TTT #13 : 10 romans avec un mode de transport sur la couverture

Le TTT est un petit rendez-vous hebdomadaire orchestré par Frogzine, fixé le mardi, et qui consiste à faire un petit top 10, d’où son nom : Top Ten Tuesday. On y parle, de préférence, de sujets en rapport avec les livres ou la lecture et ce rendez-vous consiste à lister 10 points (souvent 10 titres) en rapport avec le thème donné. S’ils ont été chroniqués, un petit clic sur l’image vous mènera à la chronique.
Pour être tout à fait honnête, ce thème était celui de la semaine dernière, mais le destin (pas moins) en ayant décidé autrement, je n’ai pas pu toucher au blog ces derniers jours. Mais je tenais vraiment au thème donc, ma foi, mieux vaut tard que jamais !

Et donc, la semaine dernière, on planchait sur le thème suivant :

10 romans avec un mode de transport sur la couverture

Et en faisant quelques petites recherches pour la constitution de ce top, je me suis aperçue que des modes de transport, en littératures SFFF, il y en a pas mal ! Évidemment, on retrouve les moyens de transport traditionnels, comme la voiture, le train ou l’avion, bref, les classiques (quoique je n’aie, de mémoire, lu aucun roman de l’imaginaire avec un bus, un tram ou un métro en couv’, même si ça peut s’y dérouler). À côté de ceux-là, il y a également quelques moyens plus originaux ou moins usités !
Pour plus de simplicité, c’est donc par type de transport que je les ai classés.

Où l’on circule en train :


Vous le voyez, là-bas, dans le fond ? Oui, c’est bien un train à vapeur. Mieux, c’est le mythique Transcontinental américain, construit à la sueur du front de milliers d’esclaves de travailleurs émigrés très volontaires au XIXe siècle, aux États-Unis. Dans Satinka, ce fameux chantier de construction a une importance capitale, au point qu’il devient quasiment un personnage de l’histoire, aussi incroyable cela puisse-t-il vous paraître ! Si le roman a quelques faiblesses, c’est une excellente plongée dans l’histoire des États-Unis.
Satinka, Sylvie Miller.

Et un deuxième train à vapeur ! Si c’est pas la preuve que ce moyen de transport reste éminemment romantique à nos yeux…
De mémoire, le train n’a pas une importance aussi capitale que dans Satinka ; il sert juste de moyen de transport, emmenant les personnages d’un point A à un point B, au gré de leurs pérégrinations. Ce qui est assez drôle, dans le fond, quand on sait que dans cet univers, ils peuvent aussi bien se déplacer en dirigeable qu’en rose des vents — un petit dispositif fort pratique qui permet peu ou prou de se téléporter dans les couloirs de la Citacielle. Du coup, le train… un moyen de transport romantique, disait-on !
La Passe-Miroir, tome 2, Les Disparus du Clair de Lune, Christelle Dabos.

Où l’on navigue gaiement – ou pas :

  

Alors là, on mise et on double ! Dans les deux premiers tomes de sa série L’Empire des tempêtes, Jon Skovron accorde une immense importance aux navires – de guerre, marchands, de pirates/corsaires… Et nos personnages y passent un temps considérable, quand ils ne sont pas directement aux commandes. Du coup, si vous aimez les romans riches en batailles maritimes… vous savez quoi lire !
L’Empire des tempêtes, tome 1 Hope & Red et tome 2, Bane & Shadow, Jon Skovron.

Là non plus, la couverture ne ment pas car, comme dans les romans cités juste au-dessus, les personnages passent un temps incroyable — si ce n’est tout le roman ! — vissés dans leur barque, parcourant les flots déchaînés dans la campagne anglaise, et tentant d’échapper à leurs redoutables poursuivants (qui n’hésitent pas à utiliser un hors-bord, les fourbes). Et puis, mine de rien, la barque est si importante qu’elle a donné son nom au titre !
La Trilogie de la poussière, tome 1, La Belle sauvage, Philip Pullman.

Où l’on pollue avec un vieux Diesel en écoutant du hard-rock à plein tubes :

C’est vrai que la pollution n’est pas la préoccupation principale des personnages dans ce futur, tant la Terre a été ravagée. Mais mine de rien, ce n’est pas évident de s’en sortir tranquillement : il y a des machines tueuses un peu partout, des personnages étranges à tous les coins de rues, et des zombies en cavale (courant ou marchant, Snyder ou Romero, au choix) par-dessus le marché. Raison de plus de rouler en faisant rugir le moteur et en chantant à tue-tête !
Le Jardin des Épitaphes, tome 2, Aimez-moi, Taï-Marc Le Thanh.

Où l’on se prend pour Philéas Fogg :

Ici, on a l’embarras du choix : dirigeable, montgolfière, à vous de choisir ce qui vous fera le plus plaisir. Il faut dire que lorsque l’on se déplace avec la troupe de l’Aero Circus, il y a de quoi faire ! Sans surprise, l’intrigue est aussi steampunk qu’elle en a l’air et on y passe un temps considérable dans les transports !
Dresseur de fantômes, Camille Brissot.

Où l’on arpente les étoiles et le vide spatial :

On voit pas mal de vaisseaux sur cette couverture, mais le plus important, c’est celui qui est au premier plan, celui dans lequel on a l’impression d’avoir posé le pied pour regarder les Brisants. À bien y réfléchir, je crois d’ailleurs que l’ensemble de l’intrigue de ce premier tome se déroule à bord du vaisseau. Je suis certaine que les deux tomes suivants se déroulent (au moins en partie) sur le plancher des vaches (galactiques), mais pour celui-ci… le doute subsiste !
Les Maîtres des Brisants, tome 1, Chien-de-la-Lune, Erik L’Homme.

Où l’on gambade au tintinnabulement des sabots de sa monture :

En fantasy, se déplacer à cheval (ou de quelconque autre équidé) est plutôt fréquent. À dos de moutons, en revanche, c’est plus original et c’est bien ce qui fait le sel de la bande-dessinée Bergères guerrières ! Ça et l’inversion des rôles totalement assumée entre gents masculine et féminine… qui s’avère extrêmement efficace en termes de révélations ! Bref : ne vous fiez pas (totalement) à la couverture.
Bergères guerrières #1, Amélie Fléchais et Jonathan Garnier.

 

J’aimerais vous dire qu’on ne se déplace pas si souvent que ça à cheval en SF, mais le fait est que j’ai au moins un autre titre qui me vient en tête (Sanglornis Prima de Didier Quesne).
Dans Les Damnés, il ne reste pas vraiment d’autre façon de se déplacer, si on ne veut pas traînasser à pieds : le carburant a disparu et l’hélico solaire reste rare. En plus, nos personnages partent de la Côte d’Azur pour rallier Tortosa en Espagne – ça n’a pas l’air si loin que ça sur la carte, mais il y a quand même des montagnes au milieu. Du coup, on pataclope gaiement en tentant d’échapper aux écueils du trajet !
Les Damnés de l’asphalte, Laurent Whale.

Où la monture a plutôt tendance à cracher du feu et à fumer sec :


Ici, on se déplace quand même pas mal à pieds, sauf sur la fin quand, vraiment, tout part en cacahuètes et qu’il faut aller vite. Vous le voyez, le petit dragon mignon, à droite ? Eh bien la monture, c’est lui ! Mais oui ! Je ne vous divulgâche rien, mais sachez que les apparences sont souvent trompeuses. Et si vous voulez en savoir plus, ma foi, foncez lire cet excellent roman jeunesse !
La Fille qui avait bu la Lune, Kelly Barnhill.

Et on est déjà à 10 !

Et vous, avez-vous des moyens de transports originaux, surprenants, ou bien classiques, croisés en littérature, à partager ?

