A Silent voice, Yoko Kurahashi & Yoshitoki Oima.

Shoko est malentendante depuis la naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations et à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya, le leader de la classe.
Tour à tour intrigué, fasciné puis, pour finir, exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas s’exprimer comme tout le monde, le garçon décide de lui rendre la vie impossible par tous les moyens. Psychologiques puis physiques, les agressions se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko et l’intervention du directeur de l’école. C’est alors que tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas, eux non plus, une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable…
En terminale, le jeune homme, devenu à son tour un paria, prend son courage à deux mains et décide de retourner voir Shoko. Mais leurs retrouvailles ne se déroulent absolument pas comme il les avait imaginées.

Lorsque j’ai vu que la série de manga éponyme était adaptée en light novel – après l’avoir été en version anime ! – j’étais ravie ! L’adaptation serait-elle à la hauteur du manga d’origine ?

Eh bien oui… et non. Commençons par les bons points !

L’adaptation est incroyablement fidèle. Les chapitres du roman collent à la perfection à ceux du manga, et aux différents épisodes narrés dans l’œuvre originelle. Pas d’ajouts, pas de manques non plus : l’adaptation est presque littérale. Donc si vous l’avez lu en manga, il n’y a pas de nouveauté à découvrir, les personnages étant identiques à ceux du manga ; mais si vous ne l’avez pas lu, vous ne passerez à côté d’aucun détail, tout étant parfaitement relaté.

Mais c’est justement là que le bât blesse : l’adaptation est peut-être trop fidèle. Je m’explique : l’autrice a calqué l’alternance des scènes, le développement des fils narratifs secondaires et les apparitions des personnages. Or, ce qui peut vraiment fonctionner en version dessinée, puisque le cadrage aide aux transitions, ne fonctionne pas nécessairement en version entièrement narrée. Et justement, ici, on ne peut pas dire que la forme soit particulièrement efficace.
De fait, les transitions entre chapitres, voire entre paragraphes, sont extrêmement abruptes. Dans les derniers chapitres, on a même des paragraphes introduits par le prénom du personnage au centre du récit à ce moment-là. Procédé extrêmement étrange, dans la mesure où la narration s’intéresse, depuis le premier tiers, à différents personnages… sans utiliser l’artifice de nous donner le prénom du personnage concerné. Étrange, non ?

Ceci vient sans doute du système narratif choisi. Au départ, l’histoire est majoritairement centrée sur Shoya, multipliant les adresses au lecteur (ou tentatives de), les commentaires en aparté, et le discours indirect libre. Mais, dès le départ, le narrateur oscille aussi sans arrêt entre focalisation interne et focalisation externe, tentant de donner des informations sur les personnages, l’univers, les enjeux de l’intrigue… Ce qui donne régulièrement des impressions de récit brouillon, qui hésite sans arrêt.
De plus, le récit est terriblement descriptif : les pensées, les réactions des personnages sont intégralement narrées, mais jamais montrées. Résultat ? Eh bien on l’impression de lire une histoire aussi plate que scolaire, qui peine à nous passionner pour les personnages – ce qui est bien dommage.

Car ainsi, j’ai trouvé qu’on passait un peu à côté des enjeux du récit. Normalement, il y est question de harcèlement scolaire et justement, du double point de vue des enfants harcelés, comme des harceleurs. Et dans les grandes largeurs, puisque l’idée du suicide caresse plusieurs fois les personnages. Mais cette fois, difficile de décrypter tous les enjeux, comme de s’attacher aux personnages. En effet, le style descriptif à souhait n’encourage aucune implication, puisque l’on ne ressent aucunement les doutes, interrogations ou cheminements de pensée des personnages. Et c’est bien dommage. Difficile, donc, d’adhérer au récit de l’amitié naissante des personnages, comme au cheminement intérieur de Shoya ! De même, alors que le manga parvenait à rendre les scènes où les personnages signent à la fois touchantes et intéressantes, le passage à la narration les gomment totalement – puisqu’elles sont présentées comme du dialogue, simplement portées en italique, et pas toujours introduites.

J’avais beaucoup aimé le manga initial et l’adaptation animée, mais on peut dire que l’adaptation en roman aura été une déception. Et celle-ci n’est pas due à l’adaptation en elle-même, qui s’avère extrêmement fidèle, mais plutôt à la forme qu’elle prend. Le récit suit pas à pas les épisodes du manga, sans tenter de créer un fil narratif cohérent ; de plus, le style plat et scolaire rend l’implication assez difficile. Bien dommage !

A Silent voice, Yoko Kurahashi. Illustrations de Yoshitoki Oima. Lumen, juin 2021, 412 p.


[2018] Bilan estival.

Le rythme du blog tourne au point mort ces derniers temps mais ne croyez pas que je lis plus ! Cet été j’ai même fait pas mal de découvertes !

Carnet de lectures.

