Le Souffle, June #1, Manon Fargetton

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Bébé, June a accidentellement récupéré le pouvoir de la dernière Sylphe, alors mourante, mais elle l’ignore. June et son frère Locki sont orphelins. Recueillis par leur tante, ils ont grandi dans la maison close tenue par cette dernière. Un environnement étrange pour deux enfants, mais qu’ils ont toujours apprécié. Mais les enfants ont grandi. June a désormais 16 ans, et sa silhouette d’adolescente commence à lui attirer les douteuses attentions des clients du bordel. Terrifiée, June s’enfuit avec Locki, quitte la Ville et pénètre dans la forêt. Là, elle suit aveuglément une musique qu’elle semble être la seule à percevoir et qui les mènent dans un bien étrange endroit, qui offre un écho bien agréable aux étranges aptitudes de June. 

June est une adolescente plutôt normale, si l’on oublie qu’elle a grandi et qu’elle vit dans un lupanar. Elle est proche de son frère Locki, provoque des chuchotements sur son passage au lycée, a un petit ami. Une ado normale, dans un univers normal.
Mais, peu à peu, celui-ci s’étoffe : la Ville est ceinte de murailles constamment gardées. Son seul lien avec l’extérieur est un train qui vient à intervalles réguliers pour faire le plein de vivres et de matériel. Pire, les têtes pensantes de la Ville sont tout sauf bien-pensantes… Au vu du repli communautaire suite à une épidémie, on pourrait penser que June se situe dans un univers fleurant bon la dystopie et l’ambiance post-apocalyptique… si ce n’était ces quelques éléments – ténus au départ ! – qui le teintent de féerie ! C’est, du coup, nettement plus aérien que ce à quoi on s’attend au départ, et le mélange très original fonctionne à merveille : l’histoire est pleine de magie et de merveilleux, dans un noyau de dures réalités.

Le Souffle est un tome d’exposition, les actions pures et dure étant essentiellement concentrées à la fin du roman, ce qui nous permet de mieux appréhender personnages et univers. Ce dernier fourmille de petites inventions proprement réjouissantes : entre l’arbre bibliothèque, le bateau de Gaspard, ou l’escalier de nuages, difficile de ne pas apprécier cet univers original, fouillé et enchanteur. Les descriptions, d’une précision extrême (sans s’étaler sur des kilomètres !) rendent le tout extrêmement visuel et quasi cinématographique. La plume de Manon Fargetton, en plus d’être fluide, est très poétique, ce qui fait qu’il se dégage de l’histoire une douceur et une sérénité – malgré des tensions bien présentes – très agréables. À cela s’ajoute l’omniprésence de la musique : musique des chants de l’arbre-bibliothèque, musique des souffles, bruit du vent… L’univers de June est très visuel, mais aussi très sonore, ce qui ne fait que souligner l’impression de force qui s’en dégage ! On ne peut que se laisser happer par la lecture.

Côté personnages, le duo June-Locki est vraiment intéressant ; si June a la vedette, Locki n’est pas totalement laissé de côté, et les relations fraternelles ont leur importance – notamment lorsqu’il va être question de protection ou des compétences de chacun. Les autres personnages de l’arbre sont hauts en couleur et valent le détour. Jonsi, de son côté, m’a moins enchantée, peut-être parce que les liens tissés avec June, tout empreints d’onirisme soient-ils, m’ont paru manquer un peu d’explications (notamment au début).
Ces personnages s’accompagnent d’autres, dans l’ombre, dont les rôles permettent d’entrapercevoir la complexité de l’univers invisible dans lequel évolue June. Les légendes, la mythologie, l’histoire sont ici esquissés (juste assez pour qu’on sache le nécessaire et qu’on en veuille plus !) et on sent que l’univers n’a pas livré tous ses mystères.

La quête, enfin, est plutôt classique, si l’on résume l’affaire. Ce qui fait tout son sel, c’est l’univers dans lequel elle se déroule, et la façon dont June la mène. Par ailleurs, c’est une bonne façon de parler de l’écologie, un point qui ne gâche rien. Comme il s’agit d’un roman initiatique, l’histoire est vraiment centrée sur les progrès et apprentissages de June – ou ses échecs – et, sur la seconde partie, quelques longueurs se font sentir, qui sont vite contrebalancées par les derniers chapitres survitaminés, et la fin qui donne sacrément envie d’en savoir plus.

En bref, Le Souffle est un premier tome réussi, aux termes duquel on a bien envie d’en savoir plus. On passe rapidement outre les quelques détails manquants ou longueurs sur la seconde partie pour se concentrer sur les personnages hautement attachants (June et Locki en tête), la quête initiatique au fond écologique très intéressante et, surtout, cet univers mêlant accents de la féerie et de la dystopie. Le style étant, de plus, aussi fluide que poétique, il n’est vraiment pas difficile de se laisser embarquer dans le récit, et de grogner lorsque vient l’heure d’en ressortir. Pour résumer, voilà une série à suivre. 

June #1, Le Souffle, Manon Fargetton. Rageot, 214, 348 p.

Lu grâce à l’extrême prodigalité de Bookenstock, et les fantastiques bonnes idées des tenancières. L’interview participative de Manon Fargetton (son « Mois de » !) est en cours (avril 2015) chez Dup & Phooka !

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9 commentaires sur “Le Souffle, June #1, Manon Fargetton

  1. C’est vrai que la musique est très présente mais bizarre lorsque j’ai écrit ma chronique ça ne m’est pas venu… c’est le côté nature qui a laissé le plus sa marque dans mon esprit ! c’est fou comme d’une chronique à une autre on finit par se créer une image dans la tête ! je n’ai pas résisté j’ai commandé les livres je les récupère samedi !

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  2. Mypianocanta dit :

    Bon le voilà ajouté à ma wish liste … et on verra si je le croise ou si je me décide à l’acheter dans quelques temps.
    merci pour ce chouette avis 🙂

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  3. Camille dit :

    Ooooh! J’ai envie de le lire encore plus qu’avant! 🙂

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  4. Flora dit :

    Non mais là, j’achète !! Tu le vends merveilleusement bien ! Je connais la série de nom depuis un bout de temps mais elle ne m’avait jamais tentée… jusqu’à maintenant. Bravo, Sia 😀 Franchement, l’univers a l’air très original et tout merveilleux et le côté écologique n’est pas pour me déplaire. Je note, je note ! (C’est pas bon pour les Imaginales, ça ^^)

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    • Sia dit :

      Ahah, merci ! Non, c’est pas bon pour les Imaginales, t’as raison (mais c’est bon pour le moral) ! Tu te fais une PAL spéciale pour l’occasion ? J’hésite à m’en faire une !

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  5. […] (parce que j’avais trop de monde en SF cette année !) Red Queen, Victoria Aveyard. June, tome 1, Le Souffle, Manon Fargetton. In the end, Demitria […]

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