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Brèves de comptoir #186

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : l’affiche des Utos !

Le festival aura lieu cette année du 31 octobre au 5 novembre 2018, au Palais des Congrès de Nantes. Et voici l’affiche de cette édition, signée Beb-deum :

Lundi encore : 9 sagas à lire en attendant le retour de Game of Thrones !

Et c’est une sélection d’Aymeric Parthonnaud, à lire sur le site de RTL  !

Mardi : expo Le Château des Étoiles !

La génialissime BD d’Alex Alice aura son expo à la rentrée, du 20 au 23 septembre, à l’Espace Commines (17, rue Commines, Paris 3e), puis du 26 septembre au 6 octobre, à la Galerie Daniel Maghen (36, rue du Louvre, Paris 1er). Il vous reste tout l’été pour découvrir la bande-dessinée !

Mardi encore : une série Dune en prévision !

Denis Villeneuve travaille toujours à l’adaptation du Dune de Frank Herbert, avec Brian Herbert (fils du précédent et auteur sur la saga) comme consultant pour le scénario. Et apparemment, le scénario du premier film couvrirait seulement la moitié du premier roman, ce qui laisse penser qu’ils sont plutôt partis sur une saga cinématographique qu’un one-shot. Affaire à suivre, donc !

Mardi toujours : Tolkien sur France Inter !

Frederik Sigrist, dans son émission Blockbusters, en compagnie de Justine Breton (docteure en littérature médiévale, spécialiste de fantasy et de médiévalisme), Nils Renard (élève à l’École Normale Supérieure de Paris, organisateur du séminaire dédié à Tolkien), Mahdî Brecq (étudiant-chercheur sur le monde ancien scandinave et médiéval) et Hortense (booktubeuse),  évoque Le Seigneur des Anneaux et l’oeuvre de Tolkien. Tout cela s’écoute ici !

N’hésitez pas à suivre la page de l’émission, qui a proposé cette semaine un épisode sur Doctor Who, sur Final Fantasy, les DC Comics et bien d’autres !

Mercredi : deux récompenses à l’Eurocon !

La convention internationale de SF s’est tenue le week-end dernier à Amiens et de nombreux prix y ont été décernés (je vous invite à consulter le récapitulatif d’Actusf).
Parmi tous ceux-là, on peut noter deux prix exceptionnels !
En effet, le titre de European Grand Master a été attribué à Gérard KleinNoosfere, écrivain, directeur de la collection Ailleurs et demain (R. Laffont) et spécialiste de la SF, pour l’ensemble de sa carrière, par les ESFS Awards.
Par ailleurs, le site internet a reçu le prix d’excellence de la création sur internet. Si vous ne connaissez pas le travail de cette association spécialisée dans la promotion de la SF en langue française, je vous encourage à visiter leur site, une véritable mine encyclopédique !

Mercredi encore : plongée dans le tournage de De bons présages !

Celui-ci poursuit sa lancée… en voici un petit aperçu :

Jeudi : les finalistes des World Fantasy Award !

Depuis 1975, ce prix récompense des œuvres de fantasy. Le lauréat du World Fantasy Award sera révélé à la World Fantasy Convention, qui se tiendra du 1er au 4 novembre à Baltimore, où seront également fêtés les deux-cent ans du Frankenstein de Mary Shelley.
Et voici les finalistes de cette édition :

Prix du meilleur Roman :

– The City of Brass, S. A. Chakraborty (Harper Voyager)
Ka : Dar Oakley in the Ruin of Ymir,  John Crowley (Saga Press)
The Strange Case of the Alchemist’s Daughter, Theodora Goss (Saga Press)
Spoonbenders, Daryl Gregory (Riverrun)
The Changeling, Victor LaValle (Spiegal & Grau)
– Jade City, Fonda Lee (Orbit)

Prix de la meilleure Novella :

– The Teardrop Method, Simon Avery (TTA Press)
In Calabria, Peter S. Beagle (Tachyon Publications)
Mapping the Interior, Stephen Graham Jones (Tor.com)
Passing Strange, Ellen Klages (Tor.com)
The Black Tides of Heaven, JY Yang (Tor.com)

Prix de la meilleure Nouvelle

– “Old Souls”, Fonda Lee (in Where the Stars Rise : Asian Science Fiction and Fantasy)
– “Welcome to Your Authentic Indian Experience™”, Rebecca Roanhorse (in Apex Magazine)
– “The Birding : A Fairy Tale”, Natalia Theodoridou (in Strange Horizons)
– “Clearly Lettered in a Mostly Steady Hand”, Fran Wilde (in Uncanny Magazine)
– “Carnival Nine”, Caroline Yoachim (in Beneath Ceasless Skies).

Les autres titres nominés sont toujours visibles ici !

Jeudi encore : Locke & Key sur Netflix !

La série de BD connaîtra donc elle aussi son adaptation, sur Netflix. Elle sera supervisée par Meredith Averill (à qui l’on doit The Good Wife) et Carlton Cuse (qui a notamment commis Lost). Le scénario du premier épisode sera signé Cuse, Joe Hill et Aron Eli Coleite ; celui-ci sera complètement différent des deux pilotes parus récemment, que ce soit pour Hulu ou la Fox. Affaire à suivre !

Vendredi : Bâtir aussi, par le collectif des Ateliers de l’Antémonde !

Le recueil de nouvelles du collectif Ateliers de l’Antémonde construit un futur d’autonomie et d’émancipation : la version numérique est libre de téléchargement et vous pouvez la trouver ici. Voici de quoi ça parle :

2011, les printemps arabes ont donné le ton à d’autres révoltes. Un mouvement mondialisé s’étend, c’est l’Haraka. Les productions industrielles, les États et toutes les hiérarchies vacillent. Des dynamiques populaires s’entrechoquent pour répondre aux nécessités de la survie et dessiner un futur habitable.

2021, les communes libres s’épanouissent sur les ruines du système. Comment vivre avec l’héritage de l’Antémonde ? Comment faire le tri des objets et des savoirs d’une époque aux traces tenaces ? Les haraks dessinent leur quotidien en fonction de leurs ressources et de leurs rêves. Des dynamos aux rites funéraires, des lave-linge aux assemblées, ces nouvelles d’anticipation politique racontent non pas une utopie parachutée, hors-sol, mais des routines collectives qui se confrontent à la matière, à ce qui résiste dans les têtes, bâtissant un monde qui s’espère sans dominations.

Vendredi encore : l’expo Tolkien en France !

L’expo Tolkien, actuellement visible à Oxford, posera ses valises à la BnF fin 2019. Stay tuned !

Bon dimanche !

 

P.S : les vacances se profilent, donc les brèves reprendront mi-septembre. À la revoyure !

[2018] Gros bilan d’avril-mai-juin.

Bon, je n’ai pas été très assidue sur le blog ces derniers temps, ce que vous aurez sans doute remarqué au vu du peu de chroniques publiées ces derniers mois. Ce qui explique ce bilan condensé des trois derniers mois de lectures, pour les titres que je ne compte pas chroniquer sérieusement par ailleurs !

Carnet de lectures.

Louise et Hetseni, Sophie Rigal-Goulard (Rageot).

