Fleurs d’Oko #1, Laëtitia Danae. #PLIB2022

À Sangaré, la magie, réservée aux hommes, se déploie en de multiples couleurs. Mais petite Oko est spéciale. Elle parle le Langage des fleurs.
Lorsque le murmure des griottes annonce la venue du puissant Soumaoro, envoûteur du royaume en quête d’un aspirant prêt à lui succéder, Oko prend sa décision. Elle quitte tout pour assouvir son besoin d’aventure et de reconnaissance.
Alors qu’aux portes de la capitale, la Brousse menace d’étendre son fléau, dans les dédales du palais d’Ivoire, Oko découvre un tout autre monde. Celui de la magie, telle qu’elle ne l’a jamais expérimentée, mais aussi les intrigues de la cour, les ruses et les coups bas. À qui peut-elle se fier ? Qui redouter ? Tant de questions, si peu de réponses. La concurrence est rude et les embûches parsèment le chemin de la jeune aspirante.
Et à travers ses épreuves, petite Oko deviendra grande.

Fleurs d’Oko faisant partie des cinq titres sélectionnés pour le PLIB, il a atterri sur ma PAL de l’été. Et en quelques mots comme en cent, c’était une lecture sympathique, mais clairement pas assez pour terminer en haut de ma liste de votes !

Après un démarrage en fanfare, le rythme du récit retombe rapidement, et se focalise presque entièrement sur Oko, seule (ou presque) dans le palais et attendant de rencontrer ses camarades de classe. C’est intéressant du point de vue de la construction de la protagoniste, mais j’ai trouvé que cela créait un ventre mou dans la narration – et durant lequel j’ai vraiment dû m’accrocher. Finalement, c’est sans doute un des deux points qui m’aura causé le plus de difficultés dans ce roman : le rythme ! Ce n’est pas tellement la lenteur (car j’aime les intrigues qui prennent leur temps), mais l’impression que ce rythme posé ne servait ni à la construction des personnages, ni à l’approfondissement de l’intrigue ou de l’univers.

Et c’est dommage, car l’univers dans lequel se déroule le récit est assez envoûtant. La société est globalement matriarcale (en tout cas les femmes dirigent), mais la magie est réservée aux hommes. Aussi la présence d’Oko (et d’Akissi, la seconde étudiante), est-elle assez mal perçue au début de l’intrigue. Et j’ai trouvé ça vraiment intéressant : l’aspect féministe de l’intrigue ne tient pas seulement à une inversion du paradigme habituel (en passant de société patriarcale à matriarcale), mais aussi au fait que l’autrice décrit des personnages féminins qui se prennent en main et font tout leur possible pour faire bouger les lignes (même si elles ne sont que deux et sont à couteaux tirés). A ce stade de la chronique, je me dois aussi d’avouer qu’après m’avoir royalement tapé sur le système, Oko m’a semblé manquer d’un peu de profondeur, tout comme ses camarades de classe, que j’ai trouvés un peu cliché (et c’est le second point qui m’aura vraiment gênée).
Côté construction de l’intrigue, mythes et légendes africaines imprègnent le récit, soit parce que Soumaoro, l’envoûteur, les raconte à ses étudiants, soit parce ce que des extraits ouvrent les chapitres ou émaillent le récit, ce qui crée une atmosphère prenante.

J’ai trouvé le système de magie à la fois intéressant et trop peu détaillé : il y a quatre types de magies différentes, chacun relevant d’une affinité particulière (avec les plantes, l’esprit, etc.) et étant désigné par une couleur. C’est une base vraiment intéressante, et j’étais frustrée de ne pas savoir comment les personnages sont à l’aise avec l’une plutôt que l’autre, comment on acquiert les autres types, etc. De même, la succession d’épreuves assure le rythme de la narration, mais cet aspect linéaire a aussi manqué, à mon goût, de quelques détails.

En définitive, j’ai apprécié l’univers dans lequel se déroule l’intrigue, tout comme celle-ci, notamment sur les enjeux qui seront sans doute détaillés dans le deuxième tome (la lutte contre la Brousse notamment), et ce malgré la lenteur générale de l’ensemble. En revanche, j’ai trouvé que les personnages manquaient un peu de profondeur, ce qui m’a empêchée de me passionner pleinement pour le récit. Malgré un roman fluide et assez sympa dans l’ensemble, je ne suis pas certaine de lire le tome 2 !

Fleurs d’Oko #1, Laëtitia Danae. Snag, mars 2021, 422 p. #PLIB2022 #ISBN9782490151264

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La Sorcière secrète, Le Garçon sorcière #2, Molly Knox Ostertag.

Les parents d’Aster ont finalement accepté que leur fils devienne une sorcière et non un métamorphe, contrairement aux autres garçons de leur famille. Aster suit des cours avec sa grand-mère qui lui demande en retour de veiller sur son grand-oncle dont les pouvoirs ont presque détruit la famille.
Pendant ce temps, Charlie, l’amie d’Aster est aux prises avec de sérieux ennuis… Quelqu’un tente de lui jeter un sort! Avec l’aide d’Aster, elle réussit à échapper à la malédiction, mais tous deux doivent maintenant trouver le responsable avant que d’autres soient victimes du malfaiteur.

Après l’excellente découverte du premier tome, j’étais curieuse de lire la suite de cette trilogie de comics. Et le deuxième tome a clairement été à la hauteur !

L’été est terminé, et Charlie a retrouvé les bancs du lycée. Aster… aussi, puisqu’il est enfin admis aux cours de sorcellerie normalement dispensés aux jeunes filles de sa famille, pour son plus grand plaisir (mais pas pour celui de toutes les femmes de sa famille). Ce tome poursuit donc tranquillement l’arc narratif autour de la construction de soi et de l’importance de trouver sa place amorcé dans le précédent volume. Car l’exemple d’Aster a fait des émules ! Sedge, son cousin, est terrorisé à l’idée de perdre de nouveau le contrôle de sa métamorphose et ne souhaite qu’une chose : avoir une scolarité normale, dans un établissement général (ce qui ne risque pas d’être du goût de l’ensemble de la famille !).

Mais ce n’est pas tout ! L’autrice renouvelle vraiment son univers en introduisant un nouveau personnage, Ariel, une nouvelle élève venant d’arriver et qui a déjà subi du harcèlement scolaire. Parallèlement, il s’avère que Charlie est poursuivie par une sombre malédiction contre laquelle Aster va l’aider à lutter, dans la mesure de ses moyens.
De fait, l’intrigue est riche en rebondissements et on ne s’ennuie pas un seul instant, tant Molly Knox Ostertag sait conjuguer péripéties et sujets personnels, sans oublier quelques touches d’humour, ce qui ne gâche rien.

