Sans cœur, Le Protectorat de l’ombrelle #4, Gail Carriger.

Lady Alexia Maccon a de nouveau des problèmes. Sauf que cette fois elle n’y est vraiment pour rien. Un fantôme fou menace la reine ! Alexia est sur l’affaire et suit une piste qui la conduit droit dans le passé de son époux. Mais la coupe est pleine quand sa sœur rejoint le mouvement des suffragettes – choquant !, avec la dernière invention mécanique de Madame Lefoux et une invasion de porcs-épics zombies… Avec tout ça, Alexia a à peine le temps de se souvenir qu’elle est enceinte de huit mois ! Découvrira-t-elle qui tente d’assassiner la reine Victoria avant qu’il soit trop tard ? Les vampires sont-ils encore coupables, ou un traître se cache-t-il parmi eux ? Et qui ou quoi, exactement, a élu résidence dans le deuxième dressing préféré de Lord Akeldama ?

Le Protectorat de l’ombrelle est une série que j’apprécie énormément et que, par conséquent, je déguste à toutes petites doses – et s’il ne me reste qu’un tome, je sais que je peux retrouver la plume de Gail Carriger dans les aventures de Sophronia et celles de Prudence.
Donc, cet été, j’ai pris Sans cœur (en guise de compensation à la fin des vacances) et, une fois de plus, j’ai vraiment bien fait, car j’ai vraiment eu la sensation de lire le meilleur tome de la série jusque-là.

L’histoire reprend assez vite après la fin de l’opus précédent : Alexia est toujours enceinte et les vampires toujours de mauvaise humeur. D’ailleurs, elle subit une tentative de meurtre dans les tous premiers chapitres du roman, rien de moins. À partir de là, on sombre dans une enquête pour le moins ardue et hautement originale, puisque sont impliqués les vampires, les loups-garous (et plus précisément la meute de Kingair, l’ancienne meute de lord Maccon, que l’on a visitée dans le tome 2), des fantômes qui ont des dépositions extrêmement étranges à faire et les inventions de Madame Lefoux – et pas seulement ses chapeaux les plus audacieux, ceux qu’affectionne particulièrement Ivy.
L’enquête proprement dite met un peu de temps à démarrer, mais c’est surtout parce qu’on est assaillis par un tas de problèmes qui s’ajoutent les uns aux autres : il y a la tentative de meurtre, évidemment, la grossesse d’Alexia (qui est pénible surtout pour les autres, semble-t-il), le débarquement de Félicité chez les Maccon (après avoir rejoint les suffragettes, imaginez un peu !) et les problèmes de Biffy (lequel est passé d’aspirant vampire à loup-garou confirmé, un vrai bouleversement) à régler. Du coup, dans un premier temps, les fantômes n’occupent que le second rang. Jusqu’au moment où l’on met bout à bout le faisceau d’indices récoltés et qu’on s’aperçoit qu’en fait… eh bien il se passe plus de choses qu’on ne pourrait le croire au premier abord.

Cette apparente lenteur n’est pas un frein car elle permet de soigner les personnages. Ainsi, Félicité, quasiment inexistante jusque-là, prend une certaine ampleur. C’est également le cas des membres de la meute de Kingsley : le tour que prend l’enquête d’Alexia permettra à certains d’entre eux, traditionnellement dans l’ombre, d’arriver enfin sous les feux des projecteurs, ce qui n’est pas désagréable du tout.

Comme dans les tomes précédents, l’intrigue est truffée d’humour : qu’il s’agisse d’une attaque de porcs-épics zombies ou des réparties cinglantes des uns et des autres, on s’amuse beaucoup dans ce récit – et ce malgré les aspects parfois dramatiques de l’histoire.

En bref, ce tome 4 était (et je n’en doutais pas), une excellente découverte ! L’intrigue est palpitante, merveilleusement menée et permet de découvrir un peu mieux les rouages des meutes et des ruches. Le suspens est à son comble et l’enquête offre à la fois des scènes d’action démentielles, comme des dialogues savoureux. Une fois de plus, l’originalité est au rendez-vous ! Rendez-vous au cinquième et dernier tome, donc.

◊ Dans la même série : Sans âme (1) ; Sans forme (2) ; Sans honte (3).

