Harry Potter and the Philosopher’s Stone / Harry Potter à l’école des sorciers, J. K. Rowling.

 

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Harry Potter a toujours pensé qu’il était un garçon extraordinairement normal – jusqu’à, du moins, qu’il se mette à recevoir d’étranges lettres de convocation pour une non moins étrange école, et qu’il soit emmené par un monstrueux géant, pour entrer à Poudlard, l’école où on apprend aux enfants à faire de la magie. Tout ça pourquoi? Parce qu’Harry Potter est un sorcier, qu’il le veuille ou non.

Inutile, probablement, de revenir sur l’incroyable genèse de ce livre, parvenu en peu de temps au sommet des sommets, adapté en film, et qui a lancé des milliers d’enfants dans la lecture. Comme beaucoup d’autres, je l’ai probablement reçu à Noël, l’année de sa sortie, et l’ai lu l’année suivante, alors que j’étais en sixième. Était-ce le fait d’avoir le même âge que le personnage principal ou d’avoir déjà eu, à l’époque, un net penchant pour les histoires sortant de l’ordinaire? Difficile à dire. En tout cas, je me suis rapidement passionnée pour les aventures des jeunes sorciers à Poudlard (et j’ai même désespérément attendu ma lettre, rêvant à une école similaire en France. Qui ne l’a pas fait ?). Quoi qu’il en soit, je suis toujours aussi mordue de l’univers ; alors, lorsqu’Asuna a proposé une lecture marathon de l’ensemble de la saga, je n’ai pas hésité un seul instant ! Mais, histoire de joindre l’utile à l’agréable, j’ai tenté cette relecture en version originale.
Ce fut le moment de constater que mon édition française était probablement un collector : non seulement quelques passages ont été bizarrement éludés (mais sont présents dans l’édition plus tardive que j’ai rachetée, ce n’est l’affaire que de quelques chapitres), mais en plus, il y a eu des changements de traduction dans la version ultérieure. Ainsi chez moi, le ministre de la magie ne s’appelle pas Cornelius Fudge mais, à la française, Cornélius Lafadaise (alors que, par la suite, il s’appellera Cornelius Fudge dans les deux langues). De l’anglais au français, beaucoup de noms ont été modifié pour garder les clins d’œil (mais Fudge est, à ma connaissance, le seul qui ait eu deux noms distincts dans la traduction). J’aimerais donc saluer la traduction de Jean-François Ménard, que je trouve absolument admirable, car il a réussi à traduire tous les petits jeux de mots et autres allusions que J. K. Rowling a glissées dans son texte. Ce n’était pas facile, mais il y est parvenu – même si, par la suite, le nom du dirigeant a été modifié ; vous avouerez que « Lafadaise », ça ne fait pas hyper sérieux pour un ministre, même pour un ministre de la magie.

Dans ce premier tome, on découvre donc l’univers dans lequel Harry Potter et ses camarades évolueront au fil des sept tomes de la saga. Un univers fait de rêves et de magie, bien évidemment. Mais un univers scolaire, tout de même : les cours se succèdent, sans que ce soit toutefois trop pesant. J. K. Rowling distille de-ci de-là quelques éléments de cours, petites formules glissées rapidement, ou éléments de la mythologie magique – pas nécessairement inventés d’ailleurs, car J.K. Rowling a su ménager mythologie existante et univers personnel, le tout formant une parfaite adéquation.

