Satinka, Sylvie Miller.

Jenny Boyd travaille comme serveuse dans un saloon de Colfax, une petite ville blottie dans les contreforts boisés de la Sierra Nevada, au détriment de ses études et au grand désarroi de sa mère. Depuis l’enfance, la jeune femme se passionne pour la grande ligne de chemin de fer transcontinentale, construite au dix-neuvième siècle. Parfois, la nuit, elle rêve de trains, elle les entend siffler. Des rêves si réalistes qu’elle les croie vrais. Mais que signifient réellement ces songes ? Lorsque Jenny commence à avoir de violentes visions en plein jour, elle s’efforce de comprendre ce qui lui arrive. Aidé par son ami d’enfance, elle devra remonter le temps, affronter des menaces occultes et découvrir des vérités cachées.

Satinka a été ma dernière lecture pour le Prix Imaginales des Bibliothécaires, auquel j’ai participé avec mes collègues. Et quelle lecture ! Je mentirai en prétendant n’avoir pas remarqué ce titre avant même sa parution, puisqu’il a immédiatement rejoint ma liste-à-lire. Mais je crois que je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’il est réellement et j’en ai été d’autant plus enchantée !

Le roman attaque sereinement, avec une présentation de la protagoniste, Jenny, une jeune femme d’une vingtaine d’années, assez banale… jusqu’à la mention de ses visions, extrêmement réalistes (voire carrément mystiques), du chantier de construction de la ligne transcontinentale de chemin de fer. Cette partie-là du récit oscille doucement entre roman contemporain et roman fantastique, traînant le lecteur d’une ambiance à l’autre et le laissant, pour une premier partie, dans une certaine incertitude, que j’ai hautement appréciée (mais qui m’a également fait ronger mon frein tant j’avais envie de savoir). Parallèlement, on suit d’autres récits, se déroulant à l’époque de la construction du rail et mettant en scène qui des colons irlandais sur la route, qui des Amérindiens spoliés de leurs terres, qui des ouvriers chinois proprement réduits en esclavage. Et la découverte des façons de vivre de  ces différentes communautés est absolument passionnante ! Comme pour le récit principal, cette partie-là semble de prime abord uniquement historique et ce n’est que peu à peu que s’invite la magie dans l’histoire.

Oui car, si ce n’est pas intuitif dès le premier chapitre, on est bien face à un roman mêlant fantasy urbaine et fantasy historique, cette partie ayant clairement remporté ma préférence (que voulez-vous, on ne se refait pas !). L’histoire de Jenny va donc se retrouver fortement impactée par ce qui s’est déroulée au XIXe siècle dans sa région et dont elle reçoit des bribes au cours de ses transes.
Rapidement, il semble évident que l’autrice s’est énormément documentée sur les conditions de vie et de travail à l’époque, mais aussi sur la géopolitique, sur les fonctionnements des diverses communautés représentées dans le roman (et notamment les immigrés irlandais, les travailleurs chinois et les Amérindiens) et sur les événements historiques. Tout cela tisse un univers que j’ai trouvé particulièrement dense et prenant. Car Sylvie Miller nous retransmet tout cela avec une espèce de simplicité et d’enthousiasme auxquels il est difficile de ne pas adhérer – et qui m’ont proprement conquise. Si la partie historique fait (rapidement) la genèse de la magie américaine et explique (succinctement) pourquoi et comment on en est arrivés à la situation actuelle, celle-ci déroule plutôt un récit initiatique tout ce qu’il y a de plus classique : une héroïne élue, d’anciens textes que l’on suit (ou pas) à la lettre, un apprentissage magique, des visions prophétiques… de ce côté-là, l’intrigue suit un chemin assez balisé, ce qui fait que j’ai parfois déploré un léger manque de surprises.

