Brèves de comptoir #206

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : Big Bang chez Bragelonne !

Nouvelle collection chez Bragelonne cette année, la dénommée Big Bang, qui publiera des titres young-adult ! Voici les lignes directrices de la nouvelle venue :
– des récits imaginaires accessibles et efficaces à lire dès 15 ans.
des romans et séries aux paginations modérées et aux prix attractifs.
– les écrivains francophones privilégiés, sans exclure les traductions.
des visuels de couverture adaptés.

Et le lancement se fait avec trois séries. Détail ci-dessous !

Au mois d’avril (le 10) paraîtront les deux premiers titres :

Le Serment de l’orage, de Gabriel Katz.

Morgien et Cynon, deux jeunes chevaliers, la tête pleine de rêves de gloire et de hauts faits, n’ont qu’une hâte : prouver leur valeur. Ils n’hésitent pas un instant lorsque le seigneur Edwin de Gore leur propose d’entrer à son service dans les Hautes Terres. Des landes arides et occupées par une bande armée. Sans hommes ni moyens, les deux chevaliers devront faire face à l’adversité avec bravoure et honneur. Mais il plane en ces lieux une atmosphère sombre et malsaine. Alors que la demeure seigneuriale devient le théâtre de morts inexpliquées, une forteresse macabre apparaît à la faveur de la nuit. Les phénomènes inquiétants se multiplient, et bientôt, nul doute qu’une malédiction est à l’œuvre. Le Diable approche, et avec lui, la fin du royaume.

Tome 2 en octobre, et tome 3 début 2020 !

Apocalypse blues, tome 1, La Saison des ravages, Chloé Jo Bertrand.

Ils s’appellent Kiran, Matthew, Tobias et Charly.
Ils ont quatorze, vingt, dix et seize ans.
Ils vivent en Inde, en Australie et dans l’Utah.
Ce sont des enfants du même monde, un monde où soudain tout va mal. Tornades, tsunamis, inondations – le dérèglement climatique brutal est à la hauteur de l’inconscience qui l’a précédé, et les conséquences sont cataclysmiques.
Pris dans la tourmente et livrés à eux-mêmes, tous les quatre vont se lancer dans une longue errance, fuyant territoires hostiles et folie humaine, à la recherche de leur famille, de lieux plus sûrs et, par-dessus tout, de l’espoir qu’une vie heureuse est encore possible, quelque part.

Tome 2 en août et le tome 3 en octobre !

Et au mois de juin (le 12) : Les Faucons de Raverratome 1, La sorcière captive, Melissa Caruso.
La magie est peu fréquente dans l’Empire raverrain, et ceux qui naissent avec ce pouvoir sont étroitement contrôlés : repérés dès l’enfance, ils se retrouvent enrôlés de force dans le régiment des Faucons.
Zaira a évité ce sort ; elle a grandi dans les rues en volant pour survivre et en dissimulant sa nature. Mais elle cache une magie rare et dangereuse, une magie qui pourrait menacer l’Empire tout entier. Amalia Cornaro n’était pas destinée à devenir Fauconnière. Héritière d’une puissante famille, érudite, elle vit dans le monde dangereux des machinations politiques. Mais le sort va réunir l’héritière et la sorcière en une alliance improbable. Alors que la menace de la guerre se profile, il pourrait suffire d’une étincelle pour transformer leur cité en un brasier incandescent…
Tome 2 en septembre et tome 3 en 2020 !

Lundi encore : Dmitry Glukhovsky sur France Culture !

A l’occasion de la parution de son dernier roman (Texto, un thriller édité chez L’Atalante) et du salon du livre, l’auteur russe était au micro de Frédéric Martin dans La Méthode scientifique. Sujet du jour : la SF est-elle encore politique en 2019 ?

Mardi : les lauréats du Prix Bob Morane !

Le prix Bob Morane récompense une œuvre de fiction publiée dans l’année civile du prix en cours ; il a été créé en 1999 par Marc Bailly, en hommage au personnage fictif d’Henri Vernes, créé en 1953, que vous connaissez peut-être par le biais des romans ou des bandes-dessinés dont il est le héros (à défaut, vous avez peut-être entendu la chanson d’Indochine). Comme Bob Morane a exploré tous les genres possibles et imaginables, la sélection est à son image.
Voici les titres primés cette année :

♥ Roman francophone : Les Nuages de Magellan, Estelle Faye (Scrineo).
Roman traduit : Underground Airlines, Ben H. Winters (ActuSF, traduction d’Éric Holstein).
Nouvelles : Signal d’alerte : Fictions courtes et dérangements, Neil Gaiman (Au Diable Vauvert, traduction de Patrick Marcel).
Coup de cœur : Anthologie SOS terre et mer, Flatland.

Mercredi : soirée de lancement pour Les Furtifs !

Le nouveau roman d’Alain Damasio, toujours édité par La Volte (parution le 18/04), vient de partir chez l’imprimeur. Pour l’occasion, son éditeur vous propose un petit reportage photo/vidéo.
Il y aura également une soirée de lancement le 24 avril de 18h à 22h30, à la Gaîté Lyrique (3 bis rue Papin, 75003 Paris). Au programme de la soirée : performance musicale par Alain Damasio et Yan Péchin, découverte du prototype de M.O.A., une adaptation du roman en réalité augmentée, atelier de démonstration, initiation et installation des alternatives informatiques et logiciels libres (venir avec son ordinateur), vente et dédicace des livres de La Volte dont Les Furtifs et de l’album. Attention, il est impératif de réserver au préalable !
Ce lancement sera répété les 27 et 28 avril, à Lyon, au cours des Intergalactiques (MJC Monplaisir, Lyon 8e).

