Le Vol de la Sigillaire, Les Artilleuses #1, Pierre Pevel & Étienne Willem.

Aventurières et hors-la-loi, elles sont trois : Lady Remington, Miss Winchester et Mam’zelle Gatling. N’hésitant jamais à faire parler la poudre, elles sont connues de toutes les polices d’Europe. Ce coup, cependant, pourrait bien être leur dernier. Car le vol d’une mystérieuse relique – la Sigillaire – leur vaut d’être pourchassées non seulement par les Brigades du Tigre, mais également par les redoutables services secrets du Kaiser…

Cette bande-dessinée se déroule dans l’univers du Paris des Merveilles de Pierre Pevel, mais est lisible tout à fait indépendamment de sa trilogie – donc pas de panique si vous ne l’avez pas lue.

L’histoire se déroule donc à Paris, en 1911. L’Outremonde a révélé son existence (et certains couloirs du métro permettent même d’y accéder) : humains et petit peuple se côtoient au quotidien. D’ailleurs, la reine Méliane prévoit de célébrer son jubilé à Paris ! Devant les façades haussmanniennes, il est donc possible de croiser des fées, des dragons de petites tailles, des trolls, des dirigeables ou encore des drones au look résolument steampunk.
L’intrigue débute avec le braquage des Artilleuses, nos trois héroïnes : Lady Remington, aristocrate anglaise, est également une redoutable magicienne ; Mam’zelle Gatling est en fait une fée artificière, spécialiste en explosions ; Miss Winchester, enfin, est une pilote et tireuse d’élite américaine. Toutes trois ont écumé les bons coups, mais ont vivement besoin d’argent. Le braquage de la Sigillaire se fait donc dès les premières pages et donne le ton : l’action est bien présente.

La récit, truffé de péripéties (et de batailles rangées) est donc mené à un rythme trépidant. Or, bizarrement, on ne sort jamais de l’impression de lire une assez longue introduction à l’univers. Car les véritables enjeux de l’intrigue n’apparaissent finalement que dans les deux dernières pages… Ce qui inscrit bien cet opus comme le premier tome de la trilogie annoncée. Ce n’est pas désagréable, car ainsi l’univers est bien installé, mais c’est un peu frustrant. D’autant que les personnages sont assez rapidement caractérisés (réduits à un ou deux traits de caractères). J’attends donc la suite avec impatience pour savoir comment tout cela va évoluer !

Côté graphismes, Étienne Willem use d’un découpage assez classique et d’un style cartoonesques qui colle vraiment bien à l’univers comme à l’histoire. Et la mise en couleurs de Tanja Wenish est efficace.

Après cette longue introduction à l’univers et aux enjeux, je suis curieuse de savoir de quoi il va être question au juste dans cette trilogie. Ce premier tome fait une très bonne mise en bouche au contexte, mais s’avère un peu frustrant du point de vue de l’intrigue en elle-même, tant on a l’impression de l’effleurer. J’ai donc hâte de lire le tome suivant, car celui-ci a titillé ma curiosité !

Les Artilleuses #1 : Le Vol de la Sigillaire, Pierre Pevel (scénario), Étienne Willem (illustrations), Tanja Wenish (couleurs).
Drakoo, mars 2020, 48 p.

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Cuits à point, Elodie Serrano.

Gauthier Guillet et Anna Cargali parcourent la France pour résoudre des mystères qui relèvent plus souvent d’arnaques que de véritables phénomènes surnaturels. Mais leur nouvelle affaire est d’un tout autre calibre : pourquoi la ville de Londres subit-elle une véritable canicule alors qu’on est en plein hiver et que le reste de l’Angleterre ploie sous la neige ? Se pourrait-il que cette fois des forces inexpliquées soient vraiment en jeu ?

Cuits à point est un très court roman de fantasy urbaine et un seul tome, s’il vous plaît !
L’intrigue va suivre deux paires d’enquêteurs en affaires magiques, des démystificateurs, séparées par un fossé de convictions : le duo français est persuadé que magie = arnaque, tandis que le duo britannique, lui, est convaincu de l’existence du merveilleux. Vous l’aurez compris : le débat va faire rage entre les personnages.

