Prospérine Virgule-Point et la phrase sans fin, Laure Dargelos. #PLIB2022

Demi-Mot aurait pu être un village ordinaire, s’il n’était pas bâti à la limite du Texte. Jour après jour, les habitants polissent et astiquent les lettres ; ils entretiennent ces milliers de caractères qui, sans leur concours, se seraient déjà effondrés. Chez les Virgule-Point, l’aînée de la fratrie a choisi une voie bien différente : fleuriste ! Elle préfère bichonner des Trompettes à pétales plutôt que de faire prospérer l’empire des points et des virgules. Mais un événement inexplicable ne tarde pas à l’entraîner dans une spirale qui la dépasse.
Et si l’avenir du village était en jeu ? Et si tout était lié à la Phrase sans fin, cette mystérieuse phrase laissée en suspens par l’Auteur ??

Des 25 livres sélectionnés au PLIB 2022, celui-ci faisait clairement partie de ceux qui m’intriguaient le plus. Et à raison, car j’ai adoré ma lecture !

Dès le départ, l’autrice nous plonge dans un univers original : celui des mots, couchés sur des manuscrits ou dans des publications imprimées, et aux pieds desquels toute un univers existe, avec ses maisons, ses habitants, ses coutumes, etc. La famille Virgule-Point est de celles-là, et vit dans les interstices d’un manuscrit qui n’a jamais été publié, dont l’autrice n’a jamais atteint la fin et qui dort quelque part dans un tiroir.
Voilà pour le décor.

Au numéro 12 impasse de la Métaphore s’élevait la demeure de la famille Virgule-Point. Avec son toit en forme d’accent circonflexe, elle était la construction la plus haute, mais aussi la plus étroite du comté. En réalité, il s’agissait d’un ancien I qui avait été reconverti en habitation. Cette architecture lettrale n’avait rien de surprenant à Demi-Mot, car le village était bâti à la limite du Texte.

L’histoire débute alors que Prospérine, fleuriste de son état, découvre… un cadavre dans ses parterres. La police conclut rapidement et par défaut à une mort naturelle (page 2548 du manuel de la police) mais cela ne convainc pas du tout Prospérine, qui se pique d’enquêter sur la mort de cet habitant du village. Destination : la Capitale, encombrée d’Honoré, un jeune habitant de la cité, et dont les boutons de manchette ont été accidentellement avalés par Héloïse, la Trompette à pétales préférée de Prospérine.

L’intrigue, l’univers et les personnages sont liés de façon très étroite aux mots et à l’univers littéraires : il y a énormément de jeux typographiques (la Présidente parle en capitales, les habitants de Capitale mettent des majuscules à chaque mot, la famille Italique s’exprime en italiques, etc.), qui agrémentent le texte et permettent à la fois des jeux de mots, et des évolutions de l’intrigue. Ainsi, lors d’une échauffourée, Prosperine perd son accent aigu… Ce qui empêche dès lors toute personne de prononcer son nom correctement. Bref : c’est très inventif.
Par ailleurs, le manuscrit dans lequel est bâti Demi-Mot, avec sa fameuse phrase sans fin, est également moteur de l’intrigue : non seulement l’enquête tourne autour de la fameuse phrase sans fin (puisqu’elle fait partie des suspects), mais en plus, les personnages n’arrêtent pas de faire des spéculations sur la teneur de la fin de la phrase, et sur la durée du couple littéraire formé par Pauline et Hector (même s’il semble que l’histoire soit d’une affreuse niaiserie).

« Hector, s’exclama Pauline en le retenant par la manche, il faut impérativement que vous sachiez… »

Vous l’aurez compris : l’univers est un brin loufoque, et c’est bien ce qui fait son charme ! Et d’un côté, c’est vraiment bien, car on ne peut pas dire que l’enquête soit particulièrement retorse. On est plus dans du cosy mystery que dans du thriller : l’enquête se fait, parfois par hasard, souvent par coup de chance, mais le fait que l’univers soit si riche la rend quasiment secondaire. C’est également dû aux personnages, un peu archétypiques, mais qui collent vraiment bien à l’univers. Assez bizarrement, j’ai trouvé que le personnage ayant le plus de personnalité et le plus attachant était Héloïse… la Trompette à pétales (donc une plante en pot !). Évidemment, ses réparties sont limitées (elle laisse les échanges salés aux humains qui gravitent autour d’elle), mais ses interventions piquantes sont toujours très à propos. Le roman mise à fond sur l’humour, les références littéraires et son côté loufoque, et je trouve que ce mélange était très convaincant.

Avant de finir, il faut encore parler de la maquette ! Le roman est très richement illustré, qu’il s’agisse des personnages, de scènes extraites du texte, ou d’une mise en page particulière, venant souligner les originalités du récit. Ce qui en fait un magnifique objet-livre, et accentue un peu plus son côté ovni littéraire !

J’ai donc passé un excellent moment de lecture avec Prospérine Virgule-Point et la phrase sans fin, un roman loufoque à souhait, drôle et à l’univers particulièrement prenant. Je suis très curieuse de lire d’autres romans de l’autrice et ce qui est sûr, c’est que ce titre part directement dans mes 5 finalistes pour le PLIB 2022 !

Prospérine Virgule-Point et la phrase sans fin, Laure Dargelos. Rivka, avril 2021, 342 p.
#ISBN9782957023745 #PLIB2022

Et hop ! Catégorie Marrons glacés du CWC validée !

Un héros improbable, Les Gardiennes d’Aether #1, Olivier Gay & Jonathan Aucomte.

Entre magie et technologie, l’Empire de Valania prospérait, jusqu’à ce qu’il soit envahi par des monstres quasi-invulnérables. Seule une étrange épée peut les blesser mais elle s’est liée à la première personne qui l’a touchée : un jeune serviteur du palais. Le destin du monde dépend désormais de lui.
Il a pour l’aider une princesse caractérielle aux puissants pouvoirs magiques ; son amie d’enfance, épéiste de renom ; et une dangereuse pirate aux motivations mystérieuses.
Lui, en revanche ? Non, il ne sert vraiment à rien…

Je connaissais Olivier Gay comme romancier, je le découvre ici comme scénariste. Et j’ai adoré ma découverte !

Dès le début, la bande-dessinée annonce la couleur : ce sera marrant. En effet, la narration nous indique que l’intrigue se déroule dans une contrée prospère… mais que la paix ne durera que le temps de deux pages. Dont acte. Car à l’issue des deux pages, le royaume est attaqué par d’horribles scarabées géants indestructibles. De là débute pour nos personnages une fuite éperdue, à la recherche de soutiens et d’un moyen d’en réchapper.

L’intrigue est hyper dynamique : autant les scènes d’action et les passages plus calmes sont bien dosés, autant il est difficile de s’ennuyer vu le rythme du récit. L’humour joue énormément sur le comique de situation et de répétition, sur les répliques salées et les annotations incongrues et, si c’est parfois un peu répétitif, je me suis rarement autant bidonnée en lisant une bande-dessinée !

Ce sont vraiment les personnages qui font tout le sel de la BD. J’ai été très surprise, au début de ma lecture, de m’apercevoir qu’Aether était un personnage, et non un lieu, un trésor, ou un pouvoir, comme je l’avais d’abord pensé à la lecture du titre. Et celui-ci, Un héros improbable, est tout justifié : Aether est décoratif, sympa, mais clairement inutile ! Ce sont ses trois compagnes qui portent le récit, et le sauvetage à bout de bras. L’inversion est super bien réalisée, car avec ça, les auteurs n’en font pas des caisses sur le héros inutile versus ses compagnes badass. Les personnages sont faussement archétypiques, et c’est ce qui en fait tout l’intérêt. Évidemment, un triangle (un quadrilatère !) amoureux glisse le bout du nez, mais tourné de telle façon que l’on ne peut qu’en rire – Aether étant de toute évidence imperméable à toute tentative de séduction.
C’est bien mené, et suggéré autant par la narration, que par les graphismes.

