[2018] Petit bilan de janvier

Carnet de lectures

Lectures à bulles.

J’ai lu pas mal de bande-dessinées en janvier (je chroniquerai un jour, je chroniquerai !) et, au premier chef, j’ai relu la série Zombillénium, d’Arthur de Pins – j’avais déjà lu les deux premiers tomes, mais le 3 était une découverte. Zombillénium, c’est l’histoire d’un parc d’attractions uniquement tenu par des créatures fantastiques, du directeur aux machinistes du train fantôme. Et dans l’équipe, il y a un démon et une sorcière qui tente de juguler ses pouvoirs démoniaques – pour la faire courte !
Je n’ai pas vu l’adaptation, mais replonger dans cet univers m’en a donné l’envie ; le portrait de l’univers de l’entreprise est certes cinglant, mais franchement bien vu. L’intrigue fantastique, avec ses zombies, ses vampires, sa sorcière et ses démons en goguette tient bien la route et c’est pas la fin du tome 3 qui va donner envie de s’arrêter là !

Gaspard et la malédiction du Prince-Fantôme, Isabelle Dethan (Delcourt, 2017).
Depuis Sur les Terres d’Horus, j’adore le travail d’Isabelle Dethan, donc découvrir son nouveau titre a été une bénédiction, d’autant qu’il mêle traditions de Égypte antique et antiquités égyptiennes du musée du Louvre !
Gaspard est passionnée d’antiquités égyptiennes et profite du fait que son oncle soit gardien au Louvre pour y passer tout son temps. Un jour, il remarque une petite fille qui semble perdue : il s’agit du fantôme d’une fillette égyptienne, dont les affaires mortuaires ont été éparpillées dans le musée… Qu’à cela ne tienne, il va l’aider !
Bon, vous l’avez compris, j’adore le travail d’Isabelle Dethan alors replonger dans ses aquarelles a été un très bon moment : celles-ci sont très colorées et riches en détails et reproduisent à merveille les différentes salles du Louvre ainsi que ce qui y est exposé. L’intrigue, qui mêle fantastique et histoire, tient bien la route et offre suspense, un tas d’informations et émotions. Bref, une chouette BD, accessible aux plus jeunes !

Côté ciné.

Glacé.

Cette série adapte le roman éponyme de Bernard Minier (que je n’ai pas lu, donc je ne me prononcerai pas sur la fidélité de la-dite adaptation). On y suit la capitaine Ziegler et le commandant Servaz, appelés dans un petit bled des Pyrénées où, au petit matin et sous des trombes de flocons, on vient de découvrir le cadavre décapité d’un cheval de prix, accroché à la falaise près d’une centrale hydroélectrique. Parallèlement, une jeune psychologue prend son premier poste dans le centre de haute sécurité psychiatrique qui domine la vallée (et dans lequel croupit, ça tombe bien, l’ennemi intime de Servaz, qu’il a mis sous les verrous quelques années plus tôt).
Voilà une série à regarder sous la couette, vu les tombereaux de neige qui traversent l’écran ! Sans surprise, l’ambiance fait écho au titre : glaciale.
Et ce n’est pas seulement dû à la saison hivernale : cela tient également au centre de haute sécurité psychiatrique, à ses détenus et aux lourds secrets qui semblent empoisser l’atmosphère. Si j’ai apprécié l’ensemble (du moins dans un premier temps), je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que c’était quand même un brin cliché. Donc oui il y a des flics qui picolent, oui ils sont hyper borderline, évidemment ils enquêtent sur des trucs qui les touchent de bien trop près pour être objectifs, sans surprise il y a des personnages qui enquêtent eux aussi pour leur compte et oui, mille fois oui, le passé des personnages les hante terriblement. De fait, j’ai été tenue en haleine pendant la majeure partie de la série, mais j’avoue que la surenchère de secrets douloureux issus du passé et autres découvertes un brin macabres m’ont un peu perdue sur les derniers épisodes. Du coup, le cheval, ça venait de qui ? Hum, eh bien, j’ai déjà zappé… Malheureusement, en plus de cela, la fin (qui est peut-être celle du roman !) ne m’a pas du tout convaincue. Bonne découverte sur les deux premiers tiers, un peu plus décevante sur la fin.

Bon, en vrai, j’avais regardé Ascension et Dark en décembre, mais je les ai oubliés dans mon p’tit bilan et c’est bien dommage, car il s’agit ni plus ni moins de deux coups de cœur !

Ascension

Avant toute chose, sachez qu’Ascension était (originellement) une mini-série de 6 longs épisodes ; malheureusement, seule la première partie a été portée à l’écran : on a donc bien 6 épisodes, mais ils sont courts et l’histoire finit sur une fin très très très ouverte !
1963. Une mission spatiale secrète est lancée par le gouvernement américain. À son bord, des humains partis pour un voyage d’une centaine d’années, direction Proxima du Centaure, où ils seront chargés d’instaurer une nouvelle colonie. 50 ans plus tard, alors qu’ils approchent du point de non-retour, une jeune femme est mystérieusement assassinée, alors qu’il n’y a pas d’armes à bord… Tout va-t-il pour le mieux à bord de l’Ascension ?
La première chose qui m’a tapé dans l’œil, ce sont les décors et les costumes : on est dans un vaisseau construit dans les années 60 et tout, à bord, est resté dans le jus. Qu’il s’agisse des consoles et écrans, des vêtements que portent les personnages, de leurs idées ou comportements, il y a un contraste qui marche à 100% ! Côté histoire, l’intrigue tient vraiment la route car elle conjugue le huis-clos au côté SF. Je n’en dirai pas trop plus, car ce serait hyper dommage de gâcher l’intrigue, mais je l’ai trouvée absolument palpitante. J’en aurais bien repris 6 épisodes, d’ailleurs, car j’ai eu un coup de foudre pour cette histoire et tout ce qu’elle renferme !

Dark

 

Allemagne, petit village de Winden. Un enfant disparaît sans laisser de traces et, bientôt, tout le village est sur les dents. Où est Mikkel ?
Les familles sont d’autant plus anxieuses que, 33 ans plus tôt, un autre enfant avait disparu. Coïncidence : Mads aurait été l’oncle de Mikkel. Est-il possible que l’histoire se répète ?
La vraie question est-elle « Où est Mikkel » ? Ou bien… « Quand est Mikkel » ?
Deuxième série de décembre et deuxième coup de cœur !
Dark, c’est d’abord une ambiance totalement envoûtante, qui passe par de longs plans figuratifs et une bande-son aux petits oignons (à bien des égards, ça m’a rappelé l’adaptation de The Circle, que j’avais également adorée). J’étais un peu dubitative sur les deux premiers épisodes, que j’avais trouvés un peu énigmatiques mais je me suis quand même totalement laissée prendre par l’ambiance générale, les petites histoires qui commencent à se tisser et surtout les petits indices qui traînent, à droite à gauche, sur les voyages dans le temps (oui, ok, je lâche le pavé dans la mare mais en même temps, dès le premier épisode on commence à en voir !). Au final, j’ai dû me restreindre pour ne pas m’enquiller tous les épisodes d’un coup mais il y a un tel suspens que j’avais salement envie d’en savoir plus ! Gros bon point : la fin est super chouette et annonce une suite sans aucun doute intéressante (du coup, je suis impatiente de la voir).

Tops & Flops.

Deux petits flops ce mois-ci, et un tas de super découvertes. Commençons donc par les premiers !

J’avais déjà lu la première bande-dessinée d’Emma et j’ai enchaîné avec le deuxième volet de la BD Un autre regard. Comme le premier, c’était super intéressant et les strips suscitent des questionnements vraiment passionnants. Ce qui m’a gênée, c’est plus le graphisme assez simple, avec une très importante proportion de page blanche : c’est super adapté à la lecture en strips verticaux sur écran, mais passé en page, c’est un peu moins réussi, je trouve. Donc le fond, super, la forme m’a moins emballée.

Ensuite, j’ai été assez déçue par Ma vie cachée de Becca Fitzpatrick (que j’ai pourtant lu d’une traite parce que, malgré tout, c’était assez prenant). Non, ce qui m’a agacée, c’est que c’était cliché à souhait, que ce soit du point de vue des personnages ou de l’intrigue, alors que l’idée de départ était plutôt pas mal vue. Mauvaise pioche, donc.

Au rang des bonnes découvertes, il a fallu que je fasse des choix !

Ce titre, je l’avais repéré chez des copinautes (Bouchon ou Les Vénérables par exemple), donc je n’ai pas rechigné à le lire car La Fille qui avait bu la Lune, de Kelly Barnhill a été une excellente surprise. L’histoire, si elle n’est pas fondamentalement originale, s’avère extrêmement poétique, pleine d’inventivité et très prenante. Tout en étant accessible aux plus jeunes, c’est pas génial, ça ?!

Ensuite, j’ai enfin attaqué Les Sœurs Carmine d’Ariel Holzl avec le premier tome, Le Complot des corbeaux. J’ai adoré l’histoire des bas-fonds mêlée à la politique et surtout, surtout, le cynisme ambiant et les aventures un brin trash de Merryvère, la cadette des sœurs. J’ai hâte de lire le tome consacré à Tristabelle !

Enfin, en tout début de mois, j’ai lu une super bande-dessinée intitulée La Différence invisible, signée Mademoiselle Caroline et Julie Dachez et qui narre les pérégrinations (et le combat) d’une jeune femme autiste. J’ai adoré les graphismes et plus encore la découverte du quotidien de Marguerite. Et j’ai appris plein de trucs !

Citations.

« Tout le monde est un génie, mais si vous jugez un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre, il passera sa vie à croire qu’il est stupide. »
La Différence invisible, Julie Dachez & Mademoiselle Caroline.

***

« Elle s’écarta pour scruter son visage à l’expression narquoise.
– Tu sais, Elend, des fois, c’est franchement difficile de savoir quand tu plaisantes et quand tu dis simplement des bêtises.
– Ce qui me rend plus mystérieux, non ?
– On peut dire ça, admit-elle en se blottissant de nouveau contre lui.
– Eh bien, vois-tu, tu ne comprends pas à quel point c’est intelligent de ma part. Si les gens n’arrivent pas à déterminer quand je me comporte en idiot ou en génie, peut-être qu’ils prendront mes bourdes pour de brillantes manœuvres politiques. »

« Je plaisante, El, reconnut Ham.
– Tu sais, Ham, commenta Brise. La seule chose qui soit drôle avec tes plaisanteries, c’est leur absence quasi constante de toute forme d’humour. »
Le Puits de l’ascension, Brandon Sanderson.

***

« La devise de Grisaille lui revient alors en mémoire : « Quid non occiderem occidisti primum », « Ce qui ne vous tue pas est ce que vous avez tué en premier »… »

« S’ensuivit une échauffourée inscrite sous le matricule « Incident 4752 » dans les archives administratives de la police royale. Les survivants, quant à eux, préféraient s’en souvenir comme « Quinze minutes d’un foutoir sans nom » »
Les Sœurs Carmines, Ariel Holzl.

***

« La patience ne court pas.
Ni ne pousse, ni ne vole, ni ne chancelle.
La patience est l’ondulation de l’océan,
Le soupir de la montagne,
Le froncement du Marécage.
La patience est le chœur des étoiles
Tintant à l’infini… »

« Ce n’est pas parce que tu ne vois pas une chose qu’elle n’existe pas. parmi les choses les plus merveilleuses en ce monde, bon nombre sont invisibles. La foi que l’on place en elles les rend encore plus puissantes et extraordinaires. Tu verras… »

« Une histoire pouvait dire la vérité, elle le savait, mais elle pouvait aussi mentir. Les histoires pouvaient varier, louvoyer et abuser. Maîtriser les histoires, c’était s’octroyer un pouvoir considérable… »

« La petite avait une expression grave, sceptique et intense, si bien que Gherland eut du mal à détourner le regard. Elle avait la chevelure noire et bouclée et les yeux plus sombres encore. La peau lumineuse, tel de l’ambre poli. Au milieu du front, elle portait une marque de naissance en forme de croissant de lune, identique à celle de sa mère. La tradition populaire voulait que ces gens-là soient hors du commun. Gherland détestait le folklore en général, particulièrement lorsque les citoyens du Protectorat se mettaient en tête des idées de grandeur. »
La Fille qui avait bu la lune, Kelly Barnhill.

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[2017] Petit bilan de décembre.

