Le Pari, Le Noir est ma couleur#1, Olivier Gay.

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Normalement, Alexandre le bad boy du lycée n’aurait jamais prêté attention à Manon l’intello du premier rang. Pourtant, à la suite d’un pari, il a décidé de la séduire.
Normalement, Manon n’aurait jamais toléré qu’Alexandre vole à son secours. Pourtant dans l’obscurité d’une ruelle, sa présence s’est révélée décisive.
Alexandre doit se rendre à l’évidence. Rien n’est normal dans cette histoire.
Manon acceptera-t-elle qu’il entre par effraction dans son univers ?

La fin de l’année 2016 et le début de 2017 ont donc été résolument marqués par la bibliographie d’Olivier Gay ; après avoir découvert Faux frère, vrai secret et La Main de l’empereur, me voilà donc ouvrant enfin – enfin !! – le premier volume du Noir est ma couleur, une série jeunesse encensée sur les blogs. Et à raison ! Et il faut dire que ce roman a fait commencer l’année très fort : première lecture, premier coup de cœur !

Le roman commence comme un roman adolescent un peu classique : on découvre Alexandre, lycéen de 16 ans de son état, très occupé à agacer sa mère avant de rejoindre un lycée dans lequel il fait plutôt partie des gentils amuseurs de la classe que de l’élite étudiante. Au chapitre deux, on attaque de front la fantasy urbaine. Car on y découvre Manon, élève dans la même classe d’Alexandre, en proie à un problème d’eau chaude sous la douche… qu’elle règle spontanément d’un petit coup de magie. En toute simplicité !
Les chapitres sont consacrés en alternance à Alexandre et à Manon ; ceux du premier sont rédigés au présent, tandis que ceux de la seconde sont au passé – pas moyen de confondre les deux voix, donc. Et l’alternance des deux voix nous permet, d’une part, de voir les scènes sous différents angles (et de se rendre compte que les deux personnages n’ont pas toujours les mêmes objectifs ou avis) et, d’autre part, d’instaurer un certain suspens. Car lorsqu’ils sont séparés, on se demande bien ce qu’il est en train d’arriver à l’autre !

Dès le début, Olivier Gay s’attache à nous rendre les personnages proches et sympathiques : j’ai apprécié autant Alexandre la tête-brûlée que Manon la bonne-élève et le contraste entre les deux fonctionne à plein.
Ce qui a également très bien fonctionné pour moi, une fois n’est pas coutume, ce sont les lieux communs de la littérature young-adult. Je vous dis « beau gosse mal léché habitué aux conquêtes » versus « jolie fille qui s’ignore plutôt première de la classe », vous me dites ? Romance ? Mais oui !
Sauf que, pas tout à fait. Ou pas vraiment. Ou pas comme on aurait pu s’y attendre. Au fil des chapitres, Olivier Gay va ainsi recourir à plusieurs clichés qu’il détourne, pour nous proposer une aventure parfaitement ficelée. Car s’il y a rapprochement entre les deux, c’est par pure (ou presque) nécessité. De plus, les deux personnages, sous des dehors d’un classicisme absolu, s’en tirent vraiment bien : car loin de les avoir pensés puissants/très doués/imbattables, Olivier Gay a tissé deux adolescents qui réagissent tout naturellement à ce qui leur arrive (que ce soit dans les péripéties fantastiques ou dans la vie quotidienne). En gros, ce sont de vrais ados. Du coup, ils n’en sont que plus crédibles ! Et ce duo, aussi attachant que réaliste, est vraiment le point fort du roman. Et s’ils semblent un peu cliché sur le papier, ils s’avèrent finalement assez surprenants – d’ailleurs, le plus mignon n’est pas toujours celui que l’on croit, ce qui peut être parfois assez surprenant !

Côté magie, l’auteur s’appuie sur le Spectre des couleurs ; chacune des 7 couleurs de l’arc-en-ciel donne au mage qui les convoque un type de pouvoir différent. Et les mages des couleurs se collettent méchamment avec les mages… noirs, évidemment ! Les seuls à utiliser la 8e couleur, rigoureusement interdite, puisque liée aux forces des ténèbres. Si cette partie-là peut vous sembler un peu déjà vue, la façon dont les mages se gorgent de couleurs pour lancer leurs sortilèges est plutôt originales. Chaque petit détail, surprenant et original, vient constituer un univers à la fois complexe, original et dans lequel on se fond sans aucune difficulté. Dès le départ, j’ai eu l’impression d’évoluer dans un univers à la Pierre Bottero alors que, fondamentalement, les romans ont peut de chose en commun, hormis cette façon de se rendre immédiatement accessible et terriblement attrayants au lecteur. Du coup, c’en était même difficile de le quitter.

Avant de conclure, il faudrait que je parle aussi du style, qui est certainement pour beaucoup dans le fait que j’ai littéralement dévoré ce roman. Celui-ci est alerte, enlevé, volontiers enjoué ou plein d’humour et parvient à instaurer rythme et tensions d’un bout à l’autre du roman.

Le Pari est donc une formidable découverte, qui m’a tenue en haleine de la première à la dernière page. Surtout vu l’ampleur du retournement de situation sur lequel se clôt l’histoire – rebondissement qui donne, évidemment, follement envie de lire la suite. L’intrigue, l’univers à la fois familier et original, le duo attachant, le style, tout concourt à faire de ce premier tome une sacrée réussite, qui plaira autant aux jeunes lecteurs (disons dès 12 ans) qu’à leurs aînés.

◊ Dans la même série : La menace (2) ; La riposte (3) ;

Le noir est ma couleur #1 : Le pari, Olivier Gay. Rageot, 2014, 311 p.

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Feu, The Circle #2, Sara B. Elfgren & Mats Strandberg.

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La canicule écrase la ville d’Engelsfors, une vague de chaleur anormale étouffe la forêt environnante. Un phénomène qui inquiète les Élues, dans l’attente de la prochaine attaque des démons. Les jeunes sorcières, ébranlées par les morts qui ont marqué la communauté, doivent encore apprendre à apprivoiser leurs pouvoirs alors que tous leurs repères s’écroulent.
Et le Conseil, loin de les guider, leur intente un procès, alors qu’une étrange animosité à l’encontre des jeunes filles se répand à travers la ville comme une traînée de poudre. Cernées, esseulées, les Élues doivent faire front ensemble, mais les tensions au sein du cercle se font de plus en plus vives.

