La Faille de la nuit, Mercy Thompson #8, Patricia Briggs.

Fuyant son nouveau compagnon violent, Christy, l’ex-femme d’Adam, fait un retour fracassant dans les vies d’Adam et Mercy. La cohabitation n’est pas simple. Surtout lorsque Christy décide de monter la meute contre Mercy afin de récupérer Adam. Et la situation empire lorsque son petit ami retrouve sa trace : les cadavres s’empilent et Mercy va devoir mettre ses problèmes personnels de côté pour affronter une créature bien décidée à réduire son monde en miettes !

J’ai dégainé mon tome 8 en attente parce que j’étais bien malade et que j’étais sûre qu’il ferait son office de petit remontant. Et pari gagné ! J’ai l’impression de dire ça à chaque tome, mais c’était peut-être un des meilleurs jusque-là – en fait, la série se bonifie au fil des tomes et c’est génial.

Il ne faut pas longtemps avant que n’arrive le premier élément perturbateur auquel Mercy est confrontée : Christy, l’ex-femme d’Adam, la mère de Jesse, revenue en territoire conquis pour échapper à un ex un poil trop collant. Et, jusque-là, si on assistait à pas mal d’affrontements territoriaux entre loups-garous mal lunés, on va s’apercevoir qu’entre coyote et humaine, il y a aussi de quoi faire. Car si Mercy a son petit caractère, Christy n’est pas exactement ce qu’on pourrait appeler une bonne pâte. De fait, l’histoire va pas mal tourner autour des conflits territoriaux qui émergent de l’affrontement – pourtant ô combien discret ! – des deux femmes. Et oui, parce que le retour de Christy va mettre en péril la meute, rien que ça.
Et c’est l’occasion pour Patricia Briggs d’étoffer son univers, notamment quant à la mythologie autour des loups-garous, autour de la façon dont fonctionnent les meutes. Parallèlement, elle creuse ses personnages, accordant beaucoup d’importance aux trois femmes que compte la meute d’Adam – et qui ne sont pas moins territoriales que leurs homologues mâles. La présence de Christy exacerbe leurs petites bisbilles latentes. J’ai adoré (mais vraiment adoré !) détester cette dernière. J’ai même trouvé qu’elle avait un peu cherché les ennuis, c’est dire ! En peu de mots, Patricia Briggs réussit à nous montrer un personnage tout simplement horripilant – et il ne lui faut vraiment pas grand chose pour le faire. Et ce qui était également tout aussi intéressant, c’est qu’elle nous a dépeint une Mercy « maître zen », qui se pose beaucoup de questions sur les relations qu’elle a avec les autres, sa place dans la hiérarchie de la meute ou sur la façon dont ses actes peuvent impacter cette dernière.
En fait, et cela fait plusieurs tomes que c’est comme ça, on dirait qu’on part de trois fois rien, mais l’auteur parvient à tirer de ce trois fois rien des introspections, discussions et conclusions passionnantes.

Dit comme ça, on pourrait croire qu’il ne se passe rien, sinon les petits conflits domestiques de la meute. Mais, si celle-ci est plus présente sous forme humaine que lupine (il faut le reconnaître), Patricia Briggs n’en profite pas moins pour ouvrir nos horizons, avec un opposant issu d’une tradition mythologique toute neuve et encore inexplorée dans la série. L’ensemble est d’ailleurs vraiment bien ficelé et documenté (un peu comme d’habitude, en somme).
Mais revenons à ces histoires de transformations humains-loups ou humaine-coyote, selon le bon plaisir de chacun : c’est vrai que Mercy est un peu avare en transformations cette fois-ci, ce qui laisse courir un bon nombre de rumeurs parmi les aficionados – mais il va sans doute falloir attendre encore un peu avant de savoir de quoi il retourne exactement.

