Erased #1-3, Kei Sanbe

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2006. Aspirant mangaka dont la carrière peine à décoller, Satoru Fujinuma travaille comme livreur de pizzas pour joindre les deux bouts. Effacé et peu enclin à s’ouvrir aux autres, il observe le monde qui l’entoure sans vraiment y prendre part. Pourtant, Satoru possède un don exceptionnel : à chaque fois qu’un incident ou une tragédie se déroule près de lui, il est projeté quelques minutes dans le passé pour trouver ce qui cloche et empêcher l’inévitable avant qu’il se produise…

Cette anomalie de l’espace-temps lui vaut un séjour à l’hôpital le jour où, pour rattraper le conducteur d’un camion fou, il est percuté par un autre véhicule de plein fouet. Après l’accident, petit à petit, les souvenirs effacés de l’enfance traumatisante de Satoru resurgissent…

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 Le premier volume est essentiellement un tome introductif. On y découvre Satoru, son petit job de livreur de pizzas et… son don. Les premières pages sont un peu confuses, car les scènes se répètent (après tout, c’est la base du don de Satoru), avec quelques détails présentés sous un angle différent, ce qui fait que la chronologie n’est pas toujours instinctive.
Et cette impression va se poursuivre : l’accident de Satoru, la répétition d’épisodes de retour en arrière, et l’arrivée de sa mère vont faire resurgir des souvenirs d’enfance que Satoru avait préféré enfouir. Cette fois, l’impression de confusion ne vient plus du fait qu’il y a des répétitions que l’on a du mal à bien comprendre, mais plutôt de l’histoire morcelée qui commence à prendre forme. Et, si le départ pouvait sembler quelque peu ardu, la suite met carrément l’eau à la bouche. Il y a sans aucun doute une histoire assez sombre dans le passé de Satoru, et on a hâte de savoir comment son passé va s’articuler avec son présent, et son don particulier.

Le premier volume tourne autour de 3 personnages : Satoru âgé de 28 ans, sa mère – qui, elle, sait ce qu’il y a dans le passé de son fils – et Airi, une lycéenne qui travaille avec Satoru. Si, bien sûr, c’est Satoru qui a le rôle titre, il est intéressant de voir que les deux figures féminines ne sont pas délaissées ; Satoru n’est pas particulièrement sympathique mais, curieusement, c’est bien pour cela qu’on s’intéresse à ses aventures. Car malgré un côté asocial très prononcé, ses réflexions ne manquent pas d’intérêt, et ses préoccupations non plus !
Côté graphismes, les tons plutôt sombres et les décors urbains fouillés viennent souligner l’ambiance assez prenante du thriller, mais on regrettera que les visages ne soient pas toujours très soignés (notamment celui de la mère de Satoru).

Impossible d’évoquer ce premier tome d’Erased sans parler de la fin… le suspens prend doucement mais, une fois qu’il s’installe, il ne quitte plus le lecteur. Le volume s’achève en apothéose, sur un retournement de situation aussi brutal qu’inattendu ! Au vu de la fin, on ne peut qu’avoir envie d’en savoir plus !

Erased #1, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 200 p.

Attention, ce qui suit contient des spoilers sur la fin du premier volume.


Intriguée par ce qui semble être une tentative de kidnapping, la mère de Satoru commence àerased-2-kei-sanbe se poser des questions sur la série de meurtres qui a secoué Hokkaidô 18 ans plus tôt. Et si la justice ne tenait pas le vrai coupable ? Mais celui-ci l’a reconnue : avant qu’elle ait pu mener l’enquête, elle est assassinée. Satoru, arrivé sur les lieux juste après le drame, se retrouve alors propulsé à l’époque de son enfance, quelques jours avant la disparition tragique d’une de ses camarades de classe ! Désormais convaincu que les meurtres sont liés, il va tout faire pour changer le cours des choses…

 

Ce second volume exploite un peu plus le pouvoir de Satoru, puisque celui-ci est projeté 18 ans auparavant, dans son corps d’enfant, avec la certitude qu’il doit empêcher la disparition de sa petite camarade de classe, Kayo.
Le grand intérêt du volume, c’est de voir comment Satoru va tenter, par tous les moyens à sa disposition, d’infléchir le destin de Kayo, parfois en changeant carrément les événements… et parfois, en arrivant exactement aux mêmes résultats (à son grand désespoir).

L’histoire va permettre de questionner les souvenirs d’enfance : Satoru a complètement oublié certains événements de sa jeunesse, alors que d’autres points sont beaucoup plus marquants. C’était déjà amorcé dans le premier tome, évidemment, puisque Satoru redécouvrait totalement cette affaire occultée. Mais là, en étant confronté de nouveau à sa vie d’enfant, Satoru va pouvoir comparer les souvenirs qu’il a, avec ceux qui remontent à sa mémoire.
Ce retour permet également de nuancer les personnages : présentée comme une sorte de mégère dans le premier volume, la mère s’humanise nettement ici. Satoru, de son côté, est nettement plus sympathique ! Le décalage entre son personnage d’enfant et ses réactions d’adulte ne manque pas de piquant, et occasionne quelques passages assez drôles – dans une ambiance plutôt tendue.

