[2020] Petit bilan de juin.

Encore pas mal de lectures ce mois-ci : merci l’organisation du drive à la bibliothèque (donc des transports en commun pour moi puisque ce n’était pas dans mon bâtiment habituel) + le télétravail (plus de temps pour lire le matin en se levant à la même heure !). J’ai écouté pas moins de quatre livres audio (dont un commencé en mars, soyons honnête) ! Une belle perf’ pour quelqu’un qui, il y a quelques années encore, regardait le système avec circonspection !

Un peu de stats :

Ce mois-ci, j’ai lu 2986 pages et écouté 2090 minutes de lecture ! Bon, on voit s’effacer l’effet confinement + beaucoup de télétravail, le nombre de pages a déjà bien diminué 🙂

Carnet de lectures.

Son vrai visage, Karin Slaughter (Harper Collins).
J’avoue que j’ai lu ce livre parce que je n’avais jamais rien lu d’elle – et qu’en plus une adaptation en série est en cours. Dans ce roman, on suit une jeune femme, Andy, qui subit les remontrances de sa mère, Laura, car elle n’a « rien » fait de sa vie (comprenez : 31 ans, pas mariée, pas d’enfant, avec « seulement » un boulot d’assistante à la police. Précisons qu’elle a quitté sa vie à NY pour revenir s’occuper de sa mère atteinte du cancer…). Bref, une maman bien sympa comme on les aime. Alors qu’elles sont au resto, un homme entre et tire à tout va et là, c’est le drame : il s’attaque à la mère qui… le bute, façon ninja. Donc c’est le choc le plus total pour Andy qui semble découvrir sa mère. Mais ça ne s’arrête pas là ! Après ça, sa mère se conduit de plus en plus bizarrement, lui ordonne de partir, lui donne des directives complètement étranges et la chasse de chez elle.
Je suis un peu mitigée. Le début était hyper prenant : entre l’attaque au resto, la réaction de la mère et la fuite d’Andy, on est servis. Malheureusement, le soufflé retombe très très vite. Car rapidement, l’histoire alterne deux intrigues : celle qui se déroule en 2018 et une autre qui se déroule en 1986. Or, les personnages et les situations n’ont aucun rapport les uns avec les autres. Au début cela entretient super bien le suspense. Sauf que les chapitres sont affreusement longs. J’avais de plus en plus l’impression de lire deux livres différents, dont aucun ne me passionnait franchement. En fait, l’alternance, le manque de rythme et l’absence d’informations rendent l’histoire hyper confuse. Et… je me suis ennuyée. Le pire, c’est que l’intrigue fonctionne plutôt pas mal mais la fin ne m’a pas du tout convaincue. J’ai eu l’impression d’arriver devant un « Quoi, tout ça pour ça ? » Mauvaise pioche pour un premier titre de l’autrice du coup.

Les Lames du Cardinal, tome 1, Pierre Pevel (Hardigan).
J’ai lu cette série à sa parution, je pense et j’avais adoré. Pour ne rien vous cacher, j’ai dévoré ce tome 1 durant un long voyage en voiture et désespéré, à mon arrivée en Île-de-France, en constatant qu’aucune librairie n’avait la suite ! Suite que j’ai achetée dans une librairie de Chartres, alors que j’étais là pour du tourisme. Mieux : j’avais mis le tome 1 dans ma liste « pour une île déserte » sur Babelio. C’est dire si j’avais adoré !
Avec le télétravail, j’ai pris l’habitude d’écouter des livres audio – sauf quand j’avais un truc un peu trapu à terminer. Or là, c’est ce que j’avais donc… prendre un livre audio déjà lu était parfait. Malheureusement… je n’ai pas tellement accroché à la (re)lecture, alors même que j’en gardais un excellent souvenir. Premier problème : le lecteur. Je n’ai pas accroché à sa façon de lire (qui me faisait décrocher toutes les trois phrases). Pire, les voix féminines étaient exécrables ! Elles s’expriment toutes sans exception sur un ton benêt, et la moindre prise de parole semble être d’une bêtise sans fond. Mais il n’y a pas eu que ça. Au fil des chapitres, j’ai retrouvé un trait qui m’agace un peu chez Pierre Pevel : tous ses personnages semblent montés de la même façon. Si bien qu’une fois qu’on a lu un roman, on retrouve toujours les mêmes types de personnages (raison pour laquelle j’avais un peu calmé mon rythme de lecture de ses œuvres, afin de ne pas être polluée par des personnages trop proches). Là, j’ai également remarqué (à mon grand agacement, bis repetita), que les personnages féminins sont tous parfaitement décrits, avec force détails. Les hommes ? Bah ils ont une épée et des bottes. J’exagère, car en réalité, ils sont un peu plus décrits que cela, mais jamais avec autant de précisions que leurs homologues féminines. Lesquelles sont toutes sublimes… ou grosses. Pas d’entre d’eux dans le Paris des dragons. Quelle tristesse ! J’étais donc bien déçue de ne pas retrouver ce qui m’avait tellement plu à ma première lecture, dont je garde malgré tout un excellent souvenir (fantasy historique, dragons et roman de cape et d’épée, qui dit mieux ?). En plus de cela, il manque un chapitre à la version audio ! Ok c’est au tout début, mais quand même !

Côté séries

Space Force

Au début du mois, j’ai regardé cette série, attirée par la mention de conquête spatiale. Et si j’ai été assez surprise par le contenu, je dois reconnaître que j’ai vraiment accroché. On y suit les pérégrinations de Mark Naird, devenu générale 4 étoiles et à qui on confie la toute nouvelle Space Force, dont l’objectif est de conduire une mission habitée sur la Lune d’ici à 2024.
La série table plus sur le genre de la comédie potache que sur le réalisme et, une fois n’est pas coutume, cela m’a plu ! Au fil des épisodes, tout part plus ou moins en cacahuète (d’ailleurs ce n’est pas toujours vraisemblable) mais toujours dans une ambiance humoristique. À regarder si vous voulez passer un moment de détente, mais à éviter si vous cherchez une série de SF ou une série politique !

The Order

Bien partie avec Space Force, j’ai donc enchaîné avec The Order.
Jack Morton, un étudiant de première année à l’université Belgrave, décide de rejoindre l’Ordre hermétique de la rose bleue, une société secrète légendaire qui enseigne et pratique la magie. Alors que Jack approfondit l’histoire de l’organisation, il découvre de sombres secrets de famille. Franchement, ça partait bien : une université des arts occultes, des confréries secrètes, de la baston magique, des secrets de famille… Mais malgré ces bons ingrédients, je n’ai pas réussi à dépasser le troisième épisode. Déjà, l’histoire débute tellement in medias res que j’ai eu l’impression de débarquer dans la saison 2 ! Il manque la moitié des infos et celles qui sont données sont complètement inutiles. Pire : c’est d’un cliché !! Et les dialogues sont si nuls !!! Honnêtement, je n’ai regardé le 3 épisode que parce que j’étais sidérée par le jeu improbable des acteurs, la platitude des échanges et la nullitude totale du scénario. À ce stade, c’est de l’art.

Top/Flop.

J’ai été assez déçue par Son vrai visage, dont j’ai parlé ci-dessus – je ne reviens donc pas sur cette lecture. Je reste assez curieuse de regarder la série qui en est adaptée !

En revanche, il y a eu pas mal d’excellentes lectures, ce qui a rendu le choix d’un unique titre difficile ! Mais comme je n’ai eu qu’un coup de cœur roman ce mois-ci… c’est L’incroyable voyage de Coyote Sunrise de Dan Gemeinhart (PKJ) qui remporte la mise. Coyote, douze ans, vit avec son père, Rodéo, dans un ancien bus scolaire. A bord de Yageur (le bus), ils sillonnent les Etats-Unis. Or, Coyote apprend que le square de son enfance va être détruit pour y faire passer une route. Son sang ne fait qu’un tour : il faut qu’elle y soit avant la destruction totale. Il lui faut donc convaincre son père de faire en 4 jours 5700 kilomètres… sans qu’il s’aperçoive de l’endroit où ils vont. Car une chose est sûre : jamais, au grand jamais, Rodéo ne remettra les pieds volontairement dans leur ville d’origine.
A la lecture du résumé, je me demandais vraiment comment Coyote parviendrait à faire parcourir à son père autant de kilomètres sans qu’il se doute de rien : eh bien bizarrement, ça marche et l’astuce est même super bien trouvée ! Le roman débute comme un road-trip gai et ensoleillé. Sans trop de surprise, l’errance de Coyote et Rodéo cache un secret bien douloureux, que l’auteur dévoile peu à peu. Plus on cavale vers la fin, plus la charge émotionnelle est grande – et je dois avouer que j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps sur la fin. Malgré cela, l’auteur livre un roman tendre, doux, plein d’humour et de péripéties rocambolesques, que je recommande à 1000% (au moins).

Citations.

« Une amitié – une vraie -, ça ne se construit pas en un jour. Le chemin est pavé de maisons Barbie détruites, de hurlements sur un parking de cinéma et d’erreurs – parfois terribles. L’amitié, c’est un chaos de lignes tracées dans le sable, de loyautés remises en question et de réponses difficiles par messages. C’est oser se comparer et exposer ses insécurités.
Mais l’amitié, c’est aussi jouer au bowling selon ses propres règles. Rire à en avoir mal au ventre et les joues baignées de larmes. C’est savoir qu’on peut compter sur quelqu’un, des personnes en chair et en os à travers tout le pays, qu’un texto ou un appel suffit à rameuter. C’est avoir moins peur de sombrer dans les ténèbres quand on a des guides pour nous aider à progresser dans le noir.
L’amitié, ça n’a rien de simple. C’est difficile, énervant, génial, fragile, durable, impossible… Mais ça en vaut toujours la peine.
Toujours. »
Triangle amoureux (ou pas), Marisa Kanter.

« Squib plissa les paupières en les fermant presque. Il pensait que le blanc de ses yeux pouvait trahir sa présence. Hooke lui racontait-il des conneries ? Avait-il seulement attaché son bateau ?
Sans doute pas.
Il n’avait pas véritablement prévu la dernière partie de cette mission. Aussi se retrouvait-il bloqué sur cette putain d’île en compagnie des sangliers et des couguars et peut-être même d’une bande de fourmis rouges, alignées dans une file bien ordonnée, qui viendraient lui dévorer la bite. Et s’il essayait de s’enfuir en courant, Hooke lui enverrait une grenade au cul, comme un cornet de glace à réaction.
Quelle nuit délicieuse !
Everett Connard Moreau : organisateur de génie.
Comme ce petit Français qui aimait bien les grandes femmes pour se prouver quelque chose. Napoléon.
Mais pas du tout comme lui, en fait, sauf que tous les deux avaient fini coincés sur une île, s’il se souvenait bien de ses leçons d’histoire. Ou peut-être était-ce Huckleberry Finn qui s’était retrouvé en rade sur son île.
En tout cas, en cette belle soirée, c’était lui, l’imbécile bloqué sur une étendue de terre entourée d’eau. »
Le Dernier dragon sur Terre, Eoin Colfer.

« Les assassins ressemblent fort aux honnêtes gens et rien ne les en distingue dans la vie courante. Ce sont très souvent des gens charmants, polis et raisonnables. »
Cartes sur table, Agatha Christie.

« Le père Balthazar était versé dans la philosophie et la casuistique. Si le saint homme m’avait promis le gîte et le couvert, il nourrissait avant tout mon esprit.
– Vois-tu, Pablicos, il convient de distinguer deux types de pauvres : il y a ceux qui, non habentes, n’ont rien… Et ceux qui, nolentes habere, ne veulent pas avoir… et ne veulent surtout pas travailler ! Ce sont eux qui, mendiant par choix, confisquent à leur profit l’aumône des braves gens, privant ainsi de ressources les vrais nécessiteux. Confesse-le, Pablicos, tu fus de ces gueux-là !
– Peut-être, mais… et les nobles ? Eux non plus ne travaillent pas !
– Bien observé ! Mais puisqu’il existe de nobles lignées, il en est forcément d’ignobles. N’aurais-tu pas mérité, par ta naissance, le triste sort qui est le tien ?
– Qu’est-ce que le mérite a à voir là-dedans ?
– Les actes… la grâce… voilà d’épineux points de théologie ! Médite plutôt cette simple et réconfortante pensée : le bonheur n’est point pour ici-bas »
Les Indes fourbes, Ayrolles et Guarnido. 

« Les médecins ont expliqué que s’ils n’étaient pas suffisamment exposés au soleil, les orphelins risquaient de souffrir de rachitisme, une déformation du squelette qui rend les os mous et tordus. Heureusement, l’attention médicale est rigoureuse à l’Inclusa. Mais Puri a entendu des médecins se lamenter sur le fait que le taux de mortalité des nouveau-nés était particulièrement élevé en Espagne. Les cas de polio augmentent chaque année.
– Certains pays ont un nouveau vaccin contre la polio, a signalé l’une des jeunes mères. Pourquoi ne l’utilise-t-on pas en Espagne ?
– Peut-être que les autres pays ont besoin d’un vaccin parce qu’ils n’ont pas la foi pour écarter la maladie par la prière, a répondu Sœur Hortensia. Le Saint-Esprit éloignera la polio.
Vraiment ? se demande Puri. Elle se demande beaucoup de choses, mais quand elle pose des questions, on la gronde.
Quand on dit à la radio que « l’Espagne est le pays élu de Dieu », cela signifie-t-il que Dieu a abandonné les autres pays ? Et si les étrangers sont indécents, pour quelle raison l’Espagne ouvre-t-elle ses portes aux touristes ?
– Pourquoi faut-il donc toujours que tu questionnes tout ? la chapitre sa mère. N’as-tu donc aucune foi ?
Puri a une foi solide, mais elle a aussi des questions. Ne peut-on avoir les deux ? »
Hôtel Castellana, Ruta Sepetys.

[2020] Petit bilan de mai

Encore un tas de lectures ce mois-ci ! Il faut dire qu’en télétravail, je suis obligée de prendre une heure complète de pause déj’ (alors que je ne le fais jamais au travail) et donc … j’en profite pour lire !
J’ai cédé aux sirènes de la tentation et participé au challenge Mois de la Fantasy orchestré par Pikiti. Ma PAL prévisionnelle et le bilan sont visibles ici.

Un peu de stats :

J’ai lu 4184 pages ce mois-ci et écouté 1080 minutes de livre audio (c’est long, Le Seigneur des Anneaux !)

Carnet de lectures.

Le Monde de Lléna, Fabien Clavel (Rageot).
D’habitude, j’aime bien ce que fait Fabien Clavel mais là, ça n’a pas du tout fonctionné… Le Monde de Lléna propose deux récits miroirs, avec des histoires enchâssées. Dans notre monde, un auteur entreprend l’écriture d’un roman de fantasy en s’inspirant de sa fille, Léna. Dans ce roman, Le monde de Lléna, Fidnuit, un orphelin, est approché par des Dormants, des moines qui maîtrisent la magie du Dérêve. Ils lui ordonnent de rallier le Refuge de Lléna, leur déesse, dont il est un Elu. Poursuivi par des créatures de cauchemar, Fidnuit s’enfonce dans une étrange forêt aux arbres inclinés… Au même moment, la jeune Fadlune, perturbée par des rêves prémonitoires, apprend de l’uraus Timagro qu’elle aussi doit se rendre au Refuge de Lléna. Bientôt, le déroulement du roman semble interférer avec la réalité et Léna est victime d’une étrange maladie qui la plonge dans un sommeil sans fin…
C’est un roman qui s’adresse aux plus jeunes (9-12 ans) et, premier point d’achoppement : les références sont un peu trop ardues, à mes yeux, pour ce public de lecteur. L’auteur ne se présente à aucun moment. Or, pour qui connaît la bio de Fabien Clavel, il est évident qu’on est dans de l’autofiction. Le problème, c’est que ce n’est sans doute pas le cas des lecteurs de cet âge-là et que, par conséquent, la moitié des références tombe à plat (le fait que son éditrice fasse un lapsus entre lui et Fabrice Colin, notamment). Le début est donc assez confus, car le récit débute par ce qu’il se déroule dans l’univers fictif, avant de revenir à la réalité. C’est assez compliqué à suivre, de fait. De plus, au départ, lorsque son éditrice lui suggère de faire de la fantasy, l’auteur fictif se dit que c’est facile, qu’il n’a qu’à mettre tous les clichés dedans : un monde avec des règles spéciales (une Terre plate, comme dans Pratchett), des orphelins appelés à de grands destins par des prophéties, une guerre, un triangle amoureux … Et il le fait. Et il ajoute même les clichés des héroïnes forcément belles et graciles, décrites par le menu à la première vue (alors qu’on ne sait toujours pas vraiment à quoi ressemblent les héros), des romances qui démarrent tellement vite qu’on se demande bien ce qu’elles font là et un dragon qui surgit comme ça, gratuitement, à la fin du roman, sans qu’il y en ait vraiment l’utilité. Le récit est, dans l’ensemble, affreusement prévisible, la faute à tous ces clichés. On n’est donc pas surpris quand on s’aperçoit que ce qui se passe dans le roman a des répercussions graves dans la réalité (c’est quand même un peu le contrat passé avec le lecteur dans ce type de roman). C’est vraiment dommage car le roman proposait une intéressante réflexion sur l’écriture, et un tas de références littéraires assez chouettes (Victor Hugo, Terry Pratchett, ou encore L’Histoire sans fin).

Jours sauvages, Claire Cantais (Syros).
Sept ados partent pour un stage estival de bushcraft, « l’art de vivre dans les bois », dans les Pyrénées. Semaine 1 : apprendre à survivre. Semaine 2 : survivre en montagne ! Sans toit, sans nourriture, sans rien. Certains sont prêts à se donner à fond, d’autres feraient n’importe quoi pour ne pas être là. Mais pour tous, un même défi : dépasser ses limites.
Je suis partie hyper enthousiaste sur ce titre, mais j’ai rapidement déchanté (à mon grand dam). Autant j’aimais bien l’idée d’avoir sept ados aux profils très différents (dont trois filles plutôt balèzes dans la discipline), autant j’ai trouvé très dommage que, finalement, on ne s’attache réellement qu’à trois-quatre d’entre eux. Les autres sont là comme « en toile de fond » mais on finit par se demander pourquoi. De plus, les ados sont assez vite caractérisés entre les « sympa » et les « teignes » et… ne changent jamais de case, ce que j’ai trouvé un peu manichéen. L’intrigue, de son côté, démarrait plutôt bien. Évidemment, il y a un truc louche au camp, qui fait que la tension ne fait qu’augmenter avec les pages. Plus j’avançais, moins je me sentais impliquée, car à partir d’un certain point du récit intervient un changement narratif… qui coupe nette toute tension (c’était trop prévisible). Malgré tout cela, c’était un roman au style fluide et assez entraînant car la narration (pleine d’ironie et d’adresses au lecteur) est vraiment bien faite !