J’ai parlé un peu plus haut de la façon dont l’intrigue est agencée : certes, il y a beaucoup de questionnements et autres discussions, mais l’action est aussi hyper présente et, de ce côté-là, difficile de s’ennuyer. À ce titre, la conclusion de l’histoire est un peu similaire à celle du tome précédent – et j’espère que ça ne va pas devenir une habitude !

En bref, j’ai littéralement dévoré La Faille de la nuit, parce que l’intrigue est particulièrement prenante et qu’elle permet encore une fois de détailler l’univers de la série, tout en posant des jalons intéressants pour la suite – que j’ai, il va sans dire, grandement hâte de lire. 

◊ Dans la même série : L’Appel de la lune (1) ; La Marque du fleuve (6) ; La Morsure du givre (7) ; 

Mercy Thompson #8, La Faille de la nuit, Patricia Briggs.
Traduit de l’anglais par Sophie Barthélémy. Milady, juin 2015, 476 p.

Le Pari, Le Noir est ma couleur#1, Olivier Gay.

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Normalement, Alexandre le bad boy du lycée n’aurait jamais prêté attention à Manon l’intello du premier rang. Pourtant, à la suite d’un pari, il a décidé de la séduire.
Normalement, Manon n’aurait jamais toléré qu’Alexandre vole à son secours. Pourtant dans l’obscurité d’une ruelle, sa présence s’est révélée décisive.
Alexandre doit se rendre à l’évidence. Rien n’est normal dans cette histoire.
Manon acceptera-t-elle qu’il entre par effraction dans son univers ?

La fin de l’année 2016 et le début de 2017 ont donc été résolument marqués par la bibliographie d’Olivier Gay ; après avoir découvert Faux frère, vrai secret et La Main de l’empereur, me voilà donc ouvrant enfin – enfin !! – le premier volume du Noir est ma couleur, une série jeunesse encensée sur les blogs. Et à raison ! Et il faut dire que ce roman a fait commencer l’année très fort : première lecture, premier coup de cœur !

Le roman commence comme un roman adolescent un peu classique : on découvre Alexandre, lycéen de 16 ans de son état, très occupé à agacer sa mère avant de rejoindre un lycée dans lequel il fait plutôt partie des gentils amuseurs de la classe que de l’élite étudiante. Au chapitre deux, on attaque de front la fantasy urbaine. Car on y découvre Manon, élève dans la même classe d’Alexandre, en proie à un problème d’eau chaude sous la douche… qu’elle règle spontanément d’un petit coup de magie. En toute simplicité !
Les chapitres sont consacrés en alternance à Alexandre et à Manon ; ceux du premier sont rédigés au présent, tandis que ceux de la seconde sont au passé – pas moyen de confondre les deux voix, donc. Et l’alternance des deux voix nous permet, d’une part, de voir les scènes sous différents angles (et de se rendre compte que les deux personnages n’ont pas toujours les mêmes objectifs ou avis) et, d’autre part, d’instaurer un certain suspens. Car lorsqu’ils sont séparés, on se demande bien ce qu’il est en train d’arriver à l’autre !

Dès le début, Olivier Gay s’attache à nous rendre les personnages proches et sympathiques : j’ai apprécié autant Alexandre la tête-brûlée que Manon la bonne-élève et le contraste entre les deux fonctionne à plein.
Ce qui a également très bien fonctionné pour moi, une fois n’est pas coutume, ce sont les lieux communs de la littérature young-adult. Je vous dis « beau gosse mal léché habitué aux conquêtes » versus « jolie fille qui s’ignore plutôt première de la classe », vous me dites ? Romance ? Mais oui !
Sauf que, pas tout à fait. Ou pas vraiment. Ou pas comme on aurait pu s’y attendre. Au fil des chapitres, Olivier Gay va ainsi recourir à plusieurs clichés qu’il détourne, pour nous proposer une aventure parfaitement ficelée. Car s’il y a rapprochement entre les deux, c’est par pure (ou presque) nécessité. De plus, les deux personnages, sous des dehors d’un classicisme absolu, s’en tirent vraiment bien : car loin de les avoir pensés puissants/très doués/imbattables, Olivier Gay a tissé deux adolescents qui réagissent tout naturellement à ce qui leur arrive (que ce soit dans les péripéties fantastiques ou dans la vie quotidienne). En gros, ce sont de vrais ados. Du coup, ils n’en sont que plus crédibles ! Et ce duo, aussi attachant que réaliste, est vraiment le point fort du roman. Et s’ils semblent un peu cliché sur le papier, ils s’avèrent finalement assez surprenants – d’ailleurs, le plus mignon n’est pas toujours celui que l’on croit, ce qui peut être parfois assez surprenant !

