Akata Witch #1, Nnedi Okorafor.

Mon nom est Sunny Nwazue et je perturbe les gens. Je suis Nigériane de sang, Américaine de naissance et albinos de peau. Être albinos fait du soleil mon ennemi. C’est pour ça que je n’ai jamais pu jouer au foot, alors que je suis douée. Je ne pouvais le faire que la nuit. Bien sûr, tout ça, c’était avant cette fameuse après-midi avec Chichi et Orlu, quand tout a changé. Maintenant que je regarde en arrière, je vois bien qu’il y avait eu des signes avant-coureurs. Rien n’aurait pourtant pu me préparer à ma véritable nature de Léopard. Être un Léopard, c’est posséder d’immenses pouvoirs. Si j’avais su en les acceptant qu’il me faudrait sauver le monde, j’y aurais peut-être réfléchi à deux fois. Mais, ce que j’ignorais alors, c’est que je ne pouvais pas empêcher mon destin de s’accomplir.

Cela fait un moment que j’ai noté les romans de Nnedi Okorafor sur ma liste-à-lire. J’avoue que je pensais plutôt à Qui a peur de la mort ? pour attaquer son œuvre, mais c’est finalement par le rayon jeunesse que je l’ai découverte. Et avec beaucoup de plaisir, je dois dire !

L’autrice déploie ici un univers fourmillant d’idées que j’ai trouvé proprement fascinant ! Je n’ai pas eu l’impression d’être assommée de descriptions et pourtant, le roman m’a laissé de fortes impressions visuelles.
Il faut dire qu’elle met le paquet : entre le funky train, les sortilèges aux effets bœufs et les mille et une petites choses de la vie – magique ou civile – qui font partie de l’intrigue (comme les matchs de foot ou les découvertes des lieux réservés aux sorciers), il est extrêmement facile de s’immerger.
Le système de magie est vraiment intéressant, surtout la façon dont les Léopards (le peuple des sorciers) gagnent des chittims, la monnaie locale : pour cela, il leur suffit d’apprendre. Plus la leçon est importante, plus la somme gagnée l’est ! En plus de cela, la valeur des chittims est inversement proportionnelle à la matière dont ils sont faits. En gros, les chittims d’or, c’est la menue monnaie, les chittims de bronze, ce sont les grosses pièces. C’est peut-être un peu classique, mais j’ai trouvé ça vraiment sympa comme trouvaille.

– T’aimerais bien l’être, toi, affirma Chichi avec un petit sourire satisfait. Bref, Kehinde et Taiwo, les jumeaux, ont passé le dernier niveau et sont devenus « les érudits des liens ». Une vieille femme nommée Sugar Cream est la quatrième, c’est « l’érudite du dedans ». Elle vit la majorité du temps dans la bibliothèque Obi. C’est la plus âgée et la plus respectée de tous. C’est elle la bibliothécaire en chef.
– La bibliothécaire ? répéta Sunny en fronçant les sourcils. En quoi est-ce si import…
– Laisse-moi t’expliquer un truc que Chichi et Sasha ont du mal à intégrer, intervient Orlu en reposant sa fourchette. Les Léopards – partout dans le monde – ne sont pas comme les Agneaux. Les Agneaux pensent que l’argent et tout ce qui est matériel sont les choses les plus importantes dans la vie. Tu peux tricher, mentir, voler, tuer, être bête à bouffer du foin, mais si tu peux te targuer d’avoir du fric et de posséder des tas d’objets, et que tu te vantes à raison, tu peux tout faire. L’argent et les possessions matérielles font de toi un roi ou une reine au royaume des Agneaux. Rien de ce que tu fais alors n’est mal, tout t’est permis. Les hommes et femmes Léopards sont différents. La seule manière de gagner des chittims, c’est en apprenant. Plus tu apprends, plus tu en obtiens. La connaissance est au centre de tout. Le bibliothécaire en chef de la bibliothèque Obi est le gardien du plus grand gisement de connaissances de toute l’Afrique de l’Ouest.

Au début du roman, j’ai eu (je dois dire) l’impression que l’autrice nous enfilait quelques clichés. La société est discrètement séparée entre Léopards et Agneaux – les Moldus locaux -, il y a une école de magie cachée, on mange des plats exotiques assez étranges et les adultes ont une fâcheuse tendance à déléguer des tâches d’une importance capitale à des petits nouveaux pas formés. Cela vous rappelle quelque chose ? Eh bien pas de panique, car c’est surtout pour les côtés roman d’apprentissage magique, école cachée et univers follement original que l’on s’y retrouve ! En effet, Nnedi Okorafor avance ses pions avant de détourner complètement les tropes et de prendre des directions un peu moins attendues. Bref, c’est drôle et bien mené !

Le récit évoque aussi à merveille les sujets de la différence et de la difficulté à s’intégrer. Sunny a en effet bien du mal. Déjà parce qu’elle est albinos et qu’aux yeux de ses compatriotes, elle n’a ni la bonne couleur, ni la bonne nationalité (puisqu’elle a grandi aux États-Unis). La vie à l’école est hyper difficile, la vie à la maison l’est tout autant, elle a du mal à se faire des amis et vit la découverte de son identité de sorcière comme une libération. Et si la part du roman d’apprentissage est importante, elle s’efface presque devant l’originalité de l’intrigue et de l’univers, ce qui forme un ensemble bien équilibré.
Outre les inventions propres aux Léopards, l’univers s’appuie fortement sur la mythologie et les coutumes nigérianes, qui s’entremêlent fortement aux pratiques magiques. Franchement ? Cela change agréablement dans le paysage de l’imaginaire ! Le texte est d’ailleurs parsemé de caractères nsibidi, une langue idéogrammatique utilisée par les Léopards. J’ai hautement apprécié le glossaire très riche en fin de volume, qui éclaire les lecteurs non seulement sur les mots utilisés en nsibidi, mais aussi dans les autres langues pratiquées au Nigeria. Tout cela permet une excellente immersion dans l’univers !

Cerise sur le gâteau ? Eh bien Akata Witch propose une véritable conclusion. Bien sûr, l’intrigue appelle à une exploration plus poussée de l’univers (et ça tombe bien, car il existe un tome 2 !), mais en proposant une fin très satisfaisante. Donc c’était parfait !

En bref, j’ai adoré commencer l’œuvre de Nnedi Okorafor par ce roman jeunesse qui propose une fantasy vraiment originale. Le récit est hyper fluide, sait se tirer des clichés que l’on sent se profiler tout en proposant une aventure complète. Excellente pioche pour ma part, donc, et je compte bien lire le tome 2 cette année !

Akata Witch #1, Nnedi Okorafor. Traduit de l’anglais (Nigeria) par Anne Cohen-Beucher.
L’École des Loisirs, 15 janvier 2020, 362 p.

À quoi rêvent les étoiles, Manon Fargetton.


Titouan ne sort plus de sa chambre.
Alix rêve de théâtre.
Luce reste inconsolable depuis la mort de son mari.
Gabrielle tient trop à sa liberté pour s’attacher.
Armand à construit sa vie entière autour de sa fille.
Cinq personnages, cinq solitudes que tout sépare. Il suffira pourtant d’un numéro inconnu s’affichant sur un téléphone pour que leurs existences s’entrelacent…
« Hasard, destin, alignement de planètes…
Appelez ça comme vous voulez, moi j’appelle ça magie ».

« Qui a décidé
un jour
en regardant le cosmos
que certaines étoiles allaient ensemble ?
Qu’assemblées,
elles dessinaient des géants,
des centaures,
des demi-dieux ?
C’est un miroir
que ces personnes ont vu dans le ciel nocturne.
C’est nous que les constellations relient.
Nous qui, connectés les uns aux autres,
devenons des géants,
des centaures,
des demi-dieux. »

Alors, à quoi rêvent les étoiles dans les constellations ? Vaste question, s’il en est ! Mais point d’astronomie, ici, puisque les étoiles sont plutôt les cinq protagonistes qui, comme les constellations, ont des liens (insoupçonnés !) qui les unissent. Ce qui aussi intéressant que paradoxal puisque le point de départ du roman, c’est la solitude de chacun d’entre eux.
Chacun d’entre eux s’est isolé, à sa manière, et a plus ou moins coupé les ponts avec son entourage. Jusqu’au point déclencheur : le SMS que Luce, à bout, envoie au numéro de son défunt mari… lequel a été réattribué à Titouan. Or, celui-ci comprend bien que s’il ne répond pas, l’affaire risque de mal finir. Et le voilà engagé dans une relation épistolaire avec la vieille dame – premier domino qui va déclencher tous les autres.

