[2021] Petit bilan de mars

Carnet de lectures : rayon bulles.

Shirley #1, Kaoru Mori (Ki-oon).

À tout juste 13 ans, Shirley entre au service de Mme Bennett, populaire patronne d’un café londonien. La jeune fille semble avoir un lourd passé, mais la bonté naturelle de sa nouvelle maîtresse lui permet de retrouver le sourire, et parfois même des bribes d’enfance…
J’adore les mangas de Kaoru Mori, et j’ai lu avec beaucoup de plaisir ses séries Emma et Bride Stories (je fais d’ailleurs durer le plaisir et ne suis à jour dans aucune des deux).
Bref, j’ai donc emprunté le premier tome de Shirley à la médiathèque sur la bonne foi du nom de la mangaka ! Et si j’ai globalement apprécié, je dois reconnaître que l’ensemble m’a laissée quelque peu sur ma faim. On suit donc les aventures de Shirley, treize ans, qui devient femme de chambre chez une jeune femme de la bonne société londonienne. Les trois premiers chapitres détaillent leur vie quotidienne, sans vraiment mettre en place de fil rouge. Les deux derniers chapitres, quant à eux, mettent en scène deux autres femmes de chambre, employées ailleurs (et a priori n’ayant aucune connexion les unes avec les autres). L’ensemble est sympathique, mais hyper décousu. Si je mets la main sur le tome 2, je le lirai également pour voir de quoi il retourne, mais ce titre souffre vraiment de la comparaison avec les autres séries de l’autrice.

Les Cerisiers fleurissent malgré tout, Keiko Ichiguchi (Kana).

Keiko Ichiguchi est une mangaka japonaise qui vit en Italie avec son mari. Au début de ce manga, elle apprend par un coup de fil que l’impensable est arrivé au Japon : nous sommes en 2011. Le récit est donc clairement autobiographique : l’autrice y parle de son enfance, durant laquelle on lui a diagnostiqué une maladie, puis, plus tard, de la façon dont la catastrophe a traversé sa vie. Ce qui est intéressant, ici, c’est qu’on n’est pas au Japon, mais en Italie lorsque surviennent les événements. L’autrice raconte donc les heures d’angoisse (lorsqu’il est impossible de savoir qui a été touché, comment, etc.), l’envie de se mobiliser (mais pour faire quoi ? De quelle façon ?), sans négliger la façon dont est impactée sa vie personnelle en Italie. Avec cela, le graphisme épuré, délicat, plein de tendresse porte merveilleusement le récit. Je ne savais pas à quoi m’attendre en ouvrant ce manga, et j’en suis sortie charmée !

Carnet de lectures : rayon romans

Les Infectés, tome 1, Marc-André Pilon (éd. Kennes).

Zachary, Camille et Dilkaram vont au lycée à Cité-les-Jeunes et vivent une existence assez classique de lycéens. Débarque alors une vidéo virale dans laquelle on assiste à un meurtre bestial : réalité, ou montage ? Or, rapidement, la maladie qui semble avoir frappé l’agresseur… prend de l’ampleur et transforme les humains en monstres sanguinaires assoiffés de sang.
Je n’ai pas du tout été emballée par ce roman de zombies extrêmement classique. L’histoire s’attache au début et au développement de l’infection mais nous impose un récit extrêmement répétitif. Entre chaque chapitre consacré au trio de protagonistes, s’intercalent des interludes narrant (systématiquement) l’infection d’un personnage lambda sans aucun rapport avec les personnages (à une ou deux exceptions près). Globalement, c’est toujours la même chose, et c’est un peu lassant. Par ailleurs, le développement du récit n’apporte rien de neuf au genre (les persos sont séparés, tombent sur de l’aide qui finalement n’est pas si aidante, la fille manque de se faire violer, etc.), ce qui ne m’a pas aidée à m’impliquer dans ma lecture. J’ai trouvé que les personnages n’étaient pas suffisamment creusés, et que la fin était vraiment, vraiment trop expédiée. Seul point positif : Dilkaram fait partie de la communauté sikh, et j’ai trouvé que cela changeait un peu ! Bref, je ne lirai pas la suite et dans le même style, je conseillerais plutôt In the after.

Tops/Flops

Au rang des seconds, j’ai parlé ci-dessus des Infectés, sur lequel je ne reviens donc pas.
L’autre lecture en demi-teinte, ce mois-ci, a été Le Grand jeu, de Benjamin Lupu.
Autant j’ai aimé l’aspect steampunk et la débauche d’idées toutes plus originales les unes que les autres, autant la complexité de l’univers m’aura un peu perdue. L’intrigue présente plusieurs ramifications qui dessinent un schéma assez dense et à plusieurs reprises, j’ai manqué d’explications pour tout bien suivre.

A côté de cela, j’ai eu deux excellentes, excellentes découvertes !

Tout d’abord, le premier tome de La Machine, de Katia Lanero Zamora, qui nous plonge dans une fantasy largement inspirée de la guerre civile espagnole – une époque qui me passionne. Ici, pour ne rien gâcher, Katia Lanero Zamora dresse une fresque familiale, dans laquelle se mêlent conflits politiques et intenses questionnements personnels. C’est brillant ! J’ai dévoré le roman, j’ai hâte de lire le second volet !

Enfin, deuxième excellente découverte avec Derniers jours d’un monde oublié, le premier roman de Chris Vuklisevic – qui a remporté le concours du premier roman d’imaginaire de FolioSF, ce qui est quand même la grande classe. Et c’est amplement mérité ! Le roman raconte, via trois personnages, les douze derniers jours d’un monde en train de s’effondrer et c’est hyper prenant. J’attends avec impatience ses prochains titres !

Citations.

« La grêle carillonnait avec une violence redoublée sur son visage, lui bleuissant les pommettes de froid et d’hématomes. Qu’importe ! Contrairement au commun des mortels, elle avait un faible pour le temps abominable de son pays. Elle adorait le grondement de l’orage, la pluie lui dégoulinant dans les yeux, les frimas givrant ses cheveux, elle saisissait la neige à pleines mains pour la goûter du bout de la langue. Elle était une Funestrelle aguerrie, fille du froid et de la glaise, attachée comme jamais à la Rocaille. »
Rocaille, Pauline Sidre.

« Les étoiles des pentagrammes ont combien de branches, déjà ? Quatre ou six ?
– Cinq, voyons ! C’est dans leur nom ! Tu n’es pas censé être bon en maths ?
– Oh. Comme un pentagone à cinq côtés, approuva-t-il. Je n’avais jamais fait le rapprochement !
Polly roula des yeux au ciel. »
Fingus Malister #2, Ariel Holzl.

« On ne doit jamais confier à autrui ses crimes, sauf s’ils sont trop grands pour être dissimulés – et dans ce cas, on les qualifie de politiques ou de mesures d’État. »
Le Chant de l’épée, Bernard Cornwell.

« Le matin où les étrangers arrivèrent sur l’île, la Main de Sheltel fut la première à les voir.
Elle allait revêtir son masque quand, par la fenêtre, elle aperçut un point sombre à l’horizon. Un mirage, crut-elle ; un tremblement de la chaleur sur l’eau. La mer était vide, bien sûr. Rien ne venait jamais de l’océan.
Elle ne lança pas l’alerte. »
Derniers jours d’un monde oublié, Chris Vuklisevic.

« Était-ce elle qui attirait le bruit et la misère, ou le monde entier était-il fait uniquement de cris de détresse ? »
Derniers jours d’un monde oublié, Chris Vuklisevic.

[2021] Petit bilan de janvier-février

Carnet de lectures

Ce début d’année, j’ai lu encore plus de romans jeunesse que d’habitude ! (ça colle avec mon nouveau poste). Il y avait du bon, du moins bon, et voilà donc tout cela en vrac.

Les Papis contre-attaquent, Claire Renaud, illustré par Maurèen Poignonec (Pépix, Sarbacane).
Claire Renaud et Maurèen Poignonec ont signé, il y a deux ans, Les Mamies attaquent, que l’on peut considérer comme un diptyque, même s’il n’est pas nécessaire d’avoir lu les deux pour comprendre et profiter de sa lecture. Rien ne va plus dans l’équipe des Lascars, dont fait partie Gérard, le grand-père de Guenièvre. Léonard, le barreur historique de cette équipe d’aviron, est hospitalisé dans un EHPAD le temps de se remettre d’une vilaine fracture. Or, toute l’équipe est engagée dans une compétition qui a lieu en fin de semaine ! Ni une ni deux, les Lascars décident d’exfiltrer leur ami de sa prison maison de retraite, quitte à prendre tous les risques.
Généralement, je ne suis pas déçue avec cette collection et ce titre n’a pas démérité. Le roman aligne les stratagèmes aussi loufoques que désopilants pour tirer Léonard de son guêpier, pour le plus grand plaisir des lecteurs. À chaque nouveau plan, on ne peut s’empêcher de se demander s’il va aboutir : déménagement sauvage, infiltration en tenue (de mamie) de camouflage, cambriolage… Les trouvailles, comme les péripéties pour les faire échouer, sont toutes plus drôles les unes que les autres ! Je me suis bien amusée avec ce titre, qui m’a donné envie de lire le précédent pour voir à quoi il ressemble.

Témoins à abattre, Olivier Gay (Flash Fiction, Rageot).
Alors qu’ils font du vélo en montagne, Yan et Pauline sont témoins d’un meurtre. Pris en chasse par les tueurs, ils donnent tout ce qu’ils ont pour s’échapper !
Nouveau thriller dans la bibliographie d’Olivier Gay ! Le texte, très court, est tenu par un rythme très soutenu : l’ensemble de l’intrigue consiste en la course-poursuite dans la forêt, à la tombée de la nuit. Les chapitres, très courts, soulignent ce rythme. Le style, très simple, l’intrigue linaire, et les chapitres très courts, font que le roman est adapté aux lecteurs fâchés avec la lecture.

Prunelle, sorcière rebelle, #1, Agnès Laroche (Rageot).
Prunelle est une sorcerelle, qui pratique la magie douce. A Tendreval, la magie forte est réservée aux hommes. Sauf que Prunelle s’aperçoit qu’elle sait manipuler la magie forte, et qu’en plus elle apprécie cela. Or, son père est le chef du comté, et réputé pour sa sévérité. Donc, que faire ? Tout lui avouer, ou cacher la vérité ? Et comment ignorer l’appel de la magie ?
L’histoire se déroule dans un univers très clivé, vous vous en doutez, où hommes comme femmes ont des rôles hyper genrés : aux premiers la magie pour construire, détruire, se battre ; aux secondes les sortilèges d’embellissement, de déco, de confort domestique. C’est un premier tome, donc l’intrigue prend son temps pour s’installer et se dérouler. Évidemment, Prunelle ne tarde pas à tomber sur des gens qui, comme elle, questionnent cet univers très inégalitaire. L’intrigue, très linéaire, s’avère assez classique, mais menée à bon train, ce qui rend la lecture assez plaisante. J’ai beaucoup pensé à La Fille aux licornes en lisant ce titre !

Yoko, Jean-Luc Marcastel (Didier jeunesse).
Après ces premières bonnes découvertes, je dois dire qu’avec ce titre, ça ne l’a vraiment pas fait. En cause : des personnages féminins vraiment pas terribles. Alors oui, LA fille de l’histoire (car il n’y en a évidemment qu’une) est badass, sait se battre, sait plein de choses… Mais il ne suffit pas de mettre un perso féminin qui déchire pour dire que c’est bon, tout le taf est fait. D’ailleurs, ça ne loupe pas, elle est inconsciente quand les garçons la trouvent (et vas-y que ça lui paluche les seins pour vérifier qu’elle est toujours vivante………) et ensuite on oscille entre femme fatale, femme-trophée. C’est agaçant ! En plus de cela, l’intrigue (dans un univers post-apo hyper classique) met un temps infini à démarrer, à tel point que ça à peine débuté alors qu’on arrive à la fin. Vu que le roman fait tout juste 190 pages, pourquoi ne pas faire un seul gros livre ? Voilà un roman dont je ne lirai sans doute pas la suite !


Scarlett et Novak, Alain Damasio (Rageot).
Deuxième pioche dans le tas des découvertes pas follement emballantes avec ce titre de Damasio. Il s’agit d’une très courte nouvelle de thriller. Novak, un ado, se fait agresser par des personnes qui en ont après son téléphone, un modèle high-tech équipé de Scarlett, une intelligence artificielle très performante. Déjà, je craignais un peu vu la mention sur la couv « Le thriller qui déjoue la fascination du smartphone ». A qui ça donne envie de lire ça ?! Pas à moi ! Et de fait, le texte est à l’avenant. C’est clairement une incitation à décrocher de son téléphone et des applis toutes prêtes à rendre service afin de se débrouiller par soi-même. En soi, c’est louable, mais j’ai trouvé qu’on sentait beaucoup trop toutes ces bonnes intentions dans le texte, ce qui explique sans doute mon manque d’enthousiasme pour ce titre.

Et après tous ces romans, enfin des bulles !

Une sacrée mamie #1, Yoshichi Shimada & Saburô Ishikawa (Delcourt).
1958, Hiroshima. À cette époque au Japon, il est difficile pour une jeune femme d’élever seule ses deux fils. Acculée, Hikedo décide un jour de confier son plus jeune garçon, Akihiro, à sa mère qui vit à la campagne. Arrivé chez sa grand-mère, une vie complètement nouvelle va commencer pour Akihiro. Pas facile de quitter la ville pour la campagne quand on n’y est pas préparé ! Mais le petit garçon va vite s’habituer à sa nouvelle vie au grand air. Suivant l’exemple de sa super mamie débrouillarde, il apprend à s’adapter à toutes les situations…
Il était grand temps que je découvre enfin ce manga, dont j’ai beaucoup entendu parler. Et c’était une chouette découverte. Akihiro est assez marrant à suivre, avec un caractère très égal et une grande capacité d’adaptation. La vie avec sa grand-mère ne cache rien des difficultés financières qu’éprouve la petite famille. Si le contexte n’est pas tendre avec l’enfant (la séparation d’avec sa mère et son frère, les conditions de vie, etc.), le manga met en avant une relation chaleureuse et pleine de bienveillance entre la grand-mère et son petit-fils. Je vais attendre la suite à la bibli avec impatience !

Ma première lecture de l’année était un manga, et un boy’s love ! Incroyable, mais vrai ! J’ai donc découvert Everyday is a good day, un oneshot de Noeko Nishi (éditions Akata). Elle y raconte l’histoire d’un jeune homme, Toki, dévasté par la perte de sa sœur jumelle, un an plus tôt. Son neveu Asahi, quatre ans, traumatisé par la perte de ses parents, ne décroche plus un mot. Pour permettre à ses parents de partir en croisière, Toki propose d’accueillir Asahi pour plusieurs mois – oubliant qu’il n’a pas la moindre idée de comment on gère un enfant. Parallèlement, sa rencontre avec Chihiro (petit frère d’un ami d’enfance) provoque chez les deux jeunes hommes de troubles sentiments. Pas facile de gérer en même temps un début de romance et un enfant traumatisé !
Ce manga était une très bonne surprise. Je n’ai pas l’habitude du boy’s love, et ce titre était impeccable pour commencer (même s’il n’est peut-être pas très représentatif du genre). La romance entre Toki et Chihiro est là vraiment en arrière-plan et le récit se concentre plutôt sur la vie quotidienne de ce drôle de trio. C’est léger et rafraîchissant, avec parfois un peu d’humour, et en même temps des sujets profonds évoqués de façon sensible. Au fil des pages, il est question d’amour, de deuil, de relations familiales et c’est très prenant. Les graphismes sont à l’avenant : doux et sensibles. Bref, voilà un titre plein de sensibilité et de bienveillance ; je guetterai les prochains titres de l’autrice !

Tops/Flops

J’ai présenté ci-dessus suffisamment de lectures en demi-teinte, donc je vais me concentrer sur les bonnes découvertes de ce début d’année – et il y en a eu ! J’ai même eu du mal à choisir ! Donc allons-y pour un petit top 3 🙂

Top 1 : La Honte de la galaxie, Alexis Brocas (Sarbacane).
Énorme coup de cœur pour ce récit de SF hyper prenant, dense à souhait et qui m’a embarquée dans une intrigue et un univers particulièrement originaux. Je recommande chaudement la lecture de ce titre !

Top 2 : Il était une fangirl #1 : Cendrillon 2.0, Ashley Poston (Lumen).
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce mélange annoncé entre réécriture de conte et fandom d’une série SF à succès et j’ai été bluffée par la maîtrise de l’intrigue, qui marie à merveille les deux tableaux. Très très bonne pioche !

Top 3 : Plein gris, Marion Brunet (PKJ)
Après un énorme coup de cœur pour Sans foi ni loi, j’étais curieuse de lire le nouveau roman de Marion Brunet, et ça a été une très bonne pioche ; elle nous embarque dans une croisière pleine de tension et de non-dits, à l’ambiance apocalyptique très réussie !