« Alors… c’est comment ? Aller à l’école, vivre en ville et tout ça ?
– C’est normal. Bon, j’imagine que pour toi, ça n’a rien de « normal ». Je monte dans un gros bus jaune avec un tas d’autres enfants pour me rendre dans un bâtiment en briques où on mange de la nourriture dégueu et où on apprend les maths.
– ça paraît pas trop mal…
– Tu sous-estimes à quel point la nourriture est mauvaise. »

A nouveau, au fil des pages, des sujets profonds sont traités en douceur, sans que l’on sente la volonté de l’autrice de faire passer ses messages. Ainsi, par le biais d’Ariel, elle montre subtilement les ravages du harcèlement et de la haine sur soi comme sur les autres, comme l’importance du soutien (de la famille, comme des amis). De même, il est question des relations familiales, de la difficulté de changer, comme d’accepter l’autre et d’ouverture d’esprit – tout comme dans le premier opus. Même si l’ensemble se déroule dans un univers résolument fantasy, le traitement de ces sujets est bien fait, et particulièrement réaliste. Ce qui n’a fait que me rendre cette lecture plus passionnante encore !

« C’est la spirale de la haine… au début, ça fait du bien et ça paraît juste. Tu as été blessé et donc tu blesses les autres. Le mal s’infiltre en toi et tu ne peux pas l’arrêter, et un jour, tu réalises qu’il n’y a pas de différence entre lui et toi. »

Comme dans le premier tome, les graphismes simples et clairs, les couleurs chaudes, sont un régal. A nouveau, il y a une vraie diversité dans les personnages représentés : cela ne sert pas l’intrigue nécessairement, c’est simplement présent en toile de fond. Cela change agréablement de la production actuelle !

J’ai adoré le premier tome, je persiste et signe avec celui-ci. L’intrigue est idéalement renouvelée, les personnages creusés, tout comme l’univers. Des messages forts et bien traités émaillent le texte, ce qui rend l’ensemble très prenant. Et encore une fois, le récit complet et appréciable… tout en donnant très envie de lire le troisième et dernier tome !

◊ Dans la même série : Le Garçon sorcière (1) ;

Le Garçon sorcière #2, La sorcière secrète, Molly Knox Ostertag.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Romain Galand. Kinaye (Graphic Kids), 3 juillet 2020, 207 p.

Le Phare au corbeau, Rozenn Illiano.

Agathe et Isaïah officient comme exorcistes. L’une a les pouvoirs, l’autre les connaissances ; tous deux forment un redoutable duo.
Une annonce sur le réseau social des sorciers retient leur attention. Un confrère retraité y affirme qu’un esprit nocturne hante le domaine d’une commune côtière de Bretagne et qu’il faut l’en déloger. Rien que de très banal. Tout laisse donc à penser que l’affaire sera vite expédiée.
Cependant, lorsque les deux exorcistes débarquent là-bas, le cas se révèle plus épineux que prévu. Une étrange malédiction, vieille de plusieurs générations, pèse sur le domaine de Ker ar Bran, son phare et son manoir.
Pour comprendre et conjurer les origines du Mal, il leur faudra ébranler le mutisme des locaux et creuser dans un passé que certains aimeraient bien garder enfoui…

Des sorciers, des fantômes et la Bretagne tempétueuse : qui dit mieux ?
Je dois dire que l’ambiance de ce roman a bien été au rendez-vous, et a complètement comblé mes attentes !

Le récit nous plonge dans le quotidien d’un duo de sorciers : Agathe a des talents de médium (elle voit les fantômes mais ne peut les exorciser), Isaïah, lui, exerce la magie hoodoo, un mélange de pratiques animistes et de prières catholiques. J’ai trouvé vraiment intéressant que les personnages soient, d’une part, pas surpuissant et, d’autre part, complémentaires, dus à leurs pouvoirs prétendument incomplets. Le duo fonctionne à merveille, en raison aussi de leurs personnalités très différentes (lui plutôt solaire malgré quelques blessures, elle plutôt abîmée). Ensemble, ils répondent à des annonces sur le réseau social des sorciers, et vont exorciser des demeures hantées, à la demande de leurs locataires. C’est ainsi que le duo de sorciers citadins s’embarque pour un petit village breton, poursuivi par une histoire de hantise et une vieille malédiction.

« Parfois, les superstitions provoquent des hallucinations collectives, et l’on se prend à imaginer que des fantômes nous tourmentent… Une part non négligeable de notre travail consiste à étudier la psychologie de nos clients, à nous adapter, et à tenter de désamorcer, le cas échéant, les conflits et les non-dits qui règnent entre eux. Car ces conflits et ces non-dits ramènent les âmes des morts parmi les vivants. Des histoires de famille, des secrets, des rumeurs… »

L’ambiance est donc, comme je le disais, au rendez-vous. Après un premier exorcisme citadin qui se déroule comme sur des roulettes, direction la Bretagne. Une Bretagne venteuse, tempétueuse, fermée à l’étranger (et là on parle de gens qui viennent juste du département voisin !), marquée par un folklore très présent, et la rémanence de vieilles légendes. Si on ajoute à cela le cadre de l’exorcisme, un manoir ancien au bord d’une falaise, comprenant un phare désaffecté dans son domaine, on obtient un cadre légèrement sombre et oppressant, qui rend la lecture très prenante.

Or, voilà que l’exorcisme échoue… et que nos sorciers doivent mener une petite enquête sur l’histoire du domaine : qui sont les personnes décédées dans des circonstances tragiques sur le domaine ? Quel est le lien entre un religieux, des ronces et un druide accompagné d’un corbeau ? Pourquoi y a-t-il autant de fantômes autour du manoir ? A ce moment-là de l’intrigue, le récit alterne entre l’époque d’Agathe et Isaïah, avec deux autres périodes du passé de Ker ar Bran, qui viennent éclairer les recherches des personnages, ou l’histoire du lieu – et donc contribuer à l’ambiance sombre et mystérieuse du lieu.

L’enquête (rapide !) et les faits d’exorcisme se mêlent aux préoccupations des personnages. Agathe est poursuivie par un syndrome de l’imposteur assez présent (à tel point qu’il est nommé et que les personnages y font souvent référence !), sans doute issu de son enfance chaotique. Les questions de la confiance en soi, de la quête d’identité sont donc très présentes dans l’histoire, et se mêlent harmonieusement au reste – même si Agathe m’a semblé un peu trop insistante sur son manque de confiance en elle, au point de me sortir parfois de l’histoire.

Par ailleurs, alors que l’ensemble se tient vraiment bien, j’ai trouvé que la fin arrivait presque trop vite, ou manquait de détails. Quoi qu’il en soit, les révélations finales amènent une bonne ouverture et ouvrent la possibilité d’une suite (que je lirai avec un immense plaisir si suite il y a), sans toutefois laisser les lecteurs en plan, ce qui est hautement appréciable. Notez bien que tout cela ne m’a pas le moins du monde empêchée de passer un excellent moment de lecture, et de tourner les pages à toute vitesse !

Et quid des exorcismes ? Eh bien ces scènes font clairement partie du sel de l’ensemble ! L’arrivée des fantômes (froid glaçant, portes qui claquent, déplacements, chutes et/ou bris d’objets), tout cela est parfaitement décrit. C’est d’autant plus prenant dans les passages où l’on est à Ker ar Bran, car la réputation du lieu, la lande venteuse, viennent ajouter leurs degrés de mystères aux scènes d’exorcisme. J’étais très contente de ne pas trouver les scènes en question proprement terrifiantes (ce qui m’aurait sans doute empêchée de finir le livre…), mais suffisamment bien écrites pour me plonger dans cette ambiance (et me faire préférer ma couette à un couloir obscur au moment de la lecture).

