Brèves de comptoir #181

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : mais pourquoi les personnages de fantasy lisent-ils autant ?

C’est une question étudiée par Anne Ewbank dans un article qu’elle publie dans Courrier international. La version numérique est en accès payant et peut se lire ici.

Lundi encore : L’Odyssée de l’Espace, 50 ans plus tard !

Christine Masson et Laurent Delmas ont consacré un épisode de leur émission On aura tout vu, diffusée sur France Inter au film 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick. C’est à écouter ici.

Le site Konbini a également publiée une interview de Katharina Kubrick, Keir Duella et Jan Harlan sur les dessous de la conception du long-métrage.

Lundi toujours : appel à textes du fanzine !

est un fanzine consacré à la SF et aux teen-movies ; l’équipe lance un appel à textes pour trois nouvelles dystopiques :
– 1 nouvelle de SF
– 1 nouvelle « Teen »
– 1 nouvelle SF dont le héros est adolescent.

Les textes devront respecter le thème de la dystopie ; la nouvelle « Teen » doit se dérouler dans une société dystopique, sans pour autant être de la SF (il peut s’agir d’un monde sombre mais sans technologie par exemple, une société d’adultes qui semble dystopique aux adolescents, etc.). Les nouvelles ne devront pas dépasser les 9000 caractères, espaces incluses. Vous pouvez participer à une ou plusieurs des catégories, en précisant le genre dans l’objet du mail (fanzineh2@gmail.com). Deadline : 10 août 2018, minuit.
Infos subsidiaires ici.

Mardi : les Deep Ones aux Imaginales !

Le groupe a donné quatre lectures-concerts, respectivement consacrées à La Messagère du Ciel (Lionel Davoust), Les Chants primordiaux des Étoiles (Stefan Platteau), Satinka (Sylvie Miller), L’Épée sorcière (Nathalie Dau). Vous pouvez les réécouter sur leur chaîne Youtube !

Mardi encore : nouvelle série SF sur Netflix !

La chaîne a commandé une nouvelle série de 10 épisodes de SF, intitulée Away, qui sera écrite par Andrew Hinderaker et supervisée par Jason Katims et Matt Reeves (La Planète des singes).
L’histoire, inspirée d’un article de Chris Jones (publié dans le magazine Esquire) narre l’histoire de la première mission humaine sur Mars, par une équipe d’astronautes commandée par Emma Green, une femme laissant derrière elle son mari et sa fille adolescente, pour une année (au moins). La série devrait mêler histoire d’amour et survival haletant ; aucune date n’a encore été annoncée, mais on peut tabler pour une parution en 2019.

Mardi toujours : l’interview de Steven Erikson !

Babelio a rencontré Steven Erikson et voici un court entretien avec l’auteur du Livre des Martyrs.

Mercredi : une nouvelle série fantasy annoncée !

Ici, on entre dans le domaine de la probabilité car le projet en question n’est pas encore sur les rails, mais Brandon Sanderson travaillerait à l’élaboration d’une série, qui serait produite par FremantleMedia North America (qui avait déjà produit l’adaptation d’American Gods de Neil Gaiman). Plus qu’une simple série, Dark One sera un véritable projet multimédia avec bande-dessinée, saga de romans sur les personnages secondaires et un podcast en sus de la série télévisée.
L’histoire, spécialement conçue pour devenir un média visuel, sera celle d’un jeune garçon qui ferait face à des visions (supposément hallucinatoires) d’un univers de fantasy, dans lequel il serait amené à semer destruction et ruine – le projet ne s’appuie donc pas sur l’univers Cosmere développé dans la plupart des romans de l’auteur.

Mercredi encore : les finalistes du prix Halliennales !

Les festival Les Halliennales se déroulera le 6 octobre, à Hallennes-lez-Haubourdins. Voici les finalistes pour le prix 2018 :

– Marie Caillet, Les Rumeurs d’Issar (Hachette)
– Morgane Caussarieu, Rouge Toxic (Actusf)
– Aurore Gomez, L’espoir sous nos semelles  (Magnard Jeunesse)
– Floriane Soulas, Rouille (Scrinéo)
– Vincent Tassy, Comment le dire à la nuit (éditions du Chat Noir).

Mercredi toujours : hommage à Ursula K. Le Guin !

