Sailor Twain, Mark Siegel.

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Fin du XIXe siècle.
Elijah Twain est le capitaine du Lorelei, un bateau à vapeur qui navigue sur l’Hudson, dans l’État de New York. Quand il trouve sur le pont une sirène blessée, il la recueille secrètement, la soigne et tombe peu à peu sous son charme. Parce qu’il veut en savoir plus sur cette créature, Twain se retrouve au cœur d’un drame dont aucun occupant du bateau ne sortira indemne. Car nul ne peut côtoyer une sirène sans en payer un jour le prix.

L’Hudson. Un fleuve long de quelques 500 Km, parcouru sans relâche, dans les siècles précédents, par de multiples vapeurs ou bateaux à aubes. Comme beaucoup d’autres, Elijah Twain parcourt inlassablement le fleuve, dans un sens ou dans l’autre, avec passagers et marchandises, se laissant happer par l’atmosphère si particulière qui se dégage du fleuve.

Lorsqu’on ouvre ce roman graphique, on est marqué par la douceur du trait, et le mystère qui se dégage du prologue, présentant deux personnages, dont l’un est en quête d’informations. L’introduction est très énigmatique et, si elle ne fait pas office de scène d’exposition, donne néanmoins furieusement envie d’en savoir plus. On est comblé quelques pages plus loin puisque Elijah Twain, dit Sailor Twain,  commence la narration de son étrange histoire. Démarre alors un récit aux allures de conte, au passé, qui s’installe doucement, précautionneusement, sans en dévoiler plus que nécessaire. Car Sailor Twain est un personnage au moins aussi énigmatique que son histoire, qui se laisse difficilement toucher par les événements, et s’arrange pour garder lecteur et auditoire à distance. Son attitude est parfaitement rehaussée par le dessin, à la fois doux, clair, un peu brumeux et proprement envoûtant, qui rend le personnage un peu absent, ou en retrait. Tout à fait dans la posture de narrateur distancié qu’il prend. Le lecteur se sent un peu mis à l’écart et, du même coup, se sent d’autant plus impliqué dans les recherches entreprises par Elijah Twain pour découvrir les secrets de ses passagers, ou du fleuve. On se sent donc à la fois maintenu à une distance ferme, mais partie prenante des investigations, et aussi concerné par l’enquête que le capitaine Twain.

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L’histoire est du coup, au départ, un peu difficile à concevoir, car on sent bien qu’Elijah Twain ne nous dit pas tout, et essaie de cacher des souvenirs, que l’on pressent terribles et/ou douloureux. Jusqu’au moment où tout bascule : Elijah est pris à son propre récit, la machine s’emballe, marche à toute vapeur, et on se laisse bien volontiers embarquer un peu plus. On découvre alors que le fleuve peut cacher d’autres endroits bien étranges, insoupçonnés … peuplés de créatures de légende (certes annoncées par le titre, mais qu’on n’aurait, autrement, pas imaginées). L’intrigue est riche, dense,  et les dialogues bien pensés (même si on aurait apprécié que tous les passages en langues étrangères soient traduits…). Tout est fait pour embarquer le lecteur très loin.
L’univers graphique est splendide, et on s’en met plein les yeux. Les différents traits utilisés renforcent d’autant la richesse de l’œuvre ; si les traits de personnages sont un peu simples, et les visages volontairement  simplifiés, un soin extrême est apporté aux multiples petits détails du décor, ou des tenues d’époque des personnages. Les personnages semblent, du coup, un peu évanescents dans un univers très détaillé, et cela donne au roman graphique un aspect très onirique qui sied parfaitement au sujet.

Mark Siegel mêle habilement fantastique, romantisme, et récit de voyage dans cet album. On est bercé par le rythme lent du fleuve et l’aspect délicieusement suranné des images. Les références aux récits de voyage, ou aux grandes explorations sont multiples : Huckleberry Finn est cité plusieurs fois, et à plusieurs reprises, on se croirait dans un roman d’aventure de Joseph Conrad, en raison de l’atmosphère qui règne à bord, et du climat général. L’ambiance est très travaillée, tour à tour captivante, inquiétante, ou tout simplement romanesque. Sincèrement, on ne voit pas passer les quelques 400 pages si l’on se laisse bercer par la poésie et l’onirisme de cet album. C’est donc sans hésiter que je lui décerne la mention « premier coup de cœur 2013 ».

Il ne reste qu’une chose à dire : laissez vous tenter par un voyage lumineux, porté par la puissance évocatrice du trait de Mark Siegel qui, tel la sirène qu’il met en scène, sait accaparer, subjuguer et envoûter son lecteur. Avec brio.

 

 

Sailor Twain ou La Sirène dans l’Hudson, Mark Siegel. Gallimard, 2013, 399 p.
9/10. 

 

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4 commentaires sur “Sailor Twain, Mark Siegel.

  1. solessor dit :

    Ok, je le commence aujourd’hui ! ça fait quelques temps qu’il me fait de l’oeil, mais comme il est un peu costaud, je ne me suis pas lancée de suite, privilégiant les lectures plus rapides… Mais c’est décidé, je m’y mets !

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  2. solessor dit :

    ça avance vite en effet ! j’ai bien avancé, les pages s’engloutissent sans difficulté !

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