Par rapport au premier tome, celui-ci est nettement plus calme et posé, on est toujours dans la lignée du volume introductif. Mais ce n’est pas long pour autant ! L’intrigue est fournie, on cherche comment Satoru va débloquer la situation, et on s’attache aux personnages. De plus, les graphismes semblent plus soignés que dans le premier tome.
Le volume s’achève, encore une fois, en apothéose. L’auteur termine ce tome sur un sentiment de plénitude bien agréable. Avant de replonger le lecteur dans l’angoisse, et ce seulement en deux pages. La conclusion est magistrale et… on veut savoir la suite ! La bonne découverte du tome 1 se confirme donc !

Erased #2, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 192 p.

 

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Aidé par ses camarades de classe, Satoru réussit à se rapprocher de Kayo. Et la fillette survit au 1er mars !

Mais Satoru crie victoire trop vite. Kayo disparaît le 3 mars… et celui-ci est à nouveau projeté dans le présent, en 2006, alors qu’il est en cavale. Pourquoi la rediffusion l’a-t-elle projeté 18 ans plus tôt ? Pourquoi a-t-elle échoué ?

 

Retour au présent et, cette-fois, on nage en plein thriller, Satoru étant recherché pour le meurtre qui clôt le premier volume. Une seule certitude, le meurtrier est à Chiba, et Satoru l’a probablement déjà croisé.
Avec la complicité d’Airi, il tente de le débusquer, et s’enferre peu à peu dans la clandestinité.

La tension est palpable de bout en bout ; autant, dans le tome précédent, on était tenus par l’envie de savoir ce qui allait se passer pour Kayo, autant là c’est du suspens pur. L’ambiance est même un tantinet angoissante : les scènes de fuite, de course-poursuite ou d’esquive sont nombreuses et bien menées, et le découpage des pages souligne ce suspens très prenant.

Les décors sont, à nouveau, très soignés, et accentuent l’atmosphère angoissante qui se dégage des pages. L’enquête progresse nettement, on sent qu’on touche presque au but… et la fin, encore une fois, offre un rebondissement maîtrisé et qui laisse le lecteur plein de questions !

Erased #3, Kei Sanbe. Traduit du japonais par David Le Quéré. Ki-oon, 2014, 190 p.

Voilà une série vraiment prenante ! Le thème du voyage dans le temps est assez léger, mais donne lieu à une intrigue passionnante : l’enquête est bien menée, le suspens est au rendez-vous dans les trois tomes, et on termine chaque volume avec l’envie de savoir comment tout cela se goupille. Le trait de Kei Sanbe est maîtrisé, mais ses visages d’adultes semblent moins réussis que ses personnages enfants. Les décors, de leurs côtés, sont splendides ! Dans ces trois tomes hautement prenants et efficaces, je note une petite préférence pour le second, à l’atmosphère délicieusement mélancolique, tandis que Satoru revisite son enfance. Le tome 4 sort en février, et il va sans dire que j’attends de pied ferme la suite de cette série uchronique !

◊ Dans la même série : tomes 4 et 5 ;

Emma #1-5, Kaoru Mori.

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Emma est domestique chez Madame Stowner, qui lui a tout appris. Un jour, celle-ci reçoit la visite de William, dont elle a été la gouvernante lorsqu’il était enfant. Rapidement, le jeune homme s’aperçoit qu’il n’est pas tout à fait indifférent au charme de la belle jeune femme. Il oublie alors volontairement ses gants, pour pouvoir la revoir… et scelle leurs destins. Romance interclasse à l’ère victorienne !

Emma est l’autre série de Kaoru Mori, la très talentueuse auteur de Bride Stories. Cette fois, changement de décor : on est en pleine Angleterre victorienne, au 19è siècle, et l’on suit les pérégrinations d’Emma, une jeune bonne travaillant chez une gouvernante à la retraite.
On retrouve également le trait extrêmement travaillé de Kaoru Mori : les décors sont superbes, les cases extrêmement soignées. Seul bémol : les personnages ne sont pas toujours bien différenciés et, à plusieurs reprises, on se prend à se demander qui est qui…

Ce premier tome est une excellente introduction à l’univers, et à l’histoire. On découvre, bien sûr, la vie des domestiques au XIXe, les relations qu’ils entretiennent avec ceux qu’ils servent – il y a réellement deux mondes qui coexistent – et un très beau panorama du Londres d’époque.
Tous les protagonistes sont introduits ici : Emma, bien sûr, dont on apprend comment elle a eu ses premières lunettes et comment ça lui a changé la vie, Mme Stowner, dont on découvre la carrière, William et son amour immodéré pour les affaires et les soirées mondaines (qu’il néglige avec autant de talent), son père et son caractère un peu dur, et Hakim, le prince indien ami de William qui débarque en fanfare avec courtisanes, tapisseries et éléphants.

