[2022] Petit bilan d’octobre

Fin octobre, je suis allée au salon littéraire jeunesse Frissons à Bordères, un petit salon qui existe depuis 23 ans au fin fond des Pyrénées-Atlantiques. J’y ai rencontré des auteurs jeunesses fort chouettes et… j’avoue que j’ai bien fait monter la PAL !

Carnet de lectures :

Pendant Frissons à Bordères, j’ai fait le plein d’albums de Claire Garralon – j’avais des cadeaux à faire ! J’en ai profité pour en lire deux que je n’avais pas encore lu, j’ai nommé Chat ! et Le nouveau canard.

Chat !, Claire Garralon (éditions Talents Hauts – Badaboum).
Alors qu’un chat se repose sur le canapé, un petit enfant tente de l’attraper, de le caresser et de lui tirer les poils. Mais le chat n’est pas un jouet et l’enfant comprend que la plus belle des preuves d’amour, c’est le respect.
Eh oui, un album sur le respect et le consentement pour les 0-3 ans, c’est possible ! Les illustrations, à hauteur d’enfant, montrent comment celui-ci s’approche de plus en plus du chat, avant de finir par respecter son espace vital. Le texte, de son côté, par des phrases simples et efficaces, montre parfaitement que nos envies ne sont pas prioritaires sur celles des autres êtres vivants !


Le nouveau canard, Claire Garralon (éditions MeMo).
Il y a un nouveau canard dans la mare… mais il est bizarre. Est-ce vraiment un canard ?!
J’adore les canards de Claire Garralon (si vous ne connaissez pas, je vous recommande chaudement La Promenade des canards, un album hyper graphique !). Cette fois, son canard au look habituel croise des canards de pêche-aux-canards. Qui se posent bien des questions sur ce nouveau canard si différent. Comme toujours, le texte permet d’aborder plein de sujets, ici l’apparence, la différence et les préjugés. La fin fait un gros clin d’œil à l’album C’est ma mare ! mais si vous ne l’avez pas lu (ce qui était mon cas), ce n’est pas gênant, car cela peut ouvrir à pas mal de discussions. Les illustrations sont comme toujours très graphiques et très colorées, ça donne envie de fabriquer des petits canards à la maison !

Changement d’ambiance cette fois avec deux récits qui ont pour cadre les Pyrénées et qui sont plutôt destinés aux préados et plus !

Belle & Sébastien, nouvelle génération : le roman du film, Christine Féret-Fleury, Pierre Coré et Cécile Aubry.
Sébastien, dix ans, devait passer ses vacances d’été en Corse, avec son meilleur ami Dimitri et les parents de celui-ci. Suite à une grosse bêtise, il est puni et sa mère l’expédie dans les Pyrénées, chez Corinne, sa grand-mère maternelle qu’il connaît à peine. Les relations de celle-ci et de sa fille étant compliquées, Corinne est assez peu ravie de le voir débarquer, d’autant qu’elle se prépare pour la transhumance. Alors qu’il s’ennuie ferme, Sébastien fait une rencontre qui va changer sa vie : celle de Belle, une chienne des Pyrénées maltraitée par son maître, qu’il va libérer sans se préoccuper des conséquences.
J’adore la série Belle & Sébastien. J’ai été biberonnée aux romans dans mon enfance et à la série en noir et blanc. J’étais donc assez curieuse de cette nouvelle sortie (d’autant que, fun fact, la scène chez le notaire dans le film a été tournée dans une des bibliothèques du réseau de médiathèques où je travaillais ! Celle d’Aureilhan, pour les curieux, qui vaut le détour ne serait-ce que pour son look architectural). Ayant raté le film au ciné, je me suis rabattue sur la novellisation.
Le récit reprend les grandes lignes de l’histoire originale : un garçon, une chienne, les Pyrénées en toile de fond d’une amitié indéfectible. Et c’est à peu près tout ! Exit les Angelina, docteur Guillaume et autres César (même si celui-ci est brièvement cité). D’ailleurs, Sébastien n’est même plus orphelin ! (Mais sa nouvelle maman de papier s’appelle Cécile, j’avoue que ça m’a fait rire !) Bref : place au neuf.
Cette nouveauté se ressent aussi dans les enjeux de l’intrigue : si Sébastien est calé chez sa grand-mère, c’est parce que sa mère a un déplacement professionnel. L’ado glandouille sur Instagram (c’est d’ailleurs comme ça que Belle, qu’il a volée, sera retrouvée par son propriétaire), et le récit s’appuie aussi sur des thèmes d’actualité, notamment autour de la montagne. Il est donc question de la farouche opposition bergers/loups, de la pression touristique, du changement climatique, et de la survivance (ou pas) des modes de vie traditionnels (notamment de la transhumance). C’est à peine creusé, car le sujet est vraiment l’amitié de Sébastien et de sa chienne, mais ça fait une toile de fond sympa. Côté texte, c’est très fluide, très facile à lire, et idéalement agrémenté d’un cahier photos des grandes scènes du film au milieu (ne commencez pas par ça, car il y a des spoilers !).
Une chouette lecture donc, pour le petit côté Madeleine de Proust, même si je ne suis pas sûre de m’en rappeler dans dix ans ! (alors que Le refuge du grand Baou, que j’ai pourtant lu assez jeune, semble gravé dans ma mémoire !).

Polar vert, saison 2, épisode 1 : La Malédiction de l’ours, Thierry Colombié (éditions Milan).
Klervi a une adolescence mouvementée : impliquée dans un trafic de civelles en Bretagne, elle a accepté d’aider la gendarmerie à coffrer les têtes pensantes du réseau, espérant ainsi alléger sa peine. En attendant son procès, elle vit dans un camping dans les Pyrénées, sous la protection de Marceau, l’un des deux gendarmes qui chapeautaient son travail d’espionne. Elle s’y fait appeler Claire et, conformément à ce que lui a conseillé le juge, elle réalise un service volontaire dans une association de défense de l’environnement. L’ambiance au village n’est pas des plus sereines, un combat acharné entre les pro-ours et les anti-ours sévissant. En effet, la réintégration de l’ours n’est pas du goût de tout le monde, notamment des éleveurs, des chasseurs, mais aussi des trafiquants qui voient ainsi la forêt leur échapper. Or la situation dérape lorsqu’une ourse est tuée de façon barbare et son petit kidnappé…
Vous reprendrez bien un peu de Pyrénées ? Alors avant toutes choses, je dois dire que je n’ai pas lu la saison 1 de Polar vert… et ce n’est pas grave, car les événements qui s’y déroulent sont suffisamment rappelés en début de roman (c’est conçu pour être lu indépendamment de toute façon). Le récit commence assez fort, avec une rando dans les hauteurs qui tourne assez mal, Klervi et ses camarades assistant en direct au meurtre de l’ourse et au kidnapping de l’ourson. J’ai trouvé le récit bizarrement équilibré : d’un côté, l’enchaînement des péripéties, le style lapidaire donnent l’impression que tout va assez vite. De l’autre, les atermoiements des personnages entraînent des répétitions et donc, des longueurs.
Malgré ça, j’ai trouvé l’intrigue intéressante, notamment parce qu’elle met bien en scène les enjeux qui secouent les Pyrénées et notamment la Bigorre : réintroduction de l’ours avec force manifs des deux camps, cette rivalité entre les « écolos » et les « locaux » (comme s’ils ne pouvaient pas être les mêmes), les problèmes induits par le tourisme ou la proximité avec la frontière (tentante pour les trafiquants de tous bords), mais aussi les projets industriels qui secouent régulièrement les montagnes. (J’ai assumé que ça se passait en Bigorre à cause de la mention du projet de méga-scierie – sans doute celle de Lannemezan – et de la mention des grands-parents du président qui sont « de la vallée d’à côté ».)
J’ai été très déstabilisée par la fin : en fait le récit s’arrête en plein dialogue ! C’est vraiment conçu comme deux épisodes de série, avec la coup bâtarde pour créer un cliffhanger. Du coup, effet réussi, j’ai hyper envie de lire la suite (le récit m’a bien accrochée quand même), mais un peu déçue de cette coupe franche et nette en plein milieu du dialogue !

Toujours pour les préados, mais cette fois au rayon fantastique-horreur, j’ai lu Peur sur le lac, de Katherine Arden, le troisième tome de sa série Small Spaces (éditions Pocket jeunesse, collection PKJ). C’est un roman qui allait dans ma PAL boulot, donc il se trouve que je n’ai pas lu les deux premiers. Ce n’était pas hyper gênant, mais dans la mesure où les enfants essaient de résoudre, en toile de fond, un problème depuis le tome 1, je pense qu’il vaudra mieux pour le lectorat cible de les lire vraiment dans l’ordre.
Ollie, Brian et Coco, alors qu’ils faisaient du bateau sur un lac en famille, se retrouvent piégés sur une île mystérieuse et non répertoriée, gardés par un monstre marin particulièrement féroce. Le récit horrifique fonctionne très bien, avec moult scènes d’attaques, de nuit angoissantes, de bruits bizarres dans la forêt et de fantômes pas très nets. L’intrigue fait monter doucement mais sûrement la tension et j’ai trouvé les personnages très attachants. Suffisamment pour me donner envie de lire le début, comme la suite ! En tout cas je me la note pour la conseiller, parce que le récits fantastiques ne sont pas légion en littérature jeunesse ! (en littérature vieillesse non plus, du reste).


