[2022] Petit bilan d’octobre

Fin octobre, je suis allée au salon littéraire jeunesse Frissons à Bordères, un petit salon qui existe depuis 23 ans au fin fond des Pyrénées-Atlantiques. J’y ai rencontré des auteurs jeunesses fort chouettes et… j’avoue que j’ai bien fait monter la PAL !

Carnet de lectures :

Pendant Frissons à Bordères, j’ai fait le plein d’albums de Claire Garralon – j’avais des cadeaux à faire ! J’en ai profité pour en lire deux que je n’avais pas encore lu, j’ai nommé Chat ! et Le nouveau canard.

Chat !, Claire Garralon (éditions Talents Hauts – Badaboum).
Alors qu’un chat se repose sur le canapé, un petit enfant tente de l’attraper, de le caresser et de lui tirer les poils. Mais le chat n’est pas un jouet et l’enfant comprend que la plus belle des preuves d’amour, c’est le respect.
Eh oui, un album sur le respect et le consentement pour les 0-3 ans, c’est possible ! Les illustrations, à hauteur d’enfant, montrent comment celui-ci s’approche de plus en plus du chat, avant de finir par respecter son espace vital. Le texte, de son côté, par des phrases simples et efficaces, montre parfaitement que nos envies ne sont pas prioritaires sur celles des autres êtres vivants !


Le nouveau canard, Claire Garralon (éditions MeMo).
Il y a un nouveau canard dans la mare… mais il est bizarre. Est-ce vraiment un canard ?!
J’adore les canards de Claire Garralon (si vous ne connaissez pas, je vous recommande chaudement La Promenade des canards, un album hyper graphique !). Cette fois, son canard au look habituel croise des canards de pêche-aux-canards. Qui se posent bien des questions sur ce nouveau canard si différent. Comme toujours, le texte permet d’aborder plein de sujets, ici l’apparence, la différence et les préjugés. La fin fait un gros clin d’œil à l’album C’est ma mare ! mais si vous ne l’avez pas lu (ce qui était mon cas), ce n’est pas gênant, car cela peut ouvrir à pas mal de discussions. Les illustrations sont comme toujours très graphiques et très colorées, ça donne envie de fabriquer des petits canards à la maison !

Changement d’ambiance cette fois avec deux récits qui ont pour cadre les Pyrénées et qui sont plutôt destinés aux préados et plus !

Belle & Sébastien, nouvelle génération : le roman du film, Christine Féret-Fleury, Pierre Coré et Cécile Aubry.
Sébastien, dix ans, devait passer ses vacances d’été en Corse, avec son meilleur ami Dimitri et les parents de celui-ci. Suite à une grosse bêtise, il est puni et sa mère l’expédie dans les Pyrénées, chez Corinne, sa grand-mère maternelle qu’il connaît à peine. Les relations de celle-ci et de sa fille étant compliquées, Corinne est assez peu ravie de le voir débarquer, d’autant qu’elle se prépare pour la transhumance. Alors qu’il s’ennuie ferme, Sébastien fait une rencontre qui va changer sa vie : celle de Belle, une chienne des Pyrénées maltraitée par son maître, qu’il va libérer sans se préoccuper des conséquences.
J’adore la série Belle & Sébastien. J’ai été biberonnée aux romans dans mon enfance et à la série en noir et blanc. J’étais donc assez curieuse de cette nouvelle sortie (d’autant que, fun fact, la scène chez le notaire dans le film a été tournée dans une des bibliothèques du réseau de médiathèques où je travaillais ! Celle d’Aureilhan, pour les curieux, qui vaut le détour ne serait-ce que pour son look architectural). Ayant raté le film au ciné, je me suis rabattue sur la novellisation.
Le récit reprend les grandes lignes de l’histoire originale : un garçon, une chienne, les Pyrénées en toile de fond d’une amitié indéfectible. Et c’est à peu près tout ! Exit les Angelina, docteur Guillaume et autres César (même si celui-ci est brièvement cité). D’ailleurs, Sébastien n’est même plus orphelin ! (Mais sa nouvelle maman de papier s’appelle Cécile, j’avoue que ça m’a fait rire !) Bref : place au neuf.
Cette nouveauté se ressent aussi dans les enjeux de l’intrigue : si Sébastien est calé chez sa grand-mère, c’est parce que sa mère a un déplacement professionnel. L’ado glandouille sur Instagram (c’est d’ailleurs comme ça que Belle, qu’il a volée, sera retrouvée par son propriétaire), et le récit s’appuie aussi sur des thèmes d’actualité, notamment autour de la montagne. Il est donc question de la farouche opposition bergers/loups, de la pression touristique, du changement climatique, et de la survivance (ou pas) des modes de vie traditionnels (notamment de la transhumance). C’est à peine creusé, car le sujet est vraiment l’amitié de Sébastien et de sa chienne, mais ça fait une toile de fond sympa. Côté texte, c’est très fluide, très facile à lire, et idéalement agrémenté d’un cahier photos des grandes scènes du film au milieu (ne commencez pas par ça, car il y a des spoilers !).
Une chouette lecture donc, pour le petit côté Madeleine de Proust, même si je ne suis pas sûre de m’en rappeler dans dix ans ! (alors que Le refuge du grand Baou, que j’ai pourtant lu assez jeune, semble gravé dans ma mémoire !).

Polar vert, saison 2, épisode 1 : La Malédiction de l’ours, Thierry Colombié (éditions Milan).
Klervi a une adolescence mouvementée : impliquée dans un trafic de civelles en Bretagne, elle a accepté d’aider la gendarmerie à coffrer les têtes pensantes du réseau, espérant ainsi alléger sa peine. En attendant son procès, elle vit dans un camping dans les Pyrénées, sous la protection de Marceau, l’un des deux gendarmes qui chapeautaient son travail d’espionne. Elle s’y fait appeler Claire et, conformément à ce que lui a conseillé le juge, elle réalise un service volontaire dans une association de défense de l’environnement. L’ambiance au village n’est pas des plus sereines, un combat acharné entre les pro-ours et les anti-ours sévissant. En effet, la réintégration de l’ours n’est pas du goût de tout le monde, notamment des éleveurs, des chasseurs, mais aussi des trafiquants qui voient ainsi la forêt leur échapper. Or la situation dérape lorsqu’une ourse est tuée de façon barbare et son petit kidnappé…
Vous reprendrez bien un peu de Pyrénées ? Alors avant toutes choses, je dois dire que je n’ai pas lu la saison 1 de Polar vert… et ce n’est pas grave, car les événements qui s’y déroulent sont suffisamment rappelés en début de roman (c’est conçu pour être lu indépendamment de toute façon). Le récit commence assez fort, avec une rando dans les hauteurs qui tourne assez mal, Klervi et ses camarades assistant en direct au meurtre de l’ourse et au kidnapping de l’ourson. J’ai trouvé le récit bizarrement équilibré : d’un côté, l’enchaînement des péripéties, le style lapidaire donnent l’impression que tout va assez vite. De l’autre, les atermoiements des personnages entraînent des répétitions et donc, des longueurs.
Malgré ça, j’ai trouvé l’intrigue intéressante, notamment parce qu’elle met bien en scène les enjeux qui secouent les Pyrénées et notamment la Bigorre : réintroduction de l’ours avec force manifs des deux camps, cette rivalité entre les « écolos » et les « locaux » (comme s’ils ne pouvaient pas être les mêmes), les problèmes induits par le tourisme ou la proximité avec la frontière (tentante pour les trafiquants de tous bords), mais aussi les projets industriels qui secouent régulièrement les montagnes. (J’ai assumé que ça se passait en Bigorre à cause de la mention du projet de méga-scierie – sans doute celle de Lannemezan – et de la mention des grands-parents du président qui sont « de la vallée d’à côté ».)
J’ai été très déstabilisée par la fin : en fait le récit s’arrête en plein dialogue ! C’est vraiment conçu comme deux épisodes de série, avec la coup bâtarde pour créer un cliffhanger. Du coup, effet réussi, j’ai hyper envie de lire la suite (le récit m’a bien accrochée quand même), mais un peu déçue de cette coupe franche et nette en plein milieu du dialogue !

Toujours pour les préados, mais cette fois au rayon fantastique-horreur, j’ai lu Peur sur le lac, de Katherine Arden, le troisième tome de sa série Small Spaces (éditions Pocket jeunesse, collection PKJ). C’est un roman qui allait dans ma PAL boulot, donc il se trouve que je n’ai pas lu les deux premiers. Ce n’était pas hyper gênant, mais dans la mesure où les enfants essaient de résoudre, en toile de fond, un problème depuis le tome 1, je pense qu’il vaudra mieux pour le lectorat cible de les lire vraiment dans l’ordre.
Ollie, Brian et Coco, alors qu’ils faisaient du bateau sur un lac en famille, se retrouvent piégés sur une île mystérieuse et non répertoriée, gardés par un monstre marin particulièrement féroce. Le récit horrifique fonctionne très bien, avec moult scènes d’attaques, de nuit angoissantes, de bruits bizarres dans la forêt et de fantômes pas très nets. L’intrigue fait monter doucement mais sûrement la tension et j’ai trouvé les personnages très attachants. Suffisamment pour me donner envie de lire le début, comme la suite ! En tout cas je me la note pour la conseiller, parce que le récits fantastiques ne sont pas légion en littérature jeunesse ! (en littérature vieillesse non plus, du reste).


Rayon bulles

Paul & Pauline, H. Tonton (Kennes)
Mai 1944. Paul, un vieil homme que ses jambes ne peuvent plus porter, et Pauline, une jeune fille abandonnée en quête de ses parents exilés, tentent ensemble de s’extirper de la sauvagerie qui oppose les forces allemandes aux troupes maquisardes. De la profonde Corrèze aux plages sétoises, leur périple va bouleverser leur vie, créer des liens singuliers et les contraindre à affronter leurs démons.
Hop, une BD achetée pendant Frissons à Bordères et magnifiquement dédicacée par son auteur, à l’aquarelle ❤
J’ai lu cette BD d’une traite, plongée que j’étais dans les graphismes, qui m’ont un peu rappelé Gibrat (dont j’ai poncé l’œuvre grâce à la médiathèque municipale quand j’étais au lycée). L’histoire nous plonge donc en pleine deuxième guerre mondiale, dans un village ravagé par une colonne allemande. Pauline est la seule rescapée, car elle a pu se cacher. Elle décide d’aller retrouver ses parents exilés, accompagnée de Paul, un vieil homme ronchon cloué dans un fauteuil. La relation entre les deux est assez touchante ! Le récit repose sur un gros retournement de situation que je me suis bêtement divulgâché en regardant bien les petits détails des illustrations… Ceci dit, la révélation fonctionne tout de même ! J’ai apprécié ma lecture dans l’ensemble, mais j’ai été un peu déçue de découvrir à la dernière page… qu’il s’agissait du tome 1. Du coup, cette impression de récit un peu facile s’explique par le fait qu’on n’en a là qu’une seule partie, un détail que j’aurais aimé connaître dès le départ et qui m’aurait permis de profiter à fond de ma lecture (merci les maisons d’édition d’y penser ! C’est particulièrement pénible !). Du coup, j’attends la suite de pied ferme, car malgré cette légère contrariété, j’ai apprécié ma lecture !

Côté séries :

La rentrée aura été l’occasion de se pencher sur la série de SF Snowpiercer, de Josh Friedman et Graeme Manson.
Sept ans après que le monde soit devenu inhospitalier, en raison d’une glaciation artificielle et durable, les survivants ont trouvé refuge à bord d’un immense train – 1001 wagons – qui sillonne perpétuellement la Terre à toute vitesse, à raison de 2.7 révolutions par année. La discipline rigoureuse de M. Wilford, le richissime homme d’affaires qui a affrété le train, est appliquée par le service de l’Hospitalité, représenté par Ruth et Melanie Cavill, qui est également l’ingénieure en chef. A bord, la vie est très règlementée, et les passagers des différentes classes ne sont pas autorisés à se mêler (du moins, ceux des basses classes ne peuvent espérer monter). Tout au bout du train sont entassés 400 « sans-tickets », des gens qui ont pris d’assaut la Queue du train le jour du départ, et qui sont utilisés pour les plus basses besognes. Quand un corps est retrouvé émasculé en 3e classe, M. Wilford envoie Melanie extraire un ancien policier, Andre Layton, de la Queue. Or, celui-ci est également le leader révolutionnaire de la Queue, qui s’apprêtait justement à se soulever. Alors que l’enquête débute, la tension entre les classes et les wagons est à son comble…
J’ai un avis mitigé sur cette série car, d’une part, j’ai adoré et, d’autre part, il y a quand même des points qui m’ont laissée sur ma faim. Avant toutes choses, je dois préciser que j’ai souvent fermé les yeux, car il y a des passages hyper violents (voire un peu gores), et ce n’est clairement pas ma tasse de thé.
L’ambiance polaire est bien mise en scène, de même que le régime totalitaire qui règne à bord du train. Les tensions inter-classes, de fait, sont bien rendues et j’ai aimé suivre plusieurs sous-intrigues à la fois, celles-ci mêlant petites histoires du quotidien et gros complots des familles.
Mais il y a quand même des petits trucs qui l’ont moins fait. J’ai beaucoup aimé les deux premières saisons, mais j’ai trouvé la troisième complètement bancale : il ne s’y passe positivement rien et d’un coup il se passe plein de trucs, de préférence tous en même temps, si bien que les revirements des uns et des autres n’ont aucun sens. Par ailleurs, certains personnages sortent du tableau sans qu’on sache pourquoi pour y revenir comme des fleurs plus tard… et je n’ai pas trouvé ça crédible. Miles, par exemple, le fils adoptif des deux leaders révolutionnaires, envoyé à l’école des ingénieurs (donc chez l’ennemi) et dont on entend plus du tout parler ?! Pas réaliste ! Au chapitre du réalisme, il m’a manqué aussi des données sur l’univers : pourquoi et comment y a-t-il des rails sur des étendues océaniques ? (oui parce qu’ils passent comme qui rigole d’un continent à l’autre). Qui les a installés et quand ? Les enchaînements dans les wagons du train ne sont parfois pas logiques, j’ai eu l’impression que les voitures changeaient de place dans l’ordre qu’elles occupe. Et puis comment les voies sont-elles aussi bien maintenues en état ? Bref, des petits points, mais ça m’a manqué pour profiter pleinement de l’expérience. Et ça ne m’empêchera aucunement de regarder la saison 4 lorsque celle-ci sortira ! Et d’enfin lire la BD !

Top/Flop


Pas de flop ce mois-ci, car il est difficile de choisir entre les lectures un peu plus mitigées. Le top, quant à lui, est une très bonne lecture !