Le premier tome mêle aventure historique, début d’idylle, panorama complet, et humour. Il y a une foule de scènes extrêmement drôles, notamment lorsque Hakim tente de faire emprunter un livre léger et osé à William à la bibliothèque publique, ou lorsqu’il teste le cabriolet dans les couloirs de la maison.

L’histoire démarre doucement, mais sûrement. C’est un beau portrait, un bon tome introductif donc, une seule chose à dire : je lis la suite !

Emma #1, Kaoru Mori. Kurokawa, 2007, 192 p.

 

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William semble ne pas être perturbé par sa différence de classe avec Emma. Pour leur premier rendez-vous, il l’emmène au Crystal Palace. Leur histoire semble bien partie, mais une tragédie va en perturber le cours… 

Cette fois, on rentre vraiment dans le vif du sujet : l’histoire d’Emma et William. Autant le premier tome était un peu lent, quoique plein de petites choses, autant celui-ci permet de réellement se concentrer sur l’histoire naissante entre les deux jeunes gens.

À nouveau, le trait de Kaoru Mori fait mouche : la finesse d’exécution des décors du Crystal Palace, par exemple, laisse rêveur ! En revanche, sur les personnages, il y a toujours trop peu de différences et, du côté des nobles, il est parfois difficile de les identifier.
La tension dramatique se précipite dans la dernière partie puisqu’une tragédie va bouleverser l’histoire d’Emma et William – sans compter, évidemment, le père de ce dernier. C’est vraiment avec ce tome qu’on commence à prendre fait et cause pour les tourtereaux, et que l’histoire démarre. Les caractères des personnages sont affinés, et on commence à discerner comment s’organisent les forces en puissance.

Emma #2, Kaoru Mori. Kurokawa, 2007, 192 p.

 

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Emma a décidé de trouver un nouvel emploi et quitte Londres pour retrouver son village natal. Dans le train, elle croise Tasha, une jeune domestique travaillant pour une riche famille allemande, qui lui permet d’entrer dans le manoir. Mais son expérience en tant que bonne de Mme Stowner ne l’a pas vraiment préparée à travailler dans un manoir empli de domestiques. 

Emma et William sont séparés, celle-ci ayant décidé de regagner son village natal. On suit donc leurs parcours séparément : William se laisse abrutir par le travail – dans lequel il se lance à corps perdu – et les soirées mondaines, qu’il fréquente désormais avec courage et abnégation.
Le tome permet de mettre en valeur d’un côté la vie des nobles, chatoyantes et colorée, et celle des domestiques, qui vaquent toute la journée à de multiples activités.
Le trait est, à nouveau, très précis et détaillé, et les cases fourmillent de détail. Le manga semble extrêmement bien documenté tant du côté des nobles que du côté des domestiques. C’est également assez précis sur la société de l’époque, ce que l’on voit notamment avec la famille allemande chez qui Emma va travailler, des commerçants aisés, mais non issus de la noblesse.

La fin fait rencontrer à Emma un nouveau personnage – une amie de Dorothea, sa maîtresse – dont on sent qu’il aura par la suite son importance… et le volume se conclut sur un bref aperçu de l’enfance de William, où il est de nouveau question du fameux Crystal Palace !

Emma #3, Kaoru Mori. Kurokawa, 2007, 192 p.

 

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William suit les ordres de son père, mais n’arrive pas à oublier Emma. Sa sœur Grace étant malade il accompagne Eleanor à l’opéra à sa place. Là, la jeune fille profite de l’intimité de la loge pour ne rien cacher de ses sentiments pour William… sera-t-elle celle qui lui fera oublier Emma ?

Le début de l’histoire se concentre sur William, plus que jamais pris par les affaires, et l’arrivée d’Eleanor dans l’histoire. On perce enfin la carapace du jeune homme, et on comprend de mieux en mieux tout le problème que représente sa situation.
Eleanor, de son côté, est de plus en plus affirmée, et il est également intéressant de découvrir cette très jeune fille – dont on imagine sans peine qu’elle doit avoir quinze ou seize ans, à peine… La famille de celle-ci semble très attachée à la petite dernière, en témoigne le scandale que sa sœur fait à William… et qui amène l’histoire à un tournant clé. Le suspense est donc à son comble.