Le Protectorat de l’ombrelle #4, Sans cœur, Gail Carriger. Traduit de l’anglais par Sylvie Denis. Le Livre de Poche, mars 2014, 445 p.
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Morsure magique, Kate Daniels #1, Ilona Andrews.

À Atlanta deux réalités s’opposent : celle de la technologie et celle de la magie.
Pendant une vague magique, les mages sauvages lancent leurs sorts et des monstres apparaissent, les armes à feu refusent de fonctionner et les voitures ne démarrent plus. Puis la vague se retire aussi vite qu’elle est venue en laissant derrière elle toutes sortes de problèmes paranormaux. Nous vivons une époque dangereuse. Mais dans le cas contraire, je serais au chômage. Quand les gens ont des ennuis qui relèvent de l’occulte et que la police ne veut ou ne peut pas régler, on fait appel aux mercenaires de la magie comme moi.
Mais quand un nécromancien anéantit la seule famille qui me reste, je n’attends plus les ordres et je dégaine mon sabre.

On m’a plusieurs fois recommandé la série Kate Daniels et cet été, je m’y suis enfin mise. Et si je suis contente de la découverte que j’ai faite, j’ai tout de même un peu moins accroché que ce à quoi je m’attendais.

Ce premier tome présente un univers de fantasy urbaine comme je les aime : tout d’abord, la partie magique y est vraiment bien intégrée. D’ailleurs, ici, les vagues magiques et technologiques sont alternées : lorsque l’une est à son paroxysme, l’autre est au plus bas et inutilisable. Un courant alternatif qui peut donner du fil à retordre mais produit un univers original, dans lequel on peut aussi bien se déplacer en 4×4 qu’à cheval et qui a un petit côté post-apo fort sympathique.
La magie n’est donc pas cachée et les humains cohabitent (comme ils peuvent) avec des loups-garous, des vampires, des mages et un tas d’autres créatures tout aussi peu recommandables, qui constituent un univers complexe et vraiment bien fichu.
L’autre point que j’ai apprécié, c’est que bien que l’intrigue tourne autour d’une femme – la fameuse Kate Daniels – ses histoires de cœur ne sont pas au centre de l’histoire : celle-ci est vraiment centrée sur l’enquête que mène la mercenaire – et vu les standards de la fantasy urbaine avec une femme comme personnage central, ça change bien agréablement. Je ne vais pas dire qu’il n’y a aucune histoire de cœurs (il y en a), mais celles-ci ne sont pas prétexte à des scènes épicées n’apportant rien à l’intrigue.

Celle-ci présente plutôt une histoire de vengeance : on a touché à la famille de Kate et elle n’est pas prête à passer l’éponge. Assez vite, on comprend que Kate cache quelques secrets – dont certains sont dévoilés, sans trop en dire toutefois. Comme elle est mercenaire, Kate peut faire cavalier seule, tout en étant plus ou moins soutenue par sa troupe (financièrement, par exemple, ce qui la met à l’abri des problèmes d’argent). C’est une femme qui a du caractère, mais ce n’est pas seulement une bourrine armée d’une longue épée : les auteurs l’ont bien nuancée et proposent un personnage équilibré (qui a, en sus, le sens de l’humour, détail non négligeable).

Personnage et univers m’ont charmée ; mes réticences viennent, finalement, de l’intrigue. Si celle-ci se tient de bout en bout et propose moult péripéties endiablées, j’ai parfois eu du mal à suivre. Le texte connaît, en effet, des ellipses qui ne sont pas franchement matérialisées dans la narration (pas de saut de ligne ou de paragraphe). Du coup, c’est parfois un peu ardu à suivre, car on passe du coq-à-l’âne, et qu’il faut un peu de temps pour se remettre vraiment dans le bain. D’autre part, les phrases sont parfois hachées ; j’ai du mal à savoir si cela vient du texte ou de la traduction – mais celle-ci étant assurée par Sara Doke, j’ai quelques doutes, car ses traductions sont habituellement soignées. Bref, tout cela pour dire que c’est LE point qui m’a un peu chagrinée dans ce roman. Ceci étant dit, j’avais un peu le même genre de réserves avec Dresden, et au final, je me suis accrochée et c’est une de mes séries favorites, désormais. Raison pour laquelle je continuerai la lecture de Kate Daniels !