Ce mois-ci, j’ai donc enfin découvert Jo Walton, en lisant Ou ce que vous voudrez. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans mais ensuite, quel plaisir de lecture ! Le récit alterne entre un vrai récit de fantasy et des monologues intérieures de la protagoniste, Sylvia, une autrice reconnue de SFFF, qui discute avec un personnage indéfinissable, à mi-chemin entre ami imaginaire et muse artistique. Le roman propose une intéressante réflexion sur l’art et la création, et mêle habilement les deux fils du récit, celui qui se passe de nos jours dans la réalité et celui qu’écrit Sylvia. C’était une très chouette découverte, même si je ne conseillerais pas forcément ce titre pour entrer dans l’œuvre de Jo Walton !

Citations

« Je me suis rendu compte que je n’avais jamais pensé à ma chance d’être né libre. »
La Longue marche des dindes, Kathleen Karr & Léonie Bischoff.

« Il faut qu’on trouve une solution rapidement. Il ne faut pas qu’Ollie et ma mère partent à notre recherche.
— Exact, acquiesça Brian. Hmm, il a peur du feu, selon vous ?
— Pourquoi ? demanda Phil.
— Si c’est le cas, alors Ollie et les adultes ne risquent rien sur la rive tant que leur feu ne s’éteint pas. Peut-être qu’on pourrait embraser des pommes de pin et lâcher quelques-uns de ces hameçons aussi ? suggéra Brian, pris d’une inspiration soudaine. Ça pourrait peut-être l’effrayer et nous donner une chance de nous enfuir ?
— Des pommes de pin ? répéta Phil. Ce truc est gros comme un bateau !
— Et si on arrivait à les lui lâcher dans le gosier ?
— Il n’ouvre la bouche que quand il est en colère ou qu’il compte dévorer quelque chose…, commenta Coco. Vous n’y pensez pas. (Elle regarda les garçons.) D’accord. Vous y pensez. Vous voulez mettre le serpent en colère. »
Peur sur le lac, Katherine Arden.

Elle s’empare avec morosité d’une des notes de Bella et y voit le croquis d’une femme crachant du feu par la bouche.
« C’est un sort d’embrasement ?
— On dirait, oui.
— Je peux l’essayer ?
— Est-ce que tu peux allumer un feu magique dans une tour remplie de papier et de cuir ?
Genièvre réfléchit un instant. « Même si c’est un tout petit feu ? »
Le Temps des sorcières, Alix E. Harrow.

« Enfin, en passant devant le garage, ils entendent de la musique. A fond ! Sébastien pousse la porte. Une déferlante de sons le fige sur place.
— Les Clash, commente Cécile derrière lui. Du punck rock. Ta grand-mère adore ça.
Au fond, une gerbe d’étincelles nimbe d’une lueur bleue une silhouette en combinaison de travail, penchée sur une vieille moto.
— Salut, risque Seb.
Pas de réponse. Il force sa voix et hurle :
— SALUT !
Corinne, sa grand-mère – car c’est bien elle -, sursaute et se retourne, surprise, en ôtant ses lunettes de soudeur. Les yeux écarquillés, elle fixe le garçon qui se tient devant elle.
— Qu’est-ce que tu fous là, toi ?
— Bonne question, répond Seb, stupéfait. »
Belle & Sébastien, nouvelle génération : le roman du film, Christine Féret-Fleury, Cécile Aubry et Pierre Coré.

« TU CROIS VRAIMENT QU’ON A BESOIN DE ça EN CE MOMENT ?
Je comprenais ce qu’elle voulait dire. En même temps, on pouvait aussi en discuter calmement. Pas la peine de s’énerver. Je ne me sentais même pas ivre. Juste léger et bienheureux. Était-ce un mal étant donné les circonstances ? Je ne croyais pas, non. Je ne savais pas trop comment engager la conversation sur un mode plus serein. Il valait mieux attendre qu’elle se calme.
— BIZARRE ! vociférait ma mère. GOTHIQUE ! DIABÉTIQUE ! ET MAINTENANT ALCOOLIQUE ! UN SACRÉ BOULET, HEIN !
Heureusement qu’elle ne m’avait pas vu fumer.
— Je sais, je sais, ai-je bafouillé sur un ton que je voulais conciliant. Je sais que l’alcool c’est pas bien. Mais d’abord, je ne suis pas saoul, et ensuite je me sens bien. C’est sûr que les alcooliques ont tort. Ils boivent trop. Il faudrait peut-être leur dire d’envisager l’alcool pas comme un loisir, tu sais, avec les bars, la musique, la fête, tout ça, mais comme… (j’ai réfléchi afin de bien préciser ma pensée), mais comme un médicament (j’étais fier de ma trouvaille) ! Parce que ça détend vachement quand même. Je me sens bien. Si bien si tu savais. Par exemple tu gueules et ça me fait rien. Je ne suis pas stressé ou tendu, rien. Toi aussi tu devrais boire quelque chose. ça te détendrait.
J’étais bavard, bavard, bavard. Je ne pouvais pas m’arrêter de parler. Ma mère fulminait. »
Grand Passage, Stéphanie Leclerc.

[2022] Petit bilan estival.

Ne serait-il pas temps, après une trop longue interruption – un an me souffle-t-on dans l’oreillette -, de reprendre les petits bilans du mois ?
Pardon d’avance pour la longueur de cet article, sans doute pas très digeste, mais qui sera bien utile à ma mémoire défaillante dans quelques mois/années, quand je me demanderai ce que j’ai pensé de tel ou tel titre non chroniqué in extenso !

Carnet de lectures

J’ai beaucoup lu cet été, grâce à des congés forcés (pas merci les services RH) et malgré pas mal de travaux (je me suis découvert un engouement particulier pour la démolition de murs).

Terre promise, de Philippe Arnaud (Sarbacane).
J’aime bien lire, de temps en temps, des western, mais je dois dire que celui-ci a souffert des comparaisons avec Celle qui venait des plaines et Sans foi ni loi. Déjà parce que j’ai trouvé la structure assez maladroite, en raison d’allers-retours pas toujours justifiés entre passé et présent (qui m’a laissé un goût d’artificialité pas très agréable). Par ailleurs, j’attendais beaucoup (peut-être trop ?) du personnage de la femme shériff, et j’ai été un peu déçue, car je l’ai trouvée légèrement caricaturale (la femme badass et libérée). A ce titre, j’ai trouvé qu’il y avait peut-être un poil trop de scènes de sexe pour que l’ensemble fonctionne à merveille !
Malgré cela, le propos était intéressant : on suit un personnage sudiste jusqu’à la moelle, qui va se retrouver confronté à des Noirs libres, et à des femmes de tête. Shocking ! Les pensées – racistes et sexistes – du protagonistes sont assez pénibles à lire, mais font partie de son évolution. Soyez justes prévenus ! Je pense que j’ai placé trop d’attentes sur ce titre, ce qui ne m’a pas permis de l’apprécier pleinement.

Le Livre de Phénix, de Nnedi Okorafor (Actusf).
Je n’ai toujours pas lu Qui a peur de la mort ? mais j’ai lu d’autres titres de l’autrice, qui m’ont beaucoup plu. Donc je me suis lancée dans cette préquelle du titre précédemment cité, qui nous emmène dans un univers post-apocalyptique assez effarant, et sur les traces d’une femme qui est aussi un organisme génétiquement modifié, créé dans le but de devenir une arme de destruction massive. Autant j’ai apprécié le mélange entre SF et fantasy, les réflexions politiques et philosophiques, l’ambiance qui confine à la poésie, au mythe et au désespoir le plus profond, autant j’ai eu parfois du mal à suivre l’intrigue, dont les circonvolutions m’ont semblé quelque peu confuses et dures à suivre. Découverte mitigée donc, mais qui ne m’empêchera pas de lire la suite de ses œuvres, parce que j’avais adoré le reste.

La Maison des feuilles, Mark. Z. Danielewski (Monsieur Toussaint Louverture).
Oui, ça y est, j’ai enfin lu (et surtout TERMINÉ) La Maison des feuilles, qui est clairement une lecture de l’été, puisque je l’ai attaqué fin août et terminé… début octobre. Là aussi, sentiment mitigé : j’ai été bluffée par la construction littéraire, les récits enchâssés, les narrateurs non fiables qui se suivent (et ne se ressemblent pas) et les expérimentations littéraires diverses et variées. Mais je dois aussi avouer que je me suis rapidement lassée des digressions du narrateur principal (Hoss, que je considère comme le principal) et ses innombrables histoires de sexe que j’ai eu follement envie de passer (mais je ne l’ai pas fait, puisque le diable étant dans les détails, il faut lire les multiples notes de bas de page de ce titre).
Je ne pense pas faire de chronique détaillée (mais qui sait ?), donc je le pose là. A lire si vous voulez jeter un œil à cette performance littéraire, donc, je pense que ça vaut le détour pour ça, mais à éviter si vous n’aimez ni les escape game, ni les romans à tiroir, parce qu’on est dans une espèce de mélange étrange entre les deux.

Coin bulles

J’ai dévoré totalement par hasard The Sound of my soul de Rin Saitô (Akata), un manga qui parle de musique, d’amitié et de handicap. On y suit Mizuki, 11 ans, atteint d’hypoplasie cérébrale (qui provoque une paralysie partielle). Son rêve : devenir violoniste professionnel et toucher de sa musique son meilleur ami sourd et très bon danseur. Pour ce faire, il quitte son école spécialisée et rejoint un collège ordinaire… où il se retrouve en butte au validisme et à l’hostilité de son nouvel entourage (enfants comme adultes). Le choc des cultures est violent entre la première partie pleine d’amour, d’amitié et de bienveillance et la seconde, affreusement violente, dès que l’on entre au collège.
L’originalité de ce manga, c’est que, d’une part, Rin Saitô romance la vie du véritable Mizuki Shikimachi et que, d’autre part, le manga romancé occupe les deux-tiers du volume environ, le dernier tiers étant occupé, lui, par un manga plutôt documentaire, dans lequel la mangaka a retracé les premières années de la vie du jeune garçon – un récit qui met donc en avant la force de sa mère, qui lui a donné goût à la musique et s’est battue pour améliorer son bien-être. Un titre très touchant, et qui m’a donné envie de lire la suite !

Côté ciné

Incroyable, mais vrai, je suis allée trois fois au cinéma cet été. (Je dis incroyable car la moindre sortie ciné implique une heure de route, donc vous comprendrez que tout cela ne se fait pas au débotté).

Mille ans après tout le monde (au bas mot), j’ai vu Top Gun : Maverick, un film truffé d’avions de chasse, d’adrénaline et de testostérone (même si le récit tente d’insérer un peu plus de femmes dans des rôles allant au-delà de la pin-up et de la plante verte, et c’est pas mal).
J’ai passé un très bon moment avec ce film, même si le scénario n’est pas démentiel. En même temps, ce n’est pas pour ça qu’on va le voir, mais pour s’en mettre plein les yeux dans les scènes aériennes (lesquelles sont très réussies). Le film m’a même donné envie de voir Top Gun premier du nom, c’est dire !

Ensuite, je suis allée voir As Bestas, un film franco-espagnol de Rodrigo Sorogoyen. On y découvre la vie de deux agriculteurs français partis ouvrir une petite exploitation bio dans une vallée paumée de Galice, ce qui va crisper le village et cristalliser l’hostilité (le tout autour d’une sombre histoire d’éolienne à installer). Alors, déjà, sachez qu’on est dans du roman noir, mais au cinéma (je ne sais pas comment se nomme ce style). L’ambiance est lourde, poisseuse, la tension monte crescendo jusqu’à la rupture. J’ai mis un long moment à comprendre la scène d’intro (où l’on voit deux hommes dompter un cheval sauvage), qui n’a rien à voir avec la suite, mais j’avoue que la construction est particulièrement bien faite (car oui, cette scène a évidemment un rapport avec la suite). J’ai beaucoup aimé la fin, j’en suis sortie en me disant « mais alors, du coup … ? » et j’aime sortir d’un film en me posant des questions sur la suite, ce qu’on ne voit pas. Avec ça, la photographie est sublime, et c’était assez plaisant de voir ce film en VO, puisqu’il est tourné en castillan, en galicien et en français (de toute façon, je vous déconseille vivement d’aller le voir en VF si d’aventure il est dispo en VF, car vous perdriez tout le sel et les enjeux du film). Bref : excellente découverte !

Et, last but not least, je l’ai attendu avec impatience, il a fini par arriver, je suis allée voir avec un immense plaisir Le Visiteur du Futur : le film !, de François Descraques, et qui est la non-suite de la web-série éponyme, que je vous recommande très chaudement si vous ne l’avez pas encore vue !
L’histoire se déroule en 2555, dans un futur dévasté : l’Apocalypse menace la Terre et le dernier espoir repose sur Renard, un homme capable de voyager dans le temps. Sa mission : retourner dans le passé et changer les événements, en échappant à la Brigade Temporelle, qui le traque à travers toutes les époques.
Si vous n’avez pas vu la série, ce n’est pas un drame, car le film est visible indépendamment (si vous l’avez vue, vous apprécierez à sa juste valeur les petits clins d’œil de fan-service qui parsèment le récit).
C’est rare au ciné, mais il faut le dire : voilà un très bon film de SF made in France ! L’univers post-apo est bien mis en scène, les effets spéciaux sont très réussis (mais pas envahissants) et le fait d’avoir introduit deux personnages tout neufs rendent les explications assez naturelles. Le message n’est pas moralisateur (et non, ce n’est pas un film anti-nucléaire comme cela a été dit, c’est un film anti-obsolescence programmée plutôt), et malgré l’ambiance un brin tendue (fin du monde, tout ça), il y a des touches d’humour et quelques scènes comiques parfaitement intégrées. Bref, c’était un vrai plaisir, et j’espère qu’une suite sortira !

Tops/Flops

L’été aura été marqué par deux titres de fantasy qui ne m’ont pas passionnée :

Concernant Arkana, de Sébastien R. Cosset : j’ai trouvé l’univers intéressant, le choix narratif qui sert de rebondissement central très audacieux, mais le personnage archi-cliché a clairement eu raison de ma patience !

Dans le même style, Une couronne d’os et d’épines d’Emily Norsken, que j’ai dû lire dans le cadre du PLIB, m’a plu pour son univers, et passablement agacée pour le reste, qu’il s’agisse de l’intrigue qui ne m’a pas embarquée, des incohérences dans le récit, ou des multiples coquilles.

A côté de ça, j’ai eu trois coups de cœur – la vie étant bien faite, un par mois.