Pendant ce temps-là, au manoir où travaille Emma, le suspense est également à son comble, Emma ne laissant pas les autres domestiques indifférents. Dans le manoir, on a l’impression d’avoir affaire à une véritable armée de domestiques, efficace, bien rodée, et qui ne laisse rien au hasard – Emma en est le parfait exemple. Justement, son efficacité l’a fait remarquer, et elle accompagne donc ses maîtres à Londres, ce qui ne lui fait pas particulièrement plaisir. Voilà que réapparaît l’amie de Dorothea, qui n’est autre que la mère de William… et qui se préparer à célébrer les fiançailles de son fils, qui donne une fête pour l’occasion. Or, l’amie de Dorothea ne peut s’y rendre seule, et Dorothea va donc… lui prêter Emma… qui ignore où et chez qui elle va. Quiproquo en vue.
Le climax est atteint lorsque les deux amoureux sont mis en présence, et lorsque William va tout faire pour empêcher Emma de filer à l’anglaise.

Jusque-là, c’est probablement le meilleur tome : on est servis par le côté historique extrêmement documenté, l’ambiance est parfaitement rendue. C’est drôle de temps en temps, le suspense est au rendez-vous, et il y a même quelques émotions. Bref : c’est excellent !

Emma #4, Kaoru Mori. Kurokawa, 2007, 200 p.

 

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Dans sa jeunesse, le père de William était lui aussi anti-conformiste, ce que prouve bien sa rencontre avec la mère de William. 
Emma sait désormais quels sentiments William lui voue. Le couple tente de se réunir… mais le baron Campbell, le père d’Eleanor est là pour veiller au grain. 

La première partie offre un retour en arrière, et l’on y découvre l’histoire bien singulière des parents de William : une histoire très sensible, émouvante, et vraiment bien menée – et qui laisse quelque espoir pour Emma et William…
La suite, malheureusement, reprend nos amoureux prêts à se séparer, William étant désormais promis à Eleanor, qui souffre de son côté de l’apparente indifférence de son jeune fiancé.

Les émotions des personnages sont vraiment travaillées : on s’attache même à Eleanor alors que, en théorie, on devrait l’apprécier beaucoup moins. Il en va de même avec Hans, un des collègues d’Emma, qui s’attache à effrayer le personnel, mais que l’on sent vraiment proche d’Emma. J’aime beaucoup le duo principal, mais Hans fait également partie de mes personnages favoris. L’auteur soigne vraiment sa galerie !

Les péripéties, dans cet opus, sont plus nombreuses et variées que précédemment : entre l’incendie qui se déclenche au manoir, l’arrivée inopinée de William (qui ravit Dorothea !) ou la rencontre entre les parents de William et ceux d’Eleanor, on est servis. Via cette rencontre, on plonge d’ailleurs dans l’univers de la haute noblesse… qui semble assez glauque et sombre. La fin laisse évidemment sur des chardons ardents, et on a évidemment envie de savoir comment Emma et William vont s’en sortir !

Emma #5, Kaoru Mori. Kurokawa, 2008, 192 p.

 

Avec ces cinq premiers tomes, Kaoru Mori lance l’histoire vraiment touchante d’Emma et William. Le contexte historique est vraiment fouillé, et ce manga est une mine d’informations sur la vie dans l’Angleterre du XIXe siècle, que l’on soit domestique, membre de la haute société, ou noble. La romance est le fil de l’intrigue mais ce n’est absolument pas le centre de l’histoire : le manga est peuplé de petits faits du quotidien, qui alimentent au fur et à mesure l’histoire. C’est vraiment bien fait, ce n’est pas pesant, et on ne tourne pas en boucle autour des histoires de cœur d’Emma et William, ce qui est bien agréable.
Le trait est délicat, travaillé, et les cases fourmillent de détails : c’est un vrai délice. Seul reproche : les personnages ne sont pas toujours suffisamment différenciés et on a parfois du mal à savoir qui est qui, au juste. 
En somme, cette série démarre plutôt bien et si vous appréciez les récits historiques fouillés et bien menés, notez ce titre !

Bride Stories #4-5, Kaoru Mori.

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Obligé de renoncer à la belle Talas, Smith, qui a enfin trouvé un guide, repart pour Ankara en passant par la Perse. Mais sa route est semée d’embûches… Voilà notre chercheur contraint de faire une nouvelle halte non loin de la mer d’Aral ! De son côté, la famille de Pariya s’apprête à recevoir le père du jeune homme rencontré à Kalaza. Un futur époux en perspective ?

Le volume s’ouvre sur la suite des aventures d’Amir et de ses proches. Si le clan Hargal a échoué à récupérer sa benjamine, ils n’en sont pas moins déterminés à la ramener pour la marier à l’époux de sa défunte sœur. Les voilà donc partis nouer de bien sombres alliances…
Au village, les parents de Pariya, la volcanique petite voisine, s’apprêtent à recevoir un fiancé potentiel, ce qui ne manque pas d’inquiéter la (très) jeune fille : voilà qui nous permet de voir comment se déroulait la présentation des potentiels fiancés…