Premièrement, j’ai trouvé que le prétexte pour que les personnages s’entrechoque était à la fois bien trouvé, bien amené et extrêmement bien filé. Oui, il y a de bonnes raisons que tous s’entrecroisent, et à aucun moment cela ne m’a semblé artificiel.
Outre la solitude que chacun ressent et vit à sa manière, les trajectoires des personnages permettent d’évoquer une foule d’autres sujets, tous aussi bien traités les uns que les autres. Parmi ceux-ci, en vrac, le deuil, l’amour, l’amitié, les relations familiales (peut-être un des plus importants). On passe de l’un à l’autre, même si, au fond, eux aussi sont tous un peu liés les uns aux autres. Et vu les sujets traités… il faut s’attendre à quelques scènes fortes en émotion !

Autre thème vital dans ce roman : le théâtre. Il infuse littéralement le texte. D’une part parce que celui-ci est monté exactement comme une pièce de théâtre. Cela commence avec la mention des lumières, et finit avec celle du noir. Il y a des actes, des scènes (réparties par personnages) et des entractes, narrés par un personnage légèrement extérieur mais partie prenante de l’intrigue (dont l’identité est révélée à la fin, mais que l’on peut deviner avec un brin d’attention !), qui vient faire des commentaires et des résumés à la façon d’un coryphée. D’autre part, c’est un sujet qui tient à coeur d’au moins deux des personnages, Alix et Gabrielle. La première ne rêve que de devenir comédienne, la seconde est celle qui lui fait découvrir la discipline – ainsi qu’aux autres élèves du conservatoire. D’ailleurs, les scènes de Gabrielle sont écrites à la façon de scènes théâtrales, avec répliques (en vers libres !) et didascalies, parfois mêlées à de la narration. Le mieux ? On passe de façon extrêmement fluide de l’un à l’autre et j’ai trouvé que cette construction, comme l’attention portée au thème, était un des énormes points forts du roman.

Deuxièmement, ce qui m’a énormément plu, c’est que A quoi rêvent les étoiles est un excellent roman pour les ados… mais pas que. De fait, si l’on fait le compte, trois des cinq protagonistes sont des adultes. Et dans l’entourage des deux ados, Titouan et Alix, il y a d’autres adultes qui gravitent. Or, on l’a vu dans le résumé, il n’y a pas que les ados qui se posent des questions existentielles sur la vie, l’univers et le reste. Et ici, les trajectoires de leurs parents est aussi travaillée (si ce n’est plus) que les leurs. Tout en restant hyper accessible à des ados car, soyons honnêtes, les comportements des uns et des autres sont assez similaires. Dans une interview, Manon Fargetton a dit que les adultes étaient des « ados comme les autres ; des enfants qui jouent à être des adultes toute leur vie » et on voit ici combien c’est vrai. Les préoccupations autour de l’amour, de l’amitié, des relations familiales sont quasiment les mêmes. Avec des degrés divers, évidemment, mais tout cela reste parfaitement similaire. J’ai vraiment aimé que le roman joue sur les deux publics et donne à la fois des clefs de lecture des comportement ados aux parents… et des clefs de lecture des comportements parentaux aux ados, car le tout est fait sans la moindre once de moralisation ou de discours didactique.

Je crois que c’est le premier roman réaliste de Manon Fargetton que je lis et je suis ravie de ma découverte (je l’ai lu en moins d’une journée !). Elle nous propose un roman à la construction originale, qui embrasse un certain nombre de sujets. On sent une vraie tendresse pour les personnages, qui rend le récit très prenant. Surtout, le texte s’adresse à la fois à deux lectorats (les ados et les adultes), sans laisser aucun des deux de côté. Dans l’interview citée plus haut, Manon Fargetton a dit « J’espère que les adultes s’y retrouveront au moins autant que les adolescents ». Qu’elle se rassure, c’est bien le cas.

À quoi rêvent les étoiles, Manon Fargetton. Gallimard jeunesse, 17 septembre 2020, 400 p.

Triangle amoureux (ou pas), Marisa Kanter.

Hallie et son meilleur ami sur Internet, Nash, peuvent parler de tout… sauf de qui elle est vraiment – un secret qu’elle garde jalousement pour une raison mystérieuse. Sur les réseaux sociaux, elle incarne Kels, l’énigmatique créatrice d’un bookstagram à qui ses coups de cœurs littéraires inspirent des recettes inédites de cupcakes. Kels a tout ce dont manque Hallie : des amis par dizaine, une assurance inébranlable… et Nash.
Mais ça, c’était avant. Au détour d’un énième déménagement, Hallie tombe par hasard sur Nash, le vrai, en chair et en os. Bonne nouvelle ? Pas vraiment… Car quand vient l’instant de se présenter, dos au mur, elle choisit de mentir. Furieuse de devoir entretenir cette mascarade dans les couloirs de l’unique lycée de leur petite ville, elle commence par battre froid le garçon à qui elle révèle pourtant presque tout d’elle chaque soir sur les réseaux sociaux. Si elle franchit le pas et révèle qui elle est, c’en est fini de leur amitié et de sa notoriété sur Internet…

Un livre dont la protagoniste est blogueuse et bookstagrameuse ! Forcément, je me sens intriguée ! Et je dois avouer que j’ai englouti le roman en moins de deux jours.

On y suit donc Hallie qui, dès le départ, se trouve empêtrée dans ses problèmes de double-personnalité et de vie virtuelle cachée. Si elle a toujours entretenu le mystère sur internet, cela s’explique aisément. Outre les traditionnelles précautions autour de la vie privée (que tout adolescent devrait observer !), elle ne souhaite pas que son lectorat sache qu’elle est, d’une part, la fille de Mad et Ari Levitt, deux documentaristes-presque-oscarisés et, d’autre part, la petite fille de Miriam Levitt, légende de l’édition. Qui, en plus, éditait jusqu’à son récent décès des romans destinés aux jeunes adultes, ce qui est pile poil le genre de lectures favori d’Hallie. La jeune fille ne souhaite donc pas que son blog soit soupçonné de collusion avec le monde de l’édition, d’autant moins qu’elle aimerait bien y travailler, dans l’édition – plutôt comme attachée de presse que comme éditrice, d’ailleurs, ce qui change un peu.
À cela s’ajoute la personnalité virtuelle qu’elle s’est construite : celle d’une fille cool, qui maîtrise sa vie et ses paroles, bien entourée et sûre d’elle. Ce qui est assez éloigné de sa personnalité réelle. Or, voilà le problème : une fois qu’elle est devant son meilleur ami, IRL, elle panique. Et s’il la trouvait inintéressante ? Donc paf, omission, et voilà Hallie forcée de jongler avec son double-elle.

Bref, voilà un roman qui commence doublement bien, avec deux thèmes qui me plaisent : la lecture (et la blogosphère littéraire, en l’occurrence), et la double-vie. Quelques autres thèmes comme l’amitié et l’amour (sans surprise), les relations familiales, le deuil et les études s’ajoutent rapidement mais sont traités avec un peu moins de profondeur que les deux thèmes phares.
Ce n’est pas gênant et cela apporte même du corps à l’intrigue. Car en même temps que le pataquès qu’elle a créé, Hallie doit gérer la relation avec son grand-père que le deuil a profondément transformé. Deuil qu’elle est elle-même en train de vivre. Elle est en terminale, donc elle doit également candidater à l’université et proposer un dossier qui plaira à celle de New-York, celle qui la préparera aux métiers de l’édition. À ce titre, on se rend compte que si feu Admission-Post-Bac avait été un véritable enfer à traverser (j’imagine que son petit frère, Parcoursup, est à l’avenant), les dossiers pour les facs américaines ne sont pas non plus de tout repos. Leur orientation, leur poursuite d’études et leurs carrières futures occupent toutes les pensées des personnages – du moins celles qui ne sont pas accaparées par leurs blogs respectifs. Et, bien sûr, elle doit tenter de maintenir / réparer son amitié avec Nash, à laquelle elle tient infiniment. Et ce n’est pas facile…

