J’ai tué Philippe II de Macédoine, Isabelle Dethan.

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Moi, Pausanias d’Orestide, j’ai tué Philippe II de Macédoine, le père d’Alexandre le Grand, pour assouvir ma soif de vengeance. Mais par les dieux, je vous le jure, je n’ai été qu’un jouet entre les mains impitoyables des rois de ce monde…

Vents d’Ouest lance une nouvelle série historique thématique. Après Communardes, dont les trois tomes mettent Lupano et un(e) illustrateur/trice aux commandes de chaque tome, l’éditeur propose une collection revisitant l’Histoire, par les meurtres qui l’ont marquée, en choisissant le point de vue original du meurtrier ; chaque album a été confié à un ou plusieurs auteurs de bande-dessinée. Pour le troisième volume (sur 5), c’est Isabelle Dethan qui revisite l’Antiquité et le meurtre de Philippe II de Macédoine.

Cette fois, Isabelle Dethan explore la Grèce Antique et la succession entre Philippe de Macédoine et le futur Alexandre le Grand.
L’histoire débute au moment où Philippe s’apprête à prendre une nouvelle épouse, la jeune et belle Cléopâtre. Or, si le roi apprécie son grand fils, déjà héros de guerre, Cléopâtre est bien décidée à ne pas sacrifier sa beauté et sa jeunesse pour rien : sa descendance prendra place sur le trône de Macédoine.
On commence donc par un tour d’horizon des personnages : Alexandre, bien sûr, jeune guerrier prêt à tout pour faire ses preuves ; Olympias, sa tyrannique mère, peu disposée à être écartée du palais par une pimbêche ; Philippe, qui semble peu réceptif aux intrigues l’entourant ; Pausanias, qui a, semble-t-il, une revanche à prendre…

La bande-dessinée est à la fois très didactique et très romanesque : la charge de notions relatives à l’histoire et à l’écheveau politique à mettre en place n’est jamais pesante. Isabelle Dethan installe, peu à peu, les éléments d’intrigue qui mettent en place un fort suspens. De fait, on sait que Philippe va mourir, on sait par la main de qui, mais on ignore comment et pourquoi, ainsi que la façon dont tous les protagonistes s’inscrivent dans l’histoire.

Comme dans ses autres albums, elle fait évoluer les personnages dans des décors aux détails aussi soignés que fouillés. À vrai dire, la beauté des planches vaut, à elle seule, le détour.

L’auteure offre aussi à ses personnages une agréable profondeur psychologique. Il est particulièrement intéressant de voir comment Alexandre passe, peu à peu, de fils aimant à comploteur et assassin. De même, sous des dehors hautement antipathiques, Philippe finit par s’avérer touchant en père soucieux de descendance.
Mais c’est avec ses personnages féminins qu’Isabelle Dethan fait très fort : l’histoire est, en effet, portée par l’antagonisme entre Olympias et Cléopâtre. Chacune a conscience de n’être qu’un pion sur l’échiquier des puissants et chacune le déplore, puisqu’elles s’exclament respectivement :

« Je hais ce monde, où il y aura toujours un homme pour nous dicter sa volonté, à nous autres femmes ! »

Et, un peu plus tôt :

« Oh, par les dieux… Pourquoi ne puis-je épouser un beau et jeune prince ? Tiens, même cet Alexandre ferait l’affaire…
– Maîtresse, tais-toi, tu ne sais plus ce que tu dis…
– Ne t’inquiète pas Eleni, je saurai tenir mon rôle, et je prendrai ma revanche… Je sacrifie ma jeunesse, ma beauté et mes rêves. J’entends bien, en échange, installer mon sang sur le trône de Macédoine. »

Que vous soyez ou non déjà convaincus par le travail d’Isabelle Dethan, vous devriez jeter un œil à cette bande-dessinée qui a le double mérite d’être sublime et instructive. Elle y revisite l’Histoire avec un talent graphique indéniable et noue l’intrigue avec beaucoup de talent. Encore une belle réussite à noter à son palmarès !

J’ai tué Philippe II de Macédoine, Isabelle Dethan. Vents d’Ouest, septembre 2015, 56 p.

◊ De la même auteure : Les Ombres du Styx, Le Maître de l’Éternité (1) ; Les Ombres du Styx, Vox populi (2) ;

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4 commentaires sur “J’ai tué Philippe II de Macédoine, Isabelle Dethan.

  1. +1 dans ma wishlist. Ca a l’air vraiment bien !

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  2. Lupa dit :

    Rien que pour la beauté des planches, je me serais laissée tenter ! Mais si en plus la psychologie des personnages est travaillée, et le récit instructif, je n’ai plus qu’à dire à ma liste d’envies d’ouvrir ses portes, merci 🙂

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