Piments zoizos : les enfants oubliés de la Réunion, Téhem.

Des personnages fictifs, une histoire vraie, un récit documenté sur un chapitre peu reluisant de l’histoire de la Ve République : les enfants de la Creuse.
Entre 1962 et 1984, quelque 2 000 mineurs de La Réunion sont séparés de leur famille et envoyés en France où leur est promise une vie meilleure.
Jean n’échappe pas à ce destin. Éloigné de sa petite sœur, il est transplanté en Creuse. De foyers en familles d’accueil, il fait la rencontre d’autres enfants réunionnais dans la même situation que lui. Une vie durant, entre errances et recherches, il tentera de comprendre pourquoi…

J’ai découvert cette BD dans un vlog de Paper Palace, qui m’avait bien intriguée, donc j’ai sauté dessus dès son arrivée à la bibliothèque. Et grand bien m’en a pris !

Le récit débute à Saint-Denis de la Réunion, de nos jours. Seulement armé d’un dossier partiellement brûlé et de quelques souvenirs ténus, Jean est sur les traces de la famille qu’il a quittée en 1965 (contre son gré), alors qu’il était tout jeune. Ce jour-là, une assistante sociale de la DDASS était venue les chercher, lui et sa petite sœur Didi, pour les emmener loin de leur mère, les séparer et, à terme, les déporter vers le continent. Était-ce parce qu’il avait crevé un ballon afin de voir ce qui le faisait rebondir à l’intérieur ? En tout cas c’est ce qu’il va croire pendant des années.

Le récit alterne les passages dans le présent, où l’on suit l’enquête de Jean, et les passages dans le passé avec deux fils narratifs différents. D’une part, la vie de Jean après qu’il a été arraché à sa famille, trimballé de foyer en foyer et, d’autre part, le quotidien de Lucien Hérant, agent du BUMIDOM fraîchement débarqué à La Réunion et qui découvre, peu à peu, l’ampleur du programme de placement des enfants.
Le BUMIDOM était le bureau chargé d’envoyer des travailleurs vers la métropole, le pendant adulte du programme mis en place par la DDASS (à ceci près que les travailleurs étaient majeurs et donc mieux informés du dispositif). Lucien n’est pas directement impliqué dans le programme, mais y participe de temps en temps. C’est vraiment intéressant d’avoir choisi cette alternance de point de vue car cela montre comment l’entreprise était d’une part, bien installée dans le paysage administratif français et, d’autre part, pas du tout perçue à sa juste valeur. On voit comment tous ces gens impliqués étaient persuadés de faire quelque chose de bien, tant pour la population qui restait sur l’île, que pour les enfants arrachés à leurs familles. Et, parallèlement, on voit les ravages qu’ils ont réellement causés.
Le récit de Téhem est donc extrêmement bien documenté et montre toutes les implications de ce scandale. En même temps, il évite l’écueil du reportage indigeste, en se focalisant sur des personnages qu’il s’attache à creuser, à nuancer. Si on suit essentiellement Jean, Téhem s’intéresse aussi à certains de ses camarades, que l’on suit de loin en loin, et qui nous permettent d’avoir une vue globale de ce que vivaient ces enfants (et on ne va pas se mentir, c’est terrible). Les chapitres sont entrecoupés d’extraits de presse, qui apportent l’éclairage technique et documentaire nécessaire. On découvre ainsi qu’on appelle aujourd’hui ces enfants « de la Creuse », alors qu’en fait ils ont été déportés vers de nombreux autres départements français.
C’est vraiment bien construit ainsi : c’est clair, didactique sans être pesant, et cela laisse toute latitude au lecteur pour s’imprégner du sujet.

Côté graphismes, j’ai adoré le trait crayonné et les ambiances monochromes. J’ai trouvé ça un peu surprenant au départ, mais cela colle parfaitement au thème, comme à la structure du récit.

Bref, voilà une BD que je vous recommande plus que chaudement. Téhem y expose clairement le scandale de la déportation massive d’enfants réunionnais vers le continent, en s’attachant aux trajectoires particulières de personnages qu’il creuse un peu plus. Le choix narratif donne un aperçu très global de l’affaire et permet d’en mieux comprendre toutes les implications, sans juger, juste en exposant les faits (mais cela suffit pour qu’on en saisisse toute l’horreur).


Piments zoizos : les enfants oubliés de la Réunion, Téhem. Sous la supervision historique de Gilles Gauvin.
Steinkis, 2020, 159 p.

Le hasard a voulu que, juste après avoir terminé cette BD, mon appli de podcast lance l’épisode d’Affaires sensibles consacré au sujet. A écouter ici !

[2021] Petit bilan estival.

Carnet de lectures :

La nuit des requins, Jean-Christophe Tixier (Rageot – Flash Fiction).
Je ne sais pas si vous connaissez la collection Flash Fiction, chez Rageot : elle est pensée pour une lecture confortable, pour les lecteurs avec un petit appétit de lecture ou des difficultés. Depuis cette année, des auteurs ados sont entrés au catalogue de cette collection. J’ai lu celui d’Olivier Gay (qui coche toutes les cases du page-turner mais m’a laissée un peu sur ma faim) et La nuit des requins de Jean-Christophe Tixier, donc, qui m’a nettement plus emballée.
Léo et sa famille fêtent l’anniversaire de Camille, la petite sœur, dans leur maison de famille, isolée sur une île. Mais alors qu’ils s’apprêtent à profiter du gâteau, deux braqueurs font irruption et exigent du beau-père de Léo 1 million d’euros. Si celui-ci ne s’exécute pas, ils emmèneront Camille. Léo n’a dès lors qu’une seule idée en tête : il doit s’enfuir, prévenir les secours, et sauver sa petite sœur.
Le récit est très resserré dans le temps, puisque la totalité de l’histoire se déroule entre le vendredi soir et le dimanche matin. Le suspense est donc hyper présent (dès le départ), tout comme le rythme, le personnage principal ne se laissant pas du tout abattre. L’ensemble est super bien mené, et se prêtera volontiers à une lecture à voix haute. J’ai beaucoup aimé la note douce et positive sur laquelle l’auteur conclut le récit !


Mon beau grimoire, Chrysostome Gourio (Casterman – Hanté).
On continue avec les romans pour préados ! Hanté est une petite collection de romans d’horreur/épouvante pour les plus jeunes lecteurs (à conseiller à ceux qui ne décollent pas de la collection Chair de Poule !).
Pénélope est la fille du gardien de cimetières. A cause de cela, elle est harcelée par les trois K, trois garçons de son collège, qui la traitent de sorcière. Un soir, elle rencontre une vieille femme… qui lui propose un grimoire octroyant de sombres pouvoirs. Pénélope accepte… et c’est la descente aux enfers !
Là aussi, le récit est assez court, mais hyper bien mené. L’horreur monte lentement, au fil de l’escalade de violence que connaissent les personnages. Ce que j’ai trouvé intéressant, c’est que le récit joue sur deux peurs bien différentes : la peur issue des pouvoirs que Pénélope pratique d’un côté, la peur de ce que vont faire les harceleurs, qui vont de plus en plus loin. Le récit mêle donc fantastique et thèmes très actuels, parmi lesquels le harcèlement scolaire, les relations familiales ou l’amitié. La fin, douce-amère, clôt à merveille ce roman d’épouvante jeunesse.

