Sans cœur, Le Protectorat de l’ombrelle #4, Gail Carriger.

Lady Alexia Maccon a de nouveau des problèmes. Sauf que cette fois elle n’y est vraiment pour rien. Un fantôme fou menace la reine ! Alexia est sur l’affaire et suit une piste qui la conduit droit dans le passé de son époux. Mais la coupe est pleine quand sa sœur rejoint le mouvement des suffragettes – choquant !, avec la dernière invention mécanique de Madame Lefoux et une invasion de porcs-épics zombies… Avec tout ça, Alexia a à peine le temps de se souvenir qu’elle est enceinte de huit mois ! Découvrira-t-elle qui tente d’assassiner la reine Victoria avant qu’il soit trop tard ? Les vampires sont-ils encore coupables, ou un traître se cache-t-il parmi eux ? Et qui ou quoi, exactement, a élu résidence dans le deuxième dressing préféré de Lord Akeldama ?

Le Protectorat de l’ombrelle est une série que j’apprécie énormément et que, par conséquent, je déguste à toutes petites doses – et s’il ne me reste qu’un tome, je sais que je peux retrouver la plume de Gail Carriger dans les aventures de Sophronia et celles de Prudence.
Donc, cet été, j’ai pris Sans cœur (en guise de compensation à la fin des vacances) et, une fois de plus, j’ai vraiment bien fait, car j’ai vraiment eu la sensation de lire le meilleur tome de la série jusque-là.

L’histoire reprend assez vite après la fin de l’opus précédent : Alexia est toujours enceinte et les vampires toujours de mauvaise humeur. D’ailleurs, elle subit une tentative de meurtre dans les tous premiers chapitres du roman, rien de moins. À partir de là, on sombre dans une enquête pour le moins ardue et hautement originale, puisque sont impliqués les vampires, les loups-garous (et plus précisément la meute de Kingair, l’ancienne meute de lord Maccon, que l’on a visitée dans le tome 2), des fantômes qui ont des dépositions extrêmement étranges à faire et les inventions de Madame Lefoux – et pas seulement ses chapeaux les plus audacieux, ceux qu’affectionne particulièrement Ivy.
L’enquête proprement dite met un peu de temps à démarrer, mais c’est surtout parce qu’on est assaillis par un tas de problèmes qui s’ajoutent les uns aux autres : il y a la tentative de meurtre, évidemment, la grossesse d’Alexia (qui est pénible surtout pour les autres, semble-t-il), le débarquement de Félicité chez les Maccon (après avoir rejoint les suffragettes, imaginez un peu !) et les problèmes de Biffy (lequel est passé d’aspirant vampire à loup-garou confirmé, un vrai bouleversement) à régler. Du coup, dans un premier temps, les fantômes n’occupent que le second rang. Jusqu’au moment où l’on met bout à bout le faisceau d’indices récoltés et qu’on s’aperçoit qu’en fait… eh bien il se passe plus de choses qu’on ne pourrait le croire au premier abord.

Cette apparente lenteur n’est pas un frein car elle permet de soigner les personnages. Ainsi, Félicité, quasiment inexistante jusque-là, prend une certaine ampleur. C’est également le cas des membres de la meute de Kingsley : le tour que prend l’enquête d’Alexia permettra à certains d’entre eux, traditionnellement dans l’ombre, d’arriver enfin sous les feux des projecteurs, ce qui n’est pas désagréable du tout.

Comme dans les tomes précédents, l’intrigue est truffée d’humour : qu’il s’agisse d’une attaque de porcs-épics zombies ou des réparties cinglantes des uns et des autres, on s’amuse beaucoup dans ce récit – et ce malgré les aspects parfois dramatiques de l’histoire.

En bref, ce tome 4 était (et je n’en doutais pas), une excellente découverte ! L’intrigue est palpitante, merveilleusement menée et permet de découvrir un peu mieux les rouages des meutes et des ruches. Le suspens est à son comble et l’enquête offre à la fois des scènes d’action démentielles, comme des dialogues savoureux. Une fois de plus, l’originalité est au rendez-vous ! Rendez-vous au cinquième et dernier tome, donc.

◊ Dans la même série : Sans âme (1) ; Sans forme (2) ; Sans honte (3).

Le Protectorat de l’ombrelle #4, Sans cœur, Gail Carriger. Traduit de l’anglais par Sylvie Denis. Le Livre de Poche, mars 2014, 445 p.
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Brèves de comptoir #153

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

 

Lundi : le Mois de l’imaginaire !

♦ dans les Bibliothèques de la Ville de Paris :

7 octobre, 11h-12h30  : Le café de l’imaginaire – Bibliothèque Rainer Maria Rilke (75005)
 12 octobre, 19h-21h30 : Conférence Science-fiction et politique – La parole aux éditeurs indépendants avec Frédérique Giacomoni, (Le passager clandestin) et Jean-Marie Goater (éditions Goater) – Bibliothèque Rainer Maria Rilke (75005)
 13 octobre, 19h-22h30 :  Conférence / Débat : Estelle Faye et Léo Henry face à la ville imaginaire – Bibliothèque Rainer Maria Rilke (75005)
14 octobre, 15h-17h : Lecture/Rencontre avec Carole Trébor autour de son roman Lumière – Bibliothèque Georges Brassens (75014)
 14 octobre, 17h-22h30  : Soirée jeu de rôles autour du roman Wastburg de et avec Cédric Ferrand – Bibliothèque Rainer Maria Rilke (75005)
 20 octobre, 19h-21h : Conférence Lever de rideau sur l’édition d’imaginaire, modérée par Solène Dubois (Comité SF, Fantasy, Fantastique des bibliothèques de Paris) avec avec Jean-Paul Arif, directeur des éditions Scrinéo et Pascal Godbillon, responsable des collections Folio SF chez Gallimard et Lunes d’encre chez Denoël – Médiathèque Hélène Berr (75012)

à Bordeaux :

Du 4 au 6 octobre, le Colloque international CERLI (Centre d’Etudes et de Recherche sur les Littératures de l’Imaginaire) portera sur le thème Voyages intérieurs et espaces clos avec les auteurs et acteurs culturels suivants : Ugo Bellagamba, Pierre Bordage, François Coupery, Xavier Mauméjean, Laurent Queyssi, Stéphanie Nicot, Jean-Luc Rivera.
Du 4 au 6 octobre c’est le Colloque international CERLI 2017 sur le thème Voyages intérieurs et espaces clos dans les domaines de l’imaginaire.

à Lille :

Et c’est l’Université Lille 3 (Domaine Universitaire du Pont de Bois, 59653 Villeneuve d’Ascq) qui régale. Voilà le programme :
4 octobre : Murder Party Harry Potter dès 9h00 avec l’association La Taverne oubliée.
12 octobre : Rencontre avec Noureddine Seoudi, auteur de la trilogie Sîn le dernier poète de 12h15 à 13h30.
19 octobre : Rencontre avec Jean Claude Bologne, auteur entre autre de Sherlock Holmes et le secret des lettres, de 12h15 à 13h30
26 octobre  : Diffusion du film Excalibur de John Boorman à 17h00.

Lundi encore : inscriptions ouvertes aux États Généraux de l’Imaginaire !