Le site Literary Arts a publié une longue vidéo d’hommage à Ursula K. Le Guin, visible ici.

Jeudi : clap de fin pour les éditions Walrus !

Voilà un genre de brève qu’il n’est jamais agréable de rédiger. Les éditions numériques Walrus viennent d’annoncer qu’elles fermaient leurs portes. Leurs livres seront encore disponibles quelques temps, avant de disparaître du marché dans le courant de l’été.
Vous pouvez lire le communiqué du fondateur et de l’éditeur sur le site internet de Walrus.

Jeudi encore : anthologie caritative Donnez-moi des nouvelles !

L’anthologie caritative Donnez-moi des nouvelles paraîtra le 15 septembre 2018. Le projet est de faire découvrir 10 nouvelles SFFF de 10 auteurs différents et une illustration. Chaque créateur soutiendra une association de son choix. L’anthologie est gratuite et sous licence creative commons ; à l’issue d’une lecture, vous serez libres de financer la création comme vous le souhaitez ; l’argent sera entièrement reversé aux associations soutenues !
Voici les auteurs qui portent le projet : Célia Chalfoun, Emmanuel Chastellière, Christophe Collins, Dave Côté, Sara Doke, Julia El Puma, Doris Facciolo, Katia Lanero Zamora, Sebastian Marchese, Diane Özdamar et Damien Snyers.

La page Facebook du projet donnera, au fil des semaines à venir, des informations sur les associations, les auteurs, le contenu de l’anthologie !

Vendredi : Le Terminal, expo très éphémère à Lyon !

Le Terminal (42, rue Raulin, Lyon 7e), situé dans un hangar destiné à être détruit à la fin de l’été 2018, accueille un ailleurs SF jusqu’au 21 juin ! L’équipe d’artistes composée de Romain Lardanchet, Kalouf, Julien Menzel, Kat.Arzis ont eu moins de 5 moins pour investir les lieux et créer des œuvres à partir de matériaux de récupération. Celles-ci sont fortement inspirées de pop-culture !
L’entrée est gratuite et vous pouvez voir quelques photos ici.

Vendredi encore : cartes et romans de fantasy !

Venez tester vos connaissances sur ce test de Playbuzz, qui vous invite à retrouver les titres de romans de fantasy via les cartes d’univers.

Vendredi toujours : opération 10 romans, 10€ !

Comme tous les ans depuis son dixième anniversaire, Bragelonne reconduit l’opération 10 romans, 10€. Voici les titres de l’année :

Les Dossiers Dresden, Jim Butcher.
La Marque, Jacqueline Karey.
Le Conclave des ombres – l’intégrale, R. E. Howard.
Royaume désuni, James Lovegrove.
L’Algébriste, Iain M. Banks.
La Fée des Dents, Graham Joyce.
Le Destin des nains, Markus Heitz.
L’Âge du feu, l’intégrale I, E.E. Knigth.
L’Homme-rune, Peter V. Brett.
Les Autres, James Herbert.

 

Bon dimanche !

Publicités

Ceux des limbes, Camille Brissot.

Du haut du Mont-Survie, Oto admire chaque jour la forêt qui l’encercle à perte de vue. Elle est si belle qu’il en oublierait presque ce qui se tapit sous les arbres. Mais lorsque la montagne s’endort, que les lumières s’éteignent et que les voix s’effacent, le vent résonne d’un chant inhumain, effroyable : le gémissement des limbes, les victimes de l’épidémie. Bientôt, Naha devra passer plusieurs jours et plusieurs nuits dans la forêt. Oto refuse de rester cloîtré en espérant le retour de celle qu’il aime plus que tout. Quitte à être une proie de plus, il va sortir lui aussi.

Après les interrogations sur la vie après la mort dans La Maison des Reflets, un roman à l’atmosphère très prenante, Camille Brissot change d’ambiance avec cette aventure se déroulant dans un univers post-apocalyptique. D’ambiance, mais pas totalement de sujet… car dans Ceux des limbes, il est aussi question de rapport à la mort ! Sauf que cette fois… on est confrontés à des zombies ! Eh oui, messieurs-dames !