Rayon bulles

Paul & Pauline, H. Tonton (Kennes)
Mai 1944. Paul, un vieil homme que ses jambes ne peuvent plus porter, et Pauline, une jeune fille abandonnée en quête de ses parents exilés, tentent ensemble de s’extirper de la sauvagerie qui oppose les forces allemandes aux troupes maquisardes. De la profonde Corrèze aux plages sétoises, leur périple va bouleverser leur vie, créer des liens singuliers et les contraindre à affronter leurs démons.
Hop, une BD achetée pendant Frissons à Bordères et magnifiquement dédicacée par son auteur, à l’aquarelle ❤
J’ai lu cette BD d’une traite, plongée que j’étais dans les graphismes, qui m’ont un peu rappelé Gibrat (dont j’ai poncé l’œuvre grâce à la médiathèque municipale quand j’étais au lycée). L’histoire nous plonge donc en pleine deuxième guerre mondiale, dans un village ravagé par une colonne allemande. Pauline est la seule rescapée, car elle a pu se cacher. Elle décide d’aller retrouver ses parents exilés, accompagnée de Paul, un vieil homme ronchon cloué dans un fauteuil. La relation entre les deux est assez touchante ! Le récit repose sur un gros retournement de situation que je me suis bêtement divulgâché en regardant bien les petits détails des illustrations… Ceci dit, la révélation fonctionne tout de même ! J’ai apprécié ma lecture dans l’ensemble, mais j’ai été un peu déçue de découvrir à la dernière page… qu’il s’agissait du tome 1. Du coup, cette impression de récit un peu facile s’explique par le fait qu’on n’en a là qu’une seule partie, un détail que j’aurais aimé connaître dès le départ et qui m’aurait permis de profiter à fond de ma lecture (merci les maisons d’édition d’y penser ! C’est particulièrement pénible !). Du coup, j’attends la suite de pied ferme, car malgré cette légère contrariété, j’ai apprécié ma lecture !

Côté séries :

La rentrée aura été l’occasion de se pencher sur la série de SF Snowpiercer, de Josh Friedman et Graeme Manson.
Sept ans après que le monde soit devenu inhospitalier, en raison d’une glaciation artificielle et durable, les survivants ont trouvé refuge à bord d’un immense train – 1001 wagons – qui sillonne perpétuellement la Terre à toute vitesse, à raison de 2.7 révolutions par année. La discipline rigoureuse de M. Wilford, le richissime homme d’affaires qui a affrété le train, est appliquée par le service de l’Hospitalité, représenté par Ruth et Melanie Cavill, qui est également l’ingénieure en chef. A bord, la vie est très règlementée, et les passagers des différentes classes ne sont pas autorisés à se mêler (du moins, ceux des basses classes ne peuvent espérer monter). Tout au bout du train sont entassés 400 « sans-tickets », des gens qui ont pris d’assaut la Queue du train le jour du départ, et qui sont utilisés pour les plus basses besognes. Quand un corps est retrouvé émasculé en 3e classe, M. Wilford envoie Melanie extraire un ancien policier, Andre Layton, de la Queue. Or, celui-ci est également le leader révolutionnaire de la Queue, qui s’apprêtait justement à se soulever. Alors que l’enquête débute, la tension entre les classes et les wagons est à son comble…
J’ai un avis mitigé sur cette série car, d’une part, j’ai adoré et, d’autre part, il y a quand même des points qui m’ont laissée sur ma faim. Avant toutes choses, je dois préciser que j’ai souvent fermé les yeux, car il y a des passages hyper violents (voire un peu gores), et ce n’est clairement pas ma tasse de thé.
L’ambiance polaire est bien mise en scène, de même que le régime totalitaire qui règne à bord du train. Les tensions inter-classes, de fait, sont bien rendues et j’ai aimé suivre plusieurs sous-intrigues à la fois, celles-ci mêlant petites histoires du quotidien et gros complots des familles.
Mais il y a quand même des petits trucs qui l’ont moins fait. J’ai beaucoup aimé les deux premières saisons, mais j’ai trouvé la troisième complètement bancale : il ne s’y passe positivement rien et d’un coup il se passe plein de trucs, de préférence tous en même temps, si bien que les revirements des uns et des autres n’ont aucun sens. Par ailleurs, certains personnages sortent du tableau sans qu’on sache pourquoi pour y revenir comme des fleurs plus tard… et je n’ai pas trouvé ça crédible. Miles, par exemple, le fils adoptif des deux leaders révolutionnaires, envoyé à l’école des ingénieurs (donc chez l’ennemi) et dont on entend plus du tout parler ?! Pas réaliste ! Au chapitre du réalisme, il m’a manqué aussi des données sur l’univers : pourquoi et comment y a-t-il des rails sur des étendues océaniques ? (oui parce qu’ils passent comme qui rigole d’un continent à l’autre). Qui les a installés et quand ? Les enchaînements dans les wagons du train ne sont parfois pas logiques, j’ai eu l’impression que les voitures changeaient de place dans l’ordre qu’elles occupe. Et puis comment les voies sont-elles aussi bien maintenues en état ? Bref, des petits points, mais ça m’a manqué pour profiter pleinement de l’expérience. Et ça ne m’empêchera aucunement de regarder la saison 4 lorsque celle-ci sortira ! Et d’enfin lire la BD !

Top/Flop


Pas de flop ce mois-ci, car il est difficile de choisir entre les lectures un peu plus mitigées. Le top, quant à lui, est une très bonne lecture !

Ce mois-ci, j’ai donc enfin découvert Jo Walton, en lisant Ou ce que vous voudrez. J’ai eu un peu de mal à rentrer dedans mais ensuite, quel plaisir de lecture ! Le récit alterne entre un vrai récit de fantasy et des monologues intérieures de la protagoniste, Sylvia, une autrice reconnue de SFFF, qui discute avec un personnage indéfinissable, à mi-chemin entre ami imaginaire et muse artistique. Le roman propose une intéressante réflexion sur l’art et la création, et mêle habilement les deux fils du récit, celui qui se passe de nos jours dans la réalité et celui qu’écrit Sylvia. C’était une très chouette découverte, même si je ne conseillerais pas forcément ce titre pour entrer dans l’œuvre de Jo Walton !

Citations

« Je me suis rendu compte que je n’avais jamais pensé à ma chance d’être né libre. »
La Longue marche des dindes, Kathleen Karr & Léonie Bischoff.

« Il faut qu’on trouve une solution rapidement. Il ne faut pas qu’Ollie et ma mère partent à notre recherche.
— Exact, acquiesça Brian. Hmm, il a peur du feu, selon vous ?
— Pourquoi ? demanda Phil.
— Si c’est le cas, alors Ollie et les adultes ne risquent rien sur la rive tant que leur feu ne s’éteint pas. Peut-être qu’on pourrait embraser des pommes de pin et lâcher quelques-uns de ces hameçons aussi ? suggéra Brian, pris d’une inspiration soudaine. Ça pourrait peut-être l’effrayer et nous donner une chance de nous enfuir ?
— Des pommes de pin ? répéta Phil. Ce truc est gros comme un bateau !
— Et si on arrivait à les lui lâcher dans le gosier ?
— Il n’ouvre la bouche que quand il est en colère ou qu’il compte dévorer quelque chose…, commenta Coco. Vous n’y pensez pas. (Elle regarda les garçons.) D’accord. Vous y pensez. Vous voulez mettre le serpent en colère. »
Peur sur le lac, Katherine Arden.

Elle s’empare avec morosité d’une des notes de Bella et y voit le croquis d’une femme crachant du feu par la bouche.
« C’est un sort d’embrasement ?
— On dirait, oui.
— Je peux l’essayer ?
— Est-ce que tu peux allumer un feu magique dans une tour remplie de papier et de cuir ?
Genièvre réfléchit un instant. « Même si c’est un tout petit feu ? »
Le Temps des sorcières, Alix E. Harrow.

« Enfin, en passant devant le garage, ils entendent de la musique. A fond ! Sébastien pousse la porte. Une déferlante de sons le fige sur place.
— Les Clash, commente Cécile derrière lui. Du punck rock. Ta grand-mère adore ça.
Au fond, une gerbe d’étincelles nimbe d’une lueur bleue une silhouette en combinaison de travail, penchée sur une vieille moto.
— Salut, risque Seb.
Pas de réponse. Il force sa voix et hurle :
— SALUT !
Corinne, sa grand-mère – car c’est bien elle -, sursaute et se retourne, surprise, en ôtant ses lunettes de soudeur. Les yeux écarquillés, elle fixe le garçon qui se tient devant elle.
— Qu’est-ce que tu fous là, toi ?
— Bonne question, répond Seb, stupéfait. »
Belle & Sébastien, nouvelle génération : le roman du film, Christine Féret-Fleury, Cécile Aubry et Pierre Coré.

« TU CROIS VRAIMENT QU’ON A BESOIN DE ça EN CE MOMENT ?
Je comprenais ce qu’elle voulait dire. En même temps, on pouvait aussi en discuter calmement. Pas la peine de s’énerver. Je ne me sentais même pas ivre. Juste léger et bienheureux. Était-ce un mal étant donné les circonstances ? Je ne croyais pas, non. Je ne savais pas trop comment engager la conversation sur un mode plus serein. Il valait mieux attendre qu’elle se calme.
— BIZARRE ! vociférait ma mère. GOTHIQUE ! DIABÉTIQUE ! ET MAINTENANT ALCOOLIQUE ! UN SACRÉ BOULET, HEIN !
Heureusement qu’elle ne m’avait pas vu fumer.
— Je sais, je sais, ai-je bafouillé sur un ton que je voulais conciliant. Je sais que l’alcool c’est pas bien. Mais d’abord, je ne suis pas saoul, et ensuite je me sens bien. C’est sûr que les alcooliques ont tort. Ils boivent trop. Il faudrait peut-être leur dire d’envisager l’alcool pas comme un loisir, tu sais, avec les bars, la musique, la fête, tout ça, mais comme… (j’ai réfléchi afin de bien préciser ma pensée), mais comme un médicament (j’étais fier de ma trouvaille) ! Parce que ça détend vachement quand même. Je me sens bien. Si bien si tu savais. Par exemple tu gueules et ça me fait rien. Je ne suis pas stressé ou tendu, rien. Toi aussi tu devrais boire quelque chose. ça te détendrait.
J’étais bavard, bavard, bavard. Je ne pouvais pas m’arrêter de parler. Ma mère fulminait. »
Grand Passage, Stéphanie Leclerc.