Ce dernier mois de l’année n’aura pas été bien riche en chroniques (faute de temps à leur consacrer), mais en lectures, si !

Carnet de lectures.

Cœurs hybrides, Anna Combelles (Sudarènes).
Cela va faire deux ans que ce roman traîne dans ma PAL et il n’attendait que le moment où j’aurais envie d’une romance pour être lu : moment qui a fini par arriver. Malheureusement, on ne peut pas dire que ça l’ait vraiment fait.
Au XIXe siècle, dans un monde où les dirigeables ont conquis le ciel et où les robes à dentelles frémissent dans tout Paris, les femmes sont pourtant considérées comme des êtres inférieurs. Rebelle, Jade, issue de la lignée des « Charismas » aux dons extraordinaires, décide alors de fuir la capitale, ravagée par une guerre fratricide entre sangs purs et hybrides. À des milliers de kilomètres de là, Ethan parti chercher l’oubli, rencontre un homme qui va changer le cours de sa vie. Les destins de Jade et Ethan se trouveront liés d’une étrange façon.
Je ne fais pas de résumé maison, car j’aurais peur de spoiler quelques retournements de situation !
Alors, pourquoi ça ne l’a pas fait ? Tout simplement parce que l’histoire n’est qu’une romance, qui s’affranchit presque totalement de l’univers – ce qui est bien dommage, vu que celui-ci s’appuie sur un tas de créatures surnaturelles, vampires, loups-garous et autres métamorphes, qui se sont livré une guerre sans merci. De cette guerre, on n’aura peu de détails, hormis le fait que tout ce petit monde a bataillé sec, pour d’obscures querelles de clocher.
Évidemment, les deux personnages sont issus de deux clochers opposés, ce qui confère un petit côté Roméo et Juliette au couple, malheureusement pas franchement mis en avant, les deux personnages étant particulièrement indépendants vis-à-vis de leurs familles respectives. Du coup, j’ai trouvé que l’ensemble manquait un brin de perspectives, car exclusivement centré sur les atermoiements des personnages (dont les «Je t’aime / Moi non plus / Mais en fait je ne peux pas parce que blablabla» m’ont rapidement agacée).
La romance pure, ce n’est pas mon rayon, je pense que ça se confirme ; je ne suis de toute évidence pas le public adéquat pour cette lecture !

La Cité automate et La jeune fille au corbeau, Cécile Guillot (Miroir aux Troubles).

Voilà deux nouvelles auxquelles je n’ai guère accroché.
Dans la première, on suit Noé, jeune victime d’un accident de la route, qui se réveille dans un lieu étrange où tic-tacquent de nombreuses horloges. Le décor steampunk est léché, tout comme les illustrations qui ornent l’ouvrage. Malheureusement, j’ai trouvé l’histoire vraiment trop rapide, avec des développements un brin trop attendus. Ceci étant dit, le rythme est au rendez-vous, le style est fluide et je pense que le format et l’histoire peuvent plaire à de jeunes lecteurs (dès 8 ans) – ce point est d’ailleurs parfaitement valable pour la seconde nouvelle.
Dans la seconde, donc, on suit une jeune fille, Franny, envoyée dans un pensionnat où se déroulent (manifestement) de drôles de choses : assez vite, elle se rend compte que des jeunes filles un peu différentes (comme elles) disparaissent. Là encore, c’est trop rapide : le décor est à peine planté, les personnages à peine creusés, le tout était vraiment trop rapide à mon goût.
Petit point à noter : ces deux textes sont édités dans une police adaptée aux lecteurs DYS.

Côté ciné.

J’ai pas mal fréquenté les salles obscures, ce mois-ci et si tout ne m’a pas convaincue, j’ai eu tout de même une très bonne surprise !

Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi, Rian Johnson.


Au pays de Star Wars, c’est un brin la mouise : les rebelles sont dans la panade, le Premier Ordre est partout et Rey ne maîtrise toujours pas la Force. Objectif : trouver Luke Skywalker pour un apprentissage express, se débarrasser du Premier Ordre (et de Kylo Ren) et remporter la guerre.
Bon, sans surprise, cet épisode emprunte beaucoup à l’épisode V et, comme dans le précédent, l’intrigue fait le vide dans le rang des personnages phares. L’histoire est assez intéressante, puisqu’elle tourne autour de l’antagonisme Rey/Kylo et autour d’une question capitale : Rey cèdera-t-elle à sa part de ténèbres, comme son antagoniste ? (Question pas totalement résolue, d’ailleurs). Autour de cela vient se greffer la fuite désespérée d’une force rebelle moribonde, qui déploie les stratagèmes (un peu vides de sens) pour s’en sortir. Ce n’est pas inintéressant, mais certaines péripéties (dont tout l’arc narratif secondaire, tout de même) ne servent à rien d’autre qu’à faire, d’une part, du remplissage et, d’autre part, à préparer la suite. Du coup, malgré tout ce qui est mis en œuvre (grosses bastons, scènes graphiquement hyper réussies)…. eh bien, c’est long. C’est même par moments très très longs.
Si on ajoute à cela que le ton du film n’est pas DU TOUT en adéquation avec le contenu, on a un film qui se laisse vraiment regarder, mais qui est un peu bancal. Ainsi, les moments tragiques sont systématiquement détournés par un trait d’humour (souvent bien potache). Non seulement c’est lourd, mais ça donne en plus l’impression que les personnages n’y sont pas du tout. Exemple : tout le monde est mort mais, c’est pas grave, parce que *insérer ici un jeu de mot tout pourri qui fait rire tout le monde*. Moui. J’ai rapidement été lassée. J’irai évidemment voir la suite (future nouvelle trilogie incluse), mais avec des attentes assez basses.

Tout l’argent du monde, Ridley Scott.


Rome, 1973. Des hommes masqués kidnappent Paul, le petit-fils de J. Paul Getty, un magnat du pétrole connu pour son avarice, mais aussi l’homme le plus riche du monde. Pour le milliardaire, l’enlèvement de son petit-fils préféré n’est pas une raison suffisante pour qu’il se sépare d’une partie de sa fortune.
Gail, la mère de Paul, femme forte et dévouée, va tout faire pour obtenir la libération de son fils. Elle s’allie à Fletcher Chace, le mystérieux chef de la sécurité du milliardaire et tous deux se lancent dans une course contre la montre face à des ravisseurs déterminés, instables et brutaux.
Première chose à savoir : ce film est un biopic, inspiré du véritable kidnapping de J. Paul Getty III et le film retrace à la fois le combat de Gail, l’avarice du grand-père et la captivité du petit-fils, un projet ambitieux mais qui manque cruellement de rythme, un peu comme si à force de vouloir faire du thriller et du drame, aucun des deux n’était vraiment soigné. Il y a donc du drame familial, mais pas trop (le père et la fratrie étant totalement absents de l’histoire), du thriller mais là encore, pas trop (puisque l’un des ravisseurs a rapidement des remords et en vient à aider Paul) ; en résumé : c’est un peu mou. Reste la figure glaciale du grand-père, qui donne le ton du film, sans toutefois prendre le pas sur aucun des autres aspects. Disons que ça a bien occupé une après-midi de tempête, mais que ce n’était pas non plus le chef d’œuvre du siècle.

Le Crime de l’Orient-Express, Kenneth Brannagh.

Ici, pas de surprise sur le résumé, il s’agit de l’adaptation du roman phare d’Agatha Christie. Mais voilà le point de départ : alors qu’il rentre de mission et compte s’arrêter quelques jours à Istanbul, Hercule Poirot est rappelé d’urgence à Londres. On est en hiver et à cette époque de l’année, l’Orient Express roule habituellement quasiment à vide. Pourtant, sans l’aide du directeur de la compagnie, Hercule Poirot n’aurait pas trouvé de place à bord, comme si tous les voyageurs s’étaient donné rendez-vous dans ce train ! Dès la première nuit, un homme est assassiné. Le train est immobilisé par la neige qui empêche l’assassin de s’enfuir. Dans les wagons isolés du reste du monde, Hercule Poirot, au sommet de son art, mène l’enquête. Et ce ne sont pas les pistes qui manquent !
J’ai lu ce roman il y a vraiment longtemps mais, pour ce que je m’en rappelle, l’intrigue a été plutôt bien respectée. Et point positif : on ne voit presque pas passer les quelques deux heures de film, tant l’intrigue est menée à bon rythme ! Autre point qui m’a marquée : l’esthétique du film. Graphiquement, c’est superbe, les images sont tout bonnement splendides – et franchement, ce n’est pas gagné quand on passe 80% de l’histoire dans un train à l’arrêt dans la neige ! Enfin, je trouve que Kenneth Brannagh a planté un Hercule Poirot parfaitement crédible et très réussi (et je partais avec quelques réticences tant j’apprécie l’interprétation de David Suchet). Détail qui ne gâche rien : la brochette d’acteurs était au diapason. Bref, cette version du Crime de l’Orient-Express m’a vraiment emballée et j’ai hâte de voir celle de Meurtre sur le Nil annoncée dans la conclusion !

Tops & Flops.

Il n’y a pas eu suffisamment de flops pour les citer, alors on va passer direct aux bonnes découvertes du mois ! Et ça a été compliqué, car j’en aurais bien ajouté d’autres (comme Nocturna), par exemple !

Vivant, Roland Fuentès.
Vivant démarre sur les chapeaux de roues : deux garçons courent l’un derrière l’autre, et le second a un couteau en main (avec la ferme intention de s’en servir). 180 pages d’adrénaline et de cœur battant, truffées de réflexions pertinentes sur notre société et le vivre-ensemble. Fantastique !

Celle qui venait des plaines, Charlotte Bousquet.
Charlotte Bousquet dresse le portrait de Winona, une légende du Far West, par les mots desquels on découvre les aspects les moins glorieux (voire les plus trash) des histoires de cow-boys. Dur, mais splendide !

Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne.
On pourrait résumer par « C’est l’histoire de Thomas Pesquet qui décide de participer à un concours et finit par aller sur l’ISS ». Au milieu, 200 pages bourrées d’humour et d’info scientifiques. Une BD qui a le double mérite d’être hyper marrante et hautement instructive (et donc un gros coup de cœur).

Citations.

« Tu vois, j’étais aveugle, moi aussi. J’étais heureuse d’être à lui. Ce n’est pas ça, l’amour. On ne possède pas qui on aime. On se tient à ses côtés, pour le meilleur et le pire. On ne l’enferme pas. On accepte même de le laisser s’envoler, pourvu qu’il soit heureux et libre. »

« À l’autre bout du dortoir, une autre se débattait contre des monstres invisibles, rauquant des mots que je ne comprenais pas. Furieuse, notre surveillante l’a secouée jusqu’à ce que la malheureuse bascule hors de sa paillasse puis l’a traînée brutalement hors de la chambrée.
Pourquoi ? Mais, Virgil, parce que même dans nos rêves, même dans nos pires cauchemars, il nous était interdit de nous exprimer dans une langue autre que l’anglais !
Absurde, n’est-ce pas ? »
Celle qui venait des plaines, Charlotte Bousquet.

***

« On fuit bien avec les Running XB 500. Un amorti impeccable, une adhérence adaptée aux reliefs irréguliers. Sous la plante du pied, relayant l’action musculaire, le gel Sentoprène garantit une tonicité optimale.
Mais la chaussure ne serait rien sans le coureur. Et celui qui progresse actuellement à flanc de colline est un athlète remarquable. On peut penser qu’en baskets plus ordinaires, voire en souliers de ville, il se déplacerait aussi très vite. On peut même imaginer qu’à la qualité du matériel et à la maîtrise du mouvement s’ajoute un autre motif : la volonté. Et cette volonté se concentre autour d’un seul mot. Fuir.
Oui. Vraiment. On fuit bien avec les Running XB 500. »

« J’ai bien conscience que si Mattéo est devenu très populaire, il n’y était pas vraiment prédestiné. Lorsque sa famille a emménagé à La Ciotat dans notre lotissement, il y a huit ans, j’ai compris tout de suite à qui j’avais affaire : les remarques racistes de ses parents, leurs plaisanteries bien grasses sur les Arabes ou sur les Noirs, les clichés enfilés comme des saucisses à propos des Anglais (rosbifs), des Chinois (chinetoques), des Allemands (boches)… Le pauvre Mattéo avait l’hérédité chargée.
Le plus pitoyable, c’est quand son père est venu taper un scandale à l’école parce que la cantinière avait demandé à sa petite sœur si elle mangeait du porc. De fait, la sœur de Mattéo est de type méditerranéen : brune de peau, des yeux noirs comme des olives, les cheveux frisés. Peut-être d’origine espagnole, mais ça, c’est pas écrit sur son front. Quand on la voit, on la prend pour une Algérienne, une Marocaine, éventuellement une Espagnole, oui, et dans ce cas elle a très probablement des ancêtres arabes, comme beaucoup d’Espagnols. C’est ce qu’a dit mon père au voisin, qui pendant trois semaines ne nous a plus adressé la parole ! »

« Lorsque Mattéo répétait bêtement les idioties parentales, je lui montrais mon désaccord, mais je n’ai jamais essayé de le fuir. Mon père dit qu’il ne faut pas laisser les crétins entre eux. Même si c’est dur, on doit s’obliger à les fréquenter, au moins pour leur fixer des limites. »
Vivant, Roland Fuentès.

