La Voie de la colère, Le Livre et l’Épée #1, Antoine Rouaud.

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An 10 de la République. Cité portuaire de Masalia. 
Dun-Cadal n’est plus que l’ombre de lui-même; celui qui fut le plus grand général de l’Empire déchu passe désormais son temps à boire dans les tavernes. Il s’est détourné de la politique, des aventures, et même de l’Histoire. Mais celle-ci n’en a pas fini avec lui. 
Viola est une jeune historienne à la recherche de l’épée de l’Empereur, symbole de l’ancien régime. Elle sait que Dun-Cadal est la dernière personne à l’avoir eue en main, et qu’il l’aurait cachée durant les dernières heures de la Révolution. Lorsqu’elle met enfin la main sur le vieux général, la violence s’abat sur la ville. L’ex-général en est convaincu : rien de tout cela n’est le fruit du hasard. Une conspiration se dessine dans l’ombre, et les plus sombres secrets ne vont pas tarder à être révélés, au rythme des mots de Dun-Cadal. Qui va raconter la véritable histoire. 

À l’instar de Kvothe dans Le Nom du vent, Dun-Cadal va se charger de rétablir la vérité, et va raconter la véritable histoire de la fin d’un Empire à Viola, jeune historienne fraîchement émoulue de l’université.
Dun-Cadal est un vieux briscard qui a mal vieilli : abandonné par ses anciens amis, brisé par les trahisons, il écume les tavernes. Le fringant général du passé est loin du débris qui se traîne actuellement de bar en bar. Viola, de son côté, cherche une relique de l’Empire qui n’existe plus que dans les livres d’histoire, et le vieux général va lui servir à mettre la main dessus.
Les personnages sont bien dessinés : le vieux général est épaulé par une autre antiquité de cet Empire perdu, et tous deux se mêlent aux jeunes partisans du régime politique en cours. Les motivations de certains se dessinent assez rapidement, mais la fresque étant très développée, on suit les personnages suffisamment longtemps pour voir s’opérer une belle évolution. On suit avec grand intérêt les personnages esquissés par le récit de Dun-Cadal, et ce qu’ils sont devenus – certains passant d’un extrême à l’autre. Les personnages sont fouillés, complexes ; notamment Dun-Cadal et son apprenti, qui sont réellement au centre de l’histoire. Les personnages secondaires ne sont pas tous aussi approfondis que les deux piliers de l’histoire, mais la suite devrait nous permettre d’en savoir plus. L’univers dans lequel évoluent les personnages est lui aussi assez fouillé, avec beaucoup d’indications sur le milieu, la faune et la flore, ce qui nous en donne un aperçu assez détaillé.
Inutile de s’attendre, d’ailleurs, à un univers complètement merveilleux et empli de magie : en dehors du Souffle, utilisé par les seuls chevaliers, la magie est quasi-absente de cet univers qui ressemble au monde féodal. La religion, en revanche, est très présente, et très ancrée dans le récit : si ce premier tome n’évacue pas toutes les questions autour des croyances, il permet de donner au lecteur un panorama assez complet. Le récit tourne essentiellement autour de la politique, des complots et diverses trahisons : tout cela est extrêmement bien ficelé.

Dès les premières pages, on est pris par le récit du vieil homme, et plongés dans un passé épique : il n’y a pas à dire, l’auteur sait s’y prendre pour donner une bonne histoire. L’alternance entre le récit du présent et les flash-backs est aussi plaisante que prenante ; le suspense s’étale sur deux niveaux, et cela rend le récit dynamique même si, dans un premier temps, on a l’impression que l’histoire n’avance pas. La plume, de son côté, est fluide – malgré quelques petites répétitions – et l’auteur évite les longueurs inutiles : le récit se lit presque tout seul, car il est très direct, et on n’a pas le temps de s’ennuyer. La narration à double niveau permet d’agencer peu à peu les pièces du puzzle, en avançant les pièces de façon stratégique, afin de faire progresser peu à peu une intrigue complexe. On voit tout de même venir d’assez loin quelques révélations cruciales ; on a de gros doutes et, quand la révélation proprement dite arrive, on n’est pas tellement surpris. Mais le récit est entraînant, fluide, et prenant ce qui fait que, même si le parcours laisse peu de surprise, on lit le roman avec grand plaisir.

Le point fort de cet univers réside dans le système politique choisi : ici, il y a peu de magie et une religion classique omniprésente, on l’a dit, et le récit propose une quête à accomplir. Ce qui change du tout au tout, par rapport aux romans fantasy habituels, c’est donc le régime politique qui a cours. Habituellement, on a affaire à une monarchie absolue, avec un personnage  à la tête du royaume. Ici, on est en République, avec un cercle de conseillers se chargeant d’exercer le pouvoir. Mieux : cette République est à l’écoute du peuple ! C’est très inhabituel en fantasy, et cela donne un aspect original à l’intrigue. Tout y est : les espoirs du peuple, les grandes ambitions des nouveaux élus, les tâtonnements politiques dans l’établissement d’un système plus juste… tout cela est narré en opposition à un Empire de castes, froid et rigide dans ses lois, insensible aux besoins réels de son peuple – et donc candidat propice à une révolution bien menée. L’évolution politique est bien menée, bien présentée et la mise en rapport des deux époques est très intéressante.

En somme, ce premier roman tant attendu d’Antoine Rouaud tient la route : malgré une facture très classique, et un scénario un peu balisé, l’intrigue est très bien ficelée, le récit prenant et dynamique. Les personnages, intéressants et bien construits, ont une belle évolution, tout du long du récit : nul doute que la suite nous permettra d’en savoir encore un peu plus. L’histoire est plaisante, efficace et, même  si certains développements sont prévisibles, on est pris dans la dynamique du récit, et on lit sans déplaisir aucun. Le double niveau de narration rend le récit plein de suspense, et le style fluide fait qu’on n’a aucun mal à entrer dans le récit. La Voie de la colère initie une nouvelle série, et intronise un nouvel auteur dans le monde de la fantasy : assurément un auteur à suivre !  

Le Livre et l’Épée #1, La Voie de la colère, Antoine Rouaud. Bragelonne, 2013, 475 p .
8/10.

 

 

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2 commentaires sur “La Voie de la colère, Le Livre et l’Épée #1, Antoine Rouaud.

  1. Cerise Timide dit :

    Contrairement à toi, j’ai eu du mal à trouver le récit prenant et à me figurer l’univers. Il m’a fallu attendre la deuxième partie pour vraiment rentrer dedans, et je continue de regretter que les personnages secondaires soit tout juste esquissés. J’espère qu’on en apprendra plus sur Viola, Rogant et Aladzio par la suite!

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    • Sia dit :

      C’est vrai ? J’ai trouvé la première partie assez prenante, même si j’avais paradoxalement l’impression qu’il ne se passait pas grand-chose : j’avais quand même furieusement envie de savoir !! Mais c’est vrai que la seconde partie est nettement plus haletante (même si j’avais vu venir la transition depuis le début, à cause d’une scène du début de l’histoire). Je m’attendais à ce que les personnages secondaires soient peu ou pas développés, donc je dois dire que je n’ai pas été déçue : vu la fin, j’imagine qu’on en saura plus par la suite, en effet ! 

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