[2017] Petit bilan de juin.

Juin n’a pas été bien riche en lectures, finalement – la faute à Riverdale, qui m’a dangereusement envoûtée !

Carnet de lectures.

Le Peuple du chemin, Marion Achard.
J’ai pris, au départ, ce roman pour un roman historique mais, en fait, les événements qu’il narre se sont déroulés en… 2013. Et c’est bien ce qui est terrifiant.
On y suit l’histoire de Daboka, qui vit au fin fond de la  forêt amazonienne, au sein d’une tribu indigène qui, selon les saisons, change de lieu de vie. Un jour, alors qu’ils suivent le chemin traditionnel, leur route croise celle de bulldozers, en pleine campagne de déforestation : la forêt est coupée en deux par un ruban lisse d’asphalte. Malheureusement, les hommes de la compagnie forestière croisent la tribu… et la massacrent. Seules deux fillettes, Daboka et Loca, échappent à la tuerie. Elles sont recueillies par les habitants d’un village voisin : si Loca, très jeune, s’adapte assez vite à sa nouvelle vie, Daboka, elle, ne pense qu’à retrouver une tribu voisine (ses cousins), rejoindre sa chère forêt et retrouver sa liberté.
C’est un roman jeunesse, donc, mais d’une profondeur assez incroyable. Le récit est à la fois court et dense : il y a peu de pages, l’histoire est racontée vraiment simplement par Daboka, mais elle n’édulcore rien du tout – donc la scène de massacre est un poil trash. Au fil des pages, on découvre le sort réservé aux tribus amazoniennes, décimées au nom du capitalisme, du progrès et de la civilisation, par des personnes sans scrupules. Je ne vous cache pas que c’est donc assez triste. Par la suite, lorsque les deux fillettes sont recueillies, on voit leurs trajectoires différentes : Loca essaie vraiment de s’adapter, de grandir dans sa nouvelle famille, tandis que Daboka s’y refuse de toutes les fibres de son être. Évidemment, au bout d’un moment, il devient difficile pour elles de continuer à s’entendre, à être en harmonie… et c’est tout aussi triste que le reste. Malgré tout, le roman est très prenant et ne laisse pas une chape de plomb lorsqu’on l’a terminé ! C’est un récit qui m’a beaucoup plu, car il évoque des sujets trop peu médiatisés et des faits qui se déroulent de nos jours, dans la plus grande indifférence.
Mon seul bémol vient des dialogues en partie en espagnol, qui auraient mérité une petite traduction en note de bas de page.

Côté ciné.

Pas de sortie ciné marquante mais j’ai enfin découvert la série Riverdale dont on m’avait beaucoup parlé. Et je l’ai littéralement engloutie ! Mais avant tout, de quoi ça parle ?
Sous ses airs de petite ville tranquille, Riverdale cache en réalité de sombres secrets. Alors qu’une nouvelle année scolaire débute, le jeune Archie et ses amis Betty, Jughead et Kevin voient leur quotidien bouleversé par la disparition mystérieuse de Jason Blossom, un de leurs camarades de lycée. Alors que les secrets des uns et des autres menacent de remonter à la surface, et que la belle Veronica, fraîchement débarquée de New York fait une arrivée remarquée en ville, plus rien ne sera jamais comme avant à Riverdale… Je ne m’étale pas plus sur le résumé, car ce serait dommage de spoiler certaines révélations des premiers épisodes.
La première chose à savoir, c’est que la série est une adaptation libre des Archie comics – à ce jour non traduits en français. Si les comics exploraient plusieurs genres, la série se cantonne (pour l’instant ?) au réalisme et au polar. De fait, l’histoire mêle avec succès chroniques lycéennes et enquêtes corsées. Et, du coup, j’ai adhéré instantanément à l’histoire ! Celle-ci est narrée par Jughead, un des adolescents qui va être pris dans la tourmente : le procédé de la voix-off est assez léger, mais sait remettre de la tension pile quand il faut.
Ce qui m’a fait accrocher presque instantanément, ce sont les personnages : je pensais les avoir cernés assez vite (disons dès le 1er épisode), mais la série sait se jouer des clichés et des archétypes, ce qui est franchement prenant. Par ailleurs, si les personnages ont l’air un peu manichéens au départ, on s’aperçoit finalement que tout est bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Au passage, ils sont merveilleusement campés par les jeunes acteurs, ce qui ne gâche rien.
Côté intrigue, pas le temps de souffler : si l’histoire est centrée sur l’enquête autour de la disparition de Jason Blossom, celle-ci va mettre au jour des tonnes de secrets (parfois inavouables) bien cachés : le suspense est présent de bout en bout. Et vu le cliffhanger final, j’ai grandement hâte de voir la saison 2, qui débarquerait en France aux alentours d’octobre !

Tops & Flops.

Dragon Blood, Anthony Ryan.
J’avais noté Blood Song dans un coin de mon carnet de lectures, mais je ne me suis jamais vraiment penchée sur la question. Du coup, je me suis rattrapée avec Dragon Blood et quelle riche idée j’ai eue ! Dès les premières pages, Anthony Ryan m’a happée avec un univers extrêmement riche, dans lequel se croisent des personnages qui semblaient tout droit sortis de mon enfance : ils ont un petit côté Indiana Jones, Miss Marple et James Bond réunis et c’est franchement réussi. Évidemment, il y a des dragons et, point bonus, le tout a un délicieux petit air steampunk qui n’a pas été pour me déplaire. J’attends la suite !

Shades of magic, V. E. Schwab.
Celui-ci, dès qu’il en a été question, j’ai eu envie de le lire, d’autant que Victoria Schwab était citée par Elbakin dans les plumes à suivre. Et là encore, pas de déception au rendez-vous : j’ai adoré l’univers (qui superpose quatre mondes dont le seul point commun est une ville appelée Londres), certains avec plus de magie que d’autres. Déjà, j’ai adoré ce concept et, surtout, j’ai d’emblée adhéré aux personnages, riches en nuances et sachant se détacher un peu des clichés qu’ils semblaient représenter. Bonne pioche, donc, et j’attends, là aussi, la suite ! (Notez que la trilogie étant déjà complète en V.O., cela ne devrait pas trop tarder).

La Mémoire de Babel, Christelle Dabos.   
Après l’avoir attendu de pied ferme, La Mémoire de Babel est enfin paru. Et ça a été (évidemment ?) un coup de cœur ultime et absolu. Pour ne rien vous cacher, j’ai même eu peur pour ma santé mentale tant le roman m’a fait passer par des phases violentes d’émotion et tant la dépression post-lecture a été puissante. Si le deuxième tome m’avait laissée quelque peu sur ma faim, celui-ci m’a immédiatement ré-attirée dans ses rets. J’ai volé de chapitre en chapitre, j’ai frémi, je me suis enthousiasmée, j’ai eu la gorge nouée et, pour finir, j’ai découvert un retournement de situation qui m’a laissée sans voix. Inutile de préciser que j’attends plus que jamais la suite – pas avant quelques années, malheureusement… et heureusement, Christelle Dabos souhaitant soigner la fin !

Citations.

« Pas à pas, nous avançons, nous approchant de l’odeur qui grandit et s’accroche à nous, chaude et écœurante.
Et quand la puanteur est totale, tellement forte qu’elle presse nos poumons et pique les yeux, l’impensable est devant nous.
Juste là.
Le chemin s’arrête.
Coupé en deux.
Par un ruban noir bleuté si large que personne ne pourrait par-dessus.
Si long qu’on n’en voit pas la fin.
Et quand je penche la tête pour mieux regarder, je constate que cette bande étrange se déroule et disparaît tout au bout de l’horizon.
La forêt se divise de part et d’autre du ruban.
Éventrée. »
Le Peuple du chemin, Marion Achard.

***

« Cette flotte comporte dix brûle-sangs, commença Trumane, l’Opportunité s’imposant de loin comme le plus rapide d’entre tous. Si nous plaçons la défense du Détroit au premier rang de nos objectifs, alors je suggère de les réunir en flotille d’assaut et de les dépêcher en avant-garde du corps de bataille.
– Une tactique audacieuse, assurément. […] Vous, là, tonna-t-il enfin. (Hilemore réprima un sursaut en voyant les yeux de l’amiral converger sur lui.) Hilemore, n’est-ce pas ? Je vous ai épinglé une médaille après cette pagaille dalcienne, l’année dernière.
– Oui, amiral, répondit Hilemore en se mettant au garde-à-vous.
– J’ai servi sous les ordres de votre grand-père, vous savez, reprit l’amiral tout en vrillant à nouveau son regard sur Trumane. Jack Racksmith, dit la Terreur des mers… Le plus grand navarque de l’histoire du Protectorat. A votre avis, qu’aurait-il pensé de l’intrépide stratagème de votre supérieur ?
Hilemore fut tenté de s’en tenir à une réponse aussi courte qu’évasive, mais comme toujours, l’appel du devoir lui imposa la franchise :
– Mon grand-père n’évoquait que rarement ses exploits, amiral. Un jour, néanmoins, je lui ai demandé quelle tactique il avait employée à la bataille de la baie d’Espar, que beaucoup considèrent comme sa plus grande victoire. Il s’est contenté de me répondre : « Aux chiottes la tactique, mon petit. Personne ne peut se payer le luxe de réfléchir quand les canons se mettent à chanter. » (Il regarda l’amiral droit dans les yeux.) En résumé, amiral, je pense qu’il aurait applaudi la suggestion du capitaine. »

« Elle s’empara alors de l’Araignée dans son sac à main, l’enfila sur son bras et tira le Murmure de l’étui passé à sa cuisse. Il lui arrivait, dans ses rares moments de désœuvrement, de se demander comment les femmes ordinaires pouvaient bien vaquer à leurs occupations malgré ces dessous ridicules que leur imposait cette époque prétendument moderne. »

« J’ai survécu à la révolution, à la guerre et à plus d’une décennie sur ce continent, déclara le burgrave d’une voix songeuse. Mais par tous les spectres des cent empereurs, je crois que la paternité aura ma peau. »
Dragon Blood #1, Le Sang du Dragon, Anthony Ryan.

