[2020] Petit bilan d’avril

J’ai essayé d’écrire un peu plus ce mois-ci, et j’ai donc publié quelques chroniques, ce qui commençait à se faire rare !
J’ai aussi publié un Top Ten Tuesday, sur le thème des livres que j’aurais aimé lire enfant. Et, alors que je n’y avais pas participé depuis 2016 (!!!), j’ai fait un week-end à mille ! Et c’était chouette, car il m’a permis de relire les trois premiers tomes des Récits du Demi-Loup, avant de lire le quatrième et dernier (♥).

Carnet de lectures.

La Mère des mondes, Jean-Laurent Del Socorro (Le Bélial).
Cela faisait une éternité (pas moins) que je n’avais pas lu de nouvelles ! J’ai mis à profit le confinement pour faire le tour de ma bibliothèque et y piocher deux textes qui y végétaient depuis… eh bien, beaucoup trop longtemps. J’étais assez surprise de trouver Jean-Laurent Del Socorro au rayon SF (jusque-là, j’ai plutôt lu des romans de fantasy ou de fantasy historique de sa main). En effet, cette nouvelle prend place dans l’univers du roman Points chauds de Laurent Genefort (mais est lisible tout à fait indépendamment).
On y suit un missionnaire qui passe une Bouche, un de ces portails spatiaux apparus sur Terre en 2019, dans l’objectif d’aller répandre la sainte parole sur les planètes aliens. Parviendra-t-il à convaincre les peuples de se convertir au christianisme ?
J’avoue, en débutant le texte, avoir eu un peu peur du thème. Mais celui-ci propose en fait une intéressante réflexion autour de la foi (plutôt que du prosélytisme, ce qui m’inquiétait un peu). Les péripéties sont peu nombreuses, mais le cheminement du texte fait vraiment la part belle à cette réflexion. Et même si tout cela se déroule dans un autre univers, on comprend tout !

Le Réveil des Hommes Blancs, Christian Léourier (Le Bélial).
Seconde nouvelle lue, essentiellement sortie de la PAL parce que je venais de terminer La Lyre et le Glaive et que je n’ai pas tellement accroché, malheureusement. J’avais envie de faire un autre essai avec l’auteur !
Dans cette nouvelle, qui se situe dans l’univers de Lanmeur et peut être lue indépendamment, l’intrigue se déroule sur la planète Teirstern. Le personnage principal, un défricheur, fait partie d’un petit contingent de Terriens envoyés sur la planète afin de la rendre viable avant l’arrivée des vaisseaux de colons. Tout va pour le mieux, sauf que les humains n’ont pas l’air d’être seuls sur la planète (qui était pourtant supposée déserte). Alors, que faire des autochtones ? Les laisser consommer des ressources qui doivent être accumulées pour les futurs colons ou s’en débarrasser ?
Évidemment, l’histoire va assez vite (c’est une nouvelle de quelques pages), et la couleur est annoncée dès le titre. Quoi qu’il en soit, tout se tient bien, univers comme personnages. La réflexion est intéressante et bien menée, et l’auteur rend le texte accessible à qui n’a pas lu l’œuvre-mère. Cette courte lecture m’a donc convaincue de lire d’autres romans de l’auteur !

Le Masque de loup, J.A. Curtol (Sharon Kena).
Confinement toujours, j’en ai profité pour lire un roman reçu dans une box de confinement, généreusement proposée par des éditeurs. Et j’ai même décidé de sortir de ma zone de confort, en faisant une incursion en romance… (romance et bit-lit, restons cohérents !).
L’histoire se déroule au XVIIe siècle, à Vaux-le-Vicomte. Grace Fouquet, fille illégitime de Nicolas Fouquet, arrive au château afin d’y être mariée (contre son gré, évidemment…). Lors du bal masqué organisé en son honneur, Grace tombe désespérément amoureuse d’un homme qu’elle n’a jamais vu et qui porte un masque de loup. Or, spoiler alert, celui-ci est le chef du clan de loups-garous local, ennemi intime du futur mari de Grace et donc de Nicolas Fouquet. Sans surprise, le jeune couple s’échappe et doit lutter pour vivre ensemble.
Bon, soyons honnête, il n’y a rien qui va. Le contexte historique ne sert strictement à rien, et le fait que Grace soit la fille de Fouquet ne sert qu’à placer l’histoire dans un château. Aucune mention n’est faite de ce pour quoi la famille est célèbre…. De plus, au vu des descriptions des toilettes, coiffures ou moeurs, il est extrêmement difficile de croire que l’on se situe vraiment au XVIIe siècle… L’héroïne est d’une affligeante bêtise. L’intrigue est particulièrement survolée et on est frustrés autant sur la romance (qui va trop vite) que sur le côté fantasy urbaine (qui réunit tous les clichés du genre imaginables). En plus de cela, le sexisme est bien présent – et ne me dites pas « oui mais c’est au XVIIe ». Parce que non, rien ne permet d’être sûr qu’on y soit réellement. Pour finir, le style est hyper faible, il y a des fautes partout, des dialogues insipides, et pas de suspense. Bref, heureusement que c’est court, au moins c’était vite lu.

Côté séries.

J’ai enfin regardé The Witcher (avec un peu de retard, je dirais).
Je suis un peu mitigée… Autant j’ai trouvé l’univers très sympa, autant l’adaptation de nouvelles était un peu casse-gueule. Comme je n’avais pas repris la cartographie éditée par Netflix, j’ai eu un peu de mal à suivre, d’autant que je n’ai pas compris tout de suite… que les histoires n’étaient pas dans l’ordre chronologique ! La sauce a fini par prendre aux alentours de la moitié, donc je regarderai sans doute la saison suivante.
Après avoir regardé la série, j’ai lu le premier tome de la série de romans éponyme d’Andrzej Sapkowski et, là aussi, sentiment mitigé (au moins, c’est cohérent). Là, c’est plus le style pas franchement extraordinaire qui a suscité ce sentiment. Heureusement, l’auteur se rattrape avec l’univers (bis), les réécritures de contes (qui sont passées totalement inaperçues à mes yeux dans l’adaptation….) et l’humour hyper cynique de ses personnages, Geralt en tête. Là aussi, je lirai sans doute la suite !

Top & Flop.

Dois-je vraiment reparler du Masque de Loup ? Non, je pense que j’ai déjà été assez sévère. Une chose est sûre, je ne lirai pas la suite si suite il y a !

En revanche, j’ai eu un immenssissime coup de cœur ce mois-ci, pour le quatrième et dernier tome des Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier : Clémente nous soit la pluie. Je l’ai attendu fermement trois ans, et cela valait très clairement la peine, tant ce tome clôt à merveille la série. Si vous aimez la fantasy ambitieuse et que vous n’êtes pas fondamentalement opposés à une forme un peu particulière (il s’agit globalement d’un récit épistolaire), je vous conseille très franchement cette excellente série.

Citations.

« La matinée touchait à sa fin, et une douce odeur de foin flottait dans l’air. Le palefrenier sifflait en travaillant, et des hirondelles filaient entre les poutres pour apporter leur petit déjeuner aux oisillons bruyants.
Au premier abord, c’était une matinée idyllique comme un tableau. Mais en y regardant de plus près, je vis le licou effiloché pendu à un clou, le pilier pourri de la première stalle, la queue d’un rat dans la pile de bois.
Je me demandai s’il y avait toujours des choses que nous ne voyions pas parce que nous choisissons de ne pas les voir. »
Dance of thieves #1, Mary E. Pearson.

« Je foudroyais Jase du regard. Mais à l’intérieur de moi, je hurlais de rire. À un certain niveau, j’étais toujours furieuse : il parlait de franchise et deux minutes plus tard, il découvrait ses mensonges pour les planter en moi par surprise tels les crocs aiguisés d’un candok. Une fois le choc initial passé, j’avais dû dissimuler ma jubilation face à ce monstrueux coup de chance. Il m’emmenait droit où je voulais aller : au Guet de Tor. Je n’aurais pas besoin de m’y introduire en douce ou de créer davantage de problèmes à la Bouche de l’Enfer pour qu’on m’y emmène. Le Patrei en personne allait m’y escorter. C’était d’une ironie si merveilleuse que, tôt ou tard, je la lui enfoncerais joyeusement dans la gorge. »
Dance of thieves #1, Mary E. Pearson.

« Un des collecteurs de crut autorisé à manifester un enthousiasme hors de propos à l’annonce de ce duel et, plus grave encore, à lancer les paris. Une flèche mit un terme à sa bévue en même temps qu’à sa vie. »
Diseur de mots #1, La Lyre et le Glaive, Christian Léourier.

« Où en étais-je ? Ah oui ! À ma première noble action. Vois-tu, Iola, à Kaer Morhen, on m’avait mis dans la tête de ne pas me mêler de ce genre d’incident, de passer alors mon chemin, de ne pas jouer les chevaliers errants ni de remplacer les gardiens de la loi. Je suis parti sur les routes non pas pour parader, mais pour effectuer l’un ou l’autre travail qui m’était commandé. Or, comme un imbécile, je me suis mêlé de cette histoire alors que je n’étais même pas à cinquante milles pieds des montagnes. Sais-tu pourquoi je l’ai fait ? Je voulais qu’après avoir versé toutes les larmes de son corps, la fille me baise les mains de reconnaissance, à moi qui étais son sauveur, et que son père me remercie à genoux. Or, le père de la fille s’était enfui avec les pillards, et la jeune fille sur laquelle s’était répandu le sang du chauve, s’est mise à vomir et a eu une crise d’hystérie ; quand je me suis approché d’elle, elle s’est évanouie de peur. Depuis ce temps, je ne me suis que très rarement mêlé de ce genre d’histoires. »
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« Qui se ressemble s’assemble, dit le sang-mêlé avec un sourire mauvais. Dire qu’il existe sur terre des êtres comme toi. Qui est-ce qui engendre des monstres pareils ?
– Fais preuve d’un peu plus de tolérance, si tu veux bien ! dit Geralt sans perdre son calme. Ta mère, à ce que je vois, a dû aller se promener seule dans la forêt suffisamment longtemps pour que tu aies des raisons de t’interroger sur tes propres origines.
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« On nous suit, fit-il, tout excité. Une charrette !
– Pas possible ! se moqua le sorceleur sans se retourner. Une charrette ! Et moi qui pensais que les gens d’ici se déplaçaient à dos de chauve-souris.
– Tu sais ce que je vais te dire ? grogna le troubadour. Plus on se rapproche du bout du monde, plus ton humour s’affine. Je n’ose pas imaginer jusqu’où il va aller ! »
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« Vous êtes inconscientes. Vous mettez votre vie en danger pour le plaisir que vous procure la désobéissance, sans réfléchir un seul instant aux conséquences que votre mort brutale pourrait avoir sur vos proches ou sur le royaume. »
Il regarda les princesses.
 » Vous croyez que votre sang royal vous protège de la maladie ? »
Véridienne, Récits du Demi-Loup #1, Chloé Chevalier.

« Attendu que la garde du Demi-Loup se trouvait réduite à néant, autant, pensait Malvane, repartir sur de nouvelles bases. Puisqu’à travers les époques, jugeait-elle, les hommes d’armes placés en situation de supériorité n’avaient jamais su contenir leurs instincts violents, il fallait se détourner d’eux et confier l’arc et l’épée aux femmes du Demi-Loup. La princesse considérait la femme comme plus mesurée et plus douce que l’homme et surtout – et là perce l’extrême ambivalence de son point de vue sur notre sexe – comme plus soumise à la hiérarchie. Elle estimait donc que jamais une armée de femmes ne se livrerait au viol, que jamais, connaissant la maternité, elle ne s’en prendrait injustement aux enfants, que jamais elle ne ferait le mal par fureur guerrière ou par plaisir et que, écoutant et comprenant toujours son chef, elle serait plus efficace.
De mon côté, même si jamais je n’osai lui en faire part, je nourrissais des doutes extrêmement forts quant à ces théories. Pour avoir vu ce que Calvina et Malvane elles-mêmes, encore jeunes filles, avaient infligé à leur amie Cathelle, je ne me faisais pas une seule illusion quant à une quelconque modération féminine. »
Les Terres de l’Est, Récits du Demi-Loup #2, Chloé Chevalier.

« Mon tour était arrivé. Je n’avais rien préparé. Pas eu le temps, ni la force. Penaude, j’avais jeté un coup d’œil à Malvamonde à côté de moi et elle m’avait encouragée du regard.
« Curieux comme il s’avère difficile de lui adresser des mots d’au revoir, lui avais-je chuchoté au creux de l’oreille. De toute ma vie, je n’ai jamais su ce que je pensais de lui, au juste. Il n’a pas fait un très bon roi, cela va sans dire, ni le meilleur des pères, ni, pour ce que j’en sais, le plus formidable des époux. Et pourtant, maintenant que sa fin est venue, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’était un homme bien. Étrange, non ?  »
Malvamonde avait porté la main à sa bouche pour cacher un léger rire, un rire de soulagement et de gratitude.
« Nersès, tu viens sans doute de lui faire là le plus terrible et le plus magnifique des adieux. » »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.

