Cendrillon 2.0, Ashley Poston.

Ellie Wittimer, geek de son état, ne vit que pour Starfield, le grand classique de science-fiction dont son père était, lui aussi, un grand fan avant sa mort. Alors, quand le reboot de la mythique saga est annoncé au cinéma, elle croit devenir folle de joie. Sauf que c’est Darien Freeman, acteur de séries légères pour adolescents, qui décroche le rôle principal. Et ça, aux yeux d’Ellie et de milliers de fans historiques du chef-d’œuvre, c’est intolérable. Martyrisée par sa belle-mère et ses deux demi-sœurs qui mènent la grande vie et la prennent pour leur domestique, elle a hâte de voler enfin de ses propres ailes après sa dernière année de lycée. En attendant, elle assassine le pauvre Darien à longueur de posts sur son blog – s’assurant, à sa grande surprise, une audience de plus en plus large sur les réseaux sociaux. Alors, quand le tournage du film commence pour le jeune comédien, les difficultés aussi ! D’autant qu’il doit apparaître à la plus grosse convention du pays, autrefois fondée par le père d’Ellie en personne…

Une réécriture de Cendrillon version geek ? Voilà qui a eu le mérite de titiller ma curiosité ! Et quitte à divulgâcher le contenu de ma chronique, je préfère prévenir de suite : j’ai adoré !

Ellie Wittimer ne vit que pour une chose : la série Starfield (qui ressemble follement à Star Trek), dont son père était également un fan assidu. Malheureusement, Ellie a perdu ses deux parents, et se retrouve forcée de vivre dans sa maison d’enfance, coincée entre sa belle-mère et les deux horribles filles de celle-ci, qui la prennent toutes pour la bonniche de service. Heureusement, Ellie peut compter sur sa passion, son blog, Rebelgunner et les Stargunners (les autres fans de Starfield) pour s’évader quelque peu – et ce même si elle est horriblement déçue d’apprendre que le reboot de la série a mis Darien Freeman, un acteur pour midinettes, dans le costume du prince Carmindor.
Darien Freeman, de son côté, n’en peut plus de joie : même s’il le cache à ses collègues et aux tabloïds, il est fan depuis toujours de Starfield et extrêmement heureux d’interpréter le rôle du personnage principal, le prince Carmindor. Même si tout le monde pense qu’il n’a eu le rôle que par copinage, et que la communauté de fans est plus que mitigée – comme le montrent les articles plus que désobligeants que publie le blog Rebelgunner.

Assez classiquement, le roman alterne donc les chapitres, se concentrant tour à tour sur l’un ou l’autre des deux protagonistes avec, pour point commun, le tournage du film Starfield en cours, ce qui nous donne un assez bon aperçu de l’univers de la fameuse série. Par un hasard totalement rocambolesque, mais plutôt bien trouvé et bien mis en scène, Darien et Ellie se retrouvent à communiquer par sms… et à évoquer leur passion commune pour Starfield. Et d’un côté comme de l’autre… on ne peut pas dire que la situation fasse rêver. Darien est sous la coupe de son père et manager qui organise sa carrière, mais aussi sa vie privée, d’une main de fer. Du côté d’Ellie, pas de mystère… sa trajectoire suit parfaitement celle du conte de Cendrillon, mais sauce XXIe siècle. J’avoue m’être régulièrement demandé ce que pouvaient bien faire les services sociaux !!

Ce qui m’amène au point majeur du roman : la réécriture de Cendrillon. Que j’ai trouvée excellente ! Ashley Poston a intégré à son roman tous les épisodes du conte classique, réinterprétés dans une ambiance très moderne, et avec les préoccupation d’Ellie concernant Starfield et le concours de cosplay qu’elle a en ligne de mire. Et tout ce qui pouvait difficilement s’intégrer ? Eh bien cela a été délicieusement adapté. Ellie, ainsi, travaille dans un food-truck customisé en citrouille – dans lequel elle vend des beignets de citrouille, donc, avec sa collègue Sage. Et ce que j’ai trouvé vraiment génial, c’est que cette trame est bien présente, tout en sachant se faire oublier. Si bien que j’ai été surprise par l’arrivée de certains épisodes (alors qu’il est quand même assez aisé de suivre les péripéties du conte initial !). C’est dire si le mélange des genres a été réussi. Point bonus : on peut même lire le scénario du dernier épisode de Starfield (central dans le récit) à la fin du roman.

Sans trop de surprise, les échanges entre Darien et Ellie débouchent sur une relation un peu plus prononcée (c’est Cendrillon, quand même !), mais qui démarre doucement et s’installe subtilement – ce que j’ai trouvé hautement agréable.

Très bonne pioche avec ce titre, donc ! Ashley Poston propose un mélange détonnant mais parfaitement réussi entre les thèmes de Cendrillon et un univers de science-fiction. Les pratiques « de geek » (conventions, fanfictions, cosplay, etc) sont vraiment mises à l’honneur avec beaucoup de bienveillance (et ça donne même envie de s’y remettre). L’alternance des chapitres, si elle est assez classique, permet d’entretenir le suspense et de laisser l’intrigue progresser de façon équilibrée. De plus, l’autrice développe quelques arcs narratifs secondaires bien menés et que j’ai suivis avec plaisir.
J’ai donc passé un très bon moment avec ce roman (que j’ai lu en à peine deux jours !), et suis curieuse de lire le tome suivant – même s’il s’intéressera à d’autres personnages, le récit autour d’Ellie et Darien étant totalement fini.

Il était une fangirl #1, Cendrillon 2.0, Ashley Poston.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Sarah Dali et Ombeline Marchon.
Lumen, février 2021, 556 p.

Brèves de comptoir #259

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Des prix, plein de prix !

Les résultats du Prix Livraddict

Le prix Livraddict est né en 2014 de l’envie de la team de proposer un grand prix dans lequel tous les membres de Livraddict pourraient s’investir. Après 3 mois de lecture, des discussions passionnées, et un mois de votes serrés… voici les résultats du prix LA dans les catégories SFFF. Le lauréat est en gras, en tête de liste !

Fantastique :
L’Ours et le Rossignol, Katherine Arden (Denoël)
Les mésaventures des sœurs Wird, tome 1 : La Malédiction de Célia : Liées par un sortilège, de Cecy Robson.
Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro.
Dette de sang, tome 1 : Un paquet d’os et d’or de Hailey Turner
Elevation, Stephen King.

Science-fiction :
Les Furtifs, Alain Damasio.
L’incivilité des fantômes, Rivers Solomon.
Semiosis, tome 1, Sue Burke.
Outsphere, tome 1, Guy-Roger Duvert.
Terminus, Tom Sweterlitsch.

Fantasy :
La Reine courtisane, Anna Triss.
Le Prieuré de l’oranger, Samantha Shannon
Les métamorphoses, Marina et Sergueï Diatchenko
Wyld, tome 1 : La Mort ou la Gloire, Nicholas Eames.
Le Dernier Drae, tome 1 : Pacte de sang, Kelly St-Clare et Raye Wagner.

Côté SFFF, j’avais voté uniquement pour les catégories SF (pour L’incivilité des fantômes) et Fantasy (pour Wyld) et je dois dire que je suis assez déçue de voir La Reine courtisane (que j’ai trouvé si nuuul !) couronné !

Le Grand Prix de l’Imaginaire

Le GPI, qu’est-ce que c’est ? Le Grand Prix de l’Imaginaire (ou GPI) récompense, dans 12 catégories différentes, des œuvres de l’imaginaire depuis 1992 ; le prix existe en fait depuis 1974 mais se concentrait alors sur la SF. La remise du prix a traditionnellement lieu dans la Maison de l’Imaginaire pendant le festival Saint-Malo Étonnants Voyageurs (et sera sans doute virtuelle cette année).
Voici la première sélection de l’année !

Hors compétition
Dune, le Mook, incontestable livre-événement de l’année 2020, est la première œuvre à figurer en parallèle d’un palmarès du GPI, sous une rubrique « hors compétition », puisque l’ouvrage dirigé par Lloyd Chéry , juré du GPI depuis un an, ne peut réglementairement concourir.
– Après discussion, les jurés ont également autorisé la participation de l’illustrateur Aurélien Police dans la catégorie Graphisme, en raison de sa remarquable création d’une nouvelle identité graphique à l’univers de Dune.

Roman francophone :
Ce qu’ici-bas nous sommes de Jean-Marie Blas de Roblès (Zulma)
Rive gauche de Pierre Bordage (L’Atalante)
Au bal des absents de Catherine Dufour (Seuil)
Un long voyage de Claire Duvivier (Aux Forges de Vulcain)
Le Banquet annuel de la Confrérie des fossoyeurs de Mathias Enard (Actes Sud)
L’Anomalie de Hervé Le Tellier (Gallimard)
Des jours sauvages de Xabi Molia (Seuil)
Quitter les monts d’automne d’Émilie Querbalec (Albin Michel)
Le Sanctuaire de Laurine Roux (Le Sonneur)
Images de la fin du monde de Christophe Siébert (Au diable vauvert).