Si le style m’a parfois fait grimacer à la lecture de Morsure magique, j’ai tout de même apprécié l’univers et les personnages mis en place par Ilona Andrews. L’intrigue est fournie et bien menée et l’univers de fantasy urbaine tient parfaitement la route. Voilà donc une série que je suivrai sans aucun doute. 

Kate Daniels #1, Morsure magique, Ilona Andrews. Traduit de l’anglais par Sara Doke. Milady, 2009, 341 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

La Menace, Le Noir est ma couleur #2, Olivier Gay.

Alexandre a beau aimer se battre, il ne se souvient pas comment il s’est retrouvé sur ce lit d’hôpital, ni qui est cette Manon qui l’obsède. Effrayée par ses nouveaux pouvoirs, Manon ignore comment les cacher à ses parents, les apprivoiser… et éviter Alexandre. Quand les Ombres passent à l’attaque et qu’un nouvel élève arrive au lycée, la menace se précise. Manon et Alexandre se rapprocheront-ils ou s’éloigneront-ils ?

Le roman reprend là où nous laissions nos personnages : Manon reprend les cours ; Alexandre, quant à lui, n’a aucun souvenir de la semaine passée, et encore moins de Manon elle-même – ne parlons donc pas de tout ce qu’ils ont traversé.
Du coup, c’est d’autant plus drôle de les voir se rencontrer à nouveau, sous des angles différents : le lecteur et Manon savent comment ont tourné les précédentes éditions et cette étrange deuxième chance est assez amusante.

Il n’y a pas que la relation entre les deux adolescents qui a changé : Manon a, elle aussi, beaucoup changé. Alors, entendons-nous bien, elle ne change pas fondamentalement de caractère : elle reste une jeune fille affirmée et qui, sous des dehors de bonne élève timide, n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis. L’ennui, c’est que la dernière fois, cela s’est terminé par ce qu’elle redoutait le plus et qu’elle doit vivre, désormais, avec la boule au ventre et la peur de déclencher involontairement un cataclysme. À ce suspens rampant s’ajoute celui lié aux Ombres qui reviennent, plus fortes que jamais.

Et il faut également parler de ce nouvel élève, Jordan, fraîchement débarqué des États-Unis et dont le charme exotique ne laisse aucune fille indifférente. Manon incluse. Là, j’avoue, j’ai cru qu’on se dirigeait allègrement vers ce que je déteste (peut-être bien par-dessus tout) en littérature, notamment jeunesse : le triangle amoureux.
Sauf qu’Olivier Gay a eu la riche idée de le détourner, de le réinterpréter habilement, pour lui donner une tournure nettement plus intéressante et qui promet, à elle seule, un tome trois riche en émotions.

Côté style, la recette est la même que dans le tome précédent : les chapitres sont narrés en alternance par Manon et Alexandre, l’une usant du passé, l’autre du présent. S’ils vivent une scène commune, la fin en est reprise par le narrateur suivant, nous offrant ainsi un autre point de vue sur les événements. L’alternance donne un bon rythme à l’aventure, car chaque chapitre est en plus assez court. Mais ce système de changement de voix peut s’avérer être une pure torture ! Notamment lorsque l’on laisse subitement un personnage, ou lorsque la réaction attendue est amputée par le changement de voix. Tout cela contribue à rendre le roman particulièrement prenant.

Dans le premier tome, j’avais été frappée par le réalisme des personnages. Là encore, c’est très visible : leurs réactions sont criantes de vérité et parfois d’une telle justesse qu’on ne peut s’empêcher d’avoir un petit coup au cœur – notamment à la fin, qui est particulièrement réussie…

Sans surprise, j’ai donc englouti ce tome deux aussi vite que le précédent, charmée par l’univers dans lequel évoluent nos deux adolescents – et qui s’assombrit nettement ici. L’intrigue est très rythmée et offre quelques retournements de situations inattendus. Si l’auteur semble foncer tête baissée dans les clichés, c’est pour mieux les contourner, comme dans le premier volume. En somme, j’ai à nouveau été séduite par la série et je suis très curieuse de lire la suite !

◊ Dans la même série : Le Pari (1) ;

Le Noir est ma couleur #2, La Menace, Olivier Gay. Rageot, octobre 2014, 300 p.

Les Flammes du destin, The Effigies #1, Sarah Raughley.