L’autrice joue donc sur cet antagonisme pour créer une dynamique entre eux, qui se ressent particulièrement dans les dialogues, aucun n’étant avare de réparties cinglantes. Elodie Serrano s’approprie également les clichés inhérents à chaque nation. Fatalement, le français est donc ronchon, l’italienne a le sang chaud et les deux britanniques font preuve d’un flegme à toute épreuve… Loin d’être pénibles, ces exagérations servent souvent le ressort comique l’intrigue !
Celle-ci est donc assez légère et va droit au but. Le quatuor enquête (plus souvent à la bibliothèque que sur le terrain), fait rapidement des déductions (justes) et tente de résoudre le problème qui se présente à lui. Les péripéties et rebondissements s’enchaînent à bon train, ce qui assure un roman un rythme de lecture très prenant.

Le style, avec ça, est très fluide. L’équilibre entre scènes d’actions, de réflexion, et descriptions est vraiment bien trouvé. L’ambiance steampunk, présente en toile de fond, est très accessible (nettement plus accessibles pour des néophytes que Le Protectorat de l’ombrelle, par exemple). D’ailleurs il en va de même pour l’intrigue plus liée à la magie : pas besoin d’être de vieux routards de la fantasy urbaine pour apprécier ce roman. L’humour, de plus, y est bien présent, ce qui allège indéniablement le récit.

Cuits à point est donc un roman de fantasy urbaine à la fois court et hyper facile à lire. L’intrigue nous plonge directement dans le vif du sujet et ne s’embarrasse pas de mille considérations sur l’univers, gardant l’ambiance steampunk en toile de fond. Les péripéties s’enchaînent sans coup férir et le récit ménage quelques touches d’humour. Ce n’est pas forcément le style de roman de fantasy urbaine que je préfère, mais je retiens ce titre pour une entrée en matière dans le genre !

Cuits à point, Elodie Serrano. Actusf (Bad Wolf), février 2020, 283 p.

Une sirène à Paris, Mathias Malzieu.

Juin 2016, la Seine est en crue et Gaspard Neige trouve sur les quais une sirène blessée qu’il ramène chez lui. Elle lui explique que tous les hommes qui entendent sa voix tombent amoureux d’elle et en meurent, mais, convaincu que son coeur est immunisé depuis sa rupture, Gaspard décide de la garder jusqu’au lendemain dans sa baignoire.

Nouvelle lecture dans le cadre du Prix Imaginales des Bibliothécaires, lue en commun avec Camille, qui a patiemment supporté mes maints soupirs et autres exclamations exaspérées ! Je ne mentirai pas en disant que je n’ai pas accroché du tout…

Pourtant, ça partait bien ! J’ai vraiment aimé l’idée de base de l’ami Gaspard qui tente envers et contre tout de renflouer le Flowerburger, la péniche-troquet de sa grand-mère et qui, entre deux soucis financiers, ramasse une sirène blessée sans bien comprendre à quoi il a affaire.
Dans un premier temps, j’ai même trouvé le style sympa : quelques petites pointes d’humour, une touche de poésie, et le tour est joué. J’avoue, j’ai même souri aux premières métaphores, parce qu’elles étaient bien trouvées, bien tournées. Mais point trop n’en faut ! Or là, c’est une avalanche de métaphores toutes plus dégoulinantes les unes que les autres et cette accumulation a clairement eu raison de ma patience. D’autant qu’en dehors des fameuses métaphores, je n’ai pas trouvé le style totalement extraordinaire. Pas nul non plus, soyons honnêtes, mais pas de quoi casser trois pattes à un canard. Ce qui en soi était sans doute la première des déceptions.

La suivante tenait à l’intrigue. Alors oui, l’histoire est très mignonne, mais vraiment beaucoup trop mièvre à mon goût. Tout tourne autour de la romance entre Lula, la sirène, et Gaspard, avec vaguement en toile de fond les soucis financiers du Flowerburguer et la quête vengeresse de Milena. Le suspense est inexistant et les péripéties sont toutes plus farfelues les unes que les autres. Je sais qu’on est dans un récit de fantasy urbaine, mais ça n’excuse pas tout… ! En plus, cela manque clairement d’explications. Gaspard est immunisé au pouvoir de Lula parce qu’il a eu le coeur brisé par sa vilaine méchante ex ? Comment ? Pourquoi ? Parce que. Ah ok. La romance elle-même manque de crédibilité. Lula est belle, et célibataire (enfin, on suppose Camille me souffle dans l’oreillette que c’est la dernière de son espèce, donc oui), et… et voilà. C’est tout ?!

