[2019] Petit bilan de janvier-février.

Carnet de lectures.

Du côté des romans.

Fréquence Oregon, Loïc Le Pallec (Sarbacane – Exprim’).
Sur Terre, dans quelques années. Alta Luna vit dans un luxueux complexe pour familles fortunées, régi par des robots, loin du chaos ambiant. Elle s’y ennuie copieusement : son père est absent, sa mère souffre de dépression. Heureusement, il reste les amis pour s’évader, et un vieux poste de radio. Un beau jour, un couple de déserteurs échoue sur leurs côtes. C’est l’aiguillon qui manquait aux amis, qui organisent l’évasion. Destination l’Oregon, où un mystérieux « capitaine Green » bâtit, paraît-il, un monde nouveau.
Bon, avec ce titre, la rencontre a été ratée… Premier point : les personnages que j’ai trouvés hyper fades et stéréotypés. Hormis la protagoniste, les filles sont quasi inexistantes et ne servent qu’à faire passer les garçons pour de splendides chevaliers servants. Ainsi, l’héroïne manque de se faire violer deux fois, et est sauvée par les mecs deux fois. Quand ce n’est pas elle, ce sont les autres filles (interchangeables), qui sont vendues à un bordel et… derechef sauvée par les hommes. Groumpf ! Côté anticipation, c’est tout aussi léger. Il y a un vague discours écologiste hyper moralisateur, agaçant plus qu’autre chose. Bref, dans la même veine, il vaut mieux lire Le Jardin des Épitaphes de Taï-Marc Le Thanh !

30 jours sans déchets (ou plus…), Sophie Rigal-Goulard (Rageot).
Fatigué de voir toujours ses voisins, les Delamarre, passer pour des stars dans le journal (car ce sont de parfaits éco-citoyens, notamment), Austin fomente un plan diabolique. Faire mieux qu’eux ! Pour cela, il entraîne toute la famille dans un défi zéro déchets…
Vraiment, ça partait bien et le roman avait tout pour me plaire : le sujet est sympa et cette série jeunesse est plutôt rigolote et bien faite (il y a Dix jours sans écran, 24h sans jeu vidéo, etc.). Dès le départ, j’ai trouvé le prétexte hyper pauvre : franchement, s’améliorer pour faire mieux que les voisins, ça ne m’a pas emballée (le gamin a une dizaine d’années, donc pourquoi pas, mais de la part des parents, bof…). J’ai trouvé en plus les personnages hyper stéréotypés : la mère passe son temps en cuisine, la sœur ne veut pas lâcher ses cosmétiques… J’entends bien qu’il était plus facile de parler ainsi des cosmétiques maison, mais bon, les mecs aussi peuvent mettre des crèmes et prendre soin d’eux ! Enfin, il y avait quelques inexactitudes qui m’ont plus qu’agacée (des ampoules à la poubelle et du mélange vinaigre-bicarbonate préparé à l’avance… ce qui ne sert strictement à rien). En plus le défi dure nettement plus que 30 jours ! Pourquoi ne pas tabler directement sur 365 jours sans déchets niveau titre ? Mauvaise pioche bis, donc. Dans la série, je vous recommande chaudement les autres titres qui sont nettement plus prenants et marrants !

Oyana, Eric Plamondon (Quidam).
Bon, on enchaîne les rencontres mi-figue, mi-raisin. Lorsque s’ouvre ce roman, la narratrice est occupée à écrire une lettre à son mari. Dans cette lettre, elle prévoit de lui expliquer comment et pourquoi cela fait 23 ans qu’elle lui ment, qu’elle répond au prénom de Nahia  – alors qu’elle s’appelle en réalité Oyana -, qu’elle n’est pas orpheline, et qu’elle doit absolument rentrer chez elle, au Pays basque, qu’elle a brutalement quitté quelques 20 ans plus tôt (et non trente comme il le pense). Pourquoi cette urgence ? Parce qu’en mai 2018 a été prononcée la dissolution de l’ETA et que cela change tout pour elle.
Je ne vais pas vous en dire plus pour ne pas gâcher le roman car, vraiment, les liens entre la narratrice, le groupe terroriste et le gros secret qu’elle cache doivent être découverts de la façon dont ils sont mis au jour : doucement, précautionneusement, en tournant largement autour du pot, parce que parfois la vérité est difficile à accepter et à verbaliser, et que c’est bien tout l’intérêt de ce roman. Ce voyage intime, Eric Plamondon nous le raconte avec une grande sensibilité, sans prendre parti pour ou contre les actes de la narratrice, en la laissant dévider ses mots, jusqu’au moment où elle arrive sur place – et là, la narration change pour le style direct, et j’ai trouvé ça moins sensible et intime, pour le coup. Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup aimé la façon dont, justement, aucun parti n’était pris et comment, en passant, l’auteur nous retrace l’histoire mouvementée de la région (et ça ne parle pas que de terrorisme, il est aussi question d’un tas de trucs, y compris des baleines, ce qui explique la couv’ !). Alors, qu’est-ce qui ne l’a pas fait ? J’utiliserais volontiers une phrase de prof : ce roman a les défauts de ses qualités. D’une part, parce que lorsque j’ai enfin découvert les raisons du mal-être de la narratrice, je me suis un peu sentie flouée sur la marchandise. C’est donc pour cela que tu te mets la rate au court-bouillon ? OK, c’est moche, mais ce n’est pas du tout aussi moche que tu nous l’a fait croire pendant 50 pages ! Mais en même temps, on comprend que ça la travaille autant et qu’elle mette autant de temps à parler de ce passé qui la tarabuste. Ensuite parce qu’à mon grand regret, il restait pléthore de coquilles dans le texte, malgré des recherches manifestement minutieuses et fouillées, et un style fort. Sans parler des erreurs en basque – à commencer par l’horripilante faute d’orthographe du titre. Non, les noms propres n’ont pas d’orthographe, je sais mais ! ça tombe bien ! C’est justement un nom commun ! Et puis si c’est trop dur à prononcer pour les francophones (ce que je peux entendre), il fallait choisir autre chose. Cette graphie, dans le contexte de sa naissance, c’est juste une hérésie. Et oui, je suis clairement de parti pris mais bon, zut à la fin. Second problème : Google Trad. N’EST PAS un dictionnaire bilingue fiable. Donc non, « fanon » (de baleine), ça ne se dit pas kokospearekin. Parce que ça, ça signifie « avec le fanon de baleine » : ok, c’est proche, mais c’est quand même incorrect. Alors évidemment, je pinaille, mais voilà, c’est le genre de détail qui a tendance à m’escagacer super fort. Pis d’ailleurs, je pourrai pinailler encore plus fort et signaler que kokospe, c’est juste « fanon » et que si on veut être pointilleux, « fanon de baleine » c’est balea-bizar. Oui, on s’en fout, mais ma mauvaise foi est sans limites. Mon agacement aussi quand je tombe sur des trucs pareils.
Avec ça, est-ce que tout était à jeter ? Non ! Le voyage intime est intéressant et la chute du roman à la fois bien trouvée et bien amenée !

Rayon bulles.

Transat, Aude Picault.
Aude, jeune graphiste parisienne, ne supporte plus la routine métroboulotdodo. Quand elle y réfléchit, elle a pourtant une vie plutôt agréable, mais la terrible sensation d’être sur des rails, d’avoir perdu l’étincelle qui donne du sens au quotidien. Se présente alors l’occasion de partir en transat, avec un marin aguerri. Elle franchit le cap… et ça lui fera le plus grand bien !
Cette BD m’a été chaudement recommandée par un collègue et je ne regrette pas de l’avoir découverte ! Le récit mêle introspection (intelligente et marrante !) et carnet de voyage (dépaysant, divertissant !) en un parfait mélange. Les graphismes sont aussi simples qu’efficaces. J’ai adoré la partie sur le bateau, quasiment dépourvue de dialogues, mais servie en illustrations magnifiques. J’ai envie de découvrir d’autres titres d’Aude Picault maintenant !

Constance d’Antioche, tome 1, La princesse rebelle, Jean-Pierre Pécau, Dimitri Fogolin et Sébastien Lamirand (Delcourt).
Lorsque le cadavre sans tête de son père Bohémond II prince de Tarente et d’Antioche pénètre dans la cathédrale St Pierre pour y reposer, Constance n’a que 6 ans et sa mère Alix à peine 20. Mais si les larmes de Constance sont sincères, celles d’Alix sont feintes, et cette dernière fait aussitôt enfermer sa fille pour prendre la régence et ainsi avoir les mains libres de s’essayer aux arcanes du pouvoir.
Dans la série Les Reines de sang, voici venu le tour de la princesse Constance d’Antioche, qui me semble assez méconnue, mais que j’avais croisée l’an passé en lisant Djinn de Jean-Louis Fetjaine (que je n’ai jamais chroniqué). Ce premier tome, s’il s’arrête à la fois en pleine action et en plein conflit, est drôlement bien mené. Les enjeux (complexes) de l’époque et de la région sont clairement exposés, dans un récit linéaire. Les graphismes sont hyper réussis et nous transportent à merveille sur place. J’attends la suite !

 

Côté ciné.

Dragons III : le monde caché (Dean DeBlois).

Harold et Astrid sont désormais à la tête de Berk et Krokmou, de son côté, est devenu Alpha des dragons. Leur rêve est atteint : vikings et dragons vivent enfin en paix ensemble. Mais les trappeurs ne lâchent pas l’affaire… et les voici dotés d’une femelle Furie, dont ils espèrent bien se servir pour capturer Krokmou et tous les dragons du village. Seule solution qu’entrevoit Harold : trouver le monde caché des dragons et les y cacher tous. Plus facile à dire qu’à faire…
J’étais évidemment très impatiente de voir la conclusion de la trilogie Dragons, que j’apprécie fortement. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans, car la surprise est passée (c’est déjà le troisième opus), donc j’ai trouvé le début un peu longuet. De fait, il faut reconnaître que l’intrigue n’est pas particulièrement surprenante : une menace pèse sur le village et les dragons, il faut trouver une solution et, alerte spoiler, ils y arrivent ! Heureusement, les images sont absolument splendides et le film ménage suspense, humour (j’ai pleuré de rire, j’avoue) et tendresse avec talent. La fin, très ouverte et très émouvante, est réussie !

Tops & Flops.

Je me suis déjà pas mal étendue dans ce bilan sur les lectures qui ne m’ont pas bien passionnée (et non, je n’en ferai pas de chronique plus longue, car je manque vraiment de temps).
Dans les flops, il y avait donc Fréquence Oregon, dont je suis parvenue (quand même !) à la dernière page à grands renforts de soupirs irrités et de sourcils levés au ciel. Il y avait ce petit côté « Matrix raconté par Sarah Connor » bien sympa, mais ça n’a clairement pas suffi à pallier le reste (clichés, manque de rythme, côté moralisateur…) à mon goût. En plus, vu la couv’, je m’attendais à un bouquin à la la Mad Max, mais il n’en est rien. Mauvaise pioche !
Dans la foulée, je n’ai pas été convaincue par 30 jours sans déchets : sur le sujet, je pense qu’il y a de super documentaires (même jeunesse), bien plus efficaces qu’un roman.
Enfin Oyana m’a laissée de marbre, malgré d’excellents points, et m’a collé de l’urticaire avec cette faute dans le titre.

Côté géniales découvertes, il y a eu Engrenages et sortilèges, le dernier-né d’Adrien Tomas ! Ha, là, c’était plus dans mes goûts habituels ! Un univers léché, des personnages intéressants, une intrigue qui en avait sous le pied, un style génial, bref, que du bon. Gros coup de cœur pour ce titre !
Ensuite j’ai profité de Montreuil pour acheter la suite du Projet Starpoint, Le Réveil des Adjinns, que j’attendais de pied ferme. Et quelle excellente suite ! Non seulement l’intrigue prend un nouveau tournant, mais en plus Marie-Lorna Vaconsin réussit à nous rendre son univers extraordinaire à la fois plus intelligible et plus mystérieux ! Vivement la suite !
Enfin, Shannon Messenger a de nouveau réussi à m’emporter avec Réminiscences, le 7e tome de Gardiens des cités perdues. J’avais peur que ça s’essouffle, mais non ! On repart sur une intrigue trépidante, prenante et qui développe de mieux en mieux l’univers. Chouette, donc !

 

 

Citations.

« Je les ai entendus moi aussi, acquiesça Cyrus. Mais ça ne fait justement que prouver qu’il s’agit d’une mauvaise idée.
– Ah oui ? Et pourquoi donc ? renifla Grise, un peu vexée.
Cyrus perçut l’agacement de sa camarade, et tenta de se défendre :
– Pardon… je n’insinue pas que ton idée est… Enfin, je ne voulais pas prétendre…
– Mon maître veut simplement dire qu’il est désolé de ses capacités diplomatiques dignes d’un char d’assaut enflammé dévalant une pente, ronronna Quint, toujours affalé sur les genoux de Grise. »

« Je… je sais qu’il y a des gens pauvres ! avait protesté Grise. Que tout le monde n’a pas la chance de naître noble ou bourgeois… mais ce n’est quand même pas la faute des Wilkeer ou de la duchesse d’Eroge si…
– Bien sûr que si, c’est leur faute ! Comment crois-tu que ces riches, ces puissants et ces parvenus construisent leur parfaite petite vie dorée ? En oppressant, en utilisant, en tuant à la tâche, plus pauvres qu’eux pour leur bénéfice personnel ! En les envoyant se battre pour conquérir des pays en leur nom, en leur prenant leur vie, leurs membres, leur santé mentale, puis en les jetant à la rue sitôt leur objectif atteint ! As-tu seulement idée du nombre d’ouvriers exploités, de réfugiés et de soldats estropiés qui dorment dans les rues ? Des gens privés de travail, de dignité ou des deux, qui en sont réduits à voler et tuer pour subsister jusqu’au lendemain ! Quand un être humain en est réduit à la survie la plus élémentaire, il n’a plus que faire des lois de la société qui l’a conduit là ! »
Engrenages et sortilèges, Adrien Tomas.