Roman étranger :
Trilogie d’une nuit d’hiver, tomes 1 à 3, de Katherine Arden (Denoël)
Un océan de rouille de C. Robert Cargill (Albin Michel)
Kra, Dar Duchesne dans les ruines de l’Ymr de John Crowley (L’Atalante)
Dans la vallée du soleil d’Andy Davidson (Gallmeister)
Djinn city de Saad Z. Hossain (Agullo)
Galeux de Stephen Graham Jones (La Volte)
La Tour du Freux d’Ann Leckie (Nouveaux Millénaires)
Les Agents sentimentaux de l’empire volyen de Doris Lessing (La Volte)
La Fileuse d’argent de Naomi Novik (Pygmalion)
Terra Ignota, tomes 1 & 2, d’Ada Palmer (Le Bélial’)
Borne de Jeff Vandermeer (Au diable vauvert)
Eriophora de Peter Watts (Le Bélial’)

Nouvelle francophone :
Baiser la face cachée d’un proton de Sabrina Calvo (in Bifrost n° 97)
Par les visages d’Olivier Caruso (in Bifrost n° 99)
Les Secrets du premier coffre (recueil) de Fabien Cerutti (Mnémos)
La Bête du loch Doine de Thomas Day (in Bifrost n° 100)
Présence de Claude Ecken (in Utopiales 2020, ActuSF)
Toxiques dans les prés de Claude Ecken (in Nos futurs, ActuSF)
Ourobouros de L. L. Kloetzer (in Bifrost n° 99)
Dernières Vacances de la femme-termite de Michèle Laframboise (in Solaris n° 215)
À la recherche du Slan perdu de Michel Pagel (in Bifrost n° 98).

Nouvelle étrangère :
Vigilance de Robert Jackson Bennett (Le Bélial’)
Expiration (recueil) de Ted Chiang (Denoël)
Guide sorcier de l’évasion : atlas pratique des contrées réelles et imaginaires d’Alix E. Harrow (in Bifrost n° 99)
La Fabrique des lendemains (recueil) de Rich Larson (Le Bélial’ & Quarante-Deux)
Salissure de Rich Larson (in Galaxies n° 66/108)
Bienvenue à Sturkeyville (recueil) de Bob Leman (Scylla)
Travail d’intérêt général de Megan Lindholm (in Sorciers et magie, Pygmalion)
Pensées et prières de Ken Liu (in Bifrost n° 97)
Rue de la mémoire qui flanche de Mike Resnick (in Galaxies n° 64/106)
C’est vous Sannata3159 ? de Vandana Singh (in Bifrost n° 98)
Histoires bizarroïdes (recueil) d’Olga Tokarczuk (Noir sur Blanc)
Perles (recueil) de Chi Ta-wei (L’Asiathèque).

Roman jeunesse francophone :
Ordo d’Anthony Combrexelle (404)
La Dernière Geste, tomes 1 & 2, de Morgan Of Glencoe (ActuSF)
Steam Sailors, tomes 1 & 2, d’E.S. Green (Gulf Stream)
Lou, après tout, tomes 1 à 3, de Jérôme Leroy (Syros)
♥ Le Royaume de Pierre d’Angle, tomes 1 à 3, de Pascale Quiviger (Rouergue)
Bordeterre de Julia Thévenot (Sarbacane)
♥ Le Projet Starpoint, tomes 1 à 3, de Marie-Lorna Vaconsin (La Belle Colère).

Roman jeunesse étranger :
Terreur à Smoke Hollow de Katherine Arden (Pocket Jeunesse)
Entre chiens et loups, tomes 1 à 5, de Malorie Blackman (Milan)
Les Secrets d’Andrus Kivirähk (Le Tripode)
Burn de Patrick Ness (Pocket Jeunesse)
Akata, tomes 1 & 2, de Nnedi Okorafor (L’École des loisirs)
Binti de Nnedi Okorafor (ActuSF)
La Voleuse d’os de Margaret Owen (Pocket Jeunesse)
La Trilogie de la Poussière, tomes 1 & 2, de Philip Pullman (Gallimard Jeunesse).

Les autres catégories et les concurrents sont visibles ici !

Les lauréats du GpP Bookenstock 2021 !

Tous les ans, Dup & Phooka de Bookenstock invitent les lecteurs du blog à voter parmi leurs coups de coeurs de l’année pour leurs titres préférés. Et les résultats du-dit vote viennent de tomber ! Chaque catégorie reprend les trois premiers arrivés en tête de liste : Book d’or, Book d’argent, Book de bronze.

SFFF
Les Secrets du premier coffre, Fabien Cerutti (Mnémos).
♥ Dans l’ombre de Paris, Morgan of Glencoe (Actusf).
Les miracles du Bazar Namiya, Keigo Higashino (Actes Sud).

Jeunesse/YA :
Les Tribulations d’Esther Parmentier, Maëlle Desard (Rageot).
L’Anti-magicien, Sebastien De Castell (Gallimard jeunesse).
Les Faucons de Raverra, Melissa Caruso (Castelmore).

Urban fantasy :
Kate Daniels, Ilona Andrews (MxM Bookmark).
Eternité maudite, Laura Collins (Alter Real).
Les Immortels, Amanda Bayle (Cyplog), ex-aequo avec Les Vampires de Chicago de Chloé Neil (Milady).

Les lauréats de la catégorie Thriller sont visibles ici !

Des podcasts !

Mana & Plasma, 10e

L’équipe de Mana & Plasma s’est penchée sur John Carpenter, avec l’aide de l’équipe des Intergalactiques !

Demain la santé : soignez-vous à la SF !

C’est le titre d’un épisode de la Méthode scientifique dans lequel Nicolas Martin reçoit l’auteur Norbert Merjagnan et Stuart Calvo, responsable de la communication des éditions La Volte, dans lequel il est question du regard que porte la SF sur la crise actuelle. A écouter ici !

Des festivals, des auteurs, des éditeurs !

Rencontre avec Jean-Laurent Del Socorro :


Archipel Numérique proposait, pour sa cinquième édition des Littéranautes, une recontre avec Jean-Laurent Del Socorro, auteur de fantasy historique, de nouvelles de science fiction et éditeur aux éditions ActuSF, pour une émission consacrée à ses derniers ouvrages, mais aussi de la fantasy historique (avec lectures d’extraits, y compris de Du roi je serai l’assassin). L’émission est visible sur la chaîne Twitch d’Archipel Numérique, pour encore une semaine et demi.

Report des Imaginales :

On s’en doutait un peu avec l’annonce de la prolongation de l’état d’urgence sanitaire : les Imaginales sont donc reportées du 14 au 17 mois d’octobre 2021 (comme l’année dernière). Cela ne change rien pour les divers Prix Imaginales en cours !
Le thème Frontière[s], la Russie comme pays invité et Floriane Soulas comme coup de coeur de l’année sont également reconduits !

Callidor à l’honneur de Télérama !

Attention, l’article est réservé aux abonnés ! Mais de la fantasy dans Télérama, cela valait le coup d’être signalé !

Bon dimanche !

TTT #15 : dix auteurices découvert.e.s en 2020.

Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français pour une 2e édition par Frogzine.

Et cette semaine, le thème est :

10 auteurices découvert.e.s en 2020

Cela fait plusieurs années que je n’ai plus participé au Top Ten Tuesday des auteurices découvert.e.s l’année précédente. Bien partie dans mes bilans cette année (incroyable, mais vrai !), je me suis dit qu’il était temps de recoller à cette petite habitude !
Comme toujours, le choix a été rude ! Comme toujours, la liste est non-exhaustive et les découvertes classées non par ordre de préférence, mais par ordre alphabétique de nom de famille !
Évidemment, je n’ai pas découvert QUE ces dix auteurices en 2020. Mais il fallait bien faire un choix… et voilà les 10 qui ont fini par se dégager du lot.

Katherine Arden :

Après avoir looonguement entendu parler de Katherine Arden, j’ai enfin lu en 2020 L’Ours et le Rossignol, premier tome de sa trilogie Winternight. Et j’ai été charmée par son univers slave, la forte présence de créatures variées du folklore local et son style très évocateur. Je continuerai la trilogie, c’est sûr, et j’ai également envie de découvrir l’autrice dans ses autres romans !

Clémentine Beauvais

Voilà une autrice dont j’entends parler depuis encore plus longtemps que la précédente (et c’est encore plus vrai pour l’autrice qui suit). Il était donc grand temps que je les découvre toutes les deux.
Les Petites reines m’a accompagné au tout début du confinement de mars et ça a été un énorme coup de cœur. Je n’ai donc pas raté sa nouvelle parution, parue cet été, et bien m’en a pris. Clémentine Beauvais y déploie un style plein d’humour, des personnages attachants et des intrigues aussi bien menées que palpitantes. J’ai donc bien envie de me pencher sur le reste de son œuvre !

Marine Carteron :

Quand Camille me conseille un auteur, un roman, une série, en général, je fonce. Même si j’ai graaandement tardé avec Marine Carteron (dont Les Autodafeurs attend toujours sagement dans ma PAL), j’ai finalement mis à profit un petit week-end estival pour ne faire qu’une bouchée de Génération K, un thriller fantastique qui s’est révélé à la hauteur de mes attentes et qui m’a donné très envie de lire non seulement la suite, mais aussi les autres romans de Marine Carteron.

