La Menace, Le Noir est ma couleur #2, Olivier Gay.

Alexandre a beau aimer se battre, il ne se souvient pas comment il s’est retrouvé sur ce lit d’hôpital, ni qui est cette Manon qui l’obsède. Effrayée par ses nouveaux pouvoirs, Manon ignore comment les cacher à ses parents, les apprivoiser… et éviter Alexandre. Quand les Ombres passent à l’attaque et qu’un nouvel élève arrive au lycée, la menace se précise. Manon et Alexandre se rapprocheront-ils ou s’éloigneront-ils ?

Le roman reprend là où nous laissions nos personnages : Manon reprend les cours ; Alexandre, quant à lui, n’a aucun souvenir de la semaine passée, et encore moins de Manon elle-même – ne parlons donc pas de tout ce qu’ils ont traversé.
Du coup, c’est d’autant plus drôle de les voir se rencontrer à nouveau, sous des angles différents : le lecteur et Manon savent comment ont tourné les précédentes éditions et cette étrange deuxième chance est assez amusante.

Il n’y a pas que la relation entre les deux adolescents qui a changé : Manon a, elle aussi, beaucoup changé. Alors, entendons-nous bien, elle ne change pas fondamentalement de caractère : elle reste une jeune fille affirmée et qui, sous des dehors de bonne élève timide, n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis. L’ennui, c’est que la dernière fois, cela s’est terminé par ce qu’elle redoutait le plus et qu’elle doit vivre, désormais, avec la boule au ventre et la peur de déclencher involontairement un cataclysme. À ce suspens rampant s’ajoute celui lié aux Ombres qui reviennent, plus fortes que jamais.

Et il faut également parler de ce nouvel élève, Jordan, fraîchement débarqué des États-Unis et dont le charme exotique ne laisse aucune fille indifférente. Manon incluse. Là, j’avoue, j’ai cru qu’on se dirigeait allègrement vers ce que je déteste (peut-être bien par-dessus tout) en littérature, notamment jeunesse : le triangle amoureux.
Sauf qu’Olivier Gay a eu la riche idée de le détourner, de le réinterpréter habilement, pour lui donner une tournure nettement plus intéressante et qui promet, à elle seule, un tome trois riche en émotions.

Côté style, la recette est la même que dans le tome précédent : les chapitres sont narrés en alternance par Manon et Alexandre, l’une usant du passé, l’autre du présent. S’ils vivent une scène commune, la fin en est reprise par le narrateur suivant, nous offrant ainsi un autre point de vue sur les événements. L’alternance donne un bon rythme à l’aventure, car chaque chapitre est en plus assez court. Mais ce système de changement de voix peut s’avérer être une pure torture ! Notamment lorsque l’on laisse subitement un personnage, ou lorsque la réaction attendue est amputée par le changement de voix. Tout cela contribue à rendre le roman particulièrement prenant.

Dans le premier tome, j’avais été frappée par le réalisme des personnages. Là encore, c’est très visible : leurs réactions sont criantes de vérité et parfois d’une telle justesse qu’on ne peut s’empêcher d’avoir un petit coup au cœur – notamment à la fin, qui est particulièrement réussie…

Sans surprise, j’ai donc englouti ce tome deux aussi vite que le précédent, charmée par l’univers dans lequel évoluent nos deux adolescents – et qui s’assombrit nettement ici. L’intrigue est très rythmée et offre quelques retournements de situations inattendus. Si l’auteur semble foncer tête baissée dans les clichés, c’est pour mieux les contourner, comme dans le premier volume. En somme, j’ai à nouveau été séduite par la série et je suis très curieuse de lire la suite !

◊ Dans la même série : Le Pari (1) ;

Le Noir est ma couleur #2, La Menace, Olivier Gay. Rageot, octobre 2014, 300 p.

Le Pari, Le Noir est ma couleur#1, Olivier Gay.

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Normalement, Alexandre le bad boy du lycée n’aurait jamais prêté attention à Manon l’intello du premier rang. Pourtant, à la suite d’un pari, il a décidé de la séduire.
Normalement, Manon n’aurait jamais toléré qu’Alexandre vole à son secours. Pourtant dans l’obscurité d’une ruelle, sa présence s’est révélée décisive.
Alexandre doit se rendre à l’évidence. Rien n’est normal dans cette histoire.
Manon acceptera-t-elle qu’il entre par effraction dans son univers ?

La fin de l’année 2016 et le début de 2017 ont donc été résolument marqués par la bibliographie d’Olivier Gay ; après avoir découvert Faux frère, vrai secret et La Main de l’empereur, me voilà donc ouvrant enfin – enfin !! – le premier volume du Noir est ma couleur, une série jeunesse encensée sur les blogs. Et à raison ! Et il faut dire que ce roman a fait commencer l’année très fort : première lecture, premier coup de cœur !