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« Le bruit du vent mérite plus d’attentions que les vaines paroles. »
Une immense sensation de calme, Laurine Roux.

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« Mon pays, c’était donc ça, ses (sic) maisons carrées blanches à volets rouges, moi qui désormais avait passé plus de temps ici au Québec que dans le lieu de ma naissance. Ce paysage continuait à m’être étranger. Je n’y avais pas grandi, je n’en possédais pas les codes. Le territoire est un langage. Si on ne le parle pas dès l’enfance, il manque toujours quelque chose. Je n’arrive pas à envisager la vie le long de ces longues routes interminablement droites. Qu’y fait-on quand on a 7 ans ? Comment passe-t-on ses samedis après-midi quand on a 12 ans ? On se rejoint où à l’adolescence quand on habite entre Montréal et Trois-Rivières, à Shawinigan ou à Thetford Mines ? »
Oyana, Eric Plamondon.

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« Ah oui, en mer il faut être PRÉSENT à ce qu’on fait. Chaque geste a sa valeur.
– Voilà ! Eh bien moi, avant de partir, j’étais dans l’état inverse, où chaque geste me semblait vide de sens. Tu sais, cette angoisse qui te prend, pollue ton regard, rendant tout négatif et vain. La peur de se figer dans une vie trop étroite. Parce qu’à 20 ans, le monde s’ouvre à toi… et à 30, tu prends conscience que réaliser l’être formidable qui se cache en toi est plus compliqué que prévu.
– C’est « devenir adulte » même si je n’ai pas encore bien saisi ce que ça veut dire.
– Haha ! Et finalement, on fait en fonction de ce que propose notre environnement, du contexte, de notre degré de conscience, des rencontres que l’on fait, de celles que l’on rate… Chaque choix dérive d’une multitude de non-choix. »
Transat, Aude Picault.

[2018] Petit bilan de novembre-décembre.

Oui, il est fort tard pour ce petit bilan de lectures mais, que voulez-vous, personne n’est parfait ! Petit coup d’œil, donc, dans un lointain rétro…

Carnet de lectures.

La Fille d’encre et d’étoiles, Kiran Milwood Hargrave (M. Lafon).
Des fois, même si la couv’ est sublime, ça ne veut pas. Et là, clairement, ça n’a pas voulu…
Alors qu’il est rigoureusement interdit de quitter l’île de Joya, Isabella rêve des contrées lointaines que son père a un jour visitées et cartographiées. Quand sa meilleure amie disparaît, la jeune fille est résolue à faire partie de l’équipe de recherches. Guidée par une carte ancienne, appartenant à sa famille depuis des générations, et par sa connaissance des étoiles, Isabella prend part à l’expédition et navigue dans les dangereux Territoires Oubliés. Mais sous leurs pas, un mythe féroce s’agite dans son sommeil…
L’histoire nous propulse dans une ambiance toute dystopique : imaginez une île dont le Gouverneur interdit de la quitter… ou même de l’explorer ! Sauf lorsque sa fille chérie disparaît, évidemment ! A partir de là, c’est le branle-bas de combat. Je ne saurais pas dire ce qui m’a pris tellement de temps pour lire ce court roman jeunesse : la maquette est superbe (les pages sont décorées comme de vieilles cartes de marine), l’histoire prometteuse mais le récit… se casse rapidement la gueule. Déjà, le tout manque de logique : on est dans un univers type médiéval alors, franchement, où sont les assassins ? De plus, le Gouverneur a interdit de quitter l’île, alors que lui-même vient d’un autre continent. Pourquoi ? Parce que. Bon, soit. Là où ça s’est franchement gâté, c’est durant la recherche de la fille du gouverneur, où Isabella se fait passer pour son défunt frère jumeau (alors que l’île a l’air aussi grande qu’un hameau en rase campagne et que tout le monde semble s’y connaître), et où l’on croise des créatures ressemblant à des zombies, mais aussi des renégats terrés dans les bois (ce qui expliquerait pourquoi il ne fallait pas y aller). L’ennui, c’est que les péripéties s’enchaînent sans queue ni tête (je vous fais grâce de la fin, façon Big Bang inversé), un peu comme si l’auteur avait déterminé une liste d’éléments à introduire dans le récit et qu’il les cochait au fur et à mesure. Le style, de plus, n’a rien d’extraordinaire, ce qui n’a pas contribué à rendre cette lecture plus passionnante… Mauvaise pioche, donc.

Comme toi, Lisa Jewell (Milady).
Un petit polar, de temps en temps, cela fait du bien !
Ellie, une brillante jeune fille, a disparu à l’âge de quinze ans. Sa mère n’a jamais réussi à faire son deuil, d’autant plus que la police n’a retrouvé ni le coupable ni le corps. Dix ans plus tard, cette femme brisée doit pourtant se résoudre à tourner la page. C’est alors qu’elle fait la connaissance de Floyd, un homme charmant, père célibataire, auquel elle se lie peu à peu. Mais lorsqu’elle rencontre la fille de celui-ci, Poppy, âgée de neuf ans, le passé la rattrape brutalement : cette fillette est le portrait craché de sa fille disparue…
Hallucination ? Complot ? L’histoire est sympa, mais on en devine très vite la solution : à la moitié du livre, les responsabilités sont établies. L’auteure joue sur un suspense psychologique assez intéressant, puisque l’on suit tour à tour les différents protagonistes de l’affaire mais qui, malgré tout, ne me restera pas des siècles en mémoire. Un bon moment de lecture, mais pas le polar de l’année, en somme.

Rayon bulles.

Riverdale présente Jughead, Chip Zdarsky, Erica Henderson et Andre Szymanowicz (Glénat).
Il y a quelques mois, je vous parlais de Riverdale présente Archie, comics dérivé de la série et de la série originelle des Archie comics. Retour à Riverdale High, sur les traces de Jughead, qui s’avère être narcoleptique et prêt à lutter contre toutes les injustices. Justement, le nouveau proviseur du lycée prépare un sale coup et semble vouloir transformer l’établissement en centre d’entraînement de l’armée. Pire, il supprime la cantine et inflige un infâme porridge ! Il n’en faut pas plus à Jug’ pour partir en chasse !
Si vous n’aimez pas l’absurde, abstenez-vous ! Car dès que Jughead pique un petit somme, le récit prend une toute nouvelle tournure : fantasy, SF, combat de super-héros, Jug’ endosse les rôles avec beaucoup de naturel, quitte à perdre parfois le lecteur. En effet, rien ne nous signale qu’il est désormais en train de piquer un petit roupillon, ce qui peut parfois laisser l’impression que l’on passe du coq à l’âne… Par ailleurs, les réparties sont truffées d’humour absurde, parfois un peu abscons. Je soupçonne d’ailleurs la BD de multiplier les références à la série originelle : cela parlera donc aux lecteurs familiers de la série, pas tellement aux autres. Ceci étant, c’est sympa de voir cette autre facette de ce que montre la série télévisée.

In one’s last moment, Kentarô Fukuda (Soleil – Seinen).
Mamoru Kaname, 16 ans, peut voir la mort de ceux qu’il touche, ce qui lui vaut le surnom de « Dieu de la mort ». Un jour, il découvre comment Kana Shiraishi doit mourir. Il s’engage alors dans une lutte sans fin pour changer le destin de celle qu’il aime…
Cette fois, c’est une énorme déception. Autant j’ai apprécié le fait que le manga soit un tome unique, autant j’ai franchement regretté le manque de développements de l’intrigue. Aucune info ou presque sur l’univers des dieux de la mort et une intrigue affligeante. Mamoru décide subitement que Kana est la femme de sa vie, ce qui motive ses sauvetages à répétition. Kana, évidemment, n’intervient jamais dans le récit, son rôle se résumant à ne rien faire en attendant que Mamoru lui évite les petits tracas de la vie. Pire : on croise une autre jeune femme affublée des mêmes talents que Mamoru qui, elle non plus, n’a aucun rôle à jouer. Là-dessus, le manga s’achève sur une conclusion d’une mièvrerie navrante. Le style graphique n’est pas particulièrement remarquable non plus. En somme : un titre que j’oublierai sans délai.

Côté ciné.

Les Animaux Fantastiques 2 : Les Crimes de Grindelwald (David Yates).

Évidemment, c’était LA sortie de novembre et je n’ai pas résisté à la tentation d’aller voir ce film au cinéma. Et si la séance a globalement comblé mon petit cœur de fan, je ne peux pas dire que j’aie eu un réel coup de foudre pour ce nouvel opus des Animaux fantastiques – qui auraient peut-être mieux fait d’être titrés Les Chroniques de Poudlard au vu du peu d’importance que semblent avoir les créatures dans la série. Et voilà déjà pour un premier point à améliorer car, en effet, à part quelques créatures de-ci de-là qui n’apparaissent guère plus qu’en arrière-plan, on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Et l’ennui, c’est que cette critique est extensible à l’ensemble du film : il ne s’y rien de follement trépidant et on a parfois l’impression de régresser (Queenie, si tu m’entends…). De plus, le récit joue sur des révélations fracassantes, qu’on a du mal à considérer comme vraiment crédibles. Donc oui, c’est surprenant, mais ça ne tient pas nécessairement la route (ou alors J.K. Rowling est en train de renier ce qu’elle a fait jusque-là… et ce serait dommage). D’ailleurs, au chapitre des choses quelque peu incohérentes, on pourrait citer à peu près tout ce qui se déroule à Poudlard : on croise une McGonagall qui ne peut être la seule, l’unique (elle naît en 1935 et l’intrigue du film se déroule en 1926) et Dumbledore n’y donne pas les bons cours.
Pire, peut-être : bien que David Yates soit toujours à la réalisation, je trouve que le film a clairement perdu le charme de la série. Exit la magie et la poésie des plans, bonjour au scénario et à la façon très américaine, avec beaucoup de vide pendant deux heures et une grosse baston finale graphiquement léchée, mais pas bien consistante. Malgré tout, ai-je détesté ? Non, parce que comme je l’ai dit, j’avais encore 12 ans alors que j’étais dans la salle ; c’est plutôt en sortant que j’ai commencé à râler un peu !

Le Retour de Mary Poppins (Rob Marshall).

Là encore, je suis restée sur ma faim… La famille Banks est de nouveau en difficulté et Mary Poppins revient s’occuper des enfants (je vous la fais courte). Comme dans le premier opus, on retrouve le mélange entre film et images d’animation (en 2D, dessinées à la main). Évidemment, le charme n’est pas le même car, de nos jours, cela ne relève plus vraiment de la prouesse technique. Côté chansons, les aficionados des mélodies Disney seront servis, le film en étant truffé (peut-être même un peu trop). Pour ma part, j’ai trouvé qu’elles manquaient singulièrement d’émotion…
Premier point qui m’a un peu déçue, quoique superficiel : PAS de Supercalifragilisticexpialidocious, alors que c’était clairement un des gros atouts du film original. Non, là, on se traîne un pauvre « luminomagie fantastique » tellement transparent qu’il en est à pleurer. Et c’est là qu’on arrive au gros reproche que j’ai à l’encontre de ce film : où est la magie ? C’est plat, c’est fade, cela manque clairement d’inventivité. Pire, alors que le premier film véhiculait des valeurs inédites chez Disney, là on se retrouve avec une bonne vieille apologie du capitalisme (puisqu’ils s’en sortent grâce à la banque). Pour ne rien gâcher, les filles ont droit aux accessoires roses. Bref : une suite qu’il aurait mieux valu laisser au stade de projet.

Tops et Flops.

Je ne vais pas revenir sur In one’s last moment, ni sur La Fille d’Encres et d’Étoiles, qui ne m’ont guère convaincue.
À mon grand regret, je dois avouer que je n’ai pas non plus accroché à Dix jours avant la fin du monde,de Manon Fargetton, alors qu’il avait tout pour me plaire. Il s’agit d’un récit situé tout pile 10 jours avant la destruction annoncée de la Terre et qui s’attache à suivre quelques personnages dans ce bref intervalle qui leur reste. J’ai beaucoup aimé le sujet mais, paradoxalement, j’ai trouvé que le récit traînait en longueur, et je n’ai pas du tout accroché au double niveau de lecture (il y a un phénomène de récit dans le récit). Bref : pas un roman pour moi !

Comme je le disais plus haut, j’ai passé dans l’ensemble un bon moment avec  Comme toi, de Lisa Jewell, sans toutefois le garder en tête comme le polar de l’année. Mais parfait à lire dans les transports ou entre deux pavés !

Heureusement, j’ai aussi fait d’excellentes découvertes ! – à tel point qu’il va être difficile de n’en garder que trois !