J’ai donc passé un excellent moment de lecture avec Le Phare au corbeau. Malgré quelques longueurs dans la seconde partie, je me suis laissée embarquer par un récit très prenant, qui convoque à la fois l’imaginaire lié aux spectres, à la sorcellerie, et au folklore breton. L’intrigue est donc portée par une atmosphère sombre et soignée, parfois effrayante, et particulièrement addictive. J’ai beaucoup aimé le mélange entre le milieu un peu underground des sorciers et l’aspect beaucoup plus mystérieux de ce qui se déroule en Bretagne : détonnant, mais efficace ! Si le roman est un parfait one-shot, la conclusion ouvre une belle perspective de suite, que je lirai avec beaucoup de plaisir si elle paraît un jour !

Le Phare au corbeau, Rozenn Illiano. FolioSF, réédition mars 2022, 450 p.

Les Sorcières des Landes, Adrien Tomas.

1609.
L’Inquisition fait rage en Europe et traque des milliers de femmes et d’hommes, accusés de sorcellerie.
Élevées dans les Landes françaises, Margaux et Ermeline, 16 et 17 ans, sont initiées aux pratiques de guérisseuse par leur mère, Catherine. Alors que la cadette s’épanouit dans cette existence simple, entre chasse et apothicairerie, Ermeline rêve de s’installer en ville, loin des forêts du sud-ouest de la France.
Cette vie paisible prend fin lorsque Catherine et ses filles sont dénoncées pour sorcellerie et traquées par Pierre de Lancre, maître Inquisiteur envoyé en mission dans la région de Bayonne. Seule et en fuite, Margaux est recueillie par un homme mystérieux, Nicodémus, qui va lui apprendre la vérité sur ses origines et ses aptitudes. Alors que la colère du peuple français gronde contre l’Inquisition, un autre affrontement prend place en coulisses, opposant Assassins et Templiers autour d’un artefact puissant.
Chacune de leur côté, les deux sœurs devront faire le deuil de leur jeunesse heureuse, mais également décider quelle destinée rejoindre. Assassin ou Templier ? La voie du sang, ou la voie du cœur ?

Voilà un livre que j’étais très, mais alors très contente de trouver sur le sommet de ma pile à lire de travail. Déjà parce que j’aime les romans d’Adrien Tomas ! Ensuite parce que les novellisations de jeux vidéo m’intéressent vivement (même quand je n’ai pas joué au-dit jeu vidéo, ce qui est le cas avec ce livre). Mais surtout parce que la chasse aux sorcières en Pays basque au XVIIe, eh bien ça a été mon sujet d’étude lorsque j’étais à la fac. Trois très bonnes raisons de vouloir lire ce livre, donc.  

Et, de fait, je n’ai vraiment pas été déçue du trajet. Ou par un petit point, que l’on va évacuer direct : le titre. L’histoire se passant essentiellement dans le triangle Bayonne, Saint-Pée sur Nivelle et Saint-Jean de Luz, dans la province basque du Labourd, j’ai eu du mal à comprendre pourquoi le titre était sorcières des Landes ? Bon entre vous et moi, c’est juste le chauvinisme qui parle, là. Raisonnablement, je pense que c’est parce que la chaumière de Catherine et de ses filles, quelque part autour de Bayonne, se situait plutôt au nord, donc dans les Landes (mais comme il n’y a pas de nom, on ne sait pas !). 

Maintenant qu’on a bien râlé (pour pas grand-chose, soit dit en passant), passons à la suite!  
Les liens au jeu vidéo sont vraiment bien exploités. Pour les noob en la matière dans mon genre, pas de panique : les éléments nécessaires sont rappelés et explicités au bon moment. L’avantage d’avoir des personnages qui découvrent ce dans quoi ils ont mis les pieds au fur et à mesure, c’est que l’on peut avoir des explications détaillées sans que cela semble téléphoné. Je me suis juste laissée porter par le récit, et j’ai adoré la façon dont l’auteur mêle la mythologie du jeu vidéo, la réalité historique, et les enjeux particuliers portés par ses personnages.

La narration saute d’ailleurs de l’un à l’autre, ce qui nous offre des points de vue vraiment intéressants. Évidemment, on suit les deux sœurs, Ermeline et Margaux mais, plus intéressant encore, on a de nombreux chapitres côté Pierre de Rosteguy de Lancre, l’opposant principal – et personnage historique. J’ai trouvé les deux frangines intéressantes. C’est vrai que le motif des sœurs opposées, chacune se réclamant d’un clan, est déjà vu mais d’une part, c’est la ligne éditoriale de la collection et, d’autre part, ici cela fonctionne vraiment très bien et c’est motivé tant par leurs personnalités respectives, que par leur histoire. L’aînée très assidue au travail, poussée par la mère à l’excellence, ne rêve que d’aller à la grande ville et voir du monde, tandis que la cadette, laissée libre de vaquer à ses occupations, adore la vie à la campagne. Il y a un vrai terreau pour de futures dissensions (qui s’expliquent aussi par des éléments que je ne souhaite pas divulgâcher ici). Quoi qu’il en soit, leurs doutes, leurs cheminements, sont avancés avec ce qu’il faut de nuances, ce qui rend le récit d’autant plus prenant.
L’antagonisme entre Templiers et Assassins est parfaitement mis en scène. Et le fait d’avoir des chapitres des deux côtés est riche de nuances : certains personnages côté Templiers sont persuadés d’œuvrer pour le bien… tandis que certains Assassins ont la main plutôt leste lorsqu’il s’agit de se débarrasser d’alliés. Même si cela peut sembler manichéen au vu de la structure de l’intrigue, on est dans un récit nettement plus nuancé !
Les personnages historiques sont plutôt du côté des Templiers (aka les opposants ici), avec Pierre de Lancre (le juge civil chargé du tribunal inquisitorial), Jehan Sorhaindo, un milicien bayonnais affecté à la protection du juge, et la Morguy, une sorcière repentie qui a livré les noms de nombreuses femmes condamnées par la suite (coupables ou non, de fait). Les liens de chacun aux Templiers, ou aux confréries locales s’insèrent parfaitement dans leurs biographies respectives, si bien que les annexes en fin d’ouvrage pour rappeler qui est qui, ou qui a fait quoi, sont bien utiles pour démêler l’écheveau.

Tout cela nous amène à la partie plus purement historique du roman sur laquelle, on ne va pas se mentir, j’avais énormément d’attentes ! Et j’ai adoré. L’ensemble est parfaitement documenté, mais surtout, on ne sent pas la leçon d’histoire. J’ai profité à fond d’un bon roman de fantasy, truffé d’aventures, dans une période qui me passionne et c’était tout simplement excellent. Évidemment, ce n’est pas le fond du propos ici, mais l’auteur mentionne aussi les motifs politiques de cette chasse aux sorcières assez meurtrière et évoque même à demi-mots le scepticisme de l’Inquisition espagnole face aux dénonciations de sorcellerie (contrairement à ce qu’on pourrait croire, l’Inquisition espagnole a assez peu brûlé de sorcières, estimant que les récoltes et autres troupeaux gâtés avaient des origines scientifiques ou climatologiques, plutôt que surnaturelles. Ils ont préféré pourchasser les « mauvais chrétiens » et ils s’en sont donné à cœur joie sur ce chapitre). A cela s’ajoute, comme je le disais plus haut, la mythologie de la franchise Assassin’s Creed, et l’opposition atavique entre Assassins et Templiers… le tout avec un naturel confondant. C’en est même hyper vraisemblable, et c’est aussi pourquoi je me suis passionnée pour cette lecture (alors que j’étais certes curieuse au départ, mais aussi pleine de doutes).