Avril 1851. Jonas Pellman, jeune colon, traverse l’Ouest pour rejoindre la Californie, l’Eldorado dont rêve son père, Cody. Jonas, moins bravache que son géniteur, se verrait mieux rester à la ferme et n’a pas la moindre envie de quitter son pré carré. Or, la traversée des États-Unis, à cette époque-là, est loin d’être de tout repos. Car il faut composer avec les dangers du terrain, la nature belliqueuse de certains pionniers et, détail non négligeable… les Amérindiens, très remontés contre ces colons qui bafouent leurs droits. D’ailleurs, ça ne manque pas : Jonas se fait enlever, sans espoir de retour ! Louise, de son côté, est une collégienne d’aujourd’hui, dont le père écrit un roman. Un manuscrit qu’elle lit en catimini, et qui ressemble beaucoup, beaucoup, à l’histoire de Jonas… son père le sortira-t-il de son guêpier ou lui mettra-t-il encore plus de bâtons dans les roues ?
Voilà un roman historico-fantastique que l’on pourra proposer aux plus jeunes (dès 9 ans) : au fil des chapitres, on alterne entre les deux personnages et les deux époques, les deux personnages parvenant, par un petit procédé surnaturel, à communiquer. C’est intéressant pour leurs discussions et pour le contenu documentaire (Louise se renseignant sur l’histoire des pionniers), mais les passages consacrés à Louise viennent en général couper le rythme du récit. De plus, j’ai trouvé les péripéties de la collégienne nettement moins passionnantes que celles de Jonas, qui permettent de défaire de nombreux clichés sur les Amérindiens et l’histoire des États-Unis, tout en transmettant un message d’ouverture et de tolérance !

Poussière-fantôme, Emmanuel Chastellière (Scrinéo).

Être guide touristique spécialisé dans les mystères du Montréal hanté n’est pas facile tous les jours, malgré les pourboires et les touristes à berner. Mais ça l’est encore moins quand on peut réellement converser avec les fantômes, trop contents de trouver quelqu’un à qui parler et prêts à tout pour trouver de la compagnie ! Depuis qu’Archibald a fait la rencontre d’Elizabeth McKenzie, jeune scientifique décédée dans des circonstances étranges en 1917, sa vie a basculé. Déterminé à aider Elizabeth à lever le voile sur sa mort, Archie va devoir compter sur des amis parfois surprenants et apprendre à percer les secrets de la poussière fantôme, alors que les revenants, goules et autres spectres de la ville se montrent de plus en plus menaçants… Et tout ça si possible sans trop se fatiguer !
C’était pas vraiment un roman de saison (il serait idéal à lire aux alentours d’Halloween) mais voilà un texte qui devrait plaire aux jeunes lecteurs. Il est truffé d’actions, de rebondissements et de péripéties échevelées : avec les personnages, on traverse le Canada à bord d’un train, alors que des hordes de fantômes attaquent sans relâche les personnages. Ceux-ci luttent contre l’avènement d’un Grand Ancien (avec moult tentacules), ce qui fait que le récit flirte avec l’horreur : la référence à Lovecraft est bien présente ! Si, à titre perso, j’ai trouvé que c’était un peu trop rapide et que les personnages, hormis Archie, manquaient un peu de profondeur, je pense que j’aurais adoré étant plus jeune.

Dis au revoir à ton poisson rouge, Pascal Ruter (Didier jeunesse).

Andréas avait prévu de passer ces vacances d’été à faire du skate, du skate et encore du skate. Il avait oublié que quinze jours durant, il devait être l’agréable hôte de sa correspondante anglaise, Mary. Bye bye le skate, et bonjour les musées ! C’est la mort dans l’âme qu’Andréas rejoint l’aéroport. Or, là, tout va de mal en pis… Car ses parents disparaissent sans laisser la moindre trace, alors qu’ils étaient en train de régler le parking. Ou, pour être très précis, Andréas retrouve un bijou de sa mère… et la carte bleue de son père, abandonnés au sol. C’est louche ! Flanqué de Mary, qui a le bon goût d’être parfaitement francophone, très débrouillarde, douée en informatique et dynamique à souhait, Andréas se lance à la poursuite de ses géniteurs. Direction le Brésil !
Voilà un roman hyper agréable et prenant à lire, bardé de péripéties et plein d’humour. Sur les traces des personnages, on s’intéresse à des scientifiques peu scrupuleux, on déambule dans la jungle, on apprécie les talents informatiques de Mary et de sa bande, le Deep Pink Web, DPW pour les intimes. L’intrigue est survoltée, et même parfois à la limite de la cohérence. Mais le récit n’en reste pas moins palpitant et j’ai passé un excellente moment avec. Un titre parfait pour les vacances !

L’Adoption, tome 1 : Qinaya et tome 2 : La Garùa, Zidrou et Arno Morin (Bamboo, Grand Angle).

  

Cette BD a fait grand bruit lorsqu’elle est parue, il y a deux ans et j’ai adoré la lecture de cette série. Le premier tome narre l’histoire de Qinaya, une orpheline péruvienne de 4 ans, adoptée par une famille française. Ce qui est original, c’est que l’on ne suit pas l’adaptation de Qinaya à ses parents adoptifs… mais l’adaptation de Gabriel, le jeune grand-père, à la nouvelle vie de la famille. Lui qui n’a jamais pris le temps d’être père doit désormais apprendre à être grand-père.
Je n’en dis pas plus concernant le résumé, car cela risquerait de gâcher les révélations de la BD ! En tout cas, c’est une histoire aussi originale qu’émouvante. N’ayant absolument pas lu le résumé ni les avis sur internet, je ne savais pas à quoi m’attendre, aussi je dois dire que la fin m’a totalement surprise. Et j’ai trouvé le tome 2 tout aussi bon et touchant. Les graphismes, de plus, sont magnifiques. Très belle découverte, donc !

Cinéma et séries.

La Casa de Papel, Álex Pina.

Comme à l’accoutumée, c’est bien après tout le monde que je me suis intéressée à cette série espagnole, qui a tellement fait le buzz qu’une nouvelle saison est en préparation.
La Casa de Papel, qu’est-ce que c’est ? Tout simplement la Fabrique de la Monnaie et du Timbre espagnole, à Madrid, qu’un groupe de 8 braqueurs anonymes (uniquement désignés par des noms de villes) investit. Objectif ? Retenir à l’intérieur agents et visiteurs (y compris une classe de lycéens comprenant dans ses élèves la fille de l’ambassadeur britannique) le temps d’imprimer quelques milliards d’euros à se répartir, sans violence. Propre, net et sans bavures, le tout sans escroquer le contribuable espagnol, que demander de mieux ?
Malheureusement, l’équipe menée par El Profe va avoir du fil à retordre avec le plan, quoiqu’infaillible, mis en place par leur chef, et c’est bien ce qu’il y a de chouette dans la série. Celle-ci cumule donc les bons côtés de films de huis-clos, de grosses arnaques et d’aventures débridées. La série développe vraiment les protagonistes (pas tous, certes), avec quelques flashbacks bien placés qui nous éclairent sur leurs personnalités et motivations. Le rythme est maintenu de bout en bout et, si toutes les péripéties ne sont pas toujours très vraisemblables, l’ensemble se tient à merveille. Il n’y a guère que la fin (les quelques dernières minutes) qui ne m’ait pas franchement emballée : j’ai trouvé que cela déconstruisait totalement le personnage de l’inspectrice Murillo patiemment mis en place précédemment.
De même, je suis un peu plus dubitative sur une éventuelle saison 3 : je trouvais que la fin se suffisait vraiment à elle-même. Mais comme je suis curieuse, je regarderai quand même à quoi ça ressemble quand cela sortira.
Note à celles et ceux qui voudraient regarder la série en VO : le niveau de langue est très accessible, malgré quelques accents un peu prononcés (Denver, si tu nous entends…). Point bonus : vous apprendrez une quantité de vulgarités pour le moins impressionnante !

Riverdale, saison 2.