« Je m’appelle Maia Finley, j’ai seize ans et je suis la nouvelle Effigie. » Depuis quelques jours, Maia se répète ces mots en boucle, sans oser les prononcer à voix haute. Car à la minute où le monde l’apprendra, sa vie basculera. Elle deviendra une véritable célébrité, ses fans boiront la moindre de ses paroles… et son espérance de vie chutera drastiquement. C’est que les Effigies, ces jeunes femmes dotées chacune d’un pouvoir unique lié aux quatre éléments, ne sont pas là par hasard : elles doivent protéger l’humanité des Spectres, des créatures de cauchemar, qui la terrorisent depuis maintenant près d’une centaine d’années.
À la mort de chaque Effigie, ses capacités, ainsi que la somme de ses souvenirs, se transmettent à son héritière choisie au hasard quelque part sur la planète.
Alors, quand Manhattan subit une attaque sans précédent, Maia n’a d’autre choix que de descendre dans l’arène. Elle qui idolâtre les Effigies, va cependant tomber de haut : les trois jeunes filles ne veulent plus entendre parler les unes des autres. Pourtant le danger se rapproche, car un homme énigmatique, Saul, semble capable, à la surprise générale, de contrôler les Spectres. Maia se retrouve aspirée dans une spirale infernale, au moment même où le feu qui couve en elle menace de la consumer tout entière !

Voilà un titre avec lequel j’ai passé un bon moment, malgré plusieurs points qui m’ont fait froncer les sourcils.

Le roman s’ouvre en pleine action : si Maia sait déjà qu’elle est une Effigie, ses pouvoirs ne se sont pas encore déclarés et elle fait tout pour oublier qu’elle devrait rejoindre les rangs (qu’elle pense serrés) des Effigies. Car après toutes ces années à fantasmer sur les Effigies, à rêver d’en être une, Maia s’aperçoit finalement que tout cela n’était guère plus que des fantasmes : en fait, elle n’a pas très envie d’aller risquer bêtement sa vie – avouez, on la comprend. Et ça, c’est plutôt intéressant comme point de vue, cela change du personnage subitement doté de nouveaux pouvoirs qu’il embrasse avec enthousiasme. Et les surprises ne s’arrêtent pas là ! Car lorsque Maia rejoint les Effigies, elle s’aperçoit que celles-ci ne sont pas exactement les héroïnes surpuissantes qu’elle imaginait : en fait, ce sont des adolescentes tout ce qu’il y a de plus normal, avec leurs doutes, leurs espoirs et leurs craintes, qu’elles taisent, bien souvent, mais qui font écho à celles de Maia – et qui sont, somme toute, assez normales.

La voix de la jeune fille change donc de ce dont on a (semble-t-il) l’habitude en littérature pour adolescents : si elle a des pouvoirs extraordinaires, elle reste une adolescente normale (avec des hormones en ébullition, oui, comme tout ado qui se respecte !), confrontée à une situation extraordinaire. Et c’est là qu’on touche le premier point qui m’a dérangée. L’histoire est entièrement narrée par Maia, ce qui a l’immense avantage de plonger le lecteur dans le profond désarroi et la panique qu’elle ressent. Mais cela a également l’immense désavantage de nous faire embrasser la situation par le petit bout de la lorgnette… que, de temps à autre, Maia dépasse, sans que cela soit logique. De fait, il lui arrive de nous donner des informations auxquelles elle ne devrait pas avoir accès – à moins d’avoir vécu une scène cachée dans un espace temps parallèle, ou d’avoir des intuitions fulgurantes. Et cela induit des décalages dans le récit qui, s’ils ne sont (heureusement !) pas nombreux, ont tout de même été assez notables pour me déranger.

Autre limite induite par le choix de la narration : on est beaucoup trop dans le récit à mon goût. Comme c’est Maia qui raconte, elle détaille ses pensées intimes, ses sensations, ses émotions. Tout cela est donc raconté au lecteur plutôt que montré, ce qui m’a laissé une désagréable sensation de catalogue… et m’a souvent empêchée d’adhérer aux problématiques qui se posent à la jeune fille.