Bernard Cornwell :

Des fois, je me laisse tenter par autre chose que de l’imaginaire et c’est comme ça qu’on débarque dans du roman historique (genre dont je dois lire maximum un ou deux titres par an). J’avoue avoir été attirée par la mention de la série télévisée + une bonne recommandation autour de celle-ci, ce qui m’a encouragée à mettre le nez dans cette série de romans que sont Les Chroniques saxonnes. Et bien m’en a pris, car Bernard Cornwell a un vrai talent de conteur ! (Même si ce n’est pas la panacée côté personnages féminins, soyons honnête). En tout cas, j’ai hâte de connaître la suite et fin de ce pan d’histoire d’Angleterre dont j’ignorais l’existence, sous sa plume.

Fabrice Hadjadj :

Contrairement aux auteurs et autrices cités précédemment, voilà un auteur dont je n’aurais jamais pensé le lire, s’il n’avait pas atterri sur ma pile-à-lire de travail. Résultat ? Eh bien résultat énorme coup de cœur pour la plume stylée et imagée de Fabrice Hadjadj, son intrigue (et son univers) qui mêlent à l’attendrissant le plus trash avec, en sus, des réflexions philosophiques aussi bien amenées qu’intéressantes. J’attends la suite de sa trilogie de pied ferme.

Benedict Jacka :

Cette fois, la recommandation était fraternelle à la base, bloguesque par la suite, puisque cette série était chaudement recommandée par Lianne (dont je suis volontiers les recommandations SFFF). Forte de cette double prescription, me voilà avec le début de la saga Alex Verus qui pourrait (peut-être ?) remplacer dans mon cœur Dresden. Dans ce premier tome, Benedict Jacka présentait vraiment bien l’univers, tout en proposant une intrigue bien menée et intéressante, dans un style fluide. J’ai envie de lire la suite !
En plus, Alex Verus a déjà six titres traduits sur onze, ça me laisse un peu d’espoir sur les perspectives de traduction (vu que Dresden, ça m’a l’air super mort).

Benoît Minville :

Encore un auteur recommandé de longue date et que j’ai vraiment tardé à découvrir ! Le confinement a été l’occasion d’enfin lire ce roman qui traînait dans ma PAL depuis un bon moment. Je ne sais pas trop à quoi je m’attendais en ouvrant Les Géants, mais certainement à ce qu’une petite veine thriller débarque en plein milieu du récit ! L’intrigue s’est révélée très prenante, la plume de Benoît Minville aussi maîtrisée qu’évocatrice totalement envoûtante, et donc j’envisage de mettre la suite de ses œuvres dans ma liste-à-lire, qu’elles soient au rayon jeunesse, ou au rayon vieillesse.

Nnedi Okorafor :

Est-ce que ça fait longtemps que Nnedi Okorafor est dans ma liste-à-lire ? Un peu, oui. Elle y entrée en 2014, alors qu’à mes premières Imaginales, Qui a peur de la mort ? se voyait remettre le Prix Imaginales de l’année ! Bref, j’ai à peine tardé (hrm), et surtout pas commencé par le titre initialement repéré – mais c’est une autre histoire. J’ai attaqué par Akata Witch et rapidement enchaîné avec Binti, deux romans que j’ai adorés ! L’autrice est aussi à l’aise en SF qu’en fantasy, en young-adult qu’avec un public plus jeune. Ce qui m’a complètement convaincue d’aller explorer le reste de ses titres !

Mary E. Pearson :

                                                  

Encore un roman débarqué dans ma pile-à-lire de travail et dont l’autrice n’aurait sans cela, sans doute eu aucune chance d’être lue (parce que je suis une affreuse lectrice pleine de préjugés, c’est comme ça). Et ça aurait été une erreur, car j’ai englouti ce diptyque en moins de temps qu’il n’en fallait pour le dire ! Et pourtant, ça partait assez mal, car je sentais poindre la fantasy romantique (ce que je déteste). Finalement, Mary E. Pearson a su me captiver par sa plume vivante et son intrigue nettement plus profonde qu’il n’y paraissait ! Et comme Dance of thieves m’a captivée, j’ai très envie de lire The Remnant Chronicles, dont la série ici-présente est en fait un spin-off.

Rebecca Roanhorse :

Dernière découverte de cette liste avec Rebecca Roanhorse et les deux premiers tomes de sa série Le Sixième Monde qui m’a vraiment emballée. Outre le mélange fantasy urbaine et univers post-apocalyptique hyper réussi, la culture navajo très présente et l’originalité de l’intrigue, j’ai été ferrée par ces deux premiers tomes. Vivement la suite, donc… et les autres romans de l’autrice !

Comme beaucoup trop d’autres années, je n’ai pas chroniqué le quart de ce dont je parle ci-dessus, mais que ça ne vous empêche pas d’aller chercher ailleurs sur la toile de bons avis sur ces titres !

Et vous, quel.le.s auteurices avez-vous découvert.e.s en 2020 et décidé de suivre ?

Brèves de comptoir #258

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Autour de l’imaginaire

La curieuse collecte du Comité d’Histoire Régionale.


Il n’est pas tout à fait question d’imaginaire ici (quoique !), mais cette info a tout à voir avec les Imaginales.
Le Comité d’Histoire Régionale organise, jusqu’au 15 mars, une collecte d’objets relatifs aux acteurs de l’Histoire et du patrimoine de la région Grand Est. Ceux-ci seront exposés dans un Cabinet de curiosités de l’Histoire et du patrimoine, afin de présenter le Comité d’Histoire Régionale, le réseau et surtout les structures participantes sous un format inédit, attractif et ludique, qui sera visible durant Les Imaginales, du 27 au 30 mai 2021, à Épinal. Pour en savoir plus, ça se passe là !

Remplir sa bibliothèque

Opération « Adopte un dragon »

Durant tout le mois de février, l’opération Adopte un dragon propose une trentaine de titres fantasy à -50% !


Dans la liste, je vous recommande chaudement :
Or & Nuit de Mathieu Rivero
Les Flammes de la nuit de Michel Pagel (même si je me souviens juste que j’avais aimé !)
♥ Chevauche-Brumes de Thibaud Latil-Nicolas
Destinée de Benedict Jacka
♥ La fille qui avait bu la lune de Kelly Barnhill  (et s’il ne devait y en avoir qu’un : que ce soit celui-là !)
Sénéchal de Grégory Da Rosa !

Mois du cuivre

Dans le même état d’esprit, ce sont cette fois des titres steampunk édités par Bragelonne, et proposés à 2.99€ !

Le coin des scribouillards :

La méthodo par Lionel Davoust !

L’auteur Lionel Davoust, déjà collaborateur au podcast Procrastination et qui publie en mai, aux éditions Argyll, Comment écrire de la fiction – rêver, construire, terminer ses histoires, inaugure une nouvelle série d’articles thématiques type « boîte à outils » : Geekriture. Premier épisode : « Mettre de la méthode dans ma créativité ».

Appel à textes fantasy et féminismes

Les organisatrices du colloque Fantasy et Féminismes : aux intersections du/des genres lancent un appel aux propositions de contribution, pour ce colloque qui se déroulera en ligne du 14 au 17 mai 2021 :

 » le présent colloque cherchera à interroger les intersections possibles  entre la fantasy et les théories féministes et queer, afin d’en élargir les possibilités critiques et d’en  questionner les a priori. Que peuvent apporter les approches féministes et les études queer aux  perspectives développées pour étudier la fantasy en tant que genre, mais aussi les phénomènes  faniques, militants et commerciaux qui l’entourent? Comment peut-on aborder les productions de  fantasy en évitant de reconduire une perspective binaire, et en s’intéressant plutôt aux dynamiques  de genres sexués et aux marges? […] Le colloque se veut transdisciplinaire et intersectionnel, de même que situé aux croisements entre la pratique d’écriture et la pratique politique, la recherche et la politique, la recherche et l’écriture. En ce sens, nous vous encourageons à croiser différentes approches et lectures (féministes, queer, antispécistes, antiracistes, etc.), lorsque les productions de fantasy que vous aurez choisies s’y prêteront. Les propositions de communication peuvent porter sur des textes littéraires, des bandes dessinées, des séries télévisées, des films, des jeux de rôle, etc. Les pratiques créatives ou les réflexions de recherche-création sont aussi les bienvenues. « 

Les contributions sont attendues avant le 21 février 2021. Infos subsidiaires ici !

Des podcasts, des rencontres !

Fantasy et Métal

C’est le nouveau podcast de l’équipe d’Elbakin ! On avait parlé du premier épisode ici. Cette fois, l’équipe se penche sur Blind Guardian, « hérauts du power metal allemand« , et il sera également question d’Howard, Moorcock et Tolkien ! C’est à écouter ici.

Au passage, Elbakin a mis en ligne son 82e podcast, consacré au bilan fantasy de 2020.

Géométrie du réel

Géométrie du réel  est un podcast bimensuel d’interviews autour du thème « l’imaginaire comme questionnement du réel », avec des personnalités de la littérature de l’imaginaire, de la spiritualité laïque, de l’écologie…  Il est produit par le studio les éditions L’Alchimiste (romans de SF, fantasy, fantastique, récits initiatiques, thrillers ésotériques, essais de spiritualité laïque) et animé par Lionel Cruzille. 
L’édition du 1er février invitait Jérôme Vincent d’Actusf, pour parler de l’anthologie Nos futurs.