Les personnages sont parfois quelque peu stéréotypés : entre le jeune orphelin détesté par sa famille d’accueil mais adulé dans son vrai monde car héritier de deux parents aimés et puissants, le jeune sorcier « pur » cadet d’une famille nombreuse et donc très peu sûr de lui, et la jeune élève prodige, externe à l’univers et rat de bibliothèque, on a un trio de compétition. Il est d’ailleurs très drôle de constater que ce schéma de personnages a été réutilisé dans d’autes œuvres littéraires pour la jeunesse (dans la saga Idhún, de Laura Gallego García, publiée en France chez Bayard Jeunesse, par exemple). Preuve que, malgré le stéréotye, c’est un trio qui fonctionne bien. D’autant mieux qu’ici, les personnages vont rapidement se nuancer. Quoi qu’il en soit, les portraits sont plutôt réussis (je dois dire que j’ai un gros faible pour les Dursley et, plus globalement, pour les méchants dans ces romans !).
Évidemment, les opposants seront à la hauteur : le premier, un enfant du même âge, est nécessairement l’héritier d’une vieille famille, puissant, et promis à un brillant avenir (mais du côté obscur de la Force, cette fois). En parlant de côté obscur, il est tout aussi intéressant de constater que ce tome 1 s’ouvre, si l’on peut dire, après la bataille. Le grand méchant a déjà été vaincu, et les aventures s’ouvrent dans un monde magique, certes, mais qui se remet doucement des années d’oppression qu’il vient de subir (tout cela donne une ambiance très « post-guerre »). Ainsi, les élèves peuvent attaquer sereinement leur année scolaire ; point de combat glorieux à mener à son terme ici, on se situe vraiment dans le roman d’initiation classique. Sauf que, on s’en doute, pour tenir la distance sur sept tomes, il va falloir que les opposants se remuent un peu. Ce qui est bien dans ce premier opus, c’est que l’auteur ne nous balance pas directement dans l’opposition bien/mal : c’est un tome très introductif, qui met en place les bases de l’univers. Oui, il y a une opposition, mais elle n’a pas encore atteint son ampleur maximale. Je m’avance un peu, mais il en ira de même pour les tomes 2 et 3 : on retrouvera le même genre d’opposition entre les personnages, mais le véritable fil rouge de la saga ne prendra sa place qu’au tome 4 – illustrant ainsi un certain gain de maturité des personnages.

Le premier tome est donc l’occasion de parfaire les bases des relations du trio principal qui, avouons-le, partait assez mal, ainsi que d’esquisser les portraits des autres personnages. Le style (en anglais ou en traduction) est fluide, et la lecture très accessible (ce qui fait qu’un enfant en primaire peut tout à fait le lire), le vocabulaire étant varié, et bien choisi. De ce côté-là, la lecture ne pose aucun souci particulier. Côté intrigue, on sent que l’on est dans un livre destiné à la jeunesse : sans être trop simpliste, sa complexité n’est pas non plus extrême. Arrivés à un certain point, on voit assez bien où l’on va en venir. Quoi qu’il en soit, c’est très agréable à suivre – d’autant plus lorsqu’on a lu l’ensemble de la saga, car on repère alors les bases de ce que l’auteur met en place par la suite. Hasard ? Construction précise ? Force est de reconnaître que J. K. Rowling maîtrise parfaitement les divers fils de son intrigue, même si tous ne sont pas déroulés dès le premier tome.
Sans parler encore du fil rouge, de forts antagonismes se dessinent déjà ici, entre certains personnages (Harry et ses amis contre d’autres élèves, mais aussi contre certain professeur, absolument et irrémédiablement désagréable – mais c’est comme ça qu’on l’aime), et qui seront développés au fil des tomes. Harry est, bien sûr, chapeauté par un mentor, comme tout orphelin qui se respecte (c’est, semble-t-il, la loi du genre, d’autant plus après le succès de la saga du jeune sorcier). Mais surtout, et c’est là ce qui change de la littérature jeunesse de l’époque, Harry est l’archétype de l’anti-héros. Si on résume, il n’est pas spécialement beau (ou du moins ce n’est jamais clairement dit), il est balafré, il porte des lunettes (rappel
ez-vous, dans les années 90, c’était loin d’être sexy) et, s’il est populaire, il se lie immédiatement d’amitié avec les élèves les moins populaires de l’école (ils sont, du moins, présentés comme tels par les élèves qui s’annoncent comme les futurs caïds de l’établissement). Pire, Harry n’est pas très bon à l’école, et a une nette tendance à ne pas suivre les règlements. Si cette figure de l’anti-héros vous semble familière (voire normale) en littérature jeunesse, dites-vous qu’à l’époque de la sortie, elle restait assez marginale (on sortait à peine de la suprématie du Club des Cinq, pour resituer un peu). Bref, même si la littérature jeunesse était en pleine mutation, la parution (et surtout le succès) de Harry Potter ont rendu cet renouveau d’autant plus rapide et percutant (à l’instar de l’adaptation du Seigneur des Anneaux sur la production fantasy).
Et c’est vrai qu’à la lecture, on voit bien ce qui a immédiatement séduit les jeunes lecteurs de l’époque (et d’aujourd’hui, même si ça semble bien plus classique de nos jours) : Harry offre une identification tellement facile qu’il aurait été dommage de passer à côté. Si on résume, il est orphelin (chaque enfant peut donc se projeter dans le jeune sorcier), sa vie est misérable, mais il est issu d’un autre monde, caché, dans lequel il est très célèbre (amélioration subite de sa qualité de vie, ça ferait rêver n’importe qui) et, ô joie, il apprend la magie (et ça aussi, ça fait vraiment rêver!). Lui qui a toujours eu une vie solitaire, se retrouve enfin à sa vraie place, et se fait (enfin) de bons amis. Sa vie change radicalement, et c’est ce dont on rêve généralement à cette époque.