Le roman commence comme un roman adolescent un peu classique : on découvre Alexandre, lycéen de 16 ans de son état, très occupé à agacer sa mère avant de rejoindre un lycée dans lequel il fait plutôt partie des gentils amuseurs de la classe que de l’élite étudiante. Au chapitre deux, on attaque de front la fantasy urbaine. Car on y découvre Manon, élève dans la même classe d’Alexandre, en proie à un problème d’eau chaude sous la douche… qu’elle règle spontanément d’un petit coup de magie. En toute simplicité !
Les chapitres sont consacrés en alternance à Alexandre et à Manon ; ceux du premier sont rédigés au présent, tandis que ceux de la seconde sont au passé – pas moyen de confondre les deux voix, donc. Et l’alternance des deux voix nous permet, d’une part, de voir les scènes sous différents angles (et de se rendre compte que les deux personnages n’ont pas toujours les mêmes objectifs ou avis) et, d’autre part, d’instaurer un certain suspens. Car lorsqu’ils sont séparés, on se demande bien ce qu’il est en train d’arriver à l’autre !

Dès le début, Olivier Gay s’attache à nous rendre les personnages proches et sympathiques : j’ai apprécié autant Alexandre la tête-brûlée que Manon la bonne-élève et le contraste entre les deux fonctionne à plein.
Ce qui a également très bien fonctionné pour moi, une fois n’est pas coutume, ce sont les lieux communs de la littérature young-adult. Je vous dis « beau gosse mal léché habitué aux conquêtes » versus « jolie fille qui s’ignore plutôt première de la classe », vous me dites ? Romance ? Mais oui !
Sauf que, pas tout à fait. Ou pas vraiment. Ou pas comme on aurait pu s’y attendre. Au fil des chapitres, Olivier Gay va ainsi recourir à plusieurs clichés qu’il détourne, pour nous proposer une aventure parfaitement ficelée. Car s’il y a rapprochement entre les deux, c’est par pure (ou presque) nécessité. De plus, les deux personnages, sous des dehors d’un classicisme absolu, s’en tirent vraiment bien : car loin de les avoir pensés puissants/très doués/imbattables, Olivier Gay a tissé deux adolescents qui réagissent tout naturellement à ce qui leur arrive (que ce soit dans les péripéties fantastiques ou dans la vie quotidienne). En gros, ce sont de vrais ados. Du coup, ils n’en sont que plus crédibles ! Et ce duo, aussi attachant que réaliste, est vraiment le point fort du roman. Et s’ils semblent un peu cliché sur le papier, ils s’avèrent finalement assez surprenants – d’ailleurs, le plus mignon n’est pas toujours celui que l’on croit, ce qui peut être parfois assez surprenant !

Côté magie, l’auteur s’appuie sur le Spectre des couleurs ; chacune des 7 couleurs de l’arc-en-ciel donne au mage qui les convoque un type de pouvoir différent. Et les mages des couleurs se collettent méchamment avec les mages… noirs, évidemment ! Les seuls à utiliser la 8e couleur, rigoureusement interdite, puisque liée aux forces des ténèbres. Si cette partie-là peut vous sembler un peu déjà vue, la façon dont les mages se gorgent de couleurs pour lancer leurs sortilèges est plutôt originales. Chaque petit détail, surprenant et original, vient constituer un univers à la fois complexe, original et dans lequel on se fond sans aucune difficulté. Dès le départ, j’ai eu l’impression d’évoluer dans un univers à la Pierre Bottero alors que, fondamentalement, les romans ont peut de chose en commun, hormis cette façon de se rendre immédiatement accessible et terriblement attrayants au lecteur. Du coup, c’en était même difficile de le quitter.

Avant de conclure, il faudrait que je parle aussi du style, qui est certainement pour beaucoup dans le fait que j’ai littéralement dévoré ce roman. Celui-ci est alerte, enlevé, volontiers enjoué ou plein d’humour et parvient à instaurer rythme et tensions d’un bout à l’autre du roman.

Le Pari est donc une formidable découverte, qui m’a tenue en haleine de la première à la dernière page. Surtout vu l’ampleur du retournement de situation sur lequel se clôt l’histoire – rebondissement qui donne, évidemment, follement envie de lire la suite. L’intrigue, l’univers à la fois familier et original, le duo attachant, le style, tout concourt à faire de ce premier tome une sacrée réussite, qui plaira autant aux jeunes lecteurs (disons dès 12 ans) qu’à leurs aînés.

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Silver #1, Kerstin Gier.

