Même pas peur, Ingrid Astier.

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Ils sont trois : deux garçons et une fille, la séduisante Mica, qui semble si inaccessible à Stephan, mais tellement proche des bras de Phil, son meilleur ami. La jalousie de Stephan s’insinue en lui comme un poison qui vient ternir les jours lumineux de l’été. Alors que le trio se lance dans la traditionnelle chasse au trésor qui les rassemble chaque année sur l’île d’Yeu, s’accrochant une dernière fois à l’enfance, Stephan se sent prêt à tout pour exister aux yeux de Mica. 

Sur l’île d’Yeu, ce sont les vacances d’été. Comme tous les ans, Stephan – «comme éléphant, pour pas que ça fâne» – retrouve Phil, son meilleur ami, et Mica, la séduisante Mica. Aux cris des « Même pas peur ! », Stephan et Phil multiplient les prouesses physiques. Mais voilà, la saine amitié a, peu à peu, évolué en féroce compétition, dont le trophée serait Mica. Mica dont Stephan ose à peine rêver, et qui semble tellement, tellement proche des bras de Phil.
Lorsque débute la traditionnelle chasse au trésor, que les ados vivent comme un dernier trait d’union avec une enfance insouciante, c’est avec dépit, colère et une pointe de chagrin que Stephan part à l’attaque des énigmes.

Rapidement, ses émotions forment un maelström de plus en plus envahissant. Bouillonnant, énergique, le jeune homme est totalement perdu, terrifié même, par ce qu’il ressent. Alors qu’il tente (tant bien que mal) d’ignorer les piques de son ami, de faire bonne figure et de se concentrer sur la chasse, l’amour est la seule chose qui le préoccupe. Gnangnan, Même pas peur ? Absolument pas. Ingrid Astier a su saisir la voix de cet adolescent et nous sert un personnage certes torturé, mais agréablement complexe, et dont les questions sont aussi pertinentes que percutantes.

« Et quand je serai adulte, le col serré dans une chemise, à traiter de grandes affaires avec l’air le plus sérieux du monde, est-ce que l’amour restera le seul sujet ? Est-ce que je parlerai bilan de l’année, tandis que mon cœur, sous ma belle chemise blanche, continuera de saigner ? »

Que l’on soit ado ou pas, difficile de ne pas entendre la voix de Stephan !
Même pas peur parle donc de l’acceptation de soi, du dépassement de soi-même et, fatalement, d’amour. De façon très intelligente et très sensible !
Choisir un garçon pour raconter cette histoire est assez original pour être souligné : trop souvent, c’est à la fille qu’on attribue des sentiments complexes et torturés, et les trouver ici formulés par un jeune homme bouillonnant littéralement sous la puissance de ses émotions (sans être gnangnan pour deux sous !) est aussi rafraîchissant que précieux !
Les personnages sont tous bien construits, complexes, et ont des choses intéressantes à faire entendre. Parmi eux, et non des moindres, l’île d’Yeu, qui tient quasiment un rôle à elle toute seule tant les descriptions sont soignées.

«En temps normal, le moindre doute aurait suffi à me refermer. J’étais loin d’être moche, mais pour que je saute sur une fille, il fallait qu’elle ait tracé une ligne tellement claire que je savais que je n’irais pas me brûler. C’est à coups de surligneur que je comprenais. Contradictoire, je sais, vu les discours qu’on tenait sur l’audace. Mais, en matière de sentiments, je le dis, peu d’hommes ont le courage de leurs couilles.»

Le roman est extrêmement bien écrit : c’est fluide, prenant à souhait, bourré d’énergie et de références musicales (les pistes sont listées en fin de roman). L’histoire tient sur une seule journée et en un seul lieu, un peu à la manière des tragédies grecques. Et si la fin n’est pas tragique comme dans les règles de l’art, les personnages y affrontent des dilemmes peut-être pas cornéliens, mais induisant de douloureuses et profondes réflexions.

Même pas peur est donc un excellent roman adolescent, qui parle à merveille de cette période pleine de tensions et de questions, servi par des personnages extrêmement bien campés. Génial, tout simplement !

Même pas peur, Ingrid Astier. Syros, 2015, 179 p. 

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8 commentaires sur “Même pas peur, Ingrid Astier.

  1. Mypianocanta dit :

    Ah mais en plus cela se passe sur MON île !!! comment résister :’S allez zou dans la wish …
    merci pour cet avis, je serais passé à côté autrement.

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  2. […] d’abord, Même pas peur, d’Ingrid Astier m’a littéralement embarquée. J’ai adoré la voix de Stephan […]

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  3. Lupa dit :

    Un roman génial agrémenté d’une set-list à la fin, c’est bien sympa ça ! Comme si les tentations ne suffisaient pas, il fallait bien que je lui trouve le petit truc en plus, c’est fait 😀 Je le note, merci 🙂

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  4. […] #6, Kaoru Mori. Erased #5, Kei Sanbe. A Silent voice (série), Yoshitoki Oima. Contemporaine. Même pas peur, Ingrid Astier. Le héron de Guernica, Antoine Choplin. Les Nuits de laitue, Vanessa […]

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