Mercredi encore : Imagina’Livres, version 4 !

L’association toulousaine Imagin’arium organise la quatrième édition de son salon du livre dédié aux littératures de l’imaginaire, l’Imagina’Livres. Elle aura lieu les 4 et 5 mai à La Clé d’Echanges d’Escalquens (61, avenue de Toulouse, 31750 Escalquens). Comme les années précédentes, l’affiche est signée Arsenia.
Infos subsidiaires ici.

Mercredi toujours : ImaJnère 2019 !

Alors que le festival se rapproche, on connaît désormais le sommaire de l’anthologie 2019, intitulée Frontières. Y figurent :

Préface (Pierre Marie Soncarrieu)
Couverture : Alexandre Granger
Une journée ordinaire (Romain d’Huissier) Illustration : Antoine Delalande
Therminator Land (Philippe Caza) Illustration : Cindy Canévet
La légende de Lémutopia (Samantha Chauderon) Illustration : Philippe Caza
Messager des morts (Brice Tarvel) Illustration : Candice Roger
Traverser la frontière (B.H.Rogers) Illustration : Mathieu Seddas
Une colline avant l’enfer (Jrmy Bouquin) Illustration : Candice Roger
L’homme dans la fontaine (Ophélie Bruneau) Illustration : Lola Myr’tille Collenot
Floréal (Camille Leboulanger) Illustration : Ronald Bousseau Illustration
La Passeuse d’âmes (Myrtille Bastard) Illustration : Fabien Collenot
Tango bleu (Pierre-Paul Durastanti) Illustration : Lola Collenot
La Forêt des Ombres (Yaël July) Illustration : Cassandre De Delphes
Causes de la mort (Lionel Davoust) Illustration : Tiphs
Last Frontier (Laurent Whale) Illustration : Cassandre de Delphes
Indigo (Ms Beth Greene) Illustration : Lola Collenot
Embarras de transit (Carpentier Francis) Illustration : Fabien Collenot
La tenancière (Audrey Pleynet Auteur) Illustration : Ronald Bousseau
Si tous les aliens du monde… (Jean-Laurent Del Socorro) Illustration : Mathieu Seddas
La frontière sans loi (Julien Heylbroeck) Illustration : Lola Collenot
Cellules communicantes (Sarah Mallet & Romain Mallet) Illustration : Candice Roger
Un personnage de papier (Patrice Verry) Illustration : Mathieu Seddas
Un épisode de la chasse au P. (Robert Darvel) Illustration : Antoine Delalande
Quarante-neuf (Jérôme Verschueren) Illustration : Candice Roger
Le récit de la forêt (Pierre Marie Soncarrieu) Illustration : Cindy Canevet
Une journée ordinaire (Alex Evans) Illustration : Antoine Delalande
Postface (Jean-Hugues Villacampa) illustration: Jacques Pinbouen

Le festival, quant à lui, aura lieu les 8 et 9 juin 2019, aux Greniers Saint-Jean à Angers (Place du Tertre Saint-Laurent). Parmi le programme, notez cette année qu’il y aura un concours de cosplay !

Jeudi : appel à textes pour l’anthologie Dimension Sports et Loisirs !

Les éditions Rivière Blanche cherchent des textes pour leur anthologie de 2020, intitulée Dimension Sports et Loisirs. Voici ce qu’en dit l’éditeur :

Dimension Sports & Loisirs.
C’est le camembert orange du Trivial Pursuit : il y est question de règles, de champion(ne)s, de pratiques plus ou moins exotiques, de records… Nous cherchons des textes axés sur le sport, sous toutes ses formes et déclinaisons. Les genres de l’imaginaire n’en sont d’ordinaire guère friands, même si, ici et là, quelques exceptions font figure d’exemples à suivre. Nous pensons, entre autres, aux célèbres Olympiades truquées de Joëlle Wintrebert, au sanglant Roller Ball de James Caan, à la Balade Choréïale d’Ayerdhal… ou encore, pour les amateurs de jeu de rôle, à l’inimitable Blood Bowl.
Vecteur d’intégration ou d’exclusion, mode d’apaisement des conflits ou de dépassement de soi, cristal exacerbant les travers de nos sociétés, pratique ancestrale flirtant avec le rite – ou bien, souvent, juste un moyen de s’amuser. Comme toute chose, le sport est avant tout ce que l’on en fait. Du squash au bouzkachi, du super bowl à à la pêche à la mouche, des contreforts martiens de l’Olympus Mons aux profondeurs des salles de surf artificiel à Berlin… ciltius, altus, fortus, et même minus seront de la partie.

Les textes ne devront pas dépasser les 50 000 signes et doivent relever des genres SFFF. Ils sont à soumettre au format .doc ou .odt, auprès de l’anthologiste Sylvain Lamur (zolgzolg@gmail.com), avant le 1er septembre minuit.

Jeudi encore : les résultats du Prix Pierre Bottero !