L’épouvantable bibliothécaire, Anne-Gaëlle Balpe et Ronan Badel (Sarbacane, Pépix).
Pépix, chez Sarbacane, est la collection consacrée aux plus plus jeunes (9-12 ans). Métier oblige, j’étais hyper curieuse de lire celui-ci et je n’ai pas regretté une seconde. On y suit Suzanne, qui est au désespoir. Alors qu’elle avait prévu de passer ses vacances à bouquiner seule chez elle, ses parents l’expédient à la campagne, chez sa tante Églantine. Pire : ils confisquent sa réserve de livres et ne lui en laissent qu’un seul. Pour quinze jours. Sacrilège !! Églantine, de plus, n’est pas du genre à lambiner avec un bon bouquin dans son canapé : toute la journée, elle turbine dans sa ferme. Or, il y a tout de même une bonne surprise : Suzanne découvre, proche de la ferme, un manoir inhospitalier dont on dit qu’il renferme la bibliothèque communale. Mais les petits voisins, Mo et Marin la mettent en garde : la bibliothécaire déteste être dérangée. Ça ne rate pas : Suzanne y va tout de même. Là-bas, tout va de mal en pis, car la bibliothécaire, qui est carrément dérangée, kidnappe Lila, la petite soeur de Mo. Ni une ni deux, les enfants vont tâcher de la sauver. L’aventure est donc truffée de péripéties toutes plus rebondissantes les unes que les autres, merveilleusement illustrées par Ronan Badel. C’est extrêmement drôle et même très instructif, puisque le roman comporte trois bonus documentaires, consacrés respectivement aux moutons, aux bibliothèques et aux virus (c’est varié). Bref, une excellente lecture, un roman que j’aurais adoré lire lorsque j’étais plus jeune (et que j’ai adoré lire même en étant pas si jeune).

Rayon Bulles :

Anita Conti, océanographe, de Nathaniel Legendre, Luca Blengino et Katia Ranalli (Soleil).
 Cette bande-dessinée inaugure la toute nouvelle collection Pionnières des éditions Soleil dont l’objectif est de retracer les parcours de femmes audacieuses ayant su s’imposer dans des milieux dits masculins. Et donc, Anita Conti, dont je n’avais jamais entendu parler avant de lire cette bande-dessinée. Depuis toujours, Anita est passionnée par l’océan et le milieu maritime. Sauf que dans les années 1930, ce n’est pas vraiment un milieu accessible aux femmes. Elle écrit toutefois des articles sur le sujet pour la presse dite féminine de l’époque. Repérée par l’OSTPM (l’Office Scientifique et Technique des Pêches Maritimes), elle en devient l’attachée de presse et réussit peu à peu à se faire sa place. Elle embarque sur une campagne de pêche, puis deux, puis trois… Elle met en place des techniques pour cartographier les fonds marins, fait des observations qui permettent de rationaliser les campagnes de pêche (en suivant les bancs de poisson et leur saisonnalité) et… dès les années 60, commence à mettre en garde ses concitoyens contre les dangers de la surpêche. Pendant la guerre, son bateau de pêche devient même un démineur. Bref, une trajectoire exceptionnelle (d’autant plus pour une autodidacte). La BD retrace tous ces événements, et s’achève sur un dossier documentaire très fourni. Bien qu’il s’agisse d’une biographie, les épisodes de sa vie sont narrés à un rythme qui rend la BD très prenante. À l’issue de celle-ci, j’ai très envie d’en savoir plus sur Anita Conti – et de lire la suite de cette collection.

Côté séries.

The 100

Nous avons profité du confinement pour revoir les premières saisons et aller au bout de la saison 6 de The 100. Et… je suis un peu mitigée sur cette dernière. Autant jusque-là je trouvais ça plutôt sympa, autant la saison 6 a peiné à me passionner. Il y a des modifications dans l’écriture des personnages (notamment Clarke) que je n’ai pas follement appréciées. Mais au moins les conséquences restent cohérentes avec les choix des scénaristes, donc pourquoi pas. De plus, j’ai trouvé qu’on tournait un peu en rond sur les rancœurs des uns et des autres et j’avoue me lasser assez vite des « Je t’aime/Moi non plus ». Ceci étant dit, la découverte de la planète Alpha permet de développer un nouvel arc narratif plutôt bien trouvé (et, ironie, il m’a grandement rappelé La voix des ombres de Frances Hardinge, un roman jeunesse de fantasy que je vous recommande très chaudement). Et, comme pour les saisons précédentes, les scénaristes assurent un rythme assez confortable même s’ils en font un peu trop sur les « résolutions in extremis », je trouve : donc, ça se regarde mais sans non plus déclencher un enthousiasme délirant.
Je dois aussi dire que ça ne m’avait pas tellement frappée au premier visionnage mais que là, je me suis posé une infinité de question scientifiques tant il se passe des choses qui semblent un peu incohérentes (de la voiture électrique au moteur qui crapote au type qui traverse un bout d’espace avec un casque fissuré, en passant par les talents en génétiques du moindre pékin lambda). Seule solution : partir du principe que tout cela n’est qu’un immense TGCM et déposer son cerveau… Malgré ces points de récrimination, je suis curieuse de regarder la septième et dernière saison !

Top/Flop.

J’ai eu quelques lectures un peu mitigées ce mois-ci, notamment le premier tome des Brumes de Cendrelune de Georgia Caldera (J’ai Lu), qui m’intriguait vivement. C’est une lecture mitigée assez particulière. En effet, les péripéties et les personnages m’ont laissée plus que circonspecte. Mais pour autant, j’ai vraiment adoré l’univers hyper original et inventif mis en place par l’autrice. L’ambiance, qui flirte tout le temps avec l’horreur, est en plus très prenante. Bref, un avis aussi étrange que le livre, que je vous invite à découvrir. Vraiment, l’univers vaut le détour.

J’ai également eu un énorme coup de cœur pour Deux fleurs en hiver, de Delphine Pessin (Didier jeunesse). On y suit Capucine, qui effectue son stage de terminale dans un EHPAD. Parallèlement, Violette, une nouvelle pensionnaire de l’EHPAD en question. Toutes deux vont peu à peu se lier d’amitié grâce, sans doute, aux blessures qu’elles cachent. Le roman est bourré d’émotions (je dois dire que j’ai même dû sortir les mouchoirs à une ou deux reprises). Évidemment, c’est un peu triste (et pas seulement parce que la situation des EHPAD est décrite sans fard), mais c’est surtout un roman très doux, sensible et hyper prenant. Bref : j’ai littéralement adoré.

Citations.

« Le cœur battant, Suzanne franchit le portail de la bibliothèque. ça lui faisait toujours ça quand elle s’apprêtait à entrer dans un de ces endroits. Découvrir une nouvelle bibliothèque, c’était pour elle comme accéder à une pâtisserie où elle aurait le droit de goûter à tous les gâteaux et de manger ses préférés en entier, gratuitement, sans restriction. »
L’épouvantable bibliothécaire, Anne-Gaëlle Balpe & Ronan Badel.

« Ouais, ben si j’étais toi, la coupa Mo, j’irais pas trop traîner dans le coin.
– Je lui ai déjà dit, renchérit Marin. C’est un vrai musée du microbe, cette bibliothèque. Je suis sûr que dans certains livres, y a des virus qui ont mille ans ! La peste bubonique, la grippe espagnole…
Suzanne se passa la main sur le visage en soupirant, désespérée par tant d’ignorance. Mo poursuivit :
– Y a pas que le virus qui ont mille ans : la bibliothécaire aussi, si tu veux mon avis ! »
L’épouvantable bibliothécaire, Anne-Gaëlle Balpe & Ronan Badel.

« Il y a un proverbe, chez nous, qui dit : « Lorsque les péniches se figent, les canards s’interrogent. » Je l’ai toujours entendu, notamment chez les gens qui habitent près du canal du Midi, ou qui vivent sur le canal, mais je ne l’avais jamais compris… jusqu’à ce soir-là.
J’ai eu l’impression, littéralement, que mon père, cet immense navire, venait de s’immobiliser au milieu d’une mer déchaînée, et que j’assistais à son naufrage sans en comprendre les raisons. »
Le jour où mon père a disparu, Benoît Séverac.

« Mon père était capable d’échanger en occitan avec les vieux du village qui affirmaient, eux, parler patois. Il se battait pour leur faire prendre conscience que ce soi-disant patois n’était rien de moins que de l’occitan : une langue noble, écrite, normée, avec une littérature, une poésie, des livres publiés… Combien de fois m’a-t-il expliqué que les anciens de Saint-Couat – que je regardais avec condescendance parce qu’ils passaient leurs journées à la pétanque et leurs soirées au bar – étaient les gardiens d’un patrimoine vivant et fragile ! Il disait souvent que je devrais apprendre l’occitan à mon tour quand j’entrerais au lycée, pour perpétuer cette part fondamentale de notre identité.
– Pourquoi tu m’as pas parlé occitan quand j’étais petit ? lui ai-je demandé un jour. Pourquoi est-ce que tu me l’apprends pas, toi ?
Mon père a baissé la tête. Je crois que c’était la première fois que je le voyais mal à l’aise. Pire, honteux.
– Mes parents ne me l’ont pas enseigné. Ce n’est pas ma langue maternelle. Je ne me suis pas senti capable de te parler autrement qu’en français. Pas légitime, peut-être. Tu vois, c’est l’illustration de la violence de l’hégémonie imposée par l’État français : ils nous ont tellement bourré le crâne avec leurs mesures centralisatrices et leur philosophie jacobine, que nous avons honte de notre propre langue, honte de nous-mêmes… Parce que la langue dans laquelle on nous parle quand on est bébé, la langue dans laquelle on s’exprime, c’est ce qui définit le plus intimement ce que nous sommes. »
Le jour où mon père a disparu, Benoît Séverac.

« J’adore ma grand-mère.
C’est une adulte, mais dans une version moins chiante que les parents. Plus compréhensive, moins rigide. »
Le jour où mon père a disparu, Benoît Séverac.

« Cette première nuit de bivouac est rude. Dans leur tête, ils ont tous un cow-boy allongé devant son feu de camp, la tête appuyée sur sa selle, l’air peinard, super heureux d’être là, sous les étoiles qui éclairent comme en plein jour. Dans la vraie vie, par terre c’est dur, et les étoiles n’illuminent pas grand-chose, tu fais deux mètres, c’est noir comme dans un four. Du coup, un cercle compact s’est formé autour du feu qu’on alimente à tour de rôle, et personne ne se résout à rejoindre la cabane, pas envie d’avoir froid, un peu la trouille aussi. Surtout que Joe a quitté le groupe à la tombée de la nuit, allez les jeunes, soyez sages, moi je vais me pieuter un peu plus loin, a-t-il lancé avec un vague signe de la main. Personne n’a osé lui demander de rester, on n’exige pas d’un baroudeur tatoué qu’il se transforme en nurse anglaise. »
Jours sauvages, Claire Cantais.

« Je maintiens qu’il s’agit d’un plan mal conçu, dit Kelly. Avec un peu de chance, le CCPM vous laissera repartir en vie. Mais je ne parierais pas là-dessus.
– Si on ne revient pas, c’est vous qui risquez d’avoir besoin de chance, la repris-je gentiment. Becks a peut-être la gâchette facile, mais Maggie…
– On ne retrouvera jamais le corps, dit allègrement Maggie, comme si elle parlait du dernier dîner organisé pour collecter des fonds pour l’association « Sauvons les bouledogues. » (ça n’en était que plus terrifiant). De toute façon, personne ne cherchera, puisque vous êtes officiellement morte, mais même si quelqu’un prenait cette peine… Je n’ai qu’un coup de fil à passer, pour dire à mon paternel que j’ai enfin un problème qu’il peut m’aider à résoudre. Vous pourriez devenir mon plus beau cadeau de fête des pères. C’est tellement difficile de lui faire plaisir. »
Deadline, Mira Grant.

« On attend du renfort. Un stagiaire de l’Ifas, j’espère qu’il va vite trouver ses marques. De toute manière, pas moyen d’avoir du personnel supplémentaire. Alors, si tout le monde s’y met, on devrait pouvoir s’en sortir.
Je l’ai suivie jusqu’au premier étage pour distribuer les petits-déjeuners. Ensuite, j’ai surveillé la toilette de six résidents, pas plus de quinze minutes chacun. Les douches ont été reportées de quelques jours.
– J’espère que les filles seront là d’ici à ce week-end, m’a confié Lili. Sinon, il faudra laver en priorité les patients qui ont de la visite.
Je suis restée sans voix. Je n’en revenais pas qu’elle dise un truc pareil. Quoi, on n’allait doucher que les vieux en vitrine ? Les autres, ceux qui seraient planqués dans leur chambre, ils n’avaient qu’à sentir le moisi et puis c’est tout ?
Alors que la matinée avançait et que je cavalais tout du long, j’ai compris qu’elle essayait juste de m’apprendre.
C’était ça, la réalité du terrain.
Il fallait parfois composer avec ce qu’on avait. C’est-à-dire moins de personnel, et toujours autant de travail. »
Deux fleurs en hiver, Delphine Pessin.

[2020] Petit bilan d’avril

J’ai essayé d’écrire un peu plus ce mois-ci, et j’ai donc publié quelques chroniques, ce qui commençait à se faire rare !
J’ai aussi publié un Top Ten Tuesday, sur le thème des livres que j’aurais aimé lire enfant. Et, alors que je n’y avais pas participé depuis 2016 (!!!), j’ai fait un week-end à mille ! Et c’était chouette, car il m’a permis de relire les trois premiers tomes des Récits du Demi-Loup, avant de lire le quatrième et dernier (♥).

Carnet de lectures.

La Mère des mondes, Jean-Laurent Del Socorro (Le Bélial).
Cela faisait une éternité (pas moins) que je n’avais pas lu de nouvelles ! J’ai mis à profit le confinement pour faire le tour de ma bibliothèque et y piocher deux textes qui y végétaient depuis… eh bien, beaucoup trop longtemps. J’étais assez surprise de trouver Jean-Laurent Del Socorro au rayon SF (jusque-là, j’ai plutôt lu des romans de fantasy ou de fantasy historique de sa main). En effet, cette nouvelle prend place dans l’univers du roman Points chauds de Laurent Genefort (mais est lisible tout à fait indépendamment).
On y suit un missionnaire qui passe une Bouche, un de ces portails spatiaux apparus sur Terre en 2019, dans l’objectif d’aller répandre la sainte parole sur les planètes aliens. Parviendra-t-il à convaincre les peuples de se convertir au christianisme ?
J’avoue, en débutant le texte, avoir eu un peu peur du thème. Mais celui-ci propose en fait une intéressante réflexion autour de la foi (plutôt que du prosélytisme, ce qui m’inquiétait un peu). Les péripéties sont peu nombreuses, mais le cheminement du texte fait vraiment la part belle à cette réflexion. Et même si tout cela se déroule dans un autre univers, on comprend tout !

Le Réveil des Hommes Blancs, Christian Léourier (Le Bélial).
Seconde nouvelle lue, essentiellement sortie de la PAL parce que je venais de terminer La Lyre et le Glaive et que je n’ai pas tellement accroché, malheureusement. J’avais envie de faire un autre essai avec l’auteur !
Dans cette nouvelle, qui se situe dans l’univers de Lanmeur et peut être lue indépendamment, l’intrigue se déroule sur la planète Teirstern. Le personnage principal, un défricheur, fait partie d’un petit contingent de Terriens envoyés sur la planète afin de la rendre viable avant l’arrivée des vaisseaux de colons. Tout va pour le mieux, sauf que les humains n’ont pas l’air d’être seuls sur la planète (qui était pourtant supposée déserte). Alors, que faire des autochtones ? Les laisser consommer des ressources qui doivent être accumulées pour les futurs colons ou s’en débarrasser ?
Évidemment, l’histoire va assez vite (c’est une nouvelle de quelques pages), et la couleur est annoncée dès le titre. Quoi qu’il en soit, tout se tient bien, univers comme personnages. La réflexion est intéressante et bien menée, et l’auteur rend le texte accessible à qui n’a pas lu l’œuvre-mère. Cette courte lecture m’a donc convaincue de lire d’autres romans de l’auteur !

Le Masque de loup, J.A. Curtol (Sharon Kena).
Confinement toujours, j’en ai profité pour lire un roman reçu dans une box de confinement, généreusement proposée par des éditeurs. Et j’ai même décidé de sortir de ma zone de confort, en faisant une incursion en romance… (romance et bit-lit, restons cohérents !).
L’histoire se déroule au XVIIe siècle, à Vaux-le-Vicomte. Grace Fouquet, fille illégitime de Nicolas Fouquet, arrive au château afin d’y être mariée (contre son gré, évidemment…). Lors du bal masqué organisé en son honneur, Grace tombe désespérément amoureuse d’un homme qu’elle n’a jamais vu et qui porte un masque de loup. Or, spoiler alert, celui-ci est le chef du clan de loups-garous local, ennemi intime du futur mari de Grace et donc de Nicolas Fouquet. Sans surprise, le jeune couple s’échappe et doit lutter pour vivre ensemble.
Bon, soyons honnête, il n’y a rien qui va. Le contexte historique ne sert strictement à rien, et le fait que Grace soit la fille de Fouquet ne sert qu’à placer l’histoire dans un château. Aucune mention n’est faite de ce pour quoi la famille est célèbre…. De plus, au vu des descriptions des toilettes, coiffures ou moeurs, il est extrêmement difficile de croire que l’on se situe vraiment au XVIIe siècle… L’héroïne est d’une affligeante bêtise. L’intrigue est particulièrement survolée et on est frustrés autant sur la romance (qui va trop vite) que sur le côté fantasy urbaine (qui réunit tous les clichés du genre imaginables). En plus de cela, le sexisme est bien présent – et ne me dites pas « oui mais c’est au XVIIe ». Parce que non, rien ne permet d’être sûr qu’on y soit réellement. Pour finir, le style est hyper faible, il y a des fautes partout, des dialogues insipides, et pas de suspense. Bref, heureusement que c’est court, au moins c’était vite lu.

Côté séries.

J’ai enfin regardé The Witcher (avec un peu de retard, je dirais).
Je suis un peu mitigée… Autant j’ai trouvé l’univers très sympa, autant l’adaptation de nouvelles était un peu casse-gueule. Comme je n’avais pas repris la cartographie éditée par Netflix, j’ai eu un peu de mal à suivre, d’autant que je n’ai pas compris tout de suite… que les histoires n’étaient pas dans l’ordre chronologique ! La sauce a fini par prendre aux alentours de la moitié, donc je regarderai sans doute la saison suivante.
Après avoir regardé la série, j’ai lu le premier tome de la série de romans éponyme d’Andrzej Sapkowski et, là aussi, sentiment mitigé (au moins, c’est cohérent). Là, c’est plus le style pas franchement extraordinaire qui a suscité ce sentiment. Heureusement, l’auteur se rattrape avec l’univers (bis), les réécritures de contes (qui sont passées totalement inaperçues à mes yeux dans l’adaptation….) et l’humour hyper cynique de ses personnages, Geralt en tête. Là aussi, je lirai sans doute la suite !

Top & Flop.

Dois-je vraiment reparler du Masque de Loup ? Non, je pense que j’ai déjà été assez sévère. Une chose est sûre, je ne lirai pas la suite si suite il y a !