***

« Hannah souleva le couvercle et observa attentivement l’aléthiomètre avant de le sortir de son nid de velours bordeaux pour le déposer sur la nappe blanche. Il était plus épais que celui de Bodley, mais le cadre en or, pareillement usé à force de manipulations, brillait du même éclat dans la lumière de la lampe. Les trente-six symboles disposés autour du cadran étaient représentés de manière plus simple, en noir sur de l’émail blanc, et non pas en couleur sur de l’ivoire comme ceux de l’instrument de la Bodley : ils semblaient moins décoratifs, plus fondamentaux. Derrière les aiguilles, un soleil éclatant, gravé, occupait le centre du cadran.
Hannah sentit ses mains être attirées vers l’instrument, comme par le visage d’un amoureux. »

« Alice renifla avec mépris.
– Tu es un corniaud.
– Je ne sais pas ce que c’est.
– Regarde-toi dans la glace. »
La Belle sauvage, Philip Pullman.

[2017] Petit bilan de novembre.

Ça ne s’est pas trop vu sur le blog, car j’ai très peu écrit ce mois-ci, mais un certain nombre d’heures de train m’ont permis de lire tout mon saoul et de faire de chouettes (ou parfois moins chouettes) découvertes !

Carnet de lectures.

42 jours, Silène Edgar.
Été 1942. Sacha, 12 ans, et Jacob, son petit frère, sont à la fois surpris et très contents de partir en vacances avant la fin de l’année scolaire. D’autant qu’ils auront la chance de séjourner dans la pension de leur oncle Jean, un manoir breton au bord de la mer ! Une fois sur place, ce n’est pas tout à fait la colonie de vacances qu’ils s’imaginaient – les pensionnaires sont de drôles d’adultes qui se prennent pour Victor Hugo, Louis XIV, Néfertiti… –, mais les garçons ne s’y ennuient pas une minute avec les jumeaux Éléanore et Léandre. Sans compter que le manoir abonde en secrets sur lesquels enquêter : qui fait ces bruits étranges dans le grenier ? Que sont ces loups qui rôdent dans les parages ?…
C’est un roman jeunesse qui partait super bien, vraiment, d’autant qu’on ne sait pas immédiatement à quelle époque l’histoire se déroule – on ne le saura finalement qu’après la moitié du roman. Et c’est aussi en partie pourquoi je n’ai pas totalement adhéré au roman. Bien qu’il ait 12 ans, Sacha ignore TOTALEMENT qu’il y a la guerre – alors qu’en 42, Paris était déjà occupé depuis deux ans ! La raison donnée est que ses parents souhaitent que les enfants aient une enfance parfaitement normale – soit, mais ça me paraît quand même assez peu plausible. En plus de ça, il se comporte plus comme s’il était âgé de 6 ans, accumulant bêtise sur bêtise, souvent par orgueil ou… eh bien par pure bêtise, justement. Et au bout d’un moment, ça n’est plus si crédible que cela. J’ajouterai tout de même au crédit du roman qu’il est bien écrit et, compte tenu des choix narratifs, bien menés. Malgré cela, la sauce n’a pas pris.

DC Icons #1, Wonder Woman : Warbringer, Leigh Bardugo.
Un jour, elle sera la plus grande superhéroïne de tous les temps : Wonder Woman. Mais elle n’est encore que Diana, 17 ans, princesse des Amazones. Quand un bateau explose au large de son île, Diana porte secours à la jeune Alia, bravant ainsi l’interdiction faite aux Amazones d’accueillir des humains parmi elles. Et Diana pourrait le payer d’autant plus cher qu’Alia est une Warbringer : descendante d’Hélène de Troie, elle fait souffler partout un vent de discorde. Ensemble, de New York à la Grèce, les deux jeunes filles vont pourtant tenter de contrer la malédiction qui pèse sur Alia.
Voilà un roman que j’aurais sans doute adoré à l’adolescence. Là, je ne dirai pas que je n’ai pas aimé, mais je l’ai lu sans grande passion. Si j’ai adoré la partie purement mythologique débroussaillant les légendes autour des Amazones, ainsi que la partie plus spéculative (il y a dans l’affaire une multinationale qui utilise la science pas toujours à bon escient), j’ai moins accroché à ce qui fait de ce roman un texte à destination des ados. Car on n’échappe pas à quelques clichés, que ce soit dans les révélations (traître caché, prophéties etc.) ou dans les situations (oui oui : il y a de la romance). En outre, le rythme n’était pas toujours très palpitant (peut-être parce que je m’attendais à la plupart des révélations ?) Malgré tout, j’ai bien apprécié le concept de la série (chaque auteur s’intéresse à la jeunesse d’un super-héros), il n’est donc pas impossible que j’en lise un autre (le prochain sera consacré à Batman, sous la plume de Marie Lu).

Rayon bulles.

Flying witch, tomes 1-4, Chihiro Ishizuka.
À son entrée au lycée, la jeune Makoto quitte la région de Tokyo pour le nord-est du Japon. Hébergée chez ses cousins Kei et Chinatsu, elle découvre les petits plaisirs d’une vie plus proche de la nature, où le temps semble s’écouler plus doucement. Mais le quotidien à la campagne ne s’annonce pas de tout repos pour autant, car Makoto est aussi une apprentie sorcière un peu étourdie !


Ici, j’ai apprécié le début de la série et le concept : une petite sorcière maladroite, de la magie, la vie à la campagne… L’ennui, c’est que l’histoire manque cruellement de rythme : rapidement, la vie quotidienne prend le pas sur la magie, vraiment réduite à la portion congrue. De plus, il y des allers-retours entre présent et passé pas toujours bien définis (donc j’étais assez fréquemment perdue dans la chronologie des faits). Pour finir, j’ai trouvé que les cases étaient un peu trop pleines de vides. Après quatre tomes, j’abandonne donc là cette série.

Tops & Flops.

J’ai déjà évoqué dans le corps de cet article deux titres auxquels je n’ai pas vraiment accroché, à savoir 42 jours de Silène Edgar et Wonder Woman : Warbringer de Leigh Bardugo : je ne reviens donc pas dessus.

Il y a également eu des bonnes découvertes !

Au premier chef, le deuxième tome de La Main de l’empereur, par Olivier Gay. J’étais assez impatiente de retrouver l’ami Rekk et les retrouvailles ont été à la hauteur de mes espérances. Ce second tome est haut en couleurs, grâce aux intrigues parallèles habilement entrelacées. Le rythme est bon, l’intrigue prenante, les réparties saillantes nombreuses. La fin m’a donné bien envie de lire Les Épées de glace, dont La Main de l’empereur est la préquelle !

Après avoir acheté la version intégrale aux Imaginales, j’ai repris la lecture d’un de mes plus immenses coups de cœur d’adolescence, j’ai nommé la trilogie Les Abîmes d’Autremer, de Danielle Martinigol, dont je viens de relire les deux premiers tomes dans la foulée. Et, même si je me suis aperçue, avec stupéfaction, que j’avais tout oublié du tome 2, c’était aussi bien que dans mes souvenirs parcellaires. Si vous n’avez pas lu cette série, je vous la recommande fort chaudement !

J’ai également découvert avec un immense plaisir Passé déterré de Clément Bouhélier, un récit mêlant horreur, fantastique et thriller dans une ambiance absolument fabuleuse en période d’Halloween (au moment où j’ai lu le livre). Pour ne rien vous cacher, l’ambiance est tellement réussie que j’ai dû alterner cette lecture un brin terrifiante avec celle des Abîmes d’Autremer, bien moins traumatisante. Néanmoins, je recommande avec plaisir l’intrigue de Clément Bouhélier !

Citations.

« Une fille qui ne sait pas où se trouve un magasin de vêtements ! s’esclaffe l’homme sur le siège passage , alors !
Sonia se mord l’intérieur de la joue pour ne pas protester. Cet examinateur est un misogyne fini. Le lui faire remarquer risque de lui faire perdre ses points de courtoisie. »

« Enfin, Lou… ce n’est pas grave. ça arrive à tout le monde de se tromper.
Lou sanglote de plus belle, des sanglots qui soulagent. Se tromper. Elle a le droit de se tromper. Cette phrase lui fait un bien fou. »
Nos âmes plurielles, Samantha Bailly.

***

« Par ici, seigneur.
– Je ne suis pas noble, rétorqua Rekk en poussant la porte.
Il pénétra dans la salle du trône, pas le moins du monde impressionné par la décoration fastueuse. Quand on avait vu un château, on les avait tous vus. Il avait du mal à comprendre que les hommes les plus riches de l’Empire aiment y habiter. Les salles étaient certes grandes mais mal éclairées et mal chauffées.
Et puis on était obligé d’offrir l’hospitalité lorsqu’un empereur en vadrouille venait frapper à votre porte. »

« Carlotta se précipita sur la contrebandière.
– Qu’est-ce que tu fais dehors ? Il pourrait y avoir un archer sur n’importe lequel de ces toits !
-Oui, c’est possible. Et il pourrait y avoir du poison dans ma nourriture ou un traître parmi vous. Seulement il n’y a pas une seule chose que je puisse faire. Ce n’est pas quand la barque est déjà en mer qu’on se préoccupe du temps qu’il va faire.
Carlotta avait le plus profond respect pour Dareen, mais ses métaphores piscicoles finissaient par lui taper sur les nerfs. »

« Maintenant qu’il avait un champ de vision dégagé, il apercevait lui aussi les cavaliers qui leur fonçaient dessus, lance baissée ou épée brandie. Ils n’étaient plus qu’à quelques mètres, et la poussière qui volait sous leurs sabots captait le soleil en un magnifique jeu de lumière.
Il eut le temps de trouver ça beau, puis de trouver ça dangereux, puis de se demander ce qu’il faisait là, puis les premières montures heurtèrent les rangs des soldats. »

« La porte s’ouvrit sur la sage-femme, une sorcière hideuse qui passait pour la meilleure dans son domaine et qu’il avait fait venir ici à prix d’or. Elle avait des rituels magiques étranges, comme de se laver les mains régulièrement, mais la noblesse ne jurait plus que par elle. »
La Main de l’empereur, tome 2, Olivier Gay.

***

« À l’époque où je me suis rendu compte pour la première fois que j’étais peut-être un personnage de fiction, je passais mes journées au White River High School, un lycée public situé au nord d’Indianapolis où des forces – si supérieures aux miennes que j’étais incapable de les identifier – exigeaient que je déjeune entre 12h37 et 13h14. Si ces mêmes forces m’avaient attribué une autre plage horaire pour déjeuner ou si mes camarades de table, qui ont contribué à écrire mon destin, avaient choisi un autre sujet de conversation en ce jour de septembre, j’aurais connu une autre fin – du moins, un autre milieu. Mais je commençais à comprendre que l’on n’était pas l’auteur de sa vie, que c’était une histoire racontée par d’autres. »

« Je me demande si je ne sus pas comme la White River, ai-je poursuivi. Non navigable.
– Mais ce n’est pas le truc intéressant de l’histoire, Holminette. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils ont quand même bâti la vile, tu vois ? On fait avec ce qu’on a. Ils avaient cette rivière de merde et ils se sont débrouillés pour fonder une ville correcte sur les rives. Sans doute pas une super-ville. Mais pas si mal que ça, finalement. Tu n’es pas la rivière. Tu es la ville.
– Alors, je ne suis pas si mal que ça ?
– Exact. Tu as un bon quatorze sur vingt. Or, si on arrive à fonder une ville notée quatorze sur vingt avec un onze en géographie, c’est super. »

« Je n’étais pas capable de me rendre heureuse mais, en revanche, je savais très bien rendre mon entourage malheureux. »

« J’étais attirée par des garçons, bien sûr, et j’aimais bien l’idée de sortir avec quelqu’un, mais je n’étais pas outillée pour la mécanique d’une relation. Les passages obligés qui m’angoissaient le plus étaient les suivants. 1. S’embrasser. 2. Devoir dire les choses qu’il faut pour ne pas blesser l’autre. 3. S’enfoncer davantage en essayant de s’excuser. 4. Aller au cinéma ensemble et se sentir obligée de se tenir la main, même après qu’elles ont commencé à devenir moites, et que nos transpirations se sont mélangées. Et 5. Le moment où il demande « Tu penses à quoi ? » en s’attendant à entendre répondre « Je pense à toi, mon cœur. » alors qu’en fait on est en train de réfléchir au fait que les vaches ne pourraient pas survivre sans les bactéries qui colonisent leur tube digestif, ce qui, en soir, signifie qu’elles n’ont pas d’existence propre en tant que forme de vie indépendante (et ce n’est pas le genre de réflexion susceptible d’être formulée à voix haute. Par conséquent, il ne reste que deux options : mentir ou avoir l’air bizarre.). »

« Les vieilles copines font les meilleures petites copines. »
Tortues à l’infini, John Green.