L’aventure, le suspens, et l’humour sont de partie dans ce premier opus, qui n’oublie pas d’être un peu effrayant de temps en temps. Ainsi, tout lecteur peut y trouver son compte ! 
Bien que le style, et le contenu soient clairement orientés jeunesse, on passe un très bon moment de lecture avec cette première aventure, qui dispose d’une fin propre (on peut donc s’arrêter là sans être dévorés par une insatiable curiosité). J’ai à nouveau passé un très bon moment, même en V. O. et je recommanderai à nouveau cette lecture à tout un chacun, petit ou grand !

 

Et l’adaptation, alors ?

Je l’ai revue il y a peu et je dois dire qu’avec le recul, je suis beaucoup plus clémente. Certes, c’est édulcoré, certes c’est très rapide mais c’est pas trop mal. Ce qui m’a vraiment déçue, en revanche, c’est que des répliques soient réattribuées, au détriment de certains personnages, et que certains changent quasiment de personnalité. De bonnes idées d’adaptation, mais ce n’est vraiment pas mon préféré.

 

Harry Potter and the Philosopher’s Stone / Harry Potter à l’école des sorciers, J. K. Rowling. Trad. de Jean-François Ménard. Bloomsbury, 2000 (1ère édition 1997), 332 p. Gallimard, 1999, 232 p. pour l’édition française.
8/10.

 

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15 commentaires sur “Harry Potter and the Philosopher’s Stone / Harry Potter à l’école des sorciers, J. K. Rowling.

  1. solessor dit :

    Depuis le temps que j’ai envie de les relire… tu n’arranges pas les choses ! J’ai découvert les quatre premiers en français, avant de passer aux VO… pourquoi pas reprendre la VO dès le début !

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    • Sia dit :

      Franchement, la V.O. est très accessible, même avec un niveau d’anglais pas transcendant (le mien n’est pas terrible, et je comprends assez bien!) : aucune raison de s’en priver alors!

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  2. solessor dit :

    J’ai lu les tomes 5 à 7 en anglais, en début de lycée je crois 😉 Avant de débuter une section euro anglais… ça a été ! ^^

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  3. solessor dit :

    Raison pour laquelle j’ai lu tous les derniers en anglais 😉 Quand j’ai commencé la saga, les quatre premiers étaient déjà sortis !

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    • Sia dit :

      Je les ai lus au fur et à mesure. Quand le 6 est sorti, je l’ai emprunté à la mère de mon copain de l’époque. J’ai mis une heure à lire deux pages (et pourtant j’étais bonne en L.V.2 anglais!). Du coup, je me suis arrachée, et quand le 7 est sorti, je me suis jetée dessus en anglais !

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  4. Camille dit :

    Très belle chronique! Dans l’adaptation, j’ai adoré voir « en vrai » les match de quidditch!

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    • Sia dit :

      Moi aussi, et j’avais hâte de voir ça ! Avec l’âge, je trouve l’adaptation moins mauvaise que quand elle est sortie (le privilège de la vieillesse?).

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  5. sphinxou dit :

    Haa harry potter!! =) j’ai tout le temps envie de les relire et de les revoir !

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  6. We can't live without books dit :

    Moi, j’ai autant adoré la saga que les livres, une de mes préférées d’ailleurs !

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  7. Je l’ai aussi lu en anglais et je ne me souvenais plus qu’il y avait des passages supplémentaires en VO, mais il faut dire que ça remonte maintenant.
    Un très bel avis, agréable à lire 🙂

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    • Sia dit :

      Je n’ai relevé qu’un paragraphe, mais ça ne concerne qu’une seule édition, ce qui est assez étonnant vu la qualité des traductions de Jean-Claude Ménard. Si ça se trouve, c’est juste une boulette dans le livre que j’ai reçu 😀

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  8. […] : on est quelque part dans un mélange du Protectorat de l’ombrelle (normal), d’Harry Potter (école oblige) et du Collège de magie (pour la partie pensionnat de jeunes filles). Un mélange […]

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