Robustia, Betty Piccioli.

Robustia. Une cité où chaque métal correspond à une position sociale. Où le combat peut vous élever dans la société.
Biann, conseillère d’Électrum, vient tout juste d’acquérir ce statut prestigieux en s’illustrant lors d’un tournoi. Mais la maladie qui la ronge à chaque cycle pourrait bien mettre un terme à sa carrière…
Kalel, conseiller d’Airain, se ne se remet pas d’avoir perdu sa position d’Électrum. Aveuglé par la rage, il est prêt à tout pour récupérer son pouvoir, jusqu’à se perdre lui-même…
Aequo, ancien habitant du royaume de Chromatopia, a entamé un long voyage loin de sa cité pour fuir ses démons. Jusqu’au jour où ses pas le conduisent face aux remparts de Robustia…
Ils ne le savent pas encore, mais leur rencontre pourrait bien sceller le sort des deux cités à jama
is.

J’avais été séduite par Chromatopia, dont le récit se déroule dans le même univers, donc j’étais assez curieuse de lire Robustia – qui peut se lire indépendamment. Si vous n’avez pas lu le précédent récit, pas de panique : les événements qui s’y déroulent et les enjeux qui en découlent sont largement rappelés dans le cours du texte (d’ailleurs, s’ils peuvent se lire indépendamment, je recommanderais quand même de commencer par Chromatopia, sans quoi vous risquez de vous divulgâcher complètement cette lecture !).

On découvre donc une autre cité au fonctionnement basé sur des castes, cette fois identifiées par des métaux. Pas de déterminisme ici, puisqu’il est tout à fait possible de changer de caste (vers le haut ou le bas), à l’occasion du tournoi guerrier annuel de la cité : la caste est déterminée par les résultats au combat de chacun.
C’est sur ce tournoi que s’ouvre justement l’histoire, tournoi dans lequel Biann va s’illustrer, et passer Conseillère d’Électrum, soit le plus haut rang qui soit – ce qui, au passage, lui attire la profonde inimitié de Kalel, qu’elle détrône sauvagement. Cette amertume va amener le jeune homme à des décisions politiques pas toujours très judicieuses, qui visent essentiellement à mettre son adversaire en difficulté et ce au détriment d’une politique fine. Troisième personnage : Aequo, qui a quitté Chromatopia à la fin de l’opus précédent et arrive à Robustia en qualité de touriste. La narration chorale va donc sauter de l’un à l’autre, dans une chronologie pas toujours linéaire (quelques petits retours dans le temps), ce qui nous donnera un aperçu assez global de la situation.

Les voix des personnages sont assez similaires, mais l’en-tête des chapitres et leurs préoccupations respectives permettent de toujours s’y retrouver. Comme dans l’opus précédent, j’ai apprécié leur diversité. Mais ce que j’ai trouvé hautement original, c’est que Biann souffre manifestement d’endométriose, un mal qui lui provoque des crises terribles et risque de mettre à mal sa position dans la cité – puisqu’on n’accepte pas la faiblesse, sous quelque forme que ce soit, à Robustia. Non seulement cette maladie est la source de quelques péripéties très prenantes, mais en plus de cela elle permet d’amener toute une réflexion sur le validisme de cette société, et le bien-fondé (ou non) à reléguer les « faibles » dans un quartier spécifique. En plus de cela, c’est assez rare de voir ce thème en littérature jeunesse, surtout traité ainsi, donc j’ai d’autant plus apprécié. J’ai simplement regretté qu’il semble s’amenuiser sur la fin (ceci étant dit, il se passe bien assez de choses sur la fin comme cela).
Chacun des personnages porte ses enjeux personnels et ses opinions. Je dois dire que celui que j’ai trouvé le plus intéressant à suivre est, finalement, Kalel, dont on suit l’aveuglement et l’entêtement qui mène aux pires décisions – tant politiques que personnelles. Je l’ai trouvé vraiment bien écrit, ce que je tiens à souligner, car je n’apprécie pas généralement les personnages sans nuances !

Ce qui peut sembler assez étonnant, c’est que le roman n’est pas tant bourré de scènes d’actions. Il y a évidemment des scènes de combat assez spectaculaires, de chasse ou de guerre, mais toute la tension réside plutôt dans les complots politiques qui agitent Robustia et dans lesquels les personnages sont pris. Les complots, et aussi les relations extérieures, notamment avec Chromatopia : il est beaucoup question de commerce, de géopolitique et des relations qu’entretient Robustia avec les cités alentours, ce qui m’a un peu surprise, car je m’attendais, vu le contexte guerrier, à de la baston en continu !

Chromatopia était une bonne découverte, Robustia l’a également été. L’intrigue, truffée de complots, est portée par un style fluide et entraînant qui rend la lecture difficile à arrêter. A lire si vous voulez faire une incursion en fantasy dystopique !

Dans le même univers : Chromatopia.

Robustia, Betty Piccioli. Scrinéo, 25 août 2022, 416 p.

Rendez-vous avec le crime, Les Détectives du Yorkshire #1, Julia Chapman.

Quand Samson O’Brien débarque sur sa moto rouge à Bruncliffe, dans le Yorkshire, pour y ouvrir son agence de détective privé, la plupart des habitants voient son arrivée d’un très mauvais oeil. De son côté, Delilah Metcalfe, génie de l’informatique au caractère bien trempé, tente de sauver de la faillite son site de rencontres amoureuses. Pour cela, elle décide de louer le rez-de-chaussée de ses locaux. Quelle n’est pas sa surprise quand son nouveau locataire se révèle être Samson – et qu’elle découvre que son entreprise porte les mêmes initiales que la sienne ! Les choses prennent un tour inattendu lorsque Samson met au jour une série de morts suspectes dont la piste le mène tout droit… à l’agence de rencontres de Delilah !

Cela faisait un moment que je n’avais pas écouté un roman policier et celui-ci étant dans ma PAL depuis un moment (depuis qu’on n’arrêtait pas de me demander ce titre quand je bossais au rayon polar à la bibli, précisément), il était grand temps que je m’y mette. Et la découverte a été très bonne !

On est plus dans du cosy mystery que dans du polar à l’anglaise façon Agatha Christie, mais l’intrigue fonctionne quand même très bien. Dès le départ, on est plongés dans l’ambiance de Bruncliffe, petit village typique du Yorkshire, avec ses petites histoires, ses ragots, ses inimitiés. Attention, le début est un peu ardu, car il y a énormément de personnages qui sont cités !
L’intrigue purement policière ne démarre d’ailleurs pas immédiatement : c’est le premier tome, on a un petit temps d’exposition. Mais comme celui-ci est entièrement accaparé par la série de déconvenues de Delilah, qui permet au passage de présenter des personnages et de situer les principaux enjeux personnels, je n’ai pas eu cette impression de remplissage que peuvent avoir certains incipits. Donc cela démarrait plutôt bien. D’autant que l’enquête commence assez doucement, Samson étant recruté par une mère qui l’enjoint d’enquêter sur la mort suspecte de son fils, classée en suicide (ce qui ne lui convient pas), et sur laquelle il n’a que peu, voire pas du tout d’indice. Il faut laisser à l’intrigue le temps de démarrer, ce qui peut donner l’impression qu’il y a des longueurs dans la première partie du récit. De mon côté, j’étais suffisamment intéressée par les bisbilles du village pour ne pas souffrir de ce rythme tranquille !

Le récit mêle vraiment l’enquête aux trajectoires personnelles des personnages. En effet, en s’intéressant tour à tour aux deux personnages phare, à savoir Delilah et Samson, on a un aperçu direct de la vie du village et des connexions entre les différents personnages. Surtout, on en apprend plus sur le gros différent entre les Metcalfe et Samson, qui vient agréablement nourrir l’intrigue. Après l’apparente lenteur du départ, celle-ci progresse ainsi sur un rythme très confortable, qui aligne révélations, retournements de situations et scènes de la vie quotidienne au village, non dénuées d’humour. C’est du cosy mystery, quand même ! Pas de scène gore à l’horizon donc, mais un petit aspect comédie pas désagréable du tout. Ce qui n’empêche pas le récit de connaître des moments de tension : à ce titre, j’ai trouvé la scène finale vraiment bien menée et prenante, comme la tension subtile qui court tout du long de l’ouvrage, et qui concerne le mystérieux passé de Samson (dont j’espère connaître plus de détails dans la suite). Ceci étant dit, j’ai quelque peu regretté qu’on ait si peu d’indices pour découvrir de nous-mêmes qui était le coupable : on ne réunit les éléments que quelques instants avant que celui-ci ne soit confondu !

Je le disais au départ, les personnages sont très nombreux, ce qui assure un constant renouvellement des sources d’information et de péripéties – c’est d’onc le moment où je confesse m’être souvent perdue dans la nombreuse famille Metcalfe.
Tous les personnages ne sont pas aussi creusés que Samson et Delilah, mais parmi les personnages secondaires, ma préférence va tout doit à Ida Capstick, la femme de ménage à la langue acérée et à l’œil affûté, dont j’ai bien apprécié le caractère piquant ! J’espère la retrouver dans les tomes suivants !