Le second souffle, Gilles Marchand et Jennifer Murzeau (Rageot).
Ulysse, 16 ans, vit avec d’autres sous la coupole protectrice du Centre, dont il n’est jamais sorti. Dehors règne la Bête. L’extérieur est hostile, empoisonné. Les enfants gravement asthmatiques, à la santé précaire, sont encadrés par des médecins. Ava, elle, habite Paris. Elle milite pour la planète avec sa meilleure amie Nour. Un jour, elle découvre un terrible secret. Le moment de l’impact est venu. Ava et Ulysse incarnent une histoire commune, celle du changement.
Une lecture en demi-teinte après les deux très bonnes découvertes citées ci-dessus. Le second souffle mêle deux arcs narratifs : l’un très contemporain, l’autre qui semble se situer dans l’anticipation. Le récit alterne de façon assez classiques les voix des deux personnages – dont j’ai d’abord pensé que l’un se situait dans le futur de l’autre. De fait, le suspense est assez présent et c’est vraiment cette interrogation qui m’a fait tenir, car le début du roman était assez lent, voire un peu répétitif. Le rythme s’accélère drastiquement dans la seconde partie, où l’on quitte les pistes de réflexion pour l’action un peu plus pure. L’ensemble est sympa mais pas particulièrement original dans l’ensemble : les dessous de l’affaire sont compris assez vite. Il en reste quelques pistes de réflexion sur l’environnement et l’écologie, mais pas amenées très subtilement, ce qui est un peu dommage vu l’importance du propos.

Coin bulles :

Petit Robot, Ben Hatke (Frimousse).
D’un côté, il y a une petite fille. Elle est bricoleuse et débrouillarde. De l’autre un petit robot tombé d’un camion… La rencontre a lieu et l’aventure commence. Il faut tout d’abord réparer ce petit robot qui visiblement est cassé. Mais heureusement la petite fille a de l’idée. Et les voilà bien vite à marcher tous les deux. Elle lui montre son univers. Mais à l’usine, les machines implacables donnent l’alerte. Il manque un robot…
J’adore Ben Hatke. Il fait partie de mes auteurs de comics chouchou (non pas que j’en ai des tonnes mais voilà). Après le coup de foudre pour Zita, la fille de l’espace, j’étais curieuse de lire ses autres titres, donc je n’ai pas attendu lorsque Petit Robot m’est tombé entre les mains. Comme dans Zita, on est là dans un comics avec très peu de texte, ce qui le rend très accessible aux plus jeunes lecteurs. Ben Hatke maîtrise à la perfection l’art du récit en images et sait garder le lecteur en haleine. L’intrigue mêle action et moments plus doux, dans un très bon équilibre, qui m’a fait tourner les pages à un rythme très confortable. Même avec peu de texte, il évoque tendrement l’amitié, la solidarité, et la quête de liberté. En plus de ça, c’est beau ! Les personnages sont nuancés, la palette de couleur est douce, bref, ce n’est que du bonheur. Voilà un comics à mettre aussi bien dans les mains des enfants que des adultes.

Le voyage d’Esteban, tome 1 : Le Baleinier, Mathieu Bonhomme (Milan).
Esteban a douze ans. Ce jeune Indien rêve d’océan, d’aventure. Il réussit à embarquer sur un baleinier, direction : le cap Horn ! Le cap Horn… Un des endroits les plus dangereux du globe. Mais aussi la route qu’empruntent les baleines pour aller d’un océan à l’autre. Douze ans… C’est peu lorsqu’on se retrouve face à ce monstre des mers…
J’ai lu cette BD totalement par hasard, cet été (parce que j’étais en vacances et que j’ai oublié ma lecture en cours dans l’habitation principale… je me suis rabattue sur une BD trouvée dans la chambre !), et je l’ai découverte avec plaisir ! On plonge dans un récit d’aventure historique vraiment bien troussé qui montre la (dure) vie à bord d’un baleinier, tout en creusant un peu la personnalité et l’histoire d’Esteban, le protagoniste (avec plein de mystères autour de la relation entre sa mère et le capitaine). Le décor est assez sombre, sujet oblige, mais le graphisme très lisible ! Cela m’a donné envie de lire la suite !

Côté ciné :

Évidemment, je n’ai pas échappé à LA sortie de l’été (et j’espère ne pas échapper à celle de l’automne ^^), j’ai nommé Kaamelott. Et ? Et carton plein ! J’ai adoré !
Je ne suis pas une fan hardcore de Kaamelott : je pense que j’ai dû voir les premières saisons à plusieurs reprises, mais j’ai appris par les amis avec qui j’étais au cinéma que la dernière était en fait une préquelle. C’est dire si j’ai raté des trucs. Même avec des bases aussi lacunaires, le film était aisé à suivre !
L’histoire est prenante et se tient bien. On retrouve bien sûr le modèle de la série donc si vous n’accrochez ni à l’univers, ni à l’humour, passez votre chemin. De mon côté, j’ai beaucoup ri, et cela m’a donné envie de tout revoir ! L’intrigue mêle deux temporalités : d’une côté, le présent (dix ans après la fin de la série, au moment où le dictateur Lancelot est sur le trône) et, de l’autre, le passé d’Arthur, lorsqu’il faisait ses classes à Rome. L’alternance maintient le suspense et assure au film un rythme confortable (je n’ai pas vu le temps passer). En somme, il ne me reste qu’à tout revoir avant que la suite ne paraisse !

Tops/Flops :

Je n’ai eu qu’une seule lecture franchement décevante cet été et j’étais d’autant plus déçue d’être déçue que ce roman s’annonçait bien !

L’histoire du Trône des Sept Îles d’Adalyn Grace avait pourtant tout pour me plaire : dans un royaume maritime, la princesse Amora rate la démonstration censée lui assurer le trône, ce qui l’oblige à fuir pour sauver sa vie (et sa couronne), en compagnie d’un pirate. L’univers est intéressant, mais les personnages comme les péripéties terriblement cliché. Je me suis ennuyée sec et ai terminé en diagonale tellement rien ne m’accrochait.

Bon, heureusement, j’ai eu d’autres bonnes lectures !

Mon été a d’abord été marqué par la relecture de L’Enfant de poussière et la lecture de La Peste et la Vigne, de Patrick K. Dewdney (et je suis actuellement dans le tome 3). Le début de ce cycle de dark fantasy (assez violent, soyez prévenus !) est extrêmement bien conçu, dense à souhait et palpitant en tout point. Avec ça, il est porté par une plume ciselée et volontiers envoûtante, qui sied au rythme posé de l’intrigue. C’est prévu en sept tomes et j’en suis ravie !

