[2020] Petit bilan d’avril

J’ai essayé d’écrire un peu plus ce mois-ci, et j’ai donc publié quelques chroniques, ce qui commençait à se faire rare !
J’ai aussi publié un Top Ten Tuesday, sur le thème des livres que j’aurais aimé lire enfant. Et, alors que je n’y avais pas participé depuis 2016 (!!!), j’ai fait un week-end à mille ! Et c’était chouette, car il m’a permis de relire les trois premiers tomes des Récits du Demi-Loup, avant de lire le quatrième et dernier (♥).

Carnet de lectures.

La Mère des mondes, Jean-Laurent Del Socorro (Le Bélial).
Cela faisait une éternité (pas moins) que je n’avais pas lu de nouvelles ! J’ai mis à profit le confinement pour faire le tour de ma bibliothèque et y piocher deux textes qui y végétaient depuis… eh bien, beaucoup trop longtemps. J’étais assez surprise de trouver Jean-Laurent Del Socorro au rayon SF (jusque-là, j’ai plutôt lu des romans de fantasy ou de fantasy historique de sa main). En effet, cette nouvelle prend place dans l’univers du roman Points chauds de Laurent Genefort (mais est lisible tout à fait indépendamment).
On y suit un missionnaire qui passe une Bouche, un de ces portails spatiaux apparus sur Terre en 2019, dans l’objectif d’aller répandre la sainte parole sur les planètes aliens. Parviendra-t-il à convaincre les peuples de se convertir au christianisme ?
J’avoue, en débutant le texte, avoir eu un peu peur du thème. Mais celui-ci propose en fait une intéressante réflexion autour de la foi (plutôt que du prosélytisme, ce qui m’inquiétait un peu). Les péripéties sont peu nombreuses, mais le cheminement du texte fait vraiment la part belle à cette réflexion. Et même si tout cela se déroule dans un autre univers, on comprend tout !

Le Réveil des Hommes Blancs, Christian Léourier (Le Bélial).
Seconde nouvelle lue, essentiellement sortie de la PAL parce que je venais de terminer La Lyre et le Glaive et que je n’ai pas tellement accroché, malheureusement. J’avais envie de faire un autre essai avec l’auteur !
Dans cette nouvelle, qui se situe dans l’univers de Lanmeur et peut être lue indépendamment, l’intrigue se déroule sur la planète Teirstern. Le personnage principal, un défricheur, fait partie d’un petit contingent de Terriens envoyés sur la planète afin de la rendre viable avant l’arrivée des vaisseaux de colons. Tout va pour le mieux, sauf que les humains n’ont pas l’air d’être seuls sur la planète (qui était pourtant supposée déserte). Alors, que faire des autochtones ? Les laisser consommer des ressources qui doivent être accumulées pour les futurs colons ou s’en débarrasser ?
Évidemment, l’histoire va assez vite (c’est une nouvelle de quelques pages), et la couleur est annoncée dès le titre. Quoi qu’il en soit, tout se tient bien, univers comme personnages. La réflexion est intéressante et bien menée, et l’auteur rend le texte accessible à qui n’a pas lu l’œuvre-mère. Cette courte lecture m’a donc convaincue de lire d’autres romans de l’auteur !