Citations.

« Je sors à pas lents de la loge, dont je referme la porte derrière moi sans bruit. J’effleure, sur mes lèvres, la plaie que les dents de la Ventouse ont laissée. Mark a peut-être raison. Peut-être ai-je vraiment besoin d’un agent capable de tenir les fans à distance et de jouer les gros bras au cas où…
Aussitôt, j’essaie de me raisonner :
– Non, arrête. Tu fais confiance aux autres. Tu aimes tes fans. Tu es sympa, drôle et cool. Rappelle-toi, tu es Jennifer Lawrence. »
Cendrillon 2.0, Ashley Poston (Lumen).

« Désolée, Na’ya est en retard. Les fées coiffeuses l’ont abandonnée en plein milieu de ses tresses.
– QUOIIII ?! Mais je leur avais apporté des gâteaux ! Elles sont déjà parties ?
– Non non, c’est juste que… j’ai voulu les payer et leur expliquer le concept de conditions de travail correctes… Du coup, elles sont en train de se syndiquer dans le placard. Je suis tellement fières d’elles. N’oubliez pas de réclamer un congé parentalité !! »
Grimoires & Sorcières, Svetlana Chmakova (Jungle).

« J’avais envie de découvrir l’Underground au lieu de prendre un cab. Père en serait scandalisé, car la bonne société londonienne n’emprunte pas ce mode de transport, mais les conventions sociales m’ennuient. En intégrant la Garde royale, j’ai fui la demeure familiale pour gagner ma liberté. Les représentants de Sa Majesté suivent leurs propres règles, ce qui me permet de défier allègrement l’autorité paternelle.
Clement m’adresse un sourire amusé depuis le banc d’en face. J’avoue que notre élégance détonne au milieu des pantalons informes et des robes sombres. Les autres passagers, ouvriers et domestiques pour la plupart, n’ont pas l’habitude des hauts-de-forme et des jupes à tournure. La mienne me rappelle la couleur des feuilles en automne, un brun roux qui réchauffe la pâleur de mon teint. Quand je vérifie dans la glace qu’une mèche rousse ne s’échappe de mon chignon, mes prunelles écarlates s’y reflètent.
– Vous êtes parfaite, déclare mon dena.
Sa gentillesse se répand en moi comme une douce chaleur. J’aimerais effleurer son visage d’ange en retour, mais les bonnes mœurs l’interdisent en public. Nous sommes tous esclaves de la politesse. »
Anergique, Célia Flaux (Actusf).

« Tout est écrit, ici, remarqua Ragnar. Tout. Sais-tu lire ?
– Je sais lire et écrire.
– Est-ce utile ? demanda-t-il, impressionné.
– A moi, cela ne l’a jamais été, admis-je.
– Alors pourquoi le faire ? s’étonna mon ami.
– Leur religion est écrite, expliquai-je. La nôtre, non.
– Une religion écrite ?
– Ils ont un livre où tout est écrit.
– Pourquoi ont-ils besoin qu’elle soit écrite ?
– Je l’ignore. C’est ainsi. Et bien sûr, ils écrivent les lois. Alfred adore en faire de nouvelles, et toutes doivent être consignées dans des livres.
– Si un homme ne peut se rappeler les lois, c’est qu’il en a de trop nombreuses. »
Les Seigneurs du Nord, Bernard Cornwell.

« En riant, il lui avait décrit les parties qu’il organisait pour Mr Watkins. Les chiens qui pistaient, levaient le gibier, le ramassaient une fois tué, bref, faisaient presque tout le travail. La tripotée de domestiques qui suivait, portant les poires à poudre, les sacs de plombs, les fusils de rechange et les carniers, et même un petit siège pliant car Mr Watkins, qui allait léger comme un pinson, fatiguait vite.
– Et encore, Mr Watkins vaut mieux que ces jeunes nobles qui chassent en bande, parce que lui, au moins, il suit mes conseils. Avec moi, il est à bonne école. Il ne tire pas les hases pleines, il ne tarabuste pas la moindre compagnie de grouses qui lève sous ses yeux en tirant dans le tas, il n’enfume pas les terriers. Sadima écouta son père pester après les gentlemen bruyants qui saccageaient les fourrés, qui ne savaient pas viser avec leurs fusils dernier cri.
– Ils sont incapables de prendre le temps. Ils ne veulent que tirer leur coup. Tout ça pour se retrouver après entre eux et se raconter leurs exploits.
Le père avait marqué une pause.
– En fait, c’est exactement comme quand ils sont avec une…
Et, baissant les yeux sur sa petite fille de sept ans qui l’écoutait avec attention:
– Bref. Qu’importe. Je vais donc t’apprendre à chasser. »
D’Or et d’Oreillers, Flore Vesco.

TTT #15 : dix auteurices découvert.e.s en 2020.

Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français pour une 2e édition par Frogzine.

Et cette semaine, le thème est :

10 auteurices découvert.e.s en 2020

Cela fait plusieurs années que je n’ai plus participé au Top Ten Tuesday des auteurices découvert.e.s l’année précédente. Bien partie dans mes bilans cette année (incroyable, mais vrai !), je me suis dit qu’il était temps de recoller à cette petite habitude !
Comme toujours, le choix a été rude ! Comme toujours, la liste est non-exhaustive et les découvertes classées non par ordre de préférence, mais par ordre alphabétique de nom de famille !
Évidemment, je n’ai pas découvert QUE ces dix auteurices en 2020. Mais il fallait bien faire un choix… et voilà les 10 qui ont fini par se dégager du lot.

Katherine Arden :

Après avoir looonguement entendu parler de Katherine Arden, j’ai enfin lu en 2020 L’Ours et le Rossignol, premier tome de sa trilogie Winternight. Et j’ai été charmée par son univers slave, la forte présence de créatures variées du folklore local et son style très évocateur. Je continuerai la trilogie, c’est sûr, et j’ai également envie de découvrir l’autrice dans ses autres romans !

Clémentine Beauvais

Voilà une autrice dont j’entends parler depuis encore plus longtemps que la précédente (et c’est encore plus vrai pour l’autrice qui suit). Il était donc grand temps que je les découvre toutes les deux.
Les Petites reines m’a accompagné au tout début du confinement de mars et ça a été un énorme coup de cœur. Je n’ai donc pas raté sa nouvelle parution, parue cet été, et bien m’en a pris. Clémentine Beauvais y déploie un style plein d’humour, des personnages attachants et des intrigues aussi bien menées que palpitantes. J’ai donc bien envie de me pencher sur le reste de son œuvre !

Marine Carteron :

Quand Camille me conseille un auteur, un roman, une série, en général, je fonce. Même si j’ai graaandement tardé avec Marine Carteron (dont Les Autodafeurs attend toujours sagement dans ma PAL), j’ai finalement mis à profit un petit week-end estival pour ne faire qu’une bouchée de Génération K, un thriller fantastique qui s’est révélé à la hauteur de mes attentes et qui m’a donné très envie de lire non seulement la suite, mais aussi les autres romans de Marine Carteron.

Bernard Cornwell :

Des fois, je me laisse tenter par autre chose que de l’imaginaire et c’est comme ça qu’on débarque dans du roman historique (genre dont je dois lire maximum un ou deux titres par an). J’avoue avoir été attirée par la mention de la série télévisée + une bonne recommandation autour de celle-ci, ce qui m’a encouragée à mettre le nez dans cette série de romans que sont Les Chroniques saxonnes. Et bien m’en a pris, car Bernard Cornwell a un vrai talent de conteur ! (Même si ce n’est pas la panacée côté personnages féminins, soyons honnête). En tout cas, j’ai hâte de connaître la suite et fin de ce pan d’histoire d’Angleterre dont j’ignorais l’existence, sous sa plume.

Fabrice Hadjadj :

Contrairement aux auteurs et autrices cités précédemment, voilà un auteur dont je n’aurais jamais pensé le lire, s’il n’avait pas atterri sur ma pile-à-lire de travail. Résultat ? Eh bien résultat énorme coup de cœur pour la plume stylée et imagée de Fabrice Hadjadj, son intrigue (et son univers) qui mêlent à l’attendrissant le plus trash avec, en sus, des réflexions philosophiques aussi bien amenées qu’intéressantes. J’attends la suite de sa trilogie de pied ferme.

Benedict Jacka :

Cette fois, la recommandation était fraternelle à la base, bloguesque par la suite, puisque cette série était chaudement recommandée par Lianne (dont je suis volontiers les recommandations SFFF). Forte de cette double prescription, me voilà avec le début de la saga Alex Verus qui pourrait (peut-être ?) remplacer dans mon cœur Dresden. Dans ce premier tome, Benedict Jacka présentait vraiment bien l’univers, tout en proposant une intrigue bien menée et intéressante, dans un style fluide. J’ai envie de lire la suite !
En plus, Alex Verus a déjà six titres traduits sur onze, ça me laisse un peu d’espoir sur les perspectives de traduction (vu que Dresden, ça m’a l’air super mort).

Benoît Minville :

Encore un auteur recommandé de longue date et que j’ai vraiment tardé à découvrir ! Le confinement a été l’occasion d’enfin lire ce roman qui traînait dans ma PAL depuis un bon moment. Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais en ouvrant Les Géants, mais certainement à ce qu’une petite veine thriller débarque en plein milieu du récit ! L’intrigue s’est révélée très prenante, la plume de Benoît Minville aussi maîtrisée qu’évocatrice totalement envoûtante, et donc j’envisage de mettre la suite de ses œuvres dans ma liste-à-lire, qu’elles soient au rayon jeunesse, ou au rayon vieillesse.

Nnedi Okorafor :

Est-ce que ça fait longtemps que Nnedi Okorafor est dans ma liste-à-lire ? Un peu, oui. Elle y entrée en 2014, alors qu’à mes premières Imaginales, Qui a peur de la mort ? se voyait remettre le Prix Imaginales de l’année ! Bref, j’ai à peine tardé (hrm), et surtout pas commencé par le titre initialement repéré – mais c’est une autre histoire. J’ai attaqué par Akata Witch et rapidement enchaîné avec Binti, deux romans que j’ai adorés ! L’autrice est aussi à l’aise en SF qu’en fantasy, en young-adult qu’avec un public plus jeune. Ce qui m’a complètement convaincue d’aller explorer le reste de ses titres !

Mary E. Pearson :

                                                  

Encore un roman débarqué dans ma pile-à-lire de travail et dont l’autrice n’aurait sans cela, sans doute eu aucune chance d’être lue (parce que je suis une affreuse lectrice pleine de préjugés, c’est comme ça). Et ça aurait été une erreur, car j’ai englouti ce diptyque en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire ! Et pourtant, ça partait assez mal, car je sentais poindre la fantasy romantique (ce que je déteste). Finalement, Mary E. Pearson a su me captiver par sa plume vivante et son intrigue nettement plus profonde qu’il n’y paraissait ! Et comme Dance of thieves m’a captivée, j’ai très envie de lire The Remnant Chronicles, dont la série ici-présente est en fait un spin-off.

Rebecca Roanhorse :

Dernière découverte de cette liste avec Rebecca Roanhorse et les deux premiers tomes de sa série Le Sixième Monde qui m’a vraiment emballée. Outre le mélange fantasy urbaine et univers post-apocalyptique hyper réussi, la culture navajo très présente et l’originalité de l’intrigue, j’ai été ferrée par ces deux premiers tomes. Vivement la suite, donc… et les autres romans de l’autrice !

Comme beaucoup trop d’autres années, je n’ai pas chroniqué le quart de ce dont je parle ci-dessus, mais que ça ne vous empêche pas d’aller chercher ailleurs sur la toile de bons avis sur ces titres !

Et vous, quel.le.s auteurices avez-vous découvert.e.s en 2020 et décidé de suivre ?

[2020] Petit bilan de novembre-décembre

Un peu de stats :

Comme je suis un peu en retard sur mes bilans mensuels (à peine !), je vais faire un doublé novembre-décembre !
En novembre, j’ai fait défiler quelques 2913 pages et écouté 2218 minutes d’audiolectures ! En décembre, j’ai apparemment un peu plus lu (3634 pages) et un peu moins écouté (1458 minutes). Vivent les BD et la lecture audio en temps de déménagement !

Carnet de lectures :

J’ai lu énormément de BD en cette fin d’année, et je ne pense pas tout chroniquer. La plupart étaient dues au Prix Livraddict, mais un certain nombre d’entre elles étaient de pures découvertes dans les rayons de la bibli !

Touchées, Quention Zuttion (Payot).


Lucie dort un couteau à la main. La crainte l’habite, les hommes l’effraient. Tamara, elle, se bat, se débat : pour ne plus être victime, elle devient agresseur. Quant à Nicole, c’est l’isolement. Elle s’efface, disparaît pour ne plus être visée. Les trois ont été victimes de violences sexuelles. Pour remonter la pente, trois femmes prennent les armes. Attaquer, défendre, toucher, se faire toucher… Elles vont se reconstruire et reprendre une vie sociale grâce à un programme d’escrime thérapeutique. Un programme d’un an pour se sauver et reprendre la maîtrise de sa vie.
Premier titre du Prix LA ! C’est une magnifique BD sur la résilience et la reconstruction de soi, portées par trois victimes de violences sexuelles (aux parcours et personnalités vraiment différents). Le récit n’est pas centré sur leur passé, mais sur ce qui leur arrive après, la façon dont elles (re)vivent (ou pas), la façon dont elles essaient de se reconstruire. C’est à la fois délicat, sensible, et violent, quand on pense à ce pour quoi elles en sont là. Les illustrations, à l’aquarelle, sont vraiment superbes ! A l’heure qu’il est, je ne sais toujours pas pour quel titre voter dans cette catégorie, mais celui-ci a toutes ses chances !

Dans la tête de Sherlock Holmes, tome 1 : L’Affaire du ticket scandaleux, Cyril Lieron et Benoît Dahan.

Un simple diagnostic médical du Dr Watson se révèle être bien plus que cela…
La découverte d’une poudre mystérieuse sur des vêtements et d’un ticket de spectacle très particulier amène Sherlock Holmes à penser que le patient n’est pas l’unique victime d’un complot de grande ampleur.
Il semblerait en effet que l’étrange disparition de londoniens trouve son explication dans les représentations d’un magicien Chinois. D’autres tickets retrouvés confirment les soupçons du détective…

Chaudement recommandée par des amis et inscrite au Prix LA, cette BD avait tout pour m’attirer ! Et de fait, j’ai vraiment apprécié ma lecture. Le titre n’est pas usurpé, puisque l’on plonge très souvent dans la tête de Sherlock Holmes, organisée comme on peut le voir sur la couverture. La BD joue donc sur un découpage original, avec beaucoup de découpes et d’incises (et même une page à regarder en transparence), dont la suite logique est à suivre grâce à un fil rouge qui relie les cases. Mais je dois avouer que je me suis sentie un peu frustrée par l’enquête hyper classique, pas tout à fait à la hauteur du génial dessin ! Quoi qu’il en soit, je vais suivre cette série, c’est certain.

La fille dans l’écran, Lou Lubie et Manon Desveaux (Marabout – Marabulles).

Deux filles que tout opposent, prennent contact sur internet pour ensuite faire connaissance dans la « vraie vie ». Elles seront submergées par des sentiments troublants. Coline, 22 ans, vit en France et souffre de troubles anxieux qui l’ont isolée du monde. Hébergée à la campagne chez ses grands-parents, elle rêve de devenir illustratrice. Ses recherches d’inspiration la conduisent à contacter Marley, une photographe installée à Montréal. De son côté, Marley, 28 ans, vit au Québec et a abandonné sa passion pour la photo pour se laisser porter par sa vie montréalaise trépidante. Elle a un job alimentaire, un amoureux québécois et un quotidien rythmé par des sorties. Les messages de Coline vont réveiller en elle un réel besoin d’authenticité. Coline et Marley vont tisser un lien capable de surmonter la distance et le décalage horaire et qui se révèlera de plus en plus dense jusqu’à la rencontre en France…
Deuxième BD sélectionnée au prix LA et qui joue énormément sur les graphismes ! En effet, la BD est signée de deux illustratrices… et chacune raconte l’histoire de son personnage. Page de gauche, on suit donc l’histoire de Coline (par Manon Desveaux), tout en noir et blanc et page de droite, celle de Marley, tout en couleurs (par Lou Lubie). Les deux trajectoires et les deux styles graphiques, très différents, se répondent à merveille ! Côté intrigue, c’est un peu cousu de fil blanc, mais ça ne m’a vraiment pas dérangée… Le récit brasse pas mal de thèmes (relations familiales, amour, quête et affirmation de soi), mais de façon sensible et simple, ce qui rend le tout vraiment prenant. J’ai vraiment apprécié cette lecture !

Un été d’enfer, Vera Brosgol (Rue de Sèvres).