Au-delà de cela, je dois quand même avouer que j’ai passé un bon moment avec ce roman – au point de le lire très frauduleusement à mon bureau, impatiente que j’étais de savoir comment l’histoire allait tourner !
En effet, la mythologie autour des Effigies est plutôt bien amenée et vraiment intéressante. Quatre filles, quatre éléments, des pouvoirs qui se transmettent sans qu’on en sache trop rien mais qu’il faut apprendre à maîtriser, des spectres mi-fantômes mi-créatures putrescentes, vraiment, l’univers est très riche. J’ai également apprécié que l’on voie aussi nettement la limite de tels pouvoirs : oui, les Effigies sont très puissantes, oui, elles protègent les populations, mais pas à n’importe quel prix. Ainsi, l’une d’elles est carrément suspendue pour avoir causé des dégâts matériels trop considérables durant une mission. Et, autre point qui m’a éminemment plu, l’une d’elles refuse d’embrasser la cause : elle est terrifiée, elle a mieux à faire, bref, les Effigies, ce n’est pas pour elle. Et ça aussi, ça change, car en général, le personnage finit par faire contre mauvaise fortune bon cœur et aller se mettre joyeusement en danger pour le bien commun.
De même, il y a un mystère assez conséquent et à peine débroussaillé sous la banale opposition gentils (les Effigies) / méchants (les Spectres et leurs petits camarades) et qui devrait (du moins je l’espère) alimenter l’intrigue des prochains tomes. En tout cas, je suis très curieuse d’en savoir plus et de découvrir comment Maia va concilier sa vie, ce mystère et les personnalités des défuntes Effigies du feu qu’elle abrite désormais – car lorsqu’une Effigie meurt, elle rejoint la « conscience collective » des Effigies de son élément, transmise à la nouvelle Effigie… qui doit donc faire avec ces souvenirs et personnalités qui peuvent s’imposer à elle.

L’autre point qui a contrebalancé mes réticences sur la narration, c’est le rythme. L’histoire débute in medias res et, ensuite, on sombre dans un enchaînement très cadencé. Lorsque les Effigies ne sont pas en train d’enquêter ou de s’entraîner, elles sont prises dans des scènes d’affrontement aussi spectaculaires que cinématographiques ; le suspense est presque toujours présent, car l’auteure parvient à faire avancer l’intrigue à la fois sur l’enquête que les filles mènent sur les Spectres sous la houlette de la Secte (l’organisme qui tente de contrecarrer les attaques) et à la fois sur celle qu’elles mènent, en sous-marin, sur l’histoire des Effigies.

Les Flammes du destin fait donc office de première entrée dans un univers assez riche : si la narration m’a laissée de marbre, voire de temps en temps agacée, le rythme effréné, l’univers et le côté girl power m’ont fait passer un bon moment. J’ai hautement apprécié les quatre jeunes filles jetées en pâture à leurs pouvoirs et qui, malgré tout, continuent de douter, d’angoisser ou de nier leurs capacités – mais nous offrent tout de même, quoique souvent à contrecœur, des scènes d’action dignes d’un blockbuster hollywoodien.

The Effigies #1, Les Flammes du destin, Sarah Raughley. Traduit de l’anglais par Jean-Baptise Bernet et Sarah Dali. Lumen, 6 avril 2017, 441 p. 

La Faille de la nuit, Mercy Thompson #8, Patricia Briggs.

Fuyant son nouveau compagnon violent, Christy, l’ex-femme d’Adam, fait un retour fracassant dans les vies d’Adam et Mercy. La cohabitation n’est pas simple. Surtout lorsque Christy décide de monter la meute contre Mercy afin de récupérer Adam. Et la situation empire lorsque son petit ami retrouve sa trace : les cadavres s’empilent et Mercy va devoir mettre ses problèmes personnels de côté pour affronter une créature bien décidée à réduire son monde en miettes !

J’ai dégainé mon tome 8 en attente parce que j’étais bien malade et que j’étais sûre qu’il ferait son office de petit remontant. Et pari gagné ! J’ai l’impression de dire ça à chaque tome, mais c’était peut-être un des meilleurs jusque-là – en fait, la série se bonifie au fil des tomes et c’est génial.