Ce premier tome de la série des Détectives du Yorkshire est donc une très bonne découverte. J’ai passé un bon moment avec ce cosy mystery, qui allie mystère, vie mouvementée à la campagne et humour, un mélange auquel j’ai du mal à résister. Même si l’enquête est longue à démarrer, j’ai passé un très bon moment avec cette intrigue, qui sait ménager les scènes de comédie et les moments de tension plus prenants. Avec ça, la lecture d’Odile Cohen est parfaite, expressive comme il le faut ! J’ai donc hâte de poursuivre ma découverte de cette série, et toujours en audio !

Les Détectives du Yorkshire #1 : Rendez-vous avec le crime, Julia Chapman.
Traduit de l’anglais par Dominique Haas. Lizzie, réédition 2020, 720 min. Lu par Odile Cohen.

Le Temps des sorcières, Alix E. Harrow.

Avant, quand l’air était si imprégné de magie qu’il laissait un goût de cendres sur la langue, les sorcières étaient féroces et intrépides, la magie flamboyait et la nuit leur appartenait. Ce temps n’est plus, les hommes ont dressé des bûchers, et les femmes ont appris à se taire, à dissimuler ce qui leur restait de magie dans des comptines, des formules à deux sous et des contes de bonne femme.
Mais la vraie sorcellerie n’a besoin que de trois choses pour renaître : la volonté de l’écouter, les vers pour lui parler, et les voies pour la laisser pénétrer le monde. Car tout ce qui est important va par trois.
Ainsi des sœurs Eastwood : Bella, Agnès et Genièvre. Mues par la colère, la peur… et une pulsation écarlate qui ne demande qu’à revivre, des dons qu’elles découvrent peu à peu. Il suffit pour cela de s’unir, et d’y croire, de traquer tous les interstices où elle se dissimule. Car la magie, c’est d’abord penser que chacun est libre d’agir, même si le mal rôde. Le temps des Sorcières pourrait alors bien revenir, pour notre plus grand bénéfice à tous, hommes et femmes.

1893, aux États-Unis : on pourrait penser que la fumée des bûchers de Salem est loin derrière le pays, mais il n’en est rien. Car à New Salem, on s’inquiète de ces suffragettes qui réclament le pouvoir. L’inquiétude se teinte d’angoisse lorsque, au beau milieu d’une de leurs manifestations, une ancestrale tour sentant la magie à plein nez se matérialise sur la place, avant de disparaître aussi vite. Qui a lancé ce sort ? Y a-t-il de vraies sorcières à New Salem ?

De fait, oui. Car dans cet univers, la magie est quelque chose de courant : on s’en sert pour repriser les chaussettes, donner du lustre à une coiffure, ou retaper un massif de fleurs. Bref : rien de folichon. Des sorts qui se transmettent de mères en filles, chuchotés dans des comptines, des ritournelles et dans les contes de fées. A côté de cela, il y a la magie ancestrale, celle pour laquelle on a brûlé tant de femmes, et qui permettait de déclencher des choses autrement plus spectaculaires.
C’est dans ce contexte que se retrouvent trois sœurs qui ne se sont plus vues depuis sept ans, Bella, Agnès et Genièvre. La première est bibliothécaire, la deuxième ouvrière et la troisième, recherchée pour le meurtre de son géniteur, ne rêve que de rétablir les pouvoirs disparus des sorcières.
Bon an mal an, les trois sœurs tentent de se rabibocher et de faire renaître la voie des sorcières, sur fond de mouvement politique féministe (les suffragettes étant en pleine action) et de secrets de famille profondément enfouis. Le parallèle tissé au départ entre la lutte politique des femmes et leur lutte ésotérique, s’efface peu à peu au profit de la seconde – ce que j’ai quelque peu déploré, car je trouvais le parallèle assez intéressant. Ceci étant dit, les jeunes femmes luttent contre les vieilles badernes de la politique locale, lesquelles ne dédaignent pas… un peu de sorcellerie de temps à autres. Ce qui explique sans doute pourquoi le récit se resserre sur l’une des deux luttes.

Elle s’empare avec morosité d’une des notes de Bella et y voit le croquis d’une femme crachant du feu par la bouche.
« C’est un sort d’embrasement ?
On dirait, oui.
Je peux l’essayer ?
Est-ce que tu peux allumer un feu magique dans une tour remplie de papier et de cuir ?
Genièvre réfléchit un instant. « Même si c’est un tout petit feu ? »

Le récit entremêle assez habilement préoccupations présentes des trois jeunes femmes, règlement de leurs contentieux passés (lesquels sont assez nombreux, notamment au sein de la famille Eastwood), et leurs différentes aspirations – et je dois dire que si chaque arc narratif est intéressant, c’est vraiment celui consacré à leurs relations qui m’a le plus emballée.
Chaque chapitre s’ouvre sur des vers, autant de sortilèges aux visées différentes, et qui généralement sont utilisés dans les pages ou chapitres suivants. Cela instaure un effet d’attente assez intéressant et qui redynamise l’intrigue. Et celle-ci en a bien besoin. En effet, difficile d’oublier à quel point la volonté des trois femmes de restaurer la voie des sorcières est forte, tant celle-ci est rabâchée, au point d’introduire des répétitions et des longueurs qui cassent le rythme du récit. Les chapitres, en outre, sont entrecoupés d’extraits de contes. Cela cadre bien avec le récit, puisque Bella est une lettrée travaillant sur les-dits contes, mais ils arrivent la plupart du temps comme un cheveu sur la soupe, grossièrement justifiés dans le récit. A nouveau, le rythme en pâtit et retombe comme un soufflé. Malgré cela, ce n’est pas inintéressant, notamment parce que les figures légendaires de l’Aïeule, la Mère et la Pucelle, un triptyque de personnages de contes, est hyper important dans le récit, et se trouve amené par ce biais-là.
Heureusement, la tension revient nettement dans le dernier tiers, où se suivent les scènes de lutte acharnée, les batailles rangées et les grandes démonstrations de magie – que j’espérais donc depuis le début !

« Béatrice attend, le sang en ébullition.
Il ne se passe rien. Naturellement.
Des larmes – absurdes, idiotes – lui piquent les yeux. Espérait-elle une magistrale démonstration de magie ? Des vols de corbeaux, des nuées de fées ? La magie est une chose ennuyeuse et déplaisante, plus utile à blanchir les chaussettes qu’à invoquer les dragons. Et même si Béatrice était tombée sur un sort ancien, elle ne pourrait le lancer que si le sang des sorcières coulait dans ses veines. Elle ne peut s’approcher davantage du lieu où la magie est réelle, où les femmes et leur parole ont du pouvoir, qu’à travers les livres et les contes. »

Le roman tourne essentiellement autour des trois sœurs, mais celles-ci sont entourées d’une galerie de personnage intéressants, parmi lesquelles Cléo, une journaliste noire qui lutte pour les droits civiques autant que pour le vote des femmes, ou encore Auguste, un ouvrier de Chicago qui a mené des grèves assez dures – oui, car tous les hommes ne sont pas pourris au royaume de New Salem. Si, dans un premier temps, j’ai déploré l’amenuisement de la lutte politique, j’ai apprécié ce côté « convergence des luttes » qu’induisaient les relations des trois sœurs.

J’ai également apprécié le système de magie, qui nécessite de connaître à la fois les vers du sortilège, mais aussi d’en réunir les voies, à savoir les éléments pour jeter le sort : du sel, des plantes, des plumes… Cela m’a rappelé le système utilisé dans la série jeunesse Magyk d’Angie Sage (que je vous recommande chaudement !). Autre point intéressant, il y a tout un débat sur la « magie des femmes » et la « magie des hommes », certains personnages pensant qu’elles ne peuvent qu’être bien définies et genrées (ce que l’intrigue va évidemment détourner). De même, les sorts ne sont pas universels et peuvent se transmettre uniquement au sein d’une communauté, d’une famille, d’un pays… C’était vraiment un système intéressant !

Le Temps des sorcières proposait donc le type de récit que j’apprécie lorsqu’il s’agit d’histoires de sorcières : un système de magie intéressant, des personnages avec des aspirations prenantes et un ancrage historique que j’ai vraiment apprécié. Le récit mêle habilement différents arcs narratifs, parmi lesquels j’ai préféré celui consacré aux relations des trois sœurs. Malgré les longueurs indéniables que comporte le roman, je l’ai lu avec beaucoup d’intérêt, notamment parce que la tension revenait en force dans le dernier tiers. Bonne pioche, donc !

Le Temps des sorcières, Alix E. Harrow. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Thibaud Eliroff.
Hachette (Le Rayon de l’imaginaire), 2022, 622 p.

[2022] Petit bilan estival.

Ne serait-il pas temps, après une trop longue interruption – un an me souffle-t-on dans l’oreillette -, de reprendre les petits bilans du mois ?
Pardon d’avance pour la longueur de cet article, sans doute pas très digeste, mais qui sera bien utile à ma mémoire défaillante dans quelques mois/années, quand je me demanderai ce que j’ai pensé de tel ou tel titre non chroniqué in extenso !

Carnet de lectures

J’ai beaucoup lu cet été, grâce à des congés forcés (pas merci les services RH) et malgré pas mal de travaux (je me suis découvert un engouement particulier pour la démolition de murs).