La Légende des quatre, Cassandra O’Donnell (Flammarion jeunesse).
Ils sont 4, tous héritiers de leurs clans de métamorphes (loups, tigres, aigles, serpents), les Yokaïs. Mais ces clans sont tous ennemis et vivent dans une fragile harmonie sur les terres des humains. Maya, héritière du clan des Loups et Bregan, héritier du clan des Tigres, sont les garants de la paix mais, scolarisés ensemble, ils nouent des relations qui pourraient n’être pas du goût des adultes. Là-dessus, débarque un complot, sans doute fomenté par des humains, qui fait surgir encore plus de tensions entre les tribus.
C’était mon premier roman de Cassandra O’Donnell et on ne peut pas dire que j’ai été follement emballée par le premier tome de ce cycle. D’une part parce que le roman est essentiellement un plantage de décors/persos en règle, d’autre part parce que je n’ai jamais été surprise, tant les clichés se suivent (et se ressemblent). Donc, en vrac, on a évidemment des personnages jeunes et donc plus futés que leurs aînés, une romance qui traîne, des inimitiés basées sur du vent, des actions faussement héroïques à gogo, traîtres, complot et tutti quanti. On ajoute à cela que le récit est volontiers sexiste et que le vocabulaire est d’une pauvreté effarante. Bref, je suis allée au bout et c’était mon maximum.

Le Gouffre, Rolland Auda (Sarbacane).
Willy-Saïd, 17 ans, narcoleptique, part à Maleroque, un village des Alpes, dans la maison de son grand-père Hans, dit Jean des Loups, un célèbre écrivain qui vient de mourir. Le jeune homme se rend rapidement compte que les sorciers et les monstres qui peuplent les histoires de son grand-père existent réellement, celui-ci s’étant trouvé embringué dans une sorte de partie d’échecs grandeur nature, mêlant vieilles légendes locales, entité maléfique qui sommeille et pouvoirs quelque peu surnaturels.
Que voilà un roman étrange ! C’est à mi-chemin entre polar et roman fantastique, sans jamais trop se décider. Dès le départ, l’auteur met en place une ambiance un brin gothique inquiétante, qui sied bien à l’intrigue. Celle-ci est pourtant assez lente à se déployer et à se mettre en place, d’autant que l’auteur fait un tas d’effets d’annonces, qui ne sont pas toujours suivies des-dites annonces. Donc c’est parfois un peu frustrant, car les explications sont minces. L’intertexte est assez important, avec pas mal de références à Stephen King et Lovecraft, notamment. Ce qui est dommage, c’est que tous ces faisceaux ne sont pas pleinement exploités. De plus, le récit est souvent heurté, avec quelques incohérences (le nom du protagoniste, pour commencer). En bref, l’idée de départ est chouette, mais je n’ai pas été emballée par l’ensemble.

La Théorie de l’iceberg, Christopher Bouix (Gallimard jeunesse).
L’été débarque à Figerolles-sur-Mer, petite cité banale de la côte Atlantique. Dans les bagages de la haute saison, Lorraine, fille d’un photographe et surfeuse à ses heures. Noé, lui, ne compte pas vraiment surfer car, depuis son terrible accident de surf, il souffre de bégaiement et d’une phobie traumatique. Sa professeure de français l’incite à écrire de la fiction ; un concours de nouvelles sera l’occasion de peaufiner son style et, pourquoi pas, faire de belles expériences !
C’est un roman plein de douceur et dont l’intrigue, assez linéaire, réserve au final assez peu de surprises. Mais est-ce gênant ? Que nenni ! Car on n’est pas là pour le suspense, mais pour l’évolution de Noé, qu’elle soit personnelle ou scripturaire. Celui-ci, en effet, fait la rencontre, via son petit job d’été, d’un vieillard acariâtre mais versé en lettres, qu’il va convaincre de l’aider à écrire. Et finalement, c’est de là que vient le suspense. Qui est vraiment monsieur Herrera ? Un vieillard ? Ou bien un extraordinaire auteur de science-fiction venu se cacher au fin fond de la cambrousse ? Cette petite enquête parallèle apporte beaucoup de sel à l’intrigue, comme son lot de divertissements. Christopher Bouix signe un très bon roman ado, agréable à lire tant sur la fin de l’été qu’à la rentrée !

Spill zone #1, Scott Westerfeld et Alex Puvilland (Rue de Sèvres).
Il y a 3 ans, un événement a détruit la petite ville de Poughkeepsie : la ville est devenue une zone à risque, contrôlée par le gouvernement, où plus personne ne s’aventure car d’étranges phénomènes et dangers mortels guettent les curieux. Depuis cette fameuse nuit où tout a basculé, les parents d’Addison ont disparu, sa petite sœur Lexa est muette et communique avec son étrange poupée devenue animée. Addison, photographe de génie, pénètre clandestinement toujours plus loin dans la zone tout en respectant son propre code de survie. Elle y prend des photos qu’elle vend illégalement à une collectionneuse. À l’occasion d’une commande qu’elle ne peut refuser, Addison s’avancera encore plus loin dans le cœur de la no-go zone. Pour y découvrir de bien étranges choses !
Je connaissais Scott Westerfeld au rayon romans, pas en scénariste de bandes-dessinées, mais le fait est que celle-ci est vraiment sympa tout plein. Dans une ambiance post-apo du meilleur effet, l’intrigue mêle adrénaline, virées à moto et mystères en tous genres, notamment sur ce qui peuple le no man’s land. Entre zombies, créatures dantesques et autres curiosités, on est servis. L’ambiance verse même dans l’horreur avec la poupée animée et assez terrifiante de Lexa, la petite sœur d’Addison – poupée qui ressemble assez follement au M. Nyx d’Ariel Holzl. L’ensemble est palpitant à souhait, on en redemande !