Tout d’abord La sorcière secrète, le deuxième tome de la série Le Garçon sorcière de Molly Knox Ostertag : c’est beau, l’histoire est prenante, et ce n’est pas parce qu’on est dans le tome 2 qu’il ne s’y passe rien ! J’ai hâte de lire la suite (et fin, malheureusement).

Ensuite, au rayon polars, j’ai dévoré La Valse des tulipes, d’Ibon Martin, qui mêle secrets de famille, résurgences politiques et cadre enchanteur. Je suis très contente de savoir qu’en VO, il s’agit d’une série, parce que j’ai hâte de lire la suite !

Et pour finir, encore une série, j’ai nommé Les Voyageurs de Becky Chambers, un roman que je relirai sans aucun doute, et dont je suis curieuse de lire les autres opus (même si on change apparemment de personnages).

Citations

« Alors… c’est comment ? Aller à l’école, vivre en ville et tout ça ?
– C’est normal. Bon, j’imagine que pour toi, ça n’a rien de « normal ». Je monte dans un gros bus jaune avec un tas d’autres enfants pour me rendre dans un bâtiment en briques où on mange de la nourriture dégueu et où on apprend les maths.
– ça paraît pas trop mal…
– Tu sous-estimes à quel point la nourriture est mauvaise. »
La Sorcière secrète, Molly Knox Ostertag.

« Rolande eut un sourire en coin qui était quasiment un abrégé de perfidie. »
La semeuse d’effroi, Eric Senabre.

« La mère d’Izzy utilisait les termes « naturel » et « végétal » pour tout ce qu’elle considérait comme bénéfique, tandis que « toxine » était pour elle synonyme de « néfaste ». A aucun moment elle ne nomma de toxine particulière, mais ma maison, ma nourriture et, apparemment, mon maquillage en étaient bourrés. […]
– Et voilà la partie que je préfère, souffla-t-elle en caressant du bout des doigts l’image travaillée. Les huiles essentielles.
Elle avait prononcé cette dernière phrase sur le ton qu’un dragon aurait employé pour dire « doublon espagnol ».
L’étreinte des flammes, Patricia Briggs.

« La barge avait emprunté une route sinueuse qui montait vers le sommet d’une falaise. Assez large pour le véhicule, mais tout juste. Ashby risqua un regard par-dessus bord et le regretta aussitôt. Comme beaucoup de spatiaux purs et durs, une fois au sol, il avait le vertige. Contempler une planète de haut d’une orbite, ce n’était pas un problème : tomber, c’était flotter. A l’intérieur d’un vaisseau, si on tombait – disons dans le conduit moteur d’un gros colonisateur -, on avait le temps de crier « Chute ! ». Ce qui préviendrait l’IA locale de désactiver le filet antigrav concerné. La descente s’arrêtait net, et on dérivait tranquillement jusqu’à un point d’accroche. On encourait la grogne des camarades occupés à boire du mik ou à bricoler sur des petites pièces, mais rester en vie valait bien ce prix. Ce cri était également très apprécié par les gamins, pour qui l’inversion soudaine de la gravité sur une passerelle bondée ou dans une salle de classe était le comble de l’humour. Mais, en surface, pas de filet antigrav. Tombez de trois ou quatre mètres seulement et vous risquez la mort. Ashby, pour apprécier la gravité, voulait pouvoir l’éteindre. »
L’espace d’un an, Becky Chambers.

« J’aime les livres. J’adore tout ce qui s’y rapporte. Je chéris la sensations des pages au bout de mes doigts. Ils sont assez légers pour être transportés, et pourtant lourds de mondes et d’idées. J’aime le bruit des pages tournées contre la pulpe de mes doigts. Empreintes imprimées contre empreintes digitales. Les livres réduisent leurs lecteurs au silence, et pourtant leur message résonne si fort. »
Le Livre de Phénix, Nnedi Okorafor.

« Pourquoi un élan ? demande Anna.
Elle avait vu quelques élans depuis qu’elle avait emménagé dans le Montana. Même les loups-garous se méfiaient d’eux.
– Il faudrait que tu sois un garçon de dix-huit ans qui cherche à impressionner une fille pour comprendre, dit Charles.
Max rit.
– De seize ans, ça marche aussi, déclara-t-il. »
Entre Chien et Loup, Patricia Briggs.

[2021] De l’imaginaire sous le sapin

Cela fait des années que je n’ai plus fait d’articles avec une sélection de Noël. Donc cette année, bonne résolution (mieux vaut tard que jamais), en voici un, qui regroupe mes très bonnes découvertes récentes (avec lesquelles je suis remontée sur trois ans, donc tout n’est pas neuf, loin de là !).

Histoire de tenter un tri dans tout ce fourbi, je vous propose trois catégories : les graphiques, les lectures qui relèvent du rayon jeunesse (mais conseillées à tous) et les lectures vieillesse (également conseillées à tous, mais qui nécessitent plus de bagage en lecture).

Si chronique il y a, un clic sur la couverture vous y mènera !

LES GRAPHIQUES

 

JEUNESSE-MAIS-LISIBLE-JUSQU’À 200 ANS

 

 

POUR LES LECTEURS PLUS AGUERRIS

 

Et vous, quelles sont vos recommandations ?

[2021] Petit bilan d’octobre

Octobre aura été un petit mois de lecture : seulement 4 romans, quelques albums jeunesse et une bande-dessinée. Pas la meilleure pioche de l’année !

Carnet de lectures

Rayon bulles

J’ai lu, en fin de mois, le tome 1 de l’adaptation en BD de Dune, faite par Brian Herbert et Kevin J. Anderson (le duo d’auteurs qui a repris la série suite au décès de Frank Herbert), illustrée par Raúl Allén et Patricia Martín (éditée par Huginn & Munnin).
Je n’ai toujours pas lu le roman (ça va venir), mais j’avais envie, après être allée au cinéma, de continuer ma découverte de cette œuvre.
Assez bizarrement, je me suis sentie plus démunie face à la BD que face au film. En fait, heureusement que j’ai découvert la BD en second, car le visionnage du film m’a apporté pas mal de clefs de compréhension pour ma lecture ! La BD est sans doute une très bonne adaptation, mais j’ai l’impression qu’elle s’adresse plus à un public de connaisseurs qu’à des néophytes.
Les graphismes sont sympa, mais beaucoup plus froids et sévères que la très belle couverture (puisque les illustrateurs de l’intérieur n’ont pas réalisé la couv’, comme souvent en comics).

Rayon romans :

J’ai profité d’un week-end hyper ensoleillé pour engloutir Lullaby, de Cécile Guillot (édité au Chat noir). L’histoire se déroule aux États-Unis, dans les années 20. Hazel aime écrire des histoires horrifiques, rêve de devenir écrivaine et soupire après sa jolie voisine, Blanche. Rien qui soit du goût de ses parents qui, lorsqu’ils découvrent ses penchants et aspirations, la font tout simplement internet à Montrose Asylum. Là, Hazel rencontre la fougueuse Jo et la fragile Lulla qui, comme elle, entendent une mystérieuse berceuse s’élever la nuit, dans les couloirs déserts. Une berceuse qui les emmène dans un jardin abandonné, au milieu de la bâtisse…
Le récit, très court, nous plonge immédiatement dans un début de XXe siècle incroyablement puritain, qui ne laisse aucune chance à Hazel d’assouvir ses passions (aucune d’entre elles, d’ailleurs). Hazel narre ses déboires (puisqu’elle n’a plus le droit d’écrire), ce qui donne une vision directe de ce qui se déroule au sein de l’asile (et c’est effrayant). Si le style est hyper fluide, j’ai pourtant eu du mal à ressentir l’horreur et l’angoisse que devraient susciter l’asile et les horreurs qui s’y déroulent, sans doute parce que le récit est assez descriptif (et laisse donc peu de place aux suggestions). De même, le fait d’être directement dans la tête d’Hazel, qui analyse en permanence ce qu’elle traverse, ne m’a pas permis de ressentir ses doutes et ses angoisses, ce qui fait que j’ai eu du mal à m’impliquer dans le récit. Malgré cela, j’ai apprécié les nombreuses incises de poèmes de Renée Vivien, qui m’ont bien donné envie de lire son œuvre !

Côté ciné :

Eh bien on prend les mêmes et on recommence, ai-je envie de dire ! Je suis donc allée voir Dune, de Denis Villeneuve.
Normalement, j’aime bien avoir lu d’abord les romans adaptés au cinéma mais bon, vu que j’ai bien procrastiné sur cette lecture, j’ai fait l’inverse. Je n’allais pas manquer la possibilité de voir Dune sur grand écran ! (Parce que je trouve que les films de SF, ça s’apprécie mieux sur grand écran).
Et donc, que dire ? Eh bien j’ai adoré. A tel point qu’en sortant j’avais envie de retourner au ciné pour un second visionnage dans la foulée !
Déjà, j’ai trouvé que le film situait vraiment bien les enjeux de l’univers, les différentes factions en présence, et les trajectoires des personnages. Sans avoir lu le roman, j’ai quand même suivi, sans me sentir perdue et c’était hyper confortable. (En même temps, j’avais conscience des raccourcis, donc ça m’a donné encore plus envie de le lire).
La photographie est superbe. Les images du désert sont absolument incroyables et les décors, les costumes et les différentes prises de vue contribuent à créer une immersion parfaite. Avec ça, j’ai trouvé le jeu d’acteurs très convaincant. Du coup… je n’ai pas vu passer les 2h30 ! J’ai donc hâte (et espoir !!) de voir la partie 2 du film !

Tops/Flops

Ce mois-ci, je n’ai pas été hyper convaincue par Lullaby, cité ci-dessus ni par Time Salvager, de Wesley Chu, qui démarrait pourtant plutôt bien. On y suit un Chronman, un agent temporel, chargé (dans la Terre post-apocalyptique) d’aller piller le passé afin de récupérer des ressources énergétiques vitales pour la population de son époque. Le postulat est intéressant, mais les personnages ne sont pas assez creusés, ni les enjeux des voyages temporels : passée une très bonne première partie, le roman reste plutôt côté divertissement. Donc c’est très sympa… mais il m’a vraiment manqué quelque chose !

Côté très bonnes découvertes, en revanche, il y a eu le troisième tome du Cycle de Syffe, j’ai nommé Les Chiens et la Charrue de Patrick K. Dewdney (Au Diable Vauvert). J’étais ravie de retrouver Syffe (surtout après avoir enchaîné les deux premiers tomes). Comme dans les opus précédents, celui-ci est coupé en différentes parties, correspondant aux étapes du parcours de Syffe. Celui-ci passe encore une fois par un tas d’épreuves, qui rendent le récit particulièrement palpitant. L’aspect politique est encore plus prégnant ici que dans les tomes précédents, ce qui rajoute encore au suspense du récit. Bref : que du bonheur. J’attends la suite avec grande impatience !

Citations

« Travailler. Tu n’y penses pas. Pourquoi travailler alors qu’un mari peut subvenir à tous tes besoins ? »
Lullaby, Cécile Guillot.

« Le Chronocentre avait diligenté une étude quelques années plus tôt sur ce taux de suicide élevé parmi ses agents. Les chercheurs avaient émis l’hypothèse que l’excès de voyages temporels provoquait des lésions au cerveau. James aurait pu leur épargner cette perte de temps et d’énergie en leur expliquant la vrai raison du problème : c’était un boulot de merde. »
Time Salvager, Wesley Chu.

« J’ai le sentiment que toutes les époques avant la nôtre étaient meilleures. On ne fait que lécher les miettes de la civilisation. »
Time Salvager, Wesley Chu.

« Alex fait la grimace.
– Ne dis rien à maman, s’il te plaît !
– C’est une blague, j’espère ? rugit son interlocutrice. Tu te farcis l’air de rien un putain de dignitaire étranger – qui, au passage, est tout de même un homme – pendant le plus gros événement avant l’élection, dans un hôtel bourré à ras bord de journalistes, dans une ville truffée de caméras, alors que le scrutin est tellement serré que son résultat pourrait littéralement basculer à cause d’une connerie de ce genre, c’est juste la réalisation d’un de mes pires cauchemars, et tu me demandes en plus de mentir à la présidente ? »
My Dear Fuck*** Prince, Casey McQuinston.

[2021] Petit bilan estival.

Carnet de lectures :

La nuit des requins, Jean-Christophe Tixier (Rageot – Flash Fiction).
Je ne sais pas si vous connaissez la collection Flash Fiction, chez Rageot : elle est pensée pour une lecture confortable, pour les lecteurs avec un petit appétit de lecture ou des difficultés. Depuis cette année, des auteurs ados sont entrés au catalogue de cette collection. J’ai lu celui d’Olivier Gay (qui coche toutes les cases du page-turner mais m’a laissée un peu sur ma faim) et La nuit des requins de Jean-Christophe Tixier, donc, qui m’a nettement plus emballée.
Léo et sa famille fêtent l’anniversaire de Camille, la petite sœur, dans leur maison de famille, isolée sur une île. Mais alors qu’ils s’apprêtent à profiter du gâteau, deux braqueurs font irruption et exigent du beau-père de Léo 1 million d’euros. Si celui-ci ne s’exécute pas, ils emmèneront Camille. Léo n’a dès lors qu’une seule idée en tête : il doit s’enfuir, prévenir les secours, et sauver sa petite sœur.
Le récit est très resserré dans le temps, puisque la totalité de l’histoire se déroule entre le vendredi soir et le dimanche matin. Le suspense est donc hyper présent (dès le départ), tout comme le rythme, le personnage principal ne se laissant pas du tout abattre. L’ensemble est super bien mené, et se prêtera volontiers à une lecture à voix haute. J’ai beaucoup aimé la note douce et positive sur laquelle l’auteur conclut le récit !


Mon beau grimoire, Chrysostome Gourio (Casterman – Hanté).
On continue avec les romans pour préados ! Hanté est une petite collection de romans d’horreur/épouvante pour les plus jeunes lecteurs (à conseiller à ceux qui ne décollent pas de la collection Chair de Poule !).
Pénélope est la fille du gardien de cimetières. A cause de cela, elle est harcelée par les trois K, trois garçons de son collège, qui la traitent de sorcière. Un soir, elle rencontre une vieille femme… qui lui propose un grimoire octroyant de sombres pouvoirs. Pénélope accepte… et c’est la descente aux enfers !
Là aussi, le récit est assez court, mais hyper bien mené. L’horreur monte lentement, au fil de l’escalade de violence que connaissent les personnages. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est que le récit joue sur deux peurs bien différentes : la peur issue des pouvoirs que Pénélope pratique d’un côté, la peur de ce que vont faire les harceleurs, qui vont de plus en plus loin. Le récit mêle donc fantastique et thèmes très actuels, parmi lesquels le harcèlement scolaire, les relations familiales ou l’amitié. La fin, douce-amère, clôt à merveille ce roman d’épouvante jeunesse.