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« Je vous prie de m’excuser pour mes actes de ce soir-là. Je n’étais pas moi-même.
– Quant à moi, je vous prie de m’excuser de vous avoir tiré dans la jambe. J’étais moi-même.
– Elle me plaît bien, dit-il à Kell, son sourire charmeur aux lèvres. je peux te l’emprunter ? »
Shades of magic #1, Victoria E. Schwab.

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« Excusez-moi, je ne suis pas comme mon père, qui connaît les us et coutumes des autres arches. Nous ne faisons pas de différence entre les sexes ici. J’en déduis que chez vous les hommes ne portent pas de tenues comme la vôtre ?
Ophélie se fit violence pour ne pas imaginer Thorn en petite robe grise. »

« Il m’a fallu plus de deux ans pour mettre en place des groupes de lecture qualifiés afin de passer au crible toutes les collections. Le premier ouvrage que vous prenez par inadvertance est le bon. Votre propension à malmener les statistiques est effrayante. »

« Ophélie avait vécu des situations peu banales au cours de sa vie. Écouter la radio dans la même pièce qu’un tigre à dents de sabre y figurerait désormais en bonne place. »

« POSEZ-MOI UNE QUESTION, déclara la statue.
– Le terminus du tramway du marché?
– LA CHANCE SOURIT AUX AUDACIEUX.
– Les objets perdus ?
– UNE BONNE JOURNÉE COMMENCE PAR UNE BONNE NUIT.
– La XXIIe Exposition interfamiliale ?
– UN TIENS VAUT MIEUX QUE DEUX TU L’AURAS.
– Merci quand même. »

« Le trajet jusqu’au Mémorial lui parut atrocement long et abominablement court. Ses pires craintes furent confirmées quand elle vit une patrouille de vigiles la guetter sur le débarcadère. Ils n’étaient pas armés – ce seul mot constituait un délit -, mais ils n’avaient pas besoin de l’être. C’étaient tous des Nécromanciens, les maîtres de la température, capables de pétrifier de froid d’un seul regard. Ils étaient aussi d’excellents fabricants de congélateurs. »

« Alors ?
– Alors, rien, ricana Parrain avec un haussement d’épaules. Fut une époque où j’aurais convaincu la première venue de m’accompagner jusqu’au bout du monde. J’aurais pu utiliser mon vieux truc, dit-il en tapotant la larme noire entre ses sourcils, mais je me suis promis de ne plus jamais le faire sur Berenilde. Elle doit avoir raison, je commence peut-être à grandir. Quelle horreur… »
La Mémoire de Babel, Christelle Dabos.

 

[2017] Petit bilan de mai.

Au mois de mai, il y a eu les Imaginales et, encore une fois, c’était un excellent week-end, l’occasion de rencontrer auteurs, copinautes et lecteurs dans les allées du parc spinalien du cours. En plus, le soleil était de la partie, du moins pour les deux jours que j’y ai passés, donc c’était vraiment chouette.
Pas de carnet de lectures ce mois-ci car, comme en avril, je chroniquerai toutes mes lectures – un de ces quatre.

Côté ciné. 

Sword Art Online : Ordinal Scale.
Ce mois-ci, je suis allée voir l’adaptation pour le cinéma de Sword Art Onlineun light novel que je n’avais pas spécialement adoré, mais dont l’univers fait un tabac – il y a un manga, un anime, etc. Donc, direction le cinéma, pour une histoire inédite, portée à l’écran sous la forme d’un film d’animation. De ce point de vue-là, c’est hyper réussi : les images sont belles, les animations aussi – mais la scène finale part un peu trop tous azimuts pour être parfaitement compréhensible.
Hormis cela, j’ai retrouvé le sexisme assez exaspérant que j’avais déjà noté dans le light novel : Kirito ne branle rien de tout le film, c’est Asuna qui gère mais c’est quand même à lui que revient l’honneur et le privilège de sauver tout le monde à la fin – et Asuna parce que, évidemment !!, il y a une damoiselle en détresse. Je savais à quoi m’attendre, mais ça ne m’a pas aidée à être plus encline à laisser passer ce genre de choses.
Quoi qu’il en soit, si l’univers de SAO vous botte, le film devrait vous plaire car l’intrigue est très inventive et assez prenante, malgré tout – donc même si certains points m’ont bien bien bien gonflée, j’ai passé un bon moment.

Tops & flops. 

Du côté des seconds, je suis restée un tantinet sur ma faim avec Les Écailles d’orle deuxième volet de la série de bande-dessinée Yin et le dragon, signée par le duo Richard Marazano et Xu Yao. L’histoire est toujours aussi prenante, car elle mêle à merveille Histoire et trame fantastique mais j’ai trouvé que ce tome était mené sur un rythme un peu indolent et qu’il n’était guère plus qu’une transition. Intéressante, certes, mais pas aussi palpitante qu’escompté.

Alléchée par l’excellente lecture qu’avait été la trilogie Legend, j’ai lu la nouvelle série de Marie LuYoung Elites mais, là aussi, j’ai été un peu déçue : je n’ai adhéré ni au personnage principal, ni aux frontières de l’intrigue. J’ai trouvé que les personnages n’étaient pas toujours en adéquation avec leurs actes et motivations, ce qui était un peu dommage.

Heureusement, il y a eu un tas de belles découvertes parallèles à ces petites déceptions.

J’ai adoré lire Water Knife, de Paolo Bacigalupi, qui a une fois de plus réussi à m’embarquer très efficacement dans son univers ô combien désertique et aride, dans lequel se débattent des personnages en proie à un destin qui se joue d’eux comme de marionnettes. Un grand roman d’anticipation, qu’un certain président américain ferait bien de lire avant de s’aviser de continuer à nous polluer.

Ensuite, j’ai enfin découvert La Fille aux cheveux rougesle premier tome du Projet Starpoint, écrit par Marie-Lorna Vaconsin et j’ai adoré ma plongée dans cet univers d’une grande originalité et aux reflets steampunk bien agréables. L’histoire est un peu folle, complètement fantastique (voire un peu science-fictive) et d’une incroyable efficacité. J’ai hâte de lire la suite !

Enfin, j’ai eu un gros coup de cœur, ce mois-ci, pour Les Seigneurs de Bohenle dernier roman en date d’Estelle Faye – dont j’avais adoré la trilogie La Voie des oracles. Cette fois, elle nous embarque dans un roman de fantasy épique, une plongée incroyablement prenante dans la décadence d’un Empire rongé par la base. Génial !

 

Citations. 

« Tu crois que j’ai envie de bosser pour un autre bureau juridique de défense de l’eau ? Je vais pas rester un gratte-papier toute ma vie.
– Tu n’as pas vraiment le choix. Il n’y a pas grande monde pour t’offrir un billet de sortie pour l’Arizona.
– Tu sais, Lucy, parfois je pense que tu es la personne la plus intelligente que je connaisse et, soudain, tu dis quelque chose comme ça et je me rends compte à quel point tu es conne. Tu penses petit.
– T’ai-je déjà complimenté sur tes qualités sociales ? demanda Lucy.
– Non.
– Bien. ça aurait été un mensonge. »
Water KnifePaolo Bacigalupi.