Les personnages, de leur côté, ne sont pas franchement creusés. Pour ne parler que de Milena, elle est méchante, parce que c’est la méchante. Aucune nuance, un pur stéréotype. Autant c’est pratique pour une rapide caractérisation, autant… eh bien il m’aura manqué de la consistance. Puisqu’on en est au chapitre des personnages, attardons-nous sur les personnages féminins. C’est obligé qu’ils soient tous plus stéréotypés les uns que les autres et avec des physiques forcément affriolants ? Je n’ai malheureusement pas relevé les descriptions, mais j’ai eu envie de jeter le livre à plusieurs reprises. Lula est une sirène, donc elle est dramatiquement belle, soit. Est-ce qu’on est obligés d’avoir une description ou une mention de ses seins toutes les deux pages ? Est-ce qu’on est obligés de subir des descriptions de corps féminins sans queue ni tête, mais qui convoquent toute la géologie et tout les astres du firmament ? Bouh, ça m’agace rien que d’y repenser.

Bref, déception totale avec ce titre, qui passe tout en bas (et plus si affinités) de ma liste pour le vote. Je n’ai accroché ni à l’intrigue, ni aux personnages. J’avoue tout de même que je me tâte pour l’adaptation cinématographique. J’avais bien aimé un précédent film de l’auteur et je me dis que s’il y a un bon univers musical, peut-être (mais rien n’est moins sûr) que ça pourrait le faire !

Une sirène à Paris, Mathias Malzieu. Albin Michel, février 2019, 238 p.

Black Night, Black Wings #2, Christina Henry.

En tant que Faucheuse, Madeline Black a pour rôle d’escorter les âmes des défunts dans l’au-delà. Évidemment, ils sont rarement ravis de la voir… Pourtant, c’est là le cadet de ses soucis. Des morts contre-nature frappent la ville, des ennemis inconnus ou malheureusement trop familiers la suivent, et pour couronner le tout, Gabriel, son garde du corps, a disparu avec sa gargouille de compagnie ! Mais Maddy est la petite-fille de Lucifer, et ses ennuis personnels pèsent bien peu face à l’intervention délicate qu’on lui confie : une mission diplomatique au royaume fae, qui l’entraînera jusqu’au cœur du terrible Dédale…

Peu de temps après avoir lu le premier tome de cette série, j’ai enchaîné avec celui-ci, ce qui est assez rare dans mes lectures de série ! Comme pour le premier tome, j’ai passé un moment globalement divertissant, mais qui ne suffira pas pour inscrire cette série dans mon top 5.

Cette fois, la parenté de Madeline avec Lucifer est nettement plus au centre de l’histoire ; d’une part, parce que Maddy est supposée se plier à une étiquette rigide dont elle n’a pas toujours les codes, d’autre part parce que son royal paternel l’a fiancée, sans lui demander son avis, à un de ses laquais. On repassera pour l’égalité des sexes… Là-dessus, la jeune femme est placée sous la protection rapprochée de Gabriel, qu’elle aime passionnément. Vous le sentez poindre le triangle amoureux ? Bah vous avez raison. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles je me suis un poil moins amusée avec cet opus qu’avec le précédent. De plus, l’intrigue est hyper redondante : Maddy est attaquée par une créature inconnue-mais-affreusement-dangereuse, elle commence par déplorer l’absence d’un de ses nombreux membres de harem, puis se bastonne – seule – avec la créature, vainc parce qu’elle est badass, mais finit quand même à moitié morte dans les bras d’un camarade, parce que la cavalerie arrive au dernier moment. C’est d’un lourd !

D’autant qu’il faut une grosse moitié au roman pour donner vraiment un sens à l’intrigue, tant on est occupés avec des sous-intrigues sans queue ni tête. Et c’est dommage, parce que tout l’arc narratif autour de la cour fae permettait vraiment d’approfondir l’univers. Sauf que comme pour tout le reste, c’est quand même assez brouillon. Comme l’intrigue multiplie les faux-semblants, les trahisons, les manigances, les disparitions, on finit par ne plus tellement savoir où donner de la tête. Or, c’est comme dans le tome 1, les explications peinent à venir. Autant l’impression de flou pouvait passer pour un premier tome, autant pour un tome 2, je trouve ça vraiment dommage. Cette fois, même si les personnages font toujours preuve d’une gouaille bien agréable qui relève un peu l’ensemble, je n’ai pas suffisamment apprécié pour enchaîner avec les tomes suivants.

C’est un roman que j’ai apprécié de lire pour l’aspect très divertissant, mais dont l’intrigue ne m’a pas tellement convaincue. C’est dommage, car l’univers comme les personnages sont bien trouvés. Mais le manque chronique d’explications et le côté hyper brouillon des péripéties gâche un peu l’ensemble. Sympa pour la plage, mais je ne lirai certainement pas la suite.