J’aime beaucoup cette série et la première saison avait été une révélation ! C’est donc avec enthousiasme que j’ai attaqué la saison 2, que j’ai regardée avec autant d’enthousiasme que prévu, mais peut-être un peu moins de passion que précédemment. Sans doute parce qu’il s’y passe énormément de choses… un peu trop, peut-être. Il y a des allégeances de personnages, des contre-attaques, des petits complots, de grands plans machiavéliques et un tas de rebondissements du genre et de révélations fracassantes. C’est vraiment chouette mais parfois cela part franchement dans tous les sens, comme si les scénaristes avaient voulu tout mettre d’un coup, de peur de rater une bonne idée. Voilà qui m’a de temps en temps fait décrocher, malheureusement. Bons moments dans l’ensemble, mais j’attends de la saison 3 qu’elle redresse la barre !

Ocean’s 8, Gary Ross.

La série des Ocean’s a remis au goût du jour les films de braquage. Après trois opus, j’imagine qu’Hollywood a voulu surfer sur le succès commercial de la trilogie, ce qui explique l’arrivée de ce nouveau numéro dans la franchise. Donc, on prend les mêmes et on recommence, ou presque : car cette fois, point de George Clooney, et place à une équipe entièrement féminine.
Debbie Ocean a eu plus de 5 ans pour fomenter son plan parfait : braquer discrètement le Gala du Met et barboter au nez des célébrités et du service de sécurité un légendaire collier de chez Cartier, le Toussaint, si célèbre et précieux qu’il ne sort quasiment jamais de chez lui.
Alors, évidemment, vu que c’est le Gala du Met, les robes de soirées et les têtes d’affiche sont de sortie, ce qui gâte un peu l’aspect « film d’action porté par une bande de nanas ». De fait, la féminisation du casting n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, si ce n’est que ça change de la somme de testostérone accumulée dans les précédents opus. Car l’intrigue est vraiment dans la veine de la série : un plan infaillible, qui cache un autre plan infaillible, un minutage précis, quelques tours d’illusionniste et une réussite magistrale au bout, le tout arrosé de réparties cinglantes, d’un brin d’humour, et porté par un casting très alléchant. C’est bien rodé, c’est divertissant, mais clairement pas surprenant.

Citations.

« J’ai pris le nom de Lucifer parce que cela signifie « celui qui porte la lumière ».
– C’est aussi comme ça que les gens mortels appelaient le diable, souligna-t-elle.
Rowan haussa les épaules.
– J’imagine que c’est forcément le porteur de la torche qui projette l’ombre la plus sombre.»
Thunderhead, Neal Shusterman.

***

« L’auteur est trop paresseux pour vous faire un résumé de tout ce qui s’est passé dans les deux tomes précédents ; si vous avez tout oublié, c’est votre faute, pas la sienne ! »

« Aha ! Là !
– Tu as trouvé ? s’exclama Cassandre.
– Je vous avais dit que personne n’était plus rapide que moi, se rengorgea-t-il.
– Ouais, ben j’espère que tu n’es pas aussi rapide dans tous les domaines, intervins-je.
Tout le monde se tourna vers moi et je me sentis rougir jusqu’à la racine des cheveux. Mon problème, c’était ma grande gueule. Quand je trouvais quelque chose de drôle à dire, je le faisais sans me soucier des conséquences. Eh ben voilà. Super, Chloé. »
Ici et Ailleurs, Olivier Gay.

***

« J’étais déjà le genre de fillette qui tâtonnait, les yeux fermés, au fond des meubles, à la recherche de portes secrètes comme dans Narnia, où qui faisait des vœux en regardant la deuxième étoile à droite au fond du ciel façon Peter Pan, chaque fois que la nuit le permettait. Alors découvrir un livre vert et or avec un titre de conte de fées, au fond d’une commode parfaitement banale, me mit dans tous mes états… »
Hazel Wood, Melissa Albert.

***

« L’avantage avec les gens qui parlent tout seuls, c’est qu’ils alimentent la conversation d’eux-mêmes et répondent aux questions que vous n’avez pas posées. Ça a quelque chose de reposant. »

« Mon grand-père était entomologiste. Le top du top dans sa catégorie. Et mon père s’y connaît pas mal aussi. Il dit toujours que les insectes survivront aux humains parce qu’ils sont moins cons. Je trouve ça moyennement rassurant.
– Mais sans doute vrai, dit-elle. »
Dis au revoir à ton poisson rouge, Pascal Ruter.

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« Anna, m’a-t-il dit, tu n’as pas eu de chance jusqu’ici, mais la vie est comme un grand arbre majestueux .
Ce n’est pas parce que tu es tombée sur plusieurs branches pourries que tu ne pourras jamais te raccrocher aux branches saines et grimper jusqu’en haut pour apercevoir l’horizon. »
Le Dossier Handle, David Moitet.

***

« C’est que… je préférerais m’entretenir avec Olen le répétiteur. En privé.
– Ce que tu préfères n’a pas d’importance, c’est moi qui suis en charge, et c’est à moi que tu parles.
– En l’absence de votre chef, je suppose. Vous êtes son épouse ?
Kaelyn poussa un long soupir désabusé.
– Non, je ne suis pas son épouse, et on ne va pas y passer la journée : dis-moi ce qui t’amène.
– Une mission confidentielle. Dont je ne peux parler à personne d’autre qu’à Olen, et surtout pas à…
Devant le froncement de sourcils de la maîtresse de guerre, le reste de sa phrase s’étrangla dans un bredouillement inaudible. Surtout pas à une femme. Voilà ce qu’il voulait dire.
La colère froide qui l’habitait jour et nuit depuis qu’elle avait été en âge de porter une arme se transforma soudain en rage. Empoignant le vieux courtisan par le col, elle l’arracha violemment à la souche sur laquelle il était assis.
– Putain mais qu’est-ce qu’il te faut ? lui hurla-t-elle au visage. Qu’est-ce qu’il vous faut, à tous ?
Olen tenta de s’interposer, mais recula d’un bond pour éviter la timbale de tisane brûlante qui s’écrasa à ses pieds.
– Je dirige ce camp, j’ai formé ces hommes, j’ai tué neuf Traceurs en dix minutes, je suis allée chercher le conseiller Mladen dans son putain de manoir, avec ses putains de gardes, sans perdre un seul homme ! Tu veux quoi de plus ? Que je te fasse une omelette ? Que je t’apporte tes chaussons ? »

« Allez, viens, fit Eden Vekh en prenant son cheval par la bride. Encore une petite heure, et on y est. Tu vois les toits, tout là-bas ?
Desmeon ne voyait rien, que des sommets enneigés, des rochers et des nuages.
– Non.
– Tu n’as pas une vue de Traceur…
– Je les verrai bien assez tôt, les toits. Et on ferait bien de se mettre en route, parce que je crève de faim, et que j’en ai vraiment marre des bâtonnets de viande séchée. ça colle aux dents, et ça pue la chèvre…
Il jeta à son camarade un regard méfiant.
– D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi, reprit-il, mais je sens qu’on ne mange pas très bien, dans ton pays.
– Pourquoi tu dis ça ? s’amusa Eden Vekh.
– Je ne sais pas, je me dis que quand on dort par terre dans une tour de guet, on n’est pas très porté sur les brochettes de poisson flambées au caramel.
– Ah ça, si tu t’attends à trouver de la nourriture tchi chez nous, tu vas être déçu.
– Je m’attends plutôt à des lentilles. Froides. Et crues.
Eden Vekh éclata de rire. »
La part des ombres, tome 2, Gabriel Katz.