Le prix récompense un roman des littératures de l’imaginaire pour adolescents et est décerné par les lecteurs ados de l’est lyonnais (6 collèges et 3 médiathèques, soit 200 lecteurs participent). Le prix vise 5 objectifs :
– attirer le public adolescents sur le festival
– développer la pratique de la lecture chez les jeunes
– encourager les échanges et les débats et participer ainsi à l’éducation du sens critique
– promouvoir les littératures de l’imaginaire
– créer une dynamique territoriale en établissant des partenariats avec les bibliothèques et les collèges alentours.
La sélection de 6 titres est établie par les bibliothécaire de la BM de Meyzieu parmi des romans de l’imaginaire, donc, en langue française originale, adaptés au lectorat cible du prix et remarquables par les thèmes qu’ils traitent, leur style, la cohérence, le suspense, ou l’originalité dont ils font preuve. Le prix sera remis au cours de la prochaine édition des Oniriques de Meyzieu (8 au 10 mars 2019).

Et cette année, c’est New Earth Project de David Moitet qui remporte la palme. Félicitations !
Les autres titres sélectionnés sont visibles ici.

Vendredi : #2050 le Podcast : la SF, une boussole pour notre monde !

Toutes les semaines, Rebecca Armstrong explore, dans son podcast intitulé #2050 (prononcez Hashtag2050), les futurs. Cette semaine, elle recevait l’universitaire Yannick Rumpala autour du genre de la science-fiction.

Vendredi encore : la suite des opérations pour la Team Lanfeust Mag !

Vous le savez peut-être, le magazine Lanfeust Mag a cessé de paraître. Les membres du Studi Gottferdom sont donc partis vers de nouvelles aventures : Christophe Arleston fonde les éditions DRAKOO en partenariat avec Bamboo, qui seront exclusivement consacrées aux mondes de l’imaginaire. Les premières BD devraient paraître en septembre 2019. Affaire à suivre !

 

Bon dimanche !

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Brèves de comptoir #205

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : les nominés aux Bram Stoker Awards !

Le prix Bram Stoker récompense tous les ans depuis 1987 un ouvrage (nouvelle, roman, scénario ou roman graphique) d’horreur ou de fantastique paru l’année précédente ; le prix sera remis lors du gala de la StokerCon 2019, qui se tiendra du 9 au 12 mai 2019 à l’hôtel Amway Grand Plaza à Grand Rapids.
La liste étant un peu longue, je vous invite à la consulter ici.

Mardi : teaser pour la saison 2 d’Altered Carbon !

La série n’a pas encore de date de diffusion, mais déjà une bande-annonce ! Sujet oblige, elle change également d’acteur principal et c’est Anthony Mackie qui incarnera Takeshi Kovacs.

Mercredi : Scrabble Harry Potter !

Vous qui avez toujours rêvé d’écluser vos lettres exotiques dans des sortilèges, vous allez pouvoir enfin le faire ! La maison d’édition USAopoly annonce pour le printemps prochain un Scrabble World of Harry Potter (disponible au Canada et aux Etats-Unis). Les noms, prénoms, lieux et autres sortilèges sont autorisés, pour peu qu’ils soient bien tirés de la saga. Petite nouveauté : 36 cartes additionnelles pour se lancer des défis et pimenter un peu la partie.

Mercredi encore : La suite de La Belle sauvage !

Philip Pullman a annoncé le tome 2 de La Belle Sauvage, Secret Commonwealth, pour le 3 octobre 2019. On sort un peu de la préquelle puisque Lyra aura désormais 20 ans : l’intrigue se déroule 7 ans après Le Miroir d’ambre. Voici ce qu’en dit l’auteur :

« Les événements ont pris leur temps, dans l’attente d’un bon moment pour révéler toutes leurs conséquences pour Lyra Belacqua. […] The Secret Commonwealth poursuit le récit de la recherche de la Poussière, et de la crainte qu’elle inspire, et des conséquences sur la vie de Lyra. C’est à la fois intriguant et très excitant de découvrir comment de grands événements peuvent basculer d’une seconde à l’autre, et comment la vengeance peut être nourrie et irriguée jusqu’à ce qu’elle devienne hors de contrôle. » 

À noter que l’adaptation télévisée de la BBC devrait sortir à peu près en même temps ; une saison 2 a d’ores et déjà été commandée ! Et voici le trailer de la première :

Jeudi : Elenya éditions a besoin de vous !

L’association typo loi 1901 créée en 2013 a besoin d’un coup de pouce financier pour continuer à prospérer. Leurs bénéfices servent à payer les auteurs et permettent à l’association de représenter et de défendre les ouvrages qu’elle publie en salon, donc de payer les stands. Pour participer pendant encore un tout petit mois, ça se passe !

Vendredi : appel à textes « Halloween » !

Oui, Halloween, c’est dans longtemps, mais si vous voulez être publiés, c’est maintenant que ça se prépare ! L’association Gandahar lance donc un appel à textes pour sa revue sur le thème Cités du futur. Le jury attend « de petites histoires sombres et fantastiques qui feront frémir les lecteurs lorsque la nuit envahira le jour de sa pernicieuse cape noire. »
Modalités : les textes sont à envoyer à atgandahar@gmail.com avec comme objet AT HALLOWEEN + « Titre de votre nouvelle » avant le le 30 avril 2019 à minuit. Les textes devront faire 40.000 signes, espaces comprises et et être enregistrés sous format word ou odt.

Infos supplémentaires ici.

Bon dimanche !

Dry, Neal Shusterman.