Dans cette œuvre autobiographique on découvre l’autrice à dix ans : venue de Russie, elle peine à s’intégrer aux États-Unis où elle s’est installée avec sa mère, son petit frère et sa petite sœur. Ses amies américaines vont chaque été dans de luxueux camps de vacances, qui font rêver Vera mais qui sont bien trop chers pour sa mère. Alors quand elle entend parler d’un camp d’été pour immigrés russes aux États-Unis, elle saute sur l’occasion ! Mais entre la cabane à toilettes insalubre, les randonnées épuisantes et les animaux dangereux, les vacances de rêve se transformeront vite en cauchemar…
Ce comics ressemble à s’y méprendre à une aventure comique. Alors qu’en fait, pas du tout ! Au fil des péripéties de Vera au camp scout (à la dure), l’autrice évoque le sentiment de solitude, la difficulté à s’intégrer (et à trouver des amies qui en valent vraiment le coup !) et à vivre entre deux cultures. C’est un récit vraiment profond, superbement mené. Côté graphismes, elle use d’un style un peu naïf (beaucoup de très ronds) qui colle bien au récit ; toute la BD est déclinées dans des nuances de vert (vu qu’on est dans la forêt presque tout du long, c’est raccord). J’ai envie de lire d’autres titres de l’autrice, maintenant !

Spirite, tome 1 : Tunguska, Mara (Drakoo).

Dans le New York des années 1930, Ian Davenport, timide jeune chercheur en spiritologie qui traque mais surtout étudie les fantômes, voit son mentor et ami Boris Voynich se faire assassiner sous ses yeux dans des circonstances étranges. Il se retrouve alors propulsé dans une sombre histoire de meurtres inexpliqués qui semblent ne cibler que ses confrères spiritologues. Seul, désespéré, rejeté par la police qui ne le prend pas au sérieux de par son métier peu crédible, il décide de chercher de l’aide auprès des journalistes d’une rubrique paranormal d’un grand journal New York. Là, il y rencontre Nell Lovelace, une jeune femme sceptique au caractère bien trempé, qui accepte à contrecœur de l’aider. Ensemble, ils vont tenter de percer le secret de cette affaire de meurtres, qui semble liée à la terrible explosion d’origine mystérieuse de Tunguska en 1908, contrée perdue de la Sibérie profonde.
Première chose qui m’a marquée dans cette BD : les magnifiques illustrations !! Elles ont un cachet fou ! J’avais l’impression d’être dans un film d’animation parfaitement transposé. Les décors sont hyper soignés, les personnages bien détaillés, c’est un plaisir à regarder, donc. Côté intrigue, j’ai trouvé que l’équilibre était très bon entre l’introduction à l’univers et l’aventure menée. Celle-ci mêle chasse aux fantômes, un brin de fantastique et un peu d’enquête et s’avère hyper prenante. J’ai hâte de lire la suite !

Il faut flinguer Ramirez, tome 1, Nicolas Petrimaux (Glénat).

Jacques Ramirez est l’exemple parfait de l’intégration des personnes handicapées dans le milieu professionnel. Le fait d’être muet ne l’a pas empêché de devenir le meilleur technicien chez Robotop, le leader de l’aspiration des poussières. Ponctuel, efficace et aimable, son nom a même été avancé pour recevoir le titre d’employé de l’année (chut, ce n’est encore qu’une rumeur). Par contre, le cartel mexicain de la drogue l’a dans le collimateur et un contrat court sur sa tête.
J’avais beaucoup entendu parler de cette BD et j’étais éminemment curieuse de savoir ce qu’il en allait… et j’ai adoré ma découverte ! Le récit est un bon gros thriller avec une intrigue complètement déjantée (le cartel mexicain ne faisant pas dans la dentelle). Il y a un énorme décalage entre cette intrigue et l’ambiance générale de la BD, qui présente énormément d’humour, notamment dans des petits coins d’illustrations, ou des petites lignes. Mention spéciale, à ce titre, aux encarts publicitaires insérés dans le récit ! C’est génial ! Je suis très impatiente de lire le tome 2 maintenant !


Beate & Serge Klarsfeld : un combat contre l’oubli, Pascal Bresson et Sylvain Dorange (La Boîte à Bulles).

« Si les Allemands nous arrêtent, moi, je survivrai parce que je suis fort mais pas vous ». Ces paroles, prononcées en 1943 par son père, assassiné à Auschwitz, Serge Klarsfeld ne les oubliera jamais. Après la guerre, il se marie à Beate, une jeune allemande installée à Paris. Ensemble, ils se font la promesse d’obtenir la mise à l’écart de la vie politique allemande de tous les anciens nazis, puis d’obtenir le jugement et la condamnation des principaux responsables nazis de la déportation, notamment ceux ayant sévi en France. Distribution de tracts, manifestations, tentatives d’enlèvements, la « méthode Klarsfeld » prouve leur obstination à débusquer les anciens criminels de guerre qui vivent paisiblement en toute impunité alors que, durant la guerre, ils occupaient des postes officiels, soit comme gradé nazi avec Lischka, Hagen, ou Barbie soit en tant que collaborateurs français comme Papon, Bousquet ou Touvier…
J’avais lu les Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld à leur parution – une lecture vraiment passionnante ! – donc lorsque j’ai su que cette BD sortait, j’ai eu très envie de m’y replonger. L’auteur et l’illustrateur ont vraiment retranscrit à merveille le parcours de ce couple mythique de chasseurs de nazis : le récit est très bien mené, et se lit vraiment comme une aventure à part entière (alors que tout est super bien documenté). L’intrigue est vraiment centrée sur la traque de Klaus Barbie, une des plus emblématiques qu’ils ont pu mener et c’est aussi passionnant que dans les Mémoires ! Bref, une excellente BD biographique et historique, à mettre entre toutes les mains.

Tops/Flops :

Ces deux derniers mois de l’année ont été riches en très bonnes découvertes… et en moins bonnes ! Commençons par ces dernières !

Je n’ai pas été très emballée (et c’est rien de le dire) par Le Dernier Drae de Kelly St-Clare et Raye Wagner, un titre en lice pour le prix LA au rayon fantasy. (Depuis j’ai lu La Dernière courtisane, lui aussi en lice, que j’ai trouvé encore pire que nul, mais je m’avance un peu sur le petit bilan de janvier !). Dans Le Dernier Drae, il y a tout de même de bonnes idées, et l’univers est vraiment intéressant. Ce qui pêche, ce sont les incohérences dans la narration (peut-être dues au fait que c’est un récit à quatre mains), l’intrigue hyper survolée et les péripéties vraiment trop classiques. Je ne lirai pas la suite !
J’étais très curieuse de découvrir les livres d’Ann Leckie et j’ai donc lu La Tour du Freux, mais je pense que ce n’était pas le meilleur titre pour découvrir son œuvre. Le roman est très original (avec un choix narratif vraiment atypique), mais souffre de longueurs assez difficiles à surmonter, surtout dans la première partie. La seconde s’avère plus prenante, mais j’ai vraiment peiné sur le début.

Heureusement, j’ai aussi fait d’excellentes découvertes, et même eu deux coups de cœur, au rayon bulles (une fois n’est pas coutume !

J’ai découvert avec un immense plaisir Peau d’homme, d’Hubert et Zanzim (Glénat). Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, doit épouser un riche marchand (qu’elle n’a évidemment pas choisi). Or les femmes de sa famille détiennent une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo, peut désormais visiter incognito le monde des hommes, apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel… et découvrir au passage amour et sexualité. C’est génialissime ! L’histoire est hyper moderne et, sans le décor très Renaissance, on jurerait que cela se passe de nos jours (ce qui, en soi, est assez flippant sur l’ambiance de notre époque). Il y a beaucoup d’humour, et cela permet de faire mieux passer les sujets pas si drôles que cela qui sont évoqués – avec brio ! Bref, je recommande très chaudement ce titre !
J’ai également (enfin !) lu le premier tome de Stand still, stay silent, de Minna Sunberg (Akiléos) et j’ai adoré également. Ce comics fait la part belle aux mythologies scandinaves et nous embarque dans un périple post-apocalyptique mêlé d’un brin de fantasy. Les graphismes sont magnifiques ! J’ai vraiment adoré, et suis curieuse de lire la suite, comme les autres titres de l’autrice !

Citations

« Prudence laissa échapper un cri de surprise lorsqu’un troupeau de dragons sortit à son tour de la brume. Il s’agissait en fait d’embarcations dont la carlingue avait été forgée de façon à donner cette illusion. Longs de trente pieds environ, ces dragons balançaient gracieusement leur tête et leur queue dans le vent, donnant un mouvement naturel aux animaux mécaniques. Le réalisme était encore accentué par leurs yeux luisants et les volutes de vapeur qui s’échappaient de leur gueule. Sur les flancs des machines volantes, de costauds boucliers de bois avaient été alignés et leur chevauchement formait une rangée d’écailles colorées. Les cavaliers des hippoléoptères pointaient des arbalètes pourvues de gros barillets sur les pirates, tandis que les dragons mécaniques avaient chacun un canon sortant de leur ventre prêt à faire feu sur le pont de l’Héliotrope.Baissez vos armes ! répéta Mousquet à ses hommes, qui s’exécutèrent enfin.
Aussitôt les visiteurs firent de même et les canons se replièrent à l’intérieur des dragons dans un raclement sourd.
L’un des hippoléoptères se posa lourdement sur le navire, soulevant un nuage de neige poudreuse. Son cavalier sauta lestement sur le pont.
D’une voix étouffée par le col de sa cape, il s’adressa au capitaine :
– Afevis din idenotit, netop dine henasigter.
– Venner ! Venner, at spise venner, répondit Mousquet, pataugeant dans les deux mots de nordish qu’il connaissait.
Le nouveau venu hésita. En effet, le capitaine venait de lui proposer de manger ses amis, ce qui n’était évidemment pas dans ses intentions. »
Steam Sailors, tome 1 : L’Héliotrope, E.S. Green.

« Comme vous êtes intelligente, Cassandra !
Ayant passé l’âge de feindre la modestie, elle ne chercha pas à nier. En effet, elle était intelligente. De plus, elle avait eu la chance de grandir dans une maison où l’intelligence des filles était appréciée et où celles-ci n’avaient pas à s’excuser de posséder un cerveau. »
Miss Austen, Gill Hornby.

« Âgée de trois ans de plus que moi, elle avait le charme et la sensibilité d’un coup sous la ceinture. »
Bone Season, tome 1 : Saison d’os, Samantha Shannon.

« Ainsi, mourir quand on très aimé par une personne atteinte de démence est une mauvaise chose d’un côté, parce que la personne ne se souvient pas très souvent qu’on est mort ; mais c’est une bonne chose d’un autre côté, parce qu’on est pleuré fraîchement à chaque fois qu’elle se souvient, de sorte que notre absence ne devient jamais banale et jamais une habitude. »
Âge Tendre, Clémentine Beauvais.

« Si tout le monde répète sans cesse qu’on ne vaut rien du tout, il est difficile de ne pas le croire. »
L’Incivilité des fantômes, Rivers Solomon.

« Eh bien, en ce cas, cessez de faire des manières. Je passe déjà beaucoup trop de temps à essayer de décoder vos euphémismes puis à réparer les pots cassés quand je les ai mal décodés. »
L’Incivilité des fantômes, Rivers Solomon.

« Ces derniers temps, quand je vois des jeunes gens de vingt et un ans, je les trouve d’une jeunesse consternante, à peine sevrés du lait de leur mère, mais lorsque j’en avais vingt, je me considérais comme un homme adulte. J’étais père d’un enfant, j’avais combattu dans le mur de boucliers et ne m’en laissais conter par personne. En un mot, j’étais arrogant, sot et entêté. »
Le Quatrième Cavalier, Bernard Cornwell.

[2020] Petit bilan du mois d’octobre.

 

Un peu de stats :

J’ai pas mal lu ce mois-ci (pas mal de BD d’ailleurs, cela change un peu) ! Tout ça pour un total de 3470 pages et 480 minutes d’écoute !

Carnet de lectures :

Ce mois-ci, j’ai écouté le premier tome d’Harry Potter, lu par Bernard Giraudeau. Et ? Eh bien, grosse déception. Autant j’étais ravie de retrouver l’univers et de redécouvrir des scènes que j’avais complètement oubliées, autant j’étais hyper déçue de sa lecture. J’aurais pu passer sur la lecture « à la française », qui nous présente « Harry Pottère » et « Hermione Grangé » (mais, curieusement, « McGonagoll ») mais ce qui ne passe pas du tout, ce sont les voix accordées aux personnages. Hermione est affublée d’une voix haut-perchée caricaturale ; Ron a carrément un zozotement-cheveux sur la langue qui n’a jamais été mentionné dans le texte !
Cela donne des parti-pris assez désobligeants sur les personnages et dessert même un peu l’intrigue.
J’ai pris une version un peu ancienne à la bibli, j’ai vu qu’on en avait une légèrement plus récente, je vais voir si cela s’est amélioré entre les deux prises.

Rayon BD

Ce mois-ci, j’ai lu pas mal de BD auxquelles je ne consacrerai pas nécessairement de chronique, au premier rang desquelles le premier tome de la série La Boîte de Pandore de Gijé et Carbone (Dupuis) (dont j’ai adoré les deux premiers tomes de la série Dans les yeux de Lya).

Ici, on suit Nola, une fillette qui reçoit pour son 8e anniversaire la boîte à musique de sa défunte mère. Rapidement, elle a l’impression que quelque chose bouge à l’intérieur. Et de fait, oui : quelqu’un l’appelle à l’aide ! En suivant les instructions d’André, la fille dans la boîte à musique, Nola rapetisse, entre dans la boîte et découvre Pandorient, un univers incroyable où la magie et des animaux anthropomorphes existent. Or, Andréa et Igor, son petit frère, ont vraiment besoin de Nola (qu’ils confondent, dans un premier temps, avec Annah, sa mère) : leur propre mère, Mathilde, est gravement malade. Ils comptaient sur les compétences médicales d’Annah . Nola va donc devoir improviser… sans se faire attraper !
Évidemment, après la précédente série, j’étais curieuse de lire celle-ci. Elle s’adresse à un lectorat un peu plus jeune mais est tout aussi bonne. Ce premier tome s’avère très introductif à l’univers, comme aux personnages, tout en proposant une intrigue qui connaît une véritable conclusion. Bien qu’elle soit assez simple, l’intrigue est bien menée et donne envie d’en savoir plus sur cet univers. Côté graphismes, j’ai été charmée par le trait de Gijé, qui nous emporte dans un tourbillon de couleurs et de détails chatoyants. C’est vraiment beau à regarder !
La série compte déjà quatre tomes parus, et j’ai hâte de lire les suivants.

J’ai poursuivi la série Les Chroniques d’UnderYork de Mirka Andolfo et Sylvain Runberg avec le tome 2 : Possession (Glénat). Je ne crois pas avoir consacré de chroniques ou de blabla au premier tome !

L’intrigue se déroule donc à New York, de nos jours. La ville se prépare à élire son nouveau maire et les campagnes/magouilles politiques battent leur plein. La protagoniste, Alison Walker, est une jeune peintre qui, au début du tome 1, s’apprête à vernir sa toute première expo. Or, Alison est aussi une sorcière, issue d’un des cinq clans qui règnent sur la cité souterraine : Under York. Suite à des événements traumatisants (que l’on découvre plus avant dans le deuxième tome !), elle a quitté sa famille et s’est volontairement exilée à la surface. Justement, un démon babylonien, Marduk, a pris ses parents et son petit frère en otage. Son frère aîné vient donc la tirer de son expo et la somme de revenir en sous-sol : c’est leur famille, leur responsabilité. A eux de régler le problème !
Les deux premiers tomes proposent une intrigue assez dense, puisqu’elle mêle l’intrigue liée aux sorciers, celle liée à la politique, et l’histoire personnelle d’Alison. Après un premier tome qui installe l’intrigue (en garantissant un bon rythme), on bascule sur un bon tome 2 de transition, avec ce qu’il faut de suspense et de révélations. Alors que le premier tome proposait des couleurs assez chaudes, celui-ci est globalement dans des tons froids, plutôt verts, qui collent à l’évolution de l’intrigue. Dans les deux tomes, le récit est entrecoupé de larges extraits (manuscrits !) du journal d’Alison, qui sont très denses à lire (comparé au découpage dynamique de la BD) et coupent un peu le rythme. Je suis curieuse de lire le troisième (et dernier, me semble-t-il) tome de cette série.

J’ai également continué mes lectures pour le Prix Livraddict, secteur BD, avec deux excellentes découvertes.

J’ai donc découvert Tant pis pour l’amour : ou comment j’ai survécu à un manipulateur, de Sophie Lambda (Delcourt).