***

« Moi, ma femme, je l’ai rencontrée à la guerre. Une infirmière. Autour, c’étaient les bombes, la crasse, le sang. Et moi avec plein d’éclats dans le ventre. J’étais en train de mourir, le médecin ne me le cachait pas… Soudain, cette petite blouse blanche ! Je la regardais et je me disais : « ça doit être pareil au paradis, on voit un visage, on est heureux, on n’a plus besoin de rien… » Et puis, j’ai guéri et… De nouveau, j’ai eu besoin de plein de choses. Argent, grades, bouffe, femmes. L’infirmière, je l’ai épousée… Après la guerre, elle a pris sa revanche sur la faim, a grossi, est devenue même une belle femme, une femme d’officier, quoi, autoritaire, grincheuse, un peu caporal en jupon. Et l’autre, celle que je voyais en mourant, n’existait plus… Les popes racontent comme quoi l’homme est puni pour ses péchés, bref, l’enfer et le feu éternel. Mais le vrai châtiment, ce n’est pas ça… C’est quand une femme qu’on a aimée disparaît… comment dire ? Oui, elle disparaît dans celle qui continue à vivre avec vous… »

« Le sol blanchi trahissait mieux les traces, celles de la femme mais, surtout, les empreintes variées des animaux. Je croyais reconnaître le passage d’un renard – ou était-ce la patte d’un loup ? Et cela ? Un lynx, peut-être ? Je mesurais mon incapacité d’analphabète à survivre longtemps dans ce milieu illisible. »

« Ce que je vis, arrivant là-haut, fut impossible à exprimer. L’infini, le néant, la chute dans le vide… Ma pensée articulait ces mots qui s’effaçaient devant la vertigineuse beauté qui n’en avait plus besoin. Une légère brume voilait l’horizon. L’océan uni au ciel était le seul élément qui nous entourait de toutes parts. Et le soleil, déjà bas, renforçait cette sensation de fusion, recouvrant tout d’un poudroiement doré, ne laissant pas le regard s’accrocher à un détail. Nous étions, je le voyais à présent, au point culminant d’une petite péninsule et la hauteur du lieu créait cet effet de lévitation au-dessus de l’immensité océanique. »
L’Archipel d’une autre vie, Andreï Makine.

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[2017] Petit bilan d’octobre.

Carnet de lectures.

Magnetic island, Fabrice Colin (Albin Michel).

Cyan, 16 ans, est le fils d’Artus Fisher, célèbre réalisateur. Il vit en Australie, dans la villa de son père plantée en face de Magnetic Island, en compagnie de Senior, son grand-père, et de Divine, sa grande sœur de 18 ans. La vie de Cyan, en dépit des apparences, est loin d’être idyllique. Sa sœur jumelle, Holly, a disparu sur Magnetic Island alors qu’elle n’avait que 12 ans. Sa mère, France, a quitté son père trois ans auparavant et vit désormais avec son avocat. Senior est devenu un gros consommateur de drogues à la mort de son épouse. Artus n’est jamais là, et cela fait cinq ans qu’il essaie de boucler un film de SF pour lequel son studio a déjà dépensé des millions de dollars.
Alors, quand Divine disparaît, elle aussi, Cyan décide de tout faire pour la retrouver. Il n’a qu’une crainte, c’est qu’elle subisse le même sort que Holly, dont personne ne parle jamais et dont toutes les photos ont été arrachées des albums de famille. Dans sa quête de la vérité, Cyan découvrira bien des secrets de famille, dont certains, de fil en aiguille, l’orienteront vers la piste de celui qui a enlevé sa sœur. Et peut-être bien aussi sur la piste du secret qui entoure la disparition d’Holly…
Vraiment, ça partait bien. Et puis je ne sais pas si c’est l’ambiance ou les personnages, mais quelque-chose ne l’a finalement pas fait. Toute l’histoire nous est racontée par Cyan, qui vit dans une famille plus que brisée et dont chaque membre semble vivre sur sa propre planète. La disparition de Divine cristallise toutes les angoisses du jeune homme, déjà marqué par la disparition, 4 ans plus tôt, de sa sœur jumelle Holly – dont tout le monde semble se foutre royalement. Et donc il commence à creuser et à trouver un tas de trucs.
Le roman est court et fluide, oui, mais brasse tellement de sujets qu’ils ne sont, finalement, qu’effleurés et c’est bien dommage. Du coup, en vrac, il y a des secrets de famille, la question des liens familiaux ou fraternels, l’homosexualité, les violences conjugales, la folie, la fin de l’enfance, l’amour, l’amitié, l’addiction… Le portrait de cet ado qui sombre n’est franchement pas inintéressant. Mais trop de tout, c’est trop, et c’est un peu dommage. Même le twist final (pas si déconcertant que cela, au final), n’a su renverser la vapeur. Rencontre ratée, du coup.

Le Mystère du gang masqué, Ken Follett (Robert Laffont – R jeunesse).

Voilà un roman jeunesse que j’étais très curieuse de découvrir, puisqu’il a été écrit par Ken Follett… en 1976 ! (C’est sa première traduction en français.) Et ça a été une très bonne surprise !
On y suit Mick et Randy, environ une dizaine d’années, qui découvrent un accès aux studios de cinéma désaffectés près de l’immeuble de Mick. Celui-ci doit justement être abattu, comme les studios de cinéma, pour être remplacés par un luxueux hôtel, ce qui ne plaît guère à toute une partie de la population (des gens plutôt aisés comme le père de Randy, lui-même producteur de cinéma ou des gens modestes comme la mère de Mick et leurs voisins, qui vont être expulsés). Or, les deux garçons ne sont pas les seuls à traîner au cinéma : des hommes plutôt louches y ont aussi leurs entrées… des hommes qui pourraient bien être ces malfaiteurs qui cambriolent des banques ! Mick et Randy ne laissent pas passer une aussi belle occasion d’enquêter et se mettent en tête de démasquer les voleurs… bien qu’il s’agisse de très dangereux criminels activement recherchés.
Franchement, je n’ai pas boudé mon plaisir avec ce titre. J’ai retrouvé l’énergie qu’il y avait dans les aventures du Club des Cinq, au sens où il se passe toujours un truc : les péripéties s’enchaînent et, mieux, elles sont hyper crédibles ! Cela signifie donc que Mick et Randy, du haut de leurs 10 ans et quelques, ne règlent pas du tout en deux coups de cuiller à pot (il leur arrive même quelques bricoles). Le style est simple et fluide, sans être simpliste, ce qui était hautement agréable – et en plus de cela, le texte n’était pas vieillot pour deux sous. Un roman d’aventure vraiment chouette que je recommanderai sans aucun doute à de jeunes lecteurs (disons à partir de 9 ans).

Les oublis de septembre :

Je sais qu’en septembre j’ai dit que j’allais tout chroniquer mais, je vais me rendre à l’évidence : pour certains titres, je n’ai soit pas grand-chose à dire, soit une partie des détails s’est déjà enfouie dans les limbes de ma mémoire défaillante (ce qui va être le cas du deuxième titre que je présente, le premier relevant plutôt du premier cas de figure).

Marie et Bronia, Natacha Henry (Albin Michel).

Il y a deux ans, pendant la rentrée littéraire, j’avais lu Marie Curie prend un amant, un biopic d’Irène Frain, fondé sur l’étude des comptes de Marie Curie : et c’était passionnant ! Du coup, lorsque j’ai vu arriver la parution de Marie et Bronia, j’étais assez curieuse (d’autant que Natacha Henry est spécialiste de l’histoire des deux sœurs, auxquelles elle a également consacré une biographie).
J’ai beaucoup aimé qu’elle parle autant de Marie que de Bronia, sa soeur aînée, qui est (me semble-t-il) moins connue, et à tort. Elle est devenue médecin, sage-femme, a fondé avec son mari un sanatorium très en avance sur son temps en Pologne, a créé l’Institut du Radium… entre autres choses. Le roman s’intéresse aux deux femmes dès leur prime enfance : de fait, leurs brillants parcours scientifiques sont assez rapidement évoqués. C’est leur parcours avant leurs grandes réussites, ou les événements peu connus qui ont jalonné leur vie qui comptent le plus. Le roman fourmille donc d’anecdotes sur leur formation, leurs caractères, leurs vies privées. C’est passionnant. Néanmoins, j’ai trouvé que la narration était parfois un peu froide et distanciée, peut-être parce que les informations personnelles sur les deux femmes ne sont pas légion. Quoi qu’il en soit, c’était un roman jeunesse prenant et que j’ai trouvé très intéressant !

La Lectrice, Traci Chee.

Eh oui, je l’ai oublié. En même temps, j’ai abandonné, donc je n’ai noté ce titre nulle part, ceci explique cela.
Je suis partie dans ce roman pleine d’enthousiasme car, vraiment, le synopsis me bottait : c’est l’histoire de Sefia, qui a perdu ses parents, puis sa tante Nin dans des circonstances assez glauques, à cause d’un pauvre objet rectangulaire. Un livre. Or, si Sefia ne sait pas ce que c’est, c’est à juste titre : dans son monde, personne ne sait lire. La voilà donc lancée sur les routes à la recherche de ceux qui ont ruiné sa famille, en quête d’informations qui pourraient faire sens, de vérité et, évidemment, de vengeance. Honnêtement, il ne m’en fallait pas plus pour être appâtée : et j’étais même plutôt agréablement surprise de voir que tout cela tenait plus de la fantasy que de la SF (dont j’avais imaginé que le roman relèverait, pour je ne sais quelle obscure raison). Sauf que, rapidement, j’ai dû me rendre l’évidence : je m’ennuyais sec. C’est long et les péripéties sont loin d’être trépidantes. En plus, la narration laisse couver l’idée, quelque part, que cette pauvre Sefia a un traumatisme caché : on en parle à mots couverts, on tourne autour, et ce n’est jamais très loin. L’ennui, c’est que c’est Sefia la narratrice donc ses tergiversations n’ont pas vraiment de sens : elles en auraient eu si la narration avait été assumée par quelqu’un d’autre mais là ça faisait vraiment faussement mystérieux pour essayer d’attirer le lecteur, et avec moi ça n’a pas pris. Si j’ajoute à cela que j’ai trouvé l’ensemble extrêmement cliché (des prophéties, des bad guys vraiment méchants, des gentils vraiment gentils etc, etc.) et l’alternance entre le récit de Sefia et le récit qu’elle lit dans le livre (oui, parce qu’en plus, elle apprend à lire seule en deux deux) pas du tout équilibrée, vous aurez compris que rien n’est venu rattraper ma première appréciation. Sans compter que j’ai rapidement trouvé le récit d’aventures contenu dans le Livre nettement plus intéressant que les pérégrinations de Sefia et ce bien qu’on nous en livre des scènes au petit bonheur la chance et pas toujours liées entre elles. Dommage, non ?

Rayon bulles.

Super sourde,  Cece Bell (Les Arènes).