Côté magie, l’auteur s’appuie sur le Spectre des couleurs ; chacune des 7 couleurs de l’arc-en-ciel donne au mage qui les convoque un type de pouvoir différent. Et les mages des couleurs se collettent méchamment avec les mages… noirs, évidemment ! Les seuls à utiliser la 8e couleur, rigoureusement interdite, puisque liée aux forces des ténèbres. Si cette partie-là peut vous sembler un peu déjà vue, la façon dont les mages se gorgent de couleurs pour lancer leurs sortilèges est plutôt originales. Chaque petit détail, surprenant et original, vient constituer un univers à la fois complexe, original et dans lequel on se fond sans aucune difficulté. Dès le départ, j’ai eu l’impression d’évoluer dans un univers à la Pierre Bottero alors que, fondamentalement, les romans ont peut de chose en commun, hormis cette façon de se rendre immédiatement accessible et terriblement attrayants au lecteur. Du coup, c’en était même difficile de le quitter.

Avant de conclure, il faudrait que je parle aussi du style, qui est certainement pour beaucoup dans le fait que j’ai littéralement dévoré ce roman. Celui-ci est alerte, enlevé, volontiers enjoué ou plein d’humour et parvient à instaurer rythme et tensions d’un bout à l’autre du roman.

Le Pari est donc une formidable découverte, qui m’a tenue en haleine de la première à la dernière page. Surtout vu l’ampleur du retournement de situation sur lequel se clôt l’histoire – rebondissement qui donne, évidemment, follement envie de lire la suite. L’intrigue, l’univers à la fois familier et original, le duo attachant, le style, tout concourt à faire de ce premier tome une sacrée réussite, qui plaira autant aux jeunes lecteurs (disons dès 12 ans) qu’à leurs aînés.

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Suaire froid / Masques mortuaires, Les Dossiers Dresden #5, Jim Butcher.

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Pour une fois, les affaires sont bonnes. Un peu trop même : Harry Dresden, le seul magicien professionnel de Chicago, est carrément débordé. Et voilà que surviennent quelques menus imprévus… Le champion de la Cour rouge des vampires a décidé de le tuer en duel pour mettre fin à la guerre entre vampires et magiciens. Le suaire de Turin est porté disparu et Harry n’est pas le seul à sa recherche : une troupe de démons est aussi sur le coup, et ça ne les dérangerait pas, tant qu’à faire, de prendre l’âme d’Harry au passage. Ah oui ! Murphy lui a aussi demandé d’enquêter sur un mystérieux cadavre retrouvé sans tête ni mains. Il y a des jours où sortir du lit n’est pas vraiment payant, et ce, quels que soient vos tarifs.

On ne change pas une équipe qui gagne : Harry est sans doute le magicien le plus poissard de tous les temps. Et, si cette fois ses ennuis d’argent ne sont pas au centre de l’intrigue, sa malchance légendaire permettra de faire avancer cette dernière.
Et ça commence très très fort, avec rien de moins qu’un défi lancé par les vampires de la Cour rouge – autant dire que toute l’affaire part, dès le départ, assez mal.