Ceux-ci, très colorés, avec un joli trait rond, donnent vie à un décor fabuleux, mi-fantasy, mi-steampunk, qui accorde autant d’importance à la magie qu’à la science, et dans lequel je me suis plongée avec plaisir. Les expressions des personnages sont bien rendues, et la BD était aussi plaisante à lire qu’à regarder !

Très bonne pioche, donc, que ce premier tome des Gardiennes d’Aether : l’intrigue est prenante, l’univers intéressant, les personnages impayables et l’humour, aussi répétitif soit-il, très efficace (du moins dans mon cas). A tel point que j’ai vraiment hâte de lire la suite !

Les Gardiennes d’Aether #1 : Un héros improbable, Olivier Gay (scénario) et Jonathan Aucomte (illustrations).
Drakoo, 1er septembre 2021, 48p.


Et hop ! Catégorie Baba-yaga du Cold Winter Challenge validée !


Spy x Family, #1-2, Tatsuya Endo

Twilight, le plus grand espion du monde, doit pour sa nouvelle mission créer une famille de toutes pièces afin de pouvoir s’introduire dans la plus prestigieuse école de l’aristocratie. Totalement dépourvu d’expérience familiale, il va adopter une petite fille en ignorant qu’elle est télépathe, et s’associer à une jeune femme timide, sans se douter qu’elle est une redoutable tueuse à gages. Ce trio atypique va devoir composer pour passer inaperçu, tout en découvrant les vraies valeurs d’une famille unie et aimante.

J’avais vraiment hâte de découvrir cette série de manga et quelle découverte ! J’ai adoré ces deux premiers tomes !
Twilight est un agent infiltré de Westalis, déployé en Ostania, dans la métropole de Berlint. Sa mission ? Maintenir la paix entre l’Est et l’Ouest. Si les noms ont été (légèrement) modifiés, il est évident que l’histoire reprend les codes et les grandes lignes de la guerre froide et que l’on est manifestement dans une reprise de l’Allemagne avant la chute du Mur. Ambiance complots et espionnages à tous les étages, donc, d’autant que Twilight est un as du déguisement.

Pour sa nouvelle mission, le voici chargé de se monter une fausse famille, dont l’enfant devra intégrer la prestigieuse école Éden, afin d’approcher un haut responsable politique. Parmi toutes les personnes possibles… Twilight adopte une fillette télépathe et conclut un mariage arrangé avec une tueuse à gages. Sans compter qu’il n’a aucune expérience en relations familiales (encore moins dans l’éducation d’un enfant. Bref : c’est mal embouché.

A l’espionnage se mêle donc une forte part d’humour, Spy x Family lorgnant plus du côté de la comédie que du récit d’espionnage classique et c’est un des points qui m’ont tellement plu dans cette lecture. Malgré l’aspect loufoque, le suspense est hyper présent, car l’histoire mêle trois intérêts pas forcément convergents : Twilight doit accomplir ses missions ; Anya, la fillette, est bien décidée à rester dans cette famille coûte que coûte ; Yor, la mère adoptive, doit conserver sa couverture (les vieilles filles ont tendance à être arrêtées par la Gestapo locale) pour poursuivre ses missions d’assassinat. Le récit mêle donc assez joyeusement préoccupations familiales très mignonnes à la violence la plus sauvage, le tout parsemé d’un humour qui fait mouche. L’espionnage (avec tous ses enjeux au niveau relations internationales) et les scènes de la vie quotidienne offrent un mélange complètement décalé, mais qui m’a donné follement envie de poursuivre cette histoire.

Les personnages ne sont pas en reste. Tatsuya Endo a troussé des personnages convaincants, qui sont souvent en décalage avec le récit ou les situations qu’ils vivent (et c’est drôle), ce qui les rend très attachants.

En bref : un excellent premier tome, qui m’a donné très très envie de lire la suite. J’ai été plus que convaincue par ce mélange (improbable mais efficace) entre espionnage, vie quotidienne et comédie, porté par des personnages vraiment bien campés. Une excellente découverte !

Spy x Family #1, Tatsuya Endo. Traduit par Satoko Fujimoto.
Kurokawa, 10 septembre 2020, 207 p.

Accompagné d’Anya, sa (fausse) fille adoptive, et de Yor, sa (fausse) épouse et vraie tueuse, Twilight alias Loid Forger doit approcher le chef du parti Nation Unifiée. Le plan consiste à faire admettre la petite Anya à la prestigieuse école Éden, où se retrouvent les enfants de l’élite d’Ostania, puis de la faire figurer parmi les meilleurs élèves de l’école. Un objectif qui relève de l’impossible, à moins de déployer des trésors de ruse et d’ingéniosité… Mais n’est-ce pas là, justement, le cœur du métier d’espion ?

La mission STRIX continue… et se corse. Car si Anya a intégré Éden, voilà qu’elle doit rejoindre l’élite suprême des élèves, afin de permettre à Twilight d’accéder au saint des saints. Or, & la fillette récolte un mauvais point dès la visite de rentrée scolaire, car les relations sociales ne sont pas sont fort…

On retrouve dans ce tome 2 le mélange improbable, mais ô combien efficace, du tome 1 : espionnage, personnages barrés, comique de situation, rebondissements à foison sont de la partie. Impossible de s’ennuyer !
D’autant que parallèlement à la mission STRIX, Twilight croule sous les missions d’infiltration, toutes plus loufoques les unes que les autres (mention spéciale à la récupération du microfilm caché dans un pingouin, quand même). L’ajout de ces missions (justifiées par un manque de personnel drastique dans l’organisation), empêche qu’une quelconque routine s’installe dans la narration, et c’est bien ce qui rend le manga si prenant.

Il s’attache également à creuser un peu ses personnages. Anya, évidemment, est au centre du récit, puisque c’est son parcours (chaotique !) que l’on suit à l’école. La télépathie ne l’aide pas, bien au contraire, car elle saisit aussi bien les attentes de son faux père adoptif, que les pensées de ses petits camarades, sans toujours tout bien comprendre. Ce qui donne lieu à toutes sortes de quiproquos, plus drôles les uns que les autres !
Yor est également importante dans le récit, puisque son petit frère, à cause duquel elle a demandé à Twilight de jouer les conjoints, vient enfin lui rendre visite, sans lui annoncer qu’il fait partie de la police secrète de l’état : un statut qui annonce d’intéressants développements dans la suite, que j’ai d’ores et déjà hâte de lire !

Je me suis encore plus amusée avec ce tome qu’avec le précédent ! L’humour est tordant, et le mélange entre les situations très sombres, l’histoire d’espionnage bien troussée et cet aspect comédie parfaitement dosé. Excellente pioche au rayon manga, dont j’ai hâte de lire les tomes suivants !

Spy x Family #2, Tatsuya Endo. Traduit par Satoko Fujimoto.
Kurokawa, novembre 2020, 192 p.

Le Trône des Sept îles #1, Adalyn Grace.