En revanche, j’ai eu un immenssissime coup de cœur ce mois-ci, pour le quatrième et dernier tome des Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier : Clémente nous soit la pluie. Je l’ai attendu fermement trois ans, et cela valait très clairement la peine, tant ce tome clôt à merveille la série. Si vous aimez la fantasy ambitieuse et que vous n’êtes pas fondamentalement opposés à une forme un peu particulière (il s’agit globalement d’un récit épistolaire), je vous conseille très franchement cette excellente série.

Citations.

« La matinée touchait à sa fin, et une douce odeur de foin flottait dans l’air. Le palefrenier sifflait en travaillant, et des hirondelles filaient entre les poutres pour apporter leur petit déjeuner aux oisillons bruyants.
Au premier abord, c’était une matinée idyllique comme un tableau. Mais en y regardant de plus près, je vis le licou effiloché pendu à un clou, le pilier pourri de la première stalle, la queue d’un rat dans la pile de bois.
Je me demandai s’il y avait toujours des choses que nous ne voyions pas parce que nous choisissons de ne pas les voir. »
Dance of thieves #1, Mary E. Pearson.

« Je foudroyais Jase du regard. Mais à l’intérieur de moi, je hurlais de rire. À un certain niveau, j’étais toujours furieuse : il parlait de franchise et deux minutes plus tard, il découvrait ses mensonges pour les planter en moi par surprise tels les crocs aiguisés d’un candok. Une fois le choc initial passé, j’avais dû dissimuler ma jubilation face à ce monstrueux coup de chance. Il m’emmenait droit où je voulais aller : au Guet de Tor. Je n’aurais pas besoin de m’y introduire en douce ou de créer davantage de problèmes à la Bouche de l’Enfer pour qu’on m’y emmène. Le Patrei en personne allait m’y escorter. C’était d’une ironie si merveilleuse que, tôt ou tard, je la lui enfoncerais joyeusement dans la gorge. »
Dance of thieves #1, Mary E. Pearson.

« Un des collecteurs de crut autorisé à manifester un enthousiasme hors de propos à l’annonce de ce duel et, plus grave encore, à lancer les paris. Une flèche mit un terme à sa bévue en même temps qu’à sa vie. »
Diseur de mots #1, La Lyre et le Glaive, Christian Léourier.

« Où en étais-je ? Ah oui ! À ma première noble action. Vois-tu, Iola, à Kaer Morhen, on m’avait mis dans la tête de ne pas me mêler de ce genre d’incident, de passer alors mon chemin, de ne pas jouer les chevaliers errants ni de remplacer les gardiens de la loi. Je suis parti sur les routes non pas pour parader, mais pour effectuer l’un ou l’autre travail qui m’était commandé. Or, comme un imbécile, je me suis mêlé de cette histoire alors que je n’étais même pas à cinquante milles pieds des montagnes. Sais-tu pourquoi je l’ai fait ? Je voulais qu’après avoir versé toutes les larmes de son corps, la fille me baise les mains de reconnaissance, à moi qui étais son sauveur, et que son père me remercie à genoux. Or, le père de la fille s’était enfui avec les pillards, et la jeune fille sur laquelle s’était répandu le sang du chauve, s’est mise à vomir et a eu une crise d’hystérie ; quand je me suis approché d’elle, elle s’est évanouie de peur. Depuis ce temps, je ne me suis que très rarement mêlé de ce genre d’histoires. »
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« Qui se ressemble s’assemble, dit le sang-mêlé avec un sourire mauvais. Dire qu’il existe sur terre des êtres comme toi. Qui est-ce qui engendre des monstres pareils ?
– Fais preuve d’un peu plus de tolérance, si tu veux bien ! dit Geralt sans perdre son calme. Ta mère, à ce que je vois, a dû aller se promener seule dans la forêt suffisamment longtemps pour que tu aies des raisons de t’interroger sur tes propres origines.
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« On nous suit, fit-il, tout excité. Une charrette !
– Pas possible ! se moqua le sorceleur sans se retourner. Une charrette ! Et moi qui pensais que les gens d’ici se déplaçaient à dos de chauve-souris.
– Tu sais ce que je vais te dire ? grogna le troubadour. Plus on se rapproche du bout du monde, plus ton humour s’affine. Je n’ose pas imaginer jusqu’où il va aller ! »
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« Vous êtes inconscientes. Vous mettez votre vie en danger pour le plaisir que vous procure la désobéissance, sans réfléchir un seul instant aux conséquences que votre mort brutale pourrait avoir sur vos proches ou sur le royaume. »
Il regarda les princesses.
 » Vous croyez que votre sang royal vous protège de la maladie ? »
Véridienne, Récits du Demi-Loup #1, Chloé Chevalier.

« Attendu que la garde du Demi-Loup se trouvait réduite à néant, autant, pensait Malvane, repartir sur de nouvelles bases. Puisqu’à travers les époques, jugeait-elle, les hommes d’armes placés en situation de supériorité n’avaient jamais su contenir leurs instincts violents, il fallait se détourner d’eux et confier l’arc et l’épée aux femmes du Demi-Loup. La princesse considérait la femme comme plus mesurée et plus douce que l’homme et surtout – et là perce l’extrême ambivalence de son point de vue sur notre sexe – comme plus soumise à la hiérarchie. Elle estimait donc que jamais une armée de femmes ne se livrerait au viol, que jamais, connaissant la maternité, elle ne s’en prendrait injustement aux enfants, que jamais elle ne ferait le mal par fureur guerrière ou par plaisir et que, écoutant et comprenant toujours son chef, elle serait plus efficace.
De mon côté, même si jamais je n’osai lui en faire part, je nourrissais des doutes extrêmement forts quant à ces théories. Pour avoir vu ce que Calvina et Malvane elles-mêmes, encore jeunes filles, avaient infligé à leur amie Cathelle, je ne me faisais pas une seule illusion quant à une quelconque modération féminine. »
Les Terres de l’Est, Récits du Demi-Loup #2, Chloé Chevalier.

« Mon tour était arrivé. Je n’avais rien préparé. Pas eu le temps, ni la force. Penaude, j’avais jeté un coup d’œil à Malvamonde à côté de moi et elle m’avait encouragée du regard.
« Curieux comme il s’avère difficile de lui adresser des mots d’au revoir, lui avais-je chuchoté au creux de l’oreille. De toute ma vie, je n’ai jamais su ce que je pensais de lui, au juste. Il n’a pas fait un très bon roi, cela va sans dire, ni le meilleur des pères, ni, pour ce que j’en sais, le plus formidable des époux. Et pourtant, maintenant que sa fin est venue, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’était un homme bien. Étrange, non ?  »
Malvamonde avait porté la main à sa bouche pour cacher un léger rire, un rire de soulagement et de gratitude.
« Nersès, tu viens sans doute de lui faire là le plus terrible et le plus magnifique des adieux. » »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.

« J’élus comme guides le lieutenant Areste, fils de la comtesse des Arvis, qui avait donc grandi tout près de là, et Mak, un vieux bougon hirsute qui tenait plus de l’ours que du Chat. Selon ses propres mots, il avait choisi de tourner le dos à Édelin uniquement « pour nous donner un coup de main », parce que « sans lui, on calancherait tous comme des agneaux de l’année dans le premier pierrier venu ». Mak avait arpenté les Monts de l’oubli avec sa mère bergère jusqu’à ce qu’il rejoigne l’armée à quinze ans, et en conservait une connaissance aussi intime qu’experte. Je décidai de placer ma confiance en ce deux hommes, et les laissai se quereller sur les meilleurs chemins à emprunter. En général, le vieux, plus savant, prenait le dessus. »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.

« J’ai levé un sourcil narquois.
« Entre décider quelque chose puis donner les ordres correspondants, et le faire soi-même, vous percevez autre chose qu’une nuance polie ? »
Aldemor, bien sûr, n’a pas ri. »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.

TTT #14 : Dix livres que j’aurais aimé lire dans mon enfance

Le TTT est un petit rendez-vous hebdomadaire, fixé au mardi, et qui consiste à faire un petit top 10, d’où son nom : Top Ten Tuesday. Il a été créé par The Broke and the Bookish en juin 2010, et a été repris en janvier 2018 par That Artsy Reader Girl. On y parle, de préférence, de sujets en rapport avec les livres, ou la lecture et ce rendez-vous consiste à lister 10 points (souvent 10 titres) en rapport avec le thème donné. Une fois n’est pas coutume, je m’aligne sur le thème originel et à la bonne date ! Champagne !

Et donc, cette semaine, le thème est :

Dix livres que j’aurais aimé lire enfant

Alors avant toutes choses, je dois préciser que je fais partie de cette petite bande d’affreux privilégiés qui a pu lire Harry Potter au fil des parutions, en ayant en plus à peu près l’âge des personnages principaux. Grand luxe !
Deuzio, ma famille m’a toujours offert ou donné accès à des montaaaaagnes de livres (je pense qu’on a tous eu une carte à la médiathèque dès notre naissance ou presque). Mais, malgré tous ces efforts, je suis passée à côté de petites pépites, soit parce qu’elles sont parues plus tard (tristesse) soit parce que je n’ai découvert leur existence que sur le tard, voire bien après l’âge auquel elles étaient destinées (double dose de tristesse). Voici donc les titres que j’aurais sans aucun doute adoré lire en étant enfant (disons jusqu’à 12 ans) !
Sans trop de surprise, il y a pas mal de coups de coeur dans la liste, car chacune de ses lectures a parlé à mon coeur de mouflette 🙂
Un clic sur les couvertures pour lire les chroniques !

 

10. La Longue marche des dindes, Kathleen Karr (L’École des Loisirs).

Ce titre a été publié pour la première fois en 1999, donc c’est un exemple typique du « pas vu à l’époque, pas lu ». D’autant plus incompréhensible que j’avais vraiment adoré un autre roman de l’autrice, La Caverne (lu en 4e il me semble, de façon totalement clandestine), donc j’aurais clairement pu me pencher sur le reste de sa bibliographie (même si après la 4e, ça aurait quand même fait entrer ce livre dans le top). Encore plus d’incompréhension ? J’étais abonnée à L’École des Loisirs lorsque j’étais petite (de très petite à la fin du collège), donc malgré les couvertures moches des romans (soyons honnêtes, hein…), je savais qu’en général c’étaient de bons livres (même si j’ai souvenir de quelques déceptions dans ceux que j’ai reçus). Mais bon, trêve de bavardage, et passons à La longue marche des dindes.
C’est un roman d’aventure qui nous emmène au Far West avec tout ce qu’il faut dedans : des cowboys, des Indiens, des esclavagistes, des escrocs, des petits vieux qui totottent du whisky dès 6h du mat’, et une aventure épique à souhait. C’est hyper bien écrit (mais lisible par des enfants), c’est dépaysant, prenant, et en plus, c’est MARRANT. Que demander de plus ?

9. Le passeur, Lois Lowry (L’École des Loisirs).

Tiens, allez, un copain dans la lignée des « pas vu, pas lu », qui lui aussi cumule les mêmes points que précédemment (École des Loisirs, autrice déjà lue, etc.). Là, ce que je ne comprends pas, c’est que j’ai emprunté à la bibliothèque et lu (en 6e, peut-être ? Ou en 5e ?) L’élue de Lois Lowry toujours, qui se trouve faire partie de la même série que Le passeur (quoique lisibles indépendamment), et que j’avais déjà adoré. Bah alors ?! Que s’est-il passé à la bibliothèque ?! (Et je sais de source sûre qu’ils y étaient tous). Ai-je subitement boudé le rayon des L ? (car oui, j’ai eu une période assez méthodique à la médiathèque, ça me permettait de savoir où j’en étais). Mais voilà, il y a eu un petit raté, apparamment : mystère, mystère.
Le passeur, c’est donc une dystopie parue en 1993, donc nettement avant la vague des dystopies qu’on a connue ces dernières années. C’est Lois Lowry, donc sans surprise, c’est hyper bien écrit, bien mené et cela propose une chouette base de réflexion (sans être hyper militant). Il y a dedans tout ce qui fait une bonne dystopie (société totalitaire, une personne au moins qui se pose de saines questions, des gens aveugles à la situation…). J’ai aimé le côté hyper posé du récit, qui ne fait pas intervenir beaucoup de scènes d’actions. Il y a eu une adaptation ciné, mais je l’ai trouvée moins forte que le roman (sans surprise, car le twist sur lequel repose l’intrigue était difficile à mettre en image).
J’aurais également pu citer dans ce top Passeuse de rêves, de la même autrice, un magnifique roman d’apprentissage plein de poésie !

8. Le Mystère de Lucy Lost, de Michael Morpurgo (Gallimard jeunesse).

Alors là, c’est juste une question de timing, vu que ce roman est sorti en 2015. Mais clairement, j’aurais adoré le lire entre 9 et 12 ans ! D’ailleurs, il me semble avoir lu Soldat Peaceful dans ces eaux-là, et j’en garde un excellent souvenir.
Ici, l’auteur évoque le torpillage du paquebot Lusitania par les allemands pendant la Première guerre mondiale – considéré contre le premier crime de guerre de l’Histoire commis contre des civils. L’intrigue joue sur des narratrices et deux temporalités : d’une part, Merry McIntire, survivante du Lusitania, qui narre ses souvenirs des années après le naufrage ; d’autre part, une fillette mutique retrouvée sur une île abandonnée de l’archipel des Scilly, en 1915, appelée Lucy Lost et rapidement considérée par les habitants de l’archipel comme une dangereuse boche sans doute à l’origine du conflit mondial. C’est une petite brique, ce roman, mais j’avais déjà une passion pour les gros livres étant enfant. Je trouve que Morpurgo a un talent fou pour raconter des histoires tristes et graves, sans sombrer dans le manichéisme, et en laissant tout de même une petite lueur d’espoir ou d’enthousiasme (même si parfois, on sort son mouchoir). Effet bonus : ses livres sont tout aussi passionnants lorsqu’on les lit adulte !

7. La Quête d’Ewilan, de Pierre Bottero (Rageot).

Que j’ai découvert peu de temps après sa sortie, pourtant… mais au lycée ! Mais la série s’est sans difficulté hissée au rang de mes séries chouchoutes et j’ai ensuite lu religieusement chaque titre à sa sortie (et j’ai même salement attendu entre les tomes du Pacte des Marchombres, puisque l’auteur écrivait la trilogie L’Autre en même temps !). Du coup, je les ai bien lus dans l’ordre de parution et je pense que ça vaut vraiment le coup : le style de Pierre Bottero a vraiment mûri entre le premier tome et les autres, donc le tout début peut parfois paraître un peu enfantin. Malgré cela, j’ai fondu pour Gwendalavir, les personnages extraordinaires de la série et l’intrigue aussi prenante qu’addictive. C’est comme Harry Potter, c’est une série que je relis régulièrement avec grand plaisir !

6. La fille qui avait bu la lune, Kelly Barnhill (Anne Carrière).

Timing en cause, cette fois (et ce sera pareil pour tous les titres qui suivent) ! Car ce roman est sorti il y a seulement 3 ans en VF (2017, donc). À ma connaissance, c’est le seul titre traduit en français de l’autrice, mais vu la qualité de celui-ci, je suis émninemment curieuse du reste de son oeuvre. On y suit une vieille sorcière, Xan, qui adopte une fillette abandonnée dans les bois (au lieu de la confier à une famille aimante de sa connaissance). En effet, durant le trajet dans les bois, la fillette, Luna, a un potentiel magique assez incroyable, que Xan se doit de canaliser. Ce récit initiatique baigne dans un onirisme et un merveilleux qui rendent vraiment prenant. A côté de ça, l’autrice traite de sujets nettement plus grave (autoritarisme religieux, dépression, folie, dictature…) sans rendre le roman déprimant à souhait, mais sans non plus prendre son lectorat-cible (les 9-12 ans) pour des imbéciles. C’est à la fois sensible et hyper équilibré ! Énorme coup de cœur, donc, et je pense que j’aurais adoré lire ce roman à l’âge pour lequel il a été écrit !

5. Tobie Lolness, Timothée de Fombelle (Gallimard jeunesse).


Je pensais avoir lu ce roman « assez récemment », mais mon profil Livraddict m’apprend qu’en fait, c’était en 2013. Et pourtant, je me souviens comme si c’était hier de l’immensissime coup de coeur (surtout le tome 2, d’ailleurs) que j’ai ressenti pour cette série, avec laquelle je découvrais Timothée de Fombelle – depuis j’ai lu d’autres titres, et il fait partie des auteurs fort appréciés !
Pour être honnête, je ne sais pas si, enfant, je me serais jetée sur le titre. Quand je l’ai pioché à la bibli, j’avoue que le résumé ne m’avait, de prime abord, pas emballée. Mais, gamine, j’ai adoré le film Le Petit monde des Borrowers donc… pourquoi pas ? Ce qui est sûr, c’est que j’aimais les récits d’aventure et que dans Tobie Lolness, on est servis !

4. Gardiens des Cités perdues, Shannon Messenger (Lumen).


Avant mes 12 ans, j’ai adoré lire Harry Potter, donc je pense que j’aurais également adoré lire Gardiens des cités perdues, série souvent comparée à la précédente (alors que les points communs ne sont, finalement, pas si nombreux). Les histoires d’univers parallèle et de magie, c’était déjà tout à fait mon business, donc cette série avait toutes les chances de tomber dans mon escarcelle. Mais en réalité, je pense que j’aurais surtout été attirée par l’épaisseur des tomes. Je me sentais souvent frustrée de lire des « petits » livres : en toute logique, une série dont chaque tome dépasse les 500 pages n’aurait pu que m’attirer irrémédiablement ! Par ailleurs, en tant qu’adulte acariâtre, je ne crois bien souvent pas une seconde aux moult péripéties que traverse Sophie (ce qui ne m’empêche pas de les lire avec un certain plaisir). Mais à 10 ans ? Eh bien à 10 ans, je pense que j’aurais signé des deux mains si c’était possible ! Entre l’école de magie, les mystères, l’univers coloré et farfelu, les histoires entre la bande de protagonistes, il n’y a là que des éléments qui m’auraient plu !

3. Flavia de Luce, Alan Bradley (Le Masque, Msk).

Que voilà une série de polars que j’aurais adorée lire enfant ! (Peut-être plutôt à partir de 10 ans qu’à partir de 8, quand même). On y suit les aventures de Flavia, une jeune chimiste en herbe, passionnée d’énigmes, qui n’hésite pas à seconder la police de son comté (laquelle aimerait bien enquêter tranquille). Entre histoires de famille et prémices de la police scientifique, on est servis. L’auteur, en plus, ne dédaigne pas l’humour, qui fait mouche. Soyons honnête : j’aurais adoré le côté langue de vipère de Flavia et ses réparties cinglantes.
Et j’aurais été aussi dépitée que maintenant de voir que la suite de cette série a manifestement été abandonnée en VF. Alors qu’il y a 11 tomes dans la série originale, seulement 4 sont disponibles en français !