Quand Sophie rencontre Marcus, elle tombe amoureuse en 48h. Elle qui était si cynique en amour, cette fois, elle y croit. Sauf qu’il se révèle vite étrange. Sophie a alors besoin de comprendre ce qui ne va pas. Confronté à ses mensonges et ses incohérences, il a des réactions violentes, des excuses pour tout et arrive à se sortir de chaque impasse. Mais jusqu’à quand ?
Tant pis pour l’amour une bonne grosse BD qui narre une histoire d’amour triste et abusive. Mais c’est raconté avec ce qu’il faut d’humour et d’entrain pour ne pas rendre la BD déprimante.
Elle est aussi hyper didactique, quasi documentaire, et parfois presque trop dans la seconde partie. J’ai néanmoins trouvé que ça passait parce que c’est toujours marié à l’expérience de l’autrice-illustratrice, et illustré de nombreuses scènes de sa vie réelle (ou présentées comme telles, en tout cas). Le dessin, souvent assez léger, vient soulager un peu l’ambiance pesante. D’ailleurs, l’histoire est racontée avec pas mal d’autodérision et d’humour – notamment parce que le side-kick de Sophie est son ours en peluche alcoolique et cynique à souhait.
Et puis c’est tellement instructif ! J’ai regretté de pas avoir lu cette BD au lycée, franchement. Elle m’aurait évité bien des désagréments !

Autre excellente découverte dans le cadre de ce prix : Le Château des animaux, tome 1 : Miss Bengalore, de Xavier Dorison et Félix Delep (Casterman).

Quelque part dans la France de l’entre-deux guerres, niché au cœur d’une ferme oubliée des hommes, le Château des animaux est dirigé d’un sabot de fer par le président Silvio… Secondé par une milice de chiens, le taureau dictateur exploite les autres animaux, tous contraints à des travaux de peine épuisants pour le bien de la communauté… Miss Bangalore, chatte craintive qui ne cherche qu’à protéger ses deux petits, et César, un lapin gigolo, vont s’allier au sage et mystérieux Azélar, un rat à lunettes pour prôner la résistance à l’injustice, la lutte contre les crocs et les griffes par la désobéissance et le rire…
La BD est une adaptation de La Ferme des Animaux de George Orwell, que je n’ai pas l’honneur d’avoir lu – je ne me prononcerai donc pas sur la fidélité à l’œuvre. Alors, premier point : les graphismes. Mais quelle tuerie !! Si je ne me trompe pas, ils sont tous fait à la peinture à l’huile et c’est superbe. Les animaux, comme les décors, sont hyper bien représentés et il y a une vraie profondeur dans les images. Dès les premières pages, j’étais donc sous le charme. L’histoire est bien menée, servie par une ambiance extrêmement pesante et qui est du plus bel effet. Bien que ce soit le premier tome, l’histoire avance vraiment bien… tout en donnant follement envie de lire la suite (le T2 sort tout bientôt normalement).

Il ne me reste que deux titres à lire pour le Prix Livraddict BD, mais j’ai déjà fait deux excellentes découvertes sur les trois premiers titres. Le choix va être difficile !

Sections albums :

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu d’album jeunesse (la faute à un manque certain d’animations jeunesse en ce moment…) donc j’ai renoué avec le genre… pour le Prix Livraddict, encore une fois. J’ai lu deux des 5 albums de la sélection et pour l’instant, l’un se détache nettement !

Il s’agit de Jules et le Renard, de Joe Todd-Stanton (dont j’avais déjà adoré Le Secret du rocher noir). On suit l’histoire de Jules, un jeune souriceau qui rencontre donc un renard. L’histoire est hyper mignonne (à défaut d’être vraiment réaliste !). Ce qui vaut vraiment le détour, ce sont les très belles illustrations de Joe Todd-Stanton, qui a un trait hyper détaillé, paré de très belles couleurs.

L’autre titre lu est Le Cimetière des mots doux, d’Agnès Ledig, illustré par  Frédéric Pillot (Albin Michel jeunesse). Je suis plus mitigée sur celui-ci, bien qu’il possède d’indéniables qualités. C’est l’histoire d’Annabelle, une fillette dont le meilleur ami, Simon, est malheureusement atteint d’une leucémie. La question du deuil est donc abordée de façon très frontale. Les illustrations sont à la fois pudiques, poétiques, pleines de douceur. Ma réserve vient finalement du texte, qui à de nombreuses reprises est hyper didactique, ce qui semble assez peu naturel. C’est souligné par la profession de foi des auteurs, publiée en fin d’ouvrage, dans laquelle ils expliquent qu’ils ont vraiment souhaité un « livre-outil ». Et c’est dommage, parce que ça se sent vraiment !

Côté ciné/séries :

Ce mois-ci, j’ai cédé à la tentation et regardé l’adaptation télévisée de la série de romans (elle-même adaptée en BD) Enola Holmes.
Et… eh bien j’ai passé un super moment ! L’intrigue du film fait qu’il est parfaitement adapté à un visionnage familial (il s’agit quand même d’une série jeunesse initialement).
On y découvre la jeune Enola Holmes, sœur benjamine de l’insupportable Mycroft et du réputé Sherlock. Enola, qui a vécu seule avec sa mère, a reçu une éducation très complète : arts martiaux, logique, mathématiques, Mrs Holmes n’a rien laissé au hasard. Or, elle disparaît le jour du 16e anniversaire d’Enola, en lui laissant des messages codés. Elle part à sa recherche, alors que Mycroft essaie désespérément de l’enfermer dans un pensionnat de jeunes filles.
Le film est hyper dynamique, notamment en raison des multiples annonces au spectateur que fait Enola. Le rythme est bien géré : il y a des mystères, de la réflexion, quelques scènes d’action bien senties qui font que je ne me suis pas ennuyée une seconde.
Ma lecture des romans remonte un peu mais j’ai eu l’impression que le film était assez fidèle à mes souvenirs de lectrice. J’espère donc vivement que la suite sera également adaptée !

Tops/Flops :

Octobre était le moins des extrêmes ! Une intense déception, et un coup de cœur !

Je n’ai pas du tout apprécié ma lecture de Sur la route de Riverside de Sophie Cole (Scrineo) qui, pourtant, partait bien.
C’est l’histoire de Taylor, 19 ans, qui 9 ans plus tôt a vu son père se faire abattre froidement par un cowboy, qu’elle cherche donc à retrouver pour se venger. Attaquée sur la route par trois hors-la-loi, elle s’aperçoit qu’ils connaissent et peuvent l’amener au cowboy en question. Elle passe donc un marché avec eux et s’attache à leurs pas, puis se rend indispensable.
Le contexte du western au 19e était excellent, mais l’intrigue s’avère hyper faible. Elle repose sur des retournements de situation rarement surprenants. Le style est assez plat et aligne les anachronismes (Taylor fait de nombreuses remarques sur la condition des femmes et cela semble étrange vu le contexte). Sans surprise, le tout tourne rapidement à la romance entre l’héroïne et le bad boy et c’est un peu dommage (en plus d’engluer le récit). Je me suis traînée sur cette lecture qui s’est avérée relativement pénible.

Heureusement, elle a été contrebalancée en fin de mois par la lecture de L’Héritage du Rail, de Morgan of Glencoe, un tome 2 que j’attendais avec une énoooorme impatience. Et celle-ci n’a pas été déçue une seconde : un coup de cœur au T1, un coup de cœur au T2 ! Le rythme de l’intrigue est parfaitement géré, alors même que celle-ci prend une ampleur considérable (notamment au niveau politique). Les personnages évoluent tous (pas toujours comme on aurait souhaité !) et cela ouvre d’intéressantes perspectives pour la suite. Suite annoncée pour octobre 2021 et que j’attends d’ores et déjà avec impatience !

Citations :

« La Brigade prodigieuse est censée être une alliance entre vous cinq et les douze Conseillers.
– Il faut vraiment changer ce nom, maugréa Dex. Que diriez-vous de la Brigade T. Rex ?
– Ou la Brigade alicorne ? proposa Biana.
– On n’a qu’à s’appeler l’Ordre du Phénix, sinon, suggéra Sophie.
La plaisanterie, bien sûr, échappa à tout le monde. »
Héritages, Shannon Messenger.

« Waouh, ricana Ro. C’est ça la romance chez les elfes ? « Ne vous tourmentez pas, mon amour, une bande d’intellectuels snobinards va de facto inscrire votre nom sur un bout de papier pour nous autoriser à nous fréquenter »? Tu m’étonnes que tu ne te sentais pas prête pour les bisous ! »
Héritages, Shannon Messenger.

« Comme à chaque équinoxe, le père Bertrand avait sorti sa collection de grigris et l’astiquait patiemment d’un petit chiffon doux imbibé d’une potion magique transmise par sa grand-mère : huile, vinaigre et sel, une recette qui avait l’avantage non négligeable de pouvoir finir en vinaigrette. La sorcellerie est une branche de la cuisine, disait d’ailleurs sa mère qui, elle, était plus douée en tourtes qu’en philtres. Le père Bertrand, comme chaque fois que ses figures féminines se rappelaient à son souvenir, se tourna pour saluer le petit autel familial qu’il avait installé près de la cheminée. Une simple boîte ornée de minuscules stèles de marbre, d’une bougie et de quelques fleurs fraîches. Une tradition qu’il avait découverte lors d’un voyage au Japon et qu’il avait adoptée. Depuis, chaque jour, il leur gardait quelques miettes de son repas en offrande et veillait à ce que la bougie soit toujours allumée. Aussi fut-il fort surpris de la trouver éteinte.
Quelque chose allait arriver. »
Phalaina, Alice Brière-Haquet.

« Elle écrivit quelque chose sur un bout de papier et fronça les sourcils.
– Je préférerais ne pas être obligée de revenir. Tu sais lire ?
Je redressai le dos.
– Couramment ? Dans trois langues, répliquai-je. Et je me débrouille dans deux autres. Caz ena, konass ?
La guérisseuse hésita. Elle ne comprenait pas ce que je venais de dire, mais un mot avait dû lui paraître familier. »
Vow of thieves, Mary E. Pearson.

« Vous êtes une femme très forte, Capitaine.
– Forte ? Ne confondez pas la force et la puissance, princesse. Je suis puissante. Je suis même la femme la plus puissante de la Triade et de Keltia. Pourquoi ? Parce que je ne dépends d’aucun homme, contrairement à la Reine, la Sultane ou l’Impératrice, et que je suis à mon poste tant que je vivrai, contrairement à la Bouddica, à la Nevenoe, à la Tintagel et à la Boru. Je suis la meilleure Capitaine du Rail, élue telle par mes pairs, et je ne dépends que d’eux. Et de mon équipage ? Mon équipage est ma famille, princesse, j’ai gagné leur respect et je fais chaque jour tout pour en être digne. Alors, oui, je suis puissante. Je suis le fer de lance de Keltia, son bouclier contre la guerre qui sourd depuis plus d’un siècle à ses portes, pourtant… […] Oui, j’ai fait des choix parfois difficiles ou aux conséquences effrayantes ; oui, j’ai travaillé corps et âme pour faire rouler ce train ; oui, j’estime être digne et légitime, sans orgueil ni fausse modestie, dans la fonction que j’occupe actuellement. Je suis puissante, soit, et cette puissance ne m’est ni une ivresse ni un plaisir, mais un outil ou un devoir. Suis-je forte ? Je l’ignore. Je sais que la femme qui élève et protège ses enfants, dans un monde incertain et dur, sans savoir si elle pourra les nourrir et les voir grandir et partir, et qui trouve encore le courage de se lever le lendemain, est forte. Je sais que la fille que son père viole ou met sur le trottoir et qui trouve encore à rêver et à croire en des jours meilleurs est forte. Je sais que votre mère, qui a défendu l’honneur de son pays, affronté tout le clan Nekohaima par amour pour votre père et vous a protégée une arme à la main, était forte. Je sais que chaque jour, dans le monde entier, des filles, des femmes, des vieillardes, prouvent leur force au monde entier, et que le monde entier s’en fout. Mais ne me prenez pas pour une femme forte, Yuri-hime : je ne saurais, vous ne saurez, si je suis forte que lorsque je serai tombée, et seulement à la façon dont je me serai relevée, si tant est que je me relève. La puissance vient du monde. La force ne vient que de soi. Un autre whisky ? »
L’Héritage du Rail, Morgan of Glencoe.

[2020] Petit bilan de septembre.

Un peu de stats :

À force de transports par-ci par-là (pour le boulot mais pas que), d’annulations de spectacles et de week-ends plutôt bof, septembre aura été productif, si j’en crois mes calculs, puisque ce mois-ci…
j’ai lu 4016 pages
j’ai écouté 1637 minutes de romans (encore une fois, merci Tolkien !)
j’ai lu 825 pages de bulles (BD & mangas : là, c’est plus facile de cumuler !).

Carnet de lectures.

Rayon romans :

Le Silence des vaincues, Pat Barker (Charleston).
Je ne lis pas beaucoup de titres chez cet éditeur mais j’avoue que quand j’ai vu qu’était prévue une réécriture de la guerre de Troie du point de vue de Briséis, je n’ai pas beaucoup hésité. Une fois n’est pas coutume, je ne fais pas de résumé, car tout est dit ci-dessus (et qu’on connaît les grandes étapes de la-dite guerre de Troie). Et donc, cette réécriture ?
Eh bien pas mal du tout ! Tout le récit est narré du point de vue de Briséis, donc. Il commence avec la chute de Lyrnessos (royaume dont Briséis était reine) et s’achève avec le départ des armées grecques de la grève troyenne. Ce n’est pas vraiment un roman épique, comme l’a fait David Gemmell car, sans surprise, les prisonnières de guerre n’ont pas vraiment d’occasion d’agir. À elles l’arrière, les blessés à l’infirmerie, le service des guerriers à table et, bien sûr… les viols à répétition. L’autrice ne fait aucun mystère de ce que subissent les femmes (et les outrages sont légion). J’ai trouvé que la narration était un peu froide et instaurait une certaine distance avec les personnages, mais ce n’est vraiment pas gênant. Et cela ressemble plutôt aux vers d’origine ! Au fil des chapitres, l’autrice explore aussi une question cruciale : celle de la parole des victimes (de guerre, mais pas que) et la question de la véracité historique. Car, enfin, on le sait bien, l’histoire est écrite par les vainqueurs. Bref, j’ai vraiment aimé cette réécriture ; peut-être pas autant que celle de Gemmell, mais il est difficile de comparer les deux œuvres !

Le Réveil des légendes #1 : L’étoile flamboyante, Sophie Ginisty (404).
Derrière son regard flamboyant et son statut de rebut de la société, Ieven le demi-elfe n’a qu’un but depuis son enfance : retrouver le jumeau à qui on l’a arraché, faisant prévaloir ainsi la loi de l’enfant unique qui règne sur l’Empire de Gaïa. En attendant que ce jour vienne, Ieven loue ses services en tant que guide pour tous ceux qui voudraient s’aventurer dans les Bas-Fonds, une dangereuse région isolée du reste du monde. Se préparant pour une nouvelle mission, le demi-elfe n’a alors aucune idée de ce qui l’attend. Entre tempêtes de neige, assassinats et trahisons, il va se faire entraîner dans une véritable course contre la montre qui l’amènera peut-être jusqu’au bout de sa quête…
Voilà un roman que je n’ai pas du tout aimé. C’est un roman de fantasy que j’ai trouvé hyper cliché, et ce en premier lieu à cause du personnage principal, qui est à mi-chemin entre l’aventurier baroudeur blasé et le naïf compulsif – et qui m’a donc prodigieusement agacée. Côté intrigue, on s’étend dans des péripéties excessivement longues, qui semblent servir de « remplissage » et m’ont fait maintes fois perdre le fil de l’intrigue principale. J’ai trouvé le récit hyper confus, tout comme l’univers, qui fait appel à plein de références sans vraiment s’en dépêtrer, et qui en plus mêle fantasy et univers réaliste… mais sans vraiment détailler. Là encore, j’ai trouvé que c’était confus.
Pour être honnête, je dois reconnaître que le dernier chapitre était un poil plus intéressant, mais il ne m’a pas donné envie de poursuivre plus avant la série.