Lovecraft, le misanthrope imaginaire !

C’est le titre d’un épisode du podcast Blockbuster. Au micro de Frédérick Sigrist : Alex Nikolavitch, romancier, auteur d’une BD sur la vie de Lovecraft intitulée Howard P. Lovecraft, celui qui écrivait dans les Ténèbres (éditions 21g) et essayiste spécialiste de la pop culture ; Patrice Louinet, traducteur et spécialiste de l’œuvre de Robert E. Howard, à propos duquel il a soutenu une thèse sur Howard l’année dernière et enseigne un module Fantasy à Science Po ; François Baranger, illustrateur et écrivain, dont le Tome 2 des Montagnes hallucinées – illustré  de Lovecraft (Bragelonne). C’est à écouter ici !

V.E. Schwab à l’American Library de Paris !

L’autrice Victoria Schwab était, le 27 janvier, interviewée par l’American Library de Paris. Conditions sanitaires obligent, la rencontre s’est faite en visio, et est désormais visible sur leur chaîne !

Bon dimanche !

Akata Witch #1, Nnedi Okorafor.

Mon nom est Sunny Nwazue et je perturbe les gens. Je suis Nigériane de sang, Américaine de naissance et albinos de peau. Être albinos fait du soleil mon ennemi. C’est pour ça que je n’ai jamais pu jouer au foot, alors que je suis douée. Je ne pouvais le faire que la nuit. Bien sûr, tout ça, c’était avant cette fameuse après-midi avec Chichi et Orlu, quand tout a changé. Maintenant que je regarde en arrière, je vois bien qu’il y avait eu des signes avant-coureurs. Rien n’aurait pourtant pu me préparer à ma véritable nature de Léopard. Être un Léopard, c’est posséder d’immenses pouvoirs. Si j’avais su en les acceptant qu’il me faudrait sauver le monde, j’y aurais peut-être réfléchi à deux fois. Mais, ce que j’ignorais alors, c’est que je ne pouvais pas empêcher mon destin de s’accomplir.

Cela fait un moment que j’ai noté les romans de Nnedi Okorafor sur ma liste-à-lire. J’avoue que je pensais plutôt à Qui a peur de la mort ? pour attaquer son œuvre, mais c’est finalement par le rayon jeunesse que je l’ai découverte. Et avec beaucoup de plaisir, je dois dire !

L’autrice déploie ici un univers fourmillant d’idées que j’ai trouvé proprement fascinant ! Je n’ai pas eu l’impression d’être assommée de descriptions et pourtant, le roman m’a laissé de fortes impressions visuelles.
Il faut dire qu’elle met le paquet : entre le funky train, les sortilèges aux effets bœufs et les mille et une petites choses de la vie – magique ou civile – qui font partie de l’intrigue (comme les matchs de foot ou les découvertes des lieux réservés aux sorciers), il est extrêmement facile de s’immerger.
Le système de magie est vraiment intéressant, surtout la façon dont les Léopards (le peuple des sorciers) gagnent des chittims, la monnaie locale : pour cela, il leur suffit d’apprendre. Plus la leçon est importante, plus la somme gagnée l’est ! En plus de cela, la valeur des chittims est inversement proportionnelle à la matière dont ils sont faits. En gros, les chittims d’or, c’est la menue monnaie, les chittims de bronze, ce sont les grosses pièces. C’est peut-être un peu classique, mais j’ai trouvé ça vraiment sympa comme trouvaille.

– T’aimerais bien l’être, toi, affirma Chichi avec un petit sourire satisfait. Bref, Kehinde et Taiwo, les jumeaux, ont passé le dernier niveau et sont devenus « les érudits des liens ». Une vieille femme nommée Sugar Cream est la quatrième, c’est « l’érudite du dedans ». Elle vit la majorité du temps dans la bibliothèque Obi. C’est la plus âgée et la plus respectée de tous. C’est elle la bibliothécaire en chef.
– La bibliothécaire ? répéta Sunny en fronçant les sourcils. En quoi est-ce si import…
– Laisse-moi t’expliquer un truc que Chichi et Sasha ont du mal à intégrer, intervient Orlu en reposant sa fourchette. Les Léopards – partout dans le monde – ne sont pas comme les Agneaux. Les Agneaux pensent que l’argent et tout ce qui est matériel sont les choses les plus importantes dans la vie. Tu peux tricher, mentir, voler, tuer, être bête à bouffer du foin, mais si tu peux te targuer d’avoir du fric et de posséder des tas d’objets, et que tu te vantes à raison, tu peux tout faire. L’argent et les possessions matérielles font de toi un roi ou une reine au royaume des Agneaux. Rien de ce que tu fais alors n’est mal, tout t’est permis. Les hommes et femmes Léopards sont différents. La seule manière de gagner des chittims, c’est en apprenant. Plus tu apprends, plus tu en obtiens. La connaissance est au centre de tout. Le bibliothécaire en chef de la bibliothèque Obi est le gardien du plus grand gisement de connaissances de toute l’Afrique de l’Ouest.

Au début du roman, j’ai eu (je dois dire) l’impression que l’autrice nous enfilait quelques clichés. La société est discrètement séparée entre Léopards et Agneaux – les Moldus locaux -, il y a une école de magie cachée, on mange des plats exotiques assez étranges et les adultes ont une fâcheuse tendance à déléguer des tâches d’une importance capitale à des petits nouveaux pas formés. Cela vous rappelle quelque chose ? Eh bien pas de panique, car c’est surtout pour les côtés roman d’apprentissage magique, école cachée et univers follement original que l’on s’y retrouve ! En effet, Nnedi Okorafor avance ses pions avant de détourner complètement les tropes et de prendre des directions un peu moins attendues. Bref, c’est drôle et bien mené !

Le récit évoque aussi à merveille les sujets de la différence et de la difficulté à s’intégrer. Sunny a en effet bien du mal. Déjà parce qu’elle est albinos et qu’aux yeux de ses compatriotes, elle n’a ni la bonne couleur, ni la bonne nationalité (puisqu’elle a grandi aux États-Unis). La vie à l’école est hyper difficile, la vie à la maison l’est tout autant, elle a du mal à se faire des amis et vit la découverte de son identité de sorcière comme une libération. Et si la part du roman d’apprentissage est importante, elle s’efface presque devant l’originalité de l’intrigue et de l’univers, ce qui forme un ensemble bien équilibré.
Outre les inventions propres aux Léopards, l’univers s’appuie fortement sur la mythologie et les coutumes nigérianes, qui s’entremêlent fortement aux pratiques magiques. Franchement ? Cela change agréablement dans le paysage de l’imaginaire ! Le texte est d’ailleurs parsemé de caractères nsibidi, une langue idéogrammatique utilisée par les Léopards. J’ai hautement apprécié le glossaire très riche en fin de volume, qui éclaire les lecteurs non seulement sur les mots utilisés en nsibidi, mais aussi dans les autres langues pratiquées au Nigeria. Tout cela permet une excellente immersion dans l’univers !

Cerise sur le gâteau ? Eh bien Akata Witch propose une véritable conclusion. Bien sûr, l’intrigue appelle à une exploration plus poussée de l’univers (et ça tombe bien, car il existe un tome 2 !), mais en proposant une fin très satisfaisante. Donc c’était parfait !

En bref, j’ai adoré commencer l’œuvre de Nnedi Okorafor par ce roman jeunesse qui propose une fantasy vraiment originale. Le récit est hyper fluide, sait se tirer des clichés que l’on sent se profiler tout en proposant une aventure complète. Excellente pioche pour ma part, donc, et je compte bien lire le tome 2 cette année !

Akata Witch #1, Nnedi Okorafor. Traduit de l’anglais (Nigeria) par Anne Cohen-Beucher.
L’École des Loisirs, 15 janvier 2020, 362 p.

Plein gris, Marion Brunet.

Qui a tué le leader de la bande ? Sur le voilier pris dans la tempête, chacun suspecte l’autre…
Lorsqu’Élise et Victor découvrent le corps de Clarence, noyé près de la coque de leur voilier, Emma comprend que leur croisière a définitivement viré au cauchemar. Avec la disparition de son leader charismatique, ce sont tous les secrets de la bande qui remontent à la surface, les rancœurs et les lâchetés qui régissent toujours un groupe. Et quand une tempête terrifiante s’annonce, les émotions et les angoisses se cristallisent dans une atmosphère implacable…

L’an dernier, j’avais plus qu’adoré Sans foi ni loi de Marion Brunet (que je n’ai pas chroniqué, mais que je vous recommande très chaudement). Donc j’étais très curieuse de lire son petit dernier en littérature jeunesse (je ne l’ai pas encore lue en adulte) avec Plein gris ! Et… et bah j’ai a-do-ré !

Une petite mise en garde si vous vous renseignez sur ce titre : bien que je l’ai catégorisé en « polar » sur mon blog (par défaut), ceci est un pur roman noir ! Pas d’enquête, pas de recherche du coupable ici, mais un portrait psychologique très fin des personnages.

