Cendrillon 2.0, Ashley Poston.

Ellie Wittimer, geek de son état, ne vit que pour Starfield, le grand classique de science-fiction dont son père était, lui aussi, un grand fan avant sa mort. Alors, quand le reboot de la mythique saga est annoncé au cinéma, elle croit devenir folle de joie. Sauf que c’est Darien Freeman, acteur de séries légères pour adolescents, qui décroche le rôle principal. Et ça, aux yeux d’Ellie et de milliers de fans historiques du chef-d’œuvre, c’est intolérable. Martyrisée par sa belle-mère et ses deux demi-sœurs qui mènent la grande vie et la prennent pour leur domestique, elle a hâte de voler enfin de ses propres ailes après sa dernière année de lycée. En attendant, elle assassine le pauvre Darien à longueur de posts sur son blog – s’assurant, à sa grande surprise, une audience de plus en plus large sur les réseaux sociaux. Alors, quand le tournage du film commence pour le jeune comédien, les difficultés aussi ! D’autant qu’il doit apparaître à la plus grosse convention du pays, autrefois fondée par le père d’Ellie en personne…

Une réécriture de Cendrillon version geek ? Voilà qui a eu le mérite de titiller ma curiosité ! Et quitte à divulgâcher le contenu de ma chronique, je préfère prévenir de suite : j’ai adoré !

Ellie Wittimer ne vit que pour une chose : la série Starfield (qui ressemble follement à Star Trek), dont son père était également un fan assidu. Malheureusement, Ellie a perdu ses deux parents, et se retrouve forcée de vivre dans sa maison d’enfance, coincée entre sa belle-mère et les deux horribles filles de celle-ci, qui la prennent toutes pour la bonniche de service. Heureusement, Ellie peut compter sur sa passion, son blog, Rebelgunner et les Stargunners (les autres fans de Starfield) pour s’évader quelque peu – et ce même si elle est horriblement déçue d’apprendre que le reboot de la série a mis Darien Freeman, un acteur pour midinettes, dans le costume du prince Carmindor.
Darien Freeman, de son côté, n’en peut plus de joie : même s’il le cache à ses collègues et aux tabloïds, il est fan depuis toujours de Starfield et extrêmement heureux d’interpréter le rôle du personnage principal, le prince Carmindor. Même si tout le monde pense qu’il n’a eu le rôle que par copinage, et que la communauté de fans est plus que mitigée – comme le montrent les articles plus que désobligeants que publie le blog Rebelgunner.

Assez classiquement, le roman alterne donc les chapitres, se concentrant tour à tour sur l’un ou l’autre des deux protagonistes avec, pour point commun, le tournage du film Starfield en cours, ce qui nous donne un assez bon aperçu de l’univers de la fameuse série. Par un hasard totalement rocambolesque, mais plutôt bien trouvé et bien mis en scène, Darien et Ellie se retrouvent à communiquer par sms… et à évoquer leur passion commune pour Starfield. Et d’un côté comme de l’autre… on ne peut pas dire que la situation fasse rêver. Darien est sous la coupe de son père et manager qui organise sa carrière, mais aussi sa vie privée, d’une main de fer. Du côté d’Ellie, pas de mystère… sa trajectoire suit parfaitement celle du conte de Cendrillon, mais sauce XXIe siècle. J’avoue m’être régulièrement demandé ce que pouvaient bien faire les services sociaux !!

Ce qui m’amène au point majeur du roman : la réécriture de Cendrillon. Que j’ai trouvée excellente ! Ashley Poston a intégré à son roman tous les épisodes du conte classique, réinterprétés dans une ambiance très moderne, et avec les préoccupation d’Ellie concernant Starfield et le concours de cosplay qu’elle a en ligne de mire. Et tout ce qui pouvait difficilement s’intégrer ? Eh bien cela a été délicieusement adapté. Ellie, ainsi, travaille dans un food-truck customisé en citrouille – dans lequel elle vend des beignets de citrouille, donc, avec sa collègue Sage. Et ce que j’ai trouvé vraiment génial, c’est que cette trame est bien présente, tout en sachant se faire oublier. Si bien que j’ai été surprise par l’arrivée de certains épisodes (alors qu’il est quand même assez aisé de suivre les péripéties du conte initial !). C’est dire si le mélange des genres a été réussi. Point bonus : on peut même lire le scénario du dernier épisode de Starfield (central dans le récit) à la fin du roman.

Sans trop de surprise, les échanges entre Darien et Ellie débouchent sur une relation un peu plus prononcée (c’est Cendrillon, quand même !), mais qui démarre doucement et s’installe subtilement – ce que j’ai trouvé hautement agréable.

Très bonne pioche avec ce titre, donc ! Ashley Poston propose un mélange détonnant mais parfaitement réussi entre les thèmes de Cendrillon et un univers de science-fiction. Les pratiques « de geek » (conventions, fanfictions, cosplay, etc) sont vraiment mises à l’honneur avec beaucoup de bienveillance (et ça donne même envie de s’y remettre). L’alternance des chapitres, si elle est assez classique, permet d’entretenir le suspense et de laisser l’intrigue progresser de façon équilibrée. De plus, l’autrice développe quelques arcs narratifs secondaires bien menés et que j’ai suivis avec plaisir.
J’ai donc passé un très bon moment avec ce roman (que j’ai lu en à peine deux jours !), et suis curieuse de lire le tome suivant – même s’il s’intéressera à d’autres personnages, le récit autour d’Ellie et Darien étant totalement fini.

Il était une fangirl #1, Cendrillon 2.0, Ashley Poston.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sarah Dali et Ombeline Marchon.
Lumen, février 2021, 556 p.

La Reine courtisane, Anna Triss.

Après des siècles de paix, les quatre Éléments-Clans de l’île Symbiose se livrent une guerre sans merci. Sylvan, le jeune roi Falune, guerrier cruel et impitoyable capable de contrôler la magie de Feu, asservit les trois autres royaumes de Symbiose en semant la mort et la terreur sur son passage.
Je suis la reine Alena du Clan Gelane affilié à la magie de l’Eau.
J’ai été capturée par mon pire ennemi lors du siège de ma cité. Je connais déjà le sort funeste qui m’attend ce soir. Comme les princesses des deux autres Éléments-Clans qui m’ont précédée, je suis destinée à devenir la nouvelle épouse du tyran Sylvan.
Et demain à l’aube… Je serai exécutée.
Mais reine ou esclave, je reste avant tout une Gelane. Je ferai honneur à notre devise ancestrale.
« Face à son ennemi, un Gelane ne verse aucune larme, et jamais il ne renonce à brandir ses armes. »

Après avoir tellement peiné sur Le Dernier Drae, autre titre de la sélection Fantasy du Prix Livraddict, je pensais être tirée d’affaire. Il ne pouvait pas y avoir deux titres qui me déplaisent profondément dans la même sélection, non ? Eh bah raté. Il y en avait un deuxième et j’ai nommé La Reine courtisane.

