Pepper Page sauve l’univers !, Landry Q. Walker & Eric Jones

Pepper Page, une jeune orpheline de 15 ans, n’aspire qu’à une chose : s’évader de son quotidien en trouvant refuge dans les bandes dessinées de son héroïne favorite, Supernova.
Une expérience scientifique aux résultats inattendus menée par le Professeur Killian, son enseignant en science, va la propulser dans la peau et dans l’univers de sa super-héroïne fétiche. Accompagnée de Mister McKittens, un chat qui part malencontreusement avec elle dans cet univers fantastique, Pepper va être confrontée à la vie pleine d’action, d’aventure et de mystère d’une vraie héroïne et comprendre par la même occasion que la réalité est parfois plus étrange que la fiction !

Et hop, encore un titre de ma PAL boulot avec lequel j’ai passé un très bon moment !
Ce comics nous plonge dans un univers futuriste : les voitures savent voler, les cours au lycée sont truffés de termes comme « transdimensionnel », « intergalactique », « interstellaire », voire « intertransdimensionnel »… et, pire !, on ne lit plus sur papier !
Sauf Pepper Page qui, en plus d’être une lectrice compulsive, a un faible pour les comics à l’ancienne, qu’elle chine et chérit de tout son cœur, tant ils sont un refuge pour elle. Elle lit notamment avec ferveur les aventures de Supernova, son héroïne fétiche, dont elle connaît si bien les aventures qu’elle est capable de citer le numéro, les illustrateurs, ou la couverture du volume dans lequel se déroulent les péripéties.

L’intrigue est assez classique du point de vue de l’évolution (un super-méchant, une super-héroïne qui s’ignore, des pouvoirs extraordinaires), mais l’ensemble tient vraiment bien la route. Le récit est hyper dynamique, et ponctué de touches d’humour qui m’ont vraiment plu. La narration alterne entre les aventures de Pepper, et les chapitres des comics qu’elle dévore sans cesse. Avec, de fait, deux styles graphiques bien marqués : pour les comics sur papier, beaucoup de petits points, des couleurs affadies, des traits chargés et des interactions en anglais (avec traductions en bas de page !). Pour les aventures de Pepper, on a une palette plus chaude, plus colorée, qui donne à l’ensemble un côté très gai. C’était très enthousiasmant à lire !

Malgré l’univers science-fictif, et les aventures survoltées de Pepper, le récit traite de sujets d’actualité qui parleront au lectorat (les préadolescents). Pepper est orpheline (dans un orphelinat robotisé), a des difficultés à l’école, et s’intéresse surtout à ses comics. Il est donc question de construction de soi, d’amitié, ou du besoin de trouver sa place. C’est justement traité, sans prendre le pas sur le reste des aventures. Bref : c’est bien fait !
En plus de cela, le comics rend un très bel hommage à la lecture en général, à celles des BD/Comics en particulier, alors je dois dire que j’étais heureuse comme tout !

Très bonne surprise avec ce comics jeunesse de science-fiction, donc ! C’est frais, c’est amusant, plein de gaieté, tout en proposant une aventure pleine de rebondissements, qui touche en plus à des thèmes d’actualité. Que demander de plus ? Le tome s’achève sur la mention « à suivre ? » et j’ai été bien en peine de trouver des infos sur une potentielle suite. Le récit a une vraie conclusion, mais j’avoue que je rempilerai sans problème pour une suite !

Pepper Page sauve l’univers, Landry Q. Walker et Eric Jones.
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Alice Delarbre. Rue de Sèvres, 15 juin 2022, 208 p.

Encens, Johanna Marines. #PLIB2022

Nouvelle Orléans, 1919. Alors que le tueur à la hache sème la terreur dans les rues et nargue les enquêteurs, le corps mutilé d’une jeune femme est découvert en ville. Que signifient ces notes de musique et ces marques de brûlures retrouvées sur sa peau et ces étranges plumes métalliques plantées dans son dos ?
Pour les inspecteurs Perkins et Bowie, une nouvelle enquête s’ouvre. Se pourrait-il qu’un deuxième meurtrier soit à l’œuvre ? Que faire quand deux tueurs en série rivalisent de cruauté et que la ville devient leur terrain de jeu ? Plongez au cœur des Bayous où le jazz est roi et prenez de la hauteur à bord du Mécanic Hall, un aérocabaret où les dancing-automates sont devenus des déesses de la fête. Découvrez le passé trouble de Grace, une intrépide cartomancienne et de sa chouette mécanique et sautez de toits en toits aux côtés des désembobineurs qui collectent l’électricité pour la New Orleans General Electric Company.

Encens est un des cinq romans nominés au PLIB 2022 et… malheureusement, on ne peut pas dire que j’ai franchement accroché à ce titre.
L’histoire se déroule à la Nouvelle-Orléans, dans les États-Désunis d’Amérique, en 1919. Dans cette réalité alternative, les automates sont légion, que ce soit parmi les humains ou les animaux. Par ailleurs, un tueur armé d’une hache sévit dans la cité, répandant la terreur. Pour cet aspect de l’intrigue, l’autrice a repris un véritable fait divers, qui a inspiré de nombreuses œuvres (dont l’excellent thriller Carnaval de Ray Celestin !), sans doute car l’identité réelle du tueur n’a jamais été découverte.