Mais le véritable protagoniste de cet opus, c’est Smith, notre explorateur anglais. On le retrouve avec son guide, sur la route d’Ankara, tout à son chagrin d’avoir dû renoncer à Talas. Smith poursuit son chemin et passe le long de la mer d’Aral, où il rencontre fortuitement deux jeunes sœurs jumelles, Layla et Leyli. Suite à un imbroglio, il se retrouve à jouer les médecins dans leur village, et donc à poursuivre ses travaux de recherche.
Parallèlement aux réflexions et découvertes du jeune britannique, on suit les aventures désopilantes de Layla et Leyli, qui sont bien décidés à se trouver des maris. Beaux, jeunes, riches, et intelligents, tant qu’à faire. Si possible des frères. N’habitant pas trop loin. Autant dire que ce n’est pas facile à faire. Mais qu’à cela ne tienne, les deux jumelles ne manquent pas d’idées farfelues pour mettre la main sur deux beaux mâles. Jusque-là, c’est très probablement le tome le plus drôle de la série. Entre les stratagèmes des deux jumelles, la fausse potion magique de la grand-mère, les petites réflexions sur la vie ou les manières de Smith, les révélations des autres femmes du village sur les manières d’appâter un mari ou bien l’entraînement intensif pour jeune mariée, on ne manque pas d’occasion de rire !

Le volume est hilarant, certes, mais ne manque pas de passages plus profonds ou émouvants. Ainsi, la désillusion des jumelles fait peine à voir, mais la découverte de leurs futurs maris (et la réciproque) est mise en scène avec une grande sensibilité. Preuve, s’il en fallait une, que Kaoru Mori sait jouer sur les différents tableaux, et varie les scènes !
De plus, on continue de découvrir les mœurs de l’Asie mineure non seulement en termes de vie quotidienne, mais aussi dans l’opposition entre peuples sédentaires et nomades – particulièrement bien marquée par le comportement d’Amir, et ses réflexes nomades bien ancrés, qui ont tendance à surprendre sa belle-famille !

Le dessin est toujours aussi sublime, et fourmille de détails. On pourrait passer des heures à ne lire qu’un seul tome pour seulement profiter de la qualité du trait.
Le bonus contient une scène de marché aux chevaux, dans laquelle on voit Yussuf, le beau-frère de Karluk et Amir, emmener son fils aîné Torkan se choisir un cheval : l’occasion de voir comment est perçue la monture, qui devient un compagnon fidèle à respecter et à aimer. Les dernières cases, où Yussuf s’adresse à son cheval, sont pleines d’humour, mais parfaitement représentatives !

En bref, un tome aussi bon que les précédents, et qui a le mérite d’être particulièrement drôle !

Bride Stories #4, Kaoru Mori. Ki-oon, 2012, 190 p. Traduit par Yohan Leclerc.

 

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Le mariage de Layla et de Leyli approche à grands pas et les préparatifs vont bon train ! Négociations entre familles, organisation des réjouissances, préparation des mariés… Tout le monde s’affaire, même Smith, qui parvient à convaincre son guide de rester jusqu’aux festivités.

On poursuit directement l’histoire du tome précédent : cette fois, les tractations sont engagées, et le mariage est sur la bonne voie. C’est le moment d’assister à la fameuse cérémonie, qui donne son titre à la série. De la préparation des jeunes mariés à celle du banquet, on ne rate rien : bains, vêtements, maquillage, musique, procession, attente interminable… on s’y croirait !

À côté de ça, c’est encore un tome plein d’aventures, car les deux jumelles ne tiennent décidément pas en place, et ne sont pas en reste pour faire des sottises. À nouveau, c’est drôle – quoique parfois on souffre pour les infortunés maris, même s’ils ont du répondant.
Le tome précédent présentait quelques scènes émouvantes, et on en retrouve ici, notamment lorsque la noce est terminée et qu’il faut… déménager. C’est encore un tome extrêmement riche en découverte des us et coutumes, que l’auteur parvient à faire passer via la galerie de personnages auxquels on s’attache avec une facilité déconcertante. D’ailleurs, c’est avec une certaine tristesse que l’on quitte les jumelles.

Mais on retrouve Karluk et Amir, dans un chapitre de scènes de la vie quotidienne qui offre quelques illustrations en pleine page, et bien agréables à regarder. La suite de l’histoire se concentre sur le couple phare : c’est intéressant, mais c’est moins prenant que le début de la série.

Bride Stories #5, Kaoru Mori. Ki-oon, 2013, 199 p. Traduit par Yohan Leclerc.

Ces deux tomes offrent une parenthèse dans l’histoire d’Amir et Karluk, pour poursuivre celle d’Henry Smith, qui est donc l’occasion de découvrir de nouveaux personnages. La qualité du dessin est toujours au rendez-vous, de même que le contenu historique que l’on découvre avec autant de curiosité que de plaisir. Dans l’ensemble, ces deux tomes sont beaucoup plus drôles que les trois précédents. 
En bref, si ce n’est pas le coup de cœur absolu des trois premiers, ces deux tomes ont encore été une très belle découverte : voilà une de mes séries manga favorites !