« Une amitié – une vraie -, ça ne se construit pas en un jour. Le chemin est pavé de maisons Barbie détruites, de hurlements sur un parking de cinéma et d’erreurs – parfois terribles. L’amitié, c’est un chaos de lignes tracées dans le sable, de loyautés remises en question et de réponses difficiles par messages. C’est oser se comparer et exposer ses insécurités.
Mais l’amitié, c’est aussi jouer au bowling selon ses propres règles. Rire à en avoir mal au ventre et les joues baignées de larmes. C’est savoir qu’on peut compter sur quelqu’un, des personnes en chair et en os à travers tout le pays, qu’un texto ou un appel suffit à rameuter. C’est avoir moins peur de sombrer dans les ténèbres quand on a des guides pour nous aider à progresser dans le noir.
L’amitié, ça n’a rien de simple. C’est difficile, énervant, génial, fragile, durable, impossible… Mais ça en vaut toujours la peine.
Toujours. »

Autre point que j’ai apprécié : la famille d’Hallie est juive et, si elle et son frère ont été élevés dans le respect global des traditions majeures, leurs parents n’ont jamais vraiment insisté sur les offices religieux. Or, le grand-père d’Hallie et Oliver, lui, tient vraiment à cette partie de son existence. De même que les camarades de lycée d’Hallie qui, peu à peu, va s’intéresser à ce que fait la communauté. Pas de panique si le prosélytisme vous colle de l’urticaire : l’autrice ne verse pas du tout  là-dedans. C’est juste un élément du décor et comme je n’ai pas l’impression de croiser souvent celui-ci, j’ai trouvé ça plutôt chouette.

Je ne vous spoile pas tellement sur l’intrigue en vous disant qu’Hallie et Nash vont peu à peu se rapprocher, du moins autant que possible avec les mensonges qu’Hallie a dressés entre eux. De ce point de vue-là, il est possible que vous ayez envie de coller de temps en temps des baffes à la jeune fille qui a mille fois – au bas mot – la possibilité d’avouer la supercherie… et n’en fait rien. Je dois dire que c’est là ce qui m’a le plus refroidie dans ma lecture et m’a empêchée de la trouver fabuleusement géniale.
L’autre détail qui m’a agacée chez Hallie est son inflexibilité quant à la littérature young-adult. D’après elle, il n’est rien de plus fatigant qu’échanger avec des adultes persuadés que la littérature YA leur est destinée. Eh bien, jeune fille, en tant que future attachée de presse spécialisée dans la littérature young adult, n’as-tu pas l’impression que tu vas devenir toi-même… une adulte lisant et défendant de la littérature YA ? Humm ? Alors ? Allez, elle a 17 ans, on lui pardonne cette erreur de jeunesse. (Même si c’est un peu idiot).
En tant que blogueuse, j’ai apprécié toutes les péripéties qui tournent autour du blog d’Hallie. Celle-ci imagine des cupcakes en accord avec les couvertures des romans qu’elle a lus et aimés. C’est vraiment un roman qui m’a (re)donné envie de bloguer, bouquiner… et cuisiner des cupcakes (du coup j’en ai fait, mais ce n’est pas ma pâtisserie préférée, en fait). Pour cette raison, je pense que le roman plaira aux blogueurs, booktubers et autres bookstragrameurs, comme aux passionnés de lecture. Mais ceux-ci n’auront peut-être pas la folle envie de se mettre au blogging, puisque l’autrice en montre aussi les effets pervers : le minutage de l’emploi du temps de Hallie pour lui permettre de jongler entre études/vie sociale/vie familiale/alimentation du blog en contenus, la gestion de ses réseaux sociaux et des trolls qui y traînent, les réflexions autour de sa personnalité numérique et des prises de position que sa communauté attend d’elle – ou pas. Bref : beaucoup de pression pour une jeune fille.

En bref, voilà un roman ado bien sympathique et qui n’aura pas fait long feu. Certaines péripéties et certains points de vue ne m’ont pas tellement convaincue, mais le style fluide et l’enchaînement rapide des rebondissements ont rendu ma lecture très prenante. Si l’intrigue n’est pas follement surprenante, je me suis laissée porter par l’histoire d’Hallie – ses amitiés, ses amours, ses emmerdes, si l’on peut dire. Une petite lecture douceur parfaite pour l’été !

Triangle amoureux (ou pas), Marisa Kanter. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Montier.
Lumen, juin 2020, 433 p.

[2017] Petit bilan estival

Une fois n’est pas coutume, c’est un bilan pour les deux mois de juillet et août que je vous propose (faute de temps pour faire celui de juillet). Mine de rien, j’ai pas mal lu, mettant à profit un tas d’heures de transport et quelques jours de vacances – bien méritées, de mon point de vue !

Carnet de lectures. 

Côté romans.

Dans la peau de Sam, Camille Brissot, éd. Syros.
Charlie est belle, populaire et pas toujours des plus sympathiques, n’hésitant pas à se moquer de Sam, le loser du collège dont tout le monde se moque. En même temps, tout le monde se moque de lui, donc c’est facile. Alors qu’elle est à la fête foraine, Charlie aperçoit Sam en train de s’introduire dans une caravane dont l’accès est interdit au public. Curieuse, elle le suit… et mal lui en prend. Car dans la caravane se dissimule une attraction secrète qu’ils expérimentent un peu par inadvertance. Et c’est le drame ! Car à la sortie, Charlie est piégée dans le corps de Sam, et vice-versa. Et pas le temps de se renseigner, car voilà déjà l’heure de rentrer, chacun chez soi. Objectif : donner le change et surtout, récupérer chacun son corps !
L’intrigue est très courte (le roman fait une petite centaine de pages) et bien menée : les adolescents sont vite et bien caractérisés et l’histoire démarre très vite. Evidemment, vous vous doutez bien que les personnages vont finalement se découvrir et s’apercevoir que leurs bisbilles reposent sur du vent. Mieux, Charlie (que l’on suit plus que Sam), s’aperçoit que la position du harcelé est vraiment atroce… ce qui va la faire réfléchir à ses actes. Sans être moralisateur, le roman amène à une réflexion et c’est parfait ! En bref : une intrigue assez classique, mais néanmoins particulièrement efficace !

On n’a rien vu venir, collectif (éd. Alice).
Des manifestations de liesse populaire ont lieu dans tout le pays : le Parti de la Liberté a gagné les élections…
Mais, très vite, le nouveau pouvoir exclut tous ceux qui s’éloignent un tant soit peu de la norme – les « mal-habillés », les « trop-fonçés », les « pas-assez-valide »…- et instaure des règles de plus en plus contraignantes : une heure de lever obligatoire pour tous, des jours de congés fixes, des choses que l’on ne peut pas dire, faire, manger ou porter… La liste des nouvelles lois et prohibitions s’allonge, les contrevenants sont traqués et des caméras de surveillance sont installés dans certains domiciles.
Comment en est-on arrivé là ?
Dans ce roman à 7 voix, 7 grands noms de la littérature jeunesse (Sandrine Beau, Séverine Vidal, Fanny Robin, Agnès Laroche, Annelise Heurtier, Clémentine Beauvais, Anne-Gaëlle Balpe) livrent un roman d’anticipation reposant sur les résultats des élections, mettant au pouvoir un parti d’extrême-droite dont l’arrivée est perçue de différentes façons par les familles que l’on suit : il y a celle qui a voté pour et qui se réjouit, ceux qui partent faire le tour du monde sur un voilier, ceux qui n’ont pas la bonne teinte et sont terrifiés.
Évidemment, dans le contexte actuel, c’est une lecture frappante. Et ce d’autant plus qu’elle est narrée à hauteur d’enfants, lesquels ont des réflexions percutantes. Un roman à lire et à relire et, surtout, à faire circuler !