Avez-vous déjà eu vraiment soif ?
La sécheresse s’éternise en Californie et le quotidien de chacun s’est transformé en une longue liste d’interdictions : ne pas arroser la pelouse, ne pas remplir sa piscine, limiter les douches…
Jusqu’à ce que les robinets se tarissent pour de bon. La paisible banlieue où vivent Alyssa et sa famille vire alors à la zone de guerre.
Soif et désespoir font se dresser les voisins les uns contre les autres. Le jour où ses parents ne donnent plus signe de vie et où son existence et celle de son petit frère sont menacées, Alyssa va devoir faire de terribles choix pour survivre au moins un jour de plus.

Si vous êtes familiers de ce blog, vous savez déjà que je suis très fan de Neal Shusterman : je ne pouvais donc pas passer à côté de ce roman-ci lorsque j’ai appris sa parution. J’avais un peu peur de l’effet « roman à quatre mains » mais, en fait, c’est très réussi !

Cette fois, pas de série : Dry est un one-shot et, vu le contexte et l’intrigue c’est aussi bien. Dès les premières pages, on sait qu’il n’y a plus d’eau, point de départ angoissant s’il en est (et d’actu). Or, l’info qu’on ignore, comme souvent dans un cas de coupure, c’est la durée de la coupure d’eau. Donc on peut encore espérer et, à l’instar des personnages, c’est ce que l’on fait. Mais, rapidement, il faut se rendre à l’évidence : c’est la panique à tous les niveaux et les aides promises par le gouvernement n’arriveront jamais – ou alors, trop tard. Et c’est là que le roman commence à être terrifiant car, effectivement, si personne n’a d’eau, il faut bien se dire que le gouvernement… n’en a pas non plus. Et c’est assez dur d’admettre que même les secours (sur lesquels on peut normalement se reposer) ne peuvent plus rien pour personne.
Le spectre de la mort par déshydratation plane donc sur le récit. Or, justement, les auteurs excellent à montrer les effets sur le corps du manque d’eau : outre la sensation de soif, on n’ignore rien des crampes, étourdissements et autres hallucinations que ne tardent pas à ressentir les personnages. Ces touches descriptives insufflent rythme et angoisse dans le récit !

Les premiers jours du Tap-Out, elles avaient de l’eau. Sa mère avait arraché un pack des mains de l’une de ses camarades de l’équipe de foot au Costco. « Qui va à la chasse perd sa place, avait lâché sa mère dans la file de la caisse. Que ça lui serve de leçon ! »
Mais il y avait visiblement cinq leçons que sa mère n’avait pas retenues. Comme : « Ne vous lavez pas les cheveux quand vous n’avez que de l’eau en bouteille. » Ou encore : « Ne faites pas de course à pied quand il faut éviter de transpirer. » Et peut-être la plus évidente de toutes : « N’arrosez pas vos plantes ; laissez-les mourir. »
Ce pack d’eau ne leur avait duré que deux jours.

Le récit suit un petit groupe de personnages assez variés : il y a deux adolescents de la banlieue privilégiée, leur voisin survivaliste, une ado des rues plutôt dure à cuire et un jeune garçon doué en affaires (et sans doute un peu mythomane). Les caractères sont donc variés et offrent une belle diversité.
Comme Shusterman en a l’habitude, le récit alterne entre les points de vue internes de ces différents personnages, certains prenant plus d’importance que d’autres. Là encore, le suspense est bien présent, d’autant que l’on s’aperçoit assez vite que leurs intérêts personnels peuvent diverger… voire les mettre en danger. D’ailleurs, il faut signaler que certains, parmi la troupe, sont de vraies têtes à claques et n’en ratent pas une. Non pas qu’ils soient bêtes à manger du foin, mais leur naïveté donne parfois follement envie d’aller leur mettre le pied au séant. Réfléchissez, enfin ! (Et puis ouvrez les yeux, quoi, zut à la fin. Évidemment que tout le monde n’est pas gentil !).

Plus l’intrigue avance, plus la situation se dégrade. Une des parties du roman s’intitule d’ailleurs « Trois jours de l’homme à l’animal » : c’est d’une justesse !! Plus le temps passe, plus les relations humaines se dégradent. Les auteurs montrent alors une variété des réactions extrêmes qui découlent de la situation. Et tout ce que l’on peut en dire, c’est que ce n’est guère engageant… Et en même temps, cela fait vraiment réfléchir car les personnages vivent des dilemmes assez prenants. Tel quartier a de l’eau : faut-il la rationner et la distribuer au prorata des membres de la famille ? Le chien compte-t-il ? Le bébé et les grands-parents, populations fragiles, ne devraient-ils pas avoir plus d’eau ? Et la voisine enceinte, alors ? Et si au terme de la distribution on n’a que 5cL par personne ? Cela fait partie des points qui m’ont fait ressentir ce roman comme particulièrement angoissant : la question est vitale (littéralement), mais difficile à résoudre. D’une part, j’étais donc ravie de ne pas être dans leur situation mais assez gênée, d’autre part, de ne pas trouver de solution satisfaisante (à mes yeux) à cette question. Car comme je l’ai dit au départ, le sujet est vraiment tout d’actualité…
Outre la situation traumatisante que vivent les personnages, il faut aussi compter avec la violence latente. La situation s’envenime, les esprits s’échauffent et certains sont prêts à aller jusqu’au pire pour parvenir à leurs fins. Cela accentue le côté parfois angoissant du roman : non seulement les personnages sont en urgence vitale, mais ils ne peuvent en plus pas vraiment trouver d’aide à côté.