Terre promise, de Philippe Arnaud (Sarbacane).
J’aime bien lire, de temps en temps, des western, mais je dois dire que celui-ci a souffert des comparaisons avec Celle qui venait des plaines et Sans foi ni loi. Déjà parce que j’ai trouvé la structure assez maladroite, en raison d’allers-retours pas toujours justifiés entre passé et présent (qui m’a laissé un goût d’artificialité pas très agréable). Par ailleurs, j’attendais beaucoup (peut-être trop ?) du personnage de la femme shériff, et j’ai été un peu déçue, car je l’ai trouvée légèrement caricaturale (la femme badass et libérée). A ce titre, j’ai trouvé qu’il y avait peut-être un poil trop de scènes de sexe pour que l’ensemble fonctionne à merveille !
Malgré cela, le propos était intéressant : on suit un personnage sudiste jusqu’à la moelle, qui va se retrouver confronté à des Noirs libres, et à des femmes de tête. Shocking ! Les pensées – racistes et sexistes – du protagonistes sont assez pénibles à lire, mais font partie de son évolution. Soyez justes prévenus ! Je pense que j’ai placé trop d’attentes sur ce titre, ce qui ne m’a pas permis de l’apprécier pleinement.

Le Livre de Phénix, de Nnedi Okorafor (Actusf).
Je n’ai toujours pas lu Qui a peur de la mort ? mais j’ai lu d’autres titres de l’autrice, qui m’ont beaucoup plu. Donc je me suis lancée dans cette préquelle du titre précédemment cité, qui nous emmène dans un univers post-apocalyptique assez effarant, et sur les traces d’une femme qui est aussi un organisme génétiquement modifié, créé dans le but de devenir une arme de destruction massive. Autant j’ai apprécié le mélange entre SF et fantasy, les réflexions politiques et philosophiques, l’ambiance qui confine à la poésie, au mythe et au désespoir le plus profond, autant j’ai eu parfois du mal à suivre l’intrigue, dont les circonvolutions m’ont semblé quelque peu confuses et dures à suivre. Découverte mitigée donc, mais qui ne m’empêchera pas de lire la suite de ses œuvres, parce que j’avais adoré le reste.

La Maison des feuilles, Mark. Z. Danielewski (Monsieur Toussaint Louverture).
Oui, ça y est, j’ai enfin lu (et surtout TERMINÉ) La Maison des feuilles, qui est clairement une lecture de l’été, puisque je l’ai attaqué fin août et terminé… début octobre. Là aussi, sentiment mitigé : j’ai été bluffée par la construction littéraire, les récits enchâssés, les narrateurs non fiables qui se suivent (et ne se ressemblent pas) et les expérimentations littéraires diverses et variées. Mais je dois aussi avouer que je me suis rapidement lassée des digressions du narrateur principal (Hoss, que je considère comme le principal) et ses innombrables histoires de sexe que j’ai eu follement envie de passer (mais je ne l’ai pas fait, puisque le diable étant dans les détails, il faut lire les multiples notes de bas de page de ce titre).
Je ne pense pas faire de chronique détaillée (mais qui sait ?), donc je le pose là. A lire si vous voulez jeter un œil à cette performance littéraire, donc, je pense que ça vaut le détour pour ça, mais à éviter si vous n’aimez ni les escape game, ni les romans à tiroir, parce qu’on est dans une espèce de mélange étrange entre les deux.

Coin bulles

J’ai dévoré totalement par hasard The Sound of my soul de Rin Saitô (Akata), un manga qui parle de musique, d’amitié et de handicap. On y suit Mizuki, 11 ans, atteint d’hypoplasie cérébrale (qui provoque une paralysie partielle). Son rêve : devenir violoniste professionnel et toucher de sa musique son meilleur ami sourd et très bon danseur. Pour ce faire, il quitte son école spécialisée et rejoint un collège ordinaire… où il se retrouve en butte au validisme et à l’hostilité de son nouvel entourage (enfants comme adultes). Le choc des cultures est violent entre la première partie pleine d’amour, d’amitié et de bienveillance et la seconde, affreusement violente, dès que l’on entre au collège.
L’originalité de ce manga, c’est que, d’une part, Rin Saitô romance la vie du véritable Mizuki Shikimachi et que, d’autre part, le manga romancé occupe les deux-tiers du volume environ, le dernier tiers étant occupé, lui, par un manga plutôt documentaire, dans lequel la mangaka a retracé les premières années de la vie du jeune garçon – un récit qui met donc en avant la force de sa mère, qui lui a donné goût à la musique et s’est battue pour améliorer son bien-être. Un titre très touchant, et qui m’a donné envie de lire la suite !

Côté ciné

Incroyable, mais vrai, je suis allée trois fois au cinéma cet été. (Je dis incroyable car la moindre sortie ciné implique une heure de route, donc vous comprendrez que tout cela ne se fait pas au débotté).

Mille ans après tout le monde (au bas mot), j’ai vu Top Gun : Maverick, un film truffé d’avions de chasse, d’adrénaline et de testostérone (même si le récit tente d’insérer un peu plus de femmes dans des rôles allant au-delà de la pin-up et de la plante verte, et c’est pas mal).
J’ai passé un très bon moment avec ce film, même si le scénario n’est pas démentiel. En même temps, ce n’est pas pour ça qu’on va le voir, mais pour s’en mettre plein les yeux dans les scènes aériennes (lesquelles sont très réussies). Le film m’a même donné envie de voir Top Gun premier du nom, c’est dire !

Ensuite, je suis allée voir As Bestas, un film franco-espagnol de Rodrigo Sorogoyen. On y découvre la vie de deux agriculteurs français partis ouvrir une petite exploitation bio dans une vallée paumée de Galice, ce qui va crisper le village et cristalliser l’hostilité (le tout autour d’une sombre histoire d’éolienne à installer). Alors, déjà, sachez qu’on est dans du roman noir, mais au cinéma (je ne sais pas comment se nomme ce style). L’ambiance est lourde, poisseuse, la tension monte crescendo jusqu’à la rupture. J’ai mis un long moment à comprendre la scène d’intro (où l’on voit deux hommes dompter un cheval sauvage), qui n’a rien à voir avec la suite, mais j’avoue que la construction est particulièrement bien faite (car oui, cette scène a évidemment un rapport avec la suite). J’ai beaucoup aimé la fin, j’en suis sortie en me disant « mais alors, du coup … ? » et j’aime sortir d’un film en me posant des questions sur la suite, ce qu’on ne voit pas. Avec ça, la photographie est sublime, et c’était assez plaisant de voir ce film en VO, puisqu’il est tourné en castillan, en galicien et en français (de toute façon, je vous déconseille vivement d’aller le voir en VF si d’aventure il est dispo en VF, car vous perdriez tout le sel et les enjeux du film). Bref : excellente découverte !

Et, last but not least, je l’ai attendu avec impatience, il a fini par arriver, je suis allée voir avec un immense plaisir Le Visiteur du Futur : le film !, de François Descraques, et qui est la non-suite de la web-série éponyme, que je vous recommande très chaudement si vous ne l’avez pas encore vue !
L’histoire se déroule en 2555, dans un futur dévasté : l’Apocalypse menace la Terre et le dernier espoir repose sur Renard, un homme capable de voyager dans le temps. Sa mission : retourner dans le passé et changer les événements, en échappant à la Brigade Temporelle, qui le traque à travers toutes les époques.
Si vous n’avez pas vu la série, ce n’est pas un drame, car le film est visible indépendamment (si vous l’avez vue, vous apprécierez à sa juste valeur les petits clins d’œil de fan-service qui parsèment le récit).
C’est rare au ciné, mais il faut le dire : voilà un très bon film de SF made in France ! L’univers post-apo est bien mis en scène, les effets spéciaux sont très réussis (mais pas envahissants) et le fait d’avoir introduit deux personnages tout neufs rendent les explications assez naturelles. Le message n’est pas moralisateur (et non, ce n’est pas un film anti-nucléaire comme cela a été dit, c’est un film anti-obsolescence programmée plutôt), et malgré l’ambiance un brin tendue (fin du monde, tout ça), il y a des touches d’humour et quelques scènes comiques parfaitement intégrées. Bref, c’était un vrai plaisir, et j’espère qu’une suite sortira !

Tops/Flops

L’été aura été marqué par deux titres de fantasy qui ne m’ont pas passionnée :

Concernant Arkana, de Sébastien R. Cosset : j’ai trouvé l’univers intéressant, le choix narratif qui sert de rebondissement central très audacieux, mais le personnage archi-cliché a clairement eu raison de ma patience !

Dans le même style, Une couronne d’os et d’épines d’Emily Norsken, que j’ai dû lire dans le cadre du PLIB, m’a plu pour son univers, et passablement agacée pour le reste, qu’il s’agisse de l’intrigue qui ne m’a pas embarquée, des incohérences dans le récit, ou des multiples coquilles.

A côté de ça, j’ai eu trois coups de cœur – la vie étant bien faite, un par mois.

Tout d’abord La sorcière secrète, le deuxième tome de la série Le Garçon sorcière de Molly Knox Ostertag : c’est beau, l’histoire est prenante, et ce n’est pas parce qu’on est dans le tome 2 qu’il ne s’y passe rien ! J’ai hâte de lire la suite (et fin, malheureusement).

Ensuite, au rayon polars, j’ai dévoré La Valse des tulipes, d’Ibon Martin, qui mêle secrets de famille, résurgences politiques et cadre enchanteur. Je suis très contente de savoir qu’en VO, il s’agit d’une série, parce que j’ai hâte de lire la suite !

Et pour finir, encore une série, j’ai nommé Les Voyageurs de Becky Chambers, un roman que je relirai sans aucun doute, et dont je suis curieuse de lire les autres opus (même si on change apparemment de personnages).