Le premier tome de cette série, publié il y a trois ans par JC Lattès sous le titre Le Cercle des jeunes élues, avait été un immense coup de cœur. L’annonce de l’arrêt de publication de la série après un seul volume avait donc été une immense déception – mon suédois étant pour le moins inexistant. Heureusement, cette série fait un tabac en Suède et a même été adaptée, donc elle vient d’être reprise par Fleuve – et en poche chez Pocket.

Et franchement, ça en valait la peine ! Il est rare que j’ai des coups de cœur sur tous les tomes d’une série mais là, ce deuxième tome semble faire exception à la règle tant j’ai été emballée par la lecture – malgré un récit au présent, malheureusement plat et lourd, ce qui dessert l’intrigue magistrale.
Feu reprend à peu près là où le premier volume s’arrêtait : c’est l’été et les élues souffrent, comme tout le monde, de l’infernale canicule qui s’est abattue sur Enfgelsfors, tout en stressant à l’idée de l’apocalypse démoniaque à venir. Les problèmes s’accumulent. L’entente entre les filles est loin, très loin, d’être cordiale : Ida est toujours à l’écart et Linnéa a perdu la confiance des autres depuis qu’elles ont découvert qu’elle était capable, depuis quasiment le début, de lire dans leurs pensées. De plus, elles ne maîtrisent toujours pas parfaitement leurs pouvoirs – Minoo ne sait d’ailleurs toujours pas quels sont les siens et s’inquiètent d’être – peut-être – la proie des démons. Or, il semblerait que l’apocalypse soit de plus en plus proche, comme en témoigne l’affliction dont souffre la forêt d’Engelsfors.
Mais tout cela n’est rien comparé aux ennuis qui tombent sur le coin de la figure des filles : le Conseil leur intente un procès en sorcellerie et la ville est subitement prise de folie sous l’influence d’un groupe de pensée positive – qui n’est rien moins qu’une secte.

Comme dans le premier tome, Mats Strandberg et Sara B. Elfgren reprennent leur recette très efficace mêlant fantastique et éléments réalistes. Les cinq filles ont toutes des problèmes d’adolescentes très concrets qui pourront parler aux lecteurs. Ainsi, l’une d’elles, confrontée à la chute brutale de sa cote de popularité, prend conscience du caractère abominable de ses amis, qu’elle avait, jusque-là, choisi d’occulter – parce qu’elle présentait le même. D’autres se découvrent des sentiments amoureux qu’elles ont du mal à accepter, pour diverses raisons. Une autre est confrontée à la dépression d’un de ses proches et à la terrifiante perspective de perdre un membre de sa famille. La dernière voit son cœur être brisé par un sombre crétin et doit également composer avec une ambiance familiale plus qu’électrique qui la mine… Tout cela s’équilibre parfaitement avec l’intrigue fantastique et mieux, les deux fils d’intrigue se nourrissent l’un l’autre, créant un récit complexe et très bien mené.

Et ce qui est intéressant, c’est que les auteurs jouent sur les genres. Le roman prend assez vite des touches de thriller survolté, alimentées par le procès – les filles tentant d’éviter à Anna-Karin une condamnation à mort – et la montée en force de la secte Engelsfors Positif. Alors que les filles refusent de céder à la propagande positiviste de la secte, on assiste à un vrai lavage de cerveau collectif. Les thèmes sont vraiment nombreux mais, comme pour les problèmes que rencontrent les filles dans leurs vies privées, ils viennent nourrir l’intrigue fantastique et l’enrichir de nombreux fils, que l’on suit tous avec autant de plaisir.

Plus on avance, plus les péripéties s’enchaînent à un rythme effréné et contribuent à créer une ambiance de plus en plus sombre. On se surprend à espérer que la situation va s’améliorer, on tremble, on apprécie l’ingéniosité des auteurs et on les déteste cordialement pour certains développements (pourtant logiques et sans doute nécessaires).

Après un excellent premier tome, les auteurs récidivent avec un deuxième tome magistral. Les 768 pages s’avalent sans barguigner, acheminant le lecteur vers un final plein de tension, qui ne fait que donner envie de lire la suite. Alors j’espère que ce nouveau départ permettra à la série de prendre son envol, afin que le troisième et dernier tome soit traduit chez nous !

◊ Dans la même série Le Cercle des jeunes élues (1) ;

The Circle #2, Feu, Sara B. Elfgren & Mats Strandberg. Traduit du suédois par. Fleuve noir (Outrefleuve), mai 2016, 768 p.

Witch Fall, Amber Argyle.

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Par la grâce de leur chant, les sorcières président aux vents et aux marées, à la pluie et aux saisons. La jeune Lilette, élevée loin de sa terre natale suite au naufrage qui a coûté la vie à ses parents, oublie peu à peu les pouvoirs dont elle a hérité. Jusqu’au jour où, contrainte de chanter pour sauver son père adoptif, elle révèle à tous sa véritable nature. Puissante, la jeune sorcière suscite aussitôt convoitise et jalousie.
Mariée de force à un prince, menacée par d’invisibles ennemis, arrachée à son pays d’accueil, la jeune fille se retrouve simple pion sur l’échiquier des puissants. D’autant qu’entre humains et sorcières, la guerre est bel et bien déclarée. Mais Lilette refuse d’être un jouet entre leurs mains, quitte à s’élever contre ses sœurs…

Witch Fall est une préquelle à l’histoire de Senna, narrée dans Witch Song et Witch Born – qu’il n’est pas nécessaire d’avoir lus pour découvrir cet opus puisqu’il n’y est pas question de Senna, mais d’une sorcière qui a vécu bien avant elle.
Sur les traces de Lilette, on découvre le royaume d’Harshen, au sud de l’univers créé par Amber Argyle. Et cet univers est extrêmement riche ! En découvrant les mœurs de l’île sur laquelle a grandi Lilette, ou la cité impériale, bien différentes de ce qu’on a vu au cours des pérégrinations de Senna, difficile de ne pas penser à la Chine antique. Les noms, l’organisation du palais, les descriptions de nourritures (boulettes de riz et rouleaux de printemps abondent), ou de lieux, les mœurs, tout évoque un empire asiatique remanié sauce fantasy. Car, bien sûr, les légendes et mythes qui font l’identité de cette culture sont, eux, inventés, et participent de la richesse de l’ensemble.