Au rayon BD, ce mois-ci, j’ai découvert avec un immense plaisir la BD autobiographique Super sourde, de Cece Bell. A l’âge de 4 ans, Cece est victime d’une méningite qui la laisse sourde. Quelques années plus tard, la voici prête à entrer à l’école, un événement qui peut être angoissant, qui plus est lorsqu’on est un enfant un peu différent (Cece porte en effet un amplificateur à écouteurs, relié à un micro que ses professeurs portent autour du cou). Du coup, la voici lancée sur une mission : se faire une véritable amie. Pas facile facile…
La BD est hyper touchante ! Cece est pleine de bonne volonté et, sourde ou pas, fait parfois des boulettes. En même temps, elle raconte ses aventures avec beaucoup d’humour, faisant appel autant de fois que nécessaire à Super Sourde, son alter ego super-héroïne qui la tire de toutes les situations problématiques dans lesquelles elle peut se fourrer. Le dessin est très coloré et l’histoire est pleine de tendresse. Gros coup de cœur pour cette petite BD vraiment bien tournée !

Côté ciné.

Blade Runner 2049 — Denis Villeneuve.

Difficile de passer à côté : la suite du Blade Runner de Ridley Scott vient de sortir, sous la houlette de Denis Villeneuve. Et, double bon point : si le film constitue une très belle suite au premier opus, il n’est pas absolument nécessaire d’avoir vu le premier pour suivre l’histoire, celle-ci étant brièvement résumée au début du film !
En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…
J’étais un peu anxieuse en entrant dans la salle (j’avais peur que mes souvenirs du premier ne soient trop flous) et finalement j’en suis ressortie absolument enchantée ! Le film est assez long (2h43) mais je ne me suis pas pour autant ennuyée. Au contraire : c’est une histoire qui prend son temps pour se déployer, mais qui s’avère à la fois soigneuse et rythmée. Car si K sait à peu près où et comment chercher, les indices ne se révèlent pas toujours d’eux-mêmes et les personnes qu’il rencontre ne sont pas toujours de la meilleure volonté. Du coup, le film a un indéniable aspect de film noir mâtiné de scènes de baston pour le moins enthousiasmantes (même si elles sont peu nombreuses). Mais j’avoue que ce n’est pas ce qui m’a le plus emballée dans le film. Non, je citerais plutôt cette esthétique de fin du monde, ô combien réussie : ça fleure bon le désespoir et la désolation, que l’on soit un réplicant ou un humain – et peut-être même surtout si l’on est de ceux-là. On traverse des décors aussi sordides que grandioses et on ne peut pas franchement dire que le futur ait rendu l’humanité meilleure (je crois qu’on voit plus de gens dans la misère la plus profonde que de réplicants, c’est dire). J’ai également trouvé que l’histoire était éminemment poétique, ce qui m’a agréablement surprise. K se retrouve embarqué dans une quête qui va, assez vite, tourner à la quête des origines. Or, c’est un réplicant, donc vous imaginez bien que cela va remuer l’ami K, et pas forcément de la meilleure des manières. Mais, justement, l’obstination qu’il met à retrouver celui qu’il cherche, sans se perdre lui-même, est très touchante. À cela il faut ajouter un aspect du film qui m’a bien plus enthousiasmée que je l’aurais imaginé de prime abord : les questions sans réponses. Ah, des questions, avec ce film, on s’en pose des TONNES. Untel est-il un réplicant ? Telle autre est-elle une pure IA ou bien une IA consciencieuse ? La fin annonce-t-elle une suite ? Quid de l’avenir de tel ou tel personnage, plus qu’incertains ? Bon, je ne vais pas détailler trop plus, car mon énumération frise déjà le spoiler. Mais ce côté flou artistique, doublé de la fin très ouverte était vraiment très réussi.
À dire vrai, j’irais bien le revoir au ciné, tellement il m’a plu – fait suffisamment rare pour être noté.

Tops & Flops.

Je n’ai eu que des chouettes découvertes, ce mois-ci, ce qui est bien agréable 🙂
Les voici par ordre de lecture :

Pays rouge de Joe Abercrombie. C’était mon premier roman d’Abercrombie (bien que j’aie La Première Loi depuis des plombes) et j’ai vraiment vraiment adoré ce roman mêlant fantasy et western de la meilleure des façons. C’est âpre, violent, sombre, mais l’auteur tisse des personnages et une intrigue extraordinaires. Je lirai d’autres romans de l’auteur, c’est certain !

Premier coup de cœur du mois pour la bande-dessinée Bergères Guerrières du duo Amélie Fléchais et Jonathan Garnier. J’étais dubitative au départ, je l’avoue. Mais finalement, la BD m’a énormément plu avec son cadre fantasy original, ses jeunes filles qui tentent d’entrer dans l’ordre prestigieux des bergères guerrières… et ces jeunes garçons luttant pour l’égalité des droits !

 

Et deuxième coup de cœur (sans surprise ?) pour Les Libérés, quatrième et dernier tome de la série Les Fragmentés de Neal Shusterman. Ce dernier tome est tout aussi extraordinaire que les trois précédents : l’auteur trousse une dystopie post-apocalyptique extrêmement bien ficelée et qui a le mérite de poser d’excellentes questions sur notre société actuelle. J’ai attendu un long moment avant de finir la série, qui s’achève en beauté !

Citations.

« Être en vie, c’est avoir mal. Le reste est une grâce. »
Magnetic Island, Fabrice Colin.

***

« De l’autre côté de la table, Neta me lance un clin d’oeil. Je résiste à la tentation de lever les yeux au ciel – comme si je ne savais pas flirter… ça n’a rien de difficile, pourtant. Il suffit de jouer sur les trois cordes sensibles des garçons ivres en soirée :
1) de la bière
2) du sport (quel qu’il soit)
3) une bonne dose de sensualité
Et voilà, c’est plié.
Ce n’est pas sorcier, ça ne s’apparente même pas à un défi. Et soyons honnête… ce n’est pas franchement palpitant. »
A Good girl, Amanda K. Morgan.

***

« Vous vous connaissez à peine tous deux, mais vous vous détestez déjà. Si vous aviez enconné la même catin, nul doute que vous chercheriez à savoir lequel la besogna en premier, lequel lui donna meilleur plaisir, lequel la paya le plus grassement et lequel la ramona le plus longuement avant de la lustrer de son huile de rein. »

« L’obscurité est une absence de lumière. La mort une absence de vie. L’ignorance est une absence de savoir. La solitude, une absence d’autrui. Ce qui ronge l’homme ce n’est pas le Mal. C’est le Néant. »

« Et j’sais pas quel est le plus dangereux en définitive : un félon ou un fidèle abruti ? »
Sénéchal, Grégory da Rosa.

***

« J’appuie ma réponse d’un sourire pour être sûr qu’ils me laissent tranquille. Ça rassure toujours les adultes, un sourire, c’est comme si, dans leur tête, un enfant devait en permanence être joyeux et ne se préoccuper de rien. Dès qu’ils nous voient réfléchir ou rêver, ils s’inquiètent, persuadés qu’on prépare une bêtise. Bon, il faut avouer que c’est parfois le cas. »
Robin : à la dernière seconde, Manon Fargetton.

***

« Je ne trouve pas que tu aies l’air d’un tank.
– Merci, soufflai-je.
– Ou alors un petit tank, avec une petite tourelle, tu sais, un truc mignon. »

« C’était super*, résuma Célia en sortant de la séance.

* L’auteur précise qu’au moment où il écrit ces lignes, l’épisode VIII de Star Wars n’est pas encore sorti et qu’il s’agit donc d’une supposition basée sur la bande-annonce. Si ça se trouve, ce sera nul, auquel cas on partira du principe que les héroïnes ont mauvais goût. »
Le Cœur et le Sabre, Olivier Gay.

[2017] Petit bilan de septembre.

Je n’ai pas été très assidue sur les chroniques, en septembre, mais j’ai pas mal lu – et je pense que je vais tout chroniquer, donc pas de carnet de lectures pour cette fois-ci !

Côté ciné.

Barry Seal.

Alors j’avoue, j’étais pas hyper hyper partante pour ce film, parce que je ne suis pas super fan de Tom Cruise. Mais il n’y avait pas grand-chose d’autre au ciné donc, zou, Barry Seal. Et j’ai pas regretté une seconde !
Donc c’est l’histoire de Barry Seal, Adler Berriman Seal, de son vrai nom. Car, oui, Barry Seal est un biopic, consacré à un pilote un brin casse-cou et trafiquant chevronné, travaillant également pour la CIA – en toute simplicité.
Le film dure à peine deux heures, mais ce sont deux petites heures bien remplies : les péripéties foutraques suivent des rebondissements échevelés et viennent tisser une intrigue qui aurait sans aucun doute ressemblé à du grand nawak si seulement ça n’avait pas été adapté d’une histoire vraie. J’ai donc regardé le film avec une sorte d’émerveillement totalement incrédule, me demandant jusqu’où ça allait aller (réponse : assez loin, quand même). Mais ça fonctionne, et c’est tout ce que je demandais. En plus de ça, Tom Cruise fait bien le job, donc ça ne gâche rien – les rôles de fondu du bulbe un poil casse-cou, il maîtrise. Bref, c’était une bonne surprise, je ne me suis pas ennuyée une minute, j’ai même ri à plusieurs reprises. Bon, je vais quand même râler un brin : pourquoi n’avoir pas traduit les parties en espagnol, hormis cette pauvre phrase qui ne changeait rien au schmilblick ? Mystère. Mais à part ça, c’était du fun du début à la fin !

Tops & flops.

Pas de flops ce mois-ci, mais un tas de découvertes hyper chouettes !

On commence avec Sans cœur, le quatrième (et avant-dernier :S) tome de la série Le Protectorat de l’ombrelle, de Gail Carriger qui était aussi drôle et loufoque que ce à quoi je m’attendais – et qui contenait un tas de bonnes nouvelles quant à l’univers, mais que je ne vais pas spoiler ici.

Ensuite j’ai lu The Crime, la suite de The Curse et, si j’ai eu un poil peur de la façon dont les choses avaient l’air de vouloir tourner au départ, Marie Rutkoski est vite revenue à la stratégie et à la politique, ce qui me plaisait nettement plus ! Et ce d’autant que ce tome était, comme le précédent, particulièrement riche en émotions.

Enfin, j’ai lu Erased : Re, le spin-off de la série Erased de Kei Sanbe qui vient clore la série de thriller uchronique sur une note à la fois mélancolique et poétique qui était du plus bel effet. Il n’est pas indispensable de le lire, mais c’était vraiment chouette de tourner ainsi la page de la série.

Citations.

« La voix de la comtesse Nadasdy était aussi chaude que du beurre et tout aussi onctueuse. Elle aurait pu faire rissoler des gens avec, si elle l’avait voulu. »
Sans cœur, Gail Carriger.

***

« Êtes-vous l’un de mes prétendants ? lui demanda-t-elle en le regardant droit dans les yeux.
Il lui rendit son regard. A quoi bon mentir, maintenant ?
– Lady Maria, je combattrais des dragons, je marcherais sur des charbons ardents, je traverserais la Vallée de la Mort, si je pensais avoir la moindre chance de conquérir votre cœur.
Cette déclaration la laissa sans voix. Elle avait grandi dans un monde différent du sien et était habituée aux discours fleuris, pas aux tirades passionnées. Elle comprenait à présent qu’elle avait fait naître chez cet homme droit un sentiment puissant, qui dépassait son contrôle. Il l’aimait de tout son être. »
Belgravia, Julian Fellowes.

***

« En 1900, il y avait trois cent mille éléphants sauvages dans notre pays, et cent mille captifs.
Aujourd’hui, il en reste deux mille toujours libres, et quatre mille sont nos prisonniers.
Combien faudra-t’il de temps pour qu’on ne voie plus une seule grande bête ailleurs que dans les zoos, et puis nulle part, nulle part que dans nos souvenirs ? »
La Loi du Phajaan.

***

« À la guerre, disait son père, les meilleures feintes sont celles qui n’en sont pas. Si tu veux distraire l’ennemi, l’empêcher de remarquer le piège que tu lui tends, les artifices que tu emploies, pour être efficaces, doivent être réels. »
The Crime, Marie Rutkoski.

 

[2017] Petit bilan estival

Une fois n’est pas coutume, c’est un bilan pour les deux mois de juillet et août que je vous propose (faute de temps pour faire celui de juillet). Mine de rien, j’ai pas mal lu, mettant à profit un tas d’heures de transport et quelques jours de vacances – bien méritées, de mon point de vue !

Carnet de lectures. 

Côté romans.