« J’élus comme guides le lieutenant Areste, fils de la comtesse des Arvis, qui avait donc grandi tout près de là, et Mak, un vieux bougon hirsute qui tenait plus de l’ours que du Chat. Selon ses propres mots, il avait choisi de tourner le dos à Édelin uniquement « pour nous donner un coup de main », parce que « sans lui, on calancherait tous comme des agneaux de l’année dans le premier pierrier venu ». Mak avait arpenté les Monts de l’oubli avec sa mère bergère jusqu’à ce qu’il rejoigne l’armée à quinze ans, et en conservait une connaissance aussi intime qu’experte. Je décidai de placer ma confiance en ce deux hommes, et les laissai se quereller sur les meilleurs chemins à emprunter. En général, le vieux, plus savant, prenait le dessus. »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.

« J’ai levé un sourcil narquois.
« Entre décider quelque chose puis donner les ordres correspondants, et le faire soi-même, vous percevez autre chose qu’une nuance polie ? »
Aldemor, bien sûr, n’a pas ri. »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.

TTT #14 : Dix livres que j’aurais aimé lire dans mon enfance

Le TTT est un petit rendez-vous hebdomadaire, fixé au mardi, et qui consiste à faire un petit top 10, d’où son nom : Top Ten Tuesday. Il a été créé par The Broke and the Bookish en juin 2010, et a été repris en janvier 2018 par That Artsy Reader Girl. On y parle, de préférence, de sujets en rapport avec les livres, ou la lecture et ce rendez-vous consiste à lister 10 points (souvent 10 titres) en rapport avec le thème donné. Une fois n’est pas coutume, je m’aligne sur le thème originel et à la bonne date ! Champagne !

Et donc, cette semaine, le thème est :

Dix livres que j’aurais aimé lire enfant

Alors avant toutes choses, je dois préciser que je fais partie de cette petite bande d’affreux privilégiés qui a pu lire Harry Potter au fil des parutions, en ayant en plus à peu près l’âge des personnages principaux. Grand luxe !
Deuzio, ma famille m’a toujours offert ou donné accès à des montaaaaagnes de livres (je pense qu’on a tous eu une carte à la médiathèque dès notre naissance ou presque). Mais, malgré tous ces efforts, je suis passée à côté de petites pépites, soit parce qu’elles sont parues plus tard (tristesse) soit parce que je n’ai découvert leur existence que sur le tard, voire bien après l’âge auquel elles étaient destinées (double dose de tristesse). Voici donc les titres que j’aurais sans aucun doute adoré lire en étant enfant (disons jusqu’à 12 ans) !
Sans trop de surprise, il y a pas mal de coups de coeur dans la liste, car chacune de ses lectures a parlé à mon coeur de mouflette 🙂
Un clic sur les couvertures pour lire les chroniques !

 

10. La Longue marche des dindes, Kathleen Karr (L’École des Loisirs).

Ce titre a été publié pour la première fois en 1999, donc c’est un exemple typique du « pas vu à l’époque, pas lu ». D’autant plus incompréhensible que j’avais vraiment adoré un autre roman de l’autrice, La Caverne (lu en 4e il me semble, de façon totalement clandestine), donc j’aurais clairement pu me pencher sur le reste de sa bibliographie (même si après la 4e, ça aurait quand même fait entrer ce livre dans le top). Encore plus d’incompréhension ? J’étais abonnée à L’École des Loisirs lorsque j’étais petite (de très petite à la fin du collège), donc malgré les couvertures moches des romans (soyons honnêtes, hein…), je savais qu’en général c’étaient de bons livres (même si j’ai souvenir de quelques déceptions dans ceux que j’ai reçus). Mais bon, trêve de bavardage, et passons à La longue marche des dindes.
C’est un roman d’aventure qui nous emmène au Far West avec tout ce qu’il faut dedans : des cowboys, des Indiens, des esclavagistes, des escrocs, des petits vieux qui totottent du whisky dès 6h du mat’, et une aventure épique à souhait. C’est hyper bien écrit (mais lisible par des enfants), c’est dépaysant, prenant, et en plus, c’est MARRANT. Que demander de plus ?

9. Le passeur, Lois Lowry (L’École des Loisirs).

Tiens, allez, un copain dans la lignée des « pas vu, pas lu », qui lui aussi cumule les mêmes points que précédemment (École des Loisirs, autrice déjà lue, etc.). Là, ce que je ne comprends pas, c’est que j’ai emprunté à la bibliothèque et lu (en 6e, peut-être ? Ou en 5e ?) L’élue de Lois Lowry toujours, qui se trouve faire partie de la même série que Le passeur (quoique lisibles indépendamment), et que j’avais déjà adoré. Bah alors ?! Que s’est-il passé à la bibliothèque ?! (Et je sais de source sûre qu’ils y étaient tous). Ai-je subitement boudé le rayon des L ? (car oui, j’ai eu une période assez méthodique à la médiathèque, ça me permettait de savoir où j’en étais). Mais voilà, il y a eu un petit raté, apparamment : mystère, mystère.
Le passeur, c’est donc une dystopie parue en 1993, donc nettement avant la vague des dystopies qu’on a connue ces dernières années. C’est Lois Lowry, donc sans surprise, c’est hyper bien écrit, bien mené et cela propose une chouette base de réflexion (sans être hyper militant). Il y a dedans tout ce qui fait une bonne dystopie (société totalitaire, une personne au moins qui se pose de saines questions, des gens aveugles à la situation…). J’ai aimé le côté hyper posé du récit, qui ne fait pas intervenir beaucoup de scènes d’actions. Il y a eu une adaptation ciné, mais je l’ai trouvée moins forte que le roman (sans surprise, car le twist sur lequel repose l’intrigue était difficile à mettre en image).
J’aurais également pu citer dans ce top Passeuse de rêves, de la même autrice, un magnifique roman d’apprentissage plein de poésie !

8. Le Mystère de Lucy Lost, de Michael Morpurgo (Gallimard jeunesse).

Alors là, c’est juste une question de timing, vu que ce roman est sorti en 2015. Mais clairement, j’aurais adoré le lire entre 9 et 12 ans ! D’ailleurs, il me semble avoir lu Soldat Peaceful dans ces eaux-là, et j’en garde un excellent souvenir.
Ici, l’auteur évoque le torpillage du paquebot Lusitania par les allemands pendant la Première guerre mondiale – considéré contre le premier crime de guerre de l’Histoire commis contre des civils. L’intrigue joue sur des narratrices et deux temporalités : d’une part, Merry McIntire, survivante du Lusitania, qui narre ses souvenirs des années après le naufrage ; d’autre part, une fillette mutique retrouvée sur une île abandonnée de l’archipel des Scilly, en 1915, appelée Lucy Lost et rapidement considérée par les habitants de l’archipel comme une dangereuse boche sans doute à l’origine du conflit mondial. C’est une petite brique, ce roman, mais j’avais déjà une passion pour les gros livres étant enfant. Je trouve que Morpurgo a un talent fou pour raconter des histoires tristes et graves, sans sombrer dans le manichéisme, et en laissant tout de même une petite lueur d’espoir ou d’enthousiasme (même si parfois, on sort son mouchoir). Effet bonus : ses livres sont tout aussi passionnants lorsqu’on les lit adulte !

7. La Quête d’Ewilan, de Pierre Bottero (Rageot).

Que j’ai découvert peu de temps après sa sortie, pourtant… mais au lycée ! Mais la série s’est sans difficulté hissée au rang de mes séries chouchoutes et j’ai ensuite lu religieusement chaque titre à sa sortie (et j’ai même salement attendu entre les tomes du Pacte des Marchombres, puisque l’auteur écrivait la trilogie L’Autre en même temps !). Du coup, je les ai bien lus dans l’ordre de parution et je pense que ça vaut vraiment le coup : le style de Pierre Bottero a vraiment mûri entre le premier tome et les autres, donc le tout début peut parfois paraître un peu enfantin. Malgré cela, j’ai fondu pour Gwendalavir, les personnages extraordinaires de la série et l’intrigue aussi prenante qu’addictive. C’est comme Harry Potter, c’est une série que je relis régulièrement avec grand plaisir !

6. La fille qui avait bu la lune, Kelly Barnhill (Anne Carrière).

Timing en cause, cette fois (et ce sera pareil pour tous les titres qui suivent) ! Car ce roman est sorti il y a seulement 3 ans en VF (2017, donc). À ma connaissance, c’est le seul titre traduit en français de l’autrice, mais vu la qualité de celui-ci, je suis émninemment curieuse du reste de son oeuvre. On y suit une vieille sorcière, Xan, qui adopte une fillette abandonnée dans les bois (au lieu de la confier à une famille aimante de sa connaissance). En effet, durant le trajet dans les bois, la fillette, Luna, a un potentiel magique assez incroyable, que Xan se doit de canaliser. Ce récit initiatique baigne dans un onirisme et un merveilleux qui rendent vraiment prenant. A côté de ça, l’autrice traite de sujets nettement plus grave (autoritarisme religieux, dépression, folie, dictature…) sans rendre le roman déprimant à souhait, mais sans non plus prendre son lectorat-cible (les 9-12 ans) pour des imbéciles. C’est à la fois sensible et hyper équilibré ! Énorme coup de cœur, donc, et je pense que j’aurais adoré lire ce roman à l’âge pour lequel il a été écrit !

5. Tobie Lolness, Timothée de Fombelle (Gallimard jeunesse).


Je pensais avoir lu ce roman « assez récemment », mais mon profil Livraddict m’apprend qu’en fait, c’était en 2013. Et pourtant, je me souviens comme si c’était hier de l’immensissime coup de coeur (surtout le tome 2, d’ailleurs) que j’ai ressenti pour cette série, avec laquelle je découvrais Timothée de Fombelle – depuis j’ai lu d’autres titres, et il fait partie des auteurs fort appréciés !
Pour être honnête, je ne sais pas si, enfant, je me serais jetée sur le titre. Quand je l’ai pioché à la bibli, j’avoue que le résumé ne m’avait, de prime abord, pas emballée. Mais, gamine, j’ai adoré le film Le Petit monde des Borrowers donc… pourquoi pas ? Ce qui est sûr, c’est que j’aimais les récits d’aventure et que dans Tobie Lolness, on est servis !

4. Gardiens des Cités perdues, Shannon Messenger (Lumen).


Avant mes 12 ans, j’ai adoré lire Harry Potter, donc je pense que j’aurais également adoré lire Gardiens des cités perdues, série souvent comparée à la précédente (alors que les points communs ne sont, finalement, pas si nombreux). Les histoires d’univers parallèle et de magie, c’était déjà tout à fait mon business, donc cette série avait toutes les chances de tomber dans mon escarcelle. Mais en réalité, je pense que j’aurais surtout été attirée par l’épaisseur des tomes. Je me sentais souvent frustrée de lire des « petits » livres : en toute logique, une série dont chaque tome dépasse les 500 pages n’aurait pu que m’attirer irrémédiablement ! Par ailleurs, en tant qu’adulte acariâtre, je ne crois bien souvent pas une seconde aux moult péripéties que traverse Sophie (ce qui ne m’empêche pas de les lire avec un certain plaisir). Mais à 10 ans ? Eh bien à 10 ans, je pense que j’aurais signé des deux mains si c’était possible ! Entre l’école de magie, les mystères, l’univers coloré et farfelu, les histoires entre la bande de protagonistes, il n’y a là que des éléments qui m’auraient plu !

3. Flavia de Luce, Alan Bradley (Le Masque, Msk).

Que voilà une série de polars que j’aurais adorée lire enfant ! (Peut-être plutôt à partir de 10 ans qu’à partir de 8, quand même). On y suit les aventures de Flavia, une jeune chimiste en herbe, passionnée d’énigmes, qui n’hésite pas à seconder la police de son comté (laquelle aimerait bien enquêter tranquille). Entre histoires de famille et prémices de la police scientifique, on est servis. L’auteur, en plus, ne dédaigne pas l’humour, qui fait mouche. Soyons honnête : j’aurais adoré le côté langue de vipère de Flavia et ses réparties cinglantes.
Et j’aurais été aussi dépitée que maintenant de voir que la suite de cette série a manifestement été abandonnée en VF. Alors qu’il y a 11 tomes dans la série originale, seulement 4 sont disponibles en français !

2. De cape et de mots (et tous les autre romans de) Flore Vesco (Didier jeunesse).

Je ne sais si j’aurais tout bien saisi en lisant ce livre à 10 ou 12 ans. Ceci dit, je lisais des trucs qui, je pense, échappaient pour partie à ma compréhension, donc pourquoi pas ! Quoi qu’il en soit, j’aimais les romans historiques, donc j’aurais très certainement apprécié l’ambiance de celui-ci.Il y a de l’enquête, des intrigues de cours, des rebondissements hyper rocambolesques. Serine, en plus d’être futée, est un personnage très marrant à suivre, ce qui est hautement agréable. Bonus sur le gâteau : les jeux de mots et inventions langagières sont légion, et c’est top !