Très très bonne lecture donc que ces Sorcières des Landes, qui sait allier codes de la série Assassin’s Creed, faits historiques et une bonne intrigue de fantasy parfaitement menée. La plume d’Adrien Tomas, hyper fluide, rend la lecture très prenante. Je me suis passionnée pour l’histoire de ces deux soeurs, et j’ai adoré la conclusion, à la fois très ouverte et pas totalement heureuse, mais qui apporte un parfait point final !

Bon à savoir : les tomes de cette série sont parfaitement indépendants les uns des autres !

Assassin’s Creed, Fragment #3 : Les Sorcières des Landes, Adrien Tomas. 404, 20 janvier 2022, 311 p.

Le Trône des Sept îles #1, Adalyn Grace.

C’est le grand jour pour la princesse Amora. Fille unique de la famille Montara qui dirige le royaume de Visidia, elle va devoir assoir sa position d’héritière du trône en effectuant une démonstration de sa magie devant son peuple. Mais quand le rite de passage tourne au désastre, la jeune femme est forcée de fuir.
Elle va alors faire la rencontre de Bastian, un mystérieux pirate avec lequel elle va passer un marché. Ensemble, ils vont parcourir les mers du royaume, pleines de merveilles et de dangers avec pour objectif de stopper l’émergence d’une nouvelle magie destructrice. Pour la vaincre, Amora devra affronter des monstres légendaires, croiser le chemin d’une sirène redoutable et même gérer un passager inattendu… Si elle échoue, elle mettra en péril le destin de Visidia et perdra la couronne des sept îles à tout jamais.

Quand on me dit pirate, magie dangereuse, princesse en fuite, royaume maritime, je pars conquise. Enfin, j’aurais dû mais malheureusement… eh bien ici ça ne l’a pas fait.

Dès les premières pages, Adalyn Grace nous immerge pourtant dans un univers fort, décrit de façon extrêmement visuelle. Visidia est en effet un royaume maritime, découpé en sept grandes îles, chacune déployant un pouvoir magique qu’embrassent (ou non) les habitants. Cette répartition de talent par zone géographique, indépendamment des gènes de chacun (ou pas, parce que ce n’est pas hyper clair), m’a grandement fait penser à Divergent (sauce fantasy, et les embruns en plus). L’ennui, c’est que comme dans la référence citée précédemment, l’explication de la répartition de la magie, du pourquoi du comment du choix, manque un peu de consistance. Et c’est un manque qui m’a également gênée à propos du système de magie. La magie existe, ils en font, c’est super et… eh bien c’est à peu près tout ce que l’on en saura. La magie des âmes, que pratique l’héroïne, est un peu plus creusée que les autres, mais il m’a manqué des détails pour une constitution solide de l’univers.

« C’est une belle journée pour naviguer.
Le sel de l’océan recouvre ma langue et j’en savoure le grain. La chaleur de la fin de l’été a eu raison de la
mer : elle oscille à peine alors que je me tiens appuyée contre le bastingage à tribord.
L’eau turquoise s’étend à perte de vue, peuplée de chirurgiens bleus et de bancs de vivaneaux à queue jaune qui s’éloignent de notre bateau et se cachent sous de fines couches d’écume.
Derrière la brume matinale s’élève le contour des montagnes, dissimulées sous les nuages, qui façonnent l’île la plus septentrionale du royaume, Mornute. C’est l’une de celles que je n’ai pas encore visitées, mais que je gouvernerai un jour.
« 

De plus, je ne peux pas dire que j’aie vraiment accroché à l’intrigue, tant les péripéties sont prévisibles. Autant le départ est plutôt pas mal, puisque la princesse échoue royalement à son examen et se retrouve à devoir fuir, autant cela se gâte dès que la fuite débute. Évidemment, elle tombe inopinément sur un allié mais se retrouve coincée entre lui et son futur-ex-fiancé : entre le premier qui est opportuniste (et beau gosse, et célibataire) et le second qui est hyper lourd et ne sait rien faire de ses dix doigts (et va donc rester célibataire), qu’arrive-t-il ? Mais oui, un fantastique (non) triangle amoureux ! Qui démarre, comme tout bon triangle amoureux qui se respecte, sur du rien et continue sur du vent. La romance se noue hyper vite, ce qui n’est pas crédible pour deux sous : difficile, donc, de croire aux attachements des personnages.

Par ailleurs, l’intrigue est très linéaire, les personnages allant d’île en île afin de découvrir ce dont il retourne réellement. Le suspense est donc peu présent, d’autant que les pérégrinations des personnages suivent les grands chemins classiques du genre, ce qui rend les péripéties fort peu surprenantes. Évidemment, on ne tarde pas à découvrir qu’un sombre secret se cache sous l’existence de la magie et que celui-ci remet en cause tout ce que savaient les personnages (et va par là-même passer à deux doigts de détruire le monde, qu’ils sont les seuls à sauver). Comme je le disais au départ, l’univers me plaisait follement, d’autant qu’on en prend plein les yeux, mais pas tout à fait assez à mon goût pour cacher les faiblesses de l’intrigue.
Avec ça, le style est truffé de métaphores (parfois hasardeuses) au point de devenir particulièrement lourd, ce qui n’aide en rien à se passionner pour le récit.

Passons maintenant aux personnages. L’intrigue tourne essentiellement autour de Ferrick, le prince, Bastian, le pirate et Amora, la princesse. Soyons bien clairs, Ferrick n’est là que pour servir de faire-valoir à Bastian, et en faire ressortir les aspects ô combien plus mystérieux, plus bad guy (mais pas trop), plus débrouillard, plus… personnage principal digne d’intérêt, en somme. Et aussi pour faire la troisième pointe du triangle amoureux. Il est complètement dispensable et à ce titre, très peu creusé. Le pirate, quant à lui, coche toutes les cases du cliché, ce qui lui permet de faire pile ce qu’on attend de lui – mais n’amène pas d’originalité. Et Amora ? Outre cette malheureuse homonymie qui casse un peu l’ensemble, Amora semble devoir être la femme forte de cette histoire (elle joue très la princesse pourrie gâtée froide et cruelle), mais pas trop non plus, car au fond d’elle-même, elle ne rêve que d’être douce et sensible… ce qui la rend d’autant plus fatigante. Ceci étant dit, c’était un beau pari d’écrire tout un roman avec un personnage central aussi imbuvable, et cela mérite d’être salué ! Si vous aimez apprécier le personnage central, soyez prévenu : Amora est une sale enfant gâtée, et le restera jusqu’à la fin de l’histoire. Ce qui est un peu dommage, puisqu’elle manque clairement de nuances, et souffre du même défaut de superficialité que ses compatriotes.