Rayon bulles

Le Prince et la Couturière, Jen Wang (Akiléos).
Le prince Sébastien cherche sa future femme, ou plutôt, ses parents lui cherchent une épouse… De son côté, Sébastien est trop occupé à garder son identité secrète à l’abri des regards indiscrets. La nuit, il revêt les tenues les plus folles et part conquérir Paris sous les atours de l’époustouflante Lady Crystallia, l’icône de mode la plus courue de toute la capitale ! Sébastien a une arme secrète : sa couturière, Francès, une des deux seules personnes à connaître son secret, et sa meilleure amie. Mais Francès rêve de s’accomplir par elle-même, et rester au service du prince lui promet une vie dans l’ombre… pour toujours. Combien de temps Francès supportera-t-elle de vivre dans le boudoir de Sébastien en mettant ses rêves de côté ?
On a énormément parlé de cette BD à sa sortie et elle m’a été chaudement recommandée aussi bien par des amies que par des collègues. Je ne sais pas pourquoi j’ai traîné autant de temps avant de la lire (le fait qu’elle soit empruntée en permanence a sans doute joué). Résultat ? Eh bien toutes ces chaudes recommandations étaient parfaites, car la BD m’a éminemment plu ! Je pensais passer un temps infini à la lire mais entre le découpage dynamique, les longs passages sans texte et l’intrigue en général, je n’ai pas vu les pages passer. Le récit m’a vraiment surprise. Je pensais qu’il serait question de transidentité alors que ça n’est pas du tout le cas. Le prince Sébastien a juste une préférence pour la mode féminine (vu le panel que cela permet par rapport à la mode masculine, il a bien raison) et le message général ressemble plus à « Accomplissez-vous vous-mêmes, et jetez aux orties les commentaires et la bienpensance des autres ». Ce que j’ai hautement apprécié. De prime abord, j’ai trouvé la réaction finale du père assez surprenante, mais je trouve qu’elle colle parfaitement au ton du récit, assez joyeux et optimiste en général (malgré quelques péripéties plus difficiles pour les personnages). Autre point qui m’a plu : Frances a une vraie histoire à elle, avec de grands enjeux, et elle n’est pas le second rôle de la BD. De fait, l’histoire est bien équilibrée entre les deux protagonistes sans alternance hyper marquée, mais avec des passages réguliers de l’un à l’autre. Impeccable, donc. Et côté graphique ? Jen Wang a un trait assez rond, qui est un vrai régal visuel. On s’en met plein la vue avec les tenues incroyables créées par Frances. Et le jeu de couleur, privilégiant les couleurs vives (ou les pastels) est sublime. Bref, je recommande à mon tour chaudement ce titre !

Cette année, le Prix Livraddict a été relancé et j’ai décidé de participer pour plusieurs catégories, parmi lesquelles les mangas. J’ai donc lu mon premier titre de la sélection : Adieu mon utérus de Yuki Okada, un manga autobiographique.
Yuki Okada, à 33 ans, a tout pour être comblée : mariée et heureuse, mère d’une petite fille, elle exerce également le métier qu’elle aime – autrice de mangas. Aussi, quand elle consulte son médecin à cause de règles anormales, elle ne se doute pas de la terrible nouvelle qui l’attend : malgré son jeune âge, elle développe en effet un cancer du col de l’utérus. Chamboulée et perdue, elle ne saura d’abord pas comment réagir, et affronter cette épreuve que la vie lui impose… Pourtant, très vite, elle comprend qu’il lui faudra faire des choix. Mais entre les avis de ses proches et du corps médical, comment savoir ce qu’elle souhaite vraiment ?
C’était une expérience de lecture assez étrange, sans doute en raison de la part autobiographique. La mangaka livre un témoignage très touchant sur son expérience médicale, dont elle ne cache ni les passages les plus douloureux, ni les plus angoissants (je dois dire que ça n’a pas du tout rassurée). En creux, on découvre aussi la société japonaise, tant le traitement des maladies que la place des femmes… et tout n’est pas rose ! Chaque société a ses façons de faire, mais j’avoue que j’ai été estomaquée par le passage où, avant d’être hospitalisée, elle étiquette entièrement le placard de leur fille pour que son mari trouve comment l’habiller ! Bref…
Si le récit est intéressant, le style graphique (très « chibi ») ne m’a pas follement emballée.

Top/Flops :

Le roman que j’ai le moins aimé ce mois-ci est sans conteste Le Réveil des légendes, sur lequel j’ai énormément pesté. Comme je me suis déjà pas mal étendue sur le sujet en début d’article, je ne l’enfonce pas plus !

J’ai eu un coup de cœur ce mois-ci et, une fois n’est pas coutume, ce n’était pas pour de l’imaginaire, mais pour À quoi rêvent les étoiles de Manon Fargetton, un roman ado contemporain. Et je suis très contente d’avoir eu ce coup de cœur, car ma précédente rencontre avec l’autrice, sur L’Héritage des Rois-Passeurs, ne m’avait franchement pas laissé un souvenir impérissable !

Citations :

« Toute guerre est fondée sur la tromperie.
En vue du Tournoi, la classe entière s’accrochait au dix-huitième Postulat de Sunzi. Les élèves cessaient d’utiliser les salles d’entraînement accessibles à tous durant les heures de cours communes. Ceux qui avaient hérité des arts martiaux de leur famille s’étaient soudainement arrêtés de pavoiser à leur sujet. Nezha lui-même avait renoncé à ses démonstrations du soir.
– C’est comme ça tous les ans, avait dit Raban. Je trouve ça un peu débile, honnêtement. Comme si les pratiquants d’arts martiaux de votre âge avaient quelque chose à cacher.
Débile ou non, les étudiants de leur classe paniquaient sincèrement. On accusait tout le monde de dissimuler une arme dans sa manche, et on soupçonnait ceux qui n’avaient jamais fait démonstration d’un art hérité d’en couver un dans le secret.
Un soir, Niang confia même à Rin que Kitay avait hérité du Poing venteux du nord, un art oublié qui permettait à son pratiquant de neutraliser ses adversaires en touchant quelques points de pression précis.
– J’ai peut-être contribué à propager la rumeur, avoua Kitay quand Rin l’interrogea sur le sujet. Sunzi qualifierait ça de guerre psychologique.
Rin poussa un grognement.
– Sunzi appellerait ça des grosses conneries. »
La Guerre du pavot, Rebecca F. Kuang.

« Appeler les Tuileries un jardin, c’est comme appeler Poudlard une école. Techniquement, les termes sont corrects, mais ils ne leur rendent pas du tout justice. »
Plongée dans les catacombes, V.E. Schwab.

« Je ne sais pas qui est cette gonzesse qui me regarde dans le miroir mais, une chose est certaine, ce n’est pas la Kassandre que je connais.
Rien de ce qui fait mon vrai moi n’a été épargné : exit le cuir noir, les cheveux en bataille et le maquillage blafard. La longue robe dont je suis affublée a beau dévoiler un max de chair, pas un de mes tatouages ne transparaît, la tête de taureau de mon épaule gauche est planquée sous une manche en dentelle ; le No Future de ma nuque a disparu sous un chignon bas ; quant au 666 de mon poignet, il est bien camouflé sous une très chic manchette en argent. Même les trous de mes piercings ont été rebouchés à grand renfort de fond de teint et, moi qui ne mets jamais de soutif, l’engin de torture que Mère m’a obligée à porter me fait des nibards droits comme des missiles !
Rien à dire, c’est du beau boulot et je sais que mes parents vont être contents : pour la première fois de ma vie, je ressemble à une FILLE ! Manque plus que la pancarte « Je suis prête pour la reproduction » et je serai au top.
Le verdict est sans appel : je ressemble à une vraie pétasse de conte de fées. »
Génération K, Marine Carteron.

« L’enfance est une île, l’adolescence un archipel émietté, l’âge adulte un continent. »
A quoi rêvent les étoiles, Manon Fargetton.

Sam opina, même si elle avait été trop jeune pour utiliser ce fameux « Internet » quand il existait encore. De ce qu’elle en savait, c’était une gigantesque collection de vidéos de chats, non ?
Bpocalypse, Ariel Holzl.

« Le maquillage artisanal ne la rendait pas franchement sereine. Le maquillage artisanal chimique ? Encore moins. Surtout si c’était Yvette qui maniait les éprouvettes. Sans parler de ses conseils de séduction :
– Montre-toi vulnérable. Prends-le par les sentiments. ça va le faire craquer, en mode chevalier servant !
– Et si c’est juste un psychopathe qui veut me voir souffrir ?
– Encore mieux. T’auras l’air de la parfaite victime !
– Yvette, tu es la honte de la cause féministe postapocalyptique. »
Bpocalypse, Ariel Holzl.

[2020] Petit bilan estival.

J’ai profité de la période estivale (et des transports !) pour lire (et même un peu plus que d’habitude, j’ai l’impression). En revanche je n’ai pas mis la période à profit pour écrire, je regrette un peu.

Un peu de stats :

Comme je le disais, l’été fut prolixe en lectures, puisque j’ai lu 2174 pages en juillet (dont 251 de relecture) et 4212 pages en août (dont 272 de relecture) ; j’ai écouté 589 minutes en audio.
J’ai mis à profit la période pour continuer, voire terminer des séries : j’ai lu 6 tomes de séries, et j’en ai terminé 2. Pour être honnête, il faut aussi que je précise que j’en ai commencé 3 nouvelles…

Carnet de lectures.

Autant j’ai eu d’énormes coups de cœur, autant certains titres m’ont carrément laissée sur le pas de leur porte. Je parle d’un certain nombre d’entre eux ci-dessous !

Rayon romans :

La Prophétie d’Ulysse, David Pouilloux (Fleurus).
Ulysse est un garçon comme les autres. Du moins, c’est ce qu’il croit, jusqu’au jour où son père, archéologue de renom, disparaît sans laisser de traces. Alors que personne dans son entourage ne s’inquiète, Ulysse sent que cette absence prolongée n’est pas normale. Et s’il était arrivé quelque chose de grave à son père ? Quelque chose en lien avec cette sombre prophétie dont il lui parlait si souvent, quand il était petit ? Déterminé à retrouver son père, Ulysse se rend au Louvre, où Andros devait donner une conférence juste avant sa disparition… et c’est là que les ennuis commencent ! Car Ulysse n’est pas un garçon comme les autres.
Il est l’un des trois enfants divins de la Prophétie. Et s’il rencontre en Kenza, ado et demi-déesse égyptienne, une alliée de poids, le troisième enfant divin, lui, est l’enfant maudit de la Prophétie… dont le rôle est ni plus ni moins de précipiter l’Apocalypse !
Je pourrais dire que, dès la couverture, ça semblait mal barré, mais ce serait du délit de faciès. Sauf que… le fait est que rien ne va. Sans surprise, les ressemblances avec Percy Jackson sont légion (mythologie et enfants divins obligent). On retrouve en plus de ça tous les poncifs de la fantasy : la prophétie terrible, le monde menacé, l’élu qui s’ignore, les méchants très méchants, j’en passe et des meilleures. Le style n’est pas franchement transcendant, donc ne sauve même pas l’ensemble. Sans surprise, je ne lirai pas la suite.

Même les araignées ont une maman, Alain Gagnol (Syros).
Depuis quelque temps, Thomas ne dort plus. Il a de quoi être inquiet : son chat a disparu alors qu’un tueur d’animaux sévit en ville… Une nuit, il distingue une silhouette dans son jardin. Malgré le masque d’opéra chinois qui cache son visage, Thomas reconnaît Emma, sa voisine. Ce qu’il ne sait pas encore, c’est qu’Emma est télépathe, et que ce don extraordinaire pourrait peut-être les mener jusqu’au tueur. Ou mener le tueur à eux.
Voilà un thriller jeunesse qui m’a plu, mais m’a laissée un peu sur ma faim. Le mélange entre thriller et super pouvoirs est bien amené et apporte un intéressant cachet à l’intrigue. J’ai juste trouvé que le tueur sortait un peu de nulle part et qu’il manquait un brin de nuances. Mais dans l’ensemble, la lecture était plutôt prenante.

Le Royaume de Naguerre #1, L’Élixir du bourreau, Isabelle Fabula (Fleurus).
Après la mort accidentelle de son père Philippe, Richard devient comte et part vivre chez son oncle, le roi Frédéric, avec sa mère, sœur de ce dernier, au château de Crénelais où vivent également ses cousins et cousine. Un soir, une servante est retrouvée empoisonnée à l’Élixir du Bourreau, un poison lent inventé par Maître Stratus, l’alchimiste du roi, qui n’a malheureusement pas encore trouvé l’antidote. Richard et son cousin se lancent alors sur les traces de l’assassin…
Voilà un roman qui colle aux classiques du roman historique de chevalerie (on le classe en fantasy puisque le royaume est imaginaire !)… l’ennui en plus. Le style, volontairement moyenâgeux est hyper pompeux et pas toujours pertinent. Les péripéties sont hyper convenues et les personnages aussi manichéens que superficiels. L’enquête, quant à elle, est cousue de fil blanc. Là non plus, je ne lirai pas la suite !

Cannibale, Danielle Thiéry (Syros).
La nuit de la fête de la musique, une jeune fille est retrouvée au bord d’une route, incohérente et désorientée, incapable de dire qui elle est. Un peu plus loin dans la forêt, un groupe de jeunes gens célèbrent le début de l’été sur de la techno, mais l’ambiance a du mal à décoller… Ils ont participé à une course d’orientation « sans portables ni objets connectés », et ce soir deux d’entre eux sont manquants. Il fait maintenant nuit noire. Où sont Roxane et Rafaël ? Olympe, 17 ans, est visiblement plus inquiète que les autres. Au même moment, le capitaine de police Antony Marin, père d’Olympe, est dépêché au chevet de la jeune fille blessée.
Voilà un thriller qui partait super bien : ambiance mystérieuse, personnages torturés, beaucoup de questions sans réponses et donc pas mal de suspense. Malheureusement… tout cela retombe rapidement, à cause des bons points de départ : les mystères et les questions sans réponses le restent, jusqu’à la fin ce qui rend le dernier tiers du roman quelque peu paresseux. Dommage, car le départ était vraiment bon !

L’écuyer du roi, Tonke Dragt (Gallimard jeunesse).
Le destin de l’écuyer Tiuri bascule quand il accepte de délivrer une mystérieuse lettre scellée de trois sceaux au roi d’Unawen, de l’autre côté des grandes montagnes. Abandonner sa famille, ses amis, enfreindre les lois, renoncer à son rêve de devenir chevalier : Tiuri devra tout laisser derrière lui. De la réussite de sa quête dépend l’avenir du royaume. Rivières infranchissables, ennemis redoutables et alliés inespérés l’attendent en chemin.
Un très chouette roman de chevalerie et d’apprentissage, avec tout ce qu’on peut en attendre dedans… Ce qui est clairement le problème ! Le récit est hyper classique et le style a mal vieilli. Tout est très bon enfant et pontifiant (c’est écrit comme Martine à la plage en gros). Heureusement, c’est moins chiant, quoique tout aussi sexiste (du moins avec des yeux d’aujourd’hui), puisqu’il n’y a aucun personnage féminin intéressant (j’exclue la mère et la tante du héros qui ne servent qu’à lui faire à manger et lui prodiguer des encouragements). Après, il faut reconnaître que ça a été publié dans les années 1960…  Par ailleurs, le worldbuilding est hyper décevant (aucune recherche dans les noms ou les castes, par exemple. Les rivières s’appellent respectivement « Verte », « Bleue » ou « Rouge » et les rois portent les noms de leurs villes. Hyper étrange !). Mais malgré tout ça, il faut reconnaître que cela reste un roman de chevalerie jeunesse très accessible. Je regarderai peut-être la série Netflix qui en a été tirée.

Rayon bulles :

Temudjin, 1-2, Antoine Ozanam et Antoine Carrion (Daniel Maghen).
La nuit où naquit Temujin, le vieux chaman Özbeg était en retard. Quand il arriva sur les lieux les membres de la tribu étaient très agités. Il était trop tard pour sauver la mère et de sombres évènements entouraient la conception de cet enfant. mais tout ça, le chaman le savait déjà. Il avait été contacté par les esprits pour venir en aide à ce petit être, afin qu’il puisse vivre et ainsi donner libre court à sa fabuleuse destinée !
Au départ, j’ai un peu de mal à comprendre dans quoi s’embarquaient les deux auteurs. En fait, il s’agit d’une variation autour de la vie de Gengis Khan qui, ici, fait l’expérience du chamanisme (avec un lien très fort à Ayami, l’esprit de la Terre Mère. C’est super bien mené et les graphismes m’ont très clairement tapé dans l’œil. Un superbe diptyque ! (qui existe aussi sous forme d’intégrale).

Dans les yeux de Lya, tomes 1 et 2, Carbone et Justine Cunha (Dupuis).
À la veille de ses 17 ans, Lya se fait renverser par un chauffard qui prend la fuite, la laissant pour morte. Elle survivra mais devra rester en fauteuil roulant toute sa vie. Quatre années plus tard, elle termine son DUT Carrières juridiques et décroche un stage dans le cabinet d’avocats le plus prestigieux de la ville, celui du célèbre et médiatique maître Martin de Villegan. Son stage n’a pas été choisi par hasard, bien au contraire. C’est ce même cabinet qui a réglé son cas des années auparavant. Ses parents ne lui en ont rien dit mais elle a découvert qu’ils avaient été achetés pour éviter des poursuites juridiques. Bien décidée à retrouver celui qui l’a renversée et à lui faire payer, elle va se mettre en quête du dossier. Un jeu dangereux commence alors et sa soif de vengeance ne sera pas sans conséquences…
Les deux tomes sont à l’avenant : un mélange parfait d’enquête pleine de suspense (avec un tour de plus en plus dangereux), beaucoup de tendresse et de bienveillance envers et entre les personnages, le tout servi dans des graphismes sublimes. J’attends impatiemment le troisième tome !