1. Zita la fille de l’espace, Ben Hatke (Rue de Sèvres).

Si vous me connaissez bien, vous ne serez sans doute pas surpris de trouver cette BD en haut de ce top ! D’ailleurs, j’ai cousu un cospaly de Zita cette année, pour la Nuit de la Lecture (vu qu’on était sur le thème BD).
Cette BD est parfaite pour de jeunes lecteurs parce qu’il n’y a pas trop de texte à lire et de somptueuses illustrations. Ben Hatke maîtrise vraiment bien la narration donc il y a du suspense tout le temps, même quand il n’y a pas de texte ! Honnêtement, ça m’aurait agréablement changé de Buck Danny, Blake et Mortimer et autres Aldebaran (oui, je lisais plus de BD adultes que de BD jeunesse. La faute 1/ à la bibliothèque paternelle, 2/au classement approximatif à la bibliothèque municipale).

 

Et voilà, ça en fait 10 ! Et vous, les romans que vous auriez aimé dans votre enfance, lesquels sont-ce ?

[2020] Petit bilan de mars

Apparemment, cela faisait un an que je n’avais pas fait de petit bilan ! Il est temps de s’y remettre !

Carnet de lectures.

Ici, je parle des livres que j’ai lus mais auxquels je ne compte pas consacrer de chronique complète.

Filles de la Walïlü,  Cécile Roumiguière (École des Loisirs).
Entre un océan glacé et la forêt immense, sur la presqu’île de Iurföll, les hommes partent pêcher dès qu’ils en ont l’âge. À terre, les femmes gouvernent, elles exercent tous les métiers, et sont libres de vivre toutes les amours qu’elles désirent. C’est dans cette société sereine et joyeuse qu’Albaan Blosseüm grandit. Sereine, peut-être pas tant que cela. Les rêves qui assaillent Albaan sont porteurs de noirs présages. Une malédiction planerait-elle sur elle ? Qui est cette femme au visage brûlé qui lui veut du mal et semble prête à lever tout le village contre elle ? Au nom de quelle vengeance ? Pendant ce temps, dans la forêt, rôde la Walïlü, fascinante créature des contes horrifiques de son enfance…
Le résumé m’emballait carrément, mais je dois dire que j’ai un peu peiné sur cette lecture. Peut-être parce que l’éditeur a vraiment misé sa comm’ sur l’aspect fantastique du roman… alors que celui-ci ne l’est pas du tout. Certes, on parle à plusieurs reprises de la Walïlü, chouette terrifiante qui règne sur la forêt, certes Albaan a des rêves quasi prémonitoires, mais c’est un peu léger pour qualifier l’ensemble de « fantastique ». On est plutôt dans un récit à mi-chemin entre l’aventure et le conte, servi dans une ambiance de pleine nature (version île hyper isolée) très réussie. L’intrigue parle très bien des secrets de famille (même si ce n’est pas le point central), des superstitions, du passage de l’enfance à l’âge adulte (via une adolescence riche en péripéties), de l’amour. Il y a un décalage vraiment intéressant entre la vie sur l’île et l’époque. On suppose que ça se passe à notre époque puisque les personnages ont des ordinateurs équipés d’internet ; mais la vie semble figée au XIXe siècle, avec une prépondérance des métiers manuels (et des métiers utiles !) sur l’île, un conseil qui tient lieu d’organe politique et qui est renouvelé tous les 18 mois et un lien très fort à la nature. L’autrice s’est inspirée de la vie sur l’île estonienne de Kihnu – une île qui, comme ici, est gérée par les femmes – ce qui accentue le côté décalage avec ce que l’on connaît – et ce n’est vraiment pas désagréable ! Il y a un côté un peu « bulle » à lire ce livre rebattu par les embruns. L’autrice a un style vraiment ciselé, c’est un plaisir à lire. J’ai trouvé qu’il introduisait une espèce de distance un peu froide avec les personnages mais ça cadre parfaitement avec le récit. Si j’ai été un peu désappointée par l’absence de fantastique, j’ai apprécié la balade sur la presqu’île pour toutes ces autres raisons.

Thair, tome 1 : Renaissance, Jean-Luc Marcastel (Leha).
Alors là, ce n’est pas la même limonade. Je suis allée jusqu’au bout pour voir (en me faisant violence), mais clairement, Thair et moi n’étions pas faits DU TOUT pour nous entendre (je ne lirai donc pas la suite). Si vous comptez lire ce roman, ne lisez pas la suite, car je spoile.
L’intrigue se déroule dans une France (Thair) post-apocalyptique assez futuriste. Suite à une catastrophe d’envergure (une épidémie de peste venue de la Lune), les humains se sont réfugiés dans des bastions enfouis dans lesquels ils avaient accès une technologie hyper avancée (exosquelettes de combat, portes commandées par la pensée, etc). Alors qu’ils ont réussi à regagner la surface, après 1000 ans de vie souterraine, catastrophe : le fléau d’Itrkhen le maudit est de retour, avec des bestioles robotiques terrifiantes (et la peste, évidemment). Faïria est contrainte de devenir plus tôt que prévu la castalaïna (comprenez châtelaine-mère-déesse) de son bastion, Orguenoire, sa mentor étant tuée dans l’attaque. Afin de sauver les siens (et la planète), elle est obligée de descendre dans les tréfonds du lieu pour exhumer une arme surpuissante qui dort là depuis le début et qui est capable d’anéantir le-dit fléau (spoiler alert : il s’agit du corps de Jaan de Carsac, le type qui avait déjà mis les humains en garde contre l’existence de cette peste lunaire). Mais c’est pas de chance, car sa cuve de régénération est cassée, donc Faïria va devoir supporter une insémination artificielle (avec beaucoup trop de détails et de précisions autour de ses cuisses écartées), une gestation accélérée (en 3 heures) et un accouchement dans la violence et la douleur pour le faire revenir à la vie. C’est vrai que quand on maîtrise le voyage spatial, l’ouverture de portes par la pensée, la résurrection d’un mec mort depuis un millénaire, la péridurale, c’est compliqué. Parallèlement, on suit les tribulations de Yaïn, un jeune pêcheur qui a trouvé une sirénaïre blessée (comprenez une fille des profondeurs, avec la carnation d’un orque, mais avec deux jambes qu’elle ne peut pas utiliser sur Terre. Vachement pratique). Évidemment, il en est tombé amoureux, évidemment c’est réciproque, et il la séquestre protège dans une bergerie. Mais de vilains pillards l’ont enlevée et vont la vendre à un bordel, donc il court à sa recherche. Ce que je n’ai pas aimé, là-dedans, en vrac : le thème de la quête à la princesse (vu, revu, et rerevu). Surtout quand la princesse ressemble à Ariel, ce n’est clairement pas crédible et Yaïn ne vaut pas mieux à mes yeux que les mecs qu’il pourchasse. Les descriptions des femmes sont dignes d’un roman érotique des années 80 (je ne m’étends même pas sur la complaisance envers la douleur de l’enfantement, j’ai mal, mais je prends mon pied quand même. Ni sur les scènes pseudo-érotiques entre la « mère » et le « fils » à base de « c’est mal mais c’est vachement bien quand même ». Extrêmement étrange). Et bien sûr, les héroïnes ne servent à rien (l’une se fait enlever, l’autre devient inexistante dès que le Mâle est ressuscité), à part comme enjeux sexuels. Enfin, l’histoire en elle-même met un temps infini à démarrer. Eh oui, le récit passe tellement de temps à parler des seins des héroïnes et en scènes érotiques qu’on ne progresse pas d’un iota. Je me suis copieusement ennuyée, d’autant que les tribulations amoureuses des personnages ne me passionnaient pas. En plus de cela, le style est verbeux à souhait (bourré d’incorrections avec ça), ça me tombait littéralement des mains. Est-ce qu’on parle de « le gémissement qu’elle poussa, quoique plus chantant et mélodieux qu’aucun autre, était bien celui d’une femme, quand il s’enfonça pour la première fois dans la fleur aux pétales sensibles éclose au creux de ses cuisses d’obsidienne » ??!! Et certaines métaphores sont les mêmes que celles qui m’avaient déjà foutrement agacée dans Le Dernier hiver (mention spéciale à « son visage d’elfe eurasienne ») !
Dans les bons côtés, je vais quand même citer l’univers qui est super cool. C’est vraiment intéressant d’arpenter cette France dévastée (il y a une carte au début), repliée sur des sortes de régions autonomes (dont Avarnia pour l’Auvergne) et de chercher les références dans les noms de villes que l’on traverse (Tolosania, etc.) pour se figurer les trajets des personnages.  Mais ce sera quand même sans moi pour le tome 2.

 

Côté séries.

Ce mois-ci, j’ai découvert la série Mindhunter (chaudement recommandée par le formateur d’un stage sur le polar en bibliothèque que j’ai fait en début de mois). Superbe découverte !!
La série se déroule à Quantico, dans les années 1970 et retrace la création, puis l’évolution du Bureau des Sciences Comportementales du FBI, l’ancêtre des profileurs. On y suit les agents Holden Ford, Bill Tench et la docteure et psychologue Wendy Carr. Principale occupation ? Aller interroger des meurtriers multirécidivistes (aujourd’hui appelés serial killers, mais le terme n’existait alors pas !) pour tenter de tirer de leurs actes un schéma comportemental applicable à d’autres. Bref : les bases du profilage. Et c’est passionnant ! D’ailleurs, le tout est inspiré des parcours et travaux des agents du FBI John Douglas (à qui l’on doit le livre Mindhunter : dans la tête d’un tueur en série, et qui inspire l’agent Ford), Robert Ressler (qui a inspiré Bill Tench) et la psychologue et professeur d’université Ann Burgess.
La série utilise tous les codes des séries policières (ambiances sombres, cadrages serrés, musique oppressante), sans toutefois basculer dans les scènes de violence que semble affectionner le genre (pas de viols ni de meurtres visibles). La violence est plutôt psychologique, car il faut évidemment composer avec les interviews des meurtriers en série, les quelques affaires sur lesquelles sont appelés les agents, et les injustices flagrantes perpétrées par la justice (notamment dans la saison 2, lorsque des enfants noirs sont enlevés et assassinés à Atlanta, mais que l’affaire n’est jamais vraiment résolue). Tout cela est donc hyper prenant et je n’ai pas vu passer les deux premières saisons. La série est prévue en 5, mais son avenir semble un peu incertain pour l’instant. J’espère vivement qu’elle sera prolongée car les deux premières saisons nous font voir un type extrêmement louche, qui a tout le profil du tueur en série (d’autant qu’il semble lié aux crimes d’un autre tueur interrogé par l’équipe) et j’avoue que j’ai vraiment hâte d’en savoir plus ! NB : si la tête de Macron vous donne de l’urticaire, passez votre tour : l’acteur qui incarne Holden lui ressemble quand même assez bizarrement !

J’en ai également profité pour terminer Perdus dans l’espace (commencée il y a trois plombes) et, là aussi, très bonne surprise. J’aime vraiment cette série !
On y suit la famille Robinson, membres de la 24e mission de colons Terriens partant pour la galaxie d’Alpha du Centaure (car en 2046, suite à un impact d’astéroïde, la vie sur Terre est devenue très difficile). Malheureusement, un grave incident à bord du Résolution (le vaisseau-mère), contraint une grande partie des colons à éjecter leurs Jupiter (vaisseaux de colonisation) et à atterrir sur une planète inconnue. Là, les ennuis ne sont pas finis : un robot extraterrestre terrorise les colons, qui doivent en plus s’adapter à un environnement hostile, sans savoir s’ils pourront rejoindre leur destination prévue. Eh bien on pourra dire que je me suis passionnée pour les aventures de Maureen, John, et leurs trois enfants, Judy, Penny et Will – au point d’en rêver une nuit après un ciffhanger particulièrement violent. C’est dire ! La série est vraiment tout public (elle est indiquée 7+) et c’est peut-être son principal défaut (en plus d’être montée à l’américaine) : franchement, on n’y croit pas une seule seconde ! Les personnages sont dans la panade ? Ok on s’angoisse un peu, mais on sait très bien qu’ils vont sans sortir. En plus, il se passe bien trop de choses par épisode. Mais malgré ce côté surenchère, ça marche : le rythme est hyper prenant, émaillé de quelques passages émouvants complètement gnangnan, mais qui passent eux aussi comme une lettre à la poste. Honnêtement, je m’attendais à râler à chaque épisode mais pas du tout, je me suis laissée embarquer et j’en suis même à faire des conjectures sur la conclusion de la deuxième saison et ce que nous réservera la troisième (et dernière). Pari réussi donc !

Top & Flop.

Vous l’aurez sans doute compris, ma rencontre avec Thair a donc été passablement ratée. J’étais d’autant plus déçue que le synopsis me semblait assez vendeur, sans parler de la couverture. Je suis quand même allée jusqu’au bout, mais sans que ça y change quoi que ce soit. Dommage !

Difficile de ne choisir qu’un top, mais vu que j’ai eu un coup de cœur ce mois-ci, je suis obligée d’en parler. J’ai écouté Les Petites reines de Clémentine Beauvais (que je découvre seulement, il était temps !) et c’était génialissime (pas moins). Le texte est hyper drôle, en plus d’aborder avec subtilité de grossophobie, de handicap et de harcèlement scolaire. La mise en voix de Rachel Arditi est extraordinaire !