Comme les deux années précédentes, je me suis également (re)plongée dans l’univers ô combien adoré du Royaume de Pierre d’Angle, de Pascale Quiviger. Je m’étais promis de ne lire que le tome 3, pour me garder le 4e (et dernier) pour l’été prochain. Las, vu la fin du 3… je n’ai pas pu résister ! Si vous ne connaissez pas Pierre d’Angle, déjà, allez fissa chez un libraire vous trouver le tome 1. C’est un ordre ! Cette saga de fantasy mérite vraiment d’être plus connue ! L’autrice déroule une intrigue rudement bien ficelée, qui mêle noirceur et poésie, dans un univers enchanteur (de prime abord). C’est magnifiquement écrit. C’est terriblement prenant. Je me suis sentie orpheline en terminant la saga et dans cet été où l’on pense que ne lira plus JAMAIS un livre qui nous transportera autant. Alors si je ne devais faire qu’une recommandation cette année, ce serait celle-là !

Citations :

« L’âme humaine est comme sa chair à bien des égards, il me semble que dans les bonnes circonstances, on peut se remettre de tout. J’ignore s’il en va pareillement pour la mémoire des peuples, car celle des Arces était encore plus profondément contusionnée que la mienne. Le moindre de leurs enfants portait le poids d’une tragédie qu’il n’avait pourtant pas vécu lui même. »
La Peste et la Vigne, Patrick K. Dewdney.

« Et les ordres sont ? demanda-t-il.
– Pas de massacres, surtout, mais de la poigne. Evitez au maximum que vos gars ne jouent de la gâchette, mais arrêtez ces extraterrestres avant qu’ils ne se fassent connaître du grand public. La présidence désire garder l’info secrète.
– Comment voulez-vous que je les arrête ? En leur jouant une berceuse ?
Le commandant devint écarlate de colère. C’était bien la hiérarchie, ça. Ordre de ramer comme un malade, mais surtout ne pas faire de vagues ! »
Les Abîmes d’Autremer, Danielle Martinigol.

« Vous, la bonne, raisonnez-là!
– La raisonner? On dirait que vous avez pas encore compris à qui vous aviez affaire! Mon Hélène est amoureuse… Rien ne l’arrêtera.
– Tout ceci est ridicule! En vertu des lois naturelles, c’est à l’homme qu’incombe…
– On est sur Vénus… La planète des bonnes femmes… Ici, c’est pas vous qui faites la loi ! »
Les Chimères de Vénus, Alain Ayroles et Étienne Jung.

« Qu’est-ce que la connaissance ? C’est l’inspiration. C’est un appel aux armes. C’est un rappel qu’il n’est rien qui ne puisse être accompli. C’est l’humanité sous toutes ses formes. »
La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North.

« Vous êtes horriblement silencieuse, Isobel ! Vous devez être vraiment épuisée. Comment ça fait ?
– Comment ça fait quoi ?
– D’être épuisée, bien sûr.
Même après avoir passé des années à fréquenter les faés, ils continuaient à me surprendre.
– Cela vous donne l’envie de vous asseoir, ou d’aller dormir. Tout ce qui n’exige pas de vous de bouger ou de penser.
– Ah, c’est comme d’avoir bu trop de vin, dit Alouette d’un air entendu.
– Je haussai les sourcils, en songeant que si Mouche avait été humain, quelqu’un aurait dû lui parler de sa nièce. »
Enchantment of ravens, Margaret Rogerson.

Brèves de comptoir #272

L’actu de l’imaginaire en bref !

Des prix !

Prix Planète SF des blogueurs

Créé en 2011 par des blogueurs, le prix Planète SF des Blogueurs, (également appelé prix Planète SF) récompense chaque année le meilleur ouvrage (roman ou recueil de nouvelles) de science-fiction, fantasy ou fantastique inédit publié durant l’année écoulée. La sélection a la particularité d’être semi-publique, puisque chaque année, les membres du forum sont appelés à voter pour leur titre favori : celui qui récole le plus de suffrages intègre la liste des finalistes (les autres titres étant choisis par un vote du jury). Au départ remis durant les Utopiales de Nantes, le prix est désormais décerné durant Les Intergalactiques de Lyon.
Et il revient cette année à Lavie Tidhar, pour Aucune terre n’est promise (Mü – Trad. Julien Bétan). Félicitations !
Les titres qui étaient en lice sont visibles ici. Plus d’infos sur le roman directement sur RSF Blog !

Prix Imaginales des Lycéens

Les Imaginales (reportées au week-end du 14 au 17 octobre 2021, toujours à Épinal) commencent à annoncer les titres en lice pour les différents prix. Le programme des conférences est visible ici.
On attaque avec le premier des prix scolaires !

Le Prix Imaginales des Lycéens, PIL pour les intimes, a pour but de promouvoir les littératures de l’imaginaire auprès du jeune public, en lui proposant des sélections riches et variées. Tous les ans depuis 2005, les lycéens sont appelés à voter pour leur titre préféré, qui se voit attribuer la prestigieuse récompense au cours des Imaginales. Voici les titres en lice cette année :
La Princesse au visage de nuit, David Bry (L’Homme sans nom).
Le Sang de la Cité, Capitale Sud #1, Guillaume Chamanadjian (Aux Forges de Vulcain).
Anergique, Célia Flaux (Actusf).
Le Troisième Exode, Daniel Mat (Scrinéo).
After, Auriane Velten (Mnémos).

Ce prix est ouvert à tous les lycées français (toutes les infos ici).

Les autres prix scolaires (collégiens, écoliers) devraient être annoncés incessamment sous peu.

Avis aux auteurs !

Concours d’écriture « Autour du Temps »

L’école d’écriture 2.0 de Cécile Duquenne lance son premier concours d’écriture réservé aux jeunes auteurs.
Dans les genres de la SF, de la fantasy, du fantastique, et tous leurs sous-genres liés, l’école d’écriture 2.0 vous invite à écrire une nouvelle autour du vaste thème du TEMPS, en 30 000 signes maximum (espaces incluses).
La deadline est fixée au 31 janvier 2022 (et les envois pourront commencer le 1er janvier 2022).
Le règlement précis et les modalités sont visibles ici.

Revue de presse !

13 œuvres SFFF d’autrices dont on aimerait une adaptation

L’article et la sélection de Marcus Dupont-Besnard et Aurore Gayte est à lire sur Numerama.

Le Mois de Morgan of Glencoe !

Régulièrement, les Vénérables de Bookenstock invitent un auteur pour une interview participative sur leur site. Si septembre-octobre est le mois de Raphaël Bardas, au mois de novembre, ce sera le tour de Morgan of Glencoe !
Rendez-vous sur le site pour participer à ces deux interviews !

Bon dimanche !

Le Garçon sorcière #1, Molly Knox Ostertag.

Dans la culture du jeune Aster, treize ans, toutes les filles sont élevées pour devenir des sorcières et les garçons, des métamorphes. Toute personne qui ose contrevenir à cette tradition est exclue. Malheureusement pour Aster, il demeure incapable de se métamorphoser… et il est toujours aussi fasciné par la sorcellerie, bien qu’elle lui soit formellement interdite.Lorsqu’un danger mystérieux menace les autres garçons, Aster sait qu’il peut aider… avec la sorcellerie. Avec les encouragements d’une nouvelle amie excentrique, Charlie, Aster se laisse enfin convaincre d’exercer ses talents de sorcière. Mais il aura besoin d’encore plus de courage pour sauver sa famille… et en réalité, se sauver lui-même.