Le récit se concentre autour de trois personnages principaux (plus quelques autres, mais qui sont moins fouillés) : l’inspecteur William Perkins, en charge des deux affaires de tueurs en série ; Ian Cobb, un psychiatre tourmenté ; et Grace, la fille de l’inspecteur Perkins, qui vit seule, travaille dans un aérocabaret, porte des pantalons (so chocking !) et a été adoptée après la destruction totale de son orphelinat dans un incendie. De façon assez classique, le récit fait s’entrecroiser les points de vue et trajectoires des trois personnages, en les entrecoupant d’analepses, d’introspection des tueurs en série, de brefs passages chez les personnages secondaires, ou d’articles de journaux. Un schéma narratif qui a fait ses preuves et qui fonctionne ici parfaitement, donnant au récit un rythme très agréable – d’autant que celui-ci est mené d’une plume fluide et entraînante. L’enquête est menée sans répit : les changements de focale rapides, comme la façon dont s’entrecroisent les secrets des personnages (car évidemment ils sont tous liés !) rendent l’ensemble vraiment prenant.

Si l’uchronie n’est vraiment pas poussée, on profite de cette esthétique chargée en dirigeables, automates, et créations électriques : le roman relève du dieselpunk, c’est-à-dire du steampunk, mais pas sous l’ère victorienne (plutôt l’entre-deux-guerres), et avec d’autres technologies que la seule vapeur. Cela change un peu, et j’ai trouvé cela très plaisant !

Mais alors, qu’est-ce qui ne l’a pas fait ?
Autant j’ai apprécié le rythme, autant l’alternance rapide des points de vue m’a parfois empêchée de m’attacher aux personnages, donc je suis restée en peu en dehors. Et alors que la tension ne faisait que monter, le retournement final m’a semblé faire tout retomber à plat, en introduisant des éléments pas du tout évoqués jusque-là et comme sortis du chapeau. Je n’ai pas trouvé la conclusion de l’enquête franchement crédible.
Par ailleurs, j’ai eu l’impression que le récit faisait intervenir trop de thèmes pour réussir à vraiment les traiter tous en même temps : outre l’enquête autour des deux meurtriers en série, il est question de la lutte sociale des automates pour leurs droits (que j’ai interprétée comme une relecture de la ségrégation), des conditions de vie (souvent désastreuses) des minorités (parmi lesquelles les homosexuels et les automates), des avancées technologiques (notamment autour de l’électricité et des automates), ou encore des progrès et des dérives de la médecine (toujours avec l’électricité, avec semble-t-il un clin d’œil aux travaux autour de la santé mentale qui faisaient fureur à l’époque).
Chacun d’entre eux est intéressant, mais on part un peu dans tous les sens, et on reste toujours un peu en surface ; cela ne m’a pas aidée à plonger dans ma lecture, car j’ai dû me remobiliser à chaque chapitre concernant l’enquête proprement dite.
Enfin, j’ai été particulièrement gênée par les coquilles et les tournures de phrase exotiques, qui m’ont sortie de ma lecture à de nombreuses reprises.

Une lecture en demi-teinte, donc. Si j’ai franchement apprécié le style fluide, comme l’idée de détourner un fait divers réel (et sordide !) dans une ambiance steampunk hyper réussie, l’accumulation de thèmes, comme les trop nombreuses coquilles, ont contribué à mon manque d’enthousiasme dans ma lecture.

Encens, Johanna Marines. Snag, juin 2021, 500 p.
#PLIB2022 #ISBN9782490151370

Bergère des fées, Le jardin des fées #1, Audrey Alwett & Nora Moretti.

Lucie est expédiée par sa mère (qu’elle ne voit jamais), auprès d’obscurs cousins vivant dans un immense manoir à la campagne. Sa mission : rendre compte à sa génitrice de tout ce qu’elle remarque de bizarre. Et du bizarre, il y en a, à commencer par les signes étranges qui fleurissent partout dans le manoir, ou encore ce jardin que personne ne semble voir à part elle… Ce que Lucie ignore, c’est que le jardin du manoir abrite une ruche de fées. Celles-ci sont au désespoir : leur reine se meurt et depuis la mort du grand-oncle, elles n’ont plus de protecteur. Pire : la famille de Lucie est en fait une lignée de chasseurs de fées…

On ne présente plus le duo Audrey Alwett/Nora Moretti ! (Ou si ? Allez, un seul titre : Princesse Sara). Et cette nouvelle série démarre sur les chapeaux de roue !

Ce premier tome réussit à mener de front l’exposition et une intrigue quasi complète. En effet, Lucie débarque chez ses cousins sans les connaître, avec d’obscures consignes de sa mère absente. Elle ne sait pas dans quoi elle met les pieds, le lecteur non plus, et c’est parfait : nous faisons les découvertes au même rythme.
Celui-ci sait d’ailleurs maintenir le suspense ! Si la présence des fées est rapidement révélée, le rôle du grand-oncle comme berger des fées, ou la machination du chasseur de fées (l’oncle) pour s’immiscer dans la famille (en épousant la tante) sont révélées pas-à-pas. En même temps, on touche à la vie quotidienne de Lucie, reléguée auprès d’une obscure gouvernante qui la bat par une mère autoritaire et absente, mais qui la fait rêver. Les portraits sont creusés, et cela donne une dimension très complète à l’histoire.
De fait, l’intrigue progresse avec constance, sans précipitation, mais sans longueurs non plus, avec une excellente alternance de scènes trépidantes, et d’autres scènes plus calmes, centrées sur la réflexion.

L’alternance de passages du point de vue de Lucie et d’autres chez les fées concourt également à maintenir ce rythme, tout en permettant de découvrir l’univers dans lequel se déroule le récit. Les « chapitres » sont entrecoupés d’extraits du journal de Cottingley, le grand-oncle protecteur, qui apportent de nombreux éclairages tant sur l’écosystème berger-fées, que sur l’histoire de la famille (avec, au passage, une petite référence sympa à l’affaire éponyme !).