Citations.

« Derrière un rideau d’arbres, au fond de la forêt, un lac noir sous le ciel noir. Et le froid. Un chuintement, une plainte. Un cri de douleur qui signe la fin de la nuit. Lentement, le noir du ciel se griffe d’or et d’argent, le cobalt fond sous l’indigo. Le gémissement, à nouveau, résonne sans que personne ne soit là pour l’entendre. Un trait, un éclair nacré dans le blanc de la glace, et un soupir, le dernier, un son à lacérer le cœur quand la plaque se scinde en deux. Le morceau de glace hésite, il tangue en suivant le clapot des eaux du lac. Le vent tombe, la plaque dérive.  »
Filles de la Walïlü, Cécile Roumiguière.

« Écoute, c’est notre faute. Je le sais. Ta mère et moi t’avons raconté trop d’histoires. On t’a donné l’impression que le boulot de mercenaire était merveilleux. Il ne l’est pas. C’est dur, tu sais. Des routes interminables, des nuits solitaires. Tu passes la moitié de ton temps trempé comme une soupe et tu as toujours froid. Tu affrontes des créatures horribles dans des endroits sinistres et la trouille te noue les tripes à l’idée qu’elles puissent te tuer avant que tu le tues. Ça ne se passe pas comme dans les chansons, Tam. Les mercenaires ne sont pas des héros. Ce sont des tueurs.  »
Wyld, tome 2 : Rose de sang, Nicholas Eames.

« Le vendredi soir, j’adore sortir du lycée à dix-huit heures. Les couloirs sont déserts et la nuit presque tombée enrobe les bâtiments d’une obscurité bleutée et cotonneuse. Les profs qu’on croise ont l’air à nouveau de ce qu’ils sont en dehors, pères de famille, amoureuses en retard pour le ciné, conducteurs d’une Mégane vert pomme, en train de se demander si ce soir ce sera soupe ou salade composée. On peut les surprendre en train de regarder leur portable ; ils nous sourient distraitement.
Dix-huit heures, un vendredi soir : c’est le moment de la semaine où les masques tombent. »
C’est pas ma faute, Samantha Bailly & Anne-Fleur Multon.

« Si elle ne l’avait pas aperçue dans la foule attroupée autour de Sev, elle savait d’instinct que, cachée quelque part, Val n’avait rien raté de la scène. Cette dernière avait ceci de commun avec la pluie que, parfois, en se concentrant un minimum, Véronyka pouvait sentir sa présence telle une gêne au coeur même de ses os.  »
Sœurs de sang, tome 1 : L’Envol du phénix, Nicki Pau Preto.

 

[2019] Petit bilan de janvier-février.

Carnet de lectures.

Du côté des romans.

Fréquence Oregon, Loïc Le Pallec (Sarbacane – Exprim’).
Sur Terre, dans quelques années. Alta Luna vit dans un luxueux complexe pour familles fortunées, régi par des robots, loin du chaos ambiant. Elle s’y ennuie copieusement : son père est absent, sa mère souffre de dépression. Heureusement, il reste les amis pour s’évader, et un vieux poste de radio. Un beau jour, un couple de déserteurs échoue sur leurs côtes. C’est l’aiguillon qui manquait aux amis, qui organisent l’évasion. Destination l’Oregon, où un mystérieux « capitaine Green » bâtit, paraît-il, un monde nouveau.
Bon, avec ce titre, la rencontre a été ratée… Premier point : les personnages que j’ai trouvés hyper fades et stéréotypés. Hormis la protagoniste, les filles sont quasi inexistantes et ne servent qu’à faire passer les garçons pour de splendides chevaliers servants. Ainsi, l’héroïne manque de se faire violer deux fois, et est sauvée par les mecs deux fois. Quand ce n’est pas elle, ce sont les autres filles (interchangeables), qui sont vendues à un bordel et… derechef sauvée par les hommes. Groumpf ! Côté anticipation, c’est tout aussi léger. Il y a un vague discours écologiste hyper moralisateur, agaçant plus qu’autre chose. Bref, dans la même veine, il vaut mieux lire Le Jardin des Épitaphes de Taï-Marc Le Thanh !

30 jours sans déchets (ou plus…), Sophie Rigal-Goulard (Rageot).
Fatigué de voir toujours ses voisins, les Delamarre, passer pour des stars dans le journal (car ce sont de parfaits éco-citoyens, notamment), Austin fomente un plan diabolique. Faire mieux qu’eux ! Pour cela, il entraîne toute la famille dans un défi zéro déchets…
Vraiment, ça partait bien et le roman avait tout pour me plaire : le sujet est sympa et cette série jeunesse est plutôt rigolote et bien faite (il y a Dix jours sans écran, 24h sans jeu vidéo, etc.). Dès le départ, j’ai trouvé le prétexte hyper pauvre : franchement, s’améliorer pour faire mieux que les voisins, ça ne m’a pas emballée (le gamin a une dizaine d’années, donc pourquoi pas, mais de la part des parents, bof…). J’ai trouvé en plus les personnages hyper stéréotypés : la mère passe son temps en cuisine, la sœur ne veut pas lâcher ses cosmétiques… J’entends bien qu’il était plus facile de parler ainsi des cosmétiques maison, mais bon, les mecs aussi peuvent mettre des crèmes et prendre soin d’eux ! Enfin, il y avait quelques inexactitudes qui m’ont plus qu’agacée (des ampoules à la poubelle et du mélange vinaigre-bicarbonate préparé à l’avance… ce qui ne sert strictement à rien). En plus le défi dure nettement plus que 30 jours ! Pourquoi ne pas tabler directement sur 365 jours sans déchets niveau titre ? Mauvaise pioche bis, donc. Dans la série, je vous recommande chaudement les autres titres qui sont nettement plus prenants et marrants !

Oyana, Eric Plamondon (Quidam).
Bon, on enchaîne les rencontres mi-figue, mi-raisin. Lorsque s’ouvre ce roman, la narratrice est occupée à écrire une lettre à son mari. Dans cette lettre, elle prévoit de lui expliquer comment et pourquoi cela fait 23 ans qu’elle lui ment, qu’elle répond au prénom de Nahia  – alors qu’elle s’appelle en réalité Oyana -, qu’elle n’est pas orpheline, et qu’elle doit absolument rentrer chez elle, au Pays basque, qu’elle a brutalement quitté quelques 20 ans plus tôt (et non trente comme il le pense). Pourquoi cette urgence ? Parce qu’en mai 2018 a été prononcée la dissolution de l’ETA et que cela change tout pour elle.
Je ne vais pas vous en dire plus pour ne pas gâcher le roman car, vraiment, les liens entre la narratrice, le groupe terroriste et le gros secret qu’elle cache doivent être découverts de la façon dont ils sont mis au jour : doucement, précautionneusement, en tournant largement autour du pot, parce que parfois la vérité est difficile à accepter et à verbaliser, et que c’est bien tout l’intérêt de ce roman. Ce voyage intime, Eric Plamondon nous le raconte avec une grande sensibilité, sans prendre parti pour ou contre les actes de la narratrice, en la laissant dévider ses mots, jusqu’au moment où elle arrive sur place – et là, la narration change pour le style direct, et j’ai trouvé ça moins sensible et intime, pour le coup. Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup aimé la façon dont, justement, aucun parti n’était pris et comment, en passant, l’auteur nous retrace l’histoire mouvementée de la région (et ça ne parle pas que de terrorisme, il est aussi question d’un tas de trucs, y compris des baleines, ce qui explique la couv’ !). Alors, qu’est-ce qui ne l’a pas fait ? J’utiliserais volontiers une phrase de prof : ce roman a les défauts de ses qualités. D’une part, parce que lorsque j’ai enfin découvert les raisons du mal-être de la narratrice, je me suis un peu sentie flouée sur la marchandise. C’est donc pour cela que tu te mets la rate au court-bouillon ? OK, c’est moche, mais ce n’est pas du tout aussi moche que tu nous l’a fait croire pendant 50 pages ! Mais en même temps, on comprend que ça la travaille autant et qu’elle mette autant de temps à parler de ce passé qui la tarabuste. Ensuite parce qu’à mon grand regret, il restait pléthore de coquilles dans le texte, malgré des recherches manifestement minutieuses et fouillées, et un style fort. Sans parler des erreurs en basque – à commencer par l’horripilante faute d’orthographe du titre. Non, les noms propres n’ont pas d’orthographe, je sais mais ! ça tombe bien ! C’est justement un nom commun ! Et puis si c’est trop dur à prononcer pour les francophones (ce que je peux entendre), il fallait choisir autre chose. Cette graphie, dans le contexte de sa naissance, c’est juste une hérésie. Et oui, je suis clairement de parti pris mais bon, zut à la fin. Second problème : Google Trad. N’EST PAS un dictionnaire bilingue fiable. Donc non, « fanon » (de baleine), ça ne se dit pas kokospearekin. Parce que ça, ça signifie « avec le fanon de baleine » : ok, c’est proche, mais c’est quand même incorrect. Alors évidemment, je pinaille, mais voilà, c’est le genre de détail qui a tendance à m’escagacer super fort. Pis d’ailleurs, je pourrai pinailler encore plus fort et signaler que kokospe, c’est juste « fanon » et que si on veut être pointilleux, « fanon de baleine » c’est balea-bizar. Oui, on s’en fout, mais ma mauvaise foi est sans limites. Mon agacement aussi quand je tombe sur des trucs pareils.
Avec ça, est-ce que tout était à jeter ? Non ! Le voyage intime est intéressant et la chute du roman à la fois bien trouvée et bien amenée !

Rayon bulles.

Transat, Aude Picault.
Aude, jeune graphiste parisienne, ne supporte plus la routine métroboulotdodo. Quand elle y réfléchit, elle a pourtant une vie plutôt agréable, mais la terrible sensation d’être sur des rails, d’avoir perdu l’étincelle qui donne du sens au quotidien. Se présente alors l’occasion de partir en transat, avec un marin aguerri. Elle franchit le cap… et ça lui fera le plus grand bien !
Cette BD m’a été chaudement recommandée par un collègue et je ne regrette pas de l’avoir découverte ! Le récit mêle introspection (intelligente et marrante !) et carnet de voyage (dépaysant, divertissant !) en un parfait mélange. Les graphismes sont aussi simples qu’efficaces. J’ai adoré la partie sur le bateau, quasiment dépourvue de dialogues, mais servie en illustrations magnifiques. J’ai envie de découvrir d’autres titres d’Aude Picault maintenant !

Constance d’Antioche, tome 1, La princesse rebelle, Jean-Pierre Pécau, Dimitri Fogolin et Sébastien Lamirand (Delcourt).
Lorsque le cadavre sans tête de son père Bohémond II prince de Tarente et d’Antioche pénètre dans la cathédrale St Pierre pour y reposer, Constance n’a que 6 ans et sa mère Alix à peine 20. Mais si les larmes de Constance sont sincères, celles d’Alix sont feintes, et cette dernière fait aussitôt enfermer sa fille pour prendre la régence et ainsi avoir les mains libres de s’essayer aux arcanes du pouvoir.
Dans la série Les Reines de sang, voici venu le tour de la princesse Constance d’Antioche, qui me semble assez méconnue, mais que j’avais croisée l’an passé en lisant Djinn de Jean-Louis Fetjaine (que je n’ai jamais chroniqué). Ce premier tome, s’il s’arrête à la fois en pleine action et en plein conflit, est drôlement bien mené. Les enjeux (complexes) de l’époque et de la région sont clairement exposés, dans un récit linéaire. Les graphismes sont hyper réussis et nous transportent à merveille sur place. J’attends la suite !

 

Côté ciné.

Dragons III : le monde caché (Dean DeBlois).

Harold et Astrid sont désormais à la tête de Berk et Krokmou, de son côté, est devenu Alpha des dragons. Leur rêve est atteint : vikings et dragons vivent enfin en paix ensemble. Mais les trappeurs ne lâchent pas l’affaire… et les voici dotés d’une femelle Furie, dont ils espèrent bien se servir pour capturer Krokmou et tous les dragons du village. Seule solution qu’entrevoit Harold : trouver le monde caché des dragons et les y cacher tous. Plus facile à dire qu’à faire…
J’étais évidemment très impatiente de voir la conclusion de la trilogie Dragons, que j’apprécie fortement. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans, car la surprise est passée (c’est déjà le troisième opus), donc j’ai trouvé le début un peu longuet. De fait, il faut reconnaître que l’intrigue n’est pas particulièrement surprenante : une menace pèse sur le village et les dragons, il faut trouver une solution et, alerte spoiler, ils y arrivent ! Heureusement, les images sont absolument splendides et le film ménage suspense, humour (j’ai pleuré de rire, j’avoue) et tendresse avec talent. La fin, très ouverte et très émouvante, est réussie !

Tops & Flops.