***

« La clairière obscure avait été envahie par un vol de lucioles. Elles virevoltaient en silence, des milliers de lueurs minuscules qui tournoyaient autour du chêne central, comme une procession de bougies féeriques.
Parfois, il y avait un bruissement furtif, un chasseur ailé piquait dans la clairière, une luciole s’éteignait brusquement, et autour, cela faisait comme une vague lumineuse, comme les rides sur l’eau lorsqu’il pleut. Fasciné par le spectacle phosphorescent, j’en oubliai quelque temps les bleus et l’épuisement.  » J’ai toujours aimé les bois de Vaux pour ça », fit Uldrick doucement. « A chaque fois, c’est quand tu commences à ne plus la supporter que cette forêt se rachète pour la lune qui vient. Comme si elle avait besoin qu’on l’aime. » J’acquiesçai, la bouche entrouverte, envoûté par la danse lumineuse.  » On dirait des fées « , fis-je.  » On dirait que c’est la nuit qui… qui ondule.  » Uldrick me lança un regard étrange par-dessus le feu.  » C’est vrai « , fit-il.  » On dirait que la nuit ondule. »

« Nous appelons leur philosophie la Pradekke, et c’est le ciment du pays var tel qu’il existe aujourd’hui. La Pradekke, c’est la différence entre le savoir et la croyance. Croire que l’on sait est ignorant. Savoir que l’on croit ne l’est pas. L’homme sage est capable de discerner les nuances entre ce qu’il sait et ce qu’il croit, parce que la croyance est la plus dangereuse des ignorances. Les vaïdrogan n’ont jamais été vaincus parce que nous raisonnons ainsi. Voilà la première leçon qu’un enfant var apprend. L’aveu de sa propre ignorance est une démonstration de force. »

« « Je t’ai battu », poursuivit Uldrick. « Souviens-toi que, malgré la rage, je t’ai battu. Je te battrai encore, et encore, et ensuite, tu iras au-delà. » Il parlait calmement, entre ses respirations aussi lourdes que les miennes, sa voix était douce et ferme, et elle me parvenait comme depuis un rêve. « Ecoute bien, Sleitling. Ce n’est pas notre manière. Tu le verras un jour. Les hommes qui doivent se mettre en colère pour ne pas avoir peur crient, hurlent et font de grands gestes qu’ils ne comprennent qu’à moitié. Ils gaspillent leurs forces et disparaissent, avalés par la folie et la rage. » Le Var pressa son genou au creux de mes reins et lâcha mes cheveux. Je ne pleurais plus. La haine enflait de nouveau. « Ceux qui sont chanceux, les stupides contes brunides en font des héros », continua Uldrick tout en raffermissant sa prise sur mes mains. « Mais pas le vaïdrogan. Le vaïdrogan sait combien les contes sont stupides, parce qu’il a trouvé sa rage, et qu’à chaque fois il a été battu. Tu dois en passer par là, toi aussi. »

« Je fus initialement surpris par cette découverte, parce que chez les Brunides, on voue un mépris stupide à ce genre d’hommes, considérés comme inférieurs, des sortes de femmes ratées qu’il est permis de traiter avec tout le dédain que l’on souhaite. Les Vars, eux, s’en fichaient éperdument, et n’en faisaient aucun secret. Lorsque au lendemain de notre arrivée Eireck me surprit à fixer un baiser entre Sidrick Harstelebbe et son compagnon, un guerrier à la peau mate dont j’ai oublié le nom, mon expression troublée dut l’interpeller. « A Carme », me dit-il sur le ton de la discussion, « les phalangistes ont le devoir d’aimer d’autres hommes. Les généraux pensent qu’un soldat se battra plus férocement pour défendre celui qu’il aime. Là-bas, les femmes sont des matrices et rien de plus. Nous, nous pensons que chacun devrait être libre de ses préférences.  » Je pris à cœur ces paroles et, lorsque la bizarrerie initiale m’eut quitté, je les méditai souvent pour leur justesse. »
Le Cycle de Syffe, tome 1, L’Enfant de poussière, Patrick K. Dewdney.

L’Atelier des sorciers #1-2, Kamome Shirahama.

Coco a toujours été fascinée par la magie. Hélas, seuls les sorciers peuvent pratiquer cet art et les élus sont choisis dès la naissance. Un jour, Kieffrey, un sorcier, arrive dans le village de la jeune fille. En l’espionnant, Coco comprend alors la véritable nature de la magie et se rappelle d’un livre de magie et d’un encrier qu’elle a achetés à un mystérieux inconnu quand elle était enfant. Elle s’exerce alors en cachette. Mais, dans son ignorance, Coco commet un acte tragique !
Dès lors, elle devient la disciple de Kieffrey et va découvrir un monde dont elle ne soupçonnait pas l’existence !

Il y des petites découvertes enthousiasmantes, comme celle-ci, dont je ne me lasse pas ! J’ai attaqué ce manga car j’étais intriguée par la couverture et fort bien m’en a pris.
L’histoire est extrêmement bien menée : Coco, fascinée par la magie, ne rêve que de parvenir à pratiquer cet art si prisé et rarissime. Or, après avoir observé un mage à l’œuvre, elle reproduit ses gestes… et ensorcelle accidentellement sa mère, découvrant au passage (bien qu’elle n’en ait pas encore conscience), que l’on ment à la population : les pouvoirs magiques ne sont en rien innés, mais totalement acquis. J’imagine que ce point interviendra à nouveau plus tard dans l’intrigue.

L’univers dans lequel on plonge est riche et passionnant : on est clairement dans un univers de fantasy, avec petites maisonnettes biscornues, grandes cités fascinantes et campagnes romantiques à souhait. Coco, dès qu’elle intègre l’atelier de Maître Kieffrey, débute un apprentissage magique. Mais l’intrigue ne se limite à cet arc : Coco a été volontairement exposée à la magie et prédisposée lorsqu’elle était plus jeune, par une personne dont on ignore l’identité et les motivations : nul doute que cela aussi ressortira plus tard.
A l’intérieur de l’atelier, on est face à une quête d’apprentissage assez classique, Coco étant tiraillée entre son désir d’apprendre et ses redoutables lacunes en matière magique. De plus, elle est mise en concurrence avec d’autres apprenties magiciennes, dont certaines font preuve d’une ambition extraordinaire – et d’un machiavélisme tout aussi incroyable. Ainsi, dès ce premier tome, l’ennemie intime de Coco semble être Agathe et j’ai hâte de voir si la suite de la série fera s’affronter les deux apprenties.

Comme c’est un manga, on va toucher deux mots des illustrations, dont la richesse m’a laissée sans voix ! Les planches fourmillent de détails tous plus enthousiasmants les uns que les autres, qu’ils se glissent dans les vêtements des personnages, des objets ou des paysages.

Un premier tome splendide, qui donne follement envie de lire la suite !

L’Atelier des sorciers #1, Kamome Shirahama.
Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. Pika, mars 2018, 208 p.

On naît sorcier, on ne le devient pas. C’est la règle. Pourtant, Kieffrey a pris Coco sous son aile et a fait d’elle sa disciple : d’humaine normale, la voilà devenue apprentie sorcière ! Kieffrey, Coco et ses trois camarades se sont rendus à Carn, petite ville de sorciers, pour acheter des fournitures magiques. Mais soudain, les quatre fillettes tombent dans un piège tendu par un mystérieux sorcier encapuchonné : elles sont coincées dans une dimension parallèle et doivent échapper à un dragon !

C’était un plaisir de retrouver les personnages et l’univers de Kamome Shirahama !
L’intrigue, cette fois, est un peu plus sombre et commence très fort, nos quatre apprenties étant piégées dans une dimension parallèle, avec peu de chances de s’en sortir par leurs propres moyens.
Le complot dans lequel Coco a été trempée malgré elle se dévoile un peu plus cette fois avec l’apparition de la Confrérie du capuchon, dont les agissements sont assez mystérieux. Tout cela promet encore du suspens et des rebondissements dans les tomes à venir, d’autant qu’à l’issue de ce tome, les personnages n’ont pas progressé d’un iota dans le projet de sauver la mère de Coco !