Côté graphismes, on profite de décors très fouillés, où le jardin et les fleurs sont mis à l’honneur (puisque c’est l’habitat principal des fées). Les extraits de journaux sont sublimes, les personnages expressifs et l’ensemble magnifique à regarder.

« Vous rentrez de plus en plus tard, jeune fétille.
– Bonsoir, reine Flore. J’ai dû aller loin pour ramoissonner du pollen pas malpourri. Ça touche maintenant grandpart du jardin.
– Et qu’avez-vous rapporté ? Encore du pollen de rose ?
– C’est tout ce qui restait ! Faudrait se carapafuir d’ici si on veut trouver autre chose !
– … J’y travaille, jeune fétille. Comme ceux que j’ai envoyés trouver un nouveau jardin. »

Mais je crois que mon plus gros coup de cœur dans cet album va au langage des fées. Truffé de mots-valises formés sur des synonymes, il crée une langue aussi poétique que symbolique, que j’ai eu envie de lire à voix haute pour pleinement profiter des sonorités !

Très bon début de saga donc, que ce Bergère des fées : j’ai adoré les graphismes, l’intrigue rondement menée et les inventions langagières si poétiques des fées ! Je suis donc très curieuse de lire la suite et fin de ce diptyque quand il paraîtra !

Le Jardin des fées #1, Bergère des fées, Audrey Alwett (scénario) et Nora Moretti (illustrations).
Drakoo (Fantasy), 1er juin 2022, 72 p.

Summer Star Wars – Obi-Wan Kenobi

L’été dernier, j’avais participé avec beaucoup de plaisir au Summer Star Wars, organisé par M. Lishbei. Il est tout beau, il est tout chaud, le voilà de retour pour l’édition 2022 !

Tous les étés, depuis 2010, M. Lishbei organise le Summer Star Wars. Cette 13e édition, sous-titrée Obi-Wan Kenobi, se tiendra du 21 juin (solstice d’été) au 23 septembre (équinoxe d’automne).
Trois mois pour explorer deux genres de la SF : le Space Opera et le Planet Opera.

Les règles sont simples :

  • s’inscrire dans les commentaires de ce message
  • chroniquer un ou plusieurs livres/BD/nouvelles/films/séries/jeux vidéos/expositions/conférences estampillés Space-opera ou Planet-opera pendant l’été (du 21 juin au 23 septembre). La dernière chronique doit être publiée le 23/09 ; les lectures peuvent débuter en amont du challenge et les billets publiés à compter du 21/06 (mais pas avant)
  • rédiger une critique sur son blog avec le logo ci-dessus et un lien vers le billet du challenge
  • compléter la boîte à liens d’ExcelVador (lien fourni le jour du décollage)
  • et c’est tout… bon voyage vers l’infini et au delà !

Facile, non ?

Après un petit tour dans ma PAL, j’ai noté les titres suivants :

Je suis certaine d’en avoir d’autres (notamment Cantoria de Danielle Martinigol), mais je vais tâcher de n’être pas trop gourmande, et de lire ET chroniquer au moins ces quatre titres (et ce n’est pas une mince affaire) !

Et vous, vous participez ? Qu’avez-vous prévu de lire ?

Le Grand Tour #2, Sandrine Bonini.

Aglaé, Siebel et Arto bataillent pour maintenir leur cap, cheminant vers un même point, en plein cœur du redouté Pays Sinistre. Sans le savoir, les trois héros terminent d’organiser les pièces d’un puzzle complexe et passionnant, pour découvrir le secret le mieux gardé du Duché d’Hextre.

J’avais adoré le tome 1 de ce diptyque, dont la conclusion m’avait un peu laissée sur ma faim. J’avais donc hâte de connaître la suite et fin de l’histoire d’Aglaé, Arto et Siebel.
Premier bon point (même si j’ai relu le tome 1 pour les enchaîner) : le début du livre propose un résumé détaillé du premier volet, ce qui est parfait pour se remettre dans le bain.

Côté maquette, on retrouve le soin accordé au premier tome : cette fois, la couverture est verte, et il en va de même pour le texte, et les illustrations intérieures. A nouveau, c’est aussi beau que réussi !

Comme on s’y attendait au début du précédent tome, les personnages ont fini par se rejoindre. Aglaé, laissée pour morte par ses compagnons militaires, a décidé de poursuivre sa mission et d’infiltrer les rangs des insurgés, parmi lesquels elle tombe sur Baltasar, le frère cadet de Siebel, qui s’est retrouvé là après avoir été capturé et expédié aux mines. Dans leur tentative de rejoindre les insurgés qui se cachent en territoire Sinistre, ils tombent sur Arto, lequel a terminé son expédition en dérobant à la tribu Fauve la preuve de son indépendance : la Grande Carte, arrachée à l’atlas du Monde habité. En la rendant aux Sinistres, Arto espère bien déclencher une guerre qui empêchera le mariage de son frère avec Siebel – sans savoir qu’il est déjà trop tard. La jeune femme, quant à elle, se trouve également en territoire Sinistre, accompagnée de Thadée, l’Émissaire. Tous deux souhaitent également rejoindre les insurgés, afin de comprendre ce qu’ils cherchent en territoire Sinistre, pour tenter de résoudre le conflit par voie diplomatique.

