Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne.

Le 2 juin dernier, le Français Thomas Pesquet, 38 ans, astronaute, rentrait sur Terre après avoir passé 6 mois dans la Station spatiale internationale. La réalisation d’un rêve d’enfant pour ce type hors-norme qui après avoir été sélectionné parmi 8413 candidats, suivit une formation intense pendant 7 ans, entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour? Dans cette bande dessinée de reportage, Marion Montaigne raconte avec humour ? sa marque de fabrique ? le parcours de ce héros depuis sa sélection, puis sa formation jusqu’à sa mission dans l’ISS et son retour sur Terre.

De Marion Montaigne, j’avais vaguement lu un Tu mourras moins bête : je me souviens que j’avais beaucoup ri et appris un tas de trucs. J’étais donc assez curieuse de lire sa bande-dessinée sur Thomas Pesquet, d’autant que le sujet me bottait carrément. Et je n’ai pas regretté une seconde !

On plonge dans une grosse bande-dessinée (de quelques 200 pages) dans laquelle Marion Montaigne retrace tout le parcours de l’astronaute français, de sa décision de participer au concours (avec quelques autres 8400 candidats) à son retour sur Terre.
Sous la plume et les crayons de Marion Montaigne, on découvre un parcours pour le moins complexe. Car le concours est suivi de 7 années de formation, durant laquelle Thomas Pesquet apprendra à gérer tous les aspects techniques de la station spatiale (pensez-y une seconde, pas de plombier ni d’électricien à bord !), à se laver les dents en apesanteur ou à réaliser des sorties extra-véhiculaires. C’est varié, c’est dense et le tout est mis en scène avec beaucoup d’humour.

En effet, Marion Montaigne a inséré de très nombreux gags, que ce soit dans les bulles, la narration ou dans les dessins qui viennent alléger le récit et, pour beaucoup, apporter une illustration concrète des explications scientifiques. L’objectif est donc parfaitement atteint : on se cultive tout en se divertissant. Je me suis marrée de bout en bout, ce qui m’a attiré quelques regards en coin de mes congénères, notamment dans les transports publics.

En quelques mots, Marion Montaigne signe une bande-dessinée absolument géniale : hilarante, hautement instructive, je vous la recommande plus que chaudement !

Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne. Dargaud, novembre 2017, 208 p.

Phobos : origines, Victor Dixen.

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Ils incarnent l’avenir de l’Humanité.
Six garçons doivent être sélectionnés pour le programme Genesis, l’émission de speed-dating la plus folle de l’Histoire, destinée à fonder la première colonie humaine sur Mars.
Les élus seront choisis parmi des millions de candidats pour leurs compétences, leur courage et, bien sûr, leur potentiel de séduction.
Ils dissimulent un lourd passé.
Le courage suffit-il pour partir en aller simple vers un monde inconnu ?
La peur, la culpabilité ou la folie ne sont-elles pas plus puissantes encore ?
Le programme Genesis a-t-il dit toute la vérité aux spectateurs sur les « héros de l’espace » ?
Ils doivent faire le choix de leur vie, avant qu’il ne soit trop tard.

En attendant de découvrir la suite des aventures des colons martiens de Genesis – qui se fait attendre, la série étant passée des deux tomes prévus à plutôt quatre… – j’ai lu ce recueil de nouvelles consacré aux origines des candidats.
Et, première petite déception, le recueil ne concerne en fait que les six garçons… pour les filles, il va donc falloir attendre encore un peu… Mais bon, on passe outre et on découvre les aventures des futurs Martiens, avant qu’ils ne montent dans la navette. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il leur en arrive de bien bonnes !

Comme pour les romans, l’auteur découpe les scènes suivant les caméras – en l’occurrence, On et Off, en fonction de ce que font les caméras. En On, ce sont les scènes qui se déroulent dans les locaux de Genesis ; en Off, c’est la vie privée des jeunes hommes. Chacun, à sa manière, vit dans des conditions précaires ou subit de grandes difficultés, ce que l’on avait commencé à soupçonner à la lecture des deux premiers tomes, au fur et à mesure que se révélaient les secrets de quelques-uns d’entre eux.