La Mythologie viking, Neil Gaiman (Au Diable Vauvert)
Gaiman est fin connaisseur des mythes nordiques et ça se voit. Il les reprend en une quinzaine de nouvelles, allant d’avant la création des neuf mondes au Ragnarok. Au milieu, quelques 15 textes mettant en avant la sagesse d’Odin, l’impétuosité de Thor ou la rouerie de Loki, lequel finit généralement par s’en sortir sans égratignures.
La plongée dans la mythologie est très accessible : les récits sont courts, les péripéties s’enchaînent et les histoires, si elles se dirigent toutes clairement vers le Ragnarok, semblent pourtant légèrement déconnectées les unes des autres – idéal pour une lecture morcelée, donc. Malheureusement, j’ai trouvé les récits à la fois un peu courts et un peu trop superficiels ; j’avais l’impression que l’on restait toujours trop à la surface des personnages comme des péripéties. L’avantage, c’est que l’entrée en mythologie est facile et qu’on appréhende rapidement les particularités des mythes nordiques, d’autant que les péripéties sont limitées à leurs plus stricts développements – on ne se perd pas en circonvolutions inutiles. Une chouette plongée chez les dieux nordiques, mais qui m’a laissée un poil sur ma faim.

Rose givrée, Cathy Cassidy.
On ne présente plus Cathy Cassidy. Ou bien si ? Allez, vite fait. Elle est l’auteure de la série (jeunesse) au très long cours Les Filles au chocolat qui met en scène les aventures d’une famille nombreuse recomposée. Dans Rose givrée, on suit Jude, 13 ans, dont la famille l’embarrasse énormément : sa grand-mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer et éprouve une passion immodérée pour les écharpes de trois pieds de long qu’elle tricote n’importe où ; son père est un sosie officiel d’Elvis et ne trouve rien de mieux que de débarquer en costume de scène à la réunion parents-profs du collège ; sa mère, quant à elle, digère mal le naufrage de sa vie, le futur remariage du père de Jude, et s’est donc remise… à boire. On comprend donc que Jude tente au maximum d’éloigner ses camarades de sa famille ou de toute question trop personnelle. L’histoire ressemble à une chronique adolescente : on suit Jude dans la période plus que turbulente qu’elle traverse, marquée par des thèmes très forts (Alzheimer, alcoolisme, amour, deuil…). Le roman se présente sous des dehors acidulés mais s’avère, finalement, nettement plus profond qu’il n’y paraît. Mais Cathy Cassidy parvient à conserver une légèreté de ton bien appréciable qui rend à la fois le roman très accessible (pour de jeunes lecteurs) et pas trop déprimant (malgré quelques passages plutôt tristes). Bonne pioche, donc !

The Generations, tome 3, Alone, Scott Sigler.
On retrouve Em et les autres un an après la fin du tome précédent ; les Sauterels et eux ont noué une alliance et oeuvrent de concert sur Omeyocan, tentant de comprendre les machines dont dispose l’Observatoire. L’inquiétude règne pourtant : trois vaisseaux, plus le Xolotl, qui transporte les Adultes, font route vers la planète, avec des intentions manifestement belliqueuses. De plus, des Sauterels renégats, les Querelleurs, attaquent aussi bien leurs congénères que le peuple d’Em. Celle-ci constate en outre que les siens deviennent de plus en plus violents, et voient le meurtre comme une réponse acceptable au moindre problème… Se pourrait-il que le Dieu du Sang existe vraiment et qu’il attise la violence des uns et des autres ?
J’avais bien aimé les deux premiers tomes de cette série mais force est de constater qu’avec celui-ci, la sauce n’a pas pris. Au début, je me suis copieusement ennuyée. Pourtant, il se passe plein de choses ! Mais, pour une raison qui m’échappe, impossible d’accrocher aux aventures d’Em et compagnie. Comme dans le tome précédent, j’ai eu l’impression que l’action ne démarrait vraiment qu’une fois passée la moitié du roman (soit 300 pages, quand même, à l’issue desquelles j’étais plus lassée que véritablement intéressée). Une fois que celle-ci a été installée, j’ai eu du mal à accrocher à ce que vivaient les protagonistes ; non pas que ce ne soit pas inventif (c’est même plutôt très original !) mais je n’étais pas du tout dedans. Attention, je spoile dans la phrase suivante.
Je crois que l’aspect larve cosmique qui manipule tout le monde ne m’a pas du tout parlé.

Fin du spoiler.
Je me suis astreinte à le finir (des fois que…) mais la fin, quoique vraiment bien tournée, n’a pas réussi à m’emballer davantage.
◊ Dans la même série : Alive (1), Alight (2).

Rayon bulles. 

Un autre regard : trucs en vrac pour voir les choses autrement, Emma. 
Vous connaissez peut-être le blog d’Emma ? Elle y parle de tout un tas de sujets d’actualité, sur lesquels elle porte un regard réaliste, féministe et politique. Et elle vient de signer sa première publication papier, que j’ai lue cet été.
Premier constat : ça se lit extrêmement vite ! En fait, les illustrations sont celles du blog, sur fond blanc, donc de fait, c’est assez rapide à lire. D’autant qu’Emma expose les sujets assez rapidement et qu’elle va droit au but dans ses explications. Celles-ci sont évidemment subjectives, mais également réalistes car Emma se base sur des témoignages de personnes. Au fil des pages, il est question de violences policières contre les opprimé-es, de la charge du regard masculin (notamment en entreprise !), du mépris général que subissent les femmes (au niveau médical, social, personnel !) et d’un tas d’autres choses, de préférences pêchées dans les sujets tabous ou royalement ignorés par la presse généraliste. Et au final ? C’est drôle, vivant, hyper instructif et ça donne envie de se remonter les manches.

Culottées, tome 1, Pénélope Bagieu.
Pénélope Bagieu dresse les portraits de 15 femmes (d’origines et d’époques diverses) qui ont outrepassé les normes sociales dans lesquelles on aurait aimé les enfermer pour faire des choses extraordinaires : d’Agnodice, gynécologue de l’Antiquité grecque à N’zingha, reine Angolaise, en passant par Tove Jansson, la maman des Moomins, et Margaret Hamilton, terrifiante sorcière du Magicien d’Oz, elle brasse large. Chaque femme est croquée en deux-trois pages, dans un graphisme épuré (parfois trop à mon goût) et usant de peu de couleurs. Les portraits contiennent évidemment un tas d’infos passionnantes mais sont aussi drôles et enlevés – et pointent du doigt les incohérences de la société, au passage. L’ennui, c’est qu’un portrait en si peu de pages, c’est vraiment trop court, donc pas possible de creuser le sujet, malheureusement. Mais c’est une bonne entrée en matière pour découvrir plus avant l’oeuvre de ces pionnières !

Cinéma.