Je me suis déjà pas mal étendue dans ce bilan sur les lectures qui ne m’ont pas bien passionnée (et non, je n’en ferai pas de chronique plus longue, car je manque vraiment de temps).
Dans les flops, il y avait donc Fréquence Oregon, dont je suis parvenue (quand même !) à la dernière page à grands renforts de soupirs irrités et de sourcils levés au ciel. Il y avait ce petit côté « Matrix raconté par Sarah Connor » bien sympa, mais ça n’a clairement pas suffi à pallier le reste (clichés, manque de rythme, côté moralisateur…) à mon goût. En plus, vu la couv’, je m’attendais à un bouquin à la la Mad Max, mais il n’en est rien. Mauvaise pioche !
Dans la foulée, je n’ai pas été convaincue par 30 jours sans déchets : sur le sujet, je pense qu’il y a de super documentaires (même jeunesse), bien plus efficaces qu’un roman.
Enfin Oyana m’a laissée de marbre, malgré d’excellents points, et m’a collé de l’urticaire avec cette faute dans le titre.

Côté géniales découvertes, il y a eu Engrenages et sortilèges, le dernier-né d’Adrien Tomas ! Ha, là, c’était plus dans mes goûts habituels ! Un univers léché, des personnages intéressants, une intrigue qui en avait sous le pied, un style génial, bref, que du bon. Gros coup de cœur pour ce titre !
Ensuite j’ai profité de Montreuil pour acheter la suite du Projet Starpoint, Le Réveil des Adjinns, que j’attendais de pied ferme. Et quelle excellente suite ! Non seulement l’intrigue prend un nouveau tournant, mais en plus Marie-Lorna Vaconsin réussit à nous rendre son univers extraordinaire à la fois plus intelligible et plus mystérieux ! Vivement la suite !
Enfin, Shannon Messenger a de nouveau réussi à m’emporter avec Réminiscences, le 7e tome de Gardiens des cités perdues. J’avais peur que ça s’essouffle, mais non ! On repart sur une intrigue trépidante, prenante et qui développe de mieux en mieux l’univers. Chouette, donc !

 

 

Citations.

« Je les ai entendus moi aussi, acquiesça Cyrus. Mais ça ne fait justement que prouver qu’il s’agit d’une mauvaise idée.
– Ah oui ? Et pourquoi donc ? renifla Grise, un peu vexée.
Cyrus perçut l’agacement de sa camarade, et tenta de se défendre :
– Pardon… je n’insinue pas que ton idée est… Enfin, je ne voulais pas prétendre…
– Mon maître veut simplement dire qu’il est désolé de ses capacités diplomatiques dignes d’un char d’assaut enflammé dévalant une pente, ronronna Quint, toujours affalé sur les genoux de Grise. »

« Je… je sais qu’il y a des gens pauvres ! avait protesté Grise. Que tout le monde n’a pas la chance de naître noble ou bourgeois… mais ce n’est quand même pas la faute des Wilkeer ou de la duchesse d’Eroge si…
– Bien sûr que si, c’est leur faute ! Comment crois-tu que ces riches, ces puissants et ces parvenus construisent leur parfaite petite vie dorée ? En oppressant, en utilisant, en tuant à la tâche, plus pauvres qu’eux pour leur bénéfice personnel ! En les envoyant se battre pour conquérir des pays en leur nom, en leur prenant leur vie, leurs membres, leur santé mentale, puis en les jetant à la rue sitôt leur objectif atteint ! As-tu seulement idée du nombre d’ouvriers exploités, de réfugiés et de soldats estropiés qui dorment dans les rues ? Des gens privés de travail, de dignité ou des deux, qui en sont réduits à voler et tuer pour subsister jusqu’au lendemain ! Quand un être humain en est réduit à la survie la plus élémentaire, il n’a plus que faire des lois de la société qui l’a conduit là ! »
Engrenages et sortilèges, Adrien Tomas.

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« Le bruit du vent mérite plus d’attentions que les vaines paroles. »
Une immense sensation de calme, Laurine Roux.

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« Mon pays, c’était donc ça, ses (sic) maisons carrées blanches à volets rouges, moi qui désormais avait passé plus de temps ici au Québec que dans le lieu de ma naissance. Ce paysage continuait à m’être étranger. Je n’y avais pas grandi, je n’en possédais pas les codes. Le territoire est un langage. Si on ne le parle pas dès l’enfance, il manque toujours quelque chose. Je n’arrive pas à envisager la vie le long de ces longues routes interminablement droites. Qu’y fait-on quand on a 7 ans ? Comment passe-t-on ses samedis après-midi quand on a 12 ans ? On se rejoint où à l’adolescence quand on habite entre Montréal et Trois-Rivières, à Shawinigan ou à Thetford Mines ? »
Oyana, Eric Plamondon.

***

« Ah oui, en mer il faut être PRÉSENT à ce qu’on fait. Chaque geste a sa valeur.
– Voilà ! Eh bien moi, avant de partir, j’étais dans l’état inverse, où chaque geste me semblait vide de sens. Tu sais, cette angoisse qui te prend, pollue ton regard, rendant tout négatif et vain. La peur de se figer dans une vie trop étroite. Parce qu’à 20 ans, le monde s’ouvre à toi… et à 30, tu prends conscience que réaliser l’être formidable qui se cache en toi est plus compliqué que prévu.
– C’est « devenir adulte » même si je n’ai pas encore bien saisi ce que ça veut dire.
– Haha ! Et finalement, on fait en fonction de ce que propose notre environnement, du contexte, de notre degré de conscience, des rencontres que l’on fait, de celles que l’on rate… Chaque choix dérive d’une multitude de non-choix. »
Transat, Aude Picault.

[2018] Petit bilan de novembre-décembre.

Oui, il est fort tard pour ce petit bilan de lectures mais, que voulez-vous, personne n’est parfait ! Petit coup d’œil, donc, dans un lointain rétro…

Carnet de lectures.

La Fille d’encre et d’étoiles, Kiran Milwood Hargrave (M. Lafon).
Des fois, même si la couv’ est sublime, ça ne veut pas. Et là, clairement, ça n’a pas voulu…
Alors qu’il est rigoureusement interdit de quitter l’île de Joya, Isabella rêve des contrées lointaines que son père a un jour visitées et cartographiées. Quand sa meilleure amie disparaît, la jeune fille est résolue à faire partie de l’équipe de recherches. Guidée par une carte ancienne, appartenant à sa famille depuis des générations, et par sa connaissance des étoiles, Isabella prend part à l’expédition et navigue dans les dangereux Territoires Oubliés. Mais sous leurs pas, un mythe féroce s’agite dans son sommeil…
L’histoire nous propulse dans une ambiance toute dystopique : imaginez une île dont le Gouverneur interdit de la quitter… ou même de l’explorer ! Sauf lorsque sa fille chérie disparaît, évidemment ! A partir de là, c’est le branle-bas de combat. Je ne saurais pas dire ce qui m’a pris tellement de temps pour lire ce court roman jeunesse : la maquette est superbe (les pages sont décorées comme de vieilles cartes de marine), l’histoire prometteuse mais le récit… se casse rapidement la gueule. Déjà, le tout manque de logique : on est dans un univers type médiéval alors, franchement, où sont les assassins ? De plus, le Gouverneur a interdit de quitter l’île, alors que lui-même vient d’un autre continent. Pourquoi ? Parce que. Bon, soit. Là où ça s’est franchement gâté, c’est durant la recherche de la fille du gouverneur, où Isabella se fait passer pour son défunt frère jumeau (alors que l’île a l’air aussi grande qu’un hameau en rase campagne et que tout le monde semble s’y connaître), et où l’on croise des créatures ressemblant à des zombies, mais aussi des renégats terrés dans les bois (ce qui expliquerait pourquoi il ne fallait pas y aller). L’ennui, c’est que les péripéties s’enchaînent sans queue ni tête (je vous fais grâce de la fin, façon Big Bang inversé), un peu comme si l’auteur avait déterminé une liste d’éléments à introduire dans le récit et qu’il les cochait au fur et à mesure. Le style, de plus, n’a rien d’extraordinaire, ce qui n’a pas contribué à rendre cette lecture plus passionnante… Mauvaise pioche, donc.

Comme toi, Lisa Jewell (Milady).
Un petit polar, de temps en temps, cela fait du bien !
Ellie, une brillante jeune fille, a disparu à l’âge de quinze ans. Sa mère n’a jamais réussi à faire son deuil, d’autant plus que la police n’a retrouvé ni le coupable ni le corps. Dix ans plus tard, cette femme brisée doit pourtant se résoudre à tourner la page. C’est alors qu’elle fait la connaissance de Floyd, un homme charmant, père célibataire, auquel elle se lie peu à peu. Mais lorsqu’elle rencontre la fille de celui-ci, Poppy, âgée de neuf ans, le passé la rattrape brutalement : cette fillette est le portrait craché de sa fille disparue…
Hallucination ? Complot ? L’histoire est sympa, mais on en devine très vite la solution : à la moitié du livre, les responsabilités sont établies. L’auteure joue sur un suspense psychologique assez intéressant, puisque l’on suit tour à tour les différents protagonistes de l’affaire mais qui, malgré tout, ne me restera pas des siècles en mémoire. Un bon moment de lecture, mais pas le polar de l’année, en somme.

Rayon bulles.

Riverdale présente Jughead, Chip Zdarsky, Erica Henderson et Andre Szymanowicz (Glénat).
Il y a quelques mois, je vous parlais de Riverdale présente Archie, comics dérivé de la série et de la série originelle des Archie comics. Retour à Riverdale High, sur les traces de Jughead, qui s’avère être narcoleptique et prêt à lutter contre toutes les injustices. Justement, le nouveau proviseur du lycée prépare un sale coup et semble vouloir transformer l’établissement en centre d’entraînement de l’armée. Pire, il supprime la cantine et inflige un infâme porridge ! Il n’en faut pas plus à Jug’ pour partir en chasse !
Si vous n’aimez pas l’absurde, abstenez-vous ! Car dès que Jughead pique un petit somme, le récit prend une toute nouvelle tournure : fantasy, SF, combat de super-héros, Jug’ endosse les rôles avec beaucoup de naturel, quitte à perdre parfois le lecteur. En effet, rien ne nous signale qu’il est désormais en train de piquer un petit roupillon, ce qui peut parfois laisser l’impression que l’on passe du coq à l’âne… Par ailleurs, les réparties sont truffées d’humour absurde, parfois un peu abscons. Je soupçonne d’ailleurs la BD de multiplier les références à la série originelle : cela parlera donc aux lecteurs familiers de la série, pas tellement aux autres. Ceci étant, c’est sympa de voir cette autre facette de ce que montre la série télévisée.

In one’s last moment, Kentarô Fukuda (Soleil – Seinen).
Mamoru Kaname, 16 ans, peut voir la mort de ceux qu’il touche, ce qui lui vaut le surnom de « Dieu de la mort ». Un jour, il découvre comment Kana Shiraishi doit mourir. Il s’engage alors dans une lutte sans fin pour changer le destin de celle qu’il aime…
Cette fois, c’est une énorme déception. Autant j’ai apprécié le fait que le manga soit un tome unique, autant j’ai franchement regretté le manque de développements de l’intrigue. Aucune info ou presque sur l’univers des dieux de la mort et une intrigue affligeante. Mamoru décide subitement que Kana est la femme de sa vie, ce qui motive ses sauvetages à répétition. Kana, évidemment, n’intervient jamais dans le récit, son rôle se résumant à ne rien faire en attendant que Mamoru lui évite les petits tracas de la vie. Pire : on croise une autre jeune femme affublée des mêmes talents que Mamoru qui, elle non plus, n’a aucun rôle à jouer. Là-dessus, le manga s’achève sur une conclusion d’une mièvrerie navrante. Le style graphique n’est pas particulièrement remarquable non plus. En somme : un titre que j’oublierai sans délai.

Côté ciné.

Les Animaux Fantastiques 2 : Les Crimes de Grindelwald (David Yates).

Évidemment, c’était LA sortie de novembre et je n’ai pas résisté à la tentation d’aller voir ce film au cinéma. Et si la séance a globalement comblé mon petit cœur de fan, je ne peux pas dire que j’aie eu un réel coup de foudre pour ce nouvel opus des Animaux fantastiques – qui auraient peut-être mieux fait d’être titrés Les Chroniques de Poudlard au vu du peu d’importance que semblent avoir les créatures dans la série. Et voilà déjà pour un premier point à améliorer car, en effet, à part quelques créatures de-ci de-là qui n’apparaissent guère plus qu’en arrière-plan, on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Et l’ennui, c’est que cette critique est extensible à l’ensemble du film : il ne s’y rien de follement trépidant et on a parfois l’impression de régresser (Queenie, si tu m’entends…). De plus, le récit joue sur des révélations fracassantes, qu’on a du mal à considérer comme vraiment crédibles. Donc oui, c’est surprenant, mais ça ne tient pas nécessairement la route (ou alors J.K. Rowling est en train de renier ce qu’elle a fait jusque-là… et ce serait dommage). D’ailleurs, au chapitre des choses quelque peu incohérentes, on pourrait citer à peu près tout ce qui se déroule à Poudlard : on croise une McGonagall qui ne peut être la seule, l’unique (elle naît en 1935 et l’intrigue du film se déroule en 1926) et Dumbledore n’y donne pas les bons cours.
Pire, peut-être : bien que David Yates soit toujours à la réalisation, je trouve que le film a clairement perdu le charme de la série. Exit la magie et la poésie des plans, bonjour au scénario et à la façon très américaine, avec beaucoup de vide pendant deux heures et une grosse baston finale graphiquement léchée, mais pas bien consistante. Malgré tout, ai-je détesté ? Non, parce que comme je l’ai dit, j’avais encore 12 ans alors que j’étais dans la salle ; c’est plutôt en sortant que j’ai commencé à râler un peu !