Le Masque de loup, J.A. Curtol (Sharon Kena).
Confinement toujours, j’en ai profité pour lire un roman reçu dans une box de confinement, généreusement proposée par des éditeurs. Et j’ai même décidé de sortir de ma zone de confort, en faisant une incursion en romance… (romance et bit-lit, restons cohérents !).
L’histoire se déroule au XVIIe siècle, à Vaux-le-Vicomte. Grace Fouquet, fille illégitime de Nicolas Fouquet, arrive au château afin d’y être mariée (contre son gré, évidemment…). Lors du bal masqué organisé en son honneur, Grace tombe désespérément amoureuse d’un homme qu’elle n’a jamais vu et qui porte un masque de loup. Or, spoiler alert, celui-ci est le chef du clan de loups-garous local, ennemi intime du futur mari de Grace et donc de Nicolas Fouquet. Sans surprise, le jeune couple s’échappe et doit lutter pour vivre ensemble.
Bon, soyons honnête, il n’y a rien qui va. Le contexte historique ne sert strictement à rien, et le fait que Grace soit la fille de Fouquet ne sert qu’à placer l’histoire dans un château. Aucune mention n’est faite de ce pour quoi la famille est célèbre…. De plus, au vu des descriptions des toilettes, coiffures ou moeurs, il est extrêmement difficile de croire que l’on se situe vraiment au XVIIe siècle… L’héroïne est d’une affligeante bêtise. L’intrigue est particulièrement survolée et on est frustrés autant sur la romance (qui va trop vite) que sur le côté fantasy urbaine (qui réunit tous les clichés du genre imaginables). En plus de cela, le sexisme est bien présent – et ne me dites pas « oui mais c’est au XVIIe ». Parce que non, rien ne permet d’être sûr qu’on y soit réellement. Pour finir, le style est hyper faible, il y a des fautes partout, des dialogues insipides, et pas de suspense. Bref, heureusement que c’est court, au moins c’était vite lu.

Côté séries.

J’ai enfin regardé The Witcher (avec un peu de retard, je dirais).
Je suis un peu mitigée… Autant j’ai trouvé l’univers très sympa, autant l’adaptation de nouvelles était un peu casse-gueule. Comme je n’avais pas repris la cartographie éditée par Netflix, j’ai eu un peu de mal à suivre, d’autant que je n’ai pas compris tout de suite… que les histoires n’étaient pas dans l’ordre chronologique ! La sauce a fini par prendre aux alentours de la moitié, donc je regarderai sans doute la saison suivante.
Après avoir regardé la série, j’ai lu le premier tome de la série de romans éponyme d’Andrzej Sapkowski et, là aussi, sentiment mitigé (au moins, c’est cohérent). Là, c’est plus le style pas franchement extraordinaire qui a suscité ce sentiment. Heureusement, l’auteur se rattrape avec l’univers (bis), les réécritures de contes (qui sont passées totalement inaperçues à mes yeux dans l’adaptation….) et l’humour hyper cynique de ses personnages, Geralt en tête. Là aussi, je lirai sans doute la suite !

Top & Flop.

Dois-je vraiment reparler du Masque de Loup ? Non, je pense que j’ai déjà été assez sévère. Une chose est sûre, je ne lirai pas la suite si suite il y a !

En revanche, j’ai eu un immenssissime coup de cœur ce mois-ci, pour le quatrième et dernier tome des Récits du Demi-Loup de Chloé Chevalier : Clémente nous soit la pluie. Je l’ai attendu fermement trois ans, et cela valait très clairement la peine, tant ce tome clôt à merveille la série. Si vous aimez la fantasy ambitieuse et que vous n’êtes pas fondamentalement opposés à une forme un peu particulière (il s’agit globalement d’un récit épistolaire), je vous conseille très franchement cette excellente série.

Citations.

« La matinée touchait à sa fin, et une douce odeur de foin flottait dans l’air. Le palefrenier sifflait en travaillant, et des hirondelles filaient entre les poutres pour apporter leur petit déjeuner aux oisillons bruyants.
Au premier abord, c’était une matinée idyllique comme un tableau. Mais en y regardant de plus près, je vis le licou effiloché pendu à un clou, le pilier pourri de la première stalle, la queue d’un rat dans la pile de bois.
Je me demandai s’il y avait toujours des choses que nous ne voyions pas parce que nous choisissons de ne pas les voir. »
Dance of thieves #1, Mary E. Pearson.