C’est le grand jour pour la princesse Amora. Fille unique de la famille Montara qui dirige le royaume de Visidia, elle va devoir assoir sa position d’héritière du trône en effectuant une démonstration de sa magie devant son peuple. Mais quand le rite de passage tourne au désastre, la jeune femme est forcée de fuir.
Elle va alors faire la rencontre de Bastian, un mystérieux pirate avec lequel elle va passer un marché. Ensemble, ils vont parcourir les mers du royaume, pleines de merveilles et de dangers avec pour objectif de stopper l’émergence d’une nouvelle magie destructrice. Pour la vaincre, Amora devra affronter des monstres légendaires, croiser le chemin d’une sirène redoutable et même gérer un passager inattendu… Si elle échoue, elle mettra en péril le destin de Visidia et perdra la couronne des sept îles à tout jamais.

Quand on me dit pirate, magie dangereuse, princesse en fuite, royaume maritime, je pars conquise. Enfin, j’aurais dû mais malheureusement… eh bien ici ça ne l’a pas fait.

Dès les premières pages, Adalyn Grace nous immerge pourtant dans un univers fort, décrit de façon extrêmement visuelle. Visidia est en effet un royaume maritime, découpé en sept grandes îles, chacune déployant un pouvoir magique qu’embrassent (ou non) les habitants. Cette répartition de talent par zone géographique, indépendamment des gènes de chacun (ou pas, parce que ce n’est pas hyper clair), m’a grandement fait penser à Divergent (sauce fantasy, et les embruns en plus). L’ennui, c’est que comme dans la référence citée précédemment, l’explication de la répartition de la magie, du pourquoi du comment du choix, manque un peu de consistance. Et c’est un manque qui m’a également gênée à propos du système de magie. La magie existe, ils en font, c’est super et… eh bien c’est à peu près tout ce que l’on en saura. La magie des âmes, que pratique l’héroïne, est un peu plus creusée que les autres, mais il m’a manqué des détails pour une constitution solide de l’univers.

« C’est une belle journée pour naviguer.
Le sel de l’océan recouvre ma langue et j’en savoure le grain. La chaleur de la fin de l’été a eu raison de la
mer : elle oscille à peine alors que je me tiens appuyée contre le bastingage à tribord.
L’eau turquoise s’étend à perte de vue, peuplée de chirurgiens bleus et de bancs de vivaneaux à queue jaune qui s’éloignent de notre bateau et se cachent sous de fines couches d’écume.
Derrière la brume matinale s’élève le contour des montagnes, dissimulées sous les nuages, qui façonnent l’île la plus septentrionale du royaume, Mornute. C’est l’une de celles que je n’ai pas encore visitées, mais que je gouvernerai un jour.
« 

De plus, je ne peux pas dire que j’aie vraiment accroché à l’intrigue, tant les péripéties sont prévisibles. Autant le départ est plutôt pas mal, puisque la princesse échoue royalement à son examen et se retrouve à devoir fuir, autant cela se gâte dès que la fuite débute. Évidemment, elle tombe inopinément sur un allié mais se retrouve coincée entre lui et son futur-ex-fiancé : entre le premier qui est opportuniste (et beau gosse, et célibataire) et le second qui est hyper lourd et ne sait rien faire de ses dix doigts (et va donc rester célibataire), qu’arrive-t-il ? Mais oui, un fantastique (non) triangle amoureux ! Qui démarre, comme tout bon triangle amoureux qui se respecte, sur du rien et continue sur du vent. La romance se noue hyper vite, ce qui n’est pas crédible pour deux sous : difficile, donc, de croire aux attachements des personnages.

Par ailleurs, l’intrigue est très linéaire, les personnages allant d’île en île afin de découvrir ce dont il retourne réellement. Le suspense est donc peu présent, d’autant que les pérégrinations des personnages suivent les grands chemins classiques du genre, ce qui rend les péripéties fort peu surprenantes. Évidemment, on ne tarde pas à découvrir qu’un sombre secret se cache sous l’existence de la magie et que celui-ci remet en cause tout ce que savaient les personnages (et va par là-même passer à deux doigts de détruire le monde, qu’ils sont les seuls à sauver). Comme je le disais au départ, l’univers me plaisait follement, d’autant qu’on en prend plein les yeux, mais pas tout à fait assez à mon goût pour cacher les faiblesses de l’intrigue.
Avec ça, le style est truffé de métaphores (parfois hasardeuses) au point de devenir particulièrement lourd, ce qui n’aide en rien à se passionner pour le récit.

Passons maintenant aux personnages. L’intrigue tourne essentiellement autour de Ferrick, le prince, Bastian, le pirate et Amora, la princesse. Soyons bien clairs, Ferrick n’est là que pour servir de faire-valoir à Bastian, et en faire ressortir les aspects ô combien plus mystérieux, plus bad guy (mais pas trop), plus débrouillard, plus… personnage principal digne d’intérêt, en somme. Et aussi pour faire la troisième pointe du triangle amoureux. Il est complètement dispensable et à ce titre, très peu creusé. Le pirate, quant à lui, coche toutes les cases du cliché, ce qui lui permet de faire pile ce qu’on attend de lui – mais n’amène pas d’originalité. Et Amora ? Outre cette malheureuse homonymie qui casse un peu l’ensemble, Amora semble devoir être la femme forte de cette histoire (elle joue très la princesse pourrie gâtée froide et cruelle), mais pas trop non plus, car au fond d’elle-même, elle ne rêve que d’être douce et sensible… ce qui la rend d’autant plus fatigante. Ceci étant dit, c’était un beau pari d’écrire tout un roman avec un personnage central aussi imbuvable, et cela mérite d’être salué ! Si vous aimez apprécier le personnage central, soyez prévenu : Amora est une sale enfant gâtée, et le restera jusqu’à la fin de l’histoire. Ce qui est un peu dommage, puisqu’elle manque clairement de nuances, et souffre du même défaut de superficialité que ses compatriotes.

On ne peut donc pas dire que j’aie franchement adhéré à ce roman. Malgré un univers hyper visuel, très Pirates des Caraïbes, et particulièrement immersif, ce titre n’a pas franchement réussi à m’embarquer, la faute à des personnages trop peu creusés et à une intrigue cousue de fil blanc. Toutefois, l’histoire s’achève sur un bon point final, ce qui fait que l’on peut passer à autre chose sans frustration aucune !

Le Trône des Sept Îles, Adalyn Grace. Traduit de l’anglais par Aurélie Orkan.
De Saxus, août 2021, 384 p.

Si vous avez aimé, vous aimerez peut-être :

[2021] De l’imaginaire sous le sapin

Cela fait des années que je n’ai plus fait d’articles avec une sélection de Noël. Donc cette année, bonne résolution (mieux vaut tard que jamais), en voici un, qui regroupe mes très bonnes découvertes récentes (avec lesquelles je suis remontée sur trois ans, donc tout n’est pas neuf, loin de là !).

Histoire de tenter un tri dans tout ce fourbi, je vous propose trois catégories : les graphiques, les lectures qui relèvent du rayon jeunesse (mais conseillées à tous) et les lectures vieillesse (également conseillées à tous, mais qui nécessitent plus de bagage en lecture).

Si chronique il y a, un clic sur la couverture vous y mènera !

LES GRAPHIQUES

 

JEUNESSE-MAIS-LISIBLE-JUSQU’À 200 ANS

 

 

POUR LES LECTEURS PLUS AGUERRIS

 

Et vous, quelles sont vos recommandations ?