***

« Elle parla des familles, des enfants qui mouraient sur les berges, dans les taudis inondés près du fleuve. Des miséreux que les gardes refoulaient, sans fin, des places et des jardins de la haute ville où ils tentaient de trouver un abri. Elle évoqua la crue qui approchait, plus terrible encore que les précédentes. Alors, cette fois, les pauvres n’iraient pas mendier pour un coin de terre spongieuse dans le préau des puissants. Cette fois, ils allaient prendre la place les armes à la main. Ils allaient marcher sur le Palais d’Ambre Vert. Après tout, depuis que les margraves avaient fui la ville, il y avait des logements vacants là-bas. Sigalit parlait et le fleuve semblait gonfler dans sa voix, les cailloux du fond de l’eau roulaient dans ses paroles, sous la bruine qui frappait la cour de La Sirène. »

« Assise sur son trône barbare dans le castel près de la boucle du fleuve, dans le demi-jour obscurci par l’averse, la princesse Yule, abbesse de Serna Chernik, contemplait le pendentif qu’elle portait depuis plus de vingt ans, l’étoile en lirium de l’Eglise, comme si elle le voyait pour la première fois. L’éclat du métal précieux était à peine terni par la pénombre, par l’atmosphère cafardeuse entre les vieux murs. Des hommes mouraient pour ce métal, par milliers, par millions sans doute au fil des âges. Tant de morts que c’en était vertigineux, même pour un cœur bien trempé que celui de Yule. On tuait pour lui, aussi. Ce métal coulait jusque dans les fondations de l’Empire. La princesse inclina le bijou, et un instant celui-ci accrocha le faible soleil qui filtrait par la fenêtre. Un rai de lumière semblable à un sanglot céleste glissa à sa surface. Un spectacle splendide, certes, mais l’on pouvait percevoir autant de grâce sans doute dans un bourgeon de fleur fraîche, un crépuscule sur la lande, un reflet turquoise dans l’océan… »

« Heureusement que c’est toi qui es coincé dans mon crâne, soupira Sainte-Étoile, et pas l’inverse. Tu ferais une moins bonne façade sociale que moi. »
Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye. 

*** 

« C’est curieux, comme ce sont les petits gestes qui tracent les plus grands sillons dans nos cœurs. »
À durée déterminée, Samantha Bailly. 

 

[2017] Petit bilan d’avril.

Je n’ai pas énormément lu au mois d’avril (mais tout était très cool !), du coup, il n’y aura rien dans le carnet de lectures (tout sera chroniqué ou l’a déjà été) !

Côté cinéma.

13 reasons why.

C’était (j’ai l’impression) LA grosse sortie de Netflix de ce début d’année et j’étais assez curieuse de la regarder, ayant lu le livre il y a quelques années. Celui-ci m’avait laissé une très désagréable impression et je m’aperçois que ma chronique d’alors ne reflète qu’à peine le sentiment que j’en garde aujourd’hui – je ne sais pas si j’ai édulcoré à l’époque ou si mon sentiment n’a fait qu’empirer au fil du temps.
Bref. Quoi qu’il en soit, je suis ressortie de la série avec la même impression qu’en refermant le bouquin : que l’on banalisait complètement le suicide et les traumatismes subis par les adolescents (harcèlement scolaire, violences sexuelles, etc). J’ai trouvé le message assez violent et une sorte de détachement assez désagréable (je suis ressortie de là avec le même sentiment qu’à la fin du livre, avec l’idée que le message était : « Ta vie est naze ? Suicide-toi, il n’y a rien d’autre à faire ! »).
Ceci étant, dans cet enchevêtrement de messages contradictoires, il faut noter l’excellent jeu des acteurs et, pour le coup, l’adaptation vraiment excellente. Peut-être que je regarderai à nouveau cette série, plus tard, lorsque j’aurai un peu décoléré.
D’ailleurs, Netflix annonce d’ores et déjà une saison 2 : je suis assez curieuse de savoir ce qu’ils vont faire, surtout que l’histoire est terminée !

Lion.

C’est l’histoire de Saroo, un enfant de 5 ans vivant dans le (tout petit) village de Ganesh Talai (région du Madhya Pradesh), en Inde. Un jour, alors qu’il accompagne son frère aîné, Guddu, dans un petit boulot, il monte dans un train à quai pour dormir blotti sur un siège. Malheureusement, le train démarre durant son sommeil et Saroo se réveille un peu tard. Il voyagera près de deux jours dans le train fermé, jusqu’à la gare de Calcutta. Là, il va errer dans les rues jusqu’à finir dans un orphelinat, où il sera adopté par un couple d’Australiens, les Brierley, chez qui il coulera une enfance heureuse. À l’âge adulte, poussé par l’envie de savoir, il se lance dans la colossale tâche de retrouver sa famille biologique, seulement armé de ses quelques souvenirs visuels, de sa prononciation hasardeuse du nom de son village … et de Google Earth.
Le film est porté par Dev Patel (Saroo adulte) et Sunny Pawar (Saroo enfant) ; c’est assez difficile de ne pas être charmé par la petite bouille et les quenottes de Sunny Pawar et par son histoire tragique. Le film est (sans surprise) incroyablement émouvant car il retrace la douloureuse quête d’identité de Saroo : les petites réussites, les échecs et la façon dont sa recherche va, peu à peu, l’obnubiler et le couper de tout son entourage. ça l’est d’autant plus lorsqu’on se rappelle que tout cela est tiré d’une histoire vraie. D’ailleurs, ça sanglotait sec dans la salle. Un film que je ne regrette pas d’être allée voir !

Citations.

« Je savais que vous nous espionniez.
– Je m’en doutais, répondit la jeune fille, trop excitée pour se sentir coupable. Et, pour ta gouverne, je pense que tu as fait le bon choix. Vous êtes si…
– Je vous rappelle que tout commentaire de votre part sur ma vie sentimentale me donne la permission de discuter garçons avec vous, l’interrompit Sandor. Je compte sur votre discrétion. Ce n’est vraiment pas le moment de révéler ce genre de secret. »
Projet Polaris, Shannon Messenger.

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« Sa connaissance des livres et de l’histoire de la littérature est extraordinaire, mais j’ai tendance à oublier que tous les amoureux des livres ne sont pas forcément des gens bien. »

« Les énigmes ainsi que les casse-tête étaient amusants, et elle dévorait les livres, mais c’était le côté chasse au trésor qui l’avait rendue accro à ce jeu. Elle aurait pu emprunter des livres à la bibliothèque et acheter des magazines de casse-tête dans les kiosques à journaux. Mais la combinaison des deux avec la chasse en prime était comme de jouer à un jeu de société grandeur nature, avec un livre en récompense. »
Chasseurs de livres #1, Jennifer Chambliss Bertman.  

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« Nous sommes ceux que personne n’attendait.
Miracle, anomalie, fruit du hasard… Bien des mots ont été prononcés, utilisés pour qualifier notre venue en ce monde – du moins quand vous vous êtes enfin rendu compte de notre présence.
Longtemps nous nous sommes cachés dans le brouillard persistant qui embrumait ce siècle de fer et d’acier. Des silhouettes floues entraperçues l’espace d’un instant avant de disparaître. Le temps de fixer votre regard, de tourner la tête en notre direction, il était trop tard. »
Ferenusia, Cindy van Wilder. 

***

« Et tu trouves ça normal ! La liberté aussi, tu trouves ça normal. Et la mort, pour toi, pour tout le monde ici, c’est injuste. Mais ailleurs dans le monde, c’est la mort qui est normale. Et la vie, c’est un accident ! »

« Il lui paraît déjà inaccessible. Elle n’ose même pas signaler qu’elle est réveillée. Elle se contente de l’observer en secret, pour retarder le plus possible ce moment où il n’y aura plus rien à se dire.
Une pensée étrange lui vient : ce qui sépare le plus deux êtres humains, ce n’est pas l’âge, la langue, la fortune ou la culture.
Ce qui les sépare le plus, c’est la souffrance qu’ils n’ont pas partagée. »
Rage, Orianne Charpentier.

 

[2017] Petit bilan de mars.

Et voilà le mois d’avril ! Le mois de mars a été riche en bonnes découvertes, un peu moins en brèves, en raison du Salon du Livre de Paris ; il a également été l’occasion de revenir sur 10 héroïnes très inspirantes, le 8, pour la journée de lutte pour les droits des femmes. 

Carnet de lectures. 

Rayon romans.

Cœur piment, Les Filles au chocolat #6.5, Cathy Cassidy.
Cette fois, c’est bon, c’est le dernier tome de la saga (et il est tout petit, littéralement : il est physiquement plus petit qu’un poche !). Comme c’est un « spin-off », il n’est pas question d’une des frangines de la fratrie, mais d’Ash, le petit ami d’Honey, qu’elle a rencontré lors de ses vacances chez son père, en Australie. Je me souviens que j’avais beaucoup aimé les aventures d’Honey, car elle se posait des tas de questions et l’ensemble était bien plus mature que les premiers titres. Ash, lui aussi, se pose pas mal de questions car il n’est évidemment pas facile d’être un jeune Australien en couple avec une jeune Britannique. Voyez plutôt :
près avoir passé deux merveilleuses semaines à Tanglewood, avec Honey, Ash a repris son tour du monde. Le voilà maintenant en Europe, direction Paris ! Mais le cœur n’y est plus. Il ne retrouve pas l’excitation de ses premiers mois de voyage : Honey lui manque trop, et sans elle rien n’a plus d’intérêt. Il n’y a que lorsqu’il lui raconte ses visites et ses impressions par mail qu’il se sent heureux. C’est pourquoi la perspective de rentrer bientôt en Australie alors que Honey reste en Angleterre, inquiète Ash… Et si elle finissait par l’oublier ?
Bon, vu que la nouvelle est hyper courte, pas de chichi, on commence direct avec les questionnements intenses du jeune homme, sans aucun détail sur le voyage qu’il a entrepris ou ses aspirations – outre le fait que le-dit voyage a perdu de son intérêt, car il ne fait que penser à sa dulcinée et à la façon dont il lui racontera ses aventures. On retrouve, de fait, ce qu’on avait dans les premiers tomes : une petite histoire légère et mignonne mais certainement pas inoubliable (et sans doute assez dispensable).
Comme toujours, le volume se termine avec un échantillon de recettes en lien avec le titre, ce qui est toujours assez sympa pour les amateurs de pâtisseries !