Dans la foulée de l’Appel à l’imaginaire (passé au cours du Salon du Livre de Paris) et de la pétition (que vous pouvez toujours signer) pour soutenir cette initiative, les premiers états généraux de l’imaginaire se tiendront durant le festival des Utopiales de Nantes, le samedi 4 novembre 2017, de 9h à 12h.
Les états généraux sont ouverts à tous : chacun est invité à y participer, dans l’objectif de construire les discours et les actions pour mieux promouvoir cette littérature «qui reste encore mal considérée et mal représentée par la presse généraliste en France et qui restent difficile à représenter et à légitimer alors que les auteurs sont de plus en plus nombreux et rencontrent un grand succès auprès du public».
Les inscriptions se font ici ; pour plus d’infos, vous pouvez consulter le forum dédié ou la page Facebook.

Lundi toujours : le retour du Projet Bradbury !

Objectif du projet ? Écrire une nouvelle par semaine. Pour en savoir plus, n’hésitez pas à regarder la vidéo de Neil Jomunsi, son instigateur :

Ou à lire son interview !

Mardi : la rentrée du Dépôt imaginaire !

Le Dépôt imaginaire, qui réunit des éditeurs indépendants, à Lyon, vous présente ses projets pour l’année 2017/2018 :

Mercredi : nouvelle maison d’édition à la recherche d’informations !

Une maison d’édition en création a lancé un questionnaire pour une étude de marché : si vous êtes lecteurs d’imaginaire, allez y répondre !

Mercredi encore : panorama du lectorat d’imaginaire en 2017 !

En vue du Mois de l’imaginaire (qui se déroule au mois d’octobre), Babelio a lancé une enquête sur le lecteurs de SFFF : quel est son profil ? Quelle importance accorde-t-il aux différentes parties du livre ? Comment choisit-il ses lectures ?
Le réseau social littéraire invite donc qui le souhaite à sa 12e conférence du cycle (destiné aux professionnels du livre) « Les pratiques des lecteurs », le lundi 25 septembre 2017, 19h (rue de Malte, Paris 11e).
Seront invités à débattre : Thibaud Eliroff, directeur des collections Nouveaux Millénaires et J’ai Lu SF et Mathias Echenay, fondateur des éditions La Volte. Ils offriront leur éclairage sur les spécificités et les évolutions du lectorat. C’est Octavia Tapsanji, responsable relations éditeurs de Babelio, qui se chargera de présenter l’étude.
Les réservations se font à cette adresse.

Jeudi : pourquoi il y a un peu de Valérian dans chaque film de SF !

L’article, signé Martin Cadoret, est à lire sur Slate.

Jeudi encore : lancement des éditions Lynks !

Je vous parlais brièvement, il y a quelques mois, de cette jeune maison d’édition.
Elles font leur soirée de lancement le jeudi 5 octobre 2017, au CC Café (6, rue Téophile Roussel, Paris 12e). Vous pourrez y rencontrer quelques auteurs (ainsi que leurs premières parutions).
Voici les premiers titres annoncés :

– Asynchrones, Fabien Clavel
– Lena Wilder, Johan Heliot
– Memory, Christine Féret-Fleury
– Fille d’Hécate – L’intégrale, Cécile Guillot.
De l’autre côté du mur – L’intégrale, Agnès Marot.
La soirée sera également celle du vernissage de l’exposition de l’artiste Mélanie Delon, visible au même endroit, depuis le 9 septembre et jusqu’au 6 octobre.

Jeudi toujours : rencontre avec N. K. Jemisin !

La double lauréate du prix Hugo sera le samedi 23 septembre 2017, de 15h à 17h, à la Mam’ayoka (2, place Pierre Mac Orlan, Paris 18e), dans le cadre de l’événement Littérature de femmes, et notamment autour de son dernier roman traduit en français, La Cinquième saison (récompensé du prix Hugo 2016).

Vendredi : les sélections des prix Imaginales 2018 !

Prix Imaginales des Lycéens :

Le Prix Imaginales des Lycéens, PIL pour les intimes, a pour but de promouvoir les littératures de l’imaginaire auprès du jeune public, en lui proposant des sélections riches et variées. Tous les ans depuis 2005, les lycéens sont appelés à voter pour leur titre préféré, qui se voit attribuer la prestigieuse récompense au cours des Imaginales. Voici les titres en lice :
Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro (ActuSF).
Les Illusions de Sav-Loar, Manon Fargetton (Bragelonne).
Les Seigneurs de Bohen, Estelle Faye (Critic).
Sim Survivor, Loïc Le Borgne (Scrinéo).
La Mère des eaux, Rod Marty (Scrinéo).

Prix Imaginales des Collégiens :

Créé en 2009, le Prix Imaginales des Collégiens, PIC pour les intimes, a pour but de promouvoir les littératures de l’imaginaire auprès du jeune public, en lui proposant des sélections riches et variées. Tous les ans, les collégiens sont appelés à voter pour leur titre préféré, qui se voit attribuer la prestigieuse récompense au cours des Imaginales (Épinal). Voici les titres en lice :
Le Secret de la dame en rouge, Béatrice Bottet (Scrinéo).
La Maison des reflets, Camille Brissot (Syros).
Le fer au cœur, Johan Heliot (Gulf Stream).
Titania 3.0, Pauline Pucciano (Magnard).
Zalim, Carina Rozenfeld (Scrinéo).

Vendredi encore : des podcasts !

Le n°10 de Coliopod est en ligne !

Cédric Jeanneret est blogueur depuis des années et spécialisé dans les littératures de l’imaginaire ; il se lance maintenant dans un nouveau défi : la création d’un podcast de nouvelles de science-fiction. Coliopod, c’est son nom, vous permettra d’écouter des nouvelles ou de les télécharger, le 15 de chaque mois. Pour ne rien rater de Coliopod, vous pouvez également suivre la page Facebook et lui donner un petit coup de main sur sa page Tipeee.
Ce mois-ci, le podcast propose la version audio de la nouvelle « Les anges tièdes » d’Estelle Faye, lue par l’autrice (nouvelle récompensée du prix Rosny Ainé 2017, catégorie nouvelle et parue, en 2016 dans l’anthologie  Un tremplin pour l’Utopie, dans la collection Hélios des Indés de l’imaginaire.)

Le n°64 d’Elbakin !

Cette fois, la team Elbakin s’intéresse aux salons et festivals de l’imaginaire.

Bon dimanche !

Morsure magique, Kate Daniels #1, Ilona Andrews.

À Atlanta deux réalités s’opposent : celle de la technologie et celle de la magie.
Pendant une vague magique, les mages sauvages lancent leurs sorts et des monstres apparaissent, les armes à feu refusent de fonctionner et les voitures ne démarrent plus. Puis la vague se retire aussi vite qu’elle est venue en laissant derrière elle toutes sortes de problèmes paranormaux. Nous vivons une époque dangereuse. Mais dans le cas contraire, je serais au chômage. Quand les gens ont des ennuis qui relèvent de l’occulte et que la police ne veut ou ne peut pas régler, on fait appel aux mercenaires de la magie comme moi.
Mais quand un nécromancien anéantit la seule famille qui me reste, je n’attends plus les ordres et je dégaine mon sabre.

On m’a plusieurs fois recommandé la série Kate Daniels et cet été, je m’y suis enfin mise. Et si je suis contente de la découverte que j’ai faite, j’ai tout de même un peu moins accroché que ce à quoi je m’attendais.