Le Sang de la Cité, Capitale du Sud #1, Guillaume Chamanadjian. #PLIB2022

Enfermée derrière deux murailles immenses, la Cité est une mégalopole surpeuplée, constituée de multiples duchés. Commis d’épicerie sur le port, Nox est lié depuis son enfance à la maison de la Caouane, la tortue de mer. Il partage son temps entre livraisons de vins prestigieux et sessions de poésie avec ses amis. Suite à un coup d’éclat, il hérite d’un livre de poésie qui raconte l’origine de la Cité. Très vite, Nox se rend compte que le texte fait écho à sa propre histoire. Malgré lui, il se retrouve emporté dans des enjeux politiques qui le dépassent, et confronté à la part sombre de sa ville, une cité-miroir peuplée de monstres.

Le Sang de la cité est le premier tome de la trilogie Capitale du Sud, mais aussi le premier tome du cycle La Tour de Garde, dont le deuxième tome, Citadins de demain – lui-même premier tome de la trilogie Capitale du Nord, et signé Claire Duvivier (c’est bon, tout le monde suit ?) -, vient tout juste de paraître.
Et quel premier tome !

L’auteur nous plonge dans une cité cosmopolite, Gemina, que l’on arpente en long, en large et en travers, à tel point qu’elle semble prendre à elle seule la place d’un personnage !
Gemina est une ville gigantesque, densément peuplée, découpée en quartiers-états, chacun gouverné par un duc ou une duchesse, et entièrement dévoué à sa Maison (lesquelles portent toutes un nom d’animal). Celles-ci peuvent avoir un rôle lié à la portion de territoire qu’elles possèdent : défense lorsque l’on est près du port, ou transport des marchandises lorsque l’on est au centre. Ces positions permettent à certaines maisons de prendre part aux projets des autres, ou d’essayer de les entraver lorsque cela ne les arrange pas, ce qui est le cas du projet de canal nord-sud porté par le duc Servaint, et autour duquel tourne l’ensemble du récit. La cité est tiraillée par des différends futiles ou profonds, et les maisons n’hésitent pas à les résoudre par des manœuvres politiques ambitieuses (et souvent sanglantes).

L’histoire, au départ, semble très simple à suivre. Nox, le personnage central, fait les livraisons de l’épicerie Saint-Vivant, dont le tenancier, Eustaine, essaie de développer le nouveau vin intra-muros (que la cité attend impatiemment). On suit donc Nox dans ses diverses courses, tout comme dans les diverses tractations autour de la mise en place du vin, des négociations avec la maîtresse de chai aux choix graphiques pour l’étiquette, en passant par les séances de dégustation.
Parallèlement, Nox est formé pour être le négociateur de sa maison (la Caouane) et… son assassin, si besoin est. Par des voies détournées, on s’aperçoit alors que la vie dans la cité peut s’avérer particulièrement violente, et la suite du récit le prouvera. En fin de compte, au-delà de l’apparente simplicité des premiers chapitres, il y a un tout un sous-texte qui court, et des enjeux politiques souterrains passionnants sous-tendent le récit. Ce qui ne le rend que plus prenant !

En effet, il y a un savant mélange entre secrets de famille, secrets politiques et secrets liés à la cité elle-même. Nox se découvre un pouvoir étrange qu’il ne s’explique pas et auquel il va se former sur le tas (et dont je ne révélerai pas plus !). La magie est donc discrètement présente par ce biais, mais aussi au travers des maçons de la Recluse, chargés de tous les travaux d’urbanisme (un énorme enjeu du récit avec la construction du canal), et qui façonnent la pierre directement à la main. Ce qui ne manque pas d’occasionner des changements au niveau du plan de la cité, de compliquer singulièrement les déplacements des personnages et de questionner le lecteur (car enfin, qu’est-ce que c’est que cette ville dont les rues semblent se modifier d’un jour à l’autre ?!).

L’originalité du récit tient à l’univers dans lequel il se déroule et pour lequel j’ai eu un vrai coup de cœur. La cité ressemble fortement à une capitale méditerranéenne, tant le vin, l’huile d’olive et la gastronomie en général sont au centre du récit. Cela vient du travail de Nox, bien sûr, mais aussi de la quantité de banquets et autres grignotages sur le pouce auxquels se livrent les personnages. Avertissement : c’est un livre qui donne faim ! Le récit accorde une grande importance à la gastronomie, donc, mais aussi à la musique, à la littérature (notamment à la poésie), et au jeu de stratégie La Tour de Garde, qui donne son nom à l’ensemble du cycle. Vraiment, question ambiance, il y a une ambiance méditerranéenne hyper agréable, qui offre un écrin délicat parfait aux péripéties qui, elles, n’en ont rien ! J’ai vraiment adoré cet univers que j’ai trouvé particulièrement original, surtout dans la façon dont chaque élément s’entremêle parfaitement aux différents éléments du récit. Vraiment, c’est extrêmement bien fait !

Vu le coup de cœur pour ce premier tome, j’ai hâte de poursuivre non seulement cette trilogie, mais également le cycle entier. Le Sang de la cité débute avec un récit assez calme, ponctué par la bonne chère, l’amour des arts et des lettres des personnages, mais que transpercent des éclats de violence qui rappellent que tout cela cache des enjeux politiques complexes et profonds. Ce mélange entre dolce vita et complots sans pitié est extrêmement réussi et m’a tenue en haleine de bout en bout !

Le Sang de la cité, Capitale du Sud #1 ; La Tour de Garde #1, Guillaume Chamanadjian.
Aux Forges de Vulcain, avril 2021, 416 p.

Cold Winter 2021 – Ma PAL.

Après une brillante édition l’an dernier, L’Enluminée propose une seconde édition de son Cold Winter Challenge. Et comme j’avais bien aimé l’an dernier, me revoici 🙂

Objectif ? Créer une pile à lire (PAL pour les intimes) collant avec les menus et les sous-catégories du challenge, en respectant au mieux les consignes annoncées. Mais sans se mettre la pression, le principe étant de se faire plaisir avant tout !

Trois manières de valider le challenge :
– soit en lisant une sous-catégorie dans un menu au choix (c’est la version « Une vie de lutin »).
– soit en lisant 2 sous-catégories dans 2 menus au choix (version « Flocon de neige »)
– soit en lisant toutes les sous-catégories de tous les menus (version « Mordu.e de l’hiver »).


Pour en savoir plus, ça se passe ici :

Voici donc ma pile-à-lire (dont vous et moi savons très bien que je ne la respecterai sans doute pas !), pour ce challenge :

1/ Magie de Noël :

  • All I want for Christmas : une romance, un roman autour de l’amitié, qui se déroule éventuellement à la période de l’Avent, de Noël, du Nouvel An.

Incroyable, mais VRAI ! J’ai, dans ma PAL, un roman qui pourrait (peut-être) s’apparenter (de loin) à de la romance (bon ok, vraiment de loin).
J’ai nommé Northanger Abbey, de Jane Austen, dans une édition que je trouve en plus absolument magnifique #superficialitéquandtunoustiens.

De quoi ça parle ?

Une jeune provinciale de bonne famille est envoyée à Bath, prendre les eaux, pour faire son apprentissage du monde et des intermittences du coeur. L’héroïne se retrouve égarée au milieu de conjonctures qui la rabaissent aux yeux du lecteur. En toute occasion, elle se comporte en référence à son livre de chevet, Les mystères d’Udolphe de Mrs Radcliffe.

Je vois « intermittence du cœur » dans le résumé, donc je dirais que c’est bon !

  • Lettre au Père Noël : roman épistolaire, enfance, jeunesse.

Je n’ai pas de roman épistolaire dans ma PAL (enfin, il me semble), mais j’ai un roman qui, pour moi, convoque de merveilleux souvenirs d’enfance, et que j’ai bien l’intention de relire en décembre, à raison d’un chapitre par jour, en guise de calendrier de l’Avent (sur une idée que j’ai piquée à Camille, comme d’habitude !), à savoir Harry Potter à l’école des sorciers, dans la version magnifiquement illustrée par Jim Kay, dont j’adore le travail.