Les nouvelles nous montrent comment ils en sont arrivés à postuler pour Genesis, comment ils ont passé les épreuves, leurs conditions de vie et, à terme, comment ils ont appris à cohabiter durant l’année d’entraînement. On assiste même au décollage de la navette, vu cette fois du point de vue du module des garçons.

Ce n’est pas inintéressant, mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser, à la lecture, que j’aurais préféré avoir tout cela condensé dans le roman, plutôt que de découvrir les tenants et aboutissants de l’histoire après coup. Car les nouvelles nous permettent en effet de mieux comprendre ce qui s’est joué dans les coulisses de Genesis mais, comme on en connaît déjà la plus grosse part, il ne reste pas grand-chose à découvrir.
De plus, le recueil souffre des mêmes faiblesses que le tome 1 : le style est trop didactique ! Ainsi, les comploteurs ont la désagréable manie de se ré-expliquer ou de se re-démontrer par A+B les différentes étapes du complot, en citant les noms, prénoms et fonctions des participants… y compris en leur présence. Du coup, ça ne sonne pas très naturel et ce n’est pas non plus très vraisemblable : un comploteur bien au fait a-t-il réellement besoin qu’on lui refasse l’historique de ce dans quoi il trempe ? Non.

En somme, le recueil de nouvelles apporte des éclaircissements indispensables à la série initiale car les textes viennent combler quelques lacunes du texte. On découvre les origines des garçons, leurs histoires et comment et pourquoi ils en sont arrivés à postuler au programme Genesis. Si on découvre tout cela avec plaisir, j’ai un peu regretté que ces éléments ne soient pas inclus normalement dans la série et que l’on soit obligé d’en passer par un, voire deux recueils de nouvelles annexes.

 

◊ Dans la même série : Phobos (1)Phobos (2).

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Le Retour de Zita ; Zita, la fille de l’espace #3, Ben Hatke.

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Zita a déjà sauvé des planètes, parcouru la galaxie, a triomphé de monstres… Mais dans ce tome 3 elle va affronter son plus grand défi. Prisonnière sur une planète-bagne, Zita devra redoubler d’audace et d’ingéniosité pour réussir à s’échapper de ce lieu infernal, dirigé par le Maître des Oubliettes, un triste sire aux ambitions de conquête interstellaire… D’autant que cette fois, c’est la Terre qui est l’objet de ses convoitises ! Heureusement qu’un mystérieux justicier masqué semble décidé à aider Zita… Comment rejoindra-t-elle sa bande d’amis ? Retrouvera-t-elle enfin le chemin de la Terre ?

Troisième (et dernière ?) aventure de Zita, la fille de l’espace. Après avoir sauvé Scriptorius, être devenue une star interplanétaire, s’être fait voler son identité, Zita est devenue une hors-la-loi. Direction, la prison. Inutile, donc, de préciser que le début de ce troisième volume est nettement moins marrant que les précédents. Malgré sa persévérance, Zita ne parvient pas à quitter sa geôle. C’en est désespérant et on craint pour la jeune fille.

Heureusement, sa combativité n’a pas complètement disparu… et ses amis non plus. Ben Hatke propose à nouveau une intrigue extrêmement riche en péripéties, sentiments et retournements de situation in extremis. Ce tome 3 réunit tous les personnages croisés jusque-là : Pipeau, Madrigall, Mulot, Gros Costaud, Glissando, N°1, N°4 et Joseph ! Côté opposants, on franchit encore un cran par rapport à ceux qu’on avait jusque-là : ce n’est pas pour rien que ce tome est bien plus sombre que les précédents.