Avant d’attaquer les choses qui fâchent, parlons des bons points de ce roman – car oui, il y en avait !
L’intrigue se déroule intégralement sur l’île de Symbiose, elle-même sise dans l’univers déjà détaillé dans la série La Guilde des ombres. Si le statut de spin-off explique l’impression d’univers très complexe que l’on a en attaquant le roman, il n’est pas nécessaire d’avoir lu l’autre série pour tout comprendre.
L’île de Symbiose est répartie entre quatre Clans, dont les magies sont liées aux quatre éléments. A cela s’ajoute un cinquième clan, celui des Renégats, c’est-à-dire les habitants dépourvus de magie et envoyés en exil. Charmant, non ? Or, pour ne rien arranger, c’est la guerre sur l’île, menée par le clan du Feu, qui a déjà rétamé ceux de la Terre et de l’Air, et s’attaque désormais à celui de l’Eau. Le système de magie n’est pas particulièrement détaillé, mais chaque clan a la main-mise sur un des éléments, qu’il peut déchaîner à loisir. J’aurais bien aimé que ce soit un peu plus détaillé, d’ailleurs, de même que l’univers en général, car j’ai eu l’impression que l’on effleurait simplement du doigt les lieux arpentés (que ce soit en termes d’explications ou de descriptions).

Le résumé l’annonçait, le récit reprend quelque peu la trame des Mille et une Nuits, puisque la reine Gelane a bien vite l’idée de raconter des histoires pour obtenir un sursis. Or, les histoires qu’elle raconte semblent très liées à la situation qu’elle traverse… D’ailleurs, on s’aperçoit bien vite que l’on a affaire (du moins au tout début), à un narrateur non fiable. Ce qui est un peu dommage, c’est que c’est cousu de fil blanc… et donc qu’on s’en doute très fortement. De même, si j’ai aimé le procédé des histoires incluses dans l’histoire, j’ai trouvé qu’elles arrivaient un peu comme un cheveu sur la soupe, cassant parfois la narration et le suspense qui pouvait être en cours.
La narration, tiens, parlons-en ! La première moitié (grosso modo) du roman est intégralement narrée, à la première personne par Alena. Ce n’est vraiment pas le type de récit que je préfère (d’autant qu’elle est censée être illettrée et parle vraiment très très bien !), mais cela fonctionne très bien. J’ai donc été très gênée par le changement brutal de narration, dans la seconde partie, qui passe à une alternance entre Sylvan et Alena, toujours en première personne. Mais pourquoi, grands dieux ?! Sans surprise, on se retrouve donc avec des bouts de scènes racontés d’un côté, puis de l’autre, ce qui s’avère (souvent) répétitif (et très agaçant). D’autant qu’on se farcit encore plus de récits de pensée de part et d’autre, qui s’avèrent d’une affligeante niaiserie.
Du coup, j’ai trouvé le temps extrêmement long.

Il faut aussi dire que côté fantasy, ce n’est pas hyper original : les péripéties sont globalement assez convenues (on n’échappe ni à la prophétie, ni à la découverte de l’élu insoupçonné) et si c’est dans l’ensemble narré avec un minimum de rythme, on n’étouffe pas non plus sous le suspense. Heureusement que la plume de l’autrice est fluide, ce qui fait que ça se lit quand même !

Mais parlons plutôt du point qui fâche. La romance. Alors oui, c’est de la romantic fantasy, donc c’est un peu le principe du roman. Mais est-ce qu’on est vraiment obligés de subir plus de 400 pages de « je t’aime/moi non plus » dans une relation ô combien toxique ? Sylvan est un affreux connard qui mérite la prison à vie ou, mieux, le gibet – j’étais donc affreusement déçue qu’il ne finisse pas décapité. Mais on peut suivre des histoires avec des personnages que l’on n’apprécie guère, ce n’est pas gênant. Le vrai problème, là, c’est plutôt la façon dont est scénarisée la romance, dont le point culminant est rien moins qu’une scène de viol érotisée. En toute tranquillité. J’ai relu intégralement deux fois le chapitre pour être sûre que rien ne m’avait échappé, mais non. Et ça, très clairement, ça ne passe pas. D’autant que la narratrice voit ça comme le climax de sa relation avec son mari. Mari qui la viole pendant son sommeil, parce qu’apparemment, il n’a pas reçu le mémo de « partenaire endormi = pas de consentement ». De son côté, elle décrit un rapport non consenti avec des termes comme « douleur », « meurtrissure », mais qui lui procure beaucoup de joie car, quand même, il faut prendre en compte que son pauvre petit mari a beaucoup souffert quand son papa est mort, donc ça va. Euh, pardon ?! 

Bref, je me suis fait un point d’honneur d’aller au terme de ce roman malgré une intrigue passablement pénible et des personnages particulièrement tête à claques. Tout cela aurait pu se terminer sans plus de désagrément, s’il n’y avait eu cette scène de viol érotisé, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de mon exaspération. Il va sans dire que je ne voterai pas pour ce titre !

La Reine courtisane, Anna Triss. Black Ink, octobre 2019, 442 p.

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Et ce titre me permet de valider la catégorie Danse de la fée dragée du Cold Winter Challenge !

Pacte de sang, Le Dernier Drae #1, Kelly St-Clare & Raye Wagner.

Plus que tout, c’est d’aventure dont j’ai besoin. Mais à Verald, un pays dévasté par la maladie, la vie est déjà toute tracée, comme les cercles hiérarchiques immuables de notre royaume.
Au cœur même de ces cercles règne notre cruel roi, avec un invincible dompteur de dragons, Lord Irrik, à ses côtés. Leur pouvoir empoisonne le pays et le peuple, et attise la rage d’ennemis toujours plus nombreux.
Mais tout va changer.
Quand la rébellion s’embrase, le roi riposte durement. Capturée par Lord Irrik, je suis soudain entraînée dans un jeu fatal. Un jeu dont je voudrais désespérément comprendre les règles.
Car je ne me bats pas seulement pour rester en vie… mais pour protéger un amour qui pourrait bien être la clef de ma liberté.