 

Cinéma & séries.

A Silent voice, Naoko Yamada (en salles depuis le 22 août).

Cet été est parue l’adaptation en film d’animation du manga éponyme de Yoshitoki Oima, que j’ai beaucoup aimé. L’univers du manga a été parfaitement retranscrit par la réalisatrice, tout comme l’intrigue générale. Comme dans les livres, elle évolue assez lentement, et se concentre sur les personnages, leurs interactions et les questions qu’ils se posent (Avec, entre autres, « comment devient-on adultes ? C’est quoi l’amitié ? » ). Quelques sous-intrigues ont été écartées mais, globalement, on retrouve les thèmes importants de la série de livres.
Le gros plus est la réalisation soignée ! La doublure de Shoko a été réalisée par Mélanie Deaf, elle-même sourde, et qui anime une chaîne youtube consacrée au sujet, afin de sensibiliser le public à ce handicap. Bref, une chouette adaptation !

Mission impossible : Fallout.

Jusque-là, j’avais échappé au phénomène Mission impossible. Incroyable, je sais ! Mais une aprèm pluvieuse et les tarifs fort accessibles de mon cinéma auront eu raison de cette lacune.
Pour vous résumer la chose, en bref : l’équipe de Mission impossible doit retrouver des charges de plutonium, qui seront bientôt vendues à Paris et, évidemment, sauver le monde !
Je partais dans l’idée de voir une bouse mais, finalement, ce n’était pas si mauvais que ça. Alors, je ne vais pas mentir, on n’échappe au film américain tellement classique que c’en est prévisible avec, en vrac : des méchants très méchants et machiavéliques, un complot mondial, un méchant-qu’on-croyait-hors-d’état-de-nuire, un gentil héros avec des failles, de la castagne, des cascades, des plans retors et une fin qui finit bien. Bah oui, quand même ! Dit comme ça, ça pourrait sembler mortellement chiant mais, finalement, c’est assez prenant, car l’intrigue est assez rythmée. Et puis la photographie du film est hyper réussie, donc ça compense pas mal.

22 miles

La bande-annonce de celui-ci me disait carrément mais, finalement, quelle déception !! C’est l’histoire d’une unité d’élite qui doit convoyer un dissident chinois (?) qui a donné des infos à la police.
L’histoire est bizarrement foutue, et fait s’entrecroiser trois temporalités. D’abord, le présent, avec les efforts de l’unité d’élite pour amener leur dissident à un avion sécurisé qui l’emmènera aux États-Unis (?) – je mets des points d’interrogation car les noms de pays ne sont pas hyper clairs, mais on imagine bien cela. La seconde ligne montre une femme et un militaire au fort accent slave (des russes ?) dans un avion avec, manifestement, l’envie d’en découdre salement. Troisième ligne, le chef d’opération subit un interrogatoire qui a manifestement un rapport avec l’échec de la mention sus-nommée. Comme tout cela s’entrecroise, il n’y a pas besoin d’être un génie en scénario pour comprendre que la mission a capoté (et en poussant un peu, on comprend même pourquoi). La totale absence de suspense est compensée par un déchaînement de violence et de rebondissements tous plus rebondissants les uns que les autres, mais sans grande saveur jusqu’à la fin. En plus de cela, il y a un tas de sous-intrigues qui n’apportent franchement rien à l’histoire et dont on se demande ce qu’elles font là. Je m’interroge encore sur l’utilité de l’histoire familiale d’une des femmes de l’équipe : est-ce juste pour ajouter du drama, ou pour insinuer l’idée qu’une maman qui travaille, ça le fait pas ? Mystère. Bref, un raté pour ce film, avec lequel je me suis passablement ennuyée.

Timeless.

J’ai également terminé cet été la première saison (sur 2) de Timeless, dans laquelle une historienne, un militaire et pilote sont chargés de remonter le temps afin d’empêcher un consortium mystérieux de détraquer l’histoire. Eh bien, mine de rien, la série se laisse regarder. Évidemment, c’est parfois un tantinet répétitif et les motifs de partir dans le passé parfois un peu tirés par les cheveux mais l’ensemble est plutôt sympathique et prenant. Les épisodes couvrent un large spectre historique (de l’histoire américaine). Alors on n’échappe pas aux grands poncifs du genre, mais avec quelques bonnes surprises de temps en temps (l’épisode avec Bass Reeves, par exemple, en faisait partie). Sans surprise (encore), il y a un grand complot dans l’histoire, avec une firme malhonnête et à la moralité douteuse, dont les objectifs plus que troubles soutiennent le suspense — à cet égard, la fin du dernier épisode, si elle n’est pas surprenante, laisse sur des charbons ardents !
C’est sans doute sans prétention, mais je regarderai avec plaisir la seconde saison !