 

◊ Dans la même série : tomes 1 à 3 ; tomes 6 et 7.

 

Bride Stories, Kaoru Mori.

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La vie d’Amir, 20 ans, est bouleversée le jour où elle est envoyée dans le clan voisin pour y être mariée. Elle y rencontre Karluk, son futur époux… un garçons de huit ans son cadet ! Autre village, autre mœurs… La jeune femme, chasseuse accomplie, découvre une existence différente, entre l’aïeule acariâtre, la ribambelle de neveux et nièces espiègles, et Smith, l’explorateur anglais venu étudier leurs traditions. 
Mais avant même que le jeune couple ait eu le temps de se faire à sa nouvelle vie, le couperet tombe : pour conclure une alliance plus avantageuse avec un puissant voisin, le clan d’Amir décide de récupérer la jeune mariée coûte que coûte… 

Bride Stories est de ces petites pépites absolument indispensables. Plonger dans le premier tome, c’est s’assurer une addiction totale à ce manga !

Bride Stories #1. 
2011, 186 p.

 

 

 

 

 

 

 

La première chose qui frappe, c’est évidemment le dessin de Kaoru Mori : le trait est précis, le dessin soigné, et le souci du détail poussé à son paroxysme. Le manga se lit deux fois moins vite que les autres tant il y a de petits détails à scruter, et à regarder partout. C’est absolument merveilleux tellement c’est beau !
Dans ce premier tome, on suit donc Amir qui s’habitue à son nouveau clan, et à son très jeune mari. C’est, bien sûr, l’occasion de découvrir une histoire et des mœurs : l’histoire se déroule dans les steppes d’Asie Centrale, au XIXe siècle. Si la famille de Karluk est sédentaire, celle d’Amir était nomade une moitié de l’année et la jeune femme doit se faire à un nouveau mode de vie. Les clans vivent de l’élevage des moutons, du tissage de la laine et on les suit dans les petites histoires du quotidien : visites à la famille, visite chez les artisans (notamment chez l’ébéniste… ces pages sont une pure merveille !), disputes des enfants, principes éducatifs, repas, lessive… C’est extrêmement varié et sert tant à dresser le portrait des personnages qu’à étoffer l’ambiance de la grande maison.

 

On suit avec intérêt l’évolution de la relation entre Amir et Karluk : c’est narré tout en douceur et délicatesse car, en plus de dessiner merveilleusement bien, Kaoru Mori a un véritable talent de conteuse. Elle tisse donc doucement les relations entre personnages, mettant en scène l’acclimatation de la jeune Amir. Et tout va pour le mieux jusqu’au moment où le clan Hargal, celui d’Amir, décide de récupérer la jeune femme afin de la marier à quelqu’un d’autre. Alors qu’on arrive en fin de tome, l’auteur introduit une bonne note de suspens car, évidemment, on se demande si le clan Hargal va parvenir à ses fins, et comment cela va tourner pour Amir.

Bride Stories #2. 
2011,195 p.

 

 

 

 

 

 

 

Le second tome est aussi maîtrisé que le premier. Côté dessin, c’est encore une pure merveille. On appréciera, cette fois, le détail des broderies largement mises en scène pour illustrer le travail des femmes, ou la scène de la préparation du pain. C’est le moment d’apprendre que la constitution d’un trousseau (qui coûte une fortune) commence très tôt, et que les jeunes femmes sont amenées à broder des kilomètres et des kilomètres de tapisseries. Ce second tome est globalement plus violent : le clan d’Amir n’abandonne pas l’affaire, et tente coûte que coûte de la récupérer. Il y a donc un suspens nettement plus soutenu que dans le premier volume, et cela permet d’avoir un aperçu encore plus approfondi sur les mœurs en Asie centrale à cette époque-là.
La relation entre Amir et Karluk évolue, et c’est souvent émouvant ! On commence à discerner les raisons du choix du titre : si le mariage d’Amir et Karluk est menacé par le clan Hargal, il est également question de Pariya, une jeune femme du village célibataire, qui ne trouve aucun homme acceptant de l’épouser, et du futur mariage de Tileke, qui est presque en âge de se marier. Le tome s’achève sur le départ de Smith, l’explorateur anglais en résidence dans le clan Eyhon en tant qu’observateur – un personnage essentiel pour entraîner des explications utiles aux lecteurs !

Avec le départ de Smith, Kaoru Mori inscrit son histoire dans un contexte plus vaste : les dissenssions avec les Russes, la réduction du territoire des clans nomades, ou les bisbilles interclans.


Bride Stories
#3

2011, 200 p.