Comme dans les deux premiers tomes, le comics laisse la part belle aux dessins : c’est une série idéale pour les jeunes lecteurs, non seulement parce qu’elle s’adresse à eux, mais aussi parce que le texte n’est pas trop imposant – ça ne fait donc pas peur. De plus, le style est léger et plein d’humour, y compris dans les situations les plus dramatiques : en témoignent les compagnons de geôle de Zita, un tas de chiffon et un squelette parlants, qui permettent de dédramatiser la situation catastrophique.

Ben Hatke reste fidèle à ce qu’il a mis en avant jusque-là : cette dernière aventure de Zita est, à nouveau, une riche aventure humaine, qui met en avant l’amitié, l’entraide et la persévérance. Que demander de plus ?
Il se paye même le luxe de nous offrir une fausse fin, dynamitée par la conclusion ouverte, un véritable appel au rêve et à l’aventure : une fin parfaite, à l’image de l’ensemble de la série – et qui laisse un peu d’espoir pour une suite potentielle, rêvons un peu.

En commençant Zita, la fille de l’espace, je m’attendais à un comics jeunesse mignon et j’y ai trouvé bien plus que cela : c’est mignon, certes, mais c’est aussi et surtout une aventure riche en réflexion et souvent émouvante, qui plaira sans aucun doute aux jeunes lecteurs (d’autant que le texte n’est pas omniprésent), mais aussi aux lecteurs plus âgés. Ce dernier tome, un peu plus sombre que les précédents, vient conclure une série dynamique, originale, inventive, qui réussit en outre à être intelligente, souvent drôle et émouvante. Qu’attendez-vous pour la lire ?

◊ Dans la même série : Zita, la fille de l’espace (1) ; La légende de Zita (2) ;

Zita, la fille de l’espace #3, Le Retour de Zita, Ben Hatke. Traduit de l’anglais par Basile Bèguerie. Rue de Sèvres, 2014, 235 p.

 

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Phobos #2, Victor Dixen.

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Les 12 pionniers de Mars sont prêts à atterrir sur la planète rouge malgré les terribles révélations de Leonor. Entre eux et Serena McBee, un redoutable bras-de-fer s’enclenche. Les pionniers doivent taire ce qu’ils savent et tâcher de faire la lumière sur ce qu’il s’est réellement passé dans l’Habitat n°7. À la clef, rien de moins que leur survie. 

Ce deuxième volet reprend pile là où s’arrêtait le précédent, c’est-à-dire au moment où Leonor mettait ses camarades d’infortune au courant des manipulations de Serena et du degré hautement mortel de leur mission. L’ambiance, à bord, n’est donc pas vraiment au beau fixe.
Comme dans le premier volume, Victor Dixen tisse plusieurs fils dans son intrigue. Tout d’abord, il y a l’intrigue purement science-fictive, liée à l’exploration martienne que doivent mener les prétendants et aux quelques contenus scientifiques que contient leur mission – après tout, puisqu’ils y sont, autant que leur sacrifice serve la recherche. À cela s’ajoute l’intrigue sentimentale : s’ils ont débarqué du vaisseau et cessé les speed-dating, tout n’est pas encore résolu, loin de là. Les adolescents doivent s’apprivoiser, qu’ils se soient choisis ou non. Et la cohabitation va révéler des comportements insoupçonnés, des postures que les vitres du parloir avaient soigneusement cachés. À les voir évoluer enfin tous ensemble (quoique toujours par le prisme du regard de Leonor), on a l’impression de les découvrir un peu plus, mais il semble clair que l’auteur n’a pas encore tout révélé des caractères. Troisième fil : le thriller ! Précédemment, tout se jouait à huis-clos. Vu que, maintenant, les cosmonautes peuvent sortir au grand air (ou presque) sur Mars, on ne peut pas vraiment parler de huis-clos. Mais l’ambiance thriller ne s’est pas perdue en route ! Elle gagne d’ailleurs en puissance et complexité : Serena étant désormais au mieux avec les pouvoirs politiques, il est extrêmement difficile de ne pas frissonner en l’observant comploter ou en pensant aux conséquences de ses manipulations. De ce point de vue-là, l’histoire est d’ailleurs furieusement réaliste – ce qui la rend d’autant plus percutante.