Citations

« Alors… c’est comment ? Aller à l’école, vivre en ville et tout ça ?
– C’est normal. Bon, j’imagine que pour toi, ça n’a rien de « normal ». Je monte dans un gros bus jaune avec un tas d’autres enfants pour me rendre dans un bâtiment en briques où on mange de la nourriture dégueu et où on apprend les maths.
– ça paraît pas trop mal…
– Tu sous-estimes à quel point la nourriture est mauvaise. »
La Sorcière secrète, Molly Knox Ostertag.

« Rolande eut un sourire en coin qui était quasiment un abrégé de perfidie. »
La semeuse d’effroi, Eric Senabre.

« La mère d’Izzy utilisait les termes « naturel » et « végétal » pour tout ce qu’elle considérait comme bénéfique, tandis que « toxine » était pour elle synonyme de « néfaste ». A aucun moment elle ne nomma de toxine particulière, mais ma maison, ma nourriture et, apparemment, mon maquillage en étaient bourrés. […]
– Et voilà la partie que je préfère, souffla-t-elle en caressant du bout des doigts l’image travaillée. Les huiles essentielles.
Elle avait prononcé cette dernière phrase sur le ton qu’un dragon aurait employé pour dire « doublon espagnol ».
L’étreinte des flammes, Patricia Briggs.

« La barge avait emprunté une route sinueuse qui montait vers le sommet d’une falaise. Assez large pour le véhicule, mais tout juste. Ashby risqua un regard par-dessus bord et le regretta aussitôt. Comme beaucoup de spatiaux purs et durs, une fois au sol, il avait le vertige. Contempler une planète de haut d’une orbite, ce n’était pas un problème : tomber, c’était flotter. A l’intérieur d’un vaisseau, si on tombait – disons dans le conduit moteur d’un gros colonisateur -, on avait le temps de crier « Chute ! ». Ce qui préviendrait l’IA locale de désactiver le filet antigrav concerné. La descente s’arrêtait net, et on dérivait tranquillement jusqu’à un point d’accroche. On encourait la grogne des camarades occupés à boire du mik ou à bricoler sur des petites pièces, mais rester en vie valait bien ce prix. Ce cri était également très apprécié par les gamins, pour qui l’inversion soudaine de la gravité sur une passerelle bondée ou dans une salle de classe était le comble de l’humour. Mais, en surface, pas de filet antigrav. Tombez de trois ou quatre mètres seulement et vous risquez la mort. Ashby, pour apprécier la gravité, voulait pouvoir l’éteindre. »
L’espace d’un an, Becky Chambers.

« J’aime les livres. J’adore tout ce qui s’y rapporte. Je chéris la sensations des pages au bout de mes doigts. Ils sont assez légers pour être transportés, et pourtant lourds de mondes et d’idées. J’aime le bruit des pages tournées contre la pulpe de mes doigts. Empreintes imprimées contre empreintes digitales. Les livres réduisent leurs lecteurs au silence, et pourtant leur message résonne si fort. »
Le Livre de Phénix, Nnedi Okorafor.

« Pourquoi un élan ? demande Anna.
Elle avait vu quelques élans depuis qu’elle avait emménagé dans le Montana. Même les loups-garous se méfiaient d’eux.
– Il faudrait que tu sois un garçon de dix-huit ans qui cherche à impressionner une fille pour comprendre, dit Charles.
Max rit.
– De seize ans, ça marche aussi, déclara-t-il. »
Entre Chien et Loup, Patricia Briggs.

L’évasion, Le Noir est ma couleur #4, Olivier Gay.

Manon et Alexandre fuient Paris pour Nice où des Mages Noirs doivent aider la jeune fille à contrôler ses nouveaux pouvoirs. Traqués par le Conseil des Mages, recherchés par la police, ils empruntent de petites routes en scooter. Au fil des heures, les pouvoirs noirs de Manon s’affirment de manière inquiétante, mettant Alexandre en danger…

Le Noir est ma couleur, c’est un peu ma saga de secours quand la période est bof, ou hyper chargée. Donc j’ai sorti ce tome de ma PAL l’été dernier, pour survivre à l’organisation calamiteuse de Partir en Livre au boulot, et j’ai rudement bien fait ! Oui, la chronique a un peu tardé, mais bon, la voilà maintenant.

Comme toujours, on reprend donc les personnages à la volée, juste après les événements qui clôturent le tome précédent. Et notre duo est donc lancé sur les routes, dans une traversée Paris-Nice (en scooter), ponctuée de dangers.
L’intrigue est très clairement un récit de transition : si elle est menée tambour battant, avec un enchaînement de péripéties palpitant, elle n’en reste pas moins une « simple » intrigue permettant aux personnages de passer d’un point A à un point B. Je mets « simple » entre guillemets parce qu’heureusement, le roman ne se résume pas qu’à ça. Alors, évidemment, on pourra s’interroger sur la vraisemblance de certaines étapes (disons que malgré tout, Manon et Alexandre s’en sortent bien), mais j’ai trouvé que l’auteur insérait d’intéressantes réflexions dans son récit.

Évidemment, le duo profite d’être en cavale pour opérer un rapprochement stratégique. Leur fuite est donc ponctuée de scènes romantiques (généralement à l’initiative de Manon), qui suscitent pas mal d’interrogations et de réflexions de part et d’autre. Mieux : cela ne fonctionne pas du premier coup, Manon étant hésitante et… Alexandre la rassure (ce qu’on aimerait tous et toutes connaître dans la vraie vie). En même temps, la situation n’est ni rose, ni naïve, l’adolescent se remémorant ses réactions précédentes dans la même situation, avec d’autres filles, ce qui lui permet de conclure qu’il a été, jusque-là, un insondable connard. Il y a donc toute une réflexion sur le machisme intégré des garçons (parce qu’on le leur a inculqué, bien souvent), et c’est intéressant ! Parallèlement, le récit soulève plein d’interrogations sur la sexualité, que j’ai trouvées bien menées.

Comme dans les opus précédents, l’auteur termine sur un rebondissement incroyable, qui relance totalement la tension – et qui m’a donné envie de hurler. Car non seulement il relance joyeusement le suspense, mais en plus il remet en question la relation entre les deux personnages, qui s’était patiemment tissée jusque-là. J’ai tenu bon pour ne pas terminer la série trop vite, mais sachez que l’attente n’a pas été des plus aisées !

Même si cet opus est clairement un tome de transition, l’auteur nous livre une intrigue palpitante, pleine de suspense et de rebondissements bien menés. Entre deux péripéties, les personnages s’interrogent sur des sujets qui parleront aux adolescents (la sexualité en premier lieu) et grandissent l’un au contact de l’autre. Comme toujours, on termine sur un rebondissement incroyable, qui donne envie de lire immédiatement la suite !

◊ Dans la même série : Le Pari (1) ; La Menace (2) ; La Riposte (3).

L’évasion, Le Noir est ma couleur #4, Olivier Gay. Rageot, juin 2015, 282 p.

Oscar Goupil : a London mystery, Camille Guénot.

Mes parents m’avaient laissé une lettre : je passerais mes vacances de fin d’année chez ma grand-tante Léonie, à Londres. Pas vraiment un cadeau, vu sa réputation. Et le train partait dans une heure. « Délicieusement excentriques » ? Complètement irresponsables, je dirais. Heureusement que je me débrouille en anglais. Je me demande maintenant à quoi ressemblerait ma vie si j’avais raté ce train, si je n’avais pas été obligé d’aller dans ce musée, la National Gallery, si je n’avais pas découvert… Disons juste que la magie n’est pas toujours là où on s’y attend.

On continue avec la (bonne) série de ma PAL de travail. Un titre mystérieux, une autrice que je ne connaissais pas et, résultat : un titre à un cheveu du coup de cœur !

L’intrigue débute au soir des vacances de Noël, où Oscar découvre que ses adorables parents l’ont tout simplement abandonné, en lui laissant un billet de train et la consigne d’aller crécher chez sa grande-tante Léonie, qu’il connaît à peine (laquelle est moins que ravie de l’accueillir, étant en froid avec sa nièce, la mère d’Oscar.). Avec ça, Léonie a elle aussi prévu de se débarrasser d’Oscar, qui est expédié à la National Gallery, pour y travailler durant ses vacances. Bref : excellente ambiance en famille (esprit de Noël, tout ça tout ça).

« Le seul espace où je me sentais chez moi était ma chambre. Une immense bibliothèque en bois, à laquelle je grimpais à l’aide d’une échelle coulissante, couvrait un mur entier, et des piles de romans, de bandes dessinées et de mangas s’entassaient au petit bonheur autour d’un matelas à même le sol.
Une baie vitrée inondait mon lit de lumière et, en ce mois de décembre, dévoilait les branches couvertes de givre des tilleuls de la place Martin-Nadaud. Ici, rien ne pouvait m’atteindre du monde extérieur. Je ne connaissais pas plus grand bien-être que de griffonner sur mes carnets dans un coin de soleil ou de me blottir sous ma couette après la classe avec un saucisson, une part de tarte aux noix de pécan – oh, bonheur suprême ! – et d’ouvrir un livre. J’étais entouré d’amis silencieux – Harry, Katniss, Ophélie, Nicolas, Blacksad, Lyra, Enid… – avec qui je vivais, du fond de mon lit, des aventures extraordinaires. Pourquoi irais-je me confronter aux autres quand, avec eux, je pouvais frissonner, rire, pleurer et surtout rester moi-même ? Avec eux, j’avais le droit d’être très ennuyeux ou complètement fou, cela ne changeait rien, et j’aimais cette constance par-dessus tout. »

Rapidement, l’intrigue bascule dans un mélange très réussi d’enquête policière (les sept artistes contemporains invités au musée, dont la mère d’Oscar !, disparaissant mystérieusement) et de fantastique (Oscar se découvrant un pouvoir avec les tableaux, pouvoir qui est à peine explicité). Les deux aspects du récit s’entremêlent à la perfection, l’aspect fantastique nourrissant l’enquête et vice-versa.
De fait, le suspense est bien présent, puisqu’Oscar, livré à lui-même, se retrouve à chercher à la fois des informations et des solutions sur son pouvoir, et le problème de la disparition.