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Nouvelle ville, nouveau lycée et… nouvelle famille ! Liv et sa petite sœur, Mia, sont de grandes habituées des déménagements, suivant leurs parents – divorcés – dans leurs différents postes aux quatre coins du monde. Cette fois, la pilule est un peu dure à avaler. Leur mère a décidé de s’installer avec son petit ami, lequel est père de deux ados (jumeaux !), Grayson et Florence, et de renvoyer Lottie, leur fille au pair-nounou depuis leur plus tendre enfance. Cette rentrée en Angleterre ne s’annonce pas de tout repos. D’autant que Liv fait, depuis son arrivée, des rêves on ne peut plus étranges et aux accents très réalistes – mais néanmoins à base de démons. La coupe est pleine lorsqu’elle découvre que son demi-frère par alliance, le charmant Grayson, détient un secret. Et pas des moindres. 

Dire que j’attaquais cette lecture avec des réticences friserait l’euphémisme, vu le désamour que j’ai éprouvé pour les aventures de Gwendolyn, du même auteur. Mais j’ai bien fait de m’intéresser à cette nouvelle série, tant la surprise a été bonne !

Commençons par les personnages. Liv – diminutif d’Olivia – est aux antipodes de Gwendolyn. Celle-ci était aussi naïve qu’agaçante. Liv, elle, a la tête sur les épaules et c’est bien agréable ! Elle est plutôt maligne et délicieusement sceptique. Un trait de caractère qu’elle applique à à peu près tout. Les garçons, pour commencer, qu’elle tient pour une engeance de la pire espèce. A l’heure où toutes les petites dindes de sa classe se passionnent pour le bal du lycée à venir et pour les intrigues amoureuses, Liv, elle, traverse le flot avec élégance et dérision. C’est à la fois drôle et bien fait, alors on adhère très vite au personnage de la jeune fille.
D’autant que, côté aventures fantastiques, Liv a des réactions aussi réalistes que salutaires. Dès l’instant où il apparaît que Grayson et ses petits camarades trempent dans quelque chose de louche, dangereux et parfaitement surnaturel, que fait-elle ? Elle remet le tout en doute – mais s’implique tout de même dans l’aventure. Voilà qui est rafraîchissant dans le paysage des littératures de l’imaginaire adressées à la jeunesse !

Si tous les personnages ne sont pas aussi creusés que Liv, on profite tout de même d’une intéressante galerie. Grayson, Henry, Arthur et Jasper sont l’archétype des gosses de riches désœuvrés à même de plonger tête la première dans les bêtises intersidérales – ce qu’il ne manque pas de faire. Côté filles, la galerie est tout aussi gratinée. L’auteur mêle d’ailleurs parfaitement l’intrigue fantastique à l’intrigue lycéenne. En témoigne l’affaire autour du blog du lycée, tenu par la mystérieuse Secrecy, qui semble très bien informée sur les potins liés aux vies des uns et des autres – Mia, la petite sœur de Liv, a d’ailleurs décidé de lever l’identité de cette fouineuse.

L’intrigue mêle donc différents arcs et fait que le roman se lit avec délices et facilité. La trame fantastique joue sur différents tableaux. D’un côté, l’histoire autour du démon et tout ce qui a trait à l’invocation démoniaque, avec pléthore de scènes rappelant l’esthétique romantique des textes fantastiques du XIXe siècle – fantômes et feuilles mortes à la clef. D’ailleurs, histoire de coller à cette esthétique, Liv adore les poètes de l’époque – son petit ami idéal devrait d’ailleurs être en mesure d’en réciter des vers avec le ton adéquat. D’un autre côté, l’intrigue tourne autour des rêves. Il est dit, assez vite, que Liv a toujours fait des rêves très détaillés et réalistes. Mais là, cela prend une toute autre dimension : durant son sommeil, elle devient soudainement capable de passer sa porte des rêves et de franchir celle des autres afin de s’infiltrer dans leurs songes ! C’est original et permet de faire avancer l’histoire de conjuration. On regrettera cependant que la façon dont Liv peut, soudainement, passer ces portes, manque un peu de fondement et que les explications sur son pouvoir soient si légères…

À ce stade, vous aurez compris que j’ai été convaincue par ce roman. Pour tout dire, l’arrivée de la traditionnelle romance adolescente ne m’a même pas fait grincer des dents tant elle est bien amenée et joliment menée – d’autant que, côté sentiments, l’auteur ne lésine pas sur les analyses et interprétations des comportements des uns et des autres, ce qui est particulièrement intéressant.

En somme, si la Trilogie des gemmes m’avait laissée de marbre, les aventures de Liv Silver ont su me convaincre. Originales, drôles délicieusement fantastiques, elles sont portées par des personnages creusés et intéressants. Ce premier volume, s’il appelle une suite, propose de plus une véritable conclusion, un bon point non négligeable !

Silver #1, Kerstin Gier. Traduit de l’allemand par Nelly Lemaire. 
Milan (Macadam), mai 2015, 341 p. 

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