Si le premier tome était axé sur la conquête spatiale, celui-ci va approfondir les relations entre les personnages, ainsi que les diverses manipulations qui les entourent.

Victor Dixen reprend la forme à la fois théâtrale et cinématographique du premier volet : le roman est découpé en cinq actes, eux-mêmes subdivisés selon les trois points de vue que sont le champ (nos astronautes), le contre-champ (Serena, la production, …) et le hors-champ (Andrew, qui poursuit son activité d’électron libre). Le découpage est assez dynamique et bien pensé puisque chaque point de vue permet d’apporter de nouvelles informations ou de nuancer celles que l’on a obtenues précédemment. Pourtant, le rythme n’est pas aussi trépidant que dans le premier volume. Les recherches des astronautes, l’enquête d’Andrew et le double-chantage qui s’opère entre Serena et les jeunes Martiens mettent, en effet, du temps à s’installer et induisent même quelques longueurs dans le texte. Longueurs balayées par les révélations fracassantes qui s’accumulent dans les derniers chapitres, laissant, à nouveau, les lecteurs dans l’incertitude. Force est de reconnaître, d’ailleurs, qu’hormis les quelques révélations finales, l’intrigue ne progresse guère, ce qui renforce l’impression de lire un tome plus indolent que le précédent. Aussi, si les relations entre personnages, le contexte politique et les mystères évoluent, le lecteur n’a, à l’issue de ce deuxième volume, pas grand-chose de plus à se mettre sous la dent.

Malgré tout, on ne s’ennuie pas, tant l’écheveau est complexe. Dès le premier volume, on avait compris que chacun des embarqués avait un gros secret à cacher : Tao est paralysé, Leonor a le dos barré par une abominable cicatrice, Mozart transporte une bille mortelle… chacun, à sa façon, cèle un cadavre qu’il préfèrerait ne pas déterrer. On imagine donc sans peine que les neuf autres sont dans la même situation. Et ça ne rate pas, certains se révèlent dans cet opus et les révélations sont à la hauteur des attentes ! De plus, il y a toujours la question du traître conditionné et embusqué par Serena. Victor Dixen sème autant d’indices que de trouble, il est donc difficile de devenir vers quoi on s’achemine. De fait, le roman fait la part belle aux manipulations : les personnages mentent, trichent, se mentent à eux-mêmes…
Comme dans le premier volume, tout cela permet de mettre au jour une critique des médias et des sociétés où l’apparence prime sur la sincérité. Un sujet toujours d’actualité, semble-t-il.

Ce deuxième volume de Phobos est donc un tome de transition : malgré les longueurs et l’impression que l’intrigue avance à peine, les péripéties sont nombreuses et l’auteur creuse la psychologie de tous ses personnages. La fin propose, à nouveau, un cliffhanger redoutable : vivement donc le troisième (et dernier ?) tome !

◊ Dans la même série : Phobos (1) ;

Phobos, tome 2, Victor Dixen. R. Laffont, 2016, 490 p. 

L’Éveil, Wizards #3, Diane Duane.

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Depuis qu’elle a découvert que sa sœur Nita était une sorcière, Dairine n’a plus qu’une seule idée en tête : rejoindre ce club très fermé ! Elle brûle d’accomplir un acte héroïque qui changerait à jamais la face du monde. Sans se préoccuper des conséquences, elle plonge donc son nez dans le manuel de sorcellerie de sa sœur pour prêter serment. Lorsque, le lendemain matin, les Callahan reçoivent leur nouvel ordinateur, Dairine ne fait ni une, ni deux : elle le déballe, s’empare de la souris… et la voilà partie pour un voyage intergalactique !

