Le Retour de Zita ; Zita, la fille de l’espace #3, Ben Hatke.

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Zita a déjà sauvé des planètes, parcouru la galaxie, a triomphé de monstres… Mais dans ce tome 3 elle va affronter son plus grand défi. Prisonnière sur une planète-bagne, Zita devra redoubler d’audace et d’ingéniosité pour réussir à s’échapper de ce lieu infernal, dirigé par le Maître des Oubliettes, un triste sire aux ambitions de conquête interstellaire… D’autant que cette fois, c’est la Terre qui est l’objet de ses convoitises ! Heureusement qu’un mystérieux justicier masqué semble décidé à aider Zita… Comment rejoindra-t-elle sa bande d’amis ? Retrouvera-t-elle enfin le chemin de la Terre ?

Troisième (et dernière ?) aventure de Zita, la fille de l’espace. Après avoir sauvé Scriptorius, être devenue une star interplanétaire, s’être fait voler son identité, Zita est devenue une hors-la-loi. Direction, la prison. Inutile, donc, de préciser que le début de ce troisième volume est nettement moins marrant que les précédents. Malgré sa persévérance, Zita ne parvient pas à quitter sa geôle. C’en est désespérant et on craint pour la jeune fille.

Heureusement, sa combativité n’a pas complètement disparu… et ses amis non plus. Ben Hatke propose à nouveau une intrigue extrêmement riche en péripéties, sentiments et retournements de situation in extremis. Ce tome 3 réunit tous les personnages croisés jusque-là : Pipeau, Madrigall, Mulot, Gros Costaud, Glissando, N°1, N°4 et Joseph ! Côté opposants, on franchit encore un cran par rapport à ceux qu’on avait jusque-là : ce n’est pas pour rien que ce tome est bien plus sombre que les précédents.

Comme dans les deux premiers tomes, le comics laisse la part belle aux dessins : c’est une série idéale pour les jeunes lecteurs, non seulement parce qu’elle s’adresse à eux, mais aussi parce que le texte n’est pas trop imposant – ça ne fait donc pas peur. De plus, le style est léger et plein d’humour, y compris dans les situations les plus dramatiques : en témoignent les compagnons de geôle de Zita, un tas de chiffon et un squelette parlants, qui permettent de dédramatiser la situation catastrophique.

Ben Hatke reste fidèle à ce qu’il a mis en avant jusque-là : cette dernière aventure de Zita est, à nouveau, une riche aventure humaine, qui met en avant l’amitié, l’entraide et la persévérance. Que demander de plus ?
Il se paye même le luxe de nous offrir une fausse fin, dynamitée par la conclusion ouverte, un véritable appel au rêve et à l’aventure : une fin parfaite, à l’image de l’ensemble de la série – et qui laisse un peu d’espoir pour une suite potentielle, rêvons un peu.

En commençant Zita, la fille de l’espace, je m’attendais à un comics jeunesse mignon et j’y ai trouvé bien plus que cela : c’est mignon, certes, mais c’est aussi et surtout une aventure riche en réflexion et souvent émouvante, qui plaira sans aucun doute aux jeunes lecteurs (d’autant que le texte n’est pas omniprésent), mais aussi aux lecteurs plus âgés. Ce dernier tome, un peu plus sombre que les précédents, vient conclure une série dynamique, originale, inventive, qui réussit en outre à être intelligente, souvent drôle et émouvante. Qu’attendez-vous pour la lire ?

◊ Dans la même série : Zita, la fille de l’espace (1) ; La légende de Zita (2) ;

Zita, la fille de l’espace #3, Le Retour de Zita, Ben Hatke. Traduit de l’anglais par Basile Bèguerie. Rue de Sèvres, 2014, 235 p.

 

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En mer, Drew Weing

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Dans une ville portuaire, que l’on suppose se trouver aux Etats-Unis ou en Angleterre au XVIIe siècle, un colosse poète en manque d’inspiration écume les bars. Sans le sous, il propose au tavernier de lui dédicacer son premier recueil à paraître en guise de paiement… et se fait jeter dehors. Las, il s’endort au bout d’un ponton où des recruteurs peu scrupuleux le kidnappent pour l’embarquer de force sur le navire du Capitaine Conrad, faisant route vers Honk-Kong. Hors de son élément, il apprend la dure réalité de la vie en mer, vie qu’il a chantée dans d’innombrables vers lorsqu’il avait encore les deux pieds sur terre! De grand moussaillon balourd, il devient un navigateur hors-pair, tandis que l’inspiration, cruelle maîtresse, lui vient et le fuit successivement.
Au rythme d’une case par page, ornées d’un dessin tout aussi minutieux que délicat, on s’embarque à bord du vaisseau marchand sans se poser de questions, pour suivre avec avidité les aventures de ce poète un peu déboussolé. Loin de casser le récit, la case unique lui offre une fluidité toute maritime, et présente un luxe de détails. Ainsi, les ellipses narratives – du départ du port, alors qu’il était jeune homme, à son heure de gloire, lorsqu’il est un vieux loup de mer aguerri – glissent subtilement et permettent au récit de se développer au mieux. Pour ma première incursion dans le roman graphique, j’ai adoré ce petit format, rappelant quelque peu le comics.
Les aventures de ce poète baroudeur, passant par un long voyage initiatique pour renouer avec l’inspiration océane qui lui fait défaut, sont très touchantes, divinement contées,  soutenues par un dessin époustouflant de sobriété et d’efficacité, et bourrées de références littéraires.

Malgré un format assez court, c’est avec des étoiles plein les yeux et le souffle du grand large sur le visage que l’on referme cet ouvrage, avec une seule envie: celle de s’y replonger encore. 

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En mer, Drew Weing. Editions çà et là, 2011, 144 p.
10/10.

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