L’Héritière #1, Melinda Salisbury

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À 17 ans, Twylla a un destin tout tracé : elle est l’élue, l’incarnation de Daunen, la fille du dieu de la vie et de la déesse de la mort. Promise au prince, elle vit depuis ses 13 ans au château de Lormere, mais ne mène pas grand train. Twylla est l’exécteur de la reine. Incarnation divine, elle est nourrie chaque mois d’un poison mortel contre lequel elle est immunisée, l’aubemorte, et elle exécute les traîtres, juste en apposant ses mains sur leur peau. 
Petite, Twylla pensait qu’être Daunen était merveilleux. Mais depuis qu’elle a dû exécuter son seul ami pour haute trahison, cet statut lui pèse et l’isole cruellement du reste des mortels. 
Alors quand son nouveau garde, Lief, un jeune homme impertinent et bien fait de sa personne, commence à se rapprocher d’elle, Twylla se laisse naturellement aller aux confidences… mais aussi aux sentiments. 
Au diable son fiancé le prince, au diable la reine ! Twylla veut vivre comme une jeune fille normale. Mais quand on est le bourreau du royaume, enfermée dans une tour, cernée par les manipulateurs et le mensonge … trouver la vérité devient une priorité pour Twylla si elle veut survivre. 

Voilà un roman qui démarrait fort bien : faire de l’héritière au trône l’exécuteur de la reine, une jeune femme à la peau empoisonnée que personne ne peut toucher, était une très bonne idée. D’ailleurs, l’univers en général est plutôt intéressant. En plus d’être Daunen incarnée, Twylla est la fille de la Mangeuse de péchés (d’où le titre anglais de la saga). Lorsqu’une personne meurt, son cercueil est couvert de victuailles censées représenter les péchés commis : graines de fenugrec fraîches pour la tromperie, œufs cocotte pour les voleurs, foie de cheval bouilli pour les enquiquineurs, corbeau pour les meurtres…  La Mangeuse de péchés est appelée durant la cérémonie pour consommer les plats posés sur le cercueil, ce qui permet de libérer l’âme du mort. Evidemment, en regardant les plats, on peut reconstituer la vie du défunt.
À cela s’ajoute une mythologie fondée sur un couple divin opposé, l’une étant la déesse de la mort associée à la lune, l’autre le dieu de la vie associé au soleil : classique, mais la présentation fonctionne, bien que les explications ne soient pas très claires au départ. Malheureusement, cette religion prend, finalement, peu de place dans l’intrigue : cela aurait mérité d’être un peu plus creusé.

En revanche, côté politique, il y a de quoi se mettre sous la dent. Lormere est une lignée séculaire, et dont les souverains ont le sang pur. Pour préserver cette pureté, chaque couple régnant met au monde (au moins) une fille et un garçon… et les aînés sont mariés entre eux. Or, la génération de Twylla est une génération problématique : Alianor, la princesse véritable, est décédée, et Merek est dépourvu d’épouse. Le marier à Twylla, incarnation divine, devrait remettre le royaume sur le droit chemin. Cette histoire de consanguinité va assez loin : la reine, pour essayer d’avoir un autre enfant, s’est remariée à un de ses cousins, et en l’absence d’une héritière divine, était prête à toutes les compromissions pour préserver la pureté du sang. C’est glauque, mais l’auteur va au bout de ce qu’elle a envisagé.
Le royaume est très encaissé, bordé par le Tregellan, plus avancé à tous points de vue et Tallith, un royaume déchu, mort, terreau d’un certain nombre de légendes. Celles-ci prennent, au fil de l’intrigue, de plus en plus d’importances pour, à la fin, prendre une importance absolument capitale ; cet ensemble est extrêmement intéressant mais, malheureusement, cela arrive franchement tard : tout à coup, ce qui n’étaient que vaguement des contes pour enfants arrive au premier plan, et il ne reste guère plus qu’un chapitre à lire.

Ce démarrage tardif est, en fait, valable pour l’ensemble du roman. Le début est plutôt long : on suit Twylla dans tous ses instants (vu que c’est elle qui narre l’histoire) et c’est un peu plat, au final. Les dialogues manquent de piquant, le déroulement est prévisible à souhait… si ce n’étaient les petites touches qui viennent nous faire découvrir la richesse de l’univers, L’Héritière serait un premier tome plutôt poussif.