Le récit est intégralement mené par Emma, une des jeunes navigatrices, et commence très fort puisque dès la première ligne, on assiste à la découverte du corps de Clarence flottant près du voilier. Or, ce n’est pas le problème le plus important auquel sont confrontés les personnages, si l’on peut dire, puisqu’il y a aussi cette  tempête qui va bientôt s’abattre sur eux et qui s’annonce dévastatrice. Cette terrible échéance amène un suspense incroyable au roman : on est tellement pris par l’ambiance cataclysmique du récit qu’on s’interroge à peine sur le pourquoi du comment on en est arrivés là.

Il faut dire que le récit fait alterner des scènes sur le bateau (avec nos quatre matelots pris dans la tourmente) et des flashbacks de leur rencontre, de leur amour (ou désamour) pour la voile, de leurs relations pas toujours apaisées avec Clarence, le disparu, charismatique leader s’il en était.
Au fil des pages, Marion Brunet tisse un très beau portrait de l’adolescence et des ado en pleine construction d’eux-mêmes (par eux-mêmes, par rapport à leurs amis, au sein d’un groupe…). Très vite dans leur jeunesse, les protagonistes se sont trouvés et ont formé un petit groupe très fermé, évoluant indépendamment de leurs congénères lycéens. Toujours sous la houlette de Clarence, qui fait la pluie et le beau temps sur leurs relations ! En creux, on découvre aussi un portrait de l’amitié toxique, hyper bien mené. Si les premiers chapitres restent en surface du sujet, l’autrice nous plonge de plus en plus loin dans les sombres abysses des relations du petit groupe. C’est aussi ce qui fait que l’on est happé par le récit, et plus tellement centrés sur le décès : ce qui s’est tramé dans le passé est aussi palpitant (si ce n’est plus !) que ce qui se déroule dans le présent.

Tout cela est mené d’une plume maîtrisée, qui ne laisse rien au hasard. L’effet cinématographique très fort des scènes sur le bateau vient aussi d’un champ lexical maritime très riche. Alors évidemment, si vous ne connaissez pas tous les termes techniques, certains vous laisseront peut-être un peu de côté. Est-ce gênant ? Pas du tout. Parce que même si certains termes semblent obscurs, le rythme, la précision de la plume, la poésie de certains extraits balaient tout sur leur passage.

En bref, Marion Brunet signe un roman noir à l’ambiance aussi prenante qu’angoissante. Le récit rythmé, porté par de courts chapitres alternant présent et flashbacks, laisse monter doucement la tension de ce huis-clos assez particulier. En même temps, l’autrice brosse un très beau portrait de l’adolescence et de l’amitié toxique. Excellente découverte pour ma part !

Plein gris, Marion Brunet. Pocket jeunesse (PKJ), 14 janvier 2020, 208 p.

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[2020] Petit bilan de novembre-décembre

Un peu de stats :

Comme je suis un peu en retard sur mes bilans mensuels (à peine !), je vais faire un doublé novembre-décembre !
En novembre, j’ai fait défiler quelques 2913 pages et écouté 2218 minutes d’audiolectures ! En décembre, j’ai apparemment un peu plus lu (3634 pages) et un peu moins écouté (1458 minutes). Vivent les BD et la lecture audio en temps de déménagement !

Carnet de lectures :

J’ai lu énormément de BD en cette fin d’année, et je ne pense pas tout chroniquer. La plupart étaient dues au Prix Livraddict, mais un certain nombre d’entre elles étaient de pures découvertes dans les rayons de la bibli !

Touchées, Quention Zuttion (Payot).


Lucie dort un couteau à la main. La crainte l’habite, les hommes l’effraient. Tamara, elle, se bat, se débat : pour ne plus être victime, elle devient agresseur. Quant à Nicole, c’est l’isolement. Elle s’efface, disparaît pour ne plus être visée. Les trois ont été victimes de violences sexuelles. Pour remonter la pente, trois femmes prennent les armes. Attaquer, défendre, toucher, se faire toucher… Elles vont se reconstruire et reprendre une vie sociale grâce à un programme d’escrime thérapeutique. Un programme d’un an pour se sauver et reprendre la maîtrise de sa vie.
Premier titre du Prix LA ! C’est une magnifique BD sur la résilience et la reconstruction de soi, portées par trois victimes de violences sexuelles (aux parcours et personnalités vraiment différents). Le récit n’est pas centré sur leur passé, mais sur ce qui leur arrive après, la façon dont elles (re)vivent (ou pas), la façon dont elles essaient de se reconstruire. C’est à la fois délicat, sensible, et violent, quand on pense à ce pour quoi elles en sont là. Les illustrations, à l’aquarelle, sont vraiment superbes ! A l’heure qu’il est, je ne sais toujours pas pour quel titre voter dans cette catégorie, mais celui-ci a toutes ses chances !

Dans la tête de Sherlock Holmes, tome 1 : L’Affaire du ticket scandaleux, Cyril Lieron et Benoît Dahan.

Un simple diagnostic médical du Dr Watson se révèle être bien plus que cela…
La découverte d’une poudre mystérieuse sur des vêtements et d’un ticket de spectacle très particulier amène Sherlock Holmes à penser que le patient n’est pas l’unique victime d’un complot de grande ampleur.
Il semblerait en effet que l’étrange disparition de londoniens trouve son explication dans les représentations d’un magicien Chinois. D’autres tickets retrouvés confirment les soupçons du détective…

Chaudement recommandée par des amis et inscrite au Prix LA, cette BD avait tout pour m’attirer ! Et de fait, j’ai vraiment apprécié ma lecture. Le titre n’est pas usurpé, puisque l’on plonge très souvent dans la tête de Sherlock Holmes, organisée comme on peut le voir sur la couverture. La BD joue donc sur un découpage original, avec beaucoup de découpes et d’incises (et même une page à regarder en transparence), dont la suite logique est à suivre grâce à un fil rouge qui relie les cases. Mais je dois avouer que je me suis sentie un peu frustrée par l’enquête hyper classique, pas tout à fait à la hauteur du génial dessin ! Quoi qu’il en soit, je vais suivre cette série, c’est certain.

La fille dans l’écran, Lou Lubie et Manon Desveaux (Marabout – Marabulles).

Deux filles que tout opposent, prennent contact sur internet pour ensuite faire connaissance dans la « vraie vie ». Elles seront submergées par des sentiments troublants. Coline, 22 ans, vit en France et souffre de troubles anxieux qui l’ont isolée du monde. Hébergée à la campagne chez ses grands-parents, elle rêve de devenir illustratrice. Ses recherches d’inspiration la conduisent à contacter Marley, une photographe installée à Montréal. De son côté, Marley, 28 ans, vit au Québec et a abandonné sa passion pour la photo pour se laisser porter par sa vie montréalaise trépidante. Elle a un job alimentaire, un amoureux québécois et un quotidien rythmé par des sorties. Les messages de Coline vont réveiller en elle un réel besoin d’authenticité. Coline et Marley vont tisser un lien capable de surmonter la distance et le décalage horaire et qui se révèlera de plus en plus dense jusqu’à la rencontre en France…
Deuxième BD sélectionnée au prix LA et qui joue énormément sur les graphismes ! En effet, la BD est signée de deux illustratrices… et chacune raconte l’histoire de son personnage. Page de gauche, on suit donc l’histoire de Coline (par Manon Desveaux), tout en noir et blanc et page de droite, celle de Marley, tout en couleurs (par Lou Lubie). Les deux trajectoires et les deux styles graphiques, très différents, se répondent à merveille ! Côté intrigue, c’est un peu cousu de fil blanc, mais ça ne m’a vraiment pas dérangée… Le récit brasse pas mal de thèmes (relations familiales, amour, quête et affirmation de soi), mais de façon sensible et simple, ce qui rend le tout vraiment prenant. J’ai vraiment apprécié cette lecture !

Un été d’enfer, Vera Brosgol (Rue de Sèvres).


Dans cette œuvre autobiographique on découvre l’autrice à dix ans : venue de Russie, elle peine à s’intégrer aux États-Unis où elle s’est installée avec sa mère, son petit frère et sa petite sœur. Ses amies américaines vont chaque été dans de luxueux camps de vacances, qui font rêver Vera mais qui sont bien trop chers pour sa mère. Alors quand elle entend parler d’un camp d’été pour immigrés russes aux États-Unis, elle saute sur l’occasion ! Mais entre la cabane à toilettes insalubre, les randonnées épuisantes et les animaux dangereux, les vacances de rêve se transformeront vite en cauchemar…
Ce comics ressemble à s’y méprendre à une aventure comique. Alors qu’en fait, pas du tout ! Au fil des péripéties de Vera au camp scout (à la dure), l’autrice évoque le sentiment de solitude, la difficulté à s’intégrer (et à trouver des amies qui en valent vraiment le coup !) et à vivre entre deux cultures. C’est un récit vraiment profond, superbement mené. Côté graphismes, elle use d’un style un peu naïf (beaucoup de très ronds) qui colle bien au récit ; toute la BD est déclinées dans des nuances de vert (vu qu’on est dans la forêt presque tout du long, c’est raccord). J’ai envie de lire d’autres titres de l’autrice, maintenant !

Spirite, tome 1 : Tunguska, Mara (Drakoo).