 

 

 

 

 

 

 

Le troisième tome change de point de vue : jusque-là, on suivait Amir et Karluk ; ce volume-là se concentre sur Smith, qui a quitté le clan pour reprendre son voyage et gagner Ankara (ce qui représente un périple de plusieurs mois). En attendant son guide, Smith rencontre une très jeune veuve, Talas, apprenant de nouvelles choses sur la façon dont on conçoit le mariage à l’époque – et sur la haine de l’étranger, au passage. Ce tome est encore plus émouvant que les précédents : le point de vue de Smith nous glisse dans la peau de l’observateur qui ne comprend pas toujours le bien-fondé des traditions.
Le point de vue entraîne de nouvelles découvertes (culinaires, notamment !). Sur fond de route de la Soie, l’auteur brosse avec talent le tableau d’une civilisation.

Bride Stories, en somme, est une série d’une qualité incroyable : le récit est riche et bien mené, le dessin fouillé, et on s’attache extrêmement vite aux personnages. Heureusement qu’il reste encore quelques tomes à lire car c’est un gros coup de cœur !

◊ Dans la même série : tomes 4 et 5 ; tomes 6 et 7.

 Bride Stories, tomes 1 à 3, Kaoru Mori.
Ki-oon, 2011.
10/10 

 

Pluto, #1 et #2, Naoki Urasawa.

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Quelque part, en Suisse, le très puissant robot Mont-Blanc a été détruit sans que l’on sache par qui ou par quoi. Au même moment, un des cadres d’un groupe de défense des lois sur les robots est assassiné. Deux affaires sans relation ? Pourtant, sur les lieux des crimes, on retrouve le même ornement macabre en forme de cornes…
Qu’est le meurtrier ? Homme ou robot ? Selon les lois sur les robots, c’est impossible, ils ne peuvent pas s’attaquer aux hommes. L’affaires est bien étrange. On dépêche l’inspecteur-robot Gesicht ; il ne tarde pas à découvrir que les sept robots les plus performants du monde sont menacés… et il en fait partie.

Basé sur un chapitre du manga Astroboy, le robot le plus fort du monde d’Osamu Tezuka, Pluto met en scène un antagonisme classique en science-fiction, les humains contre les robots. Sauf qu’ici, les robots sont de plus en plus performants, et peuvent même avoir une apparence humaine – comme Gesicht, Brando, Hercule ou Astroboy.
Dès le premier chapitre, on est plongé dans l’intrigue : l’enquête démarre illico, et tout le monde ressent une profonde tristesse suite à la disparition de Mont-Blanc, un robot aussi performant qu’apprécié. Gesicht, le robot enquêteur, est assez ambigu : c’est un robot, mais il ressemble à s’y méprendre à un humain, et va même jusqu’à imiter leur comportement. C’est d’ailleurs assez curieux : on suit son enquête opiniâtre, durant laquelle Gesicht se demande sans arrêt s’il peut partir en vacances avec son épouse – ce qui, a priori, peut sembler étrange pour un robot. De même, il fait des cauchemars, s’inquiète à propos du surmenage, aime boire du thé… la frontière floue entre les comportements humains et robotiques est vraiment bien mise en valeur. D’autant que le visage de Gesicht, qui semble naturellement taciturne, est très expressif.

Dans ce premier tome, on découvre également un autre robot, North 2, dont l’histoire est très émouvante même si, à première vue, l’épisode peut sembler déconnecté du reste. Il faut attendre la fin de l’épisode consacré au robot majordome pour comprendre où souhaite en venir l’auteur : l’enquête s’annonce complexe et, les éléments étant distribués au compte-goutte, le suspens est très présent.
Les scènes de crime, avec ces cornes plantées de part et d’autre des cadavres génèrent un certain malaise ; on en vient même à se demander s’il n’y aurait pas un peu de fantastique là-dessous. Il y a également un rapport au passé très important, puisqu’il est sans arrêt question d’un conflit armé auquel ont participé tous nos protagonistes.

Dans le second tome, la question de l’identité du coupable est encore plus présente : humain ou robot ? Ces derniers, d’après les lois sur les robots (celles d’Asimov !) ne peuvent s’en prendre aux humains. Pourtant, on sent bien que les enquêteurs hésitent. L’arrivée du fameux Astroboy dans le récit met en valeur cette hésitation, en plus du rejet de certains humains envers les robots (notamment un des enquêteurs). Astroboy, dans Pluto, a une identité graphique légèrement différente que dans le manga initial : Pluto n’est pas un copier-coller, c’est une appropriation d’un univers.
On découvre dans ce volume Astroboy, Hercule, et on retrouve Brando qu’on avait croisé dans le premier tome. Ici, l’aspect SF est encore plus présent, les enquêteurs se déplaçant dans des véhicules volants. Et c’est d’autant plus curieux de voir, dans les passages au Japon, que l’architecture n’a presque pas changé : les maisons individuelles ressemblent à celles que l’on peut voir aujourd’hui, alors qu’autour, tout est très technologisé, high-tech, à base de verre et de métal.
Ici, l’intrigue se complexifie à nouveau : les enquêteurs ont peu ou pas d’éléments. Par ailleurs, la fin du volume commence à laisser entrapercevoir une autre intrigue, à peine dévoilée, et touchant aux étranges rêves de Gesicht : c’est très mystérieux, cela donne très envie d’en savoir plus, et de comprendre comment les deux intrigues vont se combiner !

