Divided, Dualed #2, Elsie Chapman

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West Grayer en a terminé avec sa vie du tueuse à gages. Désormais accomplie, elle est déterminée à oublier du mieux qu’elle peut cette effroyable expérience, et à profiter de sa nouvelle et radieuse vie. 
Mais le Conseil ne l’entend pas de cette oreille, et cherche à la convaincre de reprendre du service, pour sauver les enfants de Conseillers. En échange ? Une offre tellement incroyable qu’elle en devient impossible à refuser… West tente de s’en accommoder mais lorsqu’un fantôme de son passé resurgit subitement, elle comprend que la situation est en train de lui échapper. 
Est-elle le chasseur… ou bien la proie ?

 

Après la très bonne surprise de Dualed, on attendait Divided au tournant. En effet, tous les points ou presque étaient résolus dans le premier tome alors… que pouvait nous réserver l’auteur dans le second ?
Loin de présenter une intrigue consistant à défaire le pouvoir en place pour le remplacer par autre chose de moins liberticide comme on pouvait s’y attendre (un classique en dystopie), Elsie Chapman poursuit plutôt dans la veine du thriller dystopique, en replongeant West dans ses errements passés. Avec un nouveau contrat de tueur en mains, West reprend du service en tant que chasseuse… et se pose à nouveau tout un tas de questions bien-fondées : sur elle-même, sur ses relations aux autres, sur son comportement, ou sur les actes qu’elle a commis et s’apprête à commettre. Car si elle a accepté ce contrat avec, à nouveau, les meilleures raisons du monde, elle doute tout de même du bien-fondé de son action.
Il y a donc une petite partie du livre qui ressemble au premier tome : questionnements intenses (quoique sur un autre registre que dans le premier volume), schéma de traque similaire, et doutes de West au premier plan… bien que le récit soit dynamique, que ce soit plus fondu dans le récit que précédemment, et que West ait clairement évolué depuis le premier tome (en se posant de toutes nouvelles questions), c’est un peu long, car tout cela laisse une certaine impression de déjà-vu.

Heureusement, un élément perturbateur ne tarde pas à apparaître, sous les traits d’un fantôme surgi tout droit du passé de West. Et là, il devient clair qu’elle a mis les pieds dans quelque chose qui la dépasse totalement. À partir de là, on retrouve l’ambiance survoltée du premier volume, car on plonge dans un thriller haletant : on se pose une foule de questions dont on ne découvre les réponses qu’en même temps que West, et on creuse le mystère. Le suspens est au rendez-vous : entre les questions et les rebondissements maîtrisés, la majeure partie du livre ne laisse pas au lecteur le temps de souffler.

Pour comprendre la place qu’elle tient, West doit déjouer le piège au centre duquel le Conseil l’a habilement placée, et chercher des réponses dans les endroits et auprès des personnes les plus improbables.
Ce volume est donc l’occasion d’approfondir les personnages. Si vous aviez trouvé West bien trop froide et robotique, ce tome-ci devrait vous réconcilier avec elle. Débarrassée de sa sordide mission initiale, c’est une jeune femme heureuse qui tente de s’épanouir, en profitant un maximum de ses proches. La reprise des missions l’entraîne de nouveau sur la pente de l’introspection et, si certaines questions recoupent ce que l’on a déjà vu, on apprécie l’évolution du personnage, qui la rend nettement moins froide que précédemment. Chord est également développé, quoiqu’il ne soit pas souvent sur le devant de la scène – et c’est un peu dommage.
Mais c’est surtout l’occasion d’approfondir des personnages que l’on a déjà croisés dans le premier volume… et qui cachent de multiples ressources.

De là, on en apprend également sur le passé et les fondements de la cité, on comprend mieux pourquoi et comment on en est arrivés là, et l’univers s’étoffe, proposant d’intéressantes perspectives. La fin du roman, extrêmement ouverte, m’a éminemment plu et s’avère très adaptée à la fois aux personnages, et au genre d’univers présenté. Si cette fin laisse, en effet, quelques questions en suspens, elle permet au lecteur de tout imaginer sur la suite, et s’avère diablement optimiste. Ce qui n’est pas rien, surtout dans un univers aussi sombre que celui de Kersh.