Nicolas Eymerich, inquisiteur, Valerio Evangelisti (Intégrale, Le Livre de Poche, 2016).
Mars a aussi été synonyme de la lecture d’un énooorme pavé, le premier omnibus des aventures de Nicolas Eymerich, inquisiteur de la Sainte-Inquisition espagnole. Fantasy historique, donc, d’autant que Nicolas Eymerich a réellement existé (et commis un manuel inquisitorial très utilisé par ses pairs). Fantasy historique, mais pas que, car Valerio Evangelisti multiplie les bonds dans le temps et nous emmène à notre époque, dans les années 50, 60 ou 70, où l’on suit des personnages embarqués dans un projet scientifique qui sent le soufre. Et c’est là que l’auteur m’a un peu perdue. Autant je trouvais les allers-retours intéressants, autant ça ne m’a pas particulièrement emballée, tant je trouvais le tout éloigné des préoccupations de notre inquisiteur. Heureusement, les parties plus historiques m’ont totalement embarquée, ce qui fait que la lecture a été un peu en dents de scies. J’ai apprécié le projet, mais je suis restée un peu hermétique à la façon dont l’auteur a mené sa barque. Peut-être que je relirai cette série plus tard, à un autre moment, pour voir si je parviens à m’y plonger un peu mieux.

Rayon albums.

La Soupe au caillou, Clémentine Robach (La Chouette du Cinéma).

La soupe au caillou, vous connaissez ? C’est un grand classique des textes pour enfants. Ici, ce que j’ai trouvé intéressant, c’est d’avoir un double support, papier et numérique (si vous achetez le papier, vous avez forcément le numérique, mais vous pouvez n’acheter que le second). Clémentine Robach a quelque peu revisité le texte initial du conte : outre l’histoire autour de la solidarité et de l’entraide, elle a glissé une légère, mais néanmoins solide, critique de notre société contemporaine (égocentrée et culturellement peu curieuse). La version papier reprend les illustrations du numérique ; quant à la version numérique, interactive, elle propose plusieurs parcours de lecture (lambda, dyslexique, audio), ainsi que des petits jeux (qui ne fonctionnent pas sur toutes les plateformes, donc gare au choix du module de lecture). Je découvrais la collection, mais je garderai un œil sur leurs productions 🙂

Moi j’ai le droit, mais je dois, Elisabeth Brami & Clémence Pénicaud (Seuil Jeunesse). 
Cet album est à mi-chemin entre l’album à lire le soir (ou le matin, ou le midi…) et le petit documentaire. Elisabeth Brami et Clémence Pécaud traitent, tour à tour, des sujets d’importance (droit à l’instruction et à l’éducation, droit de rêver, d’aimer qui on veut, droit de dire non, droit de désobéir, droit à l’intimité, droit à la protection, droit d’expression et d’opinion ou de connaître ses origines…), toujours présentés de la même façon : il y a le droit, le devoir pendant et un scoop révélé. Voici un petit exemple :

« Moi, j’ai le droit de poser toutes les questions, même les plus embarrassantes ou bizarres, aux adultes.
Mais je dois trouver le bon moment pour le faire et accepter que les adultes ne soient pas toujours capables d’y répondre.
SCOOP : les parents ont l’air d’être sourds quand on parle fabrication des bébés, divorce, mort, mais ils ont toujours l’oreille fine pour les gros mots ! ».

Avec ça, les dessins sont hyper aérés, pleins de fraîcheur et apportent souvent un enrichissement (ou un petit contrepoint) au texte. J’ai beaucoup aimé cet album (à mettre entre toutes les petites mains, dès 6 ans), qui présente un très bon manuel de savoir-vivre pour devenir, dans l’ordre, un enfant bien élevé, un élève aimable, un adulte éclairé et un citoyen responsable.

Rayon bulles. 

Geronimo, Matz & Jef (Rue de Sèvres). 
Du même duo, j’avais lu l’année dernière Corps et âme, sur un scénario de Walter Hill. Cette fois, le duo auteur-illustrateur s’attaque à la figure mythique de Geronimo, ce chef indien qu’on a qualifié de « dernier Apache libre ». La BD revient longuement (en 120 pages) sur la vie et le parcours de l’homme, sur ses aspirations, ses réussites, ses échecs. Pour ce que j’en connaissais, la bande-dessinée m’a semblé historiquement assez fidèle à l’histoire de Geronimo et elle traduit bien l’ampleur de la duperie dont ont été victimes les tribus indiennes (chassées de leurs territoires ancestraux, trahies, déportées, etc).
Le scénario est vif et, une fois la B.D. entamée, j’ai eu du mal à m’arrêter. En revanche, côté dessins, j’ai été un peu moins emballée : les traits sont très anguleux et parfois j’ai eu du mal à situer qui était qui ou à comprendre l’action mise en scène. Dans le même rayon biographie historique, et toujours sur un scénario de Matz, j’avais préféré Julio Popper, dessinée par Chemineau (note à moi-même pour de nouvelles lectures).
Ceci étant dit, la B.D. est une belle porte d’entrée sur le sujet des guerres indiennes et sur celui de la colonisation des États-Unis.

Flying witch, tome 1, Chihiro Ishizuka (Nobi nobi).
Après Geronimo, changement total de style avec ce manga jeunesse publié chez Nobi nobi.
À son entrée au lycée, la jeune Makoto quitte la région de Tokyo pour le nord-est du Japon. Hébergée chez ses cousins Kei et Chinatsu, elle découvre les petits plaisirs d’une vie plus proche de la nature, où le temps semble s’écouler plus doucement. Mais le quotidien à la campagne ne s’annonce pas de tout repos pour autant, car Makoto est aussi une apprentie sorcière un peu étourdie !
J’ai été assez emballée par cette lecture, malgré quelques réserves, encore une fois liées au dessin. Celui-ci m’a semblé un peu lisse (façon anime et pas tellement publication papier) et parfois manquant un peu de richesse (au niveau des décors, notamment), ce qui fait que sur certaines pages, je suis un peu restée sur ma faim. Heureusement, l’ambiance est là pour rattraper le coup. Il y a un décalage assez drôle entre l’identité de Makoto et sa vie. Ainsi, on a l’impression que, pour certains, l’existence des sorcières est actée (Makoto essaie un balai en pleine rue) alors que, pour d’autres, c’est la découverte totale. De plus, on s’attache assez vite à la jeune fille car, outre ses pouvoirs magiques, elle est totalement dépourvue de sens de l’orientation, mais dotée d’une étourderie hallucinante. Donc elle vit un tas de mésaventures assez drôles. Finalement, le manga parle presque plus de vie quotidienne que de magie, quoique celle-ci ait droit à deux-trois scènes assez fortes (avec le livreur de printemps ou l’arrivée de la sœur aînée) et, bizarrement, cela fonctionne super bien. Du coup, je suis assez curieuse pour lire la suite.

Tops & Flops. 

Cœur piment, Cathy Cassidy. 
J’ai parlé de celui-ci un peu plus haut, donc je ne vais pas trop détailler. J’ai été un peu déçue que ce ne soit qu’une nouvelle, à peine plus fournie qu’un court chapitre de roman et qu’on en sache aussi peu sur Ash. Du coup, c’était mignon, mais pas franchement inoubliable – c’est d’autant plus dommage, car le volume précédent était vraiment chouette.

Bon, heureusement, les autres découvertes étaient vraiment chouettes.

Fangirl, Rainbow Rowell. 
J’ai sorti ce roman de ma PAL un peu par hasard et mazette ! Mais quelle riche idée ! Car j’ai carrément eu un coup de cœur pour l’histoire de Cath, une étudiante assez timide, auteure de fanfiction et qui a, il faut le reconnaître, une vie un peu mouvementée (même si tout donne l’impression que non). J’ai beaucoup aimé l’alternance entre la vie de Cath et les passages de sa fanfic : c’était surprenant, mais vraiment bien fait. Et ça m’a donné super envie de lire Carry on, qui est sorti depuis, et que j’ai découvert avec un immense plaisir aussi. Doublé gagnant !