Cela faisait un moment (plus d’un an !) que j’avais noté ce comics dans un coin d’une liste-à-lire-un-jour. C’est enfin fait et quel régal ! Je suis tombée sous le charme du trait et de l’histoire créée par Molly Knox Ostertag – et vu l’excellente découverte, j’ai bien l’intention de poursuivre avec le reste de son œuvre.

Le garçon sorcière nous plonge dans un univers de fantasy, qui pourrait se situer de nos jours. Aster vit dans une grande famille dotée de pouvoirs magiques. Toutes ses tantes, sœurs, cousines sont des sorcières. Et lui, comme tous les mâles de la famille, est voué à devenir un métamorphe, destiné à protéger les sorcières et à se battre contre les démons. Au cas où cela vous titillerait : oui, c’est hyper genré et cliché. Mais justement ! Aster préfère pratiquer (discrètement) la sorcellerie et la métamorphose ne lui est vraiment pas innée. Cela le rend carrément malade rien que d’y penser. La mission qu’il se fixe contre le démon qui kidnappe ses camarades va lui permettre d’utiliser ses pouvoirs de sorcière pour faire quelque chose d’utile.

Là encore, l’histoire pourrait sembler cliché (les pouvoirs inattendus, la quête, la figure de l’élu, etc.), mais pas du tout. Molly Knox Ostertag utilise plutôt ce point de départ pour livrer une ode à la différence, à la quête et à l’acceptation de soi. Dans cette épreuve, Aster est aidé par une amie (totalement humaine), Charlie, qui elle aussi se sent obligée de faire ses preuves dans la société dans laquelle elle vit. Les deux amis s’entraident et nouent une belle relation d’amitié, malgré tout ce qui pouvait sembler les séparer. Charlie encourage vivement Aster à vivre pleinement qui il est, peu importe ce qu’on lui a inculqué !
Le récit incite donc à se questionner sur la société genrée dans laquelle on vit. Mais c’est fait subtilement et sans gros sabots, ce qui rend le comics d’autant plus délicieux !

De même, l’histoire prend place au sein d’une famille assez nombreuse (dont l’arbre généalogique est donné dès le départ), qui aligne pléthore de cousins. Et mine de rien, cette famille est diversifiée que ce soit en termes de couples, modes de vie ou couleurs de peau. Cela ne sert pas l’intrigue, ni un propos sous-jacent, c’est juste comme cela dans le paysage, de façon très naturelle. Et cela change agréablement de ce que l’on peut voir en BD jeunesse !

Côté graphismes, j’ai fondu dès les premières pages pour les dessins à la fois simples et clairs, aux couleurs chaudes et agréables. C’est beau ! Les scènes représentant la magie sont particulièrement réussies.

Excellente découverte donc, que ce premier tome du Garçon sorcière. J’ai adoré l’intrigue, les graphismes, comme les messages portés par le texte. Même si ce volume propose un récit complet, j’ai hâte de lire les deux tomes suivants tant j’ai apprécié ma découverte !

Le Garçon sorcière #1, Molly Knox Ostertag. Trad. de l’anglais (États-Unis) par Romain Garland.
Kinaye, 24 janvier 2020, 224 p.

La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North.

Je m’appelle Hope Arden mais vous oublierez ce nom et jusqu’à mon existence. Nous nous sommes déjà rencontrés des milliers de fois. Je suis la fille dont personne ne se souvient. Tout a commencé quand j’avais seize ans. Un lent déclin, un isolement inéluctable. Mon père qui oublie de me conduire au lycée. Ma mère qui met la table pour trois, pas quatre. Un prof qui omet de demander un essai que je n’ai pas rendu. Un ami qui me regarde et voit une étrangère. Qu’importe ce que je fais, ce que je dis, les blessures que j’inflige, les crimes que je commets. Vous ne vous souviendrez jamais de moi. On ne peut pas dire que ça me facilite la vie, mais ça fait aussi de moi une personne dangereuse.

Quel roman étonnant, qui joue sur trois genres qui se mêlent parfaitement : anticipation, fantastique et thriller !

Hope Arden a le désagréable privilège d’être parfaitement oubliable. Dans les trente secondes après être sortie du champ de vision de ses interlocuteurs, elle disparaît purement et simplement de leur mémoire. Sa famille l’a oubliée, ses amis aussi, la société entière semble ne plus la calculer. Ce qui, dans la vie courante, peut s’avérer particulièrement handicapant.

« Choses difficiles à faire quand le monde vous oublie :
• Sortir avec quelqu’un
• Trouver un travail
• Recevoir des soins médicaux suivis
• Obtenir un prêt bancaire
• Obtenir un diplôme
• Obtenir des références
• Être servie au restaurant. »

La faculté de Hope n’est jamais vraiment explicitée. Pourquoi l’oublie-t-on ? Est-ce génétique ? Cela vient-il d’un virus ? Est-elle folle ? On ne saura jamais, ce qui donne au récit une petite touche fantastique assez intéressante.

La situation étant ce qu’elle est, Hope devient une cambrioleuse particulièrement douée et dont la méthode reste parfaitement opaque aux yeux des autorités (et on comprend bien pourquoi). Pourtant, celle-ci comporte des lacunes : parfois elle se fait voir par des caméras de sécurité, ou son utilisation du darknet laisse un peu à désirer en termes de sécurité. A force de larcins, Hope s’attaque à un gros poisson : Perfection.
Perfection est une sorte d’application de coaching ultra-gourmande en données personnelles. A chaque « bonne action » validée par Perfection, les usagers gagnent des points. Chaque point durement gagné permet d’obtenir des bons de réduction auprès de marques, des invitations à des événements sélects, etc. Peu à peu, l’application enregistre les mouvements des cartes de crédits et de fidélité, les restaurants et magasins fréquentés et, pire, les personnes rencontrées. Afin de rendre chaque utilisateur « parfait », elle suggère d’écarter définitivement untel, de modifier son alimentation, de quitter son travail pour un autre poste plus lucratif, ou de changer totalement de look. Tout cela à grands renforts de données personnelles qu’elle ingurgite et recrache à tout va. Voilà pour le côté anticipation.

Malgré sa redoutable faculté, la croisade de Hope n’est pas de tout repos : Interpol est sur ses traces, les gros bras de Perfection aussi et les capacités de la cambrioleuse intéressent du monde sur le darknet. Bon an mal an, ce qui n’aurait dû être qu’un hold-up de plus se transforme en traque forcenée, ce qui rend le roman extrêmement prenant.

Le récit est, avec ça, merveilleusement construit. Il alterne présent et passé, ce qui nous permet de suivre Hope dans ses pérégrinations, tout en comprenant comment elle s’est construite. C’est aussi ce qui le rend si addictif. De plus, la narration est régulièrement entrecoupée de réflexions de la narratrice, de définitions de choses diverses et variées, de listes d’observations qu’elle se fait, ou du mantra qu’elle se répète pour s’ancrer dans le réel. Cela ne casse pas le récit, mais lui donne plutôt des respirations, calées sur celles dont la narratrice a besoin lorsque sa situation menace de lui faire péter les plombs. C’est bien vu, parfaitement exécuté, et cela rend le tout très immersif !

