Funérailles célestes, Xinran.

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Chine, années 1950. Un jeune couple de médecins fraîchement marié voit son destin basculer lorsque son pays déclare la guerre au Tibet: 1956. Par idéal, Kejun s’enrôle dans l’armée comme médecin, tandis que Shu Wen l’attend au pays.
Quelques mois plus tard,c’est l’impensable : Wen reçoit un courrier militaire lui apprenant la mort de son mari, loin, sur les plateaux tibétains, sans les habituels justificatifs. Refusant de croire à cette nouvelle parvenue sans la moindre explication, elle part à sa recherche ets’enrôle à son tour dans l’armée comme médecin. Là-bas, elle découvre une vie et un paysage auxquels rien ne l’avait préparée : le silence, l’altitude, le vide sont sidérants. A tout cela s’ajoute la barrière de la langue. Perdue dans les montagnes du nord, elle apprend à respecter les coutumes et les traditions tibétaines, au gré de ses rencontres. Après plusieurs décennies d’errance et de recherches opiniâtres, elle finit par apprendre ce qui est arrivé à son mari.
Lorsqu’elle retourne finalement en Chine, elle découvre un pays profondément bouleversé par la Révolution culturelle et le gouvernement de Deng Xiaoping. Mais elle n’est plus la même femme : en Chine, elle avait toujours été poussée par le matérialisme ; au Tibet, elle a découvert la spiritualité.

L’histoire de Shu Wen, la chinoise de Shuzou partie au Tibet pour chercher son mari, est véridique. Recueillie par Xinran, elle a bouleversé la journaliste qui lui consacre cet ouvrage.

Les funérailles célestes sont un rite traditionnel funéraire tibétain, consistant à offrir le corps du défunt aux vautours sacrés. Rite séculaire pour les uns, coutume barbare pour les autres, elle est au cœur du roman ; pas seulement parce qu’il en porte le titre, mais parce qu’il représente le choc de deux cultures aussi éloignées l’une de l’autre que possible et pourtant géographiquement voisines.

Lorsque Shu Wen arrive au Tibet, elle n’en sait presque rien, et est pleine des préjugés habituels. Les rencontres et les choix qu’elle fait vont peu à peu la faire changer d’avis. Son témoignage, ici retranscrit par Xinran est porteur de cette dualité. Car l’auteur ne peut pas comprendre ce qu’a vécu cette femme extraordinaire, pas plus que le lecteur. Tous deux restent, dès lors, spectateurs de l’aventure, ce qui la rend d’autant plus forte, incroyable, et percutante. A travers l’histoire de Shu Wen, Xinran fait état d’une incompréhension pugnace et mutuelle de deux cultures. Mais cette incapacité à se comprendre l’un l’autre sert à merveille le récit, rendant parfaitement l’expérience consistant à ne pas trouver de mot pour décrire ce que l’on a vécu.

Dès lors, malgré l’approche un poil colonialiste de Xinran, il est extrêmement difficile de décrocher du récit. Pas à pas, on suit Shu Wen, volant avec elle de surprises en déconvenues, de découvertes en petites réussites. Car s’il est une chose qu’on ne peut retirer à Xinran, c’est la mise en scène de cette quête existentielle, à travers les plateaux enneigés, les plaines ondulantes tibétaines, le vide sidéral et l’air pur peuplé de tintinnabulements cristallins. Au-delà de l’histoire d’amour atemporelle de Wen et Kejun, on est fasciné par la fidélité, l’extrême courage et la philosophie de vie de cette femme qui a tout abandonné pour retrouver l’être aimé, quitte à y consacrer sa vie, sans rien attendre en retour, et s’adaptant à la culture et aux traditions de son pays d’adoption. Une belle leçon d’altruisme, en somme. A la lecture, on comprend mieux l’adage qui dit que ce n’est pas l’homme qui fait le voyage, mais le voyage qui fait l’homme. Après ses années tibétaines, Shu Wen n’est plus la jeune chinoise désespérée partie en 1958, mais une femme exceptionnelle comme il est rare d’en rencontrer.

Alors, si vous décidez  de vous lancer dans la lecture de ce témoignage aussi terrible que poignant, n’oubliez pas de prévoir un paquet de mouchoirs, pour pallier les inévitables larmes que vous feront verser l’histoire bouleversante de Shu Wen. 

 Funérailles célestes, Xinran. Trad. de Maïa Bhârathî. Philippe Picquier, 2005 (1ère édition 2004), 190 p.
9,5/10

 

challenge-abc2012 ABC Critiques Babelio 2011-2012 : lettre X

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2 commentaires sur “Funérailles célestes, Xinran.

  1. Frankie dit :

    J’ai été aussi très touchée par ce livre assez bouleversant quand on sait que c’est une histoire vraie (certainement un peu romancé mais on s’en fiche :)). Une belle leçon de courage et d’espoir.

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