On ne peut donc pas dire que j’aie franchement adhéré à ce roman. Malgré un univers hyper visuel, très Pirates des Caraïbes, et particulièrement immersif, ce titre n’a pas franchement réussi à m’embarquer, la faute à des personnages trop peu creusés et à une intrigue cousue de fil blanc. Toutefois, l’histoire s’achève sur un bon point final, ce qui fait que l’on peut passer à autre chose sans frustration aucune !

Le Trône des Sept Îles, Adalyn Grace. Traduit de l’anglais par Aurélie Orkan.
De Saxus, août 2021, 384 p.

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Le Garçon sorcière #1, Molly Knox Ostertag.

Dans la culture du jeune Aster, treize ans, toutes les filles sont élevées pour devenir des sorcières et les garçons, des métamorphes. Toute personne qui ose contrevenir à cette tradition est exclue. Malheureusement pour Aster, il demeure incapable de se métamorphoser… et il est toujours aussi fasciné par la sorcellerie, bien qu’elle lui soit formellement interdite.Lorsqu’un danger mystérieux menace les autres garçons, Aster sait qu’il peut aider… avec la sorcellerie. Avec les encouragements d’une nouvelle amie excentrique, Charlie, Aster se laisse enfin convaincre d’exercer ses talents de sorcière. Mais il aura besoin d’encore plus de courage pour sauver sa famille… et en réalité, se sauver lui-même.

Cela faisait un moment (plus d’un an !) que j’avais noté ce comics dans un coin d’une liste-à-lire-un-jour. C’est enfin fait et quel régal ! Je suis tombée sous le charme du trait et de l’histoire créée par Molly Knox Ostertag – et vu l’excellente découverte, j’ai bien l’intention de poursuivre avec le reste de son œuvre.

Le garçon sorcière nous plonge dans un univers de fantasy, qui pourrait se situer de nos jours. Aster vit dans une grande famille dotée de pouvoirs magiques. Toutes ses tantes, sœurs, cousines sont des sorcières. Et lui, comme tous les mâles de la famille, est voué à devenir un métamorphe, destiné à protéger les sorcières et à se battre contre les démons. Au cas où cela vous titillerait : oui, c’est hyper genré et cliché. Mais justement ! Aster préfère pratiquer (discrètement) la sorcellerie et la métamorphose ne lui est vraiment pas innée. Cela le rend carrément malade rien que d’y penser. La mission qu’il se fixe contre le démon qui kidnappe ses camarades va lui permettre d’utiliser ses pouvoirs de sorcière pour faire quelque chose d’utile.

Là encore, l’histoire pourrait sembler cliché (les pouvoirs inattendus, la quête, la figure de l’élu, etc.), mais pas du tout. Molly Knox Ostertag utilise plutôt ce point de départ pour livrer une ode à la différence, à la quête et à l’acceptation de soi. Dans cette épreuve, Aster est aidé par une amie (totalement humaine), Charlie, qui elle aussi se sent obligée de faire ses preuves dans la société dans laquelle elle vit. Les deux amis s’entraident et nouent une belle relation d’amitié, malgré tout ce qui pouvait sembler les séparer. Charlie encourage vivement Aster à vivre pleinement qui il est, peu importe ce qu’on lui a inculqué !
Le récit incite donc à se questionner sur la société genrée dans laquelle on vit. Mais c’est fait subtilement et sans gros sabots, ce qui rend le comics d’autant plus délicieux !

De même, l’histoire prend place au sein d’une famille assez nombreuse (dont l’arbre généalogique est donné dès le départ), qui aligne pléthore de cousins. Et mine de rien, cette famille est diversifiée que ce soit en termes de couples, modes de vie ou couleurs de peau. Cela ne sert pas l’intrigue, ni un propos sous-jacent, c’est juste comme cela dans le paysage, de façon très naturelle. Et cela change agréablement de ce que l’on peut voir en BD jeunesse !

Côté graphismes, j’ai fondu dès les premières pages pour les dessins à la fois simples et clairs, aux couleurs chaudes et agréables. C’est beau ! Les scènes représentant la magie sont particulièrement réussies.

Excellente découverte donc, que ce premier tome du Garçon sorcière. J’ai adoré l’intrigue, les graphismes, comme les messages portés par le texte. Même si ce volume propose un récit complet, j’ai hâte de lire les deux tomes suivants tant j’ai apprécié ma découverte !

Le Garçon sorcière #1, Molly Knox Ostertag. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Romain Garland.
Kinaye, 24 janvier 2020, 224 p.

Derniers jours d’un monde oublié, Chris Vuklisevic. #PLIB2022

Plus de 3 siècles après la Grande Nuit, Sheltel, l’île du centre du monde, se croit seule rescapée de la catastrophe. Mais un jour, la Main, sorcière chargée de donner la vie et de la reprendre, aperçoit un navire à l’horizon. Il est commandé par une pirate impitoyable, bien surprise de trouver une île au beau milieu du Désert Mouillé.
Si la Main voit en ces étrangers une menace pour ses secrets, Arthur Pozar, commerçant sans scrupules, considère les intrus comme des clients potentiels, susceptibles d’augmenter encore, si possible, son immense fortune.
C’est une nouvelle ère qui s’ouvre. Qu’elle les mène à la gloire ou à la ruine, la sorcière, la pirate et le vieux marchand en seront les instigateurs, bien malgré eux.

Mais quelle claque, ce roman ! Si vous cherchez de la fantasy originale, bien écrite et bien menée, n’allez pas plus loin. 
Mais commençons plutôt par le commencement.

Ce one-shot nous emmène donc sur l’île de Sheltel, îlot perdu au milieu du Désert Mouillé, une immense étendue océanique, dépourvue de ressources en eau potable – et dont je trouve le nom absolument parfait. Or, voilà qu’un navire pirate, justement à court d’eau potable, tombe sur île qui n’est pas supposée exister, et dont les habitants pensent, de leur côté, être seuls au monde. L’arrivée des pirates va tout chambouler et, comme l’annonce le titre, on va assister aux douze derniers jours de ce monde en déliquescence.
Car le moins que l’on puisse dire, c’est que cette île est vraiment, vraiment spéciale. Je m’attendais évidemment à une société corsetée (puisqu’isolée depuis plus de trois siècles) mais je n’étais pas prête pour la société sans aucune concession que nous livre l’autrice ! Au détour d’un chapitre, on tombe sur des scènes de violence (et il n’est pas seulement question de meurtres ici) ou de situations glauques, le tout de préférence assez intenses. Bref : Sheltel, c’est étrange, et on y vit des choses assez sales (l’ambiance est même assez malsaine).
Et en même temps, c’est bien ce qui rend le récit si prenant car il ne fait que décrire des personnages… très humains.