Coexistent là-dedans plusieurs bandes, aux intérêts pas forcément convergents. L’intrigue politique de cette préquelle est nettement plus fournie et complexe que celle de la série principale, et pour cause ! On découvre pourquoi et comment les sorcières, d’êtres justes et adulés, sont devenues des parias ! Détentrices de pouvoirs insoupçonnés, les sorcières sont, évidemment très convoitées. Mais leurs talents combinés et leur grande sagesse ne les empêche pas d’être faillibles. Complots, trahisons, corruption, les personnages ne reculent devant aucune bassesse, quel que soit leur bord. De fait, l’intrigue est aussi bien plus sombre que celle des deux autres volumes. Elle est aussi mieux organisée : les aventures de Senna avaient un côté assez linéaire, celles de Lilette sont plus chaotiques. En effet, elle est d’abord enlevée, puis mariée de force, puis récupérée par ses sœurs, et instruite. Avant de découvrir qu’elle a peut-être un rôle à jouer dans ce qui se trame (plutôt que d’être un pion dans le conflit politique opposant les sorcières à Harshen) : vraiment le roman n’usurpe pas ses quelques 500 pages, l’histoire est dense à souhaits et alterne agréablement entre scènes d’actions enlevées, batailles épiques et passages plus reposants. Et la descente aux enfers est parsemée d’embûches. Car avant que la guerre n’éclate, Lilette doit échapper à sa condition pour renouer avec ses sœurs.

Côté personnages, on découvre avec plaisir des personnages un peu plus étoffés que dans la série principale. Lilette évolue au milieu de fortes personnalités avec lesquelles il lui faut composer, qu’il s’agisse de la famille impériale, des sorcières, ou des protecteurs. Et si l’on peut regretter l’opposition un peu manichéenne entre les deux princes (le gentil ex-ami d’enfance versus le méchant mari), on se console avec l’agréable ambiguïté de Jolin.

L’auteur conclue joliment son roman, bien que la fin ressemble à celle qui clôt le diptyque consacré à Senna. Néanmoins, la conclusion est bien amenée et s’inscrit bien dans l’univers de l’histoire : que demander de plus ?

En somme, si la série consacrée à Brusenna est sympathique, cet opus consacré aux pérégrinations de Lilette et à l’histoire des sorcières est meilleur : plus sombre, plus prenant, il semble aussi plus maîtrisé. Point bonus : il peut être lu tout à fait indépendamment des deux précédents – mais pour qui les a lu, d’intéressants parallèles sont établis (comme l’histoire de l’origine des Mettlemots !).

◊ Dans la même série : Witch Song (1) ; Witch Born (2).

Witch Fall, préquelle, Amber Argyle. Traduit de l’anglais par Mathilde Montier et Arnold Petit.
Lumen, septembre 2015, 534 p. 

L’Éveil, Wizards #3, Diane Duane.

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Depuis qu’elle a découvert que sa sœur Nita était une sorcière, Dairine n’a plus qu’une seule idée en tête : rejoindre ce club très fermé ! Elle brûle d’accomplir un acte héroïque qui changerait à jamais la face du monde. Sans se préoccuper des conséquences, elle plonge donc son nez dans le manuel de sorcellerie de sa sœur pour prêter serment. Lorsque, le lendemain matin, les Callahan reçoivent leur nouvel ordinateur, Dairine ne fait ni une, ni deux : elle le déballe, s’empare de la souris… et la voilà partie pour un voyage intergalactique !

Accompagnés de Picchu, l’oiseau doué de prémonition, Kit et Nita vont devoir se lancer, de planète en planète, aux trousses de la jeune insouciante, complètement inconsciente du danger qui la menace. Car c’est le Pouvoir Solitaire, et nul autre, qui l’attend au bout du périple…

Après deux aventures assez différentes l’une de l’autre – le tome 1 couvrait l’initiation de Nita et Kit, le deuxième les envoyait nager dans les abysses – nos deux apprentis sorciers embarquent pour un voyage stellaire loin d’être de tout repos ! Et ce troisième opus est, sans aucun doute, bien plus prenant que les deux premiers.

D’une part parce que Nita et Kit ne sont pas les protagonistes de l’aventure. Non, cette fois, on suit Dairine. La petite sœur de Nita, verte de jalousie à l’idée de ne pas savoir faire les mêmes choses que sa sœur, s’éveille seule à la magie et prononce le Serment. Or, Dairine n’a pas de manuel de sorcellerie. Non, elle a un ordinateur ! Là où Nita trace patiemment diagrammes et pentacles, tout en calculant ses sortilèges au dixième près, Dairine se contente de pianoter sur son clavier et décrivant ses désirs à son ordinateur qui prend les calculs en cours et exécute ses ordres. L’aventure est donc très originale et geek en diable. D’ailleurs, c’est là qu’on atteint une des limites du roman : le vocabulaire est parfois un poil ardu, même si l’on comprend globalement ce qu’il se déroule au fil des pages. D’ailleurs, le fait que le texte ait été révisé n’est pas nécessairement un avantage ici : alors que l’aventure fleure bon les années 80, les références culturelles vont toutes à la culture populaire des années 2000-2010. Le décalage est perceptible, et c’est un peu dommage.

Heureusement, le rythme est au rendez-vous, tout comme dans les aventures précédentes. Car si l’on découvre une nouvelle sorcière dans cette aventure, on comprend surtout que, une fois de plus, Dairine, Nita et Kit sont seuls sur le pont. Mais que font les véritables sorciers émérites ?! Difficile de le savoir, car les justifications avancées par les sorciers assermentés sur leur impossibilité à venir régler les problèmes sont un peu légères. Du coup, l’aventure est trépidante. Car Dairine décide, puisqu’elle en a les capacités, de s’offrir un tour de la galaxie. Après les grandes stars de la Voie Lactée, elle s’offre des astres plus confidentiels avec une seule idée en tête : faire quelque chose de grand. Un bel enthousiasme, qui ne manque pas d’attirer l’attention… notamment celle du Pouvoir Solitaire, qui n’a pas dit son dernier mot, et se ferait bien une petite sorcière en guise de quatre heures.  Raison pour laquelle Nita et Kit sont envoyés récupérer l’imprudente débutante. S’il est dommage qu’on n’ait jamais affaire à des sorciers assermentés, le fait de passer d’un objectif général (sauver le monde) à quelque chose de plus personnel (sauver Dairine) change agréablement. Et, finalement, c’est l’ensemble du volume qui est placé sous un sceau plus personnel. Alors que, jusque-là, la relation d’amitié semblait bien établie entre Nita et Kit, la jeune fille commence à se demander s’ils sont simplement de bons amis, ou s’il pourrait y avoir autre chose entre eux. La réflexion est seulement amorcée ici mais, vu qu’il reste une petite dizaine de tomes, on en saura sûrement plus au volume suivant.