Ce premier tome présente un univers de fantasy urbaine comme je les aime : tout d’abord, la partie magique y est vraiment bien intégrée. D’ailleurs, ici, les vagues magiques et technologiques sont alternées : lorsque l’une est à son paroxysme, l’autre est au plus bas et inutilisable. Un courant alternatif qui peut donner du fil à retordre mais produit un univers original, dans lequel on peut aussi bien se déplacer en 4×4 qu’à cheval et qui a un petit côté post-apo fort sympathique.
La magie n’est donc pas cachée et les humains cohabitent (comme ils peuvent) avec des loups-garous, des vampires, des mages et un tas d’autres créatures tout aussi peu recommandables, qui constituent un univers complexe et vraiment bien fichu.
L’autre point que j’ai apprécié, c’est que bien que l’intrigue tourne autour d’une femme – la fameuse Kate Daniels – ses histoires de cœur ne sont pas au centre de l’histoire : celle-ci est vraiment centrée sur l’enquête que mène la mercenaire – et vu les standards de la fantasy urbaine avec une femme comme personnage central, ça change bien agréablement. Je ne vais pas dire qu’il n’y a aucune histoire de cœurs (il y en a), mais celles-ci ne sont pas prétexte à des scènes épicées n’apportant rien à l’intrigue.

Celle-ci présente plutôt une histoire de vengeance : on a touché à la famille de Kate et elle n’est pas prête à passer l’éponge. Assez vite, on comprend que Kate cache quelques secrets – dont certains sont dévoilés, sans trop en dire toutefois. Comme elle est mercenaire, Kate peut faire cavalier seule, tout en étant plus ou moins soutenue par sa troupe (financièrement, par exemple, ce qui la met à l’abri des problèmes d’argent). C’est une femme qui a du caractère, mais ce n’est pas seulement une bourrine armée d’une longue épée : les auteurs l’ont bien nuancée et proposent un personnage équilibré (qui a, en sus, le sens de l’humour, détail non négligeable).

Personnage et univers m’ont charmée ; mes réticences viennent, finalement, de l’intrigue. Si celle-ci se tient de bout en bout et propose moult péripéties endiablées, j’ai parfois eu du mal à suivre. Le texte connaît, en effet, des ellipses qui ne sont pas franchement matérialisées dans la narration (pas de saut de ligne ou de paragraphe). Du coup, c’est parfois un peu ardu à suivre, car on passe du coq-à-l’âne, et qu’il faut un peu de temps pour se remettre vraiment dans le bain. D’autre part, les phrases sont parfois hachées ; j’ai du mal à savoir si cela vient du texte ou de la traduction – mais celle-ci étant assurée par Sara Doke, j’ai quelques doutes, car ses traductions sont habituellement soignées. Bref, tout cela pour dire que c’est LE point qui m’a un peu chagrinée dans ce roman. Ceci étant dit, j’avais un peu le même genre de réserves avec Dresden, et au final, je me suis accrochée et c’est une de mes séries favorites, désormais. Raison pour laquelle je continuerai la lecture de Kate Daniels !

Si le style m’a parfois fait grimacer à la lecture de Morsure magique, j’ai tout de même apprécié l’univers et les personnages mis en place par Ilona Andrews. L’intrigue est fournie et bien menée et l’univers de fantasy urbaine tient parfaitement la route. Voilà donc une série que je suivrai sans aucun doute. 

Kate Daniels #1, Morsure magique, Ilona Andrews. Traduit de l’anglais par Sara Doke. Milady, 2009, 341 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

[2017] Petit bilan estival

Une fois n’est pas coutume, c’est un bilan pour les deux mois de juillet et août que je vous propose (faute de temps pour faire celui de juillet). Mine de rien, j’ai pas mal lu, mettant à profit un tas d’heures de transport et quelques jours de vacances – bien méritées, de mon point de vue !

Carnet de lectures. 

Côté romans.

Dans la peau de Sam, Camille Brissot, éd. Syros.
Charlie est belle, populaire et pas toujours des plus sympathiques, n’hésitant pas à se moquer de Sam, le loser du collège dont tout le monde se moque. En même temps, tout le monde se moque de lui, donc c’est facile. Alors qu’elle est à la fête foraine, Charlie aperçoit Sam en train de s’introduire dans une caravane dont l’accès est interdit au public. Curieuse, elle le suit… et mal lui en prend. Car dans la caravane se dissimule une attraction secrète qu’ils expérimentent un peu par inadvertance. Et c’est le drame ! Car à la sortie, Charlie est piégée dans le corps de Sam, et vice-versa. Et pas le temps de se renseigner, car voilà déjà l’heure de rentrer, chacun chez soi. Objectif : donner le change et surtout, récupérer chacun son corps !
L’intrigue est très courte (le roman fait une petite centaine de pages) et bien menée : les adolescents sont vite et bien caractérisés et l’histoire démarre très vite. Evidemment, vous vous doutez bien que les personnages vont finalement se découvrir et s’apercevoir que leurs bisbilles reposent sur du vent. Mieux, Charlie (que l’on suit plus que Sam), s’aperçoit que la position du harcelé est vraiment atroce… ce qui va la faire réfléchir à ses actes. Sans être moralisateur, le roman amène à une réflexion et c’est parfait ! En bref : une intrigue assez classique, mais néanmoins particulièrement efficace !

On n’a rien vu venir, collectif (éd. Alice).
Des manifestations de liesse populaire ont lieu dans tout le pays : le Parti de la Liberté a gagné les élections…
Mais, très vite, le nouveau pouvoir exclut tous ceux qui s’éloignent un tant soit peu de la norme – les « mal-habillés », les « trop-fonçés », les « pas-assez-valide »…- et instaure des règles de plus en plus contraignantes : une heure de lever obligatoire pour tous, des jours de congés fixes, des choses que l’on ne peut pas dire, faire, manger ou porter… La liste des nouvelles lois et prohibitions s’allonge, les contrevenants sont traqués et des caméras de surveillance sont installés dans certains domiciles.
Comment en est-on arrivé là ?
Dans ce roman à 7 voix, 7 grands noms de la littérature jeunesse (Sandrine Beau, Séverine Vidal, Fanny Robin, Agnès Laroche, Annelise Heurtier, Clémentine Beauvais, Anne-Gaëlle Balpe) livrent un roman d’anticipation reposant sur les résultats des élections, mettant au pouvoir un parti d’extrême-droite dont l’arrivée est perçue de différentes façons par les familles que l’on suit : il y a celle qui a voté pour et qui se réjouit, ceux qui partent faire le tour du monde sur un voilier, ceux qui n’ont pas la bonne teinte et sont terrifiés.
Évidemment, dans le contexte actuel, c’est une lecture frappante. Et ce d’autant plus qu’elle est narrée à hauteur d’enfants, lesquels ont des réflexions percutantes. Un roman à lire et à relire et, surtout, à faire circuler !

La Mythologie viking, Neil Gaiman (Au Diable Vauvert)
Gaiman est fin connaisseur des mythes nordiques et ça se voit. Il les reprend en une quinzaine de nouvelles, allant d’avant la création des neuf mondes au Ragnarok. Au milieu, quelques 15 textes mettant en avant la sagesse d’Odin, l’impétuosité de Thor ou la rouerie de Loki, lequel finit généralement par s’en sortir sans égratignures.
La plongée dans la mythologie est très accessible : les récits sont courts, les péripéties s’enchaînent et les histoires, si elles se dirigent toutes clairement vers le Ragnarok, semblent pourtant légèrement déconnectées les unes des autres – idéal pour une lecture morcelée, donc. Malheureusement, j’ai trouvé les récits à la fois un peu courts et un peu trop superficiels ; j’avais l’impression que l’on restait toujours trop à la surface des personnages comme des péripéties. L’avantage, c’est que l’entrée en mythologie est facile et qu’on appréhende rapidement les particularités des mythes nordiques, d’autant que les péripéties sont limitées à leurs plus stricts développements – on ne se perd pas en circonvolutions inutiles. Une chouette plongée chez les dieux nordiques, mais qui m’a laissée un poil sur ma faim.