Dans cet univers résolument futuriste, une pandémie a donc éradiqué une bonne partie de l’espèce humaine, laissant quelques rares rescapés – dont fait partie la communauté d’Otolan, largement isolée. La société post-épidémie a reproduit le schéma de la société d’avant et se retrouve donc très largement clivée entre nantis et miséreux – rien de neuf sous le soleil, donc, l’humain dans la fiction comme dans la réalité apprenant rarement de ses erreurs. L’intrigue va donc mêler des personnages issus des cercles supérieurs (les riches, en somme) et d’autres issus des cercles inférieurs (les bouseux). Otolan est un cas particulier car, s’il est issu d’un cercle pas super bien noté dans le classement, il a brièvement vécu chez les riches et puissants : ce n’est pas vraiment un transfuge, mais cela a fortement marqué son évolution et certains des choix qu’il fera par la suite.
De fait, le roman est vraiment porté par les personnages, Oto en tête de file. Autour de lui gravitent des enfants issus de tous les cercles et parmi lesquels il y a, sans trop de surprise, une petite amie qui ne se laisse pas faire, un meilleur ami parfois tête de pioche, un antagoniste à baffer (mais qui a aussi ses contradictions), et d’autres. Ça pourrait sembler cliché mais, curieusement, ça ne l’est pas, car les personnages ont des profils et des psychologies assez finement détaillés, qui permettent de nuancer vraiment le propos. Ainsi, Otolan n’est pas toujours très héroïque et fait de nombreuses boulettes ; Naha n’est pas seulement une petite amie boiteuse qu’il faut protéger ; Rostre, malgré tout, n’est pas un monstre sans cœur (s’il n’avait pas de cœur, ça lui simplifierait d’ailleurs grandement la vie : mais il n’y aurait pas eu d’histoire !).

Côté intrigue, le rythme prend doucement : le départ est assez lent mais dès quitte l’on quitte la cité, la tension commence à grimper – n’oublions pas que nous sommes en pleine nature, cernés par les zombies ! À cela, il faut évidemment ajouter les tensions internes au petit groupe et à l’apparition non prévue d’Otolan à l’extérieur. Après quoi, l’intrigue suivra un chemin assez classique, qui a tout d’un récit initiatique. Si toutes les péripéties ne font pas bondir de surprise, Camille Brissot nous en a tout de même réservé quelques-unes, que ce soit dans les retournements de situation ou dans les décisions des personnages.

Ceux des limbes, ce sont donc environ 400 pages d’adrénaline, d’odeur d’humus et d’émotions fortes, dans un univers post-apocalyptique fouillé, dont la forêt ne cache vraiment pas l’arbre de l’inégalité : zombies ou pas, les survivants ont perpétué un schéma bien connu, dont l’iniquité et l’absurdité sautent littéralement aux yeux. Mais le roman n’est pas non plus un plaidoyer pour le vivre-ensemble : c’est, avant tout, un page-turner bourré d’action et de rebondissements savamment menés, qui ne fait que confirmer la présence de Camille Brissot sur ma liste des auteurs-à-suivre-à-l’avenir !

Ceux des limbes, Camille Brissot. Syros, avril 2018, 473 p.

Brèves de comptoir #180

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : Roland Lehoucq et Simon Bréan en direct !

Dans le cadre du MOOC SF dispensé par l’Université d’Artois (et toujours en ligne), Roland Lehoucq et Simon Bréan étaient en direct. La vidéo est visible ici !

Lundi encore : Nnedi Okorafor dans La Méthode scientifique !

L’autrice de Qui a peur de la mort ? (entre autres) était au micro de Nicolas Martin dans La Méthode scientifique : Afrique, retour vers le futur. Le podcast se réécoute ici.

Mardi : hommage à Ray Bradbury !

Blow Up, une émission d’Arte, a mis en ligne son hommage à Ray Bradbury – réalisé au moment de la mort de l’auteur, en 2012.

Mercredi : une archive de Tolkien sur la BBC !

Dans le cadre d’une exposition consacrée à Tolkien, à la Bodleian Library, la BBC met en ligne un court extrait d’interview dans laquelle on entend JRR Tolkien parler du Hobbit. C’est à écouter ici !

Mercredi encore : l’anthologie officielle du Salon Fantastique !