Le second souffle, Gilles Marchand et Jennifer Murzeau (Rageot).
Ulysse, 16 ans, vit avec d’autres sous la coupole protectrice du Centre, dont il n’est jamais sorti. Dehors règne la Bête. L’extérieur est hostile, empoisonné. Les enfants gravement asthmatiques, à la santé précaire, sont encadrés par des médecins. Ava, elle, habite Paris. Elle milite pour la planète avec sa meilleure amie Nour. Un jour, elle découvre un terrible secret. Le moment de l’impact est venu. Ava et Ulysse incarnent une histoire commune, celle du changement.
Une lecture en demi-teinte après les deux très bonnes découvertes citées ci-dessus. Le second souffle mêle deux arcs narratifs : l’un très contemporain, l’autre qui semble se situer dans l’anticipation. Le récit alterne de façon assez classiques les voix des deux personnages – dont j’ai d’abord pensé que l’un se situait dans le futur de l’autre. De fait, le suspense est assez présent et c’est vraiment cette interrogation qui m’a fait tenir, car le début du roman était assez lent, voire un peu répétitif. Le rythme s’accélère drastiquement dans la seconde partie, où l’on quitte les pistes de réflexion pour l’action un peu plus pure. L’ensemble est sympa mais pas particulièrement original dans l’ensemble : les dessous de l’affaire sont compris assez vite. Il en reste quelques pistes de réflexion sur l’environnement et l’écologie, mais pas amenées très subtilement, ce qui est un peu dommage vu l’importance du propos.

Coin bulles :

Petit Robot, Ben Hatke (Frimousse).
D’un côté, il y a une petite fille. Elle est bricoleuse et débrouillarde. De l’autre un petit robot tombé d’un camion… La rencontre a lieu et l’aventure commence. Il faut tout d’abord réparer ce petit robot qui visiblement est cassé. Mais heureusement la petite fille a de l’idée. Et les voilà bien vite à marcher tous les deux. Elle lui montre son univers. Mais à l’usine, les machines implacables donnent l’alerte. Il manque un robot…
J’adore Ben Hatke. Il fait partie de mes auteurs de comics chouchou (non pas que j’en ai des tonnes mais voilà). Après le coup de foudre pour Zita, la fille de l’espace, j’étais curieuse de lire ses autres titres, donc je n’ai pas attendu lorsque Petit Robot m’est tombé entre les mains. Comme dans Zita, on est là dans un comics avec très peu de texte, ce qui le rend très accessible aux plus jeunes lecteurs. Ben Hatke maîtrise à la perfection l’art du récit en images et sait garder le lecteur en haleine. L’intrigue mêle action et moments plus doux, dans un très bon équilibre, qui m’a fait tourner les pages à un rythme très confortable. Même avec peu de texte, il évoque tendrement l’amitié, la solidarité, et la quête de liberté. En plus de ça, c’est beau ! Les personnages sont nuancés, la palette de couleur est douce, bref, ce n’est que du bonheur. Voilà un comics à mettre aussi bien dans les mains des enfants que des adultes.

Le voyage d’Esteban, tome 1 : Le Baleinier, Mathieu Bonhomme (Milan).
Esteban a douze ans. Ce jeune Indien rêve d’océan, d’aventure. Il réussit à embarquer sur un baleinier, direction : le cap Horn ! Le cap Horn… Un des endroits les plus dangereux du globe. Mais aussi la route qu’empruntent les baleines pour aller d’un océan à l’autre. Douze ans… C’est peu lorsqu’on se retrouve face à ce monstre des mers…
J’ai lu cette BD totalement par hasard, cet été (parce que j’étais en vacances et que j’ai oublié ma lecture en cours dans l’habitation principale… je me suis rabattue sur une BD trouvée dans la chambre !), et je l’ai découverte avec plaisir ! On plonge dans un récit d’aventure historique vraiment bien troussé qui montre la (dure) vie à bord d’un baleinier, tout en creusant un peu la personnalité et l’histoire d’Esteban, le protagoniste (avec plein de mystères autour de la relation entre sa mère et le capitaine). Le décor est assez sombre, sujet oblige, mais le graphisme très lisible ! Cela m’a donné envie de lire la suite !

Côté ciné :

Évidemment, je n’ai pas échappé à LA sortie de l’été (et j’espère ne pas échapper à celle de l’automne ^^), j’ai nommé Kaamelott. Et ? Et carton plein ! J’ai adoré !
Je ne suis pas une fan hardcore de Kaamelott : je pense que j’ai dû voir les premières saisons à plusieurs reprises, mais j’ai appris par les amis avec qui j’étais au cinéma que la dernière était en fait une préquelle. C’est dire si j’ai raté des trucs. Même avec des bases aussi lacunaires, le film était aisé à suivre !
L’histoire est prenante et se tient bien. On retrouve bien sûr le modèle de la série donc si vous n’accrochez ni à l’univers, ni à l’humour, passez votre chemin. De mon côté, j’ai beaucoup ri, et cela m’a donné envie de tout revoir ! L’intrigue mêle deux temporalités : d’une côté, le présent (dix ans après la fin de la série, au moment où le dictateur Lancelot est sur le trône) et, de l’autre, le passé d’Arthur, lorsqu’il faisait ses classes à Rome. L’alternance maintient le suspense et assure au film un rythme confortable (je n’ai pas vu le temps passer). En somme, il ne me reste qu’à tout revoir avant que la suite ne paraisse !

Tops/Flops :

Je n’ai eu qu’une seule lecture franchement décevante cet été et j’étais d’autant plus déçue d’être déçue que ce roman s’annonçait bien !

L’histoire du Trône des Sept Îles d’Adalyn Grace avait pourtant tout pour me plaire : dans un royaume maritime, la princesse Amora rate la démonstration censée lui assurer le trône, ce qui l’oblige à fuir pour sauver sa vie (et sa couronne), en compagnie d’un pirate. L’univers est intéressant, mais les personnages comme les péripéties terriblement cliché. Je me suis ennuyée sec et ai terminé en diagonale tellement rien ne m’accrochait.

Bon, heureusement, j’ai eu d’autres bonnes lectures !

Mon été a d’abord été marqué par la relecture de L’Enfant de poussière et la lecture de La Peste et la Vigne, de Patrick K. Dewdney (et je suis actuellement dans le tome 3). Le début de ce cycle de dark fantasy (assez violent, soyez prévenus !) est extrêmement bien conçu, dense à souhait et palpitant en tout point. Avec ça, il est porté par une plume ciselée et volontiers envoûtante, qui sied au rythme posé de l’intrigue. C’est prévu en sept tomes et j’en suis ravie !

Comme les deux années précédentes, je me suis également (re)plongée dans l’univers ô combien adoré du Royaume de Pierre d’Angle, de Pascale Quiviger. Je m’étais promis de ne lire que le tome 3, pour me garder le 4e (et dernier) pour l’été prochain. Las, vu la fin du 3… je n’ai pas pu résister ! Si vous ne connaissez pas Pierre d’Angle, déjà, allez fissa chez un libraire vous trouver le tome 1. C’est un ordre ! Cette saga de fantasy mérite vraiment d’être plus connue ! L’autrice déroule une intrigue rudement bien ficelée, qui mêle noirceur et poésie, dans un univers enchanteur (de prime abord). C’est magnifiquement écrit. C’est terriblement prenant. Je me suis sentie orpheline en terminant la saga et dans cet été où l’on pense que ne lira plus JAMAIS un livre qui nous transportera autant. Alors si je ne devais faire qu’une recommandation cette année, ce serait celle-là !

Citations :

« L’âme humaine est comme sa chair à bien des égards, il me semble que dans les bonnes circonstances, on peut se remettre de tout. J’ignore s’il en va pareillement pour la mémoire des peuples, car celle des Arces était encore plus profondément contusionnée que la mienne. Le moindre de leurs enfants portait le poids d’une tragédie qu’il n’avait pourtant pas vécu lui même. »
La Peste et la Vigne, Patrick K. Dewdney.

« Et les ordres sont ? demanda-t-il.
– Pas de massacres, surtout, mais de la poigne. Evitez au maximum que vos gars ne jouent de la gâchette, mais arrêtez ces extraterrestres avant qu’ils ne se fassent connaître du grand public. La présidence désire garder l’info secrète.
– Comment voulez-vous que je les arrête ? En leur jouant une berceuse ?
Le commandant devint écarlate de colère. C’était bien la hiérarchie, ça. Ordre de ramer comme un malade, mais surtout ne pas faire de vagues ! »
Les Abîmes d’Autremer, Danielle Martinigol.

« Vous, la bonne, raisonnez-là!
– La raisonner? On dirait que vous avez pas encore compris à qui vous aviez affaire! Mon Hélène est amoureuse… Rien ne l’arrêtera.
– Tout ceci est ridicule! En vertu des lois naturelles, c’est à l’homme qu’incombe…
– On est sur Vénus… La planète des bonnes femmes… Ici, c’est pas vous qui faites la loi ! »
Les Chimères de Vénus, Alain Ayroles et Étienne Jung.

« Qu’est-ce que la connaissance ? C’est l’inspiration. C’est un appel aux armes. C’est un rappel qu’il n’est rien qui ne puisse être accompli. C’est l’humanité sous toutes ses formes. »
La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North.

« Vous êtes horriblement silencieuse, Isobel ! Vous devez être vraiment épuisée. Comment ça fait ?
– Comment ça fait quoi ?
– D’être épuisée, bien sûr.
Même après avoir passé des années à fréquenter les faés, ils continuaient à me surprendre.
– Cela vous donne l’envie de vous asseoir, ou d’aller dormir. Tout ce qui n’exige pas de vous de bouger ou de penser.
– Ah, c’est comme d’avoir bu trop de vin, dit Alouette d’un air entendu.
– Je haussai les sourcils, en songeant que si Mouche avait été humain, quelqu’un aurait dû lui parler de sa nièce. »
Enchantment of ravens, Margaret Rogerson.

[2021] Petit bilan de mars

Carnet de lectures : rayon bulles.

Shirley #1, Kaoru Mori (Ki-oon).

À tout juste 13 ans, Shirley entre au service de Mme Bennett, populaire patronne d’un café londonien. La jeune fille semble avoir un lourd passé, mais la bonté naturelle de sa nouvelle maîtresse lui permet de retrouver le sourire, et parfois même des bribes d’enfance…
J’adore les mangas de Kaoru Mori, et j’ai lu avec beaucoup de plaisir ses séries Emma et Bride Stories (je fais d’ailleurs durer le plaisir et ne suis à jour dans aucune des deux).
Bref, j’ai donc emprunté le premier tome de Shirley à la médiathèque sur la bonne foi du nom de la mangaka ! Et si j’ai globalement apprécié, je dois reconnaître que l’ensemble m’a laissée quelque peu sur ma faim. On suit donc les aventures de Shirley, treize ans, qui devient femme de chambre chez une jeune femme de la bonne société londonienne. Les trois premiers chapitres détaillent leur vie quotidienne, sans vraiment mettre en place de fil rouge. Les deux derniers chapitres, quant à eux, mettent en scène deux autres femmes de chambre, employées ailleurs (et a priori n’ayant aucune connexion les unes avec les autres). L’ensemble est sympathique, mais hyper décousu. Si je mets la main sur le tome 2, je le lirai également pour voir de quoi il retourne, mais ce titre souffre vraiment de la comparaison avec les autres séries de l’autrice.

Les Cerisiers fleurissent malgré tout, Keiko Ichiguchi (Kana).

Keiko Ichiguchi est une mangaka japonaise qui vit en Italie avec son mari. Au début de ce manga, elle apprend par un coup de fil que l’impensable est arrivé au Japon : nous sommes en 2011. Le récit est donc clairement autobiographique : l’autrice y parle de son enfance, durant laquelle on lui a diagnostiqué une maladie, puis, plus tard, de la façon dont la catastrophe a traversé sa vie. Ce qui est intéressant, ici, c’est qu’on n’est pas au Japon, mais en Italie lorsque surviennent les événements. L’autrice raconte donc les heures d’angoisse (lorsqu’il est impossible de savoir qui a été touché, comment, etc.), l’envie de se mobiliser (mais pour faire quoi ? De quelle façon ?), sans négliger la façon dont est impactée sa vie personnelle en Italie. Avec cela, le graphisme épuré, délicat, plein de tendresse porte merveilleusement le récit. Je ne savais pas à quoi m’attendre en ouvrant ce manga, et j’en suis sortie charmée !

Carnet de lectures : rayon romans

Les Infectés, tome 1, Marc-André Pilon (éd. Kennes).

Zachary, Camille et Dilkaram vont au lycée à Cité-les-Jeunes et vivent une existence assez classique de lycéens. Débarque alors une vidéo virale dans laquelle on assiste à un meurtre bestial : réalité, ou montage ? Or, rapidement, la maladie qui semble avoir frappé l’agresseur… prend de l’ampleur et transforme les humains en monstres sanguinaires assoiffés de sang.
Je n’ai pas du tout été emballée par ce roman de zombies extrêmement classique. L’histoire s’attache au début et au développement de l’infection mais nous impose un récit extrêmement répétitif. Entre chaque chapitre consacré au trio de protagonistes, s’intercalent des interludes narrant (systématiquement) l’infection d’un personnage lambda sans aucun rapport avec les personnages (à une ou deux exceptions près). Globalement, c’est toujours la même chose, et c’est un peu lassant. Par ailleurs, le développement du récit n’apporte rien de neuf au genre (les persos sont séparés, tombent sur de l’aide qui finalement n’est pas si aidante, la fille manque de se faire violer, etc.), ce qui ne m’a pas aidée à m’impliquer dans ma lecture. J’ai trouvé que les personnages n’étaient pas suffisamment creusés, et que la fin était vraiment, vraiment trop expédiée. Seul point positif : Dilkaram fait partie de la communauté sikh, et j’ai trouvé que cela changeait un peu ! Bref, je ne lirai pas la suite et dans le même style, je conseillerais plutôt In the after.

Tops/Flops

Au rang des seconds, j’ai parlé ci-dessus des Infectés, sur lequel je ne reviens donc pas.
L’autre lecture en demi-teinte, ce mois-ci, a été Le Grand jeu, de Benjamin Lupu.
Autant j’ai aimé l’aspect steampunk et la débauche d’idées toutes plus originales les unes que les autres, autant la complexité de l’univers m’aura un peu perdue. L’intrigue présente plusieurs ramifications qui dessinent un schéma assez dense et à plusieurs reprises, j’ai manqué d’explications pour tout bien suivre.