Rose givrée, Cathy Cassidy.
On ne présente plus Cathy Cassidy. Ou bien si ? Allez, vite fait. Elle est l’auteure de la série (jeunesse) au très long cours Les Filles au chocolat qui met en scène les aventures d’une famille nombreuse recomposée. Dans Rose givrée, on suit Jude, 13 ans, dont la famille l’embarrasse énormément : sa grand-mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer et éprouve une passion immodérée pour les écharpes de trois pieds de long qu’elle tricote n’importe où ; son père est un sosie officiel d’Elvis et ne trouve rien de mieux que de débarquer en costume de scène à la réunion parents-profs du collège ; sa mère, quant à elle, digère mal le naufrage de sa vie, le futur remariage du père de Jude, et s’est donc remise… à boire. On comprend donc que Jude tente au maximum d’éloigner ses camarades de sa famille ou de toute question trop personnelle. L’histoire ressemble à une chronique adolescente : on suit Jude dans la période plus que turbulente qu’elle traverse, marquée par des thèmes très forts (Alzheimer, alcoolisme, amour, deuil…). Le roman se présente sous des dehors acidulés mais s’avère, finalement, nettement plus profond qu’il n’y paraît. Mais Cathy Cassidy parvient à conserver une légèreté de ton bien appréciable qui rend à la fois le roman très accessible (pour de jeunes lecteurs) et pas trop déprimant (malgré quelques passages plutôt tristes). Bonne pioche, donc !

The Generations, tome 3, Alone, Scott Sigler.
On retrouve Em et les autres un an après la fin du tome précédent ; les Sauterels et eux ont noué une alliance et oeuvrent de concert sur Omeyocan, tentant de comprendre les machines dont dispose l’Observatoire. L’inquiétude règne pourtant : trois vaisseaux, plus le Xolotl, qui transporte les Adultes, font route vers la planète, avec des intentions manifestement belliqueuses. De plus, des Sauterels renégats, les Querelleurs, attaquent aussi bien leurs congénères que le peuple d’Em. Celle-ci constate en outre que les siens deviennent de plus en plus violents, et voient le meurtre comme une réponse acceptable au moindre problème… Se pourrait-il que le Dieu du Sang existe vraiment et qu’il attise la violence des uns et des autres ?
J’avais bien aimé les deux premiers tomes de cette série mais force est de constater qu’avec celui-ci, la sauce n’a pas pris. Au début, je me suis copieusement ennuyée. Pourtant, il se passe plein de choses ! Mais, pour une raison qui m’échappe, impossible d’accrocher aux aventures d’Em et compagnie. Comme dans le tome précédent, j’ai eu l’impression que l’action ne démarrait vraiment qu’une fois passée la moitié du roman (soit 300 pages, quand même, à l’issue desquelles j’étais plus lassée que véritablement intéressée). Une fois que celle-ci a été installée, j’ai eu du mal à accrocher à ce que vivaient les protagonistes ; non pas que ce ne soit pas inventif (c’est même plutôt très original !) mais je n’étais pas du tout dedans. Attention, je spoile dans la phrase suivante.
Je crois que l’aspect larve cosmique qui manipule tout le monde ne m’a pas du tout parlé.

Fin du spoiler.
Je me suis astreinte à le finir (des fois que…) mais la fin, quoique vraiment bien tournée, n’a pas réussi à m’emballer davantage.
◊ Dans la même série : Alive (1), Alight (2).

Rayon bulles. 

Un autre regard : trucs en vrac pour voir les choses autrement, Emma. 
Vous connaissez peut-être le blog d’Emma ? Elle y parle de tout un tas de sujets d’actualité, sur lesquels elle porte un regard réaliste, féministe et politique. Et elle vient de signer sa première publication papier, que j’ai lue cet été.
Premier constat : ça se lit extrêmement vite ! En fait, les illustrations sont celles du blog, sur fond blanc, donc de fait, c’est assez rapide à lire. D’autant qu’Emma expose les sujets assez rapidement et qu’elle va droit au but dans ses explications. Celles-ci sont évidemment subjectives, mais également réalistes car Emma se base sur des témoignages de personnes. Au fil des pages, il est question de violences policières contre les opprimé-es, de la charge du regard masculin (notamment en entreprise !), du mépris général que subissent les femmes (au niveau médical, social, personnel !) et d’un tas d’autres choses, de préférences pêchées dans les sujets tabous ou royalement ignorés par la presse généraliste. Et au final ? C’est drôle, vivant, hyper instructif et ça donne envie de se remonter les manches.

Culottées, tome 1, Pénélope Bagieu.
Pénélope Bagieu dresse les portraits de 15 femmes (d’origines et d’époques diverses) qui ont outrepassé les normes sociales dans lesquelles on aurait aimé les enfermer pour faire des choses extraordinaires : d’Agnodice, gynécologue de l’Antiquité grecque à N’zingha, reine Angolaise, en passant par Tove Jansson, la maman des Moomins, et Margaret Hamilton, terrifiante sorcière du Magicien d’Oz, elle brasse large. Chaque femme est croquée en deux-trois pages, dans un graphisme épuré (parfois trop à mon goût) et usant de peu de couleurs. Les portraits contiennent évidemment un tas d’infos passionnantes mais sont aussi drôles et enlevés – et pointent du doigt les incohérences de la société, au passage. L’ennui, c’est qu’un portrait en si peu de pages, c’est vraiment trop court, donc pas possible de creuser le sujet, malheureusement. Mais c’est une bonne entrée en matière pour découvrir plus avant l’oeuvre de ces pionnières !

Cinéma.

