Les Pilleurs d’âmes, Laurent Whale

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Terre, 1666. Le monde de la flibuste se porte à merveille. 
Yoran Le Goff intègre l’équipage d’un des plus sanguinaires flibustiers : David Nau, dit l’Olonnais. Mais Yoran n’est pas ce qu’il semble être… car il vient d’une galaxie bien, bien plus avancée. Et il est là pour traquer un autre espion intergalactique avant qu’il ne répande le chaos sur Terre. Mais parmi la flibuste, comme dans les étoiles, rien n’est écrit d’avance, et la mission de l’espion se met très vite à sentir la poudre. Jusqu’à l’explosion finale. 

Voilà un roman qui propose un mélange des genres fort intéressant ! Le récit de space-opéra se mêle… à un récit historique de flibusterie !

Premier point original, donc : le space-opéra se déroule sur Terre, au XIXe siècle, dans des Caraïbes infestées de navires pirates, dont les équipages rivalisent de raids sanguinaires. Parmi eux, Karban alias Yoran Le Goff, un homme issu d’une galaxie fort fort lointaine, et nettement plus avancée, qui court après un autre type issu de sa galaxie cherchant à enlever de fins stratèges, et qui doit donc subir l’archaïsme d’une Terre primitive.
Dès l’ouverture du roman, le style frappe par sa richesse visuelle. Avouez que l’incipit se pose là en matière de style :

«S’il est un bruit terrifiant, un bruit qui brise les nerfs les plus aguerris, c’est  bien celui d’un abordage. Peu d’astros y ont survécu pour en parler. En fait, la mémoire collective se perpétue par la geste des frères de la course et par les récits hallucinés de rares otages rendus hébétés à leur monotonie.» 

Et l’introduction annonce la couleur. Des batailles, c’est essentiellement se dont se compose le roman. Et quelles batailles ! C’est vif, prenant, tellement détaillé qu’on s’y croirait. Sur certains passages, on se croirait même dans un roman d’Arturo Pérez-Reverte, tant les descriptions sont précises et riches en détails !
Et que l’on soit dans une taverne, sur un bateau, à terre, ou en train d’assister à un interrogatoire musclé, tout est savamment dosé. L’auteur ne verse ni dans le gore, ni dans le larmoyant. C’est parfois un peu âpre – l’époque étant ce qu’elle est – mais particulièrement prenant.
Difficile, du coup, de ne pas s’immerger dans l’aventure, d’autant que le protagoniste est un personnage hautement sympathique.

Karban est un personnage débrouillard, dont la gouaille n’est pas sans rappeler les personnages croisés dans Les Damnés de l’asphalte ! Au gré des chapitres, on croise d’autres figures, mais c’est vraiment Karban qui s’impose et occupe le territoire. On suit son évolution : lui, l’homme des étoiles raffiné se met à ressembler de plus en plus à… ses collègues détrousseurs, dont le comportement le répugnait tant. La descente aux enfers est magistrale et d’autant plus frappante que les scènes se déroulant dans les étoiles, et sur ces planètes plus civilisées, sont nombreuses et offrent donc un contraste net.
Et c’est ainsi qu’on atteint un autre point intéressant : même s’il y a clairement des « gentils » et des « méchants », il arrive un certain point où on ne peut plus faire la différence entre eux, tant chacun a des bons côté, et de très mauvais. Les personnages sont variés, et extrêmement riches : même le protagoniste a son côté obscur, et les brutes les plus épaisses peuvent faire preuve de compassion. La présence de Karban offre un regard éclairé sur ces hommes du passé, bruts de décoffrage mais, finalement, l’intrigue montre que les hommes dit civilisés ne sont pas nécessairement plus fréquentables. Adieu manichéisme, et en plus on se passionne franchement pour l’affaire !

Le roman mêle deux intrigues : l’enquête de Karban, en plein monde maritime caribéen et les difficultés de son service, là-bas, très loin dans les étoiles. Sur une large première partie, le côté aventure historique est plus intéressant que l’aspect plus spécifiquement SF… jusqu’à ce que les deux entrent en résonance. À la guerre pure et dure se superpose une guerre économique sans pitié, et qui fait des ravages. Et il est étonnant de constater à quel point les deux genres se marient bien, et combien flibusterie et space-opéra ont de points communs. La double intrigue est menée tambour battant : les péripéties s’enchaînent, on n’a absolument pas le temps de s’ennuyer. Il n’y a guère que la conclusion qui semble un peu courte par rapport au reste du roman, finalement, on en aurait bien pris quelques chapitres supplémentaires.

Excellente lecture, donc, que ces Pilleurs d’âmes ! Space-opéra et roman d’aventure avec flibustiers à la clef font très bon ménage, même si sur une première partie c’est le second qui prime. Le rythme est haletant, l’intrigue palpitante, et on regrette d’arriver à la fin, d’autant que la conclusion est un peu brève. La galerie de personnages est hyper détaillée, riche à souhait, et évite le manichéisme que l’on aurait pu craindre ! Le style est riche, dense, on a l’impression d’y être et l’histoire, malgré quelques passages plus faciles, est particulièrement prenante. 
En bref, si vous aimez les romans d’aventure,  les histoires de pirates, les galeries humaines riches, les romans palpitants, Les Pilleurs d’âmes est un titre indispensable !

 Les Pilleurs d’âmes, Laurent Whale. Les Moutons électriques (Hélios), 2014, 245 p.

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10 commentaires sur “Les Pilleurs d’âmes, Laurent Whale

  1. sphinxou dit :

    Voilà qui semble très prometteur ! 🙂

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  2. Licorne dit :

    Alors, ce bouquin est pour moi, pirates et aventures me procurent toujours des sensations incroyables … Je devais être Anne bonny ou Mary Read dans une vie antérieure ! Très belle chronique !

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    • Sia dit :

      Il est géant !!
      Maintenant que tu cites ces pirates, ça me rappelle que j’ai lu un roman jeunesse dans lequel Anne Bonny apparaissait. Mais quel titre ? Il va falloir que je cherche !

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  3. Zina dit :

    Voilà qui a l’air bien sympa et tu as réussi à me faire envie !!

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  4. Flora dit :

    Ca a l’air totalement bizarre et n’importe quoi, alors je note ! 🙂 J’en ai pas mal entendu parler, mais puisque toi aussi tu te rallies aux éloges, c’est encore mieux, héhéhé.

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  5. Lupa dit :

    Une ÉNORME tentation !!! Pourquoi se priver après une telle chronique ? Je vais vite le dénicher c’est certain, merci 🙂

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