Elle sera intitulée Dragons et publiée par les éditions Elenya. Voici les auteurs prévus au sommaire : Florent Baudry, Pierre Brulhet, Emmanuel Chastellière, Fabien Clavel, Doris Facciolo, Estelle Faye, Valérie Frances, Jacques Ouroboros Fuentealba, Thomas Geha, Sylvie O’Scaryne Vannier et Carine Roucan. L’illustration de couverture, elle, est signée Mathieu Coudray.

Mercredi toujours : Faut-il tuer la mère en SFFF ?

C’est un article d’Alex Evans à lire sur son blog !

Jeudi : prochaines Rencontres de l’Imaginaire de Sèvres !

La date vient de tomber : elles tomberont le samedi 24 novembre, et à Sèvres, évidemment ! Toutes les infos sur la page de l’événement.

Jeudi encore : la bande-annonce de Dragons 3 !

Ce troisième opus s’intitulera Dragons : le monde caché et il est toujours signé Dean DeBlois. Voici le résumé :

Alors qu’Harold et Krokmou réalisent leurs rêves de vivre en paix entre Vikings et dragons, une sombre menace planant sur le village et l’apparition d’une femelle Fury Nocturne vont mettre à mal leurs liens d’amitié comme jamais auparavant.

Rendez-vous dans les salles obscures le 6 février 2018 !

Vendredi : soirée fantastique !

Le samedi 30 juin aura lieu la soirée officielle du Salon Fantastique aux Caves Saint-Sabin à Paris. Infos ici. Le salon, lui, aura lieu du 2 au 4 novembre, à l’Espace Champerret (Paris).

Vendredi encore : pilote pour un spin-off de Game of Thrones !

HBO vient de commander un épisode pilote pour l’un des spin-offs de GoT, à partir du projet de G.R.R. Martin et Jane Goldman. La série devrait narrer des événements survenus des milliers d’années avant l’histoire de la série-mère, au moment du passage de l’Âge des Héros à la Longue Nuit et révéler un tas de secrets de l’histoire de Westeros.
Il faudra attendre la validation du spin-off par la chaîne avant de savoir si la série est lancée ou non ; auquel cas, Jane Goldman deviendrait scénariste, mais aussi productrice exécutive, aux côtés de Daniel Zelman, Vince Geraldis et G.R.R. Martin.

 

Bon dimanche !

 

Indéterminés, Les Stagiaires #3, Samantha Bailly.

Le stage et le CDD sont désormais de lointains souvenirs et, parmi la petite bande des débuts, seules Alix et Ophélie ont eu la chance d’être engagées en CDI chez Pyxis. Une chance, vraiment ? Rien n’est moins sûr. Propulsée directrice du département Communication en à peine 5 ans, Ophélie a fort à faire, d’autant que ses journées de travail sont loin d’être de tout repos. Pyxis, petite entreprise familiale, vient en effet d’être rachetée par Game Vision, un bien plus gros poisson, ce qui met tout le monde sur la sellette et surtout, surtout… le détestable Arthur Mareuil revient dans l’entreprise !

Cinq ans ont passé depuis la fin du premier volume mais on retrouve les personnages comme si on les avait quittés la veille ! Leurs préoccupations professionnelles ont quelque peu évolué, évidemment, mais ils n’ont pas fondamentalement changé. Comme dans les tomes précédents, Samantha Bailly dresse un portrait du monde de l’entreprise extrêmement réaliste, qui le révèle dans toute sa cruauté : nombreux sont les sujets ô combien d’actualité à être balayés par le roman : harcèlement moral et sexuel, souffrance et violence au travail, déshumanisation des rapports, droit à la déconnexion, précarité… Elle montre parfaitement comment un travail passionnant au départ a fini par ne pus être qu’une occupation purement alimentaire, permettant de remplir le frigo et de surseoir aux différentes factures. Ce n’est guère emballant, mais c’est malheureusement parfaitement réaliste. Malgré tout, une petite lueur d’espoir subsiste, grâce aux personnages !

Il est intéressant de voir comment certains sont devenus exactement ce vers quoi ils tendaient, tandis que d’autres ont radicalement changé de voie (ce qui pour certains est on ne peut plus surprenant). Les personnages offrent un parfait aperçu de la génération Y, sacrifiée sur l’autel de la crise, et qui essuie les plâtres d’une société en perte de sens, qui n’est plus tournée que vers un certain profit et en oublie l’essentiel. D’ailleurs, la boucle est bouclée, pour ainsi dire, lorsque l’on croise Lou et Sonia, les protagonistes de la série Nos âmes : avec elles, c’est l’occasion d’évoquer la précarité des auteurs-illustrateurs et la triste situation dans laquelle la création française se trouve !