J’ai été un peu plus assidue au ciné cet été (bon, toutes proportions gardées, j’y suis allée deux fois, mais ça reste un bon score vu ma fréquentation dramatique des salles obscures en ce moment…).
Et dans l’été, je me suis fait violence, et je suis allée voir… Mission Pays Basque. Sans surprise, c’était moisi – et plus si affinités.
C’est donc l’histoire de Parisienne Blondinette qui fait un boulot chiant dans le commerce et qui débarque à Bayonne city (même si c’est Saint-Jean de Luz qui est filmé) pour racheter la quincaillerie du vieux Fernan, de préférence en l’entubant sec, puisque le cul-terreux n’y entend forcément rien en immobilier. L’ennui, c’est que le vieux n’a plus toute sa tête et qu’il ne sait plus trop où il range les 50 briques que Parisienne Blondinette lui a refilées sous le manteau en guise de promesse de vente (au cas où vous vous poseriez la question, non, ce n’est pas légal). D’ailleurs, il n’a même pas la possibilité de vendre sa boutique, vu qu’il est sous tutelle et que, pour ça, il faudrait s’adresser à Beau-Brun-Ténébreux-Basque-et-Célibataire, son neveu (chemise de bûcheron sur l’affiche, fabricant d’espadrilles et repreneur officiel de Luis Mariano. Qui a dit cliché ?).
Celui-ci n’est pas jouasse d’apprendre que la touriste espère implanter sa cochonnerie commerciale au pays et attend la donzelle de pied ferme – laquelle ne tarde pas à revenir, car son boss n’est pas content et son mec, qui est accessoirement son responsable et futur mari (spoiler : plus pour longtemps), non plus. Parisienne Blondinette débarque donc avec armes et bagages, lesquels contiennent en sus son futur (et très jeune) beau-frère, en stage pour préparer sa rentrée dans une école de commerce huppée et très chère (et à qui les scénaristes ont carrément consacré une histoire secondaire qui n’apporte rien, sinon de l’ennui). À compter de là, un seul objectif pour Parisienne Blondinette : conquérir Beau-Brun-Ténébreux-Basque-et-Célibataire afin de racheter une bouchée de pain la boutique et implanter sa supérette, de préférence en lui en mettant plein la vue avec sa supériorité de citadine – stratégie qui, on s’en doute, ne passe pas super bien : après tout, c’est un bouseux, et les bouseux, ça ne connaît rien au chic et choc.
S’ensuivent, à partir de là, une flopée consternante de clichés confinant à l’erreur, pour les biens de la prod’ (laquelle ne prend même pas la peine de corriger son abyssale connerie et s’y roule allègrement) : en vrac et dans le désordre, l’ours brun en goguette en montant à l’Atxurria entre Sare et Zugarramurdi (alors oui, il y a des ours dans les Pyrénées, mais là, certainement pas…) ; Luis Mariano ad nauseam (c’est vrai qu’il n’existe rien de plus moderne en musique en dehors de lui dans le coin) ; et, bien entendu, l’inévitable complot terrorriste orchestré par la Belle-et-Rebelle-Ex de Beau-Brun-Ténébreux-Basque-et-Célibataire-Plus-Pour-Longtemps-Non-Plus (pour laquelle le damoiseau a ÉVIDEMMENT fait de la prison. Parce que c’est bien connu, le Basque est forcément terroriste ET ex-taulard, sinon c’est du toc). Mais là, au moins, faisons contre mauvaise fortune bon coeur : les musulmans en prennent à peu près autant plein la gueule que leurs infortunés compagnons de clichés, puisque le-dit complot vise à fournir les premiers en armes automatiques. Tant qu’à faire, autant brasser large, hein, on n’est pas sectaires.
Je passe rapidement sur la fatidique romance cul-cul qui se noue entre Blondinette Parisienne et Beau-Brun-Ténébreux-Basque-plus-tellement-Célib’, parce que c’est tellement cliché que ça en devient fatigant de prévisibilité. Mais bon, vous comprenez, elle découvre subitement l’amour de la Terre et de la campagne et de l’air pur, plaque son boulot chiant et devient commerçante locale (pour diffuser ses petits producteurs amoureusement choisis) parce c’est tellement plus bio-bobo-écolo éthique et responsable. Et en plus, ils s’aaaiiiment. Mais que demande le peuple ?!
Bref. J’ai fait ma BA, on ne m’y reprendra pas – j’ai quand même noté qu’ils avaient sans doute eux aussi souffert sur Rencontre pimentée à Espelette et décidé de faire partager. Merci les gars, fallait pas. (Vraiment).

Heureusement, le reste était mieux.
Pendant la Nuit des Étoiles, vu que le temps n’était pas trop de la partie (ciel couvert), je suis allée voir Valérian et la Cité des mille planètes et je dois dire que j’ai passé un bon moment – même si j’ai pas mal grogné pendant le film.
Valérian et Laureline sont des agents spatio-temporels, mandatés par le Ministre de la Défense pour enquêter sur ce qui se cache au sein de l’Alpha, une extraordinaire cité intergalactique où se croisent des espèces venues de l’univers entier. En effet, ce qui se cache là semble être radioactif et en pleine expansion, donc autant dire que c’est pas glop.
L’histoire est un peu cousue de fil blanc mais menée à bon train, ce qui fait qu’à aucun moment je me suis dit que c’était long et pénible (premier bon point). Les dialogues sont vifs, il y a du suspens, des retournements de situation intéressants et, si le jeu des acteurs ne m’a pas toujours transcendée, Valérian est cabotin comme je l’imaginais. En revanche, je suis vachement plus circonspecte sur le rôle de Laureline qui tient lieu, au mieux, de side-kick dispensable (que Valérian va sauver, évidemment, parce qu’après tout, s’il n’y a pas de donzelle en détresse, Hollywood est grognon). Bon, et vous allez dire que je chipote, mais je n’ai pas tellement kiffé non plus l’armure de Laureline, qui semble en surajouter côté protubérances mammaires. Alors que les militaires ont toutes des gilets en kevlar plat, là, on ne sait pas pourquoi, elle a une armure avec des meules agressives. Sans doute pour terroriser l’ennemi ?
Heureusement, comme je le disais, on se rattrape sur la photographie : les combats sont cools (même si pas toujours faciles à suivre), l’univers tient visuellement la route et les aliens ont de la gueule. Mention spéciale à la longue scène montrant la construction de la cité des mille planètes, qui m’a tout l’air d’avoir été pensée comme un hommage aux grands films de SF et à leurs aliens respectifs. S’il y a une suite, j’irai la voir.

 

Au rayon séries, je me suis littéralement enfilé The 100, adapté du roman éponyme de Kiera Cass – lequel m’est, lui, littéralement tombé des mains tellement je l’ai trouvé chiant et mal écrit.
Il y a un petit siècle, un holocauste nucléaire a décimé la population terrienne ; les seuls survivants sont les 2 400 habitants des douze stations spatiales en orbite à ce moment-là, qui se regroupent pour n’en former qu’une : l’Arche. Trois générations nées dans l’espace plus tard, les ressources s’épuisent sur l’Arche et l’oxygène vient à manquer drastiquement malgré les mesures draconiennes prises pour assurer la survie (un seul enfant par famille, peine capitale sauf pour les mineurs, etc.). La direction prend donc la décision d’envoyer secrètement 100 prisonniers (mineurs, si vous avez bien suivi) à la surface de la Terre, afin de voir si celle-ci est de nouveau habitable ou non. Parmi les 100, Clarke, fille du médecin en chef de l’Arche, Wells, fils du Chancelier, Finn qui a grillé un mois d’oxygène pour offrir une sortie dans l’espace à sa copine, ou encore Bellamy et Octavia, seuls frères et soeurs de l’Arche qui vont devoir s’allier (ou pas) pour survivre et assurer la survie des leurs.
Pour ce que j’ai pu en voir, la série ne suit que d’assez loin les romans (ceux-ci tiennent sur quelques jours à peine par tomes alors que la première saison s’étale déjà sur un gros mois) et elle s’est révélée très prenante ! Le côté survival est rapidement mâtiné de polar et d’espionnage – car, évidemment, les 100 ne sont pas tous seuls et les autres ne les voient pas nécessairement débarquer d’un très bon oeil. Sans compter qu’ils ne sont pas forcément d’accord entre eux sur ce qu’il convient de faire et qu’ils peuvent s’opposer assez méchamment.
Dans les premiers épisodes, Clarke me tapait gentiment sur le système mais, le temps passant, je me suis prise d’affection pour elle. Les personnages sont vraiment soignés et proposent des personnalités à la fois tranchées et complexes. Ils sont souvent embringués dans des dilemmes moraux qu’ils résolvent à leur sauce, qui n’est pas forcément la nôtre mais qui est toujours intéressante.
L’univers est vraiment bien travaillé lui aussi : car les Terriens ont développé leurs propres sociétés, pour certains leur propre langue (j’ai trouvé que le travail sur la langue était d’ailleurs excellent) et leurs propres coutumes. Comme tout le monde essaie de survivre, je ne vous cache pas que c’est parfois assez trash – et je ne parle pas seulement de voir votre personnage favori succomber sous les coups de l’ennemi après avoir vaillamment lutté. Si les scénariste n’évitent pas quelques clichés du genre, dans l’ensemble, ils savent se renouveler pour proposer des péripéties intéressantes, qui ne tournent pas trop en rond et qui explorent quelques pistes traditionnellement délaissées (ce qui change un peu). La saison a été officiellement renouvelée pour une saison 5 (il m’en reste donc deux à voir) et c’est une bonne nouvelle !

Tops & Flops.

C’est un bilan sur deux mois, mais comme je n’ai eu que 3 lectures en demi-teinte, j’ai gardé le principe de la rubrique : 3 déceptions ou assimilés (dont je vous parle en premier), 3 chouettes découvertes.

Je l’attendais avec impatience, car le résumé me semblait prometteur : le premier tome de The Effigies, Les Flammes du destin (de Sarah Raughley) mais, malheureusement, le roman ne m’a pas tellement emballée. L’héroïne ne m’a pas toujours semblé bien crédible et la narration non plus (d’autant que c’est elle qui se charge de l’histoire). Néanmoins, l’univers était très intéressant !