Mercy Thompson, tome 8, La Faille de la nuit, Patricia Briggs. 
Mercy Thompson est une de mes séries favorites et ce tome 8 n’a pas dérogé à la règle. L’histoire est prenante dès le premier chapitre et permet, comme souvent, d’en savoir plus sur la mythologie de l’univers créé par Patricia Briggs – et cette fois encore, elle a mis le paquet. On refait, de plus, le lien avec ce qui s’est produit dans le tome 3 d’Alpha et Oméga donc, d’un point de vue politique, c’est tout aussi passionnant. Vivement la suite, donc !

L’Empire des tempêtes, tome 1, Hope & Red, Jon Skovron.
Et encore un bouquin passé à un cheveu du coup de cœur ! J’ai un petit faible pour la fantasy épique et le premier tome de la série de Jon Skovron a su m’emballer. Il y a des pirates (plein), des batailles navales, des courses-poursuites, de la magie ultra glauque à la limite de la technologie, une ville tentaculaire et des personnages hauts en couleur, dont j’ai suivi les aventures avec autant d’intérêt que de passion. J’ai hâte de lire la suite !

Citations.

« J’ai toujours eu un faible pour les femmes méchantes et sournoises. (Adam)
Je fronçai le nez.
– Je savais que tu les aimais sournoises, mais méchantes, je l’ignorais. D’accord. Puisque c’est ça, plus de cookies pour toi. Je les donnerai au reste de la meute.
[…]
– Je ne les aime qu’un petit peu méchantes, confia Adam d’une voix rauque qui accéléra les battements de mon cœur. La rétention de cookies est d’une méchanceté diabolique. »
La Faille de la nuit, Patricia Briggs. 

***

« Le temps qu’elles arrivent à la porte, l’estomac de Cath avait pris pleinement conscience de ce qui se passait et commençait à lui consumer les entrailles. Sa respiration, elle, frôlait de peu l’hyperventilation.
Cath n’arrivait pas pas à croire ce qu’elle était en train de faire : un garçon, une fête, des inconnus, de la bière, des inconnus, une fête, un garçon, d’innombrables contacts visuels. »

« Cath jeta un coup d’oeil en direction de Wren : elle présentait leur père à Jandro. Wren avait l’air d’une poubelle humanoïde, mais Jandro la contemplait comme s’il regardait la Dame du Lac. »

« J’aimerais pourvoir revenir à ce matin où je me suis réveillé ici, pour pouvoir avoir une vraie conversation avec moi-même. On aurait peut-être évité toute cette merde…
– D’ailleurs, si des gens avaient des machines à voyager dans le temps, dit-elle à brûle-pourpoint, tu penses qu’ils les utiliseraient pour voyager dans le futur ou qu’ils se contenteraient de vouloir modifier le passé ? »

« Elle bomba la poitrine. Tout allait bien de ce côté-là ; ça, elle le savait. En tout cas, elle en avait suffisamment pour que personne ne l’ait un jour traitée de planche à pain. Pour autant, elle aurait aimé en avoir un peu plus, histoire d’établir un semblant de cohérence avec ses hanches larges. Qui plus est, cela lui éviterait de devoir consulter la section « Poire » dans les manuels de mode qui vous prodiguaient des conseils en fonction de votre morphotype. Ces manuels essaient toujours de vous faire croire que la mode s’adapte à tout type de physique mais, lorsque votre morphologie se rapproche de celle d’un bonhomme de neige dessiné par un enfant de trois ans, l’argument perd rapidement en crédibilité. »

« Cath dévisagea Reagan. Même sans son maquillage et sa coiffure au point, cette fille était intimidante : rien ne l’effrayait. Rien ne pouvait la faire hésiter. Lui parler, c’était comme se tenir en face d’un train lancé à pleine vitesse. »
Fangirl, Rainbow Rowell.

***

« Un pouvoir incroyable m’a envahi. J’ai l’impression d’être capable de voir sans ouvrir les yeux, de me transformer en nova si j’en ai envie et de posséder ma propre galaxie. Ça fait le même effet, d’être Simon Snow ? Comme si j’avais l’infini dans ma poche ? »

« Partager la chambre de la personne dont tu as le plus envie, c’est comme cohabiter avec le feu. Il t’attire sans cesse. Et tu t’approches trop. Tu sais pourtant qu’il ne faut pas, qu’il n’y a rien de bon à attendre de ça. Mais tu le fais.
Et alors…
Et alors, tu brûles. »

« Et comment je suis censé être au courant de tout ? Il n’y a pas de livre sur la magie, si ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la magie : les histoires vraies et toutes les conneries que vous avez toujours crues. »

« Sa baguette magique peine même à sortir les sorts les plus courants et quand, parfois, il tente une métaphore, de façon vicieuse, la formule s’applique au pied de la lettre. Comme quand il a lancé Poils du chien ! à Agatha, en sixième année, pour l’aider à se remettre d’une gueule de bois, et qu’elle s’est retrouvée couverte de poils. Je crois que c’est la dernière fois que Simon a pointé sa baguette vers quelqu’un. Et qu’Agatha a bu. »

« Ça marcherait, sur toi ? ai-je demandé.
– Quoi ?
– Un pieu.
– Je crois qu’un pieu planté dans le cœur tuerait n’importe qui, Snow. »
Carry on, Rainbow Rowell.

[2017] Petit bilan de février.

Février aura été un mois plutôt faste, question lectures ! On en parle ci-dessous !

Carnet de lectures. 

En février, j’ai découvert la série de mangas Barakamon, un shonen de Satsuki Yoshino. Et si je n’ai lu que le premier volume, j’ai littéralement adoré ! Barakamon, c’est l’histoire de Seishû Handa, étoile montante de la calligraphie japonaise, qui collectionne les prix d’excellence pour son travail. Seishû est jeune, beau et talentueux, mais d’une arrogance sans bornes. Arrogance qui le pousse, un jour, à assommer un éminent conservateur (et membre du jury), qui a eu l’outrecuidance de juger son travail « formaté et sans saveur ». Pour expier son regrettable coup de sang, Seishû est expédié sur une petite île, au fin fond de la campagne, loin de toute civilisation. L’occasion idéale de pratiquer l’Art dans le plus grand calme, de méditer, de se ressourcer. Sauf que ça, ce sont les idées de citadin de Seishû : la réalité de la vie à la campagne est toute autre. Les voisins débarquent sans prévenir, les enfants du voisinage squattent en permanence et tout le monde se mêle de tout.
J’ai adoré parce que l’histoire est pleine de fraîcheur et fait s’opposer Seishû et ses idées un brin rigides (un parfait citadin arrogant) à la décontraction des villageois. Le premier tome nous fait découvrir un village où l’on vit essentiellement dehors, les uns chez les autres et les uns avec les autres – ce en quoi Seishû n’est pas hyper doué. Mention spéciale à Naru, la fillette qui semble avoir décidé que la maison de Seishû est aussi la sienne et qui parvient toujours à s’introduire chez le jeune homme – pour mettre un peu de bazar dans sa vie. Les personnages sont à la fois irritants (surtout notre cher calligraphe) et super attachants ! L’histoire, de son côté, est pleine de vie, de fantaisie et particulièrement prenante. Du coup, j’ai hâte de lire la suite 🙂

Côté ciné.

Eh bien, on reste au Japon avec le très très beau Garden of words, de Makoto Shinkai. Takao, qui rêve de devenir cordonnier (et créateur de chaussures), sèche les cours (de préférence les jours de pluie !) pour dessine des chaussures dans un jardin de style japonais. Il y fait la rencontre d’une mystérieuse femme, Yukino, qui est plus âgée que lui, et qui semble, elle aussi, passer beaucoup de temps dans ce parc. Peu à peu, les rencontres les jours de pluie se multiplient, sans qu’ils se soient concertés l’un et l’autre. À force de se côtoyer, tous deux vont lier connaissance.
La première chose qui marque dans Garden of words, c’est la beauté des images, d’une précision incroyable. Les rendus sont fabuleux, et on en prend plein les yeux. L’histoire, de son côté, est empreinte de silences et de poésie et narre une jolie rencontre. Le film est court (c’est un court-métrage d’environ 45 minutes), mais fiou, quelle claque !

Tops & Flops.

Ce mois-ci, il n’y a guère qu’une lecture qui ne m’ait pas des masses passionnée – que je n’ai pas encore chroniquée, mais ça ne va pas tarder.

Lock & Mori, d’Heather W. Petty, raconte la jeunesse de Sherlock Holmes et James Moriarty. Quitte à réécrire l’histoire, l’auteur a choisi de faire de James Moriarty une jeune fille. Evidemment, les deux ados ne vont pas se contenter de rester seulement amis. Et ce qui est dommage, c’est ce que tout cela finit par prendre le pas sur l’enquête, dont les conclusions ne sont guère difficiles à trouver. De plus, j’ai trouvé que l’ensemble (quoique prenant !) était un peu attendu. Donc c’était sympa, mais certainement pas inoubliable.

Heureusement, j’ai aussi fait quelques très chouettes découvertes.