De fait, l’écheveau géopolitique patiemment agencé dans le premier tome prend ici tout son sens et révèle toutes les factions opposées (et il y en a pléthore). Non seulement il y a des luttes politiques entre les pays (le duché d’Hextre ayant des vues sur les territoires Sinistres et Fauves, et ces deux peuples ayant des litiges non réglés entre eux), mais en plus les inégalités sociales flagrantes qui règnent au sein du Duché prennent la forme d’une révolte bien organisée, qui va rejaillir sur l’ensemble des peuples en présence. L’action est nettement plus présente dans cet opus que dans le précédent et le roman compte nombre de scènes de course-poursuite, de batailles rangées ou d’actions extrêmes. Je l’ai lu le cœur battant, et avec l’impression d’être toujours sur les chapeaux de roue ! Les inserts, comme précédemment, amènent des pauses bienvenues dans le rythme, tout en étoffant l’univers, avec notamment des contes et légendes du pays Sinistre, ou quelques apports sur les réalités politiques du Duché.

Celles-ci sont en fait au cœur du récit : ayant épuisé ses ressources naturelles, le Duché lorgne sur les territoires voisins, notamment sur l’huile de corbeau (du pétrole) dont regorge le Sol Rude (le territoire Fauve). Les enjeux du récit prennent donc une tournure tout à fait réaliste… et parallèlement, l’aspect fantasy est renforcé. D’abord parce que la Belle maison, dans laquelle Siebel est à la fois hébergée et retenue prisonnière, semble se reconfigurer à l’envi, supprimant ici ou là ouvertures, modifiant l’agencement de ses couloirs, s’échinant à perdre dans ses méandre ceux qu’elle ne voit pas partir. Elle est une des créations de Fra Vittilio, bâtisseur de génie, qui était évoqué à plusieurs reprises dans le tome précédent. Celui-ci a créé quelques chefs d’œuvre techniques et architecturaux qui confinent à la magie et dont le dernier, l’Invisible Armada, se révèle dans toute sa splendeur et son ingéniosité dans le dernier quart du roman. Par ailleurs, le peuple Fauve, toujours à la poursuite d’Arto, semble constitué de métamorphes qui peuvent prendre la forme de créatures redoutables et former une armée féline à laquelle rien ni personne n’échappe.
Et paradoxalement, j’ai trouvé que le récit flirtait, par moments, avec la science-fiction. Car l’accent est également remis sur les Pierres précédemment évoquées, parmi lesquelles le minerai fondamental, qui octroie un grand pouvoir à son porteur… et qui a tout d’une roche sacrément radioactive.

Plus l’on avance vers la fin, plus les révélations donnent au récit des allures de machination implacable. Alors qu’Arto et Siebel luttent pour leur survie (cette dernière servant ni plus ni moins de pion dans l’écheveau politique), Aglaé met au jour le gros secret sur lequel est bâti le Duché d’Hextre. En même temps, elle a fort à faire avec son dilemme personnel : les personnages prennent une consistance vraiment intéressante dans cette dernière partie. Entre ça et la construction minutieuse du récit, tout est réuni pour rendre la lecture palpitante !

Coup de cœur confirmé donc, pour ce très chouette diptyque de Sandrine Bonini. Ce second tome nous embarque dans un récit particulièrement rythmé, aux péripéties soigneusement agencées. Le foisonnement de l’univers noté dans le premier tome prend ici tout son sens : aucun détail n’est laissé au hasard, ce qui rend la lecture très plaisante. Une série que je recommande chaudement !

◊ Dans la même série : Le Grand Tour (1).

Le Grand Tour #2, Sandrine Bonini. Thierry Magnier, 20 octobre 2021, 390 p.
Lettre B !

Fin de série #4 – Bilan 2021

Il y a maintenant sept ans (SEPT ANS !), je rejoignais le défi Fin de série, diligemment orchestré par Acr0. Objectif : continuer et terminer ses séries en cours dans un délai respectable, avant d’en entamer de nouvelles.
En 2020, je me suis dit qu’il était temps de remédier à une flagrante absence de motivation dans ce challenge et de publier enfin… des bilans.
Nous sommes en juin, l’année est loin d’être terminée, il est donc plus que temps de passer au bilan 2021 !

Trêve de suspense : ma PAL saga n’est pas redescendue à zéro (par conséquent la PAL-tout-court non plus) et je ne pense pas avoir terminé plus de sagas que je n’en ai entamées (je n’ai pas commencé les calculs, mais c’est à peu près sûr que non). Mais voyons plutôt !

Séries terminées :

Ce qui nous fait un total royal de quatre séries terminées, dont une en relecture (Les Abîmes d’Autremer) et une qui est mitigée, vu que je colle ici le light-novel de la série de mangas éponymes (mais bon, on va dire que ça compte quand même, parce que trois séries terminées, c’est clairement pas brillant).

Ici, j’ai envie d’ajouter que j’ai terminé PLEIN de diptyques ! Même si j’en ai honteusement compté deux dans mon bilan de l’an dernier (huhu), je me dois de préciser que les diptyques n’entrent pas dans les règles du challenge d’Acr0…
Donc je vais juste les citer ici pour la gloire :

American Royals, de Katharine McGee (romance uchronique)
Fingus Malister, d’Ariel Holzl (dark fantasy)
Daisy, lycéennes à Fukushima, un manga de Reiko Momochi
La Ville sans vent, d’Eléonore Devillepoix (fantasy)


Du coup, pas de quoi pavoiser, ça nous fait le même total que l’an dernier : c’est pas comme ça qu’on va aboutir.

De fait, qu’en est-il de la poursuite des en-cours ?

