La Faucheuse #1, Neal Shusterman.

Les commandements du Faucheur :     
Tu tueras.
Tu tueras sans aucun parti pris, sans sectarisme et sans préméditation.
Tu accorderas une année d’immunité à la famille de ceux qui ont accepté ta venue.
Tu tueras la famille de ceux qui t’ont résisté.

Dans le futur, le monde a fait de grandes avancées scientifiques. En 2042, le Cloud est devenu le Thunderhead, une super intelligence artificielle qui règle aussi bien les problèmes de gouvernement (il n’y en a plus un seul) que l’éducation des orphelins.
Dans un monde où on a vaincu la mort depuis des lustres, seuls les Faucheurs dûment ordonnés par la Communauté sont en droit et en capacité de glaner (le terme politiquement correct pour « tuer ») des gens, selon des quotas et des règles très stricts – tout contrevenant est censé être sévèrement discipliné. En tant que tels, les Faucheurs sont craints, mais aussi vénérés.
Le jour où Maître Faraday se présente à l’appartement de la famille Terranova, simplement pour prendre le dîner, selon ses dires, Citra s’inquiète et s’insurge devant la cruauté du traitement que le Faucheur inflige à sa famille (va-t-il glaner quelqu’un ? Si oui, qui ? Et pourquoi leur infliger sa présence ?). Quelques jours plus tard, le même Maître Faraday vient glaner un élève du lycée de Rowan Damish, un adolescent issu d’une famille tellement nombreuse que personne ne se soucie vraiment de lui. Mais Rowan s’interpose puis accompagne son camarade dans ses derniers instants, ce qui lui vaut de devenir le bouc émissaire du lycée, tout le monde le soupçonnant d’avoir, au mieux, exigé la mort de son camarade, au pire, des accointances avec les Faucheurs. Aussi, lorsque quelques mois plus tard Maître Faraday vient prendre en apprentissage Citra et Rowan, aucun ne voit son arrivée d’un très bon œil. Aucun des deux ne veut devenir un faucheur et c’est pour cela que Maître Faraday les a choisis pour les former. Pourtant, il reste un peu d’espoir à l’un d’eux. A l’issue de leur apprentissage, seul l’un d’entre eux deviendra faucheur ; le perdant retournera à sa vie d’avant. Mais la Communauté des Faucheurs ne voit pas cette mise en compétition d’un très bon œil…

Voilà pour un petit bout de résumé. Si vous êtes familiers du blog, vous savez déjà que Neal Shusterman a sa place parmi les auteurs chouchou des lieux. Aussi commencé-je le roman avec quelques appréhensions : serait-il aussi bon que Les Fragmentés  et La Trilogie des Illumières ? Verdict !

Dès les premières pages, Neal Shusterman nous offre une double plongée dans son univers avec, d’une part, le récit de ce qu’il s’y passe dans le présent et, d’autre part, des extraits des journaux de bord des différents faucheurs que l’on croisera (Dame Curie, Maîtres Faraday ou Goddard, ou d’autres encore). Par l’entremise de ces deux points de vue, on se fait donc assez rapidement une idée de ce dans quoi on met les pieds. Rapide mais, ceci dit, pas encore bien nette car l’univers dans lequel évoluent Citra et Rowan est truffé de faux-semblants et autres apparences trompeuses. Ainsi, Maître Faraday nous fait découvrir le microcosme des Faucheurs, leur art de vivre, leur philosophie, leurs règles et leurs mantras. L’ennui, c’est que cette organisation, qui semble — à tous points de vue ! — rodée et idéale, comporte ses outsiders et ses objecteurs de conscience. Ceux-ci sont menés par un Faucheur à l’extrême mauvais goût, qui dévoie sans aucune vergogne les principes maîtres de sa caste.

Ainsi, comme souvent dans les romans de Shusterman, on part de petits points qui peuvent sembler banals mais qui, à l’usage, s’avèrent particulièrement révélateurs. L’intrigue bascule donc très vite sur un plan politique, avec moult échauffourées de Faucheurs aux points de vue diamétralement opposés à la clef. Les personnages qui portent l’intrigue sont d’ailleurs particulièrement réussis. Ils sont profonds et particulièrement touchants (pour la plupart) ; l’auteur leur fait se poser de bonnes questions en lien avec la profession qu’ils doivent exercer. Celles-ci tournent donc essentiellement autour de la mort, du deuil et de l’acte de tuer, avec tout ce qu’il implique. Alors, certes, c’est assez glauque, mais c’est aussi absolument passionnant.

