L’évasion, Le Noir est ma couleur #4, Olivier Gay.

Manon et Alexandre fuient Paris pour Nice où des Mages Noirs doivent aider la jeune fille à contrôler ses nouveaux pouvoirs. Traqués par le Conseil des Mages, recherchés par la police, ils empruntent de petites routes en scooter. Au fil des heures, les pouvoirs noirs de Manon s’affirment de manière inquiétante, mettant Alexandre en danger…

Le Noir est ma couleur, c’est un peu ma saga de secours quand la période est bof, ou hyper chargée. Donc j’ai sorti ce tome de ma PAL l’été dernier, pour survivre à l’organisation calamiteuse de Partir en Livre au boulot, et j’ai rudement bien fait ! Oui, la chronique a un peu tardé, mais bon, la voilà maintenant.

Comme toujours, on reprend donc les personnages à la volée, juste après les événements qui clôturent le tome précédent. Et notre duo est donc lancé sur les routes, dans une traversée Paris-Nice (en scooter), ponctuée de dangers.
L’intrigue est très clairement un récit de transition : si elle est menée tambour battant, avec un enchaînement de péripéties palpitant, elle n’en reste pas moins une « simple » intrigue permettant aux personnages de passer d’un point A à un point B. Je mets « simple » entre guillemets parce qu’heureusement, le roman ne se résume pas qu’à ça. Alors, évidemment, on pourra s’interroger sur la vraisemblance de certaines étapes (disons que malgré tout, Manon et Alexandre s’en sortent bien), mais j’ai trouvé que l’auteur insérait d’intéressantes réflexions dans son récit.

Évidemment, le duo profite d’être en cavale pour opérer un rapprochement stratégique. Leur fuite est donc ponctuée de scènes romantiques (généralement à l’initiative de Manon), qui suscitent pas mal d’interrogations et de réflexions de part et d’autre. Mieux : cela ne fonctionne pas du premier coup, Manon étant hésitante et… Alexandre la rassure (ce qu’on aimerait tous et toutes connaître dans la vraie vie). En même temps, la situation n’est ni rose, ni naïve, l’adolescent se remémorant ses réactions précédentes dans la même situation, avec d’autres filles, ce qui lui permet de conclure qu’il a été, jusque-là, un insondable connard. Il y a donc toute une réflexion sur le machisme intégré des garçons (parce qu’on le leur a inculqué, bien souvent), et c’est intéressant ! Parallèlement, le récit soulève plein d’interrogations sur la sexualité, que j’ai trouvées bien menées.

Comme dans les opus précédents, l’auteur termine sur un rebondissement incroyable, qui relance totalement la tension – et qui m’a donné envie de hurler. Car non seulement il relance joyeusement le suspense, mais en plus il remet en question la relation entre les deux personnages, qui s’était patiemment tissée jusque-là. J’ai tenu bon pour ne pas terminer la série trop vite, mais sachez que l’attente n’a pas été des plus aisées !

Même si cet opus est clairement un tome de transition, l’auteur nous livre une intrigue palpitante, pleine de suspense et de rebondissements bien menés. Entre deux péripéties, les personnages s’interrogent sur des sujets qui parleront aux adolescents (la sexualité en premier lieu) et grandissent l’un au contact de l’autre. Comme toujours, on termine sur un rebondissement incroyable, qui donne envie de lire immédiatement la suite !

◊ Dans la même série : Le Pari (1) ; La Menace (2) ; La Riposte (3).

L’évasion, Le Noir est ma couleur #4, Olivier Gay. Rageot, juin 2015, 282 p.

Un héros improbable, Les Gardiennes d’Aether #1, Olivier Gay & Jonathan Aucomte.

Entre magie et technologie, l’Empire de Valania prospérait, jusqu’à ce qu’il soit envahi par des monstres quasi-invulnérables. Seule une étrange épée peut les blesser mais elle s’est liée à la première personne qui l’a touchée : un jeune serviteur du palais. Le destin du monde dépend désormais de lui.
Il a pour l’aider une princesse caractérielle aux puissants pouvoirs magiques ; son amie d’enfance, épéiste de renom ; et une dangereuse pirate aux motivations mystérieuses.
Lui, en revanche ? Non, il ne sert vraiment à rien…

Je connaissais Olivier Gay comme romancier, je le découvre ici comme scénariste. Et j’ai adoré ma découverte !

Dès le début, la bande-dessinée annonce la couleur : ce sera marrant. En effet, la narration nous indique que l’intrigue se déroule dans une contrée prospère… mais que la paix ne durera que le temps de deux pages. Dont acte. Car à l’issue des deux pages, le royaume est attaqué par d’horribles scarabées géants indestructibles. De là débute pour nos personnages une fuite éperdue, à la recherche de soutiens et d’un moyen d’en réchapper.

L’intrigue est hyper dynamique : autant les scènes d’action et les passages plus calmes sont bien dosés, autant il est difficile de s’ennuyer vu le rythme du récit. L’humour joue énormément sur le comique de situation et de répétition, sur les répliques salées et les annotations incongrues et, si c’est parfois un peu répétitif, je me suis rarement autant bidonnée en lisant une bande-dessinée !

Ce sont vraiment les personnages qui font tout le sel de la BD. J’ai été très surprise, au début de ma lecture, de m’apercevoir qu’Aether était un personnage, et non un lieu, un trésor, ou un pouvoir, comme je l’avais d’abord pensé à la lecture du titre. Et celui-ci, Un héros improbable, est tout justifié : Aether est décoratif, sympa, mais clairement inutile ! Ce sont ses trois compagnes qui portent le récit, et le sauvetage à bout de bras. L’inversion est super bien réalisée, car avec ça, les auteurs n’en font pas des caisses sur le héros inutile versus ses compagnes badass. Les personnages sont faussement archétypiques, et c’est ce qui en fait tout l’intérêt. Évidemment, un triangle (un quadrilatère !) amoureux glisse le bout du nez, mais tourné de telle façon que l’on ne peut qu’en rire – Aether étant de toute évidence imperméable à toute tentative de séduction.
C’est bien mené, et suggéré autant par la narration, que par les graphismes.

Ceux-ci, très colorés, avec un joli trait rond, donnent vie à un décor fabuleux, mi-fantasy, mi-steampunk, qui accorde autant d’importance à la magie qu’à la science, et dans lequel je me suis plongée avec plaisir. Les expressions des personnages sont bien rendues, et la BD était aussi plaisante à lire qu’à regarder !

Très bonne pioche, donc, que ce premier tome des Gardiennes d’Aether : l’intrigue est prenante, l’univers intéressant, les personnages impayables et l’humour, aussi répétitif soit-il, très efficace (du moins dans mon cas). A tel point que j’ai vraiment hâte de lire la suite !

Les Gardiennes d’Aether #1 : Un héros improbable, Olivier Gay (scénario) et Jonathan Aucomte (illustrations).
Drakoo, 1er septembre 2021, 48p.


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