« Mes yeux s’ouvrirent tout grands: un peu plus loin, dans le tableau près de l’escalier, une femme me regardait.
–Tu as interrompu ma lecture, se plaignit-elle, en s’éventant d’un air agacé.
Était-ce un écran de télévision, une illusion d’optique ? Je clignai des yeux mais, rien à faire, la femme agitait toujours son livre. […]
– Et je suis experte en drames familiaux, voyez-vous, ajouta-t-elle pour se justifier. Ce roman m’a tout appris. Il faut dire que je le lis depuis cent cinquante ans !
Elle me montra fièrement la couverture du livre qu’elle tenait sur ses genoux. Je dus plisser les yeux pour en déchiffrer le titre. C’était Tom Sawyer de Mark Twain.
– Moi aussi, j’adore lire. Harry Potter est mon roman préféré. Vous connaissez ? C’est drôle parce que les tableaux parlent aussi.
– Bien sûr qu’ils parlent ! Son autrice, Mrs J. K. Rowling, a pris conseil auprès de Wallis pour que tout soit conforme.
– Wallis ?
– Wallis Simpson, enfin, la duchesse de Windsor ! Elle est à la Portrait Gallery, mais nous avons été voisines de rénovation pendant quelque temps. La malheureuse avait la peau du cou toute fripée! Ce n’est pas parce qu’on est l’épouse du roi que…
– Attendez ! Vous voulez dire que les autres tableaux… parlent aussi ?
Je me sentis défaillir. Mark Twain, J. K. Rowling, Wallis machin-chose… je n’y comprenais rien.
– Cher ami, je vais finir par croire que vous êtes sot ! Évidemment que nous parlons ! C’est le miracle de l’art ! »

L’art est donc au centre du récit : la quasi-totalité des scènes se déroulent au sein de la National Gallery, qu’Oscar arpente donc de long en large, en regardant les tableaux (voire en discutant directement avec eux). Cela m’a donné d’une part très envie de découvrir ses tableaux et, d’autre part, d’aller visiter ce fameux musée. Par ailleurs, il y a une vraie tension entre art classique et contemporain : l’événement proposé par le musée consiste à laisser carte blanche à sept artistes contemporains pour des installations au sein même des galeries très classiques de la National Gallery. Il y a donc une vraie polémique au sein du monde de l’art, les uns arguant que cet événement va redonner de l’élan au musée, les autres estimant qu’il s’agit d’un non-sens total. La réflexion sur la beauté est donc très intéressante, bien menée, et la conclusion est laissée à la libre appréciation du lecteur.
Le roman évoque aussi les relations familiales : la famille d’Oscar peut se révéler un peu étrange (parents démissionnaires, secrets de famille, etc.), ce qui suscite quelques réflexions intéressantes.

J’ai trouvé le roman très original : le pouvoir lié aux tableaux est bien mis en scène, la tension entre art classique et contemporain parfaitement intégrée au récit et dès que l’on bascule dans les tableaux, il y a un côté baroque et loufoque qui m’a éminemment plu (notamment les chevaux magiques de la duchesse de Windsor !). Avec ça, l’autrice n’oublie pas de glisser des touches d’humour bienvenues dans le texte, que ce soit dans les descriptions, dans les dialogues, ou dans les notes de bas de page (qui sont utilisées à très bon escient). Londres oblige, les dialogues sont également mâtinés de quelques touches d’anglais (faciles d’accès), qui concourent à créer l’ambiance très british de l’ensemble.

En bref, j’ai adoré cette lecture. L’intrigue est très originale, mêle avec brio enquête et fantastique, tout en proposant d’intéressants sujets de réflexion. Surtout, elle donne très envie d’aller au musée, voir les tableaux cités (mais pas que) et de s’intéresser à l’art en général ! Très bonne pioche, donc, et je guetterai la suite des œuvres de l’autrice, que je ne connaissais pas.

Oscar Goupil : a London mystery, Camille Guénot. L’École des Loisirs, 26 octobre 2022, 233 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

Un autre roman très original qui se déroule dans l'univers fascinant des tableaux !

La semeuse d’effroi, Eric Senabre.

Paris, 1926.
Sophie voit son monde s’écrouler. Alors que la jeune orpheline vient d’être recueillie par son parrain, l’adorable Rodolphe, celui-ci est accusé d’un crime et jeté en prison ! Elle a le sentiment d’avoir tout perdu. Tout ? Non. Il lui reste sa soif de vengeance et… une arme « inattendue ». Dotée d’une souplesse qu’elle a travaillée avec sa mère (acrobate à l’Opéra de Pékin), Sophie met son entraînement à profit, court sur les toits, s’introduit partout où elle le peut, dans l’objectif de récolter des informations et d’aider comme elle le peut son parrain. Au fil de ses pérégrinations, elle rencontre la troupe du Grand Guignol, un théâtre spécialisé dans les pièces horrifiques et les effets spéciaux sanguinolents, ce qui ne tarde pas à lui donner des idées.
Bientôt, l’heure de la justice sonnera. Car rien n’arrêtera plus la Semeuse d’Effroi !

Eric Senabre, pour moi, c’est un peu comme David Moitet : une valeur sûre ! Donc j’étais ravie de voir débarquer ce titre dans ma PAL de travail.

Le début de l’histoire nous emmène à Paris, début XXème siècle. Sophie, dont les parents viennent de mourir en Chine (sans doute dans les prémisses de la guerre civile), est recueillie par Rodolphe, son parrain. La jeune fille doit à la fois faire son deuil et s’habituer à son nouveau pays. Pas facile, lorsque la gent parisienne lui rappelle sans cesse qu’elle a des yeux « de bridés » et qu’elle ne fait pas « très française ». Pour ne rien arranger, elle assiste à une altercation durant laquelle son parrain est abreuvé d’insultes antisémites. Bonne ambiance, dans le Paris des années 20, non ? Et ça ne s’arrange pas lorsque Rodolphe est jeté en prison et Sophie expédiée au pensionnat, où elle est rejetée par ses coreligionnaires. On n’en est pas au niveau de La Petite Princesse, mais il s’en est fallu de peu !

« Rolande eut un sourire en coin qui était quasiment un abrégé de perfidie. »

Le récit semble puiser à plusieurs sources qui se marient fort bien. Sophie, d’une part, avec sa cape, son sens de la répartie et sa manie de courir sur les toits, évoque immanquablement Fantômette (qui, de toute façon, est citée dès la dédicace !). Mais le roman d’aventure se teinte de temps en temps de scènes horrifiques parfaitement menées, en témoigne la scène d’introduction – coercition menée par cadavre en pièces interposé. Cette scène d’ouverture, très marquante, fait d’emblée un effet bœuf. Au fil des pages, on comprendra que Sophie emprunte en fait tous les artifices terrifiants qu’elle utilise à la troupe du Grand Guignol – ce qui occasionne une réflexion intéressante tant sur le théâtre, que sur les apparences.
Sophie, d’ailleurs, joue beaucoup sur la sienne, la véritable, comme celle de la Semeuse d’effroi : sous son apparence véritable, on pense voir une frêle jeune fille, sans penser qu’elle boxe admirablement bien ; sous celle de la Semeuse, en revanche, jamais on n’imaginerait une adolescente de quinze ans.

« Et qu’auriez-vous fait si je n’étais pas un vrai policier ?
– Ah ! Je me serais enfuie, pardi !
– Vous pensez courir plus vite que moi ? demanda-t-il, de plus en plus amusé.
– Je n’en sais rien. Mais je grimpe sûrement mieux aux gouttières. Et puis…
– Oui ?
– Rien ne dit que je n’aurais pas pu vous étendre. Vous n’êtes pas un gros gabarit, si je puis me permettre. Méfiez-vous des femmes.
– Ah oui, on m’a déjà dit ça, répliqua-t-il en démarrant. »

L’intrigue se déroule sans temps mort : le jour, Sophie subit ses cours (inintéressants) et le harcèlement de ses petites camarades, la nuit, elle court partout et enquête. La tension est bien présente, car l’enquête n’est pas si aisée, et qu’elle est rythmée par l’épée de Damoclès au-dessus de la tête de Rodolphe (la peine de mort, donc). Heureusement, la tension est souvent allégée par l’humour piquant de Sophie, les réparties dont elle abreuve son entourage. Celui-ci, justement, est bien dépeint et l’auteur a fait attention à donner de la consistance à chacun des personnages qui gravitent autour d’elle.
Entre deux péripéties palpitantes, le récit évoque quelques sujets touchants : il est beaucoup question de relations familiales (avec la famille que l’on subit, celle que l’on se choisit), mais aussi de sujets très en prise avec l’époque dans laquelle se déroule le récit comme le racisme, l’antisémitisme ou encore l’éducation – déplorable – des jeunes filles. Malheureusement, on ne peut pas dire que ces sujets aient tous disparu des radars. Le récit comporte aussi d’intéressantes réflexions sur la double culture : Sophie est sans cesse renvoyée à la part chinoise de son identité par des gens qui fantasment complètement son pays (l’orientalisme n’est pas si loin). Elle rétablit parfois la vérité, fait des comparatifs entre différentes traditions, ou évoque la richesse culturelle de son pays. C’est fait subtilement et à bon escient, donc on ne verse pas dans le fameux orientalisme cité précédemment !