Deuxième lecture dans la liste Fantasy du Prix Livraddict !
Et bon.. on va faire comme avec les pansements, on va pas lambiner avant d’arracher !

Je ne peux pas franchement dire que j’ai apprécié cette lecture, même s’il y avait des idées intéressantes à l’intérieur.
L’histoire se déroule dans un royaume circulaire, dont les quartiers sont organisés en cercles concentriques : les quartiers riches au centre, les quartiers pauvres en périphérie. Dans ma tête, j’étais donc à mi-chemin entre Chromatopia et Hunger Games !
On découvre l’héroïne, Ryn, une jeune fille qui officie comme serveuse, puisqu’elle a la désagréable manie de faire mourir les plantes et ne peut donc plus travailler avec sa mère dont la main verte est réputée. Or, ce royaume connaît un vrai problème d’approvisionnement puisque le roi en place a fait tuer tous les druides, les phaetyns, tout simplement car leur sang pouvait lui assurer l’immortalité. Or, sans phaetyns, les récoltes sont difficiles, la famine menace (surtout dans les quartiers pauvres) et la rébellion gronde. Ryn se fourre bêtement dans les ennuis, se fait arrêter et torturer dans les cachots du roi.

Première chose qui m’a ennuyée dans ce roman : les nombreuses incohérences dans la narration ! Qu’il s’agisse de paniers de livraison qui se multiplient, de faux raccords, ou d’un chemin qui, parcouru à la même allure, prend soit une heure, soit dix minutes, on est servis.
De plus, le début est truffé de longueurs : Ryn s’ennuie, et il faut dire qu’on le ressent bien. Heureusement, la situation évolue quelque peu lorsqu’elle est capturée.

A partir de là, la jeune fille subit séances de tortures (dont une à base d’insectes foutrement bien décrite) sur séances d’interrogatoires. Mais hormis cette première scène pleine de détails, les autres sont rapidement résumées. D’une part, cela permet de lire sans rendre son petit déjeuner, et c’est parfait, mais tout va aussi un peu vite, ce qui rend le tout pas follement passionnant. D’autant que ces scènes sont amenées à se répéter longuement… ce qui nous ramène assez vite aux longueurs initiales.
Mais Ryn est dotée d’un solide sens de l’humour et même si ses vannes sont très potaches (et pas toujours hilarantes), elles viennent quelque peu alléger l’atmosphère et casser le rythme.

Mais … je dois reconnaître que Ryn fait aussi partie de ce qui m’a agacée. Pour une raison qui m’échappe, je pensais avoir affaire à une adulte au début du roman. De fait, non : elle a dix-sept ans. Âge parfait pour faire des bêtises ou se montrer immature. Ce qu’elle fait à profusion. Mais elle se présente aussi comme une personne très mature (les autres personnages font comme si également) alors que non, clairement, elle ne l’est pas. Attention, je spoile dans le paragraphe suivant.

Ainsi, elle est surprise par une révélation à propos de deux personnages qui se révèlent être la même personne. Ty, son compagnon de cellule, et Tyr, le type qui surgit miraculeusement et en silence après chaque séance de torture et la soigne. Vraiment ? Tu es surprise ? Je veux dire, les deux types ont le même nom à une lettre près et l’un des deux ne parle jamais. Je ne sais pas, ça ne te met pas la puce à l’oreille ? Bah non !

On peut toutefois porter au crédit du roman le fait que la romance n’est pas omniprésente – même s’il y en a. Toutefois, la romance naissante entre deux personnages les conduit à avoir de nombreux échanges particulièrement ridicules, ce qui fait que j’ai passé plus de temps à pouffer qu’à lire sérieusement.

Le Dernier Drae n’est donc clairement pas ma lecture de l’année. L’idée de départ, comme l’univers, sont vraiment intéressants, mais l’évolution hyper classique de l’intrigue, le style pas transcendant et les nombreuses incohérences dans le récit ont eu raison de ma patience !

Le Dernier Drae #1 : Pacte de sang, Kelly St Clare et Raye Wagner. Traduit de l’anglais par Julie Demoulin.
MxM Bookmark ( Infinity ; Onirique), juillet 2019, 363 p.


Vow of thieves, Dance of thieves #2, Mary E. Pearson.

La première fois que Kazi s’est rendue au Guet de Tor, c’était sur ordre de la reine de Venda. Mais sa mission l’a poussée dans les bras de Jase, héritier des Ballenger, un clan dissident, et ses sentiments pour lui ont failli lui coûter très cher.
Désormais, c’est avec la bénédiction de la reine que Kazi et Jase retournent au Guet de Tor. Et le fief des Ballenger sera un royaume à part entière.
Mais à leur arrivée, la forteresse a visiblement été attaquée… Jaze est blessé par un groupe d’hommes armés et Kazi est enlevée.
Qui sont ces hommes et que veulent-ils ? Et surtout : Jase a-t-il survécu ?
Kazi est à nouveau prête au combat. Rien ni personne ne lui arrachera son amour.

Pendant le confinement (version 1), j’ai découvert le premier tome de la série Dance of thieves, que j’ai attaqué avec pas mal de réticences… Et qui s’est avéré une très bonne surprise ! J’étais donc assez curieuse de lire la suite de ce diptyque.

Première chose à savoir : je l’ai littéralement engloutie. Déjà, j’étais hyper curieuse de savoir ce qu’il advenait de Kazi, Jase, et de la foule de personnages qui gravitaient autour – d’autant que la fin du premier tome ne laissait pas présager du meilleur. Heureusement, d’ailleurs, parce que le début de ce tome n’est pas particulièrement entraînant : ils sont ensemble, ils s’aiment, ils rentrent à la maison. Mais… pour mon plus grand plaisir, cela a vite changé !
Et si ce deuxième tome s’est révélé globalement très prenant, j’aurais (peu ou prou) les mêmes reproches à lui faire que pour le premier opus.

Encore une fois, j’ai regretté l’absence de carte. Car cette fois, la géopolitique est nettement plus prégnante que dans le premier tome et les pays voisins ont de forts intérêts à tourner leurs regards vers le Guet de Tor. J’avoue que j’ai parfois été quelque peu perdue sur la réalité des distances entre chaque territoire, le positionnement géographique et la taille des uns et des autres, ce qui ne m’a pas toujours aidée dans la compréhension de l’intrigue. J’ai donc plus que jamais envie de lire la série originelle, en croisant les doigts pour que la présentation de l’univers soit un peu plus claire que dans le spin-off !