De même, les personnages traversent quantité de péripéties : les rebondissements s’enchaînent à bon train, laissant peu de répit au lecteur. Mais il faut reconnaître que, si suspense il y a, on est assez loin de ressentir une crainte dévorante pour les personnages, qui semblent se jouer de toutes les situations traversées. Si cela peut parfois sembler un peu facile, les actions immédiates, les solutions trouvées rapidement et les réactions à vif des personnages rendent le roman extrêmement fluide dans sa lecture. Résultat ? J’ai eu l’impression d’attaquer un pavé (de ceux qui, généralement, me durent plusieurs jours) et je l’ai finalement lu en très peu de temps, embarquée que j’étais dans ma lecture.
Au fil des pages, de nombreux thèmes viennent croiser le fil de l’intrigue : il est notamment beaucoup question de la place des communautés dans la société américaine (d’hier comme d’aujourd’hui), mais aussi, sans que les thèmes ne soient trop approfondis, de relations familiales, de différence et d’acceptation des autres. Le roman véhicule un message de tolérance assez fort que semblent amener toutes les sous-intrigues. Là encore, les choses passent de façon assez simple ; je pense que le tout est suffisamment abordable pour proposer le roman à des adolescents (quoique bons lecteurs, car il est visuellement impressionnant, vu son épaisseur), ce qui ne m’a pas empêchée d’avoir un vrai coup de cœur pour ce titre !

J’étais impatiente de lire Satinka et, si le récit ne ressemblait pas à ce que je m’étais imaginé (la couverture me faisait rêver de fantasy historique uniquement), j’ai passé un excellent moment avec ce roman qui mêle à la fantasy historique la fantasy urbaine. L’intrigue est très enlevée, riche en péripéties et l’ensemble allie univers dense et rebondissements très fluides, ce qui rend le roman abordable pour de jeunes lecteurs de fantasy.

Bon à savoir : ce roman a reçu le Prix Bob Morane 2018.

Satinka, Sylvie Miller. Critic, août 2017, 550 p.
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Le Calme et la Tempête, La Magie de Paris #2, Olivier Gay.


Après le désastre à la tour Eiffel, Thomas et Chloé sont en probation. Sur l’ordre de Mickael, David a rejoint leur classe afin de les protéger. Ou de les surveiller. Désormais, Chloé doit jongler entre préoccupations quotidiennes, combats contre les Goules… et une quête très personnelle. Car, maintenant qu’elle connaît sa condition, la jeune fille refuse de se lamenter sur son sort. Elle veut retrouver sa vie d’avant ! Et pour cela, elle n’hésitera pas à utiliser les rituels les plus anciens et les plus obscurs que Thomas pourra dénicher, même si cela mécontente quelques Mages au passage, même si cela implique d’aller au-devant du danger – et même si David risque de se dresser contre elle.

Suite des aventures pour Thomas, Chloé et David, après le désastre à la Tour Eiffel et la révélation fracassante de la fin du premier tome.

Ce tome 2 reprend les mêmes bons ingrédients que précédemment : de l’action, de l’humour et une intrigue qui progresse à grands pas. A tel point que le roman se lit en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, laissant une légère impression de rapidité.

Et pourtant, il s’en passe des choses ! On avance sur pas mal de points de l’intrigue, sans toutefois les résoudre totalement (j’imagine que ce sera pour le tome 3). Surtout, de nouvelles révélations quant à la condition de Chloé tombent, ajoutant au danger lié aux goules et autres Mages noirs un sentiment d’urgence assez prenant.
Concernant les goules, Olivier Gay creuse également un peu plus l’univers et il semblerait que les Mages aient caché quelques informations (ou aient fait preuve d’un orgueil confinant à la stupidité : l’affaire n’est pas encore tranchée).

Ceci étant dit, on n’échappe pas à la traditionnelle romance entre les personnages, qui tourne assez vite au triangle amoureux – et plus si affinités – point désormais obligatoire, manifestement, en littérature ado. Sauf qu’ici, le cliché est largement mis à mal ! En effet, nos ados ont une conscience assez aiguë de leurs sentiments unilatéraux et perçoivent tout le ridicule de la situation, qu’ils n’hésitent pas à tourner largement en dérision. De plus, le lien très spécial qui unit Thomas et Chloé (chacun ressentant les émotions de l’autre) donne aux relations entre personnages une tournure qui est loin d’être inintéressante, puisqu’il leur est impossible d’avoir des petits secrets l’un pour l’autre. Tout cela donne des scènes assez savoureuses, où pleuvent les remarques caustiques  !
D’ailleurs, cette question de sentiments pas toujours partagés est un thème susceptible de toucher un jeune lectorat et ce n’est pas le seul à être présent dans le roman. En effet, comme dans le premier tome, à côté de leurs penchants magiques, les personnages (notamment Chloé) ont des préoccupations plus quotidiennes : relations amicales, famille, école, on touche à des thèmes qui seront très familiers aux adolescents et qui viennent agréablement compléter l’intrigue plus purement magique.

