813, Maurice Leblanc.

Quelle mystérieuse entreprise amène à Paris Rudolf Kesselbach, le richissime et ambitieux roi du diamant sud-africain ? Que signifie ce nombre, 813, inscrit sur un coffret en sa possession ? De quel secret le nommé Pierre Leduc, qu’il recherche dans les bas-fonds de la capitale, est-il le détenteur ? Telles sont quelques-unes des questions autour desquelles s’affrontent la police – en l’occurrence un certain Lenormand, chef de la Sûreté –, l’impitoyable baron Altenheim et le gentleman-cambrioleur Arsène Lupin. Or, pour la première fois, Arsène Lupin commet l’irréparable, Arsène Lupin est coupable de meurtre ! À moins que… quelqu’un ne cherche à lui faire porter le chapeau ? En ce cas qui ? Et pourquoi ?

En ce début d’année, j’ai eu envie de me replonger dans les aventures d’Arsène Lupin, pour lesquelles j’entretiens un – gros – faible. Je me rappelais fort bien que 813 était de mes favorites, sans bien me rappeler pourquoi. Bref : le choix a donc été vite vu ! Et me voici replongée dans ce roman en deux parties, respectivement intitulées Les trois crimes d’Arsène Lupin et La double vie d’Arsène Lupin (lues dans une intégrale, donc chroniquées sous la même forme).

Dès le premier chapitre, Maurice Leblanc instaure un climat de malaise : Rudolf Kesselbach se sent épié, traqué et ne sait mettre de mots sur cette indéfinissable angoisse. Qu’il ne simule pas, puisqu’il ne tarde pas à passer l’arme à gauche, de bien mystérieuse façon. S’engage alors une enquête de police qui, déjà, met au jour des indices des plus étranges – parmi lesquels le fameux nombre 813, qui nous tiendra en haleine quasiment jusqu’à la fin.
Et Lupin ? Eh bien Lupin commence fort ! S’il fait peu œuvre de cambriole dans cette première partie, les lecteurs les plus assidus le détecteront bien vite sous une de ses identités d’emprunt !

Contrairement aux autres aventures du gentleman-détrousseur (du moins celles que j’ai lues, et je dois admettre qu’il m’en manque encore quelques-unes), celle-ci est abordée sur un ton résolument sombre. D’une part car, dès le départ, il est question de meurtres, évidemment. Mais le roman touche aussi aux intérêts nationaux de la France : il est beaucoup question de l’Alsace-Lorraine et de la situation pas franchement tendue, mais pas franchement sereine non plus avec la voisine allemande à l’époque (le récit se déroulant juste avant la Première Guerre mondiale, et faisant fortement écho à la guerre de 1870). Dans le même temps, l’action est plus étirée qu’à l’accoutumée : on est plus dans la réflexion, dans la recherche que dans les péripéties échevelées, ce qui donne au roman un rythme nettement plus calme que ce à quoi on est habitués avec Lupin. En plus de cela, l’antagoniste reste très mystérieux jusqu’aux derniers chapitres, faisant planer un air de danger imminent sur le récit. Tout cela donne au roman de faux airs de roman d’espionnage pas désagréables du tout.
Et ce qui contribue sans doute à cette impression (tant de calme que d’espionnage), c’est que Lupin n’est pas totalement libre de ses mouvements – puisqu’il passe une grande partie de l’intrigue dans ses appartements de Santé-Palace. La prison, oui, elle-même. Si vous êtes adepte des romans policier hyper rythmés, pas de panique : les dialogues sont savoureux, les stratagèmes de Lupin également et on n’a absolument pas le temps de s’ennuyer.