J’ai déjà parlé des deux autres déceptions plus haut dans ce bilan ; je n’ai pas été tellement emballée par La mythologie viking de Neil Gaiman et par Alone de Scott Sigler qui, pourtant, se présentaient tous deux sous les meilleurs augures.

Côté excellentes découvertes, en revanche, j’ai été servie et il m’a même été assez difficile d’arrêter mon choix sur seulement trois titres. Je vais donc les présenter dans l’ordre des lectures.
J’étais très curieuse de lire la suite de Je suis Adele Wolfe, de Ryan Graudin, dont j’avais adoré le premier volume. Celui-ci a été à la hauteur de mes attentes (malgré l’absence des motos) et a carrément propulsé la série entière au rang de mes romans post-apocalyptiques favoris !

Ensuite, j’ai découvert un livre qui sort fin septembre, L’aube sera grandiose, un FABULEUX roman d’Anne-Laure Bondoux, que j’ai lu d’une traite, scotchée par l’intrigue hautement palpitante et les personnages plus qu’attachants qui l’animent. Je suivrai avec attention l’actualité éditoriale d’Anne-Laure Bondoux !

Enfin, j’ai lu cet été avec un immense plaisir le troisième tome des Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier, Mers brumeuses et quelle découverte, encore une fois ! J’adore cette série et chaque tome semble être un nouvel enchantement !
Si vous êtes curieux, Chloé Chevalier répond actuellement à une interview participative et au long cours ici chez Bookenstock ! (Vos questions sont les bienvenues).

 

Citations.

« Oh, beau tee-shirt, Inès, ajoute-t-il un brin railleur en le découvrant sur les épaules de la jeune fille.
– Merci. C’est près de chez moi, sourit Inès en montrant le logo du golf de Bassussary avec son index.
– Un peu touristique, non ? demande-t-il plus sérieusement cette fois. C’est le drame de l’Iparralde. C’est un paradis pour touristes mais les habitants, ceux qui y sont nés, y vivent, y travaillent, sont chassés toujours plus loin du fait du prix des terrains. »
Galeux, Bruno Jacquin.

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« Il est systématiquement précisé (et souligné comme un fait inouï) que Wu Zetian était « redoutable », « ambitieuse » et « intransigeante ». Des traits de caractère communs (et valorisés) chez à peu près tous les empereurs de l’histoire… mais visiblement moins faciles à digérer chez une impératrice. »
Culottées, tome 1, Pénélope Bagieu.

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« J’ai deux mules et trois maris. Je sais reconnaître une face obstinée quand j’en vois une… »
« Prydain, tu ne m’as pas menti. Ce ne sont pas les mots qui nous blessent le plus, mais bien les silences qui nous tuent. »
Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro.

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« Loki, déclara-t-il. C’est Loki qui a fait ça.
– Pourquoi dis-tu cela? […]
– Parce que, lui dit Thor, dès que quelque chose ne va pas, la première idée qui me vient toujours à l’esprit est d’y voir la faute de Loki. Ça fait gagner un temps considérable. »
La Mythologie viking, Neil Gaiman.

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« Alexandre, dégageait une telle confiance qu’il parvenait à me mettre à l’aise.
Souvent.
Le reste du temps, j’avais envie de le gifler. »

« Comment réveille-t-on les princesses, d’habitude?
Je la gifle. »
Le Noir est ma couleur, tome 2, La Menace, Olivier Gay.

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– Pourrais-tu regarder le moteur ?
A le voir, on aurait dit qu’il n’était capable de rien, à part se rendormir. Luka avait vu des plantes mortes possédant davantage d’aplomb.
Je suis Adele Wolfe, tome 2, Ryan Graudin.

***

« Vous pensez qu’ils l’ont tué ? demanda-t-elle d’un ton incertain.
– S’ils l’ont tué, je les tuerai, affirma Bluebell, qui avait envie d’occire quelqu’un. »

« Elle commençait à apprécier Lang, comme elle finissait par apprécier tout le monde. Rowan avait ce charme particulier qui faisait que les gens avaient envie de faire des choses pour elle. Depuis quelques semaines qu’il était arrivé, Lang lui avait déjà sculpté des poupées, l’avait aidée à remettre un oisillon dans son nid et s’était mis à quatre pattes pour qu’elle le chevauche comme un poney. »

« Après votre dernière visite, je l’ai trouvé triste. C’était à cause de vous ?
– J’ignore ce que Snowy a dans le coeur, marmonna Bluebell.
Cela arrivait parfois lorsqu’elle baisait un type : il tombait amoureux d’elle. Et pourtant, elle était moche comme une meule avec son nez cassé et recassé. Elle ne s’attendait pas à pareille réaction de la part de Snowy. Merde, il avait été son favori. »
Le Sang et l’Or, tome 2, Les Soeurs du feu, Kim Wilkins.

Chasseurs de livres #1, Jennifer Chambliss Bertman.

Un livre caché. Un message codé. La chasse peut commencer.
Émily est une passionnée de la Chasse aux livres, un jeu créé par son idole, le célèbre éditeur californien Garrison Griswold. Il s’agit de décrypter des messages codés pour trouver l’emplacement de livres cachés !
Mais lorsqu’elle emménage avec ses parents à San Francisco, patrie de la Chasse aux livres, elle est choquée d’apprendre que M. Griswold a été agressé alors même qu’il allait lancer une nouvelle quête livresque d’une ampleur inédite.
À elle et à ses amis de jouer !

Chasseurs de livres est un peu le mélange parfait pour les amateurs de lecture et de chasse au trésor : en effet, Émily est accro à Book Scavenger, un site qui répertorie des livres voyageurs que l’on ne peut trouver qu’en résolvant les énigmes laissées par ceux qui ont caché les livres. Vous, je ne sais pas, mais moi ça me vend du rêve.
De temps en temps, le créateur du jeu, Garrison Griswold, organise un jeu spécial dans sa ville, San Francisco. Ce qui est la seule raison pour laquelle Émily est, cette fois, contente de déménager — ses parents ayant en effet décidé d’avoir une maison dans chaque état des États-Unis, ils déménagent tous les ans, au grand dam de la jeune fille qui ne peut se lier d’amitié avec personne.

Jennifer Chambliss Bertman nous dresse le portrait d’une jeune fille solitaire, qui n’ose pas se lier avec les autres en raison de ses constants déménagements. En quelques pages, elle nous croque un portrait particulièrement touchant. Et l’intrigue de fond démarre rapidement, Émily mettant assez vite la main sur ce qu’elle pense être le départ du nouveau jeu issu du génial cerveau de Garrison Griswold. Et ce qui est palpitant, c’est que l’histoire démarre sur les chapeaux de roue, et à tous les niveaux : Émily se lance à fond dans sa quête mais, en même temps, rencontre son voisin James, lui aussi fan des crytpogrammes et avec qui elle se lie rapidement d’amitié. Parallèlement, elle doit faire face au gouffre qui se creuse entre elle et son frère, leurs goûts changeant avec l’adolescence. Tout en gérant sa propre adolescence, son arrivée dans une énième nouvelle école inconnue et une nouvelle maison !
Ainsi, sous des dehors de roman d’aventure dynamique — ce qu’il est indéniablement ! — le roman évoque des sujets de société comme le déracinement, l’amitié, les relations familiales, l’angoisse d’une nouvelle école où l’on ne connaît personne, ou la crainte de ne pas être adoubé par la majorité. Autant de thèmes susceptibles de parler au plus grand nombre !

Mais ce que j’ai préféré, c’est évidemment la chasse au trésor à laquelle se livrent Émily et James. Le texte est bardé d’énigmes, cryptogrammes et autres messages codés à décrypter — pas de panique, toutes les solutions sont données. La chasse au livre et au trésor est particulièrement prenante, d’autant qu’Émily et James ont affaire à de sérieux opposants, qui ne reculent devant aucun coup bas. J’ai également aimé que celle-ci soit fondée sur l’œuvre d’Edgar Allan Poe, dont la production sert de supports aux indices de la chasse? On en apprend donc pas mal sur la littérature du XIXe siècle, mais aussi sur l’histoire littéraire, qui dissimule elle aussi son lot de petites énigmes et de grandes disputes. Et ça m’a même donné envie de remettre le nez dans les écrits d’Edgar Allan Poe — qui m’a terrifiée au point de m’infliger de longs mois de cauchemars avec son Double assassinat dans la rue Morgue, que je n’ai jamais fini ! Mais pas seulement, car il est aussi question des écrits de Dashiell Hammett, Jack Kerouac et de la Beat Generation : idéal pour en apprendre un peu !