Il ne faut pas longtemps avant que n’arrive le premier élément perturbateur auquel Mercy est confrontée : Christy, l’ex-femme d’Adam, la mère de Jesse, revenue en territoire conquis pour échapper à un ex un poil trop collant. Et, jusque-là, si on assistait à pas mal d’affrontements territoriaux entre loups-garous mal lunés, on va s’apercevoir qu’entre coyote et humaine, il y a aussi de quoi faire. Car si Mercy a son petit caractère, Christy n’est pas exactement ce qu’on pourrait appeler une bonne pâte. De fait, l’histoire va pas mal tourner autour des conflits territoriaux qui émergent de l’affrontement – pourtant ô combien discret ! – des deux femmes. Et oui, parce que le retour de Christy va mettre en péril la meute, rien que ça.
Et c’est l’occasion pour Patricia Briggs d’étoffer son univers, notamment quant à la mythologie autour des loups-garous, autour de la façon dont fonctionnent les meutes. Parallèlement, elle creuse ses personnages, accordant beaucoup d’importance aux trois femmes que compte la meute d’Adam – et qui ne sont pas moins territoriales que leurs homologues mâles. La présence de Christy exacerbe leurs petites bisbilles latentes. J’ai adoré (mais vraiment adoré !) détester cette dernière. J’ai même trouvé qu’elle avait un peu cherché les ennuis, c’est dire ! En peu de mots, Patricia Briggs réussit à nous montrer un personnage tout simplement horripilant – et il ne lui faut vraiment pas grand chose pour le faire. Et ce qui était également tout aussi intéressant, c’est qu’elle nous a dépeint une Mercy « maître zen », qui se pose beaucoup de questions sur les relations qu’elle a avec les autres, sa place dans la hiérarchie de la meute ou sur la façon dont ses actes peuvent impacter cette dernière.
En fait, et cela fait plusieurs tomes que c’est comme ça, on dirait qu’on part de trois fois rien, mais l’auteur parvient à tirer de ce trois fois rien des introspections, discussions et conclusions passionnantes.

Dit comme ça, on pourrait croire qu’il ne se passe rien, sinon les petits conflits domestiques de la meute. Mais, si celle-ci est plus présente sous forme humaine que lupine (il faut le reconnaître), Patricia Briggs n’en profite pas moins pour ouvrir nos horizons, avec un opposant issu d’une tradition mythologique toute neuve et encore inexplorée dans la série. L’ensemble est d’ailleurs vraiment bien ficelé et documenté (un peu comme d’habitude, en somme).
Mais revenons à ces histoires de transformations humains-loups ou humaine-coyote, selon le bon plaisir de chacun : c’est vrai que Mercy est un peu avare en transformations cette fois-ci, ce qui laisse courir un bon nombre de rumeurs parmi les aficionados – mais il va sans doute falloir attendre encore un peu avant de savoir de quoi il retourne exactement.

J’ai parlé un peu plus haut de la façon dont l’intrigue est agencée : certes, il y a beaucoup de questionnements et autres discussions, mais l’action est aussi hyper présente et, de ce côté-là, difficile de s’ennuyer. À ce titre, la conclusion de l’histoire est un peu similaire à celle du tome précédent – et j’espère que ça ne va pas devenir une habitude !

En bref, j’ai littéralement dévoré La Faille de la nuit, parce que l’intrigue est particulièrement prenante et qu’elle permet encore une fois de détailler l’univers de la série, tout en posant des jalons intéressants pour la suite – que j’ai, il va sans dire, grandement hâte de lire. 

◊ Dans la même série : L’Appel de la lune (1) ; La Marque du fleuve (6) ; La Morsure du givre (7) ; 

Mercy Thompson #8, La Faille de la nuit, Patricia Briggs.
Traduit de l’anglais par Sophie Barthélémy. Milady, juin 2015, 476 p.

Le Pari, Le Noir est ma couleur#1, Olivier Gay.

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Normalement, Alexandre le bad boy du lycée n’aurait jamais prêté attention à Manon l’intello du premier rang. Pourtant, à la suite d’un pari, il a décidé de la séduire.
Normalement, Manon n’aurait jamais toléré qu’Alexandre vole à son secours. Pourtant dans l’obscurité d’une ruelle, sa présence s’est révélée décisive.
Alexandre doit se rendre à l’évidence. Rien n’est normal dans cette histoire.
Manon acceptera-t-elle qu’il entre par effraction dans son univers ?

La fin de l’année 2016 et le début de 2017 ont donc été résolument marqués par la bibliographie d’Olivier Gay ; après avoir découvert Faux frère, vrai secret et La Main de l’empereur, me voilà donc ouvrant enfin – enfin !! – le premier volume du Noir est ma couleur, une série jeunesse encensée sur les blogs. Et à raison ! Et il faut dire que ce roman a fait commencer l’année très fort : première lecture, premier coup de cœur !