Accompagnés de Picchu, l’oiseau doué de prémonition, Kit et Nita vont devoir se lancer, de planète en planète, aux trousses de la jeune insouciante, complètement inconsciente du danger qui la menace. Car c’est le Pouvoir Solitaire, et nul autre, qui l’attend au bout du périple…

Après deux aventures assez différentes l’une de l’autre – le tome 1 couvrait l’initiation de Nita et Kit, le deuxième les envoyait nager dans les abysses – nos deux apprentis sorciers embarquent pour un voyage stellaire loin d’être de tout repos ! Et ce troisième opus est, sans aucun doute, bien plus prenant que les deux premiers.

D’une part parce que Nita et Kit ne sont pas les protagonistes de l’aventure. Non, cette fois, on suit Dairine. La petite sœur de Nita, verte de jalousie à l’idée de ne pas savoir faire les mêmes choses que sa sœur, s’éveille seule à la magie et prononce le Serment. Or, Dairine n’a pas de manuel de sorcellerie. Non, elle a un ordinateur ! Là où Nita trace patiemment diagrammes et pentacles, tout en calculant ses sortilèges au dixième près, Dairine se contente de pianoter sur son clavier et décrivant ses désirs à son ordinateur qui prend les calculs en cours et exécute ses ordres. L’aventure est donc très originale et geek en diable. D’ailleurs, c’est là qu’on atteint une des limites du roman : le vocabulaire est parfois un poil ardu, même si l’on comprend globalement ce qu’il se déroule au fil des pages. D’ailleurs, le fait que le texte ait été révisé n’est pas nécessairement un avantage ici : alors que l’aventure fleure bon les années 80, les références culturelles vont toutes à la culture populaire des années 2000-2010. Le décalage est perceptible, et c’est un peu dommage.

Heureusement, le rythme est au rendez-vous, tout comme dans les aventures précédentes. Car si l’on découvre une nouvelle sorcière dans cette aventure, on comprend surtout que, une fois de plus, Dairine, Nita et Kit sont seuls sur le pont. Mais que font les véritables sorciers émérites ?! Difficile de le savoir, car les justifications avancées par les sorciers assermentés sur leur impossibilité à venir régler les problèmes sont un peu légères. Du coup, l’aventure est trépidante. Car Dairine décide, puisqu’elle en a les capacités, de s’offrir un tour de la galaxie. Après les grandes stars de la Voie Lactée, elle s’offre des astres plus confidentiels avec une seule idée en tête : faire quelque chose de grand. Un bel enthousiasme, qui ne manque pas d’attirer l’attention… notamment celle du Pouvoir Solitaire, qui n’a pas dit son dernier mot, et se ferait bien une petite sorcière en guise de quatre heures.  Raison pour laquelle Nita et Kit sont envoyés récupérer l’imprudente débutante. S’il est dommage qu’on n’ait jamais affaire à des sorciers assermentés, le fait de passer d’un objectif général (sauver le monde) à quelque chose de plus personnel (sauver Dairine) change agréablement. Et, finalement, c’est l’ensemble du volume qui est placé sous un sceau plus personnel. Alors que, jusque-là, la relation d’amitié semblait bien établie entre Nita et Kit, la jeune fille commence à se demander s’ils sont simplement de bons amis, ou s’il pourrait y avoir autre chose entre eux. La réflexion est seulement amorcée ici mais, vu qu’il reste une petite dizaine de tomes, on en saura sûrement plus au volume suivant.

L’Éveil est donc un troisième opus reprenant les ingrédients de tomes précédents : une aventure menée tambour battant et avec enthousiasme, des personnages débrouillards, un style très accessible, une touche d’originalité et une pointe d’humour. Si la balade dans les astres ne laisse pas vraiment la possibilité de développer l’univers et la mythologie de la série, elle permet de découvrir une nouvelle facette de la magie, bien plus technologique que ce que l’on a vu jusque-là. On a hâte de savoir comment magie traditionnelle et magie informatique vont cohabiter dans la suite !

◊ Dans la même série : L’Initiation (1) ; Le Sacrifice (2) ;

 

Wizards #3, L’Éveil, Diane Duane. Traduit de l’anglais par Mathilde Tamae-Bouhon.
Lumen, 2015, 306 p.