Tandis qu’on s’éloigne du campement, je redescends brutalement sur terre. C’est la même planète que la semaine dernière, et pourtant, comment y croire ? Jamais je n’aurais imaginé que le si parfait Orange County partirait autant en vrille. C’est drôle quand même… Et dire qu’à une époque, je méprisais tant cet endroit que j’en étais venue à souhaiter que Dieu tout-puissant le maudisse, y envoie des sauterelles et des implants mammaires défectueux. Mais à présent que toute la Californie du Sud vit un cauchemar, je suis un peu déçue. Ce n’est pas que je veuille souffrir davantage, mais je suis déçue par les gens – leur faiblesse d’esprit et de caractère. Il aura suffi d’une pénurie d’eau pour tous les transformer en meurtriers barbares. Une chose est sûre, je ne veux pas me retrouver dans le même panier qu’eux.

En cela, le roman est terriblement angoissant (j’ai l’air d’insister, mais vraiment, c’est le cas). Car la situation que décrivent le père et le fils n’est pas si science-fictive. Les ressources en eau ne sont pas éternelles et leur disparition est moins qu’hypothétique. Or, lorsque l’on voit ce qui nous pend au nez et combien cela peut dégénérer… difficile de se sentir serein. Tout cela incite vraiment à réfléchir à sa consommation d’eau. Combien de verres d’eau consommez-vous par jour ? Combien de litres de douche ? Combien de gouttes gaspillées ? C’est un roman qui donne terriblement soif, lorsqu’on pense à la privation. Rien que d’écrire cette chronique et de repenser à ma lecture, j’ai soif.
En même temps, le roman de survie est hyper réussi et prenant. Les chapitres sont courts et assez cinématographiques : il y a juste assez de descriptions des lieux (et de la chaleur écrasante) pour s’y croire et l’action s’enchaîne à bon train. C’est là qu’il convient de préciser que Jarrod Shusterman est scénariste – et ça se sent un peu, tant le rythme est maîtrisé.

Les Shusterman père et fils signent donc un excellent roman apocalyptique, à l’ambiance et au rythme particulièrement prenants. Sans trop y toucher, car le roman est dépourvu de toute volonté moralisatrice, ils incitent aussi chacun à réfléchir à sa consommation d’eau. Et c’est bien le meilleur ! Votre première douche après le roman risque d’avoir une drôle de saveur…

Dry, Jarrod et Neal Shusterman. Traduit de l’anglais par Cécile Ardilly. R. Laffont (R), novembre 2018, 450 p.

Brèves de comptoir #204

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : Dune sur Arte !

Jusqu’au 16 mars, vous pouvez voir le documentaire de Frank Pavich sur l’adaptation avortée du Dune de Frank Herbert par Alexandre Jodorowsky.

Lundi encore : Anne Besson dans Mauvais genres !

Anne Besson était au micro de François Angelier sur France Culture !

Mardi : conférence à réécouter !

Fin octobre, Jean-Gabriel Ganascia, Romain Lucazeau et Jean Bonnefoy étaient à la bibliothèque parisienne Marguerite Duras pour une conférence : l’intelligence artificielle, entre science et fiction. Leur allocution est à réécouter ici !

Mardi encore : festivals et salons en approche !

Les Intergalactiques.

Affiche de Timothée Mathelin !

Le festival lyonnais aura lieu du 25 au 30 avril 2019. Thème : Futurs post-apocalyptiques – miroirs (des peurs) du temps qui passe.  Pour en savoir plus, ça se passe !

Conventions nationales de SF.

Édition 2021 :

La date est un peu lointaine, certes. Mais sachez que l‘Association des Amis de Michel Jeury s’est portée candidate pour l’organisation de la 48e Convention nationale de SF 2021, qui aura lieu à Bergerac (Dordogne), du 19 au 22 août, sous le titre Cyrano 2021.

Édition 2019 :

Cette année, la convention aura lieu du 22 au 25 août, à L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse, près d’Avignon). Infos ici !

Nice Fictions.

Le festival niçois aura lieu cette année du 7 au 9 juin 2019, sur le campus universitaire de Saint-Jean d’Angély. Thème retenu cette année : Rouge. Et au programme : littérature et BD ; ciné, (web)séries, youtubers ; peintures et illustrations exposées ; jeux de société ; théâtre et conte. Pour les infos, c’est là.

Mercredi : clap de fin pour Vade-Mecum !

Le site francophone de référence sur Pratchett et son œuvre ferme ses portes après 11 ans d’existence, suite à un souci d’ordre juridique – semble-t-il. Espérons que cette mine d’informations pourra renaître de ses cendres !

Jeudi : nouvelle série pour Neil Gaiman !

Alors qu’un teaser vient de sortir pour la saison 2 d’American Gods et que la date de parution de Good Omens vient d’être annoncée (31 mai), Neil Gaiman se lance dans un nouveau projet : une nouvelle adaptation de la série des années 1980 The Storyteller, Monts & Merveilles en français. La série originelle avait été créée par Jim Henson et montrait un mystérieux narrateur et son chien racontant des histoires. The Jim Henson Company, Neil Gaiman et Lisa Henson (la fille du précédent, donc, qui s’était fortement inspiré des travaux qu’elle menait sur le folklore et la mythologie) ont prévu une série s’intéressant aussi bien aux contes, qu’à la nature et au passé du narrateur. Affaire à suivre, donc !