J’ai été un peu plus assidue au ciné cet été (bon, toutes proportions gardées, j’y suis allée deux fois, mais ça reste un bon score vu ma fréquentation dramatique des salles obscures en ce moment…).
Et dans l’été, je me suis fait violence, et je suis allée voir… Mission Pays Basque. Sans surprise, c’était moisi – et plus si affinités.
C’est donc l’histoire de Parisienne Blondinette qui fait un boulot chiant dans le commerce et qui débarque à Bayonne city (même si c’est Saint-Jean de Luz qui est filmé) pour racheter la quincaillerie du vieux Fernan, de préférence en l’entubant sec, puisque le cul-terreux n’y entend forcément rien en immobilier. L’ennui, c’est que le vieux n’a plus toute sa tête et qu’il ne sait plus trop où il range les 50 briques que Parisienne Blondinette lui a refilées sous le manteau en guise de promesse de vente (au cas où vous vous poseriez la question, non, ce n’est pas légal). D’ailleurs, il n’a même pas la possibilité de vendre sa boutique, vu qu’il est sous tutelle et que, pour ça, il faudrait s’adresser à Beau-Brun-Ténébreux-Basque-et-Célibataire, son neveu (chemise de bûcheron sur l’affiche, fabricant d’espadrilles et repreneur officiel de Luis Mariano. Qui a dit cliché ?).
Celui-ci n’est pas jouasse d’apprendre que la touriste espère implanter sa cochonnerie commerciale au pays et attend la donzelle de pied ferme – laquelle ne tarde pas à revenir, car son boss n’est pas content et son mec, qui est accessoirement son responsable et futur mari (spoiler : plus pour longtemps), non plus. Parisienne Blondinette débarque donc avec armes et bagages, lesquels contiennent en sus son futur (et très jeune) beau-frère, en stage pour préparer sa rentrée dans une école de commerce huppée et très chère (et à qui les scénaristes ont carrément consacré une histoire secondaire qui n’apporte rien, sinon de l’ennui). À compter de là, un seul objectif pour Parisienne Blondinette : conquérir Beau-Brun-Ténébreux-Basque-et-Célibataire afin de racheter une bouchée de pain la boutique et implanter sa supérette, de préférence en lui en mettant plein la vue avec sa supériorité de citadine – stratégie qui, on s’en doute, ne passe pas super bien : après tout, c’est un bouseux, et les bouseux, ça ne connaît rien au chic et choc.
S’ensuivent, à partir de là, une flopée consternante de clichés confinant à l’erreur, pour les biens de la prod’ (laquelle ne prend même pas la peine de corriger son abyssale connerie et s’y roule allègrement) : en vrac et dans le désordre, l’ours brun en goguette en montant à l’Atxurria entre Sare et Zugarramurdi (alors oui, il y a des ours dans les Pyrénées, mais là, certainement pas…) ; Luis Mariano ad nauseam (c’est vrai qu’il n’existe rien de plus moderne en musique en dehors de lui dans le coin) ; et, bien entendu, l’inévitable complot terrorriste orchestré par la Belle-et-Rebelle-Ex de Beau-Brun-Ténébreux-Basque-et-Célibataire-Plus-Pour-Longtemps-Non-Plus (pour laquelle le damoiseau a ÉVIDEMMENT fait de la prison. Parce que c’est bien connu, le Basque est forcément terroriste ET ex-taulard, sinon c’est du toc). Mais là, au moins, faisons contre mauvaise fortune bon coeur : les musulmans en prennent à peu près autant plein la gueule que leurs infortunés compagnons de clichés, puisque le-dit complot vise à fournir les premiers en armes automatiques. Tant qu’à faire, autant brasser large, hein, on n’est pas sectaires.
Je passe rapidement sur la fatidique romance cul-cul qui se noue entre Blondinette Parisienne et Beau-Brun-Ténébreux-Basque-plus-tellement-Célib’, parce que c’est tellement cliché que ça en devient fatigant de prévisibilité. Mais bon, vous comprenez, elle découvre subitement l’amour de la Terre et de la campagne et de l’air pur, plaque son boulot chiant et devient commerçante locale (pour diffuser ses petits producteurs amoureusement choisis) parce c’est tellement plus bio-bobo-écolo éthique et responsable. Et en plus, ils s’aaaiiiment. Mais que demande le peuple ?!
Bref. J’ai fait ma BA, on ne m’y reprendra pas – j’ai quand même noté qu’ils avaient sans doute eux aussi souffert sur Rencontre pimentée à Espelette et décidé de faire partager. Merci les gars, fallait pas. (Vraiment).

Heureusement, le reste était mieux.
Pendant la Nuit des Étoiles, vu que le temps n’était pas trop de la partie (ciel couvert), je suis allée voir Valérian et la Cité des mille planètes et je dois dire que j’ai passé un bon moment – même si j’ai pas mal grogné pendant le film.
Valérian et Laureline sont des agents spatio-temporels, mandatés par le Ministre de la Défense pour enquêter sur ce qui se cache au sein de l’Alpha, une extraordinaire cité intergalactique où se croisent des espèces venues de l’univers entier. En effet, ce qui se cache là semble être radioactif et en pleine expansion, donc autant dire que c’est pas glop.
L’histoire est un peu cousue de fil blanc mais menée à bon train, ce qui fait qu’à aucun moment je me suis dit que c’était long et pénible (premier bon point). Les dialogues sont vifs, il y a du suspens, des retournements de situation intéressants et, si le jeu des acteurs ne m’a pas toujours transcendée, Valérian est cabotin comme je l’imaginais. En revanche, je suis vachement plus circonspecte sur le rôle de Laureline qui tient lieu, au mieux, de side-kick dispensable (que Valérian va sauver, évidemment, parce qu’après tout, s’il n’y a pas de donzelle en détresse, Hollywood est grognon). Bon, et vous allez dire que je chipote, mais je n’ai pas tellement kiffé non plus l’armure de Laureline, qui semble en surajouter côté protubérances mammaires. Alors que les militaires ont toutes des gilets en kevlar plat, là, on ne sait pas pourquoi, elle a une armure avec des meules agressives. Sans doute pour terroriser l’ennemi ?
Heureusement, comme je le disais, on se rattrape sur la photographie : les combats sont cools (même si pas toujours faciles à suivre), l’univers tient visuellement la route et les aliens ont de la gueule. Mention spéciale à la longue scène montrant la construction de la cité des mille planètes, qui m’a tout l’air d’avoir été pensée comme un hommage aux grands films de SF et à leurs aliens respectifs. S’il y a une suite, j’irai la voir.

 

Au rayon séries, je me suis littéralement enfilé The 100, adapté du roman éponyme de Kiera Cass – lequel m’est, lui, littéralement tombé des mains tellement je l’ai trouvé chiant et mal écrit.
Il y a un petit siècle, un holocauste nucléaire a décimé la population terrienne ; les seuls survivants sont les 2 400 habitants des douze stations spatiales en orbite à ce moment-là, qui se regroupent pour n’en former qu’une : l’Arche. Trois générations nées dans l’espace plus tard, les ressources s’épuisent sur l’Arche et l’oxygène vient à manquer drastiquement malgré les mesures draconiennes prises pour assurer la survie (un seul enfant par famille, peine capitale sauf pour les mineurs, etc.). La direction prend donc la décision d’envoyer secrètement 100 prisonniers (mineurs, si vous avez bien suivi) à la surface de la Terre, afin de voir si celle-ci est de nouveau habitable ou non. Parmi les 100, Clarke, fille du médecin en chef de l’Arche, Wells, fils du Chancelier, Finn qui a grillé un mois d’oxygène pour offrir une sortie dans l’espace à sa copine, ou encore Bellamy et Octavia, seuls frères et soeurs de l’Arche qui vont devoir s’allier (ou pas) pour survivre et assurer la survie des leurs.
Pour ce que j’ai pu en voir, la série ne suit que d’assez loin les romans (ceux-ci tiennent sur quelques jours à peine par tomes alors que la première saison s’étale déjà sur un gros mois) et elle s’est révélée très prenante ! Le côté survival est rapidement mâtiné de polar et d’espionnage – car, évidemment, les 100 ne sont pas tous seuls et les autres ne les voient pas nécessairement débarquer d’un très bon oeil. Sans compter qu’ils ne sont pas forcément d’accord entre eux sur ce qu’il convient de faire et qu’ils peuvent s’opposer assez méchamment.
Dans les premiers épisodes, Clarke me tapait gentiment sur le système mais, le temps passant, je me suis prise d’affection pour elle. Les personnages sont vraiment soignés et proposent des personnalités à la fois tranchées et complexes. Ils sont souvent embringués dans des dilemmes moraux qu’ils résolvent à leur sauce, qui n’est pas forcément la nôtre mais qui est toujours intéressante.
L’univers est vraiment bien travaillé lui aussi : car les Terriens ont développé leurs propres sociétés, pour certains leur propre langue (j’ai trouvé que le travail sur la langue était d’ailleurs excellent) et leurs propres coutumes. Comme tout le monde essaie de survivre, je ne vous cache pas que c’est parfois assez trash – et je ne parle pas seulement de voir votre personnage favori succomber sous les coups de l’ennemi après avoir vaillamment lutté. Si les scénariste n’évitent pas quelques clichés du genre, dans l’ensemble, ils savent se renouveler pour proposer des péripéties intéressantes, qui ne tournent pas trop en rond et qui explorent quelques pistes traditionnellement délaissées (ce qui change un peu). La saison a été officiellement renouvelée pour une saison 5 (il m’en reste donc deux à voir) et c’est une bonne nouvelle !