Si les aventures d’Harry sont si prenantes, c’est parce qu’en général il s’y passe des tas de choses en parallèle – dont certaines vont servir l’intrigue du tome et d’autres alimenter le fil rouge général de la série. Et dans ce tome 5, c’est vraiment le festival ! Il est quasiment impossible de s’ennuyer à la lecture de ce volume car il suffit qu’un problème soit réglé pour qu’un autre surgisse presque aussitôt. L’auteur évite l’effet d’accumulation : à chaque nouveau problème, on se demande bien comment il s’intègre dans les rouages de l’intrigue en cours (cela a-t-il un rapport avec ce qu’il se passe ou n’est-ce qu’un épiphénomène ?) et surtout… comment Dresden va s’en sortir, de préférence vivant et avec classe. Ainsi, le suspense ne se dément pas une seconde tout au long du roman ! Impossible de s’ennuyer !

Et tout cela est dû à l’incroyable capacité de Dresden à ne pas savoir dire non. On dirait qu’il suffit de le regarder avec un petit air de chien battu – peu importe la canaille que l’on puisse être ! – pour qu’il dise oui !
D’ailleurs, à propos de canailles, ce roman en propose son lot. D’ailleurs, il n’est pas impossible que l’on fasse de très surprenantes découvertes à propos de certains.
Les personnages qui interviennent dans la vie de Dresden sont incroyablement humains – et même certains d’entre eux qui sont plutôt du côté obscur de la barrière inter-espèces ! Cela fait également partie du charme de la série. Car l’intrigue met aussi en avant ce qu’il peut se dérouler dans la vie privée de ces différents intervenants, ajoutant au suspens général. D’ailleurs, Murphy est assez peu présente, mais c’est au profit de Michael et de ses petits camarades, ce qui est loin d’être désagréable !

Comme toujours, c’est sur un style assez familier, enlevé et plein d’humour, que Jim Butcher nous narre les aventures de Dresden. Celui-ci, en dépit de sa terrible poisse, ne perd ni le nord, ni le sens de la répartie, pour notre plus grand plaisir.

En somme, ce tome 5 est un condensé de tout ce qui fait le plaisir de lire les aventures d’Harry Dresden ; le suspens est au rendez-vous, de même que les péripéties originales et palpitantes. C’est une lecture d’une grande intensité, que l’on lâche à  grands regrets. Et vu le coup de cœur qu’a été ce cinquième tome, je regrette plus que jamais que la série n’ait pas pris en France et que la traduction en ait été arrêtée.

◊ Dans la même série : Avis de tempête / Dans l’œil du cyclone (1) ; Lune fauve / Lune enragée (2) ; Tombeau ouvert / L’Aube des spectres (3) ; Fée d’hiver / Le Chevalier de l’été (4).

Les Dossiers Dresden #5, Suaire froid, Jim Butcher. Milady, 2010, 512 p.

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Alouettes, Testament #2, Jeanne-A. Debats.

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Je m’appelle Agnès, et je suis orpheline. Ah ! Et sorcière, aussi. Mon oncle m’a engagée dans son étude notariale. Ne croyez pas que le job soit ennuyeux, en fait, ce serait plutôt le contraire. En ce moment, tout l’AlterMonde est en émoi à cause d’une épidémie de Roméo et Juliette.
Imaginez : des zombies tombant amoureux de licornes, des vampires roucoulant avec des kitsune, des sirènes jurant un amour éternel à des garous. Et tout ce beau monde défile dans notre étude pour se passer la bague au doigt. Mais la situation commence à sérieusement agacer les hautes autorités. Et comme l’AlterMonde n’est pas Vérone, à nous de faire en sorte que cette fois l’histoire ne se termine pas dans un bain de sang…