Celui-ci s’appuie sur une narration triangulaire, menée tour à tour par les trois personnages clefs : la sorcière, la pirate et le vieux marchand.
La sorcière, la Main, est chargée du contrôle des naissances et de la pureté génétique des îliens. Figure puissante donc… mais qui cache deux secrets (dont l’un dans sa cave), qui peuvent lui coûter son poste et, accessoirement, sa vie.
Erika, de son côté, a été adoptée contre son gré par la Capitaine des pirates et ne rêve que de fuir le bateau, quel qu’en soit le prix. Quelque part, elle est celle par qui le malheur arrive, puisque son arrivée bouleverse la petite vie peinarde de l’île.
Quant au vieux marchand, Arthur Pozar, enfant des quartiers pauvres qui s’est élevé au rang de conseiller préféré de la Bénie, une prêtresse très proche du pouvoir, il n’a qu’une idée en tête : accroître son profit, tout en gardant sa place, ce que l’arrivée des étrangers va lui permettre de faire.
Évidemment, les objectifs des uns et des autres ne cadrent pas forcément, chacun tentant de tirer son épingle du jeu sans s’occuper des autres. Au fil des chapitres, on découvre toute l’ambiguïté de ces trois personnages, leurs motivations profondes et leurs aspects monstrueux. On pense les apprécier et saisir leur essence alors qu’au chapitre suivant, ils se montrent dans toute leur cruauté. On pense alors les détester, mais voilà qu’ils nous étonnent par des revirements pleins d’humanité. Ils sont vraiment très, très bien écrits – surtout les deux personnages féminins !

Outre ces objectifs personnels qui entrent en conflit et détériorent l’ambiance sur Sheltel, il faut préciser que l’île connaît une sécheresse terrible. Les pirates ont soif, les Sheltes meurent – littéralement – de soif, et tout cela exacerbe les tensions déjà présentes. Cette préoccupation, très actuelle, tout comme les caractères des personnages, donnent au roman une curieuse note de réalisme.

Les chapitres alternent avec des extraits choisis qui viennent éclairer l’histoire de l’île, l’univers en général ou, plus simplement, les machinations des personnages. Ces interludes sont variés et originaux : il peut s’agir de lettres, de circulaires du gouvernement (qui ressemblent à celles que l’on connaît dans le monde réel !), de rapports de jugements, d’extraits de journaux, de télégrammes, ou d’écrits intimes.  Ils n’ont l’air de rien, mais ils font tout. Car ils donnent des indices sur l’univers dans lequel on évolue et construisent habilement le lore, sans plomber le lecteur d’informations. Vu la brièveté du roman, j’ai trouvé la technique vraiment fine !
En plus de donner des informations non négligeables, cette façon de procéder augmente d’un cran le suspense. Celui-ci, déjà présent grâce au titre et au décompte des jours, se trouve régulièrement décuplé par les informations que l’on glane dans les interludes – qu’il s’agisse de menaces sur les personnages, de développements soudains et désagréables du climat politique, ou de la situation de l’île. Tout cela explique sans doute pourquoi j’ai dévoré le roman en moins de deux jours !

Avec tout ça, le roman est écrit d’une plume vive et précise, qui sait aller droit au but, sans surcharger le texte, mais sans créer de manque non plus. Pas de longueurs au programme de ce récit particulièrement efficace !

Avec Derniers jours d’un monde oublié, Chris Vuklisevic a fait une entrée fracassante en fantasy – en remportant le concours du premier roman d’imaginaire orchestré par FolioSF, excusez du peu. Bien que le roman ne soit pas si long, elle y tisse une intrigue très complète, menée sans longueurs, ni précipitation. Il se passe énormément de choses dans l’histoire, mais le récit se concentre sur ses éléments phares, tout en suggérant le reste. Résultat : c’est palpitant. L’univers se tient à la perfection, tout en nous donnant la sensation qu’il y a encore plein de choses à découvrir, mais sans laisser sur un sentiment de frustration intense. En un mot : c’est excellent !

Derniers jours d’un monde oublié, Chris Vuklisevic. FolioSF, 1er avril 2021, 351 p.
#PLIB2022 #ISBN:9782072931079

 

Sorcery of Thorns, Margaret Rogerson

Élisabeth, élevée au milieu des dangereux grimoires magiques d’une des Grandes Bibliothèques d’Austermeer, le sait depuis son plus jeune âge. D’ailleurs, peu de temps après le passage à la bibliothèque du sorcier Nathaniel Thorn, un des ouvrages se transforme en monstre de cuir et d’encre, semant mort et destruction. Et c’est Élisabeth qui se retrouve accusée de l’avoir libéré. Forcée de comparaître devant la justice à la capitale, elle se retrouve prise au cœur d’une conspiration vieille de plusieurs siècles.
Bien malgré elle, elle n’a d’autre choix que de se tourner vers son ennemi Nathaniel, et son mystérieux serviteur, Silas.
Car ce ne sont pas seulement les Grandes Bibliothèques qui sont en danger, mais le monde entier… et face à ce terrible complot, Élisabeth va devoir remettre en question tout ce qu’elle croyait jusqu’ici, y compris sur elle-même.

Voilà un roman jeunesse avec lequel j’ai passé un bon moment… malgré quelques défauts.

L’intrigue nous embarque dans un univers haut en couleurs, dans lequel on trouve deux instances de même importance : le collège des Magiciens, face aux Grandes Bibliothèques. Si les premiers pactisent avec des démons pour se retrouver doués de magie, les secondes, garantes de la sécurité du royaume, veillent en permanence sur les grimoires magiques et les tiennent à l’œil, les empêchant de se transformer en Maléficts (monstrueuses créatures de cuir et d’encre qui répandent mort et terreur sur leur passage). Il est donc tout naturel, dans cet univers, de croiser des bibliothécaires lourdement armés d’épées et cartouchières de fer et de sel, tant pour repousser les grimoires puissants que les démons. La classe, non ?

Élisabeth, l’héroïne, est donc une apprentie bibliothécaire, dont la vie s’arrête alors qu’elle est jugée coupable d’avoir libéré un Maléfict. L’intrigue débute donc comme un roman d’apprentissage classique (avec les aventures, si l’on peut dire, d’Élisabeth à la bibliothèque), mais prend rapidement des accents de polar, puisque la jeune fille va tenter de déterminer qui l’a ainsi mise dans la panade et ce qu’il se trame réellement.

Je dirais que le premier point d’achoppement se situe dans ces eaux-là. En effet, en quittant sa pampa natale, Élisabeth, désormais à la capitale, finit par comprendre assez tardivement – et le lecteur avec – que les sorciers ne sont peut-être pas si maléfiques qu’on le lui a fait croire – la faute à des professeurs un peu datés. Ce flou artistique donne aux premiers chapitres un côté un peu brouillon, comme si l’univers n’était pas encore bien défini.
Rapidement, un intérêt amoureux se profile et il faut reconnaître que cette partie-là de l’intrigue n’est pas franchement surprenante. Pourtant, une fois n’est pas coutume, je n’ai pas tellement plissé le nez devant les multiples étapes de cette romance, puisque j’ai trouvé qu’elle s’intégrait assez bien à l’aventure en général.

Celle-ci est rondement menée : les péripéties s’enchaînent sans qu’on ait le temps de souffler, les révélations aussi, le tout avec une bonne dose d’actions et de suspense. Mais là encore, tout n’est pas rose ! En effet, Élisabeth et Nathaniel ont (je trouve) la désagréable manie de se sortir du guêpier où ils sont fourrés en un tour de main ! C’est même à la limite du crédible. Exemple typique : après avoir été discréditée, Élisabeth aurait grand besoin de s’introduire frauduleusement à la Bibliothèque royale pour voler des documents. Par chance, une domestique vient de démissionner ! Elle obtient tout naturellement le poste et peut gambader à loisir dans la Bibliothèque – et commettre son larcin. C’est un peu trop facile !