Côté séries.

J’ai terminé la série Dark, une des meilleures séries de SF que j’ai vues. Je ne vais pas résumer car je craindrais de vous spoiler (et la découverte vaut vraiment le coup). Tout ce que j’ai à en dire, c’est que l’idée de départ est géniale et remarquablement exploitée, alors que le sujet est réputé pour être casse-gueule. La photographie est incroyable. Et le rythme ! Ce qui suit est surtout valable pour la première saison, car après tout se bouscule : mais la première saison prend vraiment son temps pour installer ambiance et intrigue et c’est hyper agréable à suivre. Je ne mentirai pas en disant que certains développements sont un peu prises de tête : il faut vraiment la regarder à tête reposée (et ne pas faire autre chose en même temps). Si vous voulez un argumentaire plus efficace, il y a des centaines d’articles qui ont été écrits dessus. Sachez juste que j’ai re-regardé les deux premières saisons avant d’attaquer la troisième et dernière, et que j’en ai été ravie !

Top / Flop.

Cet été, j’ai terminé la série La Couleur du mensonge d’Erin Beaty, dont j’avais adoré le premier tome. Malheureusement, je dois dire que la trilogie s’est terminée sur une note plus que mitigée. J’ai trouvé le tome de conclusion extrêmement lent à démarrer et, une fois lancé, j’ai été déçue que l’intrigue politique s’efface au profit de la romance, laquelle s’englue aussi dans des lenteurs et répétitions assez agaçantes. De plus, la conclusion, quoique satisfaisante, s’est avérée un peu prévisible. Je garderai donc en tête le très bon début de la série !

Bon heureusement, j’ai eu des très très bonnes surprises, et pas moins de deux coups de cœur en août !
Dans le train, j’ai fait un sort à Alma : le vent se lève, de Timothée de Fombelle, qui fait ce qu’il sait faire. Un superbe roman d’aventure (avec des pirates et un trésor caché !), un brin de fantastique et un fond historique hyper documenté, puisque le roman évoque l’esclavage et le sordide marché qui s’est monté autour au XVIIe-XVIIIe siècles. Comme toujours, c’est merveilleusement écrit : il y a un peu d’humour, des personnages vraiment intéressants et beaucoup de dignité par rapport aux épisodes les plus sordides qui nous sont contés. J’ai hâte de lire la suite de la trilogie.

Comme j’étais dans une bonne dynamique « séries », j’ai poursuivi Le Royaume de Pierre d’Angle de Pascale Quiviger, en lisant le tome 2, Les Filles de mai et c’était GÉNIALISSIME. C’est hyper bien écrit, avec un sens des effets d’annonce redoutable. Certaines annonces du T1 sont arrivées ou effleurées, ce qui m’a mise sur des charbons ardents tout au long du bouquin. Le mystère se creuse, tout en donnant quelques réponses (mais pas trop) et cela donne un suspense incroyable à l’histoire. Conclusion : vivement la suite (qui a le bon goût d’être déjà parue).

Citations.

 » Crains l’homme à la lance plus que tu ne crains l’homme à l’épée.
Crains l’homme à cheval plus que tu ne crains l’homme à la lance.
Crains l’homme à l’arbalète plus que tu ne crains l’homme à cheval.
Mais par dessus-tout, crains la vieille au couteau qui s’approche pendant que tu baignes dans ton propre sang, après la bataille. Car elle ne te craint pas du tout.
Proverbe militaire, Empire d’Émeraude, IIIe siècle de la Dynastie Divine. »
Raven Blade #1, Anthony Ryan (Bragelonne).

 » Avons-nous du sang de fée ?
– Sans doute…
– Alors nous vieillirons et mourrons aussi subitement que Mère ?
– Les gens disent que le temps s’écoule différemment quand on vieillit… Peut-être que plus on s’éloigne de la source, plus le courant s’accélère… jusqu’à ce qu’on rejoigne la mer. »
Sœurs d’Ys, M.T. Anderson & Jo Rioux (Rue de Sèvres).

 » Un esclave !
– Vous vous oubliez Schneidig. L’esclavage implique l’exploitation de l’homme par l’homme. Les Martiaux, par définition, ne sont pas des hommes.
– C’est ce que les Espagnols ont dit des Indiens d’Amérique ! Mais nous ne sommes plus au seizième siècle : Berlin ne le tolérera pas !
– Allez donc vérifier ! Selon mes ordres, votre appareil doit être en cours de révision… Vous arriverez en Allemagne une bonne semaine après le premier chargement d’éthérite, et ce sera la parole d’un petit capitaine comme huit mille mètres cubes de la substance la plus précieuse du système solaire. Allons, Schneidig… Vous le savez bien, après l’exploration vient l’exploitation. »
Le Château des étoiles, tome 5 : De Mars à Paris, Alex Alice.

[2020] Petit bilan de juin.

Encore pas mal de lectures ce mois-ci : merci l’organisation du drive à la bibliothèque (donc des transports en commun pour moi puisque ce n’était pas dans mon bâtiment habituel) + le télétravail (plus de temps pour lire le matin en se levant à la même heure !). J’ai écouté pas moins de quatre livres audio (dont un commencé en mars, soyons honnête) ! Une belle perf’ pour quelqu’un qui, il y a quelques années encore, regardait le système avec circonspection !

Un peu de stats :

Ce mois-ci, j’ai lu 2986 pages et écouté 2090 minutes de lecture ! Bon, on voit s’effacer l’effet confinement + beaucoup de télétravail, le nombre de pages a déjà bien diminué 🙂

Carnet de lectures.

Son vrai visage, Karin Slaughter (Harper Collins).
J’avoue que j’ai lu ce livre parce que je n’avais jamais rien lu d’elle – et qu’en plus une adaptation en série est en cours. Dans ce roman, on suit une jeune femme, Andy, qui subit les remontrances de sa mère, Laura, car elle n’a « rien » fait de sa vie (comprenez : 31 ans, pas mariée, pas d’enfant, avec « seulement » un boulot d’assistante à la police. Précisons qu’elle a quitté sa vie à NY pour revenir s’occuper de sa mère atteinte du cancer…). Bref, une maman bien sympa comme on les aime. Alors qu’elles sont au resto, un homme entre et tire à tout va et là, c’est le drame : il s’attaque à la mère qui… le bute, façon ninja. Donc c’est le choc le plus total pour Andy qui semble découvrir sa mère. Mais ça ne s’arrête pas là ! Après ça, sa mère se conduit de plus en plus bizarrement, lui ordonne de partir, lui donne des directives complètement étranges et la chasse de chez elle.
Je suis un peu mitigée. Le début était hyper prenant : entre l’attaque au resto, la réaction de la mère et la fuite d’Andy, on est servis. Malheureusement, le soufflé retombe très très vite. Car rapidement, l’histoire alterne deux intrigues : celle qui se déroule en 2018 et une autre qui se déroule en 1986. Or, les personnages et les situations n’ont aucun rapport les uns avec les autres. Au début cela entretient super bien le suspense. Sauf que les chapitres sont affreusement longs. J’avais de plus en plus l’impression de lire deux livres différents, dont aucun ne me passionnait franchement. En fait, l’alternance, le manque de rythme et l’absence d’informations rendent l’histoire hyper confuse. Et… je me suis ennuyée. Le pire, c’est que l’intrigue fonctionne plutôt pas mal mais la fin ne m’a pas du tout convaincue. J’ai eu l’impression d’arriver devant un « Quoi, tout ça pour ça ? » Mauvaise pioche pour un premier titre de l’autrice du coup.

Les Lames du Cardinal, tome 1, Pierre Pevel (Hardigan).
J’ai lu cette série à sa parution, je pense et j’avais adoré. Pour ne rien vous cacher, j’ai dévoré ce tome 1 durant un long voyage en voiture et désespéré, à mon arrivée en Île-de-France, en constatant qu’aucune librairie n’avait la suite ! Suite que j’ai achetée dans une librairie de Chartres, alors que j’étais là pour du tourisme. Mieux : j’avais mis le tome 1 dans ma liste « pour une île déserte » sur Babelio. C’est dire si j’avais adoré !
Avec le télétravail, j’ai pris l’habitude d’écouter des livres audio – sauf quand j’avais un truc un peu trapu à terminer. Or là, c’est ce que j’avais donc… prendre un livre audio déjà lu était parfait. Malheureusement… je n’ai pas tellement accroché à la (re)lecture, alors même que j’en gardais un excellent souvenir. Premier problème : le lecteur. Je n’ai pas accroché à sa façon de lire (qui me faisait décrocher toutes les trois phrases). Pire, les voix féminines étaient exécrables ! Elles s’expriment toutes sans exception sur un ton benêt, et la moindre prise de parole semble être d’une bêtise sans fond. Mais il n’y a pas eu que ça. Au fil des chapitres, j’ai retrouvé un trait qui m’agace un peu chez Pierre Pevel : tous ses personnages semblent montés de la même façon. Si bien qu’une fois qu’on a lu un roman, on retrouve toujours les mêmes types de personnages (raison pour laquelle j’avais un peu calmé mon rythme de lecture de ses œuvres, afin de ne pas être polluée par des personnages trop proches). Là, j’ai également remarqué (à mon grand agacement, bis repetita), que les personnages féminins sont tous parfaitement décrits, avec force détails. Les hommes ? Bah ils ont une épée et des bottes. J’exagère, car en réalité, ils sont un peu plus décrits que cela, mais jamais avec autant de précisions que leurs homologues féminines. Lesquelles sont toutes sublimes… ou grosses. Pas d’entre d’eux dans le Paris des dragons. Quelle tristesse ! J’étais donc bien déçue de ne pas retrouver ce qui m’avait tellement plu à ma première lecture, dont je garde malgré tout un excellent souvenir (fantasy historique, dragons et roman de cape et d’épée, qui dit mieux ?). En plus de cela, il manque un chapitre à la version audio ! Ok c’est au tout début, mais quand même !

Côté séries

Space Force

Au début du mois, j’ai regardé cette série, attirée par la mention de conquête spatiale. Et si j’ai été assez surprise par le contenu, je dois reconnaître que j’ai vraiment accroché. On y suit les pérégrinations de Mark Naird, devenu générale 4 étoiles et à qui on confie la toute nouvelle Space Force, dont l’objectif est de conduire une mission habitée sur la Lune d’ici à 2024.
La série table plus sur le genre de la comédie potache que sur le réalisme et, une fois n’est pas coutume, cela m’a plu ! Au fil des épisodes, tout part plus ou moins en cacahuète (d’ailleurs ce n’est pas toujours vraisemblable) mais toujours dans une ambiance humoristique. À regarder si vous voulez passer un moment de détente, mais à éviter si vous cherchez une série de SF ou une série politique !

The Order

Bien partie avec Space Force, j’ai donc enchaîné avec The Order.
Jack Morton, un étudiant de première année à l’université Belgrave, décide de rejoindre l’Ordre hermétique de la rose bleue, une société secrète légendaire qui enseigne et pratique la magie. Alors que Jack approfondit l’histoire de l’organisation, il découvre de sombres secrets de famille. Franchement, ça partait bien : une université des arts occultes, des confréries secrètes, de la baston magique, des secrets de famille… Mais malgré ces bons ingrédients, je n’ai pas réussi à dépasser le troisième épisode. Déjà, l’histoire débute tellement in medias res que j’ai eu l’impression de débarquer dans la saison 2 ! Il manque la moitié des infos et celles qui sont données sont complètement inutiles. Pire : c’est d’un cliché !! Et les dialogues sont si nuls !!! Honnêtement, je n’ai regardé le 3 épisode que parce que j’étais sidérée par le jeu improbable des acteurs, la platitude des échanges et la nullitude totale du scénario. À ce stade, c’est de l’art.

Top/Flop.

J’ai été assez déçue par Son vrai visage, dont j’ai parlé ci-dessus – je ne reviens donc pas sur cette lecture. Je reste assez curieuse de regarder la série qui en est adaptée !

En revanche, il y a eu pas mal d’excellentes lectures, ce qui a rendu le choix d’un unique titre difficile ! Mais comme je n’ai eu qu’un coup de cœur roman ce mois-ci… c’est L’incroyable voyage de Coyote Sunrise de Dan Gemeinhart (PKJ) qui remporte la mise. Coyote, douze ans, vit avec son père, Rodéo, dans un ancien bus scolaire. A bord de Yageur (le bus), ils sillonnent les Etats-Unis. Or, Coyote apprend que le square de son enfance va être détruit pour y faire passer une route. Son sang ne fait qu’un tour : il faut qu’elle y soit avant la destruction totale. Il lui faut donc convaincre son père de faire en 4 jours 5700 kilomètres… sans qu’il s’aperçoive de l’endroit où ils vont. Car une chose est sûre : jamais, au grand jamais, Rodéo ne remettra les pieds volontairement dans leur ville d’origine.
A la lecture du résumé, je me demandais vraiment comment Coyote parviendrait à faire parcourir à son père autant de kilomètres sans qu’il se doute de rien : eh bien bizarrement, ça marche et l’astuce est même super bien trouvée ! Le roman débute comme un road-trip gai et ensoleillé. Sans trop de surprise, l’errance de Coyote et Rodéo cache un secret bien douloureux, que l’auteur dévoile peu à peu. Plus on cavale vers la fin, plus la charge émotionnelle est grande – et je dois avouer que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps sur la fin. Malgré cela, l’auteur livre un roman tendre, doux, plein d’humour et de péripéties rocambolesques, que je recommande à 1000% (au moins).

Citations.

« Une amitié – une vraie -, ça ne se construit pas en un jour. Le chemin est pavé de maisons Barbie détruites, de hurlements sur un parking de cinéma et d’erreurs – parfois terribles. L’amitié, c’est un chaos de lignes tracées dans le sable, de loyautés remises en question et de réponses difficiles par messages. C’est oser se comparer et exposer ses insécurités.
Mais l’amitié, c’est aussi jouer au bowling selon ses propres règles. Rire à en avoir mal au ventre et les joues baignées de larmes. C’est savoir qu’on peut compter sur quelqu’un, des personnes en chair et en os à travers tout le pays, qu’un texto ou un appel suffit à rameuter. C’est avoir moins peur de sombrer dans les ténèbres quand on a des guides pour nous aider à progresser dans le noir.
L’amitié, ça n’a rien de simple. C’est difficile, énervant, génial, fragile, durable, impossible… Mais ça en vaut toujours la peine.
Toujours. »
Triangle amoureux (ou pas), Marisa Kanter.

« Squib plissa les paupières en les fermant presque. Il pensait que le blanc de ses yeux pouvait trahir sa présence. Hooke lui racontait-il des conneries ? Avait-il seulement attaché son bateau ?
Sans doute pas.
Il n’avait pas véritablement prévu la dernière partie de cette mission. Aussi se retrouvait-il bloqué sur cette putain d’île en compagnie des sangliers et des couguars et peut-être même d’une bande de fourmis rouges, alignées dans une file bien ordonnée, qui viendraient lui dévorer la bite. Et s’il essayait de s’enfuir en courant, Hooke lui enverrait une grenade au cul, comme un cornet de glace à réaction.
Quelle nuit délicieuse !
Everett Connard Moreau : organisateur de génie.
Comme ce petit Français qui aimait bien les grandes femmes pour se prouver quelque chose. Napoléon.
Mais pas du tout comme lui, en fait, sauf que tous les deux avaient fini coincés sur une île, s’il se souvenait bien de ses leçons d’histoire. Ou peut-être était-ce Huckleberry Finn qui s’était retrouvé en rade sur son île.
En tout cas, en cette belle soirée, c’était lui, l’imbécile bloqué sur une étendue de terre entourée d’eau. »
Le Dernier dragon sur Terre, Eoin Colfer.

« Les assassins ressemblent fort aux honnêtes gens et rien ne les en distingue dans la vie courante. Ce sont très souvent des gens charmants, polis et raisonnables. »
Cartes sur table, Agatha Christie.

« Le père Balthazar était versé dans la philosophie et la casuistique. Si le saint homme m’avait promis le gîte et le couvert, il nourrissait avant tout mon esprit.
– Vois-tu, Pablicos, il convient de distinguer deux types de pauvres : il y a ceux qui, non habentes, n’ont rien… Et ceux qui, nolentes habere, ne veulent pas avoir… et ne veulent surtout pas travailler ! Ce sont eux qui, mendiant par choix, confisquent à leur profit l’aumône des braves gens, privant ainsi de ressources les vrais nécessiteux. Confesse-le, Pablicos, tu fus de ces gueux-là !
– Peut-être, mais… et les nobles ? Eux non plus ne travaillent pas !
– Bien observé ! Mais puisqu’il existe de nobles lignées, il en est forcément d’ignobles. N’aurais-tu pas mérité, par ta naissance, le triste sort qui est le tien ?
– Qu’est-ce que le mérite a à voir là-dedans ?
– Les actes… la grâce… voilà d’épineux points de théologie ! Médite plutôt cette simple et réconfortante pensée : le bonheur n’est point pour ici-bas »
Les Indes fourbes, Ayrolles et Guarnido. 