◊ Dans la même série : Black wings (1) ;

Black night, Black wings #2, Christina Henry. Milady, mai 2019, 384 p.

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Black Wings #1, Christina Henry

Rien de tel qu’être agente de la mort pour vous pourrir la vie. Pour Madeline Black, escorter les défunts dans l’au-delà est un travail à toute heure et très mal payé. Certes, on y gagne des pouvoirs magiques et une paire d’ailes impressionnantes, mais aussi un patron exaspérant, une gargouille grincheuse à supporter, et bien des factures impayées. Les choses semblent s’améliorer lorsque le séduisant Gabriel Angeloscuro s’installe dans l’appartement au-dessous du sien… jusqu’à ce qu’un monstre terrifiant ravage les rues de Chicago, et que Maddy se découvre des pouvoirs inconnus, liés à un héritage dont elle ignore tout et qui fera d’elle la cible de tous les feux de l’enfer et du paradis.

Cela faisait une paye que je n’avais pas lu de fantasy urbaine, rayon bit-lit, aussi me suis-je laissée tenter (l’année dernière…) par cette nouvelle série ! Et, si elle ne deviendra sans aucun doute pas ma nouvelle référence, je dois dire que je me suis gentiment laissée porter par ces deux premiers tomes.

Dès l’ouverture, j’ai apprécié le style plein d’humour de Christina Henry : Madeline Black, quoique Agente de la Mort et blogueuse cuisine, peine à joindre les deux bouts, ronchonne à qui mieux-mieux. Pour ce faire deux sujets de prédilection : primo, sa gargouille domestique — dont on pourrait comparer le comportement à celui d’un chat ayant clairement conscience de sa supériorité sur son humain domestique, à ceci près qu’elle sait en sus voler, adore le chocolat et les pop-corns et crèche sur une corniche de la façade. Secundo, les lourdeurs administratives de son boulot, dont le paragraphe en décrivant la totale absurdité m’a quasiment tiré des larmes d’hilarité !
Quels que soient les échanges entre personnages, les échanges sont vifs et savoureux, notre protagoniste étant loin d’avoir la langue dans sa poche.

L’intrigue s’appuie sur un univers et une mythologie que je n’ai pas l’habitude de fréquenter en fantasy urbaine (je vous spoile un peu) : celui des damnés et des déchus. Pas besoin d’avoir fait tout son catéchisme pour suivre qui fait partie des bad guys et qui fait partie des encore-plus-bad-guys, le tout est assez limpide.
Si le schéma protagonistes/opposants est clair, il n’en est malheureusement pas de même pour l’univers. Comme on finira par le comprendre, Maddy n’est pas supposée avoir de tels pouvoirs magiques. Mais la révélation est quelque peu tardive. Et l’ennui, c’est que le reste est à l’avenant : on comprend tardivement les règles de l’univers dans lequel on évolue, les règles de la magie des personnages, ou encore celles de leur mythologie et de leur organisation. On flotte donc dans une sorte de flou artistique peu agréable, qui laisse la désagréable impression qu’on a commencé l’intrigue par le tome 2 – bien que ce ne soit pas le cas.

Après avoir accepté de laisser le cerveau de côté, j’ai plutôt apprécié cette lecture qui sortait de ce que je lis habituellement. L’univers des déchus est assez sympa et la gouaille des personnages rattrapait les petits manques en explication. Comme je le disais en intro, ce ne sera pas ma nouvelle référence en matière de fantasy urbaine, mais j’ai suffisamment apprécié pour enchaîner avec le tome 2.

◊ Dans la même série : Black Night (2) ;

Black Wings #1, Christina Henry. Traduit de l’anglais par Clémentine Curie. Milady, mars 2019.

La Riposte, Le Noir est ma couleur #3, Olivier Gay.

Depuis que Jordan, un jeune mage, est arrivé au lycée, Manon est en danger. Il menace de révéler son secret et de la dénoncer au Conseil si elle ne s’éloigne pas d’Alexandre.
Mais l’union fait la force. Quand Alexandre découvre les manœuvres de son rival, il persuade Manon de riposter.
Violemment.
Va-t-elle commettre l’irréparable ?

Comme j’avais envie d’une lecture à la fois courte, marrante et réconfortante, j’ai pioché dans ma bibli ce troisième tome du Noir est ma couleur. Et bien m’en a pris, car cette série me semble meilleure à chaque tome !