Phobos #1, Victor Dixen

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Six prétendantes d’un côté. Six prétendants de l’autre. Six minutes pour se rencontrer. L’éternité pour s’aimer. Ils sont six filles et six garçons, dans les deux compartiments séparés d’un même vaisseau spatial. Ils ont six minutes chaque semaine pour se séduire et se choisir, sous l’œil des caméras embarquées. Ils sont les prétendants du programme Genesis, l’émission de speed-dating la plus folle de l’Histoire, destinée à créer la première colonie humaine sur Mars. Léonor, orpheline de dix-huit ans, est l’une des six élues. Elle a signé pour la gloire. Elle a signé pour l’amour. Elle a signé pour un aller sans retour. Même si le rêve vire au cauchemar, il est trop tard pour regretter.

Mars la rouge fait toujours rêver les hommes. Et depuis que la NASA a été rachetée par un fonds d’investissement privé qui a de quoi envoyer une mission, tous les regards sont tournés vers la voisine de la Terre. Envoyer des astronautes ? Trop ennuyeux et pas assez rentable ! Atlas, le fond d’investissement, transforme la mission en voyage sentimental doublé d’un jeu de télé-réalité.
Sauf que… rapidement, on s’aperçoit que la mission est peut-être salement compromise.

Victor Dixen joue donc sur plusieurs tableaux : il y a l’intrigue purement science-fictive (la mission d’exploration), à laquelle s’ajoutent l’intrigue sentimentale (avec le speed dating) et le huis-clos. La forme du roman est extrêmement intéressante, puisque l’auteur a choisi plusieurs points vue non pas conditionnés par les personnages mais par l’angle de vue choisi. Ainsi, on déambule dans le «Champ» (globalement dans le vaisseau, ce que voient les téléspectateurs), le «Contre-champ» (les coulisses de la production) et le «Hors-champ» (les tribulations d’un électron libre ou tout ce qui pourrait nous intéresser en étant dans aucun des champs précédents). Cette découpe très cinématographique permet d’opposer nettement la «réalité» perçue par les acteurs du jeu et les téléspectateurs, à la véritable réalité, celle, sans fards, des coulisses de la production. Et autant dire de suite que l’affaire n’est pas bien rose.

On ne tarde pas à découvrir les tenants et aboutissants du complot. Mais le suspens surgit du fait que nos protagonistes, eux, n’en savent strictement rien… alors on se ronge les sangs en se demandant quand, au juste, ils vont mettre le doigt sur le problème ! Heureusement, il n’y a pas que le complot à se mettre sous la dent. Dans le vaisseau, on suit essentiellement Léonor, chez les filles. Léonor cache un gros secret qui pourrait remettre en cause les résultats du speed-dating. Or il semblerait que chaque candidat a été choisi en fonction du gros secret qu’il dissimule… et à la fin du volume, ils n’ont pas tous été levés, ce qui laisse présager d’intéressantes révélations pour la suite !

Côté personnages, on jongle avec un grand nombre de figures. Dans le vaisseau, il y a pas moins de 12 apprentis astronautes ! Mais c’est Léonor qui raconte cette partie de l’aventure, cristallisant le point de vue chez les filles – ça manque d’un angle de vue chez les garçons, d’ailleurs. Léonor a une personnalité riche : son côté piquant n’est pas désagréable et comme elle est lucide sur ce qu’est réellement une télé-réalité, on profite de ses analyses fines et caustiques. Oui, car le roman est aussi prétexte à dénoncer ce qu’on nous fait avaler pour de la réalité, quand ce n’est que de la manipulation d’image… studios de production et médias sont aimablement mis à mal ici !