« Qu’est-ce que la connaissance ? C’est l’inspiration. C’est un appel aux armes. C’est un rappel qu’il n’est rien qui ne puisse être accompli. C’est l’humanité sous toutes ses formes. »

Au fil des chapitres et de la traque, le roman nous invite à nous interroger sur nos pratiques numériques, notamment concernant les réseaux sociaux. Perfection n’est pas si éloignée de choses qui existent aujourd’hui et cela incite vraiment à réfléchir à la façon dont on consomme ces gadgets appréciés du public et dont la face cachée peut parfois échapper à ses utilisateurs. Mais il est aussi question d’amitié, d’amour, de solitude, ou du pouvoir de la connaissance. Tout cela est livré un peu en vrac, au fil des pensées de la narratrice, qui lance parfois de simples pistes de réflexion, ou propose sa propre vision des sujets en question.

J’ai adoré écouter ce roman. La narratrice est parfaite, et lit d’un ton presque clinique qui correspond parfaitement à la personnalité de la narratrice. Se sentant en-dehors du monde, elle raconte son histoire presque comme une observatrice, et la lectrice a rendu cette attitude merveilleusement bien. De plus, le travail effectué sur les dialogues entre personnages les rend très intelligibles. En jouant sur le volume sonore ou sur l’étouffement de la voix, on sait toujours qui est en train de parler à qui, impossible de s’y perdre. L’enregistrement est vraiment génial !

Voilà une lecture audio que j’ai adorée, et que je pense refaire dans quelque temps. Le récit, très prenant, mêle habilement fantastique, anticipation et thriller, dans un rythme bien mené. Même si je reconnais quelques longueurs dans le milieu du roman, j’ai trouvé l’intrigue palpitante. La lectrice met le ton parfait pour le récit, ce qui contribue à le rendre si prenant. Excellente découverte, donc, qui me donne très envie de lire d’autres titres de l’autrice !

La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North. Traduit de l’anglais par Isabelle Troin.
Hardigan, 2016, 840 min. Lu par Manon Jomain.

Enchantment of ravens, Margaret Rogerson.

Isobel est une jeune artiste peintre de grand talent, qui travaille pour des clients bien particuliers : les redoutables faés, des créatures immortelles capables de jeter de terribles sorts. Il y a néanmoins une chose que les faés envient terriblement aux humains : leur Art, car eux-mêmes sont incapables de tracer un trait de plume ou de faire cuire du pain sans tomber en poussière. Les tableaux d’Isobel sont très demandés, jusqu’à ce qu’elle reçoive la première commande exceptionnelle d’un membre de la famille royale, Corneille, le prince d’Automne.
En peignant son portrait, la jeune femme fait une grave erreur : elle le représente avec dans le regard l’éclat d’un chagrin tel qu’en éprouvent seulement les mortels. En trahissant ainsi ce qui est considéré comme une faiblesse chez les Faés, elle a mis Corneille dans une position difficile, qui pourrait lui coûter la vie. Furieux, le prince l’oblige à le suivre jusque dans son royaume pour comparaître devant un tribunal – mais en chemin, ils vont tous deux se retrouver cernés d’ennemis, et contraints de s’en remettre l’un à l’autre pour survivre…

Après la très bonne surprise que j’avais eue l’année dernière pour Sorcery of Thorns, j’étais curieuse de découvrir le premier roman de Margaret Rogerson. Et malheureusement… on ne peut pas dire que la sauce ait pris, cette fois-ci.

Pourtant, Enchantement of Ravens avait de quoi me plaire, car j’adore les histoires qui font intervenir des faés !
On y retrouve d’ailleurs le folklore adéquat dans ce genre d’histoire : les faés se présentent aux humains revêtus d’un glamour qui les rend sublimes, leur société est divisée en quatre cours suivant les saisons, et ils font preuve d’une cruauté et d’une inhumanité terribles (donc on est plus dans une ambiance façon Outrepasseurs que Marraine la Bonne Fée). Petite trouvaille sympa ici : les faés sont incapables de pratiquer la moindre forme d’Art, qu’il s’agisse de musique, peinture, ou de la simple cuisson d’un repas au feu de bois. J’ai trouvé ça original ! Cela explique pourquoi les faés entretiennent les humains de Bagatelle, un concentré d’artistes en toutes matières. Pour les payer, ils leur proposent des enchantements… qui peuvent se transformer en maléfices s’il y a la moindre ambiguïté dans la formulation de départ. Ce qui rend chaque tractation périlleuse !

Le point de départ de l’intrigue est vraiment intéressant : voulant bien faire, Isobel peint Corneille, le prince d’Automne, avec une émotion humaine sur le visage, ce que les faés interprètent comme une marque de faiblesse. Souhaitant protéger son trône, celui-ci demande des comptes à Isobel et souhaite l’entendre en procès au sein de sa cour. Tout cela partait plutôt bien, mais se gâte dès le début du périple des deux personnages. En effet, et à mon grand dam, toutes les péripéties de leur trajet à travers les cours faés, ne servent qu’à la romance entre les deux, qui manque de crédibilité, comme de subtilité. Evidemment, depuis le départ, on entend parler de la Bonne loi, qui interdit aux faés et aux humains d’entretenir des sentiments les uns pour les autres. Je n’ai donc pas été surprise que le récit tourne autour d’une romance interdite. Mais qu’elle arrive aussi vite et aussi inopinément ? Si ! Corneille tombe amoureux d’Isobel en un claquement de doigts. Isobel, de son côté, tergiverse tant et plus, ce qui impose de longues scènes d’introspection sur le mode « Il m’aime, moi non plus ». Après un long exposé sur le désamour profond qu’elle éprouve pour lui, la portraitiste change finalement d’avis, sans que l’on comprenne bien pourquoi. Ses sentiments arrivent comme une révélation, basée sur de biens maigres faits et indices, ce qui ne m’a pas aidée à me sentir particulièrement impliquée dans ses tribulations, d’autant que celles-ci, très longues, semblent servir surtout à délayer l’intrigue.

En plus de cela, les personnages sont assez lisses. Hormis Mai et Juin, les deux petites sœurs jumelles d’Isobel (à l’origine deux chevrettes transformées en fillettes par un faé facétieux), aucun ne se démarque vraiment. Pourtant, il y a du potentiel ! Les deux protagonistes, dans leur voyage, croisent à plusieurs reprises le chemin de Ciguë, une faé d’Hiver liée à la Chasse sauvage. Or, si l’on comprend bien que quelque chose cloche avec la fameuse Chasse, rien n’est vraiment creusé. De même, la figure du Roi des Aulnes est souvent convoquée (on le croise même à la fin), mais tout reste trop en surface. Et c’est très dommage.

Enchantment of Ravens est donc un roman à l’ambiance féérique parfaite, mais dont les personnages et le récit sont complètement écrasés par une romance aussi peu subtile que crédible. Dommage, car tout cela partait pourtant fort bien !

Enchantment of Ravens, Margaret Rogerson. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Vincent Basset.
Castelmore (Big Bang), 1er septembre 2021, 384 p.

