typiquement adolescentes. Un jeune homme poursuit donc de ses assiduités Constance – qui s’en passerait bien – et Louis, de son côté, découvre que la gent féminine peut ne pas être seulement purement décorative. En se mettant en duo, ils se découvrent également des compétences complémentaires : si notre jeune scientifique combat le mal à coup de formules chimiques et tubes à essai soigneusement mitonnés, Constance, elle, défend leurs intérêts à grands coups de fleuret, une arme pour laquelle elle s’est découvert une soudaine et brillante prédilection : une répartition des rôles vraiment intéressante et pas si courante – le plus bourrin des deux n’étant pas nécessairement celui auquel on pense spontanément !

Un duo de jeunes enquêteurs audacieux et attachants, une intrigue palpitante qui revisite Histoire, histoire des sciences et légendes du Gévaudan, un style enlevé et riche, une dose d’humour bienvenue, voilà les excellents ingrédients du roman de Flore Vesco – dont j’attends, il va sans dire très impatiemment, la suite annoncée !

Louis Pasteur contre les loups-garous, Flore Vesco.
Didier jeunesse, septembre 2016, 212 p. 

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En proie au rêve, Saving paradise #1, Lise Syven.

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Faustine Mésanger ne croit pas à grand-chose, sinon au travail. Déterminée à réussir sa vie, la jeune étudiante a déjà presque tout prévu : l’amour, on verra plus tard, priorité à sa carrière qu’elle se charge de construire. Build the future !, c’est justement le slogan fondateur de la Fondation du Griffon, pour laquelle son chercheur de père officie. Cette ONG a pour objectif de rendre le monde meilleur. Charles Mésanger travaille donc d’arrache-pied sur le Tumorex, un vaccin contre le cancer, dont les essais cliniques vont bientôt débuter. Or, il semblerait que la Fondation dérange quelqu’un. En effet, le laboratoire du professeur Mésanger est la cible d’un attentat.
Dès lors, la vie de Faustine bascule : alors qu’elle est emmenée de l’université, elle frôle la mort. La voilà, dès lors, privée de partiels, emmenée à l’abri avec son père au Château de la Griffe Bleue, en Gironde, et mise sous la protection directe et rapprochée de Nato Braye, dont l’exotique charme ne la laisse pas franchement indifférente. Autre problème : Faustine croit entendre sans cesse la voix magnétique de l’homme qui les traque et qui se fait appeler Imago. Stress post-traumatique ? Hallucinations ? … Folie ? L’étrangeté de Chevalier, coordinatrice de la Fondation et propriétaire de la Griffe Bleue, n’arrange rien au problème. Tout le monde est sur les dents, Faustine la première. Et d’autant plus lorsqu’elle comprend que le brillant avenir qu’elle a projeté  est plus que menacé.

Il ne faut pas plus de quelques pages à Lise Syven pour nous installer dans un climat de tension extrême : après avoir appris que son père a survécu à un attentat contre son laboratoire, Faustine est extraite de l’université, mise à l’abri et manque elle-même de se faire tuer. Le récit nous place au même niveau que la jeune femme : on ne sait pas de quoi il retourne, ni comment elle s’inscrit dans la situation. Et ça ne s’arrange pas ! Car non seulement Faustine nage en plein brouillard mais, en plus, l’auteur parvient à nous faire douter de sa santé mentale. Le récit étant opéré à la troisième personne, on en vient à se demander très sérieusement quelle est la part d’hallucinations dans ce que Faustine voit et ressent…. De fait, le suspens est constamment présent.

D’autant que la situation s’y prête vraiment bien : il y a le problème lié à l’attentat, mais aussi les petites bisbilles entre chercheurs (le père de Faustine chapeautant la jeune Marianne, scientifique de génie et quelque peu accaparante), les interrogations de Faustine, le sentiment d’urgence qu’elle place autour de ses partiels et ses sentiments troubles envers son garde du corps – dont la fonction pourrait être à prendre au sens le plus littéral du terme.
Ce mélange de préoccupations est vraiment très réussi et entretient le suspens de bout en bout. En effet, le mystère est maintenu jusqu’à la fin, tant les motivations des uns et des autres restent obscures. Et, au-delà des motivations, on s’interroge aussi sur la nature des protagonistes en présence : à vrai dire, sont-ils bien tous… humains ?

Peu à peu, l’auteur instaure doucement un climat doucement fantastique parfaitement maîtrisé : on doute, on subodore, on revient sur nos hypothèses pour en échafauder de nouvelles et la solution n’est pas clairement annoncée jusqu’à la fin, qui nous laisse avec un demi-milliard de questions en tête et la tenace envie d’en savoir plus !

Côté personnages, Lise Syven a choisi une galerie vraiment intéressante. Faustine, personnage central, n’a aucun pouvoir, ni même quoi que ce soit de particulier. Sa seule raison d’être impliquée est qu’elle est la fille d’un chercheur visé par les opposants. Elle n’a donc aucun pouvoir, ni aucun talent mobilisable dans l’enquête en cours – car elle a d’autres talents ! Cela change des romans habituels où le personnage central est aussi celui qui concentre le talent indispensable. Nato, quant à lui, offre un contrepoint intéressant, notamment en raison de ses ascendances haïtiennes, qui instillent non seulement un peu d’exotisme dans l’histoire, mais aussi un terrain propice à l’installation d’un climat fantastique.

En somme, voilà un premier tome que l’on lit avec toujours plus de questions en tête. Et, si la fin apporte quelques réponses non négligeables, il reste encore plus de points sans réponses, ce qui fait que l’on attend beaucoup de la suite – que j’ai, il va sans dire, hâte de lire !

Saving paradise #1, En proie au rêve, Lise Syven. Castelmore, octobre 2016, 319 p.

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