Malgré tout, les personnages évoluent et leurs relations avec. Agathe est toujours aussi ambitieuses et pas toujours réfléchie, Coco toujours un peu naïve mais le jeunes filles progressent indéniablement. De plus, l’apparition d’un autre sorcier, vivant lui aussi à l’atelier, amène un peu de sang neuf, de suspense et de questions.
On en apprend également un peu plus sur les lois de l’univers, au gré d’un rebondissement tout à fait palpitant, qui oblige les jeunes filles à se confronter aux réalités de la pratique de la magie. Or, tout ne tourne pas comme attendu… et le tome se conclut sur l’arrivée fracassante de la milice magique ce qui, évidemment, laisse les lecteurs sur des charbons particulièrement ardents. Heureusement que le tome 3 est annoncé pour octobre !

Ce deuxième tome s’avère un peu plus sombre que le premier, mais tout aussi palpitant, si ce n’est plus : on en découvre un peu plus sur l’univers, les personnages et la magie en général, et la conclusion donne extrêmement envie d’en savoir plus. Vivement la suite !

L’Atelier des sorciers #2, Kamome Shirahama.
Traduit du japonais par Fédoua Lamodière. Pika, juin 2018, 192 p.

 

Brèves de comptoir #185

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : guide de lecture SFFF !

Apophis propose régulièrement des guides de lecture pour découvrir ou progresser dans les différents sous-genres des littératures de l’imaginaire. Cette semaine, il vous propose une bibliographie en SF mililaire !

Lundi encore : Matrix sur France Inter !

Frédérick Sigrist, dans son émission Blockbusters, vous parle de la trilogie Matrix des sœurs Wachowski, qui fête ses 20 ans cette année.

Mardi : Man in the High Castle, bientôt la saison 3 !

Elle devrait être diffusée à l’automne, toujours sur Amazon Prime Vidéo – et une saison 4 est déjà annoncée. Le scénario sera cette fois signé Eric Overmyer. Et voici le trailer :

Mardi encore : trois courts-métrages d’animation pour Battle for Azeroth !

La nouvelle extension de World of Warcraft sort le 14 août. Juste avant, Blizzard publiera Prémices, une série de courts-métrages d’animation suivant les parcours de trois chefs ayant des rôles à jouer dans les événements à venir : Jaina Portvaillant de l’Alliance, Sylvanas Coursevent, chef de guerre de la Horde et Azshara, reine des nagas. Voici le trailer :

Mercredi : le trailer de la nouvelle série de G.R.R. Martin !

Nightflyers, nouvelle série Netflix adaptée des écrits de G.R.R. Martin et produite par Jeff Buhler vient de dévoiler son trailer :

Adaptée de son roman Le Volcryn, elle propose une intrigue mêlant SF et thriller.
On y suit un groupe de scientifiques et d’explorateurs embarqués dans le vaisseau le plus moderne de l’Histoire pour entrer en contact avec des extraterrestres, seuls possesseurs des connaissances nécessaires pour sauver l’humanité. Tandis que l’équipage s’envole vers l’inconnu, une série d’incidents mystérieux menace leur mission et leur vie.
Tension et méfiance s’installent à bord alors que chacun tente de comprendre d’où vient le danger, et s’ils peuvent compter les uns sur les autres pour mener à bien leur mission : sauver l’humanité.

La diffusion devrait avoir lieu fin 2018, début 2019. Et le trailer est dispo en VF ici.

Jeudi : des prix en pagaille !

Prix Arthur C. Clarke.

Le prix Arthur C. Clarke récompense le meilleur roman de SF publié au Royaume-Uni durant l’année civile précédente. Le lauréat de l’année est Dreams Before the Start of Time d’Anne Charnock (47 North) ! Les autres titres en lice sont visibles ici.

David Gemmell Awards 2018.

Le prix David Gemmell, créé en 2009, est un prix britannique récompensant des romans de fantasy écrits ou traduits en anglais, l’année civile précédente, sur la base du vote des lecteurs.

Legend Award (meilleur roman de Fantasy) : Assassin’s Fate, Robin Hobb (DelRey).
Morningstar Award (meilleure découverte en fantasy) : Kings of the Wyld, Nicolas Eames (Orbit).
Ravenheart Award (meilleure couverture de fantasy) : Richard Anderson, pour la couverture de Kings of the Wyld, Nicolas Eames (Orbit).

Les titres de la shortlist sont visibles ici.

Wellman Award 2018.

Le Wellman Award récompense un roman de l’imaginaire originaire de l’état de Caroline du Nord ; cette année, il a été attribué à Gail Z. Martin pour son roman Scourge.

Prix Shirley Jackson.

Ce prix, nommé en l’honneur d’une romancière américaine spécialiste du roman fantastique, distingue un accomplissement littéraire dans les genres de l’horreur, du thriller psychologique et de la dark fantasy. Voici les lauréats de l’année :

Shirley Jackson Award du roman : The Hole de Hye-young Pyun.
Shirley Jackson Award de la novella : The Lost Daughter Collective, Lindsey Drager et Fever Dream de Samantha Schweblin.

Cordwainer Smith Rediscovery Award.

Ce prix s’attache à mettre en avant un auteur de science-fiction peu connu du grand public. Il a été attribué pour l’année 2018 à Frank M. Robinson (décédé en 2014) ; deux de ses 8 romans ont été traduits en français : Le Pouvoir (Gallimard) et Destination ténèbres (Denoël).

Shortlist des British Fantasy Awards.

La liste étant un peu longue, je vous invite à la consulter directement sur le site du prix !

Vendredi : une nouvelle de Greg Egan !

Intitulée The Nearest, elle est disponible sur le site de Tor.com.
Voici le résumé  :

Quand une détective, jeune mère, doit enquêter sur le cas d’un triple homicide terrifiant, cela semble être une tragédie domestique indépendante qui n’affecte pas du reste de la communauté. Pourtant… Petit à petit quelque chose de beaucoup plus sombre et dangereux se dessine ; quelque chose qui va mettre en péril les relations entre les personnes touchées par cette affaire.

Et pour faire régulièrement le plein de nouvelles, n’oubliez pas que vous pouvez en télécharger très régulièrement sur le site des éditions du Bélial‘ et en écouter sur Coliopod !

 

Bon dimanche !

Brèves de comptoir #184

Tous les dimanches, l’actu de l’imaginaire en bref !

Lundi : titres en lice pour le prix Rosny aîné !

Depuis 1980, le prix Rosny aîné récompense des œuvres de science-fiction (romans et nouvelles) parues en langue française sur support papier au cours de l’année civile précédente.
Chaque année, le Jury du Prix Rosny soumet au choix du public tous les livres et toutes les nouvelles de Science-fiction parus pendant l’année précédente. Il en sort une « short-list » de quelques sélectionnés. C’est au tour des inscrits à la convention nationale française de science-fiction (cette année confondue avec l’Eurocon) de voter. Voici les deux listes :

Romans :

David Calvo, Toxoplasma (La Volte).
Laurent Genefort, Spire (Critic).
Léo Henry, La panse (Folio SF).
Sylvain Lamur, Quaillou (Rivière Blanche).
Christine Luce, Les papillons géomètres (Les Moutons électriques).