Là non plus, pas de quoi se la péter. Alors que l’an dernier j’affichais fièrement 22 tomes lus de 17 séries différentes (une paille !), cette année je plafonne à… 16 tomes lus de 10 séries différentes.
Ok, dedans il y a de sacrés pavés, mais ce n’est pas une raison !
Voici les heureuses élues :

  • Les chroniques saxonnes de Bernard Cornwell (roman historique) : tomes 3 et 4
  • Les Enquêtes d’Enola Holmes de Serena Blasco (BD policière) : tomes 4, 5 et 6
  • L’atelier des sorciers, de Kamome Shirahama (manga fantasy) : tomes 6, et 7
  • Binti, de Nnedi Okorafor (SF) : tome 2
  • Le noir est ma couleur, d’Olivier Gay (fantasy urbaine) : tome 4
  • Sorceline, de Sylvia Douyé et Paola Antista (BD de fantasy) : tome 2
  • L’enfant de poussière, de Patrick K. Dewdney (fantasy) : tomes 2 et 3 (option pavé)
  • Royaume de pierre d’angle, de Pascale Quiviger (fantasy) : tomes 3 et 4 (option briquette)
  • La Dernière geste, de Morgan of Glencoe (fantasy) : tome 3
  • Spy x family (manga d’espionnage) : tome 2

Des… quoi ? Chroniques ? J’entends mal, je pense qu’on passe sous un tunnel.

Passons au sujet qui fâche : les sagas entamées en 2021.

Seriez-vous surpris.es si j’annonçais un nombre largement supérieur à 6 ? Non ?! Bizarre !
Comme l’an dernier, je les divise en deux catégories : les entamées-merci-mais-je-m-arrête-là et les entamées-génial-ajoutez-donc-cela-dans-la-liste.

Au chapitre des premières, j’ai noté 9 séries dont j’ai lu le premier tome, et que je n’ai pas l’intention de poursuivre, j’ai nommé :

  • Le Trône des sept îles d’Adalyn Grace, qui ne m’a pas du tout emballée.
  • Yoko, de Jean-Luc Marcastel, que j’ai trouvé affreusement cliché de part en part.
  • Shirley, de Kaoru Mori, qui souffre de la comparaison avec ses autres séries.
  • Les infectés, de Marc-André Pilon, un roman de zombies répétitif et trop classique.
  • Noob (BD), de Fabien Fournier et Philippe Cardona, dont je préfère le format websérie.
  • Descent, voyage dans les ténèbres, de Robbie MacNiven, une novellisation maladroite.
  • Le Convoyeur de Tristan Roulot et Dimitri Armand, une BD du prix Imaginales des Bibliothécaires qui m’a laissée complètement de marbre.
  • Elio le Fugitif, de Masami Hosokawa, qui n’utilise pas du tout le contexte historique et aligne les bastons incompréhensibles (dommage pour un manga !)
  • Gemme, de Geneviève Boucher, car même si j’ai trouvé le tome 1 plein d’allant, je ne vais certainement pas poursuivre !

Mais à côté de ça… j’ai entamé tout court… 10 séries !

Je remarque quand même que j’en ai commencé moitié moins que l’an dernier et c’est pas mal : ce sera toujours ça de moins à terminer plus tard ! (Oui, on se rassure comme on peut).

Un peu de stats ?

Oui tiens, faites-moi peur.
L’an dernier, je clôturais à 73 séries en cours (j’ai presque envie de m’évanouir en lisant cette astronomique somme ! Vais-je survivre à la phrase suivante ? Rien n’est moins sûr). Je ne compte donc pas les 9 séries entamées et aussitôt abandonnées (même si ce chiffre avait quelque chose de réconfortant). Puisque me voilà désormais à soixante-dix-neuf séries en cours. 79 ! Il va vraiment falloir faire quelque chose !

Je pense très sérieusement que ma première résolution de janvier 2023 sera une mauvaise résolution (puisque les bonnes n’ont apparemment aucun effet), et qu’il s’agira de commencer plus de nouvelles séries que d’en terminer. On verra bien ce que ça donne !

Et chez vous, ça avance comment les séries ?

Le Grand Tour #1, Sandrine Bonini.

Au sein du prospère duché d’Hextre, trois adolescents effectuent, chacun de leur côté, un voyage initiatique jusqu’aux confins du monde connu.
Aglaé, l’idéaliste, issue d’une famille noble déchue, vient de s’engager dans une carrière militaire. Siebel, l’altruiste, a été promise au prince Orlan dans le but d’apaiser les tensions entre leurs deux tribus ennemies. Et enfin Arto, le destructeur, qui décide, contre toute logique, d’embarquer son équipage dans une expédition périlleuse : trouver le légendaire passage Sinistre, qui a déjà coûté la vie à tant de marins…

Le Grand Tour, c’est ce voyage initiatique que réalisent tous les enfants bien-nés du Duché d’Hextre, à l’adolescence, celui dans lequel se lance Arto, un des trois personnages que l’on va suivre.

De façon assez classique, le roman fait alterner les points de vue consacrés aux trois personnages, que l’on va donc suivre tour-à-tour. Par leurs situations particulières, on touche du doigt un univers dont la géopolitique est particulièrement complexe. Le duché d’Hextre, en effet, est régi par des lois assez spécifiques : ainsi, les droits de chacun sont matérialisés par des pierres dont la nature, la couleur, la dimension ou encore la taille sont déterminantes. Or, il suffit de déplaire au pouvoir pour voir sa pierre diminuer et ses droits être réduits – exactement ce qui est arrivé à la famille d’Aglaé, originaire d’une région à la rébellion facile et qui a été durement matée. Par Siebel, on découvre que les clans majeurs de leur région d’Argutie – les Convers et les Argans – sont quasiment des ennemis mortels et que son mariage, très controversé, avec un Prince Argan, est censé réduire les tensions entre les deux communauté – celle de Siebel étant largement écrasée par celle de son futur époux, le prince Orlan. Par Arto, on va ouvrir un peu nos horizons et découvrir l’ennemi héréditaire du duché d’Hextre, le pays Sinistre. A ce stade, vous vous dites peut-être qu’avec tous ces ennemis (extérieurs comme intérieurs), la situation est un brin tendue, et vous avez bien raison : il plane sur le récit comme un malaise indéfinissable, qui ne se révélera que dans les dernières pages.