Lerne rejeta la tête en arrière.
– Très bien mademoiselle. Je vous promets que nous examinerons cette piste. En attendant, n…
– Je sais : « ne faites rien qui pourrait vous causer du tort, blah blah blah ». Est-ce que j’ai une tête à écouter les conseils des grandes personnes, monsieur le commissaire ?
– Non. Hélas !

Très bonne pioche, donc, que ce titre d’Eric Senabre ! Le roman d’aventure se pare d’une ambiance horrifique parfaitement amenée, puisque le récit couple les meilleurs moments de Fantômette aux artifices sanguinolents du Grand Guignol. L’intrigue, menée sans coup férir, fait la part belle aux péripéties, comme aux traits d’humour. J’ai passé un excellent moment avec les personnages, et serai ravie de relire un jour les aventures de Sophie.

La semeuse d’effroi, Eric Senabre. Didier Jeunesse, 12 octobre 2022, 288 p.

L’Espace d’un an, Becky Chambers.

Rosemary, jeune humaine inexpérimentée, fuit sa famille de richissimes escrocs. Elle est engagée comme greffière à bord du Voyageur, un vaisseau qui creuse des tunnels dans l’espace, où elle apprend à vivre et à travailler avec des représentants de différentes espèces de la galaxie : des reptiles, des amphibiens et, plus étranges encore, d’autres humains. La pilote, couverte d’écailles et de plumes multicolores, a choisi de se couper de ses semblables ; le médecin et cuistot occupe ses six mains à réconforter les gens pour oublier la tragédie qui a condamné son espèce à mort ; le capitaine humain, pacifiste, aime une alien dont le vaisseau approvisionne les militaires en zone de combat ; l’IA du bord hésite à se transférer dans un corps de chair et de sang…

Ai-je enfin, ENFIN, sorti Becky Chambers de ma PAL, après les multiples recommandations des copinautes (Mypianocanta, notamment) ? Eh bien oui. Et ? J’ai adoré. Au point d’avoir eu envie de relire immédiatement le livre après l’avoir terminé !

Becky Chambers nous emmène à bord du Voyageur, un vaisseau spatial chargé de percer des trous de ver dans l’espace. Si on résume l’histoire, elle est assez simple : le Voyageur est appelé à percer un trou afin de relier un peuple nouvellement allié au reste de la fédération galactique. Facile, non ? De fait, le fil rouge de l’intrigue est vraiment simple. Mais peut-être connaissez-vous l’adage suivant : « dans un voyage, ce n’est pas la destination qui compte, mais le chemin » ? Ce qui se confirme totalement ici !

Car avant de nous emmener à l’autre bout de la galaxie, Becky Chambers nous emmène surtout au sein de l’équipage du Voyageur, un équipage composé de membres d’espèces différentes. C’est à la fois dépaysant et rafraîchissant de lire de la SF dans laquelle l’espèce humaine est en fait… une espèce parmi tant d’autres, pas spécialement brillante, pas spécialement extraordinaire. D’ailleurs, c’est l’espèce la plus récemment entrée dans la fédération galactique, c’est dire si les humains sont les bouseux du coin. De fait, l’autrice va vraiment s’attacher à nous montrer la richesse des cultures, des structures familiales, des relations, ou tout simplement des espèces qui peuplent la fédération galactique – ce qui se répète, à plus faible échelle au sein de l’équipage. Cela change un peu des clichés de l’alien incompréhensible, et j’ai adoré ma plongée dans cet univers si riche.

Or donc, on suit le quotidien de l’équipage… et c’est ce quotidien qui fait l’intrigue. Pas la peine donc d’attendre le sacro-saint élément perturbateur par lequel est supposé démarrer le récit, on y est dès la première ligne.
Chaque partie du récit va mettre en lumière l’un ou l’autre des personnages, son passé, ses enjeux personnels, ses envies. On peut avoir l’impression de passer de l’un à l’autre comme d’un épisode de série à un autre, mais ce procédé s’explique dans la seconde partie, où l’autrice va brutalement ramasser tous les fils jusque-là savamment tissés pour en dégager de nouveaux motifs. J’étais déjà très emballée par la première partie (très prenante malgré l’aspect « instantanés »), mais la seconde m’a littéralement ravie.

Puisque le récit repose intégralement sur les personnages, leurs sentiments, leurs relations interpersonnelles, sont des thématiques centrales. Le roman est porté par une bienveillance chaleureuse, une célébration de la tolérance, et de l’amitié. Dit ainsi, cela peut sembler quelque peu cul-cul la praline, mais c’est incroyablement bien fait et juste, et cela crée finalement une ambiance feel-good aussi surprenante qu’agréable. Ce roman est un condensé de bonne humeur et de remonte-moral !

Et pourtant, les péripéties, le danger, la violence n’en sont pas absents : parfois en toile de fond, parfois dans un élément mineur du récit. On n’est peut-être dans le récit le plus bourré d’adrénaline qui soit, mais c’est clairement palpitant. Palpitant ET bienveillant. Alors, que demande le peuple ?
Même si les tomes suivants semblent être consacrés à d’autres personnages que ceux suivis ici, je suis donc hyper impatiente de retrouver la plume fluide et l’univers de l’autrice.

On m’en a tellement parlé que j’ai fini par retarder un peu ma découverte de Becky Chambers – à tort, semble-t-il. L’Espace d’un an propose un très bon récit de science-fiction, avec une indéniable dimension feel-good : pas (trop) de bons sentiments, mais un sentiment chaleureux de bienveillance (pas de bien-pensance !) accompagne agréablement la lecture. L’univers dans lequel on plonge est riche à souhait, ce qui offre un large panel d’aventures et de péripéties, toutes très prenantes. Avec ça, la plume de l’autrice, très fluide, fait qu’il est difficile de s’arrêter entre deux chapitres. Bref, une excellente découverte, dont j’ai hâte de lire la suite, et que je vais évidemment relire !

L’Espace d’un an, Becky Chambers. Traduit de l’anglais par Marie Surgers.
Réédition Le Livre de Poche, septembre 2020, 592 p.

Blue World #3, Yukinobu Hoshino.

Arrivé au trou bleu de Tristan da Cunha, le groupe est frappé de désespoir : il est accueilli par d’incessantes éruptions et assailli de bombes volcaniques meurtrières. Résignés, ils reprennent leur traversée infernale vers le trou bleu des Açores… Mais ils doivent désormais parcourir plus de quatre mille kilomètres en une semaine ! L’ampleur absurde de leur tâche les plongera-t-elle tous dans une folie autodestructrice ? De l’autre côté du trou bleu, l’instabilité du passage rend ardu le sauvetage de l’expédition…

Changement radical d’ambiance pour le début de ce volume, puisque le récit est situé en Islande, de nos jours. La zone est sous le coup d’éruption volcaniques d’ampleur, tout comme celle des Açores (où les éruptions sont sous-marines), qui voit également se produire des aurores boréales. Suspicion des scientifiques : une méga-éruption volcanique (qui pourrait raser la Terre…) se prépare. Bref, c’est mal barré, autant pour les Terriens que pour l’expédition coincée au Jurassique.
Alors que l’abattement règne de part et d’autre de la faille, l’auteur introduit un rebondissement de taille : le père de Margie, magnat du pétrole, s’en mêle, aligne les dollars, et secoue les puces de tout ce petit monde pour ramener sa fille. Cette partie sans aucun dino à l’horizon occupe environ le premier 1/5e du manga ; il serait réducteur de penser qu’il n’y a pas de tension dans cette longue intro !

Mais il faut reconnaître que passé cette première partie, le rythme s’emballe nettement. Déjà parce que le groupe de Jean a cette terrible épée de Damoclès au-dessus de la tête. Mais aussi parce que les inimitiés déjà bien entamées précédemment se révèlent dans les grandes largeurs. Difficile de savoir qui, des dinosaures ou de Glock, le soldat américain, est le plus dangereux des prédateurs. Avec ça, les survivants commencent à avoir des comportements étranges, dont on ne sait s’ils relèvent de la folie, ou de l’adaptation à leur environnement. Le suspense est donc à son comble, et parfaitement servi par l’enchaînement des péripéties, qui se suivent sans coup férir.

Comme dans les deux tomes précédents, du contenu documentaire est intégré au récit, cette fois centré sur les champs et flux magnétiques. C’est un peu trapu mais comme précédemment, c’est vraiment bien expliqué !

Passé un certain point du manga, j’ai commencé à vraiment craindre que les personnages n’atteignent jamais leur cible, tant ils sont ralentis par de multiples embûches. Mais l’auteur propose d’ingénieux retournements de situation, parmi lesquels une technique de vol artisanale que j’ai trouvée vraiment très astucieuse !
J’ai beaucoup aimé le chapitre final. D’une part parce qu’on est au comble de la tension, d’autre part parce qu’il clôt parfaitement l’intrigue, en proposant une fin bien menée et ingénieuse. Surtout, il amène son lot d’explications sur l’histoire spatio-temporelle, et je dois dire que j’ai trouvée celle-ci scientifiquement très bien ficelée. Cela m’a donné envie de lire Blue Hole, du coup !

Avec ce tome 3, Yukinobu Hoshino clôture parfaitement sa série Blue world. Non seulement il offre une intrigue particulièrement prenante et riche en suspense, mais qui amène en plus de cela des explications scientifiques parfaitement ficelées quant au voyage spatio-temporel. Bref : que du bon !

Dans la même série : Blue World (1) ; Blue World (2).

Blue World #3, Yukinobu Hoshino. Traduit du japonais par Aurélien Estager.
Pika (Graphic), 24 août 2022, 332 p.