En bref, un deuxième tome qui capitalise sur les bons points du premier. L’équilibre de l’intrigue est vraiment dû à cet inextricable mélange d’actions survoltées, d’humour, de références à la pop culture, de magie et de préoccupations quotidiennes. Le tout se lit vite et bien et donne diablement envie d’en savoir plus, ce qui ne saurait tarder !

◊ Dans la même série : Le Cœur et le Sabre (1) ;

La Magie de Paris #2, Le Calme et la Tempête, Olivier Gay. Castelmore, février 2018, 313 p.

Le Complot des corbeaux, Les Sœurs Carmines #1, Ariel Holzl.

Merryvère Carmine est une monte-en-l’air, un oiseau de nuit qui court les toits et cambriole les manoirs pour gagner sa vie. Avec ses sœurs, Tristabelle et Dolorine, la jeune fille tente de survivre à Grisaille, une sinistre cité gothique où les mœurs sont plus que douteuses. On s’y trucide allègrement, surtout à l’heure du thé, et huit familles d’aristocrates aux dons surnaturels conspirent pour le trône.
Après un vol désastreux, voilà que Merry se retrouve mêlée à l’un de ces complots ! Désormais traquées, les Carmines vont devoir redoubler d’efforts pour échapper aux nécromants, vampires, savants fous et autres assassins qui hantent les rues…

J’étais extrêmement curieuse de débuter ce roman, car il m’avait été largement vanté par Camille – dont je suis généralement les recommandations les yeux fermés. Et une fois de plus, bien m’en a pris !

Dès les premières pages, Ariel Holzl nous plonge dans un univers bien sombre, aux accents steampunk : les coupe-gorge sont légion, la politique peut s’avérer tranchante (dans tous les sens du terme) et les habitants de la cité de Grisaille ont bien souvent les dents longues (et là encore, au sens propre du terme). La ville, quoique dirigée par une reine assez peu flexible, est placée sous la main-mise de 8 familles qui ne s’en laissent pas compter. Là-dedans, pas facile pour la plèbe de s’en sortir sans dommages et c’est bien ce qui va donner au roman une partie de son mordant, car l’on suit les trois sœurs Carmines, orphelines de leur état, qui survivent uniquement grâce aux larcins commis par la cadette, Merryvère.

Ce que j’ai adoré, dans cette histoire, c’est le fait que tout aille de mal en pis. En commençant un roman, on peut raisonnablement penser que les déboires initiaux des personnages vont se résoudre – peut-être pas tous, mais au moins quelques-uns. Là, on a l’impression que le sous-titre aurait pu être : Chronique d’un désastre annoncé, tant les sœurs Carmines vivent catastrophe sur catastrophe, leur situation étant donc de plus en plus précaire.
Et ce qui est bien, c’est que le tout s’enchaîne de façon extrêmement entraînante : on ne peut donc s’empêcher d’être pétri de curiosité et de continuer sa lecture – avec une certaine fascination, en ce qui m’a concernée !

Il faut ajouter à cela l’ambiance particulièrement morbide qui règne. Les créatures fantastiques peu recommandables forment la haute-société et ont des passes-temps mondains pour le moins sanglants. Dont découlent, sans surprise, des goûts et un sens de l’humour à peine plus respectables, mais qui tissent des dialogues savoureux !
Et les aristocrates ne sont pas les plus surprenants en la matière. Les sœurs Carmines sont trois et, si le tome est centré sur Merry, on a tout loisir de découvrir la sœur aînée, Tristabelle, et la petite benjamine, Dolorine, laquelle n’aurait sans doute pas déparé dans un film de Tim Burton. Les extraits de son journal mêlent une immense naïveté et une cruauté toutes enfantines, cette dernière étant souvent soufflée par M. Nyx, son (très étrange) doudou. Je n’en dirai pas vraiment plus pour ne pas gâcher de surprises, mais le duo apporte tout son cachet au roman. Celui-ci m’a plu dans son ensemble, mais Dolorine fait partie des raisons pour lesquelles j’ai très envie de lire la suite !

