A Silent voice, Yoko Kurahashi & Yoshitoki Oima.

Shoko est malentendante depuis la naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations et à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya, le leader de la classe.
Tour à tour intrigué, fasciné puis, pour finir, exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas s’exprimer comme tout le monde, le garçon décide de lui rendre la vie impossible par tous les moyens. Psychologiques puis physiques, les agressions se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko et l’intervention du directeur de l’école. C’est alors que tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas, eux non plus, une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable…
En terminale, le jeune homme, devenu à son tour un paria, prend son courage à deux mains et décide de retourner voir Shoko. Mais leurs retrouvailles ne se déroulent absolument pas comme il les avait imaginées.

Lorsque j’ai vu que la série de manga éponyme était adaptée en light novel – après l’avoir été en version anime ! – j’étais ravie ! L’adaptation serait-elle à la hauteur du manga d’origine ?

Eh bien oui… et non. Commençons par les bons points !

L’adaptation est incroyablement fidèle. Les chapitres du roman collent à la perfection à ceux du manga, et aux différents épisodes narrés dans l’œuvre originelle. Pas d’ajouts, pas de manques non plus : l’adaptation est presque littérale. Donc si vous l’avez lu en manga, il n’y a pas de nouveauté à découvrir, les personnages étant identiques à ceux du manga ; mais si vous ne l’avez pas lu, vous ne passerez à côté d’aucun détail, tout étant parfaitement relaté.

Mais c’est justement là que le bât blesse : l’adaptation est peut-être trop fidèle. Je m’explique : l’autrice a calqué l’alternance des scènes, le développement des fils narratifs secondaires et les apparitions des personnages. Or, ce qui peut vraiment fonctionner en version dessinée, puisque le cadrage aide aux transitions, ne fonctionne pas nécessairement en version entièrement narrée. Et justement, ici, on ne peut pas dire que la forme soit particulièrement efficace.
De fait, les transitions entre chapitres, voire entre paragraphes, sont extrêmement abruptes. Dans les derniers chapitres, on a même des paragraphes introduits par le prénom du personnage au centre du récit à ce moment-là. Procédé extrêmement étrange, dans la mesure où la narration s’intéresse, depuis le premier tiers, à différents personnages… sans utiliser l’artifice de nous donner le prénom du personnage concerné. Étrange, non ?

Ceci vient sans doute du système narratif choisi. Au départ, l’histoire est majoritairement centrée sur Shoya, multipliant les adresses au lecteur (ou tentatives de), les commentaires en aparté, et le discours indirect libre. Mais, dès le départ, le narrateur oscille aussi sans arrêt entre focalisation interne et focalisation externe, tentant de donner des informations sur les personnages, l’univers, les enjeux de l’intrigue… Ce qui donne régulièrement des impressions de récit brouillon, qui hésite sans arrêt.
De plus, le récit est terriblement descriptif : les pensées, les réactions des personnages sont intégralement narrées, mais jamais montrées. Résultat ? Eh bien on l’impression de lire une histoire aussi plate que scolaire, qui peine à nous passionner pour les personnages – ce qui est bien dommage.

Car ainsi, j’ai trouvé qu’on passait un peu à côté des enjeux du récit. Normalement, il y est question de harcèlement scolaire et justement, du double point de vue des enfants harcelés, comme des harceleurs. Et dans les grandes largeurs, puisque l’idée du suicide caresse plusieurs fois les personnages. Mais cette fois, difficile de décrypter tous les enjeux, comme de s’attacher aux personnages. En effet, le style descriptif à souhait n’encourage aucune implication, puisque l’on ne ressent aucunement les doutes, interrogations ou cheminements de pensée des personnages. Et c’est bien dommage. Difficile, donc, d’adhérer au récit de l’amitié naissante des personnages, comme au cheminement intérieur de Shoya ! De même, alors que le manga parvenait à rendre les scènes où les personnages signent à la fois touchantes et intéressantes, le passage à la narration les gomment totalement – puisqu’elles sont présentées comme du dialogue, simplement portées en italique, et pas toujours introduites.

J’avais beaucoup aimé le manga initial et l’adaptation animée, mais on peut dire que l’adaptation en roman aura été une déception. Et celle-ci n’est pas due à l’adaptation en elle-même, qui s’avère extrêmement fidèle, mais plutôt à la forme qu’elle prend. Le récit suit pas à pas les épisodes du manga, sans tenter de créer un fil narratif cohérent ; de plus, le style plat et scolaire rend l’implication assez difficile. Bien dommage !

A Silent voice, Yoko Kurahashi. Illustrations de Yoshitoki Oima. Lumen, juin 2021, 412 p.


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