Tops et Flops.

Au chapitre des flops, je ne m’étendrai pas plus sur Le Gouffre et La Légende des 4 dont j’ai parlé plus tôt et qui ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable – et je ne lirai sans doute pas la suite du roman de Cassandra O’Donnell.

Mais j’ai eu de belles découvertes, avec même un coup de cœur ! Mais avant d’en parler, je vais évoquer les autres jolies surprises estivales, en commençant par un roman historique jeunesse, j’ai nommé Pour qui meurt Guernica ? de Sophie Doudet (Scrinéo).
Celui-ci porte donc, sans surprise, sur le bombardement de la petite cité de Guernica, sous les ordres de Franco , durant la guerre civile espagnole. On y suit le parcours de deux adolescents (donc il y a un peu de romance, mais ce n’est pas le sujet principal), qui vont se retrouvé jetés sur les routes suite au drame. Événements historiques, analyses politiques, Sophie Doudet dresse un panorama très complet de ce fait historique, dont les tenants et aboutissants sont bien décrits. Bonne pioche !

L’Anti-magicien, Sébastien De Castell (Gallimard jeunesse).
Alors là, on ne peut pas dire que je partais conquise d’avance. Mais finalement, quelle bonne surprise ! Sébastien De Castell présente un univers original, sis dans un environnement désertique avec oasis, sable et bestioles originales. L’intrigue n’est pas toujours des plus originales, mais très prenante, d’autant que le complot politique est loin d’avoir été totalement exploré à la fin du premier volume. Affaire à suivre, d’autant que le tome 2 est en passe d’être publié !

Et on en arrive donc au coup de cœur avec, sans surprise (?), le nouveau roman de Flore Vesco, Gustave Eiffel et les âmes de fer. Celui-ci se déroule quelques quinze années après Louis Pasteur contre les loups-garous, mais c’est avec un réel et immense plaisir que j’ai retrouvé l’ambiance très scientifique et aventureuse, ourlée d’un peu de steampunk sur les bords, de son univers. On lit encore une fois un roman endiablé, porté par une plume exquise, qui multiplie calembours et bons mots pour notre plus grand plaisir !

Citations.

« Tu comprends, a-t-il repris d’un coup, un titre, ce n’est pas seulement une indication de ce qui va se passer dans l’histoire. C’est aussi une promesse, un secret. Il faut que ce soit mystérieux et alléchant. Comme une boule de glace au rhum avec des petits raisins dedans. Exactement comme ça. »

« Quand mes parents ont divorcé, a-t-elle repris, j’ai eu la sensation que quelque chose se brisait en moi. Comme un vase de porcelaine très fine qui se retrouverait éclaté, du jour au lendemain, en mille morceaux. Pourtant, regarde-moi.
J’ai levé les yeux vers elle.
– J’ai tout pour être heureuse, non ? Mes parents aussi sont riches. Mon père m’emmène aux quatre coins du monde chaque année. Je suis une privilégiée, tu crois que je ne le sais pas ?
Je ne savais vraiment pas quoi dire. Quelque chose brillait dans ses yeux. Comme une lumière sombre et profonde, un peu plus vive que d’ordinaire.
– Mais essaie de recoller des morceaux de porcelaine, a-t-elle dit à mi-voix. »
La Théorie de l’iceberg, Christopher Bouix (Gallimard jeunesse).

***

« Ah, fit la femme, avant de pincer les lèvres en signe de désapprobation. Une jeune fille de votre âge ne devrait pas se résigner à travailler pour vivre. Vous devriez songer à votre mariage. Jolie comme vous êtes, il n’est pas encore trop tard pour trouver un mari bon et respectable qui puisse veiller sur vous.
– Je préfère veiller sur moi-même, madame, mais je vous remercie. J’apprécie votre sollicitude, mais certaines d’entre nous ont des soucis plus pressants que s’entraîner à faire la révérence ou à transformer des coiffes de taille délirante en expérimentations végétales.»

« Marlowe est quelqu’un de bien et c’est un inspecteur compétent, mais il voit ce que tout le monde remarquerait à sa place : tout ce qui sort de l’ordinaire. Il repère les taches de sang et les déments dans leurs pyjamas rouges. Je vois des choses plus extraordinaires encore, celles que personne d’autre ne peut deviner. Mais vous… vous remarquez les boîtes aux lettres, les poubelles et… les gens. Quelqu’un capable de voir l’ordinaire… c’est vraiment formidable, Abigail Rook. »
Jackaby, tome 1, William Ritter (Bayard).