Le Retour de Mary Poppins (Rob Marshall).

Là encore, je suis restée sur ma faim… La famille Banks est de nouveau en difficulté et Mary Poppins revient s’occuper des enfants (je vous la fais courte). Comme dans le premier opus, on retrouve le mélange entre film et images d’animation (en 2D, dessinées à la main). Évidemment, le charme n’est pas le même car, de nos jours, cela ne relève plus vraiment de la prouesse technique. Côté chansons, les aficionados des mélodies Disney seront servis, le film en étant truffé (peut-être même un peu trop). Pour ma part, j’ai trouvé qu’elles manquaient singulièrement d’émotion…
Premier point qui m’a un peu déçue, quoique superficiel : PAS de Supercalifragilisticexpialidocious, alors que c’était clairement un des gros atouts du film original. Non, là, on se traîne un pauvre « luminomagie fantastique » tellement transparent qu’il en est à pleurer. Et c’est là qu’on arrive au gros reproche que j’ai à l’encontre de ce film : où est la magie ? C’est plat, c’est fade, cela manque clairement d’inventivité. Pire, alors que le premier film véhiculait des valeurs inédites chez Disney, là on se retrouve avec une bonne vieille apologie du capitalisme (puisqu’ils s’en sortent grâce à la banque). Pour ne rien gâcher, les filles ont droit aux accessoires roses. Bref : une suite qu’il aurait mieux valu laisser au stade de projet.

Tops et Flops.

Je ne vais pas revenir sur In one’s last moment, ni sur La Fille d’Encres et d’Étoiles, qui ne m’ont guère convaincue.
À mon grand regret, je dois avouer que je n’ai pas non plus accroché à Dix jours avant la fin du monde,de Manon Fargetton, alors qu’il avait tout pour me plaire. Il s’agit d’un récit situé tout pile 10 jours avant la destruction annoncée de la Terre et qui s’attache à suivre quelques personnages dans ce bref intervalle qui leur reste. J’ai beaucoup aimé le sujet mais, paradoxalement, j’ai trouvé que le récit traînait en longueur, et je n’ai pas du tout accroché au double niveau de lecture (il y a un phénomène de récit dans le récit). Bref : pas un roman pour moi !

Comme je le disais plus haut, j’ai passé dans l’ensemble un bon moment avec  Comme toi, de Lisa Jewell, sans toutefois le garder en tête comme le polar de l’année. Mais parfait à lire dans les transports ou entre deux pavés !

Heureusement, j’ai aussi fait d’excellentes découvertes ! – à tel point qu’il va être difficile de n’en garder que trois !

Tout d’abord, je dois vous parler des Nuages de Magellan, d’Estelle Faye, car ça a été un énoooooorme coup de cœur ! Dans cette histoire, il est question de pirates, de rebelles, de galaxies lointaines, de voyages spatiaux contrôlés par des consortiums marchands, et de libertés individuelles. Le récit cumule les bons points des romans d’aventure (pirates, bastons, courses-poursuites, trésors) et ceux de la SF (voyages spatiaux, donc, mais aussi réflexions sur la société), dans un récit extrêmement prenant. Et en plus c’est un singleton, donc une excellentissime raison de craquer !

Deuxième coup de cœur (d’affilée, car j’en enchaîné ces lectures) avec Olangar : Bans et Barricades 1/2 de Clément Bouhélier. Là encore, j’ai adoré le savant mélange entre roman d’aventures sauce Far-West (attaque du train incluse), polar (avec enquête sur une mort en eaux troubles), lutte des classes (avec des nains grévistes syndiqués jusqu’au bout de la barbe) dans un univers de fantasy (avec nains, donc, mais aussi elfes, humanoïdes et autres orcs vindicatifs) extrêmement bien troussé. Fa-bu-leux !

En dernier, je vais vous parler du Vallon du sommeil sans fin, d’Eric Senabre, la suite (mais lisible indépendamment) du Dernier songe de Lord Scriven. J’ai adoré retrouver Banerjee et Christopher, dans une nouvelle enquête somnambulique aux accents fantastico-horrifiques. Oui, le début fait carrément flipper. Et c’était très chouette de se demander de quoi il retournait au juste !

Citations.

« J’ai remarqué que les Occidentaux ont l’habitude d’associer l’idée de « bien » à celle de « quantité ». Plus on accumule d’argent, de récompenses, que sais-je encore, plus on devrait être heureux. Et vous faites la même chose avec les jours de votre vie : plus on accumule de jours, plus notre bonheur devrait être grand. Devenir vieux, le plus vieux possible, est une fin en soi. Or, je ne pense pas en ces termes : la vie doit être belle et agréable, bien avant d’être longue. Et le risque peut certes contribuer à la raccourcir, mais bien souvent, il permet de l’embellir. Peu importe si c’est pour une période que vous jugez trop courte. »

« Mr. Carandini, reprit-il de manière plus franche, dans mon pays, il n’est pas coutume de tourner autour du pot. Loin de moi l’idée de remettre en doute les méthodes de Mr Banerjee, mais… le fait est que, pour le moment, elles ne se sont pas montrées très concluantes. Alors j’obéis à la loi du marché, et me vois en devoir de vous…
– … congédier ? complétai-je avec une pointe d’agacement.
Le colonel sourit.
– Pas tout à fait. Je dirais plutôt : de vous mettre en concurrence. N’est-ce pas la démarche la plus honnête ?
Je ne pouvais blâmer Garfield. Nous autres, les Anglais, avions inventé deux choses terribles : le capitalisme et les Américains. Nous avions à nous en prendre qu’à nous seuls si nos créatures se retournaient aujourd’hui contre leur créateur. »

« L’endroit n’avait rien de luxueux, mais il y régnait cette atmosphère douillette propre aux maisons familiales anglaises, dans laquelle chaque infime touche de mauvais goût contribuait à ce que l’on s’y sente bien. »
Le Vallon du sommeil sans fin, Eric Senabre.

***

« Que je sois toujours Duncan Turner, c’est normal ! Je vais croiser des connaissances…
Il s’arrêta et Elizabeth crut l’entendre grogner.
– … mais pourquoi suis-je le médecin personnel d’Elizabeth, devenue « Lady Black de Westport, Irlande » ?
Beatrix fit un clin d’oeil à Elizabeth avant de se pencher pour apercevoir Turner et lui lancer d’un ton amusé :
– Il fallait bien une noble pour aller à une soirée d’aristocrates. Quel est le problème, docteur Turner ? On n’a pas envie d’être commandé par une femme en public ?
Il y eut un autre grognement, et tout ce que Turner entendit en retour fut deux rires joyeux montant du paravent. »
L’Ordre des revenants, Julien Hervieux.

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« C’était un samedi après-midi de mai, une semaine avant les examens. Ils faisaient une pause dans leurs révisions dans la chambre d’Ellie. Dehors, le soleil brillait. Teddy Bear était allongé à leurs côtés et l’air était chargé de pollen et d’espoir. La mère d’Ellie disait que le mois de mai était le vendredi soir de l’été, un aperçu chaud et lumineux de tous les bons moments à venir, une invitation à vivre. »

« Demain, je pose pour un cours de dessin.
– Super ! C’est habillé ou…
– C’est nu. Il n’y a pas de honte à vieillir, pour reprendre tes mots, et je crois qu’il n’y a pas de honte à être nu non plus. A mon sens, si on ne peut pas interdire les burkinis sur les plages, il me semble naturel qu’on ne puisse pas non plus interdire la nudité. Qui décide quelle partie du corps peut ou ne peut pas être exposée en public ? Si, légalement, une femme doit se couvrir les seins et le sexe, pourquoi est-ce qu’une autre femme ne pourrait pas se couvrir les jambes et les bras ? ça ne fait aucun sens.
Laurel hoche la tête et sourit.
– C’est vrai, je n’y avais pas pensé comme ça.
– Personne ne pense aux choses correctement de nos jours. Les gens croient ce que Twitter leur dicte. C’est de la propagande déguisée en pensée libérale. Nous sommes tous des moutons. »
Comme toi, Lisa Jewell.

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« Tandis qu’on s’éloigne du campement, je redescends brutalement sur terre. C’est la même planète que la semaine dernière, et pourtant, comment y croire ? Jamais je n’aurais imaginé que le si parfait Orange County partirait autant en vrille. C’est drôle quand même… Et dire qu’à une époque, je méprisais tant cet endroit que j’en étais venue à souhaiter que Dieu tout-puissant le maudisse, y envoie des sauterelles et des implants mammaires défectueux. Mais à présent que toute la Californie du Sud vit un cauchemar, je suis un peu déçue. Ce n’est pas que je veuille souffrir davantage, mais je suis déçue par les gens – leur faiblesse d’esprit et de caractère. Il aura suffi d’une pénurie d’eau pour tous les transformer en meurtriers barbares. Une chose est sûre, je ne veux pas me retrouver dans le même panier qu’eux. »

« Les premiers jours du Tap-Out, elles avaient de l’eau. Sa mère avait arraché un pack des mains de l’une de ses camarades de l’équipe de foot au Costco. « Qui va à la chasse perd sa place, avait lâché sa mère dans la file de la caisse. Que ça lui serve de leçon ! »
Mais il y avait visiblement cinq leçons que sa mère n’avait pas retenues. Comme : « Ne vous lavez pas les cheveux quand vous n’avez que de l’eau en bouteille. » Ou encore : « Ne faites pas de course à pied quand il faut éviter de transpirer. » Et peut-être la plus évidente de toutes : « N’arrosez pas vos plantes ; laissez-les mourir. »
Ce pack d’eau ne leur avait duré que deux jours. »
Dry, Jarrod et Neal Shusterman.

***

« Puis vient Miss Guéridon, la spirite du soir.
Plus jeune que Gervenche, mais incontestablement vieille fille vu sa tenue digne d’une bibliothécaire sous vœu célibat, cette dernière marmonne face à un jeu de tarot. »
Note à Mr. Holzl : sachez que je proteste vivement face à ce cliché sur les bibliothécaires !

« Je me retrouve seule sur la terrasse.
C’est mieux ainsi… Moi-même, je ne comprends pas très bien la scène que nous venons de jouer. Le contrecoup de l’excitation causée par ma nouvelle paire d’escarpins, peut-être ?
Oui, ce n’était que cela…
Ma passade s’estompe déjà, comme un accès de fièvre.
Aucun regret, vraiment : ce rendez-vous aura tenu toutes ses promesses. L’équilibre idéal entre manger une brioche et poignarder quelqu’un. »
Belle de gris, Ariel Holzl.

[2018] Petit bilan d’octobre.

Carnet de lectures.

Minute, papillon ! Aurélie Valognes.
J’étais assez curieuse de découvrir ce titre, car on en entend pas mal parler sur le net mais je dois dire que j’ai été assez déçue.
On suit l’histoire de Rose, 36 ans, heureuse maman de son grand ado de fils, Baptiste, 18 ans. Malheureusement, Rose joue de malchance car non seulement ses employeurs déménagent et la voilà qui perd son poste de nounou. Mais, en plus de cela, Baptiste lui annonce de but en blanc qu’il quitte la maison, qu’il va s’installer chez sa copine et que celle-ci est en plus enceinte et ne va plus tarder à accoucher. C’est le drame ! C’est dans ces circonstances que Rose accepte le poste que lui propose Véronique : s’occuper de Colette, sa vieille mère esseulée. La vieille dame excentrique et agoraphobe pourrait bien changer sa vie.
Alors, par où commencer ? Je crois que je vais attaquer avec l’intrigue tellement cousue de fil blanc que je me suis demandé où la dégringolade allait s’arrêter (bien trop tard à mon goût). C’est truffé de bon sentiments et jamais surprenant, à tel point que je me suis copieusement ennuyée. J’aurais adoré pouvoir me raccrocher au style, mais il est d’une sévère platitude, donc autant dire que j’ai été ravie de voir arriver la fin (heureusement, c’est court). Je ne sais pas si c’est le feel-good qui ne me convient pas mais ce qui est sûr, c’est que ça ne l’a pas fait avec ce titre !

Terminus Elicius, Karine Giebel.
Première incursion dans l’œuvre de Karine Giebel, avec son premier polar.
Jeanne effectue tous les jours l’aller-retour Istres-Marseille, entre son quotidien de secrétaire au commissariat de police et la maison qu’elle partage avec son dragon de mère. La cité phocéenne est troublée par un tueur en série qui s’attaque aux jeunes femmes. Or, voilà justement que celui qui se fait appeler Elicius écrit des lettres à Jeanne, qu’il glisse près de son siège préféré dans le train. Des lettres extrêmement troublantes qui, peu à peu, font oublier à Jeanne que son mystérieux soupirant est un tueur en cavale…
L’idée de départ est vraiment chouette, mais le roman a les défauts… d’un premier roman ! L’intrigue est quelque peu prévisible et les personnages pas tout à fait assez creusés, mais l’ensemble est malgré tout très prenant. Ce qui me donne envie de lire les autres romans de Karine Giebel !