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Émeraude, Gemme #1, Geneviève Boucher.

À la suite du décès de sa mère, Caroline Éthier est contrainte de déménager à Rivière-du-Loup pour sa dernière année du secondaire. Elle y fait plusieurs rencontres qui pimentent son quotidien.
Son voisin Jeremy Emilsson est terriblement séduisant, mais il ne fait rien pour déguiser l’antipathie qu’elle lui inspire, alors qu’ils se retrouvent malgré eux partenaires dans deux de leurs cours. De son côté, le beau Logan MacLean fait tout pour charmer. À l’opposé de Jeremy, il se révèle gentil, drôle et avenant.
Logan et Jeremy se détestent profondément, et c’est sans connaître la raison de cette hostilité que Caroline se retrouve prise entre ces deux jeunes hommes aux dons mystérieux. Le jour où elle découvre leur véritable visage, sa propre identité la foudroie comme un coup de poignard en plein cœur. Dans le tumulte de ces nouveautés, après avoir subi une terrible trahison, la jeune fille voit son destin à jamais bouleversé. Après tout, son père ne l’a pas emmenée si loin de Montréal sans raison…

Et voici un nouveau livre issu d’une pile-à-lire de travail. Et je dois reconnaître que j’ai passé un très bon moment avec ce roman… malgré – en toute objectivité – de grosses lacunes !

Le début nous plonge dans le quotidien de Caroline, un quotidien un peu gris : après le décès de sa mère, elle déménage à l’autre bout du Québec, abandonnant derrière elle ses meilleures amies, et un petit ami qu’elle a préféré quitter pour éviter une relation longue distance (même si elle prévoit de rentrer l’année suivante à Montréal pour ses études supérieures). Dès son arrivée à Rivière-du-Loup, Caroline tombe sous le charme du beau voisin, Jeremy Emilsson qui, comme tous ses copains d’origine suédoise, fait partie d’une bande très sélect qui ne laisse entrer personne. Malgré l’antipathie dont fait preuve Jeremy – Jay pour les intimes, à savoir Caroline et les lecteurs dès le chapitre 2… -, Caroline est forcée de collaborer avec lui… sur un projet scolaire. Son coeur balance donc entre le beau gosse malpoli et Logan, l’autre beau gosse, sympathique, lui, qui hante les couloirs du lycée.
Si, à ce stade, rien ne vous a rappelé un autre grand titre de la fantasy urbaine jeunesse, c’est que vous êtes peut-être passés à côté du phénomène Twilight !

En effet, tout dans ce roman est fait (semble-t-il) pour marcher dans les pas de la célèbre saga. On retrouve donc les mêmes éléments : une héroïne déracinée, un père absent, deux clans aux ascendances magiques qui s’affrontent, une héroïne dont le cœur balance entre les deux bad guy et qui va – évidemment – manifester des pouvoirs en relation avec la guerre qui oppose les deux clans. A ceci près que l’héroïne est une sorte de hors-caste qui ne devrait pas s’inscrire dans le paysage !
Heureusement, le récit se démarque de Twilight : pas de loup-garous ou de vampires ici, mais des clans de mages liés à une pierre, elle-même tirée de leurs mois de naissances respectifs, et que l’on appelle les Gemmes. Chaque pierre confère à ses descendants une couleur d’iris parfaitement reconnaissable. Caroline étant émeraude, elle a naturellement les yeux verts. Les Suédois étant améthystes, ils cachent leurs yeux violets sous des lentilles noires (ce qui, comme chacun le sait, est nettement plus discret). Tout cela est bien amené et bien trouvé, mais le système de magie souffre d’un manque flagrant d’explications sur son fonctionnement. La couleur de la pierre ne semble pas affecter outre mesure les capacités des personnages.

C’est sans doute parce que le récit se concentre presque exclusivement sur le triangle (voire le quadrilatère) entre les personnages. Évidemment, le cœur de Caroline balance entre les deux prétendants potentiels. Si l’un s’avère être réellement une personne peu recommandable, l’autre a juste des allures de bad boy. Pourtant, la narration s’obstine à nous le faire voir ainsi… comme si on ne pouvait QUE s’amouracher d’un bad boy – dont le plus terrible crime ici, est d’avoir les yeux noirs et d’être désagréable. Ce n’est pas crédible ! Par ailleurs, la société des Gemmes, très corsetée, prévoit des mariages entre enfants d’un même clan. Ceux-ci étant prévus dès la naissance, chaque Gemme sait à qui elle ou il est liée – et Caroline n’entre évidemment pas dans le schéma. Tout cela pour dire que oui, les interactions romantiques sont cousues de fil blanc et ne réussissent jamais à surprendre (ce qui est bien dommage).
Par ailleurs, les personnages sont affreusement manichéens. L’opposant est nécessairement un salopard égocentrique très très méchant, tandis que les alliés de Caroline sont tous très très très gentils, y compris la fille dont elle convoite le promis. Ce n’est pas très crédible non plus !

Ceci étant dit, le récit est entraînant, et alterne parfaitement péripéties échevelées, moments de pause, interrogations judicieuses des personnages et même un peu d’émotion. Ce qui rend la lecture indéniablement prenante ! J’ai toutefois été assez déçue par la fin, qui se termine sur un retournement majeur de situation… que l’on aurait mieux vu en fin de chapitre. Ici, cela donne juste l’impression que la totalité du texte a été sauvagement tronçonnée, sans chercher à créer un récit entièrement cohérent. C’est dommage !

En somme, Émeraude a été une lecture ambivalente : si j’ai profondément soufflé lors de ma lecture, tant les péripéties et développements manquaient de crédibilité ou de profondeur, l’aspect très entraînant du récit et une certaine nostalgie de Twilight ont rendu cette même lecture palpitante. Assez étonnant ! Si le roman est marqueté pour plaire à un lectorat adolescent, je pense qu’il plaira aussi aux nostalgiques de Bella & Edward !

Gemme #1 : Émeraude, Geneviève Boucher. Kennes, réédition septembre 2021, 432 p.

Les Chimères de Vénus #1, Alain Ayroles et Étienne Jung.

1873, tandis que les empires terrestres s’affrontent pour la maîtrise du système solaire, l’actrice Hélène Martin embarque pour Vénus à la recherche de son fiancé, prisonnier des bagnes de Napoléon III.

Quand j’ai vu qu’un spin-off du Château des Étoiles était annoncé, j’ai évidemment été hyper intriguée. Donc quand je l’ai vu repasser à la médiathèque, ni une ni deux, je l’ai emprunté !

L’histoire prend place (du moins en ai-je eu l’impression), au moment où Séraphin et consorts sont en train de batailler ferme sur Mars contre les troupes prussiennes (tomes 3 et 4 donc). Et loin de la Lune ou de Mars, place ici à Vénus et sa colonie franco-britannique aux accents résolument steampunk. Nouvel univers, nouveaux décors, et on découvre une planète plutôt hostile, dont la découverte ressemble à s’y méprendre à une balade cauchemardesque dans Jurassic Park. Rien de moins !