Tout d’abord, il faut que je vous parle de l’album Je serai cet humain qui aime et qui navigue de Franck Prévot et Stéphane Girel (aux éditions HongFei, qui font vraiment de très belles choses). Là, l’album allie de superbes illustrations à l’aquarelle, lumineuses à souhait, et un texte éminemment poétique, qui évoque la transmission entre un grand-père un peu bourru et son petit-fils sensible. C’est superbe et c’est un album qui invite à plusieurs lectures !

Ensuite, j’ai découvert The Curse, de Marie Rutkoski, premier tome d’une trilogie. Je ne partais pas en confiance, d’autant qu’il y a pas mal de romance. Mais en fait, l’histoire était bien plus subtile et intéressante que ça et menée à un train d’enfer, qui fait que j’ai eu du mal à lâcher le roman. Je suis même très curieuse de lire la suite !

Je partais en totale confiance avec le nouveau titre de Neal Shusterman, La Faucheuseet j’ai bien fait, car ça a été un superbe coup de cœur ! J’y ai retrouvé le cynisme et l’art de conter de Shusterman, dans une histoire à la fois prenante et soulevant un tas de questions traitant de l’éthique et de la morale. Bref : encore un super roman de Neal Shusterman 🙂

Citations. 

« Dis, monsieur… Est-ce que tu es un boys band ?
– Quoi ?
– Naru, sois polie…
– Miwa, elle dit que les beaux mecs, c’est tous de boys band ! Et toi, tu es canon ! Donc tu en es un, c’est forcé !
– Belles capacités de déduction, mais en fait, ce monsieur est maître calligraphe…
– Ok, chef ! J’ai capté ! C’est un boys band qui sait écrire ! »
Barakamon #1, Satsuki Yoshino.

***

« La malédiction du vainqueur, c’est l’emporter à la fin, mais uniquement au prix fort. Payer si cher qu’on regrette la victoire. »

« Le bonheur se nourrit de la liberté, disait souvent son père, et la liberté de courage. »
The Curse, Marie Rutkoski.

***

« En gros, pendant qu’on était en train de faire nos courses, vous pensiez à votre future victime ? dit Rowan.
– J’ai de la peine pour vous, fit remarquer Citra. Même quand vous faites votre shopping, la mort se cache derrière le pack de lait. »

« Tu vois au-delà des apparences de ce monde, Citra Terranova. Tu ferais une bonne faucheuse.
La jeune fille tressaillit.
— Jamais je ne voudrais en devenir une.
— C’est justement la première condition.
Sur ces mots, il sortit et s’en alla tuer leur voisine. »
La Faucheuse, Neal Shusterman.

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« Le chagrin consume, et rien ne brûle sans combustible. Il emporte quelque chose de vous. »
La Maison des Reflets, Camille Brissot. 

***

 

T.T.T. #13 : 10 héroïnes à suivre.

Le 8 mars, c’est la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Je vais insister un poil sur le titre. De Lutte pour les Droits des femmes et non pas de « la femme ».
Non parce que sinon, ça veut dire que les 364.25 autres jours de l’année seraient des Journées du mâle et comme c’est déjà un peu le cas H24, on va pas non plus insister de trop. La journée existe, sous ce titre, depuis 1977. Mais en fait, la toute première a eu lieu aux États-Unis, en 1909. Donc, au mieux, cela fait 40 ans, au pire 108, qu’on estime qu’il est important de célébrer les droits des femmes et de rappeler qu’on lutte pour qu’elles en aient. Comment ? Qu’ouïs-je ? Qu’entends-je ? Quelqu’un parle de société patriarcale ? Mais non, ma bonne dame, enfin, jamais de la vie. Pas de ça chez nous.
Bon, 108 ans, quand même, hein. J’dis ça comme ça.
Heureusement, à défaut de compter sur nos concitoyens (et j’te parle même pas de nos élus, cela va sans dire, surtout à l’heure où un député européen justifie les écarts de salaires !!), on peut compter sur la littérature (notamment jeunesse, et c’est une chance) pour nous offrir de beaux exemples à suivre, même si elles n’œuvrent pas toujours seules.
Parce que lutter pour les droits des femmes, ce n’est pas vouloir nier la présence des mâles, les diaboliser ou les rayer de la surface de la Terre ; ce n’est pas dire « une paire d’ovaires surpasse une paire de testicules » et ce n’est pas non plus vouloir inverser les rôles en instaurant une société définitivement matriarcale (même si, des fois, c’est quand même tentant de vous rendre la monnaie de votre pièce). Lutter pour les droits des femmes, c’est juste arriver à faire reconnaître que tous, mâles ou femelles, nous sommes des êtres humains. Et comme chacun le sait, Tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits ». Facile, non ?

Alors, comme tout ça doit aussi passer par une sérieuse déconstruction des clichés, voilà un petit tour d’horizon des héroïnes inspirantes qu’il fait bon de suivre, même si c’est seulement entre les pages d’un roman.

10 héroïnes à suivre 

• Constance. 

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Constance fait des études « longues » à l’Institution Saint-Louis, jusqu’au baccalauréat, où elle apprend… la danse, les cours de tapisserie (dans tous les sens du terme) et les bonnes manières. Bienvenue à Paris en 1840 ! Sauf qu’un jour, Constance est mise en présence d’un fleuret, d’un cours d’escrime, d’un jeune scientifique un peu rêveur et qui n’a pas froid aux yeux et qu’elle va finalement trouver son compte dans des aventures pas tout à fait débridées, mais certes échevelées. Et, spoiler alert ! C’est plutôt Constance qui assure les arrières de Louis, que l’inverse. Alors, c’est qui la patronne ?
Louis Pasteur contre les loups-garousFlore Vessco. 

• Ascane.

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Ascane n’a qu’un rêve : devenir licornière royale. Dans un univers où on n’a encore vu aucune fille accéder à ce statut, et où « licornier royal » rime forcément avec « mâle », dur dur. Mais ce n’est pas un souci. Ascane va tout supporter : la mauvaise humeur et la méchanceté bassement sexiste de Séber, le maître licornier, les conditions difficiles de l’apprentissage et les moult péripéties rencontrées. Aucun problème. Ascane relève les défis avec plaisir et talent et, mieux !, fait des émules dans son sillage. Il ne sera pas dit qu’un vulgaire a priori sexiste empêchera Ascane de faire ce qu’elle veut, ni les autres femmes du royaume !
La Fille aux licornesLenia Major. 

• Beryl Markham.

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Bon, là, j’avoue, je triche un peu, car Beryl Markham a vraiment existé et arpenté notre Terre. Et avec classe, avec ça ! Car Beryl Markham est devenue une entraîneuse de chevaux particulièrement réputée, et la première femme à le devenir, dans les années 1920. À ce moment-là, elle était d’ailleurs séparée de son mari et travaillait pour subsister.  Et elle n’avait pas 20 ans. Absolument. Vous en voulez plus ? Ce n’est même pas pour ça qu’elle est passée à la postérité. Non. On la connaît parce qu’elle est la première aviatrice à avoir traversé l’Atlantique, en 1936. Qui a dit qu’on ne peut pas vivre selon ses rêves et qu’on était obligés de vivre selon les carcans de son époque ?
L’AviatricePaula McLain.

• Sophie.

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Au début de l’histoire, Sophie (qui doit avoir entre 15 et 19 ans, pas plus), reprend la chapellerie de son père (alors décédé). Après ça, elle est maudite par une sombre crétine sorcière et transformée en vieille femme pour une obscure histoire de rancœur amoureuse à laquelle Sophie ne comprend rien. Là voilà qui part alors pour le château de Hurle, un dangereux magicien, parce qu’elle pense qu’il est le seul à pouvoir l’aider. Mais… en fait… c’est peut-être plutôt Sophie qui va aider Hurler et trouver, au passage, comment se débarrasser de leurs malédictions – car du côté de Hurle, c’pas top non plus. Ce ne sont pas quelques rides et des rhumatismes qui vont l’empêcher de continuer à régenter son monde – car quand Sophie a une idée, elle va au bout des choses ! La volonté n’est pas l’apanage de la jeunesse !
Le Château de HurleDiana W. Jones. 

• Lyra Belacqua.

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Alors là, on touche à la découverte historique, ou presque ! Parce que lorsque le premier tome de la trilogie de Philip Pullman paraît, en 1995, on ne peut pas dire que la littérature jeunesse regorge de nanas prêtes à en découdre et d’histoires prônant une approche un brin égalitaire des deux sexes. Lyra, justement, se moque des règles qu’on lui a inculquées. Rester sagement à sa place (en cuisine ou se taisant) ? Jamais de la vie ! Ne pas partir à l’aventure toute seule, avec son couteau et sa boussole, parce que c’est un truc de mecs ?  Oubliez ! Et vous savez quoi ? Ce roman avait un sacré goût d’aventure, de liberté et de transgression des valeurs machistes établies !
Les Royaumes du NordPhilip Pullman. 

• Mercy Thompson.