Et voici un aperçu du matériau de base :

Vendredi : les nominés aux Nebula Awards !

Tous les ans, la Science Fiction & Fantasy Writters of America décerne le prix Nebula à l’œuvre de SF ou de fantasy jugée la plus novatrice. Vu l’organisme qui décerne ce prix, il n’y a que des auteurs américains primés, dans 4 catégories différentes (suivant la taille de leurs œuvres) : roman, novella, novelette, et nouvelle courte. La première édition, en 1965, a primé Dune de Frank Herbert, chef d’œuvre de la SF.
La liste étant un peu longue, je vous invite à la consulter ici.

 

Bon dimanche !

813, Maurice Leblanc.

Quelle mystérieuse entreprise amène à Paris Rudolf Kesselbach, le richissime et ambitieux roi du diamant sud-africain ? Que signifie ce nombre, 813, inscrit sur un coffret en sa possession ? De quel secret le nommé Pierre Leduc, qu’il recherche dans les bas-fonds de la capitale, est-il le détenteur ? Telles sont quelques-unes des questions autour desquelles s’affrontent la police – en l’occurrence un certain Lenormand, chef de la Sûreté –, l’impitoyable baron Altenheim et le gentleman-cambrioleur Arsène Lupin. Or, pour la première fois, Arsène Lupin commet l’irréparable, Arsène Lupin est coupable de meurtre ! À moins que… quelqu’un ne cherche à lui faire porter le chapeau ? En ce cas qui ? Et pourquoi ?

En ce début d’année, j’ai eu envie de me replonger dans les aventures d’Arsène Lupin, pour lesquelles j’entretiens un – gros – faible. Je me rappelais fort bien que 813 était de mes favorites, sans bien me rappeler pourquoi. Bref : le choix a donc été vite vu ! Et me voici replongée dans ce roman en deux parties, respectivement intitulées Les trois crimes d’Arsène Lupin et La double vie d’Arsène Lupin (lues dans une intégrale, donc chroniquées sous la même forme).

Dès le premier chapitre, Maurice Leblanc instaure un climat de malaise : Rudolf Kesselbach se sent épié, traqué et ne sait mettre de mots sur cette indéfinissable angoisse. Qu’il ne simule pas, puisqu’il ne tarde pas à passer l’arme à gauche, de bien mystérieuse façon. S’engage alors une enquête de police qui, déjà, met au jour des indices des plus étranges – parmi lesquels le fameux nombre 813, qui nous tiendra en haleine quasiment jusqu’à la fin.
Et Lupin ? Eh bien Lupin commence fort ! S’il fait peu œuvre de cambriole dans cette première partie, les lecteurs les plus assidus le détecteront bien vite sous une de ses identités d’emprunt !

Contrairement aux autres aventures du gentleman-détrousseur (du moins celles que j’ai lues, et je dois admettre qu’il m’en manque encore quelques-unes), celle-ci est abordée sur un ton résolument sombre. D’une part car, dès le départ, il est question de meurtres, évidemment. Mais le roman touche aussi aux intérêts nationaux de la France : il est beaucoup question de l’Alsace-Lorraine et de la situation pas franchement tendue, mais pas franchement sereine non plus avec la voisine allemande à l’époque (le récit se déroulant juste avant la Première Guerre mondiale, et faisant fortement écho à la guerre de 1870). Dans le même temps, l’action est plus étirée qu’à l’accoutumée : on est plus dans la réflexion, dans la recherche que dans les péripéties échevelées, ce qui donne au roman un rythme nettement plus calme que ce à quoi on est habitués avec Lupin. En plus de cela, l’antagoniste reste très mystérieux jusqu’aux derniers chapitres, faisant planer un air de danger imminent sur le récit. Tout cela donne au roman de faux airs de roman d’espionnage pas désagréables du tout.
Et ce qui contribue sans doute à cette impression (tant de calme que d’espionnage), c’est que Lupin n’est pas totalement libre de ses mouvements – puisqu’il passe une grande partie de l’intrigue dans ses appartements de Santé-Palace. La prison, oui, elle-même. Si vous êtes adepte des romans policier hyper rythmés, pas de panique : les dialogues sont savoureux, les stratagèmes de Lupin également et on n’a absolument pas le temps de s’ennuyer.

L’autre point qui, je trouve, distingue 813 des autres romans de la série, est le caractère de l’ami Arsène. Arrêtez-moi si je me trompe, mais il ne me semble pas se montrer aussi imbuvable dans les autres aventures. Certes, on le connaît manipulateur et assez orgueilleux mais là, il faut dire qu’il atteint clairement le summum. Lui qui est habituellement si cabotin se fait ici très sombre, voire un brin inquiétant par moments. Rassurez-vous, ses piques et son caractère audacieux sont toujours bien présents, heureusement, et il faut lui reconnaître qu’il s’amende un peu sur la fin.
Tout cela s’explique peut-être par la présence d’un ennemi aussi invisible qu’implacable. Et il ne s’agit pas d’Herlock Sholmès, grand absent de cette intrigue : si le détective est bien mentionné à plusieurs reprises, on ne le croise pas une seule fois – et il ne nous inquiète pas non plus. En revanche, l’opposant principal se révèle parfaitement insaisissable, mystérieux, prêt à tout, en deux mots : parfaitement flippant. De plus, j’ai parlé rapidement de la dimension internationale du récit, mais c’est encore plus flagrant dans la seconde partie, où le patriotisme de Lupin revient au galop (si tant est qu’il avait un jour disparu). Au passage, ce volume est parfait pour réviser ses notions d’histoire et de géographie de l’Europe du début du XXe siècle (même s’ils sembleraient que les Grands-Ducs Hermann soient pure fiction).