Dans le New York des années 1930, Ian Davenport, timide jeune chercheur en spiritologie qui traque mais surtout étudie les fantômes, voit son mentor et ami Boris Voynich se faire assassiner sous ses yeux dans des circonstances étranges. Il se retrouve alors propulsé dans une sombre histoire de meurtres inexpliqués qui semblent ne cibler que ses confrères spiritologues. Seul, désespéré, rejeté par la police qui ne le prend pas au sérieux de par son métier peu crédible, il décide de chercher de l’aide auprès des journalistes d’une rubrique paranormal d’un grand journal New York. Là, il y rencontre Nell Lovelace, une jeune femme sceptique au caractère bien trempé, qui accepte à contrecœur de l’aider. Ensemble, ils vont tenter de percer le secret de cette affaire de meurtres, qui semble liée à la terrible explosion d’origine mystérieuse de Tunguska en 1908, contrée perdue de la Sibérie profonde.
Première chose qui m’a marquée dans cette BD : les magnifiques illustrations !! Elles ont un cachet fou ! J’avais l’impression d’être dans un film d’animation parfaitement transposé. Les décors sont hyper soignés, les personnages bien détaillés, c’est un plaisir à regarder, donc. Côté intrigue, j’ai trouvé que l’équilibre était très bon entre l’introduction à l’univers et l’aventure menée. Celle-ci mêle chasse aux fantômes, un brin de fantastique et un peu d’enquête et s’avère hyper prenante. J’ai hâte de lire la suite !

Il faut flinguer Ramirez, tome 1, Nicolas Petrimaux (Glénat).

Jacques Ramirez est l’exemple parfait de l’intégration des personnes handicapées dans le milieu professionnel. Le fait d’être muet ne l’a pas empêché de devenir le meilleur technicien chez Robotop, le leader de l’aspiration des poussières. Ponctuel, efficace et aimable, son nom a même été avancé pour recevoir le titre d’employé de l’année (chut, ce n’est encore qu’une rumeur). Par contre, le cartel mexicain de la drogue l’a dans le collimateur et un contrat court sur sa tête.
J’avais beaucoup entendu parler de cette BD et j’étais éminemment curieuse de savoir ce qu’il en allait… et j’ai adoré ma découverte ! Le récit est un bon gros thriller avec une intrigue complètement déjantée (le cartel mexicain ne faisant pas dans la dentelle). Il y a un énorme décalage entre cette intrigue et l’ambiance générale de la BD, qui présente énormément d’humour, notamment dans des petits coins d’illustrations, ou des petites lignes. Mention spéciale, à ce titre, aux encarts publicitaires insérés dans le récit ! C’est génial ! Je suis très impatiente de lire le tome 2 maintenant !


Beate & Serge Klarsfeld : un combat contre l’oubli, Pascal Bresson et Sylvain Dorange (La Boîte à Bulles).

« Si les Allemands nous arrêtent, moi, je survivrai parce que je suis fort mais pas vous ». Ces paroles, prononcées en 1943 par son père, assassiné à Auschwitz, Serge Klarsfeld ne les oubliera jamais. Après la guerre, il se marie à Beate, une jeune allemande installée à Paris. Ensemble, ils se font la promesse d’obtenir la mise à l’écart de la vie politique allemande de tous les anciens nazis, puis d’obtenir le jugement et la condamnation des principaux responsables nazis de la déportation, notamment ceux ayant sévi en France. Distribution de tracts, manifestations, tentatives d’enlèvements, la « méthode Klarsfeld » prouve leur obstination à débusquer les anciens criminels de guerre qui vivent paisiblement en toute impunité alors que, durant la guerre, ils occupaient des postes officiels, soit comme gradé nazi avec Lischka, Hagen, ou Barbie soit en tant que collaborateurs français comme Papon, Bousquet ou Touvier…
J’avais lu les Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld à leur parution – une lecture vraiment passionnante ! – donc lorsque j’ai su que cette BD sortait, j’ai eu très envie de m’y replonger. L’auteur et l’illustrateur ont vraiment retranscrit à merveille le parcours de ce couple mythique de chasseurs de nazis : le récit est très bien mené, et se lit vraiment comme une aventure à part entière (alors que tout est super bien documenté). L’intrigue est vraiment centrée sur la traque de Klaus Barbie, une des plus emblématiques qu’ils ont pu mener et c’est aussi passionnant que dans les Mémoires ! Bref, une excellente BD biographique et historique, à mettre entre toutes les mains.

Tops/Flops :

Ces deux derniers mois de l’année ont été riches en très bonnes découvertes… et en moins bonnes ! Commençons par ces dernières !

Je n’ai pas été très emballée (et c’est rien de le dire) par Le Dernier Drae de Kelly St-Clare et Raye Wagner, un titre en lice pour le prix LA au rayon fantasy. (Depuis j’ai lu La Dernière courtisane, lui aussi en lice, que j’ai trouvé encore pire que nul, mais je m’avance un peu sur le petit bilan de janvier !). Dans Le Dernier Drae, il y a tout de même de bonnes idées, et l’univers est vraiment intéressant. Ce qui pêche, ce sont les incohérences dans la narration (peut-être dues au fait que c’est un récit à quatre mains), l’intrigue hyper survolée et les péripéties vraiment trop classiques. Je ne lirai pas la suite !
J’étais très curieuse de découvrir les livres d’Ann Leckie et j’ai donc lu La Tour du Freux, mais je pense que ce n’était pas le meilleur titre pour découvrir son œuvre. Le roman est très original (avec un choix narratif vraiment atypique), mais souffre de longueurs assez difficiles à surmonter, surtout dans la première partie. La seconde s’avère plus prenante, mais j’ai vraiment peiné sur le début.

Heureusement, j’ai aussi fait d’excellentes découvertes, et même eu deux coups de cœur, au rayon bulles (une fois n’est pas coutume !

J’ai découvert avec un immense plaisir Peau d’homme, d’Hubert et Zanzim (Glénat). Dans l’Italie de la Renaissance, Bianca, demoiselle de bonne famille, doit épouser un riche marchand (qu’elle n’a évidemment pas choisi). Or les femmes de sa famille détiennent une « peau d’homme » ! En la revêtant, Bianca devient Lorenzo, peut désormais visiter incognito le monde des hommes, apprendre à connaître son fiancé dans son milieu naturel… et découvrir au passage amour et sexualité. C’est génialissime ! L’histoire est hyper moderne et, sans le décor très Renaissance, on jurerait que cela se passe de nos jours (ce qui, en soi, est assez flippant sur l’ambiance de notre époque). Il y a beaucoup d’humour, et cela permet de faire mieux passer les sujets pas si drôles que cela qui sont évoqués – avec brio ! Bref, je recommande très chaudement ce titre !
J’ai également (enfin !) lu le premier tome de Stand still, stay silent, de Minna Sunberg (Akiléos) et j’ai adoré également. Ce comics fait la part belle aux mythologies scandinaves et nous embarque dans un périple post-apocalyptique mêlé d’un brin de fantasy. Les graphismes sont magnifiques ! J’ai vraiment adoré, et suis curieuse de lire la suite, comme les autres titres de l’autrice !

Citations

« Prudence laissa échapper un cri de surprise lorsqu’un troupeau de dragons sortit à son tour de la brume. Il s’agissait en fait d’embarcations dont la carlingue avait été forgée de façon à donner cette illusion. Longs de trente pieds environ, ces dragons balançaient gracieusement leur tête et leur queue dans le vent, donnant un mouvement naturel aux animaux mécaniques. Le réalisme était encore accentué par leurs yeux luisants et les volutes de vapeur qui s’échappaient de leur gueule. Sur les flancs des machines volantes, de costauds boucliers de bois avaient été alignés et leur chevauchement formait une rangée d’écailles colorées. Les cavaliers des hippoléoptères pointaient des arbalètes pourvues de gros barillets sur les pirates, tandis que les dragons mécaniques avaient chacun un canon sortant de leur ventre prêt à faire feu sur le pont de l’Héliotrope.Baissez vos armes ! répéta Mousquet à ses hommes, qui s’exécutèrent enfin.
Aussitôt les visiteurs firent de même et les canons se replièrent à l’intérieur des dragons dans un raclement sourd.
L’un des hippoléoptères se posa lourdement sur le navire, soulevant un nuage de neige poudreuse. Son cavalier sauta lestement sur le pont.
D’une voix étouffée par le col de sa cape, il s’adressa au capitaine :
– Afevis din idenotit, netop dine henasigter.
– Venner ! Venner, at spise venner, répondit Mousquet, pataugeant dans les deux mots de nordish qu’il connaissait.
Le nouveau venu hésita. En effet, le capitaine venait de lui proposer de manger ses amis, ce qui n’était évidemment pas dans ses intentions. »
Steam Sailors, tome 1 : L’Héliotrope, E.S. Green.

« Comme vous êtes intelligente, Cassandra !
Ayant passé l’âge de feindre la modestie, elle ne chercha pas à nier. En effet, elle était intelligente. De plus, elle avait eu la chance de grandir dans une maison où l’intelligence des filles était appréciée et où celles-ci n’avaient pas à s’excuser de posséder un cerveau. »
Miss Austen, Gill Hornby.

« Âgée de trois ans de plus que moi, elle avait le charme et la sensibilité d’un coup sous la ceinture. »
Bone Season, tome 1 : Saison d’os, Samantha Shannon.