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« Je viens de l’ouest et je cherche à rejoindre la famille de l’autre côté de là…
D’un geste, le berger l’interrompt.
– Pas la peine de me raconter des fredaines, mon garçon. Tu n’es pas le premier que je croise dans la montagne et, hélas, tu ne seras pas le dernier… Je ne veux rien savoir. Ainsi je n’aurai rien à dire si la garde civile poussait ses rondes par ici pour discuter politique avec moi. Moi, je m’appelle Pablo et je suis berger dans cette montagne depuis mes quinze ans. C’est à peu près ton âge, non ? Depuis cette période, il en est passé des saisons, avec des troupeaux, des chiens et des loups, si tu vois ce que je veux dire. En ce moment, c’est plutôt le temps des loups. Viens avec moi, il faut te réchauffer. »
Pour qui meurt Guernica ?, Sophie Doudet.

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« Vous êtes costaude pour une fille, dis-je, furieux quand ce dernier mot s’échappa de ma bouche.
J’avais récemment découvert que plus on me frappait, plus je disais de bêtises.
– Pour une fille, peut-être, mais pour une femme, je suis plutôt normale, répliqua-t-elle.
– Je ne connais pas beaucoup de femmes qui seraient capables de me porter, insistai-je. Je ne suis pas si petit que ça.
Allez savoir pourquoi, j’avais besoin de marquer ce point.
Furia lâcha un petit pfff qui, selon moi, était juste dédaigneux.
– Gamin, les seules femmes qu’il y a dans le coin sont destinées à jeter de gentils petits sorts et à être agréables à regarder. Comme les hommes, en somme. »
L’Anti-magicien, tome 1, Sébastien De Castell.

***

A Silent voice 5-7, Yoshitoki Oima.

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Après la sortie au parc d’attractions qui a regroupé plusieurs anciens camarades, Shoya est embarqué dans le projet de film de Tomohiro, qui le propulse assistant. Premier problème : alors que l’histoire du film s’inspire de la rencontre providentielle entre Tomohiro et Shoya, qui n’aurait jamais eu lieu sans Shoko, celle-ci ne fait pas partie de l’équipe et les participants semblent trouver normal de l’écarter en raison de sa surdité, ce qui ne plaît pas du tout à Shoya. Second problème : Tomohiro veut absolument tourner une scène dans une école. Il charge donc Shoya d’aller demander l’autorisation de filmer dans son ancien établissement. Pour des raisons évidentes, celui-ci n’a pas particulièrement envie de remettre les pieds là-bas, d’autant que Tomohiro convainc Shoko de l’accompagner. C’est finalement Satoshi, un jeune homme très critique envers les enfants cruels, qui accompagne Shoya.
Celui-ci éprouve des sueurs froides à l’idée que son secret soit révélé… ce qui ne manque pas, ravivant toutes les tensions qu’il avait, jusque-là, réussi à apaiser.

Ce cinquième volume fait office de pause dans l’intrigue car il met de côté l’histoire entre Shoko et Shoya pour étudier les conséquences de l’odieux comportement de Shoya lorsqu’il était enfant.

Si la mère de Shoko l’exècre toujours au plus haut point, ses camarades de classe qu’il vient de retrouver semblent avoir passé l’éponge, ce qui ne lasse pas d’étonner un Shoya en quête de rédemption. Pire : lorsqu’il retourne dans son école, son ancien professeur semble suggérer que le problème venait de Shoko elle-même ! Ajouté au fait que l’ensemble de ses camarades participant au film semble trouver normal d’écarter Shoko en raison de son handicap, Shoya comprend qu’il y a encore un long chemin à parcourir pour atteindre la tolérance – chemin qu’il n’a, lui-même, pas fini de parcourir.
Comme le volume développe plusieurs arcs narratifs, il semble un peu plus lent que les autres. Parallèlement, Yoshitoki Oima évoque la réalisation du film, la relation amicale (mise à mal) entre Shoya et Tomohiro et, de façon plus générale, entre Shoya et ses camarades, l’étrange relation qui unit Shoya à Shoko (laquelle continue de penser qu’elle est la cause de tous les maux), ainsi que la perception du handicap dans la société (qui aurait bien besoin de progresser).
Les rumeurs allant bon train, Shoya est de nouveau au centre de toute l’attention, ce dont il se serait bien passé. À nouveau, le suspense psychologique est très fort, puisqu’on se demande si Shoya va réussir, cette fois encore, à s’en sortir.
C’est, finalement, sur les toutes dernières pages que se concentre toute l’action : les derniers événements changent beaucoup de choses, amènent encore plus de questions et, surtout, laissent le lecteur sur des charbons ardents !

Malgré une petite baisse de rythme, voilà encore un tome passionnant et qui donne de plus en plus envie de lire la suite !

A Silent voice, tome 5, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, octobre 2015, 192 p.