Dans le premier tome, j’avais apprécié que la romance passe assez vite au second plan. Cette fois, elle nettement plus présente dans le récit, ce qui a souvent introduit des longueurs assez pesantes dans l’intrigue.
En effet, l’autrice a gardé le choix de l’alternance narrative entre Kazi et Jase. Donc, il y a forcément des redondances entre les deux narrateurs, que ce soit dans les événements qu’ils nous racontent, ou dans leurs réflexions personnelles. Heureusement, ils ne tardent pas à être séparés, ce qui rend la lecture un peu plus vivante (d’autant qu’on ne sait pas immédiatement dans quel état se trouve le second narrateur). Néanmoins, on doit encore passer de très (très !) nombreux récits de pensée qui tournent en rond (« je l’aime, il/elle me manque, comment défaire l’ennemi à nos portes »). Sincèrement, je pense que l’histoire aurait pu être amputée d’une grosse centaine de pages sans dommages !

Alors, que reste-t-il ? Eh bien il reste malgré tout une intrigue entraînante, pleine de suspenses et bien menée. L’autrice sait ménager ses effets et doser ses révélations. Certaines sont attendues (mais néanmoins bien amenées !), d’autres beaucoup moins. Le récit s’enchaîne à bon train : il n’y a pas de temps morts, mais pas non plus l’impression qu’il y a trop de rebondissements. Ce rythme maîtrisé a vraiment contribué à me scotcher au texte !
De plus, la situation géopolitique s’est nettement corsée, il y a donc beaucoup plus de retournements de situation à base de traîtrises insoupçonnées, découvertes d’alliés improbables, ou scènes particulièrement prenantes. Il y avait quelques indices dans le premier tome mais… j’étais passée à côté, je dois dire !
Par ailleurs, Kazi adore les énigmes : celles-ci émaillent le récit… et demandent parfois de bien se creuser la tête pour trouver les réponses !

Bien que le récit alterne sans arrêt (ou presque) entre la narration par Kazi et celle par Jase, le fait de multiplier les personnages (sans qu’on s’y perde, c’est bon à noter), enrichit grandement l’intrigue, car tous sont vraiment bien campés, avec parfois même des arcs narratifs secondaires. C’est vraiment ce qui fait que j’ai tellement apprécié ma lecture !

Très bonne surprise que ce diptyque, en fin de compte, alors qu’il ne partait pas gagnant. Évidemment, j’ai trouvé la romance et les doutes des personnages principaux un peu trop présents (mais c’est juste une affaire de goût). Le vrai reproche que l’on peut faire au roman est son flou artistique total sur l’univers… et il n’y est pour rien ! Pour cela, il aurait fallu lire d’abord la trilogie initiale. Bonne surprise, donc, que ce spin-off qui mêle espionnage, complots, trahison, un soupçon d’humour et des personnages parfaitement campés !

◊ Dans la même série : Dance of thieves (1).

Dance of thieves #2, Vow of thieves, Mary E. Pearson. Traduit de l’anglais par Isabelle Troin.
De La Martinière jeunesse, septembre 2020, 528 p.

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Triangle amoureux (ou pas), Marisa Kanter.

Hallie et son meilleur ami sur Internet, Nash, peuvent parler de tout… sauf de qui elle est vraiment – un secret qu’elle garde jalousement pour une raison mystérieuse. Sur les réseaux sociaux, elle incarne Kels, l’énigmatique créatrice d’un bookstagram à qui ses coups de cœurs littéraires inspirent des recettes inédites de cupcakes. Kels a tout ce dont manque Hallie : des amis par dizaine, une assurance inébranlable… et Nash.
Mais ça, c’était avant. Au détour d’un énième déménagement, Hallie tombe par hasard sur Nash, le vrai, en chair et en os. Bonne nouvelle ? Pas vraiment… Car quand vient l’instant de se présenter, dos au mur, elle choisit de mentir. Furieuse de devoir entretenir cette mascarade dans les couloirs de l’unique lycée de leur petite ville, elle commence par battre froid le garçon à qui elle révèle pourtant presque tout d’elle chaque soir sur les réseaux sociaux. Si elle franchit le pas et révèle qui elle est, c’en est fini de leur amitié et de sa notoriété sur Internet…

Un livre dont la protagoniste est blogueuse et bookstagrameuse ! Forcément, je me sens intriguée ! Et je dois avouer que j’ai englouti le roman en moins de deux jours.

On y suit donc Hallie qui, dès le départ, se trouve empêtrée dans ses problèmes de double-personnalité et de vie virtuelle cachée. Si elle a toujours entretenu le mystère sur internet, cela s’explique aisément. Outre les traditionnelles précautions autour de la vie privée (que tout adolescent devrait observer !), elle ne souhaite pas que son lectorat sache qu’elle est, d’une part, la fille de Mad et Ari Levitt, deux documentaristes-presque-oscarisés et, d’autre part, la petite fille de Miriam Levitt, légende de l’édition. Qui, en plus, éditait jusqu’à son récent décès des romans destinés aux jeunes adultes, ce qui est pile poil le genre de lectures favori d’Hallie. La jeune fille ne souhaite donc pas que son blog soit soupçonné de collusion avec le monde de l’édition, d’autant moins qu’elle aimerait bien y travailler, dans l’édition – plutôt comme attachée de presse que comme éditrice, d’ailleurs, ce qui change un peu.
À cela s’ajoute la personnalité virtuelle qu’elle s’est construite : celle d’une fille cool, qui maîtrise sa vie et ses paroles, bien entourée et sûre d’elle. Ce qui est assez éloigné de sa personnalité réelle. Or, voilà le problème : une fois qu’elle est devant son meilleur ami, IRL, elle panique. Et s’il la trouvait inintéressante ? Donc paf, omission, et voilà Hallie forcée de jongler avec son double-elle.