Tout d’abord, je dois vous parler des Nuages de Magellan, d’Estelle Faye, car ça a été un énoooooorme coup de cœur ! Dans cette histoire, il est question de pirates, de rebelles, de galaxies lointaines, de voyages spatiaux contrôlés par des consortiums marchands, et de libertés individuelles. Le récit cumule les bons points des romans d’aventure (pirates, bastons, courses-poursuites, trésors) et ceux de la SF (voyages spatiaux, donc, mais aussi réflexions sur la société), dans un récit extrêmement prenant. Et en plus c’est un singleton, donc une excellentissime raison de craquer !

Deuxième coup de cœur (d’affilée, car j’en enchaîné ces lectures) avec Olangar : Bans et Barricades 1/2 de Clément Bouhélier. Là encore, j’ai adoré le savant mélange entre roman d’aventures sauce Far-West (attaque du train incluse), polar (avec enquête sur une mort en eaux troubles), lutte des classes (avec des nains grévistes syndiqués jusqu’au bout de la barbe) dans un univers de fantasy (avec nains, donc, mais aussi elfes, humanoïdes et autres orcs vindicatifs) extrêmement bien troussé. Fa-bu-leux !

En dernier, je vais vous parler du Vallon du sommeil sans fin, d’Eric Senabre, la suite (mais lisible indépendamment) du Dernier songe de Lord Scriven. J’ai adoré retrouver Banerjee et Christopher, dans une nouvelle enquête somnambulique aux accents fantastico-horrifiques. Oui, le début fait carrément flipper. Et c’était très chouette de se demander de quoi il retournait au juste !

Citations.

« J’ai remarqué que les Occidentaux ont l’habitude d’associer l’idée de « bien » à celle de « quantité ». Plus on accumule d’argent, de récompenses, que sais-je encore, plus on devrait être heureux. Et vous faites la même chose avec les jours de votre vie : plus on accumule de jours, plus notre bonheur devrait être grand. Devenir vieux, le plus vieux possible, est une fin en soi. Or, je ne pense pas en ces termes : la vie doit être belle et agréable, bien avant d’être longue. Et le risque peut certes contribuer à la raccourcir, mais bien souvent, il permet de l’embellir. Peu importe si c’est pour une période que vous jugez trop courte. »

« Mr. Carandini, reprit-il de manière plus franche, dans mon pays, il n’est pas coutume de tourner autour du pot. Loin de moi l’idée de remettre en doute les méthodes de Mr Banerjee, mais… le fait est que, pour le moment, elles ne se sont pas montrées très concluantes. Alors j’obéis à la loi du marché, et me vois en devoir de vous…
– … congédier ? complétai-je avec une pointe d’agacement.
Le colonel sourit.
– Pas tout à fait. Je dirais plutôt : de vous mettre en concurrence. N’est-ce pas la démarche la plus honnête ?
Je ne pouvais blâmer Garfield. Nous autres, les Anglais, avions inventé deux choses terribles : le capitalisme et les Américains. Nous avions à nous en prendre qu’à nous seuls si nos créatures se retournaient aujourd’hui contre leur créateur. »

« L’endroit n’avait rien de luxueux, mais il y régnait cette atmosphère douillette propre aux maisons familiales anglaises, dans laquelle chaque infime touche de mauvais goût contribuait à ce que l’on s’y sente bien. »
Le Vallon du sommeil sans fin, Eric Senabre.

***

« Que je sois toujours Duncan Turner, c’est normal ! Je vais croiser des connaissances…
Il s’arrêta et Elizabeth crut l’entendre grogner.
– … mais pourquoi suis-je le médecin personnel d’Elizabeth, devenue « Lady Black de Westport, Irlande » ?
Beatrix fit un clin d’oeil à Elizabeth avant de se pencher pour apercevoir Turner et lui lancer d’un ton amusé :
– Il fallait bien une noble pour aller à une soirée d’aristocrates. Quel est le problème, docteur Turner ? On n’a pas envie d’être commandé par une femme en public ?
Il y eut un autre grognement, et tout ce que Turner entendit en retour fut deux rires joyeux montant du paravent. »
L’Ordre des revenants, Julien Hervieux.

***

« C’était un samedi après-midi de mai, une semaine avant les examens. Ils faisaient une pause dans leurs révisions dans la chambre d’Ellie. Dehors, le soleil brillait. Teddy Bear était allongé à leurs côtés et l’air était chargé de pollen et d’espoir. La mère d’Ellie disait que le mois de mai était le vendredi soir de l’été, un aperçu chaud et lumineux de tous les bons moments à venir, une invitation à vivre. »

« Demain, je pose pour un cours de dessin.
– Super ! C’est habillé ou…
– C’est nu. Il n’y a pas de honte à vieillir, pour reprendre tes mots, et je crois qu’il n’y a pas de honte à être nu non plus. A mon sens, si on ne peut pas interdire les burkinis sur les plages, il me semble naturel qu’on ne puisse pas non plus interdire la nudité. Qui décide quelle partie du corps peut ou ne peut pas être exposée en public ? Si, légalement, une femme doit se couvrir les seins et le sexe, pourquoi est-ce qu’une autre femme ne pourrait pas se couvrir les jambes et les bras ? ça ne fait aucun sens.
Laurel hoche la tête et sourit.
– C’est vrai, je n’y avais pas pensé comme ça.
– Personne ne pense aux choses correctement de nos jours. Les gens croient ce que Twitter leur dicte. C’est de la propagande déguisée en pensée libérale. Nous sommes tous des moutons. »
Comme toi, Lisa Jewell.

***

« Tandis qu’on s’éloigne du campement, je redescends brutalement sur terre. C’est la même planète que la semaine dernière, et pourtant, comment y croire ? Jamais je n’aurais imaginé que le si parfait Orange County partirait autant en vrille. C’est drôle quand même… Et dire qu’à une époque, je méprisais tant cet endroit que j’en étais venue à souhaiter que Dieu tout-puissant le maudisse, y envoie des sauterelles et des implants mammaires défectueux. Mais à présent que toute la Californie du Sud vit un cauchemar, je suis un peu déçue. Ce n’est pas que je veuille souffrir davantage, mais je suis déçue par les gens – leur faiblesse d’esprit et de caractère. Il aura suffi d’une pénurie d’eau pour tous les transformer en meurtriers barbares. Une chose est sûre, je ne veux pas me retrouver dans le même panier qu’eux. »

« Les premiers jours du Tap-Out, elles avaient de l’eau. Sa mère avait arraché un pack des mains de l’une de ses camarades de l’équipe de foot au Costco. « Qui va à la chasse perd sa place, avait lâché sa mère dans la file de la caisse. Que ça lui serve de leçon ! »
Mais il y avait visiblement cinq leçons que sa mère n’avait pas retenues. Comme : « Ne vous lavez pas les cheveux quand vous n’avez que de l’eau en bouteille. » Ou encore : « Ne faites pas de course à pied quand il faut éviter de transpirer. » Et peut-être la plus évidente de toutes : « N’arrosez pas vos plantes ; laissez-les mourir. »
Ce pack d’eau ne leur avait duré que deux jours. »
Dry, Jarrod et Neal Shusterman.

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« Puis vient Miss Guéridon, la spirite du soir.
Plus jeune que Gervenche, mais incontestablement vieille fille vu sa tenue digne d’une bibliothécaire sous vœu célibat, cette dernière marmonne face à un jeu de tarot. »
Note à Mr. Holzl : sachez que je proteste vivement face à ce cliché sur les bibliothécaires !

« Je me retrouve seule sur la terrasse.
C’est mieux ainsi… Moi-même, je ne comprends pas très bien la scène que nous venons de jouer. Le contrecoup de l’excitation causée par ma nouvelle paire d’escarpins, peut-être ?
Oui, ce n’était que cela…
Ma passade s’estompe déjà, comme un accès de fièvre.
Aucun regret, vraiment : ce rendez-vous aura tenu toutes ses promesses. L’équilibre idéal entre manger une brioche et poignarder quelqu’un. »
Belle de gris, Ariel Holzl.

[2018] Petit bilan d’octobre.

Carnet de lectures.

Minute, papillon ! Aurélie Valognes.
J’étais assez curieuse de découvrir ce titre, car on en entend pas mal parler sur le net mais je dois dire que j’ai été assez déçue.
On suit l’histoire de Rose, 36 ans, heureuse maman de son grand ado de fils, Baptiste, 18 ans. Malheureusement, Rose joue de malchance car non seulement ses employeurs déménagent et la voilà qui perd son poste de nounou. Mais, en plus de cela, Baptiste lui annonce de but en blanc qu’il quitte la maison, qu’il va s’installer chez sa copine et que celle-ci est en plus enceinte et ne va plus tarder à accoucher. C’est le drame ! C’est dans ces circonstances que Rose accepte le poste que lui propose Véronique : s’occuper de Colette, sa vieille mère esseulée. La vieille dame excentrique et agoraphobe pourrait bien changer sa vie.
Alors, par où commencer ? Je crois que je vais attaquer avec l’intrigue tellement cousue de fil blanc que je me suis demandé où la dégringolade allait s’arrêter (bien trop tard à mon goût). C’est truffé de bon sentiments et jamais surprenant, à tel point que je me suis copieusement ennuyée. J’aurais adoré pouvoir me raccrocher au style, mais il est d’une sévère platitude, donc autant dire que j’ai été ravie de voir arriver la fin (heureusement, c’est court). Je ne sais pas si c’est le feel-good qui ne me convient pas mais ce qui est sûr, c’est que ça ne l’a pas fait avec ce titre !

Terminus Elicius, Karine Giebel.
Première incursion dans l’œuvre de Karine Giebel, avec son premier polar.
Jeanne effectue tous les jours l’aller-retour Istres-Marseille, entre son quotidien de secrétaire au commissariat de police et la maison qu’elle partage avec son dragon de mère. La cité phocéenne est troublée par un tueur en série qui s’attaque aux jeunes femmes. Or, voilà justement que celui qui se fait appeler Elicius écrit des lettres à Jeanne, qu’il glisse près de son siège préféré dans le train. Des lettres extrêmement troublantes qui, peu à peu, font oublier à Jeanne que son mystérieux soupirant est un tueur en cavale…
L’idée de départ est vraiment chouette, mais le roman a les défauts… d’un premier roman ! L’intrigue est quelque peu prévisible et les personnages pas tout à fait assez creusés, mais l’ensemble est malgré tout très prenant. Ce qui me donne envie de lire les autres romans de Karine Giebel !

La Vraie vie, Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste).
Comme ça, on ne pourra pas dire que j’ai snobé la rentrée littéraire, parce que j’ai pris ce qui est sans doute LE roman de cette rentrée, tant j’ai l’impression que tout le monde en a parlé (il est même passé à La Grande Librairie, c’est dire s’il a fait l’unanimité).
ça se passe dans un quartier de banlieue tout moche, où toute les baraques se ressemblent, sauf que la sienne a un petit truc particulier : il y a quatre chambres, celle des parents, la sienne, celle de Gilles, le petit frère, et celle des cadavres, le père étant chasseur de gros gibier. Un soir, les deux enfants assistent à la mort violente du glacier ambulant et, si elle réussit à rationnaliser la chose, Gilles se referme comme une coquille, arrête de sourire, devient un enfant cruel et sadique, à la botte de son bourreau de père. Du haut de ses 10 ans, la gamine (dont on ignorera le nom jusqu’au bout) décrète qu’elle est sur la branche ratée de sa vie et qu’il faut rétablir le cours des choses, en remontant le temps – ce qui demande quelques compétences techniques et scientifiques qu’elle va se faire fort d’acquérir.
Alors ce qu’on ne peut pas enlever à ce texte, c’est qu’il fait dans le sordide, le banalement trash et réaliste, ce qui en fait une histoire assez forte. La jeune fille, que l’on suit de ses dix à ses quinze ans, fait preuve d’une belle force de caractère, que l’on souhaiterait à tous les enfants qui vivent de telles situations de violences familiales (sans surprise, le père bat la mère, puis la fille, dresse le fils à être un bon petit macho pervers amateur de cruauté et s’avère d’une bêtise sans bornes). Malheureusement, c’est cette banalité qui aura eu raison de ma patience car, en dehors de l’extrême sordidité de l’intrigue, je n’ai pas franchement été marquée par le style, ni par les péripéties que j’ai vues venir d’assez loin (au point que la fin ne m’a pas du tout surprise). Par ailleurs, j’ai été assez gênée par les repères temporels qui m’ont paru parfois contradictoires (ou alors je n’étais déjà plus assez attentives, ce qui est plus que possible). L’histoire est rythmée par les étés, c’est ce qui permet de déduire l’âge des personnages, mais comme ils ne changent pas des masses, j’ai trouvé ça parfois un poil confus. Malgré tout, je dois dire que l’ambiance a fini par me ferrer, aux alentours du dernier tiers. Le titre ne me restera clairement pas en tête comme LA révélation de l’année, mais plutôt comme un bon premier roman, noir et sordide à souhait.