Tops & Flops.

C’est un bilan sur deux mois, mais comme je n’ai eu que 3 lectures en demi-teinte, j’ai gardé le principe de la rubrique : 3 déceptions ou assimilés (dont je vous parle en premier), 3 chouettes découvertes.

Je l’attendais avec impatience, car le résumé me semblait prometteur : le premier tome de The Effigies, Les Flammes du destin (de Sarah Raughley) mais, malheureusement, le roman ne m’a pas tellement emballée. L’héroïne ne m’a pas toujours semblé bien crédible et la narration non plus (d’autant que c’est elle qui se charge de l’histoire). Néanmoins, l’univers était très intéressant !


J’ai déjà parlé des deux autres déceptions plus haut dans ce bilan ; je n’ai pas été tellement emballée par La mythologie viking de Neil Gaiman et par Alone de Scott Sigler qui, pourtant, se présentaient tous deux sous les meilleurs augures.

Côté excellentes découvertes, en revanche, j’ai été servie et il m’a même été assez difficile d’arrêter mon choix sur seulement trois titres. Je vais donc les présenter dans l’ordre des lectures.
J’étais très curieuse de lire la suite de Je suis Adele Wolfe, de Ryan Graudin, dont j’avais adoré le premier volume. Celui-ci a été à la hauteur de mes attentes (malgré l’absence des motos) et a carrément propulsé la série entière au rang de mes romans post-apocalyptiques favoris !

Ensuite, j’ai découvert un livre qui sort fin septembre, L’aube sera grandiose, un FABULEUX roman d’Anne-Laure Bondoux, que j’ai lu d’une traite, scotchée par l’intrigue hautement palpitante et les personnages plus qu’attachants qui l’animent. Je suivrai avec attention l’actualité éditoriale d’Anne-Laure Bondoux !

Enfin, j’ai lu cet été avec un immense plaisir le troisième tome des Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier, Mers brumeuses et quelle découverte, encore une fois ! J’adore cette série et chaque tome semble être un nouvel enchantement !
Si vous êtes curieux, Chloé Chevalier répond actuellement à une interview participative et au long cours ici chez Bookenstock ! (Vos questions sont les bienvenues).

 

Citations.

« Oh, beau tee-shirt, Inès, ajoute-t-il un brin railleur en le découvrant sur les épaules de la jeune fille.
– Merci. C’est près de chez moi, sourit Inès en montrant le logo du golf de Bassussary avec son index.
– Un peu touristique, non ? demande-t-il plus sérieusement cette fois. C’est le drame de l’Iparralde. C’est un paradis pour touristes mais les habitants, ceux qui y sont nés, y vivent, y travaillent, sont chassés toujours plus loin du fait du prix des terrains. »
Galeux, Bruno Jacquin.

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« Il est systématiquement précisé (et souligné comme un fait inouï) que Wu Zetian était « redoutable », « ambitieuse » et « intransigeante ». Des traits de caractère communs (et valorisés) chez à peu près tous les empereurs de l’histoire… mais visiblement moins faciles à digérer chez une impératrice. »
Culottées, tome 1, Pénélope Bagieu.

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« J’ai deux mules et trois maris. Je sais reconnaître une face obstinée quand j’en vois une… »
« Prydain, tu ne m’as pas menti. Ce ne sont pas les mots qui nous blessent le plus, mais bien les silences qui nous tuent. »
Boudicca, Jean-Laurent Del Socorro.

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« Loki, déclara-t-il. C’est Loki qui a fait ça.
– Pourquoi dis-tu cela? […]
– Parce que, lui dit Thor, dès que quelque chose ne va pas, la première idée qui me vient toujours à l’esprit est d’y voir la faute de Loki. Ça fait gagner un temps considérable. »
La Mythologie viking, Neil Gaiman.

***

« Alexandre, dégageait une telle confiance qu’il parvenait à me mettre à l’aise.
Souvent.
Le reste du temps, j’avais envie de le gifler. »

« Comment réveille-t-on les princesses, d’habitude?
Je la gifle. »
Le Noir est ma couleur, tome 2, La Menace, Olivier Gay.

***

– Pourrais-tu regarder le moteur ?
A le voir, on aurait dit qu’il n’était capable de rien, à part se rendormir. Luka avait vu des plantes mortes possédant davantage d’aplomb.
Je suis Adele Wolfe, tome 2, Ryan Graudin.

***

« Vous pensez qu’ils l’ont tué ? demanda-t-elle d’un ton incertain.
– S’ils l’ont tué, je les tuerai, affirma Bluebell, qui avait envie d’occire quelqu’un. »

« Elle commençait à apprécier Lang, comme elle finissait par apprécier tout le monde. Rowan avait ce charme particulier qui faisait que les gens avaient envie de faire des choses pour elle. Depuis quelques semaines qu’il était arrivé, Lang lui avait déjà sculpté des poupées, l’avait aidée à remettre un oisillon dans son nid et s’était mis à quatre pattes pour qu’elle le chevauche comme un poney. »

« Après votre dernière visite, je l’ai trouvé triste. C’était à cause de vous ?
– J’ignore ce que Snowy a dans le coeur, marmonna Bluebell.
Cela arrivait parfois lorsqu’elle baisait un type : il tombait amoureux d’elle. Et pourtant, elle était moche comme une meule avec son nez cassé et recassé. Elle ne s’attendait pas à pareille réaction de la part de Snowy. Merde, il avait été son favori. »
Le Sang et l’Or, tome 2, Les Soeurs du feu, Kim Wilkins.

Brèves de comptoir #152

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : un fanfilm La Passe-Miroir !

Les Eroïnes ont réalisé un fanfilm inspiré de La Passe-Miroir et c’est à regarder juste ici:

Lundi encore : interview d’Aurélien Police !

Elle est à lire chez Les Imposteurs !

Lundi toujours : le décès de Brian Aldiss…

Né le 18 août 1925, l’auteur britannique Brian Aldiss s’est éteint le 19 août 2017 (à l’âge de 92 ans donc). Il a signé des ouvrages de science-fiction, de littérature générale et des essais (entre autres) et a été décoré de l’ordre de l’Empire britannique (en 2005) pour service rendu à la littérature. Il a publié quelques 100 livres et 300 nouvelles !
Les Utopiales avaient consacré une conférence à son œuvre Le Monde vert, en 2013, et que vous pouvez retrouver ici :

Mardi : rentrée de la fantasy française des Indés !

Le collectif des Indés de l’imaginaire et La Dimension Fantastique (106 rue Lafayette, Paris 10e) vous proposent de rencontrer, le samedi 23 septembre, de 16h à 19h, Elisabeth Ebory, Brice Tarvel et Fabien Cerutti.