Des points négatifs ? Eh oui, malheureusement. D’une part, si le suspense est présent, le complot est assez classique : on n’est donc pas particulièrement surpris de ce côté-là. Heureusement, c’est bien mis en scène, ce qui fait qu’on passe rapidement outre. Plus agaçant : le style didactique. On le ressent notamment dans les paroles de Serena, la productrice, qui a coutume de s’adresser à ses co-comploteurs… en leur expliquant le complot par le menu. Quitte à citer, nom, prénom et fonctions inclus les participants, ou à redémontrer par A+B les différentes étapes. Alors, certes, c’est parfait pour le lecteur. En revanche, niveau vraisemblance, on repassera… ce n’est pas du tout naturel et ça sent bien trop l’exposé pour être crédible, ce qui est bien dommage. Heureusement (bis !), cela ne concerne guère plus que quelques tirades : juste assez pour être noté, pas suffisamment pour avoir envie d’utiliser le livre comme cale-porte : c’est plutôt bon signe !

Ce premier volume de Phobos se présente donc sous les meilleurs augures : l’intrigue est bien menée, les différentes strates sont vraiment intéressantes et les personnages variés. Le mélange de science-fiction et de thriller psychologique en huis-clos fonctionne à merveille et offre une intrigue pleine de suspens. La fin, de plus, nous laisse avec une foule d’interrogations dont on a hâte de découvrir les réponses. Bonne découverte, donc !

◊ Dans la même série : Phobos (2) ;

Phobos #1, Victor Dixen. R. Laffont, 2015, 432 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

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Flame, Mission Nouvelle Terre #3, Amy Kathleen Ryan.

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Les luttes de pouvoir ont déclenché une guerre entre l’Empyrée et le Nouvel Horizon. La Mission Nouvelle Terre, chargée de sauvegarder l’humanité est donc en péril. Waverly et Kieran sont prisonniers, isolés, et ne savent plus à qui se fier. Alors que Waverly se rapproche du Conseil des Sages, Kieran préfère écouter Anne Mather, pasteur et capitaine du vaisseau. Complots, intrigues, manipulations… qui croire, qui écouter dans ce vase clos où chaque mot, chaque geste est susceptible d’être provoqué, épié, déformé ? 

Et voilà donc le troisième et dernier tome de Mission Nouvelle Terre. Après un premier tome laissant le lecteur en pleine incertitude, et un second tome survolté, l’auteur livre un dernier opus qui n’épargne pas ses lecteurs, loin de là, poursuivant dans la veine des deux autres volumes. Encore une fois, je serais passée à un cheveu du coup de cœur : la faute, cette fois, à une question de rythme.

Si, dans les deux premiers tomes, le rythme est particulièrement bien géré, dans cet opus il m’a semblé un peu plus bancal. Le tome est plus lent à démarrer, avant de fournir une avalanche de péripéties toutes plus échevelées les unes que les autres. On passe à deux doigts de verser dans la surenchère mais, heureusement, c’est là que l’auteur trouve son point de croisière et récupère le rythme des deux autres volumes pour poursuivre et achever celui-là en beauté.

Ce qu’il y a de particulièrement intéressant, ici, c’est que l’auteur introduit de nouveaux personnages sur le Nouvel Horizon, sans les sortir tout droit de son chapeau : à leur premier passage, les filles étaient prisonnières et ne voyaient donc personne ; le second volume se déroule essentiellement sur l’Empyrée. Ici, nos protagonistes découvrent donc des personnages centraux qui, jusque-là, nous étaient inconnus, et vont pouvoir les aider (peut-être) dans leur quête : si Kieran poursuit sur sa lancée avec Anne Mather, Waverly, elle, tente donc sa chance auprès de cette nouvelle faction qui assure pouvoir la soutenir.
Faire retourner les personnages sur le Nouvel Horizon a plusieurs intérêts non négligeables : d’une part, on retrouve Anne Mather sur son territoire (donc plus puissante). D’autre part, on retrouve des personnages déjà rencontrés dans Glow : Amanda, la femme qui a hébergé Waverly, Felicity, qui a fui l’Empyrée… ou bien les gens que Waverly a pris en otage. Et qui lui en veulent encore, et pensent qu’elle est dangereuse et devrait être enfermée ou, mieux, exécutée. L’auteur s’y entend pour faire entendre tous les points de vue : au lieu de conforter son lecteur dans une vision manichéenne (mais confortable), elle déplace sans cesse la focale, et éclaire différentes facettes des personnages. On avait découvert Waverly, Seth et Kieran sous des jours insoupçonnés (et proprement détestables !) dans Spark, et l’auteur réitère ici le procédé. Les personnages sont donc fouillés, et c’est vraiment bien réfléchi. Ils ont souvent peur, ne sont pas héroïques au sens noble du terme, mais leur courage et leur détermination sont admirables. Et ça ne concerne pas que notre trio central, loin de là ! Dans cet opus, on découvre une Anne Mather sur la sellette, tentant de concilier au mieux sa position de leader et ses aspirations personnelles, tout en tentant de convaincre son monde qu’elle a fait attaquer l’Empyrée pour le bien de l’humanité. Elle est toujours aussi imbuvable, mais voilà : il arrive un moment où on a du mal à réellement la détester… C’est vous dire si l’auteur pose avec talent les portraits de ses personnages !