D’autant que les personnages ne sont pas suffisamment travaillés pour être intéressants : Twylla n’est pas toujours cohérente et, bien qu’elle ne cesse de parler de son devoir à accomplir, elle manque clairement de maturité. Elle est terriblement naïve et a échangé une vie de servitude contre une cage dorée, s’imaginant que cela irait mieux. Illettrée (la reine estime qu’elle n’a besoin ni de savoir lire, ni de savoir écrire), soumise (elle obéit en tous points à la reine et s’apprête à souscrire à un mariage arrangé sans sourciller), terriblement isolée à cause de son pouvoir (même ses gardes se font muter pour ne pas risquer de mourir), on comprend qu’elle s’attache aussi vite et aussi profondément à Lief, qui montre un minimum d’intérêt et de sollicitude pour elle. Twylla est vraiment nouille mais, finalement, on s’attache à elle, bien qu’elle soit affreusement stéréotypée, parce qu’on comprend rapidement qu’elle n’est, en définitive, qu’une marionnette, quand elle pense être celle qui tire quelques ficelles.
Côté hommes, Lief et Merek ne se révèlent malheureusement que sur la fin et, à nouveau, sortent assez peu du stéréotype dans lequel on les fait entrer au départ.

C’est donc la fin du roman qui concentre toute l’action, les meilleurs rebondissements et retournements de situation. L’aspect politique s’étoffe nettement, mais d’un seul coup, les légendes dont on nous parle dès le départ prennent de l’importance, et l’intrigue s’achève en apothéose ! Si le début est excessivement long et plat, la fin relève vraiment le niveau. L’épilogue, de son côté, donne envie de lire la suite, grâce au cliffhanger sur lequel s’achève le roman mais l’ellipse qui sépare le dernier chapitre de la fin du roman laisse le lecteur un peu sur sa faim.

L’Héritière a donc été une lecture en demi-teinte, finalement. Les personnages sont stéréotypés, l’intrigue met un temps infini à démarrer et ne surprend guère – même dans ses rebondissements les plus marquants. Mais tout cela se déroule dans un univers vraiment intéressant et bien mis en scène. Si les personnages manquent un peu de profondeur, ils vont en s’étoffant, et ce que l’on en découvre au fil des chapitres laisse envisager des personnages un peu plus creusés dans la suite, et aux relations intéressantes. De plus, on a la sensation que ce n’était qu’un tome d’exposition, et que la situation dans la suite va être totalement différente. L’Héritière manque un peu de piquant pour être fascinant, mais propose néanmoins un univers intéressant et que l’on sent riche ; verdict au tome suivant, donc. 

L’Héritière #1, Melinda Salisbury. Gallimard Jeunesse, avril 2015, 326 p. 

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8 commentaires sur “L’Héritière #1, Melinda Salisbury

  1. Lupa dit :

    Ton avis en demi-teinte laisse tout de même sa chance à une suite plus exaltante ^^ Mais je vais jouer la prudence et attendre que celle-ci sorte et recueille de bonnes critiques avant de m’y intéresser… Un peu de sagesse ne fera pas de mal à ma PAL 😀 Merci !

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  2. Flora dit :

    Bon, bon, bon… Je ne sais pas trop si me lancer ou non, j’hésite diablement. D’un côté l’aspect politique a l’air super intéressant et j’aime bien l’héroïne qui tue les gens par le toucher (même si pense tout de suite à X-Men meuh bon), maiiiiis… les stéréotypes me rebutent un peu. A voir, donc !

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    • Sia dit :

      Eh bien dans le genre X-Men, tu as Red Queen ! Il y a une nana qui manipule le métal (genre Magnéto) et c’est justement à cause d’elle que Mare se fait repérer !
      Pour L’Héritière, il y avait PLEIN de bonnes idées mais… mais le potentiel n’est pas réalisé sur ce premier tome 😦

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  3. DarkToy dit :

    Je ne sais pas trop si ton avis m’a donné super envie de lire ou pas du tout xD des éléments me tentent énormément (la mythologie a l’air super intéressante et la dimension politique bien glauque) pourtant tout ce que tu pointes du doigt me rebute vraiment… Je ne vais donc pas me précipiter et attendre un peu ^^

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    • Sia dit :

      Je ne sais pas si je dois être réjouie ou navrée ! La situation politique est en effet bien glauque : je n’ai pas pu aborder le summum du glauque car ça aurait spoilé plusieurs ressorts dramatiques mais de ce côté-là, il y avait de quoi faire, en effet. Et c’est vrai que la mythologie ne manque pas d’intérêt. De mon côté, je ne sais pas si je suis chaude pour lire la suite.

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