Dance of thieves #1, Mary E. Pearson.

Ancienne gamine des rues, Kazi a été prise sous la protection de la reine de Venda. Devenue Rahtan, soldat d’élite de la couronne, elle se rend en mission dans la province de la Bouche de l’Enfer afin d’appréhender un traître à la couronne et de prendre contact avec le chef des Bellanger, une dynastie de hors-la-loi qui revendique le pouvoir contre l’autorité de la reine. Or, elle l’ignore, mais le patriarche vient de mourir, faisant de son fils Jase son héritier. Justement, Kazi est enlevée par des trafiquants d’esclave et se retrouve enchaînée à Jase, avec lequel elle parvient à s’enfuir. Pour s’en sortir, il va donc falloir collaborer…

J’ai ouvert ce livre (que je devais lire pour le boulot) avec de grandes réticences. Il faut dire que le résumé n’était pas franchement fait pour me rassurer (je voyais poindre dès la lecture des premières phrases la romance inévitable entre les personnages).
Et finalement… eh bien j’ai grandement apprécié ! Etonnant !

Mais revenons au début. Début que j’ai trouvé… extrêmement confus. J’avais l’impression d’être balancée dans un univers dont il me manquait la moitié des informations, un peu comme si je lisais un tome 2 en ayant raté le tome 1. Et en fait, c’est presque ça ! Car Dance of thieves est un spin-off de la série The Remnant Chronicles de la même autrice, une trilogie qui se déroule avant le dyptique dont on parle aujourd’hui. Or, cette trilogie… est inédite en français. Dommage ! Cela aurait été bien de les traduire dans l’ordre, mais les voies de l’édition sont impénétrables. D’ailleurs, le roman manque très clairement d’une carte. Cela aurait grandement aidé à la compréhension.
Donc, sans surprise, l’autrice ne s’embarrasse pas d’explications sur certains points de son univers, qu’il s’agisse de la géographie, de la politique ou même des coutumes. Autant vous dire que le début est un peu ardu. Heureusement, en quelques chapitres, on se fait une idée assez précise des enjeux de l’histoire.

Celle-ci débute donc comme une très traditionnelle et très banale romance young-adult sur vague fond de fantasy, avec deux personnages que tout oppose et qui succombent (beaucoup trop vite) l’un à l’autre. Heureusement, cela change bien vite. Car dès qu’ils sont revenus en ville, Jase comme Kazi reprennent leurs rôles respectifs et objectifs premiers. Bien que la romance survive à cette reprise des rôles, les enjeux plus politiques prennent le dessus et c’est à un vrai jeu de dupes que se livrent les personnages. J’étais d’ailleurs assez surprise de voir qu’il y a un vrai contexte géopolitique dans cette intrigue, dont les développements laissent imaginer une suite fort intéressante. Car il y a plusieurs factions en jeu : la Reine, bien sûr, les Bellanger, mais aussi d’autres opposants, qui espèrent bien profiter de la bisbille entre les deux premiers pour se tailler la part du lion. Autant la romance, cliché et rapide, manque de piquant, autant cette partie-là est intéressante, puisqu’à la fantasy se mêle un brin d’espionnage qui rend le tout très prenant.

Je foudroyais Jase du regard. Mais à l’intérieur de moi, je hurlais de rire. À un certain niveau, j’étais toujours furieuse : il parlait de franchise et deux minutes plus tard, il découvrait ses mensonges pour les planter en moi par surprise tels les crocs aiguisés d’un candok. Une fois le choc initial passé, j’avais dû dissimuler ma jubilation face à ce monstrueux coup de chance. Il m’emmenait droit où je voulais aller : au Guet de Tor. Je n’aurais pas besoin de m’y introduire en douce ou de créer davantage de problèmes à la Bouche de l’Enfer pour qu’on m’y emmène. Le Patrei en personne allait m’y escorter. C’était d’une ironie si merveilleuse que, tôt ou tard, je la lui enfoncerais joyeusement dans la gorge.

Le récit fait alterner de façon extrêmement classique un chapitre du point de vue de Kazi, un chapitre du point de vue de Jase. Mais cela fonctionne, notamment dans toutes les parties où les protagonistes n’ont pas exactement les mêmes visées. L’alternance assure le maintien du suspens, et c’est très bien ainsi. À un moment du récit, j’ai regretté de ne pas avoir d’autre point de vue mais vu la cohorte de personnages qui gravitent autour du duo, ce n’est pas plus mal (l’histoire aurait sans doute tourné au foutoir intégral).
Par ailleurs, l’autrice dose bien les péripéties et retournements de situation, ce qui fait que malgré les difficultés du départ, j’ai rapidement accroché à l’ensemble. En plus de cela, le style est fluide et, dans l’ensemble, vraiment agréable, avec notamment des descriptions que j’ai trouvées bien faites. Comme je suis une affreuse personne pleine de préjugés, cela a fait partie des très bonnes surprises que ce roman m’a réservées !

Je partais donc pleine d’a-priori et Mary E. Pearson a su me surprendre très agréablement avec ce roman. Malgré une romance hyper rapide et cliché, l’intrigue politique prend rapidement le dessus, et se mêle à un brin d’espionnage hyper agréable. Le mélange des genres est réussi, et rend l’intrigue très prenante. J’attends impatiemment la suite de ce premier tome, comme la trilogie initiale dont il est le spin-off. C’est dire si l’autrice a réussi à me ferrer !

Dance of thieves #1, Mary E. Pearson. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Troin.
La Martinière jeunesse, février 2020, 576 p.

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