J’ai donc éprouvé une tendresse particulière pour la jeune héroïne de Jennifer Chambliss Bertman : Emily doit faire face à de nombreux problèmes qui touchent les adolescents (mais pas que, car les adultes ont également droit à leurs histoires) : ainsi, il est question au fil des pages de déracinement, de la vie en société, de la découverte d’un nouvel environnement, d’amitié ou de relations familiales. Le tout servi sous couvert d’une passionnante chasse au livre, truffée d’énigmes et d’anecdotes liées à la vie littéraire du XIXe siècle. L’intrigue est dynamique, les personnages attachants et le tout s’est avéré particulièrement prenant. S’il devait y avoir une suite, je ne manquerai pas de la lire !

Chasseurs de livres #1, Jennifer Chambliss Bertram. Traduit de l’anglais par . R. Laffont, février 2017, 429 p.

A Silent voice 5-7, Yoshitoki Oima.

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Après la sortie au parc d’attractions qui a regroupé plusieurs anciens camarades, Shoya est embarqué dans le projet de film de Tomohiro, qui le propulse assistant. Premier problème : alors que l’histoire du film s’inspire de la rencontre providentielle entre Tomohiro et Shoya, qui n’aurait jamais eu lieu sans Shoko, celle-ci ne fait pas partie de l’équipe et les participants semblent trouver normal de l’écarter en raison de sa surdité, ce qui ne plaît pas du tout à Shoya. Second problème : Tomohiro veut absolument tourner une scène dans une école. Il charge donc Shoya d’aller demander l’autorisation de filmer dans son ancien établissement. Pour des raisons évidentes, celui-ci n’a pas particulièrement envie de remettre les pieds là-bas, d’autant que Tomohiro convainc Shoko de l’accompagner. C’est finalement Satoshi, un jeune homme très critique envers les enfants cruels, qui accompagne Shoya.
Celui-ci éprouve des sueurs froides à l’idée que son secret soit révélé… ce qui ne manque pas, ravivant toutes les tensions qu’il avait, jusque-là, réussi à apaiser.

Ce cinquième volume fait office de pause dans l’intrigue car il met de côté l’histoire entre Shoko et Shoya pour étudier les conséquences de l’odieux comportement de Shoya lorsqu’il était enfant.

Si la mère de Shoko l’exècre toujours au plus haut point, ses camarades de classe qu’il vient de retrouver semblent avoir passé l’éponge, ce qui ne lasse pas d’étonner un Shoya en quête de rédemption. Pire : lorsqu’il retourne dans son école, son ancien professeur semble suggérer que le problème venait de Shoko elle-même ! Ajouté au fait que l’ensemble de ses camarades participant au film semble trouver normal d’écarter Shoko en raison de son handicap, Shoya comprend qu’il y a encore un long chemin à parcourir pour atteindre la tolérance – chemin qu’il n’a, lui-même, pas fini de parcourir.
Comme le volume développe plusieurs arcs narratifs, il semble un peu plus lent que les autres. Parallèlement, Yoshitoki Oima évoque la réalisation du film, la relation amicale (mise à mal) entre Shoya et Tomohiro et, de façon plus générale, entre Shoya et ses camarades, l’étrange relation qui unit Shoya à Shoko (laquelle continue de penser qu’elle est la cause de tous les maux), ainsi que la perception du handicap dans la société (qui aurait bien besoin de progresser).
Les rumeurs allant bon train, Shoya est de nouveau au centre de toute l’attention, ce dont il se serait bien passé. À nouveau, le suspense psychologique est très fort, puisqu’on se demande si Shoya va réussir, cette fois encore, à s’en sortir.
C’est, finalement, sur les toutes dernières pages que se concentre toute l’action : les derniers événements changent beaucoup de choses, amènent encore plus de questions et, surtout, laissent le lecteur sur des charbons ardents !

Malgré une petite baisse de rythme, voilà encore un tome passionnant et qui donne de plus en plus envie de lire la suite !

A Silent voice, tome 5, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, octobre 2015, 192 p.

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A l’issue du volume précédent, Shoya sauvait in extremis Shoko d’une chute mortelle. Et c’est finalement lui qui se retrouve branché à une machine, coincé sur un lit d’hôpital…

Voilà un opus bien différent des précédents ! En effet, l’histoire tourne, généralement, autour de Shoya. Or, là, il en est totalement absent, puisque dans le coma. Cela laisse toute latitude à Yoshitoki Oima pour développer les autres personnages, comme les familles respectives de Shoya et Shoko, que l’on voit, finalement, assez peu dans le reste du manga. Ce que l’on découvre sur l’une et l’autre est vraiment intéressant et permet de remettre pas mal de choses en perspective, notamment du côté de Shoko.
Et, alors que la petite bande d’amis semble de plus en plus soudée, l’odieuse Naoka contine de représenter la frange qui pense que les personnes handicapées ne sont qu’un poids mort pour la société. Yoshitoki Oima procède à un examen des mentalités assez poussé, tout en laissant entrevoir une possible amélioration de ces mêmes mentalités.

Bon an mal an, le tome se déroule sur un rythme que l’on pourrait presque trouver monotone comparé à ce qui s’est passé avant. Mais c’est aussi l’occasion pour les personnages de se remettre en question – et il y en a à qui ça ne fait vraiment pas de mal !

Tout cela aboutit à une scène de conclusion relançant immédiatement les interrogations ! Sachant qu’il ne reste qu’un tome, on se demande comment l’auteur va parvenir à conclure cette émouvante histoire. 

A Silent voice #6, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, janvier 2016, 
192 p.

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Et voici venue la conclusion tant attendue de la série phénomène de Yoshitoki Oima !

Et, au vu des six premiers tomes, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir une légère pointe de déception à la lecture de celui-ci. En effet, cette conclusion a un petit goût d’inachevé, comme si l’auteur n’était pas allée vraiment au bout des choses au vu des pions qu’elle avait avancés.
Bon, il faut nuancer un peu : toutes les intrigues trouvent une conclusion ici et on assiste même à l’entrée de Shoko et Shoya dans la vie adulte, main dans la main, ce qui est bien agréable quand on voit d’où ils sont partis. Mais voilà, peut-être la part de midinette qui, manifestement, se terre quelque part en moi, en espérait-elle un peu plus.

Malgré cela, A Silent voice est une série qui vaut vraiment le détour. Yoshitoki Oima signe une série lumineuse, émouvante, pleine d’émotions, qui traite avec intelligence et subtilité le thème du handicap – aujourd’hui toujours tabou et ce, quel que soit le pays dont on parle.
Elle brasse, ainsi, de nombreux thèmes, tous creusés : harcèlement scolaire, amitié, amour, adolescence. C’est une série très émouvante, mais aussi riche d’enseignements , à mettre entre toutes les mains ! 

A Silent voice #7, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, avril 2016, 192 p.

◊ Dans la même sérieA Silent voice (1-2) ; A Silent voice (3-4).

Le Temps des mitaines, Loïc Clément & Anne Montel.

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Arthur vient d’emménager dans le village des Mitaines. Dès son premier jour dans la nouvelle école, il apprend qu’un élève a mystérieusement disparu. Sa curiosité est piquée, et avec l’aide de ses nouveaux amis, l’amusante Pélagie, l’intrigante Kitsu, le génie de la bande Gonzague et son fidèle compagnon Willo, il se met en tête de trouver le coupable !

Je vous ai parlé il y a peu du deuxième volume de cette série ; cette fois, ça y est, j’ai lu le premier et ça en valait vraiment la peine !

L’histoire s’ouvre sur la double inquiétude d’Arthur : non seulement il entre dans une nouvelle école où il ne connaît personne mais, en plus, son pouvoir magique ne s’est pas encore révélé et il craint que tous les autres n’aient déjà le leur. A cette double angoisse vient bientôt s’en ajouter une troisième : alors que ses camarades sont plutôt sympa et l’école pas si terrifiante, la petite communauté des Mitaines est frappée par des enlèvements inexpliqués. Bientôt, l’angoisse s’installe sur tout le village.