2. De cape et de mots (et tous les autre romans de) Flore Vesco (Didier jeunesse).

Je ne sais si j’aurais tout bien saisi en lisant ce livre à 10 ou 12 ans. Ceci dit, je lisais des trucs qui, je pense, échappaient pour partie à ma compréhension, donc pourquoi pas ! Quoi qu’il en soit, j’aimais les romans historiques, donc j’aurais très certainement apprécié l’ambiance de celui-ci.Il y a de l’enquête, des intrigues de cours, des rebondissements hyper rocambolesques. Serine, en plus d’être futée, est un personnage très marrant à suivre, ce qui est hautement agréable. Bonus sur le gâteau : les jeux de mots et inventions langagières sont légion, et c’est top !

1. Zita la fille de l’espace, Ben Hatke (Rue de Sèvres).

Si vous me connaissez bien, vous ne serez sans doute pas surpris de trouver cette BD en haut de ce top ! D’ailleurs, j’ai cousu un cospaly de Zita cette année, pour la Nuit de la Lecture (vu qu’on était sur le thème BD).
Cette BD est parfaite pour de jeunes lecteurs parce qu’il n’y a pas trop de texte à lire et de somptueuses illustrations. Ben Hatke maîtrise vraiment bien la narration donc il y a du suspense tout le temps, même quand il n’y a pas de texte ! Honnêtement, ça m’aurait agréablement changé de Buck Danny, Blake et Mortimer et autres Aldebaran (oui, je lisais plus de BD adultes que de BD jeunesse. La faute 1/ à la bibliothèque paternelle, 2/au classement approximatif à la bibliothèque municipale).

 

Et voilà, ça en fait 10 ! Et vous, les romans que vous auriez aimé dans votre enfance, lesquels sont-ce ?

[2020] Petit bilan de mars

Apparemment, cela faisait un an que je n’avais pas fait de petit bilan ! Il est temps de s’y remettre !

Carnet de lectures.

Ici, je parle des livres que j’ai lus mais auxquels je ne compte pas consacrer de chronique complète.

Filles de la Walïlü,  Cécile Roumiguière (École des Loisirs).
Entre un océan glacé et la forêt immense, sur la presqu’île de Iurföll, les hommes partent pêcher dès qu’ils en ont l’âge. À terre, les femmes gouvernent, elles exercent tous les métiers, et sont libres de vivre toutes les amours qu’elles désirent. C’est dans cette société sereine et joyeuse qu’Albaan Blosseüm grandit. Sereine, peut-être pas tant que cela. Les rêves qui assaillent Albaan sont porteurs de noirs présages. Une malédiction planerait-elle sur elle ? Qui est cette femme au visage brûlé qui lui veut du mal et semble prête à lever tout le village contre elle ? Au nom de quelle vengeance ? Pendant ce temps, dans la forêt, rôde la Walïlü, fascinante créature des contes horrifiques de son enfance…
Le résumé m’emballait carrément, mais je dois dire que j’ai un peu peiné sur cette lecture. Peut-être parce que l’éditeur a vraiment misé sa comm’ sur l’aspect fantastique du roman… alors que celui-ci ne l’est pas du tout. Certes, on parle à plusieurs reprises de la Walïlü, chouette terrifiante qui règne sur la forêt, certes Albaan a des rêves quasi prémonitoires, mais c’est un peu léger pour qualifier l’ensemble de « fantastique ». On est plutôt dans un récit à mi-chemin entre l’aventure et le conte, servi dans une ambiance de pleine nature (version île hyper isolée) très réussie. L’intrigue parle très bien des secrets de famille (même si ce n’est pas le point central), des superstitions, du passage de l’enfance à l’âge adulte (via une adolescence riche en péripéties), de l’amour. Il y a un décalage vraiment intéressant entre la vie sur l’île et l’époque. On suppose que ça se passe à notre époque puisque les personnages ont des ordinateurs équipés d’internet ; mais la vie semble figée au XIXe siècle, avec une prépondérance des métiers manuels (et des métiers utiles !) sur l’île, un conseil qui tient lieu d’organe politique et qui est renouvelé tous les 18 mois et un lien très fort à la nature. L’autrice s’est inspirée de la vie sur l’île estonienne de Kihnu – une île qui, comme ici, est gérée par les femmes – ce qui accentue le côté décalage avec ce que l’on connaît – et ce n’est vraiment pas désagréable ! Il y a un côté un peu « bulle » à lire ce livre rebattu par les embruns. L’autrice a un style vraiment ciselé, c’est un plaisir à lire. J’ai trouvé qu’il introduisait une espèce de distance un peu froide avec les personnages mais ça cadre parfaitement avec le récit. Si j’ai été un peu désappointée par l’absence de fantastique, j’ai apprécié la balade sur la presqu’île pour toutes ces autres raisons.

Thair, tome 1 : Renaissance, Jean-Luc Marcastel (Leha).
Alors là, ce n’est pas la même limonade. Je suis allée jusqu’au bout pour voir (en me faisant violence), mais clairement, Thair et moi n’étions pas faits DU TOUT pour nous entendre (je ne lirai donc pas la suite). Si vous comptez lire ce roman, ne lisez pas la suite, car je spoile.
L’intrigue se déroule dans une France (Thair) post-apocalyptique assez futuriste. Suite à une catastrophe d’envergure (une épidémie de peste venue de la Lune), les humains se sont réfugiés dans des bastions enfouis dans lesquels ils avaient accès une technologie hyper avancée (exosquelettes de combat, portes commandées par la pensée, etc). Alors qu’ils ont réussi à regagner la surface, après 1000 ans de vie souterraine, catastrophe : le fléau d’Itrkhen le maudit est de retour, avec des bestioles robotiques terrifiantes (et la peste, évidemment). Faïria est contrainte de devenir plus tôt que prévu la castalaïna (comprenez châtelaine-mère-déesse) de son bastion, Orguenoire, sa mentor étant tuée dans l’attaque. Afin de sauver les siens (et la planète), elle est obligée de descendre dans les tréfonds du lieu pour exhumer une arme surpuissante qui dort là depuis le début et qui est capable d’anéantir le-dit fléau (spoiler alert : il s’agit du corps de Jaan de Carsac, le type qui avait déjà mis les humains en garde contre l’existence de cette peste lunaire). Mais c’est pas de chance, car sa cuve de régénération est cassée, donc Faïria va devoir supporter une insémination artificielle (avec beaucoup trop de détails et de précisions autour de ses cuisses écartées), une gestation accélérée (en 3 heures) et un accouchement dans la violence et la douleur pour le faire revenir à la vie. C’est vrai que quand on maîtrise le voyage spatial, l’ouverture de portes par la pensée, la résurrection d’un mec mort depuis un millénaire, la péridurale, c’est compliqué. Parallèlement, on suit les tribulations de Yaïn, un jeune pêcheur qui a trouvé une sirénaïre blessée (comprenez une fille des profondeurs, avec la carnation d’un orque, mais avec deux jambes qu’elle ne peut pas utiliser sur Terre. Vachement pratique). Évidemment, il en est tombé amoureux, évidemment c’est réciproque, et il la séquestre protège dans une bergerie. Mais de vilains pillards l’ont enlevée et vont la vendre à un bordel, donc il court à sa recherche. Ce que je n’ai pas aimé, là-dedans, en vrac : le thème de la quête à la princesse (vu, revu, et rerevu). Surtout quand la princesse ressemble à Ariel, ce n’est clairement pas crédible et Yaïn ne vaut pas mieux à mes yeux que les mecs qu’il pourchasse. Les descriptions des femmes sont dignes d’un roman érotique des années 80 (je ne m’étends même pas sur la complaisance envers la douleur de l’enfantement, j’ai mal, mais je prends mon pied quand même. Ni sur les scènes pseudo-érotiques entre la « mère » et le « fils » à base de « c’est mal mais c’est vachement bien quand même ». Extrêmement étrange). Et bien sûr, les héroïnes ne servent à rien (l’une se fait enlever, l’autre devient inexistante dès que le Mâle est ressuscité), à part comme enjeux sexuels. Enfin, l’histoire en elle-même met un temps infini à démarrer. Eh oui, le récit passe tellement de temps à parler des seins des héroïnes et en scènes érotiques qu’on ne progresse pas d’un iota. Je me suis copieusement ennuyée, d’autant que les tribulations amoureuses des personnages ne me passionnaient pas. En plus de cela, le style est verbeux à souhait (bourré d’incorrections avec ça), ça me tombait littéralement des mains. Est-ce qu’on parle de « le gémissement qu’elle poussa, quoique plus chantant et mélodieux qu’aucun autre, était bien celui d’une femme, quand il s’enfonça pour la première fois dans la fleur aux pétales sensibles éclose au creux de ses cuisses d’obsidienne » ??!! Et certaines métaphores sont les mêmes que celles qui m’avaient déjà foutrement agacée dans Le Dernier hiver (mention spéciale à « son visage d’elfe eurasienne ») !
Dans les bons côtés, je vais quand même citer l’univers qui est super cool. C’est vraiment intéressant d’arpenter cette France dévastée (il y a une carte au début), repliée sur des sortes de régions autonomes (dont Avarnia pour l’Auvergne) et de chercher les références dans les noms de villes que l’on traverse (Tolosania, etc.) pour se figurer les trajets des personnages.  Mais ce sera quand même sans moi pour le tome 2.

 

Côté séries.

Ce mois-ci, j’ai découvert la série Mindhunter (chaudement recommandée par le formateur d’un stage sur le polar en bibliothèque que j’ai fait en début de mois). Superbe découverte !!
La série se déroule à Quantico, dans les années 1970 et retrace la création, puis l’évolution du Bureau des Sciences Comportementales du FBI, l’ancêtre des profileurs. On y suit les agents Holden Ford, Bill Tench et la docteure et psychologue Wendy Carr. Principale occupation ? Aller interroger des meurtriers multirécidivistes (aujourd’hui appelés serial killers, mais le terme n’existait alors pas !) pour tenter de tirer de leurs actes un schéma comportemental applicable à d’autres. Bref : les bases du profilage. Et c’est passionnant ! D’ailleurs, le tout est inspiré des parcours et travaux des agents du FBI John Douglas (à qui l’on doit le livre Mindhunter : dans la tête d’un tueur en série, et qui inspire l’agent Ford), Robert Ressler (qui a inspiré Bill Tench) et la psychologue et professeur d’université Ann Burgess.
La série utilise tous les codes des séries policières (ambiances sombres, cadrages serrés, musique oppressante), sans toutefois basculer dans les scènes de violence que semble affectionner le genre (pas de viols ni de meurtres visibles). La violence est plutôt psychologique, car il faut évidemment composer avec les interviews des meurtriers en série, les quelques affaires sur lesquelles sont appelés les agents, et les injustices flagrantes perpétrées par la justice (notamment dans la saison 2, lorsque des enfants noirs sont enlevés et assassinés à Atlanta, mais que l’affaire n’est jamais vraiment résolue). Tout cela est donc hyper prenant et je n’ai pas vu passer les deux premières saisons. La série est prévue en 5, mais son avenir semble un peu incertain pour l’instant. J’espère vivement qu’elle sera prolongée car les deux premières saisons nous font voir un type extrêmement louche, qui a tout le profil du tueur en série (d’autant qu’il semble lié aux crimes d’un autre tueur interrogé par l’équipe) et j’avoue que j’ai vraiment hâte d’en savoir plus ! NB : si la tête de Macron vous donne de l’urticaire, passez votre tour : l’acteur qui incarne Holden lui ressemble quand même assez bizarrement !

J’en ai également profité pour terminer Perdus dans l’espace (commencée il y a trois plombes) et, là aussi, très bonne surprise. J’aime vraiment cette série !
On y suit la famille Robinson, membres de la 24e mission de colons Terriens partant pour la galaxie d’Alpha du Centaure (car en 2046, suite à un impact d’astéroïde, la vie sur Terre est devenue très difficile). Malheureusement, un grave incident à bord du Résolution (le vaisseau-mère), contraint une grande partie des colons à éjecter leurs Jupiter (vaisseaux de colonisation) et à atterrir sur une planète inconnue. Là, les ennuis ne sont pas finis : un robot extraterrestre terrorise les colons, qui doivent en plus s’adapter à un environnement hostile, sans savoir s’ils pourront rejoindre leur destination prévue. Eh bien on pourra dire que je me suis passionnée pour les aventures de Maureen, John, et leurs trois enfants, Judy, Penny et Will – au point d’en rêver une nuit après un ciffhanger particulièrement violent. C’est dire ! La série est vraiment tout public (elle est indiquée 7+) et c’est peut-être son principal défaut (en plus d’être montée à l’américaine) : franchement, on n’y croit pas une seule seconde ! Les personnages sont dans la panade ? Ok on s’angoisse un peu, mais on sait très bien qu’ils vont sans sortir. En plus, il se passe bien trop de choses par épisode. Mais malgré ce côté surenchère, ça marche : le rythme est hyper prenant, émaillé de quelques passages émouvants complètement gnangnan, mais qui passent eux aussi comme une lettre à la poste. Honnêtement, je m’attendais à râler à chaque épisode mais pas du tout, je me suis laissée embarquer et j’en suis même à faire des conjectures sur la conclusion de la deuxième saison et ce que nous réservera la troisième (et dernière). Pari réussi donc !

Top & Flop.

Vous l’aurez sans doute compris, ma rencontre avec Thair a donc été passablement ratée. J’étais d’autant plus déçue que le synopsis me semblait assez vendeur, sans parler de la couverture. Je suis quand même allée jusqu’au bout, mais sans que ça y change quoi que ce soit. Dommage !

Difficile de ne choisir qu’un top, mais vu que j’ai eu un coup de cœur ce mois-ci, je suis obligée d’en parler. J’ai écouté Les Petites reines de Clémentine Beauvais (que je découvre seulement, il était temps !) et c’était génialissime (pas moins). Le texte est hyper drôle, en plus d’aborder avec subtilité de grossophobie, de handicap et de harcèlement scolaire. La mise en voix de Rachel Arditi est extraordinaire !

Citations.

« Derrière un rideau d’arbres, au fond de la forêt, un lac noir sous le ciel noir. Et le froid. Un chuintement, une plainte. Un cri de douleur qui signe la fin de la nuit. Lentement, le noir du ciel se griffe d’or et d’argent, le cobalt fond sous l’indigo. Le gémissement, à nouveau, résonne sans que personne ne soit là pour l’entendre. Un trait, un éclair nacré dans le blanc de la glace, et un soupir, le dernier, un son à lacérer le cœur quand la plaque se scinde en deux. Le morceau de glace hésite, il tangue en suivant le clapot des eaux du lac. Le vent tombe, la plaque dérive.  »
Filles de la Walïlü, Cécile Roumiguière.

« Écoute, c’est notre faute. Je le sais. Ta mère et moi t’avons raconté trop d’histoires. On t’a donné l’impression que le boulot de mercenaire était merveilleux. Il ne l’est pas. C’est dur, tu sais. Des routes interminables, des nuits solitaires. Tu passes la moitié de ton temps trempé comme une soupe et tu as toujours froid. Tu affrontes des créatures horribles dans des endroits sinistres et la trouille te noue les tripes à l’idée qu’elles puissent te tuer avant que tu le tues. Ça ne se passe pas comme dans les chansons, Tam. Les mercenaires ne sont pas des héros. Ce sont des tueurs.  »
Wyld, tome 2 : Rose de sang, Nicholas Eames.

« Le vendredi soir, j’adore sortir du lycée à dix-huit heures. Les couloirs sont déserts et la nuit presque tombée enrobe les bâtiments d’une obscurité bleutée et cotonneuse. Les profs qu’on croise ont l’air à nouveau de ce qu’ils sont en dehors, pères de famille, amoureuses en retard pour le ciné, conducteurs d’une Mégane vert pomme, en train de se demander si ce soir ce sera soupe ou salade composée. On peut les surprendre en train de regarder leur portable ; ils nous sourient distraitement.
Dix-huit heures, un vendredi soir : c’est le moment de la semaine où les masques tombent. »
C’est pas ma faute, Samantha Bailly & Anne-Fleur Multon.

« Si elle ne l’avait pas aperçue dans la foule attroupée autour de Sev, elle savait d’instinct que, cachée quelque part, Val n’avait rien raté de la scène. Cette dernière avait ceci de commun avec la pluie que, parfois, en se concentrant un minimum, Véronyka pouvait sentir sa présence telle une gêne au coeur même de ses os.  »
Sœurs de sang, tome 1 : L’Envol du phénix, Nicki Pau Preto.

 

[2019] Petit bilan de janvier-février.

Carnet de lectures.

Du côté des romans.

Fréquence Oregon, Loïc Le Pallec (Sarbacane – Exprim’).
Sur Terre, dans quelques années. Alta Luna vit dans un luxueux complexe pour familles fortunées, régi par des robots, loin du chaos ambiant. Elle s’y ennuie copieusement : son père est absent, sa mère souffre de dépression. Heureusement, il reste les amis pour s’évader, et un vieux poste de radio. Un beau jour, un couple de déserteurs échoue sur leurs côtes. C’est l’aiguillon qui manquait aux amis, qui organisent l’évasion. Destination l’Oregon, où un mystérieux « capitaine Green » bâtit, paraît-il, un monde nouveau.
Bon, avec ce titre, la rencontre a été ratée… Premier point : les personnages que j’ai trouvés hyper fades et stéréotypés. Hormis la protagoniste, les filles sont quasi inexistantes et ne servent qu’à faire passer les garçons pour de splendides chevaliers servants. Ainsi, l’héroïne manque de se faire violer deux fois, et est sauvée par les mecs deux fois. Quand ce n’est pas elle, ce sont les autres filles (interchangeables), qui sont vendues à un bordel et… derechef sauvée par les hommes. Groumpf ! Côté anticipation, c’est tout aussi léger. Il y a un vague discours écologiste hyper moralisateur, agaçant plus qu’autre chose. Bref, dans la même veine, il vaut mieux lire Le Jardin des Épitaphes de Taï-Marc Le Thanh !

30 jours sans déchets (ou plus…), Sophie Rigal-Goulard (Rageot).
Fatigué de voir toujours ses voisins, les Delamarre, passer pour des stars dans le journal (car ce sont de parfaits éco-citoyens, notamment), Austin fomente un plan diabolique. Faire mieux qu’eux ! Pour cela, il entraîne toute la famille dans un défi zéro déchets…
Vraiment, ça partait bien et le roman avait tout pour me plaire : le sujet est sympa et cette série jeunesse est plutôt rigolote et bien faite (il y a Dix jours sans écran, 24h sans jeu vidéo, etc.). Dès le départ, j’ai trouvé le prétexte hyper pauvre : franchement, s’améliorer pour faire mieux que les voisins, ça ne m’a pas emballée (le gamin a une dizaine d’années, donc pourquoi pas, mais de la part des parents, bof…). J’ai trouvé en plus les personnages hyper stéréotypés : la mère passe son temps en cuisine, la sœur ne veut pas lâcher ses cosmétiques… J’entends bien qu’il était plus facile de parler ainsi des cosmétiques maison, mais bon, les mecs aussi peuvent mettre des crèmes et prendre soin d’eux ! Enfin, il y avait quelques inexactitudes qui m’ont plus qu’agacée (des ampoules à la poubelle et du mélange vinaigre-bicarbonate préparé à l’avance… ce qui ne sert strictement à rien). En plus le défi dure nettement plus que 30 jours ! Pourquoi ne pas tabler directement sur 365 jours sans déchets niveau titre ? Mauvaise pioche bis, donc. Dans la série, je vous recommande chaudement les autres titres qui sont nettement plus prenants et marrants !