Divided, comme Dualed, se démarque des dystopies à la mode. D’une part en présentant une intrigue qui tient plus du thriller sur fond dystopique (sachant que cet aspect est également bien travaillé), mais surtout parce que le roman ne met pas en scène une révolte contre le gouvernement. A l’instar de Legend, de Marie Lu, il est plutôt question de faire avec l’existant, et d’adapter, éventuellement, les choses. Mais, contrairement à la série de Marie Lu, les personnages ne se dressent pas contre le système : ils tentent, comme tout un chacun, de s’en sortir avec leurs moyens, à leur niveau, sans remettre toute une organisation en cause. Atypique ? Oui, certainement. Mais aussi très réaliste.
Dans le premier tome, c’était l’attitude de West que l’on trouvait extrêmement réaliste, avec sa manie de fuir ses responsabilités plutôt que de les affronter. Ici, le réalisme réside à nouveau dans l’attitude des personnages, qui ne vont pas systématiquement chercher à détruire le gouvernement, à annihiler l’autarcie de Kersh (après tout, qui sait ce qui rôde à l’extérieur ?), ou à révolutionner la vie de tous leurs concitoyens. Ils se concentrent plutôt sur leur survie immédiate, et leurs propres problèmes. Ce n’est peut-être pas très noble, ni très altruiste, mais ça a le mérite de n’être ni exagéré, ni tiré par les cheveux mais, encore une fois, étonnamment concret et réaliste. Les personnages sont extrêmement humains, et cette profonde humanité correspond aux enjeux de cette histoire vraiment pas banale du point de vue du traitement.
Finalement, c’est peut-être le gros point fort de Divided (et de la série dans son ensemble) : l’intrigue est assez classique, quand on y pense (univers dystopique et post-apocalyptique, une ville vivant en autarcie, un complot à déjouer digne d’un thriller, un couple qui surnage), mais l’auteur prend le contre-pied des poncifs du genre pour proposer des personnages auxquels on n’a pas toujours envie de s’identifier, et une intrigue qui ne traite pas d’un soulèvement populaire. L’univers est très sombre, présenté comme n’ayant aucune alternative, et ce n’est pas toujours facile ni agréable à lire (après tout, qui a envie de s’identifier à des personnages qui se résignent ?).

En conclusion, Divided tient les promesses de Dualed, et pousse encore un peu le concept, tout en gommant les défauts du premier. L’intrigue est plus maîtrisée (pas de rebondissement improbable cette fois), le suspens encore plus haletant ; les personnages, déjà très étoffés, sont creusés encore un peu plus, ce qui amène de bien intéressantes questions. Leur psychologie est vraiment au centre de l’histoire, et leurs questionnements permettent d’enrichir un univers assez dense et bien construit. La fin, extrêmement ouverte, insuffle un léger souffle d’espoir dans une situation plutôt sombre, et laisse quelques questions en suspens, qui invitent le lecteur à la réflexion. Vraiment, Divided remplit toutes les fonctions que l’on attend d’un bon roman de dystopie. 
Si le premier vous avait déplu par son aspect très froid, lisez tout de même la suite : West s’humanise, et ce n’est pas désagréable. Si, en revanche, le premier vous avait séduit, cette fin devrait également vous plaire, car elle développe tous les bons points de la série !

◊ Dans la même série : Dualed (1)

 

Dualed #2,Divided, Elsie Chapman. Lumen, 2014, 375 p.

 

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4 commentaires sur “Divided, Dualed #2, Elsie Chapman

  1. Ptitetrolle dit :

    Merci pour ta chronique qui me pousse à donner sa chance à ce second tome, malgré les défauts que j’avais pu trouver au premier (et en même temps, j’ai gagné Divided à un concours, donc je n’ai aucune excuse pour ne pas lire cette suite. L’enjeu est plutôt de savoir combien de temps il va rester dans ma PAL avant d’être lu^^)

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    • Sia dit :

      De rien ! J’avais bien aimé plein de points dans le tome 1, même s’il est difficile de s’attacher à West, mais je trouve celui-ci plus abouti. J’ai beaucoup aimé la fin 🙂 (je ne sais pas si ça te convaincra plus ou pas ^^)

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  2. Milo dit :

    Le premier tome m’avait déçu. Le second encore plus…

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