À la rechercher de la Serena, Anne Vantal (Actes Sud junior).
Damien surprend le mot « Serena » lors d’un très mystérieux rendez-vous organisé au journal (un hebdomadaire de reportages à sensation) où il effectue un stage. Ses antennes de futur journaliste d’investigation se mettent en mouvement. Aidé par Victoria, sa jumelle férue de recherches historiques, il apprend l’histoire d’un navire de Croisade ? La Serena – coulé au début du XIII° siècle dans les eaux grecques et qui aurait chargé un butin précieux volé à Constantinople. Il soupçonne un ancien militaire aventurier d’avoir mis au jour le fameux trésor. Pour en avoir le cœur net, frère et sœur suivent sa piste et mettent le cap sur la Grèce. Légende ? Fausse rumeur ou vrai scoop ?
Voilà un roman d’aventure jeunesse comme je les aime ! J’ai adoré le côté chasse au trésor/roman d’actualité de ce roman, qui déployait finalement des sujets nettement plus surprenants que prévu, puisque les trafics d’armes extorquées à des familles étant obligées de partir en exil à cause des guerres en Moyen-Orient s’invitent subitement dans l’intrigue. Surprenant, mais vraiment intéressant ! Avec cela, Anne Vantal balaye l’histoire médiévale de la région et le roman aligne ses espions, chasseurs de trésor sans foi ni loi, jeunes aventureux et, bien sûr, un fabuleux trésor de Croisés. L’histoire est assez prenante, mais j’ai tout de même un poil râlé devant quelques phrases bizarrement montées. Bref, un roman à proposer aux fans d’Indiana Jones !

Rayon bulles.

Dreams factory, tome 1, La Neige et l’Acier, Jérôme Hamon, Suheb Zako et Lena Sayaphoum (Soleil).
Dreams Factory est un diptyque steampunk, qui joue sur des ambiances rappelant des grands classiques comme Oliver Twist ou Hansel & Gretel. En effet, l’histoire se déroule à Londres, en 1892, dans une cité recouverte de neige. Indira, comme la plupart des enfants de la cité ouvrière, descend chaque jour dans la mine de charbon, sans protester. Un jour, alors qu’elle est trop malade pour se lever, son petit frère Eliott se porte volontaire à sa place… et disparaît. Elle se lance alors dans une quête désespérée pour le retrouver et s’aperçoit qu’en fait, les disparitions d’enfants sont extrêmement nombreuses : trop pour être honnêtes. Il se murmure que la richissime propriétaire des mines, Cathleen Sachs, n’est pas étrangère à ces disparitions et entretient un véritable petit réseau. Pourquoi ?
Alors, indéniablement, c’est une très belle BD. Les graphismes sont hyper soignés, on se met d’emblée dans l’ambiance qui mêle steampunk, chronique sociale et enquête pleine de danger. Malheureusement, c’est du côté de l’intrigue que le bât blesse : tout va extrêmement vite, les personnages ou situations sont à peine esquissés (je n’évoque même pas un quelconque développement) et l’intrigue, cousue de fil blanc, est constituée d’un nombre extrêmement réduit de péripéties. Pire, certains personnages sont introduits assez tard, comme si le lecteur savait depuis longtemps de qui il s’agissait, ce qui donne l’impression qu’ils tombent comme un cheveu sur la soupe. C’est un peu dommage, car cela ne rend pas l’ensemble plus crédible ni plus passionnant. De plus, la pseudo-intrigue autour du sortilège d’amnésie arrive elle aussi sans qu’on comprenne vraiment d’où elle sort, sans doute pour tenter un effet de manche censé relancer le suspense (raté). Comme je me suis passablement ennuyée, je pense que je me dispenserai du tome 2…

Couleur de peau : Miel, tome 1, Jung.
Oui oui, je rattrape mon retard sur les classiques ! Dans cette bande-dessinée autobiographique, Jung explore le sujet de l’adoption, notamment l’adoption massive d’enfants Coréens après la guerre de Corée (et encore maintenant). Ce premier tome narre comment Jung est arrivé en Belgique, vers l’âge de cinq ans, et toute la difficile intégration qui s’en est suivie. Pas tellement parce que les Belges l’ont rejeté, mais parce que lui a éprouvé quelques difficultés que l’on comprend aisément. Les illustrations, en noir et blanc, sont pleines de douceur et vont super bien avec l’histoire que j’ai trouvée extrêmement touchante. En plus de cela, le récit explique vraiment bien la situation en Corée, factuellement et sans juger, et j’ai trouvé que c’était bien intégré au récit de souvenirs de l’auteur. Il me reste trois tomes (si je ne me trompe pas) pour en apprendre encore un peu plus !

Les petites cartes secrètes, Cyrielle et Anaïs Vachez (Delcourt).
Le monde de Tom et Lili s’écroule le jour où leurs parents divorcent. Et il y a pire que ça : ils vont eux aussi être séparés. Lili va vivre chez sa mère et Tom chez son père. Ne supportant pas cette séparation, les deux enfants vont entamer une correspondance par cartes postales et échafauder des plans naïfs, improbables (faire semblant de tomber malades pour obliger leurs parents à se parler) et parfois cruels (faire tomber la belle-mère enceinte dans les escaliers pour provoquer une fausse-couche…) pour qu’à nouveau ils soient tous réunis.
Je dois avouer que cette BD m’a laissée quelque peu dubitative. J’ai beaucoup aimé le principe, mais je n’ai pas du tout adhéré aux personnages. C’est quoi ces adultes irresponsables qui maltraitent leurs enfants respectifs, m’enfin ?! Et la belle-mère qui pratique ce qui ressemble à de la torture psychologique ? Appelez les services sociaux ! Je ne parle même pas de la gestion de la rupture désastreuse, d’un côté comme de l’autre, et de l’absence totale d’explications aux-dits enfants ! Je sais bien qu’être parent, c’est pas de la tarte mais, je sais pas… un poil de bon sens, les gars ?
Cela n’enlève rien à la BD, car si je n’ai pas apprécié, c’est surtout pour cause de désaccord total avec les choix des personnages ! Parce que le principe des cartes postales des enfants intercalées aux récit est assez sympa, avec des textes assez touchants – sauf quand ils prévoient de faire tomber la belle-mère dans les escaliers ! Je peux comprendre que la petite, en CP, ait du mal à comprendre ce qu’elle fait, mais le frère aîné devrait être en âge de savoir que c’est une abyssale connerie. Enfin, le dessin de Cyrielle est très chouette, car la BD se déroule dans un décor des années 90 hyper soigné. Je pensais que c’était une BD jeunesse, mais finalement elle s’adresse plutôt à des trentenaires !

Côté ciné.

J’ai occupé une après-midi grise, venteuse, et fraîche à souhait en allant voir Le Jeu, de Fred Cavayé, un remake d’un film italien qui n’a (malheureusement) jamais été distribué en France (Perfetti sconosciuti, de Paolo Genovese, paru en 2016).
C’est l’histoire d’une petite bande de 7 amis, 3 couples et l’un venu en célibataire (sa moitié étant malade), qui se retrouvent pour un dîner, qui semble être leur traditionnel rendez-vous. L’hôtesse a subitement une histoire pour le moins étrange qu’elle présente comme un jeu : chacun est invité à déposer son téléphone au milieu de la table et, dès lors, chaque message, chaque notification, chaque courriel sera lu à haute voix.
Assez vite, l’ambiance du huis-clos prend, car il ne faut pas longtemps pour comprendre que chacun (ou presque) a des choses à cacher, choses qui tournent de préférence entre les genoux et la ceinture et que les moitiés respectives préfèreraient (sans doute) ignorer. Le rythme est plutôt bon car, avant de passer aux choses très sérieuses, il y a quelques effet d’annonces, des gags et des réparties bien placées. En effet, le film joue sur les tons tragiques et comiques à la fois, un mélange qui est plutôt réussi. Car, aux vannes des amis, viennent assez vite s’ajouter quelques sujets plus lourds, comme le désir d’enfant, les difficultés à communiquer, l’homophobie ou l’importance d’être soi. Évidemment, ce n’est pas très original, mais c’est plutôt bien traité dans l’ensemble. J’ai toutefois regretté que certains personnages soient si cliché (la maman psy coincée qui ne comprend rien à son ado de fille, par exemple) et une petite pointe de sexisme manifestement parfaitement assumée dans les premières minutes (avis à la production : oui, les hommes ont le droit de prendre soin d’eux. Grrr !). Malgré cela et quelques longueurs (le film aurait gagné à être amputé d’une dizaine de minutes), j’ai passé un bon moment. Quoique je n’arrive pas à savoir si j’ai trouvé la pirouette finale génialissime ou décevante (mon cœur balance très franchement entre ces deux options, aussi bizarre cela puisse-t-il paraître). Bref, un film sérieux traité sauce vaudeville, pas d’une originalité folle, mais avec lequel je me suis bien amusée tout de même !

Tops & Flops.

Dans les rendez-vous manqués ce mois-ci, il y avait indéniablement mon premier roman d’Aurélie Valognes, Minute, papillon !, que j’ai trouvé long, pénible, trop cousu de fil blanc, et pas toujours bien écrit – entre autres. Je note tout de même que ce n’est pas du tout mon genre de lecture de prédilection, ceci explique donc peut-être cela !
Je ne peux pas dire non plus que j’ai été particulièrement emballée par La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné ; là encore, ce n’est pas ma came habituelle et, si je dois reconnaître avoir été très accrochée sur le dernier tiers de ma lecture, le reste ne m’a pas passionnée, tant j’ai trouvé le style et le récit plats. Si c’est la révélation de la rentrée littéraire, ce n’est certainement pas la mienne (mais il faut bien sortir de sa zone de confort de temps en temps !).
Enfin, au rayon BD, je n’ai été convaincue ni par Dreams Factory, ni par Les Petites cartes secrètes, et c’est un peu dommage, car les deux titres étaient assez prometteurs. Mauvaise pioche dans les deux cas !

Côté belles découvertes, il y a également une bande-dessinée, j’ai nommé Phoolan Devi, reine des bandits, une bande-dessinée biographique de Claire Fauvel, consacrée à Phoolan Devi, donc, une Indienne dont le parcours plus qu’horrible est passé de victime à bandit à députée (excusez du peu). Évidement, c’est hyper trash (parce que sa vie l’a été, malheureusement) mais c’est hyper bien mené, très documenté, porté par de très beaux graphismes. Super instructif (mais révoltant) et beau, j’aime !

Citations.

« Toute magie engendre la Brume. C’est une loi immuable de Mitar. Dans les premiers temps personne ne se souciait vraiment de ce déchet évanescent, rejeté aussitôt dans l’air une fois l’opération magique terminée. Mais, après des années de ce régime, certains prêtres constatèrent des altérations dans la trame de l’univers. Ils décidèrent alors que la Brume devait être contenue et créèrent les premiers réservoirs. »
Le Sanctuaire des Dieux, Cindy van Wilder.

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« Nous devrions remercier grand’ma Holt d’avoir crée des orphelinats, des hôpitaux, de nous avoir trouvé des familles… et pourtant… Pourtant, à l’heure actuelle, je ne sais toujours pas si je dois la remercier ou la détester. Nous sommes deux cent mille Coréens adoptés à travers le monde. C’est beaucoup trop. »
Couleur de peau : Miel, tome 1, Jung.

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« Bénédiction accordée, dit-elle. Partez avec la lumière de notre amour dans vos cœurs.
L’émissaire s’inclina et elle s’adressa à lui sur un ton plus intime.
– Penses-tu que le jour viendra où toi et moi ne serons pas entravés par les chaînes du devoir et de l’honneur ?
– Le devoir et l’honneur dominent peut-être nos vies, répondit Sir William. Mais mon cœur est toujours libre de vous aimer. »

« Falco sourit, mais il n’écoutait pas vraiment. Il pensait à ce que le laniste Magnus lui avait dit. Il ne s’était jamais considéré comme un meneur d’hommes. Il trouvait même l’idée terrifiante. Des gens qui allaient risquer leur vie en se fiant à son jugement ? Il ne savait pas comment la reine pouvait le supporter.
Il avait pris la parole car il lui avait semblé que ne pas le faire aurait été une erreur. Il ne se rendait pas compte que se porter volontaire et assumer les responsabilités de ses actes était justement ce qui définissait un meneur d’hommes. S’il l’avait compris plus tôt, il aurait peut-être tenu sa langue. »
Mage de bataille, Peter Flannery.

[2018] Petit bilan de septembre.

Carnet de lectures.