Dans la peau de Sam, Camille Brissot, éd. Syros.
Charlie est belle, populaire et pas toujours des plus sympathiques, n’hésitant pas à se moquer de Sam, le loser du collège dont tout le monde se moque. En même temps, tout le monde se moque de lui, donc c’est facile. Alors qu’elle est à la fête foraine, Charlie aperçoit Sam en train de s’introduire dans une caravane dont l’accès est interdit au public. Curieuse, elle le suit… et mal lui en prend. Car dans la caravane se dissimule une attraction secrète qu’ils expérimentent un peu par inadvertance. Et c’est le drame ! Car à la sortie, Charlie est piégée dans le corps de Sam, et vice-versa. Et pas le temps de se renseigner, car voilà déjà l’heure de rentrer, chacun chez soi. Objectif : donner le change et surtout, récupérer chacun son corps !
L’intrigue est très courte (le roman fait une petite centaine de pages) et bien menée : les adolescents sont vite et bien caractérisés et l’histoire démarre très vite. Evidemment, vous vous doutez bien que les personnages vont finalement se découvrir et s’apercevoir que leurs bisbilles reposent sur du vent. Mieux, Charlie (que l’on suit plus que Sam), s’aperçoit que la position du harcelé est vraiment atroce… ce qui va la faire réfléchir à ses actes. Sans être moralisateur, le roman amène à une réflexion et c’est parfait ! En bref : une intrigue assez classique, mais néanmoins particulièrement efficace !

On n’a rien vu venir, collectif (éd. Alice).
Des manifestations de liesse populaire ont lieu dans tout le pays : le Parti de la Liberté a gagné les élections…
Mais, très vite, le nouveau pouvoir exclut tous ceux qui s’éloignent un tant soit peu de la norme – les « mal-habillés », les « trop-fonçés », les « pas-assez-valide »…- et instaure des règles de plus en plus contraignantes : une heure de lever obligatoire pour tous, des jours de congés fixes, des choses que l’on ne peut pas dire, faire, manger ou porter… La liste des nouvelles lois et prohibitions s’allonge, les contrevenants sont traqués et des caméras de surveillance sont installés dans certains domiciles.
Comment en est-on arrivé là ?
Dans ce roman à 7 voix, 7 grands noms de la littérature jeunesse (Sandrine Beau, Séverine Vidal, Fanny Robin, Agnès Laroche, Annelise Heurtier, Clémentine Beauvais, Anne-Gaëlle Balpe) livrent un roman d’anticipation reposant sur les résultats des élections, mettant au pouvoir un parti d’extrême-droite dont l’arrivée est perçue de différentes façons par les familles que l’on suit : il y a celle qui a voté pour et qui se réjouit, ceux qui partent faire le tour du monde sur un voilier, ceux qui n’ont pas la bonne teinte et sont terrifiés.
Évidemment, dans le contexte actuel, c’est une lecture frappante. Et ce d’autant plus qu’elle est narrée à hauteur d’enfants, lesquels ont des réflexions percutantes. Un roman à lire et à relire et, surtout, à faire circuler !

La Mythologie viking, Neil Gaiman (Au Diable Vauvert)
Gaiman est fin connaisseur des mythes nordiques et ça se voit. Il les reprend en une quinzaine de nouvelles, allant d’avant la création des neuf mondes au Ragnarok. Au milieu, quelques 15 textes mettant en avant la sagesse d’Odin, l’impétuosité de Thor ou la rouerie de Loki, lequel finit généralement par s’en sortir sans égratignures.
La plongée dans la mythologie est très accessible : les récits sont courts, les péripéties s’enchaînent et les histoires, si elles se dirigent toutes clairement vers le Ragnarok, semblent pourtant légèrement déconnectées les unes des autres – idéal pour une lecture morcelée, donc. Malheureusement, j’ai trouvé les récits à la fois un peu courts et un peu trop superficiels ; j’avais l’impression que l’on restait toujours trop à la surface des personnages comme des péripéties. L’avantage, c’est que l’entrée en mythologie est facile et qu’on appréhende rapidement les particularités des mythes nordiques, d’autant que les péripéties sont limitées à leurs plus stricts développements – on ne se perd pas en circonvolutions inutiles. Une chouette plongée chez les dieux nordiques, mais qui m’a laissée un poil sur ma faim.

Rose givrée, Cathy Cassidy.
On ne présente plus Cathy Cassidy. Ou bien si ? Allez, vite fait. Elle est l’auteure de la série (jeunesse) au très long cours Les Filles au chocolat qui met en scène les aventures d’une famille nombreuse recomposée. Dans Rose givrée, on suit Jude, 13 ans, dont la famille l’embarrasse énormément : sa grand-mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer et éprouve une passion immodérée pour les écharpes de trois pieds de long qu’elle tricote n’importe où ; son père est un sosie officiel d’Elvis et ne trouve rien de mieux que de débarquer en costume de scène à la réunion parents-profs du collège ; sa mère, quant à elle, digère mal le naufrage de sa vie, le futur remariage du père de Jude, et s’est donc remise… à boire. On comprend donc que Jude tente au maximum d’éloigner ses camarades de sa famille ou de toute question trop personnelle. L’histoire ressemble à une chronique adolescente : on suit Jude dans la période plus que turbulente qu’elle traverse, marquée par des thèmes très forts (Alzheimer, alcoolisme, amour, deuil…). Le roman se présente sous des dehors acidulés mais s’avère, finalement, nettement plus profond qu’il n’y paraît. Mais Cathy Cassidy parvient à conserver une légèreté de ton bien appréciable qui rend à la fois le roman très accessible (pour de jeunes lecteurs) et pas trop déprimant (malgré quelques passages plutôt tristes). Bonne pioche, donc !

The Generations, tome 3, Alone, Scott Sigler.
On retrouve Em et les autres un an après la fin du tome précédent ; les Sauterels et eux ont noué une alliance et oeuvrent de concert sur Omeyocan, tentant de comprendre les machines dont dispose l’Observatoire. L’inquiétude règne pourtant : trois vaisseaux, plus le Xolotl, qui transporte les Adultes, font route vers la planète, avec des intentions manifestement belliqueuses. De plus, des Sauterels renégats, les Querelleurs, attaquent aussi bien leurs congénères que le peuple d’Em. Celle-ci constate en outre que les siens deviennent de plus en plus violents, et voient le meurtre comme une réponse acceptable au moindre problème… Se pourrait-il que le Dieu du Sang existe vraiment et qu’il attise la violence des uns et des autres ?
J’avais bien aimé les deux premiers tomes de cette série mais force est de constater qu’avec celui-ci, la sauce n’a pas pris. Au début, je me suis copieusement ennuyée. Pourtant, il se passe plein de choses ! Mais, pour une raison qui m’échappe, impossible d’accrocher aux aventures d’Em et compagnie. Comme dans le tome précédent, j’ai eu l’impression que l’action ne démarrait vraiment qu’une fois passée la moitié du roman (soit 300 pages, quand même, à l’issue desquelles j’étais plus lassée que véritablement intéressée). Une fois que celle-ci a été installée, j’ai eu du mal à accrocher à ce que vivaient les protagonistes ; non pas que ce ne soit pas inventif (c’est même plutôt très original !) mais je n’étais pas du tout dedans. Attention, je spoile dans la phrase suivante.
Je crois que l’aspect larve cosmique qui manipule tout le monde ne m’a pas du tout parlé.

Fin du spoiler.
Je me suis astreinte à le finir (des fois que…) mais la fin, quoique vraiment bien tournée, n’a pas réussi à m’emballer davantage.
◊ Dans la même série : Alive (1), Alight (2).

Rayon bulles. 

Un autre regard : trucs en vrac pour voir les choses autrement, Emma. 
Vous connaissez peut-être le blog d’Emma ? Elle y parle de tout un tas de sujets d’actualité, sur lesquels elle porte un regard réaliste, féministe et politique. Et elle vient de signer sa première publication papier, que j’ai lue cet été.
Premier constat : ça se lit extrêmement vite ! En fait, les illustrations sont celles du blog, sur fond blanc, donc de fait, c’est assez rapide à lire. D’autant qu’Emma expose les sujets assez rapidement et qu’elle va droit au but dans ses explications. Celles-ci sont évidemment subjectives, mais également réalistes car Emma se base sur des témoignages de personnes. Au fil des pages, il est question de violences policières contre les opprimé-es, de la charge du regard masculin (notamment en entreprise !), du mépris général que subissent les femmes (au niveau médical, social, personnel !) et d’un tas d’autres choses, de préférences pêchées dans les sujets tabous ou royalement ignorés par la presse généraliste. Et au final ? C’est drôle, vivant, hyper instructif et ça donne envie de se remonter les manches.

Culottées, tome 1, Pénélope Bagieu.
Pénélope Bagieu dresse les portraits de 15 femmes (d’origines et d’époques diverses) qui ont outrepassé les normes sociales dans lesquelles on aurait aimé les enfermer pour faire des choses extraordinaires : d’Agnodice, gynécologue de l’Antiquité grecque à N’zingha, reine Angolaise, en passant par Tove Jansson, la maman des Moomins, et Margaret Hamilton, terrifiante sorcière du Magicien d’Oz, elle brasse large. Chaque femme est croquée en deux-trois pages, dans un graphisme épuré (parfois trop à mon goût) et usant de peu de couleurs. Les portraits contiennent évidemment un tas d’infos passionnantes mais sont aussi drôles et enlevés – et pointent du doigt les incohérences de la société, au passage. L’ennui, c’est qu’un portrait en si peu de pages, c’est vraiment trop court, donc pas possible de creuser le sujet, malheureusement. Mais c’est une bonne entrée en matière pour découvrir plus avant l’oeuvre de ces pionnières !

Cinéma.

J’ai été un peu plus assidue au ciné cet été (bon, toutes proportions gardées, j’y suis allée deux fois, mais ça reste un bon score vu ma fréquentation dramatique des salles obscures en ce moment…).
Et dans l’été, je me suis fait violence, et je suis allée voir… Mission Pays Basque. Sans surprise, c’était moisi – et plus si affinités.
C’est donc l’histoire de Parisienne Blondinette qui fait un boulot chiant dans le commerce et qui débarque à Bayonne city (même si c’est Saint-Jean de Luz qui est filmé) pour racheter la quincaillerie du vieux Fernan, de préférence en l’entubant sec, puisque le cul-terreux n’y entend forcément rien en immobilier. L’ennui, c’est que le vieux n’a plus toute sa tête et qu’il ne sait plus trop où il range les 50 briques que Parisienne Blondinette lui a refilées sous le manteau en guise de promesse de vente (au cas où vous vous poseriez la question, non, ce n’est pas légal). D’ailleurs, il n’a même pas la possibilité de vendre sa boutique, vu qu’il est sous tutelle et que, pour ça, il faudrait s’adresser à Beau-Brun-Ténébreux-Basque-et-Célibataire, son neveu (chemise de bûcheron sur l’affiche, fabricant d’espadrilles et repreneur officiel de Luis Mariano. Qui a dit cliché ?).
Celui-ci n’est pas jouasse d’apprendre que la touriste espère implanter sa cochonnerie commerciale au pays et attend la donzelle de pied ferme – laquelle ne tarde pas à revenir, car son boss n’est pas content et son mec, qui est accessoirement son responsable et futur mari (spoiler : plus pour longtemps), non plus. Parisienne Blondinette débarque donc avec armes et bagages, lesquels contiennent en sus son futur (et très jeune) beau-frère, en stage pour préparer sa rentrée dans une école de commerce huppée et très chère (et à qui les scénaristes ont carrément consacré une histoire secondaire qui n’apporte rien, sinon de l’ennui). À compter de là, un seul objectif pour Parisienne Blondinette : conquérir Beau-Brun-Ténébreux-Basque-et-Célibataire afin de racheter une bouchée de pain la boutique et implanter sa supérette, de préférence en lui en mettant plein la vue avec sa supériorité de citadine – stratégie qui, on s’en doute, ne passe pas super bien : après tout, c’est un bouseux, et les bouseux, ça ne connaît rien au chic et choc.
S’ensuivent, à partir de là, une flopée consternante de clichés confinant à l’erreur, pour les biens de la prod’ (laquelle ne prend même pas la peine de corriger son abyssale connerie et s’y roule allègrement) : en vrac et dans le désordre, l’ours brun en goguette en montant à l’Atxurria entre Sare et Zugarramurdi (alors oui, il y a des ours dans les Pyrénées, mais là, certainement pas…) ; Luis Mariano ad nauseam (c’est vrai qu’il n’existe rien de plus moderne en musique en dehors de lui dans le coin) ; et, bien entendu, l’inévitable complot terrorriste orchestré par la Belle-et-Rebelle-Ex de Beau-Brun-Ténébreux-Basque-et-Célibataire-Plus-Pour-Longtemps-Non-Plus (pour laquelle le damoiseau a ÉVIDEMMENT fait de la prison. Parce que c’est bien connu, le Basque est forcément terroriste ET ex-taulard, sinon c’est du toc). Mais là, au moins, faisons contre mauvaise fortune bon coeur : les musulmans en prennent à peu près autant plein la gueule que leurs infortunés compagnons de clichés, puisque le-dit complot vise à fournir les premiers en armes automatiques. Tant qu’à faire, autant brasser large, hein, on n’est pas sectaires.
Je passe rapidement sur la fatidique romance cul-cul qui se noue entre Blondinette Parisienne et Beau-Brun-Ténébreux-Basque-plus-tellement-Célib’, parce que c’est tellement cliché que ça en devient fatigant de prévisibilité. Mais bon, vous comprenez, elle découvre subitement l’amour de la Terre et de la campagne et de l’air pur, plaque son boulot chiant et devient commerçante locale (pour diffuser ses petits producteurs amoureusement choisis) parce c’est tellement plus bio-bobo-écolo éthique et responsable. Et en plus, ils s’aaaiiiment. Mais que demande le peuple ?!
Bref. J’ai fait ma BA, on ne m’y reprendra pas – j’ai quand même noté qu’ils avaient sans doute eux aussi souffert sur Rencontre pimentée à Espelette et décidé de faire partager. Merci les gars, fallait pas. (Vraiment).

