The Scorpion rules #1, Erin Bow.

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La première règle, pour éviter la guerre ? En faire une affaire personnelle… Très personnelle.
Duchesse de Halifax, princesse de la Confédération panpolaire, mais surtout… otage. Je m’appelle Greta Stuart, et ma vie ne tient qu’à un fil. Il y a quatre cents ans, une série de terribles conflits liés au changement climatique a ravagé la planète : guerres, famines, inondations, exodes… Débordées, les autorités ont fait appel à une intelligence artificielle omnisciente pour tenter de mettre un terme au massacre. Mais Talis – c’est son nom – a vite pris son indépendance et le contrôle du monde. Désormais, il garde en otages les fils et filles des grands dirigeants de la planète. À la première déclaration de guerre, les héritiers des deux camps concernés sont froidement exécutés.
Il me reste seize mois à tenir, seize mois avant d’avoir dix-huit ans et de pouvoir quitter le Préceptorat où je suis prisonnière depuis l’âge de cinq ans. Mais l’arrivée d’un nouveau pensionnaire, venu du pays voisin du mien, va tout changer. Elián, qui ne cesse de défier Talis, de mépriser les règles qui régissent notre existence, met nos vies à tous en danger. Malgré tout, son esprit de révolte est contagieux. La résistance serait-elle possible ? Car nous le savons tous : le pays natal d’Elián va forcément finir par déclarer la guerre au mien…

Mais que voilà un roman étrange et intrigant ! L’histoire est centrée autour de Greta, une jeune princesse-otage très – trop ! – consciente de la position délicate dans laquelle elle se trouve. Au début de l’histoire, elle pense mourir assassinée en même temps que le jeune otage américain, leurs deux pays étant en bisbilles. Mais seul Sidney meurt… et se trouve rapidement remplacé par Elián, otage du Cumberland, et forte tête s’il en est. La vie de Greta était déjà menacée, elle ne tient désormais plus qu’à un fil.
Ainsi, le roman place le lecteur sous tension constante, d’autant que l’on s’aperçoit assez vite que les têtes couronnées ne tiennent pas nécessairement à leur progéniture…

Le roman se déroule en quasi-totalité en huis-clos, au sein du Pensionnat, dans une ambiance feutrée vraiment appréciable. Car les jeunes pensionnaires sont – peu ou prou – tenus à l’écart du monde, mais en même constamment baignés dans ces relations internationales ô combien crispées. Ce flot d’informations parfaitement contrôlée permet, évidemment, de garder la main-mise sur eux et de leur rappeler à quel point leur existence et précaire, ce qui contribue grandement au suspens général.
Comme dans tout huis-clos, l’essentiel de l’intrigue repose sur les personnages. Et, curieusement, Greta et Elián ne sont ni les plus intéressants, ni les plus charismatiques. La première est quelque peu torturée, ce qui s’explique par 11 ans de captivité. De fait, elle fait parfois un peu girouette, avec pas mal d’atermoiements et, parfois, des prises de positions qui se contredisent – somme toute, elle est très humaine. Mais, au fil des pages, elle grandit et on se surprend à s’attacher à sa personnalité un peu froide et distante. Elián, de son côté, semble plus fade : c’est un ado rebelle assez classique, sans grande consistance, mais avec un intéressant sens de la répartie. L’opposition entre les deux est intéressante : Greta est partisane de la soumission, Elián de la rébellion et, contrairement aux clichés du genre, c’est plutôt la première qui retient l’attention du lecteur – Elián manquant quelque peu de recul et d’esprit critique, contrairement à Greta qui a une bien meilleure perception des enjeux.

Mais si on ne s’attarde guère sur le jeune premier, c’est parce que les personnages secondaires, eux, sont à la hauteur. Hormis la palme du manichéisme qui revient à la grand-mère d’Elián, les autres rattrapent le coup avec des personnalités équilibrées et intéressantes. Ainsi, l’Abbé, geôlier en chef, déroute. On ne sait s’il est du côté des otages, du côté de Talis, un peu des deux, s’il ment, s’il doute, lui aussi. Et ce questionnement est très réussi – et assez surprenant, de la part d’une intelligence artificielle. L’autre grande IA de l’histoire, c’est Talis, bien sûr, dont le curieux sens de l’humour et de la justice fait placer une atmosphère à la fois grinçante et inquiétante sur le récit.
Mais s’il ne fallait retenir qu’un seul personnage, ce serait Da-Xia, dite Xie, la meilleure amie et cothurne de Greta. Héritière d’un empire – céleste – asiatique, la jeune fille a fait des poses énigmatiques et des décisions très personnelles ses religions – et cela fonctionne merveilleusement. Malheureusement, l’intrigue est telle qu’elle ne laisse pas toujours assez de place aux personnages pour les développer, ce qui nous laisse parfois avec un sentiment de trop peu.

Celle-ci privilégie la politique par rapport aux scènes d’action, ce qui change un peu des dystopies habituelles. Ceci étant, le roman n’est ni lent, ni totalement dépourvu d’adrénaline et de suspens : on se surprend donc à tourner les pages à toute allure à plusieurs reprises ! Là où le roman est original, c’est qu’il mêle des thèmes archi-classiques des dystopies pour adolescents à des péripéties et retournements de situations plus originaux. Ainsi, on n’échappe pas aux tartes à la crème du genre comme la prise de conscience tardive (mais celle-ci est totalement inattendue et surprenante !), le méchant très méchant (mais ce n’est pas forcément celui auquel on pense), ou la traditionnelle romance saupoudrée de triangle amoureux (bien que, dans un cas comme dans l’autre, ça ne se déroule pas du tout comme on aurait pu, au premier abord, l’envisager). Il en résulte, du coup, un curieux mélange de clichés particulièrement communs, tournés de façon originale. Aussi déroutant que surprenant ! Et ce n’est pas l’audacieuse conclusion qui nous ramène sur les sentiers de la banalité ; Erin Bow donne une nouvelle orientation pleine de suspens à son roman.

Alors que la dystopie est un genre qui peine à se renouveler, Erin Bow propose le premier tome étonnant d’un diptyque qui parvient à aligner tous les lieux communs du genre, en les détournant fréquemment. Ainsi, ce premier tome peut parfois sembler ce qu’il y a de plus classique, avant d’exploiter une orientation pour le moins originale. Il en résulte un récit étonnant, prenant à souhait et particulièrement stimulant !

The Scorpion Rules #1, Erin Bow. Traduit de l’anglais par Jean-Baptiste Bernet. Lumen, avril 2016, 407 p.

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2 commentaires sur “The Scorpion rules #1, Erin Bow.

  1. plumesdelune dit :

    ah non pas du manichéisme ! Bon si il y a qu’un seul personnage concerné, je pourrais peut-être faire avec. Et puis si il détourne un peu les clichés du genre c’est pas mal non plus. A voir donc…
    Bises
    Kin

    J'aime

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