Par ailleurs, et contrairement à trop de romans jeunesse actuels, la romance reste ici extrêmement secondaire : c’est déjà un point que l’on trouvait  dans les premiers volumes, et il est heureux de constater que l’auteur continue ainsi, et ne cède pas aux sirènes de la mièvrerie. Les personnages se questionnent sur leurs sentiments (ce qui est on ne peut plus normal compte tenu de leur jeune âge), et font leur propres expériences (parfois malheureuses). Le tout est rehaussé par le caractère d’urgence qui saisit certains des voyageurs : les femmes célibataires et en âge d’enfanter n’étant pas légion, elles sont rapidement l’objet de toutes les attentions (même les plus malsaines). Par ce biais, l’auteur aborde de nouvelles thématiques autour de l’union (voulue, bienséante, forcée…) et, bien sûr, sur la place et la condition des femmes, et les rapports hommes-femmes. Tout en conservant, bien sûr, les thèmes abordés auparavant : l’idéologie, la manipulation des foules, la religion, le terrorisme, l’humanité… c’est aussi intelligent et subtil qu’auparavant.

Côté manipulations, l’auteur fait à nouveau très fort : impossible de savoir à qui se fier, et qui joue pour quel bord. Alors on attend, suspendus, de savoir ce qu’il va arriver, et comment nos personnages vont parvenir à s’en sortir. Si la situation était, auparavant, quelque peu tendue, elle vire à carrément désespérée – et désespérante – ici. Du coup, l’ambiance est terrible, et il est difficile de faire une pause dans la lecture. Et d’autant plus lorsqu’on voit approcher la fin, car on se demande bien comment tout cela va pouvoir s’achever. Et c’est par un tour de force qu’Amy Kathleen Ryan clôt finalement cette saga, tout en évitant un happy end final plat à souhait. Vraiment, l’auteur a du talent !

Flame apporte donc un point final époustouflant à une saga de qualité revisitant les thèmes de la conquête spatiale et de la survie de l’humanité. Ce dernier opus offre un véritable point d’orgue à la trilogie : plus prenant, plus violent, plus désespéré que jamais, il se concentre sur la galerie de personnages, aussi travaillés les uns que les autres, les thèmes développés et, bien sûr, la terrifiante question de la survie. Après un premier tiers au rythme bancal, l’auteur retrouve l’énergie du début de la saga et clôt le volume en apothéose, en réussissant à offrir une fin inattendue, mais parfaite en tous points. Au fil des pages, on attend, on espère, on souffre au diapason des personnages : c’est émotionnellement intense ! Flame ne démérite pas par rapport aux deux autres volumes ; Amy Kathleen Ryan signe là une trilogie de grande qualité : auteur à suivre !

◊ Dans la même série : Glow (1), Spark (2).

 

Mission Nouvelle Terre #3, Flame, Amy Kathleen Ryan. MsK, avril 2014, 411 p.
9,5 /10

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Idée n° 39 : une planète, lune ou satellite qui explose.