Le roman est construit sur l’alternance des points de vue d’Ophélie et d’Arthur : deux facettes très différentes de ce qui se joue à Pyxis. En effet, Arthur est embauché en vue de la restructuration, tandis qu’Ophélie a une vision bien plus humaine du problème. Sans surprise… des étincelles sont à prévoir !

Indéterminés vient clôturer un portrait de la génération Y et du monde du travail actuel. C’est évidemment un brin déprimant tant c’est réaliste, mais les personnages instillent une petite lueur d’espoir qui nous garde sur le fil. Une bonne conclusion !

◊ Dans la même série : Les Stagiaires (1) ; À Durée déterminée (2).

Les Stagiaires #3, Indéterminés, Samantha Bailly. JC Lattès, mars 2018, 446 p.

La Fille de l’eau, L’Île des Disparus #1, Camilla et Viveca Sten.


La timide Tuva n’a pas grand-chose en commun avec ses camarades de classe. Elle ne se sent bien que sur l’île où elle habite, dans l’archipel de Stockholm dont elle connaît chaque recoin. Mais, alors que l’automne arrive, le changement se profile dans ce havre si tranquille. Des gens disparaissent en mer, des ombres se cachent sous les vagues et d’étranges lueurs éclairent la forêt. Lors d’une sortie, l’un des élèves s’évapore à son tour. La jeune fille se retrouve embarquée dans une terrible aventure, là où les vieilles superstitions des marins rencontrent la mythologie nordique…

Chouette surprise que cette Fille de l’eau !
Le roman débute tout en douceur : Tuva, la protagoniste, représente l’archétype du personnage malmené par ses camarades de classe. Pourtant, on sent dès le départ qu’il n’y pas que cela : un malaise certain plane sur le récit, sans doute induit par les disparitions inquiétantes dont il est question et l’atmosphère à la fois captivante et sinistre qui plane sur cet archipel perpétuellement caché dans les brumes. Ce qu’on ne connaît pas ou ne comprend pas fait peur et, dans l’archipel de Stockholm, il se passe beaucoup de choses totalement incompréhensibles.

Ainsi, si le roman débute comme un polar, avec la disparition d’un enfant, on bascule extrêmement vite dans une ambiguïté parfaitement maintenue : y a-t-il des forces surnaturelles à l’œuvre, ou l’archipel est-il aux prises avec un dangereux criminel ? Difficile à dire, dans un (long) premier temps et c’est bien ce qui est aussi palpitant. Tuva étant la seule narratrice, on progresse dans l’intrigue au même rythme qu’elle, la tension est donc bien présente.
L’intrigue fait la part belle à la mythologie et au folklore nordiques, comme aux mythes liés aux environnements maritimes – ce qui participe évidemment de l’ambiance fantastique qui se déploie.

Côté personnages, l’intrigue est essentiellement portée par Tuva (la narratrice) et Rasmus, le nouvel élève qui débarque de la ville et dont elle se fait rapidement un ami et un allié dans l’enquête. Autour d’eux gravitent d’autres personnages, comme une cohorte d’adultes plus ou moins bienveillants ou porteurs de réponses. Évidemment, les services de police mènent eux aussi l’enquête mais, comme c’est souvent le cas dans les disparitions en mer, ils abandonnent assez vite l’affaire, ce qui laisse toute latitude aux deux enfants pour enquêter (parfois maladroitement, il est vrai).
L’intrigue progresse donc lentement, au rythme de leurs maigres avancées mais l’ambiance est tellement prenante qu’il est difficile de s’arrêter dans sa lecture.

Malgré tout, les résolutions ne sont pas toutes follement surprenantes mais j’ai trouvé très intéressants les parallèles mis en place entre mythologie et écologie – ce dernier point étant nettement plus clair une fois que l’on a lu la postface.

En bref, La Fille de l’eau initie une trilogie mêlant polar, écologie et mythologie scandinave. Ce premier tome disposant d’une véritable conclusion (ouverte), j’ai hâte de voir à quels mythes se frotteront les suivants.