Excellente découverte, donc, que ce Complot des corbeaux : l’intrigue nous plonge dans un univers d’urban fantasy particulièrement sombre et glauque, mais étrangement très réjouissant. Peut-être est-ce dû à l’enthousiasme que mettent les sœurs Carmines à s’en sortir, ou à l’enthousiasme des autres personnages à les en empêcher, mais le fait est que l’intrigue s’est avérée toute palpitante. Voilà un roman dont je lirai sans aucun doute la suite !

Les Sœurs Carmines, tome 1, Le Complot des corbeaux, Ariel Holzl. Mnémos (Naos), mars 2017, 263 p.

Le Cœur et le Sabre, La Magie de Paris #1, Olivier Gay.

Chloé, élève en seconde, assiste un jour par hasard à un combat à l’épée entre Thomas, un élève d’une autre classe qu’elle connaît à peine, et une sorte de démon. L’adolescente tente d’intervenir mais est blessée et perd connaissance. À son réveil, la créature est morte et Thomas lui explique qu’il est un mage et que sa mission est de repérer et fermer les failles vers le monde des démons. Au passage, il a accidentellement fait de Chloé une sorte de super garde du corps, attachée à sa personne…

En voyant le résumé, je me suis demandé si La Magie de Paris serait une sorte de redite de l’excellente série Le Noir est ma couleur qu’Olivier Gay a publiée il y a quelques années. De fait, on retrouve des motifs similaires de l’une à l’autre : de la magie, des adolescents qui y sont confrontés et un univers résolument urbain. Et c’est à peu près tout !

Ici, c’est Chloé qui nous raconte l’histoire, dans un style assez oral et direct. Si l’intrigue est résolument empreinte de fantasy urbaine (on a quand même assez vite des mages en goguette dans Paris), elle cristallise aussi un certain nombre de sujets qui seront très familiers aux ados : le culte de l’apparence, les complexes divers et variés (notamment par rapport au corps), les – parfois houleuses – relations familiales, l’amitié, l’amour… Un petit condensé de ce que l’on rencontre au lycée qui est là comme en toile de fond, sans vraiment prendre le pas sur l’intrigue purement surnaturelle.

Celle-ci fait donc intervenir un univers de mages fort intéressant, occupés à lutter contre des démons qui utilisent des failles pour s’introduire dans notre univers, dans lequel la magie n’est pas uniformément présente. Il existe, en effet, un lien entre la population et la présence de la magie : celle-ci se concentre à l’endroit où sont les gens, donc il y en a plus dans les mégapoles qu’en rase campagne. Logique, non ? Raison pour laquelle Chloé est subitement mise en présence de magiciens, de démons et de magie pure.
J’ai beaucoup aimé les duos que sont obligés de former les Mages avec des Chevaliers, chargés de leur sécurité rapprochée : le mage se charge des attaques surnaturelles, le chevalier des attaques terrestres. Et donc c’est là que le bât blesse pour les Mages : ils ont besoin de Chevaliers, pas de … Chevalières — notez au passage que le féminin de chevalier, en bon français, ça désigne une bague. Comme quoi, on peut être un magicien investi d’une mission vitale et s’avérer être un bon petit misogyne. Car on découvre assez vite que le nouveau statut de Chloé fait grincer des dents au sein de la petite communauté magicienne. Heureusement, elle n’est pas du genre à se laisser abattre par un sexisme imbécile et cette combativité fait plaisir à voir !

Dès les premières pages, j’ai retrouvé avec un immense plaisir le style plein de gouaille d’Olivier Gay : le texte est truffé d’humour et de références à la culture populaire – mention incluse du huitième épisode de Star Wars, pas encore sorti au cinéma !
L’intrigue, quant à elle, est menée tambour battant et tient autant du roman de fantasy urbaine que du roman de cape et d’épées, le tout mâtiné (comme je le disais en début d’article) de préoccupations plus pragmatiques et assez fréquentes chez les jeunes (et moins jeunes). Difficile, donc, de s’ennuyer à la lecture de ce roman littéralement haletant.

Bonne (nouvelle) pioche, donc, que le début de cette nouvelle série d’Olivier Gay. L’auteur mêle sujets de la vie quotidienne adolescente, fantasy urbaine et ambiance de cape et d’épées. Le texte est vif, souvent drôle et très prenant. Et ce n’est pas le retournement de situation final qui va faire retomber la pression. Au vu de cette révélation, j’ai follement hâte de lire la suite !