De fait, le récit de ce premier tome a une dimension d’exposition certaine : on ne peut pas dire qu’il ne se passe rien, mais l’action et le panorama progressent plutôt à petites touches, ce qui donne à l’ensemble un air assez lent. Un air seulement car, en vérité, le roman contient beaucoup de péripéties, et des scènes d’action particulièrement palpitantes. Mais c’est également un récit qui sait poser son rythme et prendre son temps lorsque c’est nécessaire, deux points que j’ai particulièrement appréciés au cours de ma lecture, tant ils permettent de mettre en place des éléments essentiels au bon déroulement de l’intrigue. L’alternance des points de vue des personnages, elle aussi, assure un rythme confortable, non seulement dans l’évolution du récit, mais aussi et surtout dans la dissémination des révélations. En effet, les différents pans de l’intrigue reposent sur chacun des protagonistes : Arto, en bonne tête brûlée, nous fournit la part d’aventures. Avec Siebel, on va plutôt s’intéresser à l’aspect politique des choses, puisque sitôt le (futur) mariage consommé, son (presque) mari l’expédie en exil au pays Sinistre, pour mener des tractations diplomatiques. Aglaé, quant à elle, va aider le mystère à se nouer, puisque sa première mission l’envoie sur les traces d’un mystère épineux à résoudre et qui lui révèle la présence d’une nouvelle rébellion contre le pouvoir en place.

Les chapitres sont entrecoupés d’échanges épistolaires entre Siebel et son frère, le jeune Baltasar parti lui aussi pour son grand tour, d’extraits du Précis (le grand livre des pierres), de contes traditionnels, autant d’éléments qui enrichissent à la fois l’univers et l’intrigue, et qui sont toujours amenés à bon escient.

A ce stade, il me paraît urgent de parler de l’extraordinaire maquette dont bénéficie ce roman : évidemment, la couverture bleu profond, avec son gaufrage doré, attire l’oeil. Mais l’intérieur vaut également le détour, car tous ces inserts que je viens d’évoquer sont présentés sur pages du même bleu, avec les textes en blanc. Et ce n’est pas tout ! Car le récit en général est imprimé lui aussi dans un bleu que j’ai trouvé particulièrement reposant pour les yeux et d’un esthétisme fou. L’autrice, qui est également illustratrice, a parsemé son textes de petits dessins à l’encre, qui peuvent représenter des objets, des détails d’architecture, de techniques ou de costumes, comme les fameuses pierres qui font la pluie et le beau temps. Chaque double-page ou presque est illustrée, ce qui fait de ce roman un objet-livre magnifique, aux allures de carnet de voyage très réussies.

En bref, ce premier tome du Grand Tour propose une entrée en matière réussie : l’univers, comme les enjeux de l’intrigue sont suffisamment exposés pour donner envie d’en savoir plus, tout en gardant une part de mystère. Le style, simple et direct, comme le rythme bien dosé, assurent une lecture particulièrement aisée. Le tout est enfin réuni dans un objet-livre splendide, que l’on prend plaisir à feuilleter. Voilà un titre que j’ajoute à ma liste de conseils pour les adolescents voulant débuter dans le genre !

◊ Dans la même série : Le Grand Tour (2).

Le Grand Tour #1, Sandrine Bonini. Thierry Magnier (Grands Romans), avril 2021, 312 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

Un autre récit qui sait poser son rythme et ménager ses révélations, tout en proposant une intrigue absolument palpitante !

La Fille de la mer, Molly Knox Ostertag.

Morgan, 15 ans, cache un secret : elle a hâte de quitter la parfaite petite île où elle vit. Elle est impatiente de terminer le lycée et de quitter sa mère, triste et divorcée, son petit frère lunatique, et plus que tout : son super groupe d’amies… qui ne la comprennent pas du tout. Parce qu’en fait, le plus grand secret de Morgan, c’est qu’elle en possède beaucoup, et l’un d’entre eux serait de donner un baiser à une autre fille. Une nuit, Morgan est sauvé de la noyade par Keltie, une mystérieuse fille. Elles deviennent amies et soudainement, la vie sur l’île ne semble plus aussi étouffante. Mais Keltie possède aussi ses secrets. Les filles commencent à s’attacher l’une à l’autre, et ce que chacune essaie de cacher va finir par se dévoiler… que Morgan y soit préparée ou non.

J’ai découvert Molly Knox Ostertag l’an dernier avec le premier tome de sa série Le Garçon sorcière et, depuis, j’ai bien l’intention de suivre ses publications !

Dans La Fille de la mer, changement radical d’univers, puisque l’histoire se déroule sur une petite île (au large du Canada), dans notre univers parfaitement rationnel. Morgan, 15 ans, s’y débat avec ses problèmes d’ado : son père est parti, son petit frère est insupportable, et son groupe d’amies, pourtant très soudé, ne lui ressemble plus du tout, car elle n’arrive pas à parler de ce qui la tourmente réellement. De fait, Morgan en a gros sur la patate, et ce n’est pas facile à verbaliser : alors qu’elle avait un coup de blues, elle a glissé des falaises sur lesquelles elle se promenait et a été sauvée in extremis de la noyade par une selkie, une jeune fille vivant sous une peau de phoque, qu’elle ne peut quitter que tous les sept ans… à condition de rencontrer l’amour. Même si Morgan a du mal à se l’avouer, le coup de foudre est réciproque, ce qui ne va rien arranger aux tourments qu’éprouvait déjà l’adolescente.