Alouettes débute trois ans après la fin des événements narrés dans L’Héritière –  et, bonne nouvelle, on peut les lire indépendamment, les informations vitales étant rappelées dans ce deuxième tome. Et le récit débute en fanfare, Agnès étant en plein questionnement (sur sa vie sentimentale et sa sexualité) !
« Bit-lit » oblige, le roman offre son lot de galipettes et autres discussions sur la question mais, comme dans L’Héritière, le tout est fait avec autant de subtilité que d’intelligence et toujours pour servir l’intrigue, et non de façon gratuite ; les péripéties, de plus, servent une intéressante réflexion sur le féminisme et le statut des femmes dans la société – ce qui, ne nous le cachons pas, fait partie des gros points forts de ce texte. En effet, l’évolution d’Agnès est, ici, à l’honneur : de sorcière cloîtrée, elle devient une femme en possession de – presque – tous ses moyens. En un sens, elle est terriblement humaine (malgré sa nature sorcière), et c’est bien ce qui la rend si fabuleusement attachante.

 Mais il n’y a pas que ça ! Il y a avant tout l’intrigue. Car après avoir réglé la douteuse succession d’un Cénacle vampire, voilà qu’Agnès fait face à une épidémie de couples calamiteux, véritables Roméo et Juliette surnaturels. Imaginez un peu : un vampire et une kitsune, des loup-garous et des ondines, des dragons et des walkyries… on en passe et des meilleurs. Tout cela mettant, évidemment, les différents cercles surnaturels en émoi : l’affrontement général n’est guère loin. Charge à nos comparses de régler, en douceur et au mieux, le conflit larvé qui s’annonce.
L’intrigue est donc, naturellement, truffée d’allusions à la célèbre pièce de Shakespeare, ainsi qu’à d’autres grands titres de la littérature (classique ou imaginaire !) que l’on retrouve avec beaucoup de plaisir. La mythologie, de son côté, est particulièrement creusée et fait intervenir des mythologies de divers continents et traditions : le mélange est à la fois détonnant, original, et littéralement passionnant.

Comme dans le premier tome, l’intrigue est riche en péripéties et scènes d’actions décoiffantes – tel ce combat dantesque au centre Pompidou ! La tension monte de plus en plus au fil des chapitres jusqu’au paroxysme : impossible de s’ennuyer. De plus, la balade parisienne, abondamment décrite, permet de visiter un grand nombre de quartiers et d’apprendre une foule de choses sur la capitale.

Le premier tome avait été une excellente découverte et celui-ci est un véritable coup de cœur ! Jeanne-A. Debats propose un univers extrêmement riche, faisant appel à diverses mythologies qui se mêlent avec bonheur. L’intrigue est riche en péripéties, mais aussi en réflexions intelligentes. Et le tout est mené sur un ton caustique particulièrement réjouissant ! J’ai hâte de découvrir la suite des aventures d’Agnès !

◊ Dans la même série : L’Héritière (1) ;

Testament #2, Alouettes, Jeanne-A. Debats. ActuSF, mars 2016, 440 p. 

Le Ballet des ombres, Les Chroniques de Hallow #1, Marika Gallman.

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Abby possède le pouvoir d’absorber l’énergie des personnes qui l’entourent. Un don dont elle ignore presque tout et dont elle se sert surtout pour dévaliser des galeries d’arts. Jusqu’au jour où elle fait la connaissance d’un policier qui semble porter en lui la capacité d’annuler son pouvoir… Leur rencontre va tous les deux les propulser dans un univers qui les dépasse et leur dévoiler la face cachée de Hallow, une métropole où même les ombres peuvent vous tuer.

Dès le début du roman, Marika Gallman donne le ton : le récit est plein d’une ironie mordante. En effet, l’histoire débute un lundi matin et, comme chacun sait (et Abby plus que les autres), il se ne passe traditionnellement rien les lundis matins. Or, le concentré d’actions qui déboule dès le chapitre 2 lui donne immédiatement tort !