La Magie de Paris #1, Le Cœur et le Sabre, Olivier Gay. Castelmore, octobre 2017, 319 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

Sans cœur, Le Protectorat de l’ombrelle #4, Gail Carriger.

Lady Alexia Maccon a de nouveau des problèmes. Sauf que cette fois elle n’y est vraiment pour rien. Un fantôme fou menace la reine ! Alexia est sur l’affaire et suit une piste qui la conduit droit dans le passé de son époux. Mais la coupe est pleine quand sa sœur rejoint le mouvement des suffragettes – choquant !, avec la dernière invention mécanique de Madame Lefoux et une invasion de porcs-épics zombies… Avec tout ça, Alexia a à peine le temps de se souvenir qu’elle est enceinte de huit mois ! Découvrira-t-elle qui tente d’assassiner la reine Victoria avant qu’il soit trop tard ? Les vampires sont-ils encore coupables, ou un traître se cache-t-il parmi eux ? Et qui ou quoi, exactement, a élu résidence dans le deuxième dressing préféré de Lord Akeldama ?

Le Protectorat de l’ombrelle est une série que j’apprécie énormément et que, par conséquent, je déguste à toutes petites doses – et s’il ne me reste qu’un tome, je sais que je peux retrouver la plume de Gail Carriger dans les aventures de Sophronia et celles de Prudence.
Donc, cet été, j’ai pris Sans cœur (en guise de compensation à la fin des vacances) et, une fois de plus, j’ai vraiment bien fait, car j’ai vraiment eu la sensation de lire le meilleur tome de la série jusque-là.

L’histoire reprend assez vite après la fin de l’opus précédent : Alexia est toujours enceinte et les vampires toujours de mauvaise humeur. D’ailleurs, elle subit une tentative de meurtre dans les tous premiers chapitres du roman, rien de moins. À partir de là, on sombre dans une enquête pour le moins ardue et hautement originale, puisque sont impliqués les vampires, les loups-garous (et plus précisément la meute de Kingair, l’ancienne meute de lord Maccon, que l’on a visitée dans le tome 2), des fantômes qui ont des dépositions extrêmement étranges à faire et les inventions de Madame Lefoux – et pas seulement ses chapeaux les plus audacieux, ceux qu’affectionne particulièrement Ivy.
L’enquête proprement dite met un peu de temps à démarrer, mais c’est surtout parce qu’on est assaillis par un tas de problèmes qui s’ajoutent les uns aux autres : il y a la tentative de meurtre, évidemment, la grossesse d’Alexia (qui est pénible surtout pour les autres, semble-t-il), le débarquement de Félicité chez les Maccon (après avoir rejoint les suffragettes, imaginez un peu !) et les problèmes de Biffy (lequel est passé d’aspirant vampire à loup-garou confirmé, un vrai bouleversement) à régler. Du coup, dans un premier temps, les fantômes n’occupent que le second rang. Jusqu’au moment où l’on met bout à bout le faisceau d’indices récoltés et qu’on s’aperçoit qu’en fait… eh bien il se passe plus de choses qu’on ne pourrait le croire au premier abord.

Cette apparente lenteur n’est pas un frein car elle permet de soigner les personnages. Ainsi, Félicité, quasiment inexistante jusque-là, prend une certaine ampleur. C’est également le cas des membres de la meute de Kingsley : le tour que prend l’enquête d’Alexia permettra à certains d’entre eux, traditionnellement dans l’ombre, d’arriver enfin sous les feux des projecteurs, ce qui n’est pas désagréable du tout.

Comme dans les tomes précédents, l’intrigue est truffée d’humour : qu’il s’agisse d’une attaque de porcs-épics zombies ou des réparties cinglantes des uns et des autres, on s’amuse beaucoup dans ce récit – et ce malgré les aspects parfois dramatiques de l’histoire.

En bref, ce tome 4 était (et je n’en doutais pas), une excellente découverte ! L’intrigue est palpitante, merveilleusement menée et permet de découvrir un peu mieux les rouages des meutes et des ruches. Le suspens est à son comble et l’enquête offre à la fois des scènes d’action démentielles, comme des dialogues savoureux. Une fois de plus, l’originalité est au rendez-vous ! Rendez-vous au cinquième et dernier tome, donc.