L’Île des disparus #1, La Fille de l’eau, Camilla et Viveca Sten. Traduit du suédois par Marina Heide.
M. Lafon, février 2018, 320 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

Brèves de comptoir #179

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : interview au long cours de Robin Hobb !

À l’occasion des Imaginales, qui se sont déroulées le week-end dernier à Épinal, Le Point Pop a publié une interview de l’autrice de fantasy.

Lundi encore : rencontres de l’Imaginaire !

Présences d’Esprits organise le dimanche 17 juin, de 14h à 18h les Rencontres de l’Imaginaire, qui se dérouleront au Dernier Bar avant la fin du monde (19 avenue Victoria, Paris 1er). La remise des prix Visions du Futur y aura lieu, à 16h ; surveillez le programme sur l’événement Facebook !

Lundi toujours : les conférences des Imaginales !

Comme tous les ans, elles ont été enregistrées et mises en ligne par l’équipe d’ActuSF ; vous pouvez les (ré)écouter ici.

Mardi : Harry Potter au JT !

TF1 a consacré un petit reportage au protagoniste de la série littéraire éponyme, à l’occasion des vingt ans de la publication en version française. Il est visible ici.

Mardi encore : titres en lice pour les prix Mythopoeic !

Les Mythopoeic Fantasy Award for Adulte Literature récompensent un roman de fantasy (one-shot ou série) paru dans l’année précédente et qui répondent le mieux à « l’esprit des Inklings ». Les livres sont éligibles jusqu’à deux ans après leur publication s’ils n’ont pas été sélectionnés dans les finalistes l’année de leur éligibilité (et si c’est une série, elle est éligible dans son ensemble l’année de parution du dernier volume).
En littérature jeunesse, les Mythopoeic Fantasy Award for Children’s Literaturerécompensent des romans jeunesse (des albums aux romans YA) dans la tradition duHobbit ou des Chroniques de Narnia, selon les mêmes critères que les romans adultes.
Il y a également deux catégories consacrées aux essais, les Mythopoeic Scholarship Award in Inklings Studies et les Mythopoeic Scholarship Award in Myth and Fantasy Studies qui récompensent respectivement des essais consacrés à Tolkien, Lewis et/ou Williams apportant une contribution significative à l’étude des Inklings (publiés dans les trois années précédent le prix) et des livres scolaires portant sur les autres auteurs issus de la tradition des Inklings ou bien sur l’étude des mythes et de la fantasy. Les vainqueurs se verront décerner le prix le week-end du 20-23 juillet à Atlanta.

Voici les titres en lice :

Mythopoeic Fantasy Award for Adult Literature :

Ka : Dar Oakley in the Ruin of Ymr, John Crowley (Saga)
The Rules of Magic, Alice Hoffman (Simon & Schuster)
Snow City, G.A. Kathryns (Sycamore Sky)
Passing Strange, Ellen Klages (Tor.com Publishing)
The Changeling, Victor LaValle (Spiegel & Grau)

Mythopoeic Fantasy Award for Children’s Literature :

Tumble and Blue, Cassie Beasley (Dial)
The Dragon with the Chocolate Heart, Stephanie Burgis (Bloomsbury)
Pashmina, Nidhi Chanani (First Second)
The Song from Somewhere Else, A.F. Harrold (Bloomsbury)
Frogkisser !, Garth Nix (Scholastic)

Mythopoeic Scholarship Award in Inklings Studies :

Tolkien, Self and Other : This Queer Creature, Jane Chance (Palgrave Macmillan)
Tolkien’s Theology of Beauty : Majesty, Splendor, and Transcendence in Middle-earth, Lisa Coutras (Palgrave Macmillan)
There Would Always Be a Fairy Tale : More Essays on Tolkien, Verlyn Flieger (Kent State University Press)
The Inklings and King Arthur : J. R. R. Tolkien, Charles Williams, C. S. Lewis, & Owen Barfield on the Matter of Britain, Sørina Higgins (Apocryphile)
Beren and Lúthien, Christopher Tolkien, ed. (Houghton Mifflin Harcourt)

Mythopoeic Scholarship Award in Myth and Fantasy Studies :

Otherworlds : Fantasy & History in Medieval Literature, Aisling Byrne (Oxford University Press)
Celtic Myth in Contemporary Children’s Fantasy : Idealization, Identity, Ideology, Dimitra Fimi (Palgrave MacMillan)
Children’s Fantasy Literature : An Introduction, Michael Levy & Farah Mendlesohn (Cambridge University Press)
Genres of Doubt : Science Fiction, Fantasy and the Victorian Crisis of Faith, Elizabeth M. Sanders (McFarland)
The Routledge Companion to Imaginary Worlds, Mark J.P. Wolf, ed. (Routledge)

Mercredi : financement participatif pour les éditions Lucca !