« Je foudroyais Jase du regard. Mais à l’intérieur de moi, je hurlais de rire. À un certain niveau, j’étais toujours furieuse : il parlait de franchise et deux minutes plus tard, il découvrait ses mensonges pour les planter en moi par surprise tels les crocs aiguisés d’un candok. Une fois le choc initial passé, j’avais dû dissimuler ma jubilation face à ce monstrueux coup de chance. Il m’emmenait droit où je voulais aller : au Guet de Tor. Je n’aurais pas besoin de m’y introduire en douce ou de créer davantage de problèmes à la Bouche de l’Enfer pour qu’on m’y emmène. Le Patrei en personne allait m’y escorter. C’était d’une ironie si merveilleuse que, tôt ou tard, je la lui enfoncerais joyeusement dans la gorge. »
Dance of thieves #1, Mary E. Pearson.

« Un des collecteurs de crut autorisé à manifester un enthousiasme hors de propos à l’annonce de ce duel et, plus grave encore, à lancer les paris. Une flèche mit un terme à sa bévue en même temps qu’à sa vie. »
Diseur de mots #1, La Lyre et le Glaive, Christian Léourier.

« Où en étais-je ? Ah oui ! À ma première noble action. Vois-tu, Iola, à Kaer Morhen, on m’avait mis dans la tête de ne pas me mêler de ce genre d’incident, de passer alors mon chemin, de ne pas jouer les chevaliers errants ni de remplacer les gardiens de la loi. Je suis parti sur les routes non pas pour parader, mais pour effectuer l’un ou l’autre travail qui m’était commandé. Or, comme un imbécile, je me suis mêlé de cette histoire alors que je n’étais même pas à cinquante milles pieds des montagnes. Sais-tu pourquoi je l’ai fait ? Je voulais qu’après avoir versé toutes les larmes de son corps, la fille me baise les mains de reconnaissance, à moi qui étais son sauveur, et que son père me remercie à genoux. Or, le père de la fille s’était enfui avec les pillards, et la jeune fille sur laquelle s’était répandu le sang du chauve, s’est mise à vomir et a eu une crise d’hystérie ; quand je me suis approché d’elle, elle s’est évanouie de peur. Depuis ce temps, je ne me suis que très rarement mêlé de ce genre d’histoires. »
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« Qui se ressemble s’assemble, dit le sang-mêlé avec un sourire mauvais. Dire qu’il existe sur terre des êtres comme toi. Qui est-ce qui engendre des monstres pareils ?
– Fais preuve d’un peu plus de tolérance, si tu veux bien ! dit Geralt sans perdre son calme. Ta mère, à ce que je vois, a dû aller se promener seule dans la forêt suffisamment longtemps pour que tu aies des raisons de t’interroger sur tes propres origines.
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« On nous suit, fit-il, tout excité. Une charrette !
– Pas possible ! se moqua le sorceleur sans se retourner. Une charrette ! Et moi qui pensais que les gens d’ici se déplaçaient à dos de chauve-souris.
– Tu sais ce que je vais te dire ? grogna le troubadour. Plus on se rapproche du bout du monde, plus ton humour s’affine. Je n’ose pas imaginer jusqu’où il va aller ! »
Sorceleur #1 : Le Dernier voeu, Andrzej Sapkowksi.

« Vous êtes inconscientes. Vous mettez votre vie en danger pour le plaisir que vous procure la désobéissance, sans réfléchir un seul instant aux conséquences que votre mort brutale pourrait avoir sur vos proches ou sur le royaume. »
Il regarda les princesses.
 » Vous croyez que votre sang royal vous protège de la maladie ? »
Véridienne, Récits du Demi-Loup #1, Chloé Chevalier.