« Les médecins ont expliqué que s’ils n’étaient pas suffisamment exposés au soleil, les orphelins risquaient de souffrir de rachitisme, une déformation du squelette qui rend les os mous et tordus. Heureusement, l’attention médicale est rigoureuse à l’Inclusa. Mais Puri a entendu des médecins se lamenter sur le fait que le taux de mortalité des nouveau-nés était particulièrement élevé en Espagne. Les cas de polio augmentent chaque année.
– Certains pays ont un nouveau vaccin contre la polio, a signalé l’une des jeunes mères. Pourquoi ne l’utilise-t-on pas en Espagne ?
– Peut-être que les autres pays ont besoin d’un vaccin parce qu’ils n’ont pas la foi pour écarter la maladie par la prière, a répondu Sœur Hortensia. Le Saint-Esprit éloignera la polio.
Vraiment ? se demande Puri. Elle se demande beaucoup de choses, mais quand elle pose des questions, on la gronde.
Quand on dit à la radio que « l’Espagne est le pays élu de Dieu », cela signifie-t-il que Dieu a abandonné les autres pays ? Et si les étrangers sont indécents, pour quelle raison l’Espagne ouvre-t-elle ses portes aux touristes ?
– Pourquoi faut-il donc toujours que tu questionnes tout ? la chapitre sa mère. N’as-tu donc aucune foi ?
Puri a une foi solide, mais elle a aussi des questions. Ne peut-on avoir les deux ? »
Hôtel Castellana, Ruta Sepetys.

[2020] Petit bilan de mai

Encore un tas de lectures ce mois-ci ! Il faut dire qu’en télétravail, je suis obligée de prendre une heure complète de pause déj’ (alors que je ne le fais jamais au travail) et donc … j’en profite pour lire !
J’ai cédé aux sirènes de la tentation et participé au challenge Mois de la Fantasy orchestré par Pikiti. Ma PAL prévisionnelle et le bilan sont visibles ici.

Un peu de stats :

J’ai lu 4184 pages ce mois-ci et écouté 1080 minutes de livre audio (c’est long, Le Seigneur des Anneaux !)

Carnet de lectures.

Le Monde de Lléna, Fabien Clavel (Rageot).
D’habitude, j’aime bien ce que fait Fabien Clavel mais là, ça n’a pas du tout fonctionné… Le Monde de Lléna propose deux récits miroirs, avec des histoires enchâssées. Dans notre monde, un auteur entreprend l’écriture d’un roman de fantasy en s’inspirant de sa fille, Léna. Dans ce roman, Le monde de Lléna, Fidnuit, un orphelin, est approché par des Dormants, des moines qui maîtrisent la magie du Dérêve. Ils lui ordonnent de rallier le Refuge de Lléna, leur déesse, dont il est un Elu. Poursuivi par des créatures de cauchemar, Fidnuit s’enfonce dans une étrange forêt aux arbres inclinés… Au même moment, la jeune Fadlune, perturbée par des rêves prémonitoires, apprend de l’uraus Timagro qu’elle aussi doit se rendre au Refuge de Lléna. Bientôt, le déroulement du roman semble interférer avec la réalité et Léna est victime d’une étrange maladie qui la plonge dans un sommeil sans fin…
C’est un roman qui s’adresse aux plus jeunes (9-12 ans) et, premier point d’achoppement : les références sont un peu trop ardues, à mes yeux, pour ce public de lecteur. L’auteur ne se présente à aucun moment. Or, pour qui connaît la bio de Fabien Clavel, il est évident qu’on est dans de l’autofiction. Le problème, c’est que ce n’est sans doute pas le cas des lecteurs de cet âge-là et que, par conséquent, la moitié des références tombe à plat (le fait que son éditrice fasse un lapsus entre lui et Fabrice Colin, notamment). Le début est donc assez confus, car le récit débute par ce qu’il se déroule dans l’univers fictif, avant de revenir à la réalité. C’est assez compliqué à suivre, de fait. De plus, au départ, lorsque son éditrice lui suggère de faire de la fantasy, l’auteur fictif se dit que c’est facile, qu’il n’a qu’à mettre tous les clichés dedans : un monde avec des règles spéciales (une Terre plate, comme dans Pratchett), des orphelins appelés à de grands destins par des prophéties, une guerre, un triangle amoureux … Et il le fait. Et il ajoute même les clichés des héroïnes forcément belles et graciles, décrites par le menu à la première vue (alors qu’on ne sait toujours pas vraiment à quoi ressemblent les héros), des romances qui démarrent tellement vite qu’on se demande bien ce qu’elles font là et un dragon qui surgit comme ça, gratuitement, à la fin du roman, sans qu’il y en ait vraiment l’utilité. Le récit est, dans l’ensemble, affreusement prévisible, la faute à tous ces clichés. On n’est donc pas surpris quand on s’aperçoit que ce qui se passe dans le roman a des répercussions graves dans la réalité (c’est quand même un peu le contrat passé avec le lecteur dans ce type de roman). C’est vraiment dommage car le roman proposait une intéressante réflexion sur l’écriture, et un tas de références littéraires assez chouettes (Victor Hugo, Terry Pratchett, ou encore L’Histoire sans fin).

Jours sauvages, Claire Cantais (Syros).
Sept ados partent pour un stage estival de bushcraft, « l’art de vivre dans les bois », dans les Pyrénées. Semaine 1 : apprendre à survivre. Semaine 2 : survivre en montagne ! Sans toit, sans nourriture, sans rien. Certains sont prêts à se donner à fond, d’autres feraient n’importe quoi pour ne pas être là. Mais pour tous, un même défi : dépasser ses limites.
Je suis partie hyper enthousiaste sur ce titre, mais j’ai rapidement déchanté (à mon grand dam). Autant j’aimais bien l’idée d’avoir sept ados aux profils très différents (dont trois filles plutôt balèzes dans la discipline), autant j’ai trouvé très dommage que, finalement, on ne s’attache réellement qu’à trois-quatre d’entre eux. Les autres sont là comme « en toile de fond » mais on finit par se demander pourquoi. De plus, les ados sont assez vite caractérisés entre les « sympa » et les « teignes » et… ne changent jamais de case, ce que j’ai trouvé un peu manichéen. L’intrigue, de son côté, démarrait plutôt bien. Évidemment, il y a un truc louche au camp, qui fait que la tension ne fait qu’augmenter avec les pages. Plus j’avançais, moins je me sentais impliquée, car à partir d’un certain point du récit intervient un changement narratif… qui coupe nette toute tension (c’était trop prévisible). Malgré tout cela, c’était un roman au style fluide et assez entraînant car la narration (pleine d’ironie et d’adresses au lecteur) est vraiment bien faite !

L’épouvantable bibliothécaire, Anne-Gaëlle Balpe et Ronan Badel (Sarbacane, Pépix).
Pépix, chez Sarbacane, est la collection consacrée aux plus plus jeunes (9-12 ans). Métier oblige, j’étais hyper curieuse de lire celui-ci et je n’ai pas regretté une seconde. On y suit Suzanne, qui est au désespoir. Alors qu’elle avait prévu de passer ses vacances à bouquiner seule chez elle, ses parents l’expédient à la campagne, chez sa tante Églantine. Pire : ils confisquent sa réserve de livres et ne lui en laissent qu’un seul. Pour quinze jours. Sacrilège !! Églantine, de plus, n’est pas du genre à lambiner avec un bon bouquin dans son canapé : toute la journée, elle turbine dans sa ferme. Or, il y a tout de même une bonne surprise : Suzanne découvre, proche de la ferme, un manoir inhospitalier dont on dit qu’il renferme la bibliothèque communale. Mais les petits voisins, Mo et Marin la mettent en garde : la bibliothécaire déteste être dérangée. Ça ne rate pas : Suzanne y va tout de même. Là-bas, tout va de mal en pis, car la bibliothécaire, qui est carrément dérangée, kidnappe Lila, la petite soeur de Mo. Ni une ni deux, les enfants vont tâcher de la sauver. L’aventure est donc truffée de péripéties toutes plus rebondissantes les unes que les autres, merveilleusement illustrées par Ronan Badel. C’est extrêmement drôle et même très instructif, puisque le roman comporte trois bonus documentaires, consacrés respectivement aux moutons, aux bibliothèques et aux virus (c’est varié). Bref, une excellente lecture, un roman que j’aurais adoré lire lorsque j’étais plus jeune (et que j’ai adoré lire même en étant pas si jeune).

Rayon Bulles :

Anita Conti, océanographe, de Nathaniel Legendre, Luca Blengino et Katia Ranalli (Soleil).
 Cette bande-dessinée inaugure la toute nouvelle collection Pionnières des éditions Soleil dont l’objectif est de retracer les parcours de femmes audacieuses ayant su s’imposer dans des milieux dits masculins. Et donc, Anita Conti, dont je n’avais jamais entendu parler avant de lire cette bande-dessinée. Depuis toujours, Anita est passionnée par l’océan et le milieu maritime. Sauf que dans les années 1930, ce n’est pas vraiment un milieu accessible aux femmes. Elle écrit toutefois des articles sur le sujet pour la presse dite féminine de l’époque. Repérée par l’OSTPM (l’Office Scientifique et Technique des Pêches Maritimes), elle en devient l’attachée de presse et réussit peu à peu à se faire sa place. Elle embarque sur une campagne de pêche, puis deux, puis trois… Elle met en place des techniques pour cartographier les fonds marins, fait des observations qui permettent de rationaliser les campagnes de pêche (en suivant les bancs de poisson et leur saisonnalité) et… dès les années 60, commence à mettre en garde ses concitoyens contre les dangers de la surpêche. Pendant la guerre, son bateau de pêche devient même un démineur. Bref, une trajectoire exceptionnelle (d’autant plus pour une autodidacte). La BD retrace tous ces événements, et s’achève sur un dossier documentaire très fourni. Bien qu’il s’agisse d’une biographie, les épisodes de sa vie sont narrés à un rythme qui rend la BD très prenante. À l’issue de celle-ci, j’ai très envie d’en savoir plus sur Anita Conti – et de lire la suite de cette collection.

Côté séries.

The 100

Nous avons profité du confinement pour revoir les premières saisons et aller au bout de la saison 6 de The 100. Et… je suis un peu mitigée sur cette dernière. Autant jusque-là je trouvais ça plutôt sympa, autant la saison 6 a peiné à me passionner. Il y a des modifications dans l’écriture des personnages (notamment Clarke) que je n’ai pas follement appréciées. Mais au moins les conséquences restent cohérentes avec les choix des scénaristes, donc pourquoi pas. De plus, j’ai trouvé qu’on tournait un peu en rond sur les rancœurs des uns et des autres et j’avoue me lasser assez vite des « Je t’aime/Moi non plus ». Ceci étant dit, la découverte de la planète Alpha permet de développer un nouvel arc narratif plutôt bien trouvé (et, ironie, il m’a grandement rappelé La voix des ombres de Frances Hardinge, un roman jeunesse de fantasy que je vous recommande très chaudement). Et, comme pour les saisons précédentes, les scénaristes assurent un rythme assez confortable même s’ils en font un peu trop sur les « résolutions in extremis », je trouve : donc, ça se regarde mais sans non plus déclencher un enthousiasme délirant.
Je dois aussi dire que ça ne m’avait pas tellement frappée au premier visionnage mais que là, je me suis posé une infinité de question scientifiques tant il se passe des choses qui semblent un peu incohérentes (de la voiture électrique au moteur qui crapote au type qui traverse un bout d’espace avec un casque fissuré, en passant par les talents en génétiques du moindre pékin lambda). Seule solution : partir du principe que tout cela n’est qu’un immense TGCM et déposer son cerveau… Malgré ces points de récrimination, je suis curieuse de regarder la septième et dernière saison !

Top/Flop.

J’ai eu quelques lectures un peu mitigées ce mois-ci, notamment le premier tome des Brumes de Cendrelune de Georgia Caldera (J’ai Lu), qui m’intriguait vivement. C’est une lecture mitigée assez particulière. En effet, les péripéties et les personnages m’ont laissée plus que circonspecte. Mais pour autant, j’ai vraiment adoré l’univers hyper original et inventif mis en place par l’autrice. L’ambiance, qui flirte tout le temps avec l’horreur, est en plus très prenante. Bref, un avis aussi étrange que le livre, que je vous invite à découvrir. Vraiment, l’univers vaut le détour.

J’ai également eu un énorme coup de cœur pour Deux fleurs en hiver, de Delphine Pessin (Didier jeunesse). On y suit Capucine, qui effectue son stage de terminale dans un EHPAD. Parallèlement, Violette, une nouvelle pensionnaire de l’EHPAD en question. Toutes deux vont peu à peu se lier d’amitié grâce, sans doute, aux blessures qu’elles cachent. Le roman est bourré d’émotions (je dois dire que j’ai même dû sortir les mouchoirs à une ou deux reprises). Évidemment, c’est un peu triste (et pas seulement parce que la situation des EHPAD est décrite sans fard), mais c’est surtout un roman très doux, sensible et hyper prenant. Bref : j’ai littéralement adoré.

Citations.

« Le cœur battant, Suzanne franchit le portail de la bibliothèque. ça lui faisait toujours ça quand elle s’apprêtait à entrer dans un de ces endroits. Découvrir une nouvelle bibliothèque, c’était pour elle comme accéder à une pâtisserie où elle aurait le droit de goûter à tous les gâteaux et de manger ses préférés en entier, gratuitement, sans restriction. »
L’épouvantable bibliothécaire, Anne-Gaëlle Balpe & Ronan Badel.

« Ouais, ben si j’étais toi, la coupa Mo, j’irais pas trop traîner dans le coin.
– Je lui ai déjà dit, renchérit Marin. C’est un vrai musée du microbe, cette bibliothèque. Je suis sûr que dans certains livres, y a des virus qui ont mille ans ! La peste bubonique, la grippe espagnole…
Suzanne se passa la main sur le visage en soupirant, désespérée par tant d’ignorance. Mo poursuivit :
– Y a pas que le virus qui ont mille ans : la bibliothécaire aussi, si tu veux mon avis ! »
L’épouvantable bibliothécaire, Anne-Gaëlle Balpe & Ronan Badel.

« Il y a un proverbe, chez nous, qui dit : « Lorsque les péniches se figent, les canards s’interrogent. » Je l’ai toujours entendu, notamment chez les gens qui habitent près du canal du Midi, ou qui vivent sur le canal, mais je ne l’avais jamais compris… jusqu’à ce soir-là.
J’ai eu l’impression, littéralement, que mon père, cet immense navire, venait de s’immobiliser au milieu d’une mer déchaînée, et que j’assistais à son naufrage sans en comprendre les raisons. »
Le jour où mon père a disparu, Benoît Séverac.

« Mon père était capable d’échanger en occitan avec les vieux du village qui affirmaient, eux, parler patois. Il se battait pour leur faire prendre conscience que ce soi-disant patois n’était rien de moins que de l’occitan : une langue noble, écrite, normée, avec une littérature, une poésie, des livres publiés… Combien de fois m’a-t-il expliqué que les anciens de Saint-Couat – que je regardais avec condescendance parce qu’ils passaient leurs journées à la pétanque et leurs soirées au bar – étaient les gardiens d’un patrimoine vivant et fragile ! Il disait souvent que je devrais apprendre l’occitan à mon tour quand j’entrerais au lycée, pour perpétuer cette part fondamentale de notre identité.
– Pourquoi tu m’as pas parlé occitan quand j’étais petit ? lui ai-je demandé un jour. Pourquoi est-ce que tu me l’apprends pas, toi ?
Mon père a baissé la tête. Je crois que c’était la première fois que je le voyais mal à l’aise. Pire, honteux.
– Mes parents ne me l’ont pas enseigné. Ce n’est pas ma langue maternelle. Je ne me suis pas senti capable de te parler autrement qu’en français. Pas légitime, peut-être. Tu vois, c’est l’illustration de la violence de l’hégémonie imposée par l’État français : ils nous ont tellement bourré le crâne avec leurs mesures centralisatrices et leur philosophie jacobine, que nous avons honte de notre propre langue, honte de nous-mêmes… Parce que la langue dans laquelle on nous parle quand on est bébé, la langue dans laquelle on s’exprime, c’est ce qui définit le plus intimement ce que nous sommes. »
Le jour où mon père a disparu, Benoît Séverac.

« J’adore ma grand-mère.
C’est une adulte, mais dans une version moins chiante que les parents. Plus compréhensive, moins rigide. »
Le jour où mon père a disparu, Benoît Séverac.