L’Éveil est donc un troisième opus reprenant les ingrédients de tomes précédents : une aventure menée tambour battant et avec enthousiasme, des personnages débrouillards, un style très accessible, une touche d’originalité et une pointe d’humour. Si la balade dans les astres ne laisse pas vraiment la possibilité de développer l’univers et la mythologie de la série, elle permet de découvrir une nouvelle facette de la magie, bien plus technologique que ce que l’on a vu jusque-là. On a hâte de savoir comment magie traditionnelle et magie informatique vont cohabiter dans la suite !

◊ Dans la même série : L’Initiation (1) ; Le Sacrifice (2) ;

 

Wizards #3, L’Éveil, Diane Duane. Traduit de l’anglais par Mathilde Tamae-Bouhon.
Lumen, 2015, 306 p.

Witch Born, Witch Song #2, Amber Argyle.

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Voilà deux mois que Senna se trouve au Refuge, entourée de ses consœurs, qu’elle est parvenue à délivrer de l’emprise de la Sorcière Noire. Mais la victoire leur aura coûté un prix terrifiant : les Gardiennes ont été contraintes de maudire le territoire de Tartennie et, à présent, Brusenna ressent nuit et jours la souffrance de la terre et de ses habitants.
C’est alors qu’une nuit, la jeune fille échappe de peur à une tentative d’enlèvement… Le Refuge, que tous croyaient impénétrable, n’est plus sûr ! Sans compter que, depuis sa rencontre avec les Créatrices, la jeune Apprentie manifeste d’étranges pouvoirs. Elle sent qu’une menace pèse sur ses pairs. Malgré les dangers qui l’attendent, Senna quitte l’île en quête de réponses, soudes aux avertissements de Joshen, son Protecteur. La jeune fille est bien déterminée à lever le voile sur le sombre passé des sorcières.

 

Retour aux aventures pour Brusenna dans ce second volume, qui fait la part belle aux personnages. Si le premier tome était exclusivement centré sur notre jeune sorcière un peu godiche et son protecteur, ici on découvre d’autres figures, et les portraits sont nuancés.
Senna, tout d’abord, est nettement plus mûre et sûre d’elle… et ça ne fait pas de mal ! Joshen, en revanche, reste ce garçon un peu nouille qu’on apprécie ou qu’on déteste suivant les moments – et dans ce volume, croyez bien qu’on adore le déteste aisément. Et le portrait est diablement réussi, car d’un réalisme saisissant, ce qui rend le personnage vraiment touchant, quels que soient les sentiments qu’il nous inspire !
Le clan des Protecteurs s’étoffe avec le très charismatique Reden (qui, à mon avis, est un bien meilleur parti que Joshen. Senna, si tu m’entends…) et le très mystérieux Cord, qui est sans hésitation un des personnages les plus intéressants que l’on croise ; c’est même dommage qu’il ne soit pas plus fouillé, car sa complexité laissait présager du meilleur. Au trio de garde s’ajoute pléthore de protecteurs : si tous ne sont pas aussi fouillés que les trois vedettes, les personnages sont néanmoins suffisamment caractérisés pour ne pas sembler en carton-pâte, ce qui n’est pas désagréable.
Côté sorcières, on apprécie les portraits plus nuancés des maîtresses, qui se révèlent peu à peu : surprises au programme ! Parmi les collègues de Senna, celle qui mérite la palme est probablement Mistin, qui permet de mettre en lumière toutes les contradictions des croyances sorcières… et qui vient nettement d’atténuer le propos et les credo de la caste.

Ces portraits plus nuancés vont de pair avec un univers nettement plus fouillé que dans le premier volume. Cela commence avec la découverte d’un autre clan opposé à celui de Senna, dont l’organisation est particulièrement intéressante et bien pensée, et cela continue avec des secrets bien enfouis qui refont surface. Ces nouveautés viennent remettre en cause l’équilibre présenté jusque-là et, pire, brouiller les frontières entre Bien et Mal. Au fil des découvertes, on ne sait plus trop bien si les Sorcières sont aussi bienveillantes qu’on a voulu nous le faire croire… et c’est ce qui rend la lecture de Witch Born si intéressante. Le premier tome pouvait sembler un peu manichéen, celui-ci est nettement plus complexe, mieux équilibré. En un mot, nettement meilleur !

La magie est également affinée : si le premier volume faisait la part belle aux sorts de végétation, cette fois il y a plus de variété, et on perçoit l’étendue des possibilités des sorcières. Le tir est donc habilement corrigé ! Les scènes d’incantation ont, à nouveau, la part belle, et on ressent nettement l’aspect proprement hypnotique des mélodies entonnées. Le premier tome s’appuyait sur une mythologie originale ; on découvre ici de nouveaux aspects de l’histoire de l’univers : le contexte est riche, fouillé, étayé et sert parfaitement l’intrigue.

Witch Born est aussi plus sombre : les épreuves ne manquent pas, et l’auteur n’épargne ni les personnages, ni le lecteur. On quitte vraiment l’histoire un peu acidulée qui se profilait dans le premier volume, au profit d’un scénario qui gagne en complexité et en mystères. La première partie est assez longue et l’action ne démarre réellement qu’après le premier tiers : pourtant, on ne s’ennuie pas un instant. Le début du roman se déroule au Refuge, qui est également l’école des sorcières, et on découvre Senna dans son environnement naturel… dans lequel elle n’est, finalement, qu’une apprentie comme les autres – avec toutefois quelques facultés particulières.