Nouvelles :

Pierre Brulhet, « Isaac » (in Dimension révolte des machines, Rivière Blanche).
Andréa Deslacs, « Comme un têtard dans l’eau » (in AOC n° 46).
Loïc Henry, « Vert Céladon » (dans Galaxies n°49).
Grégoire Kenner, « Ophélia » (dans Galaxies n°45).
Laurence Suhner, « Le Terminateur » (dans le recueil Le Terminateur, L’Atalante).

Lundi encore : clap de fin pour les éditions Boz’Dodor !

Et voici leur communiqué :

« C’est le cœur lourd que je vous annonce, pour des raisons professionnelles et personnelles, la fermeture de la maison d’édition.
Je tiens à remercier toutes les personnes avec qui j’ai eu le plaisir de travailler.
Ne souhaitant pas laisser mes auteurs, qui m’ont fait confiance, sans rien, je suis entrain de leur chercher une nouvelle maison. Je vous conseille de vous abonner à leurs pages auteurs afin de pouvoir continuer à suivre leur actualité.
Pour les livres dont les tomes ne sont pas encore sortis, je vous donnerai des infos dès que j’en aurai.
Toutes les commandes en cours seront bien évidemment soldées. Par ailleurs, afin d’écouler le stock restant, tous les livres papiers sont disponibles à -30% sur notre boutique. https://www.editions-bozdodor.com/boutique/
Je vous souhaite, malgré cette annonce, de bonnes vacances d’été. »

Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

Lundi toujours : dates des prochaines Imaginales !

Le festival spinalien se tiendra du 23 au 26 mai 2019, à Épinal, comme toujours. En attendant, vous pouvez toujours (ré)écouter les conférences des éditions précédentes !

Mardi : mobilisation pour les bibliothèques de Nantes !

La semaine dernière, au cours des émeutes à Nantes, deux bibliothèques associatives ont été incendiées à Nantes. Les locaux comme les collections sont détruits. Les professionnels du livre et de la lecture des Pays de la Loire lancent un appel à mobilisation.
Si vous avez des livres ou du temps à donner, rendez-vous ici !

Mardi encore : les nominés au prix Elbakin !

Les romans sélectionnés doivent avoir été publiés entre le 1er juin 2017 et le 31 mai 2018, et deux jurys (adulte et jeunesse) tranchent pour les 4 catégories. La sélection se veut le reflet de la fantasy telle qu’elle est conçue par l’équipe d’Elbakin : « dans sa diversité, son originalité mais aussi son classicisme de qualité, sans oublier de tenir compte des traductions et des traducteurs, que nous citons systématiquement depuis le début de cette aventure. Même si nous l’avons déjà rappelé plusieurs fois, signalons aussi que la catégorie Jeunesse a toujours englobé le Young Adult, et ce depuis la création de la section correspondante sur le site. Nous privilégions les histoires complètes en un volume ainsi que les premiers tomes, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il ne peut pas y avoir une exception de temps en temps. Précisons si besoin est que les œuvres d’un membre actif du site sont par nature exclues des nominations (on vous invite à consulter le règlement du prix). Il est aussi parfois plus difficile de se mettre d’accord dans telle ou telle catégorie (en général, ça change là encore d’une année à l’autre !), mais on finit toujours par y arriver, n’est-ce pas ? »

Les résultats seront annoncés en septembre. Et voici donc les nominés de l’année :

Meilleur roman fantasy français :

– Bertram le Baladin, de Camille Leboulanger (Critic).
Grish-Mère, d’Isabelle Bauthian (ActuSF).
L’Enfant de poussière, de Patrick K. Dewdney (Au diable vauvert).
Rouille, de Floriane Soulas (Scrinéo).
Uter Pandragon, de Thomas Spok (Aux Forges de Vulcain).

Meilleur roman fantasy français Jeunesse :

– Miss Pook et les enfants de la lune, de Bertrand Santini (Grasset).
Le Clan des loups, tome 1 de La Légende des quatre, de Cassandra O’Donnell (Flammarion Jeunesse).
Les Aériens, de Marie-Catherine Daniel (Sarbacane).
Phelan, tome 1 des Chroniques de Zi, de Jean-François Chabas (Nathan Jeunesse).
Presque minuit, d’Anthony Combrexelle (404 éditions).

Meilleur roman fantasy traduit :

– La Ballade de Black Tom, de Victor LaValle, traduit de l’anglais par Benoît Domis (le Bélial’).
La Bibliothèque de Mount Char, de Scott Hawkins, traduit de l’anglais par Jean-Daniel Brèque (Denoël Lunes d’encre).
La Marque du corbeau, Blackwing, tome 1, d’Ed McDonald, traduit de l’anglais par Benjamin Kuntzer (Bragelonne).
Le chant du coucou, de Frances Hardinge, traduit de l’anglais par Patrick Couton (L’Atalante).
Le Serpent Ouroboros, de E.R. Eddison, traduit de l’anglais par Patrick Marcel (Callidor).

Meilleur roman fantasy traduit Jeunesse :

– Emma et le livre oublié, de Mechthild Gläser, traduit de l’allemand par Mathilde Ray (Fleurus).
L’Anti-Magicien, tome 1, de Sébastien de Castell, traduit de l’anglais par Laetitia Devaux (Gallimard jeunesse).
La Belle Sauvage, tome 1 de La Trilogie de la Poussière, de Philip Pullman, traduit de l’anglais par Jean Esch (Gallimard jeunesse).
La Fille qui avait bu la lune, de Kelly Barnhill, traduit de l’anglais par Marie de Prémonville (Anne Carrière).
Riverkeep, de Martin Stewart, traduit de l’anglais par Natalie Zimmermann (Milan).

Mercredi : les conseils de lecture d’Actusf !

C’est l’été et donc Actusf vous propose des idées de lecture, amoureusement compilées. Le premier à ouvrir le bal est Joyeux Drille, avec 5 conseils de lecture !

Mercredi encore : littérature, afro-futurisme et marketing !

Nnedi Okorafor, interviewée par Lloyd Chéri pour Le Point Afrique, explore les liens entre marketing et afro-futurisme.

Mercredi toujours : le retour de Firefly !

Mais pas en série, malheureusement… La série culte revient en comics, sous la plume et les crayons de Greg Pak et Dan McDaid, avec Joss Whedon comme consultant. La version en anglais, publiée par Boom! Studios,  est attendue pour novembre. Elle servira également de base à l’éditeur pour publier d’autres parutions autour de la série, notamment une nouvelle impression des comics Dark Horse, sous le titre Firefly Legacy Edition.

Jeudi : événement cosplay Game of Thrones !

Dans le cadre de l’exposition Game of Thrones : The Touring Exhibition (jusqu’au 2 septembre à la porte de Versailles), un événement cosplay est organisé le samedi 21 juillet. L’entrée et le concours sont gratuits pour les cosplayeurs de 14h à 16h. Ceux-ci pourront tenter de remporter un lot officiel Game of Thrones incluant le tout récent coffret Blu-ray Ultra HD 4K de la saison 1.
Infos subsidiaires ici.

Notez au passage que si le tournage de la saison 8 est achevé, celui du spin-off, qui décrira des événements se déroulant un millénaire plus tôt, devrait débuter en octobre à Belfast, sous la houlette de Jane Goldman.

Jeudi encore : Dmitry Glukhowvky sur Arte !

L’auteur russe était invité dans l’émission 28 minutes, afin de débattre du rôle que joue la science-fiction dans la lutte contre le régime autoritaire de Vladimir Poutine. Vous pouvez découvrir l’émission ici :

Jeudi toujours : apéro-conférence Retour vers le futur !

Le K fée des jeux à Grenoble (1, quai Stéphane Jay), en partenariat avec l’émission de radio Pop-en-stock, vous invite à venir discuter imaginaire, au cours d’un apéro-conférence consacré à la série Retour vers le futur, le 26 juillet, à 19h. Autres infos ici.