Bref, voilà un roman qui commence doublement bien, avec deux thèmes qui me plaisent : la lecture (et la blogosphère littéraire, en l’occurrence), et la double-vie. Quelques autres thèmes comme l’amitié et l’amour (sans surprise), les relations familiales, le deuil et les études s’ajoutent rapidement mais sont traités avec un peu moins de profondeur que les deux thèmes phares.
Ce n’est pas gênant et cela apporte même du corps à l’intrigue. Car en même temps que le pataquès qu’elle a créé, Hallie doit gérer la relation avec son grand-père que le deuil a profondément transformé. Deuil qu’elle est elle-même en train de vivre. Elle est en terminale, donc elle doit également candidater à l’université et proposer un dossier qui plaira à celle de New-York, celle qui la préparera aux métiers de l’édition. À ce titre, on se rend compte que si feu Admission-Post-Bac avait été un véritable enfer à traverser (j’imagine que son petit frère, Parcoursup, est à l’avenant), les dossiers pour les facs américaines ne sont pas non plus de tout repos. Leur orientation, leur poursuite d’études et leurs carrières futures occupent toutes les pensées des personnages – du moins celles qui ne sont pas accaparées par leurs blogs respectifs. Et, bien sûr, elle doit tenter de maintenir / réparer son amitié avec Nash, à laquelle elle tient infiniment. Et ce n’est pas facile…

« Une amitié – une vraie -, ça ne se construit pas en un jour. Le chemin est pavé de maisons Barbie détruites, de hurlements sur un parking de cinéma et d’erreurs – parfois terribles. L’amitié, c’est un chaos de lignes tracées dans le sable, de loyautés remises en question et de réponses difficiles par messages. C’est oser se comparer et exposer ses insécurités.
Mais l’amitié, c’est aussi jouer au bowling selon ses propres règles. Rire à en avoir mal au ventre et les joues baignées de larmes. C’est savoir qu’on peut compter sur quelqu’un, des personnes en chair et en os à travers tout le pays, qu’un texto ou un appel suffit à rameuter. C’est avoir moins peur de sombrer dans les ténèbres quand on a des guides pour nous aider à progresser dans le noir.
L’amitié, ça n’a rien de simple. C’est difficile, énervant, génial, fragile, durable, impossible… Mais ça en vaut toujours la peine.
Toujours. »

Autre point que j’ai apprécié : la famille d’Hallie est juive et, si elle et son frère ont été élevés dans le respect global des traditions majeures, leurs parents n’ont jamais vraiment insisté sur les offices religieux. Or, le grand-père d’Hallie et Oliver, lui, tient vraiment à cette partie de son existence. De même que les camarades de lycée d’Hallie qui, peu à peu, va s’intéresser à ce que fait la communauté. Pas de panique si le prosélytisme vous colle de l’urticaire : l’autrice ne verse pas du tout  là-dedans. C’est juste un élément du décor et comme je n’ai pas l’impression de croiser souvent celui-ci, j’ai trouvé ça plutôt chouette.

Je ne vous spoile pas tellement sur l’intrigue en vous disant qu’Hallie et Nash vont peu à peu se rapprocher, du moins autant que possible avec les mensonges qu’Hallie a dressés entre eux. De ce point de vue-là, il est possible que vous ayez envie de coller de temps en temps des baffes à la jeune fille qui a mille fois – au bas mot – la possibilité d’avouer la supercherie… et n’en fait rien. Je dois dire que c’est là ce qui m’a le plus refroidie dans ma lecture et m’a empêchée de la trouver fabuleusement géniale.
L’autre détail qui m’a agacée chez Hallie est son inflexibilité quant à la littérature young-adult. D’après elle, il n’est rien de plus fatigant qu’échanger avec des adultes persuadés que la littérature YA leur est destinée. Eh bien, jeune fille, en tant que future attachée de presse spécialisée dans la littérature young adult, n’as-tu pas l’impression que tu vas devenir toi-même… une adulte lisant et défendant de la littérature YA ? Humm ? Alors ? Allez, elle a 17 ans, on lui pardonne cette erreur de jeunesse. (Même si c’est un peu idiot).
En tant que blogueuse, j’ai apprécié toutes les péripéties qui tournent autour du blog d’Hallie. Celle-ci imagine des cupcakes en accord avec les couvertures des romans qu’elle a lus et aimés. C’est vraiment un roman qui m’a (re)donné envie de bloguer, bouquiner… et cuisiner des cupcakes (du coup j’en ai fait, mais ce n’est pas ma pâtisserie préférée, en fait). Pour cette raison, je pense que le roman plaira aux blogueurs, booktubers et autres bookstragrameurs, comme aux passionnés de lecture. Mais ceux-ci n’auront peut-être pas la folle envie de se mettre au blogging, puisque l’autrice en montre aussi les effets pervers : le minutage de l’emploi du temps de Hallie pour lui permettre de jongler entre études/vie sociale/vie familiale/alimentation du blog en contenus, la gestion de ses réseaux sociaux et des trolls qui y traînent, les réflexions autour de sa personnalité numérique et des prises de position que sa communauté attend d’elle – ou pas. Bref : beaucoup de pression pour une jeune fille.

En bref, voilà un roman ado bien sympathique et qui n’aura pas fait long feu. Certaines péripéties et certains points de vue ne m’ont pas tellement convaincue, mais le style fluide et l’enchaînement rapide des rebondissements ont rendu ma lecture très prenante. Si l’intrigue n’est pas follement surprenante, je me suis laissée porter par l’histoire d’Hallie – ses amitiés, ses amours, ses emmerdes, si l’on peut dire. Une petite lecture douceur parfaite pour l’été !

Triangle amoureux (ou pas), Marisa Kanter. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Mathilde Montier.
Lumen, juin 2020, 433 p.

Dance of thieves #1, Mary E. Pearson.

Ancienne gamine des rues, Kazi a été prise sous la protection de la reine de Venda. Devenue Rahtan, soldat d’élite de la couronne, elle se rend en mission dans la province de la Bouche de l’Enfer afin d’appréhender un traître à la couronne et de prendre contact avec le chef des Bellanger, une dynastie de hors-la-loi qui revendique le pouvoir contre l’autorité de la reine. Or, elle l’ignore, mais le patriarche vient de mourir, faisant de son fils Jase son héritier. Justement, Kazi est enlevée par des trafiquants d’esclave et se retrouve enchaînée à Jase, avec lequel elle parvient à s’enfuir. Pour s’en sortir, il va donc falloir collaborer…

J’ai ouvert ce livre (que je devais lire pour le boulot) avec de grandes réticences. Il faut dire que le résumé n’était pas franchement fait pour me rassurer (je voyais poindre dès la lecture des premières phrases la romance inévitable entre les personnages).
Et finalement… eh bien j’ai grandement apprécié ! Etonnant !

Mais revenons au début. Début que j’ai trouvé… extrêmement confus. J’avais l’impression d’être balancée dans un univers dont il me manquait la moitié des informations, un peu comme si je lisais un tome 2 en ayant raté le tome 1. Et en fait, c’est presque ça ! Car Dance of thieves est un spin-off de la série The Remnant Chronicles de la même autrice, une trilogie qui se déroule avant le dyptique dont on parle aujourd’hui. Or, cette trilogie… est inédite en français. Dommage ! Cela aurait été bien de les traduire dans l’ordre, mais les voies de l’édition sont impénétrables. D’ailleurs, le roman manque très clairement d’une carte. Cela aurait grandement aidé à la compréhension.
Donc, sans surprise, l’autrice ne s’embarrasse pas d’explications sur certains points de son univers, qu’il s’agisse de la géographie, de la politique ou même des coutumes. Autant vous dire que le début est un peu ardu. Heureusement, en quelques chapitres, on se fait une idée assez précise des enjeux de l’histoire.