« Du coup, j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle…
– C’est quoi la bonne ?
– Je ne crois pas que les élèves se soient fait enlever.
– Super ! Et la mauvaise ?
– Je pense qu’ils se sont fait DÉVORER ! »

Le lecteur est très vite plongé dans l’ambiance bucolique et agréable des Mitaines. Mais, au fil des pages, celle-ci s’assombrit nettement. Au fil des chapitres et de l’enquête – pas toujours discrète – menée par Arthur et ses amis, le suspens monte : sont-ils en danger ou vont-ils trouver le fin mot de l’histoire avant les adultes ? Ceux-ci, empêtrés dans des problèmes d’adultes (faut-il fermer l’école et créer un mouvement de panique ?), ont d’ailleurs bien de la chance d’avoir des enfants aussi perspicaces pour les seconder.
Le petit groupe d’amis est varié et on les suit avec plaisir : il y a Gonzague, l’escargot aux phrases alambiquées et incompréhensibles ;  Willo, la luciole qui n’éclaire jamais aussi fort que lorsqu’il est terrifié ; Pélagie, la souricette tête-en-l’air et déjantée ; Arthur, l’ourson fraîchement débarqué ; et, last but not least, Kitsu, l’énigmatique renarde solitaire. On s’attache très vite à ce petit groupe disparate qui sait mettre de côté les différences des uns et des autres et promeut entraide et solidarité.
Les auteurs parviennent à mêler petites intrigues personnelles et scolaires à l’enquête plus générale dans un ensemble harmonieux. Résultat, l’histoire est très rythmée et on ne s’ennuie pas une minute. De plus, le ton est plein d’humour : malgré l’aspect très sombre de l’histoire, on rit donc beaucoup aux blagues potaches des uns et aux sorties sans queue ni tête de Pélagie.

« Si faut se déguiser en tabouret en rotin pour enquêter dans l’ombre. J’suis votre homme !
– T’es une fille. Pélagie !
– C’est pas grave je ferai la chaise ! »

Il faut, enfin, évoquer le dessin. Les aquarelles dans des tons pastel offrent un univers doux et harmonieux, avec un côté bucolique et enfantin. Mais Anne Montel sait jouer sur les traits et les couleurs pour faire monter tension et angoisse. Le dessin porte l’histoire à merveille et vient en souligner tous les épisodes. En somme : c’est excellent !

Ce premier tome réussit à poser l’univers, les personnages et l’ambiance des Mitaines, tout en proposant une intrigue complète et complexe. Le récit est rythmé et souligné par un graphisme saisissant. Excellent début de série, donc !

« Ah parce que t’as un copain, toi ?
– Roh mais tu suis rien, je viens de te le dire : c’est Arthur !
– Et il est au courant, ton « copain » ?
– Au courant de quoi ?
– Bien que c’est ton copain !
– J’pense que c’est un détail, ça, non ?
– Je vois… »

Le Temps des mitaines, Loïc Clément & Anne Montel. Didier Jeunesse, 2014, 115 p.

 

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C’est l’été au village des Mitaines et l’ambiance n’est plus ce qu’elle était. Il faut dire qu’en découvrant son super pouvoir le candide Arthur est devenu très imbu de lui-même. Personne ne peut plus le supporter, surtout Kitsu, la jolie renarde, avec qui il fait son stage chez des horticulteurs, au bord de la faillite. Réussiront-ils à les sauver ?

Où l’on retrouve la fine équipe ! Cette fois, pas d’enquête policière, mais un problème très humain. Arthur a pris la grosse tête depuis leurs exploits précédents et il est devenu imbuvable. Pas de chance pour la très peu patiente Kitsu, qui doit réaliser son stage avec son camarade…

Comme dans le premier volume, on retrouve le dessin plein de douceur d’Anne Montel, allié au scénario efficace truffé de répliques drôles ou pleines de bon sens. Au travers des problèmes rencontrés par les horticulteurs chez qui Arthur et Kitsu font leur stage, les auteurs sensibilisent les jeunes lecteurs à l’écologie et à l’économie solidaire, tout en les enjoignant à se battre pour ce qu’ils pensent être juste. L’histoire met aussi en avant de belles valeurs comme l’amitié, l’entraide et la solidarité – toutes choses que l’on a tendance à oublier, ces derniers temps – le tout dans une intrigue menée avec efficacité.

Si cet opus est plus court que le premier, on y retrouve l’ambiance douce et poétique qui séduisait dans le premier volume, ainsi qu’un récit efficace, prenant et mettant en avant de belles valeurs ! À découvrir !

Le Temps des mitaines #2, Cœur de renard, Anne Montel & Loïc Clément. Didier Jeunesse, 2016, 62 p.

Au bout des longues neiges, Jean-Côme Noguès.

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Irlande, 1846. La famine décime le pays. Finnian O’Connell, 12 ans, s’apprête à suivre sa famille qui part en exil, dans l’espoir de survivre. Comme des centaines d’autres miséreux avant eux, ils montent à bord d’un raffiot pour une traversés des plus dangereuses, direction le Canada.
Là, rien n’est joué, et l’aventure commence seulement. Car une fois sur place, il faut passer la quarantaine, atteindre la concession, se construire une maison à partir de rien, s’adapter à une nature aussi magnifique que sauvage. Sans compter les Indiens, plus hostiles que jamais…

Lorsque Finn apprend que sa famille va s’exiler au Canada, il est presque fou de joie. Presque, car cela signifie abandonner l’Irlande, sa terre natale. Mais tout de même, le Canada, quelle aventure !
Il prend l’expérience avec la joie, le courage et la persévérance d’un enfant. Au bout des longues neiges, avant d’être l’histoire d’une émigration, c’est une très belle palette de personnages. On suit la famille O’Connell : Eamon, le père taciturne, Prudence, la mère qui porte bien son nom, Shelagh, l’aîné de 20 ans par qui vient l’idée de rallier le Canada, Edna, la cadette qui souffre en silence, Finn, le trublion aventureux de 12 ans, et Maureen, trop jeune pour percevoir toutes les implications d’un tel départ. Chaque personnage est riche, complexe, détaillé. On ne tarde pas à les connaître comme des amis, des voisins, tant l’auteur s’attache, en peu de pages, à nous les rendre proches. Et c’est intéressant de découvrir comment chacun prend la nouvelle, vit l’aventure, et s’acclimate – ou pas – à cette nouvelle vie. On a l’impression de mieux comprendre ces pionniers déracinés, dont certains auraient préféré, peut-être, rester au pays.

On partage donc d’autant mieux leurs épreuves : les affres d’un long voyage à pieds entrecoupé d’une rude traversée, puis l’installation dans la concession qu’il faut défricher. Finn, du haut de ses 12 ans, ne tarde pas à explorer cette forêt immense, inconnue, merveilleuse. Et dangereuse, aussi. Finn fait peu à peu l’apprentissage d’une nature et d’une culture qu’il ne connaît pas.

L’action est menée avec constance : découvertes, rebondissements, descriptions, tout est bien dosé. Et l’auteur ne se contente pas d’un simple tableau historique (bien qu’il y ait de ça aussi). L’histoire va également parler de la conquête des terres, des ravages d’un défrichement massif, de l’orgueil des colons et surtout, de racisme. Les Indiens ne sont guère loin, et les colons très peu enclins à partager la terre qu’ils considèrent comme la leur. Finn, à 12 ans, a bien conscience qu’il y a des choses qui n’auraient pas dû se produire comme elles ont eu lieu, sans toutefois mettre le doigt dessus.
Du coup, le récit est à la fois gorgé d’aventures, mais aussi très sensible, et c’est ce qui fait tout son charme !

Avec Au bout des longues neiges, Jean-Côme Noguès propose un très beau récit sur l’immigration irlandaise du XIXè siècle, et sur la colonisation – et tout ce que ça a impliqué – des États-Unis. À travers l’histoire d’une famille de pionniers, on découvre les affres du voyage, et les petits bonheurs quotidiens en terre promise. Un roman jeunesse à noter si vous cherchez un bon roman mêlant aventure, histoire, et bonnes réflexions !

 

Au bout des longues neiges, Jean-Côme Noguès. Nathan, 2014, 207 p.
8,5 / 10