Toutes les informations ici.

Mardi encore : Hobbit Day à Paris !

Les Caves Alliées (44 rue Grégoire de Tours, Paris 6e) vous invitent à célébrer l’anniversaire de Frodo et Bilbo avec Tolkiendil le samedi 23 septembre, à partir de 19h.
Infos subsidiaires ici.

Ce même jour, à Lyon, le Festival Yggdrasil diffusera en plein air La Communauté de l’anneau. Toutes les informations ici !

Si les lieux et les dates ne vous arrangent pas, vous pouvez vous rattraper avec le Marathon de l’Anneau organisé par l’Association les Tremplins des Imaginaires Ludiques et Culturels (TILC) à Moisdon-La-Rivière (Pays De La Loire). Au programme : diffusion des deux trilogies du Hobbit et du Seigneur des Anneaux. Le tout va de pair avec une convention de jeux de rôles et jeux de plateau, dans l’univers de J.R.R. Tolkien.

Mercredi : Dream on n°16 !

Pour son seizième numéro, le podcast Dream on, dans lequel intervient Stéphane Marsan (éditions Bragelonne) s’interroge sur les activités estivales d’un éditeur.

Mercredi encore : l’agenda du Mois de l’Imaginaire !

Il va s’en passer, des choses, au mois d’octobre ! Le forum ActuSF regroupe une grande partie des événements du Mois de l’imaginaire sur un des fils de son forum – à vos agendas !

Jeudi :  Journées du Patrimoine SFFF !

Lyon Métropole et la médiathèque de Meyzieu (27 rue Louis Saulnier, 69330 Meyzieu), pour les journées du Patrimoine, proposent un jeu de piste dans l’univers des romans U4 Mission Khronos.
Le jeu dure environ 1h et comporte 4 parcours différents (d’une heure chacun). Les départs se font en continu et les premiers peuvent se faire dès 9h (fin de l’action 11h30). Attention, cela se fait uniquement sur réservation (04 37 44 30 70 ou mediatheque@meyzieu.fr)

Jeudi encore : les œuvres inachevées de Pratchett exposées !

Conformément aux souhaits de l’auteur, ses œuvres inachevées ont été détruites – le rouleau-compresseur d’une machine à vapeur étant passé sur le disque-dur les contenant, durant la Steam fer de Londres.
Mais, à défaut de ses œuvres inachevées, vous pouvez toujours voir l’exposition His World qui lui est consacrée, au Salisbury Museum, du 16 septembre au samedi 13 janvier 2018… et présentant les fameux disques-durs !

Vendredi : nostalgiques de Game of Thrones ?

Eh oui, la dernière saison vient de terminer et il faudra attendre encore jusqu’à 2019 pour voir la suite et fin. En attendant, HBO diffuse un documentaire sur les coulisses du tournage, The Game Revealed, dont vous pouvez d’ores et déjà voir le premier épisode.

 

Bon dimanche !

L’aube sera grandiose, Anne-Laure Bondoux.

Titania emmène sa fille, Nine, seize ans, dans une mystérieuse cabane au bord d’un lac. Il est temps pour elle de lui dévoiler des événements de sa vie qu’elle lui a cachés jusqu’alors. Nine écoute, suspendue aux paroles de sa mère. Flash-back, anecdotes, personnages flamboyants, récits en eaux troubles, souvenirs souvent drôles et parfois tragiques, bouleversants, fascinants secrets… Peu à peu jaillit un étonnant roman familial, qui va prendre, pour Nine, un nouveau tour au matin…

Il y a trois ans, je découvrais, fascinée, Tant que nous sommes vivants, premier roman d’Anne-Laure Bondoux que je lisais. Il m’a fait une si forte impression que je me suis jetée dès que j’ai pu sur L’aube sera grandiose, sans même savoir de quoi il retournait.
Et j’ai bien fait.
Car, une fois de plus, Anne-Laure Bondoux m’a littéralement fascinée, m’a tenue en haleine, m’a scotchée à son intrigue, au point qu’en cours de lecture, j’en venais à regretter la brièveté des bouchons du matin, à ronger mon frein jusqu’à l’heure du retour en transports, pressée que j’étais de me remettre à lire.

Le récit ouvre sur une Nine bougonne, quasiment kidnappée par sa mère à la sortie du lycée (alors qu’elle devait aller à une soirée), laquelle l’emmène vers une obscure cabane perdue dans les bois – et dans laquelle il n’y a même pas de réseau, imaginez. Car la fantasque Titania, auteure de romans à succès, a décidé de révéler toute la vérité à sa fille, la vérité sur sa vie, sur sa famille (Titania est censément orpheline), comme ça, subitement.
Aussi le roman démarre-t-il en douceur par une présentation des personnages : la mère, la fille, cohabitant dans leur véhicule, avec, déjà en filigrane, cette famille toute neuve qui se profile. Et cette entrée en matière est plus que mystérieuse : car si l’on sait dès le départ que Titania souhaite avoir une petite discussion avec sa fille, le contenu en reste de premier abord bien secret.

Et il faudra pas moins de la nuit – et par conséquent du roman entier – pour en arriver à bout, ce qui fait que l’on est littéralement suspendu aux lèvres de Titania, que l’on aimerait presser d’écourter certaines péripéties, tout en la suppliant d’être encore plus minutieuse, de n’oublier aucun détail, tant le récit est fascinant. Car pour que l’on comprenne bien l’histoire, Titania (qui s’appelle en fait Consolata… !) remonte à sa prime jeunesse, entourée de sa famille, que Nine découvre seulement. Et si, au départ, la jeune fille fait preuve d’une mauvaise foi digne de l’adolescente qu’elle est, elle ne tarde pas, elle non plus, à boire les paroles de sa mère.
Le récit alterne entre le récit du passé par Titania et quelques instantanés du présent nous montrant les réactions de Nine ou le dialogue qui se noue avec sa mère et qui permettent, en sus, de nous apporter quelques précisions sur le récit de Titania. Bien vite, on se fait à ces constants allers-retours entre passé et présent qui dynamisent la narration et maintiennent le suspens d’un bout à l’autre du récit. Plus la nuit avance, et plus Titania endosse le rôle de la conteuse, nous berçant de son récit envoûtant.

Car l’enfance de Titania, si elle n’a pas été malheureuse, semble n’avoir été qu’une vaste suite de péripéties et de rebondissements rocambolesques, sous la houlette de sa mère. Celle-ci est sans aucun doute le personnage-phare du roman. Nine et Titania occupent le devant de la scène, mais c’est bien autour de la grand-mère de Nine que s’articule l’histoire. Cette femme forte, libre et indépendante rayonne littéralement et irradie toute l’histoire. À certains égards, elle semble parfaitement inaccessible alors qu’à d’autres, on a tout simplement l’impression de la connaître aussi bien que si c’était une voisine ou un membre de la famille, ce qui renforce le sentiment qu’il s’agit d’un personnage intemporel. Difficile, donc, de ne pas se passionner pour la vie qu’elle a menée et qu’elle a fait mener à ses trois enfants. D’ailleurs, on se prend bien vite d’affection pour les personnages hauts en couleurs qui gravitent autour d’eux, notamment les beaux-pères qui traversent la vie des enfants et ont une si forte influence sur leur développement.
Au fil des pages, c’est une véritable fresque familiale qui se dessine, sur quelques décennies. Et le récit est à l’image de Rose-Aimée (la grand-mère de Nine) : on le traverse comme un conte, comme une histoire intemporelle dont on a l’impression qu’elle s’est réellement déroulée.

