La Peur du sage, première partie, Patrick Rothfuss.

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 J’ai dormi des milliers de nuits et parcouru des milliers de kilomètres.
Je m’imaginais que tout serait très facile, une fois que je serais à l’Université. J’y apprendrais la magie et trouverais les réponses à toutes les questions que je me posais. Je croyais que tout se passerait aussi simplement que dans les livres de contes.
Et il aurait pu en être ainsi, si je n’avais pas eu le don de me faire des ennemis et de m’attirer les ennuis.
Cette histoire n’a rien d’une romance enlevée. Ce n’est pas une fable, où l’on revient d’entre les morts. Ce n’est pas un récit épique destiné à galvaniser les esprits.
Non. Nous savons tous de quel genre d’histoire il s’agit.
Quand quelqu’un vous raconte une partie de sa vie, c’est un cadeau qu’il vous fait.

Ce tome, je l’attendais avec impatience ; quand je l’ai eu, j’ai passé quelques semaines à le regarder sous toutes ses coutures, à penser à le lire, à envisager de l’ouvrir. J’ai repoussé, encore et encore, parce qu’après la claque du premier tome, j’avais très peur d’être déçue.

Aussi, lorsque je l’ai entamé et que je me suis rendue compte que, effectivement, j’étais déçue, imaginez l’ampleur du désappointement. Car si j’ai adoré retrouver le style de Rothfuss et reprendre les aventures de Kvothe, j’ai trouvé le début de ce tome bien long.
Le Nom du vent nous narrait les aventures de Kvothe de son enfance à ses quinze ans, grosso modo. Ici, le temps passe bien plus lentement ; on progresse d’à peine une année. L’auteur précise, expose, et retrace la vie de Kvothe avec une profusion de détails admirable. Seulement, on retrouve des thèmes déjà très largement évoqués dans le premier tome : les questions liées à l’Université, l’admission, les cours, les difficultés financières de Kvothe, qui rythment l’histoire, un peu à la manière d’un leitmotiv, ou encore la petite guerre puérile entre Kvothe et Ambrose.
Du coup, comme cela fait un peu redite, tout cela semble terriblement long.
Quoi qu’il en soit, retrouver l’univers de Rothfuss, l’ambiance de l’université, et tout ce qu’il a mis en place est très agréable ; on progresse quelque peu sur l’intrigue sous-jacente. Même si l’auteur distille les éléments au compte-gouttes, la progression se fait doucement – mais c’est parfois un peu frustrant.

Tout cela décolle finalement suite à une péripétie intéressante. L’intrigue évolue, les personnages aussi, et on retrouve un peu de la verve et de l’allant qui me plaisaient tant dans le premier tome. Pourtant, là encore, un point coince quelque peu : s’il est très agréable de changer d’air, certains développements sont un peu cousus de fil blanc, et c’est dommage, car cela manque un peu d’originalité, du moins pour qui est familier de la fantasy et/ou des récits d’aventure.
Cela étant, on rentre très facilement dans l’intrigue, qu’il s’agisse du récit de Kvothe, ou du présent. Il y a une sorte de décalage entre le Kvothe adolescent que l’on suit dans ses pérégrinations, désinvolte, pétulant, et Kote l’aubergiste, qui semble bien plus froid et détaché des choses ; ce simple petit accroc donne, forcément, envie de savoir comment on en est arrivé là. De plus, Rothfuss mène de front les deux intrigues, sans toutefois nous perdre ; le tout est d’une complexité bien agréable et, malgré quelques facilités scénaristiques, on ne peut qu’admirer la minutie dont il fait preuve.

En somme, pour apprécier pleinement ce tome, il faut accepter de se laisser porter par le rythme lent du récit de Kvothe ; loin des aventures trépidantes du tome 1, cet épisode est bien plus posé et contemplatif. Retrouver l’univers et le style de Patrick Rothfuss a été un vrai plaisir, que les quelques facilités scénaristiques ne réussiront pas, finalement, à entamer. Malgré la petite déception, j’ai apprécié la façon dont Patrick Rothfuss a étoffé peu à peu ses personnages, et fait progresser ses intrigues, bien qu’il soit avare en révélations. Si la fin présage d’une intéressante suite, j’espère qu’elle sera un peu plus dynamique et riche en découvertes. 

 

◊ Dans la même série : Le Nom du vent (1) ; La Peur du sage, deuxième partie (2).

 

La Peur du sage, première partie ; Chronique du tueur de roi, deuxième journée #2, Patrick Rothfuss. Trad. de Colette Carrière. Bragelonne, 2012, 574 p.
7,5 /10.

 

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8 commentaires sur “La Peur du sage, première partie, Patrick Rothfuss.

  1. Mypianocanta dit :

    Ah ! moi qui trouvais déjà le premier tome lent et n’avançant pas, je crois qu’il va falloir que je renonce à celui-ci vu ce que tu en dis.. Bon, comme il n’est pas à l’ordre du jour, je verrai le moment venu. Bonne suite 🙂

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    • Sia dit :

      Je crois que j’ai attaqué ce tome-là bille en tête, en oubliant que le premier tome avait aussi pris son temps pour s’installer ; du coup, je ne l’ai peut-être pas apprécié à sa juste valeur. Cela étant, si Kvothe et l’ensemble de l’univers t’a plu, tu aimeras peut-être aussi ce tome-là (il paraît qu’il faut le lire en rapproché avec l’autre moitié du tome).

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  2. Walpurgis dit :

    J’ai été légèrement déçue aussi surtout par le début où l’on retrouve les problèmes quotidiens de Kvothe et ça ne m’intéresse pas beaucoup. J’ai meiux apprécié le récit par la suite mais c’est vrai que cette lenteur est un peu exaspérante. Le premier tome l’avait aussi un peu laissé sur ma faim car certains passages m’avaient ennuyé aussi tel que Tarbean. Je continuerai la saga mais je vais laisser passer un peu de temps.

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    • Sia dit :

      C’est frustrant, parce qu’on le sait déjà et que ça prend beaucoup de place. On m’a dit qu’il fallait (au mieux) lire les deux parties du tome 2 à la suite, parce que la seconde partie est meilleure (et qu’elle a été conçue comme un tout). J’espère donc que c’est vrai !

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  3. Frankie dit :

    Tu as lu la 2e partie ? Parce qu’en VO, les deux parties ne font qu’un seul et même tome et même s’il y a des longueurs, on ne passe pas tout un tome à l’université. En tout cas, j’ai vraiment beaucoup aimé continuer l’histoire de Kvothe et j’adore la façon qu’à l’auteur de raconter son histoire.

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    • Sia dit :

      C’est ce que tout le monde m’a dit, mais vu que la suite n’est pas encore sortie, je fais durer le plaisir (même si, à la base, ça n’a pas du tout été pensé comme ça). 

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  4. Une des meilleures sagas fantasy que j’ai pu lire 🙂

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