L’autre point qui, je trouve, distingue 813 des autres romans de la série, est le caractère de l’ami Arsène. Arrêtez-moi si je me trompe, mais il ne me semble pas se montrer aussi imbuvable dans les autres aventures. Certes, on le connaît manipulateur et assez orgueilleux mais là, il faut dire qu’il atteint clairement le summum. Lui qui est habituellement si cabotin se fait ici très sombre, voire un brin inquiétant par moments. Rassurez-vous, ses piques et son caractère audacieux sont toujours bien présents, heureusement, et il faut lui reconnaître qu’il s’amende un peu sur la fin.
Tout cela s’explique peut-être par la présence d’un ennemi aussi invisible qu’implacable. Et il ne s’agit pas d’Herlock Sholmès, grand absent de cette intrigue : si le détective est bien mentionné à plusieurs reprises, on ne le croise pas une seule fois – et il ne nous inquiète pas non plus. En revanche, l’opposant principal se révèle parfaitement insaisissable, mystérieux, prêt à tout, en deux mots : parfaitement flippant. De plus, j’ai parlé rapidement de la dimension internationale du récit, mais c’est encore plus flagrant dans la seconde partie, où le patriotisme de Lupin revient au galop (si tant est qu’il avait un jour disparu). Au passage, ce volume est parfait pour réviser ses notions d’histoire et de géographie de l’Europe du début du XXe siècle (même s’ils sembleraient que les Grands-Ducs Hermann soient pure fiction).

Du côté de l’enquête, je dois dire que j’ai été servie. Certes, j’avais totalement oublié les différents ressorts de l’intrigue et la résolution du principal mystère. C’est donc presque comme une nouvelle découverte que j’ai attaqué ma relecture et, comme la première fois (il me semble), j’ai sagement attendu de voir révélés les secrets (à part des détails mineurs que j’avais bien retenus, sans me l’expliquer). Et je dois encore une fois saluer le génie de Maurice Leblanc pour les petites trouvailles, les détails de prime abord insignifiants qui s’avèrent capitaux, les différents codes à résoudre. J’en viens à regretter que ce monsieur n’ait pas conçu des escape-games, je suis certaine qu’il aurait été sensationnel !

Même après relecture, 813 reste une des aventures d’Arsène Lupin que je préfère, pour sa complexité, et pour l’heureux mélange qu’elle propose entre espionnage, enquête et lupinades audacieuses. L’intrigue est bien menée et Maurice Leblanc parvient à garder certains mystères quasi intacts jusqu’à la fin, tout en donnant régulièrement quelques indices (minces) pour les résoudre. Suspense garanti, donc ! Bien que le récit et le personnage soient plus sombres qu’à l’accoutumé, on retrouve avec plaisir les cabotinages d’Arsène, ses grands plans géniaux et son sens de la répartie. En bref : que des bonnes choses !

813, Maurice Leblanc. 1910. Réédition R. Laffont (Bouquins).

 

Il y a plein d’autres lectures lupinesques sur le challenge illimité orchestré par Mypianocanta !

6 commentaires sur “813, Maurice Leblanc.

  1. Mypianocanta dit :

    Oui c’est le premier tome plus sombre de la série et c’est vrai que l’ennemi insaisissable est particulièrement réussi (même quand on se souvient de son identité d’ailleurs… je l’ai trop lu). Et l’ensemble est vraiment prenant voire angoissant par endroits.
    J’ai besoin de savoir si tu poursuis le challenge. Pourras-tu repasser sur le topic ?
    A très vite amie lupinienne 🙂

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    • Sia dit :

      Alors justement, j’avais totalement occulté l’identité du coupable et même si, au bout d’un moment, je me suis dit « Tiens, mais au fait… ! » , le mystère m’a pas mal tenue en haleine ! Je repasse sur le topic dans la foulée 😉

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  2. Je suis d’accord avec toi. J’adore Lupin même quand il fait son prétentieux mais là, c’était limite qu’il ne me soit pas antipathique.

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    • Sia dit :

      J’aime aussi beaucoup mais là, il pousse le bouchon un peu loin. En même temps, ça colle à l’ambiance, je trouve… ça passerait moins bien dans un tome plus marrant. Je crois que ce qui m’a le plus agacée, ce sont ses plans de mariage pour Geneviève sans la consulter et en partant du principe que ça va être top. On ne lui demande pas ce qu’elle veut à cette jeune fille ?! Je sais que c’était une autre époque mais groumpf ! Heureusement que Victoire est là !

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  3. Zina dit :

    Ca fait une éternité que je n’ai pas lu un de ces romans mais j’aimais beaucoup

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