Oyana, Eric Plamondon (Quidam).
Bon, on enchaîne les rencontres mi-figue, mi-raisin. Lorsque s’ouvre ce roman, la narratrice est occupée à écrire une lettre à son mari. Dans cette lettre, elle prévoit de lui expliquer comment et pourquoi cela fait 23 ans qu’elle lui ment, qu’elle répond au prénom de Nahia  – alors qu’elle s’appelle en réalité Oyana -, qu’elle n’est pas orpheline, et qu’elle doit absolument rentrer chez elle, au Pays basque, qu’elle a brutalement quitté quelques 20 ans plus tôt (et non trente comme il le pense). Pourquoi cette urgence ? Parce qu’en mai 2018 a été prononcée la dissolution de l’ETA et que cela change tout pour elle.
Je ne vais pas vous en dire plus pour ne pas gâcher le roman car, vraiment, les liens entre la narratrice, le groupe terroriste et le gros secret qu’elle cache doivent être découverts de la façon dont ils sont mis au jour : doucement, précautionneusement, en tournant largement autour du pot, parce que parfois la vérité est difficile à accepter et à verbaliser, et que c’est bien tout l’intérêt de ce roman. Ce voyage intime, Eric Plamondon nous le raconte avec une grande sensibilité, sans prendre parti pour ou contre les actes de la narratrice, en la laissant dévider ses mots, jusqu’au moment où elle arrive sur place – et là, la narration change pour le style direct, et j’ai trouvé ça moins sensible et intime, pour le coup. Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup aimé la façon dont, justement, aucun parti n’était pris et comment, en passant, l’auteur nous retrace l’histoire mouvementée de la région (et ça ne parle pas que de terrorisme, il est aussi question d’un tas de trucs, y compris des baleines, ce qui explique la couv’ !). Alors, qu’est-ce qui ne l’a pas fait ? J’utiliserais volontiers une phrase de prof : ce roman a les défauts de ses qualités. D’une part, parce que lorsque j’ai enfin découvert les raisons du mal-être de la narratrice, je me suis un peu sentie flouée sur la marchandise. C’est donc pour cela que tu te mets la rate au court-bouillon ? OK, c’est moche, mais ce n’est pas du tout aussi moche que tu nous l’a fait croire pendant 50 pages ! Mais en même temps, on comprend que ça la travaille autant et qu’elle mette autant de temps à parler de ce passé qui la tarabuste. Ensuite parce qu’à mon grand regret, il restait pléthore de coquilles dans le texte, malgré des recherches manifestement minutieuses et fouillées, et un style fort. Sans parler des erreurs en basque – à commencer par l’horripilante faute d’orthographe du titre. Non, les noms propres n’ont pas d’orthographe, je sais mais ! ça tombe bien ! C’est justement un nom commun ! Et puis si c’est trop dur à prononcer pour les francophones (ce que je peux entendre), il fallait choisir autre chose. Cette graphie, dans le contexte de sa naissance, c’est juste une hérésie. Et oui, je suis clairement de parti pris mais bon, zut à la fin. Second problème : Google Trad. N’EST PAS un dictionnaire bilingue fiable. Donc non, « fanon » (de baleine), ça ne se dit pas kokospearekin. Parce que ça, ça signifie « avec le fanon de baleine » : ok, c’est proche, mais c’est quand même incorrect. Alors évidemment, je pinaille, mais voilà, c’est le genre de détail qui a tendance à m’escagacer super fort. Pis d’ailleurs, je pourrai pinailler encore plus fort et signaler que kokospe, c’est juste « fanon » et que si on veut être pointilleux, « fanon de baleine » c’est balea-bizar. Oui, on s’en fout, mais ma mauvaise foi est sans limites. Mon agacement aussi quand je tombe sur des trucs pareils.
Avec ça, est-ce que tout était à jeter ? Non ! Le voyage intime est intéressant et la chute du roman à la fois bien trouvée et bien amenée !

Rayon bulles.

Transat, Aude Picault.
Aude, jeune graphiste parisienne, ne supporte plus la routine métroboulotdodo. Quand elle y réfléchit, elle a pourtant une vie plutôt agréable, mais la terrible sensation d’être sur des rails, d’avoir perdu l’étincelle qui donne du sens au quotidien. Se présente alors l’occasion de partir en transat, avec un marin aguerri. Elle franchit le cap… et ça lui fera le plus grand bien !
Cette BD m’a été chaudement recommandée par un collègue et je ne regrette pas de l’avoir découverte ! Le récit mêle introspection (intelligente et marrante !) et carnet de voyage (dépaysant, divertissant !) en un parfait mélange. Les graphismes sont aussi simples qu’efficaces. J’ai adoré la partie sur le bateau, quasiment dépourvue de dialogues, mais servie en illustrations magnifiques. J’ai envie de découvrir d’autres titres d’Aude Picault maintenant !

Constance d’Antioche, tome 1, La princesse rebelle, Jean-Pierre Pécau, Dimitri Fogolin et Sébastien Lamirand (Delcourt).
Lorsque le cadavre sans tête de son père Bohémond II prince de Tarente et d’Antioche pénètre dans la cathédrale St Pierre pour y reposer, Constance n’a que 6 ans et sa mère Alix à peine 20. Mais si les larmes de Constance sont sincères, celles d’Alix sont feintes, et cette dernière fait aussitôt enfermer sa fille pour prendre la régence et ainsi avoir les mains libres de s’essayer aux arcanes du pouvoir.
Dans la série Les Reines de sang, voici venu le tour de la princesse Constance d’Antioche, qui me semble assez méconnue, mais que j’avais croisée l’an passé en lisant Djinn de Jean-Louis Fetjaine (que je n’ai jamais chroniqué). Ce premier tome, s’il s’arrête à la fois en pleine action et en plein conflit, est drôlement bien mené. Les enjeux (complexes) de l’époque et de la région sont clairement exposés, dans un récit linéaire. Les graphismes sont hyper réussis et nous transportent à merveille sur place. J’attends la suite !

 

Côté ciné.

Dragons III : le monde caché (Dean DeBlois).

Harold et Astrid sont désormais à la tête de Berk et Krokmou, de son côté, est devenu Alpha des dragons. Leur rêve est atteint : vikings et dragons vivent enfin en paix ensemble. Mais les trappeurs ne lâchent pas l’affaire… et les voici dotés d’une femelle Furie, dont ils espèrent bien se servir pour capturer Krokmou et tous les dragons du village. Seule solution qu’entrevoit Harold : trouver le monde caché des dragons et les y cacher tous. Plus facile à dire qu’à faire…
J’étais évidemment très impatiente de voir la conclusion de la trilogie Dragons, que j’apprécie fortement. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans, car la surprise est passée (c’est déjà le troisième opus), donc j’ai trouvé le début un peu longuet. De fait, il faut reconnaître que l’intrigue n’est pas particulièrement surprenante : une menace pèse sur le village et les dragons, il faut trouver une solution et, alerte spoiler, ils y arrivent ! Heureusement, les images sont absolument splendides et le film ménage suspense, humour (j’ai pleuré de rire, j’avoue) et tendresse avec talent. La fin, très ouverte et très émouvante, est réussie !

Tops & Flops.

Je me suis déjà pas mal étendue dans ce bilan sur les lectures qui ne m’ont pas bien passionnée (et non, je n’en ferai pas de chronique plus longue, car je manque vraiment de temps).
Dans les flops, il y avait donc Fréquence Oregon, dont je suis parvenue (quand même !) à la dernière page à grands renforts de soupirs irrités et de sourcils levés au ciel. Il y avait ce petit côté « Matrix raconté par Sarah Connor » bien sympa, mais ça n’a clairement pas suffi à pallier le reste (clichés, manque de rythme, côté moralisateur…) à mon goût. En plus, vu la couv’, je m’attendais à un bouquin à la la Mad Max, mais il n’en est rien. Mauvaise pioche !
Dans la foulée, je n’ai pas été convaincue par 30 jours sans déchets : sur le sujet, je pense qu’il y a de super documentaires (même jeunesse), bien plus efficaces qu’un roman.
Enfin Oyana m’a laissée de marbre, malgré d’excellents points, et m’a collé de l’urticaire avec cette faute dans le titre.

Côté géniales découvertes, il y a eu Engrenages et sortilèges, le dernier-né d’Adrien Tomas ! Ha, là, c’était plus dans mes goûts habituels ! Un univers léché, des personnages intéressants, une intrigue qui en avait sous le pied, un style génial, bref, que du bon. Gros coup de cœur pour ce titre !
Ensuite j’ai profité de Montreuil pour acheter la suite du Projet Starpoint, Le Réveil des Adjinns, que j’attendais de pied ferme. Et quelle excellente suite ! Non seulement l’intrigue prend un nouveau tournant, mais en plus Marie-Lorna Vaconsin réussit à nous rendre son univers extraordinaire à la fois plus intelligible et plus mystérieux ! Vivement la suite !
Enfin, Shannon Messenger a de nouveau réussi à m’emporter avec Réminiscences, le 7e tome de Gardiens des cités perdues. J’avais peur que ça s’essouffle, mais non ! On repart sur une intrigue trépidante, prenante et qui développe de mieux en mieux l’univers. Chouette, donc !

 

 

Citations.

« Je les ai entendus moi aussi, acquiesça Cyrus. Mais ça ne fait justement que prouver qu’il s’agit d’une mauvaise idée.
– Ah oui ? Et pourquoi donc ? renifla Grise, un peu vexée.
Cyrus perçut l’agacement de sa camarade, et tenta de se défendre :
– Pardon… je n’insinue pas que ton idée est… Enfin, je ne voulais pas prétendre…
– Mon maître veut simplement dire qu’il est désolé de ses capacités diplomatiques dignes d’un char d’assaut enflammé dévalant une pente, ronronna Quint, toujours affalé sur les genoux de Grise. »

« Je… je sais qu’il y a des gens pauvres ! avait protesté Grise. Que tout le monde n’a pas la chance de naître noble ou bourgeois… mais ce n’est quand même pas la faute des Wilkeer ou de la duchesse d’Eroge si…
– Bien sûr que si, c’est leur faute ! Comment crois-tu que ces riches, ces puissants et ces parvenus construisent leur parfaite petite vie dorée ? En oppressant, en utilisant, en tuant à la tâche, plus pauvres qu’eux pour leur bénéfice personnel ! En les envoyant se battre pour conquérir des pays en leur nom, en leur prenant leur vie, leurs membres, leur santé mentale, puis en les jetant à la rue sitôt leur objectif atteint ! As-tu seulement idée du nombre d’ouvriers exploités, de réfugiés et de soldats estropiés qui dorment dans les rues ? Des gens privés de travail, de dignité ou des deux, qui en sont réduits à voler et tuer pour subsister jusqu’au lendemain ! Quand un être humain en est réduit à la survie la plus élémentaire, il n’a plus que faire des lois de la société qui l’a conduit là ! »
Engrenages et sortilèges, Adrien Tomas.

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« Le bruit du vent mérite plus d’attentions que les vaines paroles. »
Une immense sensation de calme, Laurine Roux.

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« Mon pays, c’était donc ça, ses (sic) maisons carrées blanches à volets rouges, moi qui désormais avait passé plus de temps ici au Québec que dans le lieu de ma naissance. Ce paysage continuait à m’être étranger. Je n’y avais pas grandi, je n’en possédais pas les codes. Le territoire est un langage. Si on ne le parle pas dès l’enfance, il manque toujours quelque chose. Je n’arrive pas à envisager la vie le long de ces longues routes interminablement droites. Qu’y fait-on quand on a 7 ans ? Comment passe-t-on ses samedis après-midi quand on a 12 ans ? On se rejoint où à l’adolescence quand on habite entre Montréal et Trois-Rivières, à Shawinigan ou à Thetford Mines ? »
Oyana, Eric Plamondon.

***

« Ah oui, en mer il faut être PRÉSENT à ce qu’on fait. Chaque geste a sa valeur.
– Voilà ! Eh bien moi, avant de partir, j’étais dans l’état inverse, où chaque geste me semblait vide de sens. Tu sais, cette angoisse qui te prend, pollue ton regard, rendant tout négatif et vain. La peur de se figer dans une vie trop étroite. Parce qu’à 20 ans, le monde s’ouvre à toi… et à 30, tu prends conscience que réaliser l’être formidable qui se cache en toi est plus compliqué que prévu.
– C’est « devenir adulte » même si je n’ai pas encore bien saisi ce que ça veut dire.
– Haha ! Et finalement, on fait en fonction de ce que propose notre environnement, du contexte, de notre degré de conscience, des rencontres que l’on fait, de celles que l’on rate… Chaque choix dérive d’une multitude de non-choix. »
Transat, Aude Picault.

[2018] Petit bilan de novembre-décembre.

Oui, il est fort tard pour ce petit bilan de lectures mais, que voulez-vous, personne n’est parfait ! Petit coup d’œil, donc, dans un lointain rétro…

Carnet de lectures.

La Fille d’encre et d’étoiles, Kiran Milwood Hargrave (M. Lafon).
Des fois, même si la couv’ est sublime, ça ne veut pas. Et là, clairement, ça n’a pas voulu…
Alors qu’il est rigoureusement interdit de quitter l’île de Joya, Isabella rêve des contrées lointaines que son père a un jour visitées et cartographiées. Quand sa meilleure amie disparaît, la jeune fille est résolue à faire partie de l’équipe de recherches. Guidée par une carte ancienne, appartenant à sa famille depuis des générations, et par sa connaissance des étoiles, Isabella prend part à l’expédition et navigue dans les dangereux Territoires Oubliés. Mais sous leurs pas, un mythe féroce s’agite dans son sommeil…
L’histoire nous propulse dans une ambiance toute dystopique : imaginez une île dont le Gouverneur interdit de la quitter… ou même de l’explorer ! Sauf lorsque sa fille chérie disparaît, évidemment ! A partir de là, c’est le branle-bas de combat. Je ne saurais pas dire ce qui m’a pris tellement de temps pour lire ce court roman jeunesse : la maquette est superbe (les pages sont décorées comme de vieilles cartes de marine), l’histoire prometteuse mais le récit… se casse rapidement la gueule. Déjà, le tout manque de logique : on est dans un univers type médiéval alors, franchement, où sont les assassins ? De plus, le Gouverneur a interdit de quitter l’île, alors que lui-même vient d’un autre continent. Pourquoi ? Parce que. Bon, soit. Là où ça s’est franchement gâté, c’est durant la recherche de la fille du gouverneur, où Isabella se fait passer pour son défunt frère jumeau (alors que l’île a l’air aussi grande qu’un hameau en rase campagne et que tout le monde semble s’y connaître), et où l’on croise des créatures ressemblant à des zombies, mais aussi des renégats terrés dans les bois (ce qui expliquerait pourquoi il ne fallait pas y aller). L’ennui, c’est que les péripéties s’enchaînent sans queue ni tête (je vous fais grâce de la fin, façon Big Bang inversé), un peu comme si l’auteur avait déterminé une liste d’éléments à introduire dans le récit et qu’il les cochait au fur et à mesure. Le style, de plus, n’a rien d’extraordinaire, ce qui n’a pas contribué à rendre cette lecture plus passionnante… Mauvaise pioche, donc.

Comme toi, Lisa Jewell (Milady).
Un petit polar, de temps en temps, cela fait du bien !
Ellie, une brillante jeune fille, a disparu à l’âge de quinze ans. Sa mère n’a jamais réussi à faire son deuil, d’autant plus que la police n’a retrouvé ni le coupable ni le corps. Dix ans plus tard, cette femme brisée doit pourtant se résoudre à tourner la page. C’est alors qu’elle fait la connaissance de Floyd, un homme charmant, père célibataire, auquel elle se lie peu à peu. Mais lorsqu’elle rencontre la fille de celui-ci, Poppy, âgée de neuf ans, le passé la rattrape brutalement : cette fillette est le portrait craché de sa fille disparue…
Hallucination ? Complot ? L’histoire est sympa, mais on en devine très vite la solution : à la moitié du livre, les responsabilités sont établies. L’auteure joue sur un suspense psychologique assez intéressant, puisque l’on suit tour à tour les différents protagonistes de l’affaire mais qui, malgré tout, ne me restera pas des siècles en mémoire. Un bon moment de lecture, mais pas le polar de l’année, en somme.

Rayon bulles.

Riverdale présente Jughead, Chip Zdarsky, Erica Henderson et Andre Szymanowicz (Glénat).
Il y a quelques mois, je vous parlais de Riverdale présente Archie, comics dérivé de la série et de la série originelle des Archie comics. Retour à Riverdale High, sur les traces de Jughead, qui s’avère être narcoleptique et prêt à lutter contre toutes les injustices. Justement, le nouveau proviseur du lycée prépare un sale coup et semble vouloir transformer l’établissement en centre d’entraînement de l’armée. Pire, il supprime la cantine et inflige un infâme porridge ! Il n’en faut pas plus à Jug’ pour partir en chasse !
Si vous n’aimez pas l’absurde, abstenez-vous ! Car dès que Jughead pique un petit somme, le récit prend une toute nouvelle tournure : fantasy, SF, combat de super-héros, Jug’ endosse les rôles avec beaucoup de naturel, quitte à perdre parfois le lecteur. En effet, rien ne nous signale qu’il est désormais en train de piquer un petit roupillon, ce qui peut parfois laisser l’impression que l’on passe du coq à l’âne… Par ailleurs, les réparties sont truffées d’humour absurde, parfois un peu abscons. Je soupçonne d’ailleurs la BD de multiplier les références à la série originelle : cela parlera donc aux lecteurs familiers de la série, pas tellement aux autres. Ceci étant, c’est sympa de voir cette autre facette de ce que montre la série télévisée.

In one’s last moment, Kentarô Fukuda (Soleil – Seinen).
Mamoru Kaname, 16 ans, peut voir la mort de ceux qu’il touche, ce qui lui vaut le surnom de « Dieu de la mort ». Un jour, il découvre comment Kana Shiraishi doit mourir. Il s’engage alors dans une lutte sans fin pour changer le destin de celle qu’il aime…
Cette fois, c’est une énorme déception. Autant j’ai apprécié le fait que le manga soit un tome unique, autant j’ai franchement regretté le manque de développements de l’intrigue. Aucune info ou presque sur l’univers des dieux de la mort et une intrigue affligeante. Mamoru décide subitement que Kana est la femme de sa vie, ce qui motive ses sauvetages à répétition. Kana, évidemment, n’intervient jamais dans le récit, son rôle se résumant à ne rien faire en attendant que Mamoru lui évite les petits tracas de la vie. Pire : on croise une autre jeune femme affublée des mêmes talents que Mamoru qui, elle non plus, n’a aucun rôle à jouer. Là-dessus, le manga s’achève sur une conclusion d’une mièvrerie navrante. Le style graphique n’est pas particulièrement remarquable non plus. En somme : un titre que j’oublierai sans délai.