« Cette première nuit de bivouac est rude. Dans leur tête, ils ont tous un cow-boy allongé devant son feu de camp, la tête appuyée sur sa selle, l’air peinard, super heureux d’être là, sous les étoiles qui éclairent comme en plein jour. Dans la vraie vie, par terre c’est dur, et les étoiles n’illuminent pas grand-chose, tu fais deux mètres, c’est noir comme dans un four. Du coup, un cercle compact s’est formé autour du feu qu’on alimente à tour de rôle, et personne ne se résout à rejoindre la cabane, pas envie d’avoir froid, un peu la trouille aussi. Surtout que Joe a quitté le groupe à la tombée de la nuit, allez les jeunes, soyez sages, moi je vais me pieuter un peu plus loin, a-t-il lancé avec un vague signe de la main. Personne n’a osé lui demander de rester, on n’exige pas d’un baroudeur tatoué qu’il se transforme en nurse anglaise. »
Jours sauvages, Claire Cantais.

« Je maintiens qu’il s’agit d’un plan mal conçu, dit Kelly. Avec un peu de chance, le CCPM vous laissera repartir en vie. Mais je ne parierais pas là-dessus.
– Si on ne revient pas, c’est vous qui risquez d’avoir besoin de chance, la repris-je gentiment. Becks a peut-être la gâchette facile, mais Maggie…
– On ne retrouvera jamais le corps, dit allègrement Maggie, comme si elle parlait du dernier dîner organisé pour collecter des fonds pour l’association « Sauvons les bouledogues. » (ça n’en était que plus terrifiant). De toute façon, personne ne cherchera, puisque vous êtes officiellement morte, mais même si quelqu’un prenait cette peine… Je n’ai qu’un coup de fil à passer, pour dire à mon paternel que j’ai enfin un problème qu’il peut m’aider à résoudre. Vous pourriez devenir mon plus beau cadeau de fête des pères. C’est tellement difficile de lui faire plaisir. »
Deadline, Mira Grant.

« On attend du renfort. Un stagiaire de l’Ifas, j’espère qu’il va vite trouver ses marques. De toute manière, pas moyen d’avoir du personnel supplémentaire. Alors, si tout le monde s’y met, on devrait pouvoir s’en sortir.
Je l’ai suivie jusqu’au premier étage pour distribuer les petits-déjeuners. Ensuite, j’ai surveillé la toilette de six résidents, pas plus de quinze minutes chacun. Les douches ont été reportées de quelques jours.
– J’espère que les filles seront là d’ici à ce week-end, m’a confié Lili. Sinon, il faudra laver en priorité les patients qui ont de la visite.
Je suis restée sans voix. Je n’en revenais pas qu’elle dise un truc pareil. Quoi, on n’allait doucher que les vieux en vitrine ? Les autres, ceux qui seraient planqués dans leur chambre, ils n’avaient qu’à sentir le moisi et puis c’est tout ?
Alors que la matinée avançait et que je cavalais tout du long, j’ai compris qu’elle essayait juste de m’apprendre.
C’était ça, la réalité du terrain.
Il fallait parfois composer avec ce qu’on avait. C’est-à-dire moins de personnel, et toujours autant de travail. »
Deux fleurs en hiver, Delphine Pessin.

[2020] Petit bilan d’avril

J’ai essayé d’écrire un peu plus ce mois-ci, et j’ai donc publié quelques chroniques, ce qui commençait à se faire rare !
J’ai aussi publié un Top Ten Tuesday, sur le thème des livres que j’aurais aimé lire enfant. Et, alors que je n’y avais pas participé depuis 2016 (!!!), j’ai fait un week-end à mille ! Et c’était chouette, car il m’a permis de relire les trois premiers tomes des Récits du Demi-Loup, avant de lire le quatrième et dernier (♥).

Carnet de lectures.

La Mère des mondes, Jean-Laurent Del Socorro (Le Bélial).
Cela faisait une éternité (pas moins) que je n’avais pas lu de nouvelles ! J’ai mis à profit le confinement pour faire le tour de ma bibliothèque et y piocher deux textes qui y végétaient depuis… eh bien, beaucoup trop longtemps. J’étais assez surprise de trouver Jean-Laurent Del Socorro au rayon SF (jusque-là, j’ai plutôt lu des romans de fantasy ou de fantasy historique de sa main). En effet, cette nouvelle prend place dans l’univers du roman Points chauds de Laurent Genefort (mais est lisible tout à fait indépendamment).
On y suit un missionnaire qui passe une Bouche, un de ces portails spatiaux apparus sur Terre en 2019, dans l’objectif d’aller répandre la sainte parole sur les planètes aliens. Parviendra-t-il à convaincre les peuples de se convertir au christianisme ?
J’avoue, en débutant le texte, avoir eu un peu peur du thème. Mais celui-ci propose en fait une intéressante réflexion autour de la foi (plutôt que du prosélytisme, ce qui m’inquiétait un peu). Les péripéties sont peu nombreuses, mais le cheminement du texte fait vraiment la part belle à cette réflexion. Et même si tout cela se déroule dans un autre univers, on comprend tout !

Le Réveil des Hommes Blancs, Christian Léourier (Le Bélial).
Seconde nouvelle lue, essentiellement sortie de la PAL parce que je venais de terminer La Lyre et le Glaive et que je n’ai pas tellement accroché, malheureusement. J’avais envie de faire un autre essai avec l’auteur !
Dans cette nouvelle, qui se situe dans l’univers de Lanmeur et peut être lue indépendamment, l’intrigue se déroule sur la planète Teirstern. Le personnage principal, un défricheur, fait partie d’un petit contingent de Terriens envoyés sur la planète afin de la rendre viable avant l’arrivée des vaisseaux de colons. Tout va pour le mieux, sauf que les humains n’ont pas l’air d’être seuls sur la planète (qui était pourtant supposée déserte). Alors, que faire des autochtones ? Les laisser consommer des ressources qui doivent être accumulées pour les futurs colons ou s’en débarrasser ?
Évidemment, l’histoire va assez vite (c’est une nouvelle de quelques pages), et la couleur est annoncée dès le titre. Quoi qu’il en soit, tout se tient bien, univers comme personnages. La réflexion est intéressante et bien menée, et l’auteur rend le texte accessible à qui n’a pas lu l’œuvre-mère. Cette courte lecture m’a donc convaincue de lire d’autres romans de l’auteur !

Le Masque de loup, J.A. Curtol (Sharon Kena).
Confinement toujours, j’en ai profité pour lire un roman reçu dans une box de confinement, généreusement proposée par des éditeurs. Et j’ai même décidé de sortir de ma zone de confort, en faisant une incursion en romance… (romance et bit-lit, restons cohérents !).
L’histoire se déroule au XVIIe siècle, à Vaux-le-Vicomte. Grace Fouquet, fille illégitime de Nicolas Fouquet, arrive au château afin d’y être mariée (contre son gré, évidemment…). Lors du bal masqué organisé en son honneur, Grace tombe désespérément amoureuse d’un homme qu’elle n’a jamais vu et qui porte un masque de loup. Or, spoiler alert, celui-ci est le chef du clan de loups-garous local, ennemi intime du futur mari de Grace et donc de Nicolas Fouquet. Sans surprise, le jeune couple s’échappe et doit lutter pour vivre ensemble.
Bon, soyons honnête, il n’y a rien qui va. Le contexte historique ne sert strictement à rien, et le fait que Grace soit la fille de Fouquet ne sert qu’à placer l’histoire dans un château. Aucune mention n’est faite de ce pour quoi la famille est célèbre…. De plus, au vu des descriptions des toilettes, coiffures ou moeurs, il est extrêmement difficile de croire que l’on se situe vraiment au XVIIe siècle… L’héroïne est d’une affligeante bêtise. L’intrigue est particulièrement survolée et on est frustrés autant sur la romance (qui va trop vite) que sur le côté fantasy urbaine (qui réunit tous les clichés du genre imaginables). En plus de cela, le sexisme est bien présent – et ne me dites pas « oui mais c’est au XVIIe ». Parce que non, rien ne permet d’être sûr qu’on y soit réellement. Pour finir, le style est hyper faible, il y a des fautes partout, des dialogues insipides, et pas de suspense. Bref, heureusement que c’est court, au moins c’était vite lu.

Côté séries.

J’ai enfin regardé The Witcher (avec un peu de retard, je dirais).
Je suis un peu mitigée… Autant j’ai trouvé l’univers très sympa, autant l’adaptation de nouvelles était un peu casse-gueule. Comme je n’avais pas repris la cartographie éditée par Netflix, j’ai eu un peu de mal à suivre, d’autant que je n’ai pas compris tout de suite… que les histoires n’étaient pas dans l’ordre chronologique ! La sauce a fini par prendre aux alentours de la moitié, donc je regarderai sans doute la saison suivante.
Après avoir regardé la série, j’ai lu le premier tome de la série de romans éponyme d’Andrzej Sapkowski et, là aussi, sentiment mitigé (au moins, c’est cohérent). Là, c’est plus le style pas franchement extraordinaire qui a suscité ce sentiment. Heureusement, l’auteur se rattrape avec l’univers (bis), les réécritures de contes (qui sont passées totalement inaperçues à mes yeux dans l’adaptation….) et l’humour hyper cynique de ses personnages, Geralt en tête. Là aussi, je lirai sans doute la suite !

Top & Flop.

Dois-je vraiment reparler du Masque de Loup ? Non, je pense que j’ai déjà été assez sévère. Une chose est sûre, je ne lirai pas la suite si suite il y a !

En revanche, j’ai eu un immenssissime coup de cœur ce mois-ci, pour le quatrième et dernier tome des Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier : Clémente nous soit la pluie. Je l’ai attendu fermement trois ans, et cela valait très clairement la peine, tant ce tome clôt à merveille la série. Si vous aimez la fantasy ambitieuse et que vous n’êtes pas fondamentalement opposés à une forme un peu particulière (il s’agit globalement d’un récit épistolaire), je vous conseille très franchement cette excellente série.

Citations.

« La matinée touchait à sa fin, et une douce odeur de foin flottait dans l’air. Le palefrenier sifflait en travaillant, et des hirondelles filaient entre les poutres pour apporter leur petit déjeuner aux oisillons bruyants.
Au premier abord, c’était une matinée idyllique comme un tableau. Mais en y regardant de plus près, je vis le licou effiloché pendu à un clou, le pilier pourri de la première stalle, la queue d’un rat dans la pile de bois.
Je me demandai s’il y avait toujours des choses que nous ne voyions pas parce que nous choisissons de ne pas les voir. »
Dance of thieves #1, Mary E. Pearson.

« Je foudroyais Jase du regard. Mais à l’intérieur de moi, je hurlais de rire. À un certain niveau, j’étais toujours furieuse : il parlait de franchise et deux minutes plus tard, il découvrait ses mensonges pour les planter en moi par surprise tels les crocs aiguisés d’un candok. Une fois le choc initial passé, j’avais dû dissimuler ma jubilation face à ce monstrueux coup de chance. Il m’emmenait droit où je voulais aller : au Guet de Tor. Je n’aurais pas besoin de m’y introduire en douce ou de créer davantage de problèmes à la Bouche de l’Enfer pour qu’on m’y emmène. Le Patrei en personne allait m’y escorter. C’était d’une ironie si merveilleuse que, tôt ou tard, je la lui enfoncerais joyeusement dans la gorge. »
Dance of thieves #1, Mary E. Pearson.

« Un des collecteurs de crut autorisé à manifester un enthousiasme hors de propos à l’annonce de ce duel et, plus grave encore, à lancer les paris. Une flèche mit un terme à sa bévue en même temps qu’à sa vie. »
Diseur de mots #1, La Lyre et le Glaive, Christian Léourier.

« Où en étais-je ? Ah oui ! À ma première noble action. Vois-tu, Iola, à Kaer Morhen, on m’avait mis dans la tête de ne pas me mêler de ce genre d’incident, de passer alors mon chemin, de ne pas jouer les chevaliers errants ni de remplacer les gardiens de la loi. Je suis parti sur les routes non pas pour parader, mais pour effectuer l’un ou l’autre travail qui m’était commandé. Or, comme un imbécile, je me suis mêlé de cette histoire alors que je n’étais même pas à cinquante milles pieds des montagnes. Sais-tu pourquoi je l’ai fait ? Je voulais qu’après avoir versé toutes les larmes de son corps, la fille me baise les mains de reconnaissance, à moi qui étais son sauveur, et que son père me remercie à genoux. Or, le père de la fille s’était enfui avec les pillards, et la jeune fille sur laquelle s’était répandu le sang du chauve, s’est mise à vomir et a eu une crise d’hystérie ; quand je me suis approché d’elle, elle s’est évanouie de peur. Depuis ce temps, je ne me suis que très rarement mêlé de ce genre d’histoires. »
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« Qui se ressemble s’assemble, dit le sang-mêlé avec un sourire mauvais. Dire qu’il existe sur terre des êtres comme toi. Qui est-ce qui engendre des monstres pareils ?
– Fais preuve d’un peu plus de tolérance, si tu veux bien ! dit Geralt sans perdre son calme. Ta mère, à ce que je vois, a dû aller se promener seule dans la forêt suffisamment longtemps pour que tu aies des raisons de t’interroger sur tes propres origines.
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« On nous suit, fit-il, tout excité. Une charrette !
– Pas possible ! se moqua le sorceleur sans se retourner. Une charrette ! Et moi qui pensais que les gens d’ici se déplaçaient à dos de chauve-souris.
– Tu sais ce que je vais te dire ? grogna le troubadour. Plus on se rapproche du bout du monde, plus ton humour s’affine. Je n’ose pas imaginer jusqu’où il va aller ! »
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« Vous êtes inconscientes. Vous mettez votre vie en danger pour le plaisir que vous procure la désobéissance, sans réfléchir un seul instant aux conséquences que votre mort brutale pourrait avoir sur vos proches ou sur le royaume. »
Il regarda les princesses.
 » Vous croyez que votre sang royal vous protège de la maladie ? »
Véridienne, Récits du Demi-Loup #1, Chloé Chevalier.

« Attendu que la garde du Demi-Loup se trouvait réduite à néant, autant, pensait Malvane, repartir sur de nouvelles bases. Puisqu’à travers les époques, jugeait-elle, les hommes d’armes placés en situation de supériorité n’avaient jamais su contenir leurs instincts violents, il fallait se détourner d’eux et confier l’arc et l’épée aux femmes du Demi-Loup. La princesse considérait la femme comme plus mesurée et plus douce que l’homme et surtout – et là perce l’extrême ambivalence de son point de vue sur notre sexe – comme plus soumise à la hiérarchie. Elle estimait donc que jamais une armée de femmes ne se livrerait au viol, que jamais, connaissant la maternité, elle ne s’en prendrait injustement aux enfants, que jamais elle ne ferait le mal par fureur guerrière ou par plaisir et que, écoutant et comprenant toujours son chef, elle serait plus efficace.
De mon côté, même si jamais je n’osai lui en faire part, je nourrissais des doutes extrêmement forts quant à ces théories. Pour avoir vu ce que Calvina et Malvane elles-mêmes, encore jeunes filles, avaient infligé à leur amie Cathelle, je ne me faisais pas une seule illusion quant à une quelconque modération féminine. »
Les Terres de l’Est, Récits du Demi-Loup #2, Chloé Chevalier.

« Mon tour était arrivé. Je n’avais rien préparé. Pas eu le temps, ni la force. Penaude, j’avais jeté un coup d’œil à Malvamonde à côté de moi et elle m’avait encouragée du regard.
« Curieux comme il s’avère difficile de lui adresser des mots d’au revoir, lui avais-je chuchoté au creux de l’oreille. De toute ma vie, je n’ai jamais su ce que je pensais de lui, au juste. Il n’a pas fait un très bon roi, cela va sans dire, ni le meilleur des pères, ni, pour ce que j’en sais, le plus formidable des époux. Et pourtant, maintenant que sa fin est venue, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’était un homme bien. Étrange, non ?  »
Malvamonde avait porté la main à sa bouche pour cacher un léger rire, un rire de soulagement et de gratitude.
« Nersès, tu viens sans doute de lui faire là le plus terrible et le plus magnifique des adieux. » »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.

« J’élus comme guides le lieutenant Areste, fils de la comtesse des Arvis, qui avait donc grandi tout près de là, et Mak, un vieux bougon hirsute qui tenait plus de l’ours que du Chat. Selon ses propres mots, il avait choisi de tourner le dos à Édelin uniquement « pour nous donner un coup de main », parce que « sans lui, on calancherait tous comme des agneaux de l’année dans le premier pierrier venu ». Mak avait arpenté les Monts de l’oubli avec sa mère bergère jusqu’à ce qu’il rejoigne l’armée à quinze ans, et en conservait une connaissance aussi intime qu’experte. Je décidai de placer ma confiance en ce deux hommes, et les laissai se quereller sur les meilleurs chemins à emprunter. En général, le vieux, plus savant, prenait le dessus. »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.

« J’ai levé un sourcil narquois.
« Entre décider quelque chose puis donner les ordres correspondants, et le faire soi-même, vous percevez autre chose qu’une nuance polie ? »
Aldemor, bien sûr, n’a pas ri. »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.