« Ainsi, mourir quand on très aimé par une personne atteinte de démence est une mauvaise chose d’un côté, parce que la personne ne se souvient pas très souvent qu’on est mort ; mais c’est une bonne chose d’un autre côté, parce qu’on est pleuré fraîchement à chaque fois qu’elle se souvient, de sorte que notre absence ne devient jamais banale et jamais une habitude. »
Âge Tendre, Clémentine Beauvais.

« Si tout le monde répète sans cesse qu’on ne vaut rien du tout, il est difficile de ne pas le croire. »
L’Incivilité des fantômes, Rivers Solomon.

« Eh bien, en ce cas, cessez de faire des manières. Je passe déjà beaucoup trop de temps à essayer de décoder vos euphémismes puis à réparer les pots cassés quand je les ai mal décodés. »
L’Incivilité des fantômes, Rivers Solomon.

« Ces derniers temps, quand je vois des jeunes gens de vingt et un ans, je les trouve d’une jeunesse consternante, à peine sevrés du lait de leur mère, mais lorsque j’en avais vingt, je me considérais comme un homme adulte. J’étais père d’un enfant, j’avais combattu dans le mur de boucliers et ne m’en laissais conter par personne. En un mot, j’étais arrogant, sot et entêté. »
Le Quatrième Cavalier, Bernard Cornwell.

La Reine courtisane, Anna Triss.

Après des siècles de paix, les quatre Éléments-Clans de l’île Symbiose se livrent une guerre sans merci. Sylvan, le jeune roi Falune, guerrier cruel et impitoyable capable de contrôler la magie de Feu, asservit les trois autres royaumes de Symbiose en semant la mort et la terreur sur son passage.
Je suis la reine Alena du Clan Gelane affilié à la magie de l’Eau.
J’ai été capturée par mon pire ennemi lors du siège de ma cité. Je connais déjà le sort funeste qui m’attend ce soir. Comme les princesses des deux autres Éléments-Clans qui m’ont précédée, je suis destinée à devenir la nouvelle épouse du tyran Sylvan.
Et demain à l’aube… Je serai exécutée.
Mais reine ou esclave, je reste avant tout une Gelane. Je ferai honneur à notre devise ancestrale.
« Face à son ennemi, un Gelane ne verse aucune larme, et jamais il ne renonce à brandir ses armes. »

Après avoir tellement peiné sur Le Dernier Drae, autre titre de la sélection Fantasy du Prix Livraddict, je pensais être tirée d’affaire. Il ne pouvait pas y avoir deux titres qui me déplaisent profondément dans la même sélection, non ? Eh bah raté. Il y en avait un deuxième et j’ai nommé La Reine courtisane.

Avant d’attaquer les choses qui fâchent, parlons des bons points de ce roman – car oui, il y en avait !
L’intrigue se déroule intégralement sur l’île de Symbiose, elle-même sise dans l’univers déjà détaillé dans la série La Guilde des ombres. Si le statut de spin-off explique l’impression d’univers très complexe que l’on a en attaquant le roman, il n’est pas nécessaire d’avoir lu l’autre série pour tout comprendre.
L’île de Symbiose est répartie entre quatre Clans, dont les magies sont liées aux quatre éléments. A cela s’ajoute un cinquième clan, celui des Renégats, c’est-à-dire les habitants dépourvus de magie et envoyés en exil. Charmant, non ? Or, pour ne rien arranger, c’est la guerre sur l’île, menée par le clan du Feu, qui a déjà rétamé ceux de la Terre et de l’Air, et s’attaque désormais à celui de l’Eau. Le système de magie n’est pas particulièrement détaillé, mais chaque clan a la main-mise sur un des éléments, qu’il peut déchaîner à loisir. J’aurais bien aimé que ce soit un peu plus détaillé, d’ailleurs, de même que l’univers en général, car j’ai eu l’impression que l’on effleurait simplement du doigt les lieux arpentés (que ce soit en termes d’explications ou de descriptions).

Le résumé l’annonçait, le récit reprend quelque peu la trame des Mille et une Nuits, puisque la reine Gelane a bien vite l’idée de raconter des histoires pour obtenir un sursis. Or, les histoires qu’elle raconte semblent très liées à la situation qu’elle traverse… D’ailleurs, on s’aperçoit bien vite que l’on a affaire (du moins au tout début), à un narrateur non fiable. Ce qui est un peu dommage, c’est que c’est cousu de fil blanc… et donc qu’on s’en doute très fortement. De même, si j’ai aimé le procédé des histoires incluses dans l’histoire, j’ai trouvé qu’elles arrivaient un peu comme un cheveu sur la soupe, cassant parfois la narration et le suspense qui pouvait être en cours.
La narration, tiens, parlons-en ! La première moitié (grosso modo) du roman est intégralement narrée, à la première personne par Alena. Ce n’est vraiment pas le type de récit que je préfère (d’autant qu’elle est censée être illettrée et parle vraiment très très bien !), mais cela fonctionne très bien. J’ai donc été très gênée par le changement brutal de narration, dans la seconde partie, qui passe à une alternance entre Sylvan et Alena, toujours en première personne. Mais pourquoi, grands dieux ?! Sans surprise, on se retrouve donc avec des bouts de scènes racontés d’un côté, puis de l’autre, ce qui s’avère (souvent) répétitif (et très agaçant). D’autant qu’on se farcit encore plus de récits de pensée de part et d’autre, qui s’avèrent d’une affligeante niaiserie.
Du coup, j’ai trouvé le temps extrêmement long.

Il faut aussi dire que côté fantasy, ce n’est pas hyper original : les péripéties sont globalement assez convenues (on n’échappe ni à la prophétie, ni à la découverte de l’élu insoupçonné) et si c’est dans l’ensemble narré avec un minimum de rythme, on n’étouffe pas non plus sous le suspense. Heureusement que la plume de l’autrice est fluide, ce qui fait que ça se lit quand même !

Mais parlons plutôt du point qui fâche. La romance. Alors oui, c’est de la romantic fantasy, donc c’est un peu le principe du roman. Mais est-ce qu’on est vraiment obligés de subir plus de 400 pages de « je t’aime/moi non plus » dans une relation ô combien toxique ? Sylvan est un affreux connard qui mérite la prison à vie ou, mieux, le gibet – j’étais donc affreusement déçue qu’il ne finisse pas décapité. Mais on peut suivre des histoires avec des personnages que l’on n’apprécie guère, ce n’est pas gênant. Le vrai problème, là, c’est plutôt la façon dont est scénarisée la romance, dont le point culminant est rien moins qu’une scène de viol érotisée. En toute tranquillité. J’ai relu intégralement deux fois le chapitre pour être sûre que rien ne m’avait échappé, mais non. Et ça, très clairement, ça ne passe pas. D’autant que la narratrice voit ça comme le climax de sa relation avec son mari. Mari qui la viole pendant son sommeil, parce qu’apparemment, il n’a pas reçu le mémo de « partenaire endormi = pas de consentement ». De son côté, elle décrit un rapport non consenti avec des termes comme « douleur », « meurtrissure », mais qui lui procure beaucoup de joie car, quand même, il faut prendre en compte que son pauvre petit mari a beaucoup souffert quand son papa est mort, donc ça va. Euh, pardon ?! 

Bref, je me suis fait un point d’honneur d’aller au terme de ce roman malgré une intrigue passablement pénible et des personnages particulièrement tête à claques. Tout cela aurait pu se terminer sans plus de désagrément, s’il n’y avait eu cette scène de viol érotisé, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase de mon exaspération. Il va sans dire que je ne voterai pas pour ce titre !

La Reine courtisane, Anna Triss. Black Ink, octobre 2019, 442 p.

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Et ce titre me permet de valider la catégorie Danse de la fée dragée du Cold Winter Challenge !

Brèves de comptoir #257

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Le coin des festivals et autres rendez-vous

Rencontre fantasy à Moulins !

Samedi 30 janvier à 15h, la Médiathèque de Moulins (8, place Maréchal de Lattre de Tassigny, Moulins, Allier) propose une table ronde consacrée à la fantasy, animée par Joël Bouvier (d’Auvergne-Rhône-Alpes Livre et Lecture). Cette table réunira les auteurs Jean-Laurent Del Socorro, Nadia Coste et Jérôme Vincent, des éditions ActuSF.  Toutes les infos ici.

Les titres en lice pour le Prix Imaginales de la Bande-dessinée des Bibliothécaires !

Lancé cette année, le Prix Imaginales de la Bande-dessinée des Bibliothécaires est le (5e prix spécial décerné par le festival spinalien des Imaginales. Sous la houlette du comité de sélection (composé d‘Amélie Muths, bibliothécaire à la Médiathèque départementale des Vosges et de 8 professionnels qualifiés), les bibliothécaires lisent les 5 titres de la sélection, qu’ils classent à l’issue de la période de lecture (de janvier à avril). Le lauréat sera proclamé durant le festival des Imaginales, au mois de mai. (Toutes les infos autour de ce prix tout neuf sont visibles ici).
Voici les titres en lice cette année :

Carbone & Silicium, Mathieu Bablet (Ankama).
Géante, histoire de celle qui parcourut le monde à la recherche de la liberté, Nuria Tamarit et JC Deveney (Delcourt).
Le Convoyeur, tome 1 : Nymphe, Dimitri Armand et Tristan Roulot (Le Lombard).
Le culte de Mars, Mobidic (Delcourt).
Peau d’Homme, Zanzim et Hubert (Glénat)

Les inscriptions sont ouvertes à l’ensemble des bibliothèques et CDI francophones !