Commence alors un merveilleusement mené, qui évoque tout autant l’amitié, la confiance, l’estime de soi, un premier amour, le coming-out, ou les relations familiales. Mais sous couvert de conte et de légende, le récit déploie également tout un enjeu écologique, la colonie de phoques de Keltie étant menacée par le projet touristique de paquebot mené par le magnat local. Tous ces fils d’intrigue sont talentueusement entretissés, l’autrice prenant le temps de développer les différents enjeux, leurs révélations et résolutions. Mieux : on passe fluidement de l’un à l’autre, sans avoir l’impression que le pas est pris par l’un ou l’autre des sujets, ce qui fait que le récit est très complet !
Évidemment, tout ne se fait pas en un tour de main, et j’ai trouvé que le ton de l’autrice était particulièrement juste pour évoquer les doutes que ressent Morgan – par rapport à ce qu’elle ressent pour Keltie, mais également dans sa relation à sa famille ou à ses amies. Molly Knox Ostertag dresse là un portrait d’ado particulièrement réussi !
L’intrigue qui tourne autour de l’écologie, quant à elle, arrive plutôt dans la seconde moitié, et redonne du rythme au récit, avec une dose d’aventure assez palpitante. L’action est plus présente, menée à bon train, ce qui rend le comics difficile à lâcher. Le folklore et les légendes autour des selkies sont vraiment bien utilisés dans le récit et nourrissent parfaitement l’intrigue.

Enfin, j’ai eu le même coup de cœur pour les graphismes que dans Le Garçon sorcière. On retrouve le trait rond, les couleurs majoritairement chaudes et claires, le côté épuré des arrières-plans qui m’avaient tellement charmée. Entre le style graphique et les thèmes, La Fille de la mer coche toutes les cases d’une excellente lecture au rayon ado !

Deuxième coup de cœur avec l’autrice donc ! La Fille de la mer m’a charmée de la première à la dernière page, grâce à un récit qui parvient à être à la fois moderne, juste et d’une incroyable bienveillance. L’intrigue mêle des enjeux assez différents (puisque l’on parle aussi bien d’écologie que d’acceptation de soi, de coming-out ou de relations familiales) mais qui se mêlent à merveille, dans une narration à la fois douce et palpitante. Voilà un comics que je vais très certainement relire à de nombreuses reprises !

La Fille de la mer, Molly Knox Ostertag. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Romain Galand.
Kinaye, 21 janvier 2022, 249 p.


La Longue nuit, David Moitet.

Mira a un rêve : devenir la première femme enquêtrice du royaume. Mais pour cela, elle doit réussir l’épreuve de la longue nuit, un rite qui permet à chacun de gagner sa place dans la société. L’enjeu est de survivre une nuit entière dans la forêt interdite et de trouver une fleur de Lune… Mira n’est pas au bout de ses surprises, car les secrets de la forêt vont bien au-delà de cette terrible initiation.

J’aime bien ce qu’écrit David Moitet (en tout cas, j’ai aimé tout ce que j’ai lu jusqu’ici !), aussi étais-je assez curieuse de lire son dernier titre en date.

Dès le départ, l’histoire nous plonge dans un univers très original : le royaume dans lequel vit Mira, notre protagoniste, est en effet cerné par deux murs (presque) infranchissables. Le premier, au Nord, sépare sa nation de la redoutable Forêt interdite, objet de toutes les attentions des pairs du royaume. Car telle celle qui entoure Poudlard, la Forêt interdite est le lieu de bien des mystères… A l’Est, nouveau mur, cette fois-ci pour protéger la nation herbivore (dont fait partie Mira), de la nation carnivore (des voisins pas tellement pacifistes). Or voilà donc l’originalité : dans ce roman, on croisera des humains-cervidés, humains-tigres, humains-rhinocéros, humains-antilopes (comme Mira) et autres humains-lapins… chaque peuple portant des signes distinctifs (qu’il s’agisse d’oreilles, de cornes, ou encore de trompes) de son animal tutélaire. Étonnant, non ? Évidemment, des petites bisbilles existent entre les uns et les autres et, cela va sans dire, il est impossible de faire cohabiter herbivores et carnivores (d’où le mur oriental). L’univers est très riche et vraiment bien construit !

Passée cette surprenante entrée en matière, on retombe en terrain connu. Certes, le royaume imaginaire nous envoie en fantasy, mais celle-ci se teinte complètement de dystopie, puisque les habitants sont répartis en deux castes. D’une part, ceux qui, durant la Longue nuit, ont trouvé une fleur de Lune et ceux qui, dans le même temps, ont échoué, ont rejoint les Lowers et donc une vie de servitude. C’est d’ailleurs par cette longue nuit que s’ouvre le roman, longue nuit durant laquelle nous suivrons Mira dans ce rite initiatique plus qu’éprouvant.

Or, la longue nuit, c’est un peu comme le fight club : il est interdit d’en parler, sous peine de conséquences judiciaires plus que déplaisantes. Forcément, cela complique grandement l’enquête de Mira, lorsqu’elle a l’impression que les réponses se trouvent dans la Forêt interdite, et qu’elle pourrait avoir besoin de poser des questions sur la longue nuit, justement. On baigne donc en permanence dans une ambiance très mystérieuse, qui contribue à rendre l’enquête de Mira très prenante. Au fil de ses investigations, elle en découvre de plus en plus sur les rouages de son royaume, ce qui ne fait que renforcer l’ambiance dystopique. En effet, ni la justice royale, ni l’Église (un pouvoir particulièrement puissant) ne voient son enquête de très bon œil (car qui se soucie des lowers, franchement ?!) et s’acharnent à lui mettre des bâtons dans les roues.