Une fois de plus, Anne-Laure Bondoux signe un texte qui m’a chamboulée : avec ce récit qui aligne drames, rebondissements et autres personnages hauts en couleurs et qui retrace à la fois une fresque familiale et un pan de l’Histoire française (et européenne), elle m’a donné l’impression que j’avais touché du doigt une sorte d’universalité. Au fil de la narration de Titania, c’est une fratrie – et, par extension, une famille – extrêmement attachante que l’on découvre et que l’on aimerait suivre encore un peu. Le récit est vif, particulièrement prenant et, lorsque Titania parvient enfin au bout, après d’incroyables péripéties, on a la nette sensation de se trouver à l’orée d’un récit tout neuf qu’il leur reste à écrire, tous ensemble – et pour lequel j’étais aussi curieuse que pour les pérégrinations précédentes. C’est à regrets que j’ai refermé la dernière page de ce roman mais, une chose est sûre : je le relirai.

L’aube sera grandiose, Anne-Laure Bondoux. Gallimard jeunesse, 21 septembre 2017, 296 p.

Mers brumeuses, Les Récits du Demi-Loup #3, Chloé Chevalier.

Pour Cathelle et Aldemor, l’heure n’est plus aux regrets. Rien n’arrêtera ce qu’ils ont déclenché.
Véridienne et les Éponas, pour la première fois, lèvent les armes l’un contre l’autre. Sur les rivages des Mers Brumeuses, les Chats de Calvina et les guerrières de Malvane se jaugent, et les deux Suivantes, résignées et amères, se préparent à devoir verser le sang de leurs camarades d’enfance. Alors que leurs reines, à tort ou à raison, leur retirent peu à peu toute confiance et que leurs terres se transforment en cimetières, plus rien ne semble pouvoir empêcher les désastres à venir.
Les rêves se fanent, les espoirs se muent en vaines illusions, amitiés et amours se délitent, tandis que le Demi-Loup, les yeux bandés, danse au bord du gouffre.

Après deux coups de cœur pour les deux premiers tomes, je ne pouvais pas passer à côté de la suite des Récits du Demi-Loup !
Cette fois encore, le temps a passé depuis la fin de l’opus précédent et les querelles se sont envenimées. Ce sont donc deux royaumes au bord de la guerre que l’on retrouve — inconscients, qui plus est, de la menace grandissante que représente l’Empire de l’Est, sous la savante houlette d’Aldemor. D’ailleurs, les points de vue des personnages nous permettent de suivre l’évolution de la situation : on oscille donc entre Véridienne, les Éponas et l’Empire, avec des narrateurs de tous bords.

Côté narrateurs, on suit à nouveau les Suivantes Nersès et Lufthilde (respectivement attachées à Véridienne et aux Êponas), le prince Aldemor, la Suivante déchue Cathelle, ces deux derniers faisant partie du contre-pouvoir (et qui m’ont semblés un poil moins au centre de l’histoire). Surgit également une nouvelle voix, que j’ai découverte et suivie avec passion : celle de Crassu, le fils aîné adoptif de Nersès et Firment, sourd de naissance – mais non muet, détail qui a son importance. Crassu est un adolescent bringuebalé dans une guerre qu’il n’a pas demandée, moqué en sus en raison de son handicap et très souvent sous-estimé. Comme, en outre, il est assez jeune, on ne le juge que rarement à sa juste valeur, ce qui lui permet d’avoir un point de vue inédit sur le conflit et de noter une foule de détails capitaux qui échappent aux autres. Ainsi, le roman a un petit côté récit d’espionnage pas désagréable du tout – car Crassu en capte, des secrets ! Et avec les informations dont on dispose à la fin du roman et qui ne sont pas encore arrivées à qui de droit partout… j’étais littéralement sur des charbons ardents !

La narration garde sa forme particulière : elle se fait au travers des écrits des narrateurs, qu’il s’agisse de leurs journaux (où ils couchent scrupuleusement ce qui leur arrive) ou de leurs échanges épistolaires. Si j’ai (à nouveau) regretté que la version numérique ne fasse pas apparaître les blasons immensément pratiques qu’il y avait dans la version papier (du moins du tome 1), je n’ai eu aucune difficulté à me repérer dans les voix, tant celles-ci peuvent être différentes. Mais surtout, l’avantage considérable qu’apporte ce type de discours rapporté, c’est le suspense incroyable qu’il distille dans l’intrigue. Les personnages écrivent avec du recul sur ce qu’ils ont vécu et multiplient les effets d’annonce… celles-ci n’étant pas nécessairement dans les pages qui suivent immédiatement ! On ronge son frein, on patiente, on stocke l’information dans un coin de cerveau en guettant le moment où elle va surgir et on grogne de frustration lorsqu’elle n’arrive pas avant la fin du roman !
Attention, spoiler : Par exemple, je meurs d’envie de savoir qui est ce Tinek qui erre aux Éponas et sert de précepteur aux enfants…

J’ai eu l’impression, dans ce tome, qu’il se passait quelque chose à peu près toutes les deux pages : les vengeances des unes et des autres se dessinent de plus en plus clairement et se mettent vraiment en place. On a la nette sensation qu’on a dépassé, ici, le point de non-retour et qu’on s’achemine doucement – mais sûrement – vers la catastrophe. Et le pire, c’est qu’on a hâte de voir ce que ça va donner !
Outre le volet politique, complexe à souhait, Chloé Chevalier accorde aussi beaucoup d’attention aux vies privées de ses personnages : entre leurs histoires (ou leurs peines) de cœurs, leurs préoccupations personnelles et leurs aventures qui ne semblent pas directement liées à l’enjeu politique, on est servis. C’est agréable, car les personnages ne sont pas réduits au simple rôle de pantins inexistants en dehors du conflit politique dans lequel ils se sont embarqués. Et cela donne d’autant plus envie de suivre leurs pérégrinations. Cela tient sans doute aussi au temps qui a passé : les princesses et leurs Suivantes ont grandi (la preuve en sont les enfants qui se mettent à naître), elles se sont endurcies (et pas toujours pour le mieux, d’ailleurs). Le roman a même un petit goût d’innocence perdue un tantinet mélancolique, mais qui sied parfaitement à l’intrigue !

Il y aurait encore tant à dire, mais il y a déjà bien assez de détails révélés dans cette chronique. Je m’arrêterai là en disant que j’ai littéralement dévoré ce roman, pressée que j’étais de savoir comment tout cela allait tourner, tout en ayant la certitude que ça ne pouvait que mal tourner. L’histoire est devenue bien plus sombre : non seulement nos cinq têtes de linottes ont brutalement grandi mais, en plus, le récit nous emmène vers de sombres lendemains (entre la Mort de l’Eau, l’Est ou les petits plans machiavéliques des uns et des autres, il y a de quoi faire). Chloé Chevalier, une fois de plus, nous présente des personnages attachants, pour les péripéties desquels il n’est pas difficile de se passionner. J’ai donc terriblement hâte, une fois de plus, de découvrir la suite de leurs aventures !

◊ Dans la même série : Véridienne (1) ; Les Terres de l’Est (2) ;

Les Récits du Demi-Loup #3, Mers brumeuses, Chloé Chevalier. Les Moutons Électriques, 1er juin 2017, 368 p.