Marika Gallman ne laisse aucun répit à son personnage, ni à son lecteur : l’histoire est bourrée d’action, trépidante, prenante à souhait, car l’intrigue est plutôt dense. Il y a cette histoire de bijou qu’Abby, son père et son frère (cambrioleurs assermentés) sont chargés de dérober et qui s’avère être un leurre ; il y a l’incapacité d’Abby à voler l’énergie de ce policier à qui elle tente de dérober son portefeuille ; il y a, enfin, cette entité sombre qui semble vouloir prendre le contrôle de Hallow et qui va réunir ensemble tous les fils d’intrigue. Ainsi, entre les histoires de famille, les histoires de cœur et la mission de super-héros qui, subitement, échoit à Abby, on a non seulement une intrigue consistante et variée, mais aussi un rythme  palpitant.

De plus, Marika Gallman campe une galerie de personnages vraiment intéressants. Abby n’est pas une de ces mijaurées auxquelles nous a habituées la bit-lit de bas étage. C’est une jeune femme accomplie et réfléchie, que l’on suit avec un immense plaisir dans ses pérégrinations (amoureuses ou personnelles). Chris, de son côté, ne lasse pas d’étonner avec le mystère qu’il promène derrière lui – et qui n’est pas résolu en fin de roman, laissant toute latitude pour la suite ! Mais mon coup de cœur va aux personnages secondaires que son les proches d’Abby : entre son père et son frère (qui tentent de la materner mais pas trop !), aussi drôles qu’atypiques, on est servis. Et que dire de Lupita, l’employée d’Abby, sorte de condensé entre la mégère et la belle-mère horriblement autoritaire mais débordant d’un amour qui ne sait s’exprimer ? C’est, sans aucun doute, mon personnage favori du récit !

Par ailleurs, l’histoire prend place dans un univers vraiment palpitant : Hallow est une cité assez glauque, mais on arrive à percevoir l’amour que ressent Abby pour sa ville – ça a un petit côté Daredevil, avec l’amour que porte ce dernier à Hell’s Kitchen. Côté magie, les personnages qui en sont porteurs sont tous, au lieux, hautement intrigants. Le pouvoir d’Abby est déjà hyper intéressant, mais elle n’est pas la seule à être dotée de capacités spéciales. Or, tout n’étant pas expliqué, la suite promet des révélations hautes en couleurs.

En somme, voilà une série qui démarre fort bien et qui entre direct dans mon top 5 des séries de fantasy urbaine ! De plus, si ce premier tome peut se lire comme un singleton, la fin, très ouverte, promet une suite haute en couleurs – si toutefois il s’y déroule bien ce qui semble se profiler. Nul doute que je mettrai mon nez dedans à la sortie !

Les Chroniques de Hallow #1, Le Ballet des ombres, Marika Gallman. Milady, 2016, 471 p.

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Feu, The Circle #2, Sara B. Elfgren & Mats Strandberg.

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La canicule écrase la ville d’Engelsfors, une vague de chaleur anormale étouffe la forêt environnante. Un phénomène qui inquiète les Élues, dans l’attente de la prochaine attaque des démons. Les jeunes sorcières, ébranlées par les morts qui ont marqué la communauté, doivent encore apprendre à apprivoiser leurs pouvoirs alors que tous leurs repères s’écroulent.
Et le Conseil, loin de les guider, leur intente un procès, alors qu’une étrange animosité à l’encontre des jeunes filles se répand à travers la ville comme une traînée de poudre. Cernées, esseulées, les Élues doivent faire front ensemble, mais les tensions au sein du cercle se font de plus en plus vives.

Le premier tome de cette série, publié il y a trois ans par JC Lattès sous le titre Le Cercle des jeunes élues, avait été un immense coup de cœur. L’annonce de l’arrêt de publication de la série après un seul volume avait donc été une immense déception – mon suédois étant pour le moins inexistant. Heureusement, cette série fait un tabac en Suède et a même été adaptée, donc elle vient d’être reprise par Fleuve – et en poche chez Pocket.