Du côté de l’enquête, je dois dire que j’ai été servie. Certes, j’avais totalement oublié les différents ressorts de l’intrigue et la résolution du principal mystère. C’est donc presque comme une nouvelle découverte que j’ai attaqué ma relecture et, comme la première fois (il me semble), j’ai sagement attendu de voir révélés les secrets (à part des détails mineurs que j’avais bien retenus, sans me l’expliquer). Et je dois encore une fois saluer le génie de Maurice Leblanc pour les petites trouvailles, les détails de prime abord insignifiants qui s’avèrent capitaux, les différents codes à résoudre. J’en viens à regretter que ce monsieur n’ait pas conçu des escape-games, je suis certaine qu’il aurait été sensationnel !

Même après relecture, 813 reste une des aventures d’Arsène Lupin que je préfère, pour sa complexité, et pour l’heureux mélange qu’elle propose entre espionnage, enquête et lupinades audacieuses. L’intrigue est bien menée et Maurice Leblanc parvient à garder certains mystères quasi intacts jusqu’à la fin, tout en donnant régulièrement quelques indices (minces) pour les résoudre. Suspense garanti, donc ! Bien que le récit et le personnage soient plus sombres qu’à l’accoutumé, on retrouve avec plaisir les cabotinages d’Arsène, ses grands plans géniaux et son sens de la répartie. En bref : que des bonnes choses !

813, Maurice Leblanc. 1910. Réédition R. Laffont (Bouquins).

 

Il y a plein d’autres lectures lupinesques sur le challenge illimité orchestré par Mypianocanta !

Brèves de comptoir #203

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

 

Lundi : les résultats du GpP !

Voilà, après une intense phase de vote, les Vénérables ont annoncé les résultats du Grand petit Prix de Bookenstock. Et voici le palmarès, du book d’or au book de bronze, en passant par le book d’argent :

SFFF :

Le Bâtard de Kosigan, Fabien Cerutti.
Les Jardins de la Lune, Steven Erikson.
Le Cycle de Syffe, tomes 1 et 2, Patrick K. Dewdney.

Thriller :

Toutes blessent, la dernière tue, Karine Giebel (Belfond)
Le Jour du chien et La Nuit de l’ogre, Patrick Bauwen (A. Michel)
La Saison des feux, Céleste Ng (Lizzie ; lu par Micky Sébastian).

Jeunesse et YA :

La Belle sauvage, Philip Pullmann.
La Magie de Paris, Olivier Gay.
Les Nuages de Magellan, Estelle Faye.

Félicitations à tous !

Lundi encore : SF et engagement !

Nicolas Martin a reçu Yannick Rumpala (maître de conférences en sciences politiques à l’université de Nice), Norbert Merjagnan (auteur de romans) et Natacha Vas-Deyre (chercheuse associée de l’université Bordeaux Montaigne, spécialiste de la littérature d’anticipation) pour un épisode de La Méthode scientifique, consacré aux liens entre SF et pensée politique.

Mardi : expo Michel Jeury !

La bibliothèque universitaire de Nîmes (site Vauban, rue du Dr Georges Salan) propose, du 19 février au 1er mars une exposition autour de Michel Jeury, intitulée Michel Jeury, entre futurs et terroirs. L’entrée est libre aux horaires d’ouverture de la BU.
Infos ici !

Mardi encore : premier teaser pour le biopic consacré à Tolkien !

Et on connaît même la date pour la sortie VF : le 19 juin !

En parallèle, Amazon Prime a publié une carte (explorable !) de la future adaptation en série à laquelle ils travaillent.

Mercredi : appel à textes Swiss Wars !

Issu d’une collaboration entre la Maison d’Ailleurs d’Yverdon-les-Bains et l’Université de Lausanne le Prix de l’Ailleurs (prix littéraire suisse 100% science-fiction) lance un appel à textes pour sa 2e édition. Thème : les métaphores de la guerre en terres helvétiques.

– les textes devront faire entre 15 000 et 30 000 signes, et sont à envoyer par email avant le 30 mars 2019, minuit, à : prix@ailleurs.ch
– le message devra comprendre les coordonnées (nom, prénom, adresse) dans le corps du mail (surtout pas dans le texte afin de garantir l’anonymat)
– les textes lauréats seront dotés et publiés dans la prochaine anthologie du Prix de l’Ailleurs (éditions Hélice Hélas, août 2019).

Toutes les infos ici.

Mercredi : la parole aux éditeurs !

Sur Elbakin, les interviews continuent. Cette semaine, ce sont Mathias Echenay qui parle de La Volte, Florian Lafani de Fleuve ou encore Davy Athuil de Mü !

Jeudi : des Pulp magazine en téléchargement gratuit !

Depuis l’année dernière, Internet Archive publie des archives de magazines pulps. Il y en a désormais quelques 12 000 de plus, parmi lesquels de la SF et de la fantasy, à consulter en ligne !

Jeudi encore : le retour de La Reine des neiges !

Tremblez, parents, car Anna et Elsa sont de retour sur grand écran ! Voici la bande-annonce :

Vendredi : des expos à Paris !