L’intrigue reprend là où s’achevait le tome 2. Manon, aux prises avec le Noir, tente de protéger Alexandre de Jordan, lequel exerce un vilain chantage sur elle. Vous vous souvenez, au tome 2 ? J’avais peur que l’on tombe dans le triangle amoureux. Et si ça en a toutes les apparences aux yeux du commun des mortels, on en est en fait loin – on est même à deux doigts de la torture psychologique. Cela ne semble pourtant pas choquer Jordan, qui endosse de mieux en mieux les oripeaux de l’opposant principal !

Mais est-il le seul ? Si l’on suit les règles de l’univers dans lequel on évolue, Manon n’est pas hyper nette non plus de son côté. D’ailleurs, tout le Conseil des Mages est sur les dents, et tente d’arrêter les Mages noirs qui sont en ville. Au programme, donc : de très nombreuses courses-poursuites et quelques luttes acharnées, pour échapper à Jordan ou au père de Manon et à ses petits camarades – qui ne savent pas qui ils traquent, mais y mettent tout de même beaucoup d’enthousiasme. Ce volume réserve donc son lot de péripéties et d’adrénaline, et il est très, mais alors très difficile de décrocher entre deux chapitres.

Comme à l’accoutumée, ceux-ci alternent entre les points de vue de Manon et d’Alexandre, mais en inversant la tendance du tome précédent. Dans le tome 2, Manon savait ce qu’avait vécu Alexandre dans le laps de temps effacé de sa mémoire, sans lui en révéler la teneur. Cette fois c’est Manon qui est victime d’un black-out, dont Alexandre n’ignore rien, sans toutefois lui communiquer les détails manquants. Le jeu du chat et de la souris entre les deux adolescents continue donc, et repart même de plus belle.
Par ailleurs, j’ai aimé que le récit s’enrichisse de sous-intrigues parallèles, notamment concernant le futur d’Alexandre. L’intrigue magique prend certes beaucoup de place, mais la vie quotidienne des adolescents (Alexandre au premier chef), est évoquée. Et elle ne manque pas de péripéties, elle non plus !
Côté magie, j’étais ravie d’en découvrir un peu plus sur le Noir : Manon en dispose, elle va tenter quelques petites expériences aux résultats parfois déroutants (mais riches d’enseignements !). Là encore, cela promet le meilleur pour le tome suivant.

Le pli semblant bien pris, l’auteur nous laisse une fois de plus sur un cliffhanger insoutenable. C’est le troisième tome, et j’ai l’impression que c’est la troisième fois que je referme ses livres sur un petit glapissement outré de lectrice laissée en plan – heureusement, j’ai déjà la suite, mais j’ai une petite pensée compatissante pour celles et ceux qui ont lu cette série au moment où elle sortait… et devaient donc attendre la suite.

Je partais assez confiante sur ce tome 3 vu la teneur des deux précédents, mais je dois dire que l’auteur a encore réussi à me surprendre avec cette intrigue de plus en plus sombre. Le rythme, l’humour, les péripéties endiablées, tout est là. Même le retournement de situation final qui donne envie – une fois de plus ! – de lire la suite !

◊ Dans la même série : Le pari (1) ; La menace (2) ;

Le noir est ma couleur #3 : la riposte, Olivier Gay. Rageot, janvier 2015, 292 p.

Avant le déluge, Raphaël Albert.

Panam, dans les années 1880.
La ville est la capitale d’un vaste royaume où les humains côtoient des nains, ogres, lutins et autres peuples fantastiques. Des motos à vapeur y doublent coches et centaures taxis. La magie très codifiée par des mages académiciens sert à la vie de tous les jours. Sylvo Silvain, un elfe exilé de sa lointaine forêt y a jeté l’ancre et ouvert une agence de détective privé. Le voilà enfin les poches pleines, à la tête d’une équipe haute en couleur.
Les affaires tournent et l’argent fait des petits ! Nonobstant, son ami (ou presque), l’ambitieux journaliste Jacques Londres, disparaît dans des conditions louches. Aidé de ses comparses, Sylvo se lance à sa recherche. Cette fois, le tragique et la Grande Faucheuse s’invitent.