La Vraie vie, Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste).
Comme ça, on ne pourra pas dire que j’ai snobé la rentrée littéraire, parce que j’ai pris ce qui est sans doute LE roman de cette rentrée, tant j’ai l’impression que tout le monde en a parlé (il est même passé à La Grande Librairie, c’est dire s’il a fait l’unanimité).
ça se passe dans un quartier de banlieue tout moche, où toute les baraques se ressemblent, sauf que la sienne a un petit truc particulier : il y a quatre chambres, celle des parents, la sienne, celle de Gilles, le petit frère, et celle des cadavres, le père étant chasseur de gros gibier. Un soir, les deux enfants assistent à la mort violente du glacier ambulant et, si elle réussit à rationnaliser la chose, Gilles se referme comme une coquille, arrête de sourire, devient un enfant cruel et sadique, à la botte de son bourreau de père. Du haut de ses 10 ans, la gamine (dont on ignorera le nom jusqu’au bout) décrète qu’elle est sur la branche ratée de sa vie et qu’il faut rétablir le cours des choses, en remontant le temps – ce qui demande quelques compétences techniques et scientifiques qu’elle va se faire fort d’acquérir.
Alors ce qu’on ne peut pas enlever à ce texte, c’est qu’il fait dans le sordide, le banalement trash et réaliste, ce qui en fait une histoire assez forte. La jeune fille, que l’on suit de ses dix à ses quinze ans, fait preuve d’une belle force de caractère, que l’on souhaiterait à tous les enfants qui vivent de telles situations de violences familiales (sans surprise, le père bat la mère, puis la fille, dresse le fils à être un bon petit macho pervers amateur de cruauté et s’avère d’une bêtise sans bornes). Malheureusement, c’est cette banalité qui aura eu raison de ma patience car, en dehors de l’extrême sordidité de l’intrigue, je n’ai pas franchement été marquée par le style, ni par les péripéties que j’ai vues venir d’assez loin (au point que la fin ne m’a pas du tout surprise). Par ailleurs, j’ai été assez gênée par les repères temporels qui m’ont paru parfois contradictoires (ou alors je n’étais déjà plus assez attentives, ce qui est plus que possible). L’histoire est rythmée par les étés, c’est ce qui permet de déduire l’âge des personnages, mais comme ils ne changent pas des masses, j’ai trouvé ça parfois un poil confus. Malgré tout, je dois dire que l’ambiance a fini par me ferrer, aux alentours du dernier tiers. Le titre ne me restera clairement pas en tête comme LA révélation de l’année, mais plutôt comme un bon premier roman, noir et sordide à souhait.

À la rechercher de la Serena, Anne Vantal (Actes Sud junior).
Damien surprend le mot « Serena » lors d’un très mystérieux rendez-vous organisé au journal (un hebdomadaire de reportages à sensation) où il effectue un stage. Ses antennes de futur journaliste d’investigation se mettent en mouvement. Aidé par Victoria, sa jumelle férue de recherches historiques, il apprend l’histoire d’un navire de Croisade ? La Serena – coulé au début du XIII° siècle dans les eaux grecques et qui aurait chargé un butin précieux volé à Constantinople. Il soupçonne un ancien militaire aventurier d’avoir mis au jour le fameux trésor. Pour en avoir le cœur net, frère et sœur suivent sa piste et mettent le cap sur la Grèce. Légende ? Fausse rumeur ou vrai scoop ?
Voilà un roman d’aventure jeunesse comme je les aime ! J’ai adoré le côté chasse au trésor/roman d’actualité de ce roman, qui déployait finalement des sujets nettement plus surprenants que prévu, puisque les trafics d’armes extorquées à des familles étant obligées de partir en exil à cause des guerres en Moyen-Orient s’invitent subitement dans l’intrigue. Surprenant, mais vraiment intéressant ! Avec cela, Anne Vantal balaye l’histoire médiévale de la région et le roman aligne ses espions, chasseurs de trésor sans foi ni loi, jeunes aventureux et, bien sûr, un fabuleux trésor de Croisés. L’histoire est assez prenante, mais j’ai tout de même un poil râlé devant quelques phrases bizarrement montées. Bref, un roman à proposer aux fans d’Indiana Jones !

Rayon bulles.

Dreams factory, tome 1, La Neige et l’Acier, Jérôme Hamon, Suheb Zako et Lena Sayaphoum (Soleil).
Dreams Factory est un diptyque steampunk, qui joue sur des ambiances rappelant des grands classiques comme Oliver Twist ou Hansel & Gretel. En effet, l’histoire se déroule à Londres, en 1892, dans une cité recouverte de neige. Indira, comme la plupart des enfants de la cité ouvrière, descend chaque jour dans la mine de charbon, sans protester. Un jour, alors qu’elle est trop malade pour se lever, son petit frère Eliott se porte volontaire à sa place… et disparaît. Elle se lance alors dans une quête désespérée pour le retrouver et s’aperçoit qu’en fait, les disparitions d’enfants sont extrêmement nombreuses : trop pour être honnêtes. Il se murmure que la richissime propriétaire des mines, Cathleen Sachs, n’est pas étrangère à ces disparitions et entretient un véritable petit réseau. Pourquoi ?
Alors, indéniablement, c’est une très belle BD. Les graphismes sont hyper soignés, on se met d’emblée dans l’ambiance qui mêle steampunk, chronique sociale et enquête pleine de danger. Malheureusement, c’est du côté de l’intrigue que le bât blesse : tout va extrêmement vite, les personnages ou situations sont à peine esquissés (je n’évoque même pas un quelconque développement) et l’intrigue, cousue de fil blanc, est constituée d’un nombre extrêmement réduit de péripéties. Pire, certains personnages sont introduits assez tard, comme si le lecteur savait depuis longtemps de qui il s’agissait, ce qui donne l’impression qu’ils tombent comme un cheveu sur la soupe. C’est un peu dommage, car cela ne rend pas l’ensemble plus crédible ni plus passionnant. De plus, la pseudo-intrigue autour du sortilège d’amnésie arrive elle aussi sans qu’on comprenne vraiment d’où elle sort, sans doute pour tenter un effet de manche censé relancer le suspense (raté). Comme je me suis passablement ennuyée, je pense que je me dispenserai du tome 2…

Couleur de peau : Miel, tome 1, Jung.
Oui oui, je rattrape mon retard sur les classiques ! Dans cette bande-dessinée autobiographique, Jung explore le sujet de l’adoption, notamment l’adoption massive d’enfants Coréens après la guerre de Corée (et encore maintenant). Ce premier tome narre comment Jung est arrivé en Belgique, vers l’âge de cinq ans, et toute la difficile intégration qui s’en est suivie. Pas tellement parce que les Belges l’ont rejeté, mais parce que lui a éprouvé quelques difficultés que l’on comprend aisément. Les illustrations, en noir et blanc, sont pleines de douceur et vont super bien avec l’histoire que j’ai trouvée extrêmement touchante. En plus de cela, le récit explique vraiment bien la situation en Corée, factuellement et sans juger, et j’ai trouvé que c’était bien intégré au récit de souvenirs de l’auteur. Il me reste trois tomes (si je ne me trompe pas) pour en apprendre encore un peu plus !

Les petites cartes secrètes, Cyrielle et Anaïs Vachez (Delcourt).
Le monde de Tom et Lili s’écroule le jour où leurs parents divorcent. Et il y a pire que ça : ils vont eux aussi être séparés. Lili va vivre chez sa mère et Tom chez son père. Ne supportant pas cette séparation, les deux enfants vont entamer une correspondance par cartes postales et échafauder des plans naïfs, improbables (faire semblant de tomber malades pour obliger leurs parents à se parler) et parfois cruels (faire tomber la belle-mère enceinte dans les escaliers pour provoquer une fausse-couche…) pour qu’à nouveau ils soient tous réunis.
Je dois avouer que cette BD m’a laissée quelque peu dubitative. J’ai beaucoup aimé le principe, mais je n’ai pas du tout adhéré aux personnages. C’est quoi ces adultes irresponsables qui maltraitent leurs enfants respectifs, m’enfin ?! Et la belle-mère qui pratique ce qui ressemble à de la torture psychologique ? Appelez les services sociaux ! Je ne parle même pas de la gestion de la rupture désastreuse, d’un côté comme de l’autre, et de l’absence totale d’explications aux-dits enfants ! Je sais bien qu’être parent, c’est pas de la tarte mais, je sais pas… un poil de bon sens, les gars ?
Cela n’enlève rien à la BD, car si je n’ai pas apprécié, c’est surtout pour cause de désaccord total avec les choix des personnages ! Parce que le principe des cartes postales des enfants intercalées aux récit est assez sympa, avec des textes assez touchants – sauf quand ils prévoient de faire tomber la belle-mère dans les escaliers ! Je peux comprendre que la petite, en CP, ait du mal à comprendre ce qu’elle fait, mais le frère aîné devrait être en âge de savoir que c’est une abyssale connerie. Enfin, le dessin de Cyrielle est très chouette, car la BD se déroule dans un décor des années 90 hyper soigné. Je pensais que c’était une BD jeunesse, mais finalement elle s’adresse plutôt à des trentenaires !

Côté ciné.

J’ai occupé une après-midi grise, venteuse, et fraîche à souhait en allant voir Le Jeu, de Fred Cavayé, un remake d’un film italien qui n’a (malheureusement) jamais été distribué en France (Perfetti sconosciuti, de Paolo Genovese, paru en 2016).
C’est l’histoire d’une petite bande de 7 amis, 3 couples et l’un venu en célibataire (sa moitié étant malade), qui se retrouvent pour un dîner, qui semble être leur traditionnel rendez-vous. L’hôtesse a subitement une histoire pour le moins étrange qu’elle présente comme un jeu : chacun est invité à déposer son téléphone au milieu de la table et, dès lors, chaque message, chaque notification, chaque courriel sera lu à haute voix.
Assez vite, l’ambiance du huis-clos prend, car il ne faut pas longtemps pour comprendre que chacun (ou presque) a des choses à cacher, choses qui tournent de préférence entre les genoux et la ceinture et que les moitiés respectives préfèreraient (sans doute) ignorer. Le rythme est plutôt bon car, avant de passer aux choses très sérieuses, il y a quelques effet d’annonces, des gags et des réparties bien placées. En effet, le film joue sur les tons tragiques et comiques à la fois, un mélange qui est plutôt réussi. Car, aux vannes des amis, viennent assez vite s’ajouter quelques sujets plus lourds, comme le désir d’enfant, les difficultés à communiquer, l’homophobie ou l’importance d’être soi. Évidemment, ce n’est pas très original, mais c’est plutôt bien traité dans l’ensemble. J’ai toutefois regretté que certains personnages soient si cliché (la maman psy coincée qui ne comprend rien à son ado de fille, par exemple) et une petite pointe de sexisme manifestement parfaitement assumée dans les premières minutes (avis à la production : oui, les hommes ont le droit de prendre soin d’eux. Grrr !). Malgré cela et quelques longueurs (le film aurait gagné à être amputé d’une dizaine de minutes), j’ai passé un bon moment. Quoique je n’arrive pas à savoir si j’ai trouvé la pirouette finale génialissime ou décevante (mon cœur balance très franchement entre ces deux options, aussi bizarre cela puisse-t-il paraître). Bref, un film sérieux traité sauce vaudeville, pas d’une originalité folle, mais avec lequel je me suis bien amusée tout de même !

Tops & Flops.

Dans les rendez-vous manqués ce mois-ci, il y avait indéniablement mon premier roman d’Aurélie Valognes, Minute, papillon !, que j’ai trouvé long, pénible, trop cousu de fil blanc, et pas toujours bien écrit – entre autres. Je note tout de même que ce n’est pas du tout mon genre de lecture de prédilection, ceci explique donc peut-être cela !
Je ne peux pas dire non plus que j’ai été particulièrement emballée par La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné ; là encore, ce n’est pas ma came habituelle et, si je dois reconnaître avoir été très accrochée sur le dernier tiers de ma lecture, le reste ne m’a pas passionnée, tant j’ai trouvé le style et le récit plats. Si c’est la révélation de la rentrée littéraire, ce n’est certainement pas la mienne (mais il faut bien sortir de sa zone de confort de temps en temps !).
Enfin, au rayon BD, je n’ai été convaincue ni par Dreams Factory, ni par Les Petites cartes secrètes, et c’est un peu dommage, car les deux titres étaient assez prometteurs. Mauvaise pioche dans les deux cas !

Côté belles découvertes, il y a également une bande-dessinée, j’ai nommé Phoolan Devi, reine des bandits, une bande-dessinée biographique de Claire Fauvel, consacrée à Phoolan Devi, donc, une Indienne dont le parcours plus qu’horrible est passé de victime à bandit à députée (excusez du peu). Évidement, c’est hyper trash (parce que sa vie l’a été, malheureusement) mais c’est hyper bien mené, très documenté, porté par de très beaux graphismes. Super instructif (mais révoltant) et beau, j’aime !

