L’Aviatrice, Paula McLain.

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Beryl Markham a quatre ans lorsque sa famille s’installe au Kenya en 1904. Très vite abandonnée par sa mère, qui rentre en Angleterre avec son fils aîné sous le bras, elle est élevée par son père – entraîneur de chevaux de course – et par les natifs de la tribu Kipsigi, qui vivent sur les terres paternelles. Cette éducation non-conventionnelle pour quelqu’un de son rang fait d’elle une jeune femme audacieuse et farouche, qui voue un amour sans bornes à la nature sauvage et se moque de la bienséance. De mariages ratés en liaisons contrariées – elle tombe éperdument amoureuse de Denys Finch Hatton, l’amant de l’auteure Karen Blixen, laquelle vit à deux pas –, Beryl va peu à peu s’imposer comme l’une des femmes les plus singulières de son temps. Elle sera la première femme entraîneuse de chevaux, mais aussi la première aviatrice à accomplir un vol transatlantique en solitaire d’est en ouest…

De Beryl Markham, j’ignorais tout avant d’entamer cette biographie romancée ; à vrai dire, les mots « fermière » et « Kenya », dans la même phrase, ne m’évoquaient guère que Karen Blixen – que l’on croisera d’ailleurs souvent dans la vie de Beryl Markham.

Au boulot !

Beryl Markham, donc. Sacré personnage. Si elle reste seule avec son père, celui-ci est un peu désemparé : comment élève-t-on une fillette au Kenya, seul, en 1904 ? Réponse : on la laisse courir à moitié nue dans la savane avec Kibi, son meilleur ami et fils du chef de la tribu Kipsigi. Evidemment, ce n’est pas particulièrement convenable. Père engage donc une… gouvernante, Emma – qui, en fait, s’avérera être sa bonne amie, mais ce n’est pas encore la question. Or, Beryl est un tantinet rétive. Soucieuse de ne pas envenimer la situation, Emma fait venir différentes préceptrices que Beryl choie : odieuse, désobéissante, elle n’hésite pas à glisser un cadavre de mamba noir dans le lit de l’une d’elles. C’en est trop : ce sera la pension.  Là encore, échec fracassant. A même pas 15 ans, Beryl revient au domaine et, ô bonheur, travaille avec son père. En fait, précisément là où elle voulait être depuis le départ.

Car notre aventurière est une forte tête, un trait de caractère qui lui sera, par la suite, bien utile. Après avoir décidé – un peu vite et pas pour les bonnes raisons – de se marier à 17 ans avec un voisin, Beryl (Mme Purves, à l’époque)… quitte le domaine conjugal. Pour aller travailler. En 1919, parfaitement, messieurs-dames. Ah et puis, au passage, elle devient la première femme entraîneuse de chevaux de course, domaine dans lequel elle se taille assez vite une bonne réputation. Mais le meilleur, c’est que ce n’est pas pour cela qu’elle est passée à la postérité, puisqu’on se souvient d’elle comme étant la première aviatrice à avoir traverser l’Atlantique d’est en ouest, en 1936.
Si c’est l’aviation qui vous botte, sachez qu’elle n’occupe que la portion congrue de l’ouvrage : l’intro et rapidement un chapitre à la fin.

Beryl Markham à bord de son avion.

Mais ce n’est franchement pas dramatique tant Beryl Markham a semblé vivre mille autre vies avant cela. De ses combats pour exister en tant que femme et mener la vie qu’elle souhaitait à ses grands élans d’enthousiasme, en passant par toutes les désillusions (nombreuses) qu’elle a pu connaître, elle a eu une vie très riche. On sent que Paula McLain a effectué de nombreuses recherches pour réaliser cette biographie : sous sa plume, c’est toute la colonie qui resurgit, dans ses petites gloires et travers. Il n’est aucunement difficile de se figurer tant les paysages que Beryl traverse que l’ambiance qui règne sur ce petit bout de Kenya aux débuts du XXe siècle. De fait, ce sont plutôt les premiers que la seconde qui donnent envie d’aller visiter, soyons honnête. Car la mentalité d’esprit d’une colonie anglaise de l’époque est malheureusement aussi étroite que ce à quoi on pouvait s’attendre.

Gros coup de cœur, donc, pour cette biographie savamment romancée de Beryl Markham, pionnière du XXe siècle. J’ai été charmée par ses aventures aussi modernes qu’exotiques, son caractère volontiers frondeur et son tempérament fonceur. Paula McLain nous rend les personnages très vivants, très proches et on s’immerge totalement dans l’aventure, d’autant que sa plume est aussi fluide qu’évocatrice. C’était une lecture littéralement fascinante !

L’Aviatrice, Paula McLain. Traduit de l’anglais par Isabelle Chapman. Presses de la Cité, octobre 2015, 400 p.

 

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6 commentaires sur “L’Aviatrice, Paula McLain.

  1. PatiVore dit :

    Rien que la couverture fait envie 😉

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  2. Quand j’ai vu Gérard Collard en parler sur LCI, il est parti direct dans ma WL… Je ne l’ai pas encore acheté malheureusement…

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  3. Lupa dit :

    J’adore les récits tournant autour de l’aviation ! Et puis quand c’est la biographie d’une pionnière, c’est encore mieux ! Alors je le note sans hésiter pour une acquisition future, merci 🙂

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