Et franchement, ça en valait la peine ! Il est rare que j’ai des coups de cœur sur tous les tomes d’une série mais là, ce deuxième tome semble faire exception à la règle tant j’ai été emballée par la lecture – malgré un récit au présent, malheureusement plat et lourd, ce qui dessert l’intrigue magistrale.
Feu reprend à peu près là où le premier volume s’arrêtait : c’est l’été et les élues souffrent, comme tout le monde, de l’infernale canicule qui s’est abattue sur Enfgelsfors, tout en stressant à l’idée de l’apocalypse démoniaque à venir. Les problèmes s’accumulent. L’entente entre les filles est loin, très loin, d’être cordiale : Ida est toujours à l’écart et Linnéa a perdu la confiance des autres depuis qu’elles ont découvert qu’elle était capable, depuis quasiment le début, de lire dans leurs pensées. De plus, elles ne maîtrisent toujours pas parfaitement leurs pouvoirs – Minoo ne sait d’ailleurs toujours pas quels sont les siens et s’inquiètent d’être – peut-être – la proie des démons. Or, il semblerait que l’apocalypse soit de plus en plus proche, comme en témoigne l’affliction dont souffre la forêt d’Engelsfors.
Mais tout cela n’est rien comparé aux ennuis qui tombent sur le coin de la figure des filles : le Conseil leur intente un procès en sorcellerie et la ville est subitement prise de folie sous l’influence d’un groupe de pensée positive – qui n’est rien moins qu’une secte.

Comme dans le premier tome, Mats Strandberg et Sara B. Elfgren reprennent leur recette très efficace mêlant fantastique et éléments réalistes. Les cinq filles ont toutes des problèmes d’adolescentes très concrets qui pourront parler aux lecteurs. Ainsi, l’une d’elles, confrontée à la chute brutale de sa cote de popularité, prend conscience du caractère abominable de ses amis, qu’elle avait, jusque-là, choisi d’occulter – parce qu’elle présentait le même. D’autres se découvrent des sentiments amoureux qu’elles ont du mal à accepter, pour diverses raisons. Une autre est confrontée à la dépression d’un de ses proches et à la terrifiante perspective de perdre un membre de sa famille. La dernière voit son cœur être brisé par un sombre crétin et doit également composer avec une ambiance familiale plus qu’électrique qui la mine… Tout cela s’équilibre parfaitement avec l’intrigue fantastique et mieux, les deux fils d’intrigue se nourrissent l’un l’autre, créant un récit complexe et très bien mené.

Et ce qui est intéressant, c’est que les auteurs jouent sur les genres. Le roman prend assez vite des touches de thriller survolté, alimentées par le procès – les filles tentant d’éviter à Anna-Karin une condamnation à mort – et la montée en force de la secte Engelsfors Positif. Alors que les filles refusent de céder à la propagande positiviste de la secte, on assiste à un vrai lavage de cerveau collectif. Les thèmes sont vraiment nombreux mais, comme pour les problèmes que rencontrent les filles dans leurs vies privées, ils viennent nourrir l’intrigue fantastique et l’enrichir de nombreux fils, que l’on suit tous avec autant de plaisir.

Plus on avance, plus les péripéties s’enchaînent à un rythme effréné et contribuent à créer une ambiance de plus en plus sombre. On se surprend à espérer que la situation va s’améliorer, on tremble, on apprécie l’ingéniosité des auteurs et on les déteste cordialement pour certains développements (pourtant logiques et sans doute nécessaires).

Après un excellent premier tome, les auteurs récidivent avec un deuxième tome magistral. Les 768 pages s’avalent sans barguigner, acheminant le lecteur vers un final plein de tension, qui ne fait que donner envie de lire la suite. Alors j’espère que ce nouveau départ permettra à la série de prendre son envol, afin que le troisième et dernier tome soit traduit chez nous !