L’intrigue reprend les mêmes motifs politiques que la série-mère (la lutte à la conquête spatiale), en ajoutant un arc narratif qui a tout du polar, cette fois. En effet, l’héroïne, si elle est venue aux bras d’un magnat de la conquête spatiale, s’intéresse uniquement au sort réservé à son fiancé, malheureusement déporté dans le bagne justement situé sur Vénus. L’intrigue nous fait donc voir tour à tour ce que vivent Hélène, les gens qui voyagent avec elle, et les bagnards – avec ce qu’il faut de mystère et de suspense à la clef. Il y a un côté girl-power vraiment sympa, le duo formé par Hélène et sa camériste ne s’en laissant pas compter.

Ce premier tome vise vraiment à planter le décor, donc j’attends vraiment de lire la suite pour voir ce qui va en sortir. En effet, l’histoire est rondement menée et ouvre pas mal de possibilités. Les péripéties sont rapidement réglées, ce qui donne au récit un rythme très confortable. Bref : tout cela a grandement attisé ma curiosité.

Côté graphismes, on retrouve un découpage bien pensé, alternant les illustrations pleine page (ou presque) et des cases plus resserrées. Évidemment, le style graphique est bien différent, avec un style qui ressemble plus à un film d’animation que dans les autres tomes. Cela colle bien à l’intrigue, plus divertissante et dynamique, moins romantique et scientifique que celle de la série-mère. J’apprécie nettement moins ce style graphique, mais l’album m’a fait passer un très bon moment de lecture !

Les Chimères de Vénus propose donc un nouvel univers, de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue, dans l’univers du Château des étoiles. On retrouve les points forts de la série-mère (steampunk, époque victorienne et conquête spatiale), et plein de nouveautés très alléchantes. L’intrigue est rondement menée et ouvre plein de pistes pour la suite, qu’il me tarde donc de découvrir.

Dans le même univers : Le Château des étoiles, 1869 : la conquête de l’espace (1) ; Le Château des étoiles, 1869 : la conquête de l’espace (2).

La Ville sans vent #1, Eléonore Devillepoix. #PLIB2021

À dix-neuf ans, Lastyanax termine sa formation de mage et s’attend à devoir gravir un à un les échelons du pouvoir, quand le mystérieux meurtre de son mentor le propulse au plus haut niveau d’Hyperborée.
Son chemin, semé d’embûches politiques, va croiser celui d ‘Arka, une jeune guerrière à peine arrivée en ville et dotée d’un certain talent pour se sortir de situations périlleuses. Cela tombe bien, elle a tendance à les déclencher…
Lui recherche l’assassin de son maître, elle le père qu’elle n’a jamais connu. Lui a un avenir. Elle un passé.
Pour déjouer les complots qui menacent la ville sans vent, ils vont devoir s’apprivoiser.

L’histoire commence très fort avec rien de moins qu’un meurtre (de l’avis de Lastyanax, du moins) : enquête au programme. Arka, parallèlement, cherche à retrouver son père, qu’elle n’a jamais connu, mais dont elle sait qu’il est Hyperboréen : double enquête au programme, donc. Qui, sans trop de surprises, vont s’entrecroiser au fil des chapitres !

Premiers problèmes : Lastyanax se retrouve confronté à l’indifférence de la classe politique (tant pour sa personne que pour l’assassinat de son mentor…), à laquelle il appartient pourtant ; Arka, quant à elle, est en butte à la mentalité hyperboréenne assez particulière.
En effet, Hyperborée, sise sous un dôme (d’où l’absence de vent qui donne le titre), est une cité particulièrement inégalitaire, construite sur plusieurs niveaux. Les niveaux les plus bas sont réservés à la plèbe, le niveau supérieur abrite les classes les plus riches, les instances politiques et l’école de magie. Entre les deux, des classes populaires à aisées, des marchands, des malfrats et toute la population que peut contenir une société de ce type. Pour passer d’un niveau à l’autre, il y a un péage, dont la valeur augmente non seulement à chaque niveau, mais additionne en plus les montants des niveaux précédents ! Une simple montée est donc exorbitante et hors d’atteinte de la plupart des bourses. D’ailleurs, le niveau d’origine a son importance : les transfuges de classe sont globalement mal vus par les riches qui cultivent l’entre-soi (toute ressemblance avec une situation réelle n’est sans doute pas fortuite). Et devinez quoi ? Lastyanax en est justement un, de transfuge (sans parler d’Arka qui a le bon goût d’être une fille, et une étrangère). C’est donc très ironiquement que Last hérite du poste de Ministre du Nivellement, chargé de réduire les inégalités entre les niveaux (ou de les cacher habilement, comme il le comprendra rapidement).
Cette question des inégalités traverse tout le récit : outre l’indifférence des puissants vers les concitoyens, les personnages – notamment Arka – sont confrontées à du bon vieux machisme comme on l’aime. Quoi ?! Une femme faisant de la magie ou de la politique ? Mais vous n’y pensez pas ! La question de la place des femmes est même le cheval de bataille de Pyrrha, une des rares magiciennes d’Hyperborée, qui n’entend pas se laisser cantonner à sa cuisine et à son futur mariage.

« Au loin se dressait Hyperborée, dont le dôme surgissait de la neige comme une gigantesque bulle dorée. Si Arka n’avait pas été affamée, elle aurait pu passer des heures à contempler la ville. Derrière la surface transparente où se reflétaient les nuages, une multitude de tours rondes, plus hautes les unes que les autres, frôlaient par endroits la paroi intérieure du dôme. Du vert, du bleu, de l’ocre, du rose : cette débauche de couleurs semblait irréelle au milieu des nuances grises de la lande, du ciel et de la montagne. »

L’univers dans lequel se déroule le récit m’a proprement enchantée. Hyperborée est décrite de façon hyper visuelle et regorge d’inventions aussi audacieuses qu’ingénieuses – la palme allant aux canaux qui relient les niveaux et que l’on arpente à dos de tortues. N’est-ce pas génial, comme idée ? Si le récit se déroule presque exclusivement au sein de la cité, on a quelques aperçus des autres contrées, au-delà du territoire glacial qui entoure la riche cité. Les Amazones, grand opposant politique, sont justement citées à de nombreuses reprises, tant elles terrorisent la population, qui ne les a pourtant plus vues depuis plusieurs siècles – là encore, des femmes en position de pouvoir, ça en chatouille plus d’un.
Un grand ennemi politique (même si on ne l’a plus vu depuis des lustres), un risque majeur (des femmes au pouvoir) agité sous le nez des vieux barbons, un souverain (le Basileus) en poste depuis deux siècles… Oui, tout cela sent bien le complot à plein nez et, justement, sur ce point, on est servis. L’intrigue, simple en apparence, repose en fait sur plusieurs couches de complots et de manipulations qui se révèlent au fur et à mesure. Le suspense est donc très présent, soutenu par un rythme mené de main de maître : non seulement il est impossible de s’ennuyer, mais j’avais en plus du mal à m’arrêter en fin de chapitres !