La maison d’édition jeunesse se lance et a besoin d’un peu d’aide. Leur catalogue portera sur l’imaginaire et les sciences, dans un principe de vulgarisation scientifique et culturelle, porté par la fiction. Au programme, donc : des récits d’aventure, d’anthropologie, des contes merveilleux, des mathématiques, de la SF et de la musique !
Les trois premiers titres, dont un de SF, sont prévus pour octobre 2018. Pour les soutenir, ça se passe !

Mercredi encore : journée des Mondes Oniriques !

Elle se déroulera le samedi 30 juin 2018, à la médiathèque de Charleville-Mézières (2, place Jacques Félix), de 11h à 22h.
Au programme : dix auteurs invités, des conférences et tables rondes, un jeu vidéo indépendant à découvrir en avant-première, des jeux de société et de rôle. L’événement, parrainé par Lionel Davoust, est gratuit et ouvert à tous.
Tous les renseignements sur la page de l’événement.

Jeudi : la préface de 100 raisons d’aimer l’imaginaire en exclusivité !

Les Indés de l’Imaginaire publient un Petit éloge de la SF, de la fantasy et du fantastique, dans la collection poche Hélios. Vous pouvez d’ores et déjà découvrir en exclusivité la préface de ce petit document !

Jeudi encore : de la nouvelle traduction de 1984 !

L’article de Didier Jacob, à propos de la nouvelle traduction de 1984 de George Orwell par Josée Kamoun, est à lire sur Bibliobs !

Jeudi toujours : Nnedi Okorafor, l’Afrique, les femmes et la SF !

L’article de Pauline Le Gall est à lire sur Cheek magazine !

Vendredi : journée spéciale Sherlock Holmes !

Le 17 juin prochain, de 13h30 à 18h30, Créanim’ vous propose un jeu de piste géant, à Besançon, sur le thème de Sherlock Holmes. Et voici le thème de l’enquête :

« Menace sur le Tchoukoumchouk, le plus gros Diamant du Monde.
11 juillet 1891 – Une lettre fait planer la menace sur le diamant mais qui osera le voler ? Louis Partignac a prêté le Tchoukhoumtchouk, le plus gros diamant du monde, pour une exposition exceptionnelle au musée mais une lettre anonyme plus que sérieuse inquiète le directeur qui fait appel à vous pour que le diamant ne soit pas volé. Saurez-vous arrêter le voleur de diamants ? »

Pour participer, il faudra un petit groupe (de 3 à 5 personnes), un smartphone bien chargé (pour accéder à l’appli du jeu de piste) et un bon esprit de déduction. La partie est à 15€/personne, gratuite pour les moins de 16 ans ; les billets peuvent être achetés en ligne. Infos subsidiaires ici !

Vendredi encore : la misogynie dans la SF !

C’est une vidéo de la chaîne Youtube NovaCorp !

Bon dimanche !

La Fille qui avait bu la Lune, Kelly Barnhill.


Chaque année, les habitants du Protectorat abandonnent un bébé en sacrifice à la redoutée sorcière des bois. Ils espèrent ainsi détourner sa colère de leur ville prospère.
Chaque année, Xan, la sorcière des bois, se voit contrainte de sauver un bébé que ces fous du Protectorat abandonnent sans qu’elle ait jamais compris pourquoi. Elle s’emploie à faire adopter ces enfants par des familles accueillantes dans les royaumes voisins.
Mais cette année, le bébé en question est différent des autres : la petite a un lien étrange avec la lune et un potentiel magique sans précédent. Contre son gré, Xan se voit obligée de la ramener chez elle et de persuader ses amis réticents d’élever cette enfant pas comme les autres. Ils la baptiseront Luna et ne tarderont pas à en devenir gâteux. Xan a trouvé comment contenir la magie qui grandit à l’intérieur de la petite, mais bientôt approche son treizième anniversaire, et ses pouvoirs vont se révéler…

Voilà un roman que j’ai vu passer de loin en loin chez les copinautes et dont le titre m’intriguait au plus haut point. Et j’ai bien fait de céder à la tentation car, mes aïeux, quelle découverte !