  • Danse de la fée dragée : fée, onirisme, fantasy, fantastique.

Normalement, c’est la catégorie qui me pose le moins de problème (attendu que ma PAL doit être composée à 60% de fantasy), mais pour une fois, j’ai décidé de mettre le fantastique à l’honneur (genre que je lis très peu), avec un recueil de deux nouvelles d’Estelle Faye : Brouillard sur la baie.

De quoi ça parle ?

Alors qu’elle étudie le théâtre, Estelle Faye quitte la France pour San Francisco, abandonne un très classique cours parisien et découvre une nouvelle manière d’incarner des personnages et de raconter des histoires… Là-bas, elle se confronte à l’océan Pacifique, aux séquoias géants et au fog, ce brouillard si particulier. Cette expérience californienne lui inspirera les deux nouvelles au sommaire de ce recueil : « Bal de brume » et « Les Anges tièdes », texte lauréat du prix Rosny aîné 2017. On y retrouve les thèmes de prédilection de l’autrice : l’imaginaire, le fantastique, le cinéma de genre, les maquillages et les costumes, le jeu vidéo, l’océan, l’horizon, et les monstres…

2/ Cocooning hivernal :

  • Marrons glacés : feel-good, gourmandise

Ici, je vais placer un roman qui me fait très envie et dont je ne savais pas trop où le mettre. Heureusement, il est également dans la PAL de l’Enluminée, donc je me suis contentée de copier, et de prendre en compte, comme elle, le côté « feel-good » de Prospérine Virgule-Point et la phrase sans fin de Laure Dargelos.

De quoi ça parle ?

Demi-Mot aurait pu être un village ordinaire, s’il n’était pas bâti à la limite du Texte. Jour après jour, les habitants polissent et astiquent les lettres ; ils entretiennent ces milliers de caractères qui, sans leur concours, se seraient déjà effondrés. Chez les Virgule-Point, l’aînée de la fratrie a choisi une voie bien différente : fleuriste ! Elle préfère bichonner des Trompettes à pétales plutôt que de faire prospérer l’empire des points et des virgules. Mais un événement inexplicable ne tarde pas à l’entraîner dans une spirale qui la dépasse.?
Et si l’avenir du village était en jeu ? Et si tout était lié à la Phrase sans fin, cette mystérieuse phrase laissée en suspens par l’Auteur ? ?

  • Bonhomme en pain d’épice : différence, tolérance, LGBTQIA+

Voilà enfin l’occasion de lire un titre que je vois passer partout et qui m’intrigue hautement, soit le premier tome (au moins !) de la série Heartstopper d’Alice Oseman.

De quoi ça parle ?

Ceci est l’histoire de deux lycéens. Nick, le rugbyman au sourire solaire. Charlie, le musicien au coeur solitaire. Parce qu’ils évoluent dans des cercles différents, parce qu’ils n’ont pas le même caractère, leur amitié n’était pas gagnée. Pourtant, petit à petit, de façon irrésistible, Charlie tombe amoureux. Même s’il sait que Nick aime les filles. Même s’il sait qu’il n’a aucune chance. Alors, pour ne pas mettre en péril cette amitié naissante qui compte pour lui plus que tout, Charlie préfère garder le silence…

  • Vitrine de Noël : graphique, manga, illustré, beau livre.

Des mangas, j’en ai des stocks, alors quelle meilleure occasion d’enfin terminer la série BL Métamorphose, de Kaori Tsurutani ? J’ai hâte de retrouver Yuki et Urara et de voir comment évolue leur amitié !

De quoi ça parle ?

Urara est libraire, fan de yaoi. Yuki, une vieille dame solitaire, achète par erreur un yaoi dans la librairie où travaille Urara …et adore sa lecture ! Toutes deux nouent une relation d’amitié, échangeant autour des leurs lectures, allant en convention ! Peu à peu, la lycéenne s’ouvre à la vieille dame, qui lui fait entrevoir de nouveaux horizons : et si la jeune fille se mettait au dessin ? Malheureusement, avec la période des examens qui approche, difficile de se consacrer pleinement à sa passion…

3/ Hiver Sombre

  • Scrooge : antihéros, conflit, mensonge :

Le livre que je place ici était initialement dans la catégorie « Danse de la fée dragée ». Mais à la lecture du résumé, j’ai eu l’impression que le conflit larvé entre les grandes puissances, déjà bien esquissé dans les deux premiers tomes, prenait ici une nouvelle tournure encore plus belliqueuse. Donc cela me semblait bien répondre au terme « conflit » ! Je vais donc caser ici Ordalie, le troisième tome de La Dernière Geste, de Morgan of Glencoe (que j’ai hâte de lire !!)

De quoi ça parle ?

Vingt mois ont passé depuis l’arrivée de Yuri en Keltia et le couronnement de Louis-Philippe en France.
La tension n’a cessé de monter entre les deux pays, malgré les tentatives des Ambassadeurs japonais et ottomans pour calmer les velléités belliqueuses du jeune Roi d’un côté et la punition commerciale des Keltiens de l’autre. Lorsque la situation dérape, Yuri réalise qu’elle est la seule à pouvoir, peut-être, éviter au monde de basculer dans la guerre.
Reste à savoir si elle est prête à en payer le prix.

  • Stalactite ensanglantée : horreur, thriller, suspense

Voilà trois genres que je lis assez peu (même si, de temps en temps, je me laisse tenter). Comme je n’ai toujours pas lu le titre qui collait à cette consigne l’an dernier (mais qu’il est toujours dans ma PAL pour les mêmes raisons que l’année précédente), je vais tout simplement l’y remettre ! On verra bien si, cette année, La Valse des tulipes, d’Ibon Martin, passe sur ma table de chevet !

De quoi ça parle ?

L’estuaire d’Urdaibai, poumon de la Biscaye au Pays Basque (déclaré réserve de la biosphère par l’Unesco), paradis qui vit au rythme des marées, voit soudain sa tranquillité mise à mal par le meurtre inexpliqué de plusieurs femmes, âgées d’une cinquantaine d’années. Ane, une jeune inspectrice de Bilbao, férue de surf et de mythologie celte, est aux commandes d’une nouvelle unité d’élite pour résoudre l’affaire avant que la presse ne fasse souffler un vent de panique sur toute la région.
L’enquête ne tarde pas à révéler que les victimes ont toutes en commun un pétale de tulipe sur le corps et une année blanche dans leur CV.

  • Père Fouettard : forces obscures, enfer, démon

Le troisième et dernier tome d’une trilogie que j’affectionne vient de sortir, et donc je pense qu’il irait à merveille ici ! Il s’agit du troisième tome des aventures de Cassidy Blake, de Victoria E. Schwab, intitulé Le Pont des âmes.
Les fantômes, ça peut rentrer dans forces obscures, non ? Je dirais que oui ! Comme j’avais beaucoup aimé les deux premiers tomes, je suis intriguée de lire la conclusion de cette aventure.

De quoi ça parle ?