Heureusement, le reste était mieux.
Pendant la Nuit des Étoiles, vu que le temps n’était pas trop de la partie (ciel couvert), je suis allée voir Valérian et la Cité des mille planètes et je dois dire que j’ai passé un bon moment – même si j’ai pas mal grogné pendant le film.
Valérian et Laureline sont des agents spatio-temporels, mandatés par le Ministre de la Défense pour enquêter sur ce qui se cache au sein de l’Alpha, une extraordinaire cité intergalactique où se croisent des espèces venues de l’univers entier. En effet, ce qui se cache là semble être radioactif et en pleine expansion, donc autant dire que c’est pas glop.
L’histoire est un peu cousue de fil blanc mais menée à bon train, ce qui fait qu’à aucun moment je me suis dit que c’était long et pénible (premier bon point). Les dialogues sont vifs, il y a du suspens, des retournements de situation intéressants et, si le jeu des acteurs ne m’a pas toujours transcendée, Valérian est cabotin comme je l’imaginais. En revanche, je suis vachement plus circonspecte sur le rôle de Laureline qui tient lieu, au mieux, de side-kick dispensable (que Valérian va sauver, évidemment, parce qu’après tout, s’il n’y a pas de donzelle en détresse, Hollywood est grognon). Bon, et vous allez dire que je chipote, mais je n’ai pas tellement kiffé non plus l’armure de Laureline, qui semble en surajouter côté protubérances mammaires. Alors que les militaires ont toutes des gilets en kevlar plat, là, on ne sait pas pourquoi, elle a une armure avec des meules agressives. Sans doute pour terroriser l’ennemi ?
Heureusement, comme je le disais, on se rattrape sur la photographie : les combats sont cools (même si pas toujours faciles à suivre), l’univers tient visuellement la route et les aliens ont de la gueule. Mention spéciale à la longue scène montrant la construction de la cité des mille planètes, qui m’a tout l’air d’avoir été pensée comme un hommage aux grands films de SF et à leurs aliens respectifs. S’il y a une suite, j’irai la voir.

 

Au rayon séries, je me suis littéralement enfilé The 100, adapté du roman éponyme de Kiera Cass – lequel m’est, lui, littéralement tombé des mains tellement je l’ai trouvé chiant et mal écrit.
Il y a un petit siècle, un holocauste nucléaire a décimé la population terrienne ; les seuls survivants sont les 2 400 habitants des douze stations spatiales en orbite à ce moment-là, qui se regroupent pour n’en former qu’une : l’Arche. Trois générations nées dans l’espace plus tard, les ressources s’épuisent sur l’Arche et l’oxygène vient à manquer drastiquement malgré les mesures draconiennes prises pour assurer la survie (un seul enfant par famille, peine capitale sauf pour les mineurs, etc.). La direction prend donc la décision d’envoyer secrètement 100 prisonniers (mineurs, si vous avez bien suivi) à la surface de la Terre, afin de voir si celle-ci est de nouveau habitable ou non. Parmi les 100, Clarke, fille du médecin en chef de l’Arche, Wells, fils du Chancelier, Finn qui a grillé un mois d’oxygène pour offrir une sortie dans l’espace à sa copine, ou encore Bellamy et Octavia, seuls frères et soeurs de l’Arche qui vont devoir s’allier (ou pas) pour survivre et assurer la survie des leurs.
Pour ce que j’ai pu en voir, la série ne suit que d’assez loin les romans (ceux-ci tiennent sur quelques jours à peine par tomes alors que la première saison s’étale déjà sur un gros mois) et elle s’est révélée très prenante ! Le côté survival est rapidement mâtiné de polar et d’espionnage – car, évidemment, les 100 ne sont pas tous seuls et les autres ne les voient pas nécessairement débarquer d’un très bon oeil. Sans compter qu’ils ne sont pas forcément d’accord entre eux sur ce qu’il convient de faire et qu’ils peuvent s’opposer assez méchamment.
Dans les premiers épisodes, Clarke me tapait gentiment sur le système mais, le temps passant, je me suis prise d’affection pour elle. Les personnages sont vraiment soignés et proposent des personnalités à la fois tranchées et complexes. Ils sont souvent embringués dans des dilemmes moraux qu’ils résolvent à leur sauce, qui n’est pas forcément la nôtre mais qui est toujours intéressante.
L’univers est vraiment bien travaillé lui aussi : car les Terriens ont développé leurs propres sociétés, pour certains leur propre langue (j’ai trouvé que le travail sur la langue était d’ailleurs excellent) et leurs propres coutumes. Comme tout le monde essaie de survivre, je ne vous cache pas que c’est parfois assez trash – et je ne parle pas seulement de voir votre personnage favori succomber sous les coups de l’ennemi après avoir vaillamment lutté. Si les scénariste n’évitent pas quelques clichés du genre, dans l’ensemble, ils savent se renouveler pour proposer des péripéties intéressantes, qui ne tournent pas trop en rond et qui explorent quelques pistes traditionnellement délaissées (ce qui change un peu). La saison a été officiellement renouvelée pour une saison 5 (il m’en reste donc deux à voir) et c’est une bonne nouvelle !

Tops & Flops.

C’est un bilan sur deux mois, mais comme je n’ai eu que 3 lectures en demi-teinte, j’ai gardé le principe de la rubrique : 3 déceptions ou assimilés (dont je vous parle en premier), 3 chouettes découvertes.

Je l’attendais avec impatience, car le résumé me semblait prometteur : le premier tome de The Effigies, Les Flammes du destin (de Sarah Raughley) mais, malheureusement, le roman ne m’a pas tellement emballée. L’héroïne ne m’a pas toujours semblé bien crédible et la narration non plus (d’autant que c’est elle qui se charge de l’histoire). Néanmoins, l’univers était très intéressant !


J’ai déjà parlé des deux autres déceptions plus haut dans ce bilan ; je n’ai pas été tellement emballée par La mythologie viking de Neil Gaiman et par Alone de Scott Sigler qui, pourtant, se présentaient tous deux sous les meilleurs augures.

Côté excellentes découvertes, en revanche, j’ai été servie et il m’a même été assez difficile d’arrêter mon choix sur seulement trois titres. Je vais donc les présenter dans l’ordre des lectures.
J’étais très curieuse de lire la suite de Je suis Adele Wolfe, de Ryan Graudin, dont j’avais adoré le premier volume. Celui-ci a été à la hauteur de mes attentes (malgré l’absence des motos) et a carrément propulsé la série entière au rang de mes romans post-apocalyptiques favoris !

Ensuite, j’ai découvert un livre qui sort fin septembre, L’aube sera grandiose, un FABULEUX roman d’Anne-Laure Bondoux, que j’ai lu d’une traite, scotchée par l’intrigue hautement palpitante et les personnages plus qu’attachants qui l’animent. Je suivrai avec attention l’actualité éditoriale d’Anne-Laure Bondoux !

Enfin, j’ai lu cet été avec un immense plaisir le troisième tome des Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier, Mers brumeuses et quelle découverte, encore une fois ! J’adore cette série et chaque tome semble être un nouvel enchantement !
Si vous êtes curieux, Chloé Chevalier répond actuellement à une interview participative et au long cours ici chez Bookenstock ! (Vos questions sont les bienvenues).

 

Citations.

« Oh, beau tee-shirt, Inès, ajoute-t-il un brin railleur en le découvrant sur les épaules de la jeune fille.
– Merci. C’est près de chez moi, sourit Inès en montrant le logo du golf de Bassussary avec son index.
– Un peu touristique, non ? demande-t-il plus sérieusement cette fois. C’est le drame de l’Iparralde. C’est un paradis pour touristes mais les habitants, ceux qui y sont nés, y vivent, y travaillent, sont chassés toujours plus loin du fait du prix des terrains. »
Galeux, Bruno Jacquin.

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« Il est systématiquement précisé (et souligné comme un fait inouï) que Wu Zetian était « redoutable », « ambitieuse » et « intransigeante ». Des traits de caractère communs (et valorisés) chez à peu près tous les empereurs de l’histoire… mais visiblement moins faciles à digérer chez une impératrice. »
Culottées, tome 1, Pénélope Bagieu.

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« J’ai deux mules et trois maris. Je sais reconnaître une face obstinée quand j’en vois une… »
« Prydain, tu ne m’as pas menti. Ce ne sont pas les mots qui nous blessent le plus, mais bien les silences qui nous tuent. »
Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro.

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« Loki, déclara-t-il. C’est Loki qui a fait ça.
– Pourquoi dis-tu cela? […]
– Parce que, lui dit Thor, dès que quelque chose ne va pas, la première idée qui me vient toujours à l’esprit est d’y voir la faute de Loki. Ça fait gagner un temps considérable. »
La Mythologie viking, Neil Gaiman.

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« Alexandre, dégageait une telle confiance qu’il parvenait à me mettre à l’aise.
Souvent.
Le reste du temps, j’avais envie de le gifler. »

« Comment réveille-t-on les princesses, d’habitude?
Je la gifle. »
Le Noir est ma couleur, tome 2, La Menace, Olivier Gay.

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– Pourrais-tu regarder le moteur ?
A le voir, on aurait dit qu’il n’était capable de rien, à part se rendormir. Luka avait vu des plantes mortes possédant davantage d’aplomb.
Je suis Adele Wolfe, tome 2, Ryan Graudin.

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« Vous pensez qu’ils l’ont tué ? demanda-t-elle d’un ton incertain.
– S’ils l’ont tué, je les tuerai, affirma Bluebell, qui avait envie d’occire quelqu’un. »

« Elle commençait à apprécier Lang, comme elle finissait par apprécier tout le monde. Rowan avait ce charme particulier qui faisait que les gens avaient envie de faire des choses pour elle. Depuis quelques semaines qu’il était arrivé, Lang lui avait déjà sculpté des poupées, l’avait aidée à remettre un oisillon dans son nid et s’était mis à quatre pattes pour qu’elle le chevauche comme un poney. »

« Après votre dernière visite, je l’ai trouvé triste. C’était à cause de vous ?
– J’ignore ce que Snowy a dans le coeur, marmonna Bluebell.
Cela arrivait parfois lorsqu’elle baisait un type : il tombait amoureux d’elle. Et pourtant, elle était moche comme une meule avec son nez cassé et recassé. Elle ne s’attendait pas à pareille réaction de la part de Snowy. Merde, il avait été son favori. »
Le Sang et l’Or, tome 2, Les Soeurs du feu, Kim Wilkins.

[2017] Petit bilan de juin.

Juin n’a pas été bien riche en lectures, finalement – la faute à Riverdale, qui m’a dangereusement envoûtée !

Carnet de lectures.