◊ Dans la même série : Sans âme (1) ; Sans forme (2) ; Sans honte (3).

Le Protectorat de l’ombrelle #4, Sans cœur, Gail Carriger. Traduit de l’anglais par Sylvie Denis. Le Livre de Poche, mars 2014, 445 p.

Morsure magique, Kate Daniels #1, Ilona Andrews.

À Atlanta deux réalités s’opposent : celle de la technologie et celle de la magie.
Pendant une vague magique, les mages sauvages lancent leurs sorts et des monstres apparaissent, les armes à feu refusent de fonctionner et les voitures ne démarrent plus. Puis la vague se retire aussi vite qu’elle est venue en laissant derrière elle toutes sortes de problèmes paranormaux. Nous vivons une époque dangereuse. Mais dans le cas contraire, je serais au chômage. Quand les gens ont des ennuis qui relèvent de l’occulte et que la police ne veut ou ne peut pas régler, on fait appel aux mercenaires de la magie comme moi.
Mais quand un nécromancien anéantit la seule famille qui me reste, je n’attends plus les ordres et je dégaine mon sabre.

On m’a plusieurs fois recommandé la série Kate Daniels et cet été, je m’y suis enfin mise. Et si je suis contente de la découverte que j’ai faite, j’ai tout de même un peu moins accroché que ce à quoi je m’attendais.

Ce premier tome présente un univers de fantasy urbaine comme je les aime : tout d’abord, la partie magique y est vraiment bien intégrée. D’ailleurs, ici, les vagues magiques et technologiques sont alternées : lorsque l’une est à son paroxysme, l’autre est au plus bas et inutilisable. Un courant alternatif qui peut donner du fil à retordre mais produit un univers original, dans lequel on peut aussi bien se déplacer en 4×4 qu’à cheval et qui a un petit côté post-apo fort sympathique.
La magie n’est donc pas cachée et les humains cohabitent (comme ils peuvent) avec des loups-garous, des vampires, des mages et un tas d’autres créatures tout aussi peu recommandables, qui constituent un univers complexe et vraiment bien fichu.
L’autre point que j’ai apprécié, c’est que bien que l’intrigue tourne autour d’une femme – la fameuse Kate Daniels – ses histoires de cœur ne sont pas au centre de l’histoire : celle-ci est vraiment centrée sur l’enquête que mène la mercenaire – et vu les standards de la fantasy urbaine avec une femme comme personnage central, ça change bien agréablement. Je ne vais pas dire qu’il n’y a aucune histoire de cœurs (il y en a), mais celles-ci ne sont pas prétexte à des scènes épicées n’apportant rien à l’intrigue.

Celle-ci présente plutôt une histoire de vengeance : on a touché à la famille de Kate et elle n’est pas prête à passer l’éponge. Assez vite, on comprend que Kate cache quelques secrets – dont certains sont dévoilés, sans trop en dire toutefois. Comme elle est mercenaire, Kate peut faire cavalier seule, tout en étant plus ou moins soutenue par sa troupe (financièrement, par exemple, ce qui la met à l’abri des problèmes d’argent). C’est une femme qui a du caractère, mais ce n’est pas seulement une bourrine armée d’une longue épée : les auteurs l’ont bien nuancée et proposent un personnage équilibré (qui a, en sus, le sens de l’humour, détail non négligeable).

Personnage et univers m’ont charmée ; mes réticences viennent, finalement, de l’intrigue. Si celle-ci se tient de bout en bout et propose moult péripéties endiablées, j’ai parfois eu du mal à suivre. Le texte connaît, en effet, des ellipses qui ne sont pas franchement matérialisées dans la narration (pas de saut de ligne ou de paragraphe). Du coup, c’est parfois un peu ardu à suivre, car on passe du coq-à-l’âne, et qu’il faut un peu de temps pour se remettre vraiment dans le bain. D’autre part, les phrases sont parfois hachées ; j’ai du mal à savoir si cela vient du texte ou de la traduction – mais celle-ci étant assurée par Sara Doke, j’ai quelques doutes, car ses traductions sont habituellement soignées. Bref, tout cela pour dire que c’est LE point qui m’a un peu chagrinée dans ce roman. Ceci étant dit, j’avais un peu le même genre de réserves avec Dresden, et au final, je me suis accrochée et c’est une de mes séries favorites, désormais. Raison pour laquelle je continuerai la lecture de Kate Daniels !