A côté de cela, j’ai eu deux excellentes, excellentes découvertes !

Tout d’abord, le premier tome de La Machine, de Katia Lanero Zamora, qui nous plonge dans une fantasy largement inspirée de la guerre civile espagnole – une époque qui me passionne. Ici, pour ne rien gâcher, Katia Lanero Zamora dresse une fresque familiale, dans laquelle se mêlent conflits politiques et intenses questionnements personnels. C’est brillant ! J’ai dévoré le roman, j’ai hâte de lire le second volet !

Enfin, deuxième excellente découverte avec Derniers jours d’un monde oublié, le premier roman de Chris Vuklisevic – qui a remporté le concours du premier roman d’imaginaire de FolioSF, ce qui est quand même la grande classe. Et c’est amplement mérité ! Le roman raconte, via trois personnages, les douze derniers jours d’un monde en train de s’effondrer et c’est hyper prenant. J’attends avec impatience ses prochains titres !

Citations.

« La grêle carillonnait avec une violence redoublée sur son visage, lui bleuissant les pommettes de froid et d’hématomes. Qu’importe ! Contrairement au commun des mortels, elle avait un faible pour le temps abominable de son pays. Elle adorait le grondement de l’orage, la pluie lui dégoulinant dans les yeux, les frimas givrant ses cheveux, elle saisissait la neige à pleines mains pour la goûter du bout de la langue. Elle était une Funestrelle aguerrie, fille du froid et de la glaise, attachée comme jamais à la Rocaille. »
Rocaille, Pauline Sidre.

« Les étoiles des pentagrammes ont combien de branches, déjà ? Quatre ou six ?
– Cinq, voyons ! C’est dans leur nom ! Tu n’es pas censé être bon en maths ?
– Oh. Comme un pentagone à cinq côtés, approuva-t-il. Je n’avais jamais fait le rapprochement !
Polly roula des yeux au ciel. »
Fingus Malister #2, Ariel Holzl.

« On ne doit jamais confier à autrui ses crimes, sauf s’ils sont trop grands pour être dissimulés – et dans ce cas, on les qualifie de politiques ou de mesures d’État. »
Le Chant de l’épée, Bernard Cornwell.

« Le matin où les étrangers arrivèrent sur l’île, la Main de Sheltel fut la première à les voir.
Elle allait revêtir son masque quand, par la fenêtre, elle aperçut un point sombre à l’horizon. Un mirage, crut-elle ; un tremblement de la chaleur sur l’eau. La mer était vide, bien sûr. Rien ne venait jamais de l’océan.
Elle ne lança pas l’alerte. »
Derniers jours d’un monde oublié, Chris Vuklisevic.

« Était-ce elle qui attirait le bruit et la misère, ou le monde entier était-il fait uniquement de cris de détresse ? »
Derniers jours d’un monde oublié, Chris Vuklisevic.

[2021] Petit bilan de janvier-février

Carnet de lectures

Ce début d’année, j’ai lu encore plus de romans jeunesse que d’habitude ! (ça colle avec mon nouveau poste). Il y avait du bon, du moins bon, et voilà donc tout cela en vrac.

Les Papis contre-attaquent, Claire Renaud, illustré par Maurèen Poignonec (Pépix, Sarbacane).
Claire Renaud et Maurèen Poignonec ont signé, il y a deux ans, Les Mamies attaquent, que l’on peut considérer comme un diptyque, même s’il n’est pas nécessaire d’avoir lu les deux pour comprendre et profiter de sa lecture. Rien ne va plus dans l’équipe des Lascars, dont fait partie Gérard, le grand-père de Guenièvre. Léonard, le barreur historique de cette équipe d’aviron, est hospitalisé dans un EHPAD le temps de se remettre d’une vilaine fracture. Or, toute l’équipe est engagée dans une compétition qui a lieu en fin de semaine ! Ni une ni deux, les Lascars décident d’exfiltrer leur ami de sa prison maison de retraite, quitte à prendre tous les risques.
Généralement, je ne suis pas déçue avec cette collection et ce titre n’a pas démérité. Le roman aligne les stratagèmes aussi loufoques que désopilants pour tirer Léonard de son guêpier, pour le plus grand plaisir des lecteurs. À chaque nouveau plan, on ne peut s’empêcher de se demander s’il va aboutir : déménagement sauvage, infiltration en tenue (de mamie) de camouflage, cambriolage… Les trouvailles, comme les péripéties pour les faire échouer, sont toutes plus drôles les unes que les autres ! Je me suis bien amusée avec ce titre, qui m’a donné envie de lire le précédent pour voir à quoi il ressemble.

Témoins à abattre, Olivier Gay (Flash Fiction, Rageot).
Alors qu’ils font du vélo en montagne, Yan et Pauline sont témoins d’un meurtre. Pris en chasse par les tueurs, ils donnent tout ce qu’ils ont pour s’échapper !
Nouveau thriller dans la bibliographie d’Olivier Gay ! Le texte, très court, est tenu par un rythme très soutenu : l’ensemble de l’intrigue consiste en la course-poursuite dans la forêt, à la tombée de la nuit. Les chapitres, très courts, soulignent ce rythme. Le style, très simple, l’intrigue linaire, et les chapitres très courts, font que le roman est adapté aux lecteurs fâchés avec la lecture.

Prunelle, sorcière rebelle, #1, Agnès Laroche (Rageot).
Prunelle est une sorcerelle, qui pratique la magie douce. A Tendreval, la magie forte est réservée aux hommes. Sauf que Prunelle s’aperçoit qu’elle sait manipuler la magie forte, et qu’en plus elle apprécie cela. Or, son père est le chef du comté, et réputé pour sa sévérité. Donc, que faire ? Tout lui avouer, ou cacher la vérité ? Et comment ignorer l’appel de la magie ?
L’histoire se déroule dans un univers très clivé, vous vous en doutez, où hommes comme femmes ont des rôles hyper genrés : aux premiers la magie pour construire, détruire, se battre ; aux secondes les sortilèges d’embellissement, de déco, de confort domestique. C’est un premier tome, donc l’intrigue prend son temps pour s’installer et se dérouler. Évidemment, Prunelle ne tarde pas à tomber sur des gens qui, comme elle, questionnent cet univers très inégalitaire. L’intrigue, très linéaire, s’avère assez classique, mais menée à bon train, ce qui rend la lecture assez plaisante. J’ai beaucoup pensé à La Fille aux licornes en lisant ce titre !

Yoko, Jean-Luc Marcastel (Didier jeunesse).
Après ces premières bonnes découvertes, je dois dire qu’avec ce titre, ça ne l’a vraiment pas fait. En cause : des personnages féminins vraiment pas terribles. Alors oui, LA fille de l’histoire (car il n’y en a évidemment qu’une) est badass, sait se battre, sait plein de choses… Mais il ne suffit pas de mettre un perso féminin qui déchire pour dire que c’est bon, tout le taf est fait. D’ailleurs, ça ne loupe pas, elle est inconsciente quand les garçons la trouvent (et vas-y que ça lui paluche les seins pour vérifier qu’elle est toujours vivante………) et ensuite on oscille entre femme fatale, femme-trophée. C’est agaçant ! En plus de cela, l’intrigue (dans un univers post-apo hyper classique) met un temps infini à démarrer, à tel point que ça à peine débuté alors qu’on arrive à la fin. Vu que le roman fait tout juste 190 pages, pourquoi ne pas faire un seul gros livre ? Voilà un roman dont je ne lirai sans doute pas la suite !


Scarlett et Novak, Alain Damasio (Rageot).
Deuxième pioche dans le tas des découvertes pas follement emballantes avec ce titre de Damasio. Il s’agit d’une très courte nouvelle de thriller. Novak, un ado, se fait agresser par des personnes qui en ont après son téléphone, un modèle high-tech équipé de Scarlett, une intelligence artificielle très performante. Déjà, je craignais un peu vu la mention sur la couv « Le thriller qui déjoue la fascination du smartphone ». A qui ça donne envie de lire ça ?! Pas à moi ! Et de fait, le texte est à l’avenant. C’est clairement une incitation à décrocher de son téléphone et des applis toutes prêtes à rendre service afin de se débrouiller par soi-même. En soi, c’est louable, mais j’ai trouvé qu’on sentait beaucoup trop toutes ces bonnes intentions dans le texte, ce qui explique sans doute mon manque d’enthousiasme pour ce titre.

Et après tous ces romans, enfin des bulles !

Une sacrée mamie #1, Yoshichi Shimada & Saburô Ishikawa (Delcourt).
1958, Hiroshima. À cette époque au Japon, il est difficile pour une jeune femme d’élever seule ses deux fils. Acculée, Hikedo décide un jour de confier son plus jeune garçon, Akihiro, à sa mère qui vit à la campagne. Arrivé chez sa grand-mère, une vie complètement nouvelle va commencer pour Akihiro. Pas facile de quitter la ville pour la campagne quand on n’y est pas préparé ! Mais le petit garçon va vite s’habituer à sa nouvelle vie au grand air. Suivant l’exemple de sa super mamie débrouillarde, il apprend à s’adapter à toutes les situations…
Il était grand temps que je découvre enfin ce manga, dont j’ai beaucoup entendu parler. Et c’était une chouette découverte. Akihiro est assez marrant à suivre, avec un caractère très égal et une grande capacité d’adaptation. La vie avec sa grand-mère ne cache rien des difficultés financières qu’éprouve la petite famille. Si le contexte n’est pas tendre avec l’enfant (la séparation d’avec sa mère et son frère, les conditions de vie, etc.), le manga met en avant une relation chaleureuse et pleine de bienveillance entre la grand-mère et son petit-fils. Je vais attendre la suite à la bibli avec impatience !

Ma première lecture de l’année était un manga, et un boy’s love ! Incroyable, mais vrai ! J’ai donc découvert Everyday is a good day, un oneshot de Noeko Nishi (éditions Akata). Elle y raconte l’histoire d’un jeune homme, Toki, dévasté par la perte de sa sœur jumelle, un an plus tôt. Son neveu Asahi, quatre ans, traumatisé par la perte de ses parents, ne décroche plus un mot. Pour permettre à ses parents de partir en croisière, Toki propose d’accueillir Asahi pour plusieurs mois – oubliant qu’il n’a pas la moindre idée de comment on gère un enfant. Parallèlement, sa rencontre avec Chihiro (petit frère d’un ami d’enfance) provoque chez les deux jeunes hommes de troubles sentiments. Pas facile de gérer en même temps un début de romance et un enfant traumatisé !
Ce manga était une très bonne surprise. Je n’ai pas l’habitude du boy’s love, et ce titre était impeccable pour commencer (même s’il n’est peut-être pas très représentatif du genre). La romance entre Toki et Chihiro est là vraiment en arrière-plan et le récit se concentre plutôt sur la vie quotidienne de ce drôle de trio. C’est léger et rafraîchissant, avec parfois un peu d’humour, et en même temps des sujets profonds évoqués de façon sensible. Au fil des pages, il est question d’amour, de deuil, de relations familiales et c’est très prenant. Les graphismes sont à l’avenant : doux et sensibles. Bref, voilà un titre plein de sensibilité et de bienveillance ; je guetterai les prochains titres de l’autrice !

Tops/Flops

J’ai présenté ci-dessus suffisamment de lectures en demi-teinte, donc je vais me concentrer sur les bonnes découvertes de ce début d’année – et il y en a eu ! J’ai même eu du mal à choisir ! Donc allons-y pour un petit top 3 🙂

Top 1 : La Honte de la galaxie, Alexis Brocas (Sarbacane).
Énorme coup de cœur pour ce récit de SF hyper prenant, dense à souhait et qui m’a embarquée dans une intrigue et un univers particulièrement originaux. Je recommande chaudement la lecture de ce titre !

Top 2 : Il était une fangirl #1 : Cendrillon 2.0, Ashley Poston (Lumen).
Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce mélange annoncé entre réécriture de conte et fandom d’une série SF à succès et j’ai été bluffée par la maîtrise de l’intrigue, qui marie à merveille les deux tableaux. Très très bonne pioche !

Top 3 : Plein gris, Marion Brunet (PKJ)
Après un énorme coup de cœur pour Sans foi ni loi, j’étais curieuse de lire le nouveau roman de Marion Brunet, et ça a été une très bonne pioche ; elle nous embarque dans une croisière pleine de tension et de non-dits, à l’ambiance apocalyptique très réussie !

Citations.

« Je sors à pas lents de la loge, dont je referme la porte derrière moi sans bruit. J’effleure, sur mes lèvres, la plaie que les dents de la Ventouse ont laissée. Mark a peut-être raison. Peut-être ai-je vraiment besoin d’un agent capable de tenir les fans à distance et de jouer les gros bras au cas où…
Aussitôt, j’essaie de me raisonner :
– Non, arrête. Tu fais confiance aux autres. Tu aimes tes fans. Tu es sympa, drôle et cool. Rappelle-toi, tu es Jennifer Lawrence. »
Cendrillon 2.0, Ashley Poston (Lumen).

« Désolée, Na’ya est en retard. Les fées coiffeuses l’ont abandonnée en plein milieu de ses tresses.
– QUOIIII ?! Mais je leur avais apporté des gâteaux ! Elles sont déjà parties ?
– Non non, c’est juste que… j’ai voulu les payer et leur expliquer le concept de conditions de travail correctes… Du coup, elles sont en train de se syndiquer dans le placard. Je suis tellement fières d’elles. N’oubliez pas de réclamer un congé parentalité !! »
Grimoires & Sorcières, Svetlana Chmakova (Jungle).

« J’avais envie de découvrir l’Underground au lieu de prendre un cab. Père en serait scandalisé, car la bonne société londonienne n’emprunte pas ce mode de transport, mais les conventions sociales m’ennuient. En intégrant la Garde royale, j’ai fui la demeure familiale pour gagner ma liberté. Les représentants de Sa Majesté suivent leurs propres règles, ce qui me permet de défier allègrement l’autorité paternelle.
Clement m’adresse un sourire amusé depuis le banc d’en face. J’avoue que notre élégance détonne au milieu des pantalons informes et des robes sombres. Les autres passagers, ouvriers et domestiques pour la plupart, n’ont pas l’habitude des hauts-de-forme et des jupes à tournure. La mienne me rappelle la couleur des feuilles en automne, un brun roux qui réchauffe la pâleur de mon teint. Quand je vérifie dans la glace qu’une mèche rousse ne s’échappe de mon chignon, mes prunelles écarlates s’y reflètent.
– Vous êtes parfaite, déclare mon dena.
Sa gentillesse se répand en moi comme une douce chaleur. J’aimerais effleurer son visage d’ange en retour, mais les bonnes mœurs l’interdisent en public. Nous sommes tous esclaves de la politesse. »
Anergique, Célia Flaux (Actusf).