◊ Dans la même série Le Cercle des jeunes élues (1) ;

The Circle #2, Feu, Sara B. Elfgren & Mats Strandberg. Traduit du suédois par. Fleuve noir (Outrefleuve), mai 2016, 768 p.

L’Architective : les reliques perdues, Mel Andoryss.

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Je sais, je suis bizarre…
Armand, 15 ans, est architective, tout comme son père.
Imaginez : vous entrez dans un bâtiment et, en retenant votre respiration, vous avez accès à son âme, à toute sa mémoire, à ses souvenirs et à ses blessures, à ses pièces cachées et à ses moindres secrets. Les murs ont des oreilles, les murs se souviennent, et ils racontent leur histoire à ceux qui savent écouter…
Entre deux enquêtes pour le compte de son père, architective lui aussi, Armand essaie de mener la vie normale d’un adolescent parisien de 15 ans qui entre au lycée…

Dire que j’avais hâte de lire ce nouveau roman de Mel Andoryss frise l’euphémisme. Et la lecture a été à la hauteur des attentes placées sur ce titre, vraiment très bon !

L’histoire se déroule sur une seule petite semaine aussi les péripéties s’enchaînent-elles à bon rythme. De plus, le mystère est épais à souhait : alors que l’on découvre un personnage aux pouvoirs extrêmement mystérieux (les parents d’Armand étant avares en confidence, lui-même patauge tant et plus), il est plongé dans un mystère qui le dépasse complètement. Or, une chose est sûre, si on le cherche, on va le trouver. De fait, l’histoire propose son lot de courses-poursuites (réalistes ou magiques), petits stratagèmes, plans-catastrophes et retournements de situations acrobatiques. Impossible de s’ennuyer !

Mel Andoryss plante une galerie de personnages bien équilibrée, qui tourne autour d’un trio fort. Armand – qui ressemble à s’y méprendre à Jasper ! – possède un sens de l’humour et du courage à toute épreuve. Mais il peut, bien heureusement, compter sur Malaurie, son caractère de cochon et ses facultés incroyables, ainsi que sur Cédric, son meilleur ami et spécialiste des idées de génie à mettre en œuvre en dernier recours. Le trio est particulièrement dynamique et dégage une énergie très communicative.
À travers eux, Mel Andoryss met aussi en balance trois systèmes familiaux très différents, qui soulèvent pas mal de questions (tant chez le lecteur que chez Armand) : la réflexion est intéressante et pousse à réfléchir, tout en s’inscrivant fort bien dans l’intrigue générale.

Comme dans Evernightc’est aussi l’univers original qui fait le sel de L’Architective. D’une part, on déambule en terrain connu, l’intrigue se déroulant en région parisienne. Mais, d’autre part, le pouvoir d’Armand change totalement la donne : il est capable de pénétrer l’âme et les souvenirs des bâtiments, parvenant à voir les architectures passées des lieux, les particularités et les petits secrets des lieux qu’il visite. Ainsi, on visite la cathédrale de Meaux et la Sainte-Chapelle, leur donnant un tout autre visage que celui que l’on connaît ! Comme, de plus, le roman est très documenté (tant des points de vue historique, topologique, que religieux), on apprend une foule de choses sans même y penser : le roman est donc particulièrement enrichissant.

Excellente découverte donc, que cette aventure d’architective ! Le roman est à la fois court et dense et présente un univers résolument original, ainsi qu’une galerie de personnages bien pensée. De plus, l’histoire se conclue en fin de roman, ce qui est hautement appréciable, tout en laissant les coudées franches pour une éventuelle nouvelle aventure. Que je lirai avec grand plaisir, évidemment, si toutefois il est prévu qu’elle paraisse !

L’Architective : les reliques perdues, Mel Andoryss. Castelmore, juin 2016, 320 p.

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