Après avoir découvert les fantômes d’Édimbourg et les esprits frappeurs de Paris, s’être baladée entre les tombes et au cœur même des catacombes, Cassidy Blake s’envole maintenant pour La Nouvelle-Orléans ! Une fois n’est pas coutume, c’est en compagnie de Jacob – meilleur ami et spectre à demeure – qu’elle en explore les lieux les plus hantés et les plus macabres pour le tournage de l’émission de ses parents, les célèbres Inspectreurs.
Mais rien n’avait préparé la jeune chasseuse de fantômes à ce qui l’attend dans cette ville saturée de jazz, où les sciences occultes règnent sans partage. Après s’être fait tirer les cartes et avoir assisté à une séance de spiritisme particulièrement paranormale, elle fait une découverte terrifiante : elle est poursuivie par – excusez du peu – un Émissaire de la Mort en personne, qui est prêt à tout pour reprendre son dû et la rendre aux ténèbres ! Aidée par d’anciens et de nouveaux alliés, l’adolescente saura-t-elle triompher de cette nouvelle menace et tromper la Mort une fois encore ?

  • Un chalet sous la neige : huis-clos, enfermement, solitude

Je l’ai attendu avec patience (contrairement à ma mère qui m’a demandé environ 50 fois depuis sa lecture quand sortait le tome 2) mais le voici, le voilà, le tome 2 d’Alma, de Timothée de Fombelle !
Je ne pense pas que cela colle avec huis-clos et enfermement (quoique, Alma recherche quand même sa famille enlevée par des marchands d’esclaves !!), mais je suis à peu près sûre que la solitude sera de la partie.

De quoi ça parle ?

Printemps 1787. Un jour de tempête, Alma est jetée avec le jeune Joseph Mars au milieu des pirates d’une petite île des Caraïbes. Elle se laisse aussitôt entraîner vers Saint-Domingue à la poursuite du navire La Douce Amélie et de son introuvable trésor. Mais l’urgence de retrouver son petit frère, Lam, éloigne vite Alma de ces vies de chercheurs d’or et l’embarque à nouveau à travers les mers et les continents. En se séparant, les chemins de Joseph et Alma leur révèlent tout ce qui les unit.

4/ Marcher dans la neige

  • Pôle Sud : voyage, évolution, cheminement personnel

Je n’en reviens pas moi-même, mais j’ai un roman qui coche les trois thèmes, oui ! Il s’agit de L’Art du naufrage, de Pascale Quiviger. Alors oui, je l’ai déjà lu, il est même déjà chroniqué (inespéré), mais j’ai prévu de le relire en lecture commune avec des copines, donc il est tout indiqué ! (En plus j’adore cette série, qui fait clairement partie de mon panthéon personnel, donc difficile de m’en lasser !)

De quoi ça parle ?

Après deux années à sillonner les mers avec son équipage, le prince Thibault décide enfin de rentrer chez lui. Là-bas, sur son île natale, son père l’attend et compte sur lui pour régner sur le royaume de Pierre d’Angle après sa mort. Mais en chemin, une rencontre va bouleverser l’existence du Prince : un passager clandestin, Ema, une esclave en fuite. Ensemble, ils vont devoir faire face aux dangers qui guettent Pierre d’Angle.

  • Pôle Sud : hiver, neige, froid, pays froid

Alors oui, c’est un peu facile. Et oui, je l’ai déjà lu (et même relu). Mais voyez-vous, quand on se lance dans une lecture commune de série, eh bien il faut lire toute la série ! Donc puisque l’on va lire L’Art du naufrage en janvier, nous avons prévu de lire Les Filles de mai pour les vacances de février – qui tombent opportunément pendant le CWC donc. Donc oui, je m’offre une double-dose de l’écriture incroyable de Pascale Quiviger cet hiver et j’en suis ravie !

  • Forêt enneigée : animaux, écologie, nature writing

Ici, je n’ai rien qui colle dans ma bibliothèque (il me semble) (et puis j’ai pas prévu de lire la suite des aventures de Geralt tout de suite !), mais est-ce que , du coup, cet hiver ne serait pas enfin l’occasion de terminer Ori & the Blind Forest ? (je sais que tout le monde en est au deuxième opus, mais j’aime tellement ce jeu que je n’ai pas envie de le terminer). Donc disons que ce serait pas mal d’avancer au moins jusqu’au dernier boss !

De quoi ça parle ?

La forêt de Nibel se meurt. À la suite d’une terrible tempête ayant déclenché une série d’événements tragiques, Ori, une créature orpheline, doit se lancer dans un éprouvant périple, affronter un sinistre adversaire et sauver sa terre natale.

5/ Bonus : Sorcellerie hivernale

Alors ça, c’est la catégorie bonus qu’on peut ne pas lire, ou que l’on peut utiliser pour en remplacer une autre. Dans le doute… je mets des titres ici aussi et on verra bien !

  • Étoile des neiges : astronomie, astrologie, science-fiction

Alors là aussi, facile, puisque la SF compose sans doute les 35% restants de ma PAL (si tu as bien compté, il reste 5% non cités depuis toute à l’heure, c’est les autres genres tous confondus !) et que j’ai prévu enfin, ENFIN, de lire Dune, de Frank Herbert.
Et pour être précise, de l’écouter, car oui, j’ai le tome 1 en audio. J’étais un peu dubitative sur la SF en audiobook, mais comme l’écoute de Fondation a été un excellent moment, je ne vois pas de raison de faire l’impasse sur Dune (surtout que je connais vaguement l’histoire et l’univers, vu que j’ai vu le film. Je sais, c’est mal de le faire dans ce sens-là !).

De quoi ça parle ?

Dans les temps de l’avenir, à l’époque où l’homme a conquis l’espace, une planète désertique, Dune, suscite de multiples convoitises. Elle recèle dans ses sables une épice fabuleuse, capable de prolonger la vie et de développer les capacités de prescience de l’esprit humain…

  • Babayaga : sorcière, féminisme, femme de pouvoir

Ce n’est pas forcément le titre auquel j’avais immédiatement pensé pour cette catégorie, mais après réflexion, la bande-dessinée d’Olivier Gay, et Jonathan Aucomte, Les Gardiennes d’Aether, me semble mettre en scène au moins une femme de pouvoir, dans tous les sens du terme, puisqu’elle est princesse ET dotée de pouvoirs magiques ! Donc allons-y !

De quoi ça parle ?

Entre magie et technologie, l’Empire de Valania prospérait, jusqu’à ce qu’il soit envahi par des monstres quasi-invulnérables.
Seule une étrange épée peut les blesser mais elle s’est liée à la première personne qui l’a touchée : un jeune serviteur du palais. Le destin du monde dépend désormais de lui.
Il a pour l’aider une princesse caractérielle aux puissants pouvoirs magiques ; son amie d’enfance, épéiste de renom ; et une dangereuse pirate aux motivations mystérieuses.
Lui, en revanche ? Non, il ne sert vraiment à rien…

  • Yule : mythe, légende, réécriture de conte

Là, je ne sais pas trop dans quoi je m’embarque, mais j’y vais quand même. J’ai bien envie de lire, pour cette catégorie, L’Appel des Quarante, le premier tome de la trilogie La Rose de Djam de Sandrine Alexie. Le résumé évoque successivement un château syrien, des seigneurs normands et une coupe mythique. Voilà qui sent bon le Graal, non ? Ou peut-être que je surinterprète ?

De quoi ça parle ?

L’histoire de la Rose de Djam, ou comment la coupe qui détenait tous les secrets de l’univers fut perdue et retrouvée, est un volet de la longue histoire des Quarante, lequel commença dans un château syrien tenu par des seigneurs normands, où vivait la plus improbable des créatures terrestres qu’on pouvait charger de cette mission : Sibylle de Terra Nuova.

Et voilà pour cette année !
L’an dernier, j’avais lu 9 livres sur les 14 listés. Vais-je faire de même cette année (soit au moins 10 titres sur les 16 listés ?). Verdict en mars (car peut-être que cette année, je penserai à faire un bilan de ce challenge) et rendez-vous donc au 1er décembre pour les premières lectures (mais pas pour les chroniques, je pense :p ) !