Le roman commence comme un roman adolescent un peu classique : on découvre Alexandre, lycéen de 16 ans de son état, très occupé à agacer sa mère avant de rejoindre un lycée dans lequel il fait plutôt partie des gentils amuseurs de la classe que de l’élite étudiante. Au chapitre deux, on attaque de front la fantasy urbaine. Car on y découvre Manon, élève dans la même classe d’Alexandre, en proie à un problème d’eau chaude sous la douche… qu’elle règle spontanément d’un petit coup de magie. En toute simplicité !
Les chapitres sont consacrés en alternance à Alexandre et à Manon ; ceux du premier sont rédigés au présent, tandis que ceux de la seconde sont au passé – pas moyen de confondre les deux voix, donc. Et l’alternance des deux voix nous permet, d’une part, de voir les scènes sous différents angles (et de se rendre compte que les deux personnages n’ont pas toujours les mêmes objectifs ou avis) et, d’autre part, d’instaurer un certain suspens. Car lorsqu’ils sont séparés, on se demande bien ce qu’il est en train d’arriver à l’autre !

Dès le début, Olivier Gay s’attache à nous rendre les personnages proches et sympathiques : j’ai apprécié autant Alexandre la tête-brûlée que Manon la bonne-élève et le contraste entre les deux fonctionne à plein.
Ce qui a également très bien fonctionné pour moi, une fois n’est pas coutume, ce sont les lieux communs de la littérature young-adult. Je vous dis « beau gosse mal léché habitué aux conquêtes » versus « jolie fille qui s’ignore plutôt première de la classe », vous me dites ? Romance ? Mais oui !
Sauf que, pas tout à fait. Ou pas vraiment. Ou pas comme on aurait pu s’y attendre. Au fil des chapitres, Olivier Gay va ainsi recourir à plusieurs clichés qu’il détourne, pour nous proposer une aventure parfaitement ficelée. Car s’il y a rapprochement entre les deux, c’est par pure (ou presque) nécessité. De plus, les deux personnages, sous des dehors d’un classicisme absolu, s’en tirent vraiment bien : car loin de les avoir pensés puissants/très doués/imbattables, Olivier Gay a tissé deux adolescents qui réagissent tout naturellement à ce qui leur arrive (que ce soit dans les péripéties fantastiques ou dans la vie quotidienne). En gros, ce sont de vrais ados. Du coup, ils n’en sont que plus crédibles ! Et ce duo, aussi attachant que réaliste, est vraiment le point fort du roman. Et s’ils semblent un peu cliché sur le papier, ils s’avèrent finalement assez surprenants – d’ailleurs, le plus mignon n’est pas toujours celui que l’on croit, ce qui peut être parfois assez surprenant !

Côté magie, l’auteur s’appuie sur le Spectre des couleurs ; chacune des 7 couleurs de l’arc-en-ciel donne au mage qui les convoque un type de pouvoir différent. Et les mages des couleurs se collettent méchamment avec les mages… noirs, évidemment ! Les seuls à utiliser la 8e couleur, rigoureusement interdite, puisque liée aux forces des ténèbres. Si cette partie-là peut vous sembler un peu déjà vue, la façon dont les mages se gorgent de couleurs pour lancer leurs sortilèges est plutôt originales. Chaque petit détail, surprenant et original, vient constituer un univers à la fois complexe, original et dans lequel on se fond sans aucune difficulté. Dès le départ, j’ai eu l’impression d’évoluer dans un univers à la Pierre Bottero alors que, fondamentalement, les romans ont peut de chose en commun, hormis cette façon de se rendre immédiatement accessible et terriblement attrayants au lecteur. Du coup, c’en était même difficile de le quitter.

Avant de conclure, il faudrait que je parle aussi du style, qui est certainement pour beaucoup dans le fait que j’ai littéralement dévoré ce roman. Celui-ci est alerte, enlevé, volontiers enjoué ou plein d’humour et parvient à instaurer rythme et tensions d’un bout à l’autre du roman.

Le Pari est donc une formidable découverte, qui m’a tenue en haleine de la première à la dernière page. Surtout vu l’ampleur du retournement de situation sur lequel se clôt l’histoire – rebondissement qui donne, évidemment, follement envie de lire la suite. L’intrigue, l’univers à la fois familier et original, le duo attachant, le style, tout concourt à faire de ce premier tome une sacrée réussite, qui plaira autant aux jeunes lecteurs (disons dès 12 ans) qu’à leurs aînés.