Côté ciné.

Les Animaux Fantastiques 2 : Les Crimes de Grindelwald (David Yates).

Évidemment, c’était LA sortie de novembre et je n’ai pas résisté à la tentation d’aller voir ce film au cinéma. Et si la séance a globalement comblé mon petit cœur de fan, je ne peux pas dire que j’aie eu un réel coup de foudre pour ce nouvel opus des Animaux fantastiques – qui auraient peut-être mieux fait d’être titrés Les Chroniques de Poudlard au vu du peu d’importance que semblent avoir les créatures dans la série. Et voilà déjà pour un premier point à améliorer car, en effet, à part quelques créatures de-ci de-là qui n’apparaissent guère plus qu’en arrière-plan, on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Et l’ennui, c’est que cette critique est extensible à l’ensemble du film : il ne s’y rien de follement trépidant et on a parfois l’impression de régresser (Queenie, si tu m’entends…). De plus, le récit joue sur des révélations fracassantes, qu’on a du mal à considérer comme vraiment crédibles. Donc oui, c’est surprenant, mais ça ne tient pas nécessairement la route (ou alors J.K. Rowling est en train de renier ce qu’elle a fait jusque-là… et ce serait dommage). D’ailleurs, au chapitre des choses quelque peu incohérentes, on pourrait citer à peu près tout ce qui se déroule à Poudlard : on croise une McGonagall qui ne peut être la seule, l’unique (elle naît en 1935 et l’intrigue du film se déroule en 1926) et Dumbledore n’y donne pas les bons cours.
Pire, peut-être : bien que David Yates soit toujours à la réalisation, je trouve que le film a clairement perdu le charme de la série. Exit la magie et la poésie des plans, bonjour au scénario et à la façon très américaine, avec beaucoup de vide pendant deux heures et une grosse baston finale graphiquement léchée, mais pas bien consistante. Malgré tout, ai-je détesté ? Non, parce que comme je l’ai dit, j’avais encore 12 ans alors que j’étais dans la salle ; c’est plutôt en sortant que j’ai commencé à râler un peu !

Le Retour de Mary Poppins (Rob Marshall).

Là encore, je suis restée sur ma faim… La famille Banks est de nouveau en difficulté et Mary Poppins revient s’occuper des enfants (je vous la fais courte). Comme dans le premier opus, on retrouve le mélange entre film et images d’animation (en 2D, dessinées à la main). Évidemment, le charme n’est pas le même car, de nos jours, cela ne relève plus vraiment de la prouesse technique. Côté chansons, les aficionados des mélodies Disney seront servis, le film en étant truffé (peut-être même un peu trop). Pour ma part, j’ai trouvé qu’elles manquaient singulièrement d’émotion…
Premier point qui m’a un peu déçue, quoique superficiel : PAS de Supercalifragilisticexpialidocious, alors que c’était clairement un des gros atouts du film original. Non, là, on se traîne un pauvre « luminomagie fantastique » tellement transparent qu’il en est à pleurer. Et c’est là qu’on arrive au gros reproche que j’ai à l’encontre de ce film : où est la magie ? C’est plat, c’est fade, cela manque clairement d’inventivité. Pire, alors que le premier film véhiculait des valeurs inédites chez Disney, là on se retrouve avec une bonne vieille apologie du capitalisme (puisqu’ils s’en sortent grâce à la banque). Pour ne rien gâcher, les filles ont droit aux accessoires roses. Bref : une suite qu’il aurait mieux valu laisser au stade de projet.

Tops et Flops.

Je ne vais pas revenir sur In one’s last moment, ni sur La Fille d’Encres et d’Étoiles, qui ne m’ont guère convaincue.
À mon grand regret, je dois avouer que je n’ai pas non plus accroché à Dix jours avant la fin du monde,de Manon Fargetton, alors qu’il avait tout pour me plaire. Il s’agit d’un récit situé tout pile 10 jours avant la destruction annoncée de la Terre et qui s’attache à suivre quelques personnages dans ce bref intervalle qui leur reste. J’ai beaucoup aimé le sujet mais, paradoxalement, j’ai trouvé que le récit traînait en longueur, et je n’ai pas du tout accroché au double niveau de lecture (il y a un phénomène de récit dans le récit). Bref : pas un roman pour moi !

Comme je le disais plus haut, j’ai passé dans l’ensemble un bon moment avec  Comme toi, de Lisa Jewell, sans toutefois le garder en tête comme le polar de l’année. Mais parfait à lire dans les transports ou entre deux pavés !

Heureusement, j’ai aussi fait d’excellentes découvertes ! – à tel point qu’il va être difficile de n’en garder que trois !

Tout d’abord, je dois vous parler des Nuages de Magellan, d’Estelle Faye, car ça a été un énoooooorme coup de cœur ! Dans cette histoire, il est question de pirates, de rebelles, de galaxies lointaines, de voyages spatiaux contrôlés par des consortiums marchands, et de libertés individuelles. Le récit cumule les bons points des romans d’aventure (pirates, bastons, courses-poursuites, trésors) et ceux de la SF (voyages spatiaux, donc, mais aussi réflexions sur la société), dans un récit extrêmement prenant. Et en plus c’est un singleton, donc une excellentissime raison de craquer !

Deuxième coup de cœur (d’affilée, car j’en enchaîné ces lectures) avec Olangar : Bans et Barricades 1/2 de Clément Bouhélier. Là encore, j’ai adoré le savant mélange entre roman d’aventures sauce Far-West (attaque du train incluse), polar (avec enquête sur une mort en eaux troubles), lutte des classes (avec des nains grévistes syndiqués jusqu’au bout de la barbe) dans un univers de fantasy (avec nains, donc, mais aussi elfes, humanoïdes et autres orcs vindicatifs) extrêmement bien troussé. Fa-bu-leux !

En dernier, je vais vous parler du Vallon du sommeil sans fin, d’Eric Senabre, la suite (mais lisible indépendamment) du Dernier songe de Lord Scriven. J’ai adoré retrouver Banerjee et Christopher, dans une nouvelle enquête somnambulique aux accents fantastico-horrifiques. Oui, le début fait carrément flipper. Et c’était très chouette de se demander de quoi il retournait au juste !

Citations.

« J’ai remarqué que les Occidentaux ont l’habitude d’associer l’idée de « bien » à celle de « quantité ». Plus on accumule d’argent, de récompenses, que sais-je encore, plus on devrait être heureux. Et vous faites la même chose avec les jours de votre vie : plus on accumule de jours, plus notre bonheur devrait être grand. Devenir vieux, le plus vieux possible, est une fin en soi. Or, je ne pense pas en ces termes : la vie doit être belle et agréable, bien avant d’être longue. Et le risque peut certes contribuer à la raccourcir, mais bien souvent, il permet de l’embellir. Peu importe si c’est pour une période que vous jugez trop courte. »

« Mr. Carandini, reprit-il de manière plus franche, dans mon pays, il n’est pas coutume de tourner autour du pot. Loin de moi l’idée de remettre en doute les méthodes de Mr Banerjee, mais… le fait est que, pour le moment, elles ne se sont pas montrées très concluantes. Alors j’obéis à la loi du marché, et me vois en devoir de vous…
– … congédier ? complétai-je avec une pointe d’agacement.
Le colonel sourit.
– Pas tout à fait. Je dirais plutôt : de vous mettre en concurrence. N’est-ce pas la démarche la plus honnête ?
Je ne pouvais blâmer Garfield. Nous autres, les Anglais, avions inventé deux choses terribles : le capitalisme et les Américains. Nous avions à nous en prendre qu’à nous seuls si nos créatures se retournaient aujourd’hui contre leur créateur. »

« L’endroit n’avait rien de luxueux, mais il y régnait cette atmosphère douillette propre aux maisons familiales anglaises, dans laquelle chaque infime touche de mauvais goût contribuait à ce que l’on s’y sente bien. »
Le Vallon du sommeil sans fin, Eric Senabre.

***

« Que je sois toujours Duncan Turner, c’est normal ! Je vais croiser des connaissances…
Il s’arrêta et Elizabeth crut l’entendre grogner.
– … mais pourquoi suis-je le médecin personnel d’Elizabeth, devenue « Lady Black de Westport, Irlande » ?
Beatrix fit un clin d’oeil à Elizabeth avant de se pencher pour apercevoir Turner et lui lancer d’un ton amusé :
– Il fallait bien une noble pour aller à une soirée d’aristocrates. Quel est le problème, docteur Turner ? On n’a pas envie d’être commandé par une femme en public ?
Il y eut un autre grognement, et tout ce que Turner entendit en retour fut deux rires joyeux montant du paravent. »
L’Ordre des revenants, Julien Hervieux.

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« C’était un samedi après-midi de mai, une semaine avant les examens. Ils faisaient une pause dans leurs révisions dans la chambre d’Ellie. Dehors, le soleil brillait. Teddy Bear était allongé à leurs côtés et l’air était chargé de pollen et d’espoir. La mère d’Ellie disait que le mois de mai était le vendredi soir de l’été, un aperçu chaud et lumineux de tous les bons moments à venir, une invitation à vivre. »

« Demain, je pose pour un cours de dessin.
– Super ! C’est habillé ou…
– C’est nu. Il n’y a pas de honte à vieillir, pour reprendre tes mots, et je crois qu’il n’y a pas de honte à être nu non plus. A mon sens, si on ne peut pas interdire les burkinis sur les plages, il me semble naturel qu’on ne puisse pas non plus interdire la nudité. Qui décide quelle partie du corps peut ou ne peut pas être exposée en public ? Si, légalement, une femme doit se couvrir les seins et le sexe, pourquoi est-ce qu’une autre femme ne pourrait pas se couvrir les jambes et les bras ? ça ne fait aucun sens.
Laurel hoche la tête et sourit.
– C’est vrai, je n’y avais pas pensé comme ça.
– Personne ne pense aux choses correctement de nos jours. Les gens croient ce que Twitter leur dicte. C’est de la propagande déguisée en pensée libérale. Nous sommes tous des moutons. »
Comme toi, Lisa Jewell.

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« Tandis qu’on s’éloigne du campement, je redescends brutalement sur terre. C’est la même planète que la semaine dernière, et pourtant, comment y croire ? Jamais je n’aurais imaginé que le si parfait Orange County partirait autant en vrille. C’est drôle quand même… Et dire qu’à une époque, je méprisais tant cet endroit que j’en étais venue à souhaiter que Dieu tout-puissant le maudisse, y envoie des sauterelles et des implants mammaires défectueux. Mais à présent que toute la Californie du Sud vit un cauchemar, je suis un peu déçue. Ce n’est pas que je veuille souffrir davantage, mais je suis déçue par les gens – leur faiblesse d’esprit et de caractère. Il aura suffi d’une pénurie d’eau pour tous les transformer en meurtriers barbares. Une chose est sûre, je ne veux pas me retrouver dans le même panier qu’eux. »

« Les premiers jours du Tap-Out, elles avaient de l’eau. Sa mère avait arraché un pack des mains de l’une de ses camarades de l’équipe de foot au Costco. « Qui va à la chasse perd sa place, avait lâché sa mère dans la file de la caisse. Que ça lui serve de leçon ! »
Mais il y avait visiblement cinq leçons que sa mère n’avait pas retenues. Comme : « Ne vous lavez pas les cheveux quand vous n’avez que de l’eau en bouteille. » Ou encore : « Ne faites pas de course à pied quand il faut éviter de transpirer. » Et peut-être la plus évidente de toutes : « N’arrosez pas vos plantes ; laissez-les mourir. »
Ce pack d’eau ne leur avait duré que deux jours. »
Dry, Jarrod et Neal Shusterman.

***

« Puis vient Miss Guéridon, la spirite du soir.
Plus jeune que Gervenche, mais incontestablement vieille fille vu sa tenue digne d’une bibliothécaire sous vœu célibat, cette dernière marmonne face à un jeu de tarot. »
Note à Mr. Holzl : sachez que je proteste vivement face à ce cliché sur les bibliothécaires !

« Je me retrouve seule sur la terrasse.
C’est mieux ainsi… Moi-même, je ne comprends pas très bien la scène que nous venons de jouer. Le contrecoup de l’excitation causée par ma nouvelle paire d’escarpins, peut-être ?
Oui, ce n’était que cela…
Ma passade s’estompe déjà, comme un accès de fièvre.
Aucun regret, vraiment : ce rendez-vous aura tenu toutes ses promesses. L’équilibre idéal entre manger une brioche et poignarder quelqu’un. »
Belle de gris, Ariel Holzl.

[2018] Petit bilan d’octobre.

Carnet de lectures.

Minute, papillon ! Aurélie Valognes.
J’étais assez curieuse de découvrir ce titre, car on en entend pas mal parler sur le net mais je dois dire que j’ai été assez déçue.
On suit l’histoire de Rose, 36 ans, heureuse maman de son grand ado de fils, Baptiste, 18 ans. Malheureusement, Rose joue de malchance car non seulement ses employeurs déménagent et la voilà qui perd son poste de nounou. Mais, en plus de cela, Baptiste lui annonce de but en blanc qu’il quitte la maison, qu’il va s’installer chez sa copine et que celle-ci est en plus enceinte et ne va plus tarder à accoucher. C’est le drame ! C’est dans ces circonstances que Rose accepte le poste que lui propose Véronique : s’occuper de Colette, sa vieille mère esseulée. La vieille dame excentrique et agoraphobe pourrait bien changer sa vie.
Alors, par où commencer ? Je crois que je vais attaquer avec l’intrigue tellement cousue de fil blanc que je me suis demandé où la dégringolade allait s’arrêter (bien trop tard à mon goût). C’est truffé de bon sentiments et jamais surprenant, à tel point que je me suis copieusement ennuyée. J’aurais adoré pouvoir me raccrocher au style, mais il est d’une sévère platitude, donc autant dire que j’ai été ravie de voir arriver la fin (heureusement, c’est court). Je ne sais pas si c’est le feel-good qui ne me convient pas mais ce qui est sûr, c’est que ça ne l’a pas fait avec ce titre !

Terminus Elicius, Karine Giebel.
Première incursion dans l’œuvre de Karine Giebel, avec son premier polar.
Jeanne effectue tous les jours l’aller-retour Istres-Marseille, entre son quotidien de secrétaire au commissariat de police et la maison qu’elle partage avec son dragon de mère. La cité phocéenne est troublée par un tueur en série qui s’attaque aux jeunes femmes. Or, voilà justement que celui qui se fait appeler Elicius écrit des lettres à Jeanne, qu’il glisse près de son siège préféré dans le train. Des lettres extrêmement troublantes qui, peu à peu, font oublier à Jeanne que son mystérieux soupirant est un tueur en cavale…
L’idée de départ est vraiment chouette, mais le roman a les défauts… d’un premier roman ! L’intrigue est quelque peu prévisible et les personnages pas tout à fait assez creusés, mais l’ensemble est malgré tout très prenant. Ce qui me donne envie de lire les autres romans de Karine Giebel !

La Vraie vie, Adeline Dieudonné (L’Iconoclaste).
Comme ça, on ne pourra pas dire que j’ai snobé la rentrée littéraire, parce que j’ai pris ce qui est sans doute LE roman de cette rentrée, tant j’ai l’impression que tout le monde en a parlé (il est même passé à La Grande Librairie, c’est dire s’il a fait l’unanimité).
ça se passe dans un quartier de banlieue tout moche, où toute les baraques se ressemblent, sauf que la sienne a un petit truc particulier : il y a quatre chambres, celle des parents, la sienne, celle de Gilles, le petit frère, et celle des cadavres, le père étant chasseur de gros gibier. Un soir, les deux enfants assistent à la mort violente du glacier ambulant et, si elle réussit à rationnaliser la chose, Gilles se referme comme une coquille, arrête de sourire, devient un enfant cruel et sadique, à la botte de son bourreau de père. Du haut de ses 10 ans, la gamine (dont on ignorera le nom jusqu’au bout) décrète qu’elle est sur la branche ratée de sa vie et qu’il faut rétablir le cours des choses, en remontant le temps – ce qui demande quelques compétences techniques et scientifiques qu’elle va se faire fort d’acquérir.
Alors ce qu’on ne peut pas enlever à ce texte, c’est qu’il fait dans le sordide, le banalement trash et réaliste, ce qui en fait une histoire assez forte. La jeune fille, que l’on suit de ses dix à ses quinze ans, fait preuve d’une belle force de caractère, que l’on souhaiterait à tous les enfants qui vivent de telles situations de violences familiales (sans surprise, le père bat la mère, puis la fille, dresse le fils à être un bon petit macho pervers amateur de cruauté et s’avère d’une bêtise sans bornes). Malheureusement, c’est cette banalité qui aura eu raison de ma patience car, en dehors de l’extrême sordidité de l’intrigue, je n’ai pas franchement été marquée par le style, ni par les péripéties que j’ai vues venir d’assez loin (au point que la fin ne m’a pas du tout surprise). Par ailleurs, j’ai été assez gênée par les repères temporels qui m’ont paru parfois contradictoires (ou alors je n’étais déjà plus assez attentives, ce qui est plus que possible). L’histoire est rythmée par les étés, c’est ce qui permet de déduire l’âge des personnages, mais comme ils ne changent pas des masses, j’ai trouvé ça parfois un poil confus. Malgré tout, je dois dire que l’ambiance a fini par me ferrer, aux alentours du dernier tiers. Le titre ne me restera clairement pas en tête comme LA révélation de l’année, mais plutôt comme un bon premier roman, noir et sordide à souhait.

À la rechercher de la Serena, Anne Vantal (Actes Sud junior).
Damien surprend le mot « Serena » lors d’un très mystérieux rendez-vous organisé au journal (un hebdomadaire de reportages à sensation) où il effectue un stage. Ses antennes de futur journaliste d’investigation se mettent en mouvement. Aidé par Victoria, sa jumelle férue de recherches historiques, il apprend l’histoire d’un navire de Croisade ? La Serena – coulé au début du XIII° siècle dans les eaux grecques et qui aurait chargé un butin précieux volé à Constantinople. Il soupçonne un ancien militaire aventurier d’avoir mis au jour le fameux trésor. Pour en avoir le cœur net, frère et sœur suivent sa piste et mettent le cap sur la Grèce. Légende ? Fausse rumeur ou vrai scoop ?
Voilà un roman d’aventure jeunesse comme je les aime ! J’ai adoré le côté chasse au trésor/roman d’actualité de ce roman, qui déployait finalement des sujets nettement plus surprenants que prévu, puisque les trafics d’armes extorquées à des familles étant obligées de partir en exil à cause des guerres en Moyen-Orient s’invitent subitement dans l’intrigue. Surprenant, mais vraiment intéressant ! Avec cela, Anne Vantal balaye l’histoire médiévale de la région et le roman aligne ses espions, chasseurs de trésor sans foi ni loi, jeunes aventureux et, bien sûr, un fabuleux trésor de Croisés. L’histoire est assez prenante, mais j’ai tout de même un poil râlé devant quelques phrases bizarrement montées. Bref, un roman à proposer aux fans d’Indiana Jones !