Celle-ci débute donc comme une très traditionnelle et très banale romance young-adult sur vague fond de fantasy, avec deux personnages que tout oppose et qui succombent (beaucoup trop vite) l’un à l’autre. Heureusement, cela change bien vite. Car dès qu’ils sont revenus en ville, Jase comme Kazi reprennent leurs rôles respectifs et objectifs premiers. Bien que la romance survive à cette reprise des rôles, les enjeux plus politiques prennent le dessus et c’est à un vrai jeu de dupes que se livrent les personnages. J’étais d’ailleurs assez surprise de voir qu’il y a un vrai contexte géopolitique dans cette intrigue, dont les développements laissent imaginer une suite fort intéressante. Car il y a plusieurs factions en jeu : la Reine, bien sûr, les Bellanger, mais aussi d’autres opposants, qui espèrent bien profiter de la bisbille entre les deux premiers pour se tailler la part du lion. Autant la romance, cliché et rapide, manque de piquant, autant cette partie-là est intéressante, puisqu’à la fantasy se mêle un brin d’espionnage qui rend le tout très prenant.

Je foudroyais Jase du regard. Mais à l’intérieur de moi, je hurlais de rire. À un certain niveau, j’étais toujours furieuse : il parlait de franchise et deux minutes plus tard, il découvrait ses mensonges pour les planter en moi par surprise tels les crocs aiguisés d’un candok. Une fois le choc initial passé, j’avais dû dissimuler ma jubilation face à ce monstrueux coup de chance. Il m’emmenait droit où je voulais aller : au Guet de Tor. Je n’aurais pas besoin de m’y introduire en douce ou de créer davantage de problèmes à la Bouche de l’Enfer pour qu’on m’y emmène. Le Patrei en personne allait m’y escorter. C’était d’une ironie si merveilleuse que, tôt ou tard, je la lui enfoncerais joyeusement dans la gorge.

Le récit fait alterner de façon extrêmement classique un chapitre du point de vue de Kazi, un chapitre du point de vue de Jase. Mais cela fonctionne, notamment dans toutes les parties où les protagonistes n’ont pas exactement les mêmes visées. L’alternance assure le maintien du suspens, et c’est très bien ainsi. À un moment du récit, j’ai regretté de ne pas avoir d’autre point de vue mais vu la cohorte de personnages qui gravitent autour du duo, ce n’est pas plus mal (l’histoire aurait sans doute tourné au foutoir intégral).
Par ailleurs, l’autrice dose bien les péripéties et retournements de situation, ce qui fait que malgré les difficultés du départ, j’ai rapidement accroché à l’ensemble. En plus de cela, le style est fluide et, dans l’ensemble, vraiment agréable, avec notamment des descriptions que j’ai trouvées bien faites. Comme je suis une affreuse personne pleine de préjugés, cela a fait partie des très bonnes surprises que ce roman m’a réservées !

Je partais donc pleine d’a-priori et Mary E. Pearson a su me surprendre très agréablement avec ce roman. Malgré une romance hyper rapide et cliché, l’intrigue politique prend rapidement le dessus, et se mêle à un brin d’espionnage hyper agréable. Le mélange des genres est réussi, et rend l’intrigue très prenante. J’attends impatiemment la suite de ce premier tome, comme la trilogie initiale dont il est le spin-off. C’est dire si l’autrice a réussi à me ferrer !

Dance of thieves #1, Mary E. Pearson. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Troin.
La Martinière jeunesse, février 2020, 576 p.

Une sirène à Paris, Mathias Malzieu.

Juin 2016, la Seine est en crue et Gaspard Neige trouve sur les quais une sirène blessée qu’il ramène chez lui. Elle lui explique que tous les hommes qui entendent sa voix tombent amoureux d’elle et en meurent, mais, convaincu que son coeur est immunisé depuis sa rupture, Gaspard décide de la garder jusqu’au lendemain dans sa baignoire.

Nouvelle lecture dans le cadre du Prix Imaginales des Bibliothécaires, lue en commun avec Camille, qui a patiemment supporté mes maints soupirs et autres exclamations exaspérées ! Je ne mentirai pas en disant que je n’ai pas accroché du tout…

Pourtant, ça partait bien ! J’ai vraiment aimé l’idée de base de l’ami Gaspard qui tente envers et contre tout de renflouer le Flowerburger, la péniche-troquet de sa grand-mère et qui, entre deux soucis financiers, ramasse une sirène blessée sans bien comprendre à quoi il a affaire.
Dans un premier temps, j’ai même trouvé le style sympa : quelques petites pointes d’humour, une touche de poésie, et le tour est joué. J’avoue, j’ai même souri aux premières métaphores, parce qu’elles étaient bien trouvées, bien tournées. Mais point trop n’en faut ! Or là, c’est une avalanche de métaphores toutes plus dégoulinantes les unes que les autres et cette accumulation a clairement eu raison de ma patience. D’autant qu’en dehors des fameuses métaphores, je n’ai pas trouvé le style totalement extraordinaire. Pas nul non plus, soyons honnêtes, mais pas de quoi casser trois pattes à un canard. Ce qui en soi était sans doute la première des déceptions.

La suivante tenait à l’intrigue. Alors oui, l’histoire est très mignonne, mais vraiment beaucoup trop mièvre à mon goût. Tout tourne autour de la romance entre Lula, la sirène, et Gaspard, avec vaguement en toile de fond les soucis financiers du Flowerburguer et la quête vengeresse de Milena. Le suspense est inexistant et les péripéties sont toutes plus farfelues les unes que les autres. Je sais qu’on est dans un récit de fantasy urbaine, mais ça n’excuse pas tout… ! En plus, cela manque clairement d’explications. Gaspard est immunisé au pouvoir de Lula parce qu’il a eu le coeur brisé par sa vilaine méchante ex ? Comment ? Pourquoi ? Parce que. Ah ok. La romance elle-même manque de crédibilité. Lula est belle, et célibataire (enfin, on suppose Camille me souffle dans l’oreillette que c’est la dernière de son espèce, donc oui), et… et voilà. C’est tout ?!