Le Peuple du chemin, Marion Achard.
J’ai pris, au départ, ce roman pour un roman historique mais, en fait, les événements qu’il narre se sont déroulés en… 2013. Et c’est bien ce qui est terrifiant.
On y suit l’histoire de Daboka, qui vit au fin fond de la  forêt amazonienne, au sein d’une tribu indigène qui, selon les saisons, change de lieu de vie. Un jour, alors qu’ils suivent le chemin traditionnel, leur route croise celle de bulldozers, en pleine campagne de déforestation : la forêt est coupée en deux par un ruban lisse d’asphalte. Malheureusement, les hommes de la compagnie forestière croisent la tribu… et la massacrent. Seules deux fillettes, Daboka et Loca, échappent à la tuerie. Elles sont recueillies par les habitants d’un village voisin : si Loca, très jeune, s’adapte assez vite à sa nouvelle vie, Daboka, elle, ne pense qu’à retrouver une tribu voisine (ses cousins), rejoindre sa chère forêt et retrouver sa liberté.
C’est un roman jeunesse, donc, mais d’une profondeur assez incroyable. Le récit est à la fois court et dense : il y a peu de pages, l’histoire est racontée vraiment simplement par Daboka, mais elle n’édulcore rien du tout – donc la scène de massacre est un poil trash. Au fil des pages, on découvre le sort réservé aux tribus amazoniennes, décimées au nom du capitalisme, du progrès et de la civilisation, par des personnes sans scrupules. Je ne vous cache pas que c’est donc assez triste. Par la suite, lorsque les deux fillettes sont recueillies, on voit leurs trajectoires différentes : Loca essaie vraiment de s’adapter, de grandir dans sa nouvelle famille, tandis que Daboka s’y refuse de toutes les fibres de son être. Évidemment, au bout d’un moment, il devient difficile pour elles de continuer à s’entendre, à être en harmonie… et c’est tout aussi triste que le reste. Malgré tout, le roman est très prenant et ne laisse pas une chape de plomb lorsqu’on l’a terminé ! C’est un récit qui m’a beaucoup plu, car il évoque des sujets trop peu médiatisés et des faits qui se déroulent de nos jours, dans la plus grande indifférence.
Mon seul bémol vient des dialogues en partie en espagnol, qui auraient mérité une petite traduction en note de bas de page.

Côté ciné.

Pas de sortie ciné marquante mais j’ai enfin découvert la série Riverdale dont on m’avait beaucoup parlé. Et je l’ai littéralement engloutie ! Mais avant tout, de quoi ça parle ?
Sous ses airs de petite ville tranquille, Riverdale cache en réalité de sombres secrets. Alors qu’une nouvelle année scolaire débute, le jeune Archie et ses amis Betty, Jughead et Kevin voient leur quotidien bouleversé par la disparition mystérieuse de Jason Blossom, un de leurs camarades de lycée. Alors que les secrets des uns et des autres menacent de remonter à la surface, et que la belle Veronica, fraîchement débarquée de New York fait une arrivée remarquée en ville, plus rien ne sera jamais comme avant à Riverdale… Je ne m’étale pas plus sur le résumé, car ce serait dommage de spoiler certaines révélations des premiers épisodes.
La première chose à savoir, c’est que la série est une adaptation libre des Archie comics – à ce jour non traduits en français. Si les comics exploraient plusieurs genres, la série se cantonne (pour l’instant ?) au réalisme et au polar. De fait, l’histoire mêle avec succès chroniques lycéennes et enquêtes corsées. Et, du coup, j’ai adhéré instantanément à l’histoire ! Celle-ci est narrée par Jughead, un des adolescents qui va être pris dans la tourmente : le procédé de la voix-off est assez léger, mais sait remettre de la tension pile quand il faut.
Ce qui m’a fait accrocher presque instantanément, ce sont les personnages : je pensais les avoir cernés assez vite (disons dès le 1er épisode), mais la série sait se jouer des clichés et des archétypes, ce qui est franchement prenant. Par ailleurs, si les personnages ont l’air un peu manichéens au départ, on s’aperçoit finalement que tout est bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Au passage, ils sont merveilleusement campés par les jeunes acteurs, ce qui ne gâche rien.
Côté intrigue, pas le temps de souffler : si l’histoire est centrée sur l’enquête autour de la disparition de Jason Blossom, celle-ci va mettre au jour des tonnes de secrets (parfois inavouables) bien cachés : le suspense est présent de bout en bout. Et vu le cliffhanger final, j’ai grandement hâte de voir la saison 2, qui débarquerait en France aux alentours d’octobre !

Tops & Flops.

Dragon Blood, Anthony Ryan.
J’avais noté Blood Song dans un coin de mon carnet de lectures, mais je ne me suis jamais vraiment penchée sur la question. Du coup, je me suis rattrapée avec Dragon Blood et quelle riche idée j’ai eue ! Dès les premières pages, Anthony Ryan m’a happée avec un univers extrêmement riche, dans lequel se croisent des personnages qui semblaient tout droit sortis de mon enfance : ils ont un petit côté Indiana Jones, Miss Marple et James Bond réunis et c’est franchement réussi. Évidemment, il y a des dragons et, point bonus, le tout a un délicieux petit air steampunk qui n’a pas été pour me déplaire. J’attends la suite !

Shades of magic, V. E. Schwab.
Celui-ci, dès qu’il en a été question, j’ai eu envie de le lire, d’autant que Victoria Schwab était citée par Elbakin dans les plumes à suivre. Et là encore, pas de déception au rendez-vous : j’ai adoré l’univers (qui superpose quatre mondes dont le seul point commun est une ville appelée Londres), certains avec plus de magie que d’autres. Déjà, j’ai adoré ce concept et, surtout, j’ai d’emblée adhéré aux personnages, riches en nuances et sachant se détacher un peu des clichés qu’ils semblaient représenter. Bonne pioche, donc, et j’attends, là aussi, la suite ! (Notez que la trilogie étant déjà complète en V.O., cela ne devrait pas trop tarder).

La Mémoire de Babel, Christelle Dabos.   
Après l’avoir attendu de pied ferme, La Mémoire de Babel est enfin paru. Et ça a été (évidemment ?) un coup de cœur ultime et absolu. Pour ne rien vous cacher, j’ai même eu peur pour ma santé mentale tant le roman m’a fait passer par des phases violentes d’émotion et tant la dépression post-lecture a été puissante. Si le deuxième tome m’avait laissée quelque peu sur ma faim, celui-ci m’a immédiatement ré-attirée dans ses rets. J’ai volé de chapitre en chapitre, j’ai frémi, je me suis enthousiasmée, j’ai eu la gorge nouée et, pour finir, j’ai découvert un retournement de situation qui m’a laissée sans voix. Inutile de préciser que j’attends plus que jamais la suite – pas avant quelques années, malheureusement… et heureusement, Christelle Dabos souhaitant soigner la fin !

Citations.

« Pas à pas, nous avançons, nous approchant de l’odeur qui grandit et s’accroche à nous, chaude et écœurante.
Et quand la puanteur est totale, tellement forte qu’elle presse nos poumons et pique les yeux, l’impensable est devant nous.
Juste là.
Le chemin s’arrête.
Coupé en deux.
Par un ruban noir bleuté si large que personne ne pourrait par-dessus.
Si long qu’on n’en voit pas la fin.
Et quand je penche la tête pour mieux regarder, je constate que cette bande étrange se déroule et disparaît tout au bout de l’horizon.
La forêt se divise de part et d’autre du ruban.
Éventrée. »
Le Peuple du chemin, Marion Achard.

***

« Cette flotte comporte dix brûle-sangs, commença Trumane, l’Opportunité s’imposant de loin comme le plus rapide d’entre tous. Si nous plaçons la défense du Détroit au premier rang de nos objectifs, alors je suggère de les réunir en flotille d’assaut et de les dépêcher en avant-garde du corps de bataille.
– Une tactique audacieuse, assurément. […] Vous, là, tonna-t-il enfin. (Hilemore réprima un sursaut en voyant les yeux de l’amiral converger sur lui.) Hilemore, n’est-ce pas ? Je vous ai épinglé une médaille après cette pagaille dalcienne, l’année dernière.
– Oui, amiral, répondit Hilemore en se mettant au garde-à-vous.
– J’ai servi sous les ordres de votre grand-père, vous savez, reprit l’amiral tout en vrillant à nouveau son regard sur Trumane. Jack Racksmith, dit la Terreur des mers… Le plus grand navarque de l’histoire du Protectorat. A votre avis, qu’aurait-il pensé de l’intrépide stratagème de votre supérieur ?
Hilemore fut tenté de s’en tenir à une réponse aussi courte qu’évasive, mais comme toujours, l’appel du devoir lui imposa la franchise :
– Mon grand-père n’évoquait que rarement ses exploits, amiral. Un jour, néanmoins, je lui ai demandé quelle tactique il avait employée à la bataille de la baie d’Espar, que beaucoup considèrent comme sa plus grande victoire. Il s’est contenté de me répondre : « Aux chiottes la tactique, mon petit. Personne ne peut se payer le luxe de réfléchir quand les canons se mettent à chanter. » (Il regarda l’amiral droit dans les yeux.) En résumé, amiral, je pense qu’il aurait applaudi la suggestion du capitaine. »

« Elle s’empara alors de l’Araignée dans son sac à main, l’enfila sur son bras et tira le Murmure de l’étui passé à sa cuisse. Il lui arrivait, dans ses rares moments de désœuvrement, de se demander comment les femmes ordinaires pouvaient bien vaquer à leurs occupations malgré ces dessous ridicules que leur imposait cette époque prétendument moderne. »

« J’ai survécu à la révolution, à la guerre et à plus d’une décennie sur ce continent, déclara le burgrave d’une voix songeuse. Mais par tous les spectres des cent empereurs, je crois que la paternité aura ma peau. »
Dragon Blood #1, Le Sang du Dragon, Anthony Ryan.

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« Je vous prie de m’excuser pour mes actes de ce soir-là. Je n’étais pas moi-même.
– Quant à moi, je vous prie de m’excuser de vous avoir tiré dans la jambe. J’étais moi-même.
– Elle me plaît bien, dit-il à Kell, son sourire charmeur aux lèvres. je peux te l’emprunter ? »
Shades of magic #1, Victoria E. Schwab.

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« Excusez-moi, je ne suis pas comme mon père, qui connaît les us et coutumes des autres arches. Nous ne faisons pas de différence entre les sexes ici. J’en déduis que chez vous les hommes ne portent pas de tenues comme la vôtre ?
Ophélie se fit violence pour ne pas imaginer Thorn en petite robe grise. »

« Il m’a fallu plus de deux ans pour mettre en place des groupes de lecture qualifiés afin de passer au crible toutes les collections. Le premier ouvrage que vous prenez par inadvertance est le bon. Votre propension à malmener les statistiques est effrayante. »

« Ophélie avait vécu des situations peu banales au cours de sa vie. Écouter la radio dans la même pièce qu’un tigre à dents de sabre y figurerait désormais en bonne place. »

« POSEZ-MOI UNE QUESTION, déclara la statue.
– Le terminus du tramway du marché?
– LA CHANCE SOURIT AUX AUDACIEUX.
– Les objets perdus ?
– UNE BONNE JOURNÉE COMMENCE PAR UNE BONNE NUIT.
– La XXIIe Exposition interfamiliale ?
– UN TIENS VAUT MIEUX QUE DEUX TU L’AURAS.
– Merci quand même. »

« Le trajet jusqu’au Mémorial lui parut atrocement long et abominablement court. Ses pires craintes furent confirmées quand elle vit une patrouille de vigiles la guetter sur le débarcadère. Ils n’étaient pas armés – ce seul mot constituait un délit -, mais ils n’avaient pas besoin de l’être. C’étaient tous des Nécromanciens, les maîtres de la température, capables de pétrifier de froid d’un seul regard. Ils étaient aussi d’excellents fabricants de congélateurs. »

« Alors ?
– Alors, rien, ricana Parrain avec un haussement d’épaules. Fut une époque où j’aurais convaincu la première venue de m’accompagner jusqu’au bout du monde. J’aurais pu utiliser mon vieux truc, dit-il en tapotant la larme noire entre ses sourcils, mais je me suis promis de ne plus jamais le faire sur Berenilde. Elle doit avoir raison, je commence peut-être à grandir. Quelle horreur… »
La Mémoire de Babel, Christelle Dabos.