Le Livre perdu des sortilèges, tome 1, Deborah Harkness.
J’avais ce bouquin dans ma PAL depuis tellement longtemps que je ne sais même plus dans quelles circonstances il l’a rejointe (ce qui est rare !). Bref, l’été étant là, j’ai eu envie de me plonger dans ce roman de sorcières (au lieu de lire les livres que j’avais emportés, c’est du propre !)
On y suit les tribulations de Diana Bishop, une jeune universitaire qui est également sorcière, mais se tient éloignée de ses pouvoirs et mène une vie simple. Jusqu’au jour où elle demande, à la bibliothèque, un manuscrit intitulé Ashmole 782, qui déchaîne les passions des créatures surnaturelles comme les vampires, les sorcières et les démons. À partir de là, Diana va devenir le centre de l’attention de ses congénères surnaturels, en bien, comme en mal, et attirer notamment un certain Matthew Clermont, vampire et chercheur de son état…
C’est une série recommandée par pas mal de lecteurs.trices dont je suis généralement les avis, ce qui a sans doute amené ce livre dans ma PAL. En plus, j’avoue tout net, je ne résiste pas aux histoires de sorcières. Et celle-ci avait vraiment tout pour me plaire ! Malheureusement, on ne peut pas dire que j’ai été conquise… Ce n’était pas un loupé total, non, mais je me suis souvent ennuyée durant ma lecture. Ce que j’ai aimé, là-dedans, c’est l’ambiance de fantasy urbaine, avec toutes ces créatures surnaturelles en goguette, aux intérêts souvent divergents. Les décors de l’université d’Oxford, évidemment, et la bibliothèque de Selden End dans laquelle se déroule une énoooorme partie de l’intrigue (mon petit cœur de bibliothécaire a évidemment été conquis instantanément). De plus, l’histoire en elle-même promet de bonnes choses, puisque l’on parle de pouvoirs secrets, de clans de surnaturels qui ne peuvent pas se blairer et d’un mystère vieux de centaines d’années qui resurgit subitement. De même, le fait d’avoir des vampires qui traversent les siècles est plutôt sympa, car cela permet de nombreuses et intéressantes plongées dans l’Histoire.
Là où le bât blesse, c’est sans doute du côté du rythme et des personnages. Diana est d’une effarante mollesse et ses atermoiements incessants ont sans doute eu raison de ma patience. Matthew, de son côté, s’il est plus actif, m’a prodigieusement agacée avec ses réflexes sexistes. Ok, il est d’une autre époque, mais s’il a réussi à se faire à la magie d’internet, des téléphones portables, et des fringues en synthétique, un petit effort social ne devrait pas lui arracher les crocs, non ? Bouh qu’il est pénible. Là-dessus, vient évidemment se greffer une romance sans intérêt tellement elle est prévisible et d’une niaiserie affligeante. Oui, je suis sévère mais oui, j’ai été plus qu’irritée par les personnages.
La suite m’interpelle malgré tout, car il semblerait que ce soit un poil moins agaçant, mais je ne sais pas encore si je la lirai. Au pire, je regarderai la série…

Opération Lovelace, Emmanuelle Kécir-Lepetit (Le Pommier, collection Les Savantissimes).
Hiver 2030 : un virus géant paralyse les systèmes informatiques occidentaux. Plus rien ne fonctionne. Au Pentagone, des experts internationaux tentent de trouver une solution. Selon le Professeur Watson, une seule issue : se transporter en 1943, à l’université de Philadelphie, où a été conçu le premier ordinateur, et réparer le mal à la source. Nancy, sa fille de 12 ans, s’empare de la machine à voyager dans le temps mais se retrouve propulsée à Londres, en 1843 ! Le programme s’est trompé d’un siècle et de continent ! Heureusement, Nancy y rencontre Oliver Holmes, un jeune garçon féru d’enquêtes et surtout Ada Lovelace, mathématicienne et première programmeuse informatique !
J’étais curieuse de découvrir cette collection de romans mettant à l’honneur les plus grandes figures de l’histoire des sciences et c’est celui portant sur Ada Lovelace qui a emporté la mise. J’avoue avoir été un brin circonspecte au départ, mais le fait est que le roman d’Emmanuelle Kécir-Lepetit est à la fois prenant, drôle, et très documenté tant du point de vue historique que scientifique. Pour Nancy, fraîchement débarquée du XXIe, le dépaysement est total : non seulement elle doit survivre dans un monde qui ne connaît ni l’eau courante, ni internet, mais qui, en plus, ne reconnaît absolument pas la place des femmes, ce qui la choque. Et ce choc ne passe pas en rencontrant Ada Lovelace puisque la mathématicienne de génie a, elle, parfaitement intégré les clivages sexistes. Le roman les déconstruit donc l’un après l’autre et c’est très bien fait, car c’est parfaitement intégré à l’intrigue, au suspense et à l’évolution des personnages. En plus de cela, le récit nous maintient parfaitement en haleine, tout en expliquant de façon limpide des concepts scientifiques qui donneraient de l’urticaire aux moins matheux du coin. Bonne pioche !

La Prophétie de l’horloge, John Bellairs (Castelmore).
À la mort de ses parents, Lewis va habiter chez son oncle Jonathan, qu’il imagine ordinaire et ennuyeux. Mais Oncle Jonathan et sa voisine, Mme Zimmermann, sont tous les deux des magiciens ! Lewis est ravi… au début. Puis il se met lui-même à faire de la magie et ressuscite par mégarde l’ancienne propriétaire de la maison, Serenna Izard. Or Serenna et son mari ont autrefois caché dans les murs de la maison une horloge, une horloge qui a le pouvoir d’anéantir l’Humanité tout entière… Et seuls les Barnavelt peuvent l’arrêter.
Ce roman a été initialement publié en 1973 et vient d’être réédité et adapté au cinéma (il doit d’ailleurs être encore en salles). Donc cela se ressent un peu côté style, mais l’intrigue n’a pas tellement vieilli, ce qui est plutôt chouette. L’histoire, assez classique, est plutôt prenante et mêle magie et adolescence, Lewis étant à l’orée de cet âge redouté. Son personnage est presque essentiellement tourné vers l’histoire de magie mais, de temps à autres affleurent d’autres thèmes comme l’obésité, le sentiment de solitude, les relations familiales et l’amitié. Sans être follement surprenant ou révolutionnaire, le roman est agréable à lire et prenant juste comme il faut. Comme il est assez court et sans grande difficulté, il peut même être lu par de plus jeunes lecteurs (dès 10 ans). PS : je vous mets la couv VO parce que celle de la VF est vraiment trop vilaine… !

Rayon bulles.

Route : End, tome 1, Kaiji Nakagawa (Ki-oon).
Taji travaille pour une entreprise de nettoyage spécialisée dans les scènes de crimes. Une voie qu’il n’a pas choisie par hasard car, enfant, c’est lui qui a trouvé le corps de sa mère alors qu’elle venait de se suicider. Les nettoyages de scènes de désolation sur lesquelles il travaille opère comme une véritable catharsis. Pourtant, son quotidien est bouleversé lorsque son quartier devient le théâtre de meurtres en série. Les victimes sont découpées en morceaux, lesquels forment à chaque fois le mot « END ». L’affaire vire au cauchemar lorsque Taji découvre que son patron, qui l’a traité comme un fils, est peut-être impliqué dans ces horribles mises en scène…
J’ai beaucoup aimé le premier tome de ce seinen. Évidemment, l’intrigue est sombre et affreusement sordide, mais pleine de suspense. Le volume ne sert pas seulement à planter le décor mais nous offre un vrai début d’enquête, comme des personnages déjà assez fouillés – du moins assez pour attiser ma curiosité et me donner envie d’en savoir un peu plus.

Je reviens vers vous, Olivier Tallec (Rue de Sèvres).
Une illustration par page, avec une petite phrase ou pas, souvent tirée du dialogue en cours dans la scène. C’est lapidaire, mais toujours suffisant et, surtout, généralement hilarant ! Le choix des sujets est aussi vaste que varié. Les dessins, sous couvert d’humour, touchent à de nombreux sujets de société : consumérisme, philosophie, art et art de vivre, éducation… On se retrouve aisément dans les planches (et si non, cela reste très drôle). Un album hyper cocasse, truffé d’absurdités et autres loufoqueries en tout genre. Caustique et facétieux, absolument génial !

Tops & Flops.

Comme je le disais en début d’article, Le Livre perdu des sortilèges ne m’a pas franchement transcendée, donc je ne m’étendrai pas plus sur la question.
Côté bonnes lectures, j’ai eu la main heureuse, avec quelques titres qui ont émaillé ma fin d’été.
Tout d’abord, le premier tome des Entremondes, de Sean Easley, L’Hôtel invisible, édité chez Lumen. Une fois n’est pas coutume, c’est un roman qui s’adresse plus aux 10-12 ans qu’aux ados (malgré son épaisseur incroyable). L’histoire est assez prenante, sise dans un univers extrêmement original et qui cachait, de façon assez surprenante, l’évocation de thèmes d’actualité vachement plus lourds que l’aspect purement divertissant des débuts du roman. Bonne surprise que ce tome 1, donc !

J’ai ensuite lu le deuxième tome des Extraordinaires et fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé, de Raphaël Albert, intitulé Avant le déluge. Ma lecture du premier tome remontait un peu, donc j’avais quelque peu oublié certaines péripéties, mais le rythme est vite revenu. Cette deuxième enquête démarre assez doucettement et on tire peu à peu les différents fils d’une toile assez vaste. J’ai adoré retrouver le ton désabusé et cynique de Sylvo et surtout ce Panam alternatif si bien troussé. Il ne me reste qu’à lire la suite !

Citations.

« Je ne vais pas t’aimer d’avantage si tu es fort, ni cesser de t’aimer si tu es faible ! Ça ne marche pas comme ça ! Même les loups ont besoin d’être nourris par leurs parents quand ils sont petits et perdent leurs forces avec l’âge… mais ils n’en restent pas moins des loups beaux et fiers ! »
Bride Stories, tome 10, Kaoru Mori.

« De quoi s’agit-il, cette fois ?
– Il paraît que s’échanger un objet sous la corde du mât pousse le bateau à grimper des montagnes.
– Je suis pressée de voir ça… gravir les montagnes à bord d’un voilier, c’est une expérience qu’on fait rarement ! »
Isabella Bird, tome 3, Taiga Sassa.

« C’est marrant comme les nantis ont besoin de casquer pour se persuader qu’ils ont ce qui se fait de meilleur. Si vous n’êtes pas hors de prix, ils se figurent que vous êtes un médiocre, ils ont l’impression d’acheter au rabais, de consommer basse caste. (…) Mes tarifs variaient donc du simple au triple selon les contrats, voire davantage si j’étais d’humeur facétieuse. »
Avant le déluge, Sylvo Sylvain.

« Grandir ce n’est pas renoncer à ses illusions… C’est assumer ses responsabilités ! »
Un Français sur Mars, Alex Alice.

[2018] Bilan estival.

Le rythme du blog tourne au point mort ces derniers temps mais ne croyez pas que je lis plus ! Cet été j’ai même fait pas mal de découvertes !

Carnet de lectures.

La Légende des quatre, Cassandra O’Donnell (Flammarion jeunesse).
Ils sont 4, tous héritiers de leurs clans de métamorphes (loups, tigres, aigles, serpents), les Yokaïs. Mais ces clans sont tous ennemis et vivent dans une fragile harmonie sur les terres des humains. Maya, héritière du clan des Loups et Bregan, héritier du clan des Tigres, sont les garants de la paix mais, scolarisés ensemble, ils nouent des relations qui pourraient n’être pas du goût des adultes. Là-dessus, débarque un complot, sans doute fomenté par des humains, qui fait surgir encore plus de tensions entre les tribus.
C’était mon premier roman de Cassandra O’Donnell et on ne peut pas dire que j’ai été follement emballée par le premier tome de ce cycle. D’une part parce que le roman est essentiellement un plantage de décors/persos en règle, d’autre part parce que je n’ai jamais été surprise, tant les clichés se suivent (et se ressemblent). Donc, en vrac, on a évidemment des personnages jeunes et donc plus futés que leurs aînés, une romance qui traîne, des inimitiés basées sur du vent, des actions faussement héroïques à gogo, traîtres, complot et tutti quanti. On ajoute à cela que le récit est volontiers sexiste et que le vocabulaire est d’une pauvreté effarante. Bref, je suis allée au bout et c’était mon maximum.

Le Gouffre, Rolland Auda (Sarbacane).
Willy-Saïd, 17 ans, narcoleptique, part à Maleroque, un village des Alpes, dans la maison de son grand-père Hans, dit Jean des Loups, un célèbre écrivain qui vient de mourir. Le jeune homme se rend rapidement compte que les sorciers et les monstres qui peuplent les histoires de son grand-père existent réellement, celui-ci s’étant trouvé embringué dans une sorte de partie d’échecs grandeur nature, mêlant vieilles légendes locales, entité maléfique qui sommeille et pouvoirs quelque peu surnaturels.
Que voilà un roman étrange ! C’est à mi-chemin entre polar et roman fantastique, sans jamais trop se décider. Dès le départ, l’auteur met en place une ambiance un brin gothique inquiétante, qui sied bien à l’intrigue. Celle-ci est pourtant assez lente à se déployer et à se mettre en place, d’autant que l’auteur fait un tas d’effets d’annonces, qui ne sont pas toujours suivies des-dites annonces. Donc c’est parfois un peu frustrant, car les explications sont minces. L’intertexte est assez important, avec pas mal de références à Stephen King et Lovecraft, notamment. Ce qui est dommage, c’est que tous ces faisceaux ne sont pas pleinement exploités. De plus, le récit est souvent heurté, avec quelques incohérences (le nom du protagoniste, pour commencer). En bref, l’idée de départ est chouette, mais je n’ai pas été emballée par l’ensemble.

La Théorie de l’iceberg, Christopher Bouix (Gallimard jeunesse).
L’été débarque à Figerolles-sur-Mer, petite cité banale de la côte Atlantique. Dans les bagages de la haute saison, Lorraine, fille d’un photographe et surfeuse à ses heures. Noé, lui, ne compte pas vraiment surfer car, depuis son terrible accident de surf, il souffre de bégaiement et d’une phobie traumatique. Sa professeure de français l’incite à écrire de la fiction ; un concours de nouvelles sera l’occasion de peaufiner son style et, pourquoi pas, faire de belles expériences !
C’est un roman plein de douceur et dont l’intrigue, assez linéaire, réserve au final assez peu de surprises. Mais est-ce gênant ? Que nenni ! Car on n’est pas là pour le suspense, mais pour l’évolution de Noé, qu’elle soit personnelle ou scripturaire. Celui-ci, en effet, fait la rencontre, via son petit job d’été, d’un vieillard acariâtre mais versé en lettres, qu’il va convaincre de l’aider à écrire. Et finalement, c’est de là que vient le suspense. Qui est vraiment monsieur Herrera ? Un vieillard ? Ou bien un extraordinaire auteur de science-fiction venu se cacher au fin fond de la cambrousse ? Cette petite enquête parallèle apporte beaucoup de sel à l’intrigue, comme son lot de divertissements. Christopher Bouix signe un très bon roman ado, agréable à lire tant sur la fin de l’été qu’à la rentrée !