Malgré cela, il reste encore quelques facilités de scénario, dont une m’a laissée quelque peu dubitative, et certaines péripéties sont malheureusement un peu expédiées, alors qu’elles offraient des ressorts dramatiques époustouflants. C’est dommage ! On aurait aimé s’angoisser encore un peu plus, et ne pas être libérés si vite de l’extrême tension des derniers chapitres. De même, l’intrigue étant absolument centrée sur les personnages, l’aspect politique général des péripéties est un peu survolé : finalement, il manque presque quelques chapitres au roman pour le faire passer de bonne à excellente découverte.

En revanche, ce qui est fort bien mis en valeur, c’est le message écologique sous-jacent, et qui passe fort bien, comme dans le volume précédent. À ce titre, il n’est pas inintéressant de noter que, si le point de départ de l’histoire est similaire à celle du premier tome, le contenu est radicalement différent : pas de redites, et un scénario bien ficelé par-dessus le marché, voilà une suite réussie !

Malgré les quelques facilités relevées, Witch Born se lit d’une traite. Le style est vif, l’intrigue rondement menée, et le mystère bien dosé. Même dans les 200 premières pages, qui ne sont pas marquées par une action trépidante, on n’a pas le temps de s’ennuyer tant il y a à découvrir. L’auteur réussit particulièrement bien les descriptions de nature déchaînée : on a quasiment l’impression de sentir les embruns sur son visage, ou les tempêtes de feuilles déchiquetées produites par les batailles.

En somme, c’est un très bon second volume que voilà. Certes, il y a des facilités et quelques points survolés que l’on déplore, mais le reste est tellement plus étoffé qu’avant que c’est ce qu’on retient en définitive. L’histoire est nettement plus sombre, et le scénario plus maîtrisé. Il s’appuie essentiellement sur des personnages forts, dont les portraits sont développés tout en nuances. L’univers est également approfondi, et on découvre toutes les nouveautés avec plaisir. L’intrigue est particulièrement prenante, et l’histoire s’achève sur une conclusion très satisfaisante. À vrai dire, on aurait volontiers pris quelques chapitres de plus !

◊ Dans la même série : Witch Song (1) ; Witch Fall (préquelle).

Witch Song #2, Witch Born. Amber Argyle. Traduit de l’anglais par Aldéric Gianoly. Lumen, 2015, 535 p.

 

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Les Rivières de Londres, Le Dernier apprenti sorcier #1, Ben Aaronovitch

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Peter est à deux doigts de terminer sa formation lorsqu’il s’aperçoit que les fantômes existent, et qu’il peut leur parler. Ce qui est plutôt pratique lorsque le seul témoin du meurtre sur lequel on enquête est mort depuis un siècle. Et Peter n’est pas au bout de ses surprises. Car, au lieu d’intégrer la police criminelle comme il le voulait, il est recruté par le très étrange inspecteur Nightingale, l’inspecteur chargé du non moins étrange bureau des affaires surnaturelles de la police londonienne. Au menu, traquer vampires, sorcières, et autres créatures de la nuit ; faire respecter les divers accords des forces occultes ; réconcilier les divinités qui se partagent la Tamise et les rivières de la cité ; et, bien sûr, apprendre le latin, le grec ancien, et une montagne d’incantations diverses et variées. Peter a fort à faire, car selon un accord très ancien, il s’apprête à devenir le dernier sorcier de Londres… et policier émérite ! 

Le Dernier apprenti sorcier est une série d’urban fantasy au premier tome bien ficelé : entre l’enquête toute policière, les diverses recherches via Internet et logiciels spécialisés, on croise fantômes, vampires, et autres créatures surnaturelles. Sous la houlette de Nightingale, son supérieur direct, Peter apprend tout ce qui est nécessaire à un apprenti sorcier.
Quelques pages pour nous situer le contexte de l’enquête policière, et l’auteur nous propulse dans les méandres surnaturels de l’affaire. Comme notre héros, on découvre donc avec stupeur que Londres n’est pas habité que par des humains en bonne et due forme, et qu’il faut parfois donner de sa personne pour gérer toute l’affaire, lorsqu’on est un policier-sorcier.
Le mélange entre surnaturel et enquête policière est très réussi : d’une part, on adhère sans souci à l’univers fantastique et, d’autre part, la précision des recherches rend l’enquête très authentique. D’autant que Peter et Nightingale ne résolvent pas tous leurs problèmes à coups de sortilèges. Rien de tel qu’une grenade au phosphore et l’intervention des pompiers pour se débarrasser d’un foyer vampirique, par exemple…

L’univers n’est pas, en lui-même, très original : il y a des fantômes, des divinités, des vampires, des sorciers… mais, voilà, Ben Aaronovitch apporte à tous cela ses petites touches personnelles. Les fantômes se différencient des spectres, les vampires, comme on l’a vu, se chassent à coups de grenades, les différentes rivières de Londres sont gouvernées par des dieux et déesses parfois susceptibles, et qu’il faut calmer à de nombreuses reprises. Il y a, bien sûr, les différents sortilèges tirés du latin, les techniques issues des travaux de Newton.

Peter, le personnage principal, mène l’enquête… comme il peut. Le roman est plein d’un humour très britannique, pince-sans-rire, souvent du au décalage entre l’action et les réflexions de Peter, ou ses balbutiements magiques. L’apprentissage s’intercale avec l’enquête, ou les histoires des personnages. Ainsi, on suit avec plaisir les échanges entre Peter et Lesley, sa très efficace – mais distante – collègue. Nightingale, un peu vieux jeu, remplit son rôle de vieux mentor. Et les personnages secondaires sont tout aussi travaillés; de Molly, la gouvernante, aux différentes rivières de Londres, on navigue entre des personnages complexes et bien dessinés.

Ce premier tome du Dernier apprenti sorcier est donc très convaincant : l’univers urban fantasy est extrêmement bien construit et mis en scène, les personnages complexes, l’intrigue très travaillée. L’auteur, dans un univers assez classique, insuffle suffisamment de petits détails originaux et particuliers pour créer une ambiance inédite. Il mêle si bien enquête et vie privée des personnages que l’on lit autant pour connaître le fin mot de l’histoire, que pour savoir comment les relations des personnages vont tourner : le suspens est donc au rendez-vous sur tous les tableaux. De plus, le texte est pétri d’un humour tout britannique, qui amène souvent le lecteur à sourire. 
En somme, c’est une série d’urban fantasy qui démarre extrêmement bien, et dont je lirai très certainement la suite !