Les personnages, de leur côté, ne sont pas franchement creusés. Pour ne parler que de Milena, elle est méchante, parce que c’est la méchante. Aucune nuance, un pur cliché. Autant c’est pratique pour une rapide caractérisation, autant… eh bien il m’aura manqué de la consistance. Puisqu’on en est au chapitre des personnages, attardons-nous sur les personnages féminins. C’est obligé qu’ils soient tous plus stéréotypés les uns que les autres et avec des physiques forcément affriolants ? Je n’ai malheureusement pas relevé les descriptions, mais j’ai eu envie de jeter le livre à plusieurs reprises. Lula est une sirène, donc elle est dramatiquement belle, soit. Est-ce qu’on est obligés d’avoir une description ou une mention de ses seins toutes les deux pages ? Est-ce qu’on est obligés de subir des descriptions de corps féminins sans queue ni tête, mais qui convoquent toute la géologie et tout les astres du firmament ? Bouh, ça m’agace rien que d’y repenser.

Bref, déception totale avec ce titre, qui passe tout en bas (et plus si affinités) de ma liste pour le vote. Je n’ai accroché ni à l’intrigue, ni aux personnages. J’avoue tout de même que je me tâte pour l’adaptation cinématographique. J’avais bien aimé un précédent film de l’auteur et je me dis que s’il y a un bon univers musical, peut-être (mais rien n’est moins sûr) que ça pourrait le faire !

Une sirène à Paris, Mathias Malzieu. Albin Michel, février 2019, 238 p.

Black Night, Black Wings #2, Christina Henry.

En tant que Faucheuse, Madeline Black a pour rôle d’escorter les âmes des défunts dans l’au-delà. Évidemment, ils sont rarement ravis de la voir… Pourtant, c’est là le cadet de ses soucis. Des morts contre-nature frappent la ville, des ennemis inconnus ou malheureusement trop familiers la suivent, et pour couronner le tout, Gabriel, son garde du corps, a disparu avec sa gargouille de compagnie ! Mais Maddy est la petite-fille de Lucifer, et ses ennuis personnels pèsent bien peu face à l’intervention délicate qu’on lui confie : une mission diplomatique au royaume fae, qui l’entraînera jusqu’au cœur du terrible Dédale…

Peu de temps après avoir lu le premier tome de cette série, j’ai enchaîné avec celui-ci, ce qui est assez rare dans mes lectures de série ! Comme pour le premier tome, j’ai passé un moment globalement divertissant, mais qui ne suffira pas pour inscrire cette série dans mon top 5.

Cette fois, la parenté de Madeline avec Lucifer est nettement plus au centre de l’histoire ; d’une part, parce que Maddy est supposée se plier à une étiquette rigide dont elle n’a pas toujours les codes, d’autre part parce que son royal paternel l’a fiancée, sans lui demander son avis, à un de ses laquais. On repassera pour l’égalité des sexes… Là-dessus, la jeune femme est placée sous la protection rapprochée de Gabriel, qu’elle aime passionnément. Vous le sentez poindre le triangle amoureux ? Bah vous avez raison. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles je me suis un poil moins amusée avec cet opus qu’avec le précédent. De plus, l’intrigue est hyper redondante : Maddy est attaquée par une créature inconnue-mais-affreusement-dangereuse, elle commence par déplorer l’absence d’un de ses nombreux membres de harem, puis se bastonne – seule – avec la créature, vainc parce qu’elle est badass, mais finit quand même à moitié morte dans les bras d’un camarade, parce que la cavalerie arrive au dernier moment. C’est d’un lourd !

D’autant qu’il faut une grosse moitié au roman pour donner vraiment un sens à l’intrigue, tant on est occupés avec des sous-intrigues sans queue ni tête. Et c’est dommage, parce que tout l’arc narratif autour de la cour fae permettait vraiment d’approfondir l’univers. Sauf que comme pour tout le reste, c’est quand même assez brouillon. Comme l’intrigue multiplie les faux-semblants, les trahisons, les manigances, les disparitions, on finit par ne plus tellement savoir où donner de la tête. Or, c’est comme dans le tome 1, les explications peinent à venir. Autant l’impression de flou pouvait passer pour un premier tome, autant pour un tome 2, je trouve ça vraiment dommage. Cette fois, même si les personnages font toujours preuve d’une gouaille bien agréable qui relève un peu l’ensemble, je n’ai pas suffisamment apprécié pour enchaîner avec les tomes suivants.

C’est un roman que j’ai apprécié de lire pour l’aspect très divertissant, mais dont l’intrigue ne m’a pas tellement convaincue. C’est dommage, car l’univers comme les personnages sont bien trouvés. Mais le manque chronique d’explications et le côté hyper brouillon des péripéties gâche un peu l’ensemble. Sympa pour la plage, mais je ne lirai certainement pas la suite.

◊ Dans la même série : Black wings (1) ;

Black night, Black wings #2, Christina Henry. Milady, mai 2019, 384 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

Black Wings #1, Christina Henry

Rien de tel qu’être agente de la mort pour vous pourrir la vie. Pour Madeline Black, escorter les défunts dans l’au-delà est un travail à toute heure et très mal payé. Certes, on y gagne des pouvoirs magiques et une paire d’ailes impressionnantes, mais aussi un patron exaspérant, une gargouille grincheuse à supporter, et bien des factures impayées. Les choses semblent s’améliorer lorsque le séduisant Gabriel Angeloscuro s’installe dans l’appartement au-dessous du sien… jusqu’à ce qu’un monstre terrifiant ravage les rues de Chicago, et que Maddy se découvre des pouvoirs inconnus, liés à un héritage dont elle ignore tout et qui fera d’elle la cible de tous les feux de l’enfer et du paradis.

Cela faisait une paye que je n’avais pas lu de fantasy urbaine, rayon bit-lit, aussi me suis-je laissée tenter (l’année dernière…) par cette nouvelle série ! Et, si elle ne deviendra sans aucun doute pas ma nouvelle référence, je dois dire que je me suis gentiment laissée porter par ces deux premiers tomes.

Dès l’ouverture, j’ai apprécié le style plein d’humour de Christina Henry : Madeline Black, quoique Agente de la Mort et blogueuse cuisine, peine à joindre les deux bouts, ronchonne à qui mieux-mieux. Pour ce faire deux sujets de prédilection : primo, sa gargouille domestique — dont on pourrait comparer le comportement à celui d’un chat ayant clairement conscience de sa supériorité sur son humain domestique, à ceci près qu’elle sait en sus voler, adore le chocolat et les pop-corns et crèche sur une corniche de la façade. Secundo, les lourdeurs administratives de son boulot, dont le paragraphe en décrivant la totale absurdité m’a quasiment tiré des larmes d’hilarité !
Quels que soient les échanges entre personnages, les échanges sont vifs et savoureux, notre protagoniste étant loin d’avoir la langue dans sa poche.