Malgré cela, je me suis laissée emporter par le récit car l’univers mis en place m’a beaucoup plu. Évidemment, gros coup de cœur pour les bibliothèques infestées de pou de livres, abritant de dangereux grimoires prêts à vous arracher la tête quand vous passez devant. C’est sans doute une déformation professionnelle, mais j’ai adoré !

Décrocher un emploi à la Bibliothèque royale se révélé moins compliqué qu’Élisabeth l’avait cru. Par chance, une domestique avait donné son congé le matin même parce qu’un énorme pou de livres lui avait grimpé sur la jambe, et l’établissement avait besoin de trouver rapidement une remplaçante. Élisabeth démontra à l’intendant qu’elle était une parfaite candidate en soulevant le coin d’une commode de son bureau pour débusquer un pou de livres qui se cachait dessous. Elle l’écrasa même d’un coup de talon, au grand plaisir d’un jeune apprenti qui passait par là. Elle s’assit ensuite face à lui pour répondre à une série de questions telles que : à quelle vitesse pouvez-vous courir ? ou, accordez-vous une importance cruciale au fait de conserver l’ensemble de vos dix doigts ? L’intendant parut impressionné qu’Élisabeth trouve son interrogatoire tout à fait raisonnable. C’était d’ordinaire le moment, lui expliqua-t-il, où les postulants s’enfuyaient à toutes jambes.

– Mais il s’agit d’une bibliothèque, s’exclama Élisabeth avec surprise. A quoi s’attendent-ils ? A ce que les livres n’essaient pas de leur mordre les doigts ?


J’ai également aimé le système de magie, qui donne l’impression… que la magie n’existe pas, en fait. En effet, les sorciers sont obligés de connaître le nom véritable d’un démon et de passer un pacte avec lui pour être doués de magie (sans cela, ils ne peuvent rien faire). J’ai trouvé que cela changeait un peu. Et surtout, cela amène sans doute le meilleur personnage de l’histoire, en la personne de Silas, démon-domestique-attitré de Nathaniel, qui amène du piquant à l’intrigue (si on comptait sur les deux autres qui sont clairement monolithiques et quelque peu stéréotypés, c’était en effet mal barré).

Malgré quelques bémols (qui peuvent sembler rédhibitoire, et je comprends tout à fait !), j’ai passé un bon moment avec ce roman de fantasy jeunesse. L’univers inventif, l’action rondement menée et quelques petites trouvailles sympa ont suffi à me faire oublier l’intrigue parfois trop faciles et des personnages avec quelques stéréotypes. Une bonne découverte dans l’ensemble !

Sorcery of Thorns, Margaret Rogerson. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Vincent Basset.
Bragelonne (Big Bang), septembre 2020, 570 p.

Rouge, Pascaline Nolot. #PLIB2021


Accroché au versant du mont Gris et cerné par Bois-Sombre se trouve Malombre, hameau battu par les vents et la complainte des loups. C’est là que survit Rouge, rejetée à cause d’une particularité physique. Rares sont ceux qui, comme le père François, éprouvent de la compassion à son égard. Car on raconte qu’il ne faut en aucun cas toucher la jeune fille sous peine de finir comme elle : marqué par le Mal.
Lorsque survient son premier sang, les villageois sont soulagés de la voir partir, conformément au pacte maudit qui pèse sur eux. Comme tant d’autres jeunes filles de Malombre avant elle, celle que tous surnomment la Cramoisie doit s’engager dans les bois afin d’y rejoindre l’inquiétante Grand-Mère. Est-ce son salut ou un sort pire que la mort qui attend Rouge ? Nul ne s’en préoccupe et nul ne le sait, car aucune bannie n’est jamais revenue…

Lecture plutôt mitigée avec ce titre… et j’en étais la première déçue, car l’ensemble partait vraiment très bien !

Premier bon point : l’univers. Pascaline Nolot situe son roman aux alentours du Mont Gris, soit en pleine pampa non identifiée. Au vu des mœurs et des mentalités, on pourrait être dans un bon vieux XIXe siècle mais, là encore, nous n’avons pas de précisions particulières. Et cela fonctionne parfaitement ainsi !
Dès le début, l’intrigue s’attache à Rouge, une jeune fille défigurée par une tache de naissance sur le visage, qui fait craindre à ses congénères qu’elle ne soit marquée par le Diable. Il faut dire que sa mère a sombré dans la folie peu avant sa naissance, ce qui suffit aux villageois pour être terrorisés. On s’en doute, la jeune fille ne vit donc pas une existence pacifique et radieuse, alors même qu’elle ne demande qu’un peu de considération. Ce qui induit une intéressante réflexion autour de la différence et de l’apparence.
Il se trouve par ailleurs que les jeunes filles du village sont toutes promises à la Grand-Mère, une maléfique sorcière vivant au fond des bois.

Cependant, Rouge n’avait pas chuté dans le puits sans fonds de la haine et de la cruauté. Elle n’aspirait plus qu’au bien et excluait d’office d’apprendre les noirs maléfices.
Quitte, pour conséquence de cette résolution, à ne jamais être libérée de cette laideur. Une laideur dont elle s’accomodait de mieux en mieux, du reste. En fait, même si cela paraissait simpliste, presque bête, elle avait réalisé qu’il était bien plus aisé de s’accepter quand personne ne passait ses journées à se moquer de vous et à vous humilier. Il finissait même par vous venir des moments d’optimisme insoupçonné, à songer que peut-être vous n’étiez pas si défigurée, juste un brin tachetée, le sourcil à peine boursouflé…

Le récit mêle donc plusieurs ambiances, et ce avec brio. Évidemment, la fantasy se mêle aux contes, d’une part dans la façon dont sont présentés les événements (pas de lieu ni de temporalité précis, des thèmes universels), d’autre part dans la réécriture, puisque Rouge est une libre réinterprétation du Petit Chaperon rouge (ce que je n’ai fini par percuter qu’aux alentours… de la moitié !). À tout cela se mêle un brin d’horreur du plus bel effet, qui peut venir soit des créatures qui peuplent la forêt, soit des épreuves auxquelles Rouge est soumise.

À ce stade, je dois préciser que j’ai attaqué ce roman sans en relire le résumé, donc je dois dire la partie « jeunes filles bannies auprès de la sorcière » avait totalement échappé à ma mémoire. Et ce qui est bien, c’est que l’autrice prend vraiment le temps d’installer l’intrigue et l’univers, avant qu’il soit temps, pour Rouge, de rejoindre la sorcière dans les bois. Cette menace de la sorcière monte en puissance au fil des pages, et contribue grandement à l’ambiance très sombre du début du roman. Celui-ci, d’ailleurs, n’épargne en rien la jeune fille. Or, la suite est à l’avenant, et elle doit encore surmonter de très nombreuses épreuves, qui proposent une certaine surenchère dans la violence – pas toujours très utile.

