À quoi rêvent les étoiles, Manon Fargetton.


Titouan ne sort plus de sa chambre.
Alix rêve de théâtre.
Luce reste inconsolable depuis la mort de son mari.
Gabrielle tient trop à sa liberté pour s’attacher.
Armand à construit sa vie entière autour de sa fille.
Cinq personnages, cinq solitudes que tout sépare. Il suffira pourtant d’un numéro inconnu s’affichant sur un téléphone pour que leurs existences s’entrelacent…
« Hasard, destin, alignement de planètes…
Appelez ça comme vous voulez, moi j’appelle ça magie ».

« Qui a décidé
un jour
en regardant le cosmos
que certaines étoiles allaient ensemble ?
Qu’assemblées,
elles dessinaient des géants,
des centaures,
des demi-dieux ?
C’est un miroir
que ces personnes ont vu dans le ciel nocturne.
C’est nous que les constellations relient.
Nous qui, connectés les uns aux autres,
devenons des géants,
des centaures,
des demi-dieux. »

Alors, à quoi rêvent les étoiles dans les constellations ? Vaste question, s’il en est ! Mais point d’astronomie, ici, puisque les étoiles sont plutôt les cinq protagonistes qui, comme les constellations, ont des liens (insoupçonnés !) qui les unissent. Ce qui aussi intéressant que paradoxal puisque le point de départ du roman, c’est la solitude de chacun d’entre eux.
Chacun d’entre eux s’est isolé, à sa manière, et a plus ou moins coupé les ponts avec son entourage. Jusqu’au point déclencheur : le SMS que Luce, à bout, envoie au numéro de son défunt mari… lequel a été réattribué à Titouan. Or, celui-ci comprend bien que s’il ne répond pas, l’affaire risque de mal finir. Et le voilà engagé dans une relation épistolaire avec la vieille dame – premier domino qui va déclencher tous les autres.

Premièrement, j’ai trouvé que le prétexte pour que les personnages s’entrechoque était à la fois bien trouvé, bien amené et extrêmement bien filé. Oui, il y a de bonnes raisons que tous s’entrecroisent, et à aucun moment cela ne m’a semblé artificiel.
Outre la solitude que chacun ressent et vit à sa manière, les trajectoires des personnages permettent d’évoquer une foule d’autres sujets, tous aussi bien traités les uns que les autres. Parmi ceux-ci, en vrac, le deuil, l’amour, l’amitié, les relations familiales (peut-être un des plus importants). On passe de l’un à l’autre, même si, au fond, eux aussi sont tous un peu liés les uns aux autres. Et vu les sujets traités… il faut s’attendre à quelques scènes fortes en émotion !

Autre thème vital dans ce roman : le théâtre. Il infuse littéralement le texte. D’une part parce que celui-ci est monté exactement comme une pièce de théâtre. Cela commence avec la mention des lumières, et finit avec celle du noir. Il y a des actes, des scènes (réparties par personnages) et des entractes, narrés par un personnage légèrement extérieur mais partie prenante de l’intrigue (dont l’identité est révélée à la fin, mais que l’on peut deviner avec un brin d’attention !), qui vient faire des commentaires et des résumés à la façon d’un coryphée. D’autre part, c’est un sujet qui tient à coeur d’au moins deux des personnages, Alix et Gabrielle. La première ne rêve que de devenir comédienne, la seconde est celle qui lui fait découvrir la discipline – ainsi qu’aux autres élèves du conservatoire. D’ailleurs, les scènes de Gabrielle sont écrites à la façon de scènes théâtrales, avec répliques (en vers libres !) et didascalies, parfois mêlées à de la narration. Le mieux ? On passe de façon extrêmement fluide de l’un à l’autre et j’ai trouvé que cette construction, comme l’attention portée au thème, était un des énormes points forts du roman.

Deuxièmement, ce qui m’a énormément plu, c’est que A quoi rêvent les étoiles est un excellent roman pour les ados… mais pas que. De fait, si l’on fait le compte, trois des cinq protagonistes sont des adultes. Et dans l’entourage des deux ados, Titouan et Alix, il y a d’autres adultes qui gravitent. Or, on l’a vu dans le résumé, il n’y a pas que les ados qui se posent des questions existentielles sur la vie, l’univers et le reste. Et ici, les trajectoires de leurs parents est aussi travaillée (si ce n’est plus) que les leurs. Tout en restant hyper accessible à des ados car, soyons honnêtes, les comportements des uns et des autres sont assez similaires. Dans une interview, Manon Fargetton a dit que les adultes étaient des « ados comme les autres ; des enfants qui jouent à être des adultes toute leur vie » et on voit ici combien c’est vrai. Les préoccupations autour de l’amour, de l’amitié, des relations familiales sont quasiment les mêmes. Avec des degrés divers, évidemment, mais tout cela reste parfaitement similaire. J’ai vraiment aimé que le roman joue sur les deux publics et donne à la fois des clefs de lecture des comportement ados aux parents… et des clefs de lecture des comportements parentaux aux ados, car le tout est fait sans la moindre once de moralisation ou de discours didactique.

Je crois que c’est le premier roman réaliste de Manon Fargetton que je lis et je suis ravie de ma découverte (je l’ai lu en moins d’une journée !). Elle nous propose un roman à la construction originale, qui embrasse un certain nombre de sujets. On sent une vraie tendresse pour les personnages, qui rend le récit très prenant. Surtout, le texte s’adresse à la fois à deux lectorats (les ados et les adultes), sans laisser aucun des deux de côté. Dans l’interview citée plus haut, Manon Fargetton a dit « J’espère que les adultes s’y retrouveront au moins autant que les adolescents ». Qu’elle se rassure, c’est bien le cas.

À quoi rêvent les étoiles, Manon Fargetton. Gallimard jeunesse, 17 septembre 2020, 400 p.

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