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A l’issue du volume précédent, Shoya sauvait in extremis Shoko d’une chute mortelle. Et c’est finalement lui qui se retrouve branché à une machine, coincé sur un lit d’hôpital…

Voilà un opus bien différent des précédents ! En effet, l’histoire tourne, généralement, autour de Shoya. Or, là, il en est totalement absent, puisque dans le coma. Cela laisse toute latitude à Yoshitoki Oima pour développer les autres personnages, comme les familles respectives de Shoya et Shoko, que l’on voit, finalement, assez peu dans le reste du manga. Ce que l’on découvre sur l’une et l’autre est vraiment intéressant et permet de remettre pas mal de choses en perspective, notamment du côté de Shoko.
Et, alors que la petite bande d’amis semble de plus en plus soudée, l’odieuse Naoka contine de représenter la frange qui pense que les personnes handicapées ne sont qu’un poids mort pour la société. Yoshitoki Oima procède à un examen des mentalités assez poussé, tout en laissant entrevoir une possible amélioration de ces mêmes mentalités.

Bon an mal an, le tome se déroule sur un rythme que l’on pourrait presque trouver monotone comparé à ce qui s’est passé avant. Mais c’est aussi l’occasion pour les personnages de se remettre en question – et il y en a à qui ça ne fait vraiment pas de mal !

Tout cela aboutit à une scène de conclusion relançant immédiatement les interrogations ! Sachant qu’il ne reste qu’un tome, on se demande comment l’auteur va parvenir à conclure cette émouvante histoire. 

A Silent voice #6, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, janvier 2016, 
192 p.

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Et voici venue la conclusion tant attendue de la série phénomène de Yoshitoki Oima !

Et, au vu des six premiers tomes, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir une légère pointe de déception à la lecture de celui-ci. En effet, cette conclusion a un petit goût d’inachevé, comme si l’auteur n’était pas allée vraiment au bout des choses au vu des pions qu’elle avait avancés.
Bon, il faut nuancer un peu : toutes les intrigues trouvent une conclusion ici et on assiste même à l’entrée de Shoko et Shoya dans la vie adulte, main dans la main, ce qui est bien agréable quand on voit d’où ils sont partis. Mais voilà, peut-être la part de midinette qui, manifestement, se terre quelque part en moi, en espérait-elle un peu plus.

Malgré cela, A Silent voice est une série qui vaut vraiment le détour. Yoshitoki Oima signe une série lumineuse, émouvante, pleine d’émotions, qui traite avec intelligence et subtilité le thème du handicap – aujourd’hui toujours tabou et ce, quel que soit le pays dont on parle.
Elle brasse, ainsi, de nombreux thèmes, tous creusés : harcèlement scolaire, amitié, amour, adolescence. C’est une série très émouvante, mais aussi riche d’enseignements , à mettre entre toutes les mains ! 

A Silent voice #7, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, avril 2016, 192 p.

◊ Dans la même sérieA Silent voice (1-2) ; A Silent voice (3-4).

A Silent voice #3-4, Yoshitoki Oima.

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Shoya et Shoko se sont rapprochés. Le jeune homme, pour faire plaisir à Shoko, entreprend de retrouver leurs anciens camarades de classe, notamment Miyoki et Naoka. La première se rapproche très vite de Shoko, jusqu’à atteindre une complicité que Shoya jalouse. La seconde, en revanche, faisait partie des tourmenteurs de Shoko et n’a pas l’intention de changer d’avis. Parallèlement, Shoya se pose d’intenses questions sur les fondements de l’amitié…

Shoya est vraiment au centre de ce volume (jusque-là, l’histoire se concentrait vraiment sur la relation Shoko-Shoya). Ce qui est intéressant, c’est que les deux nouvelles venues (Miyoki et Naoka, d’anciennes camarades de classe) vont remettre en perspective le personnage.
Depuis le début, Shoya s’interroge sur sa personnalité ; cette fois, il se demande s’il est vraiment un bon ami. En observant Miyoki être si complice avec Shoko, il se demande pourquoi lui n’arrive pas à être sincère, pourquoi il s’est emprunté. Fait-il, comme le dit Naoka, semblant ? Pire : a-t-il vraiment changé ou ne fait-il que se donner vaguement bonne conscience ?

L’opus tourne vraiment autour de ces questions ; côté péripéties, il est donc plus calme que les précédents car la relation entre Shoko et Shoya continue seulement sur sa lancée. Pourtant, le rythme et le suspense sont maintenus tout du long car, d’une part, on a très envie de savoir si la relation entre les deux protagonistes va évoluer (et si oui, dans quel sens !) et, d’autre part, on se demande si Shoya va laisser son dark side reprendre le dessus… et se remettre à brimer Shoko.

De son côté, celle-ci se laisse apprivoiser par le jeune homme et fait de louables efforts pour parler. D’ailleurs, dans ce volume, il y a moins de scènes où les deux adolescents communiquent par la langue des signes et un peu plus de moments où Shoko tente de s’exprimer verbalement. On sent que, doucement, la problématique de départ évolue !