Spill zone #1, Scott Westerfeld et Alex Puvilland (Rue de Sèvres).
Il y a 3 ans, un événement a détruit la petite ville de Poughkeepsie : la ville est devenue une zone à risque, contrôlée par le gouvernement, où plus personne ne s’aventure car d’étranges phénomènes et dangers mortels guettent les curieux. Depuis cette fameuse nuit où tout a basculé, les parents d’Addison ont disparu, sa petite sœur Lexa est muette et communique avec son étrange poupée devenue animée. Addison, photographe de génie, pénètre clandestinement toujours plus loin dans la zone tout en respectant son propre code de survie. Elle y prend des photos qu’elle vend illégalement à une collectionneuse. À l’occasion d’une commande qu’elle ne peut refuser, Addison s’avancera encore plus loin dans le cœur de la no-go zone. Pour y découvrir de bien étranges choses !
Je connaissais Scott Westerfeld au rayon romans, pas en scénariste de bandes-dessinées, mais le fait est que celle-ci est vraiment sympa tout plein. Dans une ambiance post-apo du meilleur effet, l’intrigue mêle adrénaline, virées à moto et mystères en tous genres, notamment sur ce qui peuple le no man’s land. Entre zombies, créatures dantesques et autres curiosités, on est servis. L’ambiance verse même dans l’horreur avec la poupée animée et assez terrifiante de Lexa, la petite sœur d’Addison – poupée qui ressemble assez follement au M. Nyx d’Ariel Holzl. L’ensemble est palpitant à souhait, on en redemande !

 

Cinéma & séries.

A Silent voice, Naoko Yamada (en salles depuis le 22 août).

Cet été est parue l’adaptation en film d’animation du manga éponyme de Yoshitoki Oima, que j’ai beaucoup aimé. L’univers du manga a été parfaitement retranscrit par la réalisatrice, tout comme l’intrigue générale. Comme dans les livres, elle évolue assez lentement, et se concentre sur les personnages, leurs interactions et les questions qu’ils se posent (Avec, entre autres, « comment devient-on adultes ? C’est quoi l’amitié ? » ). Quelques sous-intrigues ont été écartées mais, globalement, on retrouve les thèmes importants de la série de livres.
Le gros plus est la réalisation soignée ! La doublure de Shoko a été réalisée par Mélanie Deaf, elle-même sourde, et qui anime une chaîne youtube consacrée au sujet, afin de sensibiliser le public à ce handicap. Bref, une chouette adaptation !

Mission impossible : Fallout.

Jusque-là, j’avais échappé au phénomène Mission impossible. Incroyable, je sais ! Mais une aprèm pluvieuse et les tarifs fort accessibles de mon cinéma auront eu raison de cette lacune.
Pour vous résumer la chose, en bref : l’équipe de Mission impossible doit retrouver des charges de plutonium, qui seront bientôt vendues à Paris et, évidemment, sauver le monde !
Je partais dans l’idée de voir une bouse mais, finalement, ce n’était pas si mauvais que ça. Alors, je ne vais pas mentir, on n’échappe au film américain tellement classique que c’en est prévisible avec, en vrac : des méchants très méchants et machiavéliques, un complot mondial, un méchant-qu’on-croyait-hors-d’état-de-nuire, un gentil héros avec des failles, de la castagne, des cascades, des plans retors et une fin qui finit bien. Bah oui, quand même ! Dit comme ça, ça pourrait sembler mortellement chiant mais, finalement, c’est assez prenant, car l’intrigue est assez rythmée. Et puis la photographie du film est hyper réussie, donc ça compense pas mal.

22 miles

La bande-annonce de celui-ci me disait carrément mais, finalement, quelle déception !! C’est l’histoire d’une unité d’élite qui doit convoyer un dissident chinois (?) qui a donné des infos à la police.
L’histoire est bizarrement foutue, et fait s’entrecroiser trois temporalités. D’abord, le présent, avec les efforts de l’unité d’élite pour amener leur dissident à un avion sécurisé qui l’emmènera aux États-Unis (?) – je mets des points d’interrogation car les noms de pays ne sont pas hyper clairs, mais on imagine bien cela. La seconde ligne montre une femme et un militaire au fort accent slave (des russes ?) dans un avion avec, manifestement, l’envie d’en découdre salement. Troisième ligne, le chef d’opération subit un interrogatoire qui a manifestement un rapport avec l’échec de la mention sus-nommée. Comme tout cela s’entrecroise, il n’y a pas besoin d’être un génie en scénario pour comprendre que la mission a capoté (et en poussant un peu, on comprend même pourquoi). La totale absence de suspense est compensée par un déchaînement de violence et de rebondissements tous plus rebondissants les uns que les autres, mais sans grande saveur jusqu’à la fin. En plus de cela, il y a un tas de sous-intrigues qui n’apportent franchement rien à l’histoire et dont on se demande ce qu’elles font là. Je m’interroge encore sur l’utilité de l’histoire familiale d’une des femmes de l’équipe : est-ce juste pour ajouter du drama, ou pour insinuer l’idée qu’une maman qui travaille, ça le fait pas ? Mystère. Bref, un raté pour ce film, avec lequel je me suis passablement ennuyée.

Timeless.

J’ai également terminé cet été la première saison (sur 2) de Timeless, dans laquelle une historienne, un militaire et pilote sont chargés de remonter le temps afin d’empêcher un consortium mystérieux de détraquer l’histoire. Eh bien, mine de rien, la série se laisse regarder. Évidemment, c’est parfois un tantinet répétitif et les motifs de partir dans le passé parfois un peu tirés par les cheveux mais l’ensemble est plutôt sympathique et prenant. Les épisodes couvrent un large spectre historique (de l’histoire américaine). Alors on n’échappe pas aux grands poncifs du genre, mais avec quelques bonnes surprises de temps en temps (l’épisode avec Bass Reeves, par exemple, en faisait partie). Sans surprise (encore), il y a un grand complot dans l’histoire, avec une firme malhonnête et à la moralité douteuse, dont les objectifs plus que troubles soutiennent le suspense — à cet égard, la fin du dernier épisode, si elle n’est pas surprenante, laisse sur des charbons ardents !
C’est sans doute sans prétention, mais je regarderai avec plaisir la seconde saison !

Tops et Flops.

Au chapitre des flops, je ne m’étendrai pas plus sur Le Gouffre et La Légende des 4 dont j’ai parlé plus tôt et qui ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable – et je ne lirai sans doute pas la suite du roman de Cassandra O’Donnell.

Mais j’ai eu de belles découvertes, avec même un coup de cœur ! Mais avant d’en parler, je vais évoquer les autres jolies surprises estivales, en commençant par un roman historique jeunesse, j’ai nommé Pour qui meurt Guernica ? de Sophie Doudet (Scrinéo).
Celui-ci porte donc, sans surprise, sur le bombardement de la petite cité de Guernica, sous les ordres de Franco , durant la guerre civile espagnole. On y suit le parcours de deux adolescents (donc il y a un peu de romance, mais ce n’est pas le sujet principal), qui vont se retrouvé jetés sur les routes suite au drame. Événements historiques, analyses politiques, Sophie Doudet dresse un panorama très complet de ce fait historique, dont les tenants et aboutissants sont bien décrits. Bonne pioche !

L’Anti-magicien, Sébastien De Castell (Gallimard jeunesse).
Alors là, on ne peut pas dire que je partais conquise d’avance. Mais finalement, quelle bonne surprise ! Sébastien De Castell présente un univers original, sis dans un environnement désertique avec oasis, sable et bestioles originales. L’intrigue n’est pas toujours des plus originales, mais très prenante, d’autant que le complot politique est loin d’avoir été totalement exploré à la fin du premier volume. Affaire à suivre, d’autant que le tome 2 est en passe d’être publié !

Et on en arrive donc au coup de cœur avec, sans surprise (?), le nouveau roman de Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer. Celui-ci se déroule quelques quinze années après Louis Pasteur contre les loups-garous, mais c’est avec un réel et immense plaisir que j’ai retrouvé l’ambiance très scientifique et aventureuse, ourlée d’un peu de steampunk sur les bords, de son univers. On lit encore une fois un roman endiablé, porté par une plume exquise, qui multiplie calembours et bons mots pour notre plus grand plaisir !

Citations.

« Tu comprends, a-t-il repris d’un coup, un titre, ce n’est pas seulement une indication de ce qui va se passer dans l’histoire. C’est aussi une promesse, un secret. Il faut que ce soit mystérieux et alléchant. Comme une boule de glace au rhum avec des petits raisins dedans. Exactement comme ça. »

« Quand mes parents ont divorcé, a-t-elle repris, j’ai eu la sensation que quelque chose se brisait en moi. Comme un vase de porcelaine très fine qui se retrouverait éclaté, du jour au lendemain, en mille morceaux. Pourtant, regarde-moi.
J’ai levé les yeux vers elle.
– J’ai tout pour être heureuse, non ? Mes parents aussi sont riches. Mon père m’emmène aux quatre coins du monde chaque année. Je suis une privilégiée, tu crois que je ne le sais pas ?
Je ne savais vraiment pas quoi dire. Quelque chose brillait dans ses yeux. Comme une lumière sombre et profonde, un peu plus vive que d’ordinaire.
– Mais essaie de recoller des morceaux de porcelaine, a-t-elle dit à mi-voix. »
La Théorie de l’iceberg, Christopher Bouix (Gallimard jeunesse).

***

« Ah, fit la femme, avant de pincer les lèvres en signe de désapprobation. Une jeune fille de votre âge ne devrait pas se résigner à travailler pour vivre. Vous devriez songer à votre mariage. Jolie comme vous êtes, il n’est pas encore trop tard pour trouver un mari bon et respectable qui puisse veiller sur vous.
– Je préfère veiller sur moi-même, madame, mais je vous remercie. J’apprécie votre sollicitude, mais certaines d’entre nous ont des soucis plus pressants que s’entraîner à faire la révérence ou à transformer des coiffes de taille délirante en expérimentations végétales.»

« Marlowe est quelqu’un de bien et c’est un inspecteur compétent, mais il voit ce que tout le monde remarquerait à sa place : tout ce qui sort de l’ordinaire. Il repère les taches de sang et les déments dans leurs pyjamas rouges. Je vois des choses plus extraordinaires encore, celles que personne d’autre ne peut deviner. Mais vous… vous remarquez les boîtes aux lettres, les poubelles et… les gens. Quelqu’un capable de voir l’ordinaire… c’est vraiment formidable, Abigail Rook. »
Jackaby, tome 1, William Ritter (Bayard).

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« Je viens de l’ouest et je cherche à rejoindre la famille de l’autre côté de là…
D’un geste, le berger l’interrompt.
– Pas la peine de me raconter des fredaines, mon garçon. Tu n’es pas le premier que je croise dans la montagne et, hélas, tu ne seras pas le dernier… Je ne veux rien savoir. Ainsi je n’aurai rien à dire si la garde civile poussait ses rondes par ici pour discuter politique avec moi. Moi, je m’appelle Pablo et je suis berger dans cette montagne depuis mes quinze ans. C’est à peu près ton âge, non ? Depuis cette période, il en est passé des saisons, avec des troupeaux, des chiens et des loups, si tu vois ce que je veux dire. En ce moment, c’est plutôt le temps des loups. Viens avec moi, il faut te réchauffer. »
Pour qui meurt Guernica ?, Sophie Doudet.

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« Vous êtes costaude pour une fille, dis-je, furieux quand ce dernier mot s’échappa de ma bouche.
J’avais récemment découvert que plus on me frappait, plus je disais de bêtises.
– Pour une fille, peut-être, mais pour une femme, je suis plutôt normale, répliqua-t-elle.
– Je ne connais pas beaucoup de femmes qui seraient capables de me porter, insistai-je. Je ne suis pas si petit que ça.
Allez savoir pourquoi, j’avais besoin de marquer ce point.
Furia lâcha un petit pfff qui, selon moi, était juste dédaigneux.
– Gamin, les seules femmes qu’il y a dans le coin sont destinées à jeter de gentils petits sorts et à être agréables à regarder. Comme les hommes, en somme. »
L’Anti-magicien, tome 1, Sébastien De Castell.

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TTT #13 : 10 romans avec un mode de transport sur la couverture

Le TTT est un petit rendez-vous hebdomadaire orchestré par Frogzine, fixé le mardi, et qui consiste à faire un petit top 10, d’où son nom : Top Ten Tuesday. On y parle, de préférence, de sujets en rapport avec les livres ou la lecture et ce rendez-vous consiste à lister 10 points (souvent 10 titres) en rapport avec le thème donné. S’ils ont été chroniqués, un petit clic sur l’image vous mènera à la chronique.
Pour être tout à fait honnête, ce thème était celui de la semaine dernière, mais le destin (pas moins) en ayant décidé autrement, je n’ai pas pu toucher au blog ces derniers jours. Mais je tenais vraiment au thème donc, ma foi, mieux vaut tard que jamais !