Et vous, vous participez ? À quoi ressemble votre PAL ?

[2021] Petit bilan d’octobre

Octobre aura été un petit mois de lecture : seulement 4 romans, quelques albums jeunesse et une bande-dessinée. Pas la meilleure pioche de l’année !

Carnet de lectures

Rayon bulles

J’ai lu, en fin de mois, le tome 1 de l’adaptation en BD de Dune, faite par Brian Herbert et Kevin J. Anderson (le duo d’auteurs qui a repris la série suite au décès de Frank Herbert), illustrée par Raúl Allén et Patricia Martín (éditée par Huginn & Munnin).
Je n’ai toujours pas lu le roman (ça va venir), mais j’avais envie, après être allée au cinéma, de continuer ma découverte de cette œuvre.
Assez bizarrement, je me suis sentie plus démunie face à la BD que face au film. En fait, heureusement que j’ai découvert la BD en second, car le visionnage du film m’a apporté pas mal de clefs de compréhension pour ma lecture ! La BD est sans doute une très bonne adaptation, mais j’ai l’impression qu’elle s’adresse plus à un public de connaisseurs qu’à des néophytes.
Les graphismes sont sympa, mais beaucoup plus froids et sévères que la très belle couverture (puisque les illustrateurs de l’intérieur n’ont pas réalisé la couv’, comme souvent en comics).

Rayon romans :

J’ai profité d’un week-end hyper ensoleillé pour engloutir Lullaby, de Cécile Guillot (édité au Chat noir). L’histoire se déroule aux États-Unis, dans les années 20. Hazel aime écrire des histoires horrifiques, rêve de devenir écrivaine et soupire après sa jolie voisine, Blanche. Rien qui soit du goût de ses parents qui, lorsqu’ils découvrent ses penchants et aspirations, la font tout simplement internet à Montrose Asylum. Là, Hazel rencontre la fougueuse Jo et la fragile Lulla qui, comme elle, entendent une mystérieuse berceuse s’élever la nuit, dans les couloirs déserts. Une berceuse qui les emmène dans un jardin abandonné, au milieu de la bâtisse…
Le récit, très court, nous plonge immédiatement dans un début de XXe siècle incroyablement puritain, qui ne laisse aucune chance à Hazel d’assouvir ses passions (aucune d’entre elles, d’ailleurs). Hazel narre ses déboires (puisqu’elle n’a plus le droit d’écrire), ce qui donne une vision directe de ce qui se déroule au sein de l’asile (et c’est effrayant). Si le style est hyper fluide, j’ai pourtant eu du mal à ressentir l’horreur et l’angoisse que devraient susciter l’asile et les horreurs qui s’y déroulent, sans doute parce que le récit est assez descriptif (et laisse donc peu de place aux suggestions). De même, le fait d’être directement dans la tête d’Hazel, qui analyse en permanence ce qu’elle traverse, ne m’a pas permis de ressentir ses doutes et ses angoisses, ce qui fait que j’ai eu du mal à m’impliquer dans le récit. Malgré cela, j’ai apprécié les nombreuses incises de poèmes de Renée Vivien, qui m’ont bien donné envie de lire son œuvre !

Côté ciné :

Eh bien on prend les mêmes et on recommence, ai-je envie de dire ! Je suis donc allée voir Dune, de Denis Villeneuve.
Normalement, j’aime bien avoir lu d’abord les romans adaptés au cinéma mais bon, vu que j’ai bien procrastiné sur cette lecture, j’ai fait l’inverse. Je n’allais pas manquer la possibilité de voir Dune sur grand écran ! (Parce que je trouve que les films de SF, ça s’apprécie mieux sur grand écran).
Et donc, que dire ? Eh bien j’ai adoré. A tel point qu’en sortant j’avais envie de retourner au ciné pour un second visionnage dans la foulée !
Déjà, j’ai trouvé que le film situait vraiment bien les enjeux de l’univers, les différentes factions en présence, et les trajectoires des personnages. Sans avoir lu le roman, j’ai quand même suivi, sans me sentir perdue et c’était hyper confortable. (En même temps, j’avais conscience des raccourcis, donc ça m’a donné encore plus envie de le lire).
La photographie est superbe. Les images du désert sont absolument incroyables et les décors, les costumes et les différentes prises de vue contribuent à créer une immersion parfaite. Avec ça, j’ai trouvé le jeu d’acteurs très convaincant. Du coup… je n’ai pas vu passer les 2h30 ! J’ai donc hâte (et espoir !!) de voir la partie 2 du film !

Tops/Flops

Ce mois-ci, je n’ai pas été hyper convaincue par Lullaby, cité ci-dessus ni par Time Salvager, de Wesley Chu, qui démarrait pourtant plutôt bien. On y suit un Chronman, un agent temporel, chargé (dans la Terre post-apocalyptique) d’aller piller le passé afin de récupérer des ressources énergétiques vitales pour la population de son époque. Le postulat est intéressant, mais les personnages ne sont pas assez creusés, ni les enjeux des voyages temporels : passée une très bonne première partie, le roman reste plutôt côté divertissement. Donc c’est très sympa… mais il m’a vraiment manqué quelque chose !

Côté très bonnes découvertes, en revanche, il y a eu le troisième tome du Cycle de Syffe, j’ai nommé Les Chiens et la Charrue de Patrick K. Dewdney (Au Diable Vauvert). J’étais ravie de retrouver Syffe (surtout après avoir enchaîné les deux premiers tomes). Comme dans les opus précédents, celui-ci est coupé en différentes parties, correspondant aux étapes du parcours de Syffe. Celui-ci passe encore une fois par un tas d’épreuves, qui rendent le récit particulièrement palpitant. L’aspect politique est encore plus prégnant ici que dans les tomes précédents, ce qui rajoute encore au suspense du récit. Bref : que du bonheur. J’attends la suite avec grande impatience !

Citations

« Travailler. Tu n’y penses pas. Pourquoi travailler alors qu’un mari peut subvenir à tous tes besoins ? »
Lullaby, Cécile Guillot.

« Le Chronocentre avait diligenté une étude quelques années plus tôt sur ce taux de suicide élevé parmi ses agents. Les chercheurs avaient émis l’hypothèse que l’excès de voyages temporels provoquait des lésions au cerveau. James aurait pu leur épargner cette perte de temps et d’énergie en leur expliquant la vrai raison du problème : c’était un boulot de merde. »
Time Salvager, Wesley Chu.

« J’ai le sentiment que toutes les époques avant la nôtre étaient meilleures. On ne fait que lécher les miettes de la civilisation. »
Time Salvager, Wesley Chu.

« Alex fait la grimace.
– Ne dis rien à maman, s’il te plaît !
– C’est une blague, j’espère ? rugit son interlocutrice. Tu te farcis l’air de rien un putain de dignitaire étranger – qui, au passage, est tout de même un homme – pendant le plus gros événement avant l’élection, dans un hôtel bourré à ras bord de journalistes, dans une ville truffée de caméras, alors que le scrutin est tellement serré que son résultat pourrait littéralement basculer à cause d’une connerie de ce genre, c’est juste la réalisation d’un de mes pires cauchemars, et tu me demandes en plus de mentir à la présidente ? »
My Dear Fuck*** Prince, Casey McQuinston.

Brèves de comptoir #273

L’actu de l’imaginaire en bref !

Avis aux auteurs !