Dès les premières pages, on plonge dans un univers très onirique, qui semble tout droit sorti d’un conte traditionnel. En même temps, l’univers répond aux critères d’un univers de fantasy assez classique, avec deux royaumes aux gouvernements bien différents (dictature autoritaire pour le Protectorat, royauté plus bienveillante pour les cités d’à-côté). Ça pourrait être manichéen mais, heureusement, l’auteure évite assez habilement cet écueil, puisque l’essentiel de l’histoire se déroule au fond des bois, là où la sorcière élève Luna. D’ailleurs, cet aspect contribue à renforcer l’impression que l’on lit un conte : imaginez les personnages coupés du monde ou presque, vivant dans une nature généreuse, encadrées de créatures surnaturelles mais néanmoins bienveillantes, avec lesquelles elles sont en harmonie. Là, Luna grandit peu à peu, comme sa magie qui, malheureusement, pourrait s’avérer dévastatrice.

La magie est, dans un premier temps, assez peu présente, Xan ayant bridé (par mesure de sécurité) tout ce qu’elle pouvait chez Luna. Il n’en demeure pas moins que l’univers en est totalement baigné, ce qui renforce vraiment le côté très onirique du récit initiatique (puisque, malgré tout, Luna grandit).
En nous narrant en parallèle ce qu’il se passe au fond des bois et ce qui se déroule sous le carcan du Protectorat, Kelly Barnhill maintient habilement le suspense. Évidemment, on se doute bien que les deux situations ne vont pas tarder à se télescoper et on voit même comment ; mais cela ne rend pas le récit moins palpitant, tant tout est mené avec brio. Parallèlement, on voit Luna grandir, Xan s’affaiblir, Glerk fondre mais aussi Antain s’interroger sur les pratiques du Protectorat et la mère de Luna sombrer de plus en plus. Aux côté de l’enfance enchanteresse de Luna se jouent donc des choses nettement plus dures : on n’ignore rien de ce que subissent les sujets du Protectorat et on voit progresser l’autoritarisme religieux à très grands pas. Ainsi, alors que l’histoire s’adresse vraiment à un public de jeunes lecteurs (9-12 ans), elle traite tout de même de sujets pas si faciles que cela à intégrer et nettement moins riants que ne le laisse présager la couverture – ce qui fait évidemment tout le charme du roman.

Autre gros point fort : le style. Tout jeunesse soit-il, le roman est éminemment poétique. Qu’il s’agisse des descriptions, des tournures de phrase ou des philosophies des personnages, la poésie est omniprésente dans le roman, ce qui sied à merveille à l’ambiance onirique dans laquelle on baigne. Glerk étant lui-même un fin poète, le texte est entrecoupé de brèves poésies toujours bien tournées – saluons d’ailleurs la traduction de Marie de Prémonville ! Alors certes, c’est sans doute un poil plus ardu qu’un texte plus classique, mais quel plaisir de lecture ! En plus, pour ne rien gâcher, le texte est vraiment plein d’humour, quelles que soient les circonstances, et sans jamais que ce soit trop lourd !

La Fille qui avait bu la Lune a donc été un découverte incroyable et un énorme coup de cœur – comme cela faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé dans la littérature adressée à cette tranche d’âge. J’ai adoré chaque instant passé en compagnie des personnages, dans cet univers onirique et enchanteur, qui déploie des trésors d’originalité. Le roman a tout d’un récit initiatique et, sous des dehors de conte empreint de fantastique, touche à des sujets plus profonds et merveilleusement traités comme le passage de l’enfance à l’âge adulte, le deuil, l’adoption, l’amour, l’amitié ou la quête des origines. Tout est passé subtilement, dans un texte d’une grande poésie qui, malgré tout, reste accessible à un public jeunesse. Bref : énorme coup de cœur !

La Fille qui avait bu la Lune, Kelly Barnhill. Traduit de l’anglais par Marie de Prémonville. Anne Carrière, 2017, 368 p.