Rayon bulles.

Dreams factory, tome 1, La Neige et l’Acier, Jérôme Hamon, Suheb Zako et Lena Sayaphoum (Soleil).
Dreams Factory est un diptyque steampunk, qui joue sur des ambiances rappelant des grands classiques comme Oliver Twist ou Hansel & Gretel. En effet, l’histoire se déroule à Londres, en 1892, dans une cité recouverte de neige. Indira, comme la plupart des enfants de la cité ouvrière, descend chaque jour dans la mine de charbon, sans protester. Un jour, alors qu’elle est trop malade pour se lever, son petit frère Eliott se porte volontaire à sa place… et disparaît. Elle se lance alors dans une quête désespérée pour le retrouver et s’aperçoit qu’en fait, les disparitions d’enfants sont extrêmement nombreuses : trop pour être honnêtes. Il se murmure que la richissime propriétaire des mines, Cathleen Sachs, n’est pas étrangère à ces disparitions et entretient un véritable petit réseau. Pourquoi ?
Alors, indéniablement, c’est une très belle BD. Les graphismes sont hyper soignés, on se met d’emblée dans l’ambiance qui mêle steampunk, chronique sociale et enquête pleine de danger. Malheureusement, c’est du côté de l’intrigue que le bât blesse : tout va extrêmement vite, les personnages ou situations sont à peine esquissés (je n’évoque même pas un quelconque développement) et l’intrigue, cousue de fil blanc, est constituée d’un nombre extrêmement réduit de péripéties. Pire, certains personnages sont introduits assez tard, comme si le lecteur savait depuis longtemps de qui il s’agissait, ce qui donne l’impression qu’ils tombent comme un cheveu sur la soupe. C’est un peu dommage, car cela ne rend pas l’ensemble plus crédible ni plus passionnant. De plus, la pseudo-intrigue autour du sortilège d’amnésie arrive elle aussi sans qu’on comprenne vraiment d’où elle sort, sans doute pour tenter un effet de manche censé relancer le suspense (raté). Comme je me suis passablement ennuyée, je pense que je me dispenserai du tome 2…

Couleur de peau : Miel, tome 1, Jung.
Oui oui, je rattrape mon retard sur les classiques ! Dans cette bande-dessinée autobiographique, Jung explore le sujet de l’adoption, notamment l’adoption massive d’enfants Coréens après la guerre de Corée (et encore maintenant). Ce premier tome narre comment Jung est arrivé en Belgique, vers l’âge de cinq ans, et toute la difficile intégration qui s’en est suivie. Pas tellement parce que les Belges l’ont rejeté, mais parce que lui a éprouvé quelques difficultés que l’on comprend aisément. Les illustrations, en noir et blanc, sont pleines de douceur et vont super bien avec l’histoire que j’ai trouvée extrêmement touchante. En plus de cela, le récit explique vraiment bien la situation en Corée, factuellement et sans juger, et j’ai trouvé que c’était bien intégré au récit de souvenirs de l’auteur. Il me reste trois tomes (si je ne me trompe pas) pour en apprendre encore un peu plus !

Les petites cartes secrètes, Cyrielle et Anaïs Vachez (Delcourt).
Le monde de Tom et Lili s’écroule le jour où leurs parents divorcent. Et il y a pire que ça : ils vont eux aussi être séparés. Lili va vivre chez sa mère et Tom chez son père. Ne supportant pas cette séparation, les deux enfants vont entamer une correspondance par cartes postales et échafauder des plans naïfs, improbables (faire semblant de tomber malades pour obliger leurs parents à se parler) et parfois cruels (faire tomber la belle-mère enceinte dans les escaliers pour provoquer une fausse-couche…) pour qu’à nouveau ils soient tous réunis.
Je dois avouer que cette BD m’a laissée quelque peu dubitative. J’ai beaucoup aimé le principe, mais je n’ai pas du tout adhéré aux personnages. C’est quoi ces adultes irresponsables qui maltraitent leurs enfants respectifs, m’enfin ?! Et la belle-mère qui pratique ce qui ressemble à de la torture psychologique ? Appelez les services sociaux ! Je ne parle même pas de la gestion de la rupture désastreuse, d’un côté comme de l’autre, et de l’absence totale d’explications aux-dits enfants ! Je sais bien qu’être parent, c’est pas de la tarte mais, je sais pas… un poil de bon sens, les gars ?
Cela n’enlève rien à la BD, car si je n’ai pas apprécié, c’est surtout pour cause de désaccord total avec les choix des personnages ! Parce que le principe des cartes postales des enfants intercalées aux récit est assez sympa, avec des textes assez touchants – sauf quand ils prévoient de faire tomber la belle-mère dans les escaliers ! Je peux comprendre que la petite, en CP, ait du mal à comprendre ce qu’elle fait, mais le frère aîné devrait être en âge de savoir que c’est une abyssale connerie. Enfin, le dessin de Cyrielle est très chouette, car la BD se déroule dans un décor des années 90 hyper soigné. Je pensais que c’était une BD jeunesse, mais finalement elle s’adresse plutôt à des trentenaires !

Côté ciné.

J’ai occupé une après-midi grise, venteuse, et fraîche à souhait en allant voir Le Jeu, de Fred Cavayé, un remake d’un film italien qui n’a (malheureusement) jamais été distribué en France (Perfetti sconosciuti, de Paolo Genovese, paru en 2016).
C’est l’histoire d’une petite bande de 7 amis, 3 couples et l’un venu en célibataire (sa moitié étant malade), qui se retrouvent pour un dîner, qui semble être leur traditionnel rendez-vous. L’hôtesse a subitement une histoire pour le moins étrange qu’elle présente comme un jeu : chacun est invité à déposer son téléphone au milieu de la table et, dès lors, chaque message, chaque notification, chaque courriel sera lu à haute voix.
Assez vite, l’ambiance du huis-clos prend, car il ne faut pas longtemps pour comprendre que chacun (ou presque) a des choses à cacher, choses qui tournent de préférence entre les genoux et la ceinture et que les moitiés respectives préfèreraient (sans doute) ignorer. Le rythme est plutôt bon car, avant de passer aux choses très sérieuses, il y a quelques effet d’annonces, des gags et des réparties bien placées. En effet, le film joue sur les tons tragiques et comiques à la fois, un mélange qui est plutôt réussi. Car, aux vannes des amis, viennent assez vite s’ajouter quelques sujets plus lourds, comme le désir d’enfant, les difficultés à communiquer, l’homophobie ou l’importance d’être soi. Évidemment, ce n’est pas très original, mais c’est plutôt bien traité dans l’ensemble. J’ai toutefois regretté que certains personnages soient si cliché (la maman psy coincée qui ne comprend rien à son ado de fille, par exemple) et une petite pointe de sexisme manifestement parfaitement assumée dans les premières minutes (avis à la production : oui, les hommes ont le droit de prendre soin d’eux. Grrr !). Malgré cela et quelques longueurs (le film aurait gagné à être amputé d’une dizaine de minutes), j’ai passé un bon moment. Quoique je n’arrive pas à savoir si j’ai trouvé la pirouette finale génialissime ou décevante (mon cœur balance très franchement entre ces deux options, aussi bizarre cela puisse-t-il paraître). Bref, un film sérieux traité sauce vaudeville, pas d’une originalité folle, mais avec lequel je me suis bien amusée tout de même !

Tops & Flops.

Dans les rendez-vous manqués ce mois-ci, il y avait indéniablement mon premier roman d’Aurélie Valognes, Minute, papillon !, que j’ai trouvé long, pénible, trop cousu de fil blanc, et pas toujours bien écrit – entre autres. Je note tout de même que ce n’est pas du tout mon genre de lecture de prédilection, ceci explique donc peut-être cela !
Je ne peux pas dire non plus que j’ai été particulièrement emballée par La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné ; là encore, ce n’est pas ma came habituelle et, si je dois reconnaître avoir été très accrochée sur le dernier tiers de ma lecture, le reste ne m’a pas passionnée, tant j’ai trouvé le style et le récit plats. Si c’est la révélation de la rentrée littéraire, ce n’est certainement pas la mienne (mais il faut bien sortir de sa zone de confort de temps en temps !).
Enfin, au rayon BD, je n’ai été convaincue ni par Dreams Factory, ni par Les Petites cartes secrètes, et c’est un peu dommage, car les deux titres étaient assez prometteurs. Mauvaise pioche dans les deux cas !

Côté belles découvertes, il y a également une bande-dessinée, j’ai nommé Phoolan Devi, reine des bandits, une bande-dessinée biographique de Claire Fauvel, consacrée à Phoolan Devi, donc, une Indienne dont le parcours plus qu’horrible est passé de victime à bandit à députée (excusez du peu). Évidement, c’est hyper trash (parce que sa vie l’a été, malheureusement) mais c’est hyper bien mené, très documenté, porté par de très beaux graphismes. Super instructif (mais révoltant) et beau, j’aime !

Citations.

« Toute magie engendre la Brume. C’est une loi immuable de Mitar. Dans les premiers temps personne ne se souciait vraiment de ce déchet évanescent, rejeté aussitôt dans l’air une fois l’opération magique terminée. Mais, après des années de ce régime, certains prêtres constatèrent des altérations dans la trame de l’univers. Ils décidèrent alors que la Brume devait être contenue et créèrent les premiers réservoirs. »
Le Sanctuaire des Dieux, Cindy van Wilder.

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« Nous devrions remercier grand’ma Holt d’avoir crée des orphelinats, des hôpitaux, de nous avoir trouvé des familles… et pourtant… Pourtant, à l’heure actuelle, je ne sais toujours pas si je dois la remercier ou la détester. Nous sommes deux cent mille Coréens adoptés à travers le monde. C’est beaucoup trop. »
Couleur de peau : Miel, tome 1, Jung.

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« Bénédiction accordée, dit-elle. Partez avec la lumière de notre amour dans vos cœurs.
L’émissaire s’inclina et elle s’adressa à lui sur un ton plus intime.
– Penses-tu que le jour viendra où toi et moi ne serons pas entravés par les chaînes du devoir et de l’honneur ?
– Le devoir et l’honneur dominent peut-être nos vies, répondit Sir William. Mais mon cœur est toujours libre de vous aimer. »

« Falco sourit, mais il n’écoutait pas vraiment. Il pensait à ce que le laniste Magnus lui avait dit. Il ne s’était jamais considéré comme un meneur d’hommes. Il trouvait même l’idée terrifiante. Des gens qui allaient risquer leur vie en se fiant à son jugement ? Il ne savait pas comment la reine pouvait le supporter.
Il avait pris la parole car il lui avait semblé que ne pas le faire aurait été une erreur. Il ne se rendait pas compte que se porter volontaire et assumer les responsabilités de ses actes était justement ce qui définissait un meneur d’hommes. S’il l’avait compris plus tôt, il aurait peut-être tenu sa langue. »
Mage de bataille, Peter Flannery.

[2018] Petit bilan de septembre.

Carnet de lectures.

Le Livre perdu des sortilèges, tome 1, Deborah Harkness.
J’avais ce bouquin dans ma PAL depuis tellement longtemps que je ne sais même plus dans quelles circonstances il l’a rejointe (ce qui est rare !). Bref, l’été étant là, j’ai eu envie de me plonger dans ce roman de sorcières (au lieu de lire les livres que j’avais emportés, c’est du propre !)
On y suit les tribulations de Diana Bishop, une jeune universitaire qui est également sorcière, mais se tient éloignée de ses pouvoirs et mène une vie simple. Jusqu’au jour où elle demande, à la bibliothèque, un manuscrit intitulé Ashmole 782, qui déchaîne les passions des créatures surnaturelles comme les vampires, les sorcières et les démons. À partir de là, Diana va devenir le centre de l’attention de ses congénères surnaturels, en bien, comme en mal, et attirer notamment un certain Matthew Clermont, vampire et chercheur de son état…
C’est une série recommandée par pas mal de lecteurs.trices dont je suis généralement les avis, ce qui a sans doute amené ce livre dans ma PAL. En plus, j’avoue tout net, je ne résiste pas aux histoires de sorcières. Et celle-ci avait vraiment tout pour me plaire ! Malheureusement, on ne peut pas dire que j’ai été conquise… Ce n’était pas un loupé total, non, mais je me suis souvent ennuyée durant ma lecture. Ce que j’ai aimé, là-dedans, c’est l’ambiance de fantasy urbaine, avec toutes ces créatures surnaturelles en goguette, aux intérêts souvent divergents. Les décors de l’université d’Oxford, évidemment, et la bibliothèque de Selden End dans laquelle se déroule une énoooorme partie de l’intrigue (mon petit cœur de bibliothécaire a évidemment été conquis instantanément). De plus, l’histoire en elle-même promet de bonnes choses, puisque l’on parle de pouvoirs secrets, de clans de surnaturels qui ne peuvent pas se blairer et d’un mystère vieux de centaines d’années qui resurgit subitement. De même, le fait d’avoir des vampires qui traversent les siècles est plutôt sympa, car cela permet de nombreuses et intéressantes plongées dans l’Histoire.
Là où le bât blesse, c’est sans doute du côté du rythme et des personnages. Diana est d’une effarante mollesse et ses atermoiements incessants ont sans doute eu raison de ma patience. Matthew, de son côté, s’il est plus actif, m’a prodigieusement agacée avec ses réflexes sexistes. Ok, il est d’une autre époque, mais s’il a réussi à se faire à la magie d’internet, des téléphones portables, et des fringues en synthétique, un petit effort social ne devrait pas lui arracher les crocs, non ? Bouh qu’il est pénible. Là-dessus, vient évidemment se greffer une romance sans intérêt tellement elle est prévisible et d’une niaiserie affligeante. Oui, je suis sévère mais oui, j’ai été plus qu’irritée par les personnages.
La suite m’interpelle malgré tout, car il semblerait que ce soit un poil moins agaçant, mais je ne sais pas encore si je la lirai. Au pire, je regarderai la série…

Opération Lovelace, Emmanuelle Kécir-Lepetit (Le Pommier, collection Les Savantissimes).
Hiver 2030 : un virus géant paralyse les systèmes informatiques occidentaux. Plus rien ne fonctionne. Au Pentagone, des experts internationaux tentent de trouver une solution. Selon le Professeur Watson, une seule issue : se transporter en 1943, à l’université de Philadelphie, où a été conçu le premier ordinateur, et réparer le mal à la source. Nancy, sa fille de 12 ans, s’empare de la machine à voyager dans le temps mais se retrouve propulsée à Londres, en 1843 ! Le programme s’est trompé d’un siècle et de continent ! Heureusement, Nancy y rencontre Oliver Holmes, un jeune garçon féru d’enquêtes et surtout Ada Lovelace, mathématicienne et première programmeuse informatique !
J’étais curieuse de découvrir cette collection de romans mettant à l’honneur les plus grandes figures de l’histoire des sciences et c’est celui portant sur Ada Lovelace qui a emporté la mise. J’avoue avoir été un brin circonspecte au départ, mais le fait est que le roman d’Emmanuelle Kécir-Lepetit est à la fois prenant, drôle, et très documenté tant du point de vue historique que scientifique. Pour Nancy, fraîchement débarquée du XXIe, le dépaysement est total : non seulement elle doit survivre dans un monde qui ne connaît ni l’eau courante, ni internet, mais qui, en plus, ne reconnaît absolument pas la place des femmes, ce qui la choque. Et ce choc ne passe pas en rencontrant Ada Lovelace puisque la mathématicienne de génie a, elle, parfaitement intégré les clivages sexistes. Le roman les déconstruit donc l’un après l’autre et c’est très bien fait, car c’est parfaitement intégré à l’intrigue, au suspense et à l’évolution des personnages. En plus de cela, le récit nous maintient parfaitement en haleine, tout en expliquant de façon limpide des concepts scientifiques qui donneraient de l’urticaire aux moins matheux du coin. Bonne pioche !

La Prophétie de l’horloge, John Bellairs (Castelmore).
À la mort de ses parents, Lewis va habiter chez son oncle Jonathan, qu’il imagine ordinaire et ennuyeux. Mais Oncle Jonathan et sa voisine, Mme Zimmermann, sont tous les deux des magiciens ! Lewis est ravi… au début. Puis il se met lui-même à faire de la magie et ressuscite par mégarde l’ancienne propriétaire de la maison, Serenna Izard. Or Serenna et son mari ont autrefois caché dans les murs de la maison une horloge, une horloge qui a le pouvoir d’anéantir l’Humanité tout entière… Et seuls les Barnavelt peuvent l’arrêter.
Ce roman a été initialement publié en 1973 et vient d’être réédité et adapté au cinéma (il doit d’ailleurs être encore en salles). Donc cela se ressent un peu côté style, mais l’intrigue n’a pas tellement vieilli, ce qui est plutôt chouette. L’histoire, assez classique, est plutôt prenante et mêle magie et adolescence, Lewis étant à l’orée de cet âge redouté. Son personnage est presque essentiellement tourné vers l’histoire de magie mais, de temps à autres affleurent d’autres thèmes comme l’obésité, le sentiment de solitude, les relations familiales et l’amitié. Sans être follement surprenant ou révolutionnaire, le roman est agréable à lire et prenant juste comme il faut. Comme il est assez court et sans grande difficulté, il peut même être lu par de plus jeunes lecteurs (dès 10 ans). PS : je vous mets la couv VO parce que celle de la VF est vraiment trop vilaine… !

Rayon bulles.

Route : End, tome 1, Kaiji Nakagawa (Ki-oon).
Taji travaille pour une entreprise de nettoyage spécialisée dans les scènes de crimes. Une voie qu’il n’a pas choisie par hasard car, enfant, c’est lui qui a trouvé le corps de sa mère alors qu’elle venait de se suicider. Les nettoyages de scènes de désolation sur lesquelles il travaille opère comme une véritable catharsis. Pourtant, son quotidien est bouleversé lorsque son quartier devient le théâtre de meurtres en série. Les victimes sont découpées en morceaux, lesquels forment à chaque fois le mot « END ». L’affaire vire au cauchemar lorsque Taji découvre que son patron, qui l’a traité comme un fils, est peut-être impliqué dans ces horribles mises en scène…
J’ai beaucoup aimé le premier tome de ce seinen. Évidemment, l’intrigue est sombre et affreusement sordide, mais pleine de suspense. Le volume ne sert pas seulement à planter le décor mais nous offre un vrai début d’enquête, comme des personnages déjà assez fouillés – du moins assez pour attiser ma curiosité et me donner envie d’en savoir un peu plus.

Je reviens vers vous, Olivier Tallec (Rue de Sèvres).
Une illustration par page, avec une petite phrase ou pas, souvent tirée du dialogue en cours dans la scène. C’est lapidaire, mais toujours suffisant et, surtout, généralement hilarant ! Le choix des sujets est aussi vaste que varié. Les dessins, sous couvert d’humour, touchent à de nombreux sujets de société : consumérisme, philosophie, art et art de vivre, éducation… On se retrouve aisément dans les planches (et si non, cela reste très drôle). Un album hyper cocasse, truffé d’absurdités et autres loufoqueries en tout genre. Caustique et facétieux, absolument génial !