« Attendu que la garde du Demi-Loup se trouvait réduite à néant, autant, pensait Malvane, repartir sur de nouvelles bases. Puisqu’à travers les époques, jugeait-elle, les hommes d’armes placés en situation de supériorité n’avaient jamais su contenir leurs instincts violents, il fallait se détourner d’eux et confier l’arc et l’épée aux femmes du Demi-Loup. La princesse considérait la femme comme plus mesurée et plus douce que l’homme et surtout – et là perce l’extrême ambivalence de son point de vue sur notre sexe – comme plus soumise à la hiérarchie. Elle estimait donc que jamais une armée de femmes ne se livrerait au viol, que jamais, connaissant la maternité, elle ne s’en prendrait injustement aux enfants, que jamais elle ne ferait le mal par fureur guerrière ou par plaisir et que, écoutant et comprenant toujours son chef, elle serait plus efficace.
De mon côté, même si jamais je n’osai lui en faire part, je nourrissais des doutes extrêmement forts quant à ces théories. Pour avoir vu ce que Calvina et Malvane elles-mêmes, encore jeunes filles, avaient infligé à leur amie Cathelle, je ne me faisais pas une seule illusion quant à une quelconque modération féminine. »
Les Terres de l’Est, Récits du Demi-Loup #2, Chloé Chevalier.

« Mon tour était arrivé. Je n’avais rien préparé. Pas eu le temps, ni la force. Penaude, j’avais jeté un coup d’œil à Malvamonde à côté de moi et elle m’avait encouragée du regard.
« Curieux comme il s’avère difficile de lui adresser des mots d’au revoir, lui avais-je chuchoté au creux de l’oreille. De toute ma vie, je n’ai jamais su ce que je pensais de lui, au juste. Il n’a pas fait un très bon roi, cela va sans dire, ni le meilleur des pères, ni, pour ce que j’en sais, le plus formidable des époux. Et pourtant, maintenant que sa fin est venue, je ne peux pas m’empêcher de penser que c’était un homme bien. Étrange, non ?  »
Malvamonde avait porté la main à sa bouche pour cacher un léger rire, un rire de soulagement et de gratitude.
« Nersès, tu viens sans doute de lui faire là le plus terrible et le plus magnifique des adieux. » »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.

« J’élus comme guides le lieutenant Areste, fils de la comtesse des Arvis, qui avait donc grandi tout près de là, et Mak, un vieux bougon hirsute qui tenait plus de l’ours que du Chat. Selon ses propres mots, il avait choisi de tourner le dos à Édelin uniquement « pour nous donner un coup de main », parce que « sans lui, on calancherait tous comme des agneaux de l’année dans le premier pierrier venu ». Mak avait arpenté les Monts de l’oubli avec sa mère bergère jusqu’à ce qu’il rejoigne l’armée à quinze ans, et en conservait une connaissance aussi intime qu’experte. Je décidai de placer ma confiance en ce deux hommes, et les laissai se quereller sur les meilleurs chemins à emprunter. En général, le vieux, plus savant, prenait le dessus. »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.

« J’ai levé un sourcil narquois.
« Entre décider quelque chose puis donner les ordres correspondants, et le faire soi-même, vous percevez autre chose qu’une nuance polie ? »
Aldemor, bien sûr, n’a pas ri. »
Clémente nous soit la pluie, Récits du Demi-Loup #4, Chloé Chevalier.

2 commentaires sur “[2020] Petit bilan d’avril

  1. Acr0 dit :

    Le plein de petits plaisirs pour ce mois 🙂 Je trouve que The Witcher a un petit côté kitsch (qu’on aime ou non) et tout comme toi, la chronologie de l’histoire m’a été difficile à suivre (je ne connaissais ni les livres ni le jeu vidéo). Je te rejoins : quel plaisir de découvrir l’ultime de Chloé Chevalier !

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    • Sia dit :

      Oui, c’était un mois très plaisant en lectures. L’ambiance générale et l’absence de sorties m’a aussi incitée à m’occuper un peu plus de ma bibliothèque et de mon blog (et c’était très chouette).
      Mais je suis si triste d’avoir terminé Récits du Demi-Loup ! Holala ! Je me suis sentie tellement déprimée en finissant la série (mais en même temps contente de l’avoir finie. Mais triste de savoir que c’était le dernier ! Bref, c’était compliqué 😀 )

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