Ces deux premiers volumes de Pluto proposent donc une intrigue complexe, jouant sur le côté science-fiction et les enquêtes policières. L’intrigue s’annonce d’ores et déjà dense et bien pensée et l’univers fouillé. Le dessin est extrêmement détaillé, les émotions très bien rendues et, pour une fois, les personnages sont dépourvus de ces expressions grossières et exagérées typiques des mangas. C’est un très bon début de série, rythmé, passionnant, avec suffisamment d’éléments pour donner envie de lire la suite, ce que je ferai sans aucun doute !

Pluto, #1 et #2, Naoki Urasawa & Osamu Tezuka. Kana (Big), 2010 (1ère parution 2004 et 2005), 186 p. et 202 p.
8,5 / 10

 

ABC-2013-Imaginaire

 

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Ikigami, Préavis de mort #1 et #2, Motorô Mase.

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Dans ce pays, tous les enfants sont vaccinés à leur entrée à l’école. Un vaccin sur mille contient une nano-capsule qui explosera entre l’âge de 18 et 24 ans, causant la mort immédiate de la jeune personne.
Kengo est chargé, comme des milliers d’autres, de délivrer dans sa circonscription l’Ikigami, le préavis de décès annonçant qu’il ne reste que 24 heures avant explosion de la capsule. Son travail lui fait suivre de près ou de loin le sort de ces hommes et femmes condamnés à mort. Kengo Fujimoto en vient à se poser de dangereuses questions sur la légitimité de cette « Loi pour la Prospérité Nationale ».

L’Ikigami, c’est le préavis de mort, cette carte qui reprend votre identité, et vous annonce platement, 24 heures à l’avance, la date et l’heure de votre décès. Ces dernières 24 heures, chaque victime de l’Ikigami – un jeune sur 1000 – est libre de les occuper comme il le souhaite.
Surpopulation ? Criminalité galopante ? L’Ikigami sert-il à éradiquer ces fléaus modernes ? Pas du tout. L’Ikigami ne sert qu’à inciter les gens à profiter de la vie, et à en apprécier la valeur. Voilà pourquoi on joue à la roulette russe avec les jeunes de 18 à 24 ans, afin d’inculquer le bonheur de vivre aux autres et, conséquence logique, réguler le taux de criminalité : un citoyen conscient de la valeur de la vie est effectivement un citoyen qui y prête attention.

L’idée de départ est donc pour le moins originale. En suivant Kengo Fujimoto, chargé de la délicate tâche consistant à annoncer aux futurs défunts qu’ils vont y passer, on découvre plusieurs personnages, frappés par le destin. Chacun choisira de mettre ses dernières heures à profit de différentes façons, avec ou sans ses proches. Beaucoup se posent des questions, évidemment, sur l’utilité et l’intérêt de cette loi. Questions que notre livreur ne tarde pas à se poser non plus – mais discrètement, ses doutes existentiels pouvant lui offrir un aller simple pour la fusillade.

Comme beaucoup de dystopies, Ikigami présente un système politique qui ne nous est pas inconnu – voire est très familier – et qui sous prétexte de rendre les gens heureux fait appliquer des lois iniques et liberticides. On y retrouve des thèmes classiques : l’administration aveugle, le cloisonnement extrême de l’information, le dédouanement des autorités, la surveillance accrue des opinions de chacun, et son corollaire, la suppression des «éléments séditieux» …
Chaque tome détaille l’histoire de deux à trois personnes touchées par l’Ikigami, entrecoupées des réflexions, doutes et scènes de vie du livreur. Les histoires, pour la plupart, sont émouvantes. Toutes, combinées à l’idée qui sous-tend le roman, amènent le lecteur à se poser des questions : sur la valeur de la vie, bien sûr, mais également sur son comportement envers les autres, ses actes, ses paroles, et à quoi il occuperait ses dernières 24 heures dans la même situation.

Ces deux premiers tomes permettent donc de poser les bases de la situation, et du questionnement de Kengo – lequel ne fait pas grand chose, dans ce début de série. Il se pose bien quelques questions, mais ce sont souvent les mêmes, et elles ne sont pas suivies d’une prise de décision – ce qui peut s’avérer un peu frustrant, à la longue, mais qui changera peut-être dans les tomes suivants. Par ailleurs, la succession des anecdotes donne un effet un peu décousu, brouillon à l’histoire, et c’est un peu dommage.
On a donc un début de série intéressant, dont on espère qu’il évoluera dans les tomes suivants : affaire à suivre, donc. 

Ikigami, Préavis de mort, #1 & #2, Motorô Mase. Asuka, 2009 (VO 2005), 208 et 216 p.
7,5 / 10.

 

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