Star Wars : les fans contre-attaquent !

Le Centre Expo Lafayette Drouot (44, rue du faubourg Montmartre, Paris 9e) expose jusqu’au 10 mars Star Wars : les fans contre-attaquent, réalisée par le fan Daniel Prada. Au menu : de très nombreuses figurines et plusieurs pièces exceptionnelles comme Jabba Le Hutt à admirer à taille réelle avec ses 5m de long !

L’univers fantastique de Wojtek Siudmak.

Ses œuvres seront exposées à la Mairie du 17ème (16 rue des Batignolles, Paris 17e)  jusqu’au 29 mars.

 

Bon dimanche !

Pour qui meurt Guernica ?, Sophie Doudet.

Espagne. Janvier 1937.
La guerre civile fait rage. Alors que les rebelles du général Franco ont conquis une grande partie du Pays basque, Maria est envoyée par ses parents dans la petite cité de Guernica, pour l’éloigner du danger. Or, l’inaction n’est pas du tout du goût de Maria, adolescente passionnée, qui a forgé sa conscience politique au feu républicain, qui ne rêve que de modernité et de progrès social, d’émancipation, et de liberté pour tous. L’arrivée dans le foyer très catholique et, de son point de vue, affreusement conservateur de Josepha et de Domenico se fait dans la douleur. D’autant qu’avec son accoutrement d’ouvrière, son écharpe rouge et sa manie de crier haut et fort ses idéaux, Maria fait un peu tache dans le paysage. Heureusement, la demeure est aussi celle de Tonio, 17 ans, un adolescent rêveur et poète à ses heures perdues, qui saura soutenir la réfugiée dans son épreuve. Malheureusement, il ne fait pas bon avoir 17 ans en 1937 à Guernica…

 

Vous ne serez sans doute pas surpris d’apprendre que j’étais assez impatiente de découvrir ce que cachait ce titre… et que j’ai été emballée par cette lecture ! Je ne déflore pas trop l’intrigue en vous annonçant d’ores et déjà que le bombardement de Guernica prend une part assez importante dans le récit. En même temps, un roman qui s’y déroule et qui débute trois mois avant la date fatidique, c’était à prévoir. Dans des conditions, le récit est évidemment assez linéaire et fortement marqué par un « avant » et un « après » bombardement. Et autant la première partie sert essentiellement à planter le décor (mais pas que, c’est vrai), autant la deuxième est plus portée sur la réflexion.

Sans trop de surprises non plus, on a tout loisir de s’attacher aux personnages avant qu’il ne leur pleuve du métal sur le coin de la figure.
Sophie Doudet a d’ailleurs accordé un soin tout particulier à ses personnages, les faisant tout d’abord paraître assez caricaturaux, pour mieux les nuancer par la suite. Ainsi, au départ, il est difficile de ne pas blâmer la mollesse de Josepha, de s’indigner devant la tyrannie que fait régner Domenico. Avant de s’apercevoir que l’un comme l’autre ne sont peut-être pas aussi obtus que l’on pouvait le croire. Je dois d’ailleurs avouer tout net que Maria m’a parfois donné envie de lui coller des baffes : autant j’ai apprécié son côté jusque-boutiste aux idées bien arrêtées, autant je l’ai parfois trouvée bien difficile avec sa famille d’accueil. (Il faut bien que jeunesse se passe, j’imagine !).

Comme de juste, nos personnages sont assez largement traumatisés par ce qu’ils ont vécu. Qui ne le serait pas ? Mais là où l’autrice a fait très fort, c’est en embrassant l’affaire d’un point de vue très large, englobant la situation géopolitique de l’époque. Et si les personnages vivent des choses difficiles (guerre civile, exode, déracinement), ce n’est rien en comparaison des épreuves qui les attendent. Dans cette seconde partie, le roman propose en effet de nombreuses reproductions de documents d’époque qui viennent ponctuer les inter-chapitres et qui, mises bout à bout, montrent l’ampleur de la campagne de désinformation internationale qui a suivi le bombardement. Pour certains, le bombardement était un mythe, pour d’autres il avait été perpétré par les rebelles nationalistes directement. Et cela rend la question du titre particulièrement prégnante. À la lumière de ces éléments, on se demande bien pour qui est morte Guernica…
Le fait d’avoir intercalé ces documents induit une tension extraordinaire : en tant que lecteur, on comprend légèrement avant les personnages la situation dans laquelle ils se trouvent : perdus, orphelins, en plein exode… et soupçonnés de mentir. Au fil des chapitres, on comprend mieux pourquoi ce qui s’est passé à Guernica a pu rester (et semble toujours l’être !) si confidentiel, malgré l’acharnement et le soin qu’ont mis les nazis à ravager la cité. Et ce qui est intéressant, c’est que cette partie du récit suscite de nombreuses réflexions sur la résilience et l’acceptation, mais aussi sur la puissance (et les dangers) de la propagande étatique. Ce qui, évidemment, résonne encore très fort dans notre actualité…

Très bonne surprise donc, que ce roman historique de Sophie Doudet. Le fouillis de l’affaire géopolitique est clairement et bien exposé, ce qui la rend assez limpide. Les personnages, de plus, s’avèrent assez attachants, quelles que soient leurs réactions à ce qu’ils traversent. Un roman très percutant, à mettre entre toutes les mains !

Pour qui meurt Guernica ?, Sophie Doudet. Scrineo, 23 août 2018, 212 p.

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