Au premier abord, l’intrigue peut sembler linéaire mais Neal Shusterman maintient la tension constante grâce à des rebondissements plus échevelés et surprenants que les autres – mais néanmoins logiques dans l’histoire. L’histoire est tout simplement haletante et il est vraiment très difficile de s’arrêter entre deux chapitres.

J’ai ouvert le roman avec quelques attentes, qu’il a hautement comblées. J’y ai retrouvé tout ce que j’aime chez Shusterman : des personnages très humains, des questionnements profonds amenés par une intrigue soignée et particulièrement prenante et, comme souvent, un ton cynique particulièrement efficace. De plus, le roman a la double qualité de faire office de très bonne porte d’entrée sur l’univers des Faucheurs et d’excellent singleton : l’intrigue apporte une vraie conclusion – et, si l’univers a plu, la tenace envie d’en savoir plus. J’ai toutefois regretté le choix de traduction du titre qui gâche, à lui seul, une grosse partie de l’intrigue ; dommage que le titre VO n’ait pas été conservé ! 
Neal Shusterman nous fait découvrir, encore une fois, un futur peu enviable, mais qu’il questionne avec un grand talent : il ne m’en fallait pas beaucoup plus pour avoir un énorme coup de cœur. 

La Faucheuse #1, Neal Shusterman. Traduit de l’anglais par Cécile Ardilly.
R. Laffont, février 2017, 493 p. 
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24 commentaires sur “La Faucheuse #1, Neal Shusterman.

  1. J’ai beaucoup aimé ce livre aussi =)

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  2. Une très bonne lecture avec ce roman ! 🙂

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  3. plumesdelune dit :

    J’ai lu chez une copine que la traduction l’avait aussi un peu troublée (et ce tout au long du bouquin). En tout cas, les avis convergent plutôt sur ce titre : il a l’air très bon !
    Question anodine : tu vas aux Imaginales ?
    Bises
    Kin

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  4. Acr0 dit :

    Je ne connaissais pas Shusterman, j’ai découvert sa plume avec La faucheuse. J’ai bien apprécié ce roman, avec des éléments d’intrigue que je n’ai pas vus venir. C’est plutôt bien traduit (ça aide). Bref, une chouette aventure sans prétention 🙂 C’est bien une trilogie en devenir ?

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    • Sia dit :

      C’est présenté comme tel, en effet. Si tu as apprécié La Faucheuse, je te recommande très chaudement Les Fragmentés, une tétralogie (dystopie post-apo) qui (à mon avis) sort vraiment du lot.

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  5. Et bien dis donc, ça donne envie! J’avoue que je suis souvent un peu frileuse avec les livres de la Collection R!

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  6. bouchondesbois dit :

    Mais mais mais… OH ! Honte à moi, je suis passée dessus sans y jeter un œil. J’ai eu tort, manifestement ! Merci Sia, je file y regarder de plus près 😀 (et re-honte, je n’avais même pas fait le lien avec Les Fragmentés)

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    • Sia dit :

      Il n’y a pas de honte à avoir ! Shusterman fait partie de mes chouchous, donc j’essaie de rester à l’affût sur ses futures parutions 🙂
      En tout cas, j’espère que La Faucheuse te plaira !

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  7. Nelcie dit :

    Ce livre m’intrigue ! je le croise souvent sur la blogo, ces derniers temps

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  8. Il y a des coups de cœurs de partout pour ce livre !
    Il me tente tellement ❤ 😀

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  9. Tu enfonces joliment le clou de la tentation avec ta chronique !!! Ce titre vient vite rejoindre Les Fragmentés dans ma wish-list, histoire de me faciliter la tâche dans mes futurs choix, c’eût été bien trop simple ^_^ Merci 🙂

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    • Sia dit :

      Hehehe ! En ce qui me concerne, Shusterman est une valeur sûre 🙂
      Si jamais, il y a aussi sa trilogie des Illumières, qui est très différente (c’est plutôt fantastique) mais tout aussi bonne.

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  10. Ce roman m’intrigue de plus en plus. Je vois pas mal d’avis ultra positifs donc je pense me lancer moi aussi.

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