Métamorphoses, Samantha Bailly.

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Lyneroy, royaume d’Heldérion. Dans la cité commerçante, les riches banques côtoient les marchés les plus sordides… 
Sonax a treize ans lorsque sa vie bascule. Jeune garçon androgyne destiné à reprendre les rênes de la banque familiale, il quitte tout pour le théâtre solaire, un lieu où il se découvre une nouvelle famille, et assouvit sa passion théâtrale.  Mais derrière la scène, entre faux-semblants et jeux de pouvoir, la réalité d’Hélderion n’a rien à envier aux drames qui se jouent sur les planches. Il ignore alors à quel point il va devoir apprendre à jouer un rôle en permanence, en découvrant les dangereuses coulisses de la cité la plus riche du royaume. Entraîné dans des intrigues politiques qui le dépassent, il sera changé en polymorphe, un être capable de modifier son apparence à volonté… Un atout non négligeable. Car quel acteur n’a jamais rêvé de contrôler l’histoire au gré de ses métamorphoses ?

 

Métamorphoses se déroule dans le même univers qu’Oraisons, le diptyque fantasy de Samantha Bailly, mais 30 ans plus tôt, et se concentre sur le personnage de Sonax Jaspe – un personnage secondaire d’Oraisons. Du coup, il vaut mieux lire ce dernier en premier, d’une part pour apprécier l’évolution de la plume de l’auteur (Samantha Bailly n’avait que 18 ans lorsque Oraisons a été publié) et, d’autre part, parce que Métamorphoses révèle des points d’intrigue cruciaux d’Oraisons. Ce serait vraiment dommage de se saper la surprise.
Après avoir lu Oraisons, la première chose que l’on remarque, c’est que le style de l’auteur a mûri : s’il se cherchait encore dans les premières aventures en Heldérion, ici il s’est trouvé, et l’écriture est beaucoup plus mature.

Dans Métamorphoses, on se concentre donc sur Sonax, puisqu’il n’a que 13 ans au début de l’histoire. La première partie du roman est assez plate et, si ce n’étaient le royaume fictif et quelques détails clairement magiques, on pourrait lire le quotidien assez banal d’un ado lambda qui vit sa vie. Le portrait est certes passionnant, le contexte riche, l’histoire bien menée mais… cela manque du panache qu’avait Oraisons – et lorsqu’on a lu le premier diptyque, et tant apprécié le personnage, il est difficile de ne pas faire d’incessantes comparaisons. On s’inquiète donc : alors que le style s’affirme, où est passée l’énergie de l’intrigue ? Pourquoi le roman est-il si… ordinaire ? C’est là qu’arrive – assez vite, somme toute – le second acte. Et que l’auteur balaie d’un petit coup de plume le château de cartes érigé jusque-là.

Si le début du roman était un peu terne, la suite relève immédiatement le niveau. Non seulement on est rassuré, mais on voit à quel point on s’est fait berner :  un peu à l’image de Sonax, finalement, qui vit sa petite vie tranquillement avant de comprendre qu’il faut parfois mettre les mains dans le cambouis – et que les siennes sont déjà engagées jusqu’au coude.
En quelques paragraphes, Samantha Bailly retourne la situation, et la vision que l’on avait, jusque-là, des personnages et de l’univers. Il n’y a pas à dire, c’est brillant. Et dès l’instant où Sonax épouse sa nouvelle carrière, le roman bascule dans un univers bien plus sombre que précédemment.

Le jeune homme généreux, comédien talentueux, se retrouve mêlé à de sombres affaires, qui vont lourdement influencer son caractère. Celui-ci se nuance, s’affine, s’affirme pleinement et, peu à peu, on retrouve certaines facettes du Sonax découvert dans Oraisons – qui n’était, à bien des égards, qu’une de ses multiples façades. À ses côtés, d’autres forts caractères, comme Joscard, Métrope ou Béryl, ses amis ou mentor, ou Jaspe, plus faible, mais dont la présence est fondamentale. Tous les personnages sont fouillés, riches, d’une densité appréciable. Ce sont les facettes de leurs personnalités qui façonnent l’intrigue : tout repose sur leurs appréciations des situations, leurs réactions, et leurs attentes. L’intrigue générale semble, du coup, extrêmement fournie, puisqu’elle est constamment alimentée par la psychologie des personnages.
Passée la première partie un peu plate, on profite des rebondissements variés et bien menés. L’intrigue est palpitante, avec ses trahisons, faux-semblants, complots réussis et magouilles ratées. D’autant que le tout repose sur un univers et une mythologie riches et soignés. C’est tout simplement passionnant !
Et, plus on approche de la fin, plus on raccroche les wagons avec Oraisons ; sur les derniers chapitres, il faut s’accrocher, car il y a de nombreuses ellipses, et certaines révélations concernent directement la conclusion d’Oraisons : on croise notamment Aileen Manérian et Heptiel Marchevent dans les dernières pages de l’histoire. Si certains pans d’Oraisons sont éclairés sous un jour nouveau, l’auteur ne refait pas l’histoire de son premier diptyque ; certains rebondissements pourront donc sembler un peu obscur à ceux qui n’auront pas lu le précédent roman – ou à ceux qui auront oublié les détails pratiques. Mais, surtout, on a des explications sur certains points passés sous silence, et l’envers du décor est aussi palpitant que l’endroit !

Métamorphoses retrace donc la vie de Sonax avant et après ce que l’on découvre dans Oraisons, dans un roman que l’on lit avec beaucoup de plaisir. 
Les portraits des personnages sont creusés, fouillés, et on apprécie de plonger dans une psychologie aussi riche. L’intrigue, de son côté, est bien menée, prenante à souhait, et il est difficile de lâcher le roman. La fin, qui fait le parallèle avec celle d’Oraisons, peut sembler un peu confuse en raison des ellipses, mais vient éclairer le roman précédent sous un jour nouveau : c’est passionnant !
Voilà un titre qui me faisait follement envie, et qui a comblé toutes mes attentes ! 

◊ Dans le même univers : Oraisons (intégrale).

Métamorphoses, Samantha Bailly. Bragelonne, novembre 2014, 548 p.

 

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Cette entrée a été publiée dans Fantasy.

7 commentaires sur “Métamorphoses, Samantha Bailly.

  1. J’adore Patrick Rothfuss, donc je rajoute Métamorphoses à ma pile !

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  2. nymeria dit :

    Comme toi, j’ai beaucoup aimé cette préquelle. Je trouve dommage qu’il n’y ait aucune indication sur le bouquin qui explique que c’est une « suite » en quelque sorte d’un univers existant. Si je n’avais pas encore lu Oraisons, j’aurais été dégoûtée de me faire spoiler comme ça… Et je trouve aussi que le style de l’auteure s’affirme !

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  3. Mariejuliet dit :

    Sentiment partagé d’une lecture en deux temps.

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  4. Lupa dit :

    Je vais bien sagement découvrir Oraisons avant celui-ci alors ^^ Merci 🙂

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