Vu comme cela, on pourrait penser que le volume est plat et manque de suspens. Mais pas du tout ! Les questions induisent un gros suspens car Shoya pousse assez loin l’introspection. Une fois qu’on a fini de s’interroger sur ce point, on se demande si Shoya va enfin – ENFIN ! – comprendre les messages que Shoko tentent de lui envoyer. À ce titre, la conclusion est une véritable torture et laisse le lecteur sur une fin douce-amère !

A Silent voice #3, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, 2015, 224 p. 

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Tomohiro, le meilleur ami de Shoya, est bien décidé à tourner un court-métrage. Pour cela, il lui faut des acteurs : cela tombe bien, il va profiter de ce projet pour faire en sorte que Shoya se fasse des amis. Celui-ci n’est pas fan de l’idée mais serre les dents. Or, Tomohiro doit aussi inviter Yuzuru, la petite soeur de Shoko, au parc d’attractions, pour la remercier d’avoir prêté son appareil-photo. La situation dégénère et c’est toute une bande qui se retrouve au parc avec Tomohiro, Yuzuru, Shoya et Shoko, la plupart des nouveaux venus étant d’anciens camarades de classe. Ce qui confronte, à nouveau, Shoya à sa grande solitude et à son incapacité à communiquer. 

À nouveau, le tome est centré sur Shoya, dont les questions sur l’amitié et sa propre capacité à se lier semblent sans fin. Le jeune homme aimerait ne pas s’attacher mais, force est de constater qu’il s’amuse tout de même un peu et peut même avoir des pensées futiles de jeune homme de son âge. De plus, il confronte sa propre expérience à ce qu’il observe : il note que Shoko, quoique sourde, semble n’avoir aucun problème à se faire des amis.

En fait, la communication est vraiment au centre des préoccupations. D’une part parce que Shoko ne peut communiquer aussi aisément qu’elle le voudrait, évidemment, mais surtout par le jeu sur les différents types de communications mis en scène par l’auteur. Si Shoko est obligée de passer par la langue des signes (ce qui implique que son interlocuteur la connaisse et diminue ses possibilité de communication), on remarque que Shoya, non entravé, a en fait beaucoup plus de mal à communiquer avec les autres que son amie ! Comme quoi, la parole n’est pas tout.

Autre thème central dans ce volume, et qui revient après avoir été mis en sourdine : le harcèlement. La sortie réunit Shoko et Naoka, qui a fait partie de ses tortionnaires à l’école. Or, on l’a vu, Naoka aimerait que Shoya revienne sur ses bons sentiments et pense que Shoko ne mérite guère mieux que d’être continuellement maltraitée. Les paroles de la jeune fille sont violentes et son opinion est assez dérangeante. Mais là où cela devient encore pire, c’est lorsque se fait un lien entre le présent et l’histoire de Shoko. Au cours d’une brève analepse, on assiste aux accusations auxquelles la mère de Shoko a dû faire face lorsqu’il s’est avéré que sa fille était sourde et qui ont conduit le géniteur des deux fillettes, pleinement soutenu par sa propre famille, à abandonner ce qu’il considérait comme une honte pour son nom. Ce qui en dit long sur les mentalités sur le handicap…

À l’issue de ces deux tomes, on a l’impression de ne plus rien ignorer des mentalités des différents personnages. Le volume 4 finit sur une note légèrement plus joyeuse que le précédent, mais pas avec moins de suspens !

A Silent voice #4, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin.
Ki-oon, 2015, 208 p. 

 

◊ Dans la même série : A Silent voice (1 & 2) ;

A Silent voice #1-2, Yoshitoki Oima

 

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Shoko Nishimiya est sourde depuis sa naissance. Même équipée d’un appareil auditif, elle peine à saisir les conversations, à comprendre ce qui se passe autour d’elle. Effrayé par ce handicap, son père a fini par l’abandonner, laissant sa mère l’élever seule. Quand Shoko est transférée dans une nouvelle école, elle s’emploie à surmonter ses difficultés mais, malgré ses efforts pour s’intégrer dans ce nouvel environnement, rien n’y fait : les persécutions se multiplient, menées par Shoya Ishida, le leader de la classe.
Tour à tour intrigué, fasciné, puis finalement exaspéré par cette jeune fille qui ne sait pas communiquer avec sa voix, Shoya décide de consacrer toute son énergie à lui rendre la vie impossible. Psychologiques puis physiques, les agressions du jeune garçon se font de plus en plus violentes… jusqu’au jour où la brimade de trop provoque une plainte de la famille de Shoko, ainsi que l’intervention du directeur de l’école.
À cet instant, tout bascule pour Shoya : ses camarades, qui jusque-là ne manquaient pas eux non plus une occasion de tourmenter la jeune fille, vont se retourner contre lui et le désigner comme seul responsable…

Le premier volume de A Silent voice prend la forme d’une longue analepse. Au début de l’histoire, Shoya rencontre Shoko, alors qu’ils sont désormais au lycée. Cette rencontre va pousser Shoya à se remémorer la façon dont Shoko et lui se sont rencontrés, puis côtoyés, et la façon dont il lui a rendu la vie absolument impossible.
Ne vous fiez pas à l’aspect tout doux de la jaquette… l’histoire est beaucoup plus dure qu’il n’y paraît.