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Mercy n’a pas eu une enfance facile-facile. Seule changeforme (coyote) élevée dans une meute de loups-garous, elle a dû développer un certain caractère rétif et une solide indépendance pour s’en sortir – le loup-garou étant, par essence, assez moyenâgeux sur les relations hommes-femmes. Toute ressemblance avec le mâle moyen est évidemment tout sauf fortuite. Et ce qui est bien dans cette série, c’est que Mercy (même si on l’aide régulièrement), est une grande fille qui n’a pas besoin que le chevalier arrive au galop sur son poney blanc pour la sauver au moindre signe d’action. Et Patricia Briggs fait ça avec talent : sa série est tout sauf sexiste, que ce soit dans un sens ou dans l’autre (honnêtement, il ne s’agirait pas de tomber dans le travers inverse, et de se retrouver encore dans du sexisme), Mercy étant capable d’appeler à l’aide quand, clairement, le problème excède ses compétences. Autre bon point : Mercy montre qu’il n’est pas obligatoire de vivre selon les clichés que l’on a déterminés pour vous. C’est une femme, mais elle est mécanicienne (métier traditionnellement affecté aux hommes) et, dans son univers, les femmes devraient n’être que de petites choses fragiles que l’on protège. En fait, c’est plutôt elle qui castagne du loup-garou à tour de bras – comme quoi, faut pas toujours se fier aux apparences.
Mercy Thompson, Patricia Briggs. 

• Hermione & Ginny.

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J’imagine que vous les avez vues venir, ces deux-là ! Comme Lyra, Hermione et Ginny seront bientôt des vieilles routardes des héroïnes badass que rien n’arrête. D’ailleurs, toutes deux sont exposées au sexisme ordinaire durant leurs aventures et, notamment, à du slut-shaming, particulièrement de la part de Ron (sale gosse) (si tu ignores ce qu’est le slut-shaming, je te recommande très vivement la lecture de La Vérité sur Alice).
Aparté mis-à-part, Hermione et Ginny sont deux jeunes filles qui, en général, n’ont pas besoin qu’on vienne sans arrêt les mettre en position d’infériorité. Si on y réfléchit, d’ailleurs, sans Hermione, l’ami Harry n’aurait pas dépassé le premier tome. Pas terrible en termes de longévité littéraire.
Ginny, de son côté, est décrite assez vite comme une sorcière très puissante qu’il vaut mieux éviter de se mettre à dos.
Mieux ? Car oui, il y a mieux ! Au-delà de ces aventures magiques, et comme Lyra, les deux filles déconstruisent les clichés et les codes de conduite moralo-religieux qu’on inculque depuis trop longtemps aux filles – mais pas aux garçons. En d’autres termes : elles vivent leur vie, notamment amoureuse, et n’ont pas besoin de l’autorisation de qui que ce soit et surtout pas d’un mec qui serait leur caution morale. Alors, oui, n’en déplaise à Ron, Hermione a eu des aventures avant lui (avec Viktor Krum, notamment) et Ginny papillonne. Et c’est NORMAL. D’ailleurs, personne ne reproche à Ron ou à Harry de sortir avec d’autres filles avant de rencontrer la sorcière de leurs vies. Et ça, cette différence de traitement, définitivement, ça n’est pas normal.
Harry PotterJ. K. Rowling.

• Katniss.

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Avec Katniss, on change encore de paradigme. Si, certes, elle fait ce qu’elle veut, elle montre aussi que les grandes batailles ne sont pas réservées au sexe dit fort et que les grandes causes (comme les petites) valent qu’on se battent pour elles. Lire les aventures de cette rebelle désignée volontaire, c’est se rappeler qu’il ne faut jamais baisser les bras et qu’il faut y croire encore, même quand on a l’impression que ça n’en vaut plus la peine et même quand la société tend à laisser croire que se battre, c’est pour les mecs. Et ça, c’est sans doute ce qui importe le plus.
Hunger GamesSuzanne Collins.

• Ellana & Shaé.

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Les héroïnes, chez Pierre Bottero, sont, en général, badass et un peu bourrines, chacune à sa façon (même Ewilan peut se montrer barbare sur les bords, quand on la titille un peu). De fait, Ellana comme Shaé vont condenser des traits de caractères évoqués pour les autres, car elles aussi sont de grandes filles indépendantes qui ont l’habitude de se débrouiller seules.
Avec Shaé, l’auteur nous rappelle que chacun est libre de ses choix et qu’il est important que cela le reste – je ne vais pas développer beaucoup plus, mais vous renvoyer à l’excellente vidéo de Studio Placard sur le sujet.
Ellana, de son côté, a un petit côté Mercy Thompson : elle incite à ne pas suivre les voies tracées par la société bien-pensante et à tailler sa propre voie, en conservant son indépendance d’esprit et sa liberté. A l’instar des autres, c’est un message qu’on ne répétera sans doute jamais assez.
Ellana et L’Autre, Pierre Bottero.

Et c’est sur ce dernier binôme que s’achève ce bref (très bref aperçu !) d’héroïnes inspirantes, qui changent des clichés et dont on suivra les aventures avec grand plaisir !

[2017] Petit bilan de janvier.

Si le mois m’a semblé des plus chaotiques, il y a bien un point dont la régularité m’a étonnée : les coups de cœur ! Pas moins de trois ce mois-ci, du jamais vu !

Carnet de lectures.

Rayon essais.

Nota Bene : les pires batailles de l’Histoire, Benjamin Brillaud , illustré par Arcady Picardi.

Nota Bene, vous connaissez ? C’est une de mes chaînes Youtube préférées ! Benjamin Brillaud, son créateur, y explicite l’Histoire, à grands renforts d’anecdotes aussi intéressantes qu’amusantes. Le voilà donc qui passe au format papier et avec réussite. Dans cet essai, il nous détaille 15 batailles épiques qui ont changé le cours de l’Histoire. Décisions hasardeuses, coïncidences heureuses et autres bons choix qui tombent à pic truffent les pages de l’Histoire, on s’en aperçoit à la lecture. De la bataille de Tyr à celle des Thermopyles, en passant par celle de Gravelines, le choix est vaste et nous fait passer par les quatre coins du monde. Pour chaque bataille, l’auteur nous explique les enjeux du conflit, en détaille les péripéties et en aborde les conséquences. Chaque chapitre présente également un court passage romancé pour nous permettre de mieux percevoir l’ambiance du moment. Arcady Picardi, de son côté, a mis les batailles en images (mais celles-ci tiennent plus à la partie romancée que purement historique).
Comme pour les vidéos de la chaîne, les textes sont vifs, bien écrits et mêlent précision historique et humour léger. De leur côté, les parties romancées tiennent en haleine, mais sont de style inégal – alors que les chapitres d’essai sont tous très bons. De fait, l’essai se lit avec plaisir et sans difficultés aucune, car l’auteur évite le jargon et sait nous rendre son essai accessible. Point bonus : chaque chapitre se clôt par un paragraphe intitulé « Pendant ce temps-là dans le reste du monde », qui nous permet de mettre en perspective ce que l’on vient de lire et de décrypter le puzzle mondial.
Une bonne découverte au rayon essais historiques, donc !

Rayon bulles.

Les Fleurs du mal, tomes 1 & 2, Shūzō Oshimi.

 

               

Une ville de province banale, un collège banal, un quotidien banal. Takao, élève moyen et timide, se sent enfermé dans ce monde étroit. Il n’a qu’une échappatoire : la lecture. Il est surtout fasciné par l’étrangeté des Fleurs du mal de Baudelaire. Ce recueil est devenu son livre de chevet, tout autant que son moyen de se différencier dans un monde gris où tout le monde se ressemble.  Il existe pourtant un élément de surprise incontrôlable dans son univers : Sawa, assise derrière lui en classe, refuse toute autorité en bloc. « Cafards ! », « Larves ! » : elle ne rate pas une occasion d’exprimer sa haine et son mépris, même envers ses professeurs. Crainte de tous, elle est l’élément déviant de la classe.
Takao n’en a cure et préfère se concentrer sur la populaire Nanako. Il ne lui a jamais parlé et se contente de la regarder de loin. Alors quand il trouve abandonnés dans la salle de classe les vêtements de sport de l’objet de ses fantasmes, il ne peut s’empêcher de les ramasser… Surpris par du bruit dans le couloir, il s’enfuit en emportant les affaires de Nanako. Pas de chance pour lui, Sawa l’a surpris en plein forfait… Avec un grand sourire, elle commence à le faire chanter : s’il ne veut pas qu’elle le dénonce, il doit obéir à ses ordres, même les plus fous – et les plus trash !
Croyant, à tort, lire une adaptation des authentiques Fleurs du Mal, je me suis lancé avec enthousiasme dans cette lecture… Enthousiasme qui a été vite douché par la tournure que prennent les événements. Plus que de poésie, c’est de harcèlement scolaire qu’il est question. Mais, là où A Silent voice proposait une réflexion intéressante et bien menée, Les Fleurs du Mal semble plus être destiné à évoquer toutes sortes de comportements au mieux glauques, au pire, carrément déviants. Difficile de ne pas se dire que Sawa est clairement dérangée – et que Takao devrait aller la dénoncer immédiatement. Au fond, qu’importe qu’il ait emporté les vêtements de Nanako ? Les actes de Sawa sont nettement plus répréhensibles. L’ambiance, au fil des pages, devient donc de plus en plus tendue et malsaine, et même assez difficile à supporter. Associé au fait que j’ai eu un mal fou à voir où voulait en venir l’auteur (je n’ai toujours pas trouvé), cela ne m’incite guère à en lire plus.