« Tout est écrit, ici, remarqua Ragnar. Tout. Sais-tu lire ?
– Je sais lire et écrire.
– Est-ce utile ? demanda-t-il, impressionné.
– A moi, cela ne l’a jamais été, admis-je.
– Alors pourquoi le faire ? s’étonna mon ami.
– Leur religion est écrite, expliquai-je. La nôtre, non.
– Une religion écrite ?
– Ils ont un livre où tout est écrit.
– Pourquoi ont-ils besoin qu’elle soit écrite ?
– Je l’ignore. C’est ainsi. Et bien sûr, ils écrivent les lois. Alfred adore en faire de nouvelles, et toutes doivent être consignées dans des livres.
– Si un homme ne peut se rappeler les lois, c’est qu’il en a de trop nombreuses. »
Les Seigneurs du Nord, Bernard Cornwell.

« En riant, il lui avait décrit les parties qu’il organisait pour Mr Watkins. Les chiens qui pistaient, levaient le gibier, le ramassaient une fois tué, bref, faisaient presque tout le travail. La tripotée de domestiques qui suivait, portant les poires à poudre, les sacs de plombs, les fusils de rechange et les carniers, et même un petit siège pliant car Mr Watkins, qui allait léger comme un pinson, fatiguait vite.
– Et encore, Mr Watkins vaut mieux que ces jeunes nobles qui chassent en bande, parce que lui, au moins, il suit mes conseils. Avec moi, il est à bonne école. Il ne tire pas les hases pleines, il ne tarabuste pas la moindre compagnie de grouses qui lève sous ses yeux en tirant dans le tas, il n’enfume pas les terriers. Sadima écouta son père pester après les gentlemen bruyants qui saccageaient les fourrés, qui ne savaient pas viser avec leurs fusils dernier cri.
– Ils sont incapables de prendre le temps. Ils ne veulent que tirer leur coup. Tout ça pour se retrouver après entre eux et se raconter leurs exploits.
Le père avait marqué une pause.
– En fait, c’est exactement comme quand ils sont avec une…
Et, baissant les yeux sur sa petite fille de sept ans qui l’écoutait avec attention:
– Bref. Qu’importe. Je vais donc t’apprendre à chasser. »
D’Or et d’Oreillers, Flore Vesco.

TTT #15 : dix auteurices découvert.e.s en 2020.

Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français pour une 2e édition par Frogzine.

Et cette semaine, le thème est :

10 auteurices découvert.e.s en 2020

Cela fait plusieurs années que je n’ai plus participé au Top Ten Tuesday des auteurices découvert.e.s l’année précédente. Bien partie dans mes bilans cette année (incroyable, mais vrai !), je me suis dit qu’il était temps de recoller à cette petite habitude !
Comme toujours, le choix a été rude ! Comme toujours, la liste est non-exhaustive et les découvertes classées non par ordre de préférence, mais par ordre alphabétique de nom de famille !
Évidemment, je n’ai pas découvert QUE ces dix auteurices en 2020. Mais il fallait bien faire un choix… et voilà les 10 qui ont fini par se dégager du lot.

Katherine Arden :

Après avoir looonguement entendu parler de Katherine Arden, j’ai enfin lu en 2020 L’Ours et le Rossignol, premier tome de sa trilogie Winternight. Et j’ai été charmée par son univers slave, la forte présence de créatures variées du folklore local et son style très évocateur. Je continuerai la trilogie, c’est sûr, et j’ai également envie de découvrir l’autrice dans ses autres romans !

Clémentine Beauvais

Voilà une autrice dont j’entends parler depuis encore plus longtemps que la précédente (et c’est encore plus vrai pour l’autrice qui suit). Il était donc grand temps que je les découvre toutes les deux.
Les Petites reines m’a accompagné au tout début du confinement de mars et ça a été un énorme coup de cœur. Je n’ai donc pas raté sa nouvelle parution, parue cet été, et bien m’en a pris. Clémentine Beauvais y déploie un style plein d’humour, des personnages attachants et des intrigues aussi bien menées que palpitantes. J’ai donc bien envie de me pencher sur le reste de son œuvre !

Marine Carteron :

Quand Camille me conseille un auteur, un roman, une série, en général, je fonce. Même si j’ai graaandement tardé avec Marine Carteron (dont Les Autodafeurs attend toujours sagement dans ma PAL), j’ai finalement mis à profit un petit week-end estival pour ne faire qu’une bouchée de Génération K, un thriller fantastique qui s’est révélé à la hauteur de mes attentes et qui m’a donné très envie de lire non seulement la suite, mais aussi les autres romans de Marine Carteron.

Bernard Cornwell :

Des fois, je me laisse tenter par autre chose que de l’imaginaire et c’est comme ça qu’on débarque dans du roman historique (genre dont je dois lire maximum un ou deux titres par an). J’avoue avoir été attirée par la mention de la série télévisée + une bonne recommandation autour de celle-ci, ce qui m’a encouragée à mettre le nez dans cette série de romans que sont Les Chroniques saxonnes. Et bien m’en a pris, car Bernard Cornwell a un vrai talent de conteur ! (Même si ce n’est pas la panacée côté personnages féminins, soyons honnête). En tout cas, j’ai hâte de connaître la suite et fin de ce pan d’histoire d’Angleterre dont j’ignorais l’existence, sous sa plume.

Fabrice Hadjadj :

Contrairement aux auteurs et autrices cités précédemment, voilà un auteur dont je n’aurais jamais pensé le lire, s’il n’avait pas atterri sur ma pile-à-lire de travail. Résultat ? Eh bien résultat énorme coup de cœur pour la plume stylée et imagée de Fabrice Hadjadj, son intrigue (et son univers) qui mêlent à l’attendrissant le plus trash avec, en sus, des réflexions philosophiques aussi bien amenées qu’intéressantes. J’attends la suite de sa trilogie de pied ferme.

Benedict Jacka :

Cette fois, la recommandation était fraternelle à la base, bloguesque par la suite, puisque cette série était chaudement recommandée par Lianne (dont je suis volontiers les recommandations SFFF). Forte de cette double prescription, me voilà avec le début de la saga Alex Verus qui pourrait (peut-être ?) remplacer dans mon cœur Dresden. Dans ce premier tome, Benedict Jacka présentait vraiment bien l’univers, tout en proposant une intrigue bien menée et intéressante, dans un style fluide. J’ai envie de lire la suite !
En plus, Alex Verus a déjà six titres traduits sur onze, ça me laisse un peu d’espoir sur les perspectives de traduction (vu que Dresden, ça m’a l’air super mort).

Benoît Minville :

Encore un auteur recommandé de longue date et que j’ai vraiment tardé à découvrir ! Le confinement a été l’occasion d’enfin lire ce roman qui traînait dans ma PAL depuis un bon moment. Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais en ouvrant Les Géants, mais certainement à ce qu’une petite veine thriller débarque en plein milieu du récit ! L’intrigue s’est révélée très prenante, la plume de Benoît Minville aussi maîtrisée qu’évocatrice totalement envoûtante, et donc j’envisage de mettre la suite de ses œuvres dans ma liste-à-lire, qu’elles soient au rayon jeunesse, ou au rayon vieillesse.

Nnedi Okorafor :

Est-ce que ça fait longtemps que Nnedi Okorafor est dans ma liste-à-lire ? Un peu, oui. Elle y entrée en 2014, alors qu’à mes premières Imaginales, Qui a peur de la mort ? se voyait remettre le Prix Imaginales de l’année ! Bref, j’ai à peine tardé (hrm), et surtout pas commencé par le titre initialement repéré – mais c’est une autre histoire. J’ai attaqué par Akata Witch et rapidement enchaîné avec Binti, deux romans que j’ai adorés ! L’autrice est aussi à l’aise en SF qu’en fantasy, en young-adult qu’avec un public plus jeune. Ce qui m’a complètement convaincue d’aller explorer le reste de ses titres !

Mary E. Pearson :

                                                  

Encore un roman débarqué dans ma pile-à-lire de travail et dont l’autrice n’aurait sans cela, sans doute eu aucune chance d’être lue (parce que je suis une affreuse lectrice pleine de préjugés, c’est comme ça). Et ça aurait été une erreur, car j’ai englouti ce diptyque en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire ! Et pourtant, ça partait assez mal, car je sentais poindre la fantasy romantique (ce que je déteste). Finalement, Mary E. Pearson a su me captiver par sa plume vivante et son intrigue nettement plus profonde qu’il n’y paraissait ! Et comme Dance of thieves m’a captivée, j’ai très envie de lire The Remnant Chronicles, dont la série ici-présente est en fait un spin-off.

Rebecca Roanhorse :

Dernière découverte de cette liste avec Rebecca Roanhorse et les deux premiers tomes de sa série Le Sixième Monde qui m’a vraiment emballée. Outre le mélange fantasy urbaine et univers post-apocalyptique hyper réussi, la culture navajo très présente et l’originalité de l’intrigue, j’ai été ferrée par ces deux premiers tomes. Vivement la suite, donc… et les autres romans de l’autrice !

Comme beaucoup trop d’autres années, je n’ai pas chroniqué le quart de ce dont je parle ci-dessus, mais que ça ne vous empêche pas d’aller chercher ailleurs sur la toile de bons avis sur ces titres !

Et vous, quel.le.s auteurices avez-vous découvert.e.s en 2020 et décidé de suivre ?

[2020] Petit bilan de novembre-décembre

Un peu de stats :

Comme je suis un peu en retard sur mes bilans mensuels (à peine !), je vais faire un doublé novembre-décembre !
En novembre, j’ai fait défiler quelques 2913 pages et écouté 2218 minutes d’audiolectures ! En décembre, j’ai apparemment un peu plus lu (3634 pages) et un peu moins écouté (1458 minutes). Vivent les BD et la lecture audio en temps de déménagement !

Carnet de lectures :

J’ai lu énormément de BD en cette fin d’année, et je ne pense pas tout chroniquer. La plupart étaient dues au Prix Livraddict, mais un certain nombre d’entre elles étaient de pures découvertes dans les rayons de la bibli !

Touchées, Quention Zuttion (Payot).


Lucie dort un couteau à la main. La crainte l’habite, les hommes l’effraient. Tamara, elle, se bat, se débat : pour ne plus être victime, elle devient agresseur. Quant à Nicole, c’est l’isolement. Elle s’efface, disparaît pour ne plus être visée. Les trois ont été victimes de violences sexuelles. Pour remonter la pente, trois femmes prennent les armes. Attaquer, défendre, toucher, se faire toucher… Elles vont se reconstruire et reprendre une vie sociale grâce à un programme d’escrime thérapeutique. Un programme d’un an pour se sauver et reprendre la maîtrise de sa vie.
Premier titre du Prix LA ! C’est une magnifique BD sur la résilience et la reconstruction de soi, portées par trois victimes de violences sexuelles (aux parcours et personnalités vraiment différents). Le récit n’est pas centré sur leur passé, mais sur ce qui leur arrive après, la façon dont elles (re)vivent (ou pas), la façon dont elles essaient de se reconstruire. C’est à la fois délicat, sensible, et violent, quand on pense à ce pour quoi elles en sont là. Les illustrations, à l’aquarelle, sont vraiment superbes ! A l’heure qu’il est, je ne sais toujours pas pour quel titre voter dans cette catégorie, mais celui-ci a toutes ses chances !

Dans la tête de Sherlock Holmes, tome 1 : L’Affaire du ticket scandaleux, Cyril Lieron et Benoît Dahan.

Un simple diagnostic médical du Dr Watson se révèle être bien plus que cela…
La découverte d’une poudre mystérieuse sur des vêtements et d’un ticket de spectacle très particulier amène Sherlock Holmes à penser que le patient n’est pas l’unique victime d’un complot de grande ampleur.
Il semblerait en effet que l’étrange disparition de londoniens trouve son explication dans les représentations d’un magicien Chinois. D’autres tickets retrouvés confirment les soupçons du détective…

Chaudement recommandée par des amis et inscrite au Prix LA, cette BD avait tout pour m’attirer ! Et de fait, j’ai vraiment apprécié ma lecture. Le titre n’est pas usurpé, puisque l’on plonge très souvent dans la tête de Sherlock Holmes, organisée comme on peut le voir sur la couverture. La BD joue donc sur un découpage original, avec beaucoup de découpes et d’incises (et même une page à regarder en transparence), dont la suite logique est à suivre grâce à un fil rouge qui relie les cases. Mais je dois avouer que je me suis sentie un peu frustrée par l’enquête hyper classique, pas tout à fait à la hauteur du génial dessin ! Quoi qu’il en soit, je vais suivre cette série, c’est certain.

La fille dans l’écran, Lou Lubie et Manon Desveaux (Marabout – Marabulles).

Deux filles que tout opposent, prennent contact sur internet pour ensuite faire connaissance dans la « vraie vie ». Elles seront submergées par des sentiments troublants. Coline, 22 ans, vit en France et souffre de troubles anxieux qui l’ont isolée du monde. Hébergée à la campagne chez ses grands-parents, elle rêve de devenir illustratrice. Ses recherches d’inspiration la conduisent à contacter Marley, une photographe installée à Montréal. De son côté, Marley, 28 ans, vit au Québec et a abandonné sa passion pour la photo pour se laisser porter par sa vie montréalaise trépidante. Elle a un job alimentaire, un amoureux québécois et un quotidien rythmé par des sorties. Les messages de Coline vont réveiller en elle un réel besoin d’authenticité. Coline et Marley vont tisser un lien capable de surmonter la distance et le décalage horaire et qui se révèlera de plus en plus dense jusqu’à la rencontre en France…
Deuxième BD sélectionnée au prix LA et qui joue énormément sur les graphismes ! En effet, la BD est signée de deux illustratrices… et chacune raconte l’histoire de son personnage. Page de gauche, on suit donc l’histoire de Coline (par Manon Desveaux), tout en noir et blanc et page de droite, celle de Marley, tout en couleurs (par Lou Lubie). Les deux trajectoires et les deux styles graphiques, très différents, se répondent à merveille ! Côté intrigue, c’est un peu cousu de fil blanc, mais ça ne m’a vraiment pas dérangée… Le récit brasse pas mal de thèmes (relations familiales, amour, quête et affirmation de soi), mais de façon sensible et simple, ce qui rend le tout vraiment prenant. J’ai vraiment apprécié cette lecture !