Et donc, la semaine dernière, on planchait sur le thème suivant :

10 romans avec un mode de transport sur la couverture

Et en faisant quelques petites recherches pour la constitution de ce top, je me suis aperçue que des modes de transport, en littératures SFFF, il y en a pas mal ! Évidemment, on retrouve les moyens de transport traditionnels, comme la voiture, le train ou l’avion, bref, les classiques (quoique je n’aie, de mémoire, lu aucun roman de l’imaginaire avec un bus, un tram ou un métro en couv’, même si ça peut s’y dérouler). À côté de ceux-là, il y a également quelques moyens plus originaux ou moins usités !
Pour plus de simplicité, c’est donc par type de transport que je les ai classés.

Où l’on circule en train :


Vous le voyez, là-bas, dans le fond ? Oui, c’est bien un train à vapeur. Mieux, c’est le mythique Transcontinental américain, construit à la sueur du front de milliers d’esclaves de travailleurs émigrés très volontaires au XIXe siècle, aux États-Unis. Dans Satinka, ce fameux chantier de construction a une importance capitale, au point qu’il devient quasiment un personnage de l’histoire, aussi incroyable cela puisse-t-il vous paraître ! Si le roman a quelques faiblesses, c’est une excellente plongée dans l’histoire des États-Unis.
Satinka, Sylvie Miller.

Et un deuxième train à vapeur ! Si c’est pas la preuve que ce moyen de transport reste éminemment romantique à nos yeux…
De mémoire, le train n’a pas une importance aussi capitale que dans Satinka ; il sert juste de moyen de transport, emmenant les personnages d’un point A à un point B, au gré de leurs pérégrinations. Ce qui est assez drôle, dans le fond, quand on sait que dans cet univers, ils peuvent aussi bien se déplacer en dirigeable qu’en rose des vents — un petit dispositif fort pratique qui permet peu ou prou de se téléporter dans les couloirs de la Citacielle. Du coup, le train… un moyen de transport romantique, disait-on !
La Passe-Miroir, tome 2, Les Disparus du Clair de Lune, Christelle Dabos.

Où l’on navigue gaiement – ou pas :

  

Alors là, on mise et on double ! Dans les deux premiers tomes de sa série L’Empire des tempêtes, Jon Skovron accorde une immense importance aux navires – de guerre, marchands, de pirates/corsaires… Et nos personnages y passent un temps considérable, quand ils ne sont pas directement aux commandes. Du coup, si vous aimez les romans riches en batailles maritimes… vous savez quoi lire !
L’Empire des tempêtes, tome 1 Hope & Red et tome 2, Bane & Shadow, Jon Skovron.

Là non plus, la couverture ne ment pas car, comme dans les romans cités juste au-dessus, les personnages passent un temps incroyable — si ce n’est tout le roman ! — vissés dans leur barque, parcourant les flots déchaînés dans la campagne anglaise, et tentant d’échapper à leurs redoutables poursuivants (qui n’hésitent pas à utiliser un hors-bord, les fourbes). Et puis, mine de rien, la barque est si importante qu’elle a donné son nom au titre !
La Trilogie de la poussière, tome 1, La Belle sauvage, Philip Pullman.

Où l’on pollue avec un vieux Diesel en écoutant du hard-rock à plein tubes :

C’est vrai que la pollution n’est pas la préoccupation principale des personnages dans ce futur, tant la Terre a été ravagée. Mais mine de rien, ce n’est pas évident de s’en sortir tranquillement : il y a des machines tueuses un peu partout, des personnages étranges à tous les coins de rues, et des zombies en cavale (courant ou marchant, Snyder ou Romero, au choix) par-dessus le marché. Raison de plus de rouler en faisant rugir le moteur et en chantant à tue-tête !
Le Jardin des Épitaphes, tome 2, Aimez-moi, Taï-Marc Le Thanh.

Où l’on se prend pour Philéas Fogg :

Ici, on a l’embarras du choix : dirigeable, montgolfière, à vous de choisir ce qui vous fera le plus plaisir. Il faut dire que lorsque l’on se déplace avec la troupe de l’Aero Circus, il y a de quoi faire ! Sans surprise, l’intrigue est aussi steampunk qu’elle en a l’air et on y passe un temps considérable dans les transports !
Dresseur de fantômes, Camille Brissot.

Où l’on arpente les étoiles et le vide spatial :

On voit pas mal de vaisseaux sur cette couverture, mais le plus important, c’est celui qui est au premier plan, celui dans lequel on a l’impression d’avoir posé le pied pour regarder les Brisants. À bien y réfléchir, je crois d’ailleurs que l’ensemble de l’intrigue de ce premier tome se déroule à bord du vaisseau. Je suis certaine que les deux tomes suivants se déroulent (au moins en partie) sur le plancher des vaches (galactiques), mais pour celui-ci… le doute subsiste !
Les Maîtres des Brisants, tome 1, Chien-de-la-Lune, Erik L’Homme.

Où l’on gambade au tintinnabulement des sabots de sa monture :

En fantasy, se déplacer à cheval (ou de quelconque autre équidé) est plutôt fréquent. À dos de moutons, en revanche, c’est plus original et c’est bien ce qui fait le sel de la bande-dessinée Bergères guerrières ! Ça et l’inversion des rôles totalement assumée entre gents masculine et féminine… qui s’avère extrêmement efficace en termes de révélations ! Bref : ne vous fiez pas (totalement) à la couverture.
Bergères guerrières #1, Amélie Fléchais et Jonathan Garnier.

 

J’aimerais vous dire qu’on ne se déplace pas si souvent que ça à cheval en SF, mais le fait est que j’ai au moins un autre titre qui me vient en tête (Sanglornis Prima de Didier Quesne).
Dans Les Damnés, il ne reste pas vraiment d’autre façon de se déplacer, si on ne veut pas traînasser à pieds : le carburant a disparu et l’hélico solaire reste rare. En plus, nos personnages partent de la Côte d’Azur pour rallier Tortosa en Espagne – ça n’a pas l’air si loin que ça sur la carte, mais il y a quand même des montagnes au milieu. Du coup, on pataclope gaiement en tentant d’échapper aux écueils du trajet !
Les Damnés de l’asphalte, Laurent Whale.

Où la monture a plutôt tendance à cracher du feu et à fumer sec :


Ici, on se déplace quand même pas mal à pieds, sauf sur la fin quand, vraiment, tout part en cacahuètes et qu’il faut aller vite. Vous le voyez, le petit dragon mignon, à droite ? Eh bien la monture, c’est lui ! Mais oui ! Je ne vous divulgâche rien, mais sachez que les apparences sont souvent trompeuses. Et si vous voulez en savoir plus, ma foi, foncez lire cet excellent roman jeunesse !
La Fille qui avait bu la Lune, Kelly Barnhill.

Et on est déjà à 10 !

Et vous, avez-vous des moyens de transports originaux, surprenants, ou bien classiques, croisés en littérature, à partager ?

[2018] Gros bilan d’avril-mai-juin.

Bon, je n’ai pas été très assidue sur le blog ces derniers temps, ce que vous aurez sans doute remarqué au vu du peu de chroniques publiées ces derniers mois. Ce qui explique ce bilan condensé des trois derniers mois de lectures, pour les titres que je ne compte pas chroniquer sérieusement par ailleurs !

Carnet de lectures.

Louise et Hetseni, Sophie Rigal-Goulard (Rageot).

Avril 1851. Jonas Pellman, jeune colon, traverse l’Ouest pour rejoindre la Californie, l’Eldorado dont rêve son père, Cody. Jonas, moins bravache que son géniteur, se verrait mieux rester à la ferme et n’a pas la moindre envie de quitter son pré carré. Or, la traversée des États-Unis, à cette époque-là, est loin d’être de tout repos. Car il faut composer avec les dangers du terrain, la nature belliqueuse de certains pionniers et, détail non négligeable… les Amérindiens, très remontés contre ces colons qui bafouent leurs droits. D’ailleurs, ça ne manque pas : Jonas se fait enlever, sans espoir de retour ! Louise, de son côté, est une collégienne d’aujourd’hui, dont le père écrit un roman. Un manuscrit qu’elle lit en catimini, et qui ressemble beaucoup, beaucoup, à l’histoire de Jonas… son père le sortira-t-il de son guêpier ou lui mettra-t-il encore plus de bâtons dans les roues ?
Voilà un roman historico-fantastique que l’on pourra proposer aux plus jeunes (dès 9 ans) : au fil des chapitres, on alterne entre les deux personnages et les deux époques, les deux personnages parvenant, par un petit procédé surnaturel, à communiquer. C’est intéressant pour leurs discussions et pour le contenu documentaire (Louise se renseignant sur l’histoire des pionniers), mais les passages consacrés à Louise viennent en général couper le rythme du récit. De plus, j’ai trouvé les péripéties de la collégienne nettement moins passionnantes que celles de Jonas, qui permettent de défaire de nombreux clichés sur les Amérindiens et l’histoire des États-Unis, tout en transmettant un message d’ouverture et de tolérance !

Poussière-fantôme, Emmanuel Chastellière (Scrinéo).

Être guide touristique spécialisé dans les mystères du Montréal hanté n’est pas facile tous les jours, malgré les pourboires et les touristes à berner. Mais ça l’est encore moins quand on peut réellement converser avec les fantômes, trop contents de trouver quelqu’un à qui parler et prêts à tout pour trouver de la compagnie ! Depuis qu’Archibald a fait la rencontre d’Elizabeth McKenzie, jeune scientifique décédée dans des circonstances étranges en 1917, sa vie a basculé. Déterminé à aider Elizabeth à lever le voile sur sa mort, Archie va devoir compter sur des amis parfois surprenants et apprendre à percer les secrets de la poussière fantôme, alors que les revenants, goules et autres spectres de la ville se montrent de plus en plus menaçants… Et tout ça si possible sans trop se fatiguer !
C’était pas vraiment un roman de saison (il serait idéal à lire aux alentours d’Halloween) mais voilà un texte qui devrait plaire aux jeunes lecteurs. Il est truffé d’actions, de rebondissements et de péripéties échevelées : avec les personnages, on traverse le Canada à bord d’un train, alors que des hordes de fantômes attaquent sans relâche les personnages. Ceux-ci luttent contre l’avènement d’un Grand Ancien (avec moult tentacules), ce qui fait que le récit flirte avec l’horreur : la référence à Lovecraft est bien présente ! Si, à titre perso, j’ai trouvé que c’était un peu trop rapide et que les personnages, hormis Archie, manquaient un peu de profondeur, je pense que j’aurais adoré étant plus jeune.

Dis au revoir à ton poisson rouge, Pascal Ruter (Didier jeunesse).

Andréas avait prévu de passer ces vacances d’été à faire du skate, du skate et encore du skate. Il avait oublié que quinze jours durant, il devait être l’agréable hôte de sa correspondante anglaise, Mary. Bye bye le skate, et bonjour les musées ! C’est la mort dans l’âme qu’Andréas rejoint l’aéroport. Or, là, tout va de mal en pis… Car ses parents disparaissent sans laisser la moindre trace, alors qu’ils étaient en train de régler le parking. Ou, pour être très précis, Andréas retrouve un bijou de sa mère… et la carte bleue de son père, abandonnés au sol. C’est louche ! Flanqué de Mary, qui a le bon goût d’être parfaitement francophone, très débrouillarde, douée en informatique et dynamique à souhait, Andréas se lance à la poursuite de ses géniteurs. Direction le Brésil !
Voilà un roman hyper agréable et prenant à lire, bardé de péripéties et plein d’humour. Sur les traces des personnages, on s’intéresse à des scientifiques peu scrupuleux, on déambule dans la jungle, on apprécie les talents informatiques de Mary et de sa bande, le Deep Pink Web, DPW pour les intimes. L’intrigue est survoltée, et même parfois à la limite de la cohérence. Mais le récit n’en reste pas moins palpitant et j’ai passé un excellente moment avec. Un titre parfait pour les vacances !

L’Adoption, tome 1 : Qinaya et tome 2 : La Garùa, Zidrou et Arno Morin (Bamboo, Grand Angle).

  

Cette BD a fait grand bruit lorsqu’elle est parue, il y a deux ans et j’ai adoré la lecture de cette série. Le premier tome narre l’histoire de Qinaya, une orpheline péruvienne de 4 ans, adoptée par une famille française. Ce qui est original, c’est que l’on ne suit pas l’adaptation de Qinaya à ses parents adoptifs… mais l’adaptation de Gabriel, le jeune grand-père, à la nouvelle vie de la famille. Lui qui n’a jamais pris le temps d’être père doit désormais apprendre à être grand-père.
Je n’en dis pas plus concernant le résumé, car cela risquerait de gâcher les révélations de la BD ! En tout cas, c’est une histoire aussi originale qu’émouvante. N’ayant absolument pas lu le résumé ni les avis sur internet, je ne savais pas à quoi m’attendre, aussi je dois dire que la fin m’a totalement surprise. Et j’ai trouvé le tome 2 tout aussi bon et touchant. Les graphismes, de plus, sont magnifiques. Très belle découverte, donc !

Cinéma et séries.

La Casa de Papel, Álex Pina.