Vendredi : plein de prix !

Premiers titres sélectionnés au Prix Imaginales des Bibliothécaires 2019 !

La présélection n’est pas terminée, mais voici déjà les 12 premiers titres en lice au prix Imaginales des Bibliothécaires 2019.

Dernières fleurs avant la fin du monde, Nicolat Cartelet (Mü).
Le Cycle de Syffe, tome 1 : L’enfant de poussière, Patrick K. Dewdney (Au Diable Vauvert).
Le Dieu oiseau, Aurélie Wellenstein (Scrinéo).
Calame, tome 1 : Les deux visages, Paul Beorn (Bragelonne).
Femmes d’argile et d’osier, Robert Darvel, (Les Moutons électriques).
Opération Sabines, Nicolas Texier (Les Moutons électriques).
La Crécerelle, Patrick Moran (Mnémos).
Grish-Mère, Isabelle Bauthian (ActuSF).
L’Automne des magiciens, tome 1 : La Fugitive, Hélène P. Mérelle (Bragelonne).
La Marque rouge, Ruberto Sanquer (Scrinéo)
Le Chaudron brisé, Natalie Dau, (Les Moutons électriques).
Presque Minuit, Anthony Yno Combrexelle (404 éditions).

J’ai déjà lu L’Enfant de poussière, qui m’a fait une forte impression et j’espère bien pouvoir à nouveau participer avec mes collègues cette année !

Nominés au prix Endeavour Awards.

Les Endeavour Awards sont attribués à un roman ou bien à l’ensemble de l’œuvre d’un auteur du Pacifique Nord-Ouest ; voici les titres en lice pour le prix cette année :

CrossTown, Loren W. Cooper (Xeno).
Ironfoot, Dave Duncan (Night Shade).
Portal of a Thousand Worlds, Dave Duncan (Open Road).
The Cold Eye, Laura Anne Gilman (Sagad).
A Secret History of Witches, Louisa Morgan (Orbit).

 

Bon dimanche !

Satinka, Sylvie Miller.

Jenny Boyd travaille comme serveuse dans un saloon de Colfax, une petite ville blottie dans les contreforts boisés de la Sierra Nevada, au détriment de ses études et au grand désarroi de sa mère. Depuis l’enfance, la jeune femme se passionne pour la grande ligne de chemin de fer transcontinentale, construite au dix-neuvième siècle. Parfois, la nuit, elle rêve de trains, elle les entend siffler. Des rêves si réalistes qu’elle les croie vrais. Mais que signifient réellement ces songes ? Lorsque Jenny commence à avoir de violentes visions en plein jour, elle s’efforce de comprendre ce qui lui arrive. Aidé par son ami d’enfance, elle devra remonter le temps, affronter des menaces occultes et découvrir des vérités cachées.

Satinka a été ma dernière lecture pour le Prix Imaginales des Bibliothécaires, auquel j’ai participé avec mes collègues. Et quelle lecture ! Je mentirai en prétendant n’avoir pas remarqué ce titre avant même sa parution, puisqu’il a immédiatement rejoint ma liste-à-lire. Mais je crois que je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’il est réellement et j’en ai été d’autant plus enchantée !

Le roman attaque sereinement, avec une présentation de la protagoniste, Jenny, une jeune femme d’une vingtaine d’années, assez banale… jusqu’à la mention de ses visions, extrêmement réalistes (voire carrément mystiques), du chantier de construction de la ligne transcontinentale de chemin de fer. Cette partie-là du récit oscille doucement entre roman contemporain et roman fantastique, traînant le lecteur d’une ambiance à l’autre et le laissant, pour une premier partie, dans une certaine incertitude, que j’ai hautement appréciée (mais qui m’a également fait ronger mon frein tant j’avais envie de savoir). Parallèlement, on suit d’autres récits, se déroulant à l’époque de la construction du rail et mettant en scène qui des colons irlandais sur la route, qui des Amérindiens spoliés de leurs terres, qui des ouvriers chinois proprement réduits en esclavage. Et la découverte des façons de vivre de  ces différentes communautés est absolument passionnante ! Comme pour le récit principal, cette partie-là semble de prime abord uniquement historique et ce n’est que peu à peu que s’invite la magie dans l’histoire.

Oui car, si ce n’est pas intuitif dès le premier chapitre, on est bien face à un roman mêlant fantasy urbaine et fantasy historique, cette partie ayant clairement remporté ma préférence (que voulez-vous, on ne se refait pas !). L’histoire de Jenny va donc se retrouver fortement impactée par ce qui s’est déroulée au XIXe siècle dans sa région et dont elle reçoit des bribes au cours de ses transes.
Rapidement, il semble évident que l’autrice s’est énormément documentée sur les conditions de vie et de travail à l’époque, mais aussi sur la géopolitique, sur les fonctionnements des diverses communautés représentées dans le roman (et notamment les immigrés irlandais, les travailleurs chinois et les Amérindiens) et sur les événements historiques. Tout cela tisse un univers que j’ai trouvé particulièrement dense et prenant. Car Sylvie Miller nous retransmet tout cela avec une espèce de simplicité et d’enthousiasme auxquels il est difficile de ne pas adhérer – et qui m’ont proprement conquise. Si la partie historique fait (rapidement) la genèse de la magie américaine et explique (succinctement) pourquoi et comment on en est arrivés à la situation actuelle, celle-ci déroule plutôt un récit initiatique tout ce qu’il y a de plus classique : une héroïne élue, d’anciens textes que l’on suit (ou pas) à la lettre, un apprentissage magique, des visions prophétiques… de ce côté-là, l’intrigue suit un chemin assez balisé, ce qui fait que j’ai parfois déploré un léger manque de surprises.

De même, les personnages traversent quantité de péripéties : les rebondissements s’enchaînent à bon train, laissant peu de répit au lecteur. Mais il faut reconnaître que, si suspense il y a, on est assez loin de ressentir une crainte dévorante pour les personnages, qui semblent se jouer de toutes les situations traversées. Si cela peut parfois sembler un peu facile, les actions immédiates, les solutions trouvées rapidement et les réactions à vif des personnages rendent le roman extrêmement fluide dans sa lecture. Résultat ? J’ai eu l’impression d’attaquer un pavé (de ceux qui, généralement, me durent plusieurs jours) et je l’ai finalement lu en très peu de temps, embarquée que j’étais dans ma lecture.
Au fil des pages, de nombreux thèmes viennent croiser le fil de l’intrigue : il est notamment beaucoup question de la place des communautés dans la société américaine (d’hier comme d’aujourd’hui), mais aussi, sans que les thèmes ne soient trop approfondis, de relations familiales, de différence et d’acceptation des autres. Le roman véhicule un message de tolérance assez fort que semblent amener toutes les sous-intrigues. Là encore, les choses passent de façon assez simple ; je pense que le tout est suffisamment abordable pour proposer le roman à des adolescents (quoique bons lecteurs, car il est visuellement impressionnant, vu son épaisseur), ce qui ne m’a pas empêchée d’avoir un vrai coup de cœur pour ce titre !

J’étais impatiente de lire Satinka et, si le récit ne ressemblait pas à ce que je m’étais imaginé (la couverture me faisait rêver de fantasy historique uniquement), j’ai passé un excellent moment avec ce roman qui mêle à la fantasy historique la fantasy urbaine. L’intrigue est très enlevée, riche en péripéties et l’ensemble allie univers dense et rebondissements très fluides, ce qui rend le roman abordable pour de jeunes lecteurs de fantasy.

Bon à savoir : ce roman a reçu le Prix Bob Morane 2018.

Satinka, Sylvie Miller. Critic, août 2017, 550 p.