 

Le Dernier apprenti sorcier #1, Les Rivières de Londres, Ben Aaronovitch. Traduit de l’anglais par Benoît Domis. J’ai Lu (Nouveaux Millénaires), 2012, 380 p.

 

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Le Sacrifice, Wizards #2, Diane Duane.

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Nita est en vacances d’été sur les rives de la magnifique île de Long Island. Une nuit, sortie nager, elle croise dans les eaux tièdes un dauphin qui parle le langage des sorciers, et se lamente aux sujets des dernières nouvelles. Parallèlement, les rochers de la côte soufflent à son meilleur ami, Kit, venu passer quelques jours avec elle, qu’un danger imminent approche du rivage… Et voilà nos deux jeunes sorciers repartis bien malgré eux en mission!
Entre animaux marins dotés de pouvoirs de sorcellerie, incantations vieilles comme le monde et regards inquisiteurs des parents de Nita, nos deux amis doivent ruser pour plonger découvrir les secrets ancestraux enfouis au fond de l’océan… et dont il va leur falloir maîtriser les arcanes, sous peine de mort !

Dans le premier volume, Nita et Kit s’initiaient à la magie, via une épreuve assez conséquente. Cette fois, ce sont les vacances d’été : repos au programme. Du moins le pensent-ils. Car Nita et Kit semblent avoir l’art et la manière de se fourrer dans les ennuis, et ce ne sont pas les plages de Long Island qui en manquent.

Pas d’univers strictement parallèle cette fois. Non, Nita et Kit vont plutôt aller explorer les profondeurs abyssales. Dans le premier tome, ils ont l’un comme l’autre découvert qu’ils pouvaient discuter avec leur environnement : Nita est plus à l’aise avec le vivant, Kit avec l’inanimé. Et du côté des plages de Long Island, du vivant, il y en a : cétacés en tout genre croisent dans les eaux, ce qui va amener les deux jeunes sorciers à explorer ce milieu et à découvrir la faune locale.

Comme dans le premier volume, nos deux ados sont équipés de leur manuel de sorcellerie, qui leur permet d’accomplir bien des prouesses. Des prouesses parfois un peu faciles, d’ailleurs : les sorts semblent leur être familiers instinctivement, et ils ne bataillent que très peu avec leurs pouvoirs. On aurait aimé les voir cherchant un peu plus comment faire car, du coup, les résolutions semblent bien rapides. Conséquence : le scénario semble parfois un peu balisé. Heureusement, l’auteur réserve quelques surprises !
Par ailleurs, les préparatifs magiques restent toujours un peu trop secrets. Certes, on échappe à de très longues citations du fameux manuel, ce qui est bien agréable, mais du coup, on reste parfois un peu dans le flou, et on ne découvre la finalité du sort qu’au moment où il est prononcé.

Ceci étant dit, cet opus permet de découvrir d’autres sorciers, qui vont faire visiter à Nita et Kit les profondeurs. L’univers aquatique est extrêmement bien rendu, que ce soit dans les descriptions, les scènes d’actions, ou la galerie de personnages. Ceux-ci révèlent une stricte hiérarchie, et différents bords qui s’entendent plus ou moins : dauphins, cétacés, requins, kraken, la variété est au rendez-vous.
Nos deux personnages étant obligés de se comporter comme leurs guides, on s’immerge vraiment dans le milieu des abysses : dépaysement garanti. De plus, comme les aventures se déroulent dans notre univers, le roman est nettement moins manichéen que le premier (qui opposait deux univers : un maléfique, l’autre bénéfique). La frontière floue entre bien et mal se lit également dans les personnages : il va être question d’allégeance à plusieurs reprises, et les personnages ne seront pas toujours faciles à étiqueter. On perd donc vraiment l’aspect très typé (et stéréotypé) du premier tome, et c’est très agréable !

D’autre part, ce volume sera l’occasion de développer un peu la famille de Nita : ses parents et Dairine, sa petite sœur, ignorent tout de sa nature sorcière, ce qui amène les deux ados à des stratagèmes de plus en plus élaborés. La complexité des personnages va grandissante et leurs relations s’étoffent, ce qui est loin d’être désagréable. Enfin, gros point fort de ce roman : le but servi par la magie. Il sera question de sauver le monde, certes, mais pas pour n’importe quel motif. Pollution, écologie, protection de la faune, de la flore et du vivant sont au centre des préoccupations : cela change un peu, et donne une autre profondeur à la quête sorcière.

Si Le Sacrifice souffre des mêmes manques que le premier tome, un système magique trop peu exploité et quelques facilités de scénario, il est tout de même meilleur : d’une part parce que les personnages sont plus travaillés et d’autre part parce que la quête magique vient s’inscrire dans un contexte plus vaste. La magie vient servir un monde réel et réaliste, et les deux univers sont parfaitement imbriqués l’un à l’autre. En plus, on se régale des descriptions sous-marines et de l’univers aquatique que l’on explore. Si vous aviez apprécié le premier tome, celui-ci vous plaira sans aucun doute pour les mêmes raisons ; si vous l’aviez trouvé un peu faiblard, cette aventure abyssale devrait vous apporter ce qui vous a manqué précédemment !

 

◊ Dans la même série : L’Initiation (1) ; L’Éveil (3).

 

Wizards #2, Le Sacrifice, Diane Duane. Traduction de Mathilde Bouhon. Lumen, septembre 2014, 352 p.
8/10

 

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La Peur du sage, deuxième partie, Patrick Rothfuss.

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Seconde journée de narration pour Kvothe. Ses frasques universitaires lui ont valu d’être exilé au fin fond du Vintas, aux ordres du Maer, dont il aimerait faire son protecteur. Celui-ci l’expédie à la poursuite de brigands un peu trop encombrants en compagnie d’une petite troupe de mercenaires. L’occasion de composer quelques chansons, rencontrer des Faes, ou en apprendre un peu plus sur les Chandrians. Tout en continuant de construire une légende personnelle déjà consistante.

Aaah Kvothe ! Retrouver ses aventures revient à se glisser dans des chaussons confortables après une dure journée. C’est avec une légère appréhension que j’ai entamé cette seconde partie : allais-je me souvenir de tous les petits détails ? Car il s’en passe, des choses, dans une journée de Kvothe, et mieux vaut être attentif. Heureusement, tout revient assez vite.