J’avais beaucoup aimé le premier tome de cette série, Rue Farfadet – l’écart temporel entre mes deux lectures n’est donc pas hyper représentatif. J’étais donc ravie de retrouver les deux détectives, Sylvo et Pixel, dans une nouvelle enquête que je serais bien en peine de vous résumer (non pas parce que ma lecture commence à dater), tant elle est complexe.
De fait, elle démarre assez simplement : le journaliste Jacques Londres a disparu et Sylvo accepte – de mauvaise grâce – d’enquêter sur la disparition du jeune homme, dont il ne pense pas une seule seconde qu’il soit en danger. Évidemment, au fil du temps, Sylvo travaille en parallèles sur d’autres affaires, lesquelles s’avèrent, au bout du compte, toutes plus ou moins liées. Mais les liens sont si emberlificotés et liés à des manigances souterraines, qu’il est difficile d’en faire un résumé plus précis – sans tout spoiler.
Alors que le début est assez léger, pour ne pas dire empreint de gaieté (nos personnages ne sont plus à la rue, il y a de l’amourette dans l’air), l’enquête prend assez vite un tour nettement plus sombre. Crimes sordides à la Jack l’Eventreur, collusion pouvoir-pègre, industriels semi-mafieux… On est servis. Au-dessus de tout cela plane l’ombre des terrifiants techno-mages, qui tiennent Panam (et le reste du monde), sous leur coupe, car ils sont détenteurs des fameuses machines qui régulent la météo.
Rapidement, donc, on ne tarde pas à suivre Sylvo dans les bas-fonds, à rencontrer la pègre, les oubliés, les opprimés et les révoltés. Sans avoir trop l’air d’y toucher, l’intrigue frôle à de nombreuses reprises le politique. Et ce que j’ai trouvé absolument génial, outre cette part assez réaliste mais parfaitement intégrée à l’univers, ce sont les clins d’œil que l’on décèle à droite à gauche, et qui donnent au roman de délicieux airs d’uchronie. J’ai également adoré l’aspect environnemental qui se dessine entre les lignes : c’est ténu, certes, mais comme c’est un sujet qui m’intéresse, j’ai apprécié de le voir apparaître discrètement de-ci de-là.

Je crois que ce qui m’a le plus tenue en haleine dans tout cela est le rythme de l’intrigue. On débute doucement, c’est sympa et puis on s’enfonce doucement dans la violence, les choix discutables, les points de non-retour, jusqu’au final en apothéose. J’ai regretté de n’avoir pas la suite sous la main immédiatement car, même si je préfère espacer mes lectures de tomes, là j’aurais bien pris directement le tome 3 tant la fin est terrible. Vraiment, le suspense monte crescendo et, passé un certain point, on en vient à se dire qu’il n’y pas vraiment de bonne issue, tant on essuie de revers, de pertes et de déconvenues. Dit comme ça, ça n’a pas l’air franchement enthousiasmant mais, promis, c’est prenant et palpitant de bout en bout.

D’autant qu’à l’enquête purement policière se greffe assez vite une tournure très personnelle. Sylvo, Pixel et Broons, leur jeune voisin et apprenti, sont assez vites embarqués dans un tourbillon qui ne leur laisse aucun répit et qui manque d’engloutir les trois autres membres de l’agence, Hobo et le Géomètre, leurs deux enquêteurs hors-pair, tout comme Zerbï, leur secrétaire-garde-du-corps-surveillante-à-temps-plein. Et on en apprend un peu plus sur le passé de Sylvo, grâce à quelques analepses qui nous montrent le jeune homme qu’il a été à Toujours-Verte. Ces révélations, si elles éclairent certains choix ou traits de caractère du personnage, entraînent aussi pas mal de nouveaux questionnements… qui sont exacerbés par cette fameuse chute ! Bref : il va me falloir la suite.

Si j’avais beaucoup aimé le premier tome des aventures de Sylvo, je dois dire que ce deuxième volume m’a encore plus emballée. L’intrigue, hyper sombre, est absolument palpitante et ne m’a laissé aucun répit. Heureusement, l’auteur use d’une plume pleine d’humour (et riche en jeux de mots), ce qui permet de détendre un brin l’atmosphère. J’ai adoré le tour qu’a pris l’aventure et les multiples révélations fracassantes qui ont été faites, et qui ont permis de pallier les (rares) longueurs. De plus, j’ai adoré le mélange magie-technologie, comme les clins d’œil à l’histoire, à la littérature ou à la toponymie parisienne (mention spéciale sur ce point tant c’est bien trouvé !). En somme, il va falloir que je me procure rapidement le tome 3 !

♦ Dans la même série : Rue Farfadet (1) ;

Les Extraordinaires et Fantastiques enquêtes de Sylvo Sylvain, détective privé, Raphaël Albert. Mnémos (Hélios), janvier 2014, 388 p.