Les Intergalactiques (Lyon) 2021 !

Le festival Les Intergalactiques se tiendra à Lyon du 15 au 20 avril 2021, sur le thème « la forme de l’autre ». Au programme : Salon du livre, Scène musicale, Tables rondes, Brocante, Salon de la micro-édition, Projections courts & longs métrages, Concours vidéos…
Dans le cadre de ce festival se tient notamment la 9e édition du Prix René Barjavel, récompensant la meilleure nouvelle de science-fiction. Voici le thème retenu cette année : « L’humanité a un destin étoilé qu’il serait bien dommage de perdre sous le fardeau de la folie juvénile et des superstitions infondées. »
La nouvelle doit être inédite, et se présenter sous la forme d’un tapuscrit en langue française en format pdf uniquement ; elle doit comporter au maximum 1111 mots.
Date limite d’envoi : 15 mars 2021
Toutes les infos ici !

Séries et autres adaptations

Donjons & Dragons en série ?

Donjons & Dragons connaît donc deux adaptations parallèles, puisqu’en plus du film prévu pour 2022 (produit par Paramount, scénarisé par Jonathan Goldstein et John Francis Daley), voilà que s’annonce une série, portée par Hasbro et eOne. Au scénario, Derek Kolstad (à qui l’on doit déjà John Wick et qui travaille actuellement sur la série The Falcon and the Winter Soldier).
Le développement du projet vient tout juste de débuter.

Drame de Troll est disponible !

L’adaptation de la nouvelle de Terry Pratchett par Snowgum Films, un court-métrage de 28 minutes, est visible en ligne ! Plus d’informations sur cette adaptation ici.


Du côté de la blogo

Un dernier livre avant la fin du monde recrute !

L’équipe du site Un dernier livre avant la fin du monde cherche à s’agrandir de deux nouveaux chroniqueurs, un.e spécialiste Policier/roman noir ; et un.e spécialiste Fantasy/Fantastique.
L’équipe est bénévole.
Si vous avez envie de parler de votre passion en écrivant un article tous les 15 jours, alors vous pouvez leur envoyer un petit message à cette adresse: undernierlivre@gmail.com

Éditeurs et librairies

Dictionnaire historique de la SF en préparation !

The Historical Dictionary of Science Fiction (HDSF) est un projet de dictionnaire gratuit en ligne, édité par le lexicographe américain Jesse Sheidlower. Ce projet découle du Science Fiction Citations Project, lui-même provenant d’une production participative dirigée par l‘Oxford English Dictionary.
Ce nouveau dictionnaire inclura, outre les définitions des termes proposés, des citations de travaux consacrées à la science-fiction permettant d’illustrer ces termes et leur évolution. La mise en ligne est prévue pour le 26 janvier 2021.

Bilan 2020 des librairies !

Comme l’an dernier, la rédaction d’Elbakin propose un tour d’horizon des librairies, consacrées à la (difficile) année 2020. A l’heure actuelle, la Fnac de Marseille et la librairie Critic de Rennes ont répondu, et la page sera enrichie dans les prochaines semaines.

Le tour des maisons d’édition 2021 !

Toujours chez Elbakin, un tour d’horizon des maisons d’édition consacrées aux littératures de l’imaginaire est en cours. Jusque-là, une quinzaine de maisons d’édition ont déjà répondu aux questions de la rédaction. Comme pour les librairies, la page sera enrichie dans les semaines à venir !

Podcasts, conférences et autres ballado-diffusions !

Conférences autour de l’exposition Magie-Sorcellerie !

Le Museum de Toulouse proposera à la réouverture des musées l’exposition Magie – Sorcellerie. Cette exposition devait s’accompagner de 10 jeudis de conférences, dont les premiers ont été annulés en raison de la situation sanitaire. Les autres rendez-vous, eux, seront diffusés sur la chaîne Youtube du Museum. Le planning initial est visible ici, et voici déjà la première conférence :

Volutes, le podcast !

Volutes est le podcast des éditions La Volte et Radio Parleur. Pour sa troisième édition, jeudi 28 janvier à 18h, la parole est donnée aux autrices Mélanie Fievet et Chloé Chevalier (respectivement autrices d' »Inotropisme » et « Les Derniers possibles », deux textes parus dans l’anthologie Demain la santé), qui ont choisi d’inviter Caroline Izambert, directrice Plaidoyer chez Aides. Plus d’infos ici !
Le premier épisode est audible ici, le deuxième ici.

Bon dimanche !

Fin de série #3 – Bilan 2020

En 2015, j’ai rejoint le défi Fin de série d’Acr0. Je n’ai pas DU TOUT été assidue ni sur les articles de suivi, ni dans le dégommage de PAL (sauf l’année dernière). Mais chaque effort compte et ce sont les petits cailloux qui, les uns après les autres, font la pyramide (non ?).

Bref, c’est maintenant l’heure du bilan. Quelles séries sont enfin passées à la moulinette en 2020 ? Ai-je progressé dans mon défi ? Ma PAL a-t-elle baissé jusqu’à atteindre la perfection (le zéro) ? (Spoiler alert : NON). Ai-je atteint l’objectif auquel je rêvais l’année dernière, à savoir terminer plus de séries que je n’en commence ? Arrêtez de ricaner, dans le fond, je vous entends !
Pour rappel, la grosse liste des sagas en cours est visible ici.

Voyons donc !

Séries terminées :

Ce qui nous fait donc un total de 6 séries terminées. Pas terrible, entendons-nous bien, MAIS ! C’est toujours une série de plus que l’année dernière ! Eh oui !

L’extermination de séries n’a pas été hyper probante, qu’en est-il de la poursuite des en-cours ?

Eh bien je dois dire que j’ai été un peu plus active de ce côté-là. L’an dernier, je lisais 10 tomes de 9 séries. Cette année, je suis ravie de comptabiliser 22 tomes lus de 17 séries différentes ! Voici les heureuses élues :
Magus of the library, Mitsu Izumi. 2 tomes.
La Voie du tablier, 2 tomes (le 2, le 4)
La Rose de sang, Nicholas Eames.
Deadline, Mira Grant
La Musique du silence, Patrick Rothfuss (bien qu’il s’agisse d’un hors-série je le compte ici!)
Les Deux Tours et Le Retour du Roi, J.R.R. Tolkien (terminée dans l’année, donc !)
Le Fléau des Locustes, R. Roanhorse
Les Filles de mai, Pascale Quiviger
Plongée dans les catacombes, V.E. Schwab.
L’Étreinte des flammes, Patricia Briggs.
BL Métamorphose, t4
Danthrakon, T2
Gardiens des Cités Perdues, T8,
Shannon Messenger.
L’Héritage du Rail, Morgan of Glencoe.
L’Atelier des sorciers, tomes 4 et 5.
Les Enquêtes d’Enola Holmes, tomes 2 et 3.
Le Quatrième Cavalier, Bernard Cornwell.

Bon, par contre, même tarif que l’an dernier : j’ai lu, mais pas vraiment chroniqué.

Passons au nerf de la guerre. Quid des nouvelles séries débutées en 2020 ?

Déjà, je dois avouer qu’elles sont beaucoup, beaucoup plus nombreuses que 6 !
Je les divise en deux catégories : les entamées-et-abandonnées-dans-la-foulée et les fermement-entamées-comptez-moi-ça-dans-la-pile.

Cette année, j’ai attaqué 10 séries que je ne compte pas poursuivre – peut-être que je lirai les tomes 2 de certaines si je change d’avis, mais pour l’instant ce n’est pas du tout au programme.
Rivages, Gauthier Guillemin
Les Chroniques de Kelton, Jack Heath
Thair, Jean-Luc Marcastel.
La Lyre et le Glaive, Christian Léourier.
Les Brumes de Cendrelune, Georgia Caldera
Raven Blade, Anthony Ryan
La Prophétie d’Ulysse, David Pouilloux
L’Élixir du bourreau, Isabelle Fabula
Le Réveil des Légendes, Sophie Ginisty
Le Dernier Drae, Raye Wagner et Kelly St-Clare.

Et… j’ai commencé tout court 20 séries…

Le taux de chroniques n’est pas hyper brillant, ici non plus – et je n’ai pas tout à fait terminé la mise à jour des index, mais ça va venir!

Un peu de stats ?

Oui, tiens, passons tout ce petit monde à la moulinette.
On va repartir sur le chiffre (totalement farfelu) retenu l’année dernière de 60 séries en cours (cliquez pour voir le détail de ce comptage). Malgré le total (époustouflant !) de 6 séries terminées (hrm), tout cela nous amène à soixante-treize séries en cours. Je pensais que l’écrire en toutes lettres le rendrait un peu moins angoissant, mais en fait pas tellement. 73 !!!
J’écrivais quoi comme bonne résolution, l’année dernière, déjà ? Terminer plus de séries que je n’en commence ? J’entends mal, je crois qu’on passe sous un tunnel.

Et vous, les séries, ça avance ?