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Suaire froid / Masques mortuaires, Les Dossiers Dresden #5, Jim Butcher.

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Pour une fois, les affaires sont bonnes. Un peu trop même : Harry Dresden, le seul magicien professionnel de Chicago, est carrément débordé. Et voilà que surviennent quelques menus imprévus… Le champion de la Cour rouge des vampires a décidé de le tuer en duel pour mettre fin à la guerre entre vampires et magiciens. Le suaire de Turin est porté disparu et Harry n’est pas le seul à sa recherche : une troupe de démons est aussi sur le coup, et ça ne les dérangerait pas, tant qu’à faire, de prendre l’âme d’Harry au passage. Ah oui ! Murphy lui a aussi demandé d’enquêter sur un mystérieux cadavre retrouvé sans tête ni mains. Il y a des jours où sortir du lit n’est pas vraiment payant, et ce, quels que soient vos tarifs.

On ne change pas une équipe qui gagne : Harry est sans doute le magicien le plus poissard de tous les temps. Et, si cette fois ses ennuis d’argent ne sont pas au centre de l’intrigue, sa malchance légendaire permettra de faire avancer cette dernière.
Et ça commence très très fort, avec rien de moins qu’un défi lancé par les vampires de la Cour rouge – autant dire que toute l’affaire part, dès le départ, assez mal.

Si les aventures d’Harry sont si prenantes, c’est parce qu’en général il s’y passe des tas de choses en parallèle – dont certaines vont servir l’intrigue du tome et d’autres alimenter le fil rouge général de la série. Et dans ce tome 5, c’est vraiment le festival ! Il est quasiment impossible de s’ennuyer à la lecture de ce volume car il suffit qu’un problème soit réglé pour qu’un autre surgisse presque aussitôt. L’auteur évite l’effet d’accumulation : à chaque nouveau problème, on se demande bien comment il s’intègre dans les rouages de l’intrigue en cours (cela a-t-il un rapport avec ce qu’il se passe ou n’est-ce qu’un épiphénomène ?) et surtout… comment Dresden va s’en sortir, de préférence vivant et avec classe. Ainsi, le suspense ne se dément pas une seconde tout au long du roman ! Impossible de s’ennuyer !

Et tout cela est dû à l’incroyable capacité de Dresden à ne pas savoir dire non. On dirait qu’il suffit de le regarder avec un petit air de chien battu – peu importe la canaille que l’on puisse être ! – pour qu’il dise oui !
D’ailleurs, à propos de canailles, ce roman en propose son lot. D’ailleurs, il n’est pas impossible que l’on fasse de très surprenantes découvertes à propos de certains.
Les personnages qui interviennent dans la vie de Dresden sont incroyablement humains – et même certains d’entre eux qui sont plutôt du côté obscur de la barrière inter-espèces ! Cela fait également partie du charme de la série. Car l’intrigue met aussi en avant ce qu’il peut se dérouler dans la vie privée de ces différents intervenants, ajoutant au suspens général. D’ailleurs, Murphy est assez peu présente, mais c’est au profit de Michael et de ses petits camarades, ce qui est loin d’être désagréable !

Comme toujours, c’est sur un style assez familier, enlevé et plein d’humour, que Jim Butcher nous narre les aventures de Dresden. Celui-ci, en dépit de sa terrible poisse, ne perd ni le nord, ni le sens de la répartie, pour notre plus grand plaisir.

En somme, ce tome 5 est un condensé de tout ce qui fait le plaisir de lire les aventures d’Harry Dresden ; le suspens est au rendez-vous, de même que les péripéties originales et palpitantes. C’est une lecture d’une grande intensité, que l’on lâche à  grands regrets. Et vu le coup de cœur qu’a été ce cinquième tome, je regrette plus que jamais que la série n’ait pas pris en France et que la traduction en ait été arrêtée.

◊ Dans la même série : Avis de tempête / Dans l’œil du cyclone (1) ; Lune fauve / Lune enragée (2) ; Tombeau ouvert / L’Aube des spectres (3) ; Fée d’hiver / Le Chevalier de l’été (4).

Les Dossiers Dresden #5, Suaire froid, Jim Butcher. Milady, 2010, 512 p.

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