Car Shoya n’a aucune limite. Et ce qui est terrifiant, c’est que personne (camarades, professeurs, responsables de l’école…) ne lui en donne. Shoya commence par titiller Shoko, avant de devenir plus pressant – pour tenter de déterminer son degré de handicap. Au fil des jours, et de son incompréhension qui monte, il devient de plus en plus inventif dans les brimades à faire subir à sa camarade. Tout ça avec, semble-t-il, l’approbation tacite de son entourage. Dit comme cela, le sujet peut sembler franchement glauque. Mais le manga ne présente pas seulement un vaste catalogue des brimades et autres violences à appliquer à ses camarades.
En fait, c’est l’angle choisi qui rend le manga passionnant : il ne faut pas oublier que l’histoire nous est racontée par le Shoya de 18 ans, qui a donc un certain recul critique. De plus, même enfant, il finit par se heurter à sa conscience (aidé en cela par la classe qui se retourne subitement contre lui), et remâchera ses errements toute sa jeunesse. Et cet angle de vue rend l’histoire nettement plus prenante que s’il était seulement question de Shoko, victime de ce harcèlement scolaire, qui nous contait son histoire ou s’il était seulement question de mettre en scène le harcèlement scolaire.

J’ai aimé le trait qui rend vraiment bien les émotions – notamment celles de Shoko, que l’on lit directement sur son visage.  En plus, le découpage est assez dynamique, donc malgré l’absence d’action proprement palpitante, les pages défilent sans problème.

Le premier volume est vraiment un tome d’exposition. Mais, malgré cela, l’histoire est très prenante, et le thème extrêmement bien traité. Là où l’auteur frappe très fort, c’est que l’on finit par comprendre Shoya… et à s’attacher à lui, aussi odieux a-t-il été enfant. La fin revient à la rencontre du début : on a la sensation d’en savoir beaucoup plus, tout en ayant conscience que le vif de l’histoire n’a pas encore démarré.
Quoi qu’il en soit, ce premier volume est très réussi !

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Shoya a compris ce qu’il a fait, et a fait pénitence. Son objectif est clair : il doit retrouver Shoko, s’excuser… et mettre fin à ses jours. 

À nouveau, ne pas se fier à la couverture. Je craignais que ça ne tourne bêtement à la romance mais, ouf ! Ce n’est pas le cas.

On retrouve donc Shoya au moment où il rencontre Shoko, dans son établissement, et lui présente ses excuses. La façon dont il les présente montre le travail qu’il a effectué sur lui, qui ne manque pas de surprendre (Shoko, comme le lecteur, d’ailleurs).
L’histoire va permettre de développer d’autres personnages, comme le camarade de classe de Shoya, ou le petit ami surprotecteur de Shoko. Ce volume est également plus riche en sentiments : Shoya se heurte à la fureur (compréhensible) de la mère et du petit ami de Shoko, à celle de sa propre sœur, mais aussi à la sollicitude de son camarade de classe et, curieusement, celle de Shoko. Les relations entre personnages sont vraiment plus fouillées que dans le premier volume : celles de Shoya a son entourage, bien sûr, a son importance, mais la plus touchante est probablement celle qui unit Shoko à sa sœur.

Difficile de définir ce qu’il y a entre Shoya et Shoko mais il est évident que la relation s’étoffe. Le volume est assez introspectif, et pousse à s’interroger sur ce que sont les relations fraternelles et l’amitié, ou sur l’importance de la communication (Shoko étant sourde, ce thème a donc toute son importance). Les personnages se posent beaucoup de questions pertinentes, qui font avancer l’histoire. Malgré cet aspect très psychologique, le volume est très prenant, car il y a plein de petites péripéties (dramatiques ou comiques), et le découpage très dynamique permet de ne pas s’ennuyer.
Le volume finit à nouveau en plein suspens… ça va être long d’attendre le tome suivant !

A silent voice démarre donc très bien ! Le trait tout en douceur et rondeurs contraste avec la violence de l’histoire, qui est mise en scène avec intelligence et sans pathos. Les questions que se posent Shoya et les autres, sur leur comportement, l’amitié, ou la communication, sont finement traitées. Le découpage est dynamique et, même si ce n’est pas bourré d’action, on ne s’ennuie pas un instant. La série est terminée au Japon, en 7 volumes… et on attend impatiemment la suite, annoncée pour le mois de mai !

A Silent voice, tomes 1 et 2, Yoshitoki Oima. Traduit du japonais par Géraldine Oudin. Ki-oon, 2015, 192 p.

 

◊ Dans la même série : A Silent voice (3-4) ;