Cette deuxième partie, donc, a le mérite de nous faire radicalement changer de paysage : exit l’Université, bonjour le Vintas. Mais pas que. Car sur les traces de Kvothe, on va également visiter l’Ademre. Si les aventures estudiantines de notre arcaniste préféré commençaient à vous peser, ce tome devrait vous réconcilier avec la série : de frasques universitaires, il ne sera question que dans la fin. Comme dans les tomes précédents, on retrouve l’intéressant décalage entre mythe et réalité : la légende de Kvothe est flamboyante, la réalité se montre… plus terre-à-terre. Et cela tient aussi à la façon de conter : Kvothe dévide ses aventures fantastiques de la manière la plus simple qui soit, faisant passer certains de ses actes les plus glorieux pour de simples accidents de parcours. C’est à la fois drôle et extrêmement bien mené.

Le style de Rothfuss, de plus, se prête bien à ce récit à la fois épique, amusant, grandiose : sa plume est éminemment fluide, légère, et on la lit avec un immense plaisir. Il maîtrise à la perfection les codes de la narration, et livre un récit plein de suspens, de surprises et de rebondissements, même lorsqu’on a l’impression qu’il ne se passe rien. Les descriptions sont minutieuses, même dans la concision. Et l’auteur maîtrise les instants d’émotions comme les scènes d’actions trépidantes. Une merveille ! Et une merveille fort bien traduite, qui plus est !

On découvre de nouvelles facettes du personnage de Kvothe – en même temps que lui, d’ailleurs – à mesure qu’il traverse diverses épreuves. Le roman est riche en découvertes humaines.

Parallèlement au récit de Kvothe, il se déroule quelques interludes, des épisodes ayant lieu dans le présent. On voit donc en parallèle le Kvothe adulte du Kvothe adolescent et ce n’est pas désagréable. De plus, il continue de se passer des choses – assez étranges – dont on pressent qu’elles peuvent avoir un rapport avec le passé de Kvothe. Mais lequel ? On découvre également un peu mieux Chroniqueur et Bast, et cela fait d’agréables échos au récit de Kvothe.

En bref, cela valait le coup d’attendre pour lire cette suite. D’autant qu’il n’y a pas encore de date pour la suite. Mais si l’auteur continue de livrer des tomes de cette qualité, ma foi, on peut bien patienter encore un peu. Dans cet opus, j’ai retrouvé tout ce que j’aime dans Chronique du tueur de roi : une aventure épique divinement menée, un rythme maintenu de bout en bout (pas nécessairement trépidant, mais captivant), un personnage extrêmement attachant, un style riche et fluide… que des qualités, en somme. En outre, ce volume change de l’Université, et permet de faire découvrir l’univers de Patrick Rothfuss, ses légendes, sa géographie, ses petites particularités. Cette série a été un coup de cœur depuis le premier tome, et cela continue sur cette excellente lancée !

◊ Dans la même série : Le Nom du vent (1), La Peur du sage, première partie (2).

 

Chronique du tueur de roi #2 : La Peur du sage, deuxième partie, Patrick Rothfuss. Traduction de Colette Carrière. Bragelonne, 2012, 624 p.
9/10

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Witch Song, Amber Argyle

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Brusenna mène une existence paisible avec sa mère, dans la forêt de Gondstower.
Paisible ? Presque. Car Brusenna et sa mère sont sorcières, des gardiennes de la nature, sans aucun doute. Et les villageois voient les envoûteuses d’un mauvais œil, peu importe qu’elles disciplinent les éléments par la force de leurs chants.
Le jour où sa mère disparaît, le monde de Brusenna bascule. Jeune, sans expérience, livrée à elle-même dans un pays sur lequel souffle le vent de la guerre, la jeune fille doit assurer sa survie. Car elle est désormais la dernière, et les chasseurs de sorcières sont à ses trousses. Or, sans sorcière, c’est tout l’équilibre de la Terre qui est menacé…

Brusenna n’est pas une sorcière émérite. A vrai dire, elle ne maîtrise que quelques petits enchantements de base, car sa mère – une sorcière confirmée – a toujours refusé de l’instruire. Cela n’empêche pas Brusenna d’être maltraitée par les villageois du coin, persuadés d’avoir affaire à une dangereuse envoûteuse. Il faut dire que dans l’esprit collectif, toutes les sorcières sont malfaisantes, avides de pouvoir, et promptes à maudire leur prochain. Brusenna n’a donc pas vraiment la cote auprès de ses concitoyens, même si elle et sa mère sont des sorcières blanches. Les affaires se corsent lorsque la mère de Brusenna, partie lutter contre une puissante sorcière maléfique, disparaît pour de bon, car la jeune fille va devoir se débrouiller seule, désormais.

Witch Song est donc un roman initiatique, Brusenna devant gérer sa formation magique toute seule. Au cours de ses apprentissages, elle va en apprendre autant sur son univers que sur les sorcières – une caste qu’elle méconnaît.  Celles-ci, gardiennes de la nature, utilisent à leur gré les éléments naturels, et chantent tous leurs enchantements. Elles utilisent la végétation comme arme, comme moyens de subsistance ou comme remèdes médicinaux. Le système de magie est donc assez original. Seul regret : que malgré des maîtresses de chaque élément, on n’assiste quasiment qu’à des sortilèges liés à la végétation. Je m’attendais à plus des sortilèges utilisant tous les éléments, tour à tour ! Ceci étant dit, il faut reconnaître que le système de magie est vraiment intéressant, avec l’idée d’enchantements rimés et chantés : on regretterait presque de ne pas avoir de bande-son pour accompagner la lecture !
Autre regret : quelques facilités de scénario. La jeune fille a, à mon goût, un peu trop tendance à s’en sortir facilement. Malgré de très nombreuses péripéties, certains rebondissements se soldent rapidement, et c’est un peu dommage.