Mon premier point de regret viendra finalement de ce qu’il se passe dans la forêt, chez la Grand-Mère, qui est nettement moins accueillante que dans la version de Perrault. L’autrice fait d’ailleurs appel à d’autres motifs de contes dans l’histoire de ce personnage (la jalousie des parents, le meurtre, le lien à l’objet magique, la malédiction…). Au fil des chapitres faisant monter le suspense autour de ce qu’il se passe réellement dans la forêt, je pense que je me suis forgé un horizon d’attente complètement erroné, ce qui explique sans doute que la révélation m’a laissée sur ma faim. J’imaginais quelque chose d’à la fois plus sombre, et sans doute plus « girl power ». Or, finalement, les motivations de la sorcière m’ont semblé un peu faible et j’ai également trouvé que Rouge triomphait, finalement, assez facilement de ce qui se présentait à elle (le tir à l’arc et la magie en premiers chefs). De plus, cette partie du récit fait appel à de nombreuses ellipses, que j’ai trouvées assez frustrantes. Les états d’âme de Rouge sont largement détaillés, et je pense que je m’attendais à un peu plus d’action dans cette partie. D’autant que lorsque celle-ci arrive enfin, l’autrice s’ingénie à faire tomber à l’eau les plans de sa protagoniste. Narrativement, c’est vraiment très bien fait et c’est même intéressant du point de vue de la construction du personnage mais… mais cela ne m’a pas aidée à me passionner pour cette seconde partie. De même, j’ai trouvé le retournement de situation final parfaitement amené et maîtrisé… mais peut-être un poil tardif. Alors que j’ai trouvé que le récit manquait d’enjeux clairs (hormis le désir de vengeance de Rouge, que j’ai trouvé, à la longue, un peu agaçant), en voilà un qui arrive sur un plateau d’argent mais vraiment dans les dernières pages. Tout cela m’a laissé une désagréable impression d’intrigue un peu confuse.

Avant de conclure, il me faut encore parler du style. L’autrice a choisi un style assez soutenu, qui fait intervenir pas mal de vocabulaire un peu ancien. Pas de panique, la plupart sont dotés d’une note de bas de page (et sinon, on comprend avec le contexte). Là encore, je ne sais sur quel pied danser : j’ai aimé pour la l’immersion totale dans l’ambiance (car il faut avouer que c’est un style qui colle parfaitement au conte), mais j’ai trouvé que cela alourdissait inutilement certaines phrases et rendait parfois le récit un peu indigeste. Ce qui, je dois quand même le préciser, ne m’a pas empêchée de lire ce roman en quelques petits jours !

Rouge est donc une réécriture du Petit Chaperon rouge, avec options magie, ambiance légèrement horrifique et vengeance à accomplir. Si le début était vraiment très chouette, la seconde partie m’a nettement moins passionnée. J’ai trouvé l’intrigue parfois brouillonne et reposant sur des motivations un peu faibles. De plus, si le style colle à merveille à l’ambiance du roman, il m’a parfois semblé un peu artificiel. Ceci étant dit, la réécriture du conte originel fourmille de bonnes idées et propose une intéressante réflexion autour de la différence.

Rouge, Pascaline Nolot. Gulf Stream, avril 2020, 312 p.
#ISBN9782354887858

Edit 22/11 : ce titre est présélectionné au #PLIB2021 !

 

 

La Riposte, Le Noir est ma couleur #3, Olivier Gay.

Depuis que Jordan, un jeune mage, est arrivé au lycée, Manon est en danger. Il menace de révéler son secret et de la dénoncer au Conseil si elle ne s’éloigne pas d’Alexandre.
Mais l’union fait la force. Quand Alexandre découvre les manœuvres de son rival, il persuade Manon de riposter.
Violemment.
Va-t-elle commettre l’irréparable ?

Comme j’avais envie d’une lecture à la fois courte, marrante et réconfortante, j’ai pioché dans ma bibli ce troisième tome du Noir est ma couleur. Et bien m’en a pris, car cette série me semble meilleure à chaque tome !

L’intrigue reprend là où s’achevait le tome 2. Manon, aux prises avec le Noir, tente de protéger Alexandre de Jordan, lequel exerce un vilain chantage sur elle. Vous vous souvenez, au tome 2 ? J’avais peur que l’on tombe dans le triangle amoureux. Et si ça en a toutes les apparences aux yeux du commun des mortels, on en est en fait loin – on est même à deux doigts de la torture psychologique. Cela ne semble pourtant pas choquer Jordan, qui endosse de mieux en mieux les oripeaux de l’opposant principal !

Mais est-il le seul ? Si l’on suit les règles de l’univers dans lequel on évolue, Manon n’est pas hyper nette non plus de son côté. D’ailleurs, tout le Conseil des Mages est sur les dents, et tente d’arrêter les Mages noirs qui sont en ville. Au programme, donc : de très nombreuses courses-poursuites et quelques luttes acharnées, pour échapper à Jordan ou au père de Manon et à ses petits camarades – qui ne savent pas qui ils traquent, mais y mettent tout de même beaucoup d’enthousiasme. Ce volume réserve donc son lot de péripéties et d’adrénaline, et il est très, mais alors très difficile de décrocher entre deux chapitres.

Comme à l’accoutumée, ceux-ci alternent entre les points de vue de Manon et d’Alexandre, mais en inversant la tendance du tome précédent. Dans le tome 2, Manon savait ce qu’avait vécu Alexandre dans le laps de temps effacé de sa mémoire, sans lui en révéler la teneur. Cette fois c’est Manon qui est victime d’un black-out, dont Alexandre n’ignore rien, sans toutefois lui communiquer les détails manquants. Le jeu du chat et de la souris entre les deux adolescents continue donc, et repart même de plus belle.
Par ailleurs, j’ai aimé que le récit s’enrichisse de sous-intrigues parallèles, notamment concernant le futur d’Alexandre. L’intrigue magique prend certes beaucoup de place, mais la vie quotidienne des adolescents (Alexandre au premier chef), est évoquée. Et elle ne manque pas de péripéties, elle non plus !
Côté magie, j’étais ravie d’en découvrir un peu plus sur le Noir : Manon en dispose, elle va tenter quelques petites expériences aux résultats parfois déroutants (mais riches d’enseignements !). Là encore, cela promet le meilleur pour le tome suivant.

Le pli semblant bien pris, l’auteur nous laisse une fois de plus sur un cliffhanger insoutenable. C’est le troisième tome, et j’ai l’impression que c’est la troisième fois que je referme ses livres sur un petit glapissement outré de lectrice laissée en plan – heureusement, j’ai déjà la suite, mais j’ai une petite pensée compatissante pour celles et ceux qui ont lu cette série au moment où elle sortait… et devaient donc attendre la suite.

Je partais assez confiante sur ce tome 3 vu la teneur des deux précédents, mais je dois dire que l’auteur a encore réussi à me surprendre avec cette intrigue de plus en plus sombre. Le rythme, l’humour, les péripéties endiablées, tout est là. Même le retournement de situation final qui donne envie – une fois de plus ! – de lire la suite !

◊ Dans la même série : Le pari (1) ; La menace (2) ;

Le noir est ma couleur #3 : la riposte, Olivier Gay. Rageot, janvier 2015, 292 p.