Citations.

« Toute magie engendre la Brume. C’est une loi immuable de Mitar. Dans les premiers temps personne ne se souciait vraiment de ce déchet évanescent, rejeté aussitôt dans l’air une fois l’opération magique terminée. Mais, après des années de ce régime, certains prêtres constatèrent des altérations dans la trame de l’univers. Ils décidèrent alors que la Brume devait être contenue et créèrent les premiers réservoirs. »
Le Sanctuaire des Dieux, Cindy van Wilder.

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« Nous devrions remercier grand’ma Holt d’avoir crée des orphelinats, des hôpitaux, de nous avoir trouvé des familles… et pourtant… Pourtant, à l’heure actuelle, je ne sais toujours pas si je dois la remercier ou la détester. Nous sommes deux cent mille Coréens adoptés à travers le monde. C’est beaucoup trop. »
Couleur de peau : Miel, tome 1, Jung.

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« Bénédiction accordée, dit-elle. Partez avec la lumière de notre amour dans vos cœurs.
L’émissaire s’inclina et elle s’adressa à lui sur un ton plus intime.
– Penses-tu que le jour viendra où toi et moi ne serons pas entravés par les chaînes du devoir et de l’honneur ?
– Le devoir et l’honneur dominent peut-être nos vies, répondit Sir William. Mais mon cœur est toujours libre de vous aimer. »

« Falco sourit, mais il n’écoutait pas vraiment. Il pensait à ce que le laniste Magnus lui avait dit. Il ne s’était jamais considéré comme un meneur d’hommes. Il trouvait même l’idée terrifiante. Des gens qui allaient risquer leur vie en se fiant à son jugement ? Il ne savait pas comment la reine pouvait le supporter.
Il avait pris la parole car il lui avait semblé que ne pas le faire aurait été une erreur. Il ne se rendait pas compte que se porter volontaire et assumer les responsabilités de ses actes était justement ce qui définissait un meneur d’hommes. S’il l’avait compris plus tôt, il aurait peut-être tenu sa langue. »
Mage de bataille, Peter Flannery.

[2018] Petit bilan de septembre.

Carnet de lectures.

Le Livre perdu des sortilèges, tome 1, Deborah Harkness.
J’avais ce bouquin dans ma PAL depuis tellement longtemps que je ne sais même plus dans quelles circonstances il l’a rejointe (ce qui est rare !). Bref, l’été étant là, j’ai eu envie de me plonger dans ce roman de sorcières (au lieu de lire les livres que j’avais emportés, c’est du propre !)
On y suit les tribulations de Diana Bishop, une jeune universitaire qui est également sorcière, mais se tient éloignée de ses pouvoirs et mène une vie simple. Jusqu’au jour où elle demande, à la bibliothèque, un manuscrit intitulé Ashmole 782, qui déchaîne les passions des créatures surnaturelles comme les vampires, les sorcières et les démons. À partir de là, Diana va devenir le centre de l’attention de ses congénères surnaturels, en bien, comme en mal, et attirer notamment un certain Matthew Clermont, vampire et chercheur de son état…
C’est une série recommandée par pas mal de lecteurs.trices dont je suis généralement les avis, ce qui a sans doute amené ce livre dans ma PAL. En plus, j’avoue tout net, je ne résiste pas aux histoires de sorcières. Et celle-ci avait vraiment tout pour me plaire ! Malheureusement, on ne peut pas dire que j’ai été conquise… Ce n’était pas un loupé total, non, mais je me suis souvent ennuyée durant ma lecture. Ce que j’ai aimé, là-dedans, c’est l’ambiance de fantasy urbaine, avec toutes ces créatures surnaturelles en goguette, aux intérêts souvent divergents. Les décors de l’université d’Oxford, évidemment, et la bibliothèque de Selden End dans laquelle se déroule une énoooorme partie de l’intrigue (mon petit cœur de bibliothécaire a évidemment été conquis instantanément). De plus, l’histoire en elle-même promet de bonnes choses, puisque l’on parle de pouvoirs secrets, de clans de surnaturels qui ne peuvent pas se blairer et d’un mystère vieux de centaines d’années qui resurgit subitement. De même, le fait d’avoir des vampires qui traversent les siècles est plutôt sympa, car cela permet de nombreuses et intéressantes plongées dans l’Histoire.
Là où le bât blesse, c’est sans doute du côté du rythme et des personnages. Diana est d’une effarante mollesse et ses atermoiements incessants ont sans doute eu raison de ma patience. Matthew, de son côté, s’il est plus actif, m’a prodigieusement agacée avec ses réflexes sexistes. Ok, il est d’une autre époque, mais s’il a réussi à se faire à la magie d’internet, des téléphones portables, et des fringues en synthétique, un petit effort social ne devrait pas lui arracher les crocs, non ? Bouh qu’il est pénible. Là-dessus, vient évidemment se greffer une romance sans intérêt tellement elle est prévisible et d’une niaiserie affligeante. Oui, je suis sévère mais oui, j’ai été plus qu’irritée par les personnages.
La suite m’interpelle malgré tout, car il semblerait que ce soit un poil moins agaçant, mais je ne sais pas encore si je la lirai. Au pire, je regarderai la série…

Opération Lovelace, Emmanuelle Kécir-Lepetit (Le Pommier, collection Les Savantissimes).
Hiver 2030 : un virus géant paralyse les systèmes informatiques occidentaux. Plus rien ne fonctionne. Au Pentagone, des experts internationaux tentent de trouver une solution. Selon le Professeur Watson, une seule issue : se transporter en 1943, à l’université de Philadelphie, où a été conçu le premier ordinateur, et réparer le mal à la source. Nancy, sa fille de 12 ans, s’empare de la machine à voyager dans le temps mais se retrouve propulsée à Londres, en 1843 ! Le programme s’est trompé d’un siècle et de continent ! Heureusement, Nancy y rencontre Oliver Holmes, un jeune garçon féru d’enquêtes et surtout Ada Lovelace, mathématicienne et première programmeuse informatique !
J’étais curieuse de découvrir cette collection de romans mettant à l’honneur les plus grandes figures de l’histoire des sciences et c’est celui portant sur Ada Lovelace qui a emporté la mise. J’avoue avoir été un brin circonspecte au départ, mais le fait est que le roman d’Emmanuelle Kécir-Lepetit est à la fois prenant, drôle, et très documenté tant du point de vue historique que scientifique. Pour Nancy, fraîchement débarquée du XXIe, le dépaysement est total : non seulement elle doit survivre dans un monde qui ne connaît ni l’eau courante, ni internet, mais qui, en plus, ne reconnaît absolument pas la place des femmes, ce qui la choque. Et ce choc ne passe pas en rencontrant Ada Lovelace puisque la mathématicienne de génie a, elle, parfaitement intégré les clivages sexistes. Le roman les déconstruit donc l’un après l’autre et c’est très bien fait, car c’est parfaitement intégré à l’intrigue, au suspense et à l’évolution des personnages. En plus de cela, le récit nous maintient parfaitement en haleine, tout en expliquant de façon limpide des concepts scientifiques qui donneraient de l’urticaire aux moins matheux du coin. Bonne pioche !

La Prophétie de l’horloge, John Bellairs (Castelmore).
À la mort de ses parents, Lewis va habiter chez son oncle Jonathan, qu’il imagine ordinaire et ennuyeux. Mais Oncle Jonathan et sa voisine, Mme Zimmermann, sont tous les deux des magiciens ! Lewis est ravi… au début. Puis il se met lui-même à faire de la magie et ressuscite par mégarde l’ancienne propriétaire de la maison, Serenna Izard. Or Serenna et son mari ont autrefois caché dans les murs de la maison une horloge, une horloge qui a le pouvoir d’anéantir l’Humanité tout entière… Et seuls les Barnavelt peuvent l’arrêter.
Ce roman a été initialement publié en 1973 et vient d’être réédité et adapté au cinéma (il doit d’ailleurs être encore en salles). Donc cela se ressent un peu côté style, mais l’intrigue n’a pas tellement vieilli, ce qui est plutôt chouette. L’histoire, assez classique, est plutôt prenante et mêle magie et adolescence, Lewis étant à l’orée de cet âge redouté. Son personnage est presque essentiellement tourné vers l’histoire de magie mais, de temps à autres affleurent d’autres thèmes comme l’obésité, le sentiment de solitude, les relations familiales et l’amitié. Sans être follement surprenant ou révolutionnaire, le roman est agréable à lire et prenant juste comme il faut. Comme il est assez court et sans grande difficulté, il peut même être lu par de plus jeunes lecteurs (dès 10 ans). PS : je vous mets la couv VO parce que celle de la VF est vraiment trop vilaine… !

Rayon bulles.

Route : End, tome 1, Kaiji Nakagawa (Ki-oon).
Taji travaille pour une entreprise de nettoyage spécialisée dans les scènes de crimes. Une voie qu’il n’a pas choisie par hasard car, enfant, c’est lui qui a trouvé le corps de sa mère alors qu’elle venait de se suicider. Les nettoyages de scènes de désolation sur lesquelles il travaille opère comme une véritable catharsis. Pourtant, son quotidien est bouleversé lorsque son quartier devient le théâtre de meurtres en série. Les victimes sont découpées en morceaux, lesquels forment à chaque fois le mot « END ». L’affaire vire au cauchemar lorsque Taji découvre que son patron, qui l’a traité comme un fils, est peut-être impliqué dans ces horribles mises en scène…
J’ai beaucoup aimé le premier tome de ce seinen. Évidemment, l’intrigue est sombre et affreusement sordide, mais pleine de suspense. Le volume ne sert pas seulement à planter le décor mais nous offre un vrai début d’enquête, comme des personnages déjà assez fouillés – du moins assez pour attiser ma curiosité et me donner envie d’en savoir un peu plus.

Je reviens vers vous, Olivier Tallec (Rue de Sèvres).
Une illustration par page, avec une petite phrase ou pas, souvent tirée du dialogue en cours dans la scène. C’est lapidaire, mais toujours suffisant et, surtout, généralement hilarant ! Le choix des sujets est aussi vaste que varié. Les dessins, sous couvert d’humour, touchent à de nombreux sujets de société : consumérisme, philosophie, art et art de vivre, éducation… On se retrouve aisément dans les planches (et si non, cela reste très drôle). Un album hyper cocasse, truffé d’absurdités et autres loufoqueries en tout genre. Caustique et facétieux, absolument génial !

Tops & Flops.

Comme je le disais en début d’article, Le Livre perdu des sortilèges ne m’a pas franchement transcendée, donc je ne m’étendrai pas plus sur la question.
Côté bonnes lectures, j’ai eu la main heureuse, avec quelques titres qui ont émaillé ma fin d’été.
Tout d’abord, le premier tome des Entremondes, de Sean Easley, L’Hôtel invisible, édité chez Lumen. Une fois n’est pas coutume, c’est un roman qui s’adresse plus aux 10-12 ans qu’aux ados (malgré son épaisseur incroyable). L’histoire est assez prenante, sise dans un univers extrêmement original et qui cachait, de façon assez surprenante, l’évocation de thèmes d’actualité vachement plus lourds que l’aspect purement divertissant des débuts du roman. Bonne surprise que ce tome 1, donc !

J’ai ensuite lu le deuxième tome des Extraordinaires et fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé, de Raphaël Albert, intitulé Avant le déluge. Ma lecture du premier tome remontait un peu, donc j’avais quelque peu oublié certaines péripéties, mais le rythme est vite revenu. Cette deuxième enquête démarre assez doucettement et on tire peu à peu les différents fils d’une toile assez vaste. J’ai adoré retrouver le ton désabusé et cynique de Sylvo et surtout ce Panam alternatif si bien troussé. Il ne me reste qu’à lire la suite !

Citations.

« Je ne vais pas t’aimer d’avantage si tu es fort, ni cesser de t’aimer si tu es faible ! Ça ne marche pas comme ça ! Même les loups ont besoin d’être nourris par leurs parents quand ils sont petits et perdent leurs forces avec l’âge… mais ils n’en restent pas moins des loups beaux et fiers ! »
Bride Stories, tome 10, Kaoru Mori.

« De quoi s’agit-il, cette fois ?
– Il paraît que s’échanger un objet sous la corde du mât pousse le bateau à grimper des montagnes.
– Je suis pressée de voir ça… gravir les montagnes à bord d’un voilier, c’est une expérience qu’on fait rarement ! »
Isabella Bird, tome 3, Taiga Sassa.

« C’est marrant comme les nantis ont besoin de casquer pour se persuader qu’ils ont ce qui se fait de meilleur. Si vous n’êtes pas hors de prix, ils se figurent que vous êtes un médiocre, ils ont l’impression d’acheter au rabais, de consommer basse caste. (…) Mes tarifs variaient donc du simple au triple selon les contrats, voire davantage si j’étais d’humeur facétieuse. »
Avant le déluge, Sylvo Sylvain.

« Grandir ce n’est pas renoncer à ses illusions… C’est assumer ses responsabilités ! »
Un Français sur Mars, Alex Alice.