L’enquête démarre donc assez doucement, Mira essayant de comprendre où elle a mis les pieds. Bon an mal an, elle récolte des indices et nous avançons en même temps qu’elle. Malgré cette impression de piétiner, l’intrigue avance, car les péripéties s’enchaînent à un rythme confortable, apportant des éléments, mais sans dévoiler trop vite la façon dont ils s’articulent. Mieux : David Moitet m’a surprise à plusieurs reprises avec des rebondissements et retournements de situation que je n’avais pas anticipés, et dont l’intensité m’ont étonnée, tant ils lorgnaient du côté horrifique.
Après cette soigneuse mise en place de tous les éléments, j’ai presque trouvé que la fin arrivait trop vite – ou que tout était, du moins un peu trop facilement résolu, compte tenu des péripéties précédentes. Cela ne m’a pas empêchée de lire ce livre en moins de deux jours, mais je m’étais habituée au rythme un poil lent des débuts.

Encore une bonne pioche, donc, dans la bibliographie de David Moitet. J’ai trouvé son univers particulièrement original, et tout à fait propice au mélange entre fantasy (à tendance animalière), dystopie, enquête avec un soupçon d’horreur. Encore une fois, je me suis laissée porter par sa plume très fluide, qui rend la lecture palpitante ! A tel point que j’étais presque déçue d’arriver déjà à la fin, tant l’ensemble s’est révélé bien construit et palpitant.

La Longue nuit, David Moitet. Didier jeunesse, 6 avril 2022, 265 p.

Le second visage d’Arsène Lupin, Boileau-Narcejac.


Arsène Lupin a légué au Musée du Louvre les trésors de l’Aiguille creuse et a tiré sa révérence. Finis les cambriolages effectués d’une main de maître, les évasions pleines de panache, les billets d’excuse adressées aux victimes… La Griffe a pris le relais et ne fait pas de quartiers : cambriolages avec effraction, enlèvements, brutalité, et meurtres. Arsène Lupin ne peut pas laisser cet individu entacher la profession et semer la terreur. D’autant plus que La Griffe le défie avec insolence. Lupin doit contre-attaquer. Il est certes cambrioleur, mais gentleman avant tout !

En 2019 (je pensais pourtant que c’était l’an dernier !!), j’ai lu avec un immense plaisir La Poudrière, deuxième épisode (sur cinq) du pastiche d’Arsène Lupin écrit par le duo Boileau-Narcejac. Comme j’ai passé un excellent moment, je me suis offert la suite (on verra plus tard pour le tome 1, donc !), avec Le second visage d’Arsène Lupin.

Avant même de commencer, j’étais hyper emballée (déjà par la perspective d’un nouveau pastiche), mais aussi parce que mes deux titres préférés de la série originelle (La double vie d’Arsène Lupin et La femme aux deux sourires) comportent l’idée de dualité dans leur titre. Je me suis donc dit que c’était de bon augure !

Comme dans La Poudrière, Arsène Lupin va endosser son costume d’enquêteur, plutôt que celui de cambrioleur, même si sa vraie nature ne va pas tarder à revenir sur le premier plan de la scène. Car en effet, un autre cambrioleur de génie ose le défier et s’en prendre directement à sa réputation ! Cela mérite de sortir de sa retraite !

L’intrigue se déroule en fait juste après L’Aiguille creuse. Au vu de la fin, Arsène Lupin est tout simplement en train de cuver sa dépression et a complètement raccroché les gants. J’ai trouvé vraiment intéressant que les auteurs se glissent dans les interstices de la chronologie du personnage, et qu’ils exploitent les éléments des romans d’origine. Là, on est face à un Lupin au fond du seau, plus torturé que jamais et, comme dans le tome précédent, parfaitement écrit. Contrairement au tome précédent, il est aussi assez seul : son organisation a été dissoute et il se retrouve quasiment sans appui. Or, dès qu’il se lance dans la bagarre, cela peut jouer en sa défaveur… ce qui ajoute grandement au suspense général de l’intrigue.

Celle-ci reprend les codes que j’apprécie dans les Arsène Lupin : des opposants déterminés, des faux-semblants, des machinations menées de main de maître et des déguisements, beaucoup de déguisements ! D’ailleurs, il y a un côté très amusant quand on songe à la Griffe, qui se grime en Arsène, ce qui fait un peu pastiche dans le pastiche. Donc on est dans un vrai (ou presque !) Arsène Lupin, avec ce que cela comporte de moments de tension, mais avec en plus un petit côté comédie parodique bien agréable.
Comme je le disais un peu plus haut, l’intrigue est particulièrement prenante. J’avais deviné l’identité de l’opposant avant la fin (je pense que j’ai lu trop d’Arsène Lupin, maintenant, cela joue en ma défaveur), mais j’ai quand même passé un excellent moment de lecture avec ce titre. Je suis même carrément déçue de savoir qu’il ne m’en reste plus que trois à lire !

Encore une excellente pioche donc, dans la série de pastiche commise par le duo Boileau-Narcejac. Le style est impeccable et, s’ils se sont parfaitement approprié l’œuvre originelle, ils proposent une intrigue complètement originale, mais aussi particulièrement prenante, qui m’a tenue en haleine (et ce malgré le fait que j’aie deviné la fin). Je suis donc très, très curieuse de lire les trois tomes de la série qu’il me reste à découvrir !

Arsène Lupin : le second visage d’Arsène Lupin, Boileau-Narcejac.
Éditions du Masque, réédition 2013, 217 p.