L’intrigue s’appuie sur un univers et une mythologie que je n’ai pas l’habitude de fréquenter en fantasy urbaine (je vous spoile un peu) : celui des damnés et des déchus. Pas besoin d’avoir fait tout son catéchisme pour suivre qui fait partie des bad guys et qui fait partie des encore-plus-bad-guys, le tout est assez limpide.
Si le schéma protagonistes/opposants est clair, il n’en est malheureusement pas de même pour l’univers. Comme on finira par le comprendre, Maddy n’est pas supposée avoir de tels pouvoirs magiques. Mais la révélation est quelque peu tardive. Et l’ennui, c’est que le reste est à l’avenant : on comprend tardivement les règles de l’univers dans lequel on évolue, les règles de la magie des personnages, ou encore celles de leur mythologie et de leur organisation. On flotte donc dans une sorte de flou artistique peu agréable, qui laisse la désagréable impression qu’on a commencé l’intrigue par le tome 2 – bien que ce ne soit pas le cas.

Après avoir accepté de laisser le cerveau de côté, j’ai plutôt apprécié cette lecture qui sortait de ce que je lis habituellement. L’univers des déchus est assez sympa et la gouaille des personnages rattrapait les petits manques en explication. Comme je le disais en intro, ce ne sera pas ma nouvelle référence en matière de fantasy urbaine, mais j’ai suffisamment apprécié pour enchaîner avec le tome 2.

◊ Dans la même série : Black Night (2) ;

Black Wings #1, Christina Henry. Traduit de l’anglais par Clémentine Curie. Milady, mars 2019.

Ma vie cachée, Becca Fitzpatrick.

Un nouveau nom. Une nouvelle ville. Une nouvelle vie.

Témoin d’un meurtre, Stella est placée sous protection en attendant le procès. Elle se retrouve catapultée au milieu de nulle part, dans le Nebraska, sous une fausse identité. Son ancienne vie lui manque atrocement, surtout son petit ami, Reed. Elle refuse de reconstruire quoi que ce soit, persuadée que sa nouvelle situation en va pas durer. Mais lorsqu’elle rencontre Chet, il lui est difficile de ne pas sourire… et de garder pour elle son terrible secret.

De Becca Fitzpatrick, j’avais lu avec beaucoup de plaisir la série Hush, hush et, dans un registre bien différent, le glaçant Black Ice. J’étais donc assez curieuse de voir ce qu’elle concocterait dans Ma vie cachée. Et, malheureusement, la sauce n’a pas réellement pris.

Le roman nous fait découvrir une Stella (de sa nouvelle identité), assez grognon : en tant que témoin protégée, elle a le déplaisir d’être envoyée à Thunder Basin, dans le Nebraska et c’est un peu la fin du monde pour l’adolescente, qui se retrouve séparée de son petit ami, Reed. Cette introduction ouvre le bal des faiblesses du scénario et on va commencer avec sa nouvelle identité : il a été décidé de changer son prénom, « trop reconnaissable » (sic) d’Estella en… Stella. Gros gros effort de recherche, en effet ! Sans surprise, son identité réelle n’est guère en sécurité et vous ne serez sans doute pas surpris d’apprendre qu’elle va connaître quelques turbulences.
Par ailleurs, celle-ci grogne tant et plus, alors que l’affaire ne doit durer que trois pauvres petits mois, jusqu’à sa majorité (moment où elle pourra donc retrouver son dulciné). Alors, certes, ce n’est pas agréable de quitter sa vie et d’être coupée des siens durant trois mois, mais ce ne sont guère QUE trois mois ! Pas 30 ans ferme !

À côté de ces faiblesses de scénario, déjà un brin agaçantes, j’ai noté quelques incohérences qui ont suffi à, au choix, me faire lever les yeux au ciel ou à me sortir totalement de ma lecture. Ainsi, dans telle scène, Stella est au téléphone à la fois dans l’habitacle de la voiture et sur le capot (avant de revenir à l’intérieur) ; les cheveux de Carmina, qui accueille Stella, passent de blanc à blond platine d’une scène à l’autre ; j’en passe et des meilleures. Tout cela donne l’impression d’un roman un peu bâclé.

Et, plus le roman avançant, moins il a été facile de se dire que cela allait s’améliorer : l’histoire est cousue de fil blanc et certaines péripéties peinent à convaincre, notamment sur la partie romance. En effet, suite à son lamento initial, Stella succombe au charme de Chet, le dangereux-bad-guy du coin, en moins de deux semaines. DEUX semaines ! Et, évidemment, comme dans tout roman ado américain qui semble se respecter, le bad-guy n’a rien fait de répréhensible – si ce n’est ne pas laisser la priorité à une mamie au passage piéton, manifestement. En somme : guère crédible, tout ça.
D’autant que les personnages ne sont guère creusés ; si les péripéties semblent vouloir déclencher une certaine empathie du lecteur à grands coups de passés dramatiques et autres moments douloureux, le moins que je puisse dire, c’est que ça n’a pas pris avec moi.

Ceci étant dit, je dois reconnaître que, malgré tout, Becca Fitzpatrick a su susciter mon intérêt et, le roman avançant, j’avais vraiment envie de savoir comment tout cela allait tourner. Les rebondissements, même cousus de fil blanc, sont bien amenés et il y a quelques sous-intrigues qui valent le coup (celle autour de l’amie enceinte, ou celle autour de l’insupportable joueur de base-ball, mettons). Tout cela mis bout à bout, j’ai fini par me laisser prendre au jeu (tout en râlant copieusement, certes !).

En bref, Ma vie cachée propose un mélange assez détonnant de thriller et de romance dont ni le scénario ni les personnages ne m’ont convaincue. Et pourtant, malgré les faiblesses du scénario évoquées ci-dessus, j’ai lu le roman d’une traite car, je ne vais pas lui enlever cela, Becca Fitzpatrick a un style très entraînant. Pas la découverte de l’année, donc, mais tout n’est pas à jeter au feu non plus !

Ma vie cachée, Becca Fitzpatrick. Traduit de l’anglais par Catherine Nabokov. Pocket jeunesse (PKJ), octobre 2017, 419 p.