Tops & Flops.

Comme je le disais en début d’article, Le Livre perdu des sortilèges ne m’a pas franchement transcendée, donc je ne m’étendrai pas plus sur la question.
Côté bonnes lectures, j’ai eu la main heureuse, avec quelques titres qui ont émaillé ma fin d’été.
Tout d’abord, le premier tome des Entremondes, de Sean Easley, L’Hôtel invisible, édité chez Lumen. Une fois n’est pas coutume, c’est un roman qui s’adresse plus aux 10-12 ans qu’aux ados (malgré son épaisseur incroyable). L’histoire est assez prenante, sise dans un univers extrêmement original et qui cachait, de façon assez surprenante, l’évocation de thèmes d’actualité vachement plus lourds que l’aspect purement divertissant des débuts du roman. Bonne surprise que ce tome 1, donc !

J’ai ensuite lu le deuxième tome des Extraordinaires et fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé, de Raphaël Albert, intitulé Avant le déluge. Ma lecture du premier tome remontait un peu, donc j’avais quelque peu oublié certaines péripéties, mais le rythme est vite revenu. Cette deuxième enquête démarre assez doucettement et on tire peu à peu les différents fils d’une toile assez vaste. J’ai adoré retrouver le ton désabusé et cynique de Sylvo et surtout ce Panam alternatif si bien troussé. Il ne me reste qu’à lire la suite !

Citations.

« Je ne vais pas t’aimer d’avantage si tu es fort, ni cesser de t’aimer si tu es faible ! Ça ne marche pas comme ça ! Même les loups ont besoin d’être nourris par leurs parents quand ils sont petits et perdent leurs forces avec l’âge… mais ils n’en restent pas moins des loups beaux et fiers ! »
Bride Stories, tome 10, Kaoru Mori.

« De quoi s’agit-il, cette fois ?
– Il paraît que s’échanger un objet sous la corde du mât pousse le bateau à grimper des montagnes.
– Je suis pressée de voir ça… gravir les montagnes à bord d’un voilier, c’est une expérience qu’on fait rarement ! »
Isabella Bird, tome 3, Taiga Sassa.

« C’est marrant comme les nantis ont besoin de casquer pour se persuader qu’ils ont ce qui se fait de meilleur. Si vous n’êtes pas hors de prix, ils se figurent que vous êtes un médiocre, ils ont l’impression d’acheter au rabais, de consommer basse caste. (…) Mes tarifs variaient donc du simple au triple selon les contrats, voire davantage si j’étais d’humeur facétieuse. »
Avant le déluge, Sylvo Sylvain.

« Grandir ce n’est pas renoncer à ses illusions… C’est assumer ses responsabilités ! »
Un Français sur Mars, Alex Alice.

[2018] Bilan estival.

Le rythme du blog tourne au point mort ces derniers temps mais ne croyez pas que je lis plus ! Cet été j’ai même fait pas mal de découvertes !

Carnet de lectures.

La Légende des quatre, Cassandra O’Donnell (Flammarion jeunesse).
Ils sont 4, tous héritiers de leurs clans de métamorphes (loups, tigres, aigles, serpents), les Yokaïs. Mais ces clans sont tous ennemis et vivent dans une fragile harmonie sur les terres des humains. Maya, héritière du clan des Loups et Bregan, héritier du clan des Tigres, sont les garants de la paix mais, scolarisés ensemble, ils nouent des relations qui pourraient n’être pas du goût des adultes. Là-dessus, débarque un complot, sans doute fomenté par des humains, qui fait surgir encore plus de tensions entre les tribus.
C’était mon premier roman de Cassandra O’Donnell et on ne peut pas dire que j’ai été follement emballée par le premier tome de ce cycle. D’une part parce que le roman est essentiellement un plantage de décors/persos en règle, d’autre part parce que je n’ai jamais été surprise, tant les clichés se suivent (et se ressemblent). Donc, en vrac, on a évidemment des personnages jeunes et donc plus futés que leurs aînés, une romance qui traîne, des inimitiés basées sur du vent, des actions faussement héroïques à gogo, traîtres, complot et tutti quanti. On ajoute à cela que le récit est volontiers sexiste et que le vocabulaire est d’une pauvreté effarante. Bref, je suis allée au bout et c’était mon maximum.

Le Gouffre, Rolland Auda (Sarbacane).
Willy-Saïd, 17 ans, narcoleptique, part à Maleroque, un village des Alpes, dans la maison de son grand-père Hans, dit Jean des Loups, un célèbre écrivain qui vient de mourir. Le jeune homme se rend rapidement compte que les sorciers et les monstres qui peuplent les histoires de son grand-père existent réellement, celui-ci s’étant trouvé embringué dans une sorte de partie d’échecs grandeur nature, mêlant vieilles légendes locales, entité maléfique qui sommeille et pouvoirs quelque peu surnaturels.
Que voilà un roman étrange ! C’est à mi-chemin entre polar et roman fantastique, sans jamais trop se décider. Dès le départ, l’auteur met en place une ambiance un brin gothique inquiétante, qui sied bien à l’intrigue. Celle-ci est pourtant assez lente à se déployer et à se mettre en place, d’autant que l’auteur fait un tas d’effets d’annonces, qui ne sont pas toujours suivies des-dites annonces. Donc c’est parfois un peu frustrant, car les explications sont minces. L’intertexte est assez important, avec pas mal de références à Stephen King et Lovecraft, notamment. Ce qui est dommage, c’est que tous ces faisceaux ne sont pas pleinement exploités. De plus, le récit est souvent heurté, avec quelques incohérences (le nom du protagoniste, pour commencer). En bref, l’idée de départ est chouette, mais je n’ai pas été emballée par l’ensemble.

La Théorie de l’iceberg, Christopher Bouix (Gallimard jeunesse).
L’été débarque à Figerolles-sur-Mer, petite cité banale de la côte Atlantique. Dans les bagages de la haute saison, Lorraine, fille d’un photographe et surfeuse à ses heures. Noé, lui, ne compte pas vraiment surfer car, depuis son terrible accident de surf, il souffre de bégaiement et d’une phobie traumatique. Sa professeure de français l’incite à écrire de la fiction ; un concours de nouvelles sera l’occasion de peaufiner son style et, pourquoi pas, faire de belles expériences !
C’est un roman plein de douceur et dont l’intrigue, assez linéaire, réserve au final assez peu de surprises. Mais est-ce gênant ? Que nenni ! Car on n’est pas là pour le suspense, mais pour l’évolution de Noé, qu’elle soit personnelle ou scripturaire. Celui-ci, en effet, fait la rencontre, via son petit job d’été, d’un vieillard acariâtre mais versé en lettres, qu’il va convaincre de l’aider à écrire. Et finalement, c’est de là que vient le suspense. Qui est vraiment monsieur Herrera ? Un vieillard ? Ou bien un extraordinaire auteur de science-fiction venu se cacher au fin fond de la cambrousse ? Cette petite enquête parallèle apporte beaucoup de sel à l’intrigue, comme son lot de divertissements. Christopher Bouix signe un très bon roman ado, agréable à lire tant sur la fin de l’été qu’à la rentrée !

Spill zone #1, Scott Westerfeld et Alex Puvilland (Rue de Sèvres).
Il y a 3 ans, un événement a détruit la petite ville de Poughkeepsie : la ville est devenue une zone à risque, contrôlée par le gouvernement, où plus personne ne s’aventure car d’étranges phénomènes et dangers mortels guettent les curieux. Depuis cette fameuse nuit où tout a basculé, les parents d’Addison ont disparu, sa petite sœur Lexa est muette et communique avec son étrange poupée devenue animée. Addison, photographe de génie, pénètre clandestinement toujours plus loin dans la zone tout en respectant son propre code de survie. Elle y prend des photos qu’elle vend illégalement à une collectionneuse. À l’occasion d’une commande qu’elle ne peut refuser, Addison s’avancera encore plus loin dans le cœur de la no-go zone. Pour y découvrir de bien étranges choses !
Je connaissais Scott Westerfeld au rayon romans, pas en scénariste de bandes-dessinées, mais le fait est que celle-ci est vraiment sympa tout plein. Dans une ambiance post-apo du meilleur effet, l’intrigue mêle adrénaline, virées à moto et mystères en tous genres, notamment sur ce qui peuple le no man’s land. Entre zombies, créatures dantesques et autres curiosités, on est servis. L’ambiance verse même dans l’horreur avec la poupée animée et assez terrifiante de Lexa, la petite sœur d’Addison – poupée qui ressemble assez follement au M. Nyx d’Ariel Holzl. L’ensemble est palpitant à souhait, on en redemande !

 

Cinéma & séries.

A Silent voice, Naoko Yamada (en salles depuis le 22 août).

Cet été est parue l’adaptation en film d’animation du manga éponyme de Yoshitoki Oima, que j’ai beaucoup aimé. L’univers du manga a été parfaitement retranscrit par la réalisatrice, tout comme l’intrigue générale. Comme dans les livres, elle évolue assez lentement, et se concentre sur les personnages, leurs interactions et les questions qu’ils se posent (Avec, entre autres, « comment devient-on adultes ? C’est quoi l’amitié ? » ). Quelques sous-intrigues ont été écartées mais, globalement, on retrouve les thèmes importants de la série de livres.
Le gros plus est la réalisation soignée ! La doublure de Shoko a été réalisée par Mélanie Deaf, elle-même sourde, et qui anime une chaîne youtube consacrée au sujet, afin de sensibiliser le public à ce handicap. Bref, une chouette adaptation !

Mission impossible : Fallout.

Jusque-là, j’avais échappé au phénomène Mission impossible. Incroyable, je sais ! Mais une aprèm pluvieuse et les tarifs fort accessibles de mon cinéma auront eu raison de cette lacune.
Pour vous résumer la chose, en bref : l’équipe de Mission impossible doit retrouver des charges de plutonium, qui seront bientôt vendues à Paris et, évidemment, sauver le monde !
Je partais dans l’idée de voir une bouse mais, finalement, ce n’était pas si mauvais que ça. Alors, je ne vais pas mentir, on n’échappe au film américain tellement classique que c’en est prévisible avec, en vrac : des méchants très méchants et machiavéliques, un complot mondial, un méchant-qu’on-croyait-hors-d’état-de-nuire, un gentil héros avec des failles, de la castagne, des cascades, des plans retors et une fin qui finit bien. Bah oui, quand même ! Dit comme ça, ça pourrait sembler mortellement chiant mais, finalement, c’est assez prenant, car l’intrigue est assez rythmée. Et puis la photographie du film est hyper réussie, donc ça compense pas mal.

22 miles

La bande-annonce de celui-ci me disait carrément mais, finalement, quelle déception !! C’est l’histoire d’une unité d’élite qui doit convoyer un dissident chinois (?) qui a donné des infos à la police.
L’histoire est bizarrement foutue, et fait s’entrecroiser trois temporalités. D’abord, le présent, avec les efforts de l’unité d’élite pour amener leur dissident à un avion sécurisé qui l’emmènera aux États-Unis (?) – je mets des points d’interrogation car les noms de pays ne sont pas hyper clairs, mais on imagine bien cela. La seconde ligne montre une femme et un militaire au fort accent slave (des russes ?) dans un avion avec, manifestement, l’envie d’en découdre salement. Troisième ligne, le chef d’opération subit un interrogatoire qui a manifestement un rapport avec l’échec de la mention sus-nommée. Comme tout cela s’entrecroise, il n’y a pas besoin d’être un génie en scénario pour comprendre que la mission a capoté (et en poussant un peu, on comprend même pourquoi). La totale absence de suspense est compensée par un déchaînement de violence et de rebondissements tous plus rebondissants les uns que les autres, mais sans grande saveur jusqu’à la fin. En plus de cela, il y a un tas de sous-intrigues qui n’apportent franchement rien à l’histoire et dont on se demande ce qu’elles font là. Je m’interroge encore sur l’utilité de l’histoire familiale d’une des femmes de l’équipe : est-ce juste pour ajouter du drama, ou pour insinuer l’idée qu’une maman qui travaille, ça le fait pas ? Mystère. Bref, un raté pour ce film, avec lequel je me suis passablement ennuyée.

Timeless.

J’ai également terminé cet été la première saison (sur 2) de Timeless, dans laquelle une historienne, un militaire et pilote sont chargés de remonter le temps afin d’empêcher un consortium mystérieux de détraquer l’histoire. Eh bien, mine de rien, la série se laisse regarder. Évidemment, c’est parfois un tantinet répétitif et les motifs de partir dans le passé parfois un peu tirés par les cheveux mais l’ensemble est plutôt sympathique et prenant. Les épisodes couvrent un large spectre historique (de l’histoire américaine). Alors on n’échappe pas aux grands poncifs du genre, mais avec quelques bonnes surprises de temps en temps (l’épisode avec Bass Reeves, par exemple, en faisait partie). Sans surprise (encore), il y a un grand complot dans l’histoire, avec une firme malhonnête et à la moralité douteuse, dont les objectifs plus que troubles soutiennent le suspense — à cet égard, la fin du dernier épisode, si elle n’est pas surprenante, laisse sur des charbons ardents !
C’est sans doute sans prétention, mais je regarderai avec plaisir la seconde saison !

Tops et Flops.

Au chapitre des flops, je ne m’étendrai pas plus sur Le Gouffre et La Légende des 4 dont j’ai parlé plus tôt et qui ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable – et je ne lirai sans doute pas la suite du roman de Cassandra O’Donnell.

Mais j’ai eu de belles découvertes, avec même un coup de cœur ! Mais avant d’en parler, je vais évoquer les autres jolies surprises estivales, en commençant par un roman historique jeunesse, j’ai nommé Pour qui meurt Guernica ? de Sophie Doudet (Scrinéo).
Celui-ci porte donc, sans surprise, sur le bombardement de la petite cité de Guernica, sous les ordres de Franco , durant la guerre civile espagnole. On y suit le parcours de deux adolescents (donc il y a un peu de romance, mais ce n’est pas le sujet principal), qui vont se retrouvé jetés sur les routes suite au drame. Événements historiques, analyses politiques, Sophie Doudet dresse un panorama très complet de ce fait historique, dont les tenants et aboutissants sont bien décrits. Bonne pioche !

L’Anti-magicien, Sébastien De Castell (Gallimard jeunesse).
Alors là, on ne peut pas dire que je partais conquise d’avance. Mais finalement, quelle bonne surprise ! Sébastien De Castell présente un univers original, sis dans un environnement désertique avec oasis, sable et bestioles originales. L’intrigue n’est pas toujours des plus originales, mais très prenante, d’autant que le complot politique est loin d’avoir été totalement exploré à la fin du premier volume. Affaire à suivre, d’autant que le tome 2 est en passe d’être publié !

Et on en arrive donc au coup de cœur avec, sans surprise (?), le nouveau roman de Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer. Celui-ci se déroule quelques quinze années après Louis Pasteur contre les loups-garous, mais c’est avec un réel et immense plaisir que j’ai retrouvé l’ambiance très scientifique et aventureuse, ourlée d’un peu de steampunk sur les bords, de son univers. On lit encore une fois un roman endiablé, porté par une plume exquise, qui multiplie calembours et bons mots pour notre plus grand plaisir !

Citations.

« Tu comprends, a-t-il repris d’un coup, un titre, ce n’est pas seulement une indication de ce qui va se passer dans l’histoire. C’est aussi une promesse, un secret. Il faut que ce soit mystérieux et alléchant. Comme une boule de glace au rhum avec des petits raisins dedans. Exactement comme ça. »

« Quand mes parents ont divorcé, a-t-elle repris, j’ai eu la sensation que quelque chose se brisait en moi. Comme un vase de porcelaine très fine qui se retrouverait éclaté, du jour au lendemain, en mille morceaux. Pourtant, regarde-moi.
J’ai levé les yeux vers elle.
– J’ai tout pour être heureuse, non ? Mes parents aussi sont riches. Mon père m’emmène aux quatre coins du monde chaque année. Je suis une privilégiée, tu crois que je ne le sais pas ?
Je ne savais vraiment pas quoi dire. Quelque chose brillait dans ses yeux. Comme une lumière sombre et profonde, un peu plus vive que d’ordinaire.
– Mais essaie de recoller des morceaux de porcelaine, a-t-elle dit à mi-voix. »
La Théorie de l’iceberg, Christopher Bouix (Gallimard jeunesse).

***

« Ah, fit la femme, avant de pincer les lèvres en signe de désapprobation. Une jeune fille de votre âge ne devrait pas se résigner à travailler pour vivre. Vous devriez songer à votre mariage. Jolie comme vous êtes, il n’est pas encore trop tard pour trouver un mari bon et respectable qui puisse veiller sur vous.
– Je préfère veiller sur moi-même, madame, mais je vous remercie. J’apprécie votre sollicitude, mais certaines d’entre nous ont des soucis plus pressants que s’entraîner à faire la révérence ou à transformer des coiffes de taille délirante en expérimentations végétales.»

« Marlowe est quelqu’un de bien et c’est un inspecteur compétent, mais il voit ce que tout le monde remarquerait à sa place : tout ce qui sort de l’ordinaire. Il repère les taches de sang et les déments dans leurs pyjamas rouges. Je vois des choses plus extraordinaires encore, celles que personne d’autre ne peut deviner. Mais vous… vous remarquez les boîtes aux lettres, les poubelles et… les gens. Quelqu’un capable de voir l’ordinaire… c’est vraiment formidable, Abigail Rook. »
Jackaby, tome 1, William Ritter (Bayard).

***

« Je viens de l’ouest et je cherche à rejoindre la famille de l’autre côté de là…
D’un geste, le berger l’interrompt.
– Pas la peine de me raconter des fredaines, mon garçon. Tu n’es pas le premier que je croise dans la montagne et, hélas, tu ne seras pas le dernier… Je ne veux rien savoir. Ainsi je n’aurai rien à dire si la garde civile poussait ses rondes par ici pour discuter politique avec moi. Moi, je m’appelle Pablo et je suis berger dans cette montagne depuis mes quinze ans. C’est à peu près ton âge, non ? Depuis cette période, il en est passé des saisons, avec des troupeaux, des chiens et des loups, si tu vois ce que je veux dire. En ce moment, c’est plutôt le temps des loups. Viens avec moi, il faut te réchauffer. »
Pour qui meurt Guernica ?, Sophie Doudet.

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« Vous êtes costaude pour une fille, dis-je, furieux quand ce dernier mot s’échappa de ma bouche.
J’avais récemment découvert que plus on me frappait, plus je disais de bêtises.
– Pour une fille, peut-être, mais pour une femme, je suis plutôt normale, répliqua-t-elle.
– Je ne connais pas beaucoup de femmes qui seraient capables de me porter, insistai-je. Je ne suis pas si petit que ça.
Allez savoir pourquoi, j’avais besoin de marquer ce point.
Furia lâcha un petit pfff qui, selon moi, était juste dédaigneux.
– Gamin, les seules femmes qu’il y a dans le coin sont destinées à jeter de gentils petits sorts et à être agréables à regarder. Comme les hommes, en somme. »
L’Anti-magicien, tome 1, Sébastien De Castell.

***