Ceci étant dit, Witch Song m’a tout de même enthousiasmée. En effet, s’il est vrai que certains rebondissements sont rapidement soldés, l’auteur réserve à ses personnages de nombreuses difficultés. Ainsi, l’apprentissage ne se fait pas en deux temps trois mouvements ; s’il n’est pas détaillé jour après jour, on sait tout de même qu’il est long, ardu… et pas toujours fructueux. Ce n’est pas parce que c’est magique que l’on peut tout faire. Ce qui est intéressant également, c’est la façon dont Senna est perçue par ses paires : on est assez loin du cliché de l’apprentie solitaire,  prodigue et adulée, et cela promet d’intéressants développements !
De plus, l’intrigue est variée : chasse aux sorcières, découverte de la magie, aventure, courses-poursuites par voie de terre ou de mer, combats de sortilèges, stratagèmes, négociations… on n’a pas le temps de s’ennuyer. Le roman est dépourvu de longueurs – sans se contenter d’enchaîner les péripéties – et se lit avec la furieuse envie de savoir comment tout cela va tourner.

Les personnages, de leur côté, sont intéressants à suivre. Senna, craintive et naïve au départ, évolue peu à peu en jeune sorcière se faisant (parfois) confiance. Les personnages qui gravitent autour d’elle ne manquent pas d’intérêt, notamment Joshen (dont on apprécierait de suivre le point de vue, de temps en temps, afin de nuancer celui de Senna), ou les sorcières que l’on croise au gré des pages (parmi lesquelles quelques teignes, une potentielle rivale, et des mentors en puissance).

En somme, si vous aimez les histoires de sorcières, voilà un roman qui devrait vous plaire. Chasse aux sorcières et apprentissage magique sont au rendez-vous dans une intrigue bien menée, malgré quelques facilités de scénario, et aux rebondissements variés. L’univers est original, le système de magie tout autant, et les personnages suivent une intéressante évolution. Au vu de la fin, la suite promet d’être intéressante. Un titre à noter si vous appréciez la fantasy jeunesse, les univers médiévaux, et les histoires de sorcières !

◊ Dans la même série : Witch Born (2) ; Witch Fall (préquelle).

Witch Song #1, Amber Argyle. Lumen, août 2014, 457 p.
8/10

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Le Souffle des pierres, Terre-Dragon #1, Erik L’Homme.

 

 

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Terre-Dragon. Un royaume déchiré par les vents, peuplé d’étranges tribus soumises au pouvoir d’un invisible roi-dragon.
Ægir, l’enfant à la peau d’ours, échappe aux guerriers qui le gardent en cage depuis des années. Traqué sans relâche, Ægir croise par accident la route de Sheylis, une apprentie sorcière chassée de son village, et poursuivie par les villageois enragés. Les deux adolescents vont faire front, et s’entraider dans une épreuve… qui s’avérera finalement bien plus coriace que prévue.

Après la fantasy urbaine et les nouvelles empreintes de sagesse, Erik L’Homme renoue avec la fantasy jeunesse qu’il avait déjà explorée avec talent dans sa trilogie Le Livre des Étoiles.
Cette fois, on évolue dans un univers fictif : le royaume de Terre-Dragon, battu par les vents, peuplé de tribus aux mœurs étranges, et de clans bien suspicieux envers leurs membres. On découvre parallèlement le présent d’Ægir, un enfant malingre vêtu d’une peau d’ours et vivant dans une cage et celui de Sheylis, jeune sorcière sous le commandement de sa tyrannique grand-mère. A l’instant où Ægir parvient à fausser compagnie à ses tortionnaires, Sheylis doit fuir précipitamment le village, les autres habitants ayant une soudaine envie de se débarrasser d’une sorcière pouvant potentiellement leur porter la poisse.
Et, fatalement, les routes de nos deux adolescents vont temporairement se croiser.

La première chose à noter avec Le Souffle des pierres, c’est qu’il s’agit d’un excellent tome introductif à une trilogie que l’on sent plutôt riche, notamment du point de vue de l’univers. Ici, on touche du doigt quelques particularités : un empereur invisible (mais terrifiant), des tribus nomades, un paysage que se partagent les prédateurs (aux tigres les montagnes, aux ours les forêts), de nombreux clans disséminés sur le territoire avec des lois bien spécifiques propres à chaque village, une mythologie vaste et complexe, un fleuve métallique qui sépare le royaume et sur lequel voguent des barques de pierre… et des guerriers métamorphes, des mages, des sorcières, et des baladins en quête de renommée. Vraiment, il y a de quoi faire, surtout que le premier tome n’explique pas tout, loin de là !

Les personnages eux-mêmes alimentent la complexité de l’univers. Sheylis détient des pouvoirs magiques qu’elle active grâce à des runes (qui ressemblent à celles qu’il y avait dans Le Livre des Étoiles… mais seulement de loin car, hormis le principe, on ne retrouve aucun point commun) qu’elle ne maîtrise pas vraiment. Aegir, de son côté, a une nature extrêmement intrigante, qui fait qu’il est au centre de toutes les attentions. Dans leurs pérégrinations, ils rencontrent Doom-le-Scalde, un jeune barde massacrant allègrement la musique mais ne désespérant pas d’égaler, un jour, les meilleurs bardes du pays, ou Gaan, un vieux magicien parfois un peu ronchon, qui n’aime rien tant que se chamailler avec Doom. Le quatuor est très attachant, et on suit leurs aventures avec une bonne dose de curiosité, mais il faut reconnaître que les personnages n’ont pas encore atteint une confortable épaisseur. On ne désespère pas de la voir arriver dans la suite !

Malgré cela, le récit est très plaisant à lire. D’une part car la plume d’Erik L’Homme est, comme toujours maîtrisée. D’autre part car il parvient à insuffler de l’intérêt même dans les petits faits. Ce qui fait que, même si on a l’impression qu’il ne se passe pas grand-chose, on emmagasine une foule de détails sur Terre-Dragon, ses us et coutumes, ou les personnages. Et il faut reconnaître que tout cela est terriblement efficace, même si certains développements semblent un peu rapides.

En somme, Le Souffle des pierres est un premier tome qui remplit son office : introduire univers, personnages, et début d’intrigue. On évolue dans un univers que l’on sent extrêmement riche et à la mythologie travaillée, et l’on espère découvrir des personnages (déjà bien esquissés) à l’avenant. Voilà un premier tome qui donne envie de découvrir l’univers de Terre-Dragon, et d’en savoir plus sur le quatuor. Erik L’Homme signe là un retour à la fantasy réussi !

Terre-Dragon #1, Le Souffle des pierres, Erik L’Homme. Gallimard, 18 août 2014, 256 p.
8/10.