Comme à l’accoutumée, c’est bien après tout le monde que je me suis intéressée à cette série espagnole, qui a tellement fait le buzz qu’une nouvelle saison est en préparation.
La Casa de Papel, qu’est-ce que c’est ? Tout simplement la Fabrique de la Monnaie et du Timbre espagnole, à Madrid, qu’un groupe de 8 braqueurs anonymes (uniquement désignés par des noms de villes) investit. Objectif ? Retenir à l’intérieur agents et visiteurs (y compris une classe de lycéens comprenant dans ses élèves la fille de l’ambassadeur britannique) le temps d’imprimer quelques milliards d’euros à se répartir, sans violence. Propre, net et sans bavures, le tout sans escroquer le contribuable espagnol, que demander de mieux ?
Malheureusement, l’équipe menée par El Profe va avoir du fil à retordre avec le plan, quoiqu’infaillible, mis en place par leur chef, et c’est bien ce qu’il y a de chouette dans la série. Celle-ci cumule donc les bons côtés de films de huis-clos, de grosses arnaques et d’aventures débridées. La série développe vraiment les protagonistes (pas tous, certes), avec quelques flashbacks bien placés qui nous éclairent sur leurs personnalités et motivations. Le rythme est maintenu de bout en bout et, si toutes les péripéties ne sont pas toujours très vraisemblables, l’ensemble se tient à merveille. Il n’y a guère que la fin (les quelques dernières minutes) qui ne m’ait pas franchement emballée : j’ai trouvé que cela déconstruisait totalement le personnage de l’inspectrice Murillo patiemment mis en place précédemment.
De même, je suis un peu plus dubitative sur une éventuelle saison 3 : je trouvais que la fin se suffisait vraiment à elle-même. Mais comme je suis curieuse, je regarderai quand même à quoi ça ressemble quand cela sortira.
Note à celles et ceux qui voudraient regarder la série en VO : le niveau de langue est très accessible, malgré quelques accents un peu prononcés (Denver, si tu nous entends…). Point bonus : vous apprendrez une quantité de vulgarités pour le moins impressionnante !

Riverdale, saison 2.

J’aime beaucoup cette série et la première saison avait été une révélation ! C’est donc avec enthousiasme que j’ai attaqué la saison 2, que j’ai regardée avec autant d’enthousiasme que prévu, mais peut-être un peu moins de passion que précédemment. Sans doute parce qu’il s’y passe énormément de choses… un peu trop, peut-être. Il y a des allégeances de personnages, des contre-attaques, des petits complots, de grands plans machiavéliques et un tas de rebondissements du genre et de révélations fracassantes. C’est vraiment chouette mais parfois cela part franchement dans tous les sens, comme si les scénaristes avaient voulu tout mettre d’un coup, de peur de rater une bonne idée. Voilà qui m’a de temps en temps fait décrocher, malheureusement. Bons moments dans l’ensemble, mais j’attends de la saison 3 qu’elle redresse la barre !

Ocean’s 8, Gary Ross.

La série des Ocean’s a remis au goût du jour les films de braquage. Après trois opus, j’imagine qu’Hollywood a voulu surfer sur le succès commercial de la trilogie, ce qui explique l’arrivée de ce nouveau numéro dans la franchise. Donc, on prend les mêmes et on recommence, ou presque : car cette fois, point de George Clooney, et place à une équipe entièrement féminine.
Debbie Ocean a eu plus de 5 ans pour fomenter son plan parfait : braquer discrètement le Gala du Met et barboter au nez des célébrités et du service de sécurité un légendaire collier de chez Cartier, le Toussaint, si célèbre et précieux qu’il ne sort quasiment jamais de chez lui.
Alors, évidemment, vu que c’est le Gala du Met, les robes de soirées et les têtes d’affiche sont de sortie, ce qui gâte un peu l’aspect « film d’action porté par une bande de nanas ». De fait, la féminisation du casting n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, si ce n’est que ça change de la somme de testostérone accumulée dans les précédents opus. Car l’intrigue est vraiment dans la veine de la série : un plan infaillible, qui cache un autre plan infaillible, un minutage précis, quelques tours d’illusionniste et une réussite magistrale au bout, le tout arrosé de réparties cinglantes, d’un brin d’humour, et porté par un casting très alléchant. C’est bien rodé, c’est divertissant, mais clairement pas surprenant.

Citations.

« J’ai pris le nom de Lucifer parce que cela signifie « celui qui porte la lumière ».
– C’est aussi comme ça que les gens mortels appelaient le diable, souligna-t-elle.
Rowan haussa les épaules.
– J’imagine que c’est forcément le porteur de la torche qui projette l’ombre la plus sombre.»
Thunderhead, Neal Shusterman.

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« L’auteur est trop paresseux pour vous faire un résumé de tout ce qui s’est passé dans les deux tomes précédents ; si vous avez tout oublié, c’est votre faute, pas la sienne ! »

« Aha ! Là !
– Tu as trouvé ? s’exclama Cassandre.
– Je vous avais dit que personne n’était plus rapide que moi, se rengorgea-t-il.
– Ouais, ben j’espère que tu n’es pas aussi rapide dans tous les domaines, intervins-je.
Tout le monde se tourna vers moi et je me sentis rougir jusqu’à la racine des cheveux. Mon problème, c’était ma grande gueule. Quand je trouvais quelque chose de drôle à dire, je le faisais sans me soucier des conséquences. Eh ben voilà. Super, Chloé. »
Ici et Ailleurs, Olivier Gay.

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« J’étais déjà le genre de fillette qui tâtonnait, les yeux fermés, au fond des meubles, à la recherche de portes secrètes comme dans Narnia, où qui faisait des vœux en regardant la deuxième étoile à droite au fond du ciel façon Peter Pan, chaque fois que la nuit le permettait. Alors découvrir un livre vert et or avec un titre de conte de fées, au fond d’une commode parfaitement banale, me mit dans tous mes états… »
Hazel Wood, Melissa Albert.

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« L’avantage avec les gens qui parlent tout seuls, c’est qu’ils alimentent la conversation d’eux-mêmes et répondent aux questions que vous n’avez pas posées. Ça a quelque chose de reposant. »

« Mon grand-père était entomologiste. Le top du top dans sa catégorie. Et mon père s’y connaît pas mal aussi. Il dit toujours que les insectes survivront aux humains parce qu’ils sont moins cons. Je trouve ça moyennement rassurant.
– Mais sans doute vrai, dit-elle. »
Dis au revoir à ton poisson rouge, Pascal Ruter.

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« Anna, m’a-t-il dit, tu n’as pas eu de chance jusqu’ici, mais la vie est comme un grand arbre majestueux .
Ce n’est pas parce que tu es tombée sur plusieurs branches pourries que tu ne pourras jamais te raccrocher aux branches saines et grimper jusqu’en haut pour apercevoir l’horizon. »
Le Dossier Handle, David Moitet.

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« C’est que… je préférerais m’entretenir avec Olen le répétiteur. En privé.
– Ce que tu préfères n’a pas d’importance, c’est moi qui suis en charge, et c’est à moi que tu parles.
– En l’absence de votre chef, je suppose. Vous êtes son épouse ?
Kaelyn poussa un long soupir désabusé.
– Non, je ne suis pas son épouse, et on ne va pas y passer la journée : dis-moi ce qui t’amène.
– Une mission confidentielle. Dont je ne peux parler à personne d’autre qu’à Olen, et surtout pas à…
Devant le froncement de sourcils de la maîtresse de guerre, le reste de sa phrase s’étrangla dans un bredouillement inaudible. Surtout pas à une femme. Voilà ce qu’il voulait dire.
La colère froide qui l’habitait jour et nuit depuis qu’elle avait été en âge de porter une arme se transforma soudain en rage. Empoignant le vieux courtisan par le col, elle l’arracha violemment à la souche sur laquelle il était assis.
– Putain mais qu’est-ce qu’il te faut ? lui hurla-t-elle au visage. Qu’est-ce qu’il vous faut, à tous ?
Olen tenta de s’interposer, mais recula d’un bond pour éviter la timbale de tisane brûlante qui s’écrasa à ses pieds.
– Je dirige ce camp, j’ai formé ces hommes, j’ai tué neuf Traceurs en dix minutes, je suis allée chercher le conseiller Mladen dans son putain de manoir, avec ses putains de gardes, sans perdre un seul homme ! Tu veux quoi de plus ? Que je te fasse une omelette ? Que je t’apporte tes chaussons ? »

« Allez, viens, fit Eden Vekh en prenant son cheval par la bride. Encore une petite heure, et on y est. Tu vois les toits, tout là-bas ?
Desmeon ne voyait rien, que des sommets enneigés, des rochers et des nuages.
– Non.
– Tu n’as pas une vue de Traceur…
– Je les verrai bien assez tôt, les toits. Et on ferait bien de se mettre en route, parce que je crève de faim, et que j’en ai vraiment marre des bâtonnets de viande séchée. ça colle aux dents, et ça pue la chèvre…
Il jeta à son camarade un regard méfiant.
– D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi, reprit-il, mais je sens qu’on ne mange pas très bien, dans ton pays.
– Pourquoi tu dis ça ? s’amusa Eden Vekh.
– Je ne sais pas, je me dis que quand on dort par terre dans une tour de guet, on n’est pas très porté sur les brochettes de poisson flambées au caramel.
– Ah ça, si tu t’attends à trouver de la nourriture tchi chez nous, tu vas être déçu.
– Je m’attends plutôt à des lentilles. Froides. Et crues.
Eden Vekh éclata de rire. »
La part des ombres, tome 2, Gabriel Katz.

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« La clairière obscure avait été envahie par un vol de lucioles. Elles virevoltaient en silence, des milliers de lueurs minuscules qui tournoyaient autour du chêne central, comme une procession de bougies féeriques.
Parfois, il y avait un bruissement furtif, un chasseur ailé piquait dans la clairière, une luciole s’éteignait brusquement, et autour, cela faisait comme une vague lumineuse, comme les rides sur l’eau lorsqu’il pleut. Fasciné par le spectacle phosphorescent, j’en oubliai quelque temps les bleus et l’épuisement.  » J’ai toujours aimé les bois de Vaux pour ça », fit Uldrick doucement. « A chaque fois, c’est quand tu commences à ne plus la supporter que cette forêt se rachète pour la lune qui vient. Comme si elle avait besoin qu’on l’aime. » J’acquiesçai, la bouche entrouverte, envoûté par la danse lumineuse.  » On dirait des fées « , fis-je.  » On dirait que c’est la nuit qui… qui ondule.  » Uldrick me lança un regard étrange par-dessus le feu.  » C’est vrai « , fit-il.  » On dirait que la nuit ondule. »

« Nous appelons leur philosophie la Pradekke, et c’est le ciment du pays var tel qu’il existe aujourd’hui. La Pradekke, c’est la différence entre le savoir et la croyance. Croire que l’on sait est ignorant. Savoir que l’on croit ne l’est pas. L’homme sage est capable de discerner les nuances entre ce qu’il sait et ce qu’il croit, parce que la croyance est la plus dangereuse des ignorances. Les vaïdrogan n’ont jamais été vaincus parce que nous raisonnons ainsi. Voilà la première leçon qu’un enfant var apprend. L’aveu de sa propre ignorance est une démonstration de force. »

« « Je t’ai battu », poursuivit Uldrick. « Souviens-toi que, malgré la rage, je t’ai battu. Je te battrai encore, et encore, et ensuite, tu iras au-delà. » Il parlait calmement, entre ses respirations aussi lourdes que les miennes, sa voix était douce et ferme, et elle me parvenait comme depuis un rêve. « Ecoute bien, Sleitling. Ce n’est pas notre manière. Tu le verras un jour. Les hommes qui doivent se mettre en colère pour ne pas avoir peur crient, hurlent et font de grands gestes qu’ils ne comprennent qu’à moitié. Ils gaspillent leurs forces et disparaissent, avalés par la folie et la rage. » Le Var pressa son genou au creux de mes reins et lâcha mes cheveux. Je ne pleurais plus. La haine enflait de nouveau. « Ceux qui sont chanceux, les stupides contes brunides en font des héros », continua Uldrick tout en raffermissant sa prise sur mes mains. « Mais pas le vaïdrogan. Le vaïdrogan sait combien les contes sont stupides, parce qu’il a trouvé sa rage, et qu’à chaque fois il a été battu. Tu dois en passer par là, toi aussi. »

« Je fus initialement surpris par cette découverte, parce que chez les Brunides, on voue un mépris stupide à ce genre d’hommes, considérés comme inférieurs, des sortes de femmes ratées qu’il est permis de traiter avec tout le dédain que l’on souhaite. Les Vars, eux, s’en fichaient éperdument, et n’en faisaient aucun secret. Lorsque au lendemain de notre arrivée Eireck me surprit à fixer un baiser entre Sidrick Harstelebbe et son compagnon, un guerrier à la peau mate dont j’ai oublié le nom, mon expression troublée dut l’interpeller. « A Carme », me dit-il sur le ton de la discussion, « les phalangistes ont le devoir d’aimer d’autres hommes. Les généraux pensent qu’un soldat se battra plus férocement pour défendre celui qu’il aime. Là-bas, les femmes sont des matrices et rien de plus. Nous, nous pensons que chacun devrait être libre de ses préférences.  » Je pris à cœur ces paroles et, lorsque la bizarrerie initiale m’eut quitté, je les méditai souvent pour leur justesse. »
Le Cycle de Syffe, tome 1, L’Enfant de poussière, Patrick K. Dewdney.