Un été d’enfer, Vera Brosgol (Rue de Sèvres).


Dans cette œuvre autobiographique on découvre l’autrice à dix ans : venue de Russie, elle peine à s’intégrer aux États-Unis où elle s’est installée avec sa mère, son petit frère et sa petite sœur. Ses amies américaines vont chaque été dans de luxueux camps de vacances, qui font rêver Vera mais qui sont bien trop chers pour sa mère. Alors quand elle entend parler d’un camp d’été pour immigrés russes aux États-Unis, elle saute sur l’occasion ! Mais entre la cabane à toilettes insalubre, les randonnées épuisantes et les animaux dangereux, les vacances de rêve se transformeront vite en cauchemar…
Ce comics ressemble à s’y méprendre à une aventure comique. Alors qu’en fait, pas du tout ! Au fil des péripéties de Vera au camp scout (à la dure), l’autrice évoque le sentiment de solitude, la difficulté à s’intégrer (et à trouver des amies qui en valent vraiment le coup !) et à vivre entre deux cultures. C’est un récit vraiment profond, superbement mené. Côté graphismes, elle use d’un style un peu naïf (beaucoup de très ronds) qui colle bien au récit ; toute la BD est déclinées dans des nuances de vert (vu qu’on est dans la forêt presque tout du long, c’est raccord). J’ai envie de lire d’autres titres de l’autrice, maintenant !

Spirite, tome 1 : Tunguska, Mara (Drakoo).

Dans le New York des années 1930, Ian Davenport, timide jeune chercheur en spiritologie qui traque mais surtout étudie les fantômes, voit son mentor et ami Boris Voynich se faire assassiner sous ses yeux dans des circonstances étranges. Il se retrouve alors propulsé dans une sombre histoire de meurtres inexpliqués qui semblent ne cibler que ses confrères spiritologues. Seul, désespéré, rejeté par la police qui ne le prend pas au sérieux de par son métier peu crédible, il décide de chercher de l’aide auprès des journalistes d’une rubrique paranormal d’un grand journal New York. Là, il y rencontre Nell Lovelace, une jeune femme sceptique au caractère bien trempé, qui accepte à contrecœur de l’aider. Ensemble, ils vont tenter de percer le secret de cette affaire de meurtres, qui semble liée à la terrible explosion d’origine mystérieuse de Tunguska en 1908, contrée perdue de la Sibérie profonde.
Première chose qui m’a marquée dans cette BD : les magnifiques illustrations !! Elles ont un cachet fou ! J’avais l’impression d’être dans un film d’animation parfaitement transposé. Les décors sont hyper soignés, les personnages bien détaillés, c’est un plaisir à regarder, donc. Côté intrigue, j’ai trouvé que l’équilibre était très bon entre l’introduction à l’univers et l’aventure menée. Celle-ci mêle chasse aux fantômes, un brin de fantastique et un peu d’enquête et s’avère hyper prenante. J’ai hâte de lire la suite !

Il faut flinguer Ramirez, tome 1, Nicolas Petrimaux (Glénat).

Jacques Ramirez est l’exemple parfait de l’intégration des personnes handicapées dans le milieu professionnel. Le fait d’être muet ne l’a pas empêché de devenir le meilleur technicien chez Robotop, le leader de l’aspiration des poussières. Ponctuel, efficace et aimable, son nom a même été avancé pour recevoir le titre d’employé de l’année (chut, ce n’est encore qu’une rumeur). Par contre, le cartel mexicain de la drogue l’a dans le collimateur et un contrat court sur sa tête.
J’avais beaucoup entendu parler de cette BD et j’étais éminemment curieuse de savoir ce qu’il en allait… et j’ai adoré ma découverte ! Le récit est un bon gros thriller avec une intrigue complètement déjantée (le cartel mexicain ne faisant pas dans la dentelle). Il y a un énorme décalage entre cette intrigue et l’ambiance générale de la BD, qui présente énormément d’humour, notamment dans des petits coins d’illustrations, ou des petites lignes. Mention spéciale, à ce titre, aux encarts publicitaires insérés dans le récit ! C’est génial ! Je suis très impatiente de lire le tome 2 maintenant !


Beate & Serge Klarsfeld : un combat contre l’oubli, Pascal Bresson et Sylvain Dorange (La Boîte à Bulles).

« Si les Allemands nous arrêtent, moi, je survivrai parce que je suis fort mais pas vous ». Ces paroles, prononcées en 1943 par son père, assassiné à Auschwitz, Serge Klarsfeld ne les oubliera jamais. Après la guerre, il se marie à Beate, une jeune allemande installée à Paris. Ensemble, ils se font la promesse d’obtenir la mise à l’écart de la vie politique allemande de tous les anciens nazis, puis d’obtenir le jugement et la condamnation des principaux responsables nazis de la déportation, notamment ceux ayant sévi en France. Distribution de tracts, manifestations, tentatives d’enlèvements, la « méthode Klarsfeld » prouve leur obstination à débusquer les anciens criminels de guerre qui vivent paisiblement en toute impunité alors que, durant la guerre, ils occupaient des postes officiels, soit comme gradé nazi avec Lischka, Hagen, ou Barbie soit en tant que collaborateurs français comme Papon, Bousquet ou Touvier…
J’avais lu les Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld à leur parution – une lecture vraiment passionnante ! – donc lorsque j’ai su que cette BD sortait, j’ai eu très envie de m’y replonger. L’auteur et l’illustrateur ont vraiment retranscrit à merveille le parcours de ce couple mythique de chasseurs de nazis : le récit est très bien mené, et se lit vraiment comme une aventure à part entière (alors que tout est super bien documenté). L’intrigue est vraiment centrée sur la traque de Klaus Barbie, une des plus emblématiques qu’ils ont pu mener et c’est aussi passionnant que dans les Mémoires ! Bref, une excellente BD biographique et historique, à mettre entre toutes les mains.

Tops/Flops :

Ces deux derniers mois de l’année ont été riches en très bonnes découvertes… et en moins bonnes ! Commençons par ces dernières !

Je n’ai pas été très emballée (et c’est rien de le dire) par Le Dernier Drae de Kelly St-Clare et Raye Wagner, un titre en lice pour le prix LA au rayon fantasy. (Depuis j’ai lu La Dernière courtisane, lui aussi en lice, que j’ai trouvé encore pire que nul, mais je m’avance un peu sur le petit bilan de janvier !). Dans Le Dernier Drae, il y a tout de même de bonnes idées, et l’univers est vraiment intéressant. Ce qui pêche, ce sont les incohérences dans la narration (peut-être dues au fait que c’est un récit à quatre mains), l’intrigue hyper survolée et les péripéties vraiment trop classiques. Je ne lirai pas la suite !
J’étais très curieuse de découvrir les livres d’Ann Leckie et j’ai donc lu La Tour du Freux, mais je pense que ce n’était pas le meilleur titre pour découvrir son œuvre. Le roman est très original (avec un choix narratif vraiment atypique), mais souffre de longueurs assez difficiles à surmonter, surtout dans la première partie. La seconde s’avère plus prenante, mais j’ai vraiment peiné sur le début.

Heureusement, j’ai aussi fait d’excellentes découvertes, et même eu deux coups de cœur, au rayon bulles (une fois n’est pas coutume !

J’ai découvert avec un immense plaisir Peau d’homme, d’Hubert et Zanzim (Glénat). Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, doit épouser un riche marchand (qu’elle n’a évidemment pas choisi). Or les femmes de sa famille détiennent une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo, peut désormais visiter incognito le monde des hommes, apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel… et découvrir au passage amour et sexualité. C’est génialissime ! L’histoire est hyper moderne et, sans le décor très Renaissance, on jurerait que cela se passe de nos jours (ce qui, en soi, est assez flippant sur l’ambiance de notre époque). Il y a beaucoup d’humour, et cela permet de faire mieux passer les sujets pas si drôles que cela qui sont évoqués – avec brio ! Bref, je recommande très chaudement ce titre !
J’ai également (enfin !) lu le premier tome de Stand still, stay silent, de Minna Sunberg (Akiléos) et j’ai adoré également. Ce comics fait la part belle aux mythologies scandinaves et nous embarque dans un périple post-apocalyptique mêlé d’un brin de fantasy. Les graphismes sont magnifiques ! J’ai vraiment adoré, et suis curieuse de lire la suite, comme les autres titres de l’autrice !

Citations

« Prudence laissa échapper un cri de surprise lorsqu’un troupeau de dragons sortit à son tour de la brume. Il s’agissait en fait d’embarcations dont la carlingue avait été forgée de façon à donner cette illusion. Longs de trente pieds environ, ces dragons balançaient gracieusement leur tête et leur queue dans le vent, donnant un mouvement naturel aux animaux mécaniques. Le réalisme était encore accentué par leurs yeux luisants et les volutes de vapeur qui s’échappaient de leur gueule. Sur les flancs des machines volantes, de costauds boucliers de bois avaient été alignés et leur chevauchement formait une rangée d’écailles colorées. Les cavaliers des hippoléoptères pointaient des arbalètes pourvues de gros barillets sur les pirates, tandis que les dragons mécaniques avaient chacun un canon sortant de leur ventre prêt à faire feu sur le pont de l’Héliotrope.Baissez vos armes ! répéta Mousquet à ses hommes, qui s’exécutèrent enfin.
Aussitôt les visiteurs firent de même et les canons se replièrent à l’intérieur des dragons dans un raclement sourd.
L’un des hippoléoptères se posa lourdement sur le navire, soulevant un nuage de neige poudreuse. Son cavalier sauta lestement sur le pont.
D’une voix étouffée par le col de sa cape, il s’adressa au capitaine :
– Afevis din idenotit, netop dine henasigter.
– Venner ! Venner, at spise venner, répondit Mousquet, pataugeant dans les deux mots de nordish qu’il connaissait.
Le nouveau venu hésita. En effet, le capitaine venait de lui proposer de manger ses amis, ce qui n’était évidemment pas dans ses intentions. »
Steam Sailors, tome 1 : L’Héliotrope, E.S. Green.

« Comme vous êtes intelligente, Cassandra !
Ayant passé l’âge de feindre la modestie, elle ne chercha pas à nier. En effet, elle était intelligente. De plus, elle avait eu la chance de grandir dans une maison où l’intelligence des filles était appréciée et où celles-ci n’avaient pas à s’excuser de posséder un cerveau. »
Miss Austen, Gill Hornby.

« Âgée de trois ans de plus que moi, elle avait le charme et la sensibilité d’un coup sous la ceinture. »
Bone Season, tome 1 : Saison d’os, Samantha Shannon.

« Ainsi, mourir quand on très aimé par une personne atteinte de démence est une mauvaise chose d’un côté, parce que la personne ne se souvient pas très souvent qu’on est mort ; mais c’est une bonne chose d’un autre côté, parce qu’on est pleuré fraîchement à chaque fois qu’elle se souvient, de sorte que notre absence ne devient jamais banale et jamais une habitude. »
Âge Tendre, Clémentine Beauvais.

« Si tout le monde répète sans cesse qu’on ne vaut rien du tout, il est difficile de ne pas le croire. »
L’Incivilité des fantômes, Rivers Solomon.

« Eh bien, en ce cas, cessez de faire des manières. Je passe déjà beaucoup trop de temps à essayer de décoder vos euphémismes puis à réparer les pots cassés quand je les ai mal décodés. »
L’Incivilité des fantômes, Rivers Solomon.

« Ces derniers temps, quand je vois des jeunes gens de vingt et un ans, je les trouve d’une jeunesse consternante, à peine sevrés du lait de leur mère, mais lorsque j’en avais vingt, je me considérais comme un homme adulte. J’étais père d’un enfant, j’avais combattu dans le mur de boucliers et ne m’en laissais conter par personne. En un mot, j’étais arrogant, sot et entêté. »
Le Quatrième Cavalier, Bernard Cornwell.

[2020] Petit bilan du mois d’octobre.

 

Un peu de stats :

J’ai pas mal lu ce mois-ci (pas mal de BD d’ailleurs, cela change un peu) ! Tout ça pour un total de 3470 pages et 480 minutes d’écoute !

Carnet de lectures :

Ce mois-ci, j’ai écouté le premier tome d’Harry Potter, lu par Bernard Giraudeau. Et ? Eh bien, grosse déception. Autant j’étais ravie de retrouver l’univers et de redécouvrir des scènes que j’avais complètement oubliées, autant j’étais hyper déçue de sa lecture. J’aurais pu passer sur la lecture « à la française », qui nous présente « Harry Pottère » et « Hermione Grangé » (mais, curieusement, « McGonagoll ») mais ce qui ne passe pas du tout, ce sont les voix accordées aux personnages. Hermione est affublée d’une voix haut-perchée caricaturale ; Ron a carrément un zozotement-cheveux sur la langue qui n’a jamais été mentionné dans le texte !
Cela donne des parti-pris assez désobligeants sur les personnages et dessert même un peu l’intrigue.
J’ai pris une version un peu ancienne à la bibli, j’ai vu qu’on en avait une légèrement plus récente, je vais voir si cela s’est amélioré entre les deux prises.

Rayon BD

Ce mois-ci, j’ai lu pas mal de BD auxquelles je ne consacrerai pas nécessairement de chronique, au premier rang desquelles le premier tome de la série La Boîte de Pandore de Gijé et Carbone (Dupuis) (dont j’ai adoré les deux premiers tomes de la série Dans les yeux de Lya).

Ici, on suit Nola, une fillette qui reçoit pour son 8e anniversaire la boîte à musique de sa défunte mère. Rapidement, elle a l’impression que quelque chose bouge à l’intérieur. Et de fait, oui : quelqu’un l’appelle à l’aide ! En suivant les instructions d’André, la fille dans la boîte à musique, Nola rapetisse, entre dans la boîte et découvre Pandorient, un univers incroyable où la magie et des animaux anthropomorphes existent. Or, Andréa et Igor, son petit frère, ont vraiment besoin de Nola (qu’ils confondent, dans un premier temps, avec Annah, sa mère) : leur propre mère, Mathilde, est gravement malade. Ils comptaient sur les compétences médicales d’Annah . Nola va donc devoir improviser… sans se faire attraper !
Évidemment, après la précédente série, j’étais curieuse de lire celle-ci. Elle s’adresse à un lectorat un peu plus jeune mais est tout aussi bonne. Ce premier tome s’avère très introductif à l’univers, comme aux personnages, tout en proposant une intrigue qui connaît une véritable conclusion. Bien qu’elle soit assez simple, l’intrigue est bien menée et donne envie d’en savoir plus sur cet univers. Côté graphismes, j’ai été charmée par le trait de Gijé, qui nous emporte dans un tourbillon de couleurs et de détails chatoyants. C’est vraiment beau à regarder !
La série compte déjà quatre tomes parus, et j’ai hâte de lire les suivants.