Concours de nouvelles Visions du Futur

Présences d’Esprit vient de publier le sujet de son nouveau concours de nouvelles !

Cette année, les textes soumis devront s’inspirer d’un (et seulement d’un) des thèmes ou citations suivants :

a. « Le monde me pourchasse, même les étoiles sont des chiens sur mes traces » Erri De Luca
b. « Ils choisissent le chemin où personne ne va » Robert Plant
c. « Je crois qu’il n’est pas trop tard pour bâtir l’utopie qui nous permettra de partager le monde » Gabriel García Márquez
d. Vagabond céleste

Les nouvelles relevant des genres de l’imaginaire et de 40 000 signes (espaces comprises) maximum, sont à envoyer avant le lundi 22 mars 2022 minuit, à visionsdufutur@presences-d-esprits.com.
Le règlement complet du concours est à lire ici.

Des prix !

>Prix Imaginaire de la 25e Heure du Livre du Mans

Et c’est à Guillaume Chamanadjian qu’il revient, pour Le Sang de la Cité (Aux Forges de Vulcain). Félicitations !

Les autres titres en lice étaient les suivants :
Les Héritiers, Fabien Clavel (Actusf)
Un long voyage, Claire Duvivier (Aux Forges de Vulcain)
La Machine, Katia Lanero Zamora (Actusf)
Les Hurleuses, Adrien Tomas (Mnémos).

Prix Imaginales des Collégiens 2022

Créé en 2009, le Prix Imaginales des Collégiens, PIC pour les intimes, a pour but de promouvoir les littératures de l’imaginaire auprès du jeune public, en lui proposant des sélections riches et variées. Tous les ans, les collégiens sont appelés à voter pour leur titre préféré, qui se voit attribuer la prestigieuse récompense au cours des Imaginales (Épinal).

Voici les titres en lice pour 2022 :

  • L’Enfant Pan, Arnaud Druelle (Gulf Stream).
  • Le Drakkar éternel, Estelle Faye (Scrineo)
  • Les papillons de Kobé. Le nom des morts, tome 1, Bertrand Puard (Gulf Stream)
  • Les dossiers du voile, Adrien Tomas (Fleurus).
  • Le prince des oubliés. Les chuchoteurs, tome 1, Estelle Vagner (Le Chat Noir).

La sélection pour les lycéens est visible ici.

Prix Littéraire de l’Imaginaire BooktubersApp

La révélation a été faite durant les Imaginales d’automne à Épinal ! Et c’est Ellie S. Green qui remporte le titre, pour Steam Sailors. Félicitations !

On connaît d’ores et déjà la liste des 80 titres en présélection pour le prix 2022.

Des salons !

Les invités à ImaJ’nère

Le salon se tiendra à Angers du 27 au 28 novembre. Et la liste des invités est déjà connue !

Les Imaginales

Vous n’avez pas pu aller aux Imaginales ? Ou vous y êtes allé, mais vous n’avez pas pu assister à tout ? Comme tous les ans, Actusf a fait des captations des conférences, que vous pouvez retrouver ici !

Bon dimanche !

Piments zoizos : les enfants oubliés de la Réunion, Téhem.

Des personnages fictifs, une histoire vraie, un récit documenté sur un chapitre peu reluisant de l’histoire de la Ve République : les enfants de la Creuse.
Entre 1962 et 1984, quelque 2 000 mineurs de La Réunion sont séparés de leur famille et envoyés en France où leur est promise une vie meilleure.
Jean n’échappe pas à ce destin. Éloigné de sa petite sœur, il est transplanté en Creuse. De foyers en familles d’accueil, il fait la rencontre d’autres enfants réunionnais dans la même situation que lui. Une vie durant, entre errances et recherches, il tentera de comprendre pourquoi…

J’ai découvert cette BD dans un vlog de Paper Palace, qui m’avait bien intriguée, donc j’ai sauté dessus dès son arrivée à la bibliothèque. Et grand bien m’en a pris !

Le récit débute à Saint-Denis de la Réunion, de nos jours. Seulement armé d’un dossier partiellement brûlé et de quelques souvenirs ténus, Jean est sur les traces de la famille qu’il a quittée en 1965 (contre son gré), alors qu’il était tout jeune. Ce jour-là, une assistante sociale de la DDASS était venue les chercher, lui et sa petite sœur Didi, pour les emmener loin de leur mère, les séparer et, à terme, les déporter vers le continent. Était-ce parce qu’il avait crevé un ballon afin de voir ce qui le faisait rebondir à l’intérieur ? En tout cas c’est ce qu’il va croire pendant des années.

Le récit alterne les passages dans le présent, où l’on suit l’enquête de Jean, et les passages dans le passé avec deux fils narratifs différents. D’une part, la vie de Jean après qu’il a été arraché à sa famille, trimballé de foyer en foyer et, d’autre part, le quotidien de Lucien Hérant, agent du BUMIDOM fraîchement débarqué à La Réunion et qui découvre, peu à peu, l’ampleur du programme de placement des enfants.
Le BUMIDOM était le bureau chargé d’envoyer des travailleurs vers la métropole, le pendant adulte du programme mis en place par la DDASS (à ceci près que les travailleurs étaient majeurs et donc mieux informés du dispositif). Lucien n’est pas directement impliqué dans le programme, mais y participe de temps en temps. C’est vraiment intéressant d’avoir choisi cette alternance de point de vue car cela montre comment l’entreprise était d’une part, bien installée dans le paysage administratif français et, d’autre part, pas du tout perçue à sa juste valeur. On voit comment tous ces gens impliqués étaient persuadés de faire quelque chose de bien, tant pour la population qui restait sur l’île, que pour les enfants arrachés à leurs familles. Et, parallèlement, on voit les ravages qu’ils ont réellement causés.
Le récit de Téhem est donc extrêmement bien documenté et montre toutes les implications de ce scandale. En même temps, il évite l’écueil du reportage indigeste, en se focalisant sur des personnages qu’il s’attache à creuser, à nuancer. Si on suit essentiellement Jean, Téhem s’intéresse aussi à certains de ses camarades, que l’on suit de loin en loin, et qui nous permettent d’avoir une vue globale de ce que vivaient ces enfants (et on ne va pas se mentir, c’est terrible). Les chapitres sont entrecoupés d’extraits de presse, qui apportent l’éclairage technique et documentaire nécessaire. On découvre ainsi qu’on appelle aujourd’hui ces enfants « de la Creuse », alors qu’en fait ils ont été déportés vers de nombreux autres départements français.
C’est vraiment bien construit ainsi : c’est clair, didactique sans être pesant, et cela laisse toute latitude au lecteur pour s’imprégner du sujet.

Côté graphismes, j’ai adoré le trait crayonné et les ambiances monochromes. J’ai trouvé ça un peu surprenant au départ, mais cela colle parfaitement au thème, comme à la structure du récit.

Bref, voilà une BD que je vous recommande plus que chaudement. Téhem y expose clairement le scandale de la déportation massive d’enfants réunionnais vers le continent, en s’attachant aux trajectoires particulières de personnages qu’il creuse un peu plus. Le choix narratif donne un aperçu très global de l’affaire et permet d’en mieux comprendre toutes les implications, sans juger, juste en exposant les faits (mais cela suffit pour qu’on en saisisse toute l’horreur).


Piments zoizos : les enfants oubliés de la Réunion, Téhem. Sous la supervision historique de Gilles Gauvin.
Steinkis, 2020, 159 p.

Le hasard a voulu que, juste après avoir terminé cette BD, mon appli de podcast lance l’épisode d’Affaires sensibles consacré au sujet. A écouter ici !