Côté ciné.

Bienvenue au Paradis.

La série, intitulée The Paradise en anglais, compte deux saisons d’environ 16 épisodes et a été produite par la BBC et PBS. Inspirée du roman de Zola Au bonheur des dames, la série dévoile les coulisses d’un grand magasin situé au nord de l’Angleterre et nommé The Paradise. John Moray, le propriétaire, veuf et fils de marchands de tissus, a développé ce qui était une petite boutique en véritable supermarché (mais plus type Bazar de l’Hôtel de Ville que Carrefour !), au détriment du maillage de petits commerçants de la grande rue. Denise Lovett, fraîchement débarquée de Peebles, et dont l’oncle lutte justement pour la survie de son petit commerce, est embauchée au rayon Confection Dames du Paradise. Bientôt, ses idées commencent à plaire à John Moray, au grand dam de Mademoiselle Audrey, la responsable du rayon, de Clara, une de ses collègues, et de Katherine Glendenning, la fille de Lord Glendenning, et fiancée de John Moray. Voilà pour un résumé très bref.
La série, tout en costumes, évidemment, est particulièrement prenante et les péripéties qui agitent le Paradise menées avec efficacité. On se passionne pour les petites bisbilles des vendeurs et vendeuses, pour les plans sur la comète de John Moray, ou tout simplement pour l’ambiance générale de la série – à tel point qu’on ne voit pas passer les deux saisons. Je recommande !

Tops & Flops.

Les Fleurs du Mal
Au rang des seconds, j’ai déjà cité ci-dessus Les Fleurs du Mal dont, décidément, l’ambiance particulièrement malsaine ne m’a pas branchée plus que cela, même après la lecture du deuxième tome. Une affaire que je ne suivrai sans doute pas !

Phobos : origines, Victor Dixen.phobos-origines-victor-dixen
A défaut de me mettre le troisième tome de la série martienne sous la dent, j’ai lu le recueil de nouvelles. Qui m’a quelque peu déçue. Déjà, m’apercevoir que les nouvelles ne concernaient que les garçons (et qu’il faudrait donc sans doute attendre un autre opus pour les filles), n’était pas la meilleure des surprises. Mais, par la suite, j’ai trouvé à ce recueil des défauts similaires au tome 1, et c’était un peu dommage.

Bon, à côté de ça, il y a également eu de très chouettes découvertes avec pas moins de trois coups de cœur ! Incroyable !

George d’Alex Gino.
george-alex-ginoTout d’abord, il fallait absolument que je vous parle de George, un roman d’Alex Gino. Un roman, que dis-je ?! Non, une véritable petite pépite !! Car l’auteur s’attaque à la transsexualité et aux enfants transgenres, un sujet tabou (s’il en est) et qu’il était urgent d’aborder – surtout avec autant de talent.

Le Noir est ma couleur, Olivier Gay. le-noir-est-ma-couleur-1-le-pari-olivier-gay
Premier livre lu de 2017 et hop, premier coup de cœur ! Décidément, Olivier Gay a l’art et la manière de proposer des titres prenants et très agréables à lire. D’ailleurs, j’ai terminé celui-ci avec un intense sentiment de frustration et l’envie de lire la suite assez vite !

le-septieme-guerrier-mage-paul-beornLe Septième guerrier-mage,
Paul Beorn.
Et bam, troisième coup de cœur de janvier ! C’est rare qu’ils s’enchaînent aussi vite. De Paul Beorn, je n’avais lu que 14-14, écrit à deux mains avec Silène Edgar (et que j’avais bien aimé). Ce one-shot de fantasy est tout aussi bon et tient haleine jusqu’aux dernières pages ! J’ai adoré !

Citations.

« Elle regarde son frère. Son frère la regarde. Ils regardent mes liens. La machine à laver les regarde. »

« Les mages existent, ils sont parmi nous, et personne ne s’en est jamais rendu compte. Pas étonnant, s’ils font profils bas comme ses parents. Sa mère est bibliothécaire … bibliothécaire ! D’accord elle aime les livres, mais quand même. Si j’avais possédé des pouvoirs, je serais au moins devenu, je ne sais pas, roi du monde ou un truc comme ça.
En tout cas, je ne resterai pas derrière un bureau trente-cinq heures par semaine.»
Sache, jeune Padawan, que d’une part, on fait plus que 35 heures et que, d’autre part, c’est rarement assis derrière un bureau ^^ 

« Quoi, pas de suppliques pour épargner votre vie ?
– Ça changerait quelque chose ?
– Hélas, non.
– Alors, je te crache à la gueule. »
Le Noir est ma couleur, tome 1, Le Pari, Olivier Gay.

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« Tu m’as l’air drôlement calé en astronomie, dit Bea en entraînant Marcus à l’autre bout du buffet. Tu connais aussi bien les étoiles du ciel que celles de Hollywood !
– C’est un peu la même chose, répond-il. Des cendres qui se transforment en diamants. A Hollywood, les vies humaines se condensent pour donner des légendes. Dans le ciel, la poussière cosmique se contracte pour créer des astres. J’ai lu ça à la bibliothèque publique. Il y a même un mot pour ce phénomène, la stellogenèse : la naissance des étoiles. »
Phobos : origines, Victor Dixen. 

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« George regardait par la fenêtre arrière et comptait les poteaux électriques. Quand elle était petite, son grand-père lui avait dit que si elle comptait cent poteaux de suite, un fée électrique exaucerait son premier vœu. Elle ne croyait plus à la fée électrique et ne savait pas au juste quel était son vœu, mais elle continuait à les compter par habitude. »
George, Alex Gino.

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« Écoutez ! dis-je sans élever la voix. Moi, la parlotte, ce n’est pas mon fort, alors je vais vous expliquer les choses autrement. Approchez, approchez. Je vais vous dire une bonne chose : le roi de Skavie se fout pas mal de votre petite vie, c’est clair ? Dieu a bien trop de boulot pour s’occuper de vous, et les sept saints sont tous morts depuis belle lurette. Alors votre vallée, si vous ne vous battez pas pour elle, personne d’autre ne le fera. Si vous attendez que d’autres le fassent à votre place, c’est que vous n’avez rien compris à la façon dont tourne le monde.
Un hurlement de douleur lointain me coupe la parole.
– Vous les entendez, vos maris et vos fils ? Vous croyez qu’ils ont besoin de gentilles mamans pour porter les enfants et s’occuper de la ferme, en ce moment ? Non, pas aujourd’hui ! Ils ont besoin de furies, de harpies, ouais, de femmes prêtes à bouffer de la chair humaine et qui n’ont peur de rien ! »

« Mais… commença Keerik-da, nous ne sommes que des femmes !
J’en reste sans voix.
– Et alors ? s’écrie dame Rikken. Vous n’êtes pas concernées, peut-être ?
– Ma dame, nous… nous portons les enfants, nous travaillons à la ferme, mais nous ne sommes pas faites pour la guerre.
Elle vient à peine d’éclater le crâne d’un homme à grands coups de caillasse ! Elle se paie ma tête ou quoi ? Non, même pas. Dans son esprit bien rangé de Skavienne, la réalité des faits ne pèse pas bien lourd face aux préjugés de toute une vie.
– Parce que tu crois peut-être que les hommes, eux, sont faits, pour la guerre ? Tu crois que je suis venu au monde avec un fléau d’armes entre les mains, juste pour étriper de pauvres gens, hein ? Tu crois que ça me fait plaisir de me balader sur des champs de bataille pour briser des os et trancher des veines ? »

« Il y a tout un tas d’histoires à ce sujet, souviens-toi de la légende de Karl-le-Golem… Tous les membres de son cercle étaient des hommes, ils étaient ses amants et amants entre eux.
– Entre hommes ?
– Bon Dieu, Jal, l’homosexualité, ça existe ! Tu es au courant, non ? En tout cas, le cercle était tellement solide que Karl n’a jamais été vaincu en combat. Jusqu’au jour où l’un de ses membres lui a tranché la gorge dans son sommeil – par jalousie.
– Je croyais que Karl-le-Golem avait été empoisonné par le démon Eela ?
Il glousse un peu.
– Tu ne sais pas que les contes ont toujours une double lecture ? Le démon Eela représente la jalousie. Tu es naïf, c’est mignon. Parfois, on dirait un vrai bébé. »
Le Septième Guerrier-mage, Paul Beorn. 

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