Le système de magie, de son côté, est original et bien pensé, surtout dans la façon dont on le neutralise, à l’aide d’une pierre, le vif azur, qui va justement se retrouver au sein du récit. C’est très ingénieux !
Le récit semble mélanger plein d’influences et en tirer systématiquement le meilleur : au vu des noms, des coutumes et des forces en présence, on pense évidemment à l’antiquité gréco-romaine mais le récit convoque aussi des références plus récentes comme Harry Potter (les personnages passant un temps considérable à faire des recherches à la bibliothèque !) ou Wonder Woman (forcément, les Amazones et l’iconographie qu’elles invoquent étant passée par là).

« C’est fermé à clé. Vous savez forcer une serrure, Maître ?
– Je suis mage.
– Y a rien d’incompatible.
« 

Autre excellent point : l’humour de l’ensemble. Oui, l’histoire est, par bien des aspects, éminemment tragique. Elle est aussi hautement palpitante et pleine d’une tension qui ne se dément jamais. Mais elle est aussi très drôle, que ce soit en raison des piques que s’échangent les personnages, un d’une narration qui ne dédaigne pas une petite dose de sarcasme bien dosé. Il faut également dire qu’Arka, brut de décoffrage et plus encline à distribuer des baffes qu’à faire preuve de finesse, est un régal à elle seule. Bref : c’est génial.

Si je ne m’étais pas (pour une fois !) astreinte à suivre notre rythme de lecture commune, La ville sans vent est un roman que j’aurais sans doute englouti en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, tant j’ai été embarquée dans cet univers. Le récit est imaginatif, ingénieux, plein d’audace et m’a plongée dans un émerveillement constant. Coup de cœur amplement mérité, donc, et j’ai hâte de lire la suite (et fin) !

C’était ma dernière lecture dans le cadre du PLIB, et c’est pour ce titre que j’ai voté parmi les cinq finalistes !


La Ville sans vent #1, Eléonore Devillepoix. Hachette romans, juin 2020, 448 p.
#PLIB2021 #ISBN9782017108443

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L’Héliotrope, Steam Sailors #1, Ellie S. Green. #PLIB2021

Il fut un temps où les Alchimistes nourrissaient le Haut et Bas-Monde de leurs inventions merveilleuses, produits de magie et de science. Un temps de machines extraordinaires, de prodiges électriques et d’individus aux pouvoirs fantastiques. Une époque révolue depuis que les Industriels ont éradiqué les Alchimistes et leur formidable savoir. Pourtant, on raconte qu’à l’aube de leur disparition, ils auraient caché leur fabuleux trésor dans une cité secrète…Quatre siècles après la Grande-Fracture, les habitants du Bas-Monde traversent une ère obscure et rétrograde, tandis que le Haut-Monde, figé depuis l’extinction des Alchimistes, demeure inaccessible et fait l’objet de tous les fantasmes. Originaire du Bas-Monde, Prudence vit en paria car elle voit l’avenir en rêves. Une nuit, son village est attaqué par des pirates du ciel. Enlevée et enrôlée de force à bord de l’Héliotrope, un navire volant à la sinistre réputation, la jeune orpheline découvre un nouvel univers, celui du ciel et des pirates. Prudence fait la connaissance des membres de l’équipage, qui ne tardent pas à lui révéler leur secret : ils détiennent un indice, menant à une série de « clefs » disséminées dans le monde, qui permettait de retrouver la cité des Alchimistes…

Un univers fracturé, des pirates et des bateaux qui volent ? Mais je signe d’emblée !

Dès les premières pages, on plonge dans un univers original et intéressant : fracturé, il est divisé en deux entités irréconciliables. Comme si cela ne suffisait pas, les habitants eux-mêmes s’ostracisent entre eux, mettant de côté les personnes trop différentes, comme Prudence, notre héroïne, qui dispose d’un malheureux don de prémonition. Son avenir sombre change radicalement (sans forcément s’éclairer) lorsqu’elle embarque à bord de l’Héliotrope, un vaisseau truffé de pirates. Et côté pirates, on peut dire que l’autrice a réussi son coup, nous offrant un environnement plus que crédible. Entre cet aspect et l’univers décrit de façon très visuelle, j’ai été comblée !

J’ai d’ailleurs lu le roman assez rapidement, embarquée que j’étais pas l’intrigue palpitante. Toutefois, je dois reconnaître que je me suis réellement prise au jeu dans la deuxième partie, beaucoup plus rythmée et dynamique que la première. Celle-ci, au titre de l’exposition, est menée d’un rythme beaucoup plus posé, du à la nécessité de mettre en place les ressorts de l’intrigue, comme le positionnement des personnages. Mais ce n’est pas gênant, car l’histoire est aussi bien construite que menée, et la seconde partie mérite amplement cette première partie moins virevoltante !

De plus, la narration est menée habilement. L’autrice sait ménager ses effets, parsemer le récit d’humour, maintenir le suspense ou le doute chez le lecteur, ce qui a rendu ma lecture particulièrement prenante.

« Prudence laissa échapper un cri de surprise lorsqu’un troupeau de dragons sortit à son tour de la brume. Il s’agissait en fait d’embarcations dont la carlingue avait été forgée de façon à donner cette illusion. Longs de trente pieds environ, ces dragons balançaient gracieusement leur tête et leur queue dans le vent, donnant un mouvement naturel aux animaux mécaniques. Le réalisme était encore accentué par leurs yeux luisants et les volutes de vapeur qui s’échappaient de leur gueule. Sur les flancs des machines volantes, de costauds boucliers de bois avaient été alignés et leur chevauchement formait une rangée d’écailles colorées. Les cavaliers des hippoléoptères pointaient des arbalètes pourvues de gros barillets sur les pirates, tandis que les dragons mécaniques avaient chacun un canon sortant de leur ventre prêt à faire feu sur le pont de l’Héliotrope.
– Baissez vos armes ! répéta Mousquet à ses hommes, qui s’exécutèrent enfin.
Aussitôt les visiteurs firent de même et les canons se replièrent à l’intérieur des dragons dans un raclement sourd.
L’un des hippoléoptères se posa lourdement sur le navire, soulevant un nuage de neige poudreuse. Son cavalier sauta lestement sur le pont.
D’une voix étouffée par le col de sa cape, il s’adressa au capitaine :
– Afevis din idenotit, netop dine henasigter.
– Venner ! Venner, at spise venner, répondit Mousquet, pataugeant dans les deux mots de nordish qu’il connaissait.
Le nouveau venu hésita. En effet, le capitaine venait de lui proposer de manger ses amis, ce qui n’était évidemment pas dans ses intentions.
« 

Au final, mon seul point de regret tiendra aux personnages, que j’ai trouvés un peu lisses : Prudence, comme l’équipage sont attachants, mais aucun ne s’est vraiment détaché à mes yeux (et plusieurs mois après ma lecture, je crois que je serais bien en peine de citer ne serait-ce qu’un nom !).

Malgré des personnages pas toujours assez creusés à mon goût, j’ai passé un bon moment de lecture avec L’Héliotrope, qui conjugue pirates et steampunk, dans une intrigue palpitante menée d’un style fluide. Une bonne pioche au rayon jeunesse !


Steam Sailors #1, L’Héliotrope, Ellie S. Green. Gulf Stream, 26 mars 2020, 277 p.
#PLIB2021 #ISBN9782354887759