Si le style m’a parfois fait grimacer à la lecture de Morsure magique, j’ai tout de même apprécié l’univers et les personnages mis en place par Ilona Andrews. L’intrigue est fournie et bien menée et l’univers de fantasy urbaine tient parfaitement la route. Voilà donc une série que je suivrai sans aucun doute. 

Kate Daniels #1, Morsure magique, Ilona Andrews. Traduit de l’anglais par Sara Doke. Milady, 2009, 341 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

La Menace, Le Noir est ma couleur #2, Olivier Gay.

Alexandre a beau aimer se battre, il ne se souvient pas comment il s’est retrouvé sur ce lit d’hôpital, ni qui est cette Manon qui l’obsède. Effrayée par ses nouveaux pouvoirs, Manon ignore comment les cacher à ses parents, les apprivoiser… et éviter Alexandre. Quand les Ombres passent à l’attaque et qu’un nouvel élève arrive au lycée, la menace se précise. Manon et Alexandre se rapprocheront-ils ou s’éloigneront-ils ?

Le roman reprend là où nous laissions nos personnages : Manon reprend les cours ; Alexandre, quant à lui, n’a aucun souvenir de la semaine passée, et encore moins de Manon elle-même – ne parlons donc pas de tout ce qu’ils ont traversé.
Du coup, c’est d’autant plus drôle de les voir se rencontrer à nouveau, sous des angles différents : le lecteur et Manon savent comment ont tourné les précédentes éditions et cette étrange deuxième chance est assez amusante.

Il n’y a pas que la relation entre les deux adolescents qui a changé : Manon a, elle aussi, beaucoup changé. Alors, entendons-nous bien, elle ne change pas fondamentalement de caractère : elle reste une jeune fille affirmée et qui, sous des dehors de bonne élève timide, n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis. L’ennui, c’est que la dernière fois, cela s’est terminé par ce qu’elle redoutait le plus et qu’elle doit vivre, désormais, avec la boule au ventre et la peur de déclencher involontairement un cataclysme. À ce suspens rampant s’ajoute celui lié aux Ombres qui reviennent, plus fortes que jamais.

Et il faut également parler de ce nouvel élève, Jordan, fraîchement débarqué des États-Unis et dont le charme exotique ne laisse aucune fille indifférente. Manon incluse. Là, j’avoue, j’ai cru qu’on se dirigeait allègrement vers ce que je déteste (peut-être bien par-dessus tout) en littérature, notamment jeunesse : le triangle amoureux.
Sauf qu’Olivier Gay a eu la riche idée de le détourner, de le réinterpréter habilement, pour lui donner une tournure nettement plus intéressante et qui promet, à elle seule, un tome trois riche en émotions.

Côté style, la recette est la même que dans le tome précédent : les chapitres sont narrés en alternance par Manon et Alexandre, l’une usant du passé, l’autre du présent. S’ils vivent une scène commune, la fin en est reprise par le narrateur suivant, nous offrant ainsi un autre point de vue sur les événements. L’alternance donne un bon rythme à l’aventure, car chaque chapitre est en plus assez court. Mais ce système de changement de voix peut s’avérer être une pure torture ! Notamment lorsque l’on laisse subitement un personnage, ou lorsque la réaction attendue est amputée par le changement de voix. Tout cela contribue à rendre le roman particulièrement prenant.

Dans le premier tome, j’avais été frappée par le réalisme des personnages. Là encore, c’est très visible : leurs réactions sont criantes de vérité et parfois d’une telle justesse qu’on ne peut s’empêcher d’avoir un petit coup au cœur – notamment à la fin, qui est particulièrement réussie…

Sans surprise, j’ai donc englouti ce tome deux aussi vite que le précédent, charmée par l’univers dans lequel évoluent nos deux adolescents – et qui s’assombrit nettement ici. L’intrigue est très rythmée et offre quelques retournements de situations inattendus. Si l’auteur semble foncer tête baissée dans les clichés, c’est pour mieux les contourner, comme dans le premier volume. En somme, j’ai à nouveau été séduite par la série et je suis très curieuse de lire la suite !

◊ Dans la même série : Le Pari (1) ;

Le Noir est ma couleur #2, La Menace, Olivier Gay. Rageot, octobre 2014, 300 p.