J’ai poursuivi la série Les Chroniques d’UnderYork de Mirka Andolfo et Sylvain Runberg avec le tome 2 : Possession (Glénat). Je ne crois pas avoir consacré de chroniques ou de blabla au premier tome !

L’intrigue se déroule donc à New York, de nos jours. La ville se prépare à élire son nouveau maire et les campagnes/magouilles politiques battent leur plein. La protagoniste, Alison Walker, est une jeune peintre qui, au début du tome 1, s’apprête à vernir sa toute première expo. Or, Alison est aussi une sorcière, issue d’un des cinq clans qui règnent sur la cité souterraine : Under York. Suite à des événements traumatisants (que l’on découvre plus avant dans le deuxième tome !), elle a quitté sa famille et s’est volontairement exilée à la surface. Justement, un démon babylonien, Marduk, a pris ses parents et son petit frère en otage. Son frère aîné vient donc la tirer de son expo et la somme de revenir en sous-sol : c’est leur famille, leur responsabilité. A eux de régler le problème !
Les deux premiers tomes proposent une intrigue assez dense, puisqu’elle mêle l’intrigue liée aux sorciers, celle liée à la politique, et l’histoire personnelle d’Alison. Après un premier tome qui installe l’intrigue (en garantissant un bon rythme), on bascule sur un bon tome 2 de transition, avec ce qu’il faut de suspense et de révélations. Alors que le premier tome proposait des couleurs assez chaudes, celui-ci est globalement dans des tons froids, plutôt verts, qui collent à l’évolution de l’intrigue. Dans les deux tomes, le récit est entrecoupé de larges extraits (manuscrits !) du journal d’Alison, qui sont très denses à lire (comparé au découpage dynamique de la BD) et coupent un peu le rythme. Je suis curieuse de lire le troisième (et dernier, me semble-t-il) tome de cette série.

J’ai également continué mes lectures pour le Prix Livraddict, secteur BD, avec deux excellentes découvertes.

J’ai donc découvert Tant pis pour l’amour : ou comment j’ai survécu à un manipulateur, de Sophie Lambda (Delcourt).

Quand Sophie rencontre Marcus, elle tombe amoureuse en 48h. Elle qui était si cynique en amour, cette fois, elle y croit. Sauf qu’il se révèle vite étrange. Sophie a alors besoin de comprendre ce qui ne va pas. Confronté à ses mensonges et ses incohérences, il a des réactions violentes, des excuses pour tout et arrive à se sortir de chaque impasse. Mais jusqu’à quand ?
Tant pis pour l’amour une bonne grosse BD qui narre une histoire d’amour triste et abusive. Mais c’est raconté avec ce qu’il faut d’humour et d’entrain pour ne pas rendre la BD déprimante.
Elle est aussi hyper didactique, quasi documentaire, et parfois presque trop dans la seconde partie. J’ai néanmoins trouvé que ça passait parce que c’est toujours marié à l’expérience de l’autrice-illustratrice, et illustré de nombreuses scènes de sa vie réelle (ou présentées comme telles, en tout cas). Le dessin, souvent assez léger, vient soulager un peu l’ambiance pesante. D’ailleurs, l’histoire est racontée avec pas mal d’autodérision et d’humour – notamment parce que le side-kick de Sophie est son ours en peluche alcoolique et cynique à souhait.
Et puis c’est tellement instructif ! J’ai regretté de pas avoir lu cette BD au lycée, franchement. Elle m’aurait évité bien des désagréments !

Autre excellente découverte dans le cadre de ce prix : Le Château des animaux, tome 1 : Miss Bengalore, de Xavier Dorison et Félix Delep (Casterman).

Quelque part dans la France de l’entre-deux guerres, niché au cœur d’une ferme oubliée des hommes, le Château des animaux est dirigé d’un sabot de fer par le président Silvio… Secondé par une milice de chiens, le taureau dictateur exploite les autres animaux, tous contraints à des travaux de peine épuisants pour le bien de la communauté… Miss Bangalore, chatte craintive qui ne cherche qu’à protéger ses deux petits, et César, un lapin gigolo, vont s’allier au sage et mystérieux Azélar, un rat à lunettes pour prôner la résistance à l’injustice, la lutte contre les crocs et les griffes par la désobéissance et le rire…
La BD est une adaptation de La Ferme des Animaux de George Orwell, que je n’ai pas l’honneur d’avoir lu – je ne me prononcerai donc pas sur la fidélité à l’œuvre. Alors, premier point : les graphismes. Mais quelle tuerie !! Si je ne me trompe pas, ils sont tous fait à la peinture à l’huile et c’est superbe. Les animaux, comme les décors, sont hyper bien représentés et il y a une vraie profondeur dans les images. Dès les premières pages, j’étais donc sous le charme. L’histoire est bien menée, servie par une ambiance extrêmement pesante et qui est du plus bel effet. Bien que ce soit le premier tome, l’histoire avance vraiment bien… tout en donnant follement envie de lire la suite (le T2 sort tout bientôt normalement).

Il ne me reste que deux titres à lire pour le Prix Livraddict BD, mais j’ai déjà fait deux excellentes découvertes sur les trois premiers titres. Le choix va être difficile !

Sections albums :

Cela faisait un moment que je n’avais pas lu d’album jeunesse (la faute à un manque certain d’animations jeunesse en ce moment…) donc j’ai renoué avec le genre… pour le Prix Livraddict, encore une fois. J’ai lu deux des 5 albums de la sélection et pour l’instant, l’un se détache nettement !

Il s’agit de Jules et le Renard, de Joe Todd-Stanton (dont j’avais déjà adoré Le Secret du rocher noir). On suit l’histoire de Jules, un jeune souriceau qui rencontre donc un renard. L’histoire est hyper mignonne (à défaut d’être vraiment réaliste !). Ce qui vaut vraiment le détour, ce sont les très belles illustrations de Joe Todd-Stanton, qui a un trait hyper détaillé, paré de très belles couleurs.

L’autre titre lu est Le Cimetière des mots doux, d’Agnès Ledig, illustré par  Frédéric Pillot (Albin Michel jeunesse). Je suis plus mitigée sur celui-ci, bien qu’il possède d’indéniables qualités. C’est l’histoire d’Annabelle, une fillette dont le meilleur ami, Simon, est malheureusement atteint d’une leucémie. La question du deuil est donc abordée de façon très frontale. Les illustrations sont à la fois pudiques, poétiques, pleines de douceur. Ma réserve vient finalement du texte, qui à de nombreuses reprises est hyper didactique, ce qui semble assez peu naturel. C’est souligné par la profession de foi des auteurs, publiée en fin d’ouvrage, dans laquelle ils expliquent qu’ils ont vraiment souhaité un « livre-outil ». Et c’est dommage, parce que ça se sent vraiment !

Côté ciné/séries :

Ce mois-ci, j’ai cédé à la tentation et regardé l’adaptation télévisée de la série de romans (elle-même adaptée en BD) Enola Holmes.
Et… eh bien j’ai passé un super moment ! L’intrigue du film fait qu’il est parfaitement adapté à un visionnage familial (il s’agit quand même d’une série jeunesse initialement).
On y découvre la jeune Enola Holmes, sœur benjamine de l’insupportable Mycroft et du réputé Sherlock. Enola, qui a vécu seule avec sa mère, a reçu une éducation très complète : arts martiaux, logique, mathématiques, Mrs Holmes n’a rien laissé au hasard. Or, elle disparaît le jour du 16e anniversaire d’Enola, en lui laissant des messages codés. Elle part à sa recherche, alors que Mycroft essaie désespérément de l’enfermer dans un pensionnat de jeunes filles.
Le film est hyper dynamique, notamment en raison des multiples annonces au spectateur que fait Enola. Le rythme est bien géré : il y a des mystères, de la réflexion, quelques scènes d’action bien senties qui font que je ne me suis pas ennuyée une seconde.
Ma lecture des romans remonte un peu mais j’ai eu l’impression que le film était assez fidèle à mes souvenirs de lectrice. J’espère donc vivement que la suite sera également adaptée !

Tops/Flops :

Octobre était le moins des extrêmes ! Une intense déception, et un coup de cœur !

Je n’ai pas du tout apprécié ma lecture de Sur la route de Riverside de Sophie Cole (Scrineo) qui, pourtant, partait bien.
C’est l’histoire de Taylor, 19 ans, qui 9 ans plus tôt a vu son père se faire abattre froidement par un cowboy, qu’elle cherche donc à retrouver pour se venger. Attaquée sur la route par trois hors-la-loi, elle s’aperçoit qu’ils connaissent et peuvent l’amener au cowboy en question. Elle passe donc un marché avec eux et s’attache à leurs pas, puis se rend indispensable.
Le contexte du western au 19e était excellent, mais l’intrigue s’avère hyper faible. Elle repose sur des retournements de situation rarement surprenants. Le style est assez plat et aligne les anachronismes (Taylor fait de nombreuses remarques sur la condition des femmes et cela semble étrange vu le contexte). Sans surprise, le tout tourne rapidement à la romance entre l’héroïne et le bad boy et c’est un peu dommage (en plus d’engluer le récit). Je me suis traînée sur cette lecture qui s’est avérée relativement pénible.

Heureusement, elle a été contrebalancée en fin de mois par la lecture de L’Héritage du Rail, de Morgan of Glencoe, un tome 2 que j’attendais avec une énoooorme impatience. Et celle-ci n’a pas été déçue une seconde : un coup de cœur au T1, un coup de cœur au T2 ! Le rythme de l’intrigue est parfaitement géré, alors même que celle-ci prend une ampleur considérable (notamment au niveau politique). Les personnages évoluent tous (pas toujours comme on aurait souhaité !) et cela ouvre d’intéressantes perspectives pour la suite. Suite annoncée pour octobre 2021 et que j’attends d’ores et déjà avec impatience !

Citations :

« La Brigade prodigieuse est censée être une alliance entre vous cinq et les douze Conseillers.
– Il faut vraiment changer ce nom, maugréa Dex. Que diriez-vous de la Brigade T. Rex ?
– Ou la Brigade alicorne ? proposa Biana.
– On n’a qu’à s’appeler l’Ordre du Phénix, sinon, suggéra Sophie.
La plaisanterie, bien sûr, échappa à tout le monde. »
Héritages, Shannon Messenger.

« Waouh, ricana Ro. C’est ça la romance chez les elfes ? « Ne vous tourmentez pas, mon amour, une bande d’intellectuels snobinards va de facto inscrire votre nom sur un bout de papier pour nous autoriser à nous fréquenter »? Tu m’étonnes que tu ne te sentais pas prête pour les bisous ! »
Héritages, Shannon Messenger.

« Comme à chaque équinoxe, le père Bertrand avait sorti sa collection de grigris et l’astiquait patiemment d’un petit chiffon doux imbibé d’une potion magique transmise par sa grand-mère : huile, vinaigre et sel, une recette qui avait l’avantage non négligeable de pouvoir finir en vinaigrette. La sorcellerie est une branche de la cuisine, disait d’ailleurs sa mère qui, elle, était plus douée en tourtes qu’en philtres. Le père Bertrand, comme chaque fois que ses figures féminines se rappelaient à son souvenir, se tourna pour saluer le petit autel familial qu’il avait installé près de la cheminée. Une simple boîte ornée de minuscules stèles de marbre, d’une bougie et de quelques fleurs fraîches. Une tradition qu’il avait découverte lors d’un voyage au Japon et qu’il avait adoptée. Depuis, chaque jour, il leur gardait quelques miettes de son repas en offrande et veillait à ce que la bougie soit toujours allumée. Aussi fut-il fort surpris de la trouver éteinte.
Quelque chose allait arriver. »
Phalaina, Alice Brière-Haquet.

« Elle écrivit quelque chose sur un bout de papier et fronça les sourcils.
– Je préférerais ne pas être obligée de revenir. Tu sais lire ?
Je redressai le dos.
– Couramment ? Dans trois langues, répliquai-je. Et je me débrouille dans deux autres. Caz ena, konass ?
La guérisseuse hésita. Elle ne comprenait pas ce que je venais de dire, mais un mot avait dû lui paraître familier. »
Vow of thieves, Mary E. Pearson.

« Vous êtes une femme très forte, Capitaine.
– Forte ? Ne confondez pas la force et la puissance, princesse. Je suis puissante. Je suis même la femme la plus puissante de la Triade et de Keltia. Pourquoi ? Parce que je ne dépends d’aucun homme, contrairement à la Reine, la Sultane ou l’Impératrice, et que je suis à mon poste tant que je vivrai, contrairement à la Bouddica, à la Nevenoe, à la Tintagel et à la Boru. Je suis la meilleure Capitaine du Rail, élue telle par mes pairs, et je ne dépends que d’eux. Et de mon équipage ? Mon équipage est ma famille, princesse, j’ai gagné leur respect et je fais chaque jour tout pour en être digne. Alors, oui, je suis puissante. Je suis le fer de lance de Keltia, son bouclier contre la guerre qui sourd depuis plus d’un siècle à ses portes, pourtant… […] Oui, j’ai fait des choix parfois difficiles ou aux conséquences effrayantes ; oui, j’ai travaillé corps et âme pour faire rouler ce train ; oui, j’estime être digne et légitime, sans orgueil ni fausse modestie, dans la fonction que j’occupe actuellement. Je suis puissante, soit, et cette puissance ne m’est ni une ivresse ni un plaisir, mais un outil ou un devoir. Suis-je forte ? Je l’ignore. Je sais que la femme qui élève et protège ses enfants, dans un monde incertain et dur, sans savoir si elle pourra les nourrir et les voir grandir et partir, et qui trouve encore le courage de se lever le lendemain, est forte. Je sais que la fille que son père viole ou met sur le trottoir et qui trouve encore à rêver et à croire en des jours meilleurs est forte. Je sais que votre mère, qui a défendu l’honneur de son pays, affronté tout le clan Nekohaima par amour pour votre père et vous a protégée une arme à la main, était forte. Je sais que chaque jour, dans le monde entier, des filles, des femmes, des vieillardes, prouvent leur force au monde entier, et que le monde entier s’en fout. Mais ne me prenez pas pour une femme forte, Yuri-hime : je ne saurais, vous ne saurez, si je suis forte que lorsque je serai tombée, et seulement à la façon dont je me serai relevée, si tant est que je me relève. La puissance vient du monde. La force ne vient que de soi. Un autre whisky ? »
L’Héritage du Rail, Morgan of Glencoe.